22/03/2018

La nouveauté d'un possible

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Commentaire - GHI - 21.03.18

 

Il y a des listes, plus que d’autres, d’où sortent de belles vibrations. Et dans ces listes électorales, il y a bien sûr, avant toute chose, des personnes. En l’occurrence, des femmes.

 

Une liste avec uniquement des femmes : le principe philosophique ne m’avait jamais plu, je le trouvais sectaire, alors que la République est une et indivisible. Bref, j’étais – et suis encore, au fond – mal disposé, sur le principe.

 

Seulement voilà, il y a les principes, et il y a les personnes. Pour ma grande opération « Visages de Campagne », 104 candidats face à moi, six minutes chacun, j’ai rencontré huit représentantes de la Liste des femmes. Au-delà de savoir si je suis d’accord ou non avec elles, j’ai découvert des univers, des engagements, une joie militante profondément ancrée. Enfin, quelque chose d’assez puissant, à quoi je ne m’attendais pas.

 

Ensuite ? Ensuite, rien ! Je n’appelle ici ni à voter pour cette liste, ni à la rejeter, chacun est libre. Mais j’ai découvert, après des décennies de passion pour la chose politique, la nouveauté d’un possible. Pas avec de grands discours, ni des démonstrations, ni des palabres de salons parisiens. Mais avec la force, parfois saisissante, de huit témoignages.

 

Laisser émerger l’inattendu de la parole, c’est peut-être aussi cela, la mission du journalisme. Alors, à ces dames de passage, je dis simplement merci.

 

Pascal Décaillet

 

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21/03/2018

Anne Emery-Torracinta, magistrate intègre et courageuse

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.03.18

 

C’est toujours comme ça, une campagne électorale : ça commence prudemment, sans trop de bruit, avec des adversaires qui s’observent et s’épient, en affûtant leurs armes. C’est ce qu’on appelle la Drôle de Guerre, comme entre la France et l’Allemagne, entre le 1er septembre 1939 et le 9 mai 1940. Et puis voilà, il faut bien qu’il y ait un 10 mai. Cela change de nom, cela s’appelle la Blitzkrieg, l’offensive-éclair. Elle est violente, massive, dévastatrice. Et surtout surprenante. Évidemment ! On ne va tout de même pas envoyer un bristol à l’ennemi pour lui faire savoir, deux jours avant, qu’on va attaquer ses positions. Pour les élections, on parle de « campagne » : le mot est parfaitement juste, les lois appliquées y sont celles de la guerre. Pour saisir ce qui s’y passe, il faut connaître les grilles de lecture de la guerre, pas celles de la morale. Naïfs et bonnes âmes, s’abstenir.

 

Ministre genevoise de l’Instruction publique depuis quatre ans et demi, la socialiste Anne Emery-Torracinta est une femme réputée pour son intégrité, sa rigueur, son courage. On partage ou non ses options pédagogiques, par exemple son obsession pour « l’école inclusive », mais nul, dans la République, ne peut lui contester ses qualités d’honnêteté, ni la ténacité de son engagement, pendant toute sa vie, en faveur de l’École genevoise. D’abord, comme prof d’Histoire, très appréciée. Puis, comme députée. Puis, comme magistrate.

 

Sans doute a-t-elle commis des erreurs. Sous le feu des attaques, elle a mal communiqué, mal géré la crise. Mais ces nervosités ne doivent aucunement nous faire oublier qu’elle a dirigé correctement, dans les grandes lignes, un Département très difficile, avec toujours un souci d’Etat, et des priorités républicaines. Je demande aux citoyennes et citoyens qui voteront, le 15 avril, de la juger, dans le sens qu’ils voudront, sur ces choses-là, qui sont simplement l’essentiel. Et non sur les seuls échos de la Blitzkrieg que d’aucuns, comme par hasard à quatre semaines des élections, ont jugé bon de lancer sur elle.

 

Bien sûr, les affaires évoquées, impliquant des relations entre profs et élèves, sont importantes. Et doivent être instruites. Pas question, ici, de nier cela. Mais pas question, non plus, de pousser la candeur jusqu’à ne pas voir la prodigieuse aubaine que constituent ces affaires, datant d’ailleurs d’époques antérieures, pour les adversaires politiques de Mme Emery-Torracinta. Nous sommes en période électorale ! Donc, en campagne. Donc, langage et codes de la guerre, Donc, intox permanente. Donc, avantage à celui qui maîtrise la communication. C’est cela, la Blitzkrieg. Cela qui se passe, avec la récupération éhontée, et tellement providentielle, d’affaires judiciaires en cours, pour avoir la peau d’une magistrate honorable et compétente. Une ministre à qui, pour ma part, malgré mon goût relativement limité pour l’école inclusive, j’accorde ma gratitude et ma confiance.

 

Pascal Décaillet

 

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16/03/2018

Candidats, faites-nous aimer la politique !

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Commentaire publié dans GHI - 14.03.18

 

Prenez la masse des gens, dans la rue. Dans les trams. Dans les grandes surfaces. Combien, parmi eux, s’intéressent-ils vraiment à la politique ? Un sur trois ? Un sur cinq ? Je n’en sais strictement rien. Mais je suis sûr d’une chose : nous, les journalistes politiques, avons avec les candidats, de tous bords évidemment, une mission en commun, donner à un maximum de personnes le goût de la chose publique. Soit pour s’y lancer, comme acteurs. Soit, au moins, pour maîtriser au mieux les enjeux, lors de votations ou d’élections. Car la vraie fracture, aujourd’hui, n’est pas tant entre la droite et la gauche, qu’entre ceux qui croient en la politique, et les autres. Pour ma part, je considère de mon devoir de rendre la politique attrayante, appétissante, accessible à tous. Et non de la laisser gésir dans une tour d’ivoire, entre initiés, avec leurs mots complexes, leurs rites, leurs petits arrangements, entre gens du même monde.

