07/06/2017

Discret, mais efficace

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.06.17

 

Un homme qui ne cherche pas la gloire personnelle. Il aurait même une sérieuse tendance à prendre les coups. Mais il encaisse, parce que c’est un dur. Il garde le sourire. Et il apprend. Bâtisseur, il est un homme de patience, sait jouer collectif, respecte les sphères de ses collègues. Tel est Serge Dal Busco, notre ministre des Finances depuis fin 2013, un homme que certains parlementaires croient opportun de décrier. Ils le prennent de haut. Ils ont tort, immensément.

 

Serge Dal Busco ne passe pas son temps à inaugurer les chrysanthèmes. Ni à œuvrer, par le génie de la propagande, qu’on appelle aujourd’hui « communication », à l’édification de son image. Ni à arpenter en Harley les routes du canton. Non, il se contente de faire son boulot. Grand argentier d’un canton endetté (par ses prédécesseurs) n’est pas le job le plus excitant entre Chancy et la Versoix, mais c’est le sien, c’est sa tâche, il l’accomplit.

 

Et l’air de rien, l’homme fait son chemin. Ainsi, jeudi 1er juin, c’est lui, dans la Berne fédérale, qui présentait, à côté du conseiller fédéral chargé des Finances, Ueli Maurer, le « Projet fiscal 17 », qui prend la relève de RIE III, après l’échec de cette dernière en votation populaire. Ancien correspondant au Palais fédéral, ancien chef de la rubrique Nationale, je crois bien n’avoir jamais vu, à Berne, un conseiller d’Etat genevois à côté d’un conseiller fédéral. Cela, ce lent travail de reprise en main du dossier, discrètement, mais avec solidité, est la marque d’un ministre fiable et compétent. Il fallait, une nouvelle fois, le dire.

 

Pascal Décaillet

 

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31/05/2017

2018 : la voracité de l'Entente !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.05.17

 

Le mot « Entente », en soi, n’est pas de ceux qui tétanisent le désir et surexcitent les sens. Il sonne bourgeois, salon feutré, rotondité notariale, petite ville de province, cigares, univers de Chabrol. Elle a pourtant la dent dure, cette Entente, depuis huit décennies, dans la politique genevoise. L’air de rien, cette alliance des libéraux, des radicaux, et de ce qu’on appelle aujourd’hui le PDC, aura survécu à la Genève rouge de Léon Nicole, à la Guerre, aux Trente Glorieuses, aux années de récession, à l’émergence de partis contestataires, comme Vigilance ou le MCG. Dure à cuire, oui ! D’autant qu’elle affiche, pour les élections cantonales du printemps 2018, des appétits qui confinent à la voracité. Elle est en ordre de bataille, a son plan, n’attend que d’en découdre. Là où d’autres roupillent.

 

La grande force de l’Entente genevoise, historique, comme d’ailleurs celle de l’alliance scellée dès 1891, au niveau suisse, entre radicaux et catholiques conservateurs (ancêtres du PDC), c’est de savoir survivre. Inoxydable, en toutes circonstances ! Face à Vigilance (qui triomphait au Grand Conseil en 1985), puis face au MCG (qui n’a cessé de monter entre 2005 et 2013), la bonne vieille Entente a appris à faire le dos rond. Des partis protestataires, elle n’a ni le génie inventif, ni la puissance de transgression, elle le sait, parce qu’elle se connaît. Elle laisse faire. Elle laisse dire. Elle prend note, dans la colère des Gueux, de ce qu’il y a de bon. Elle le récupère. Elle s’approprie les idées. Comme elle a su le faire, ces dernières années, sur la préférence cantonale. Et finalement, elle remporte la mise.

 

Regardez le combat électoral de 2018. Laissons la gauche. Le MCG n’a plus sa lisibilité d’antan. L’UDC peine à jouer, à Genève, le rôle qu’elle tient au niveau national. Face à eux, l’Entente a réussi à surmonter ses doutes de la dernière décennie. Et elle aligne du beau monde : au PDC, les deux sortants, Serge Dal Busco et Luc Barthassat. Au PLR, Pierre Maudet, qui apparaît comme la locomotive du futur Conseil d’Etat, mais aussi Nathalie Fontanet, actuelle cheffe du groupe, Alexandre de Senarclens, président, et même le délicieux singleton Philippe Morel, chirurgien de renommée internationale, colonel, professeur de médecine, invétéré motard, très populaire. Jeudi 15 juin, le PLR choisira ses candidats parmi ce quatuor.

 

D’autres, plus tard, des historiens, décortiqueront dans le détail la puissance silencieuse, ancrée dans les réseaux, de cette machine à assimiler. Car c’est sur le terrain qu’il faut la toiser, commune par commune, là où le rayonnement d’une personne compte plus que la guerre des idéologies. La force de l’Entente, c’est la toile de son réseau. Cela fait penser au surnom que portait l’un des trois ou quatre plus grands rois de l’Histoire de France, Louis XI : on l’appelait « l’universelle araigne ». Par sa patience, il avait même eu raison du Téméraire, duc de Bourgogne, l’un des derniers grands féodaux de taille à défier le pouvoir royal. Vive la politique : elle aiguise nos appétits de comprendre.

 

Pascal Décaillet

 

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24/05/2017

Tram 12 : de qui se moque-t-on ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.05.17

 

Le peuple a mal voté, nous allons le punir ! C’est, en substance, la réaction du Conseil d’Etat, suite au refus, par plus de 53% des votants, dimanche 21 mai, du projet de hausses des tarifs TPG, pudiquement appelées « adaptations ». Pour la troisième fois en quatre ans, le corps électoral genevois dit son opposition à ces hausses, le message est parfaitement clair. Tout le monde l’a compris. Sauf le gouvernement cantonal, incapable de prendre acte du signal délivré par le souverain. Non seulement il n’exclut pas de revenir en votation. Mais, en guise de rétorsion immédiate à une décision populaire qui lui déplaît, il annonçait, dès dimanche, une mesure qui va faire parler d’elle : un tram 12 sur deux, entre 9h et 16h, n’ira plus jusqu’à Carouge. Il fera demi-tour aux Augustins ! « Que du bonheur », aurait pu dire le Saint du même nom.

 

Confirmée, le plus clairement du monde, dimanche 18h, en ouverture du Grand Genève à chaud, par le ministre des Transports, Luc Barthassat, cette décision sanctionne les usagers d’un tissu urbain, l’axe Genève-Carouge, qui a plutôt dit non à ces hausses de tarifs. C’est une mesure contre la Genève urbaine, celle de la zone densifiée, où justement on encourage, à juste titre, les habitants à se déplacer avec les transports publics. On comprendra qu’un Valaisan habitant au fond d’une vallée latérale prenne sa voiture pour aller travailler, on tentera au contraire de dissuader l’urbain genevois de faire de même. C’est dire à quel point cette mesure, qu’on peine à percevoir comme autre que punitive, risque de mécontenter les gens. On peine aussi à croire qu’elle émane du seul Luc Barthassat, justement doté d’un sixième sens pour flairer, anticiper, les réactions populaires, et n’ait pas été inspirée par un parfum supérieur.

