02/10/2014

Père Dauchez : sourire et lumière

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Coup de Cœur - GHI - 01.10.14

 

Originaire de Versailles, le Père Matthieu Dauchez a décidé un jour de tout quitter pour aller s’occuper des enfants des rues à Manille. Dans l’immense capitale des Philippines, l’une des villes les plus peuplées au monde, vivent des milliers d’enfants qui n’ont strictement rien, et errent dans les rues. Orphelins, ou rejetés par leur famille. Le Père Matthieu, à la tête de la Fondation Anak, et avec le soutien de salariés philippins, s’occupe d’eux. Dans un livre, « Le prodigieux mystère de la joie », il raconte son expérience. Mieux : cet infatigable prêtre de terrain sera à Genève jeudi 2 octobre. A 19.45h, il s’exprimera au Sacré Cœur, 18 rue du Général-Dufour. Au milieu des immondices de Manille, il dit avoir trouvé la lumière. Assurément, le témoignage de cet homme vaut le déplacement.

 

Pascal Décaillet

 

*** Le Père Matthieu Dauchez sera ce soir, 19h, en direct sur le plateau de Genève à chaud. Puis, 19.45h, au Sacré-Cœur.

 

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01/10/2014

Halte aux initiatives marketing !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.10.14

 

Une initiative, rien que pour faire parler de soi. Par exemple, en période électorale. Mentionner le nom du parti qui l’a lancée, le marteler, à n’en plus finir. Tout cela, pour gagner quelques sièges. Et puis, un an plus tard, lorsqu’il s’agit de voter sur le contenu de l’initiative, on se rend compte que près de deux personnes sur trois n’en veulent pas. Le texte échoue. Le camp politique des initiants est divisé. A la cause qu’on se promettait de défendre, on aura fait perdre du temps. Mais au moins, un an avant, en ayant fait parler de soi, on aura pu se renflouer au Grand Conseil. Cette histoire, c’est exactement celle de l’UDC genevoise et de la traversée de la Rade, balayée dimanche 28 septembre par près de 64% des votants.

 

Cette attitude politique n’est pas à la hauteur de notre démocratie directe en Suisse, ce système que la toute première, et à juste titre, l’UDC défend de toutes ses forces. Pas à la hauteur, parce qu’elle dévoie un thème pour en faire une arme de campagne. L’initiative sur la Rade a été lancée juste avant les élections cantonales de 2013, elle a permis de faire beaucoup de pub à l’UDC genevoise, qui d’ailleurs a engrangé de bons résultats au Grand Conseil, mais un an après, elle échouait lamentablement. Il y avait, dans cette démarche, beaucoup de choses qui, dès le début n’allaient pas. En voici au moins deux.

 

D’abord, l’initiative et le référendum, ces armes de ceux d’en bas que tant de voisins nous envient, ne sont pas des gadgets électoraux. Ils sont là pour permettre au peuple de s’exprimer, en profondeur, sur des sujets que les corps intermédiaires auraient mal traités (référendums) ou, pire encore, totalement négligés (initiatives). L’appel au peuple, si important dans notre pays, doit être soit un mécanisme correctif aux décisions parlementaires (référendums), soit l’expression tellurique du suffrage universel (initiatives) sur des lames de fond que toute la cléricature des élus n’aurait tout simplement pas vues venir. On l’a vu avec l’initiative des Alpes, avec Franz Weber, avec les criminels étrangers, avec l’immigration massive. Pour qu’une initiative soit un succès, il faut soit qu’elle passe, soit qu’elle tutoie la réussite (48 ou 49%), pour peser sur la suite. Mais 64% contre elle, c’est l’autogoal.

 

Et puis, dans cette initiative de l’UDC sur la Rade, il y avait un autre problème, dès le départ. Un parti doit proposer un texte sur un thème puissamment contenu dans son bagage génétique : l’UDC sur l’immigration, la gauche sur le social, ou le PDC sur la famille. Mais diable, en quoi les questions de mobilité étaient-elles, antérieurement à ce débat, consubstantielles à l’UDC genevoise ? Réponse : en rien. Cette inadéquation de thème accentue l’impression d’opportunisme électoral, et d’initiative marketing. Le peuple n’en est pas dupe. Au-delà de savoir s’il faut traverser la Rade, ou le lac, ou ne rien traverser du tout, le corps électoral a sanctionné un mode d’action. Quant au MCG, allié de l’UDC dans cette galère, il pourrait bien, désormais, tourner ses regards vers d’autres partenaires, au sein de la droite genevoise, à l’avenir, sur les questions de mobilité.

 

Pascal Décaillet

 

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24/09/2014

Indignation sélective

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.09.14

 

J’ai toujours, depuis de longues années, soutenu le peuple palestinien. Toujours, j’ai dit et écrit qu’il devait avoir un Etat à lui. Un Etat ! Et non une simple autonomie administrative dans le cadre d’une occupation qui date de 1967. Mais toujours, disant cela, j’ai ajouté qu’un autre Etat, Israël, devait voir reconnu son droit total à l’existence. Et que les enfants de ce pays devaient aller à l’école sans que le bus scolaire ne risque une explosion par attentat. En clair, comme l’immensité de mes compatriotes suisses, je plaide pour une paix durable, fondée sur la dignité de deux Etats souverains. Mes nombreux voyages au Proche Orient m’ont convaincu de cette position.

