10/09/2014

Conseil d'Etat : déjà fatigué !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.09.14


 
Le programme de législature refusé par le Parlement, des majorités de soutien de plus en plus difficiles à trouver, un collège sans cohérence et sans stratégie claire, des caisses de l’Etat vides, voilà à quoi ressemble le gouvernement genevois, moins d’un an après son élection. Sans compter les désaveux en votations populaires. Chaque magistrat, certes, fait ce qu’il peut pour le bien public. Mais on peine, pour l’heure, à entrevoir la moindre dynamique d’ensemble. Bref, le Conseil d’Etat 2013-2018, premier issu de la nouvelle Constitution, apparaît tout aussi fatigué que les collèges précédents. Pire : ces derniers montraient des signes d’usure en fin de législature, alors que celui-ci les affiche au début déjà de son mandat.
 


Dix mois seulement après les élections, il faut déchanter : cette fameuse nouvelle équipe qu’on nous avait promise tout l’automne 2013, à coup de grands discours et de promesses, ce vent nouveau, cette cohérence, rien de cela n’est au rendez-vous. Il ne s’agit pas ici de mettre en cause le travail individuel de tel ou tel magistrat, dans son ministère. Mais de juger les signaux donnés par l’ensemble. Car enfin, si on élit sept conseillers d’Etat, on élit avant tout un gouvernement, qui doit briller par son énergie, son courage, son inventivité, sa résistance aux modes et aux pressions, et surtout sa vision stratégique. Ils ont beau se mettre au vert, se réunir extra muros, prendre du recul en des lieux ombragés, rien n’y fait : la lisibilité de l’action n’apparaît pas.


 
Les causes sont multiples. Elles tiennent beaucoup au système électoral, fruit d’une nouvelle Constitution qui n’a pas poussé la logique réformatrice jusqu’au bout. Sans aller jusqu’à tisser des tapisseries de Bayeux, pour faire référence à l’éblouissant discours tenu en cette ville par Charles de Gaulle en 1946, qui jetait, avec douze ans d’avance, les bases d’une République nouvelle, il faut bien admettre qu’à Genève, les constituants se sont contentés, en termes de réforme gouvernementale, de cosmétique. On ne révolutionne pas un exécutif en ajoutant un an à la législature, ni en déléguant une seule personne à l’inauguration des chrysanthèmes. Résultat : le vrai visage politique du canton, tel que sorti des urnes dans l’élection législative, n’apparaît pas au gouvernement, où l’Entente (quatre magistrats sur sept, alors qu’elle ne représente qu’un gros tiers de l’électorat) est surreprésentée.


 
Ces quatre Messieurs de l’Entente (deux PLR et deux PDC) vont donc passer la législature à encaisser des désaveux au Grand Conseil, et de plus en plus souvent devant le peuple. Ils y sont comme d’avance condamnés, victimes expiatoires d’un mauvais système. Ils s’en consoleront en multipliant les présences entre eux, dans les cocktails et les congratulations mutuelles de l’horizontalité genevoise du pouvoir. Cela leur fera peut-être du bien dans leur sentiment d’éternité au pouvoir, mais ne fera pas avancer le canton d’un millimètre. Triste début, en vérité, pour ce qui devait être la première équipe d’une nouvelle ère, rafraîchie et réinventée, et qui donne déjà l’impression de courir derrière son ombre. Sans jamais la rattraper.
 


Pascal Décaillet

 

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03/07/2014

La bataille du Trient, connaissez ?

 

GHI - Page spéciale Rhône - Mercredi 02.07.14


 
Il y a quelque part, en aval de Martigny, un lieu de magie où le confluent du Rhône avec la Dranse d’Entremont (elle-même issue de celles de Bagnes et de Ferret) côtoie de quelques centaines de mètres l’endroit où le fleuve est rejoint par le Trient, après la course folle de ce dernier au plus profond des Gorges. Il vaut la peine d’y passer autrement que par l’autoroute, tant sont lourdes de sens les richesses de ces jonctions. Non loin de là se déroula, le 21 mai 1844, la bataille du Trient, où les troupes radicales de la Jeune Suisse, celles de Maurice Barman, furent défaites par les conservateurs de la Vieille Suisse, conduits par Guillaume de Kalbermatten. Chaque fois que j’y passe, je pense à eux, aux vaincus comme aux vainqueurs. Et à la vie, pourtant si belle, qui déjà nous échappe.


 
Pascal Décaillet

 

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Journal des Bains : superbe numéro !

JdB_11.jpg 

GHI - Page spéciale Rhône - Mercredi 02.07.14


 
Avant d’inspirer votre serviteur, le Rhône a littéralement baigné de son génie l’équipe de rédaction du Journal des Bains, édité par l’AUBP, Association d’usagers des Bains des Pâquis. Le tiré à part numéro 11, été 2014, consacré au fleuve, est tout simplement superbe. Dès la première page, on y voit le village de Gletsch, sur une forme d’aquarelle aux tons pastel, il y a quelque chose comme un siècle, au pied d’un glacier qui n’a plus aujourd’hui le quart de ces dimensions-là. D’emblée, le baigneur-lecteur pâquisard est rafraîchi.


