06/03/2014

Conseil d'Etat : la fin des Cent Jours

 

Commentaire publié dans GHI - 05.03.14

 

Voici mars, les premiers bourgeons. Et, pour le nouveau Conseil d’Etat, bientôt la fin des Cent Jours. Oh, rien de grave, pas d’île d’Elbe ni de Waterloo, juste une tradition : laisser aux nouveaux venus un certain temps, de l’ordre de trois mois, pour s’installer, pendre contact avec leurs équipes, découvrir les cadavres dans les placards, se mettre au boulot. A l’issue de cette période, on attend des différents ministres l’annonce de projets clairs, si possible visionnaires, avec feuille de route, estimation des coûts et stratégie.

 

Ce temps, on est déjà bien gentils de le leur concéder. Leur poste, ils l’ont voulu, nul ne les a obligés à le briguer, ils se sont battus, ont multiplié les débats pendant des mois, sont tous des briscards de la politique genevoise, ils devraient donc normalement, dès le premier jour, être au top. Pensez que Pierre Mendès France, le plus éblouissant président du Conseil de la Quatrième République, résolvait à l’issue du premier mois la crise indochinoise, et se retirait définitivement après sept mois seulement de pouvoir (juin 1954-février 1955). Alors OK, à Genève, va pour les Cent Jours, mais pas plus : l’argument du temps d’adaptation (qui a perdu certains conseillers nationaux), n’est plus valable au-delà de ce délai.

 

Oui, Madame et Messieurs, il est temps de nous dévoiler vos intentions. Non plus sous la forme de grandes déclamations comme cet automne, mais avec des projets concrets. A cet égard, on accueille avec un peu de scepticisme l’annonce « d’Assises de la Mobilité ». Après les années très difficiles qui ont sinistré ce secteur à Genève, on attend du magistrat en charge autre chose que des états généraux ou des palabres. L’heure, de la part du ministre, est à la prise de décision, en même temps celle d’un risque politique, l’indication d’un cap, la mise en œuvre d’une stratégie pour convaincre le Parlement, voire le peuple. L’exécutif ne saurait, en République, ne tenir lieu que d’organisateur de séminaires ou de remue-méninges.

 

Idem dans le domaine du logement. Recevoir les animateurs d’un réseau social, c’est bien. Mais il faut aller plus loin, que le ministre anticipe, soit porteur d’une vision, ose et décide. Idem dans le social : le titulaire a mené une campagne féroce et puissante dans la dénonciation du taux de chômage à Genève, on aimerait maintenant savoir ce qu’il entend entreprendre, très concrètement, pour le faire baisser. Idem pour l’école : être à l’écoute, c’est bien, mais pour faire quoi ? Que les années à venir soient moins porteuses de querelles que les précédentes, certes, mais on espère que cette paix des âmes ne se fondera ni sur l’attentisme, ni sur l’immobilisme.

 

Côté sécurité, au moins, on n’a pas ce problème : avec Champ-Dollon, le ministre est au cœur d’une telle tourmente qu’on lui accordera volontiers quelque délai pour nous préciser le reste de ses desseins. Quant au ministre des Finances, il aura sans tarder à en découdre avec les ambitions d’économies d’un quarteron de spadassins de l’Entente. On assistera enfin avec l’admiration d’usage à la passion présidentielle pour l’inauguration des chrysanthèmes.

 

Pascal Décaillet

 

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12/02/2014

La chute de la Maison libérale

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.02.14

 

Le séisme du 9 février 2014 marque une double chute, qui correspondait à une double fracture, dans le paysage politique suisse. A gauche, c’est la victoire des réalistes (à l’image des socialistes et des Verts tessinois) face aux bobos. A droite, la victoire de l’aile protectionniste, souhaitant renouer avec l’idée de frontière, face aux libéraux, libres échangistes, et souvent dérégulateurs. Ce scrutin historique n’aura pas été un débat droite-gauche. Mais le fracas parfois désordonné de plusieurs batailles. Internes à la gauche, ou à la droite. Dépassant les clivages traditionnels. Pour mieux faire resurgir une carte du pays qui ressemble furieusement à celle du 6 décembre 1992, le rejet de l’Espace économique européen par une nette majorité de cantons, mais un faible écart du peuple.

 

Pour les libéraux, la défaite est très rude. Entendez par là, tous ceux qui, depuis au moins deux décennies, ne jurent que par la libre circulation, le moins d’entraves possibles aux entreprises, l’abolition de la frontière. Leur campagne, dûment stipendiée par le grand patronat, à coups de millions dans les journaux, ne cessait de nous rappeler à quel point la dernière décennie, depuis l’entrée en vigueur des bilatérales, avait été une période de croissance. Ils avaient juste oublié une chose : les fruits de cette prospérité n’avaient pas été répartis équitablement dans la population. Ni à l’intérieur des entreprises, ni d’une région à l’autre du pays. La carte du oui, le dimanche 9 février, vient rappeler à notre bon souvenir toutes les zones délaissées par ces glorieuses années.