 

Solidaires avec la Palestine, oui. Surtout au moment où les populations civiles de Gaza font les frais d’une riposte disproportionnée d’Israël. Solidaires, mais dans l’équilibre et, non dans l’unilatéralisme. A cet égard, au moment où plusieurs centaines d’artistes et d’intellectuels suisses envoient au Conseil fédéral (ce mardi 23 septembre) un appel de solidarité avec les Palestiniens, on a quand même envie de leur dire que leur indignation a tendance à toujours aller dans le même sens. Certains d’entre eux – pas tous – déploient contre Israël, oui contre Israël même et pas seulement contre la disproportion militaire, une haine farouche, qu’ils peinent à dissimuler. On aimerait aussi les entendre, ces voix indignées, lorsque des populations civiles israéliennes tombent dans des attentats. Ces jours-là, hélas, ils sont bien silencieux.

 

Pascal Décaillet

 

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18/09/2014

Citoyens, cultivez-vous !

 

Commentaire publié dans GHI - 17.09.14

 

Les politiques sont-ils tous des menteurs ? Non, assurément ! J’affirme même ici que l’écrasante majorité d’entre eux, tous partis confondus, sont des gens sincères, intéressés avant tout par le bien public, généreux de leur temps et de leur engagement. Pour autant, faut-il les croire ? Là, la réponse est beaucoup plus nuancée. Non qu’ils travestissent à dessein la réalité, mais pour une raison simple : l’essence même du discours politique, qui est de convaincre sur un programme et surtout sur le choix d’une personne, ne vise évidemment pas la recherche de la vérité. Mais la séduction d’un moment. La parole politique se rapproche donc davantage du message publicitaire.

 

Cela n’a rien de grave. Il suffit de le savoir. Et, toujours, de décortiquer, décrypter, mettre en perspective, défricher le champ des intérêts réels, pour ne pas être le jouet du discours. Cela implique, de la part des citoyens, une volonté critique, une posture d’analyse du langage, mais aussi la connaissance la plus profonde possible de l’Histoire, des antécédents, des modèles. Plus le citoyen s’informe, plus il approfondit sa culture politique et historique, plus il s’intéresse au choix des mots, mieux il sera armé pour forger, en toute indépendance des pressions, ses outils de décision politique. Ce travail-là ne s’exerce pas contre les partis, qui sont indispensables en démocratie, encore moins contre le personnel politique, mais en faveur de l’énergie citoyenne, celle qui vient d’en bas, se veut lucide et critique, et non moutonnière. En Suisse plus que partout, cette acuité doit être encouragée, puisque le suffrage universel est constamment appelé à trancher les grands débats.

 

Les politiques, il faut les juger non sur leurs paroles, mais sur leurs actes. Un exemple : le 18 juin 1954, Pierre Mendès France, désigné par l’Assemblée pour former un gouvernement, se donne un mois, pas un jour de plus, pour résoudre la crise indochinoise, le contingent français s’étant laissé encercler dans la cuvette de Dien Bien Phu. Un mois plus tard, exactement, il décroche les Accords de Genève. La légende, parfaitement méritée, pouvait naître, celle d’un homme, tiens pour une fois, qui tient ses promesses. Mais pour un Mendès France, combien de beaux parleurs ? Pour un André Chavanne, qui a révolutionné l’Ecole genevoise en l’adaptant aux exigences de la modernité, pour un Tschudi qui a fait accomplir, en 14 ans, des pas de géants à nos assurances sociales, combien de charlatans du verbe, juste préoccupés par l’élection, la réélection, si ce n’est la rente. Juste soucieux du réseau, cette savante toile d’araignée dans laquelle il faut se trouver, à Genève, pour exister, et où gravitent toujours les mêmes, se tutoyant comme dans un club, échangeant postes et prébendes, en cercle fermé. Exemple : le tout petit réservoir d’hommes dans lequel on puise lorsqu’il s’agit de renouveler les têtes des grandes régies publiques.

 

Citoyens, cultivez-vous ! Lisez des centaines de livres d’Histoire. Intéressez-vous au langage, lisez Saussure, aiguisez votre sens critique. Mieux vous serez armés, mieux se portera la République.

 

Pascal Décaillet

 

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12/09/2014

Plaidoyer pour l'allemand

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Commentaire publié dans GHI - 10.09.14
 

 

Bien sûr, l’anglais est utile, qui le nierait ? C’est une langue véhiculaire, planétaire, facile pour les échanges et le commerce. L’anglais est d’ailleurs aussi une langue de haute tenue littéraire, mais bizarrement ses partisans, tout à la louange de l’affairisme aisé, ne brandissent jamais ces qualités.


 
Je n’entends pas ici m’attaquer à l’anglais, ni jouer une langue contre une autre. Je dis simplement qu’en Suisse, nous avons des langues nationales, parmi lesquelles trois de nos plus importants parlers continentaux : le français, l’allemand, l’italien.


 
L’italien, l’allemand, pour un Suisse, ne relèvent pas de l’exotisme : ces langues, ces cultures font partie de notre patrimoine national. Leur montrer de la défiance, en prônant le primat de la langue du commerce, c’est mépriser ce que nous sommes, ce qui nous constitue, dans l’Histoire et dans le présent.


