02/11/2016

Hommage d'un catholique à Martin Luther

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.11.16

 

C’est un homme immense, l’un de ceux dont l’œuvre et le destin me fascinent le plus. Pourtant, je ne suis pas réformé, mais catholique. Mais je suis germaniste. Et immensément germanophile. Alors, quand on aime l’Allemagne, son Histoire, sa littérature, sa musique, comment voulez-vous faire l’impasse sur une personnalité aussi puissante que Martin Luther (1483 – 1546) ? Encore plus si on est né, comme moi, dans la ville de Calvin, la Rome protestante, qui joua un tel rôle, dès le seizième siècle, pour la diffusion de ces idées nouvelles qui allaient changer le destin de l’Europe. A Genève, on parle beaucoup de Calvin, bien sûr. Et moins de Luther. Si ce n’est, à deux pas de Bourg-de-Four, dans le magnifique écrin de l’Église luthérienne genevoise, où souffle avec majesté un esprit surgi du Nord, des Allemagnes, de la Suède. Partie intégrante de notre identité européenne.

 

Et puis, voyez-vous, un catholique peut aimer Luther, parce que l’Église de ces années-là, il y a juste un demi-millénaire, avait un impérieux besoin d’être réformée. Refondée. Sur d’autres bases. Dans tous les livres d’école, on apprend les causes de la Réforme, Clergé dévoyé, vente d’objets saints, marchands du Temple, et bien sûr cette célèbre affaire des Indulgences, promises par le Pape Léon X (il y en eut de plus lumineux) à ceux qui verseraient quelques sous pour construire la Basilique Saint Pierre. Luther s’insurge. Le 31 octobre 1517, il y a 499 ans, il placarde sur la porte de L’Église de la Toussaint, à Wittenberg, ses 95 thèses qui mettront le feu aux poudres. Un homme, seul contre une machine d’une puissance inouïe, dit non : quelque chose d’immense se lève, au nom de l’Écriture et de la conscience, contre une cléricature imbriquée comme jamais dans le pouvoir politique. Cela, devant l’Histoire, portera un très grand nom : cela s’appellera la Réforme.

 

La suite, on la connaît : l’excommunication, le 3 janvier 1521, le magnifique appui temporel du Prince-Electeur de Saxe, Frédéric III le Sage, les Allemagnes tiraillées, mais un vent de liberté, irréversible, face à un pouvoir romain n’ayant pas su – ou pas voulu – prendre la mesure de ces événements. Impossible, enfin, pour un germaniste, et un habitant de Genève, ville des livres et des humanistes en ces temps-là, de ne pas mentionner l’immense œuvre littéraire que constitue, pour l’Histoire de la langue allemande, la traduction de la Bible par Luther, autour de 1523. C’est le texte fondateur de la littérature allemande moderne ! Le support à la musique de Bach, ou de Brahms. L’acte de révolte contre Rome. Un geste politique majeur dans l’Histoire des Allemagnes.

 

Je suis en train de rédiger, sur plusieurs années, une Histoire de l’Allemagne en 144 épisodes. 24 ont déjà été publiés l’été 2015, sur mon blog. Sur les 120 qui restent, j’en consacrerai évidemment beaucoup à l’immense aventure de la Réforme. A mes amis catholiques, je dis : « Bénissons Martin Luther. C’est un homme qui a osé se lever, seul contre tous. Au nom de l’Écriture ». Qui dit mieux ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/10/2016

Jean-François Duchosal, lumineux octogénaire

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Portrait publié dans GHI - Mercredi 26.10.16 - Photo Demir Sönmez

 

L’être humain, nous dit Aristote, est un animal social. Entendez qu’il n’est pas fait pour la solitude, à part les ermites, mais pour vivre avec les autres. Au milieu du monde. Certains (j’en fais partie) ne sont pas très doués pour accepter cette dimension sociale. D’autres, au contraire, ont des antennes. Invisibles, magiques, irradiantes de chaleur et de lumière. Jean-François Duchosal, 80 ans ce 23 octobre 2016, est de cette catégorie rare. Ils ont, en eux, quelque chose qui les propulse vers l’autre. Les fréquenter est un privilège.

 

Vous me direz que Duchosal, c’est justement le pèlerin, le solitaire. Celui qui est allé plusieurs fois à Compostelle, mais aussi à Rome, à Jérusalem, en Arles en suivant le Rhône, à Lisieux, à Cordoue, le tout à pied, avec son sac à dos et sa tente. Et c’est justement cela qui fascine chez cet être, ce paradoxe, dont parle si bien le philosophe Blaise Pascal, en quelques mots de feu, dans ses Pensées. Cette aptitude à la plus sévère des solitudes, pour mieux revenir vers l’autre. Savoir se retirer du monde, pour mieux y accéder. D’un côté, hors du monde. De l’autre, au cœur du monde. Nous sommes là dans une symbolique très forte, véhiculée (notamment) par le christianisme : le moine, l’ermite, prennent distance de la société, non du cœur invisible qui relie les hommes. Toujours cette idée, incroyable, qu’il faut se perdre pour se retrouver, s’égarer pour tracer le Chemin.

 

A Genève, depuis des décennies, Jean-François Duchosal est un personnage. Colonel, ancien chef de la sécurité à l’aéroport, soldat d’élite ayant dirigé des troupes d’élite, mais aussi infatigable voyageur et travailleur humanitaire, de l’Afrique à l’Arménie, toujours là pour aider, lorsque survient une crise. A Genève, on ne compte pas les associations d’entraide où il joue un rôle. C’est aussi, avec sa remarquable épouse Marie-José, un homme à l’affût de toute réunion, toute activité culturelle, musicale, de nature à rassembler les humains, dans un monde où tant de choses les dispersent. Oui, Duchosal est un rassembleur. Le seul qui, fêtant son anniversaire aux canons, avec son ami Glôzu, est capable d’agréger autour de lui des hommes et des femmes politiques de tous les partis, des militaires, des pacifistes, des pèlerins, un légendaire fusible de la République, d’anciens magistrats, des enfants, un colonel de la Légion, le tout dans la chaleur de la fraternité.

 

Ces qualités sont rares. Et nous prouvent au fond qu’un chef, c’est un être capable d’aimer les gens. Ou, tout au moins, de s’intéresser à la qualité du lien au sein d’un groupe. Dans une ville comme Genève, riche de tant de différences, la présence de quelques témoins d’humanité n’est pas inutile. Duchosal en est. Je lui souhaite longue vie, et enthousiasme le long du Chemin. Chaque fois que j’écoute les Années de Pèlerinage, le chef d’œuvre de Franz Liszt, où les notes du clavier trottinent vers le destin, je pense à lui. Bon Anniversaire, Colonel !