 

On a laissé la venir la croissance, sans en anticiper la régulation. On s’est frotté les mains de pouvoir accueillir 80'000 migrants par an, les patrons heureux de les engager, les ministres des finances tout contents de la manne fiscale, sans s’interroger sur la Suisse pléthorique, de 10 ou 12 millions d’habitants, que cela nous préparait. On a fait du raisonnement économique à court terme, en laissant certains patrons pratiquer la sous-enchère, exclure de l’emploi des résidents. Et on a oublié de faire du social. Cette croissance n’a pas été répartie correctement, certains se sont rempli les poches, d’autres ont été laissés sur le bord du chemin. La gauche syndicale, à très juste titre, l’a dénoncé. La droite protectionniste aussi. Mais dans les milieux libéraux et ceux des grandes organisations patronales, comme Économie Suisse, on n’a pas voulu voir le danger potentiel que cela représentait. On n’a pas su prévoir. On est demeuré dans son arrogance, dans l’idée qu’on était éternel à détenir le pouvoir, et on commence à en récolter les résultats.

 

Oui, ce libéralisme-là a failli. Au sein de la droite suisse, comme au sein de la droite genevoise l’automne dernier, le rééquilibrage s’est opéré en faveur des protectionnistes, qu’ils s’appellent UDC par ci ou MCG par-là. Ce mouvement, loin d’être une parenthèse, ne fait que commencer, préfigurant, en Suisse comme ailleurs en Europe, une Révolution conservatrice et sociale, plus proche des gens et de leurs préoccupations. Trahison des clercs, et sanction des élites.

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2014

Mérite carougeois : bravo Robert !

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Commentaire publié dans GHI - 15.01.14

 

La Ville Sarde aura attendu le jour de ses 87 ans pour lui attribuer enfin le Mérite carougeois ! En le récompensant, c’est l’une de nos plus grandes figures genevoises des quarante dernières années qu’elle désigne. Robert Ducret, né en 1927, radical pur-sang, populaire, cassoulet, au contact immédiat, terriblement sympathique, est un homme politique comme on n’en fait plus. Il croit au travail, il croit au contact, il croit à la vie.

 

Il a gravi tous les échelons de notre vie politique, conseiller municipal à Carouge dès 1955, député en 1965, président des radicaux, conseiller d’Etat de 1977 à 1989, conseiller aux Etats pendant huit ans, et même, en 1983… candidat au Conseil fédéral ! Et ce jour-là de décembre, comment l’oublierais-je, le jour de la non-élection de la socialiste zurichoise Lilian Uchtenhagen, c’est un homme qui lui ressemblait tant, à Robert, qui accédera à la plus haute marche : un certain Jean-Pascal Delamuraz.

 

Ducret, Delamuraz. C’était le temps où les radicaux donnaient encore envie de bouffer la politique à pleines dents. Le temps des courageux, proches du peuple, visionnaires, rieurs, fous de vie et de partage de l’instant. Le temps aussi, avec des hommes comme Segond, du projet ample et construit, qui savait regarder loin. Le temps où cet immense parti, celui de Fazy ou de Druey, nous donnait encore des hommes d’Etat.

 

Pascal Décaillet

 

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08/01/2014

La politique, c'est l'affaire des citoyens

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.01.14

 

A Genève, depuis quelques jours, un groupe de citoyens a décidé, via une page Facebook, de recenser les appartements vides dans le canton. Le succès de l’opération est saisissant, preuve qu’on a visé juste, et qu’on touche à un vrai problème. Créateur du groupe, le metteur en scène Stéphane Guex-Pierre, plus connu sous le nom de Marcel Chombier, est lui-même impressionné par l’ampleur que prend le mouvement.

 

On peut discuter du risque de délation d’une telle opération, et les responsables semblent vouloir s’en prévenir. Mais à part cet écueil, l’initiative nous prouve une chose, excellente : la politique, ça n’est de loin pas l’affaire des seuls élus, mais celle de tous les citoyens. Les élus, nous les envoyons au Parlement pour qu’ils fassent des lois, et contrôlent l’activité du gouvernement et de l’administration. Pas pour qu’ils confisquent toute initiative politique à la base.

 

La base, c’est nous. Les citoyens, c’est nous. Et il y a mille autres manières de se saisir des enjeux politiques que de se contenter d’élire des gens, et attendre qu’ils fassent tout le travail à notre place. En cela, l’opération « appartements vides » est salutaire. Elle est un signal de prise en charge citoyenne. Là où les élus ne font pas leur boulot, faisons-le à leur place. Et la démocratie vivra.

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/12/2013

Mobilité : du changement, vite !

 

Commentaire publié dans GHI - 11.12.13


 
Routes engorgées, voies d’accès à la ville constamment bouchées, nuisances liée aux chantiers du CEVA, gestion calamiteuse des lignes TPG, absence totale d’écoute en haut lieu, autorité politique ne s’imposant pas sur une clique de fonctionnaires : la mobilité a été le grand échec de la législature précédente. La dix-septième place de la ministre sortante, le 6 octobre, en a été la sanction.


 
Dès lors, que faire ? Un impératif : rétablir la confiance. Montrer que l’autorité écoute les citoyens, est sensible à leurs doléances, capable de débloquer des situations par des mesures rapides, immédiatement exécutées par les fonctionnaires qui en ont la charge. Il n’est plus question que la Direction générale de la Mobilité fonctionne en vase clos, imposant ses théories à une population qui non seulement n’en veut pas, mais vient de le dire, le 6 octobre, avec fracas.
 