 

Pourquoi ? Mais parce que nous sommes en Suisse ! Le pays de la démocratie directe. Donner la parole à l’ensemble d’un corps électoral (plutôt qu’aux seuls parlementaires), le principe est génial, mais à une seule condition : que nos citoyennes, nos citoyens, soient dûment formés à la culture politique. Le rôle de l’école est primordial, et, même si des progrès ont été accomplis ces dernières années, doit aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui dans l’enseignement de l’Histoire, y compris nationale, et même locale, et dans celui de l’éducation citoyenne. En 2018, la formation, à Genève, est obligatoire jusqu’à 18 ans. C’est précisément l’âge où l’on devient citoyen, avec le droit de vote. Eh bien il est inadmissible qu’à cet âge, on puisse, par défaut d’y avoir été initié dans l’institution scolaire, ignorer les grands mécanismes de notre pays, et de notre canton : démocratie directe, initiatives, référendums, fédéralisme, identification des trois échelons de législatifs et d’exécutifs, etc. C’est le devoir de l’école que d’enseigner cela.

 

Et puis, lors d’une campagne électorale (nous y sommes en plein, avec l’élection du Grand Conseil et le premier tour du Conseil d’Etat, le 15 avril), c’est le devoir de chaque candidat de nous faire aimer la politique. Oui, la politique toute entière, dans son principe, son essence. Car chaque candidat, en plus d’être le représentant de son parti, incarne aux yeux du public l’action politique, dans son ensemble. Peu importe, à mes yeux, qu’il soit de gauche ou de droite, homme ou femme : ce que je lui demande, c’est d’avoir du talent, de l’énergie, de la puissance de communication, une sincérité militante, au service de la Cité. Oui, chaque candidat au Grand Conseil, et bien sûr au Conseil d’Etat, doit se considérer comme un ambassadeur de la chose publique, afin que cette dernière l’emporte contre les clans, les féodalités, les puissances financières, les réseaux, les corporations d’intérêts. Cela n’est pas une affaire de la droite contre la gauche. Mais de la République, qui nous est si chère, face à la jungle et au néant.

 

Pascal Décaillet

 

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14/03/2018

Tristes missiles

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.03.18

 

Il nous reste un peu plus de quatre semaines : c’est la dernière ligne droite pour la campagne électorale du 15 avril, Grand Conseil et premier tour du Conseil d’Etat. C’est le moment où la Drôle de Guerre, celle où chacun s’observe et s’épie en silence, laisse la place aux attaques. Et même aux missiles.

 

L’enjeu est simple : comme dans un jeu de quilles, il s’agit, pour certains partis, de faire tomber un conseiller d’Etat sortant, pour prendre sa place. Sur le fond, la démarche est parfaitement légitime : c’est à cela que sert une campagne électorale.

 

Oui. Mais il y a la manière. D’un côté comme de l’autre, on a trop tiré en rafales, entendez sans précision, en direction, selon l’humeur, de M. Poggia, ou de M. Dal Busco. On a eu tort. Ce sont des hommes solides, ils ne seront pas si faciles à atteindre. D’une manière générale, les sortants, cette fois, sont mieux implantés qu’à l’automne 2013, où deux points faibles étaient clairement identifiables.

 

Et puis, il y a les coups sous la ceinture. Par exemple, l’attaque en règle contre Mme Emery-Torracinta, en lien avec les ennuis judiciaires de Tariq Ramadan. A cinq semaines de l’échéance électorale ! On ne se prononcera pas ici sur le fond. On se contentera de ne pas être dupe de toute la dimension de récupération politique, pour nuire à une magistrate qui n’est peut-être pas la première impliquée, d’une affaire qui charrie tant d’émotions, et tant de jugements sommaires. Tristes missiles.

 

Pascal Décaillet

 

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07/03/2018

La Louve de Rome

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Commentaire - GHI - 07.02.18

 

Sommes-nous bien sûrs d’avoir pris la mesure de ce qui vient d’advenir en Italie ? Dans ce pays majeur de notre continent, fondateur au milieu des années cinquante de la Communauté européenne, devenue plus tard Union, pilier de la coopération entre les puissances du Vieux monde, les forces de l’anti-système sont désormais majoritaires. Notamment le Mouvement 5 étoiles, qui devient le premier parti de la Péninsule avec 32% des voix. Mais aussi la Ligue. C’est un bouleversement sans précédent, depuis la Guerre, au Sud des Alpes. Tous les paramètres valables depuis la République, née de l’immédiate après-guerre, s’effondrent. Un autre monde politique italien surgit.

 

Il était certes déjà loin, le temps de Don Camillo et Peppone, celui où le monde politique italien, surgi des décombres du fascisme et de la reconstruction du pays, était un gâteau partagé entre communistes et démocrates-chrétiens. Il y a eu les années de braise, puis Berlusconi, il y a eu le désordre, l’illisible, rendant parfois algébrique le décryptage d’un univers politique complexe, à nul autre pareil.

 

Oui. Mais cette fois, c’est autre chose. L’un des six pays fondateurs de l’Europe voit triompher les forces eurosceptiques et revenir au premier plan une démarche anti-système qui n’avait jamais eu autant d’importance depuis 1945, disons au moins 1943. A Bruxelles, chez M. Juncker, on a du souci à se faire : ça n’est pas un nouveau venu lointain des Marches orientales qui bascule. C’est un pilier majeur de l’Europe. Majeur, et matriciel, comme la Louve de Rome.

 

Pascal Décaillet 

 

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Une campagne joyeuse : la clef du succès !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.03.18

 

J’observe la politique depuis décembre 1965. J’avais sept ans et demi, c’était la présidentielle française, première du genre au suffrage universel. Nous avions la télévision, ils passaient le soir des spots de campagne, hagards, surgis du 19ème siècle, regards figés face caméra : il y avait Mitterrand, Lecanuet, Barbu, Tixier-Vignancour, je ne comprenais pas grand-chose à ce que racontaient ces Messieurs en noir et blanc qui surgissaient le soir dans notre salon, mais j’adorais. Dès le second tour, opposant de Gaulle à Mitterrand (sans débat, hélas, entre les deux), j’avais déjà beaucoup mieux saisi les enjeux : le maintien au pouvoir du sortant, dont je commençais à percevoir la densité historique, face à un brillant challenger. En l’espace de quelques semaines, j’avais grandi, passant de l’ignorance totale du fait politique à une véritable passion pour la captation des attentions d’un électorat. Toute ma passion politique, celle d’aujourd’hui, patiemment développée pendant un demi-siècle, vient de là, décembre 1965.