 

 

Pascal Décaillet

 

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28/09/2016

Hausse des primes : colère et combat !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.09.16

 

Le verdict est tombé à 10h, ce lundi 26 septembre : les primes maladie, en Suisse, augmenteront en 2017 en moyenne de 4,5%. Et, pour Genève, de 5,7% ! C’est une hausse considérable, une de plus en vingt ans. Avant toute chose, ayons une pensée pour nos personnes âgées, je songe aux plus précaires d’entre elles, sur le plan financier : le dimanche 25, en votation fédérale (AVS Plus), elles perdent tout espoir d’une augmentation des rentes. Le lendemain 10h, on leur annonce les 5,7% de plus pour les primes à Genève. De quoi être amer ! Pas seulement pour la baisse de pouvoir d’achat, bien réelle. Mais, bien pire, pour le défaut de considération. Tout juste bons à payer. On est là, on a bossé toute sa vie, on nous pompe, on nous trait, on nous tond. Il est des statuts plus gratifiants.

 

Pour revenir aux primes de l’assurance-maladie, il est clair que ça ne peut plus durer. On peut nous balancer tous les diagnostics techniques que l’on veut, comme autant d’écrans de fumée, il faut garder la tête au-dessus du brouillard et considérer l’essentiel : la mise en concurrence des caisses privées, inhérente à la Lamal (loi sur l’assurance-maladie, votée dans les années 1990), est une erreur historique. A laquelle s’ajoutent, en vrac, la chasse au bon patient, l’opacité dans la gestion de certaines caisses, l’accumulation de réserves, toutes choses que tout le monde connaît, mais contre lesquelles rien ne semble possible. Comme si l’inéluctable devait l’emporter. Comme si la politique, qui est justement l’affaire des choix volontaristes d’une communauté humaine, devait baisser les bras. A cette tentation de l’impuissance, il faut, violemment, fraternellement, dire non.

 

Dire non, c’est remettre le citoyen sur le chantier de l’avenir. La Santé publique, en Suisse, appartient à tous, pas seulement aux conseils d’administration des grandes caisses, ni à leurs relais ou lobbyistes sous la Coupole fédérale. Les solutions de réforme, dans un monde où chaque spécialiste s’abrite derrière la prétendue complexité des enjeux, doivent dégager des lignes simples, lisibles par tous. Pour ma part, même si les principes de Caisse unique, puis de Caisse publique, ont été refusés par le peuple, ce qu’il faut bien sûr accepter et respecter, je n’entrevois d’autre avenir à l’assurance maladie que par le grand retour d’un acteur qui n’aurait jamais dû, il y a vingt ans, en être écarté aussi brutalement : l’Etat. N’entendez pas, je vous prie, des cohortes de fonctionnaires, non bien sûr. Mais les collectivités publiques ! Les cantons, ou des groupes de cantons. Ou la Confédération. Dans la Santé publique, on doit remettre au premier plan, non pas la recherche du profit, mais l’intérêt supérieur du plus grand nombre. Pour cela, il faut réformer en profondeur la Lamal. L’expurger du parfum d’ultra-libéralisme des années 1990. Refaire de la Santé publique ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une fonction première, régalienne, de l’Etat. Et non une machine, pour quelques-uns, à faire du fric.

 

Pascal Décaillet

 

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24/02/2016

Humanités

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.02.16

 

L’étude du grec ancien n’est pas un luxe réservé aux enfants des bourgeois. Elle n’a pas à l’être. Pas plus qu’elle ne devrait être une sorte de joyau de préciosité intellectuelle, pas vraiment nécessaire, mais qui sentirait bon l’élite. Voir les choses comme cela, c’est ne rien comprendre à la vraie valeur des études classiques. Et c’est bien mal connaître l’Histoire de Genève.

 

Car la langue et la civilisation grecques exercent sur nous le miracle d’une ascendance maternelle. Elles nous donnent vie, nous nourrissent. Tous ! Et pas seulement les hellénistes. A l’époque de l’humanisme et de la Réforme, au temps des grands imprimeurs, Genève a été, dans le monde, une plaque tournante de la diffusion des textes grecs. Des noms de rues, dans la Vieille Ville, nous rappellent l’apport inestimable de ces grands esprits.

 

Plus tard, au moment de l’indépendance grecque, Genève a su montrer sa proximité avec ce pays en voie d’affranchissement. Plus tard encore, d’immenses professeurs, comme Olivier Reverdin, Jean Rudhardt, mais aussi André Hurst et aujourd’hui leurs successeurs, ont transmis à des générations le goût du grec, via l’École de Genève.

 

Nous voulons dire ici notre solidarité avec ceux qui se mobilisent (parents, enseignants, élèves) pour sauver la peau du grec à Genève. Il ne s’agit pas – il ne doit pas s’agir – d’un luxe, mais d’une part inaltérable de l’identité intellectuelle, spirituelle, littéraire de Genève. Jouer avec cela, c’est tenter l’appauvrissement. Là où nous avons la chance d’être si riches. Par le cœur. Et par l’âme.

 

Pascal Décaillet

 

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27/01/2016

Divine surprise

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.01.16

 

Le PLR qui lance un référendum, c’est comme si les patriciens de la rue des Granges se mettaient, furibards, à battre le pavé. Comme un parfum de cassoulet, surgi de l’office domestique, mêlé à la lavande des draps de soie, dans le buffet qui dort. C’est une nouvelle qui fait du bien. Allez, disons une «divine surprise », mais on va encore me traiter de maurrassien.

 

Le PLR, à Genève, c’est par excellence le parti du gouvernement. Ils ne cessent, l’air grave, de nous parler des « institutions », comme si ces dernières se limitaient au Conseil d’Etat et au Grand Conseil. Comme si, justement, la démocratie directe n’en faisait pas partie. Et là, patatras, voilà que, sur une histoire de déduction de frais de déplacement, ils nous balancent un référendum. Contre la modification de la loi sur l’imposition des personnes physiques, votée le 17 décembre dernier par le Parlement. Divine surprise, oui.

 

Ce référendum est une excellente idée. Pour l’éclat du symbole : le grand vainqueur, ce ne seront pas les frais de déplacement (on a connu, dans l’Histoire, des sujets plus exaltants), mais ce sera… la démocratie directe, elle-même. Adoubée, enfin, par ceux-là même qui tendaient souvent à la rabaisser. Et puis, le grand vaincu, dans toute cette affaire, c’est le Conseil d’Etat : il a même désormais, contre lui, le parti de son président. Imagine-t-on l’Eglise attaquer Dieu par une collecte de signatures ?

 

Bien sûr, ce ne sera pas Maastricht. Ni l’indépendance de l’Algérie. Ni l’entrée de la Suisse dans l’ONU. Non, ce sera un petit objet, bien de chez nous. Mais lancé par qui ? Par la fine fleur du pouvoir. Celui qui a pignon sur rue. Celui qui détient la Gabelle comme la Régale. Hommage à leur conversion. Divine surprise.

