Commentaires GHI - Page 2

  • Pêche interdite

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    Commentaire publié dans GHI - 06.02.19

     

    Il paraît que certains petits marquis, autour de M. Macron, émettent des doutes sur la démocratie directe suisse. Grand bien leur fasse. Tout au plus devrait-on leur faire parvenir le communiqué de presse du Conseil d’Etat genevois, en date du vendredi 1er février 2019, énumérant les votations, fédérales et cantonales, qui nous attendent le dimanche 19 mai. Ce jour-là, interdiction d’aller à la pêche !

     

    Ce communiqué, sobre et factuel, constitue en lui seul la plus remarquable défense et illustration de notre système suisse. Voilà, dans un canton suisse réputé (à tort) pour sa légèreté politique, ses fameuses Genfereien, des citoyennes et citoyens qui vont, le même jour, se prononcer, en vrac, sur la réforme de l’imposition des entreprises, l’avenir des retraites des fonctionnaires (CPEG), le plafonnement des primes maladie à 10% du revenu du ménage, et la politique culturelle. Tout cela, au seul échelon cantonal !

     

    Côté fédéral, le volet suisse de RFFA (imposition des entreprises), mais aussi la votation très sensible sur les armes. Montrez ce document à un ami français, favorable ou non aux gilets jaunes. Montrez-lui juste ce texte, expliquez-lui les enjeux. Il verra un pays où le corps électoral des citoyens s’exprime sur le fond. Sur des sujets difficiles, austères. Le rôle des médias responsables (comme ici, dans ce journal, ou à Léman Bleu, ou d’autres journaux ou antennes, à Genève), étant d’en présenter les enjeux avec la passion de l’explication, et celle de la clarté. Vive notre démocratie directe !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La politique, sans les partis !

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    Commentaire publié dans GHI - 30.01.19

     

    La politique vous passionne ? Surtout, ne vous inscrivez pas dans un parti ! Vivez votre passion en vous concentrant sur des thèmes, en ciblant vos objectifs sur des buts précis. Lancez des idées, qui viennent de vous, et non copiées sur d’autres, refusez tout aîné, toute allégeance : rien de plus insupportable que ces grappes de groupies, autour d’un leader charismatique. On se bat pour des idées, pas pour servir l’écurie personnelle d’un ambitieux.

     

    Vous aimez la politique ? Faites-en ! Pour cela, nul besoin de s’insérer dans l’appareil lourdingue d’un parti, avec ses structures héritées du dix-neuvième siècle, de la Révolution industrielle, de la lutte des classes. Avec ses comités, ses Assemblées générales, ses commissions internes, son président, ses vice-présidents, ses rivalités de chapelle, ses clans. Ne vous embarrassez pas de toute cette dérisoire gravité ! Battez-vous pour des thèmes, engagez-vous dans des comités d’initiatives, produisez-nous des idées, comme les Jeunes Verts avec le mitage, comme le Parti du Travail, avec les soins dentaires.

     

    La démocratie directe suisse a besoin de jeunesse, d’énergie, de forces vives. Elle a besoin de nous tous. Regardez les partis, toutes tendances confondues : ils vous font envie, avec leurs luttes intestines, leurs combats de coqs, leurs machines à se coopter dans les conseils d’administration des grandes régies ? Vous aimez la politique ? Engagez-vous ! Au service des idées !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les hommes et les femmes politiques, c'est nous !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.01.19

     

    Dans l’Histoire de l’humanité, le concept « d’homme politique » est une invention incroyablement récente. Ne parlons pas de celui de « femme politique », qui l’est encore davantage ! Au fond, cette étrange catégorie d’individus, dont on attendrait qu’ils fassent seuls la politique, n’est apparue qu’après la Révolution française : on commence à les entrevoir dans certains romans de Balzac. Ils arrivent à partir du moment où, avec pas mal de soubresauts pendant tout le dix-neuvième siècle, on s’est mis à élire des gens dans des Parlements. En parallèle, sont nés les partis politiques : ceux qui en étaient membres, ou en constituaient les personnages les plus visibles, on les a appelés des « hommes politiques ». Et peu à peu, a germé dans l’esprit des gens l’idée que seuls ceux qui étaient dûment estampillés de ce label avaient le droit de « faire de la politique ». La masse des autres n’étant bonne qu’à élire, tous les quatre à cinq ans, des gens qui, à leur place, décideraient du destin national.

     

    Cette conception, qui met en valeur et en lumière une petite catégorie de clercs, et jette dans l’ombre le corps des citoyens, transformé en masse anonyme, est un dévoiement du principe révolutionnaire de citoyenneté. On notera que, déjà sous la Révolution, existait une dialectique fort vive entre partisans du pouvoir au peuple (une sorte de démocratie totale), et ceux qui défendaient la primauté de la représentation. Ces derniers ont assurément gagné, mais jusqu’à quand ? Plus de deux siècles après cet immense brassage d’idées qu’a constitué l’épisode révolutionnaire, de nouveaux paramètres surgissent, qui pourraient bien, dans les décennies qui nous attendent, réhabiliter l’idée d’une démocratie centrée, non sur les corps intermédiaires, mais sur les citoyennes et les citoyens. Ces derniers n’étant plus considérés comme de bonnes vieilles machines à élire, puis se taire entre deux élections (ou brailler dans la rue). Mais comme des acteurs de la vie politique.

     

    Au fond, les hommes et les femmes politiques, c’est nous. Chaque citoyenne, chaque citoyen, muni du droit de vote, détient une partie de la souveraineté universelle. Cette part est infime, mais elle est sacrée. Inaliénable. Indivisible. Elle nous sert à élire des gens, mais aussi – et c’est infiniment plus intéressant – à inventer nous-mêmes la politique, par exemple en nous engageant dans des comités d’initiatives. Notre démocratie directe n’est pas un luxe, ni une option, elle est un organe de notre ordre constitutionnel, au même titre qu’un processus de décision parlementaire. Sa vivacité, son crédit, son efficacité ne dépendent que de nous : plus nous nous en servirons, mieux nous choisirons nos thèmes, plus l’institution même de la démocratie directe, dans notre pays, marquera des points. La balle est dans notre camp à tous : nous sommes tous des citoyennes et des citoyens. Tous, nous sommes des femmes et des hommes politiques.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Soins dentaires : voilà du concret !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.01.19

     

    Une initiative cantonale pour le remboursement des soins dentaires : voilà un sujet qui nous concerne tous ! Un sujet concret, sensible, qui touche la vie quotidienne des gens, à commencer par les moins favorisés. Les Genevois voteront oui ou non, le 10 février, à ce texte, mais une chose est sûre : en lançant cette initiative, qui a récolté 18'500 signatures (impressionnant !), le Parti du Travail a vu juste. Il parle aux gens de leur vie, leur corps, leur santé : n’est-ce pas là l’un de nos biens les plus précieux ?

