02/10/2013

Parler de soi, pas des concurrents

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.10.13

 

Face au mouvement qu’ils se contentent depuis des années, avec mépris, de qualifier de populiste, les représentants des partis du pouvoir sortant, qui tiennent les rênes de la République depuis près de huit décennies, ne cessent de commettre une erreur majeure, la pire de toute : ils passent leur temps, non à parler d’eux-mêmes, mais à nous dire pis que pendre de leur adversaire, ce parti-là, justement.

 

Dans une campagne, c’est un péché mortel. Parce que parler de l’adversaire, y compris pour le noircir, le diaboliser, c’est lui donner de l’importance, dévoiler sa propre peur face à lui. Aucun politicien intelligent ne fait cela. C’est une erreur de débutant, telle l’incantation d’un enfant face au loup, dans la forêt : « Le loup n’y est pas ! ». C’est le degré zéro de la stratégie politique.

 

A ces touchants apprentis, qui passent leur temps à nous dire à quel point le parti « populiste » est mauvais, on a juste envie de dire : « Et toi, qui es si génial, qui es-tu, d’où viens-tu, quel est ton parcours, quels sont tes combats, tes passions, quelle est ta solitude ? ». Et sur les thèmes que soulève ce fameux parti damné, la souffrance des sans-emploi, des précaires, tu proposes quoi, très concrètement ? Et à part nous désigner ce parti comme le mal absolu, toi, tu veux quoi, tu fais quoi dans la vie, quels succès tu as obtenus jusqu’à maintenant ? ».

 

Candidats, parlez-nous de vous. Noircir le concurrent ne sert à rien. Si ce n’est souligner vos propres faiblesses.

 

Pascal Décaillet

 

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11/09/2013

Libertaires ou inconscients ?

 

Coup de Griffe - GHI - Mercredi 11.09.13

 

Je serais infiniment heureux qu’on m’explique au nom de quoi les cyclistes, ou en tout cas nombre d’entre eux, ne s’estiment pas liés par le principe du feu rouge. Pourquoi les voitures, les scooters devraient-ils s’arrêter, et pas eux ? Cette transgression est, avant toute chose, dangereuse pour eux-mêmes : fragiles, ils sont les plus vulnérables en cas de collision. Mais aussi pour les autres : l’automobiliste qui doit planter ses freins parce qu’un inconscient à vélo surgit devant lui.

 

Pire : parce qu’on ne peut pas me repérer (un radar ne peut saisir une plaque cycliste), j’enfreins la loi. Ce raisonnement, digne de la jungle, fait fi de la libre acceptation de la limite, en conscience de l’intérêt général. C’est le degré zéro du Contrat social, l’individualisme libertaire érigé en roi. Détestable.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Oskar écrivain: révélateur et revigorant

Frontiere-FREYSINGER.jpg 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.09.13

 

Une très belle réflexion sur la frontière, le monde fini face aux espaces sans horizons, des citations de Rilke et Nietzsche, un style plus démonstratif et moins baroque que son dernier roman, que j’avais eu le plaisir de préfacer : « De la frontière », d’Oskar Freysinger, qui sort ces jours aux Editions Xenia, est un essai qui vaut le détour. Contrairement à son précédent livre, purement romanesque, on y retrouve, en plus de l’écrivain, un Oskar penseur et un Freysinger homme politique, attaché à une idée de frontière qu'adolescent, il avait voulu abolir, et qu’il a retrouvée, comme pas mal d’entre nous, en prenant de l’âge.

 

En attaquant ce livre, on a évidemment en tête le chef d’œuvre de Régis Debray, « Eloge des frontières » (Gallimard), dont on retrouve les thèmes. Mais autrement. Avec la plume d’Oskar, son regard à lui, sa fantaisie qui nous trimbale de la sublime « Panthère au Jardin des Plantes » de Rilke, qui scrute le monde de sa cage, à la Cour de Louis XIV, « ce forban qui réussit à convaincre toute une nation que son lever était un acte d’Etat », en passant par les Corneilles de Nietzsche. C’est la grande vertu de cet essai, et c’est toute la trempe d’écriture de cet auteur : le fil du raisonnement, constamment, laisse surgir la puissance de l’image. Procédé évocateur, et capteur d’attention.