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/12/2015

DIP : Mai 68 à l'envers

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.15

 

Avec ses 11'673 employés, le DIP (Département de l’Instruction publique) est le premier employeur du canton. A ce titre, il est, avec la Santé publique, l’un des postes les plus onéreux de l’Etat. Sa tâche est immense, reconnue par tous d’intérêt public, primordial même : former nos enfants dès le plus jeune âge, écoles primaires, secondaires, apprentissage, Université, etc. Transmettre la connaissance, le savoir-faire, la compétence. Des dizaines de milliers d’élèves, donc des milliers de profs, des spécialistes, du personnel administratif : on n’a rien sans rien. On ne construit pas une Ecole de qualité sans un appui massif de la manne publique.

 

Tout cela, sur le principe, l’immense majorité des gens en conviennent. Qui de nous aurait intérêt à un affaiblissement de notre système de formation ? Seulement voilà, le temps est aux vaches maigres. Il faut faire des économies. Et on a clairement signifié au premier poste du budget cantonal qu’il devrait, comme les autres, en prendre sa part. Réduction de 5% de la masse salariale de l’Etat sur trois ans, loi « Personal Stop » qui gèle la création de nouveaux emplois : au sein du DIP, on voit venir ces échéances, même si la seconde est combattue par référendum, et l’inquiétude grandit. D’où la participation, le 10 novembre et le 1er décembre, aux journées de débrayage de la fonction publique. Il y avait du monde dans les rues, c’est vrai, mais n’oublions jamais que les manifestations de la fonction publique, aussi joyeusement organisées soient-elles, sont parmi les moins populaires, aux yeux de l’opinion publique.

 

Pourquoi ? Mais pour mille raisons ! Allez regarder ce qui se passe dans le privé, vous y trouverez une autre précarité ! Pas de garantie d’emploi, pas de travail à vie, pas d’annuité, à moins de bénéficier d’une convention collective qui le stipule. Moins de vacances, de congés. Des boulots plus tendus, liés au rendement. Une participation beaucoup moins généreuse de l’employeur à la caisse de pension. Et en plus, comme contribuable, on doit renflouer le deuxième pilier des employés de l’Etat ! Ça fait beaucoup. Largement assez pour n’apitoyer que très modérément les employés du privé sur le sort de ceux de l’Etat. Ne parlons pas des indépendants, des petits entrepreneurs, qui mettent tout dans leur boîte, craignent de tomber malades, se démènent dans la jungle des charges sociales, etc.

 

Alors voilà, l’esquisse de chienlit (oh, nous n’en sommes pas encore à Massu et Baden-Baden) qui a pu, çà et là, perler cet automne, profs qui débrayent, élèves qui contre-débrayent, ministre qui rompt la collégialité, climat de revanche droitière sur certains bancs libéraux du Grand Conseil, tout cela ne renforce pas l’autorité de l’Etat. Et lorsqu’on voit des élèves faire grève… contre la grève de leurs profs, on se dit qu’on assiste à un étrange Mai 68 à l’envers, où le pire désordre ne provient pas de ceux qu’on croit. Comme si la raison avait sauté une génération. Comme si la République prenait plaisir à nous montrer qu’elle n’est jamais exactement où on croit. Plus forte que les intérêts sectoriels. Mais toujours, du côté du besoin de transmission, de connaissance, en un mot d’élévation. Bravo les jeunes.

 

Pascal Décaillet

 

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02/12/2015

Halte au climato-matraquage !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.12.15

 

Suis-je un climato-sceptique ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : quand bien même en serais-je, j’en aurais parfaitement le droit, et nul n’aurait à m’imposer son dogme. Une autre aussi, certaine : l’ampleur du tintamarre médiatique qui accompagne la Conférence de Paris apparaît déjà comme insupportable.

 

Non seulement, on se dit que la France, pays récemment meurtri dans sa chair par le tragique de l’Histoire, aurait peut-être, ces jours, un autre usage à faire de ses dizaines de milliers de policiers, que de les envoyer protéger au Bourget les grands de ce monde, venus pérorer. Mais en plus, la systématique ouverture, chez nous, à la SSR, de tous les journaux, tous les flashes, dès le lundi 30 novembre, pour nous parler du climat à Paris, a de quoi taper sur les nerfs.

 

Non que la question climatique ne soit pas essentielle, j’en conviens volontiers. Mais là, ça n’est plus le climat, la question : c’est le rabâchage. Le martèlement. La propagande. On nous assène, d’en haut, un dogme du convenable. Le mettre en doute, ou tout au moins le questionner, le passer au filtre de la critique, de l’exercice de la raison, sont déjà interdits ! Et cela, désolé, aussi important soit l’enjeu intrinsèque, ça n’est pas, entre citoyens responsables, une démarche convenable.

 

Comme nous tous, je tiens à ma planète. Je suis prêt à entendre les discours sur ce qu’il faut faire. Mais pas comme cela. Pas avec cette obligation d’adhérer. Relayée de façon insensée, comme un incantation de tamtams, par certains médias qui doivent justifier leurs envoyés spéciaux. A cela, au risque de déplaire, je dis non.

 

Pascal Décaillet

 

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18/11/2015

Ne restons pas inertes !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.11.15

 

La France est atteinte. Meurtrie. Notre grand voisin souffre, et nous sommes en totale sympathie avec lui. Il souffre, et, comme toujours dans ces cas-là, montre une grande dignité dans l’adversité. Il y a le poids de l’Histoire, où le sang a tant coulé (prenez la Grande Guerre : en moyenne mille morts par jour pendant quatre ans, du 2 août au 11 novembre 1918, puis l’autre Guerre mondiale, les conflits coloniaux, leurs conséquences en Métropole, les horreurs de l’OAS), l’attachement aux valeurs de la République, l’impeccable tenue de tous, franchement la France, dans ces moments, nous donne une leçon.

 

Et la Suisse ? Notre Histoire n’a évidemment rien de comparable à celle de nos voisins, nous n’avons pas eu d’épisode colonial, ni le même type d’immigration, ne sommes pas partie prenante à l’affaire syrienne, ce sont des différences majeures. Pour autant, rien ne nous garantit que notre territoire national ne devienne pas, un jour, pour une raison ou pour une autre, une cible. Notre structure de société, fondée sur un Etat de droit, la primauté des institutions, le respect des différences, celui des consciences, des religions, tout cela nous rapproche de la France. Il aura d’ailleurs fallu ces tragédies pour aiguiser notre conscience de cette proximité : depuis le soir du vendredi 13 novembre, nous les Suisses n’envisageons plus la France par ce qui nous sépare (démocratie directe, fédéralisme), mais bien par ce qui nous rapproche, et qui est, au fond, immense. Face à ceux qui planifient ces attentats, veulent détruire nos sociétés, nous faisons naturellement corps.