 

Plongé dans la campagne électorale genevoise des 15 avril et 6 mai prochains, j’observe, je scrute, je hume. Totalement immergé au milieu des candidats au Grand Conseil (ils sont 104 à passer à « Visages de Campagne », sur Léman Bleu) et au Conseil d’Etat, j’ai dépassé depuis longtemps la simple approche idéologique. Je préfère contempler la totalité de la personne. Hors de cet humanisme, qui vous amène à pénétrer dans la logique de combat et d’existence de chaque candidat, point de salut. Il y a évidemment des gens très bien dans tous les partis, oui tous, de la gauche la plus radicale à la droite la plus dure. Ce qu’il faut, c’est tenter de saisir le secret de chaque chemin.

 

Et puis, dire une chose, très fort. La politique, ça doit bien sûr être très sérieux sur le fond, mais ça ne doit surtout pas être ennuyeux ! Surtout dans une campagne électorale. Car enfin, ce qu’on délivre aux gens, ça n’est pas seulement un programme, une idéologie, mais aussi des vibrations. Comme un bonheur d’être là, battre le pavé, rencontrer, toucher, transmettre. C’est la dimension physique de la politique. Si vous êtes dépourvu de ce sens du contact, vous pouvez être aussi brillant que vous voulez, vous n’y arriverez pas. Au fond, il faut aimer les gens. Passer vraiment du temps avec eux. Se charger de leurs énergies. C’est pourquoi, malgré les réseaux sociaux, les médias et tout ce que vous voudrez, rien ne remplacera jamais le contact humain, direct. La plupart, aujourd’hui, l’ont d’ailleurs bien compris, n’oubliant ni les stands ni les marchés. On y rencontre des hommes et des femmes, des vrais.

 

On cite souvent l’exemple de Jacques Chirac, 45 ans, déjà ancien Premier ministre de Giscard, lors de la campagne législative de mars 1978. Il avait, dit-on, serré un million de mains. Et il l’avait gagnée, cette campagne. En buvant du rouge, et en mangeant du saucisson. C’est aussi cela, une campagne. Joyeux, excessif, festif. Comme un air de Carnaval. Où la parole est reine, et la joie de vire, souveraine. Bonne continuation à tous !

 

Pascal Décaillet

 

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01/03/2018

Croissance maîtrisée

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Commentaire publié dans GHI - 28.02.18

 

Nous avons, à Genève, un bel aéroport, dont nous avons lieu d’être fiers. Il a traversé le vingtième siècle, contribué à la prospérité et à la notoriété de notre canton. Il est proche de la ville, facilement accessible. Beaucoup d’atouts, c’est vrai.

 

Mais le site de Cointrin n’est pas extensible à souhait. Coincé le long de la frontière, près des zones habitables, il offre hélas un fort potentiel de nuisances, sonores notamment, aux riverains. Genève n’est pas New York, ni Chicago. C’est une ville de taille très moyenne, et c’est justement pour cela, par l’aspect humain de ses dimensions, qu’il fait si bon y vivre. Nous devons garder, en toutes choses, le sens de la mesure.

 

Le développement de l’aéroport, lui aussi, doit se plier à cette règle. Depuis une décennie, en très haut lieu, on a trop rêvé d’un immense aéroport international, avec des extensions totalement exagérées. Il n’est, par exemple, par normal que les Lyonnais friands de déplacement inter-villes à bas prix viennent prendre leur avion à Genève.

 

Surtout, la croissance de l’aéroport doit faire l’objet d’un contrôle démocratique. Pas question qu’un cénacle de décideurs économiques se substitue au verdict des citoyennes et citoyens de ce canton. Il n’en va pas seulement de l’avenir de nos transports. Mais de la santé des riverains. De la qualité de vie à Genève. Bref, du bien commun et de l’intérêt public. Ne les laissons pas dans les griffes de quelques bétonneurs.

 

Pascal Décaillet

 

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28/02/2018

Conseil d'Etat sortant : aucun jeu collectif !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.02.18

 

Sept personnages, parfaitement juxtaposés. Sept ministres, chacun gérant son Département. Sept destins, individuellement jetés dans l’arène publique. Sept bilans, certains corrects, d’autres moins, chacun jugera. Sept humains, mais pas de septuor. Aucun mouvement d’ensemble, dans ce Conseil d’Etat sortant, 2013-2018. Certes pas d’échec flagrant, comme il y en eut dans l’équipe précédente. Pas vraiment de fausse note. Pas d’engueulades internes majeures, ni de ruades. Pas d’esclandre. Pas de bruit, ni de fureur. Non, juste la coexistence de sept silences. Chacun, pour soi, a plaidé, donné de la voix. Mais qui, pour parler au nom de tous ? Quel discours d’ensemble, pour quelle action collective, quelle vision ?

 

Vous me direz que ce fatras, c’est le lot de toute équipe gouvernementale suisse, par essence disparate. Je vous répondrai non, pas cette fois justement, pas avec cette équipe-là. C’est le premier collège exécutif d’après la Constituante : aux affaires pour cinq ans, avec le même Président pendant toute la législature. De cette importante réforme, on nous a fait miroiter monts et merveilles, châteaux en Espagne : on nous promettait enfin la cohérence, l’action d’ensemble, la coordination, chacun des sept tirant à la même corde. Ce ne fut pas cela. Ce ne fut pas non plus le contraire, qui serait quelque chose comme la foire d’empoigne, le tir aux pigeons, le Radeau de la Méduse. Non, ce fut juste quelque chose entre deux, donnant une impression d’aplani et de sourdine : surtout pas d’éclat ! On y a chuchoté, murmuré, comme en quelque chapelle, pour ne point déranger les Vêpres.

 

Les bilans individuels ? Chacun a fait ce qu’il a pu, il faut leur rendre cet hommage. Il n’y a, au final, ni brillant premier, ni cancre. Mais il n’y pas de bilan collectif. Même les questions financières, transversales par définition et gérées avec beaucoup d’opiniâtreté par le Grand Argentier, qui a l’étoffe d’un homme d’Etat, demeurent en suspens entre les deux législatures. Nous sommes donc, sans qu’il y ait grand grief à en tirer, dans l’ordre de l’inabouti. Idem pour la santé, le logement, la mobilité. A l’économie, on a surtout fait beaucoup de communication. A l’instruction publique, on a géré avec patience. Bref, chacun a fait son possible. Aucun ne mérite à tout prix d’être réélu. Ni, pour autant, d’être écarté. Sept destins, avec un peu d’ennui.