 

La deuxième partie, clairement politique, s’emploie à démolir l’illusion multiculturelle, l’Union européenne, Schengen, se trompe hélas de place du Y dans le mot Libye (pages 54, 55), bref on y retrouve plus prosaïquement le conseiller national militant. C’est de bonne guerre. Au final, 78 pages bien écrites pour un essai révélateur et revigorant.

 

Pascal Décaillet

 

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29/08/2013

Faites-nous aimer la politique !

Willy-Brandt.jpg

Publié dans GHI - 28.08.13


 
Les des enjeux majeurs, pour les 476 candidats au Grand Conseil et les 29 au Conseil d’Etat, n’est pas seulement de faire campagne, être élus puis faire le meilleur boulot possible au service de la République. Non, il y a un défi plus important que tout cela : ils doivent, tous partis, tous sexes et tous âges confondus, nous donner le goût de la chose publique. Car la politique, pendant ces semaines électorales d’automne, ce sont eux qui vont l’incarner. Pour ma part, je remplirai à la main, comme je le fais depuis l’âge de vingt ans, la liste du Grand Conseil, puisant dans (presque) tous les partis ceux que j’estime les meilleurs. Je vais vous faire une confidence : il m’est parfaitement égal qu’ils soient de gauche ou de droite, jeunes ou vieux, hommes ou femmes. Mais je veux puissamment des gens qui, par leur action, leur rhétorique, la flamme qui les anime, nous donnent envie de croire à la politique. J’y crois depuis l’âge de sept ans et demi. C’est une belle et grande chose que la gestion de la Cité. Il faut y envoyer les meilleurs.


 
Sept ans et demi ? Tout a commencé lors de la campagne pour la présidentielle française, en décembre 1965. Les héros s’appelaient Charles de Gaulle, François Mitterrand, Jean Lecanuet. Sur notre petit écran noir et blanc, je regardais tout, la passion était née. Chez moi, chez vous, chez n’importe lequel d’entre nous, elle passe par la vertu de l’exemple. C’est pour cela que Plutarque a écrit ses Vies parallèles, pour cela qu’il faut lire la vie des grands hommes, de Gaulle, Churchill, Willy Brandt, Mendès France, Louis XI, Bismarck, et des centaines d’autres. Car chaque parcours est à la fois chemin d’aventure individuelle et repères d’exemples. De même, dans une campagne électorale, chaque candidat  doit savoir qu’il incarne plusieurs choses : lui-même d’abord ; mais aussi son parti, sa famille de pensée ; au-delà de tout cela, il figure et représente la politique elle-même, son crédit, sa valeur d’exemple, la dose de foi qu’on peut ou non lui porter. L’enjeu est immense.


 
Ce que je reproche à un mauvais candidat, ou un mauvais magistrat, c’est principalement qu’en n’étant pas au niveau, il contribue à ruiner le crédit même de la politique, dans lequel, depuis l’aube de mon enfance, je veux croire. Alors qu’un bon, ou un excellent, tiens un Delamuraz par exemple, au-delà de leurs options, réhabilitent la vertu, la nécessité de la politique dans la vie sociale des humains. Je pense à Chavanne, qui a tant fait pour l’école : on peut discuter de ses choix, mais il a affirmé la République au milieu de l’enjeu scolaire, c’est immense. Je pense à Willy Brandt qui s’agenouille devant le monument du Varsovie : c’est toute l’Histoire allemande qui s’incline devant le martyre de la Pologne. Delamuraz affrontant l’aile patronale de son propre parti dans la loi sur le travail, c’était l’Etat contre les clans.


 
A tous les candidats, je dis : allez-y, foncez, faites campagne, défendez vos idées. Mais n’oubliez jamais que vous incarnez la politique elle-même. De votre comportement, de la hauteur de votre action, dépendra son crédit. Ou sa ruine.


 
Pascal Décaillet

 

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28/08/2013

Juste se montrer, c'est un peu court !