 

Mais face au drame, la Suisse, à commencer par ses autorités, ne saurait se satisfaire d’émettre de la compassion. Une fois passées les minutes de silence, la coloration du jet d’eau, les messages de sympathie, nous devons très vite passer à une autre dimension : entreprendre toutes choses, oui tout ce qui est humainement possible, pour nous prémunir au maximum du pire. En sachant que même avec toutes les précautions du monde, l’horreur peut encore se produire. Nulle protection n’est absolue, nulle frontière n’est totalement étanche, tout au plus pouvons-nous augmenter au maximum le degré de précaution. Aujourd’hui, nous en sommes loin. Il faut donc agir, sans tarder. Notre ministre cantonal de la Sécurité, Pierre Maudet, qui était, samedi 14 novembre, entre 17h et 18h, sur le plateau de notre émission spéciale, est un homme compétent et responsable. Il est d’une génération capable, mentalement, de sculpter une autre image de l’ennemi que l’arrivée d’une colonne des chars en Suisse orientale, il est doté d’un sens aigu du renseignement, bref il mérite qu’on lui fasse confiance dans ces questions où notre sécurité est en jeu.

 

Au niveau suisse, il s’agira d’augmenter drastiquement les contrôles aux frontières, donner à nos services de renseignements les moyens de leur action, mettre l’accent sur l’informatique et la cybercriminalité, augmenter les effectifs des gardes-frontière. Et, plus que tout, faire front, dans l’opinion publique, pour faciliter le travail des autorités. Nous n’avons rien à craindre, il ne s’agit pas de ficher une nouvelle fois la population. Mais de repérer, cibler, et neutraliser ceux qui, le jour venu, auraient hélas pour dessein de nous détruire. Face à ces enjeux-là, pas d’états d’âme. Il en va notre intégrité à tous, au sein d’un pays que nous aimons.

 

Pascal Décaillet

 

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23/10/2015

C'est ça, le scrutin majoritaire ?

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.10.15

 

Enfant, puis adolescent, j’étais un fervent partisan du système majoritaire. Notamment l’uninominal à deux tours des législatives françaises, depuis la Cinquième République. C’était sous de Gaulle. Dans ce mode électoral, j’admirais la clarté du choix, puis la cohérence des décisions prises à l’Assemblée.

 

Eh bien cette admiration, c’est du passé. Quand je vois ce qui se passe chez nous, tiens par exemple à Genève pour le second tour de l’élection au Conseil des Etats, tout ce jeu de dupes, tout cet incroyable maquignonnage, toutes ces chutes de masques, me donnent la nausée. A moi, comme à l’immense majorité de l’électorat.

 

Au premier tour, Mme Maury Pasquier et M. Cramer sont en tête. L’élection est à deux tours, et les autres (Entente, Nouvelle Force) ont bien sûr le droit de recomposer leurs forces, c’est le jeu. Mais il y a la manière ! Ces présidents de partis qui disent blanc un jour, noir le lendemain, oui avec la tête, non avec le cœur, devant un public qui n’est évidemment pas dupe, quelle image de la démocratie ?

 

Alors voilà, j’ignore qui sera élu aux Etats. Mais je préfère désormais la bonne et brave simplicité du scrutin proportionnel : ceux qui arrivent en tête sont élus. Ça nous évitera la vanité des paroles, le piment sucré des contradictions, la dissolution du politique dans l’illisible, le règne du trompe –l’œil et des salamalecs.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/10/2015

Pascal aime Eveline - Voici pourquoi...

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Commentaire publié dans GHI . Mercredi 14.10.15

 

« Eveline Widmer-Schlumpf a fait du très bon travail » : propos tenus dans la Tribune de Genève, lundi 12 octobre, par Pascal Couchepin. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’hommage du Valaisan à la Grisonne ne fera pas l’unanimité au sein du parti de l’ancien Président de la Confédération, le PLR. Dans cette formation, de nombreuses voix s’élèvent pour inviter les parlementaires fédéraux à ne pas réélire l’actuelle ministre des Finances au Conseil fédéral, en décembre prochain. On lui reproche sa gestion des conflits financiers internationaux, sa génuflexion devant ses partenaires de négociation, à Paris, à Washington ou à Bruxelles.

 

Dès lors, pourquoi ces mots de Couchepin ? Où en chercher la cause, si ce n’est dans le Péché originel du 12 décembre 2007 ? Entendez, le complot fomenté par un pronunciamiento de parlementaires fédéraux contre Christoph Blocher. Ne pas le réélire. Aller chercher, à Coire, la ministre cantonale grisonne des Finances, comme figure de remplacement. Avec son accord, bien sûr. Et ça a parfaitement marché ! Dans les conjurés, il y avait le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le PDC Christophe Darbellay.

 

Et Pascal Couchepin ? Était-il dans le secret des dieux ? Nous n’en saurons rien. Mais le départ de Blocher l’a bien arrangé, il y avait un coq de trop dans cette cour, un coq de combat, comme lui, gênant, rival. Alors, dans ces conditions, Mme Widmer-Schlumpf, on l’aime bien. On sait se souvenir qu’elle a rendu service. Et même si une grande partie du PLR ourdit maintenant contre elle, eh bien, de son promontoire octodurien, on lui demeurera fidèle. La politique n’est-elle pas, ainsi considérée, la chose la plus simple du monde ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/10/2015

A quoi sert le Département présidentiel ?

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.10.15

 

Couper des rubans. Prendre de grands airs. Survoler. Ne point intervenir dans les affaires courantes, ou du moins le prétendre. N’être point lié aux contingences concrètes, ou en tout cas le feindre. Glisser entre les dossiers dérangeants. Se faufiler. Savoir se montrer, juste au bon moment, entre deux éternités diaphanes. Prendre la parole, entre deux majestés du silence. Telles sont, grossièrement résumées, les tâches d’un personnage nouveau, fruit de l’imagination fertile des Constituants : le président, pour cinq ans, du Conseil d’Etat genevois. Fonction inédite, à laquelle le premier titulaire, pour la législature 2013-2018, François Longchamp, a su ajouter un rare parfum d’immatériel. Appelons cela, toute grammaire diluée, l’irréel du présent.

 

Car enfin, à quoi rime ce poste ? Nos braves Constituants n’ont pas su, ou pas voulu, trancher. Ils n’ont pas voulu d’un « gouverneur », modèle Guy-Olivier Segond, ni d’un Premier ministre, au-dessus des six collègues, mais dont la responsabilité personnelle serait engagée dans toute affaire liée au collège, dans son ensemble. Il n’ont pas, non plus, voulu du modèle vaudois, fort bon, où le président conserve un Département : les Finances pour M. Broulis, puis la Santé pour M. Maillard. Ils nous ont griffonné, sur quelque trame théorique, une fonction aussi illisible que déracinée. Coupée du réel. De l’administration. De tout lien avec les nécessités concrètes de la population. Un quotidien céleste. Dans la fraternité des nuages. Dans un triangle d’azur où rien ne bouge. La vie, comme le bleu sacré d’une icône.