 

La législature suivante sera-t-elle plus flamboyante ? Nous n’en savons rien. Si c’est juste pour changer un Président austère par un Président hyper-communicateur, tirant à lui toute couverture, quitte à mettre la République dans de beaux draps, je ne suis pas sûr que l’exercice soit promis à une réussite folle. A la vérité, la Constituante a échoué. Entre le maintien du bon vieux septuor égalitaire, d’où nulle tête n’émerge, et l’instauration d’un vrai chef de gouvernement, elle n’a pas tranché. Il en résulte un singulier marécage. Propice, peut-être, au chant uniforme des batraciens. Pour le frémissement de l’Histoire, nous irons voir ailleurs.

 

Pascal Décaillet

 

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25/02/2018

Le Diable de Moscou

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Commentaire publié dans GHI - 21.02.18

 

« Le Président de la Douma (Parlement russe) est persona non grata dans l’Union européenne. Alors, que vient-il faire en Suisse ? ». Cette phrase hallucinante, notamment ce « alors », a été prononcée ce lundi 19 février dans les titres du Journal de 12.30h, sur la Première.

 

Hallucinant, oui. D’abord, la Suisse, à notre connaissance, n’est pas membre de l’Union européenne, et nous doutons qu’elle soit amenée à y adhérer dans les dix ou quinze années qui viennent. Donc, au nom de quoi Berne devrait-elle se sentir liée par une fatwa de Bruxelles frappant l’un des personnages les plus importants de Russie ? Soyons clairs : la Suisse est un pays souverain, elle reçoit qui elle veut, quand elle veut.

 

Et puis, il y a cette perpétuelle diabolisation, dans les milieux bien-pensants de l’Union européenne, de tout ce qui touche, peu ou prou, à la Russie. Parce que le Président de la Douma serait « un proche de Poutine », il incarnerait le camp du Mal. Il ne faudrait surtout pas le recevoir, avoir le moindre contact avec lui, le toucher.

 

Candide vision. Qui rappelle les heures les plus blêmes de la Guerre froide. Propagande orchestrée non seulement par l’UE, mais par l’OTAN. Comme sur les Serbes pendant les années 1990, on jette l’anathème sur un camp, toujours le même. Là, c’est la Russie. Que les propagandistes professionnels agissent ainsi, c’est ma foi leur métier. Mais peut-être, de la part de journalistes suisses, pourrait-on espérer un peu de nuances, de clairvoyance, et d’arrière-pays historique.

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2018

Elections : le quorum de 7% est trop élevé !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.02.18

 

Notre démocratie suisse passe, entre autres, par des Parlements. Nous avons, à Berne, les Chambres fédérales (Conseil national, Conseil des Etats). Dans nos cantons, des Grands Conseils. Au niveau communal, des délibératifs. Je vous entretiens ici de l’élection du dimanche 15 avril prochain au Grand Conseil : 621 candidats, pour 100 sièges ! Cette élection est régie par une règle appelée « quorum » : pour qu’un parti puisse siéger au Parlement, il doit obtenir 7% des voix. C’est loin d’être si facile ! L’idée de ce quorum élevé est d’éviter l’éparpillement. On cite souvent l’exemple de la Knesset, le Parlement israélien, où une multitude de partis rendent la prise de décision très difficile.

 

Soit. Mais à Genève, il faut le dire, ce quorum de 7% est trop élevé : il favorise les bons vieux partis issus du 19ème siècle, bien ancrés, bien horizontaux dans leurs alliances, et ne laisse quasiment aucune chance aux nouvelles listes. Ça n’est pas exactement le but d’une élection démocratique ! Cette dernière, désormais tous les cinq ans pour le Grand Conseil genevois, présuppose qu’on mette à zéro tous les compteurs, qu’on accorde la même attention à toutes les listes, sans se croire obligé de ricaner (je le précisais ici la semaine dernière) face aux nouveaux. Pour qu’il y ait renouvellement, ce qui est indispensable pour avoir un peu d’air frais, il faut que les partis ne siégeant pas encore au Parlement aient exactement les mêmes chances que les vieux briscards, qui blanchissent sous le harnais. On en est loin.

 

Car briscards il y a. Des super-malins, croyez-moi. Implantés jusqu’à la moelle dans le réseau des conseils d’administration des grandes régies (Services industriels, HUG, Aéroport, etc.), dans l’appareil de leur parti, et – pour les plus impayables d’entre eux – dans le Bureau du Grand Conseil, calculant l’année où ils accéderont enfin à la Présidence. Ceux-là, tous partis confondus, se tiennent par la barbichette. Oui, il existe une amicale des anciens, du moins certains d’entre eux, les vieux routards, roublards, rusés, madrés, consacrant l’essentiel de leur énergie à se maintenir sous les lambris du pouvoir. Quand on voit cela, on a juste une envie : ouvrir la fenêtre. Laisser siffler le vent du changement, à gauche comme à droite. Donner leur chance à des partis, certes candides et jouvenceaux, mais qui arrivent avec d’autres visions, d’autres paramètres.

 

Pour cela, la seule solution, c’est un quorum plus bas. Je plaide, pour ma part, pour une barre placée entre 3% et 5%. Sinon, rien ne changera, jamais. Et on aura toujours les mêmes comitards, avec leur obsession des réseaux et des chapelles, leur incrustation dans tout ce que Genève compte de fondations et d’associations, sur les bancs du Parlement. Cette Genève des copains et des compagnons, des amicales et de la consanguinité, il est temps qu’elle cède la place à une Genève plus ouverte, plus audacieuse, plus surprenante. Pour cela, il faut laisser une chance aux nouveaux. Il faut, pour l’élection de 2023, abaisser le quorum.

 

Pascal Décaillet

 

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16/02/2018

Classes moyennes

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Commentaire publié dans GHI - 14.02.18

 

Immergé comme jamais au milieu des candidats aux élections cantonales, je puis vous affirmer une chose : le souci numéro un, à Genève, est celui de la cohésion sociale. Il précède tous les autres, et doit nous occuper en priorité.