 

De l’argent, à Genève, il y en a. Alors, claironnait dimanche soir une bonne partie de la classe politique, notamment à gauche, si on ne peut le prendre aux usagers, prenons-le chez les contribuables. Le beau tour de passe-passe ! Comme si la vie financière cantonale n’était que vases communicants, l’essentiel étant de tondre et traire le badaud. On a pu entendre, aussi, qu’on pourrait faire passer à la caisse les entreprises (mais pourquoi elles, pourquoi diable !) par une « ponction modeste sur la masse salariale ». Allons, bon : ça, c’est l’argument invoqué par des lascars qui n’ont, de leur vie, jamais créé une boîte, ni payé des assurances sociales, ni rempli la moindre fiche de salaire. Il y a des moments où l’insupportable légèreté de l’arrogance face aux petits entrepreneurs devient un peu pénible. Cela dit, sans vouloir m’énerver, ni me départir de cette légendaire bonne humeur qui fait ma réputation.

 

En punissant les pendulaires de la zone urbaine, le Conseil d’Etat a donné un signal clair. A notre tour de lui en délivrer un, sans la moindre ambiguïté : lui faire savoir que la mesure sur le tram 12 est de nature puérile et hautaine. Qu’elle ne saurait être acceptée. Que des économies à réaliser, dans un ménage budgétaire de huit milliards, il y en a, à la pelle. Mais pas sur le dos des usagers des services publics. Pas comme ça. Pas sur ce ton-là.

 

Pascal Décaillet

 

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18/05/2017

Thierry Apothéloz, bulldozer, anti-caviar !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.05.17

 

Anne Emery Torracinta, Sandrine Salerno, Thierry Apothéloz seront les candidats socialistes au Conseil d’Etat, au printemps 2018. Carole-Anne Kast, Romain de Sainte Marie et Carlo Sommaruga n’ont pas été retenus sur le ticket. Ainsi en a décidé, samedi 13 mai au Petit-Lancy, le congrès du parti socialiste genevois. Nous avions déjà souligné, ici, la qualité des six candidats à l’investiture : tous les partis, à Genève, n’ont pas nécessairement le luxe d’un tel choix. Aujourd’hui, il nous faut constater l’élection d’un trio cohérent, équilibré, composé de trois personnalités exécutives, qui savent ce que gouverner dans un collège veut dire, ce qui eût été aussi, en passant, le cas de Mme Kast. Ce choix, en lui-même, est un signal : en ces temps difficiles pour la gauche, face à une droite de plus en plus forte, la stratégie consistant à aligner des profils exécutifs ayant fait leurs preuves n’est certainement pas la pire.

 

Le 13 mai, dans l’Histoire, est une date aux saveurs multiples. A Lancy, en cette première quinzaine d’un mois béni, on respire plus volontiers le parfum du muguet que celui de la rose. Allusion, bien sûr, à la célèbre Kermesse, si chère au cœur des Lancéens, qui chaque printemps réinvente la vie. Mais le 13 mai, un peu plus loin vers le Sud, c’est aussi le coup d’Alger, en 1958, qui permet (en forçant un peu) le retour aux affaires, après douze ans, trois mois et dix-sept jours, de Charles de Gaulle. De mauvaises langues (dont nous nous garderons de faire partie) murmurent qu’à Lancy, ce samedi, il y avait décidément beaucoup de Verniolans. Ou, tout au moins, beaucoup de convertis du dernier jour à la grâce socialiste. C’est possible. Mais cette raison, jamais, ne suffira à expliquer seule le véritable exploit commis ce jour-là par Thierry Apothéloz, conseiller administratif de Vernier depuis 2003, maintes fois Maire de la quatrième ville (eh oui !) de Suisse romande, infatigable militant, homme de terrain, de contacts, de concret. Bref, l’anti-caviar.

 

Son exploit ? C’est d’avoir été désigné candidat dès le premier tour, avec une majorité absolue de 257 voix ! Dans un parti où règnent les clans et où pleuvent les dagues, c’est un résultat remarquable. Là aussi, il faut décrypter le signal : la base socialiste perçoit qu’elle a besoin, pour la bataille de 2018, d’un bulldozer. Un candidat qui connaît le terrain comme sa poche. Avec, dans les tréfonds de l’âme, la rage militante. Car il s’agira, dans ces élections cantonales, face à une Entente en parfait ordre de bataille, de chercher la brèche. C’est la stratégie de Murat, et sa cavalerie, à la bataille d’Eylau, le 8 février 1807. Ça passe, ou ça casse : le Verniolan sera l’homme de ce pari.

 

Car enfin, au printemps 2018, les Genevois n’éliront pas trente-six socialistes. En vouloir deux au Conseil d’Etat est déjà bien gourmand, face aux lignes de défense de l’Entente. Et ma foi, s’il devait n’y en avoir qu’un, cela sera-t-il à tout prix la conseillère d’Etat sortante ? La principale intéressée, bien sûr, refuse d’entrevoir toute autre hypothèse. Mais l’électorat, le jour venu ? Dans un an, à Genève et ailleurs, refleuriront les roses. Et à Lancy, le miracle du muguet. Ainsi la vie, toujours recommencée.

 

Pascal Décaillet

 

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10/05/2017

La fin du monde est reportée à une date ultérieure !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.05.17

 

Hergé. Les premières pages de l’Etoile mystérieuse. Une chaleur suffocante. L’approche d’une météorite, connue des seuls initiés. Pour le public, une boule de feu, qui n’en peut plus de croître, dans le ciel. La promesse imminente de la fin du monde, d’ailleurs annoncée par le gong d’un prophète fou, Philippulus, qui ressemble au directeur de l’Observatoire, le Professeur Calys, amateur de caramels mous. Ce climat d’Apocalypse, où Hergé est au sommet de son art, amène Tintin à une scène surréaliste : le fragment de météore a bien touché la planète, il a provoqué un tremblement de terre, les gens sont dans la rue, ahuris, hagards. Sauf Tintin ! Lui qui s’attendait au Jugement dernier, hurle sa joie dans la rue : « Hourra, ça n’est qu’un tremblement de terre ! ». Il passe pour fou, c’est sûr.

 

Cette scène, l’une des plus géniales d’une œuvre qui n’en est pas avare, rappelle ce qui vient de se passer en France, dimanche 7 mai, à la présidentielle. Le Front national tutoie les onze millions de voix, mais les gens sont heureux : « Hourra, ça n’est qu’un séisme ! ». Comme le note très justement Tintin lui-même, dans cette réplique inoubliable (je cite de mémoire) : « Hourra, la fin du monde est reportée à une date ultérieure ! ». Bref, « Après nous le Déluge », phrase prêtée fort injustement à Louis XV, dont j’ai toujours soutenu qu’il était un grand roi, mais ça n’est pas ici la question. En clair, la vie est belle, c’est le printemps, le joli mois de mai, faisons ce qui nous plaît, prenons nos Congés pays, chantons, dansons. Et puis, pour l’Apocalypse, on verra plus tard !

 

Car enfin, il y a ces onze millions de voix. Certes, Mme Le Pen n’a pas gagné la présidentielle, et son suicide au débat face à M. Macron y est sans doute pour beaucoup. Mais son parti pulvérise tous ses records ! Alors bien sûr, pour cinq ans, M. Macron est légitime : il a gagné, très largement, et nul ne saurait lui contester sa victoire. Mais le signal donné par les onze millions, qui va l’entendre ? Regardez cette carte électorale, cette France nantie contre la France de la colère, cette France de l’Ouest contre celle du Nord, de l’Est et du pourtour méditerranéen. Ces innombrables Départements où le FN dépasse les 40%. Ajoutez la rage face aux inégalités sociales, la désespérance des agriculteurs, celle des chômeurs, l’exaspération suite aux délocalisations d’entreprises, et vous commencerez vite à les trouver, ces raisins de la colère française. Avec, si M. Macron échoue, une sacrée promesse de vendange pour le FN en 2022.

