04/02/2015

Pierre Maudet : la dérive autoritaire

 

Commentaire publié dans GHI . Mercredi 04.02.15


 
Pierre Maudet règne sur la police genevoise. Mais a-t-il la confiance des policiers ? La question n’est pas anodine. Être statutairement le chef est une chose, gagner les cœurs en se faisant respecter par la base en est une autre. Oh certes, la police n’est pas un monolithe : le chef du Département y compte sans doute de nombreux partisans. Mais une chose est sûre : il s’y est taillé aussi, en moins de trois ans, de très solides inimitiés. Et pas seulement le rugissant Christian Antonietti, le chef du syndicat des policiers (UPCP), qui semble avoir érigé l’anti-Maudet en combat personnel. Non, il y a une grogne contre le chef du Département. Reste à savoir quelle est son envergure.


 
Une clef d’explication, assurément, sera le vote du peuple sur la loi sur la police, le 8 mars. Scrutin majeur, test de confiance pour le conseiller d’Etat. Plus s’égrènent les jours, plus cette votation prend des allures de plébiscite (ou de rejet) du magistrat, dans la confiance qu’on lui prête pour continuer à tenir ce rôle central et régalien. Oh, Pierre Maudet a toutes les chances de très bien s’en sortir : il est populaire, le mieux élu du Conseil d’Etat, la majorité politique soutient sa loi du 8 mars, la grève de l’habillement de l’été 2014 reste en travers de la gorge de la population. Et puis, franchement, tout le monde désire une police qui fonctionne. Et on voit mal, aujourd’hui, dans la classe politique genevoise, qui d’autre que Pierre Maudet pourrait présider politiquement à ses destinées.


 
Le 8 mars, les Genevois ne voteront pas sur le fond de la loi. L’objet est trop complexe, manque totalement d’unité de matière, mélangeant les questions de structure, de représentation syndicale et de droits plus ou moins acquis. Malgré tous nos efforts de clarification, dans les débats, le vote du 8 mars sera pour ou contre Maudet. Pour ou contre sa personne. Toute l’Entente (PLR et PDC) est derrière lui, car une défaite dans un dicastère aussi amiral que celui de la sécurité serait fatale pour la suite de la législature. Le magistrat est donc bien placé pour gagner. Mais rien n’est sûr. Et surtout, vainqueur ou non le 8 mars, l’éternel jeune premier de la politique genevoise devra, tout en se faisant respecter, atténuer certaines de ses tonalités face à la base. Il y a des choses qui ne passent pas.


 
Par exemple, le respect des droits syndicaux. On pense ce qu’on voudra de la grève du zèle, avec distribution de chocolats, qu’envisageaient les policiers genevois au matin du 29 janvier, journée de débrayage de la fonction publique, l’envoi d’officiers dans les postes pour s’y opposer hiérarchiquement ne constituait pas un signal d’intelligence de la part du chef. Ne revenons pas sur l’absolu verrouillage de l’information, déjà mentionné dans ces colonnes, ni sur le flicage de gendarmes, depuis le Japon, coupables d’avoir commis le grand crime d’un « like » sur un réseau social, sur un site par ailleurs anodin. On se dit tout de même que l’enfant terrible de la politique genevoise, ce fils de Fouché et de Cambacérès, mérite mieux, dans ses occupations, que ce genre de Nipponeries. On a envie de lui dire : « Tu es le chef, c’est bien. Nul ne le conteste. Mais garde-toi de la dérive autoritaire. Elle pourrait profondément t’affaiblir. Genève n’en sortirait pas gagnante ».
 


Pascal Décaillet

 

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30/01/2015

Le vote étranger n'existe pas

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.01.15


 
A Genève, les étrangers qui résident depuis plus de huit ans dans le canton peuvent voter sur le plan communal. On peut être pour ou contre, mais c’est ainsi, c’est la loi. Dès lors, pour un canton qui compte tant de personnes étrangères sur son territoire, on imagine aisément l’aubaine que peut représenter le « vote étranger » dans une campagne électorale. Il est donc de bonne guerre que tous les partis fassent à cet électorat les yeux de Chimène, jurant à ces personnes qu’on va entreprendre toutes choses pour leur intégration. Cela s’appelle une part de marché : il est d’usage de la guetter avec appétit. La gauche municipale genevoise s’est notamment fait une spécialité d’aller appâter l’électeur étranger, depuis des années.


 
Seulement voilà, « étranger », en République, ça ne veut rien dire. Il n’y a pas d’électeur étranger. Pas plus qu’il n’y a d’électeur homme, d’électeur femme, d’électeur catholique, ou d’électeur athée. Il n’existe en République que des citoyens. Ou tour au moins, si l’étranger a le droit de vote, on dira qu’il existe un corps électoral. C’est tout. Vouloir segmenter ce corps en catégories communautaristes, c’est pécher contre l’esprit même de la République. Tout en respectant donc parfaitement le droit des étrangers à voter pour qui ils veulent, ou ne pas voter, on accueillera avec la plus grande des circonspections toute forme de discours politique visant à les draguer en particulier. C’est juste de la démagogie en période électorale. Elle a le droit d’exister. Et nous, celui de ne pas être dupe.


 
Pascal Décaillet
 
 
 

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28/01/2015

Une conseillère d'Etat qui décide !

 

Publié dans GHI - Mercredi 28.01.15

 

Seule femme au sein du gouvernement genevois, arrivée aux affaires après deux décennies de réformes, demeurée discrète pendant la première année de sa présence au Conseil d’Etat, la socialiste Anne Emery-Torracinta commence à marquer les esprits par la clarté de ses vues, sa compétence à les communiquer, et surtout sa capacité à prendre des décisions en rupture avec les errances du passé. Mieux : dans un monde où, trop longtemps, ont régné les haut fonctionnaires, le politique commence à s’imposer et montrer qui décide. Oui, la nouvelle ministre fait une percée remarquée en ce début d’année.

 

Le meilleur indice de tout cela, c’est l’affaire de l’IUFE (Institut universitaire de formation des enseignants). Nous avons, en premier, révélé ici même, il y a quelques mois, certains des innombrables dysfonctionnements de cet institut, du moins pour la formation de prof au secondaire. Inadéquation totale entre le nombre d’élèves et celui de places de stage disponibles en deuxième année (en 2014 : 275 candidats, seulement 141 stages). Mais aussi, problèmes liés à la gestion et aux finances, ce qui a d’ailleurs valu à l’IUFE des demandes d’examen par la Cour des Comptes. Les relations de l’institut avec les écoles privées, par exemple, méritent d’être éclaircies.