Imposer l’autorité du politique, ce sera le défi numéro un du nouveau conseiller d’Etat, Luc Barthassat. Dans un secteur empesé par les théoriciens et les idéologues, on attend beaucoup du « bon sens » revendiqué par le nouveau ministre. Il faudra, très vite, donner les premiers signaux. Et tant mieux s’ils peuvent rompre avec le diktat des années Cramer et Künzler. Les Genevois n’ont envie que d’une chose : que ça circule ! Alors de grâce, circulons.


 
Pascal Décaillet

 

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07/12/2013

Plaidoyer pour une école forte

 

Publié dans GHI - 04.12.13

 

L’Instruction publique. Le plus beau Département, le plus noble défi. Querelle centrale, celle qui sur tout devrait primer, puisqu’il s’agit de l’être humain, son accès à la connaissance, l’éveil de sa lucidité. Si un jour j’étais entré en politique, c’est pour ce ministère, et nul autre, que je me serais battu. Dans une autre vie, je le ferai. Et maintenant, je peux vous le dire : il m’est arrivé, ces dernières semaines, d’avoir peur. Oui, j’ai craint que le dicastère qui fut celui de Chavanne ne tombât en d’improbables mains. Au final, avec Mme Emery-Torracinta, ce ne sera pas le cas, et de loin. Il faut s’en féliciter : non seulement le pire est évité, mais nous ne sommes pas loin du meilleur.

 

Le meilleur ? J’eusse aimé que ce fût un radical, M. Longchamp ou M, Maudet. Mais le choix d’une socialiste, autre parti d’Etat et de mémoire, régalien, structurant, me convient parfaitement. Pour croire en l’Ecole de la République, il faut commencer par croire en l’Etat, non celui de la Providence, des guichets ni des tentacules, mais celui du projet commun que définit une société, dans sa dimension historique et mémorielle. Les radicaux et les socialistes y croient. Je perçois moins cela dans des partis de souche libertaire, de gauche comme de droite d’ailleurs, ou dans d’autres, si extatiques de la famille, ou de la communauté, que leur horizon semble s’y figer.

 

Nous avons tous, chacun du demi-million de Genevois, chacun des huit millions de Suisses, une idée de l’école idéale. La mienne serait à ce point tissée d’Histoire, de poésie, de littérature et de musique, qu’elle serait adulée par les uns, rejetée pas d’autres, donc illusoire pour n’être pas assez rassembleuse. Laissons donc le détail des programmes, et contemplons l’ensemble. Aspirons, je vous prie, à une école simple et claire. Lisible. Avec des objectifs identifiables. Au primaire, au Cycle, au Post-obligatoire, et dans l’apprentissage. Plaidons, avec Jean Romain et une majorité de la Commission de l’enseignement, pour une Maturité qui soit moins une jungle d’options. Battons-nous pour une absolue priorité des affectations budgétaires au front de l’enseignement, et tant pis s’il faut dégraisser les états-majors.

 

Respectons, valorisons autour de nous le métier d’enseignant. Donnons à nos jeunes l’envie de l’exercer. Car enfin, point n’est besoin d’avoir lu Péguy, Notre Jeunesse, Cahiers de la Quinzaine, pour se convaincre que ce métier est le plus beau du monde. Finissons-en avec une formation des maîtres qui, sous prétexte de science pédagogique, formate et nivelle plutôt que l’élever. Donnons au Post-obligatoire davantage de moyens, pour affronter la hausse des effectifs. Valorisons enfin les filières d’apprentissage. Replaçons, du moins quelques heures par semaine, les directeurs du primaire face à leurs élèves. En un mot, rétablissons la confiance.

 

Cela, bien sûr, ne se décrète pas, mais se gagne et se mérite sur le terrain. Ce que doit faire le politique, c’est montrer son soutien. Donner des signaux de très grande attention à la chose scolaire, en prouvant bien qu’il la place au centre de ses attentions. Il s’agit de nos enfants. Et du destin de notre société.

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/11/2013

La tentation de ne rien comprendre

 

Commentaire publié dans GHI - 20.11.13

 

Le seul signal qui vaille, en cet automne électoral, a été donné le 6 octobre. Le peuple a voulu un déplacement du curseur sur la droite protectionniste, une progression du MCG et de l’UDC, une régression sans appel du PLR et des Verts, et le retour d’Ensemble à Gauche. Cinq semaines plus tard, le même corps électoral a envoyé au Conseil d’Etat un nombre surfait de magistrats de l’Entente par rapport à la représentation parlementaire. Mais c’est ainsi, c’est le jeu, chaque élection a sa logique, tous sont bien sûr légitimes.

 

Mais il faudra qu’ils fassent très attention, ces quatre Messieurs de l’Entente au Conseil d’Etat. S’ils s’imaginent, sous prétexte qu’ils sont majoritaires, qu’ils vont pouvoir mener exactement la même politique que pendant les deux dernières législatures, avec leur libre circulation à tout crin, leur obédience au patronat, leur mythologie incantatoire du « Grand Genève », sans la moindre prise en compte du déplacement du curseur au Parlement, alors ils fonceront droit dans le mur.

 

Ont-ils seulement compris que l’idéologie transfrontalière avait pris, le 6 octobre, un sérieux coup dans l’aile ? Qu’une part montante de la population exigeait davantage de contrôles aux frontières et sur le marché du travail ? Espérons que oui. Sinon, il appartiendra à l’opposition de le leur signaler. Poliment, mais fermement.

