15/12/2016

Pleurs sur la Ville

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Commentaire publié dans GHI - 14.12.16

 

Personne n’est obligé de se porter candidat à une élection, pour aller siéger cinq ans dans un Parlement, ou un délibératif communal. Il y a mille autres manières de faire de la politique, par exemple en s’engageant dans la démocratie directe, initiatives ou référendums. Nulle obligation, donc. Mais si on tient absolument à faire partie d’un cénacle, Conseil municipal, Grand Conseil, National ou Etats, alors il faut respecter certaines règles. Edictées par le règlement de ces instances.

 

L’une de ces règles, c’est que les décisions se prennent à l’intérieur du périmètre. Et que prendre le public à témoin, pour pleurnicher d’un vote qui vous serait contraire, ne sert à rien. Tout au plus, à vous ériger un victime, démarche qui en politique n’est jamais très bonne.

 

Ainsi, en Ville de Genève. Samedi 10 décembre, une majorité, formée du MCG, du PLR, de l’UDC, d’Ensemble à Gauche et de quelques Verts, a refusé le budget 2017, pour le renvoyer en Commission. Est-ce bien, est-ce mal ? C’est ainsi ! La politique est faite de rapports de forces, il faut se battre pour faire pencher la balance, larmoyer après est totalement inutile.

 

Hélas, trop de membres du Conseil municipal, à Genève, comme d’ailleurs du Grand Conseil, ont de plus en plus l’habitude de jouer les pleureuses, après coup, face au public, dès qu’un vote ne va pas dans leur sens. Les réseaux sociaux s’y prêtent à merveille. Cette posture est une erreur. Elle ne renforce pas le crédit de ceux qui l’arborent.

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/12/2016

Parler au peuple : tout commence par là !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.12.16

 

« Je vous ai compris ! ». En cinq syllabes, prononcées le 4 juin 1958, sur le balcon du Gouvernement général, à Alger, Charles de Gaulle, qui vient de revenir aux affaires après douze ans et demi d’absence (20 janvier 1946), galvanise une foule et inscrit son verbe dans le marbre de l’Histoire. Qu’il ait, en fait, inauguré quatre ans de malentendus avec les Français d’Algérie, n’a pas été retenu. On se souvient juste de la magie des quatre mots, ils nous assaillent la mémoire. On peut dire la même chose de Kennedy à Berlin, « Ich bin ein Berliner », quatre mots aussi. Ou de Martin Luther King, « I have a dream », quatre syllabes. Chaque fois, le mot « Je », chaque fois un choc de sons très courts. Chaque fois, l’homme parle au peuple. Avec des mots simples, des mots de tous les jours. Les mots du cœur. Les pète-sec, toutes lèvres pincées, appellent cela « le langage affectif », qu’ils opposent au discours rationnel. Comme s’il était déshonorant de s’adresser aux gens avec des mots qu’ils comprennent.

 

La vérité, c’est que peu de politiques savent parler au peuple. Ils ont appris, au mieux, à s’exprimer dans le gros plan d’une émission TV, surtout ne pas trop bouger, pas d’esclandre, pas d’outrance. Ils l’ont tellement bien appris qu’ils en ont totalement perdu le goût de l’estrade, de la foule à conquérir, parler loin, pour le dernier, tout au fond de la salle, comme au théâtre. La foule : s’adresser à elle, la prendre à partie, la faire rire, l’émouvoir, la faire vibrer aux accents de fraternité. Très longtemps, ce fut cela, la rhétorique politique, ça passait par le miracle d’une voix. Aujourd’hui, on la juge excessive, parce qu’il faut s’inscrire dans des formats : le plan TV, le nombre de signes Twitter. Souvent, on y perd en énergie, en saveur, en présence. Et les quelques rares qui osent encore l’adresse directe au plus grand nombre, on les qualifie de « populistes ». On les étiquette. On les sort du champ. On les maudit.

 

Evidemment, on a tort. Parler simplement, pour être reçu par tous, n’appauvrit en rien le propos : au contraire, cela le sert ! A qui s’adresse le politique ? A un corps électoral (en Suisse, au niveau fédéral, toute personne ayant la nationalité, et l’âge de 18 ans) de plusieurs millions d’âmes. Toutes, assurément, ne sont pas agrégées de grammaire ! Ni lectrices de Kant. Donc, il faut aller vers elles. C’est aussi simple que cela. Sans aucune concession sur le fond. Mais en le traduisant en mot clairs, audibles, imagés, immédiatement compréhensibles. Parler au grand nombre, c’est servir la citoyenneté, puisqu’on étendra le champ de la compréhension. J’invite ici toutes les femmes, tous les hommes qui font de la politique, de gauche ou de droite, de tous bords, à s’imposer l’absolue rigueur rhétorique de la clarté et de la simplicité. Au service de tous ! Si cela, c’est être populiste, alors je veux bien : soyons tous populistes, dans ce sens-là, celui de parler au peuple avec les mots qui sont les siens.

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/12/2016

Vive Philippe Morel !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.12.16

 

Philippe Morel : un grand chirurgien, spécialiste de la transplantation, respecté par tous, en Suisse et à l’étranger. Un homme qui a sauvé des vies. Un professeur de médecine. Un député de la République. Et en plus, un colonel. Un homme sympathique, chaleureux, travailleur infatigable, surdoué dans son métier. Bref, un type comme on aimerait qu’il y en ait un peu plus.

 

Alors voilà, les succès créent des jaloux, toujours et partout. Dans sa profession, aux HUG, dans la politique, dans tous les domaines où il s’active. En soi, rien de grave. Sauf que là, ça commence à prendre des proportions dantesques. Ou romanesques. Il y en a, bien cachés, qui veulent tellement sa peau que le moindre froncement de sourcil de Morel est pour eux une occasion d’ajuster leur tir. Comme dans le film Stalingrad, le duel entre ces deux tireurs d’élite : on se guette pendant des jours, et au premier mouvement vous êtes mort.

 

Dans une affaire récente, impliquant un laboratoire des HUG, sur le fond de laquelle nous n’avons pas ici compétence pour statuer, revoilà l’armada des vieux ennemis du Professeur Morel. Ils sont comme ça, ils surgissent régulièrement, comme de beaux diables, tournicotés pas le ressort. Pour ma part, sans rien connaître en médecine, enfin juste comme patient, ni aux bisbilles internes aux HUG, je veux dire ici, publiquement, de façon signée et assumée, mon admiration et mon amitié pour Philippe Morel. Un homme de compétence, de talent et d’enthousiasme. Ça nous change des souris grises. Et des pète-sec.