 
Pour ma part, l’allemand et sa littérature sont toujours venus avant toute autre chose. Une langue d’exception, chantante et complexe, taillée à la fois pour la démonstration cérébrale (la langue de Kant), pour le théâtre (Brecht) et pour la plus raffinée des poésies (Hölderlin, Celan).
 


Au cœur, au plus brûlant de ce notre débat d’été sur les langues en Suisse, j’avais juste envie de crier cela, qui est de l’ordre de la culture et de l’élévation : allez vers l’allemand, allez vers l’italien. Jamais vous ne le regretterez.


 
Pascal Décaillet

 

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10/09/2014

Conseil d'Etat : déjà fatigué !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.09.14


 
Le programme de législature refusé par le Parlement, des majorités de soutien de plus en plus difficiles à trouver, un collège sans cohérence et sans stratégie claire, des caisses de l’Etat vides, voilà à quoi ressemble le gouvernement genevois, moins d’un an après son élection. Sans compter les désaveux en votations populaires. Chaque magistrat, certes, fait ce qu’il peut pour le bien public. Mais on peine, pour l’heure, à entrevoir la moindre dynamique d’ensemble. Bref, le Conseil d’Etat 2013-2018, premier issu de la nouvelle Constitution, apparaît tout aussi fatigué que les collèges précédents. Pire : ces derniers montraient des signes d’usure en fin de législature, alors que celui-ci les affiche au début déjà de son mandat.
 


Dix mois seulement après les élections, il faut déchanter : cette fameuse nouvelle équipe qu’on nous avait promise tout l’automne 2013, à coup de grands discours et de promesses, ce vent nouveau, cette cohérence, rien de cela n’est au rendez-vous. Il ne s’agit pas ici de mettre en cause le travail individuel de tel ou tel magistrat, dans son ministère. Mais de juger les signaux donnés par l’ensemble. Car enfin, si on élit sept conseillers d’Etat, on élit avant tout un gouvernement, qui doit briller par son énergie, son courage, son inventivité, sa résistance aux modes et aux pressions, et surtout sa vision stratégique. Ils ont beau se mettre au vert, se réunir extra muros, prendre du recul en des lieux ombragés, rien n’y fait : la lisibilité de l’action n’apparaît pas.


 
Les causes sont multiples. Elles tiennent beaucoup au système électoral, fruit d’une nouvelle Constitution qui n’a pas poussé la logique réformatrice jusqu’au bout. Sans aller jusqu’à tisser des tapisseries de Bayeux, pour faire référence à l’éblouissant discours tenu en cette ville par Charles de Gaulle en 1946, qui jetait, avec douze ans d’avance, les bases d’une République nouvelle, il faut bien admettre qu’à Genève, les constituants se sont contentés, en termes de réforme gouvernementale, de cosmétique. On ne révolutionne pas un exécutif en ajoutant un an à la législature, ni en déléguant une seule personne à l’inauguration des chrysanthèmes. Résultat : le vrai visage politique du canton, tel que sorti des urnes dans l’élection législative, n’apparaît pas au gouvernement, où l’Entente (quatre magistrats sur sept, alors qu’elle ne représente qu’un gros tiers de l’électorat) est surreprésentée.


 
Ces quatre Messieurs de l’Entente (deux PLR et deux PDC) vont donc passer la législature à encaisser des désaveux au Grand Conseil, et de plus en plus souvent devant le peuple. Ils y sont comme d’avance condamnés, victimes expiatoires d’un mauvais système. Ils s’en consoleront en multipliant les présences entre eux, dans les cocktails et les congratulations mutuelles de l’horizontalité genevoise du pouvoir. Cela leur fera peut-être du bien dans leur sentiment d’éternité au pouvoir, mais ne fera pas avancer le canton d’un millimètre. Triste début, en vérité, pour ce qui devait être la première équipe d’une nouvelle ère, rafraîchie et réinventée, et qui donne déjà l’impression de courir derrière son ombre. Sans jamais la rattraper.
 


Pascal Décaillet

 

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03/07/2014

La bataille du Trient, connaissez ?

 

GHI - Page spéciale Rhône - Mercredi 02.07.14


 
Il y a quelque part, en aval de Martigny, un lieu de magie où le confluent du Rhône avec la Dranse d’Entremont (elle-même issue de celles de Bagnes et de Ferret) côtoie de quelques centaines de mètres l’endroit où le fleuve est rejoint par le Trient, après la course folle de ce dernier au plus profond des Gorges. Il vaut la peine d’y passer autrement que par l’autoroute, tant sont lourdes de sens les richesses de ces jonctions. Non loin de là se déroula, le 21 mai 1844, la bataille du Trient, où les troupes radicales de la Jeune Suisse, celles de Maurice Barman, furent défaites par les conservateurs de la Vieille Suisse, conduits par Guillaume de Kalbermatten. Chaque fois que j’y passe, je pense à eux, aux vaincus comme aux vainqueurs. Et à la vie, pourtant si belle, qui déjà nous échappe.


 
Pascal Décaillet

 

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Journal des Bains : superbe numéro !