 

Esthétiquement, c’est intéressant. On nous y peint une forme de théocratie dans la douceur, sans la rudesse biblique, sans élus ni damnés, sans le serpent de l’Apocalypse, le Grand Dragon du Mal. Non, juste la hiérarchie des anges. Avec, tout en haut, une âme d’administrateur, hélas privée d’administrés. Alors, commence à se distiller le péril de l’ennui. Régner, oui régner, mais où sont les sujets ? Briller, dans un Palais des Glaces, Versailles, Soleil, Lumière, mais, hormis l’omniprésence du courtisan, où est passé le peuple ? Nos braves Constituants auraient voulu nous esquisser une fonction de Grand Prêtre, ou d’intangible Vestale, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

 

Pourtant, l’Homme parle. Il ne lui déplaît pas, par exemple, de faire la morale au peuple, lorsqu’il estime que ce dernier a mal voté. Par exemple, le 9 février 2014. La Parole, il ne lui déplaît pas de nous la délivrer pour la sainte litanie des bilatérales, l’ouverture des frontières comme dogme. Là, oui, il sort de sa réserve. Indique le droit chemin. D’aucuns l’écoutent avec l’extase de l’ouaille face au pasteur. La Sainte Raison, celle qui monte à l’Autel, allez disons pour une heure, le temps de l’acte. Le reste du temps, la vie du peuple reprend ses droits, avec son cortège de bouchons dans les rues, ces jobs impossibles à trouver, ces taxes qui nous submergent, oui toutes ces contingences de la vie matérielle, loin de l’Encens du pouvoir. Grisée, pour quelques jours. Allez, rien de grave. C’est juste pour cinq ans. Plus qu’une moitié, et c’est fini. Ou peut-être que ça continue. La vie des saints, qui la prévoit ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/09/2015

La peur de déplaire

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.09.15

 

La liberté d’expression n’existe pas. Elle n’a jamais existé, nulle part, sous aucun régime. Bien sûr, il est certains cieux sous lesquels sa non-existence est carrément flagrante : les dictatures, par exemple. En démocratie, c’est différent, on peut donner son opinion. Mais n’allez pas imaginer que cette latitude soit totale. Limitée, elle l’est déjà par la loi : on n’insulte pas les gens, on n’attaque par leur honneur, on respecte le cadre légal en matière de racisme, d’antisémitisme, etc. Jusque-là, rien à dire.

 

Mais le problème n’est pas là. Il tient à ce qu’on n’ose plus dire, à l’intérieur des limites énoncées ci-dessus. Ne parlons pas ici de pays lointains, ce serait bien trop facile : évoquons Genève, la Suisse, le cadre de notre vie à nous, ici et maintenant. Oh certes, nul d’entre nous ne risque la Bastille. Ni prison, ni amende. C’est appréciable. Mais cela n’empêche pas, chez ceux qui prennent la plume, la pression d’une autocensure. Non par peur de représailles légales. Mais par la crainte de « sortir du cadre ». Quel cadre ? Celui des partis dominants. Celui des pairs. Celui du convenable. Bref, le pouvoir en place, dans toute son horizontalité diaphane.

 

Un exemple. La Nouvelle Force. Le bloc MCG-UDC constitue à peu près un tiers de l’électorat genevois. On s’en réjouit, on s’en plaint, c’est selon. Mais c’est un fait. Si la presse de notre canton était peu ou prou représentative du corps électoral, alors, il faudrait qu’un éditorialiste sur trois défende, dans les grandes lignes, les thèses de ces partis-là. Par exemple, sur l’idée de frontière. Ou encore, sur la nécessité d’une régulation des flux migratoires, thème d’actualité vous en conviendrez. Ce journaliste sur trois, il est où ? Vous le lisez souvent ? Il n’y en a pas un sur dix !

 

Chacun d’entre nous est pourtant parfaitement libre de défendre ces idées-là. Au pire, on se fera attaquer par le camp d’en face. Et alors ? C’est la vie. J’ai parlé des frontières, j’aurais pu évoquer le 9 février 2014. J’aurais pu parler du Pape François, celui qui veut plaire à tous, et contre lequel toute critique ferait passer celui qui l’émet pour un réactionnaire. Ou de Didier Burkhalter, sanctifié par les siens tant il est correct, de bonne tenue, jamais un mot plus haut que l’autre : vous critiquez Burkhalter, en Suisse, vous êtes mort.

 

J’aurais pu parler de la démocratie dite « représentative » : dès que vous émettez une critique sur le travail d’une députation, on vous taxe d’antiparlementaire. Ou de populiste. Ou de péroniste. Ou de boulangiste. On vous adressera les mêmes gentillesses si, à l’inverse, vous dites trop de bien de la démocratie directe. On s’empressera aussitôt de vous rappeler qu’il ne saurait être question d’une dictature du peuple. Si vous défendez l’idée de souveraineté nationale, on vous traitera de « nationaliste ».

 

Alors, face à ce maelstrom aussitôt dirigé contre vous par quelques régulateurs du pouvoir en place, notamment sur les réseaux sociaux, la plupart de ceux qui pourraient faire partie de ce 30% de l’opinion, ce Tiers Etat, préfèrent se la coincer. Nul juge, pourtant, ne les menace. Juste une peur par eux-mêmes érigée. La pire de toutes : celle qui paralyse. C’est dommage. La liberté des idées, dans notre pays, vaut mieux que ces silences, ces craintes de déplaire, et finalement ces démissions, dans un combat éditorial qui n’a de sens que dans sa pluralité.

 

Pascal Décaillet

 

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24/09/2015

Campagne 2015 : que du bonheur !

 

Commentaire publié dans GHI - 23.09.15


 
Il fut un temps où le candidat se devait d’être un individu différent des autres. Il parlait d’une estrade, haranguait la foule. Il y avait une voix, il y avait un rythme, un tonus, un tempérament. Il y avait un message. Pour lui, on organisait un meeting. Il arrivait du fond de la salle, comme le célébrant d’une messe. Il dispensait la parole, maudissait, bénissait, il était lui-même le verbe, on l’écoutait.


 
Aujourd’hui, plus rien de tout cela. Que fait le candidat ? Il ne songe qu’à se fondre dans la similitude avec l’électeur. Il ne lui dit plus : « Du haut de mon autel, je te parle », mais « Je suis avec toi, comme toi, tu me touches, je te touche, nous posons sur le même selfie, j’ai ta main sur mon épaule, j’ai ta main dans ma main, je suis toi, mais n’oublie pas tout de même de voter pour moi ».