     

    Bien sûr, 18'500 signatures, ça ne signifie pas encore la victoire en votation. Dans le texte de l’initiative, il est question des « soins dentaires de base », mais nul catalogue de prestations n’est précisé. Dans le débat du Grand Genève à chaud consacré à ce sujet, le dimanche 20 janvier, les partisans ont reconnu qu’il appartiendrait, en cas de oui le 10 février, au Parlement de se montrer plus précis, lors de la loi d’application. Et puis surtout, la question du financement, qui passe par un prélèvement sur les salaires, ne manquera pas de susciter de vives oppositions.

     

    Mais enfin, qu’on soit pour ou contre, on doit féliciter le Parti du Travail (comme les Jeunes Verts, pour le mitage) d’empoigner un sujet vif et infiniment concernant. Ça nous change de la politique des abstractions, de la querelle sur le sexe des anges, ou… sur l’opportunité même de parler des anges !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les thèmes l'emportent sur les personnes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.01.19

     

    Dans notre politique suisse, nous intervenons, comme dans les autres démocraties qui nous entourent, sur le choix des personnes : ce sont les élections. Exemple : les élections fédérales du dimanche 20 octobre 2019, pour lesquelles les partis aiguisent déjà leurs armes. Mais notre démocratie directe nous permet également de nous prononcer directement, nous les citoyennes et citoyens, sur les thèmes de la politique. Elle nous permet soit de contester une loi votée par le Parlement (référendum), soit, beaucoup mieux, de lancer nous-mêmes, d’en-bas, un grand débat national, avec votation à l’appui, un beau dimanche : cette possibilité, unique au monde, que les Français nous envient tant, est le doit d’initiative.

     

    Exemple : nous votons, le dimanche 10 février 2019, sur l’initiative des Jeunes Verts contre le mitage du territoire. Un débat passionnant, incroyablement concernant pour chacun de nous, pour les générations futures, pour le rapport que nous entendons entretenir à la ville et à la campagne, aux espaces verts, à l’agriculture. Et, finalement, au paysage. Les Jeunes Verts demandent que chaque nouvelle zone à bâtir, dans le pays, soit compensée par l’équivalent (en surface) en retour à la nature. Il s’agit que la ville soit la ville (densifiée, s’il le faut), et que des espaces de campagne soit clairement préservés. Qui d’entre nous n’a jamais pris le train Genève-Lausanne ? Regardons par la fenêtre : le voilà, ce fameux « mitage » du territoire, avec des zones semi-citadines, semi-champêtres, un habitat étalé, dispersé, beaucoup de gaspillage.

     

    Le mois qu’on puisse dire est que l’enjeu est de taille. Eh bien nous n’aurions jamais voté, le 10 février prochain, si à l’origine, un tout petit groupe d’hommes et de femmes motivés, citoyens dans l’âme, en l’occurrence les Jeunes Verts, n’avait décidé de se lancer un jour dans l’aventure – ô combien difficile et périlleuse – de l’initiative populaire fédérale. Grâce à eux, nous allons voter sur un thème majeur pour l’avenir de l’habitat, dans notre pays. Un exemple, parmi des dizaines d’autres depuis 1891 (début de l’initiative populaire fédérale), de la chance que nous avons de nous prononcer directement sur les sujets de la politique. En France (en attendant que les gilets jaunes obtiennent gain de cause sur leurs demandes de nouveaux droits populaires), en Italie, en Allemagne, nos voisins de ces grandes démocraties ne vont aux urnes, sauf rares exceptions, que pour élire des personnes. Du coup, l’engagement citoyen se résume à soutenir ou rejeter des candidats. On les élit pour quatre ou cinq ans, dans des Parlements, et entre deux élections, on leur délègue tout pouvoir de décision.

     

    Eh bien disons-le clairement : nous avons, nous en Suisse, la chance d’avoir un meilleur système. Loin d’être parfait, mais plus ouvert, et plus directement démocratique. Le citoyen n’est pas juste un électeur. Il est un acteur de la vie politique. Saisissons cette chance, et privilégions à fond les thèmes sur les choix des personnes. Vive notre démocratie directe ! Elle est notre grande chance, face à l’Histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Image et vérité

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     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.01.19

     

    Un moment de surréalisme, ce samedi 12 janvier, en pleines manifestations des gilets jaunes : sur le plateau parisien d’une chaîne continue, un ineffable beau parleur nous dit que tout va bien, et que Macron reprend la main. Pendant qu’il parle, en total décalage avec ses propos, l’image qui s’offre aux spectateurs est celle d’un incroyable bordel, avec fumigènes et lances à eau, devant l’Hôtel-de-Ville de Bordeaux, cette ville illustre de Gironde qui eut pour Maire, à la fin du seizième siècle, un certain Montaigne.

     

    Le parisien, en plateau, pérore. Simultanément, l’image bordelaise dit exactement le contraire. De fait, il faut s’interroger sur le rôle de la police, ce samedi 12, dans des villes comme Toulouse ou Bordeaux. Elles ont eu, assurément, la main fort lourde : était-ce toujours justifié ?

     

    Surtout, se pose la question de l’image. Entre les images dûment choisies, mises en scène, montées et commentées par les TV proches du pouvoir, et les dizaines de milliers de vidéos privées circulant sur les réseaux sociaux, il y a lieu de prendre sérieusement en considération cette seconde catégorie. Des bribes de vie, brutes, certes parcellaires (donc à remettre dans leur contexte), mais autrement plus porteuses de vérité que ce que veulent bien nous balancer les stations pro-Macron.