 

Pascal Décaillet

 

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07/12/2016

RIE III : on ne gouverne pas par hibernation !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.12.16

 

RIE III : la troisième réforme de l’imposition des entreprises. Avec ce fameux taux d’imposition unique à 13,49%. Un chiffre réputé savamment calculé, soupesé, au milligramme, pour éviter de faire fuir les multinationales, qui constituent une manne considérable pour la prospérité du canton. RIE III, depuis des mois, obsède littéralement la classe politique genevoise. Au point que certains députés, tous partis confondus, rencontrés par hasard dans la Vieille Ville, ne vous disent plus « Bonjour », mais « RIE III » en vous serrant la main ! Vous leur parlez de M. Renzi, M. Trump ou M. Hollande, ou du stratus d’automne, ils vous écoutent à peine, et reprennent avec « RIE III ». Même le CEVA, en 2009, n’avait réussi à atteindre ce niveau obsessionnel d’incantation.

 

Le CEVA, parlons-en ! C’est la comparaison qui s’impose. En 2009, nous avons vécu, le même automne, la votation sur le CEVA et les élections cantonales. Face à un parti qui montait (le MCG), il s’agissait de faire preuve de cohésion. Sur un thème, porteur d’avenir. Des radicaux aux Verts, tous les partis gouvernementaux n’ont plus juré que par le CEVA. Tout plan B était immédiatement jeté aux orties, c’était une question de survie : le CEVA ou la mort. C’est exactement dans cet état d’esprit que les partis gouvernementaux nous présentent aujourd’hui RIE III. A les entendre, ministre des Finances en tête, on a l’impression qu’hors de cette question amirale, plus rien n’existe. Il faudrait non seulement accepter le principe, mais le chiffre, au centième près. Nulle contestation possible. On est face au dogme. Faudrait-il, comme à Rome en 1870, conférer au Conseil d’Etat le statut d’Infaillibilité ?

 

La réponse est non. La politique, ce ne sont ni des dogmes, ni des encycliques. Ça passe par une dialectique. Cela exige un Parlement qui fasse son boulot. Une ouverture de la discussion aux partis non-gouvernementaux (UDC, Ensemble à Gauche), plutôt que de les placer devant le fait accompli. Surtout, cela exclut toute forme « d’arrangement », comme il semble en poindre, par exemple s’abstenir de lancer des initiatives en matière financière, pendant un certain nombre d’années ! Oui, c’est une singulière forme d’armistice qui est en train de se concocter, en substance : « Laissez-nous mener en paix RIE III, en contrepartie nous maintiendrons des acquis ».

 

Ça n’est pas à cela que doit ressembler la politique. Déjà sur le CEVA en 2009, ce genre de consensus fleurait la naphtaline. Cette manière d’opérer aiguise l’idée que le monde parlementaire passe avec le gouvernement des pactes, plus ou moins publics, sur lesquels il n’a reçu aucun mandat de son électorat. Entre soi, on s’arrange ! Détestable procédé, sur le dos des citoyennes et citoyens de ce canton. Impression d’un petit monde où chacun se tient, entre les murs patriciens de la Ville Haute. Non, la politique ne doit pas être cela. Elle doit, au sens où l’entendait Pierre Mendès France, aller de pair avec la transparence. Le respect de la parole donnée. La confiance. Dans cette affaire, nous en sommes, hélas, assez loin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/11/2016

Ca n'était qu'une primaire de la droite

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 Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.11.16

 

D’abord, ce scandale, déjà relevé ici la semaine dernière : les grandes chaînes nationales françaises nous ont couvert cette « primaire de la droite et du centre » avec la même liturgie, la même débauche de moyens, les même ridicules « envoyés spéciaux au QG du candidat », pour nous dire qu’il « va arriver d’une seconde à l’autre », que s’il s’était agi du premier ou second tour de la présidentielle. Lesquels n’auront lieu qu’en avril et mai 2017. Tout cela, pour quoi ? Pour l’immense marketing de cette famille politique, profitant ainsi des canaux nationaux pour un processus privé de désignation interne. Juste pour les taux d’audience : le processus de l’élection républicaine, la seule qui vaille, organisée par l’Etat, a été mimé par des privés, à leur profit.

 

Reste qu’il en émerge un homme de valeur. C’est du moins l’image qui émane de François Fillon, vainqueur de l’exercice. Je dis bien : « l’image ». Car au fond, que s’est-il passé ? Par ses qualités, bien réelles, la rigueur, la simplicité, la sobriété, l’ancien Premier ministre a touché les votants. C’est maintenant clair, on préfère l’austérité d’un notaire de province, surgi de Balzac ou de Mauriac, voire de Chabrol, à l’insupportable cliquetis de nouveau-riche associé à l’image de Nicolas Sarkozy. Dont acte. Mais ça n’est, toujours, qu’une image ! Ça définit un style, très français au fond. Mais ça nous renseigne encore assez peu sur la configuration politique du Monsieur.

 

Cette dernière est complexe, et, je l’affirme, contradictoire. Nous avons affaire à la fois à un conservateur, sur des questions de société, et à un libéral, voire un ultra, sur le plan économique. Du jamais vu depuis longtemps dans l’Histoire de France : Pompidou n’était pas si conservateur, ni si libéral ; de Gaulle n’était absolument pas libéral ; il faudrait peut-être voir du côté de Tardieu, ou Guizot, mais c’est bien lointain. Surtout, la Vieille France, provinciale et contre-révolutionnaire, qui n’a cessé d’exister en plus de deux siècles, n’est certainement pas celle du libre-échange économique, loin de là. Chez ces gens-là, on est autoritaire, mais social ; traditionnaliste, mais attaché à la cohésion. Singulier pays, passionnant, pétri d’Histoire, riche de ses contradictions : peut-être la personne complexe de François Fillon résume-t-elle quelques-unes des saveurs multiples de la France profonde.

 

Terminons par un coup de gueule. Contre la presse. Les moutons, toujours recommencés, comme la Mer, chez Paul Valéry. Pendant des semaines, ils ne juraient que par Juppé. Ce dernier s’effondre, et retourne gérer la ville de Montaigne : voilà qu’ils ne jurent plus que par Fillon, nous assurant déjà qu’il sera en mai 2017 à l’Elysée. En vérité, nul n’en sait rien ! Tant de choses, en six mois, peuvent encore se produire : que va-t-il se passer à gauche, que va faire le Front national, quelles secousses telluriques vont, peut-être, ébranler l’électorat français ? En résumé, Fillon émerge. C’est bien. Mais ça n’était qu’une primaire de la droite. Rien d’autre.