 
Alors, quoi ? Alors, le « terrain », s’il vous plaît ! Alors, Russin ! Alors, Fête des Vendanges ! Alors, kermesses, tracteurs, rudes et sains travaux des champs, enfin pour la photo. Alors, se montrer. Non face à la foule, mais au milieu d’elle. En tendre empoignade avec elle. Électeur, je suis comme toi. Je suis ton semblable, je bois dans le même verre, je trinque sous les mêmes cieux. Je souris aux mêmes femmes. Aux mêmes hommes. Je caresse les mêmes chiens.


 
Le message ? Disparu. Volatilisé, dans l’invisible fermentation de cette liturgie commune. Fini, le contenu. Fini, le discours. Aux orties, l’élévation du verbe, celui qui cisèle l’individu, sculpte la différence. Non, tous pareils. Tous au même endroit, au même moment. Tous à la même messe. Que du bonheur.


 
Pascal Décaillet

 

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23/09/2015

178 ambitions pour Berne

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Publié dans GHI - Mercredi 23.09.15

 

Il y a huit ans, j’avais donné la parole, sur Léman Bleu, aux 93 candidats au Conseil national. C’était déjà énorme, déjà une folie. Cette année, nous invitons chacun des 178 candidats à une interview en direct de cinq minutes, face à votre serviteur. La séquence s’appelle « Les Yeux dans les Yeux ». Retrouver chaque soir ces hommes et ces femmes, de tous âges et de tous partis, n’étant réunis que par une ambition commune, est pour moi un privilège. La densité de la séquence, l’intensité du ping-pong, le croisement de deux regards, la rencontre de deux visages, tout cela permet au public de faire la connaissance des personnes qui aspirent à siéger, à Berne, à la Chambre du peuple. C’est une expérience inédite. Elle n’a, à ma connaissance, jamais été réalisée avec autant de candidats, en direct TV. Genève innove.

 

Expérience inédite, à finalité citoyenne : il y a tout de même une sacrée différence entre voir défiler 178 noms, désincarnés, sur les 26 listes que nous recevons à la maison, et avoir sur son écran 178 personnes vivantes, dans l’exercice du verbe et de l’argument, avec leurs sourires, leur aisance ou parfois leur gêne, leur répartie ou leur silence, leur faconde ou leur labeur, peu importe, 178 humains, c’est cela l’essentiel. Au moment où j’écris ces lignes, j’en ai déjà rencontré 60, c’est dire s’il y a encore du pain sur la planche.

 

Que dire, après cette première soixantaine ? D’abord, l’émotion de la richesse humaine. Une très grande partie de ces 178 candidats sont, en arrivant sur le plateau, de parfaits inconnus, pour le public comme pour moi. Cinq minutes plus tard, nous voilà enrichis d’une rencontre. Un style, un visage, une voix, un rythme, un caractère. Les humains ne sont pas des robots, mais des êtres d’émotion, de mémoire, de fragilités blessées, et tout cela, sur l’écran, se devine, s’entrevoit. N’imaginons surtout pas que le corps électoral ne veuille retenir que les plus forts, ceux qui bombent le plus le torse, encre moins ceux qui s’écoutent parfaitement argumenter, comme dans des syllogismes de lycée. Non, le public retiendra un sourire, un éclat, une étincelle, que sais-je ?

 

Grande richesse humaine, donc, que celle de ces rencontres. S’il y a un bémol, c’est sur la connaissance des dossiers. Je suis sidéré de constater à quel point les gens qui postulent pour Berne sont, pour nombre d’entre eux, dans une très grande ignorance de la chose fédérale. Je ne parle pas ici du Quiz, dont tout le monde a bien compris qu’il était juste une vingtaine de seconde de détente commune,  à la fin de l’entretien, et que connaître ou non la réponse n’était pas l’essentiel. Non, je pense au minimum de connaissances nécessaires sur la Suisse. Son Histoire. Ses institutions. Ses partis politiques. Les grands enjeux des sept Départements fédéraux. Les deux ou trois grands défis (assurances sociales, migrations, transition énergétique, agriculture, exportations, etc.) qui nous attendent pour la législature 2015-2019.

 

Là, oui, il y a une marge de progression. En attendant, bonne chance à tous, sans exception. Je respecte beaucoup les personnes qui osent se porter candidates. Sur 178, il n’y aura que 11 élus. Les 167 autres, eux aussi, méritent notre considération.

 

Pascal Décaillet

 

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16/09/2015

Les migrants, thème no 1 !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.09.15

 

Les images sont terribles, nous les avons tous en tête. Ce qui est en train d’arriver à l’Europe est non seulement une crise aiguë de la demande d’asile, liée principalement aux horreurs de Syrie, mais aussi une crise de la migration, notre continent étant considéré par des millions de personnes comme un eldorado. Dès lors, que faire ? La question est majeure. Elle est vitale pour ceux qui frappent à nos portes. Elle l’est aussi pour nos pays d’Europe : chacun d’entre eux, membre ou non de l’Union européenne (ces questions d’appartenance deviennent secondaires face à l’enjeu), doit trouver un équilibre entre générosité, respect de la tradition d’asile, et prise en compte de sa capacité à supporter (ou non) une vague d’immigration sans précédent. Ou presque : rappelons ici ce qui fut si longtemps occulté par l’Histoire, les 12 à 15 millions d’Allemands dont les familles étaient implantées, parfois depuis des siècles, en Europe de l’Est, et qui, pour fuir l’arrivée de l’Armée Rouge, ont reflué, en 1944, 1945, vers une « Mère Patrie » en ruines, vaincue, occupée par quatre puissances étrangères.

 

Nous, Européens, entendez habitants de ce continent, nous voilà donc tous face au dilemme. La plupart d’entre nous sont déchirés : accueillir oui, se laisser submerger, non. Mais alors, comment choisir, comment trier, en vertu de quelle concertation avec nos pays voisins ? Oui, la plupart d’entre nous sont dans le tiraillement de cet entre-deux : ni la fermeture totale des frontières, qui ferait de notre communauté nationale une sorte de fortin, ni la béate sanctification de « l’Autre », qui nous amènerait à accueillir tout le monde, sans distinction, au nom de la très grande richesse du métissage, et du brassage. C’est entre ces deux extrêmes idéologiques que le peuple suisse, et avec lui ses autorités, doivent élaborer des solutions. En concertation avec les pays voisins, mais en demeurant souverains dans la prise de décision. C’est entre ces deux excès que la Suisse, au moins depuis 1848 (à vrai dire, bien avant), a su construire son rapport à l’Autre, sa politique face au Refuge, entre tradition humanitaire et prise en compte de ses réalités démographiques.