     

    Sauf dans de très rares cas : par exemple lorsque l’image en direct, celle de Bordeaux, vient contredire sans filet les propos hallucinants du petit marquis bavard d’un régime qui s’effondre.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Suisse-Europe : ne lâchons rien, restons libres !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.01.19

     

    D’abord, dire une chose, haut et fort : la Suisse est, dans toutes les profondeurs de ses entrailles, un pays européen. Son destin n’a rien d’insulaire : il s’est construit, au fil des siècles, en fonction des événements extérieurs. Aucune des grandes lames de fond ayant déferlé sur le continent européen n’a épargné la Suisse : ni l’Empire romain, ni la structure féodale, ni les grands ordres chrétiens, ni l’invention de l’imprimerie, ni la traduction de la Bible en allemand par Luther (1522), ni la Réforme, ni la Contre-Réforme, ni les Lumières, ni la Révolution française, ni l’épisode napoléonien, ni la Restauration, ni le romantisme, ni la Révolution industrielle, ni le printemps des peuples de 1848 (début de la Suisse moderne), ni le Kulturkampf, ni l’Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII (1891), ni les deux Guerres mondiales. Dans tous ces mouvements tectoniques, la Suisse a été secouée, comme ses voisins. La thèse de l’insularité ne vaut pas un clou.

     

    Oui, la Suisse est un pays européen. Le destin du continent est le sien. Sa position géographique, centrale, configure ainsi les choses. Simplement, nous ne sommes pas membre de la structure appelée « Union européenne ». C’est ainsi : les choses, depuis 1957 (Traité de Rome) se sont faites sans nous. Nous avons, certes, constamment négocié avec Bruxelles, mais nous avons choisi de rester dehors. Hors de la structure, mais pas hors de l’Europe ! Dans la longue dialectique, déjà six décennies, engagée entre la Suisse et l’Europe communautaire, notre atout principal est, simplement, de rappeler ce que nous sommes. Un pays d’Europe, ami de tous, désireux d’entretenir avec ses voisins les meilleures relations, mais férocement attaché à ses institutions, sa démocratie directe, son fédéralisme, son indépendance nationale, sa souveraineté. Il n’y a là aucune animosité, aucune déclaration de guerre : juste dire à Bruxelles : « Nous sommes un pays libre, nous entendons le rester ».

     

    Dans les négociations, le Conseil fédéral doit absolument avoir cette tonalité-là : courtoisie sur la forme, implacable fermeté sur le fond. En aucun cas les négociateurs ne doivent arriver avec le complexe d’infériorité du petit face au géant : la Suisse est un pays libre, une nation souveraine, elle défend avec rage les intérêts supérieurs de ses citoyens, c’est cela le rôle de nos négociateurs, et non chercher à plaire à Bruxelles. Et surtout, ne rien précipiter ! Quelle UE sortira des élections européennes de mai 2019 ? Quelle place, au sein même du conglomérat, vont y reconquérir les différentes nations ? Quelle place pour la nation française, la nation allemande, la nation italienne, la nation hongroise ? Partout en Europe, comme en 1848, gronde la voix des peuples, partout l’exigence démocratique émerge, partout l’aspiration à la démocratie directe fait surface. Face à cette gigantesque incertitude, nous, la petite Suisse, nous aimons nos institutions, nous avons déjà la démocratie directe, nous vivons ensemble dans la paix et le respect mutuel. Aucune raison, donc, de paniquer face à l’Europe ! Affirmons ce que nous sommes, ne lâchons rien, restons libres.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Après, on discutera

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.01.19

     

    Le plus fou, c’est de lire, sous des plumes suisses, que la démocratie directe ne serait pas faite pour les Français. Comme si génétiquement, par nature, nos amis d’Outre-Jura se trouvaient inaptes à l’exercice des droits populaires.

     

    Mais qui sommes-nous, les Suisses, pour venir décréter que le suffrage universel, sur des objets thématiques, conviendrait davantage, en soi, à un peuple, plutôt qu’à un autre ? Et qui serions-nous, pour administrer des leçons de démocratie à un voisin qui, à la fin du dix-huitième siècle, a donné au monde une universelle leçon d’affranchissement ? Pas seulement en congédiant la monarchie, mais en jetant des bases républicaines dont tant de pays, dans le monde, se sont inspirés.

     

    A la vérité, ceux qui proclament l’inaptitude foncière des Français à cet exercice, sont les mêmes qui, chez nous, combattent la démocratie directe. La plupart du temps, ce sont des élus, dans des Parlements cantonaux ou aux Chambres fédérales. Par corporatisme consanguin, ils défendent bec et ongles la démocratie représentative, aussi essoufflée soit cette dernière. En Suisse, ils n’ont toujours pas admis que la démocratie directe était partie prenante de notre système, non comme anomalie, mais comme institution.

     

    A ces gens-là, confiscateurs de démocratie, la seule réponse à donner est la vitalité citoyenne. La politique nous appartient, à tous. Et certainement pas aux seuls élus ! Qu’ils commencent déjà à appliquer correctement les initiatives votées par le peuple. Après, on discutera.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Suisses, applaudissons les Gilets jaunes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.01.19

     

    Nous les Suisses, avons une chance extraordinaire, que tant de voisins nous envient : grâce à notre démocratie directe, nous pouvons, quatre fois par an, nous prononcer sur le fond de la politique : les thèmes. Exemple : le dimanche 10 février, nous voterons sur un sujet majeur, l’initiative des Jeunes Verts sur le mitage du territoire. Un enjeu passionnant, qui charrie tout notre rapport à la ville et à la campagne, à l’aménagement de nos paysages, à l’agriculture, etc. Nous voterons, pourquoi ? Parce qu’à la base, un petit comité d’hommes et de femmes – les Jeunes Verts – a décidé qu’il était essentiel pour le pays de lancer ce sujet, avec un vaste débat national, des arguments, des idées contradictoires, et un beau dimanche, le verdict. C’est cela, notre démocratie suisse, cela qui est si précieux : pouvoir, nous les citoyennes et citoyens, nous attaquer directement aux thèmes.

     

    Regardez nos amis français : la principale revendication des gilets jaunes (à part le pouvoir d’achat) est d’accéder à une forme d’expression directe du suffrage universel sur les thèmes. Ils appellent cela le référendum d’initiative citoyenne (le RIC), et c’est, dans les grandes lignes, l’équivalent de notre initiative populaire fédérale, en Suisse. En clair, des dizaines de milliers de Français bravent l’hiver, le froid, les CRS, pour obtenir, notamment, davantage de démocratie. Sur le fond, et bien sûr en condamnant les violences et débordements, la démarche est absolument admirable : elle est courageuse, imaginative, offensive, d’intérêt public, elle vise à une élévation du niveau de démocratie en France.