 

Pascal Décaillet

 

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23/11/2016

Foutez-nous la paix avec les années trente !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.11.16

 

Vous avez remarqué ? Dans une conversation, dès que quelqu’un se met à défendre le suffrage universel, il y a toujours, quelque part, un petit malin pour dire : « Hitler aussi a été élu par le peuple ». En général, ça jette un froid glacial, et ça met un terme au sujet. Et c’est bien dommage : faut-il, sous prétexte du 30 janvier 1933, renoncer à la souveraineté populaire ? Faut-il, parce qu’il y a eu le nazisme et le fascisme, s’interdire aujourd’hui, 80 ans plus tard, toute remise en question de la démocratie représentative ? Ou toute conception du monde syndical autrement que dans l’allégeance à la lutte des classes ? Faut-il, au motif que l’idée de nation, salvatrice en soi, a été dévoyée au profit du nationalisme, y renoncer ? En bref, faut-il continuer à se laisser impressionner par cette perpétuelle référence aux années trente, brandie, la plupart du temps, par des gens n’ayant qu’une connaissance très approximative de l’Histoire ? A toutes ces questions, la réponse est non.

 

La phrase « Hitler aussi a été élu par le peuple » est en général prononcée par le perdant d’une votation, par exemple d’une initiative, le dimanche soir du scrutin. C’est une manière de nous dire que le peuple n’a pas toujours raison, ce qui est d’ailleurs exact : il ne s’agit pas, dans notre système suisse, qu’il ait « raison », mais qu’il décide en ultime instance. Nous ne sommes pas dans une géométrie morale, mais dans une définition du souverain. Nous tous, citoyennes et citoyens, qui votons quatre fois par an, sur une multitude de sujets, nous sommes parfois dans le camp des vainqueurs, parfois dans l’autre : sachons perdre. Sans insulter le système, convoquer les ultimes semaines de la République de Weimar, nous prendre pour Thomas Mann (photo), le génial écrivain antinazi, ou Heinrich, son frère, ou Klaus, ou Erika. Ou Brecht. Ou Stefan Zweig. Il y a d’autres choses à faire, dans la rhétorique politique, que cet obsessionnel retour aux années trente.

 

Il se trouve que je suis un passionné de ces années-là. Les grands écrivains de l’antinazisme, je les ai lus. Je leur ai même consacré un chapitre de ma Série Allemagne, en 144 épisodes. Qu’on les lise, assurément. Qu’on les monte, sur les planches. Qu’on rende hommage à leur lucidité, leur courage. Mais de grâce, qu’on évite l’outrecuidance de se prendre pour eux, sous le seul prétexte qu’on défendrait la démocratie représentative contre le suffrage universel, l’ouverture des frontières contre leur régulation, le cosmopolitisme mondialiste contre l’attachement à la nation. Nous ne sommes plus au début des années trente. Les enjeux n’ont strictement rien à voir. Et il doit être parfaitement possible, dans nos pays, de plaider pour un conservatisme patriote, social, attaché aux valeurs du pays, sans se faire traiter immédiatement de nazi ou de fasciste. Ceux qui nous brandissent ces anathèmes, nous mentent. Ils pervertissent l’Histoire. Ils en dévoient le sens profond. Toute ma vie, je lutterai contre leur discours. Avec des arguments, des références. Sans jamais leur céder le moindre millimètre.

 

Pascal Décaillet

 

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16/11/2016

La Révolution conservatrice est en marche

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.11.16

 

Depuis des années, dans ce journal, j’annonce l’avènement d’une Révolution conservatrice. N’y voyez pas, je vous prie, un quelconque retour à un ordre ancestral, un âge d’or, ni la nostalgie d’un paradis perdu. L’Histoire est ce qu’elle est : capricieuse, imprévisible. Elle nous joue des tours. Tantôt, elle nous fait croire à l’existence de l’idée de Progrès. Tantôt, elle nous dynamite nos illusions. Regardez l’Histoire allemande, émancipatrice sous Frédéric II, au dix-huitième siècle, socialement en avance sur tous sous Bismarck, au dix-neuvième, tragiquement régressive sous le Troisième Reich : comment voulez-vous y déceler une autre démarche que celle du crabe, incertaine, titubante ?

 

La Révolution conservatrice n’est pas le retour à un ordre ancien. Mais assurément, elle remet en question, de façon drastique, ce que les quarante dernières années, disons depuis Mai 68, ont créé comme illusions de progrès définitif. Sur le plan économique, elle prend le contre-pied de l’immonde vision ultra-libérale des années 1990, qui Dieu merci s’est déjà bien calmée, mais enfin, pour qu’elle mourût, il lui fallait un coup de grâce. Sur trois axes, en tout cas, la Révolution conservatrice est en marche : adieu la mondialisation, adieu le culte du multilatéralisme, bienvenue au retour de l’idée de frontière. C’est valable aux Etats-Unis, avec l’élection de Donald Trump. Au Royaume-Uni, avec le Brexit. Au sein de l’Union européenne, avec la montée en puissance de la colère des peuples. Et, bien sûr, c’est aussi valable en Suisse.

 

Obsédés par la coupe de cheveux de Donald Trump, n’hésitant pas à l’attaquer sur son physique, braqués sur sa « vulgarité » et sa « misogynie », qui sont simplement hors-sujet pour savoir s’il est qualifié pour présider les États-Unis, inféodés jusqu’à la moelle à la cause de Mme Clinton, les médias de Suisse romande sont passés totalement à côté de la présidentielle américaine 2016. Ils se sont laissés piéger par les thèmes de la bienséance et de la morale, alors qu’il s’agissait de choisir un leader pour mener la première puissance du monde. C’est grave, très grave, ils auront, nos braves médias, à en tirer les leçons. D’autant que concentrés sur cela, ils sont juste passés à côté de l’essentiel, qu’ils refusent de voir depuis des années : la Révolution conservatrice.

 

Donald Trump, comme une majorité montante d’entre nous en Europe, veut contrôler la pression migratoire. La sienne, d’une violence inimaginable, vient du Sud : du Mexique. Il veut concentrer les énergies sur l’intérieur du pays, rénover les infrastructures (avec des accents de New Deal, le programme de relance de Roosevelt). La frontière, le protectionnisme : aux Etats-Unis comme en Suisse, et peut-être, au printemps prochain, en France, ce sont les éléments-clefs de la Révolution conservatrice. Pour peu que cette dernière soit aussi sociale, partageuse, redistributrice, génératrice de cohésion à l’intérieur du pays, il est bien possible qu’elle nous occupe, en Suisse et ailleurs, pour quelques années. C’est cela, au-delà de couleur de ses cheveux, la vraie leçon de l’élection de Donald Trump.

 

Pascal Décaillet

 

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05/11/2016

Pour de nouveaux syndicats en Suisse

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Commentaire publié dans GHI - 02.11.16

 

Nous avons tout de même, en Suisse, des syndicats extraordinaires. Alors que toute l’opinion publique évolue à grands pas vers les notions de protection des frontières, de régulation des flux migratoires, de soutien prioritaire aux travailleurs indigènes, voire nationaux, nos bonnes centrales syndicales se cramponnent au principe de libre circulation. Devenant ainsi les alliés objectifs du courant libéral, voire ultra, celui du grand patronat de notre pays, principal bénéficiaire (mais modeste redistributeur) des bénéfices de l’ouverture des frontières.