 

A Genève, l’économie ne se porte pas si mal, mais la répartition des richesses n’est pas assurée comme il le faudrait. Les classes moyennes, notamment, sont étranglées par les primes maladie, les loyers, et aussi la fiscalité. Les PME étouffent sous la paperasse. Les habitants sont surassurés. Les petits entrepreneurs ploient sous les charges. La différence entre chiffre d’affaires et bénéfice est immense : il conviendrait que tous la connaissent, ce qui ne semblait guère le cas, lors d’un débat récent à la RTS.

 

La justice sociale passe évidemment par l’aide aux plus démunis. Il n’est pas question de laisser des frères humains sur le bord du chemin. Mais elle passe aussi par les classes moyennes. Ce sont ces dernières, à Genève, qui payent le prix fort. Le pouvoir d’achat s'épuise, l’acquisition d’un logement devient une chimère. La paupérisation des ménages est une réalité.

 

A partir de là, lorsque vous voterez, songez, tous partis confondus, à envoyer au Grand Conseil des profils d’hommes et de femmes nourris de réflexion, non sur la seule réussite individuelle, mais sur ce qui cimente la communauté. Pour moi, cela passe par un mot : la solidarité. Hors de ce concept, point de salut. La politique exige une vision d’ensemble. Si le seul enrichissement vous intéresse, allez spéculer à New York. Ici, nous avons mieux à faire.

 

Pascal Décaillet

 

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15/02/2018

Elections : osez les nouvelles listes !

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Commentaire publié dans GHI - 14.02.18

 

Le dimanche 15 avril, le corps électoral genevois renouvellera, pour cinq ans, le Grand Conseil. Il s’agit du législatif de notre Canton, il compte 100 députés, qui font les lois, mais aussi doivent contrôler l’action du gouvernement et de l’administration. Dans un pays comme la Suisse, où les Parlements sont importants, ça n’est pas rien d’être un élu. Il y en a de bons, de moins bons, des actifs et des passifs, des calmes et des rugissants, ils sont le reflet de ce que nous sommes. Apparemment, ce job fait envie : à ce jour, le Service des votations compte 621 candidats (un record) sur 13 listes. Les sept partis déjà représentés au Grand Conseil, et six autres, dont certains parfaitement nouveaux. C’est de ces derniers que j’entends vous entretenir ici.

 

En commençant par une chose : rien de plus détestable que de ricaner face aux nouveaux. Une élection est une mise à zéro des compteurs, les citoyennes et citoyens votent pour qui ils veulent. S’ils entendent reconduire les sortants, c’est leur droit. S’ils veulent du sang nouveau, libre à eux. La plupart d’entre nous panachent : ils reconduisent les députés qui leur semblent le mériter, dégagent les paresseux, et mélangent tout ce beau monde avec une dose de nouveaux. Parce qu’on en prend pour cinq ans, et qu’il n’y a aucune raison d’envoyer toujours les mêmes pour nous représenter. Aucune, non plus, de maintenir pour l’éternité les partis sortants. Pour ma part, toutes formations confondues, je choisis soigneusement et sévèrement les gens pour qui je vote, sans hasard ni blanc-seing.

 

Comme vous le savez, en plus de mes émissions habituelles, je me livre à six minutes d’interview face à 104 candidats (8 par liste). Cela s’appelle « Visages de Campagne », c’est une immense opération citoyenne de Léman Bleu, je suis très fier d’y participer, et cela me permet d’approcher en profondeur la sociologie des candidats, de tous bords. Eh bien croyez-moi, je suis impressionné par l’enthousiasme civique des nouvelles listes. Que ce soit « La Liste pour Genève », républicaine, défendant la laïcité, ou encore « La Liste », avec uniquement des femmes, ou encore GEM, le PBD, les Verts libéraux, ou même « Egalité Equité », chacune de ces nouvelles formations mérite notre respect et notre attention. Ricaner, sous le seul prétexte qu’elles « n’y arriveront jamais », à cause du quorum (7%), et finalement se contenter des valeurs sûres, issues de partis hérités du 19ème siècle, c’est ne rien comprendre à l’essence même du renouvellement démocratique.

 

Car enfin, les libéraux ont bien commencé un jour, avec Benjamin Constant. Les radicaux, avec James Fazy. Les socialistes, avec la Révolution industrielle. La démocratie chrétienne, avec Léon XIII, le père de la Doctrine sociale de l’Eglise. Etc. Donc, il a bien fallu, un jour, que des citoyennes et des citoyens, parmi nos ancêtres, décident de rompre avec le train-train des installés. Et d’accorder leur confiance à des nouveaux. Choisissez en conscience. Et surtout, mes félicitations aux 621 qui osent l’aventure de se porter candidats.

 

Pascal Décaillet

 

   

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08/02/2018

Orgues de Staline

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Commentaire publié dans GHI - 07.02.18

 

Tirer à boulets rouges sur le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Telle est, depuis quelques jours, l’occupation principale au PLR. Démolir le bilan du magistrat, principalement à la Santé, mais aussi dans l’Action sociale. Il aurait fait tout faux, se serait montré incapable de lutter contre la hausse des primes maladie, aurait éhontément favorisé les HUG, au détriment des cliniques privées.

 

A ces missiles, répétés comme des orgues de Staline, une seule clef de lecture, bien sûr : l’approche des élections. Quelques caciques, au PLR, un matin autour d’un café, tiens un vendredi par exemple, ou le soir autour d’un bon cigare, ont dû, dans la géométrique puissance de leurs cogitations, percevoir le ministre MCG comme un maillon faible, donc allez on l’attaque, on met le paquet.

 

Je veux bien. Et c’est de bonne guerre. Mais c’est mal amené, beaucoup trop visible, repérable comme un troupeau d’éléphants à l’entrée d’une loge de théâtre. Il y a sans doute plein de choses à dire sur le bilan de M. Poggia, comme par exemple sur ceux de MM Longchamp ou Maudet. Mais enfin, on permettra au profane que je suis, ne suivant que de très loin la politique genevoise, de voir en ce magistrat un homme compétent, intelligent, avec du sens politique, une rare capacité de travail. Et l’ambition, dans le domaine de la Santé, de placer l’Etat au-dessus des intérêts privés.