 

Alors ? Alors, on peut danser dans les rues, bien sûr. Se réjouir d’être encore vivant : « Hourra, la fin du monde est reportée ! ». On peut chanter, se trémousser, et refuser de voir l’essentiel : cette élection n’est qu’un répit. Un ultime sursaut pour l’Ancien Monde. La dernière chance. En cas d’échec, la Révolution conservatrice s’annoncera à la porte. A moins qu’elle ne choisisse d’entrer sans frapper.

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/05/2017

Et si Nathalie nous servait de guide ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.05.17

 

J’ai longtemps sous-estimé Nathalie Fontanet. Autant les qualités humaines de la politicienne libérale m’apparaissaient incontestables, autant je la jugeais précise et compétente sur les dossiers, autant elle me donnait l’impression de trop rouler pour ses mentors, le député Jornot par exemple à l’époque, puis Pierre Maudet, pas assez pour elle-même. Je me disais toujours que, pour arriver au sommet, elle aurait à s’affranchir d’une obligation de figure tutélaire qui, tout en la protégeant, l’empêchait de s’épanouir. Je pensais cela, elle le savait, nous en discutions, très amicalement, c’était un point de désaccord entre nous. Lequel, au demeurant, ne posait aucun problème : Nathalie Fontanet est une personne avec qui on peut discuter. Et puis, j’ai réfléchi. Je crois aujourd’hui qu’elle a mûri en politique, ne s’en laisse plus guère conter par les princes charmants ou les premiers de classe, commence à envisager le destin comme pouvant être sien. Et si un jour, elle nous servait de guide, Nathalie ?

 

Je vais vous le dire : il y a un jour, un moment très précis, où mon opinion sur Nathalie Fontanet a basculé. C’est le psychodrame du verre d’eau, jeté par Eric Stauffer en direction de Pierre Weiss. Pendant quelques minutes, dans notre brave Grand Conseil, un climat de sédition, de République bananière, d’Amérique latine version le Général Alcazar. Les corps s’échauffent. Les esprits s’enflamment. René Desbaillets tient le bouillant député MCG par la nuque. Rome n’est plus dans Rome. L’Apocalypse, sans passer par l’huissier, fait son entrée. Et, au milieu de tout cela, notre Nathalie Fontanet, parfaitement calme, se plante dans la croisée des diagonales du tableau, là où les coups pouvaient pleuvoir, apaise les gens, tisse des liens. Ce jour-là, cette députée a fait preuve de courage physique, de lucidité. Je ne l’oublierai pas.

 

Je dis maintenant qu’elle pourrait nous servir de guide. Cela, pour une raison précise : Nathalie Fontanet possède les qualités pour faire de la politique à Genève. D’abord, la compétence, ce qui est la base. Mais aussi, elle sait travailler en équipe. Dans une Chambre aux majorités introuvables, elle a appris – mieux que d’autres – à trouver parfois les clefs pour avoir la solution. Elle a le sens du réseau, seul moyen de survivre dans la Genève politique. Elle a la patience (mais comment diable fait-elle ?) d’écouter les gens. Bref, ce qui pourrait apparaître, en première lecture, comme des qualités relevant de la pédagogie la plus gnangnan du vivre ensemble de l’Ecole genevoise, elle en fait des atouts de lucidité et de survie, dans la jungle du bout du lac. Si elle réussit à se faire élire au Conseil d’Etat, cette connaissance du terrain et de la ductilité politiques pourrait, au fond, lui être très utile. Il est rare que je dise cela, tant le travail en équipe m’est étranger, et tant je préfère l’individuelle verticalité ciselée par une solitude. Mais, en ce bas et périssable monde, chacun ses atouts, chacun ses méthodes. Bonne chance, Nathalie ! Nul doute que les libéraux, comme ils en ont l’habitude, vous soutiendront. Le doigt sur la couture de la jupe. Vive la vie !

 

Pascal Décaillet

 

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26/04/2017

France : l'équation s'éclaircit !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.04.17

 

En politique comme en algèbre, il y a des moments devenus tellement complexes qu’il convient de simplifier l’équation. Juste pour y voir clair. Poser les enjeux de façon lisible. Permettre à chaque citoyenne, chaque citoyen, de se forger une opinion sans pour autant devoir pondre une thèse en Sorbonne. C’est ce qu’a fait, ce dimanche 23 avril, le corps électoral français. Non seulement il nous a sélectionné deux finalistes, ce qui était le but de l’exercice. Mais à la réflexion, toutes déceptions laissées en chemin, toute nostalgie bue et digérée, il a fait plus que cela : il se propose à lui-même de retourner dans les urnes, dans deux semaines, avec un binôme parfaitement antagoniste. Deux candidats que tout oppose. Et c’est très bien ainsi : c’est de la dialectique de confrontation, y compris douloureuse, vive, sonore, que procède la démocratie. Et non de combinazione silencieuses, entre clercs. Rien de pire que deux finalistes qui se ressemblent : les « blancs bonnets, bonnets blancs », formule choc et géniale du vieux communiste Jacques Duclos pour qualifier Georges Pompidou et Alain Poher, retenus au deuxième tour en juin 1969.

 

Là au moins, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, les choses sont claires. Ces deux candidats ne sont d’accord sur rien. Ils divergent, de façon diamétrale, sur la notion de la souveraineté nationale française. Mais aussi, sur la continuation de l’intégration du pays à l’Union européenne, dont la France fut, dès 1957, l’un des membres fondateurs. Mais encore, sur l’opportunité de garder l’euro. Sur l’existence même d’une supranationalité européenne. Sur les rapports avec les Etats-Unis d’Amérique. Avec l’OTAN. Avec la Russie de M. Poutine. Avec l’Allemagne de Mme Merkel. Sur la nécessité d’un ordre multilatéral du monde, celui qu’incarnent toutes les organisations internationales sises à Genève. Sur l’Ukraine. Sur la Syrie. Sur le protectionnisme. Sur le libre-échange des marchandises. Sur la libre-circulation des personnes. Sur la notion de frontière. Sur le contrôle des flux migratoires. Sur l’ensemble des questions économiques. Sur le rôle de l’Etat. Sur la fonction publique. Sur l’interventionnisme dans l’économie. Sur l’émergence, en France, d’une forme de démocratie directe. Sur le rôle des places financières mondiales. Sur les rapports entre finance et industrie. Sur la question agricole, dans un pays où, hélas, des paysans en viennent à se suicider. Je n’ai pris, ici, que quelques exemples.

 

Entre ces deux France, les électeurs trancheront. Pour la première fois depuis le suffrage universel, décidé en 1962, appliqué dès 1965, ils auront à choisir entre deux candidats n’émanant ni l’un ni l’autre des grands partis antagonistes de la Cinquième. Mais d’une formation profondément protestataire, et, en face, d’un parti créé tout récemment ! C’est une donne totalement nouvelle, comme aux cartes après le brassage. Les fronts, enfin, sont d’une clarté cristalline. Une nouvelle géographie politique est en train de naître en France, jetant les anciens repères, ceux qui nous guidaient depuis 1958, aux orties. Passionnant pays !