 

Face à cette situation, d’autres auraient pu faire semblant de ne rien voir. Ou enfoui la tête sous le sable, à la manière de l’autruche. Ou couvert indéfiniment les errances de gens bien en place, organisés de façon suffisamment corporatiste pour qu’on ne les dérange pas trop. Eh bien non, après avoir étudié le dossier, laissé passer les Fêtes, pris acte des demandes d’éclaircissements de députés comme Thomas Bläsi (UDC) ou Jean Romain (PLR), qui ont fait leur boulot de parlementaires, Anne Emery-Torracinta a tranché : vendredi 23 janvier, Genève apprenait qu’il n’y aurait pas de rentrée IUFE pour la formation du secondaire en 2015. C’est une bombe. Une rupture avec le passé. Pour cela, il fallait du courage. La conseillère d’Etat l’a eu.

 

Et c’est cela qui tranche. Cela qui apparaît comme nouveau. Après le très long règne, remarquablement innovateur, d’André Chavanne (1961-1985), vinrent celui, paisible, de Dominique Föllmi (1985-1993), celui, pas toujours lisible, de Martine Brunschwig Graf (1993-2003), puis celui de Charles Beer (2003-2013), un homme lucide sur les enjeux, mais peu enclin à des décisions fracassantes. Tous, des ministres de qualité, intelligents, attachés au bien public, mais on avait fini par prendre l’habitude d’une certaine absence de décision politique, les très lourds rouages de la fonction publique ayant tendance à rouler tout seuls. D’autant que, de plus en plus, les impulsions ne venaient pas de l’exécutif, mais de remuants parlementaires, comme Jean Romain, contraignant certains ministres à « faire sa politique ». Ce fut le cas, de façon flagrante, pour M. Beer.

 

Dans ces conditions, la décision sur l’IUFE réhabilite l’échelon politique. Elle rappelle qu’en démocratie, le chef c’est le ministre élu. Et non l’armée byzantine de fonctionnaires, avec ses légions d’archanges et de séraphins. En cela, Anne Emery Torracinta marque politiquement un point. D’autres fronts, innombrables, lui donneront des occasions de se battre. La législature est encore longue.

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/12/2014

Mes voeux pour Genève

 

Publié dans GHI - 22.12.14

 

A part de sérieux problèmes de circulation et un manque cruel de logements, Genève ne se porte pas si mal. La ville est magnifique, aussi belle sous le soleil que romanesque sous la pluie, le niveau de vie est élevé, une démocratie vivante nous amène à régulièrement nous engueuler entre nous, ce qui est très sain, et fait du bien. Il fallait d’abord dire cela, poser le constat de ce bonheur de vivre en comparaison internationale, avant d’émettre pour 2015 des vœux d’amélioration. Oui, Genève est une ville heureuse dans un canton heureux. Ce qui devrait justement amener ceux d’entre nous qui en profitent à davantage d’attention pour les oubliés de cette prospérité. Notre canton en compte : en cette période de Fêtes, pensons à eux.

 

Mon vœu principal leur sera donc destiné. Dans un canton où le salaire moyen (ou le revenu moyen, pour ceux qui, comme les indépendants, ne touchent pas de salaire) est aussi élevé, la solidarité et la répartition s’imposent face aux plus démunis. Non comme une aumône ! Mais comme l’exercice normal d’une redistribution républicaine. Car enfin, quel sens donner à sa vie, si on la gagne correctement, et qu’on tombe autour de soi, dans les rues, les trams, sur des personnes manifestement nécessiteuses ? Quel sens peut revêtir une réussite individuelle si c’est juste pour émerger d’un océan de précarité ? Bien sûr, il faut commencer par se battre pour soi, pour sa famille, et ça n’est déjà pas facile. Mais à quoi bon l’aventure citoyenne, si chacun ne contribue pas – un peu, au moins – au relèvement du niveau moyen de prospérité ?

 

Surtout, n’oublions jamais les plus faibles. Il existe, à Genève, de nombreuses personnes âgées qui doivent compter chaque sou pour s’en sortir. Il existe des chômeurs en fin de droit, qui doivent aller à l’aide sociale, avec tout ce que cela peut impliquer dans la tête, par rapport au rôle que chacun doit jouer dans une collectivité publique. Il existe des travailleurs pauvres : ils ont un emploi, mais ce dernier ne suffit pas. Se soucier de tous ces gens-là ne doit pas être le fait de la charité, mais du souci de construire ensemble un corps social plus sain, plus dynamique, plus solide. A partir de là, on pourra, entre la droite et la gauche, se disputer sur la question du curseur : jusqu’où aller dans la mise en œuvre de la répartition ? Cela se discute, et c’est le propre de la dialectique politique que d’en mener le débat. Mais soyons au moins d’accord sur le principe.

 

Nous sommes en Suisse, au cœur de l’Europe, nous avons une Histoire sociale, de remarquable conquêtes (comme l’AVS, en 1947, notre fleuron). Nous avons, pour pas mal d’entre nous, des sensibilités spirituelles, nous sommes surtout unis autour d’une idée républicaine. Bref, nous ne sommes ni dans l’Angleterre de Mme Thatcher, ni dans certains Etats américains ne prônant que la réussite individuelle. Nous avons à Genève une école, avec de formidables enseignants  qui transmettent à nos enfants leurs passions. Nous avons des milliers d’infirmières qui veillent nos malades. Une immense majorité d’entre elles franchissent deux fois par jour la frontière. Eh bien, je leur dis bravo et merci. A tous, j’adresse mes meilleurs vœux pour les Fêtes de fin d’année.

 

Pascal Décaillet

 

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17/12/2014

Deux hommes d'honneur

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.12.14

 

Dominique Louis, Jean-François Duchosal. Le premier fut chef adjoint du Protocole à l’Etat de Genève, le second chef de la sécurité à l’aéroport. Les deux sont colonels. J’ai eu l’honneur de servir sous les mêmes drapeaux qu’eux, au régiment d’infanterie 3.

 

Je crois que j’aime les histoires d’hommes. Celles avec de la mélancolie, de la verve, de l’humour, du désespoir, du panache. L’histoire de ces deux hommes me plaît, parce qu’elles sont, l’une et l’autre, entièrement vouées à l’idée de servir. Son éloquence, sa faconde, Dominique Louis les a mises au service de l’intérêt public. Jusqu’à devenir, en 25 ans, un incomparable héraut de l’Escalade. Il n’a pas brillé pour lui-même, il a mis son talent au service d’une cause plus ample.

 

Ses vacances, Jean-François Duchosal les passait le plus souvent en Afrique, dans des missions humanitaires bénévoles. Il y avait déjà, chez ce futur pèlerin, la quête spirituelle du moine-soldat. La seule jouissance de la matière ne le satisfaisait pas.