 
S’ensuivent d’éloquentes photos d’Histoire, ici la crue de 1935 à Conthey, là les travaux des bisses ou de la Dixence, ailleurs ceux de la deuxième correction du Rhône. En page 9, un remarquable texte de Lionel Fontannaz sur le brouillard. Mais aussi, les découvertes archéologiques dans le lit du fleuve, une étonnante photographie panoramique d’Eddy Mottaz, "Chasses du Rhône, Peney, juin 2012", la descente du fleuve en partant de Genève, l’histoire du Pont Butin, dont l’une des arches s’était écroulée il y a juste 90 ans, lors de l’orage des 5 et 6 juillet 1924.
 


Enfin, pour ne prendre que quelques exemples, un papier de Gérald Herrmann sur la Jonction, et un autre, de Philippe Constantin, sur la piste des truites. Il y a tout dans ce numéro spécial, de la vie et de la joie, de l’irruption et de la surprise. Tout cela, autour du fleuve qui nous charrie. A tous, excellent été !


 
Pascal Décaillet

 

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02/07/2014

Notre Rhône à nous

 

GHI - Mercredi 02.07.14 - Page spéciale Rhône - Texte principal

 

 Rhône 2.jpg

 

J’en ai vus, des fleuves, Dniepr et Jourdain, Guadalquivir, Niagara. Je me suis baigné dans l’Elbe, dans mon adolescence allemande, avec un ancien combattant du front russe, j’ai guetté les oiseaux dans le delta du Pô, murmuré Hölderlin le long du Rhin et du Neckar. Mais toujours, comme tous les habitants de Genève, j’en reviens au Rhône. Parce qu’il est, de mes origines valaisannes à mes passions camarguaises, le fleuve total. Celui de la naissance et de la mort, des eaux vertes et bleues, celui des milans noirs qui surgissent fin avril, promesses de renouveau. Il est notre destin. Jamais au monde je ne voudrais vivre au bord d’un autre cours d’eau. Il était là avant, nous survivra, nous sommes ses visiteurs, ses passants.

 

Mes deux parents, en Valais, sont nés au bord d’un affluent du Rhône. Mon père, au bord de l’Eau Noire, qui rejoint le grand fleuve par le Trient, ma mère au bord de la Dranse d’Entremont. Maintes fois nous sommes montés au glacier, à la Furka, l’avons vu rétrécir au fil des décennies. Maintes fois, nous descendons en son double estuaire, Port Saint Louis ou les Saintes Maries, pour le Petit Rhône. Toujours les mêmes eaux, juste enrichies de tous les trésors minéraux du limon français, Ain, Saône, Ardèche, ou surtout l’exceptionnelle Durance, ultime fiancée des derniers kilomètres, avec ses cortèges de hérons et toute l’Histoire sablonneuse de ses méandres. Souvent, je me suis demandé si ça n’était pas le Rhône qui se jetait dans la Durance, dans ses bras, pulsion de mort et de transgression.

 

Genève est fille de l’Arve et fille du Rhône. Car enfin, là aussi, qui se jette dans qui ? Enfant, de la Bâtie, je posais la question à mon père, tant me frappait l’égalité d’envergue de la rivière et puis du fleuve, celui-ci bleu-noir, celle-là turquoise comme le sont les herbes de Balme, argentées face à l’éternité des glaces. Je n’imaginais pas, alors, que cette Jonction n’en fût qu’une parmi des dizaines d’autres, Borgne ou Navisence, Morge, Lizerne, Allondon, Fier, Isère, Drôme, Roubion, Cèze ou Gard. Être fleuve, c’est accepter de mélanger sa nature avec elle des autres, laisser se fondre toutes alluvions en un destin commun. Toutes les théories sur la mixité, le cours d’eau les réalise, cahin-caha, sans autre fureur que le silence de l’écoulement.

 

Car enfin, l’Arve, ça n’est pas rien. Presque valaisanne par l’origine, elle nous roucoule le chant du haut-pays savoyard : le Grand Genève, notre paisible Jonction le met en œuvre depuis ces temps de pierre, ancestraux, ceux d’avant les récits, les langues et même les accents. Et puis, Genève, c’est tout de même le lieu où le Rhône redevient Rhône, juste avant sa rencontre avec l’Arve. A une démesure provisoire, Genève met fin, pour que le fleuve retrouve son statut, vers d’autres promises, d’autres promesses. Que serait Genève sans le Rhône ? Que serait le fleuve sans la grâce de cette étape ?

 

Le Rhône, je le descendrai un jour à pied, comme le fit mon ami Duchosal, jusqu’en Camargue. Avec la seule compagnie des oiseaux. Avec le chant du monde, celui d’un destin qui s’écoule. De la sauvagerie bleutée du glacier jusqu’aux étangs tout plats, où dansent les flamants.

 

Pascal Décaillet

 

Photo PaD - Le Rhône en Camargue - Pâques 2012

 

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Mourir - Ou renaître ?