 

Par pure idéologie, celle d’un internationalisme sans bornes, ni limites, ni nations, les syndicats apportent leur soutien à un système où le vent de la mondialisation fait déferler une concurrence externe de nature à précariser encore les plus faibles de notre pays. Défendent-ils encore les travailleurs suisses ?

 

Il est temps, surtout, de réfléchir en Suisse à l’avènement d’autres syndicats. En revenant à l’excellent principe de corporations professionnelles, ancrées dans le système même de la communauté nationale, et non comme ailes locales d’une Internationale de type trotskyste, prônant la Révolution universelle, planétaire, le Grand Soir arraché à l’archaïsme des nations. Oui, il faut en Suisse des organisations professionnelles délivrées du cordon ombilical avec la gauche. Du moins, de cette gauche-là, internationaliste, déracinée. Partis de droite, mais attachés au pays, au travail ! Le défi est passionnant.

 

PaD

 

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02/11/2016

Hommage d'un catholique à Martin Luther

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.11.16

 

C’est un homme immense, l’un de ceux dont l’œuvre et le destin me fascinent le plus. Pourtant, je ne suis pas réformé, mais catholique. Mais je suis germaniste. Et immensément germanophile. Alors, quand on aime l’Allemagne, son Histoire, sa littérature, sa musique, comment voulez-vous faire l’impasse sur une personnalité aussi puissante que Martin Luther (1483 – 1546) ? Encore plus si on est né, comme moi, dans la ville de Calvin, la Rome protestante, qui joua un tel rôle, dès le seizième siècle, pour la diffusion de ces idées nouvelles qui allaient changer le destin de l’Europe. A Genève, on parle beaucoup de Calvin, bien sûr. Et moins de Luther. Si ce n’est, à deux pas de Bourg-de-Four, dans le magnifique écrin de l’Église luthérienne genevoise, où souffle avec majesté un esprit surgi du Nord, des Allemagnes, de la Suède. Partie intégrante de notre identité européenne.

 

Et puis, voyez-vous, un catholique peut aimer Luther, parce que l’Église de ces années-là, il y a juste un demi-millénaire, avait un impérieux besoin d’être réformée. Refondée. Sur d’autres bases. Dans tous les livres d’école, on apprend les causes de la Réforme, Clergé dévoyé, vente d’objets saints, marchands du Temple, et bien sûr cette célèbre affaire des Indulgences, promises par le Pape Léon X (il y en eut de plus lumineux) à ceux qui verseraient quelques sous pour construire la Basilique Saint Pierre. Luther s’insurge. Le 31 octobre 1517, il y a 499 ans, il placarde sur la porte de L’Église de la Toussaint, à Wittenberg, ses 95 thèses qui mettront le feu aux poudres. Un homme, seul contre une machine d’une puissance inouïe, dit non : quelque chose d’immense se lève, au nom de l’Écriture et de la conscience, contre une cléricature imbriquée comme jamais dans le pouvoir politique. Cela, devant l’Histoire, portera un très grand nom : cela s’appellera la Réforme.

 

La suite, on la connaît : l’excommunication, le 3 janvier 1521, le magnifique appui temporel du Prince-Electeur de Saxe, Frédéric III le Sage, les Allemagnes tiraillées, mais un vent de liberté, irréversible, face à un pouvoir romain n’ayant pas su – ou pas voulu – prendre la mesure de ces événements. Impossible, enfin, pour un germaniste, et un habitant de Genève, ville des livres et des humanistes en ces temps-là, de ne pas mentionner l’immense œuvre littéraire que constitue, pour l’Histoire de la langue allemande, la traduction de la Bible par Luther, autour de 1523. C’est le texte fondateur de la littérature allemande moderne ! Le support à la musique de Bach, ou de Brahms. L’acte de révolte contre Rome. Un geste politique majeur dans l’Histoire des Allemagnes.

 

Je suis en train de rédiger, sur plusieurs années, une Histoire de l’Allemagne en 144 épisodes. 24 ont déjà été publiés l’été 2015, sur mon blog. Sur les 120 qui restent, j’en consacrerai évidemment beaucoup à l’immense aventure de la Réforme. A mes amis catholiques, je dis : « Bénissons Martin Luther. C’est un homme qui a osé se lever, seul contre tous. Au nom de l’Écriture ». Qui dit mieux ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/10/2016

Jean-François Duchosal, lumineux octogénaire

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Portrait publié dans GHI - Mercredi 26.10.16 - Photo Demir Sönmez

 

L’être humain, nous dit Aristote, est un animal social. Entendez qu’il n’est pas fait pour la solitude, à part les ermites, mais pour vivre avec les autres. Au milieu du monde. Certains (j’en fais partie) ne sont pas très doués pour accepter cette dimension sociale. D’autres, au contraire, ont des antennes. Invisibles, magiques, irradiantes de chaleur et de lumière. Jean-François Duchosal, 80 ans ce 23 octobre 2016, est de cette catégorie rare. Ils ont, en eux, quelque chose qui les propulse vers l’autre. Les fréquenter est un privilège.

 

Vous me direz que Duchosal, c’est justement le pèlerin, le solitaire. Celui qui est allé plusieurs fois à Compostelle, mais aussi à Rome, à Jérusalem, en Arles en suivant le Rhône, à Lisieux, à Cordoue, le tout à pied, avec son sac à dos et sa tente. Et c’est justement cela qui fascine chez cet être, ce paradoxe, dont parle si bien le philosophe Blaise Pascal, en quelques mots de feu, dans ses Pensées. Cette aptitude à la plus sévère des solitudes, pour mieux revenir vers l’autre. Savoir se retirer du monde, pour mieux y accéder. D’un côté, hors du monde. De l’autre, au cœur du monde. Nous sommes là dans une symbolique très forte, véhiculée (notamment) par le christianisme : le moine, l’ermite, prennent distance de la société, non du cœur invisible qui relie les hommes. Toujours cette idée, incroyable, qu’il faut se perdre pour se retrouver, s’égarer pour tracer le Chemin.

 

A Genève, depuis des décennies, Jean-François Duchosal est un personnage. Colonel, ancien chef de la sécurité à l’aéroport, soldat d’élite ayant dirigé des troupes d’élite, mais aussi infatigable voyageur et travailleur humanitaire, de l’Afrique à l’Arménie, toujours là pour aider, lorsque survient une crise. A Genève, on ne compte pas les associations d’entraide où il joue un rôle. C’est aussi, avec sa remarquable épouse Marie-José, un homme à l’affût de toute réunion, toute activité culturelle, musicale, de nature à rassembler les humains, dans un monde où tant de choses les dispersent. Oui, Duchosal est un rassembleur. Le seul qui, fêtant son anniversaire aux canons, avec son ami Glôzu, est capable d’agréger autour de lui des hommes et des femmes politiques de tous les partis, des militaires, des pacifistes, des pèlerins, un légendaire fusible de la République, d’anciens magistrats, des enfants, un colonel de la Légion, le tout dans la chaleur de la fraternité.