 

Commentaire publié dans ma page GHI - Mercredi 28.08.13

 

Une campagne, toujours, est un révélateur. Dis-moi comment tu mènes ta candidature, je te dirai qui tu es. Il y a les introspectifs, les timides, ou au contraire les bombeurs de torse, les matamores. Il y a les intellos, passionnés par les seules vertus de la raison et de l’argumentation, ou à l’inverse les instinctifs. Ceux qui puisent dans l’image, la séduction, le charisme. Et dans ce petit jeu, les personnalités se révèlent comme une photographie dans une chambre noire : certaines éclatent, d’autres demeurent en demi-teinte, c’est la loi parfois cruelle de l’exposition.

 

Visuellement, il faut exister. Si l’électeur, en lisant votre nom sur la liste de votre parti, y associe un visage, vos chances d’élection seront plus grandes. Ayant parfaitement intégré cela, quelques petits malins ont passé leur été à multiplier leurs apparitions dans des réunions plus ou moins festives, juste pour être là, se faire prendre en photo, balancer l’image dans les réseaux sociaux. Puis passer à la fiesta suivante.

 

Il n’y a pas à leur en faire grief : la multiplication des apparitions, comme celle des pains ou des poissons, fait partie du jeu. Mais il n’y pas, non plus, à en être dupe : se montrer pour se montrer, ne faire cyniquement que cela, sans que derrière l’image n’existe un contenu (ou si peu), c’est montrer bien peu de respect pour l’électeur. C’est prendre le citoyen pour un consommateur, qui ne réagirait que de façon subliminaire à la masse d’images qu’on lui aurait projetées. Efficace, peut-être, pour être élu, mais profondément méprisant pour l’essence même de la politique, qui est combat d’idées, projets de société, et non concours publicitaire.

 

Citoyens, exigez des candidats que derrière leurs sourires de façade, ils aient de l’arrière-pays, de la vision du monde, du courage, du contenu. Servir la politique, c’est cela. Sinon, c’est juste se servir soi-même.

 

Pascal Décaillet

 

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03/07/2013

Listes de traverse : une honte pour la démocratie

 

Commentaire publié dans GHI - 03.07.13

 

On les appelle les « listes de traverse ». Des listes électorales totalement bidon, juste pour faire apparaître plusieurs fois les noms des candidats. A en juger par les listes annoncées le 1er juillet par la Chancellerie, les partis en ont fait cette année, pour le Conseil d’Etat, un usage éhonté. Une véritable parodie de démocratie.

 

Quelques exemples. Pour accroître leur visibilité, les deux candidats Verts ont inventé, en plus de la liste de leur parti, une liste no 11 « Suisses de la région » (comprenne qui pourra), une liste no 12 « Egalité homme-femme » (thème dont les Verts n’ont nullement le monopole), et, sommet du surréalisme, une liste no 24 « Les Habitant-e-s de Vernier, Lancy, Meyrin, Carouge et Onex ». Depuis quand joue-t-on cinq communes contre les quarante autres, comme argument dans une élection sur l’ensemble du canton ?

 

Côté Entente (PLR-PDC), guère mieux, avec une liste 15 « Loger nos enfants », une 16 « L’action pour la sécurité », une 20 « Un emploi pour tous », une 21 « Ceux qui agissent ». Pas mieux chez les quatre candidats socialistes, devenus spécialistes pour refuser le « diktat des assurances maladie » (liste 17), pour la « défense des aînés (liste 18) ou « pour créer de l’emploi » (liste 19).

 

Fumisterie que cette pollution des listes. Citoyens, n’en soyons pas dupes.

 

Pascal Décaillet

 

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19/06/2013

Socialisme et PME : pourquoi pas !

 

Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 19.06.13

 

Les socialistes s’intéressent au PME ! Ils l’ont fait savoir haut et fort lundi 17 juin, en présence de leur président, Romain de Sainte Marie, et de leurs quatre candidats au Conseil d’Etat. Le signal n’est pas banal : le moins qu’on puisse dire est que le sort des petites et moyennes entreprises n’a pas, jusqu’ici, torréfié de passion le socialisme. Pendant des décennies, on a entretenu la flamme de l’idéologie ouvrière, les grands bassins miniers de Lorraine ou du Nord, le Front populaire ; en Suisse, la Grève générale de 1918, la lente conquête des acquis sociaux. Bref, une magnifique mythologie, mais toujours grégaire, toujours avec une masse de monde, dans les rues si possible, comme chez Zola.