 


Coup de Cœur - Extrait de ma page spéciale Rhône - GHI - Mercredi 02.07.14

 

 

Aspiré par la mer, le Grand Rhône 1.jpgRhône, en cet endroit précis auquel je pense, incroyablement large, offre au regard un flux impressionnant. Pas question de s’y baigner, on se retrouverait hagard, sur quelque côte de Corse ou d’Algérie. J’aime y aller sur la rive gauche, par quelque chemin de traverse, dans les vignes du pays d’Arles. La côte d’en face, à portée de regard, apparaît comme un autre monde. La Méditerranée n’est plus qu’à quelques kilomètres, et déjà l’air marin se mêle au parfum des ceps. Mais le fleuve, plus que jamais, est encore fleuve. Là, plus rien ne l’arrête, il a décidé de précipiter son destin. S’offrir à l’immensité. Non mourir, mais renaître dans quelque chose de plus grand. Son flot est émeraude. Les arbres, sur le rivage, enracinent leurs troncs blancs dans le lit du fleuve. Immobiles et fiers, devant la vie qui va.

 

 

 Pascal Décaillet

 

 

 

Photo PaD - Pâques 2012

 

 

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27/06/2014

Un nouveau théâtre : l'affaire des citoyens

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.06.14

 

Nouvelle Comédie, nouveau Théâtre de Carouge : a priori, comme spectateurs, comment ne pas nous féliciter d’avoir un jour deux espaces de scène flambant neufs dans le canton de Genève ? Le financement de la Nouvelle Comédie, on le sait, est à l’étude. Et, à Carouge, un référendum conteste la part que devrait payer la commune dans un nouveau théâtre. Dans les deux cas, le nerf de la guerre, l’argent, pose problème.

 

Autant le dire tout de suite aux coqs de combat des deux projets : il est parfaitement normal que le corps des citoyens, qui sont aussi contribuables, ait voix au chapitre concernant ces projets. Les millions d’un nouveau théâtre ne concernent absolument pas le seul monde des comédiens, mais l’ensemble de la société civile. Normal que les citoyens demandent des comptes, des évaluations exactes, et finalement décident.

 

Normal, aussi, qu’ils se posent des questions. Par exemple, se demander pourquoi l’espace culturel genevois aurait à tout prix besoin de ces deux nouveaux théâtres. Pourquoi, entre les écuries concurrentielles soutenant l’un et l’autre, n’existe aucune vision d’ensemble. Pourquoi le Canton de Genève, qui a de réelles attributions culturelles, se montre pour l’heure aussi muet que le mime Marceau dans le dossier.

 

Le dossier, d’urgence, est à arracher aux seules mains des professionnels et groupes d’intérêts. Il appartient à l’espace public. A nous tous. Citoyens. Et contribuables.

 

Pascal Décaillet

 

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Profs : le miracle de la transmission

 

Coup de Cœur - GHI - Mercredi 25.06.14

 

Au moment où ils s’apprêtent à prendre des vacances méritées, je veux dire ici ma reconnaissance à tous les profs du canton. Tous. Ceux de tous les niveaux, classes enfantines, primaires, secondaires, universitaires, enseignement professionnel, spécialisé. Tous ceux qui, en un quelconque domaine, transmettent des connaissances, une habileté, un savoir-faire. Le métier est magnifique, mais dur. Ce que nous, les citoyens, devons favoriser au maximum, c’est le climat de confiance avec les enseignants. Ils ne doivent pas se sentir dans un monde à part, mais dans l’exercice d’une fonction, ô combien capitale, de notre société : celle de la transmission. La qualité de ce climat est infiniment plus importante que le nombre d’heures de telle ou telle branche. En ce monde plus qu’ailleurs, sachons voir l’essentiel.

 

Pascal Décaillet

 

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13/06/2014

Ca sert à quoi, un Parlement ?

 

Publié dans GHI - 11.06.14

 

La question est simple : pourquoi un canton d’un demi-million d’habitants doit-il déléguer à cent d’entre eux non seulement d’importants pouvoirs pour la vie de la Cité, mais aussi une visibilité, une notoriété donnant l’impression qu’ils seraient l’alpha et l’oméga de notre vie politique ? Les Parlements, ces assemblées qui, dans nos contrées, font les lois depuis la Révolution française, ont-ils encore un sens à l’époque de l’information partagée, où d’autres modèles de citoyenneté, incluant beaucoup plus de monde, sont imaginables ? Il ne s’agit pas, comme on tente mensongèrement de nous le faire croire, d’un débat opposant l’institution à l’opinion. Mais tentant de mettre en dialogue l’institution actuelle (parlementaire), face à d’autres institutions, plus globales, à inventer. Où le démos (le corps électoral) serait simplement élargi, comme il l’est déjà aujourd’hui dans les initiatives et les référendums.

 

Musique d’avenir ? Oui, bien sûr. Mais il faut y réfléchir. Parce que les temps ont changé. L’époque des Diètes, dans lesquelles on envoyait siéger des notables, date du temps des diligences. D’où l’habitude, assez étrange, qu’a gardée le Parlement suisse de ne se réunir, de façon ordinaire, que quatre fois par an, avec un calendrier connu des années à l’avance. Antique liturgie, en décalage avec les accélérations de la politique. Et puis, il y a le degré de connaissance des dossiers. Nous vivons aujourd’hui le temps de l’information partagée, c’est même la révolution majeure de notre époque. Si le suffrage universel peut se prononcer sur des initiatives et des référendums, pourquoi ne le pourrait-il pas plus systématiquement, non pour réagir à des lois, mais pour les créer lui-même ? D’ici deux ou trois générations, j’en suis certain, nos enfants ou petits-enfants auront empoigné ces problèmes.