     

    Nous les Suisses, cette démocratie dont rêvent les gilets jaunes, nous l’avons. Parce que d’autres, dans notre Histoire nationale, bien plus conflictuelle que son image d’Epinal, les ont conquis, ces droits ! Eh bien, nos amis français, dont les ancêtres en ont conquis d’autres, également admirables, se battent aujourd’hui pour obtenir des droits comparables à ceux de notre démocratie directe. Nous, Suisses, quel que soit notre positionnement politique, cela devrait nous parler, non ? Pour ma part, j’admire les gilets jaunes. J’admire leur courage, leur détermination, leur endurance, leur opiniâtreté. Je les admire, parce qu’ils ouvrent des voies pour une France plus démocratique, où la base serait écoutée, où le peuple deviendrait, comme chez nous, un acteur de la vie politique.

     

    Un acteur, et non un sujet. C’est le principe même de cet immense moment de l’Histoire humaine qui, à partir de 1789, s’est appelé la Révolution française. Aujourd’hui aussi, certaines féodalités doivent tomber, et pas seulement en France ! Les corps intermédiaires ont pris trop d’importance, ils confisquent tant de droits, que le suffrage universel pourrait assumer directement. Il ne s’agit pas de créer une démocratie d’opinion, où un simple clic suffirait à décider. Non : il s’agit, dans les années et les générations qui viennent, de donner au plus grand nombre la possibilité, par des voies institutionnelles (et non par la rue !) de peser sur le destin des nations. A tous, excellente Année 2019 !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Mes voeux pour Genève en 2019

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.12.18

     

    Je suis né à Genève il y a six décennies, j’y ai passé (à part mes années bernoises, au Palais fédéral) l’essentiel de ma vie. C’est la seule ville au monde, avec peut-être Rome, où je me sens totalement bien. Chez moi, au milieu du monde qui défile. Depuis un quart de siècle, à la belle saison, je fais toujours exactement la même promenade, dans les lieux de mon enfance, entre le quartier de Sécheron, les parcs au bord du lac, le Jardin Botanique, le Château de Penthes, le quartier international. Environ quatre kilomètres, au milieu d’arbres sublimes, et des espèces végétales magnifiquement entretenues, à travers les âges, par nos grands botanistes. La serre tropicale, tiède et humide, riche des variétés lointaines de la planète, Cathédrale de vie et de méditation.

     

    Bref, comme beaucoup d’entre vous, j’aime Genève. D’une passion à la fois sensuelle et spirituelle. Et je souhaite son bien. Alors, pour la nouvelle Année, voici un ou deux vœux. D’abord, il importe à tout prix que ce bout de lac, où resurgit le Rhône, demeure un lieu de curiosité, de connaissance et de culture. Nous avons, dans ces domaines, à Genève, une exceptionnelle vitalité. Musique, art choral, théâtre, danse, cinéma, arts visuels, musées : il y en a pour tous les goûts. Comment gérer une telle richesse humaine ? Comment rendre accessible à tous, et non à une seule élite, les trésors de notre vie culturelle ? Au-delà, comment promouvoir, avec une passion sans cesse renouvelée, les chemins de la connaissance ? Puisse l’Ecole genevoise se souvenir que sa mission première est cognitive : transmettre, éveiller les enthousiasmes, passer les flambeaux. Quoi de plus bouleversant que ce lien entre les générations, celui dont parle si bien Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine ?

     

    Genève est un lieu de paradoxes. Un esprit peu attentif pourrait n’y voir qu’une ville de dimension provinciale, à l’instar de grosses bourgades françaises, aussi peuplées que Genève, sans la chance d’avoir son rayonnement. Mais dans l’échelle des valeurs, où est la capitale, où est la province ? Qui définit l’essentiel ? La taille urbaine a-t-elle, au fond, le moindre privilège, si c’est, dans l’absolu, pour aboutir à d’anonymes mégalopoles, où suinte l’ennui ? Et l’habitant d’une ville moyenne doit-il à tout prix rêver de la grande capitale lointaine, avec son métro, ses heures de déplacement, ces trajets qui éreintent, ces visages éteints, désertés par le sourire ?

     

    Au début, j’ai parlé de Rome. Je pense si souvent au grand poète Joachim Du Bellay (1522-1560), et à ce sublime sonnet, dans les Regrets, « Heureux qui comme Ulysse », où il s’ennuie, dans la Ville éternelle, de son Petit Liré, en Anjou. Face au monde, Genève sera toujours pour moi le Petit Liré. Nous devons nous battre, ce sera là mon dernier vœu, pour que la qualité de la vie y demeure précieuse, à taille humaine, dans la contemplation du lac, du Salève, du Jura, des Voirons, du Mont-Blanc et puis celle du Môle. Ce sont nos repères, nous y tenons. Ils sont le périmètre de notre bonheur.  A tous, je souhaite une excellente Année 2019 !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le Ying et le Yang

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    Commentaire publié dans GHI - 19.12.18

     

    Ce vendredi 14 décembre, le Grand Conseil genevois a fait très fort. Dans son immense sagesse, il a accepté deux projets de loi, sur l’avenir de la CPEG (Caisse de pension des employés de l’Etat de Genève), parfaitement contradictoires ! Il a dit noir et il a dit blanc, il a dit une chose et son contraire, il a dit oui au Ying, a dit oui au Yang.

     

    Nos députés ont, à la fois, accepté le projet de la gauche et du MCG, qui conserve, pour les rentiers, la primauté des prestations, et celui du Conseil d’Etat qui, avec la droite, introduit la primauté des cotisations. Pour ne prendre que l’une des différences majeures qui font de ces deux projets de loi des éléments antagonistes, inconciliables.

     

    Comment les élus en sont-ils arrivés là ? Quel rôle a joué l’abstention des Verts, sur le projet du Conseil d’Etat ? Surtout, comment le Canton va-t-il trouver une issue à cet imbroglio, sans faire perdre la face à l’une des parties ?