 

Il existe, à Genève, pas mal d’hommes et de femmes comme Dominique et Jean-François. Dans cette cité du luxe et du paraître, il se pratique d’autres valeurs, qui furent tout autant portées par la Réforme, l’humanisme, puis l’ouverture aux catholiques, le service des armes et celui de l’école. Le don de soi. L’abnégation. L’émotion face à la bannière. A ces deux hommes, je dis merci. Ils sont pour moi des exemples.

 

Pascal Décaillet

 

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PAV : poudre aux yeux !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.12.14

 

Le PAV : voilà une décennie qu’on nous balance des promesses. On nous fait miroiter des gratte-ciel dans un futur incertain. Une décennie de belles paroles, comme dans la chanson de Dalida, mais résultat : rien du tout ! Pas la moindre tour, même pas de chantier. Juste des maquettes. Des projets. Des accords-cadres, entre l’Etat et les communes. On brode sur l’avenir, on spécule. Mais on ne prend ni pelle, ni pioche. Rien. Le néant. Le quartier Praille-Acacias-Vernets, qu’on nous présentait il y a dix ans comme un nouveau Manhattan, présente exactement la même allure fin 2014 que fin 2004. Et en 2024, ils seront là, les gratte-ciel ?

 

Le PAV, c’est comme le Grand Genève. La génération politique qui aura le moins construit depuis la guerre s’avère, par paradoxe, celle qui fait le plus valser les projets dans nos imaginaires. Elle joue avec nos désirs, flatte notre urbanité verticale, celle du héros de l’Amérique, de Kafka, entrant en rade de New York, l’une des premières pages les plus saisissantes de l’univers romanesque. En chacun de nous, il y a un révolutionnaire de l’urbanisme qui sommeille, alors allons-y, caressons ses rêves, excitons ses désirs, donnons-lui du building, densifions sa ville rêvée, ça ne coûte rien. Et ça apporte des électeurs.

 

Oh, dans l’ordre du virtuel, elle est grandiose, Genève. On y truffe la Praille de tours, on y traverse rade et lac, on y construit des logements par dizaines de milliers, on y voit grand, jusqu’à abolir toute frontière avec la France, constituer une « région » dont la ville de Calvin serait la capitale naturelle. Séduisant, peut-être. Mais juste un rêve. Une projection. Quelques fragments de désir, échappés du réel. Evaporés. Le PAV, le Grand Genève, c’est cela : des gouvernants qui règnent par le perlimpinpin. Jeteurs de poudre ! Où l’espace politique devient le Grand Magic Circus. Avec des baguettes, des chapeaux dorés. Et nous, dans le rôle des pigeons.

 

Où sont-ils passés, nos conseillers d’Etat constructeurs ? Nos Jaques Vernet, nos Christian Grobet, et même nos Philippe Joye ? Ces hommes-là n’arrivaient pas avec des projets mondiaux, mais avec de cartes de chantier, concrètes, structurées. Ils informaient la presse lorsque le projet était mûr, les négociations menées, les accords passés. Christian Grobet, dans son bureau de la rue David-Dufour, dépliait une carte pour quelques journalistes seulement, dont votre serviteur, et se livrait à un exposé incroyablement pointilliste, digne d’un chef de chantier, sur l’Alhambra ou le Goulet de Chêne-Bourg. C’était l’extrême contraire : la tyrannie de l’infiniment petit, à la merci d’un magistrat incapable de déléguer, mais animé d’un sens prodigieux du concret. Pour ma part, je préfère la rugosité de cette folie-là, à l’insoutenable légèreté des miroirs aux alouettes.

 

Je propose ici, sur le PAV, un moratoire du silence. Tant que nos autorités n’ont pas totalement débloqué un projet, avec autorisations de construire et financement sonnant et trébuchant, elles se taisent. Parce que pour l’heure, chaque nouvelle parole, chaque nouvelle promesse, ne font que ruiner un peu plus le crédit de ceux qui les brandissent. De l’infini au zéro, il n’y a parfois que la courbe sublime de l’absurde. Le saviez-vous ?

 

Pascal Décaillet

 

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12/12/2014

L'Histoire suisse est passionnante !

 

Commentaire publié dans GHI - 10.12.14


 
De nombreuses voix s’élèvent, à juste titre, pour que l’Histoire suisse soit mieux enseignée, ou même soit enseignée, tout court. Totalement d’accord sur le fond, mais avec une importante précision. L’Histoire suisse qui compte, celle qui détermine nos sociétés actuelles, les rapports de force entre nos partis politiques, les relations de chaque canton à la question confessionnelle, ou à la laïcité (Genève, Neuchâtel), ne remonte pas à la mythologie du treizième siècle, mais à une période beaucoup plus récente. Par exemple, 1798. Ou 1848.


 
Non qu’il faille faire l’impasse sur Sempach et Morgarten. Mais enfin, la société d’aujourd’hui, nos systèmes parlementaires, l’Etat fédéral (1848), notre démocratie directe (1891), le scrutin proportionnel (1919, dans le sillage de la grève générale de novembre 1918), la paix du travail (1937), les grandes assurances sociales (AVS, 1947), c’est dans les deux derniers siècles qu’ils ont vécu leurs enjeux décisifs.
 


Si vous racontez aux élèves l’Histoire de la Suisse d’aujourd’hui, l’essor industriel, la part du Capital dans les entreprises, le développement des banques, le réseau des transports, les conquêtes sociales, vous les passionnerez. Oui, j’affirme ici que le dix-neuvième et le vingtième siècles sont totalement déterminants pour comprendre l’état actuel du pays. En gros, depuis la Révolution française, cette immense rupture dans l’Histoire des hommes, qui n’a épargné ni la Suisse, ni les Allemagnes. Cette Histoire-là, jointe à celle des idées et de la presse, fera naître chez les jeunes des vocations. Canton par canton. Et tant pis s’il faut un peu moins mettre l’accent sur 1291.
 
 
Pascal Décaillet

 

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10/12/2014

Cessons d'attaquer l'Etat !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.12.14
 
 
J’ai suivi jour après jour, heure après heure même, les longues querelles autour du budget 2015. Il y a, comme tous les ans, une part de tragi-comédie. Laissons aux politiciens les petites joies de ce théâtre. Prenons juste un peu de hauteur. Et plaçons les attaques contre la fonction publique, particulièrement vitriolées en cet automne 2014, dans leur contexte : celui d’une véritable offensive des milieux libéraux, voire ultra, contre tout ce qui ressemble au service universel, tout ce qui provient de l’Etat. Cela, pour une raison simple : ces gens-là n’ont pas la culture de l’Etat. Tétanisés par le seul mirage de la réussite individuelle, ils ne parviennent pas à entrevoir la beauté de la construction collective d’une communauté humaine.