 

Evidemment, les parlementaires eux-mêmes (tous, cantonaux ou fédéraux) sont les premiers à refuser ce débat. Vous leur parlez extension du suffrage universel, ils vous traitent aussitôt de populistes, ou (pour les plus cultivés d’entre eux) de partisans d’une démocratie plébiscitaire, de type bonapartiste, où les pouvoirs intermédiaires (le leur, évidemment) perdraient du terrain. En nous répondant ainsi, en qualifiant avec mépris de « démocratie d’opinion » le pouvoir du peuple, ils nous mentent. Ils tentent de nous faire croire que d’un côté, il y aurait l’institution légitime, et de l’autre l’imprévisible férocité de l’opinion. Mensonge, oui : l’initiative et le référendum, par exemple, ne sont pas mouvements d’opinion, mais organes, parfaitement prévus par notre Constitution, de décision démocratique. Au même titre – ni plus, ni moins – que la délibération parlementaire.

 

Je dis « ni plus, ni moins ». Il n’est aucunement question de supprimer l’institution parlementaire. Mais d’imaginer des modèles d’extension du suffrage universel. Surtout, refuser avec la dernière énergie ce grief de « populisme » jeté comme une antienne par  une caste intermédiaire qui, sous prétexte qu’elle a un jour été élue, entend confisquer au peuple une participation accrue aux décisions qui serait pourtant aussi salutaire que bienvenue.

 

Pascal Décaillet

 

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Illisibles Verts !

 

Coup de Griffe - GHI - 11.06.14

 

Illisibles Verts ! On aurait pu penser, le 6 octobre 2013, que l’expérience de l’apnée, pour cause de plongée électorale, pût servir à ce parti de propulsion pour une cure d’opposition et surtout de clarté. Las ! Quelqu’un pourrait-il leur expliquer qu’il ne leur est plus nécessaire, désormais, de défendre à tout prix les réseaux du pouvoir en place, qu’ils ont le droit de les critiquer. Et qu’être un parti décidément trop jeune et sans Histoire, ne les oblige pas à ce regard de candeur sucrée sur le tragique du monde. Parlementaires, ils ne veulent surtout pas trop contrôler l’action du gouvernement. Qu’on leur parle commission d’enquête, ils s’étouffent. Et en plus, ils viennent nous faire la leçon sur la démocratie d’opinion. Légers, trop légers. Hors du monde. A force d’être nouveau, tout finit par vieillir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/06/2014

Mondial : la machine à fric

 

Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 04.06.14


 
Que le football soit un sport magique, je n’en disconviens pas. Comme trois ou quatre milliards d’individus sur la planète, je serai d’ailleurs sûrement devant mon écran, en tout cas à partir des huitièmes ou des quarts de finale. A partir de là, je suis comme les autres : je participe au système. Chacun est libre. Ne rien regarder. Ne visionner qu’un peu. Ou tout voir, pendant un mois. Chacun est libre, et aucun d’entre nous n’a à juger le degré de consommation footballistique de son voisin.


 
Mais au Brésil plus qu’ailleurs, la pompe à fric est devenue insupportable. Sepp Blatter a beau promettre que dès le coup d’envoi du premier match, toutes les critiques iront s’évaporant dans le miracle de la fête, c’est évidemment faux. Combien de résidents chassés ? Combien de familles expulsées, pour faire propre ? Combien de damnés, évacués, invisibles, pour la création de ce paradis mondial qui s’offrira à nos yeux ?


 
Au Brésil, tous ces stades, immenses, qui va les payer ? Avec quel argent ? La fête, si belle soit-elle, combien de dettes laissera-t-elle derrière elle ? A combien de générations ? Et puis, la fois suivante, au Qatar, si Qatar il y a, les souffrances de ceux qui les construisent, les stades, qui les dira ? Partout dans le monde, l’argent du football, à qui profite-t-il ? A l’ensemble des communautés citoyennes, ou juste à quelques-uns ? Fallait-il à ce point livrer le destin de ce si beau sport à une telle tyrannie de l’argent ?


 
Pascal Décaillet
 
 

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28/05/2014

Demain, j'enlève le short

 

Publié dans GHI - Mercredi 28.05.14

 

Si vous croisez un bonhomme en short, ces temps à Genève, soyez sur vos gardes : c’est sans doute un inspecteur de police. Les gendarmes, eux, pour faire valoir leurs revendications syndicales, se baladent en civil. Alors les inspecteurs, qui eux sont déjà par nature en civil, ont ôté le pantalon. Donc, si un individu en short vient vous demander un renseignement avec un accent anglais, méfiez-vous : c’est peut-être un touriste, et puis peut-être pas. Dans le doute, le mieux est de s’abstenir de tout contact, toute conversation, et même du moindre échange de regards avec toute personne arborant un short, et cela jusqu’à nouvel ordre. Le risque de piège est immense. Et si, par hasard, le mouvement syndical devait, comment dirais-je, se durcir, et le short choir, alors fuyez les parcs publics. D’urgence.

 

Pascal Décaillet

 

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21/05/2014

Grand Genève : la parole au peuple !