     

    Cette gesticulation parlementaire donne, de la part de la démocratie représentative genevoise, un signal d’impuissance. Si les autorités, récemment élues pour cinq ans, ne sont pas capables de trouver une solution, en début de législature, à une question aussi majeure que celle des retraites des fonctionnaires, alors il faudra que Genève songe à étendre et approfondir ses mécanismes de démocratie directe. De façon à donner au peuple la voix prépondérante. Pas seulement pour réagir à ce qu’on lui propose (référendums). Mais pour inventer par lui-même (initiatives) la possibilité du salut.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La politique doit être claire et lisible !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.12.18

     

    La politique, c’est l’art de gérer la Cité. La démocratie, c’est le pouvoir au peuple. La capacité, pour ce dernier, d’actionner les leviers de décision. La démocratie représentative, c’est le peuple qui délègue sa confiance à des élus, dans des Parlements par exemple. La démocratie directe, c’est le suffrage universel qui prend directement des décisions. Soit par référendum (en opposition à une loi votée par un Parlement). Soit, beaucoup mieux, par voie d’initiative : un comité de citoyens lance une idée forte pour modifier la Constitution, il récolte des signatures, et un jour le peuple vote. En Suisse, nous avons un mélange de démocratie représentative (puisque nous élisons des gens) et de démocratie directe. La dialectique, souvent antagoniste, entre ces deux systèmes, étincelante comme le choc de deux silex, est passionnante.

     

    Dans un pays comme la Suisse, où la démocratie directe est si présente, dans les trois échelons de notre vie politique (Commune, Canton, Confédération), il absolument nécessaire que les enjeux soient clairs. La politique est certes une chose complexe. Mais cela ne doit en aucun cas nous empêcher d’en présenter les thèmes de façon claire, lisible, compréhensible par tous. Lorsqu’un sujet est proposé au suffrage universel, il doit être immédiatement perceptible par l’ensemble de la population. Les mots doivent être simples, le jargon juridique doit être impérativement expurgé : la Suisse n’est pas une immense Faculté de droit, elle est une nation citoyenne, où tout le monde doit pouvoir comprendre, d’un coup, les tenants et les aboutissants d’une votation.

     

    En termes de clarté, la démocratie directe est supérieure à la démocratie représentative. Les initiatives, voulues au départ par un petit nombre, puis proposées au suffrage universel, ont, la plupart du temps, des titres clairs et percutants. On les aime ou on les déteste, on les soutient ou on les combat, mais enfin on les comprend ! Je n’en dirai pas autant des puissants compromis parlementaires, ces fameux « paquets » où les élus législatifs, dans un pur esprit de maquignonnage où tout le monde se tient par la barbichette, nous concoctent des mélanges de sens, totalement incompréhensibles par le grand public. Exemple 1 : le paquet fédéral où on mêle le destin de l’imposition des entreprises à celui de l’AVS. Exemple 2 : le paquet du Conseil d’Etat genevois où on mêle la même imposition aux subsides versés aux gens pour payer leurs primes d’assurance maladie. Dans les deux cas, nous avons affaire à des confusions scélérates quant au fond, et illisibles quant à la forme.

     

    La politique doit être claire. Si le monde parlementaire, en Suisse, n’est plus capable d’accoucher d’autre chose que d’obscures équations, alors il devra céder la place à une extension des droits populaires. Un système lisible, audible, loyal sur les enjeux. Un système pour le peuple et par le peuple. Et non au service des corps intermédiaires.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le crépuscule de la démocratie représentative

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.12.18

     

    Un Palais fédéral au petit matin, avec encore les lumières de la nuit, la magie de la Vieille Ville de Berne, la beauté dorée de la pierre, la ruche des antichambres. C’était, ce mercredi 5 décembre, le décor de contes de fées de la double élection au Conseil fédéral, suite aux départs de Doris Leuthard et Johann Schneider-Ammann. Ces liturgies électorales de décembre, dans la magie bernoise, j’en ai couvertes de nombreuses, à l’époque, pour la RSR, dans la totale excitation du direct. Mais c’était de la radio : le miracle venait du mélange des voix, et du savoir-faire narratif à travers un micro. La télévision, elle, nous amène la chaleur d’une mise en scène, l’immédiateté de l’image. En cela, quelle que soit la distance prise par ses journalistes, elle fonctionne comme outil au service du système. Quel système ? Mais le Parlement lui-même, en tant qu’institution ! A travers lui, la démocratie représentative.

     

    Au matin de ce 5 décembre, qu’avons-nous vu ? 25 ans après le psychodrame de la non-élection de Christiane Brunner, 15 ans après la non-réélection de Ruth Metzler, 11 ans après celle de Christoph Blocher, nous eûmes droit à la plus parfaite des félicités. Sur le résultat, je n’ai rien à dire : le Parlement a élu, à mes yeux, avec la PLR saint-galloise Karin Keller-Sutter et la PDC valaisanne Viola Amherd, les meilleures personnes. Mieux : il a élu chacune d’entre elles au premier tour ! Tout cela, avant 10 heures du matin, était liquidé. Du bon boulot, réglé, comme du papier à musique.

     

    Et c’était exactement cela, le signal que le Parlement voulait donner. Ce pouvoir législatif fédéral 2015-2019, qui a tant piétiné sur les dossiers majeurs qui doivent façonner le destin du pays (assurances sociales, LAMAL, Suisse-Europe), quand il n’a pas carrément tronqué la volonté populaire (application de l’initiative du 9 février 2014 sur l’immigration de masse), avait un sérieux besoin, en termes d’images, de se refaire une beauté. L’élection du 5 décembre lui a donné cette occasion. Elle tombait à point nommé, à moins d’un an (20 octobre 2019) des élections fédérales ! Oui, la Sainte Messe matinale de la double élection au Conseil fédéral fut une opération destinée à redorer le blason d’un Parlement qui, sur le fond de son travail, n’a pas particulièrement marqué des points pendant cette législature. Oui, au matin du 5 décembre, pendant deux heures, il a fait du bon boulot : non, cela ne doit pas oblitérer la qualité discutable de son travail, sur le fond, ces dernières années.

     

    Mes propos jettent un froid ? Eh bien, jetons ! Et disons les choses comme elles sont : la bonne vieille démocratie représentative suisse, qui vécut ce 5 décembre sa grande féérie de fin d’automne, efficace mais crépusculaire, n’est peut-être pas l’institution qui représente le plus l’avenir de la Suisse. Il en existe une autre, férocement concurrentielle, surgie des profondeurs telluriques de notre peuple : elle s’appelle la démocratie directe.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • De l'Histoire politique, SVP !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.12.18

     

    Il est inimaginable que l’Histoire politique soit aussi peu enseignée à l’école. A tous les degrés : primaire, Cycle d’orientation, post-obligatoire (Collège, Ecoles de commerce, etc.).