 
Il ne s’agit pas ici de défendre des privilèges. Assurément, la fonction publique n’en est pas dépourvue, notamment pour les hauts cadres. Il lui appartient, dans chaque Département, de faire le ménage. Mettre fin au copinage, aux prébendes et aux placards dorés, oui : dans le Petit Etat (les fonctionnaires) comme dans le Grand (les régies). Ainsi, rien, je dis bien rien, ne justifie les salaires de certains directeurs, du côté par exemple de l’aéroport. Oui, s’il y a des économies à réaliser, c’est bien du côté des hauts revenus, des nababs et des placards dorés. Mais ces excès ne justifient en rien la vague d’assaut, parfaitement pensée et programmée, contre les serviteurs de l’Etat, dans leur ensemble.


 
Le plus choquant, c’est qu’on s’en prenne au personnel. Dans un canton qui est en train de griller deux milliards pour une liaison ferroviaire dont j’attends qu’on nous prouve l’efficacité, il y a d’autres arbitrages à opérer que se montrer pusillanime sur l’octroi d’une annuité, ou sur l’aide aux plus faibles au sein du DIP. Et de grâce, qu’on ne vienne pas nous faire la leçon sur la différence entre budget d’investissement et de fonctionnement : pour le CEVA, nous passons tous à la caisse, peu importe la ligne budgétaire. Il faudra d’ailleurs un jour revenir sur l’incroyable arrogance de ces quelques roitelets de la Commission des finances, une quinzaine de personnes sur près d’un demi million, qui n’en peuvent plus de distiller leur jouissance dans leur pouvoir de faire peur, brandir les coupes. Naguère deux libéraux agrippés à leur blason, aujourd’hui d’autres, avec hélas l’appui de la toute récente aile ploutocrate du MCG.


 
Pour ma part, je suis tout, sauf fonctionnaire. Petit entrepreneur depuis bientôt neuf ans, j’assume le risque économique, j’ai toujours un peu peur. Je sais ce que signifie payer un loyer professionnel, une charge salariale, les assurances sociales. Mais voilà, à côté de cela, je suis citoyen. Et comme tel, je veux contribuer à entretenir ce qui nous rassemble, dans l’amour du pays et celui de la République. L’école, la santé, la sécurité et font partie au premier plan. Elles doivent certes produire des efforts de gestion, nous sommes tous d’accord. Mais s’acharner à les démanteler, en multipliant les attaques ou les petites piques, relève d’un esprit qui n’est pas le mien. J’appelle ici la population à se battre pour l’idée de l’Etat : il est notre meilleur rempart contre la jungle, la loi du plus fort, la tyrannie du possédant, l’arrogance du pouvoir. 

 


Pascal Décaillet

 

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03/12/2014

Conseil d'Etat : le Vaisseau fantôme

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Publié dans GHI - Mercredi 03.12.14

 

En présentant au public de Dresde, fière capitale de la Saxe, la Première de son opéra « Le Vaisseau fantôme », le 2 janvier 1843, Richard Wagner aurait-il éprouvé, avec 170 ans d’avance,  comme une prémonition de l’actuel Conseil d’Etat genevois ? Pour ma part, j’adore cette œuvre, que j’ai vue pour la première fois à l’âge de seize ans. Il y est question d’un Hollandais volant, qui dérive sur les mers. Un Vaisseau fantôme, par définition, ne sait où il va. Il a perdu tout contrôle de lui-même. Le pilote est évanescent, diaphane comme nuage sous la lune. L’équipage invisible, muet. Le livre de bord, englouti au fond des mers. Dans la cabine de pilotage, un vieux compas rouillé, battu par le vent glacé.

 

A l’image du Hollandais volant, le gouvernement de Genève donne davantage l’impression de dériver que de tenir un cap. Il aura suffi que survienne le premier automne, avec le rugissement d’une grève, la promesse d’une autre, le traditionnel bras-de-fer autour du budget, pour que ces fiers enfants de la Gaule s’évaporent comme marins d’eau douce, soudain moussaillons clopinant sur le pont arrière : ne manquent que l’orchestre, le frisson de l’ultime baiser, la grâce immaculée de l’iceberg. Car enfin, dans la première grève des TPG, on a commencé par laisser un bleu monter à l’abordage, avec menaces, rodomontades. Il a fait le matamore, oui, mais au matin s’est démonté, dès la première clarté. Il avait parlé de faire intervenir la police, c’était en ordre avec son collègue, pourquoi pas l’armée. Au final, il n’y eut ni l’une, ni l’autre. On n’aura, dans cette affaire, ruiné que son propre crédit.

 

Le matamore ayant un peu trop ruminé, croyez-vous qu’on eût publiquement montré une quelconque désapprobation ? On aurait pu, soit le soutenir, soit signifier la distance. On ne fit ni l’un, ni l’autre. On ne régna que par le silence. On ne se montra pas. On ne parla pas. On rasa les murs en trottinant, d’une passerelle l’autre, dans la nuit fantomatique des flots impérieux. Le voilà donc, le Conseil d’Etat 2013-2018 ! Le voilà, ce singulier attelage où celui qui parle trop dispute la vedette à ceux qui trop se taisent, comme si toute parole, toute intervention, se trouvaient par nécessité frappées du sceau de décalage. Un concert dont toute la partition aurait trouvé son édification sur le principe de la fausse note.

 

Face à cette non-pertinence, l’impertinence s’impose. Qui sommes-nous, après tout ? Mais enfin, des citoyens, tout de même, pas des sujets ! Le respect de l’autorité, lorsque cette dernière ne s’impose pas d’elle-même, a des limites. Face à la pression sociale, face à l’extrême difficulté d’élaborer un budget, on aimerait entendre le collège parler avec vision, cohérence. Alors que chacun s’efforce, dans son coin, de préserver le pré-carré de son dicastère, brandissant des menaces de licenciements dès que la tragi-comédie budgétaire de l’automne feint de toucher à un Département. Apeurés, les ministres ! Le signal, dans la cabine de pilotage, ou sur le pont avant, n’est pas le meilleur pour inspirer la confiance. Malgré la grâce de l’orchestre. Et le sourire de l’iceberg.