 

Pascal Décaillet

 

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20/04/2017

L'incroyable machine à fabriquer des rêves

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Commentaire publié dans GHI - 19.04.17

 

Par métier, je suis un spécialiste de la politique suisse, et bien sûr aussi genevoise. Mais comme un sacré nombre d’entre nous, la politique française me passionne. A chaque présidentielle, je me laisse prendre. Les débats, je les regarde, juste après avoir mené les miens, sur Léman Bleu. J’aime la politique française, parce que j’aime la France, tout court. Son Histoire, qui m’occupe depuis plus d’un demi-siècle, oui j’ai commencé très tôt. Sa littérature. Ses paysages, si beaux, si variés. La continuité de cette Histoire, depuis des siècles, me fascine. Tout comme l’Histoire allemande. Ou… l’Histoire suisse !

 

Enfant, j’étais l’un des seuls du quartier dont la famille avait la TV. Nous n’avions, en ce début des années soixante, que deux chaînes : « La France » et « La Suisse » ! Alors, nous regardions de Gaulle, ses numéros exceptionnels, ses jeux de voix, sa gestuelle, c’était impressionnant. Mon premier souvenir électoral est la présidentielle de décembre 1965, première du genre au suffrage universel. De Lecanuet à Tixier-Vignancour, une galerie extraordinaire de personnages. Au second tour, de Gaulle « face » à Mitterrand : les deux plus grandes figures de la Cinquième République ! Hélas, nulle rencontre entre les deux  : nous eussions eu là, entre ces deux hommes qui se connaissaient depuis leur rencontre d’Alger en 1943, le débat du millénaire.

 

C’est le 28 octobre 1962, sur proposition de Charles de Gaulle et contre l’avis d’une bonne partie de la classe politique, que les Français, par 62,25% des votants, ont accepté par référendum le principe de l’élection du Président de la République au suffrage universel. Trois ans et deux mois plus tard, premier test grandeur nature, dont je parle plus haut. C’est une incroyable machine à fabriquer des rois, à sécréter des rêves. Tous les sept ans (et, depuis 2002, tous les cinq ans), nos voisins peuvent s’imaginer qu’ils vont pouvoir, par la grâce d’un homme ou d’une femme, réinventer la vie. Il y a un sacre, un état de grâce, puis assez vite le scepticisme, puis la lassitude, et souvent à la fin le rejet. Celui de Giscard, en 1981, avait été d’une rare cruauté, que je juge aujourd’hui, avec le recul, imméritée.

 

Une machine à propulser des songes. Comme si le choix d’une seule personne pouvait amener à la Révolution des consciences. Il y en eut, des hommes providentiels, dans l’Histoire de France : Bonaparte à son retour d’Egypte (1799), Pétain en 1940, de Gaulle en 1944, puis en 1958, Mitterrand en 1981. Et cette fois, qui ? Franchement je n’en sais rien ! Nous verrons bien. Mais une chose est sûre : même s’il est très à la mode de parler d’une « Sixième République », on pourrait peut-être commencer par rendre hommage à l’extraordinaire solidité de la Cinquième. Née d’un homme d’exception, elle fêtera l’an prochain ses soixante ans. Et se place nettement deuxième, en longévité, derrière la Troisième République (1870-1940). Jusqu’à nouvel ordre, elle fonctionne : après tout, nos amis français ont le choix entre plusieurs candidats, qui s’affrontent. Ils en choisiront un, ou une. Bref, la machine fonctionne. On est encore assez loin de la crise de régime.

 

Pascal Décaillet

 

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12/04/2017

Six personnages en quête de hauteur

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Portrait-commentaire - Publié dans GHI - 12.04.17

 

A un an des élections cantonales, il y a des partis qui donnent l’impression de se porter mieux que d’autres. C’est peut-être le printemps qui déclenche ce sentiment, l’approche de Pâques, le bourgeonnement des ambitions. Ainsi, le parti socialiste genevois. Qui nous aligne fièrement six candidats – à la candidature – pour le Conseil d’État 2018-2023. Samedi 13 mai, à Lancy, le parti choisira, parmi ces six, son ticket officiel. Et sera, un an avant l’échéance, en ordre de bataille. Tous les partis genevois ne peuvent en dire autant. Une réalité s’impose : ce sextuor est remarquable. Et témoigne de la nouvelle vitalité du parti, après des années austères, grisâtres, moralisantes, ennuyeuses. Allez, on les recense ! Un bref mot pour chacun.

 

D’abord, la sortante. Anne Emery-Torracinta, sans avoir l’éclat de Jules Ferry, a bien géré son Département de l’Instruction publique. Disons, tout au moins, qu’à ce jour, le Mammouth n’a pas connu, sous son règne, de couac irrévocable, de nature à disqualifier la ministre pour un nouveau mandat. Elle est donc légitimée à se représenter, ce qui n’est en rien une garantie de réélection. Elle devra se battre, y compris à l’interne du parti, où les dagues sont affûtées, ainsi va la politique.

 

Présidente en du parti exercice (l’intérim est juste exercé, le temps de cette campagne interne, par l’excellent Gérard Deshusses), Carole-Anne Kast, conseillère administrative d’Onex, frappe par sa compétence, son intelligence, sa culture politique, mais son ton parfois cassant fait peur à un électorat non-socialiste qui voit scintiller un lumineux couteau entre ses dents. Comme un rappel de la Grève générale de 1918, qui avait tant traumatisé la bourgeoisie suisse ?

 

Conseillère administrative de la Ville de Genève depuis dix ans, Sandrine Salerno rayonne. Elle aime à rappeler, en passant, que la gestion financière de la Ville a été qualifiée « d’étincelante » par des experts. Elle aussi connaît les dossiers, sait tricoter des majorités, c’est une politicienne née, elle sait où elle va.

 

Du côté des Messieurs, il faut saluer l’infatigable action militante de Thierry Apothéloz, depuis des années à la Mairie de Vernier, quatrième Ville de Suisse romande. Un spécialiste de l’action sociale, connaisseur des quartiers difficiles, un vrai socialiste, l’anti-Caviar.

 

Conseiller national depuis 2003, Carlo Sommaruga pourra se prévaloir de sa longue expérience bernoise, et de sa connaissance (comme Mme Kast) des dossiers immobiliers, comme président de l’ASLOCA. Revendiquer ses années bernoises peut conduire au succès (Christophe Darbellay), mais ne le garantit en aucune manière (Stéphane Rossini).

 

Enfin, Romain de Sainte Marie, actuel chef de groupe, ancien président du parti, homme compétent et toujours affable, politicien doté d’un flair hors-normes, aura, un jour ou l’autre, un destin politique signalé. Il est imaginatif, tourné vers l’avenir. Et sa bonhommie rappelle celle d’une figure immense et tutélaire du parti socialiste genevois, que j’eus l’honneur de connaître, celle d’André Chavanne. Rendez-vous à Lancy. Ou ailleurs. Ce 13 mai. Ou plus tard.