 

Pascal Décaillet

 

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07/11/2013

Eric et Pierre : la mythologie des contraires

 

Publié dans GHI - 06.11.13


 
A première vue, Eric Stauffer et Pierre Maudet surgissent de deux univers totalement différents. Eric, des entrailles de la terre, plus noires que chez Jules Verne, avec l’imprévisible fusion des matières, le feu. Bref Vulcain. Pierre, céleste, aérien, l’aigle qui vole et qui se montre, Jupiter. Celui qui vient d’en bas, celui qui survole. Vulcain, Jupiter. Ou, si vous préférez, Héphaïstos et Zeus.

 

D’un côté, le mauvais garçon, mais qui a tant appris en roulant sa bosse, de l’autre l’élève modèle. Allez, disons Dany Wilde et Brett Sinclair : Tony Curtis et Roger Moore. Celui qui lance l’eau, celui qui demeure de glace. Celui qui porte le feu, celui qui répand les Lumières. Celui qui craque, celui qui se contrôle. Celui qui va à Lugano, négocier le prix du vent. Celui qui, d’ici, souffle le chaud et le froid.

 

Celui qui rêve de l’Olympe, celui qui entend y demeurer. Celui qui annonce la chute de Troie, celui qui joue de mille tours, tiens le Cheval par exemple, pour y parvenir. Celui qu’une seule flèche au talon peut détruire, et celui qui achèvera le Cyclope. Et si ces deux-là, malgré l’infini de leurs dissemblances, étaient faits pour s’entendre ?


 
Pascal Décaillet

 

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23/10/2013

Parkings P&R : n'ayons pas peur du peuple !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.10.13

 

Pas question de cofinancer les parkings P&R en France voisine : c’est l’avis de 8340 Genevois, qui ont signé le référendum du MCG contre ce crédit, approuvé fin août par le Grand Conseil, et voulu par une grande majorité de la classe politique. Un beau dimanche donc, le corps électoral du canton tranchera, et ce sera très bien ainsi : cela s’appelle la démocratie.

 

Et c’est là que le bât blesse : on dirait qu’elle fait peur, cette démocratie. A qui ? A cette fameuse majorité de la classe politique, justement, celle du Grand Conseil sortant qui avait voté ce crédit, comme tant d’autres, sans trop prendre la température de la population. Ces gens-là, disons les perdants du 6 octobre, le jour où le MCG annonçait son nombre important de signatures (lundi 21 octobre), n’ont immédiatement eu qu’un réflexe : hurler à quel point ce référendum était nul, le MCG nul, tous des nuls.

 

Auraient-ils peur du peuple, ces gens-là ? Faut-il leur rappeler que l’exercice de la démocratie directe (initiatives, référendums) ne relève en aucune manière d’une tare, mais qu’il est au contraire l’essence même, la vitalité d’un système suisse que tant de nos voisins nous envient ? Et puis, ces 8340 signataires, ils n’auraient rien compris ? Allons, Messieurs, réveillez-vous, faites campagne, combattez le référendum avec des arguments, et, le jour venu, acceptons tous le résultat. Soyons démocrates, c’est ce qui nous réunit.

 

Pascal Décaillet

 

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02/10/2013

Parler de soi, pas des concurrents

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.10.13

 

Face au mouvement qu’ils se contentent depuis des années, avec mépris, de qualifier de populiste, les représentants des partis du pouvoir sortant, qui tiennent les rênes de la République depuis près de huit décennies, ne cessent de commettre une erreur majeure, la pire de toute : ils passent leur temps, non à parler d’eux-mêmes, mais à nous dire pis que pendre de leur adversaire, ce parti-là, justement.

 

Dans une campagne, c’est un péché mortel. Parce que parler de l’adversaire, y compris pour le noircir, le diaboliser, c’est lui donner de l’importance, dévoiler sa propre peur face à lui. Aucun politicien intelligent ne fait cela. C’est une erreur de débutant, telle l’incantation d’un enfant face au loup, dans la forêt : « Le loup n’y est pas ! ». C’est le degré zéro de la stratégie politique.

 

A ces touchants apprentis, qui passent leur temps à nous dire à quel point le parti « populiste » est mauvais, on a juste envie de dire : « Et toi, qui es si génial, qui es-tu, d’où viens-tu, quel est ton parcours, quels sont tes combats, tes passions, quelle est ta solitude ? ». Et sur les thèmes que soulève ce fameux parti damné, la souffrance des sans-emploi, des précaires, tu proposes quoi, très concrètement ? Et à part nous désigner ce parti comme le mal absolu, toi, tu veux quoi, tu fais quoi dans la vie, quels succès tu as obtenus jusqu’à maintenant ? ».

 

Candidats, parlez-nous de vous. Noircir le concurrent ne sert à rien. Si ce n’est souligner vos propres faiblesses.

 

Pascal Décaillet

 

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11/09/2013

Libertaires ou inconscients ?

 

Coup de Griffe - GHI - Mercredi 11.09.13

 

Je serais infiniment heureux qu’on m’explique au nom de quoi les cyclistes, ou en tout cas nombre d’entre eux, ne s’estiment pas liés par le principe du feu rouge. Pourquoi les voitures, les scooters devraient-ils s’arrêter, et pas eux ? Cette transgression est, avant toute chose, dangereuse pour eux-mêmes : fragiles, ils sont les plus vulnérables en cas de collision. Mais aussi pour les autres : l’automobiliste qui doit planter ses freins parce qu’un inconscient à vélo surgit devant lui.