     

    Je dis bien : l’Histoire politique. J’ai eu la chance, là où j’étais, dans mon école primaire des années soixante, d’être initié très jeune à l’Histoire des guerres, des traités, des alliances. Avec des dates, qui n’étaient certes pas des buts en soi (l’ignorance chronologique ne l’est pas non plus), mais des repères, dans le champ de perspective de la durée. Ce qu’on appelle la diachronie.

     

    Depuis Mai 68, la mode est à l’enseignement de l’Histoire, à travers les sujets de société, Au nom de la valorisation des sources, l’obsession du document, émanant souvent des aspects de la vie privée des gens, tellement parcellaire, a pris une importance telle que, chez beaucoup d’élèves, pourtant fort disposés à la chose historique, la vision politique d’ensemble est très atténuée.

     

    Il faut réhabiliter, dans nos écoles, l’Histoire politique. Je ne dis pas qu’il faille gorger les élèves, comme des oies, de dates. Mais tout de même, un peu de vision chronologique, que diable ! Qu’on leur fasse lire du Thucydide, le lumineux auteur, il y a 25 siècles, de la Guerre du Péloponnèse. Qu’on raconte la Réforme, la Révolution française, les deux Guerres mondiales ! Qu’on réhabilite les grands ensembles ! Certains profs, admirables, le font avec un rare talent, je le sais. Mais j’aimerais tant qu’ils soient plus nombreux !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Gilets jaunes ? Non : démocratie directe !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.12.18

     

    En France, personne n’a vu venir le phénomène des gilets jaunes. Ni Macron, ni son Premier ministre, ni vous, ni moi. L’irruption, sur les routes du pays, dans les rues des villes, et jusqu’aux Champs-Elysées, de ces manants et croquants surgis des profondeurs, constitue un événement que les historiens retiendront comme quelque chose de nouveau. On a beau agiter les références du passé, l’Histoire de France n’en manque pas, on a beau évoquer les jacqueries médiévales, les foules révolutionnaires de 1789, celles de 1830, la Liberté guidant le Peuple, rien n’y fait : on ne parvient pas à circonscrire intellectuellement un soulèvement populaire qui nous dépasse.

     

    Il faudra bien pourtant le comprendre. Et lui donner une réponse politique. Partie de la hausse du prix de l’essence, engendrant une colère légitime dans les périphéries sous-équipées en transports publics, la grande colère de l’automne 2018 s’est vite transformée en vague de haine contre Macron. C’est lui, maintenant, dont les foules veulent la tête. Les plus modérées exigent une dissolution de l’Assemblée nationale, les autres réclament le départ du Président. Face à cette vague, il est très clair qu’une intervention du chef de l’Etat au journal de 20h ne suffira pas. Nous n’en sommes plus là : le peuple veut du concret, sonnant et trébuchant, sans tarder.

     

    Face à cette déferlante, nous, les Suisses, sommes spectateurs. Tous en tête, nous avons une question : « Aurons-nous des gilets jaunes dans notre pays ? ». Nul n’a la réponse. Mais une chose est sûre : nous avons, en Suisse, la chance exceptionnelle d’avoir la démocratie directe. Elle n’empêche pas les manifestations de rue, mais elle en atténue grandement la probabilité et surtout la fréquence. Le droit de référendum permet d’attaquer une loi parlementaire. Bien mieux : celui d’initiative donne au peuple la possibilité de lancer sur la place publique, à l’échelon du pays tout entier, des thèmes tabous, volontairement oubliés par la classe politique. Tout cela constitue des soupapes, orientant la pression non vers les clameurs de la rue, mais, concernant les initiatives, vers un changement de la Constitution. Vous vous rendez compte : en Suisse ce sont le peuple et les cantons qui modifient la Charte fondamentale du pays !

     

    Nous ne sommes pourtant pas, par nature, un peuple plus sage, ni plus tranquille, que n’importe quel autre. Notre Histoire, pour qui veut bien la considérer dans sa réalité sociale plutôt que dans ses mythes, est jalonnée de combats, de douleurs, de cicatrices. Notre corps social n’est pas moins explosif qu’un autre. Mais nous avons la démocratie directe, comme antidote. De grâce, n’en diminuons en rien la marge d’action. Au contraire : planchons, dans les années et les décennies qui viennent, pour une extension de ses compétences. C’est un outil de légitimité profonde. Encore faut-il en accepter, tous les trois mois, les verdicts, sans jouer aux mauvais perdants. Vaste programme !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La citoyenneté, ça s'apprend !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.11.8

     

    L’affaire des gilets jaunes, en France, doit nous faire réfléchir. Nos voisins aiment manifester, la rue est l’un de leurs théâtres préférés pour exprimer leurs colères. Parfois, ils défilent sur les grands boulevards parisiens, parfois ils étendent leur toile sur l’ensemble du pays, bloquant les routes, paralysant les chemins de fer : la première victime de la foule française en fureur, c’est le Français lui-même ! Ce qui devrait s’adresser au pouvoir se retourne contre le brave quidam : on l’arrête au carrefour, on lui empoisonne la vie, pendant ce temps le décideur vit tranquillement la sienne, ailleurs, loin des barrages. C’est le principe même de la jacquerie : aveugle, indifférenciée, sonore, souvent inefficace.

     

    Face à ce système un peu désespérant, nous avons en Suisse une chance exceptionnelle : la démocratie directe. Grâce aux référendums, et surtout aux initiatives, le peuple ne se contente pas de subir ce qui vient d’en haut ; au contraire, il devient lui-même acteur du destin national. C’est lui qui façonne la Constitution, avec les Cantons, et qui tous les trois mois la corrige, par petites touches. Du coup, les gens au pouvoir sont moins perçus comme une oligarchie lointaine, devant laquelle il faudrait soit plier l’échine, soit hurler dans la rue. Le patron, chez nous, c’est le peuple : on l’imagine mal se révolter contre lui-même.