 

Pascal Décaillet

 

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05/04/2017

Réhabilitons la politique, l'urgence est absolue !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.04.17

 

Ce qui se passe en France, dans cette présidentielle 2017, est tout simplement catastrophique. Nous sommes à un peu plus de deux semaines du premier tour, et on n’a pas encore parlé de l’essentiel : l’avenir de la France. On a parlé de la vie privée des candidats, d’emplois fictifs, de costumes. On a laissé débouler sur le plateau d’une émission politique, face à François Fillon, une écrivaine, spécialiste de l’intime, venue non pour dialoguer, mais pour exécuter en direct le candidat. On a sorti des « affaires » dont la plupart n’en sont pas. On a confondu rectitude morale et capacité à tenir le pays. On a laissé faire des médias irresponsables, juste avides d’audience. Mais des choix fondamentaux qui attendent la France, Europe ou non, euro ou non, protectionnisme ou libre échange, contrôle des flux migratoires, destin des agriculteurs, on n’a pas parlé. On a ruiné la politique. Il est urgent, en France comme ailleurs, de la réhabiliter.

 

Car la politique est une grande chose. Je pense, chez nous, à ces centaines de conseillers municipaux, de députés dans les Grands Conseil cantonaux, à tous ces conseillers généraux en France, ou régionaux, anonymes, bosseurs, dévoués, qui sacrifient leurs soirées à plancher sur le destin commun. Rien que pour eux, ces hommes et ces femmes admirables, notre foi dans l’action publique demeure intacte. Car la politique, ça n’est pas se pavaner chez Ruquier, ou chez les bien-pensants de BFMTV. C’est donner une partie importante de son temps, donc de notre capital humain le plus précieux, à la collectivité. Ces gens, qui s’engagent, méritent mieux que le discrédit. Pour eux, il nous faut œuvrer à la reconquête d’une confiance commune.

 

La politique est quelque chose de sérieux. Certains des hommes que j’admire le plus, dans cet art, de Pierre Mendès France à Willy Brandt, me fascinent par leur puissance de solitude, leur rigueur, leur lucidité, leur vision. Ainsi, Brandt jette les bases de l’Ostpolitik à la fin des années 60, seul contre tous, désavoué par « l’allié américain ». Mais il persiste, tient tête, s’agenouille devant le Ghetto de Varsovie, ouvre une ère nouvelle dans l’Histoire de son pays. Oui, la politique vaut mieux que les quolibets des humoristes de pouvoir, des chroniqueurs salariés par le Réseau dominant, que la traque – sous prétexte « d’investigation » - de paparazzi sur leur vie privée. Nous les journalistes, les médias, les éditorialistes, il nous appartient de replacer l’action politique dans la hauteur qui doit être la sienne, plutôt que de la reléguer dans la fange et le caniveau.

 

Cela passe par des entretiens politiques qui portent sur l’essentiel, le fond. Et non par ce mélange, de plus en plus fréquent, entre vie privée, hobbys, sous prétexte « d’humaniser » la personne politique. Non, non et non ! L’humanisme oui, mais ça passe par la qualité de la parole, dans l’échange. Sans concession, certes, et même durement s’il le faut. Mais dans le respect des personnes. Sinon, c’est la mort de l’âme.

 

Pascal Décaillet

 

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29/03/2017

La libre expression, notre bien le plus cher

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.03.17

 

Sommes-nous bien conscients de ce privilège ? En Suisse, chacun d’entre nous est libre d’exprimer publiquement son opinion. Vous pouvez être de gauche ou de droite, protectionniste ou libre-échangiste, pour ou contre l’armée, la libéralisation du cannabis, le suicide assisté, l’euthanasie, vous êtes libre de le dire. C’est un trésor de notre démocratie, dûment et lourdement conquis au fil des générations qui nous ont précédés. Tous les pays du monde, de loin, n’ont pas cette chance. Bien sûr, cette liberté n’est pas absolue, aucune ne l’est. Elle doit respecter les lois de notre pays, notamment en matière de racisme. Elle doit aussi s’abstenir d’attenter à l’honneur des gens, par exemple en les diffamant. Mais enfin, ces restrictions posées, la marge de liberté est immense. Utilisons-la ! La liberté de pensée, contrairement à certaines piles, ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas.

 

La liberté d’expression est souvent invoquée par les seuls journalistes. C’est une aberration. Elle s’applique à tout le monde, entre autres les journalistes. Ces derniers peuvent s’en réclamer, mais ni plus ni moins que n’importe qui. Nous avons tous le droit d’exprimer ce que nous pensons. Mieux : avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun peut se ménager un espace, un chez-soi, où il est totalement libre de tenir son journal, commenter l’actualité, partager l’information. Vous vous rendez compte de la révolution que cela est en train d’engendrer ? Chacun peut mettre en forme. Chacun peut éditer. Chacun peut publier. J’ai beau chercher, je n’entrevois pas, depuis la découverte de l’imprimerie par Gutenberg, ou la traduction de la Bible en allemand moderne par Luther (1534), de révolution plus fondamentale dans la diffusion des idées.

 

A nous, dès lors, de nous montrer dignes de cet exceptionnel progrès. Ecrivons, partageons, critiquons. Ne ménageons ni nos joies, ni nos colères. Mais, je vous en supplie, en respectant la sphère privée, en se gardant de toute diffamation, bref en respectant tout simplement la loi. Pour ma part, je n’en demande pas plus : la loi, toute la loi, rien que la loi. La loi, et pas la morale dominante. La loi, et pas le carcan que voudraient nous imposer toutes sortes de pouvoirs. A commencer par le plus insupportable : celui des médias. En clair, on a le droit d’être pour Trump, contre Mme Merkel, pour Fillon, pour Poutine, pour Erdogan. Et on a, tout autant, celui de les combattre. Si on doit s’abstenir de toute diffamation, on ne doit aucunement, en revanche, se sentir lié par des confluences de pensée majoritaires, étouffantes, celles hélas que la majorité des médias tentent de nous imposer.

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, moi journaliste, qui ai consacré plus de trente ans de ma vie à ce métier qui me passionne, j’appelle le public à s’affranchir de la terrorisante tutelle de la juste pensée, véhiculée par les médias. J’invite chacun d’entre nous à penser par lui-même, en se nourrissant des mille sources de la vie intellectuelle. A penser, à formuler ses idées, à les exprimer. Mais, de grâce, dans le respect des personnes. Sinon, il en sera vite fini de cette prodigieuse révolution qui s’offre à nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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23/03/2017

Coquille vide

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Commentaire publié dans GHI - 22.03.17

 

Un homme charmant, bien coiffé, bien habillé, gendre idéal. Un regard bleu, allumé, en phase avec l’excitation de vivre. Emmanuel Macron, chouchou des sondages, candidat des milieux bancaires, européens, candidat de l’euro, candidat de l’Allemagne, candidat de la Côte Est américaine, candidat de la mode, des médias, des chaînes TV, de la gauche urbaine branchée, a eu l’occasion, lundi 20 mars, de transpercer l’armure du paraître : lors du grand débat de TF1, il a parlé.

 

Je m’en suis réjoui. Pour la première fois, il nous était donné d’accéder, chez ce produit de luxe de la course à la présidence, non à des apparitions de phénix, mais à un discours articulé. Vous savez, des phrases. Avec des sujets, des verbes, des compléments. Et, pourquoi pas, soyons fous, un contenu. Du sens.