 

Pascal Décaillet

 

 

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26/11/2014

Revoici la littérature allemande !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.11.14

 

En programmant coup sur coup Heiner Müller (Vie de Grundling, mise en scène Jean Jourdheuil, jouée au Théâtre du Loup) et Hölderlin (Hypérion, mise en scène Marie-José Malis, du 2 au 6 décembre), la Comédie de Genève nous offre deux textes absolument superbes de la littérature allemande. Le premier, de 1976. Le second, de 1797, l’âge d’or de l’Allemagne artistique, en permanente révolution poétique, et d’ailleurs musicale.

 

Il faut saluer cette double programmation. J’ai vu avec bonheur la pièce de Jourdheuil, et redoute un peu, malgré ma passion pour le poète (directement transmise, il y a longtemps, par le saisissant germaniste Bernhard Böschenstein) Hypérion, programmé sur une durée de 3h45 ! Il faudrait un jour, je pense, et n’écris pas seulement cela en fonction d’une fatigue passagère, que les gens de théâtre, tout en maintenant leur exigence artistique, pensent au public. Il y a certaines durées de spectacle qui sont vraiment très difficiles.

 

Mais l’essentiel n’est pas là. Heiner Müller, c’était (et c’est encore, jusqu’au 30 novembre) une rare réussite visuelle, une succession de tableaux capables à la fois de ravir les sens, et laisser courir la rêverie. Hypérion, ce sera dès le mardi 2 décembre la tentative de mettre sur une scène l’un des textes majeurs de la littérature allemande. Par une femme qui s’est déjà frottée à Pasolini, Kleist ou Pirandello. Dans tous les cas, félicitations à la Comédie d’oser l’exigence. Oser le génie.

 

Pascal Décaillet

 

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Préférence cantonale : la victoire du MCG

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.11.14

 

Préférence cantonale : il y a encore cinq ans, ces deux mots ne faisaient partie que du vocabulaire MCG. Ils étaient rejetés, conspués, vilipendés par les partis au pouvoir. Quand vous osiez les avancer dans une conversation, c’est juste si on ne vous traitait pas de fasciste. Il fallait croire, c’était obligatoire, à l’ordre libéral du monde, le salut par le libre-échange, la libre circulation des personnes, sans la moindre entrave. Il fallait abolir les frontières, jugées ringardes dans les cocktails des dominants. Il fallait renoncer à l’idée de communauté humaine organisée à l’intérieur de limites : ce qu’on appelle par exemple un canton, ou un pays. Aujourd’hui, tout cela s’est effondré. La préférence cantonale est au rendez-vous. Les mêmes, qui naguère la prenaient de haut, maintenant la prônent. Singulier retournement, qui en dit long sur la nécessité en politique d’avoir du courage, se battre, ne pas craindre la solitude ni les quolibets, fuir, oui absolument fuir la compagnie tiédasse des suppôts du pouvoir, toujours les mêmes, dans l’oligarchie genevoise, circulaire et recommencée.

 

Oui, c’est cela, la grande leçon. Elle est valable, aussi, pour ce marécage illisible qu’on a cru bon d’appeler le « Grand Genève », étiquette devant laquelle tout le monde s’était aussi prosterné. Parce que ça faisait bien de penser global, respirer global, mépriser le tracé d’une frontière dûment héritée des chocs et des frottements de l’Histoire. Il n’y aurait eu qu’une grande région, Genève, Vaud, Ain, Haute-Savoie. Jamais on ne s’est avisé de procurer à cette improbable construction de l’esprit la moindre légitimité démocratique. Non, le Grand Genève était pensé d’en haut, ruminé d’en haut, ne pas y croire c’était retourner au paléolithique. Eh bien aujourd’hui, fin novembre 2014, il est où, le Grand Genève ? Disparu ! Evaporé ! Les mêmes quotidiens bleutés qui naguère ne juraient que par lui, font part aujourd’hui de leurs doutes. Le même Grand Horloger du Conseil d’Etat qui avait présidé à ce grand projet, vient aujourd’hui regretter son manque de lisibilité. Mais enfin, qui, Monsieur Longchamp, si ce n’est vous-même, étiez responsable de le rendre « lisible » ? Il y a des moments, oui, où les citoyens que nous sommes ont le droit de s’énerver, clamer leur colère, dire qu’on s’est payé leurs têtes.

 

Alors maintenant, il faut commencer à dire que ça suffit. Ancrée, vendredi 21 novembre, par une directive de Mauro Poggia, la préférence cantonale a gagné la bataille. Enterré par celui-là même qui l’avait sacralisé, le « Grand Genève » ne fait plus peur à grand monde. Mais ça suffit, oui, de se laisser monter le bourrichon par une cohorte de snobinards, juste le fan’s club des conseillers d’Etat à la mode, donc leurs laquais, qui viennent comme ça, du promontoire de leur superbe, du Cervin de leur arrogance, nous bourrer le mou avec la terminologie du clinquant. Juste pour faire mode, transfrontalier, post-moderne. La réaction citoyenne face à ces oligarques ne doit pas seulement s’opérer sur le front des idées. Mais sur celui du vocabulaire : plus question de se laisser enfiler n’importe quoi par n’importe qui. Rassurez-vous, je ne parle ici que de mots. Rien de grave, si ce n’est l’essentiel.

 

Pascal Décaillet

 

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14/11/2014

Sauvons le Bat Car 14 !

 

Commentaire publié dans GHI - 12.11.14

 

En Suisse, l’armée est évidemment fédérale, mais les corps de troupe viennent des cantons. Certains d’entre eux, ancrés dans la tradition, sont légendaires. Ainsi, pour Genève, le Bataillon de Carabiniers 14. Deux siècles d’Histoire militaire genevoise ! Des milliers d’entre nous, ou de nos pères, ou de nos ancêtres, ont servi sous ces drapeaux-là, ou ceux des autres bataillons genevois, naguère regroupés au sein du Régiment d’infanterie 3, ou aujourd’hui dans la Brigade d’infanterie 2.

 

Je voudrais dire ici, pour avoir été de ceux-là, que l’attachement à ces souvenirs ne relève pas de la seule nostalgie, et qu’il ne doit pas être l’affaire des seuls militaires, mais de l’ensemble des citoyens : notre armée doit celle du peuple, en aucun cas celle d’un caste, d’une élite. Il convient donc que ceux qui la défendent ne soient pas seulement les bons vieux vétérans, mais tous ceux, hommes et femmes, qui veulent croire en l’utilité de sa mission.