 

Publié dans GHI - Mercredi 21.05.14

 

Le Grand Genève, ce dimanche 18 mai, s’est fait tout petit. Par la grâce d’un vote du peuple souverain, qui a refusé, à 51,1%, de cofinancer les parkings P+R en France voisine. Il s’agissait, tout le monde en avait convenu durant la campagne, d’un vote symbolique. Eh bien c’est fait, le symbole est là : une majorité du corps électoral a donné le signal d’un coup d’arrêt à l’idéologie du « Grand Genève », prônée par le Conseil d’Etat sans la moindre assise populaire. Une approche hors sol, théorique, concoctée en haut lieu sans avoir requis l’aval de la population. Ce dimanche, le peuple n’a pas dit non à la collaboration avec nos voisins, il n’a en rien stigmatisé ces derniers, ni l’amitié qui nous lie à eux. Il a juste dit non à une conception géométrique, abstraite, tricotée au-dessus de lui, dans quelques cercles lointains de décideurs.

 

Dans l’actuel « Grand Genève », tout est faux. A commencer par ce nom, qui respire la suffisance et installe la fiction d’une région dont Genève serait la capitale. C’est sans doute vrai économiquement, mais totalement faux sur le plan institutionnel : aussi proches que nous soyons de nos voisins français, aussi intimes soient nos liens sur le marché du travail, il n’en reste pas moins qu’entre Annemasse et Genève, Saint-Julien et Genève, Ferney et Genève, existe une frontière nationale. Entre un pays qui s’appelle la France, et un autre qui s’appelle la Suisse. Nous sommes proches, amis, respirons le même air sous le même ciel, mais nous sommes les produits d’une Histoire différente, d’alliances différentes, de rattachements différents au cours des siècles. Le nier, le passer par pertes et profits au nom d’une idéologie, c’est courir à la catastrophe : on ne construit pas une politique sur du sable, mais sur des réalités.

 

Oui, les frontières, ça existe encore. Peut-être même ont –elles de très beaux jours devant elles, et l’illusion de conglomérats multinationaux est-elle à bout de souffle. Prochain indice tangible : les élections européennes du 25 mai prochain. Je vous incite cordialement à y prêter quelque attention. Les peuples de ce continent sont en phase de réveil. Ils aspirent à prendre en mains leurs destins par des élans citoyens venus d’en bas. De plus en plus, ils se méfient des technocrates. Le peuple de Genève, qui n’est ni meilleur ni pire qu’un autre, partage ces aspirations. Il est très ouvert aux échanges avec les Départements français qui nous entourent, ne nourrit nul ressentiment pour leurs habitants, se félicite de la vitalité économique de la région. Mais il commence à en avoir assez que quelques élites, là-haut, dessinent sans le consulter les contours d’une collaboration économique, voire institutionnelle et politique.

 

Le corps des citoyens genevois doit pouvoir se prononcer sur le destin transfrontalier de son canton. Il nous faut un vaste débat populaire, où tous pourront s’exprimer. Il nous faut un objet de vote précis, lisible, identifiable, et non une usine à gaz dans le brouillard. Et un beau dimanche, nous trancherons. Nous dirons oui. Ou nous dirons non. Mais ce sera notre décision. Elle sera puissante, légitime. Alors que pour l’heure, les marchands de sable nous empêtrent et nous enfument. Citoyens, reprenons notre pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2014

Rénovons nos écoles délabrées !

 

Publié dans GHI - 14 et 15 mai 2014


 
A Genève, certaines écoles sont en lambeaux. Des bâtiments scolaires ayant mal supporté le poids des ans, et tout simplement plus dignes d’une République qui, à juste titre, entend faire de la formation l’une de ses priorités. Il ne s’agit pas, pour les élèves, les professeurs et le personnel administratif, de revendiquer un quelconque luxe. Mais simplement, la décence. Pendant plusieurs décennies, les pouvoirs successifs ont négligé la tâche qui incombe à tout propriétaire de bien immobilier : consacrer quelque 3% de l’investissement aux travaux de réfection et de rénovation. Résultats : des écoles naguère modernes tombent aujourd’hui en décrépitude. Le corps des citoyens doit réagir : il faut revoir les choix dans les investissements, et refaire des écoles une priorité. Comme sous Chavanne.


 
Oui, sous ce grand conseiller d’Etat, l’un des plus importants de l’après-guerre, Genève a beaucoup construit. C’était le baby-boom, il fallait faire vite, on a beaucoup utilisé le béton, avec plus ou moins de bonheur. Mais le béton, dans les écoles comme dans les barrages, vieillit. Il faut constamment l’entretenir. Souvent, on ne l’a pas fait. Aujourd’hui, nous avons des écoles comme le Collège de Saussure, au Petit-Lancy, ou le Cycle d’Orientation du Renard, au Lignon, où la situation n’est plus supportable. Nous les citoyens, avons comme devoir d’Etat et de solidarité de nous mobiliser, faire pression sur les politiques, pour qu’élèves et enseignants puissent accomplir leurs tâches dans des conditions qui soient celles de l’un des pays les plus prospères de la planète, et non d’une République bananière qui aurait tout gaspillé et négligé le bien commun.