 

Quant au PLR, un esprit chagrin pourrait lui reprocher de trottiner un peu servilement derrière le lobby des cliniques privées. Voyez, à ce petit jeu, tout peut se retourner. La vie politique, décidément, n’est pas toujours facile.

 

Pascal Décaillet

 

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07/02/2018

Elections : faites confiance aux jeunes !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.02.18

 

Je n’ai, de toute ma vie, jamais articulé ma réflexion politique autour de l’axe des générations. Jamais, même à l’âge de dix ans, en mai 1968, je n’ai utilisé l’expression « Les jeunes sont comme ceci, comme cela… ». D’ailleurs, en ce printemps d’éruption libertaire, dont on va bientôt marquer le cinquantenaire, je me sentais paradoxalement moins jeune que mes aînés qui manifestaient dans les rues de Paris ! Ils détestaient de Gaulle, je l’adorais. Ils voulaient faire table rase du passé, j’étais déjà complètement tourné vers l’Histoire. Donc, j’invite le lecteur à se méfier de toute parole globale concernant les jeunes. Ni pour dire qu’ils sont géniaux. Ni pour affirmer le contraire, dans le mode « C’était mieux avant ». La vérité, c’est qu’il y a exactement, chez les jeunes, la même proportion de gens de valeur que chez les vieux, et c’est tant mieux. Tout au plus, dans l’immense entreprise qui m’amène, en cette période pré-électorale, à rencontrer un nombre considérable de candidats, je suis amené à percevoir, dans la nouvelle génération, quelques inflexions qui méritent d’être relevées.

 

Prenez Aude, Diane, Virna, Elena et Nicolas, cinq jeunes candidats, de cinq partis différents, qui étaient réunis, ce dimanche 4 février, sur le plateau du Grand Genève à chaud. Cinq visions, certes, avec des différences bien marquées, notamment un duel sur la propriété privée entre la candidate PLR et celle d’Ensemble à Gauche. Sur le fond, ce duel est le même que celui tenu il y a trente ou cinquante ans par leurs aînés. Il confirme la permanence d’un noyau dur, celui du choc idéologique autour de la lutte des classes. Mais ce qui change, infiniment, c’est la tonalité. Les jeunes d’aujourd’hui ont appris à s’affronter avec respect. Ils n’assènent pas, ils argumentent. Ils ne hurlent pas, ils calibrent la durée en fonction du timing imparti, et modulent la voix, en sachant très bien que le micro sature dès qu’on exagère le volume. Bref, bien mieux que certains de leurs aînés, ils maîtrisent les lois élémentaires de la communication politique.

 

Un autre élément me frappe : l’appartenance à un parti est de moins en moins perçue comme l’allégeance à vie à un clan, ou à une chapelle, qui exigerait de se tenir entre soi et de ne surtout pas frayer avec l’adversaire. Don Camillo et Peppone, c’est fini : aujourd’hui, les plus féroces antagonistes s’appréhendent, hors-débat, avec amitié et courtoisie. Ils font parfaitement la différence entre ring politique et vie de tous les jours. Ils partagent leurs préoccupations, discutent beaucoup, bref ne font pas de la bagarre idéologique l’alpha et l’oméga de leur existence. Pour avoir connu, dans la Genève des années 70, quelques moments assez violents dans les échanges, je puis vous assurer que la petite musique apaisée des jeunes fait du bien. D’autant qu’en matière de compétences, de qualité de formation, de connaissance des langues, nombre d’entre eux n’ont rien à nous envier. Bref, la relève est là. Avec ses armes, ses outils de compréhension du monde, elle sera en mesure d’affronter l’avenir. Je lui fais, pour ma part, pleine confiance.

 

Pascal Décaillet

 

*** Sur l'image, de gauche à droite : Elena (MCG), Virna (UDC), Diane (PLR), Aude (Ensemble à Gauche) et Nicolas (PDC). GRAND GAC du dimanche 04.02.18.

 

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01/02/2018

Révolution permanente

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Commentaire publié dans GHI - 31.01.18

 

Le mépris avec lequel les médias traditionnels parlent des réseaux sociaux rappelle exactement celui des journaux et de la radio face à l’apparition de la télévision, il y a soixante ans, et celui des mêmes journaux lors de l’avènement de la radio, il y a presque cent ans. Tout comme il rappelle le mépris des écrivains pour les journalistes des premières gazettes à grand tirage, à l’époque de Balzac, et de ses « Illusions perdues ».

 

En gros, ce mépris camoufle une peur : celle de perdre un pouvoir. Se trouver dessaisi du monopole de la transmission de l’information, du droit à la mettre en forme, l’analyser, la commenter. De Théophraste Renaudot, l’inventeur de la première « Gazette » au dix-septième siècle, à ce titre le père du journalisme, jusqu’à nos jours, ce processus de dépossession est advenu maintes fois, du papier vers l’onde acoustique, de cette dernière vers l’onde visuelle, puis de tout ce beau monde vers l’ère numérique. Chaque fois, un maître-mot : la peur.

 

Eh bien, ils ont tort, les médias traditionnels. Les réseaux sociaux constituent un nouveau monde, que nul ne pourra effacer d’une chiquenaude. Une fois expurgés de leur maladie infantile, faite de bavardage et de vie privée, ils pourront devenir de vrais supports d’information, interactifs, fiables et vivants. Face à cela, les autres doivent se redéfinir. Il y a de place pour tous : la TV n’a pas tué la radio, qui n’a pas tué les journaux. Chacun peut survivre. A condition de constamment se réinventer. Ce métier n’est rien d’autre qu’une révolution permanente.

 

Pascal Décaillet

 

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31/01/2018

Le journalisme sera local, ou ne sera pas

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.01.18

 

Rendre compte de ce qui se passe autour de nous. Pas au Japon. Pas en Papouasie. Non, juste là, quelque part entre Salève et Jura. Dans la géométrique beauté de ce triangle, entre jet d’eau et Fort de l’Écluse. Là où nous respirons. Là où nous vivons. Là où on peut nous voir, nous toucher, nous entendre. Critiquer des gens, des hommes de pouvoir par exemple, qu’on peut être amené à rencontrer, dans la rue, le jour de parution de l’article. Se faire des ennemis, non au Paraguay, mais ici, bien visibles, avec pignon sur rue, pouvoir de vengeance et de nuisance, capacité à vous dégommer, vous déboulonner, avoir votre peau. Mais aussi, reconnaître le talent, les vertus, les bienfaits de ceux qui sont là, autour de vous, tiens les artistes par exemple. Connaître le terrain, dans ses moindres aspérités. Cela se fait dans ce journal. Et chez d’autres aussi, parmi nos confrères. Cela porte un très beau nom : cela s’appelle le journalisme local.