 

Car la question démographique, en Suisse, est centrale. Le 9 février 2014, ça n’est pas en priorité sur l’asile, mais sur le solde migratoire que le peuple et les cantons ont souverainement pris une décision. Cette dernière, hélas, près de deux ans après, n’a toujours pas été concrétisée par Berne, et cette lenteur à mettre en application une décision populaire aura, c’est sûr, des conséquences le 18 octobre prochain. Ce jour-là, lors des élections fédérales, une bonne partie du corps électoral pourrait bien sanctionner sévèrement les partis qui ont toujours nié la migration comme thème. Et pourrait bien, aussi, accorder sa confiance à ceux qui, depuis près d’un quart de siècle, en font une question majeure. Ce jour-là, le souverain pourrait bien ne pas se tromper sur l’original, la copie, voire la falsification. J’entends déjà certains perdants hurler au loup, au populisme. Ils auront tort : quelle que soit la réponse qu’on entend lui donner, le phénomène migratoire est un thème. Assurément, ces temps, celui qui préoccupe le plus nos concitoyens.

 

Pascal Décaillet

 

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09/09/2015

Le souverain, c'est le peuple

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.09.15

 

Avec ces élections, nous sommes tous en train de nous exciter comme des fous, pendant quelques semaines, autour de l’identité de treize futurs parlementaires fédéraux genevois à Berne : onze pour le National, deux pour les Etats. C’est bien, excitons-nous, et je ne suis pas en reste, puisque dans mes émissions j’invite TOUS les candidats sur mon plateau : les 178 candidats au National, les 10 aux Etats. Je ne crois pas, pour l’heure, qu’une telle entreprise « grandeur nature » ait jamais été tentée, ni à Genève, ni dans un autre canton.

 

Excitons-nous, mais gardons à l’esprit l’essentiel : le vrai patron, dans ce pays, ça n’est pas le Parlement. C’est le peuple. Nos 246 représentants aux Chambres fédérales font des lois, c’est une tâche noble et difficile, c’est leur rôle. Mais souvenons-nous que, si ces lois ne nous conviennent pas, nous pouvons les attaquer par référendum. Alors, si nous obtenons les signatures nécessaires, c’est le peuple suisse qui tranche.

 

Un référendum, comme d’ailleurs une initiative, ça n’a rien d’anormal, rien de bizarre : ce sont des INSTRUMENTS de notre ordre démocratique, dûment prévus par notre Constitution. Il est parfaitement normal, et même fort sain, d’y avoir recours. En quoi un corps électoral de près de cinq millions de personnes serait-il moins sage qu’un cénacle de 246 ?

 

Ajoutons qu’élire quelqu’un, c’est lui donner le droit de vote dans une assemblée. Le droit de siéger, de s’exprimer, de voter, au sein de cette assemblée. C’est cela, mais rien de plus. Le débat démocratique, lui, est l’affaire de toutes les citoyennes, tous les citoyens de notre pays. Il n’est pas question de nous le faire confisquer par le petit monde des élus sous la Coupole.  A partir de là, bonne campagne, et bonne chance à tous !

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/09/2015

Candidats-kermesse

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.09.15

 

Une campagne, bien sûr, ça consiste à serrer des mains. Par milliers. On dit que Chirac, pour les législatives de mars 1978, en avait serré un million. Il faut battre le terrain, voir des gens, discuter, boire des verres. Tout cela, c’est vrai, c’est le jeu. Mais diable ! Face à la tournure que prend ce début de campagne des fédérales 2015, il faut tout de même rappeler qu’un candidat est avant tout là pour afficher des idées, et non sa seule tronche, hirsute et repue, au milieu des bals populaires.

 

Car enfin, la tactique de certains est trop transparente : on porte à son agenda trois à quatre événements festifs par jour, kermesses, Fête de la Tomate, bientôt Fêtes des Vendanges, on s’y pointe, on s’y affiche bien visiblement, et surtout on n’oublie pas de s’y faire photographier. On balance le tout aussitôt sur un réseau social, et voilà, on a mis en scène sa popularité. Que du bonheur.

 

Chacun jugera. Pour ma part, telle n’est pas ma conception de la politique. Cette dernière est, avant tout, un combat d’idées. Avec des modèles de société qui s’affrontent. Par exemple, au hasard, la gauche et la droite. Ou encore, protectionnisme et libéralisme. Ne concevoir une campagne que comme une suite d’apparitions, c’est plus proche de Lourdes ou de Fatima que de la dialectique démocratique.

 

Reste l’essentiel : l’électeur. Parce que le pire, c’est que la tactique kermesse, ça paye souvent. Espérons tout de même que le corps électoral du canton saura jauger les candidats à d’autres aunes que la récurrence de leurs photos au milieu des fêtes populaires. Ou alors, c’est à désespérer de la politique, ce à quoi je ne suis pas encore prêt.

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/05/2015

Psychiatrie : la gauche innove

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.05.15

 

Et si, pour une fois, on parlait à Genève d’autre chose que d’argent, de sécurité, de chantiers ? Et si on prenait un moment pour évoquer le sort des plus précarisés d’entre nous, les personnes qui souffrent d’une maladie psychiatrique. Oh, le champ est vaste, c’est un univers, et c’est précisément parce qu’il est complexe, passionnant, qu’il existe des psychiatres, donc des médecins ayant choisi de se spécialiser dans ce domaine. Et le politique, que peut-il faire ? Que doit-il tenter ? Comment peut-il améliorer les conditions-cadres pour rendre plus efficace l’action de la psychiatrie à Genève ? Cela, au service de l’humain, qui doit être au centre de tout, oui le patient, et non la machine. Ces questions nous concernent tous, même si nous sommes « en bonne santé ». Elles touchent au corps social. Elles méritent absolument qu’on s’y penche. La gauche genevoise l’a fait. Il faut saluer son travail.

 

La gauche, ce sont trois partis : les socialistes, les Verts, Ensemble à Gauche (EàG). Entre avril 2014 et mai 2015, ils ont travaillé ensemble sur la psychiatrie à Genève. D’abord, pour un état des lieux. Puis, pour suggérer des pistes d’amélioration. Il y avait, notamment, Esther Hartmann, ancienne députée Verte, Christian Frey, député socialiste, Jocelyne Haller, députée d’EàG. Le groupe était présidé par la socialiste Ayari Felix. Le 14 mai dernier, ils remettaient à Mauro Poggia, ministre de la Santé, et aussi à la presse, un rapport articulé autour de quatre thèmes et six actions. Ils ne se sont pas seulement intéressés à la psychiatrie hospitalière (HUG, Belle-Idée, etc.), mais aux structures dites « intermédiaires » et au réseau de proximité. Bref, ils ont scanné en profondeur un tissu ne manquant certes ni de compétences, ni de dévouement, mais complexe, souffrant d’un déficit de cohérence et de communication interne.