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GHI - Page spéciale Rhône - Mercredi 02.07.14


 
Avant d’inspirer votre serviteur, le Rhône a littéralement baigné de son génie l’équipe de rédaction du Journal des Bains, édité par l’AUBP, Association d’usagers des Bains des Pâquis. Le tiré à part numéro 11, été 2014, consacré au fleuve, est tout simplement superbe. Dès la première page, on y voit le village de Gletsch, sur une forme d’aquarelle aux tons pastel, il y a quelque chose comme un siècle, au pied d’un glacier qui n’a plus aujourd’hui le quart de ces dimensions-là. D’emblée, le baigneur-lecteur pâquisard est rafraîchi.


 
S’ensuivent d’éloquentes photos d’Histoire, ici la crue de 1935 à Conthey, là les travaux des bisses ou de la Dixence, ailleurs ceux de la deuxième correction du Rhône. En page 9, un remarquable texte de Lionel Fontannaz sur le brouillard. Mais aussi, les découvertes archéologiques dans le lit du fleuve, une étonnante photographie panoramique d’Eddy Mottaz, "Chasses du Rhône, Peney, juin 2012", la descente du fleuve en partant de Genève, l’histoire du Pont Butin, dont l’une des arches s’était écroulée il y a juste 90 ans, lors de l’orage des 5 et 6 juillet 1924.
 


Enfin, pour ne prendre que quelques exemples, un papier de Gérald Herrmann sur la Jonction, et un autre, de Philippe Constantin, sur la piste des truites. Il y a tout dans ce numéro spécial, de la vie et de la joie, de l’irruption et de la surprise. Tout cela, autour du fleuve qui nous charrie. A tous, excellent été !


 
Pascal Décaillet

 

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02/07/2014

Notre Rhône à nous

 

GHI - Mercredi 02.07.14 - Page spéciale Rhône - Texte principal

 

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J’en ai vus, des fleuves, Dniepr et Jourdain, Guadalquivir, Niagara. Je me suis baigné dans l’Elbe, dans mon adolescence allemande, avec un ancien combattant du front russe, j’ai guetté les oiseaux dans le delta du Pô, murmuré Hölderlin le long du Rhin et du Neckar. Mais toujours, comme tous les habitants de Genève, j’en reviens au Rhône. Parce qu’il est, de mes origines valaisannes à mes passions camarguaises, le fleuve total. Celui de la naissance et de la mort, des eaux vertes et bleues, celui des milans noirs qui surgissent fin avril, promesses de renouveau. Il est notre destin. Jamais au monde je ne voudrais vivre au bord d’un autre cours d’eau. Il était là avant, nous survivra, nous sommes ses visiteurs, ses passants.

 

Mes deux parents, en Valais, sont nés au bord d’un affluent du Rhône. Mon père, au bord de l’Eau Noire, qui rejoint le grand fleuve par le Trient, ma mère au bord de la Dranse d’Entremont. Maintes fois nous sommes montés au glacier, à la Furka, l’avons vu rétrécir au fil des décennies. Maintes fois, nous descendons en son double estuaire, Port Saint Louis ou les Saintes Maries, pour le Petit Rhône. Toujours les mêmes eaux, juste enrichies de tous les trésors minéraux du limon français, Ain, Saône, Ardèche, ou surtout l’exceptionnelle Durance, ultime fiancée des derniers kilomètres, avec ses cortèges de hérons et toute l’Histoire sablonneuse de ses méandres. Souvent, je me suis demandé si ça n’était pas le Rhône qui se jetait dans la Durance, dans ses bras, pulsion de mort et de transgression.

 

Genève est fille de l’Arve et fille du Rhône. Car enfin, là aussi, qui se jette dans qui ? Enfant, de la Bâtie, je posais la question à mon père, tant me frappait l’égalité d’envergue de la rivière et puis du fleuve, celui-ci bleu-noir, celle-là turquoise comme le sont les herbes de Balme, argentées face à l’éternité des glaces. Je n’imaginais pas, alors, que cette Jonction n’en fût qu’une parmi des dizaines d’autres, Borgne ou Navisence, Morge, Lizerne, Allondon, Fier, Isère, Drôme, Roubion, Cèze ou Gard. Être fleuve, c’est accepter de mélanger sa nature avec elle des autres, laisser se fondre toutes alluvions en un destin commun. Toutes les théories sur la mixité, le cours d’eau les réalise, cahin-caha, sans autre fureur que le silence de l’écoulement.

 

Car enfin, l’Arve, ça n’est pas rien. Presque valaisanne par l’origine, elle nous roucoule le chant du haut-pays savoyard : le Grand Genève, notre paisible Jonction le met en œuvre depuis ces temps de pierre, ancestraux, ceux d’avant les récits, les langues et même les accents. Et puis, Genève, c’est tout de même le lieu où le Rhône redevient Rhône, juste avant sa rencontre avec l’Arve. A une démesure provisoire, Genève met fin, pour que le fleuve retrouve son statut, vers d’autres promises, d’autres promesses. Que serait Genève sans le Rhône ? Que serait le fleuve sans la grâce de cette étape ?

 

Le Rhône, je le descendrai un jour à pied, comme le fit mon ami Duchosal, jusqu’en Camargue. Avec la seule compagnie des oiseaux. Avec le chant du monde, celui d’un destin qui s’écoule. De la sauvagerie bleutée du glacier jusqu’aux étangs tout plats, où dansent les flamants.