     

    Ce système est responsabilisant. Bien vécu par chaque citoyenne, chaque citoyen, il amène ces derniers à se percevoir eux-mêmes, non comme des sujets à la merci du Prince, mais comme un fragment de la souveraineté nationale. Ce sentiment d’autorité de chaque individu sur le destin de l’ensemble, il convient absolument de le cultiver dès l’école. Il n’est pas admissible, aujourd’hui, qu’un garçon ou une fille de 18 ans, donc entrant dans l’âge de voter, débarque dans ce monde comme un parfait néophyte, n’y comprenant rien, pestant contre la complexité des brochures, conspuant la classe politique sur la petite musique, si facile, du « tous pourris ! ».

     

    Non, non et non. La citoyenneté s’apprend. Elle s’éduque et s’aiguise dès l’enfance. D’abord, par un enseignement de l’Histoire politique, autrement solide que celui d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de tout savoir, ni de remplir des têtes avec des dates, mais d’avoir suffisamment pratiqué cette discipline majeure pour éveiller chez l’élève le sens de la diachronie, entendez celui de la durée. Exactement comme un dessinateur acquiert celui de la perspective et de la vision dans l’espace. En clair, se forger les outils pour saisir que les événements historiques ne surgissent jamais tout seuls, par hasard, mais comme maillons d’une longue chaîne de causes et de conséquences, ce que nous enseigne admirablement l’immense historien grec Thucydide (465-395 av. J.-C.), dans sa Guerre du Péloponnèse.

     

    Ayant ainsi grandi en sagesse dans l’étude critique et dialectique de l’Histoire, le jeune homme ou la jeune femme de 18 ans n’arrivera pas au seuil de la citoyenneté en se lamentant : « Voilà ce que je vais subir », mais en se réjouissant de son rôle d’acteur : « Voilà ce que moi, j’entends faire pour mon pays ».

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les partis ne sont pas l'Alpha et l'Oméga

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.11.18

     

    Nous accordons tous beaucoup trop d’importance aux partis politiques. De gauche ou de droite, nous avons tendance à les traiter comme s’ils étaient l’Alpha et l’Oméga de notre vie démocratique. Ils ne le sont pas ! Le personnage principal, dans notre système suisse, ça n’est pas le membre d’un parti, ni son président, ni même son élu. Non, le héros de la politique suisse, c’est le citoyen. Ce corps électoral, invisible, de quelque cinq millions d’hommes et de femmes qui, quatre fois par an, sont appelés à se prononcer sur le destin de la nation. Ce sont eux, les patrons. Pas les élus, ni législatifs ni exécutifs ! D’un parlementaire, on attend qu’il fasse des lois, c’est déjà très important. Mais la politique ne lui appartient pas. Encore moins, à son parti !

     

    L’émergence des partis politiques est une conquête de la Révolution française. Après les siècles d’Ancien Régime, l’impérieux besoin d’user de la liberté d’association et de réunion fut une revendication capitale, les partis en sont nés. Après deux siècles, les étiquettes ont changé, Jacobins et Girondins ont laissé la place aux radicaux, socialistes, libéraux, puis plus tard démocrates-chrétiens, etc., mais au fond les fronts sont toujours les mêmes, et les masses tectoniques de nos paysages politiques, en Suisse, en France, en Allemagne, n’ont pas beaucoup bougé, pendant toutes ces décennies.

     

    C’est bien, les partis ont joué leur rôle dans l’Histoire. Mais leur temps n’est pas infini. La prodigieuse évolution des techniques, la mise en réseau des connaissances, le partage immédiat de l’information, tout cela va faire évoluer la citoyenneté. La démocratie directe, ce bien si précieux de notre système suisse, doit trouver le moyen de se réinventer pour faire participer massivement le plus grand nombre, encore plus qu’aujourd’hui, aux grandes décisions touchant le pays. De plus en plus, des groupes de citoyens, ciblés sur un objectif précis, pourront mettre en marche une démocratie d’efficacité et de résultats, sans passer par les appareils lourdingues des partis, avec leur pesanteur de comités, d’assemblées générales, d’élections internes, de petit services rendus entre bons paroissiens.

     

    Et puis, quoi ! Le but, face au destin du pays, n’est pas de se dire toute sa vie « Je suis radical, je suis PDC, je suis socialiste, c’est merveilleux », mais il est de servir l’intérêt général. La démocratie directe, qui met en avant les thèmes plutôt que les personnes, déterre les tabous, provoque dialogues et débats, met en œuvre le langage et l’esprit, sert autrement le pays que ces pronunciamientos d’apparatchiks et de comitards, avec leurs partages de prébendes dans les conseils d’administration des grandes régies, leurs barbichettes mutuellement tenues, en un mot leurs systèmes de copinages. La politique n’appartient pas aux partis, mais à l’ensemble des citoyennes et citoyens de ce pays. Et, s’il faut la faire un jour sans les partis, eh bien nous la ferons sans eux.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • On parle trop des élus !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.11.18

     

    Voyages à Abu-Dhabi, notes de frais en Ville de Genève, voyage à Grenade d’une conseillère aux Etats vaudoise : on a l’impression, depuis quelques semaines, que l’horizon de l’analyse politique se réduit à donner son avis sur les faits et gestes, plus ou moins légaux, plus ou moins douteux, de nos élus. Tel magistrat a-t-il payé son voyage, qui le lui a offert, sa virée aux Emirats était-elle privée, ou au service du Canton, etc. Narrativement, c’est du pain bénit : ces historiettes se racontent merveilleusement, leurs rebondissements sont savoureux, un paradis pour les Revues, les dessins de presse, les caricatures. D’ailleurs qui d’entre nous, dès qu’il apprend un nouvel épisode, ne salive-t-il pas à l’idée d’immédiatement en informer ses amis et contacts de prédilection ?

     

    Fort bien. Nous passons tous un bon moment. Dans ces traditionnels automnes genevois, où on attend Noël dans l’ivresse mesurée du stratus matinal, ce charivari fait du bien. Mais les passionnés de politique sont en droit, tout de même, d’attendre autre chose que cette réduction, digne des Jivaros, de la chose publique aux petites virées orientales, ou andalouses, de nos élus. A noter, juste en passant, que de Grenade aux Emirats, c’est toute une sensualité orientaliste, avec son lot de fantasmes, qui s’en vient squatter nos imaginaires : aurions-nous fait le même foin si nos édiles s’étaient rendus en week-end à Trondheim, ou à Düsseldorf ?