 

Pire : parce qu’on ne peut pas me repérer (un radar ne peut saisir une plaque cycliste), j’enfreins la loi. Ce raisonnement, digne de la jungle, fait fi de la libre acceptation de la limite, en conscience de l’intérêt général. C’est le degré zéro du Contrat social, l’individualisme libertaire érigé en roi. Détestable.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Oskar écrivain: révélateur et revigorant

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.09.13

 

Une très belle réflexion sur la frontière, le monde fini face aux espaces sans horizons, des citations de Rilke et Nietzsche, un style plus démonstratif et moins baroque que son dernier roman, que j’avais eu le plaisir de préfacer : « De la frontière », d’Oskar Freysinger, qui sort ces jours aux Editions Xenia, est un essai qui vaut le détour. Contrairement à son précédent livre, purement romanesque, on y retrouve, en plus de l’écrivain, un Oskar penseur et un Freysinger homme politique, attaché à une idée de frontière qu'adolescent, il avait voulu abolir, et qu’il a retrouvée, comme pas mal d’entre nous, en prenant de l’âge.

 

En attaquant ce livre, on a évidemment en tête le chef d’œuvre de Régis Debray, « Eloge des frontières » (Gallimard), dont on retrouve les thèmes. Mais autrement. Avec la plume d’Oskar, son regard à lui, sa fantaisie qui nous trimbale de la sublime « Panthère au Jardin des Plantes » de Rilke, qui scrute le monde de sa cage, à la Cour de Louis XIV, « ce forban qui réussit à convaincre toute une nation que son lever était un acte d’Etat », en passant par les Corneilles de Nietzsche. C’est la grande vertu de cet essai, et c’est toute la trempe d’écriture de cet auteur : le fil du raisonnement, constamment, laisse surgir la puissance de l’image. Procédé évocateur, et capteur d’attention.

 

La deuxième partie, clairement politique, s’emploie à démolir l’illusion multiculturelle, l’Union européenne, Schengen, se trompe hélas de place du Y dans le mot Libye (pages 54, 55), bref on y retrouve plus prosaïquement le conseiller national militant. C’est de bonne guerre. Au final, 78 pages bien écrites pour un essai révélateur et revigorant.

 

Pascal Décaillet

 

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29/08/2013

Faites-nous aimer la politique !

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Publié dans GHI - 28.08.13


 
Les des enjeux majeurs, pour les 476 candidats au Grand Conseil et les 29 au Conseil d’Etat, n’est pas seulement de faire campagne, être élus puis faire le meilleur boulot possible au service de la République. Non, il y a un défi plus important que tout cela : ils doivent, tous partis, tous sexes et tous âges confondus, nous donner le goût de la chose publique. Car la politique, pendant ces semaines électorales d’automne, ce sont eux qui vont l’incarner. Pour ma part, je remplirai à la main, comme je le fais depuis l’âge de vingt ans, la liste du Grand Conseil, puisant dans (presque) tous les partis ceux que j’estime les meilleurs. Je vais vous faire une confidence : il m’est parfaitement égal qu’ils soient de gauche ou de droite, jeunes ou vieux, hommes ou femmes. Mais je veux puissamment des gens qui, par leur action, leur rhétorique, la flamme qui les anime, nous donnent envie de croire à la politique. J’y crois depuis l’âge de sept ans et demi. C’est une belle et grande chose que la gestion de la Cité. Il faut y envoyer les meilleurs.


 
Sept ans et demi ? Tout a commencé lors de la campagne pour la présidentielle française, en décembre 1965. Les héros s’appelaient Charles de Gaulle, François Mitterrand, Jean Lecanuet. Sur notre petit écran noir et blanc, je regardais tout, la passion était née. Chez moi, chez vous, chez n’importe lequel d’entre nous, elle passe par la vertu de l’exemple. C’est pour cela que Plutarque a écrit ses Vies parallèles, pour cela qu’il faut lire la vie des grands hommes, de Gaulle, Churchill, Willy Brandt, Mendès France, Louis XI, Bismarck, et des centaines d’autres. Car chaque parcours est à la fois chemin d’aventure individuelle et repères d’exemples. De même, dans une campagne électorale, chaque candidat  doit savoir qu’il incarne plusieurs choses : lui-même d’abord ; mais aussi son parti, sa famille de pensée ; au-delà de tout cela, il figure et représente la politique elle-même, son crédit, sa valeur d’exemple, la dose de foi qu’on peut ou non lui porter. L’enjeu est immense.


 
Ce que je reproche à un mauvais candidat, ou un mauvais magistrat, c’est principalement qu’en n’étant pas au niveau, il contribue à ruiner le crédit même de la politique, dans lequel, depuis l’aube de mon enfance, je veux croire. Alors qu’un bon, ou un excellent, tiens un Delamuraz par exemple, au-delà de leurs options, réhabilitent la vertu, la nécessité de la politique dans la vie sociale des humains. Je pense à Chavanne, qui a tant fait pour l’école : on peut discuter de ses choix, mais il a affirmé la République au milieu de l’enjeu scolaire, c’est immense. Je pense à Willy Brandt qui s’agenouille devant le monument du Varsovie : c’est toute l’Histoire allemande qui s’incline devant le martyre de la Pologne. Delamuraz affrontant l’aile patronale de son propre parti dans la loi sur le travail, c’était l’Etat contre les clans.