 

Las ! L’homme parle. Il est sympathique, c’est sûr. Le regard bleu attire. Il parle, mais ne dit rien. Les mots s’échappent, s’envolent, la parole est ailée, elle glisse, virevolte, chatouille l’entendement, mais personne ne saisit ce que le locuteur a bien voulu nous signifier. Je crois qu’on appelle cela, en linguistique, un discours sans référent.

 

C’est un peu ennuyeux. Non pour le plaisir de l’oreille, encore moins celui des yeux, car l’homme est affable et fort agréable. Mais par rapport à la fonction briguée. Car enfin, il ne s’agit pas d’élire un bateleur aux Arts ménagers. Mais le Président de la République française. Un successeur à des hommes comme Charles de Gaulle ou François Mitterrand. Oui, c’est un peu ennuyeux. Malgré le regard bleu.

 

Pascal Décaillet

 

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22/03/2017

Médias et politique : l'état de guerre est naturel

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.03.17

 

D’aucuns s’offusquent que M. Trump s’en prenne directement à des journalistes, moi pas. J’exerce pourtant cette profession depuis plus de trente ans, je la défends de toutes mes forces. Mais je ne m’étonne pas que certains politiques, lorsqu’ils se sentent violemment attaqués, ripostent directement aux médias. Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Pourquoi celui qui a porté l’estocade ne devrait-il pas s’attendre à une contre-attaque ? Au nom de quelle immunité ? Pourquoi une corporation, la mienne, aurait-elle le droit de mener l’offensive, et la personne lésée n’aurait-elle pas celui de se défendre ? Surtout, pourquoi cette tension devrait-elle nous étonner ? Depuis que la presse existe, celle d’opinion surtout, dont je me réclame ici, l’état naturel des relations entre éditorialistes de pointe et politiques, ça n’est pas la paix. Mais la guerre.

 

Lorsqu’une chaîne de télévision américaine a passé des mois, sans discontinuer, à attaquer M. Trump, sous tous les angles possibles, et que cette chaîne a le culot d’envoyer un journaliste à la conférence de presse de la Maison Blanche, elle ne va tout de même pas pleurnicher si le Président n’a pas immédiatement envie de parler à son représentant. Ils ont vomi sur le candidat, avec une violence inimaginable, il réplique, c’est la vie. Et pour ma part, ça me convient très bien. La guerre frontale a quelque chose d’infiniment plus sain, plus vrai, que les ronds-de-jambes de cocktails, les tutoiements sous les lambris, le chuchotement de fausses confidences, la gluance du copinage. Homme politique, c’est un boulot, parfaitement respectable. Editorialiste, ou commentateur, c’en est un autre, qui nécessite l’usage de la lucidité, de la critique, et amène tout naturellement à se faire des ennemis.

 

Un journaliste politique qui n’aurait pas d’ennemi, passerait son temps à frayer avec les politiques comme larrons en foire, serait méchamment de nature à m’inquiéter. Son exigence de lucidité, de vision critique, le courage de dire sa vérité, les a-t-il assumés, ou laissés au vestiaire de la réception mondaine ? Soyons francs : si on prend position, de façon claire et tranchée, dans un commentaire ou un édito, ce que j’appelle puissamment de mes vœux, alors on devient, comme les autres, un belligérant. On en a parfaitement le droit, c’est même indispensable dans une société de libre expression, mais il faut en assumer les conséquences. Je ne vous raconte pas à quelle vitesse le même politique, qui disait encore adorer votre « liberté de ton » la veille, deviendra le premier à chercher, par tous les moyens, à avoir votre peau, si vous l’avez écorné. C’est ainsi, c’est la vie.

 

Je suis un passionné de l’Histoire de la presse. Pour ma Série radiophonique de l’été 1994 sur l’Affaire Dreyfus, j’ai lu des milliers de journaux de l’époque, de tous bords. Ils étaient, les uns envers les autres, d’une violence inimaginable aujourd’hui. L’état naturel, entre presse et pouvoir, et même entre journalistes, c’était la guerre. C’était au moins clair. Plus que tout, j’aime la clarté.

 

Pascal Décaillet

 

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15/03/2017

Assurance maladie : la parole au peuple !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.03.17

 

C’est comme en mathématiques : il y a un moment, si on veut résoudre le problème, où il faut simplifier l’équation. C’est dans cette optique, fort saine en politique, qu’il faut considérer les deux initiatives populaires fédérales annoncées samedi 11 mars par la RTS, à propos de l’assurance maladie. Derrière ces textes, on retrouve deux acteurs majeurs en Suisse romande : les conseillers d’Etat Mauro Poggia (GE) et Pierre-Yves Maillard (VD), l’un et l’autre chargés de la Santé. Au-delà du contenu de ces initiatives, c’est un moment fort dans l’Histoire politique de notre pays : deux magistrats exécutifs cantonaux, lassés de l’impuissance du Parlement fédéral, préfèrent saisir le peuple, rendant ainsi un hommage incroyable à notre démocratie directe comme ultime recours, lorsque plus rien n’avance.

 

Le but de cette double initiative, c’est de faire bouger les choses, dans un domaine où l’interminable ping-pong parlementaire fédéral n’aboutit qu’à des matches nuls, accentuant l’image d’une paralysie du système. Avec, aussi, un conseiller fédéral, chargé de la Santé, trop soucieux de ménager chèvre et chou, et dont l’audace visionnaire ne saute pas aux yeux. Assurément, si l’Assemblée fédérale avait placé à ce poste un Pierre-Yves Maillard, comme si elle avait osé le choix de la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, nous n’en serions pas là : la Suisse paie cher le manque d’audace des 246 parlementaires qui choisissent le Conseil fédéral, et préfèrent si souvent, à tort, se passer des caractères trop forts.

 

La première initiative veut interdire aux parlementaires, à Berne, de siéger dans les instantes dirigeantes des Caisses. La seconde, qui reprend l’esprit d’un texte de la FRC (Fédération romande des consommateurs) veut permettre la création d’institutions cantonales – ou régionales – chargées de fixer et d’encaisser les primes. Un projet qui était déjà sur toutes les lèvres, le soir même de l’échec (61,8%) de l’initiative fédérale sur la Caisse publique d’assurance maladie, le 28 septembre 2014. Deux textes forts, donc, puisqu’ils touchent aux collusions d’intérêts, si manifestes sous la Coupole, et à la structure fédéraliste de notre pays. A coup sûr, ces deux initiatives méritent, si elles obtiennent les signatures, un vaste débat national. Avec, un beau dimanche, le peuple qui tranche. Notre politique de santé, beaucoup trop complexe, a besoin de clarté, de légitimité, de courage dans les choix. L’équation a besoin d’être simplifiée.

 

Surtout, l’appel au peuple constitue un signal remarquable. Il montre qu’en Suisse, chacun peut actionner la démocratie directe. Y compris des conseillers d’Etat ! MM Maillard et Poggia sont loin d’être seuls, des gens travaillent déjà dans les comités d’initiative, l’affaire est préparée, elle ne sent pas l’improvisation. Pour la suite, nous verrons. Mais une chose est sûre : lorsque tout est bloqué, lorsque plus rien n’avance, saisir le suffrage universel, en provoquant un grand débat, dans tout le pays, peut être l’occasion d’une délivrance. On ose au moins l’espérer.