 

Ces qualités sont rares. Et nous prouvent au fond qu’un chef, c’est un être capable d’aimer les gens. Ou, tout au moins, de s’intéresser à la qualité du lien au sein d’un groupe. Dans une ville comme Genève, riche de tant de différences, la présence de quelques témoins d’humanité n’est pas inutile. Duchosal en est. Je lui souhaite longue vie, et enthousiasme le long du Chemin. Chaque fois que j’écoute les Années de Pèlerinage, le chef d’œuvre de Franz Liszt, où les notes du clavier trottinent vers le destin, je pense à lui. Bon Anniversaire, Colonel !

 

 

Pascal Décaillet

 

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28/09/2016

Hausse des primes : colère et combat !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.09.16

 

Le verdict est tombé à 10h, ce lundi 26 septembre : les primes maladie, en Suisse, augmenteront en 2017 en moyenne de 4,5%. Et, pour Genève, de 5,7% ! C’est une hausse considérable, une de plus en vingt ans. Avant toute chose, ayons une pensée pour nos personnes âgées, je songe aux plus précaires d’entre elles, sur le plan financier : le dimanche 25, en votation fédérale (AVS Plus), elles perdent tout espoir d’une augmentation des rentes. Le lendemain 10h, on leur annonce les 5,7% de plus pour les primes à Genève. De quoi être amer ! Pas seulement pour la baisse de pouvoir d’achat, bien réelle. Mais, bien pire, pour le défaut de considération. Tout juste bons à payer. On est là, on a bossé toute sa vie, on nous pompe, on nous trait, on nous tond. Il est des statuts plus gratifiants.

 

Pour revenir aux primes de l’assurance-maladie, il est clair que ça ne peut plus durer. On peut nous balancer tous les diagnostics techniques que l’on veut, comme autant d’écrans de fumée, il faut garder la tête au-dessus du brouillard et considérer l’essentiel : la mise en concurrence des caisses privées, inhérente à la Lamal (loi sur l’assurance-maladie, votée dans les années 1990), est une erreur historique. A laquelle s’ajoutent, en vrac, la chasse au bon patient, l’opacité dans la gestion de certaines caisses, l’accumulation de réserves, toutes choses que tout le monde connaît, mais contre lesquelles rien ne semble possible. Comme si l’inéluctable devait l’emporter. Comme si la politique, qui est justement l’affaire des choix volontaristes d’une communauté humaine, devait baisser les bras. A cette tentation de l’impuissance, il faut, violemment, fraternellement, dire non.

 

Dire non, c’est remettre le citoyen sur le chantier de l’avenir. La Santé publique, en Suisse, appartient à tous, pas seulement aux conseils d’administration des grandes caisses, ni à leurs relais ou lobbyistes sous la Coupole fédérale. Les solutions de réforme, dans un monde où chaque spécialiste s’abrite derrière la prétendue complexité des enjeux, doivent dégager des lignes simples, lisibles par tous. Pour ma part, même si les principes de Caisse unique, puis de Caisse publique, ont été refusés par le peuple, ce qu’il faut bien sûr accepter et respecter, je n’entrevois d’autre avenir à l’assurance maladie que par le grand retour d’un acteur qui n’aurait jamais dû, il y a vingt ans, en être écarté aussi brutalement : l’Etat. N’entendez pas, je vous prie, des cohortes de fonctionnaires, non bien sûr. Mais les collectivités publiques ! Les cantons, ou des groupes de cantons. Ou la Confédération. Dans la Santé publique, on doit remettre au premier plan, non pas la recherche du profit, mais l’intérêt supérieur du plus grand nombre. Pour cela, il faut réformer en profondeur la Lamal. L’expurger du parfum d’ultra-libéralisme des années 1990. Refaire de la Santé publique ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une fonction première, régalienne, de l’Etat. Et non une machine, pour quelques-uns, à faire du fric.

 

Pascal Décaillet

 

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24/02/2016

Humanités

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.02.16

 

L’étude du grec ancien n’est pas un luxe réservé aux enfants des bourgeois. Elle n’a pas à l’être. Pas plus qu’elle ne devrait être une sorte de joyau de préciosité intellectuelle, pas vraiment nécessaire, mais qui sentirait bon l’élite. Voir les choses comme cela, c’est ne rien comprendre à la vraie valeur des études classiques. Et c’est bien mal connaître l’Histoire de Genève.

 

Car la langue et la civilisation grecques exercent sur nous le miracle d’une ascendance maternelle. Elles nous donnent vie, nous nourrissent. Tous ! Et pas seulement les hellénistes. A l’époque de l’humanisme et de la Réforme, au temps des grands imprimeurs, Genève a été, dans le monde, une plaque tournante de la diffusion des textes grecs. Des noms de rues, dans la Vieille Ville, nous rappellent l’apport inestimable de ces grands esprits.

 

Plus tard, au moment de l’indépendance grecque, Genève a su montrer sa proximité avec ce pays en voie d’affranchissement. Plus tard encore, d’immenses professeurs, comme Olivier Reverdin, Jean Rudhardt, mais aussi André Hurst et aujourd’hui leurs successeurs, ont transmis à des générations le goût du grec, via l’École de Genève.

 

Nous voulons dire ici notre solidarité avec ceux qui se mobilisent (parents, enseignants, élèves) pour sauver la peau du grec à Genève. Il ne s’agit pas – il ne doit pas s’agir – d’un luxe, mais d’une part inaltérable de l’identité intellectuelle, spirituelle, littéraire de Genève. Jouer avec cela, c’est tenter l’appauvrissement. Là où nous avons la chance d’être si riches. Par le cœur. Et par l’âme.

 

Pascal Décaillet

 

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27/01/2016

Divine surprise

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.01.16

 

Le PLR qui lance un référendum, c’est comme si les patriciens de la rue des Granges se mettaient, furibards, à battre le pavé. Comme un parfum de cassoulet, surgi de l’office domestique, mêlé à la lavande des draps de soie, dans le buffet qui dort. C’est une nouvelle qui fait du bien. Allez, disons une «divine surprise », mais on va encore me traiter de maurrassien.

 

Le PLR, à Genève, c’est par excellence le parti du gouvernement. Ils ne cessent, l’air grave, de nous parler des « institutions », comme si ces dernières se limitaient au Conseil d’Etat et au Grand Conseil. Comme si, justement, la démocratie directe n’en faisait pas partie. Et là, patatras, voilà que, sur une histoire de déduction de frais de déplacement, ils nous balancent un référendum. Contre la modification de la loi sur l’imposition des personnes physiques, votée le 17 décembre dernier par le Parlement. Divine surprise, oui.