 

Dès lors, bravo à un groupe de députés au Grand Conseil, principalement des PLR (on espère vivement que les adhésions s’étendront à d’autres partis, peu importe lesquels), d’avoir déposé une résolution demandant au Conseil d’Etat d’entreprendre toutes choses pour sauver l’existence du Bat Cat 14, menacé par une réforme de l’armée ruminée à Berne par des apparatchiks aux mocassins immaculés. Bravo à Nathalie Fontanet d’avoir pris la tête de ces députés. S’il faut une armée, s’il faut des corps de troupe, alors qu’ils puisent leur énergie dans les traditions locales. La fierté d’un étendard n’a rien de ringard. Elle surtout pas là pour diviser les hommes. Mais les unir, dans un même élan. Au service de tous.

 

Pascal Décaillet

 

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22/10/2014

La traversée, c'est l'affaire de l'Etat !

 

Commentaire publié dans GHI - 22.10.14

 

Cette fois, le Conseil d’Etat n’a pas traîné : moins d’un mois après le rejet très net de la petite traversée, il relance la grande ! Une vraie traversée du lac, pont ou tunnel, quelque part entre Vengeron et Pallanterie, qui bouclerait enfin la ceinture autoroutière genevoise, donnant à cette ville un véritable périphérique. Dit comme ça, c’est parfait. Juste le bonheur, enfin pour ceux qui veulent bien y croire. Le problème, c’est le nerf de la guerre : l’argent. Une petite réjouissance du genre, ça va allègrement chercher dans les trois milliards, sans doute plus. Et les caisses sont vides. Avec une dette de treize milliards. Alors, on fait quoi, on fait comment ? Le ministre des transports, Luc Barthassat, articule quelques pistes. Hélas, ces dernières méritent contestation. Le risque de poudre aux yeux est énorme.

 

En l’absence du moindre franc pour attaquer les travaux, M. Barthassat tente, depuis un certain temps, d’instiller dans les consciences la notion de PPP (partenariat public privé). L’Etat n’ayant pas d’argent, il s’appuierait sur des fonds privés : plusieurs noms d’entreprises sont déjà articulés, l’une dans la construction, l’autre dans les fonds de retraite, une autre encore dans la banque. A partir de là, le conseiller d’Etat émettait, sur le plateau de Genève à chaud, trois hypothèses de financement : soit le tout à l’Etat (mais avec quel argent ?), soit le financement mixte, soit… le tout au privé ! Cette troisième variante, disons-le tout net, est choquante de la part d’un ministre de la République. Car enfin, si l’Etat délègue à des mécènes, aussi éminents soient-ils, la totalité de la main financière sur des travaux de gros œuvre qui sont à ce point d’intérêt public, quel signal politique donne-t-il de son rôle à lui, l’Etat ? Juste un intermédiaire, pour demeurer maître d’œuvre ? Cela ne tient pas. C’est de la poudre de perlimpinpin.

 

Car l’impression politique est catastrophique. Les grands travaux sont affaire d’Etat. Canton ou Confédération. Ils doivent être l’objet d’une vaste consultation populaire, avec des débats, des pour et des contre, et le feu vert donné (ou non) un beau dimanche. Ce pont, ou ce tunnel, doit être celui d’une majorité clairement voulue par le corps électoral. Et ces citoyens, qui votent, doivent également être, comme contribuables, ceux qui le financent. Afin d’en demeurer les propriétaires, les patrons.

 

Il y a, dans la vision de M. Barthassat, une démission dans la mission régalienne de construction de l’Etat. Jamais un ministre radical, ni un socialiste, n’aurait commis la légèreté de brandir cette troisième hypothèse du « tout au privé ». D’ailleurs, je ne suis pas sûr du tout que la majorité du Conseil d’Etat le suive sur cette piste. Et puis, désolé, mais c’est un peu trop facile : en se tournant vers les grâces d’un mécène, on s’évite le débat populaire, la légitime contestation des opposants (la gauche, par exemple, qui a parfaitement le droit de ne pas vouloir de traversée), bref on contourne les nécessaires aspérités du débat politique. Désolé encore, mais cette posture est légère. Elle fait fi de ce qui fonde la République : la dialectique des antagonismes. Pour ma part, sans aller jusqu’à demander au ministre une conversion au colbertisme, je l’invite amicalement à revoir sa copie.

 

Pascal Décaillet

 

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09/10/2014

Police genevoise : hommage et gratitude

 

Commentaire publié dans GHI - 08.11.14


 
J’ai passé plus d’un demi-siècle de ma vie à Genève, et jamais je n’ai eu à me plaindre de la police. Il est vrai que j’ai l’âme peu délinquante, et que je n’ai jamais particulièrement cherché à me frotter à la maréchaussée. Mais tout de même : chaque fois que j’ai été en contact avec un agent, j’ai trouvé patience, courtoisie, sens du service et compréhension. Qu’il y ait des dérapages, c’est possible : il y en a partout, dans tous les corps des métiers, et jamais il ne faut juger une corporation entière sur quelques brebis galeuses. Mais sur les dizaines de milliers d’heures consacrées chaque année, par la police, au service et à la protection de la population, les cas particuliers d’abus de pouvoir sont rarissimes.


 
Et si nous, les citoyens, avant de nous prononcer si hâtivement sur les problèmes syndicaux ou sectoriels de notre police, nous commencions simplement par lui dire notre gratitude ? A tous ceux, hommes et femmes, de tous grades et de toutes fonctions, qui exercent ce métier. Comme je le fais ici, si souvent, pour les enseignants. Comme il faut le faire pour les infirmières, les employés de voirie, les pompiers, les agents des services publics, tous ceux qui servent l’Etat, à tous les niveaux, à commencer par les plus modestes. Il serait temps, dans ce canton, qu’on parle des fonctionnaires autrement qu’en termes de classes de salaire, d’indemnités et de revendications. Et davantage en termes de grandeur dans le service public. A cet égard, trois décennies de philosophie libérale, voire ultra, ont scandaleusement terni l’image de ceux qui servent l’Etat. Alors que sans eux, nous ne serions rien. Si ce n’est une jungle, avec la loi du plus fort. Ou un Ancien Régime, avec la seule loi du Prince.


 
Je ne me prononce pas ici sur les revendications syndicales de la police genevoise. Elles appartiennent au champ de négociations entre les représentants professionnels et l’employeur, l’Etat. Disons simplement que les policiers ont 100% le droit, comme tout corps de métier, de faire valoir leurs prétentions. Et l’employeur, le droit d’être d’accord ou non. Cette tension dialectique s’appelle négociation, elle est chose courante en Suisse depuis près d’un siècle, et même sacralisée depuis 1937. Ajoutons que nous les citoyens, avant de porter un jugement sur le salaire des policiers, nous gagnerions peut-être à suivre quelques patrouilles, par exemple de nuit, pour nous rendre compte de la réalité du travail fourni. Sur l’aspect sécuritaire, mais aussi social.