 
A tous les candidats, je dis : allez-y, foncez, faites campagne, défendez vos idées. Mais n’oubliez jamais que vous incarnez la politique elle-même. De votre comportement, de la hauteur de votre action, dépendra son crédit. Ou sa ruine.


 
Pascal Décaillet

 

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28/08/2013

Juste se montrer, c'est un peu court !

 

Commentaire publié dans ma page GHI - Mercredi 28.08.13

 

Une campagne, toujours, est un révélateur. Dis-moi comment tu mènes ta candidature, je te dirai qui tu es. Il y a les introspectifs, les timides, ou au contraire les bombeurs de torse, les matamores. Il y a les intellos, passionnés par les seules vertus de la raison et de l’argumentation, ou à l’inverse les instinctifs. Ceux qui puisent dans l’image, la séduction, le charisme. Et dans ce petit jeu, les personnalités se révèlent comme une photographie dans une chambre noire : certaines éclatent, d’autres demeurent en demi-teinte, c’est la loi parfois cruelle de l’exposition.

 

Visuellement, il faut exister. Si l’électeur, en lisant votre nom sur la liste de votre parti, y associe un visage, vos chances d’élection seront plus grandes. Ayant parfaitement intégré cela, quelques petits malins ont passé leur été à multiplier leurs apparitions dans des réunions plus ou moins festives, juste pour être là, se faire prendre en photo, balancer l’image dans les réseaux sociaux. Puis passer à la fiesta suivante.

 

Il n’y a pas à leur en faire grief : la multiplication des apparitions, comme celle des pains ou des poissons, fait partie du jeu. Mais il n’y pas, non plus, à en être dupe : se montrer pour se montrer, ne faire cyniquement que cela, sans que derrière l’image n’existe un contenu (ou si peu), c’est montrer bien peu de respect pour l’électeur. C’est prendre le citoyen pour un consommateur, qui ne réagirait que de façon subliminaire à la masse d’images qu’on lui aurait projetées. Efficace, peut-être, pour être élu, mais profondément méprisant pour l’essence même de la politique, qui est combat d’idées, projets de société, et non concours publicitaire.

 

Citoyens, exigez des candidats que derrière leurs sourires de façade, ils aient de l’arrière-pays, de la vision du monde, du courage, du contenu. Servir la politique, c’est cela. Sinon, c’est juste se servir soi-même.

 

Pascal Décaillet

 

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03/07/2013

Listes de traverse : une honte pour la démocratie

 

Commentaire publié dans GHI - 03.07.13

 

On les appelle les « listes de traverse ». Des listes électorales totalement bidon, juste pour faire apparaître plusieurs fois les noms des candidats. A en juger par les listes annoncées le 1er juillet par la Chancellerie, les partis en ont fait cette année, pour le Conseil d’Etat, un usage éhonté. Une véritable parodie de démocratie.

 

Quelques exemples. Pour accroître leur visibilité, les deux candidats Verts ont inventé, en plus de la liste de leur parti, une liste no 11 « Suisses de la région » (comprenne qui pourra), une liste no 12 « Egalité homme-femme » (thème dont les Verts n’ont nullement le monopole), et, sommet du surréalisme, une liste no 24 « Les Habitant-e-s de Vernier, Lancy, Meyrin, Carouge et Onex ». Depuis quand joue-t-on cinq communes contre les quarante autres, comme argument dans une élection sur l’ensemble du canton ?

 

Côté Entente (PLR-PDC), guère mieux, avec une liste 15 « Loger nos enfants », une 16 « L’action pour la sécurité », une 20 « Un emploi pour tous », une 21 « Ceux qui agissent ». Pas mieux chez les quatre candidats socialistes, devenus spécialistes pour refuser le « diktat des assurances maladie » (liste 17), pour la « défense des aînés (liste 18) ou « pour créer de l’emploi » (liste 19).

 

Fumisterie que cette pollution des listes. Citoyens, n’en soyons pas dupes.

 

Pascal Décaillet

 

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19/06/2013

Socialisme et PME : pourquoi pas !

 

Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 19.06.13

 

Les socialistes s’intéressent au PME ! Ils l’ont fait savoir haut et fort lundi 17 juin, en présence de leur président, Romain de Sainte Marie, et de leurs quatre candidats au Conseil d’Etat. Le signal n’est pas banal : le moins qu’on puisse dire est que le sort des petites et moyennes entreprises n’a pas, jusqu’ici, torréfié de passion le socialisme. Pendant des décennies, on a entretenu la flamme de l’idéologie ouvrière, les grands bassins miniers de Lorraine ou du Nord, le Front populaire ; en Suisse, la Grève générale de 1918, la lente conquête des acquis sociaux. Bref, une magnifique mythologie, mais toujours grégaire, toujours avec une masse de monde, dans les rues si possible, comme chez Zola.

 

La PME, ou même la TPE (Toute Petite Entreprise), c’est un autre monde, un autre état d’esprit. Tout part de l’entrepreneur. Un homme ou une femme tout seul, au début, qui un jour se lance à l’eau, ose assumer le risque économique, acquiert des locaux, investit dans du matériel, engage des collaborateurs. J’en parle en connaissance de cause : j’ai exactement entamé, il y a sept ans, ce chemin-là. Dire qu’il est parsemé d’embûches relève de l’euphémisme : tout, autour de vous, concourt à ce que vous vous plantiez. Assurances sociales, fiscalité, TVA, paperasseries, comptabilité, toutes choses que vous faites en plus de l’activité naturelle de votre boîte.