 

Pascal Décaillet

 

Photo PaD - Le Rhône en Camargue - Pâques 2012

 

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Mourir - Ou renaître ?

 


Coup de Cœur - Extrait de ma page spéciale Rhône - GHI - Mercredi 02.07.14

 

 

Aspiré par la mer, le Grand Rhône 1.jpgRhône, en cet endroit précis auquel je pense, incroyablement large, offre au regard un flux impressionnant. Pas question de s’y baigner, on se retrouverait hagard, sur quelque côte de Corse ou d’Algérie. J’aime y aller sur la rive gauche, par quelque chemin de traverse, dans les vignes du pays d’Arles. La côte d’en face, à portée de regard, apparaît comme un autre monde. La Méditerranée n’est plus qu’à quelques kilomètres, et déjà l’air marin se mêle au parfum des ceps. Mais le fleuve, plus que jamais, est encore fleuve. Là, plus rien ne l’arrête, il a décidé de précipiter son destin. S’offrir à l’immensité. Non mourir, mais renaître dans quelque chose de plus grand. Son flot est émeraude. Les arbres, sur le rivage, enracinent leurs troncs blancs dans le lit du fleuve. Immobiles et fiers, devant la vie qui va.

 

 

 Pascal Décaillet

 

 

 

Photo PaD - Pâques 2012

 

 

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27/06/2014

Un nouveau théâtre : l'affaire des citoyens

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.06.14

 

Nouvelle Comédie, nouveau Théâtre de Carouge : a priori, comme spectateurs, comment ne pas nous féliciter d’avoir un jour deux espaces de scène flambant neufs dans le canton de Genève ? Le financement de la Nouvelle Comédie, on le sait, est à l’étude. Et, à Carouge, un référendum conteste la part que devrait payer la commune dans un nouveau théâtre. Dans les deux cas, le nerf de la guerre, l’argent, pose problème.

 

Autant le dire tout de suite aux coqs de combat des deux projets : il est parfaitement normal que le corps des citoyens, qui sont aussi contribuables, ait voix au chapitre concernant ces projets. Les millions d’un nouveau théâtre ne concernent absolument pas le seul monde des comédiens, mais l’ensemble de la société civile. Normal que les citoyens demandent des comptes, des évaluations exactes, et finalement décident.

 

Normal, aussi, qu’ils se posent des questions. Par exemple, se demander pourquoi l’espace culturel genevois aurait à tout prix besoin de ces deux nouveaux théâtres. Pourquoi, entre les écuries concurrentielles soutenant l’un et l’autre, n’existe aucune vision d’ensemble. Pourquoi le Canton de Genève, qui a de réelles attributions culturelles, se montre pour l’heure aussi muet que le mime Marceau dans le dossier.

 

Le dossier, d’urgence, est à arracher aux seules mains des professionnels et groupes d’intérêts. Il appartient à l’espace public. A nous tous. Citoyens. Et contribuables.

 

Pascal Décaillet

 

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Profs : le miracle de la transmission

 

Coup de Cœur - GHI - Mercredi 25.06.14

 

Au moment où ils s’apprêtent à prendre des vacances méritées, je veux dire ici ma reconnaissance à tous les profs du canton. Tous. Ceux de tous les niveaux, classes enfantines, primaires, secondaires, universitaires, enseignement professionnel, spécialisé. Tous ceux qui, en un quelconque domaine, transmettent des connaissances, une habileté, un savoir-faire. Le métier est magnifique, mais dur. Ce que nous, les citoyens, devons favoriser au maximum, c’est le climat de confiance avec les enseignants. Ils ne doivent pas se sentir dans un monde à part, mais dans l’exercice d’une fonction, ô combien capitale, de notre société : celle de la transmission. La qualité de ce climat est infiniment plus importante que le nombre d’heures de telle ou telle branche. En ce monde plus qu’ailleurs, sachons voir l’essentiel.

 

Pascal Décaillet

 

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13/06/2014

Ca sert à quoi, un Parlement ?

 

Publié dans GHI - 11.06.14

 

La question est simple : pourquoi un canton d’un demi-million d’habitants doit-il déléguer à cent d’entre eux non seulement d’importants pouvoirs pour la vie de la Cité, mais aussi une visibilité, une notoriété donnant l’impression qu’ils seraient l’alpha et l’oméga de notre vie politique ? Les Parlements, ces assemblées qui, dans nos contrées, font les lois depuis la Révolution française, ont-ils encore un sens à l’époque de l’information partagée, où d’autres modèles de citoyenneté, incluant beaucoup plus de monde, sont imaginables ? Il ne s’agit pas, comme on tente mensongèrement de nous le faire croire, d’un débat opposant l’institution à l’opinion. Mais tentant de mettre en dialogue l’institution actuelle (parlementaire), face à d’autres institutions, plus globales, à inventer. Où le démos (le corps électoral) serait simplement élargi, comme il l’est déjà aujourd’hui dans les initiatives et les référendums.