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/03/2017

Cyril et Benoît

 

Commentaire publié dans GHI - 08.03.17

 

En se déclarant hostile, dans une interview à la Tribune de Genève, à la libre circulation des personnes, le conseiller national PLR Benoît Genecand s’en est-il véritablement pris, comme on l’a dit, à l’ADN de son parti ? A-t-il commis le crime d’attaquer l’Arche Sainte, celle qui porte le dogme, intouchable ?

 

A ces questions, la réponse est non. Malgré toutes les orgues de Staline qu’ont pu lui envoyer, en réponse, les caciques de son parti, le principe de libre circulation n’est, en réalité, qu’une acquisition récente, dans l’Histoire de la structure aujourd’hui appelée « PLR ». Le 6 décembre 1992, Jean-Pascal Delamuraz ne défendait en aucune façon la seule libre circulation des personnes, il se battait pour un ensemble, certes complexe, mais avec une part avant tout législative et institutionnelle. Le tout fut, comme on sait, refusé.

 

La vraie libre circulation, votée en soi par le peuple le 21 mai 2000, est beaucoup plus récente. Longtemps, les radicaux furent protectionnistes, Delamuraz a même dû les convaincre de combattre les cartels. Et nos libéraux, en Suisse romande, n’étaient pas des ultras, avides de profit instantané. Il n’y a donc rien, dans l’Histoire et la philosophie politique du PLR, qui puisse permettre d’ancrer la libre circulation dans la profondeur des antécédents. Benoît Genecand, puis le député Cyril Aellen, demandent qu’il y ait « au moins débat ». C’est le moindre de leurs droits. Honneur au courage de ces deux personnalités politiques.

 

Pascal Décaillet

 

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08/03/2017

Liberté de la presse : les fausses pleureuses

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.03.17

 

En pleurant, à n’en plus finir, la disparition d’un hebdomadaire, en craignant comme la peste celle d’un quotidien, en répétant à l’envi que « la diversité de la presse en Suisse romande est menacée », que nous révèlent les accents de Requiem et les trémolos de ces voix d’Apocalypse ? Une véritable sensibilité à la pluralité des opinions, dans notre coin de pays ? Ou plutôt, la peur de voir s’évanouir ceux qui furent si longtemps les relais de leurs points de vue ? Ici, un centre-gauche européiste, né de Mai 68, libertaire dans les affaires de société, plutôt libéral, tendance Blair ou Schröder, dans les choix économiques. Là, un centre-droit, également libéral, libre-échangiste, en pâmoison face à l’organisation multilatérale du monde, avec ses armées de journalistes formés à HEI, cette matrice située à quelques mètres du siège mondial de l’OMC, quelques centaines de mètres de l’ONU.

 

Parlons sérieusement. Pour l’immense majorité des gens, un « bon journal », c’est un journal qui pense comme eux. Un « mauvais journal », c’est celui qui leur dit ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. Ils ont évidemment tort, mais c’est ainsi. A vrai dire, il faut déjà une certaine évolution, une certaine connaissance du métier, pour arriver à faire la part des choses, juger en fonction d’une bienfacture, un niveau de professionnalisme, plutôt que du diapason avec ses idées, à soi. Dans ces conditions, rien de pire, dans la vie d’un journaliste, que le paternalisme des politiques, de droite ou de gauche, qui vous veulent du bien. C’est la pire des choses ! Bien pire, encore, que ceux, au moins francs du collier, qui cherchent par tous les moyens à avoir votre peau. Tous ces esprits protecteurs, providentiels, qui surgissent au lendemain de la fermeture d’un titre, déjà suffisamment triste comme cela, pour vous promettre une improbable résurrection, ou réclamer d’urgence une « aide à la presse, de la part des pouvoirs publics ».

 

Ces belles âmes, si pures, eussent-elles fait preuve du même empressement, pour aider à naître  - ou empêcher de mourir - un journal d’extrême gauche, ou alors de la droite conservatrice, anti-libérale, protectionniste, régulatrice des flux migratoires ? La réponse, évidemment, est non. Ce que veulent conserver ces chers politiciens, c’est la caisse de résonance, pour leurs idées à eux, que peut constituer un titre, une antenne, un site. Ils ne s’intéressent qu’à cela. Ce qu’ils appellent « pluralité », c’est la défense de leurs idées, à eux. Dès que vous déboulez avec une autre vision, ils entreprennent toutes choses pour vous réduire au silence. Les mêmes, qui ne jurent que par la « diversité », se révèlent, à la première occasion, les pires censeurs. Je ne leur accorde, pour ma part, aucune confiance. Je préfère encore le rapport de vie et de mort, assez sain finalement, et en tout cas conforme à mon éthique de la guerre, qu’entretiennent de bons vieux ennemis. Allons, selon l’adage, combattre nos adversaires. Mais par pitié, qu’on nous nous protège des fausses pleureuses. Qu’on nous épargne la sollicitude de nos « amis ».

 

Pascal Décaillet

 

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04/03/2017

Non aux obsédés du marché !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.03.17

 

Pourquoi refusent-ils d’admettre, simplement, qu’ils se sont trompés ? Il y a dix, quinze, vingt ans, ils n’en pouvaient plus de nous administrer la leçon sur les vertus incomparables de l’échange. Libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises. Négociations multilatérales d’accords commerciaux, sous le haut arbitrage de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce, siège mondial à Genève). Disparition des frontières physiques. Abolition des taxes douanières. Liquéfaction progressive des Etats et des nations, pour se fondre dans d’immenses conglomérats, comme l’Union européenne, ayant la taille du continent, pouvant ainsi « rivaliser avec la Chine ». Pour y parvenir, délégation de souveraineté des nations à ces grands ensembles. Il fallait penser grand, global, continental, planétaire.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’on est revenu de cette idéologie. Les nations ne sont pas mortes. Les frontières sont vivement souhaitées par les peuples, demandeurs de contrôles beaucoup plus importants. La régulation des flux migratoires (qui n’est pas une fermeture des frontières) est, de plus en plus, exigée par la base. Les thèmes de la préférence nationale (ou, en Suisse, cantonale) ne sont plus du tout de l’ordre du tabou. L’idée, totalement vilipendée pendant les années 1990 et 2000, de protectionnisme, avance à grands pas. En matière agricole, où le niveau de vie des paysans atteint hélas des seuils catastrophiques, elle apparaît même comme une évidence. Bref, un peu partout dans nos pays, Suisse, France, Angleterre, sonne la fin d’une ère. Peut-être pas du libéralisme, grand mouvement de pensée politique, né des Lumières, parfaitement respectable. Non : plutôt la fin de l’acception « ultra » du terme, cette vague née des années 80, qui prétendait tout emporter sur son passage, pour le seul culte du libre-échange et du profit.

 

Personne ne nie les vertus de l’échange. Le problème, c’est qu’au lieu de le tenir pour ce qu’il est, un moyen d’action, on l’a purement et simplement sanctifié. Jusqu’à favoriser exagérément, dans la politique économique suisse, le commerce extérieur par rapport, notamment, à l’agriculture. On a tout misé sur les uns, quitte à laisser tomber les autres. Car enfin, à quoi riment les paiements directs, s’ils ne s’inscrivent pas dans une volonté politique affirmée de promouvoir nos terroirs, nos produits, notre agriculture ? Pour suivre depuis plus de trente ans le dossier agricole, l’avoir couvert déjà du temps de Delamuraz, je puis affirmer que la Suisse, aujourd’hui, n’a plus de vision claire, offensive, dans ce domaine.