 
Au Collège de Saussure, parents et élèves ont pris les choses en mains. C’est une démarche magnifique, citoyenne, qui doit être entendue. Ensemble, ils déposent au Grand Conseil la pétition « Étudier dans des conditions décentes ». Ils relèvent la mauvaise isolation du Collège, les émissions de CO2, le terrain de sport à l’abandon. Au C.O. Renard (Lignon), dont les travaux de rénovation ne doivent débuter qu’en 2019, ils revendiquent le droit pour leurs enfants d’étudier dans des conditions récentes. D’autres bâtiments scolaires à Genève sont trop vétustes. Encore une fois, il ne s’agit pas de créer des écoles cinq étoiles, mais juste, pour la République, de donner au enseignants et aux élèves le signal d’un certain niveau auquel elle veut bien considérer le monde de la formation. Pour ma part, j’ai toujours été parfaitement clair : l’école doit être notre priorité no 1.


 
Dans le même temps, comme nous l’annoncions ici la semaine dernière, l’Office des bâtiments a déclaré le 30 avril en Commission des finances qu’il fallait chiffrer à 750 millions les besoins de l’Etat pour la rénovation de ses immeubles. Eh bien ces travaux, en accélérant le calendrier et en instaurant un ordre drastique de priorités chronologiques, il va falloir les entreprendre. La population ne comprendrait pas que le Canton ne le fasse pas. Alors qu’il ne cesse de nous brandir, comme un miroir aux alouettes, les gratte-ciel du PAV, les travaux somptuaires autour du CEVA ou certains investissements sur territoire français.


 
Pascal Décaillet


 
 

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19/03/2014

Béatrice et les orléanistes

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.03.14

 

Béatrice Fuchs, à Genève, c’est un visage, un engagement, une voix. Présidente du Cercle Cantonal du Faubourg, véritable bastion du radicalisme fazyste, populaire et cassoulet, cette infatigable militante arpente le terrain, depuis des années, pour faire élire ses candidats. Elle a roulé pour Pierre Maudet. Elle a usé ses chaussures pour François Longchamp. Par tous les temps, de pluie ou de vent, elle a battu la semelle. Toujours de bonne humeur, toujours positive. La militante de rêve.

 

Bonaparte s’exposait-il autant que ses grenadiers de première ligne ? Sans doute pas, encore qu’il fût courageux, comme il l’avait montré sur le pont d’Arcole. Mais enfin, après la bataille, il affichait au moins l’élémentaire reconnaissance de leur tirer l’oreille, sublime signe d’affection. Je ne suis pas exagérément persuadé que les héros de Béatrice aient eu, eux, la courtoisie d’y penser. Alors, Mme Fuchs a craqué. Lundi 17 mars, elle est venue sur le plateau de Genève à chaud. Et elle dit ce qu’elle avait sur le cœur.

 

Dans ce parti fusionné, où l’aile de l’argent pèse de tout son poids, elle ne reconnaît plus les valeurs historiques du radicalisme genevois. Elle aime l’Etat, elle aime le peuple. La dimension patricienne, ou juste l’arrivisme orléaniste, ne sont pas les siennes. Oui, elle l’a dit. Et elle a eu raison. Bravo, Béatrice.

 

 

Pascal Décaillet

 

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13/03/2014

Le pardon, la création, la rencontre

 

Commentaire publié dans GHI - 12.03.14

 

« Le pardon est antérieur à la création ». La phrase a du souffle. Elle est si puissante qu’elle nous laisse pantois, incrédules dans notre reconstitution personnelle de toute Genèse, ou toute Théogonie. Elle fut prononcée dans Genève à chaud, ce lundi 10 mars, par l’un des meilleurs spécialistes de la philosophie juive, Maurice-Ruben Hayoun. Surtout, elle fut prononcée dans un moment de grâce : la rencontre de cet incroyable érudit avec, face à lui, George Bizos, 85 ans, avocat sud-africain d’origine grecque, défenseur de Nelson Mandela lors de son procès en 1963. Bizos est l’un de ceux qui ont évité la peine de mort au héros de la lutte anti-apartheid.

 

Hayoun-Bizos. Ces deux-là, dix minutes avant l’émission, ne se connaissaient pas. Et soudain, le miracle d’une rencontre. Mandela, nous dit Bizos, malgré ses 27 années de prison, n’a jamais éprouvé le sentiment de vengeance. Il a toujours prôné la vérité et la réconciliation. Et face à lui, le vieux lion du barreau de Johannesburg a un immense connaisseur de la Bible qui nous parle du pardon. Antérieur à la création ! Et ce défi à toute chronologie, que ni Hésiode ni les Pères de l’Eglise n’ont osé, vient résonner, lorsque nous sommes en présence de MM Bizos et Hayoun, comme quelque chose, au fond, de parfaitement concevable. Miracle d’une rencontre. Miracle de la vie. Etincelles, choc de silex. Dans la nuit de l’ordinaire.

 

Pascal Décaillet

 

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06/03/2014

Conseil d'Etat : la fin des Cent Jours

 

Commentaire publié dans GHI - 05.03.14

 

Voici mars, les premiers bourgeons. Et, pour le nouveau Conseil d’Etat, bientôt la fin des Cent Jours. Oh, rien de grave, pas d’île d’Elbe ni de Waterloo, juste une tradition : laisser aux nouveaux venus un certain temps, de l’ordre de trois mois, pour s’installer, pendre contact avec leurs équipes, découvrir les cadavres dans les placards, se mettre au boulot. A l’issue de cette période, on attend des différents ministres l’annonce de projets clairs, si possible visionnaires, avec feuille de route, estimation des coûts et stratégie.