 

Musique d’avenir ? Oui, bien sûr. Mais il faut y réfléchir. Parce que les temps ont changé. L’époque des Diètes, dans lesquelles on envoyait siéger des notables, date du temps des diligences. D’où l’habitude, assez étrange, qu’a gardée le Parlement suisse de ne se réunir, de façon ordinaire, que quatre fois par an, avec un calendrier connu des années à l’avance. Antique liturgie, en décalage avec les accélérations de la politique. Et puis, il y a le degré de connaissance des dossiers. Nous vivons aujourd’hui le temps de l’information partagée, c’est même la révolution majeure de notre époque. Si le suffrage universel peut se prononcer sur des initiatives et des référendums, pourquoi ne le pourrait-il pas plus systématiquement, non pour réagir à des lois, mais pour les créer lui-même ? D’ici deux ou trois générations, j’en suis certain, nos enfants ou petits-enfants auront empoigné ces problèmes.

 

Evidemment, les parlementaires eux-mêmes (tous, cantonaux ou fédéraux) sont les premiers à refuser ce débat. Vous leur parlez extension du suffrage universel, ils vous traitent aussitôt de populistes, ou (pour les plus cultivés d’entre eux) de partisans d’une démocratie plébiscitaire, de type bonapartiste, où les pouvoirs intermédiaires (le leur, évidemment) perdraient du terrain. En nous répondant ainsi, en qualifiant avec mépris de « démocratie d’opinion » le pouvoir du peuple, ils nous mentent. Ils tentent de nous faire croire que d’un côté, il y aurait l’institution légitime, et de l’autre l’imprévisible férocité de l’opinion. Mensonge, oui : l’initiative et le référendum, par exemple, ne sont pas mouvements d’opinion, mais organes, parfaitement prévus par notre Constitution, de décision démocratique. Au même titre – ni plus, ni moins – que la délibération parlementaire.

 

Je dis « ni plus, ni moins ». Il n’est aucunement question de supprimer l’institution parlementaire. Mais d’imaginer des modèles d’extension du suffrage universel. Surtout, refuser avec la dernière énergie ce grief de « populisme » jeté comme une antienne par  une caste intermédiaire qui, sous prétexte qu’elle a un jour été élue, entend confisquer au peuple une participation accrue aux décisions qui serait pourtant aussi salutaire que bienvenue.

 

Pascal Décaillet

 

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Illisibles Verts !

 

Coup de Griffe - GHI - 11.06.14

 

Illisibles Verts ! On aurait pu penser, le 6 octobre 2013, que l’expérience de l’apnée, pour cause de plongée électorale, pût servir à ce parti de propulsion pour une cure d’opposition et surtout de clarté. Las ! Quelqu’un pourrait-il leur expliquer qu’il ne leur est plus nécessaire, désormais, de défendre à tout prix les réseaux du pouvoir en place, qu’ils ont le droit de les critiquer. Et qu’être un parti décidément trop jeune et sans Histoire, ne les oblige pas à ce regard de candeur sucrée sur le tragique du monde. Parlementaires, ils ne veulent surtout pas trop contrôler l’action du gouvernement. Qu’on leur parle commission d’enquête, ils s’étouffent. Et en plus, ils viennent nous faire la leçon sur la démocratie d’opinion. Légers, trop légers. Hors du monde. A force d’être nouveau, tout finit par vieillir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/06/2014

Mondial : la machine à fric

 

Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 04.06.14


 
Que le football soit un sport magique, je n’en disconviens pas. Comme trois ou quatre milliards d’individus sur la planète, je serai d’ailleurs sûrement devant mon écran, en tout cas à partir des huitièmes ou des quarts de finale. A partir de là, je suis comme les autres : je participe au système. Chacun est libre. Ne rien regarder. Ne visionner qu’un peu. Ou tout voir, pendant un mois. Chacun est libre, et aucun d’entre nous n’a à juger le degré de consommation footballistique de son voisin.


 
Mais au Brésil plus qu’ailleurs, la pompe à fric est devenue insupportable. Sepp Blatter a beau promettre que dès le coup d’envoi du premier match, toutes les critiques iront s’évaporant dans le miracle de la fête, c’est évidemment faux. Combien de résidents chassés ? Combien de familles expulsées, pour faire propre ? Combien de damnés, évacués, invisibles, pour la création de ce paradis mondial qui s’offrira à nos yeux ?


 
Au Brésil, tous ces stades, immenses, qui va les payer ? Avec quel argent ? La fête, si belle soit-elle, combien de dettes laissera-t-elle derrière elle ? A combien de générations ? Et puis, la fois suivante, au Qatar, si Qatar il y a, les souffrances de ceux qui les construisent, les stades, qui les dira ? Partout dans le monde, l’argent du football, à qui profite-t-il ? A l’ensemble des communautés citoyennes, ou juste à quelques-uns ? Fallait-il à ce point livrer le destin de ce si beau sport à une telle tyrannie de l’argent ?


 
Pascal Décaillet
 
 

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28/05/2014

Demain, j'enlève le short

 

Publié dans GHI - Mercredi 28.05.14

 

Si vous croisez un bonhomme en short, ces temps à Genève, soyez sur vos gardes : c’est sans doute un inspecteur de police. Les gendarmes, eux, pour faire valoir leurs revendications syndicales, se baladent en civil. Alors les inspecteurs, qui eux sont déjà par nature en civil, ont ôté le pantalon. Donc, si un individu en short vient vous demander un renseignement avec un accent anglais, méfiez-vous : c’est peut-être un touriste, et puis peut-être pas. Dans le doute, le mieux est de s’abstenir de tout contact, toute conversation, et même du moindre échange de regards avec toute personne arborant un short, et cela jusqu’à nouvel ordre. Le risque de piège est immense. Et si, par hasard, le mouvement syndical devait, comment dirais-je, se durcir, et le short choir, alors fuyez les parcs publics. D’urgence.