 

Ce référendum est une excellente idée. Pour l’éclat du symbole : le grand vainqueur, ce ne seront pas les frais de déplacement (on a connu, dans l’Histoire, des sujets plus exaltants), mais ce sera… la démocratie directe, elle-même. Adoubée, enfin, par ceux-là même qui tendaient souvent à la rabaisser. Et puis, le grand vaincu, dans toute cette affaire, c’est le Conseil d’Etat : il a même désormais, contre lui, le parti de son président. Imagine-t-on l’Eglise attaquer Dieu par une collecte de signatures ?

 

Bien sûr, ce ne sera pas Maastricht. Ni l’indépendance de l’Algérie. Ni l’entrée de la Suisse dans l’ONU. Non, ce sera un petit objet, bien de chez nous. Mais lancé par qui ? Par la fine fleur du pouvoir. Celui qui a pignon sur rue. Celui qui détient la Gabelle comme la Régale. Hommage à leur conversion. Divine surprise.

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/12/2015

DIP : Mai 68 à l'envers

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.15

 

Avec ses 11'673 employés, le DIP (Département de l’Instruction publique) est le premier employeur du canton. A ce titre, il est, avec la Santé publique, l’un des postes les plus onéreux de l’Etat. Sa tâche est immense, reconnue par tous d’intérêt public, primordial même : former nos enfants dès le plus jeune âge, écoles primaires, secondaires, apprentissage, Université, etc. Transmettre la connaissance, le savoir-faire, la compétence. Des dizaines de milliers d’élèves, donc des milliers de profs, des spécialistes, du personnel administratif : on n’a rien sans rien. On ne construit pas une Ecole de qualité sans un appui massif de la manne publique.

 

Tout cela, sur le principe, l’immense majorité des gens en conviennent. Qui de nous aurait intérêt à un affaiblissement de notre système de formation ? Seulement voilà, le temps est aux vaches maigres. Il faut faire des économies. Et on a clairement signifié au premier poste du budget cantonal qu’il devrait, comme les autres, en prendre sa part. Réduction de 5% de la masse salariale de l’Etat sur trois ans, loi « Personal Stop » qui gèle la création de nouveaux emplois : au sein du DIP, on voit venir ces échéances, même si la seconde est combattue par référendum, et l’inquiétude grandit. D’où la participation, le 10 novembre et le 1er décembre, aux journées de débrayage de la fonction publique. Il y avait du monde dans les rues, c’est vrai, mais n’oublions jamais que les manifestations de la fonction publique, aussi joyeusement organisées soient-elles, sont parmi les moins populaires, aux yeux de l’opinion publique.

 

Pourquoi ? Mais pour mille raisons ! Allez regarder ce qui se passe dans le privé, vous y trouverez une autre précarité ! Pas de garantie d’emploi, pas de travail à vie, pas d’annuité, à moins de bénéficier d’une convention collective qui le stipule. Moins de vacances, de congés. Des boulots plus tendus, liés au rendement. Une participation beaucoup moins généreuse de l’employeur à la caisse de pension. Et en plus, comme contribuable, on doit renflouer le deuxième pilier des employés de l’Etat ! Ça fait beaucoup. Largement assez pour n’apitoyer que très modérément les employés du privé sur le sort de ceux de l’Etat. Ne parlons pas des indépendants, des petits entrepreneurs, qui mettent tout dans leur boîte, craignent de tomber malades, se démènent dans la jungle des charges sociales, etc.

 

Alors voilà, l’esquisse de chienlit (oh, nous n’en sommes pas encore à Massu et Baden-Baden) qui a pu, çà et là, perler cet automne, profs qui débrayent, élèves qui contre-débrayent, ministre qui rompt la collégialité, climat de revanche droitière sur certains bancs libéraux du Grand Conseil, tout cela ne renforce pas l’autorité de l’Etat. Et lorsqu’on voit des élèves faire grève… contre la grève de leurs profs, on se dit qu’on assiste à un étrange Mai 68 à l’envers, où le pire désordre ne provient pas de ceux qu’on croit. Comme si la raison avait sauté une génération. Comme si la République prenait plaisir à nous montrer qu’elle n’est jamais exactement où on croit. Plus forte que les intérêts sectoriels. Mais toujours, du côté du besoin de transmission, de connaissance, en un mot d’élévation. Bravo les jeunes.

 

Pascal Décaillet

 

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02/12/2015

Halte au climato-matraquage !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.12.15

 

Suis-je un climato-sceptique ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : quand bien même en serais-je, j’en aurais parfaitement le droit, et nul n’aurait à m’imposer son dogme. Une autre aussi, certaine : l’ampleur du tintamarre médiatique qui accompagne la Conférence de Paris apparaît déjà comme insupportable.

 

Non seulement, on se dit que la France, pays récemment meurtri dans sa chair par le tragique de l’Histoire, aurait peut-être, ces jours, un autre usage à faire de ses dizaines de milliers de policiers, que de les envoyer protéger au Bourget les grands de ce monde, venus pérorer. Mais en plus, la systématique ouverture, chez nous, à la SSR, de tous les journaux, tous les flashes, dès le lundi 30 novembre, pour nous parler du climat à Paris, a de quoi taper sur les nerfs.

 

Non que la question climatique ne soit pas essentielle, j’en conviens volontiers. Mais là, ça n’est plus le climat, la question : c’est le rabâchage. Le martèlement. La propagande. On nous assène, d’en haut, un dogme du convenable. Le mettre en doute, ou tout au moins le questionner, le passer au filtre de la critique, de l’exercice de la raison, sont déjà interdits ! Et cela, désolé, aussi important soit l’enjeu intrinsèque, ça n’est pas, entre citoyens responsables, une démarche convenable.

 

Comme nous tous, je tiens à ma planète. Je suis prêt à entendre les discours sur ce qu’il faut faire. Mais pas comme cela. Pas avec cette obligation d’adhérer. Relayée de façon insensée, comme un incantation de tamtams, par certains médias qui doivent justifier leurs envoyés spéciaux. A cela, au risque de déplaire, je dis non.

 

Pascal Décaillet

 

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18/11/2015

Ne restons pas inertes !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.11.15

 

La France est atteinte. Meurtrie. Notre grand voisin souffre, et nous sommes en totale sympathie avec lui. Il souffre, et, comme toujours dans ces cas-là, montre une grande dignité dans l’adversité. Il y a le poids de l’Histoire, où le sang a tant coulé (prenez la Grande Guerre : en moyenne mille morts par jour pendant quatre ans, du 2 août au 11 novembre 1918, puis l’autre Guerre mondiale, les conflits coloniaux, leurs conséquences en Métropole, les horreurs de l’OAS), l’attachement aux valeurs de la République, l’impeccable tenue de tous, franchement la France, dans ces moments, nous donne une leçon.