 

A partir de là, les trois partis de gauche nous proposent des pistes. Articuler la psychiatrie genevoise autour d’une vision. Élaborer un plan d’action pour la psychiatrie, 2015-2020. Parler le même langage, communiquer, en mettant l’absolue priorité sur le patient. Ce dernier ne doit pas avoir le sentiment (et Dieu sait si, dans ce domaine, l’imagerie est fertile) d’être pris dans une machine. Tout cela, on espère vivement que le Département de M. Poggia en tiendra compte, l’intégrera à ses propres réflexions.

 

La moins qu’on puisse dire, c’est que le sujet en vaut la peine. Il ne s’agit en aucun cas, pour le politique, de dire aux spécialistes ce qu’ils ont à faire. Mais de créer les conditions d’une psychiatrie genevoise davantage au service de ses usagers. En prenant le temps de plancher à fond sur le sujet, la gauche rappelle que la politique, ce sont aussi des décisions de long terme, sur des sujets difficiles, délicats (nous le verrons le 4 juin,  avec le diagnostic préimplantatoire). Surtout, avoir le courage d’embrasser des thèmes dont l’aspect immatériel, voire quantité d’images d’Épinal, ont tendance à faire peur au public. C’est soi-même ne pas avoir peur, justement, de la perception, et au fond chercher le bien du plus grand nombre. On partagera ou non les conclusions du groupe de travail de gauche, mais on saluera vivement la démarche.

 

Pascal Décaillet

 

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13/05/2015

Les Verts : sauvés des eaux !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.15

 

Curieux paradoxe que le résultat des Verts, lors de ces élections communales 2015. Dans les exécutifs (dimanche 10 mai), ils ont obtenu un fort bon résultat, maintenant les leurs, notamment, dans les six plus grandes villes du canton (Genève, Vernier, Lancy, Onex, Meyrin, Carouge). Dont acte. Mais trois semaines plus tôt, ils subissaient le plus important revers en pertes de sièges dans les Conseils municipaux (délibératifs) de nos 45 communes : ils chutent de 16 élus, ce qui est considérable.

 

Voilà donc un parti désavoué dans les délibératifs. Mais se portant fort bien, avec le système majoritaire à deux tours, dans les exécutifs. Grâce au jeu des alliances. Saines (avec les socialistes, alliés naturels). Ou plus biscornues (Vernier, Lancy, Onex). Nous sommes donc dans un système, accentué depuis les travaux de la Constituante, où un désaveu populaire sur l’essentiel de la politique (le sens, les orientations, les idées), peut se trouver totalement corrigé dès qu’il s’agit du choix des personnes. On veut moins des idées vertes, mais n’a rien (pour l’heure) contre les gens qui les incarnent.

 

Cela, pour deux raisons. D’abord, il faut reconnaître la compétence et le pragmatisme de nombreux magistrats Verts. Ce sont des gens avec lesquels on peut travailler, et dans une commune c’est précieux. Mais aussi, les limites d’un système où la puissance de transversalité s’avère plus payante que la force de persuasion intrinsèque de chaque parti. A cet égard, une évolution vers un système proportionnel, plus juste et plus représentatif, ne serait pas de trop, dans les années qui viennent. Qui osera le proposer ?

 

Pascal Décaillet

 

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Et si on inventait autre chose ?

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.15

 

Des affiches, des sourires, des tronches. Tous, l’air sympa. Des campagnes, des stands, des raclettes, des saucisses. Du blanc de messe. Des grappes de militants, qui tentent de vous harponner. Des ballons, pour les enfants. Des annonces dans les journaux, des slogans. Des attaques, des missiles. Des baisers de Judas. Des chats, des chiens, des photos de famille, sur les réseaux sociaux. Ça fait un moment que ça dure, ce système. Les supports changent, en fonction de l’évolution des techniques, mais au fond, voilà bientôt deux siècles que le principe demeure : le citoyen délègue à d’autres le pouvoir de décider à sa place. Siéger en son nom. Dans le délibératif d’une commune (Conseil municipal, à Genève), le législatif d’un canton (Grand Conseil), ou celui de la Confédération (Conseil national, Conseil des Etats). Cela s’appelle la démocratie représentative. D’aucuns nous décrivent ce système comme inégalable, inattaquable : on n’aurait jamais fait mieux. Je ne suis pas certain de partager ce point de vue.

 

Nous fonctionnons encore comme au temps des diligences. A l’époque où le système de délégation parlementaire se met en place (autour de la Révolution française, puis deux siècles, riches de soubresauts, jusqu’à aujourd’hui), la plupart des gens ne savent pas lire, n’ont pas grande idée de la vie politique de leur pays, ne connaissent pas les lois, seraient incapable d’argumenter, du haut d’une tribune. Alors, on délègue. A des gens instruits, combatifs, courageux, sachant s’exprimer. Et il faut bien dire qu’en ce temps-là, l’invention des parlements fut un progrès exceptionnel par rapport aux systèmes d’Ancien Régime. De sujet, vous deveniez citoyen. En élisant vos députés, vous participiez à la vie du pays. D’abord, seulement les hommes. Puis, beaucoup plus tard (1945 en France, 1971 au niveau fédéral en Suisse), les femmes. Aujourd’hui encore, ma foi, à part rêver à livre ouvert (ce à quoi je m’aventure ici), comment concevoir un meilleur système ?

 

Il faudrait pourtant, doucement, commencer à inventer autre chose. Juste après l’antenne, ce dimanche 10 mai vers 18.45h, à Uni Mail, je discutais avec Pierre Conne, candidat PLR non-élu, mais fort bien placé, et ayant mené une belle campagne. Et il y a eu un moment, très fort, où ce paisible sexagénaire, ce gentleman aux yeux bleus, m’a glissé : « Il faut que les jeunes inventent autre chose. Nous sommes au bout d’un système ». Je crois qu’il a raison.

 

Le lieu, certes, l’ambiance, avec cette surabondance de candidats, heureux ou déçus dans le jeu de miroirs de leurs ambitions, tout cela se prêtait à un sentiment de trop-plein, presque de nausée. Allons-nous, pour l’éternité, laisser se développer, comme une machine à Tinguely, la mécanique recommencée de ces cirques électoraux ? Candidats, assemblées, affiches, coups bas, alliances de dernière minute, promesses ? N’est-il pas temps d’inventer un nouveau système démocratique, où le citoyen, la citoyenne, serait en prise plus directe avec les décisions à prendre ? Je ne parle ici, vous l’avez compris, ni de demain, ni d’après-demain. Mais d’une évolution, dans les générations qui viennent, de notre rapport à la citoyenneté. En attendant, bonne chance à tous les élus communaux 2015-2020. Et surtout, bon courage !

 

Pascal Décaillet

 

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