 

Ce temps, on est déjà bien gentils de le leur concéder. Leur poste, ils l’ont voulu, nul ne les a obligés à le briguer, ils se sont battus, ont multiplié les débats pendant des mois, sont tous des briscards de la politique genevoise, ils devraient donc normalement, dès le premier jour, être au top. Pensez que Pierre Mendès France, le plus éblouissant président du Conseil de la Quatrième République, résolvait à l’issue du premier mois la crise indochinoise, et se retirait définitivement après sept mois seulement de pouvoir (juin 1954-février 1955). Alors OK, à Genève, va pour les Cent Jours, mais pas plus : l’argument du temps d’adaptation (qui a perdu certains conseillers nationaux), n’est plus valable au-delà de ce délai.

 

Oui, Madame et Messieurs, il est temps de nous dévoiler vos intentions. Non plus sous la forme de grandes déclamations comme cet automne, mais avec des projets concrets. A cet égard, on accueille avec un peu de scepticisme l’annonce « d’Assises de la Mobilité ». Après les années très difficiles qui ont sinistré ce secteur à Genève, on attend du magistrat en charge autre chose que des états généraux ou des palabres. L’heure, de la part du ministre, est à la prise de décision, en même temps celle d’un risque politique, l’indication d’un cap, la mise en œuvre d’une stratégie pour convaincre le Parlement, voire le peuple. L’exécutif ne saurait, en République, ne tenir lieu que d’organisateur de séminaires ou de remue-méninges.

 

Idem dans le domaine du logement. Recevoir les animateurs d’un réseau social, c’est bien. Mais il faut aller plus loin, que le ministre anticipe, soit porteur d’une vision, ose et décide. Idem dans le social : le titulaire a mené une campagne féroce et puissante dans la dénonciation du taux de chômage à Genève, on aimerait maintenant savoir ce qu’il entend entreprendre, très concrètement, pour le faire baisser. Idem pour l’école : être à l’écoute, c’est bien, mais pour faire quoi ? Que les années à venir soient moins porteuses de querelles que les précédentes, certes, mais on espère que cette paix des âmes ne se fondera ni sur l’attentisme, ni sur l’immobilisme.

 

Côté sécurité, au moins, on n’a pas ce problème : avec Champ-Dollon, le ministre est au cœur d’une telle tourmente qu’on lui accordera volontiers quelque délai pour nous préciser le reste de ses desseins. Quant au ministre des Finances, il aura sans tarder à en découdre avec les ambitions d’économies d’un quarteron de spadassins de l’Entente. On assistera enfin avec l’admiration d’usage à la passion présidentielle pour l’inauguration des chrysanthèmes.

 

Pascal Décaillet

 

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12/02/2014

La chute de la Maison libérale

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.02.14

 

Le séisme du 9 février 2014 marque une double chute, qui correspondait à une double fracture, dans le paysage politique suisse. A gauche, c’est la victoire des réalistes (à l’image des socialistes et des Verts tessinois) face aux bobos. A droite, la victoire de l’aile protectionniste, souhaitant renouer avec l’idée de frontière, face aux libéraux, libres échangistes, et souvent dérégulateurs. Ce scrutin historique n’aura pas été un débat droite-gauche. Mais le fracas parfois désordonné de plusieurs batailles. Internes à la gauche, ou à la droite. Dépassant les clivages traditionnels. Pour mieux faire resurgir une carte du pays qui ressemble furieusement à celle du 6 décembre 1992, le rejet de l’Espace économique européen par une nette majorité de cantons, mais un faible écart du peuple.

 

Pour les libéraux, la défaite est très rude. Entendez par là, tous ceux qui, depuis au moins deux décennies, ne jurent que par la libre circulation, le moins d’entraves possibles aux entreprises, l’abolition de la frontière. Leur campagne, dûment stipendiée par le grand patronat, à coups de millions dans les journaux, ne cessait de nous rappeler à quel point la dernière décennie, depuis l’entrée en vigueur des bilatérales, avait été une période de croissance. Ils avaient juste oublié une chose : les fruits de cette prospérité n’avaient pas été répartis équitablement dans la population. Ni à l’intérieur des entreprises, ni d’une région à l’autre du pays. La carte du oui, le dimanche 9 février, vient rappeler à notre bon souvenir toutes les zones délaissées par ces glorieuses années.

 

On a laissé la venir la croissance, sans en anticiper la régulation. On s’est frotté les mains de pouvoir accueillir 80'000 migrants par an, les patrons heureux de les engager, les ministres des finances tout contents de la manne fiscale, sans s’interroger sur la Suisse pléthorique, de 10 ou 12 millions d’habitants, que cela nous préparait. On a fait du raisonnement économique à court terme, en laissant certains patrons pratiquer la sous-enchère, exclure de l’emploi des résidents. Et on a oublié de faire du social. Cette croissance n’a pas été répartie correctement, certains se sont rempli les poches, d’autres ont été laissés sur le bord du chemin. La gauche syndicale, à très juste titre, l’a dénoncé. La droite protectionniste aussi. Mais dans les milieux libéraux et ceux des grandes organisations patronales, comme Économie Suisse, on n’a pas voulu voir le danger potentiel que cela représentait. On n’a pas su prévoir. On est demeuré dans son arrogance, dans l’idée qu’on était éternel à détenir le pouvoir, et on commence à en récolter les résultats.