     

    Donc, nous nous sommes fait plaisir. Avec des ingrédients que les principaux intéressés nous aurons livrés sur un plateau d’argent. Mais tout de même, et au risque de casser l’ambiance, rappelons que l’analyse politique, ça n’est pas cela. Une foi que tel éditorialiste, ou commentateur, aura signé son quinzième papier pour s’étrangler d’indignation, donner sa leçon de morale, ou nous remettre sur le tapis le sacro-saint « devoir d’exemplarité » des élus, il n’aura en vérité rien commencé, dans l’ordre de son métier. Ce dernier exige que les personnalités politiques soient jugées, non sur leurs petites déviances, mais sur leur efficacité dans les domaines où elles agissent. Tel ministre a-t-il réussi à faire avancer la République, par des réformes, ou a-t-il échoué ? Cette question est la seule, l’unique, celle qui doit prévaloir sur toutes les autres. C’est dans ce champ-là, et non dans l’improbable bosquet des péripéties, que les commentateurs de la vie politique doivent exercer leur esprit critique.

     

    Pour ma part, j’attends d’un élu qu’il obtienne des résultats. Qu’il passe ses nuits dans d’odorants estaminets, à déguster du brut ou du demi-sec, ne m’intéresse pas. Le bien ou le mal que j’en dirai sera fonction de sa capacité à tenir la barre dans la République, s’imposer face à l’administration, faire avancer les choses. Pour le reste, parlons un peu moins des hommes et des femmes, et davantage des thèmes. Privilégions les votations sur les élections. Et surtout, utilisons à fond la démocratie directe : thématique et ciblée, elle est le fleuron de notre système politique suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Pharisiens de l'illisible

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.10.18

     

    Fuyez comme la peste les grands experts qui viennent vous asséner, l’air pénétré, qu’en politique, les enjeux sont de plus en plus complexes. Et qu’hélas, les méchants populistes, simplificateurs du diable, dévoient les foules par un discours trop facile à comprendre.

     

    D’abord, c’est faux. Les enjeux de 2018 ne sont ni plus complexes, ni plus simples que ceux de 1914, ou 1815. Dans le jeu des pouvoirs, il appartient à l’observateur de la vie politique de dégager l’essentiel de l’accessoire, faire la synthèse, puis s’exprimer, face au public, en des termes parfaitement accessibles à tous. C’était valable au temps de Tocqueville. Ça le demeure aujourd’hui.

     

    Surtout, très souvent, les apôtres du complexe sont précisément ceux qui, là où ils sont, l’ont générée, cette usine à gaz. Prenez les spécialistes des « institutions européennes » : immergés dans les équations insolubles de Bruxelles, avec leurs déferlantes de directives, ils nous brandissent sans arrêt ces machines à Tinguely qu’ils ont, eux-mêmes, contribué à construire !

     

    Face à cette Ridicule Préciosité, soyons simplement démocrates. Nous avons la démocratie directe, faisons-la vivre ! Lançons des initiatives. Provoquons de vastes débats nationaux. Expliquons-nous, dans le fracas sonore et fraternel de la parole partagée. Et puis, un beau dimanche, acceptons le résultat. C’est la meilleure réponse que nous puissions donner aux tétanisés du complexe, pharisiens de l’illisible.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • PLR : les rancoeurs cachées de la fusion

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.10.18

     

    L’histoire exhume le fumet de province des romans de Balzac. Ou ceux de François Mauriac (1885-1970), qui nous raconte si bien les petits dessous cachés de cette bourgeoisie bordelaise qui l’a vu grandir. Il y a la famille, le mariage, le non-dit, l’argent. Il y a ce qu’on laisse paraître et ce qu’on cache. Il y a tout ce fatras de détails qui encombrent les destins, toutes ces petitesses, derrière les paravents de grandeur. En l’espèce, nous ne sommes pas en Gironde, mais à Genève. La famille n’est pas constituée d’un homme et d’une femme, mais de deux partis : elle s’appelle le PLR. Le mariage s’est déroulé en grande pompe, en mai 2011. A-t-il jamais été consommé ?

     

    Dans toute bonne famille, il y a des bijoux. Fragments d’héritage, auxquels on tient. On a beau faire trésor commun, on les garde pour soi, comme la prunelle de ses yeux. C’est, apparemment, ce qui est arrivé aux radicaux, lors de leurs noces avec les libéraux. La Tribune de Genève nous le révèle : on a décidé de se mettre de côté une bonne vieille cagnotte, un peu comme des joueurs de cartes, habitués d’un bistrot. On a « omis » de la verser dans le pot commun, on s’est dit qu’elle pourrait servir à soutenir le pas héroïque des grognards radicaux, dans les futures campagnes. Le pas des radicaux, oui, avec sa cadence républicaine, sa marche consulaire, ses parfums d’Empire. Et pas celui des libéraux, ces héritiers des patriciens et de la Restauration. Se marier, on veut bien, s’il le faut, mais oublier l’Histoire, jamais.

     

    Bref, on s’est tricoté un bas de laine, et on l’a planqué. On aurait créé un « Cercle Fazy-Favon » (ça ne s’invente pas !) servant de trésorerie pour financer des opérations électorales, tiens par exemple la campagne de 2015 autour de la loi sur la police. Illégal ? Peut-être pas. Mais révélateur. La fusion, entre libéraux et radicaux, n’allait pas de soi. Les origines historiques, je pourrais vous en parler des heures, sont tellement antinomiques, la méfiance entre les états-majors est atavique, le non-dit vaut son pesant d’or. Beaucoup de militants, des deux côtés, ont loyalement joué le jeu, laissant le passé pour construire un nouveau parti. Hommage à eux. Mais pas mal d’autres, surtout dans les officines, ont continué de jouer l’ancien parti.

     

    Quand on vous dit, depuis l’enfance, que vous êtes l’héritier des Lumières, de la Révolution, des Soldats de l’An II, des immenses figures qui ont fait la Suisse de 1848, et celle qui a suivi, vous avez peut-être un peu de peine à vous surexciter à l’idée d’un destin commun avec les fatigues patriciennes de la Vieille Ville, celles qui encensent tant la Restauration. Alors, voilà, on a gardé pour soi les quelques misérables sous que, dans sa radicale sueur, on avait pu mettre de côté. On s’est dit que ça pourrait servir. On a lâché quelques pièces, en 2015, pour faire passer une loi contestée par la moitié de l’électorat. On ne demande même pas le divorce, d’ailleurs. On se dit juste qu’on va vieillir ensemble. C’est déjà quelque chose, non ?

     

    Pascal Décaillet

     

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