 

Pascal Décaillet

 

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21/05/2014

Grand Genève : la parole au peuple !

 

Publié dans GHI - Mercredi 21.05.14

 

Le Grand Genève, ce dimanche 18 mai, s’est fait tout petit. Par la grâce d’un vote du peuple souverain, qui a refusé, à 51,1%, de cofinancer les parkings P+R en France voisine. Il s’agissait, tout le monde en avait convenu durant la campagne, d’un vote symbolique. Eh bien c’est fait, le symbole est là : une majorité du corps électoral a donné le signal d’un coup d’arrêt à l’idéologie du « Grand Genève », prônée par le Conseil d’Etat sans la moindre assise populaire. Une approche hors sol, théorique, concoctée en haut lieu sans avoir requis l’aval de la population. Ce dimanche, le peuple n’a pas dit non à la collaboration avec nos voisins, il n’a en rien stigmatisé ces derniers, ni l’amitié qui nous lie à eux. Il a juste dit non à une conception géométrique, abstraite, tricotée au-dessus de lui, dans quelques cercles lointains de décideurs.

 

Dans l’actuel « Grand Genève », tout est faux. A commencer par ce nom, qui respire la suffisance et installe la fiction d’une région dont Genève serait la capitale. C’est sans doute vrai économiquement, mais totalement faux sur le plan institutionnel : aussi proches que nous soyons de nos voisins français, aussi intimes soient nos liens sur le marché du travail, il n’en reste pas moins qu’entre Annemasse et Genève, Saint-Julien et Genève, Ferney et Genève, existe une frontière nationale. Entre un pays qui s’appelle la France, et un autre qui s’appelle la Suisse. Nous sommes proches, amis, respirons le même air sous le même ciel, mais nous sommes les produits d’une Histoire différente, d’alliances différentes, de rattachements différents au cours des siècles. Le nier, le passer par pertes et profits au nom d’une idéologie, c’est courir à la catastrophe : on ne construit pas une politique sur du sable, mais sur des réalités.

 

Oui, les frontières, ça existe encore. Peut-être même ont –elles de très beaux jours devant elles, et l’illusion de conglomérats multinationaux est-elle à bout de souffle. Prochain indice tangible : les élections européennes du 25 mai prochain. Je vous incite cordialement à y prêter quelque attention. Les peuples de ce continent sont en phase de réveil. Ils aspirent à prendre en mains leurs destins par des élans citoyens venus d’en bas. De plus en plus, ils se méfient des technocrates. Le peuple de Genève, qui n’est ni meilleur ni pire qu’un autre, partage ces aspirations. Il est très ouvert aux échanges avec les Départements français qui nous entourent, ne nourrit nul ressentiment pour leurs habitants, se félicite de la vitalité économique de la région. Mais il commence à en avoir assez que quelques élites, là-haut, dessinent sans le consulter les contours d’une collaboration économique, voire institutionnelle et politique.

 

Le corps des citoyens genevois doit pouvoir se prononcer sur le destin transfrontalier de son canton. Il nous faut un vaste débat populaire, où tous pourront s’exprimer. Il nous faut un objet de vote précis, lisible, identifiable, et non une usine à gaz dans le brouillard. Et un beau dimanche, nous trancherons. Nous dirons oui. Ou nous dirons non. Mais ce sera notre décision. Elle sera puissante, légitime. Alors que pour l’heure, les marchands de sable nous empêtrent et nous enfument. Citoyens, reprenons notre pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2014

Rénovons nos écoles délabrées !

 

Publié dans GHI - 14 et 15 mai 2014


 
A Genève, certaines écoles sont en lambeaux. Des bâtiments scolaires ayant mal supporté le poids des ans, et tout simplement plus dignes d’une République qui, à juste titre, entend faire de la formation l’une de ses priorités. Il ne s’agit pas, pour les élèves, les professeurs et le personnel administratif, de revendiquer un quelconque luxe. Mais simplement, la décence. Pendant plusieurs décennies, les pouvoirs successifs ont négligé la tâche qui incombe à tout propriétaire de bien immobilier : consacrer quelque 3% de l’investissement aux travaux de réfection et de rénovation. Résultats : des écoles naguère modernes tombent aujourd’hui en décrépitude. Le corps des citoyens doit réagir : il faut revoir les choix dans les investissements, et refaire des écoles une priorité. Comme sous Chavanne.


 
Oui, sous ce grand conseiller d’Etat, l’un des plus importants de l’après-guerre, Genève a beaucoup construit. C’était le baby-boom, il fallait faire vite, on a beaucoup utilisé le béton, avec plus ou moins de bonheur. Mais le béton, dans les écoles comme dans les barrages, vieillit. Il faut constamment l’entretenir. Souvent, on ne l’a pas fait. Aujourd’hui, nous avons des écoles comme le Collège de Saussure, au Petit-Lancy, ou le Cycle d’Orientation du Renard, au Lignon, où la situation n’est plus supportable. Nous les citoyens, avons comme devoir d’Etat et de solidarité de nous mobiliser, faire pression sur les politiques, pour qu’élèves et enseignants puissent accomplir leurs tâches dans des conditions qui soient celles de l’un des pays les plus prospères de la planète, et non d’une République bananière qui aurait tout gaspillé et négligé le bien commun.