 

Les socialistes, aussi éclairés soient-ils, peuvent-ils vraiment comprendre ce monde-là ? On peut en douter. En même temps, il est stimulant, pour un petit entrepreneur, de voir que d’autres partis que ceux de droite commencent à s’intéresser à son univers, et franchement la démarche socialiste est la bienvenue. Les patrons de PME sont loin d’être tous des rupins qui roulent sur l’or, beaucoup d’entre eux ont une vision et une ambition sociales, et c’est pour cela qu’ils se battent pour l’emploi. Nombre d’entre eux sont farouchement indépendants dans leur prise de décision professionnelle, mais, comme citoyens, reconnaissent la nécessité d’un Etat fort, redistributeur, et pourquoi pas fraternel. En clair, on peut être patron de PME sans nécessairement être tétanisé par le dogme libéral. Cela, les socialistes l’ont compris. Reste à trouver un langage commun entre le leur et celui des petits patrons. L’enjeu est passionnant. Peut-être l’une des clefs de la législature 2013-2018.

 

Pascal Décaillet

 

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29/05/2013

Pays réel, pays des songes

 

Commentaire publié dans GHI - 29.05.13


 

1814, 1815 : il y aura bientôt deux cents ans, Genève devenait canton suisse, et entrait dans la Confédération. Déjà, de partout, ça commence à phosphorer pour marquer l’événement. Très bien. Mais qu’il soit juste permis ici d’élaborer un souhait : que toute cette commémoration soit quelque chose de vivant ! L’occasion d’une réflexion sur notre double identité : celle d’habitants de Genève, et de citoyens suisses. Deux natures qui, loin de se combattre, se complètent et se superposent. C’est le miracle de notre pays : Valaisan de Genève, je suis aussi citoyen suisse. Chacun de nous peut allègrement cumuler trois ou quatre de ces reconnaissances, sans se dédire, ni s’abjurer. Nos amis étrangers, sans être suisses, peuvent à coup sûr s’associer à cette réflexion. Genève est une ville ouverte, un canton d’accueil et de partage.


 
Je rêve d’une commémoration qui soit autre chose que les gentils défilés confédéraux de 1964, dont je garde un vague souvenir. Il n’y aurait même aucun défilé, ça m’irait très bien. Mais des livres, des émissions, des échanges, des engueulades sur notre degré d’Helvétitude. Je rêve de quelque chose d’à la fois très élitaire et très populaire, ces deux notions se rejoignent d’ailleurs beaucoup plus qu’on ne l’imagine. J’espère vivement qu’on ne joue pas le gentil canton suisse invitant d’autres gentils Suisses dans des gentils pavillons. Mais posons nos différences. Crions-le, ce pays, au lieu de n’en murmurer le désir que dans la tiédeur d’un confessionnal. Si 2014, 2015, pouvaient agir comme une catharsis, une révélation, loin des officialités, des flonflons, des fanfares. Du vrai, du cruel, qui fait mal et qui fait du bien. Le pays réel. C’est à dire celui des songes.


 
Pascal Décaillet

 

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23/05/2013

Et l'école, bordel !

 

Commentaire publié dans GHI - 22.05.13
 
 
Après une décennie de Charles Beer, l’école genevoise aura, dès novembre, un nouveau patron. Qui ? L’un des candidats actuels au Conseil d’Etat ! Eh oui, il existe à Genève un personnage connu de nous tous, de gauche ou de droite, qui, par la force des choses, sera cet automne notre nouveau ministre de l’Instruction publique. Le sait-il lui-même ? Reprendra-t-il le DIP à son corps défendant ? Va-t-on confier ce Département capital à un petit nouveau, sans Histoire et sans culture, sans le frottement de la mémoire, sans une équation personnelle puissante avec le principe même de l’école, la transmission du savoir ?


 
Ce scénario serait catastrophique. Je crois être le seul, à Genève, en ce printemps de pré-campagne, à thématiser des débats sur le sujet. Les partis, pour l’heure, s’en désintéressent, ne parlant que sécurité, logement, mobilité. Ils ne viennent débattre de l’école, ce qu’ils font poliment, que si on leur en impose le thème. C’est tout de même inouï ! Que transmettre à nos enfants ? Comment organiser l’accès aux connaissances des générations futures. Quelles priorités ? Comment mettre en application la nouvelle norme constitutionnelle qui rend la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Comment valoriser l’apprentissage, rendre sa noblesse à ce magnifique mot, « le métier ». Si ces sujets-là ne sont pas majeurs, alors lesquels ?


 
En arbitrant à la Pentecôte un débat entre deux hommes intelligents, le socialiste Thierry Apothéloz et le MCG Mauro Poggia, je me suis rendu compte que le legs de Charles Beer n’était, au fond, pas si contesté. Et qu’il s’agissait avant tout, aujourd’hui, d’aller de l’avant. En privilégiant les solutions concrètes sur les grands combats frontaux – comme les notes – d’il y a dix ans. C’est bien. Mais la nouvelle ère, incarnée par une nouvelle personne, aura besoin d’un nouveau souffle. J’ai déjà écrit ici que le DIP gagnerait à être repris par une personnalité radicale, je dis bien radicale. Parce que c’est un parti d’Etat, qui a fait nos institutions, ne se laisse pas enivrer par la puissance de l’argent, organise la répartition autrement qu’en sandales. Mais cela n’engage que moi. Je porterai, jusqu’à cet automne, le débat sur l’avenir de l’école à Genève, j’amènerai les candidats à sortir du bois.