 
Et puis, il est tellement confortable, du confort de son salon, de pester contre la police. Les bobos, les libertaires (de gauche comme de droite !), tous ceux que l’Etat structuré embarrasse, surtout dans ses fonctions régaliennes, celles qui fleurent l’organisation de type militaire. Puissent les politiques, de tous bords, valoriser davantage qu’aujourd’hui les agents de la fonction publique. Rendre à l’individu le désir de servir l’Etat. Pour cela, il conviendrait que nos consciences renouent avec le discours sur le collectif. L’intérêt supérieur de tous, Exactement le contraire des thèses ultra-libérales des trente dernières années.


 
Pascal Décaillet

 

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08/10/2014

Notre Lignon, fierté républicaine

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.10.14

 

Dans un coin perdu des Alpes valaisannes, j’ai écouté avec bonheur, samedi 4 octobre, le reportage « Lignon : touche pas à ma cité ! », signé Francesca Argiroffo et Rino Muccigrosso, sur la Première. Avec justesse et pertinence, ces quinze minutes de radio nous ont rappelé à quel point notre Lignon, à Genève, n’avait rien à voir avec certaines de ces « cités » françaises où l’état de droit a abdiqué face à la violence et au communautarisme.

 

Notre Lignon – j’utilise à dessein le possessif – se trouve être justement, depuis un demi-siècle, un exemple plutôt réussi de cohabitation. Les habitants y viennent d’un peu partout, les origines et les religions s’entremêlent, mais tout cela s’opère, dans les grandes lignes, sous le sceau du respect mutuel. Et cette attitude porte un nom, qui m’est particulièrement cher : la République.

 

La République ne se confond ni avec la langue, ni avec l’ethnie, ni avec la classe sociale. Elle est, étymologiquement, l’affaire de tous. Elle promet aux minorités la protection. En contrepartie, elle exige de tous le respect de ses lois. Réduire l’image du Lignon à quelques commentaires stupides sur une vidéo suite à l’incendie de l’église catholique, c’est foutre en l’air des décennies de travail social dans cette cité. C’est un comportement irresponsable. Le Lignon, notre Lignon, mérite mieux.

 

Pascal Décaillet

 

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02/10/2014

Père Dauchez : sourire et lumière

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Coup de Cœur - GHI - 01.10.14

 

Originaire de Versailles, le Père Matthieu Dauchez a décidé un jour de tout quitter pour aller s’occuper des enfants des rues à Manille. Dans l’immense capitale des Philippines, l’une des villes les plus peuplées au monde, vivent des milliers d’enfants qui n’ont strictement rien, et errent dans les rues. Orphelins, ou rejetés par leur famille. Le Père Matthieu, à la tête de la Fondation Anak, et avec le soutien de salariés philippins, s’occupe d’eux. Dans un livre, « Le prodigieux mystère de la joie », il raconte son expérience. Mieux : cet infatigable prêtre de terrain sera à Genève jeudi 2 octobre. A 19.45h, il s’exprimera au Sacré Cœur, 18 rue du Général-Dufour. Au milieu des immondices de Manille, il dit avoir trouvé la lumière. Assurément, le témoignage de cet homme vaut le déplacement.

 

Pascal Décaillet

 

*** Le Père Matthieu Dauchez sera ce soir, 19h, en direct sur le plateau de Genève à chaud. Puis, 19.45h, au Sacré-Cœur.

 

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01/10/2014

Halte aux initiatives marketing !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.10.14

 

Une initiative, rien que pour faire parler de soi. Par exemple, en période électorale. Mentionner le nom du parti qui l’a lancée, le marteler, à n’en plus finir. Tout cela, pour gagner quelques sièges. Et puis, un an plus tard, lorsqu’il s’agit de voter sur le contenu de l’initiative, on se rend compte que près de deux personnes sur trois n’en veulent pas. Le texte échoue. Le camp politique des initiants est divisé. A la cause qu’on se promettait de défendre, on aura fait perdre du temps. Mais au moins, un an avant, en ayant fait parler de soi, on aura pu se renflouer au Grand Conseil. Cette histoire, c’est exactement celle de l’UDC genevoise et de la traversée de la Rade, balayée dimanche 28 septembre par près de 64% des votants.

 

Cette attitude politique n’est pas à la hauteur de notre démocratie directe en Suisse, ce système que la toute première, et à juste titre, l’UDC défend de toutes ses forces. Pas à la hauteur, parce qu’elle dévoie un thème pour en faire une arme de campagne. L’initiative sur la Rade a été lancée juste avant les élections cantonales de 2013, elle a permis de faire beaucoup de pub à l’UDC genevoise, qui d’ailleurs a engrangé de bons résultats au Grand Conseil, mais un an après, elle échouait lamentablement. Il y avait, dans cette démarche, beaucoup de choses qui, dès le début n’allaient pas. En voici au moins deux.

 

D’abord, l’initiative et le référendum, ces armes de ceux d’en bas que tant de voisins nous envient, ne sont pas des gadgets électoraux. Ils sont là pour permettre au peuple de s’exprimer, en profondeur, sur des sujets que les corps intermédiaires auraient mal traités (référendums) ou, pire encore, totalement négligés (initiatives). L’appel au peuple, si important dans notre pays, doit être soit un mécanisme correctif aux décisions parlementaires (référendums), soit l’expression tellurique du suffrage universel (initiatives) sur des lames de fond que toute la cléricature des élus n’aurait tout simplement pas vues venir. On l’a vu avec l’initiative des Alpes, avec Franz Weber, avec les criminels étrangers, avec l’immigration massive. Pour qu’une initiative soit un succès, il faut soit qu’elle passe, soit qu’elle tutoie la réussite (48 ou 49%), pour peser sur la suite. Mais 64% contre elle, c’est l’autogoal.

 

Et puis, dans cette initiative de l’UDC sur la Rade, il y avait un autre problème, dès le départ. Un parti doit proposer un texte sur un thème puissamment contenu dans son bagage génétique : l’UDC sur l’immigration, la gauche sur le social, ou le PDC sur la famille. Mais diable, en quoi les questions de mobilité étaient-elles, antérieurement à ce débat, consubstantielles à l’UDC genevoise ? Réponse : en rien. Cette inadéquation de thème accentue l’impression d’opportunisme électoral, et d’initiative marketing. Le peuple n’en est pas dupe. Au-delà de savoir s’il faut traverser la Rade, ou le lac, ou ne rien traverser du tout, le corps électoral a sanctionné un mode d’action. Quant au MCG, allié de l’UDC dans cette galère, il pourrait bien, désormais, tourner ses regards vers d’autres partenaires, au sein de la droite genevoise, à l’avenir, sur les questions de mobilité.