 

Et la Suisse ? Notre Histoire n’a évidemment rien de comparable à celle de nos voisins, nous n’avons pas eu d’épisode colonial, ni le même type d’immigration, ne sommes pas partie prenante à l’affaire syrienne, ce sont des différences majeures. Pour autant, rien ne nous garantit que notre territoire national ne devienne pas, un jour, pour une raison ou pour une autre, une cible. Notre structure de société, fondée sur un Etat de droit, la primauté des institutions, le respect des différences, celui des consciences, des religions, tout cela nous rapproche de la France. Il aura d’ailleurs fallu ces tragédies pour aiguiser notre conscience de cette proximité : depuis le soir du vendredi 13 novembre, nous les Suisses n’envisageons plus la France par ce qui nous sépare (démocratie directe, fédéralisme), mais bien par ce qui nous rapproche, et qui est, au fond, immense. Face à ceux qui planifient ces attentats, veulent détruire nos sociétés, nous faisons naturellement corps.

 

Mais face au drame, la Suisse, à commencer par ses autorités, ne saurait se satisfaire d’émettre de la compassion. Une fois passées les minutes de silence, la coloration du jet d’eau, les messages de sympathie, nous devons très vite passer à une autre dimension : entreprendre toutes choses, oui tout ce qui est humainement possible, pour nous prémunir au maximum du pire. En sachant que même avec toutes les précautions du monde, l’horreur peut encore se produire. Nulle protection n’est absolue, nulle frontière n’est totalement étanche, tout au plus pouvons-nous augmenter au maximum le degré de précaution. Aujourd’hui, nous en sommes loin. Il faut donc agir, sans tarder. Notre ministre cantonal de la Sécurité, Pierre Maudet, qui était, samedi 14 novembre, entre 17h et 18h, sur le plateau de notre émission spéciale, est un homme compétent et responsable. Il est d’une génération capable, mentalement, de sculpter une autre image de l’ennemi que l’arrivée d’une colonne des chars en Suisse orientale, il est doté d’un sens aigu du renseignement, bref il mérite qu’on lui fasse confiance dans ces questions où notre sécurité est en jeu.

 

Au niveau suisse, il s’agira d’augmenter drastiquement les contrôles aux frontières, donner à nos services de renseignements les moyens de leur action, mettre l’accent sur l’informatique et la cybercriminalité, augmenter les effectifs des gardes-frontière. Et, plus que tout, faire front, dans l’opinion publique, pour faciliter le travail des autorités. Nous n’avons rien à craindre, il ne s’agit pas de ficher une nouvelle fois la population. Mais de repérer, cibler, et neutraliser ceux qui, le jour venu, auraient hélas pour dessein de nous détruire. Face à ces enjeux-là, pas d’états d’âme. Il en va notre intégrité à tous, au sein d’un pays que nous aimons.

 

Pascal Décaillet

 

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23/10/2015

C'est ça, le scrutin majoritaire ?

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.10.15

 

Enfant, puis adolescent, j’étais un fervent partisan du système majoritaire. Notamment l’uninominal à deux tours des législatives françaises, depuis la Cinquième République. C’était sous de Gaulle. Dans ce mode électoral, j’admirais la clarté du choix, puis la cohérence des décisions prises à l’Assemblée.

 

Eh bien cette admiration, c’est du passé. Quand je vois ce qui se passe chez nous, tiens par exemple à Genève pour le second tour de l’élection au Conseil des Etats, tout ce jeu de dupes, tout cet incroyable maquignonnage, toutes ces chutes de masques, me donnent la nausée. A moi, comme à l’immense majorité de l’électorat.

 

Au premier tour, Mme Maury Pasquier et M. Cramer sont en tête. L’élection est à deux tours, et les autres (Entente, Nouvelle Force) ont bien sûr le droit de recomposer leurs forces, c’est le jeu. Mais il y a la manière ! Ces présidents de partis qui disent blanc un jour, noir le lendemain, oui avec la tête, non avec le cœur, devant un public qui n’est évidemment pas dupe, quelle image de la démocratie ?

 

Alors voilà, j’ignore qui sera élu aux Etats. Mais je préfère désormais la bonne et brave simplicité du scrutin proportionnel : ceux qui arrivent en tête sont élus. Ça nous évitera la vanité des paroles, le piment sucré des contradictions, la dissolution du politique dans l’illisible, le règne du trompe –l’œil et des salamalecs.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/10/2015

Pascal aime Eveline - Voici pourquoi...

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Commentaire publié dans GHI . Mercredi 14.10.15

 

« Eveline Widmer-Schlumpf a fait du très bon travail » : propos tenus dans la Tribune de Genève, lundi 12 octobre, par Pascal Couchepin. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’hommage du Valaisan à la Grisonne ne fera pas l’unanimité au sein du parti de l’ancien Président de la Confédération, le PLR. Dans cette formation, de nombreuses voix s’élèvent pour inviter les parlementaires fédéraux à ne pas réélire l’actuelle ministre des Finances au Conseil fédéral, en décembre prochain. On lui reproche sa gestion des conflits financiers internationaux, sa génuflexion devant ses partenaires de négociation, à Paris, à Washington ou à Bruxelles.

 

Dès lors, pourquoi ces mots de Couchepin ? Où en chercher la cause, si ce n’est dans le Péché originel du 12 décembre 2007 ? Entendez, le complot fomenté par un pronunciamiento de parlementaires fédéraux contre Christoph Blocher. Ne pas le réélire. Aller chercher, à Coire, la ministre cantonale grisonne des Finances, comme figure de remplacement. Avec son accord, bien sûr. Et ça a parfaitement marché ! Dans les conjurés, il y avait le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le PDC Christophe Darbellay.

 

Et Pascal Couchepin ? Était-il dans le secret des dieux ? Nous n’en saurons rien. Mais le départ de Blocher l’a bien arrangé, il y avait un coq de trop dans cette cour, un coq de combat, comme lui, gênant, rival. Alors, dans ces conditions, Mme Widmer-Schlumpf, on l’aime bien. On sait se souvenir qu’elle a rendu service. Et même si une grande partie du PLR ourdit maintenant contre elle, eh bien, de son promontoire octodurien, on lui demeurera fidèle. La politique n’est-elle pas, ainsi considérée, la chose la plus simple du monde ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/10/2015

A quoi sert le Département présidentiel ?