 

Lorsque j’ai commencé au Journal de Genève, il y a très longtemps, la rubrique reine était l’Internationale. Elle ouvrait systématiquement la une, faisait l’objet du plus grand nombre d’analyses ou d’éditos. On y pénétrait comme dans un sanctuaire, sur la pointe des pieds. Il y régnait un parfum de chancelleries, avec son bruissement de nouvelles pour initiés. Plus éloignés se tenaient les horizons du discours, plus noble était réputé le commentaire. Trois décennies après, ou même quatre, cette hiérarchie a complètement changé. Faire du journalisme local, au plus proche des préoccupations des gens, est aujourd’hui reconnu comme vital, apprécié. Cette proximité est encore plus puissante dans un théâtre d’opérations comme celui de Genève : dans ce bassin d’un demi-million d’habitants, tant de gens se connaissent, cela crée le sentiment d’appartenir à une famille, ou tout au moins à une communauté dramaturgique où chaque personnage serait identifiable. Seule une ville-canton permet ce genre de petit miracle.

 

En vieillissant dans le métier, je me suis rendu compte que la seule vraie richesse était celle des hommes et des femmes que nous avons autour de nous. Chaque individu est un univers. Tendez-lui un micro, en prenant la peine de l’écouter, il en sortira toujours quelque chose de précieux. Point besoin de lointaine Amazonie, la rencontre commence ici et maintenant. C’est aussi cela l’approche locale, comme le pratique le journal que vous avez entre les mains : parole et visibilité pour tous, visage aux anonymes, micro tendu aux sans-voix. Plus que d’autres, le journalisme local permet la dimension humaniste du métier, celle qui restitue l’intrinsèque puissance de l’individu, chacun unique face à la masse de l’univers. Alors oui, je dis « Vivent les localiers ! », vivent ceux qui vont voir, au plus près de nos préoccupations. Le public nous en est reconnaissant : il apprécie la compétence sur le terrain, la connaissance des hommes et des femmes, la cartographie au quotidien de ce qui nous entoure, et détermine le champ de nos consciences.

 

Pascal Décaillet

 

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25/01/2018

Occasion ratée

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Commentaire publié dans GHI - 24.01.18

 

La Suisse, à ma connaissance n’est pas le 51ème État américain. Elle ne fait pas, non plus, partie du Royaume-Uni. Ni du Commonwealth. On y parle quatre magnifique langues, surgies de notre Histoire : le français, l’allemand, l’italien, le romanche. C’est dans ces langues que le génie suisse s’exprime. Si vous êtes un personnage officiel de notre pays, vous avez de la chance : vous avez le choix, où que vous soyez en Suisse, entre quatre langues pour prendre la parole.

 

Bref, je n’ai pas aimé du tout entendre notre Président de la Confédération (contre lequel je n’ai rien, loin de là) s’exprimer en anglais dans son discours à Davos. Oh, il le parle fort bien. Mais il parle encore mieux le français, sa langue maternelle, ou l’allemand, qu’il maîtrise parfaitement, sans doute aussi a-t-il d’excellentes notions d’italien. Plus que tout autre, par sa culture personnelle, et sa richesse de connaissances sur ce qui touche la Suisse, Alain Berset avait, à Davos, une occasion : celle de délivrer, dans l’une de nos langues nationales, un message puissant face à l’aréopage cosmopolite de ce Forum.

 

Si j’avais été à sa place, j’aurais même dit quelques mots en romanche, cette langue superbe jaillie des entrailles rhétiques des Grisons. Histoire de bien leur montrer, à tous ces anglophones planétaires, à quel point la Suisse est belle et variée, respectueuse de ce qui est petit. Ancrée dans ses traditions, aussi, pour justement se projeter vers l’Autre. Oui, une occasion ratée. Au profit, hélas, d’une allégeance.

 

Pascal Décaillet

 

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24/01/2018

La politique, ça s'apprend dès l'école !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.01.18

 

En Suisse, c’est à partir de l’âge de 18 ans qu’on peut voter. Mais c’est bien en amont qu’il faut initier les jeunes à décortiquer le langage politique ! Comment imaginer, en 2018, dans un monde envahi par les messages, submergé d’invitations à voter pour X ou Y, que subitement, un jeune soit irradié, le jour de ses 18 ans, par les lumières de la compréhension politique ? Comment le serait-il, à moins d’un parcours personnel (ce qui est rare), si, dans les années précédentes, il n’a pas été initié à une lecture critique de ce que le monde politique pourra lui délivrer, toute sa vie, comme propagande ? Ce travail passionnant, aux confins de l’Histoire et de la linguistique, le seul acteur qui peut l’entreprendre à une grande échelle, de façon égalitaire, citoyenne, c’est l’école. Quelle école ? Mais celle de la République, l’école pour tous, celle qui est réputée nous donner des clefs pour nous aider à affronter la vie.

 

Ce travail d’initiation, il faut qu’il soit vivant, plaisant, excitant. Il doit faire de l’élève un acteur, et non juste un récepteur à qui on inculquerait, comme à une oie gavée, les notions de base sur le Grand Conseil, le Conseil d’Etat, le National, les Etats, le Conseil fédéral, etc. Beaucoup d’enseignants le font déjà, avec des débats citoyens, comme dans les parlements de jeunes, sur des thèmes d’actualité. Les élèves y tiennent des rôles, prennent position, apprennent à argumenter en écoutant l’adversaire, ce qui est loin d’être si facile.

 

Tout cela, c’est très bien. Mais il faut aller beaucoup plus loin : la parole médiatique, celle des journaux, des sites, des radios, des TV, doit être abordée de façon critique. Pour cela, il faut prendre le temps d’écouter des émissions, ou les visionner, démonter les mécanismes du langage, analyser le discours. Non pour condamner tel intervenant, mais simplement pour comprendre comment le langage, notamment l’oralité, fonctionne. Ces ateliers, qui existent déjà, doivent se multiplier : ça n’est pas un luxe, mais une absolue priorité pour former les citoyens de demain.