 
Pascal Décaillet

 

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09/05/2013

Des valeurs, SVP !

 

Commentaire publié dans GHI - 08.05.13

 

La politique genevoise manque de valeurs. N’entendez pas, je vous prie, ce mot au sens de la morale : je me suis toujours abstenu de mêler la politique avec la morale. Non, valeurs proprement politiques : pourquoi suis-je dans tel parti, d’où vient-il, quelle est son Histoire, quels sont ses fondements philosophiques, comment a-t-il évolué ? Trop peu de politiciens, hélas, trop peu de candidats aux élections de cet automne, sont capables de répondre à ces questions. C’est grave. Rien n’est plus inquiétant que l’ignorance de soi-même, rien de plus vide que ces candidats de hasard, juste sur une liste ou dans un parti par automatismes familiaux, besoin clanique de s’agglutiner, extase grégaire : le troupeau, pour combler son incapacité à s’affirmer seul.

 

Je ne supporte pas d’avoir face à moi un politique ne connaissant pas à fond l’Histoire de son parti. Dans son canton, au niveau fédéral, et aussi à l’échelon européen. Un PDC incapable de parler de Léon XIII, Marc Sangnier, Schuman, de Gasperi, Adenauer, Furgler, ne mérite pas d’être intégré à cette formation. Idem, un radical n’ayant jamais entendu parler, à Genève, d’un Fazy ou d’un Carteret. Un socialiste inapte à disserter sur Jaurès ou Jules Guesde, Léon Blum ou Willy Brandt. Ou Tschudi. Ou Chavanne.

 

Il ne s’agit pas de vouloir des singes savants. Mais bien mieux que cela, justement : des gens qui aient, jusqu’au fond de leurs fibres, vibré avec la philosophie de leur parti. Un Pierre Maudet, un François Longchamp, un Jean Romain savent pourquoi ils sont radicaux. Un Reverdin, pourquoi il était libéral. Un Grégoire Carasso, un Albert Rodrik, pourquoi ils sont socialistes. Et un Fabiano Forte, trop rare parmi les siens, peut vous sortir pas mal de fondements de la démocratie chrétienne historique, idem un Dal Busco. Se connaissant soi-même, on en sera mieux armé pour affronter le concurrent. Avec respect, mais sans concession dans le choc des idéologies.

 

J’ignore si le profil que je prône ici s’imposera cet automne. Mais c’est celui que je respecte. Il ne suffit pas d’afficher partout, en campagne, son bonheur de s’être greffé, au bon moment, sur le bon événement. Il faut donner à ses actes un sens. S’inscrire dans une vision du monde. Sinon, ce sera juste la conjuration du hasard, donc la mort du politique.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/05/2013

Eloge des nouveaux partis

 

Commentaire publié dans GHI - 02.05.13

 

Verts libéraux, PBD, Pirates, et d’autres encore : l’électeur genevois aura sur ses listes électorales, l’automne prochain, une floraison de nouveaux partis. Nouveaux à Genève, puisque, dans les trois exemples cités, ils existent déjà au niveau national. Disons-le tout net : ces formations ont totalement le droit d’exister, de se présenter, elles prennent un risque important, disposent souvent de peu de moyens, elles sont courageuses et méritent notre respect.

 

D’autant qu’à Genève, avec un quorum fixé à 7% pour constituer un groupe au Grand Conseil, les nouveaux ne partent vraiment pas en position favorable. 7%, c’est beaucoup, et c’est même franchement trop. Bien sûr, il faut un seuil. Bien sûr, l’abolition totale du quorum aurait pour effet le morcellement, la dispersion, l’illisibilité du politique, qui nécessite des groupes idéologiques clairs. Mais ces 7%, maintenus tort par la Constituante, c’est vraiment une machine à maintenir les sortants, broyer les nouveaux, empêcher tout renouvellement de notre paysage politique. Je plaide, non pour une abolition, mais pour un abaissement du quorum, par exemple à 5%.

 

D’autant qu’ils ne manquent pas de vitalité, ces nouveaux partis. Regardez La Gauche, avec Magali Orsini : il y a la cohérence d’un discours, une compétence, une vision du monde, une exigence républicaine. Ou encore les Verts libéraux, section Genève : émergence de nouvelles personnes, équipe imaginative, combative. Ou les Pirates, auxquels vient de se joindre Didier Bonny : des thèmes de société très modernes, concernants, autour des nouveaux outils de l’informatique, la protection des données, la sphère privée. Et si c’étaient là les enjeux de demain ?

 

L’Histoire politique suisse montre, depuis quelque 120 ans, une étonnante stabilité : sont apparus dans l’ordre les radicaux, les catholiques-conservateurs (aujourd’hui PDC), les socialistes, les agrariens (aujourd’hui UDC). Beaucoup plus tard, il y a 30 ans, les Verts. Tous ces partis sont encore là. Et tiennent les parts du gâteau. Mais ils représentent des idéologies des 19ème et 20ème siècles. D’autres commencent à poindre, avec les perceptions du futur. Ce serait folie de ne pas les prendre au sérieux.

 

Pascal Décaillet

 

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