 

De quoi avons-nous besoin ? De quoi, si ce n’est de nous sentir, ensemble, dans des réseaux de solidarités. En allemand, cela porte un beau nom : « Gemeinschaft », « communauté ». Cette intimité du lien entre les humains d’un même lieu, le libéralisme ultra, avec son exaltation de l’échange, et ses rêves mondialisés, a bien failli la casser. A nous de la reconstruire. La politique est une affaire d’hommes et de femmes, unis dans la citoyenneté. Ne la laissons pas aux obsédés du marché.

 

Pascal Décaillet

 

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23/02/2017

Délicieux prédicat

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Commentaire publié dans GHI - 22.02.17

 

En France, M. Fillon n’est pas mon candidat. J’apprécie sa personne, sa retenue, ne me laisse en rien impressionner par les « affaires » sorties sur lui, mais son profil économique et social est beaucoup trop libéral pour moi. Pourtant, il y a eu, dans sa campagne, un moment que j’ai littéralement adoré, celui où il a tourné en dérision l’insupportable jargon de préciosité des pédagos, en dénonçant avec humour le mot « prédicat ». Juste à ce moment, j’ai aimé François Fillon, il m’est apparu comme un esprit libre, bien fait, indépendant, ne craignant pas, en pleine campagne de se mettre à dos une caste.

 

D’ailleurs, qui s’est-il mis à dos ? Les enseignants ? Sans doute pas, qui pourraient bien être les premiers à souffrir de la prétention de quelques spécialistes à « rénover » un mode d’apprentissage de la grammaire qui a magnifiquement fait ses preuves, invite l’élève à décortiquer la phrase, en identifier les dépendances, bref aiguise son esprit critique.

 

Né en 1958, j’ai la chance extrême, par l’école où je suis passé, les maîtres qui furent miens, d’avoir échappé à ce carnage. De sept à onze ans, au primaire, nous avons appris à fond l’analyse grammaticale, avec des compléments d’objet, direct ou indirect, des compléments circonstanciels. Puis, dès onze ans, au secondaire, l’analyse logique, en même temps que nous commencions le latin et l’allemand, avec les terminaisons qui changent en fonction des cas. Tout cet apprentissage était parfaitement construit, s’enchaînait. Il n’y avait ni prédicat, ni pédagos, Il n’y avait, pour moi, que le bonheur d’apprendre.

 

Pascal Décaillet

 

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22/02/2017

Pour une Economie nationale

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.02.17

 

Impossible de ne pas revenir, cette semaine encore, sur le choc constitué par le refus par trois Suisses sur cinq (59,1%), dimanche 12 février, de RIE III, la réforme de l’imposition des entreprises. Comme déjà dit la semaine dernière, les citoyens n’ont pas dit non à un taux d’imposition unifié, mais à l’arrogance de ceux qui leur hurlaient, sous peine de mort clinique du pays, de voter oui. Maintenant, c’est non, sans appel, il faut en prendre acte, et surtout viser l’avenir : au-delà de savoir à quel taux il faut taxer les multinationales, nous devons surtout définir ensemble la forme d’économie que nous voulons pour le pays. Car l’économie, ça n’est pas l’affaire des seuls patrons, mais la nôtre à tous. Je plaide ici pour qu’elle soit au service de l’humain, de son épanouissement. Je plaide, surtout, pour le retour en force, par la grande porte, d’un concept jugé ringard par les années de mondialisation et d’argent facile : celui d’Economie nationale.

 

Depuis une vingtaine d’années, sur l’autel du libéralisme, on a sacrifié l’idée que l’économie était l’une des forces vives – et pas la moindre – de la nation. On s’est pris à rêver d’un Casino mondialisé, une sorte de Jérusalem Céleste du profit, qui transcenderait les communautés humaines, se rirait des frontières. Aujourd’hui, en Suisse comme ailleurs, nous en revenons. Dans l’histoire de RIE III, la fureur du grand patronat et de leurs affidés libéraux à nous mettre le pistolet sur la tempe a montré une chose : l’importance démesurée prise dans quelques cantons, comme Genève et Vaud, par les multinationales. Il ne s’agit pas d’instruire le procès de ces dernières, qui ont bien voulu s’établir chez nous, et comptent pour beaucoup dans notre manne fiscale. Mais il s’agit sans doute de construire, pour notre pays, un avenir économique où, progressivement, nous devenions moins dépendants de ces superstructures volatiles, qui peuvent délocaliser quand elles veulent.

 

Cela passe par une absolue priorité à nos PME, qui constituent les neuf dixièmes de notre tissu économique suisse. Encourager l’entreprise locale, de proximité, celle qui sert l’intérêt direct de la population, engage en priorité les résidents, tisse un réseau de solidarité entre les habitants de notre pays. Bref, l’impérieuse nécessité d’une politique de la petite et moyenne entreprise, en lien avec la formation, l’apprentissage, donc les pouvoirs publics, s’impose. Si nos PME, à Genève, avaient été plus fortes, mieux soutenues, moins dépendantes (par sous-traitance) des multinationales, le débat sur RIE III n’aurait pas atteint cette flamme passionnelle qui a fini par le dévoyer. Et, peut-être, notre canton, qui ne l’a refusé qu’à 52,3%, aurait-il accepté le projet. Je n’ai pas parlé ici de l’agriculture, affaire nationale par excellence, donc à protéger à tout prix de la sauvagerie de la concurrence mondiale. J’ai juste évoqué l’idée, qui m’est si chère, d’une économie au service de tous. Une économie pour la population. Une économie nationale.

 

Pascal Décaillet

 

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09/02/2017

Voir clair

 

Commentaire publié dans GHI - 08.02.17

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Lorsque je vote pour un homme ou une femme politique, candidat à une charge publique, la seule question que je me pose est : « Cette personne est-elle compétente pour le poste ? ». Par « compétence », on entendra « solide, visionnaire, prospective, inventive, novatrice, capable de fédérer, etc. ».

 

C’est la seule, l’unique question qui compte. La vie privée de la personne ne m’intéresse pas. Ni même sa moralité. Il ne s’agit évidemment pas d’élire des crapules, mais, pour ma part, je ne demande pas aux candidats la perfection. Il suffit de regarder l’Histoire : les plus grands hommes sont truffés de défauts, la part de l’obscur y est souvent immense, c’est ainsi.

 

L’essentiel, pour moi, n’est pas de savoir si tel ou tel chef d’Etat, ou de gouvernement, ou ministre, est moralement immaculé, je diffère en cela de mes amis américains, avec lesquels je m’en entretiens souvent. Non, l’essentiel est l’aptitude à la fonction.

 

C’est pourquoi je ne parle jamais des « affaires ». La plus grande sévérité, en revanche, s’impose, chez les observateurs, lorsqu’il s’agit de juger de la pertinence de l’action publique, la réussite ou l’échec d’une politique, la capacité à embrasser les enjeux d’une époque, s’imposer face au poids de l’administration, voir clair, comme dans la bataille.

 

Voir clair, oui : tellement plus important qu’être moralement parfait. Comme si la perfection était de ce monde. Et comme si la morale était pertinente en politique.

 

Pascal Décaillet

 

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