 

Oui, ce libéralisme-là a failli. Au sein de la droite suisse, comme au sein de la droite genevoise l’automne dernier, le rééquilibrage s’est opéré en faveur des protectionnistes, qu’ils s’appellent UDC par ci ou MCG par-là. Ce mouvement, loin d’être une parenthèse, ne fait que commencer, préfigurant, en Suisse comme ailleurs en Europe, une Révolution conservatrice et sociale, plus proche des gens et de leurs préoccupations. Trahison des clercs, et sanction des élites.

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2014

Mérite carougeois : bravo Robert !

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Commentaire publié dans GHI - 15.01.14

 

La Ville Sarde aura attendu le jour de ses 87 ans pour lui attribuer enfin le Mérite carougeois ! En le récompensant, c’est l’une de nos plus grandes figures genevoises des quarante dernières années qu’elle désigne. Robert Ducret, né en 1927, radical pur-sang, populaire, cassoulet, au contact immédiat, terriblement sympathique, est un homme politique comme on n’en fait plus. Il croit au travail, il croit au contact, il croit à la vie.

 

Il a gravi tous les échelons de notre vie politique, conseiller municipal à Carouge dès 1955, député en 1965, président des radicaux, conseiller d’Etat de 1977 à 1989, conseiller aux Etats pendant huit ans, et même, en 1983… candidat au Conseil fédéral ! Et ce jour-là de décembre, comment l’oublierais-je, le jour de la non-élection de la socialiste zurichoise Lilian Uchtenhagen, c’est un homme qui lui ressemblait tant, à Robert, qui accédera à la plus haute marche : un certain Jean-Pascal Delamuraz.

 

Ducret, Delamuraz. C’était le temps où les radicaux donnaient encore envie de bouffer la politique à pleines dents. Le temps des courageux, proches du peuple, visionnaires, rieurs, fous de vie et de partage de l’instant. Le temps aussi, avec des hommes comme Segond, du projet ample et construit, qui savait regarder loin. Le temps où cet immense parti, celui de Fazy ou de Druey, nous donnait encore des hommes d’Etat.

 

Pascal Décaillet

 

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08/01/2014

La politique, c'est l'affaire des citoyens

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.01.14

 

A Genève, depuis quelques jours, un groupe de citoyens a décidé, via une page Facebook, de recenser les appartements vides dans le canton. Le succès de l’opération est saisissant, preuve qu’on a visé juste, et qu’on touche à un vrai problème. Créateur du groupe, le metteur en scène Stéphane Guex-Pierre, plus connu sous le nom de Marcel Chombier, est lui-même impressionné par l’ampleur que prend le mouvement.

 

On peut discuter du risque de délation d’une telle opération, et les responsables semblent vouloir s’en prévenir. Mais à part cet écueil, l’initiative nous prouve une chose, excellente : la politique, ça n’est de loin pas l’affaire des seuls élus, mais celle de tous les citoyens. Les élus, nous les envoyons au Parlement pour qu’ils fassent des lois, et contrôlent l’activité du gouvernement et de l’administration. Pas pour qu’ils confisquent toute initiative politique à la base.

 

La base, c’est nous. Les citoyens, c’est nous. Et il y a mille autres manières de se saisir des enjeux politiques que de se contenter d’élire des gens, et attendre qu’ils fassent tout le travail à notre place. En cela, l’opération « appartements vides » est salutaire. Elle est un signal de prise en charge citoyenne. Là où les élus ne font pas leur boulot, faisons-le à leur place. Et la démocratie vivra.

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/12/2013

Mobilité : du changement, vite !

 

Commentaire publié dans GHI - 11.12.13


 
Routes engorgées, voies d’accès à la ville constamment bouchées, nuisances liée aux chantiers du CEVA, gestion calamiteuse des lignes TPG, absence totale d’écoute en haut lieu, autorité politique ne s’imposant pas sur une clique de fonctionnaires : la mobilité a été le grand échec de la législature précédente. La dix-septième place de la ministre sortante, le 6 octobre, en a été la sanction.


 
Dès lors, que faire ? Un impératif : rétablir la confiance. Montrer que l’autorité écoute les citoyens, est sensible à leurs doléances, capable de débloquer des situations par des mesures rapides, immédiatement exécutées par les fonctionnaires qui en ont la charge. Il n’est plus question que la Direction générale de la Mobilité fonctionne en vase clos, imposant ses théories à une population qui non seulement n’en veut pas, mais vient de le dire, le 6 octobre, avec fracas.
 


Imposer l’autorité du politique, ce sera le défi numéro un du nouveau conseiller d’Etat, Luc Barthassat. Dans un secteur empesé par les théoriciens et les idéologues, on attend beaucoup du « bon sens » revendiqué par le nouveau ministre. Il faudra, très vite, donner les premiers signaux. Et tant mieux s’ils peuvent rompre avec le diktat des années Cramer et Künzler. Les Genevois n’ont envie que d’une chose : que ça circule ! Alors de grâce, circulons.


 
Pascal Décaillet

 

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