 

Pascal Décaillet

 

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24/09/2014

Indignation sélective

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.09.14

 

J’ai toujours, depuis de longues années, soutenu le peuple palestinien. Toujours, j’ai dit et écrit qu’il devait avoir un Etat à lui. Un Etat ! Et non une simple autonomie administrative dans le cadre d’une occupation qui date de 1967. Mais toujours, disant cela, j’ai ajouté qu’un autre Etat, Israël, devait voir reconnu son droit total à l’existence. Et que les enfants de ce pays devaient aller à l’école sans que le bus scolaire ne risque une explosion par attentat. En clair, comme l’immensité de mes compatriotes suisses, je plaide pour une paix durable, fondée sur la dignité de deux Etats souverains. Mes nombreux voyages au Proche Orient m’ont convaincu de cette position.

 

Solidaires avec la Palestine, oui. Surtout au moment où les populations civiles de Gaza font les frais d’une riposte disproportionnée d’Israël. Solidaires, mais dans l’équilibre et, non dans l’unilatéralisme. A cet égard, au moment où plusieurs centaines d’artistes et d’intellectuels suisses envoient au Conseil fédéral (ce mardi 23 septembre) un appel de solidarité avec les Palestiniens, on a quand même envie de leur dire que leur indignation a tendance à toujours aller dans le même sens. Certains d’entre eux – pas tous – déploient contre Israël, oui contre Israël même et pas seulement contre la disproportion militaire, une haine farouche, qu’ils peinent à dissimuler. On aimerait aussi les entendre, ces voix indignées, lorsque des populations civiles israéliennes tombent dans des attentats. Ces jours-là, hélas, ils sont bien silencieux.

 

Pascal Décaillet

 

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18/09/2014

Citoyens, cultivez-vous !

 

Commentaire publié dans GHI - 17.09.14

 

Les politiques sont-ils tous des menteurs ? Non, assurément ! J’affirme même ici que l’écrasante majorité d’entre eux, tous partis confondus, sont des gens sincères, intéressés avant tout par le bien public, généreux de leur temps et de leur engagement. Pour autant, faut-il les croire ? Là, la réponse est beaucoup plus nuancée. Non qu’ils travestissent à dessein la réalité, mais pour une raison simple : l’essence même du discours politique, qui est de convaincre sur un programme et surtout sur le choix d’une personne, ne vise évidemment pas la recherche de la vérité. Mais la séduction d’un moment. La parole politique se rapproche donc davantage du message publicitaire.

 

Cela n’a rien de grave. Il suffit de le savoir. Et, toujours, de décortiquer, décrypter, mettre en perspective, défricher le champ des intérêts réels, pour ne pas être le jouet du discours. Cela implique, de la part des citoyens, une volonté critique, une posture d’analyse du langage, mais aussi la connaissance la plus profonde possible de l’Histoire, des antécédents, des modèles. Plus le citoyen s’informe, plus il approfondit sa culture politique et historique, plus il s’intéresse au choix des mots, mieux il sera armé pour forger, en toute indépendance des pressions, ses outils de décision politique. Ce travail-là ne s’exerce pas contre les partis, qui sont indispensables en démocratie, encore moins contre le personnel politique, mais en faveur de l’énergie citoyenne, celle qui vient d’en bas, se veut lucide et critique, et non moutonnière. En Suisse plus que partout, cette acuité doit être encouragée, puisque le suffrage universel est constamment appelé à trancher les grands débats.

 

Les politiques, il faut les juger non sur leurs paroles, mais sur leurs actes. Un exemple : le 18 juin 1954, Pierre Mendès France, désigné par l’Assemblée pour former un gouvernement, se donne un mois, pas un jour de plus, pour résoudre la crise indochinoise, le contingent français s’étant laissé encercler dans la cuvette de Dien Bien Phu. Un mois plus tard, exactement, il décroche les Accords de Genève. La légende, parfaitement méritée, pouvait naître, celle d’un homme, tiens pour une fois, qui tient ses promesses. Mais pour un Mendès France, combien de beaux parleurs ? Pour un André Chavanne, qui a révolutionné l’Ecole genevoise en l’adaptant aux exigences de la modernité, pour un Tschudi qui a fait accomplir, en 14 ans, des pas de géants à nos assurances sociales, combien de charlatans du verbe, juste préoccupés par l’élection, la réélection, si ce n’est la rente. Juste soucieux du réseau, cette savante toile d’araignée dans laquelle il faut se trouver, à Genève, pour exister, et où gravitent toujours les mêmes, se tutoyant comme dans un club, échangeant postes et prébendes, en cercle fermé. Exemple : le tout petit réservoir d’hommes dans lequel on puise lorsqu’il s’agit de renouveler les têtes des grandes régies publiques.

 

Citoyens, cultivez-vous ! Lisez des centaines de livres d’Histoire. Intéressez-vous au langage, lisez Saussure, aiguisez votre sens critique. Mieux vous serez armés, mieux se portera la République.

 

Pascal Décaillet

 

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12/09/2014

Plaidoyer pour l'allemand

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Commentaire publié dans GHI - 10.09.14
 

 

Bien sûr, l’anglais est utile, qui le nierait ? C’est une langue véhiculaire, planétaire, facile pour les échanges et le commerce. L’anglais est d’ailleurs aussi une langue de haute tenue littéraire, mais bizarrement ses partisans, tout à la louange de l’affairisme aisé, ne brandissent jamais ces qualités.


 
Je n’entends pas ici m’attaquer à l’anglais, ni jouer une langue contre une autre. Je dis simplement qu’en Suisse, nous avons des langues nationales, parmi lesquelles trois de nos plus importants parlers continentaux : le français, l’allemand, l’italien.


 
L’italien, l’allemand, pour un Suisse, ne relèvent pas de l’exotisme : ces langues, ces cultures font partie de notre patrimoine national. Leur montrer de la défiance, en prônant le primat de la langue du commerce, c’est mépriser ce que nous sommes, ce qui nous constitue, dans l’Histoire et dans le présent.


 
Pour ma part, l’allemand et sa littérature sont toujours venus avant toute autre chose. Une langue d’exception, chantante et complexe, taillée à la fois pour la démonstration cérébrale (la langue de Kant), pour le théâtre (Brecht) et pour la plus raffinée des poésies (Hölderlin, Celan).
 


Au cœur, au plus brûlant de ce notre débat d’été sur les langues en Suisse, j’avais juste envie de crier cela, qui est de l’ordre de la culture et de l’élévation : allez vers l’allemand, allez vers l’italien. Jamais vous ne le regretterez.


 
Pascal Décaillet

 

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