 

Il se n’agit pas de « faire de la politique à l’école ». Mais de faire de l’école le lieu privilégié où l’on acquiert les outils de compréhension du langage politique. Le sens critique, ça s’apprend. Ça s’aiguise. Et cet apprentissage, mené par des profs enthousiastes et éveillés, dans des ateliers et surtout pas dans des cours, doit avoir les vertus d’une mise en appétit. Ces lieux de vie, autour du langage, où la parole se capte avec un micro, puis s’écoute à plusieurs, doivent mettre en jeu le rapport de chacun avec l’expression orale. Chacun doit y être respecté. La formation doit se faire dans l’esprit d’un humanisme révélateur des qualités individuelles. Il faut qu’on s’y engage, qu’on y mette du sien, qu’on s’y engueule un peu, qu’on y éclate parfois de rire. Comme dans la vie. Oui, je rêve que l’école consacre beaucoup plus de temps à former des citoyennes et des citoyens. Et pas seulement des consommateurs. Ou des clients.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/01/2018

En être, ou ne pas être

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Commentaire publié dans GHI - 17.01.18

 

Il y a, dans le Forum de Davos, quelque chose de fascinant. Non qu’il existe, il en a bien sûr le droit. Non qu’il concentre, l’espace de quelques jours, une galaxie de pointures rappelant les plus étincelants bottiers de Milan. Non qu’il rayonne, depuis tant d’années, par une singulière légitimité auto-proclamée, dépassant de loin celle de toute réunion privée, ou mondaine, sur la planète. Rien de tout cela, non, non, non.

 

Ce qui stupéfie, c’est l’empressement des politiques, au plus haut niveau de la Confédération, à vouloir à tout prix paraître dans ce cliquetis qui brille et virevolte. En être, ou ne pas être ! A cet égard, il était particulièrement choquant d’entendre, sur une onde publique, un confrère déclarer que notre Président, Alain Berset, allait tout faire pour obtenir un entretien avec Donald Trump.

 

Choquant, parce que le Président des Etats-Unis a choisi de venir sur territoire suisse. A ce titre, c’est à lui, comme n’importe quel autre chef d’Etat, d’annoncer sa venue à M. Berset, et de solliciter un entretien, même de simple courtoisie, avec lui.

 

Mais l’inverse, Alain Berset accourant vers Donald Trump au milieu des pingouins dans les cocktails, voilà qui confirme Davos comme un îlot entre ploutocrates, indifférents aux nations et aux convenances, agissant, partout sur la planète, comme bon leur semble. Parce qu’ils seraient au-dessus des lois. Nous, les Suisses, sommes citoyennes et citoyens d’un tout petit pays. Mais tous, nous tenons à son honneur, surtout face aux géants, dans le concert des nations.

 

Pascal Décaillet

 

 

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17/01/2018

Cyril Aellen, meilleur élu : amplement mérité !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.01.18

 

Nous l’avons, ici même, il y a près de sept ans, repéré comme l’un des plus grands espoirs de la politique genevoise. Après avoir été, fort jeune, le dernier président du parti libéral genevois, il a traversé le désert, nous l’avons soutenu. Et puis, à la fin de la précédente législature, il a accédé au Grand Conseil. Immédiatement, il y a montré des qualités reconnues par tous, ceux de son bord comme ses adversaires : intelligence, clairvoyance, lisibilité. Sur le fond, un libéral plutôt dur. Sur la forme, un immense respect dans le dialogue, une écoute des arguments adverses, ne serait-ce que pour mieux les démonter. Bref, Cyril Aellen est le meilleur. Ce que nous affirmons, dans ces colonnes, depuis des années, ce sont maintenant ses pairs qui l’établissent : le député PLR, spécialiste notamment des Finances, est élu, par les siens, meilleur député de la législature 2013-2018, dans un classement annoncé lundi 15 janvier par la Tribune de Genève.

 

J’ai la chance de bien connaître Cyril Aellen. L’homme impressionne par son côté direct, franc et loyal, soutenu par la rectitude du regard, la clarté du verbe. Dans l’exercice de l’interview, la réponse est courte, charpentée sur l’essentiel, sans langue de bois, ni fioritures. Cela signifie que notre homme croit à la valeur intrinsèque de l’argument, parie sur l’intelligence du récepteur, sans chercher à l’entourlouper dans d’inutiles circonvolutions. A cet égard, il rappelle un autre député PLR, le philosophe Jean Romain, sans doute aussi un certain Pascal Couchepin, lui-même disciple de Mendès France. Cette mise en valeur, sobre et simple, de la démonstration, constitue un atout majeur de la méthode Aellen. Jamais la moindre attaque personnelle. Jamais d’écart. Juste la précision ciselée du propos.

 

Cyril Aellen est, profondément, un libéral. Au sens de la responsabilité individuelle. Cela m’a maintes fois amené, dans des discussions passionnantes avec lui, à l’affronter sur le rôle de l’Etat (capital à mes yeux, moindre aux siens), l’étendue de ce qui doit être régulé. Sur ce point, oui, nous divergeons. Mais quel plaisir, toujours, de confronter ses arguments aux siens, dans une recherche commune de l’intérêt public. Car cet avocat, à cet égard entrepreneur, ne saurait en aucune manière réduire la réussite humaine à l’aventure individuelle : il croit en la politique, en sa capacité de changer les choses. Nous sommes, avec lui, à des années-lumière du capitalisme de casino, avec ses boursicoteurs allumés comme des cigales par le cours de l’action. Dans le rapport de Cyril Aellen à la responsabilité individuelle, il y a toute la profondeur d’une origine rurale, on oserait presque dire « agrarienne ». Il y a, aussi, les lumières de l’héritage protestant. Bref, voilà un homme sur qui Genève peut compter. Sa première place, comme la deuxième de Jocelyne Haller et la troisième de Sophie Forster Carbonnier, est totalement méritée. Il est bon, parfois en politique, de parler aussi de ce qui se porte bien. En l’espèce, l’excellence, au service du bien commun.

 

Pascal Décaillet

 

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