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.10.15

 

Couper des rubans. Prendre de grands airs. Survoler. Ne point intervenir dans les affaires courantes, ou du moins le prétendre. N’être point lié aux contingences concrètes, ou en tout cas le feindre. Glisser entre les dossiers dérangeants. Se faufiler. Savoir se montrer, juste au bon moment, entre deux éternités diaphanes. Prendre la parole, entre deux majestés du silence. Telles sont, grossièrement résumées, les tâches d’un personnage nouveau, fruit de l’imagination fertile des Constituants : le président, pour cinq ans, du Conseil d’Etat genevois. Fonction inédite, à laquelle le premier titulaire, pour la législature 2013-2018, François Longchamp, a su ajouter un rare parfum d’immatériel. Appelons cela, toute grammaire diluée, l’irréel du présent.

 

Car enfin, à quoi rime ce poste ? Nos braves Constituants n’ont pas su, ou pas voulu, trancher. Ils n’ont pas voulu d’un « gouverneur », modèle Guy-Olivier Segond, ni d’un Premier ministre, au-dessus des six collègues, mais dont la responsabilité personnelle serait engagée dans toute affaire liée au collège, dans son ensemble. Il n’ont pas, non plus, voulu du modèle vaudois, fort bon, où le président conserve un Département : les Finances pour M. Broulis, puis la Santé pour M. Maillard. Ils nous ont griffonné, sur quelque trame théorique, une fonction aussi illisible que déracinée. Coupée du réel. De l’administration. De tout lien avec les nécessités concrètes de la population. Un quotidien céleste. Dans la fraternité des nuages. Dans un triangle d’azur où rien ne bouge. La vie, comme le bleu sacré d’une icône.

 

Esthétiquement, c’est intéressant. On nous y peint une forme de théocratie dans la douceur, sans la rudesse biblique, sans élus ni damnés, sans le serpent de l’Apocalypse, le Grand Dragon du Mal. Non, juste la hiérarchie des anges. Avec, tout en haut, une âme d’administrateur, hélas privée d’administrés. Alors, commence à se distiller le péril de l’ennui. Régner, oui régner, mais où sont les sujets ? Briller, dans un Palais des Glaces, Versailles, Soleil, Lumière, mais, hormis l’omniprésence du courtisan, où est passé le peuple ? Nos braves Constituants auraient voulu nous esquisser une fonction de Grand Prêtre, ou d’intangible Vestale, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

 

Pourtant, l’Homme parle. Il ne lui déplaît pas, par exemple, de faire la morale au peuple, lorsqu’il estime que ce dernier a mal voté. Par exemple, le 9 février 2014. La Parole, il ne lui déplaît pas de nous la délivrer pour la sainte litanie des bilatérales, l’ouverture des frontières comme dogme. Là, oui, il sort de sa réserve. Indique le droit chemin. D’aucuns l’écoutent avec l’extase de l’ouaille face au pasteur. La Sainte Raison, celle qui monte à l’Autel, allez disons pour une heure, le temps de l’acte. Le reste du temps, la vie du peuple reprend ses droits, avec son cortège de bouchons dans les rues, ces jobs impossibles à trouver, ces taxes qui nous submergent, oui toutes ces contingences de la vie matérielle, loin de l’Encens du pouvoir. Grisée, pour quelques jours. Allez, rien de grave. C’est juste pour cinq ans. Plus qu’une moitié, et c’est fini. Ou peut-être que ça continue. La vie des saints, qui la prévoit ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/09/2015

La peur de déplaire

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.09.15

 

La liberté d’expression n’existe pas. Elle n’a jamais existé, nulle part, sous aucun régime. Bien sûr, il est certains cieux sous lesquels sa non-existence est carrément flagrante : les dictatures, par exemple. En démocratie, c’est différent, on peut donner son opinion. Mais n’allez pas imaginer que cette latitude soit totale. Limitée, elle l’est déjà par la loi : on n’insulte pas les gens, on n’attaque par leur honneur, on respecte le cadre légal en matière de racisme, d’antisémitisme, etc. Jusque-là, rien à dire.

 

Mais le problème n’est pas là. Il tient à ce qu’on n’ose plus dire, à l’intérieur des limites énoncées ci-dessus. Ne parlons pas ici de pays lointains, ce serait bien trop facile : évoquons Genève, la Suisse, le cadre de notre vie à nous, ici et maintenant. Oh certes, nul d’entre nous ne risque la Bastille. Ni prison, ni amende. C’est appréciable. Mais cela n’empêche pas, chez ceux qui prennent la plume, la pression d’une autocensure. Non par peur de représailles légales. Mais par la crainte de « sortir du cadre ». Quel cadre ? Celui des partis dominants. Celui des pairs. Celui du convenable. Bref, le pouvoir en place, dans toute son horizontalité diaphane.

 

Un exemple. La Nouvelle Force. Le bloc MCG-UDC constitue à peu près un tiers de l’électorat genevois. On s’en réjouit, on s’en plaint, c’est selon. Mais c’est un fait. Si la presse de notre canton était peu ou prou représentative du corps électoral, alors, il faudrait qu’un éditorialiste sur trois défende, dans les grandes lignes, les thèses de ces partis-là. Par exemple, sur l’idée de frontière. Ou encore, sur la nécessité d’une régulation des flux migratoires, thème d’actualité vous en conviendrez. Ce journaliste sur trois, il est où ? Vous le lisez souvent ? Il n’y en a pas un sur dix !

 

Chacun d’entre nous est pourtant parfaitement libre de défendre ces idées-là. Au pire, on se fera attaquer par le camp d’en face. Et alors ? C’est la vie. J’ai parlé des frontières, j’aurais pu évoquer le 9 février 2014. J’aurais pu parler du Pape François, celui qui veut plaire à tous, et contre lequel toute critique ferait passer celui qui l’émet pour un réactionnaire. Ou de Didier Burkhalter, sanctifié par les siens tant il est correct, de bonne tenue, jamais un mot plus haut que l’autre : vous critiquez Burkhalter, en Suisse, vous êtes mort.

 

J’aurais pu parler de la démocratie dite « représentative » : dès que vous émettez une critique sur le travail d’une députation, on vous taxe d’antiparlementaire. Ou de populiste. Ou de péroniste. Ou de boulangiste. On vous adressera les mêmes gentillesses si, à l’inverse, vous dites trop de bien de la démocratie directe. On s’empressera aussitôt de vous rappeler qu’il ne saurait être question d’une dictature du peuple. Si vous défendez l’idée de souveraineté nationale, on vous traitera de « nationaliste ».

 

Alors, face à ce maelstrom aussitôt dirigé contre vous par quelques régulateurs du pouvoir en place, notamment sur les réseaux sociaux, la plupart de ceux qui pourraient faire partie de ce 30% de l’opinion, ce Tiers Etat, préfèrent se la coincer. Nul juge, pourtant, ne les menace. Juste une peur par eux-mêmes érigée. La pire de toutes : celle qui paralyse. C’est dommage. La liberté des idées, dans notre pays, vaut mieux que ces silences, ces craintes de déplaire, et finalement ces démissions, dans un combat éditorial qui n’a de sens que dans sa pluralité.

 

Pascal Décaillet

 

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