 
Au Collège de Saussure, parents et élèves ont pris les choses en mains. C’est une démarche magnifique, citoyenne, qui doit être entendue. Ensemble, ils déposent au Grand Conseil la pétition « Étudier dans des conditions décentes ». Ils relèvent la mauvaise isolation du Collège, les émissions de CO2, le terrain de sport à l’abandon. Au C.O. Renard (Lignon), dont les travaux de rénovation ne doivent débuter qu’en 2019, ils revendiquent le droit pour leurs enfants d’étudier dans des conditions récentes. D’autres bâtiments scolaires à Genève sont trop vétustes. Encore une fois, il ne s’agit pas de créer des écoles cinq étoiles, mais juste, pour la République, de donner au enseignants et aux élèves le signal d’un certain niveau auquel elle veut bien considérer le monde de la formation. Pour ma part, j’ai toujours été parfaitement clair : l’école doit être notre priorité no 1.


 
Dans le même temps, comme nous l’annoncions ici la semaine dernière, l’Office des bâtiments a déclaré le 30 avril en Commission des finances qu’il fallait chiffrer à 750 millions les besoins de l’Etat pour la rénovation de ses immeubles. Eh bien ces travaux, en accélérant le calendrier et en instaurant un ordre drastique de priorités chronologiques, il va falloir les entreprendre. La population ne comprendrait pas que le Canton ne le fasse pas. Alors qu’il ne cesse de nous brandir, comme un miroir aux alouettes, les gratte-ciel du PAV, les travaux somptuaires autour du CEVA ou certains investissements sur territoire français.


 
Pascal Décaillet


 
 

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19/03/2014

Béatrice et les orléanistes

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.03.14

 

Béatrice Fuchs, à Genève, c’est un visage, un engagement, une voix. Présidente du Cercle Cantonal du Faubourg, véritable bastion du radicalisme fazyste, populaire et cassoulet, cette infatigable militante arpente le terrain, depuis des années, pour faire élire ses candidats. Elle a roulé pour Pierre Maudet. Elle a usé ses chaussures pour François Longchamp. Par tous les temps, de pluie ou de vent, elle a battu la semelle. Toujours de bonne humeur, toujours positive. La militante de rêve.

 

Bonaparte s’exposait-il autant que ses grenadiers de première ligne ? Sans doute pas, encore qu’il fût courageux, comme il l’avait montré sur le pont d’Arcole. Mais enfin, après la bataille, il affichait au moins l’élémentaire reconnaissance de leur tirer l’oreille, sublime signe d’affection. Je ne suis pas exagérément persuadé que les héros de Béatrice aient eu, eux, la courtoisie d’y penser. Alors, Mme Fuchs a craqué. Lundi 17 mars, elle est venue sur le plateau de Genève à chaud. Et elle dit ce qu’elle avait sur le cœur.

 

Dans ce parti fusionné, où l’aile de l’argent pèse de tout son poids, elle ne reconnaît plus les valeurs historiques du radicalisme genevois. Elle aime l’Etat, elle aime le peuple. La dimension patricienne, ou juste l’arrivisme orléaniste, ne sont pas les siennes. Oui, elle l’a dit. Et elle a eu raison. Bravo, Béatrice.

 

 

Pascal Décaillet

 

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13/03/2014

Le pardon, la création, la rencontre

 

Commentaire publié dans GHI - 12.03.14

 

« Le pardon est antérieur à la création ». La phrase a du souffle. Elle est si puissante qu’elle nous laisse pantois, incrédules dans notre reconstitution personnelle de toute Genèse, ou toute Théogonie. Elle fut prononcée dans Genève à chaud, ce lundi 10 mars, par l’un des meilleurs spécialistes de la philosophie juive, Maurice-Ruben Hayoun. Surtout, elle fut prononcée dans un moment de grâce : la rencontre de cet incroyable érudit avec, face à lui, George Bizos, 85 ans, avocat sud-africain d’origine grecque, défenseur de Nelson Mandela lors de son procès en 1963. Bizos est l’un de ceux qui ont évité la peine de mort au héros de la lutte anti-apartheid.

 

Hayoun-Bizos. Ces deux-là, dix minutes avant l’émission, ne se connaissaient pas. Et soudain, le miracle d’une rencontre. Mandela, nous dit Bizos, malgré ses 27 années de prison, n’a jamais éprouvé le sentiment de vengeance. Il a toujours prôné la vérité et la réconciliation. Et face à lui, le vieux lion du barreau de Johannesburg a un immense connaisseur de la Bible qui nous parle du pardon. Antérieur à la création ! Et ce défi à toute chronologie, que ni Hésiode ni les Pères de l’Eglise n’ont osé, vient résonner, lorsque nous sommes en présence de MM Bizos et Hayoun, comme quelque chose, au fond, de parfaitement concevable. Miracle d’une rencontre. Miracle de la vie. Etincelles, choc de silex. Dans la nuit de l’ordinaire.

 

Pascal Décaillet

 

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