 

La PME, ou même la TPE (Toute Petite Entreprise), c’est un autre monde, un autre état d’esprit. Tout part de l’entrepreneur. Un homme ou une femme tout seul, au début, qui un jour se lance à l’eau, ose assumer le risque économique, acquiert des locaux, investit dans du matériel, engage des collaborateurs. J’en parle en connaissance de cause : j’ai exactement entamé, il y a sept ans, ce chemin-là. Dire qu’il est parsemé d’embûches relève de l’euphémisme : tout, autour de vous, concourt à ce que vous vous plantiez. Assurances sociales, fiscalité, TVA, paperasseries, comptabilité, toutes choses que vous faites en plus de l’activité naturelle de votre boîte.

 

Les socialistes, aussi éclairés soient-ils, peuvent-ils vraiment comprendre ce monde-là ? On peut en douter. En même temps, il est stimulant, pour un petit entrepreneur, de voir que d’autres partis que ceux de droite commencent à s’intéresser à son univers, et franchement la démarche socialiste est la bienvenue. Les patrons de PME sont loin d’être tous des rupins qui roulent sur l’or, beaucoup d’entre eux ont une vision et une ambition sociales, et c’est pour cela qu’ils se battent pour l’emploi. Nombre d’entre eux sont farouchement indépendants dans leur prise de décision professionnelle, mais, comme citoyens, reconnaissent la nécessité d’un Etat fort, redistributeur, et pourquoi pas fraternel. En clair, on peut être patron de PME sans nécessairement être tétanisé par le dogme libéral. Cela, les socialistes l’ont compris. Reste à trouver un langage commun entre le leur et celui des petits patrons. L’enjeu est passionnant. Peut-être l’une des clefs de la législature 2013-2018.

 

Pascal Décaillet

 

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29/05/2013

Pays réel, pays des songes

 

Commentaire publié dans GHI - 29.05.13


 

1814, 1815 : il y aura bientôt deux cents ans, Genève devenait canton suisse, et entrait dans la Confédération. Déjà, de partout, ça commence à phosphorer pour marquer l’événement. Très bien. Mais qu’il soit juste permis ici d’élaborer un souhait : que toute cette commémoration soit quelque chose de vivant ! L’occasion d’une réflexion sur notre double identité : celle d’habitants de Genève, et de citoyens suisses. Deux natures qui, loin de se combattre, se complètent et se superposent. C’est le miracle de notre pays : Valaisan de Genève, je suis aussi citoyen suisse. Chacun de nous peut allègrement cumuler trois ou quatre de ces reconnaissances, sans se dédire, ni s’abjurer. Nos amis étrangers, sans être suisses, peuvent à coup sûr s’associer à cette réflexion. Genève est une ville ouverte, un canton d’accueil et de partage.


 
Je rêve d’une commémoration qui soit autre chose que les gentils défilés confédéraux de 1964, dont je garde un vague souvenir. Il n’y aurait même aucun défilé, ça m’irait très bien. Mais des livres, des émissions, des échanges, des engueulades sur notre degré d’Helvétitude. Je rêve de quelque chose d’à la fois très élitaire et très populaire, ces deux notions se rejoignent d’ailleurs beaucoup plus qu’on ne l’imagine. J’espère vivement qu’on ne joue pas le gentil canton suisse invitant d’autres gentils Suisses dans des gentils pavillons. Mais posons nos différences. Crions-le, ce pays, au lieu de n’en murmurer le désir que dans la tiédeur d’un confessionnal. Si 2014, 2015, pouvaient agir comme une catharsis, une révélation, loin des officialités, des flonflons, des fanfares. Du vrai, du cruel, qui fait mal et qui fait du bien. Le pays réel. C’est à dire celui des songes.


 
Pascal Décaillet

 

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23/05/2013

Et l'école, bordel !

 

Commentaire publié dans GHI - 22.05.13
 
 
Après une décennie de Charles Beer, l’école genevoise aura, dès novembre, un nouveau patron. Qui ? L’un des candidats actuels au Conseil d’Etat ! Eh oui, il existe à Genève un personnage connu de nous tous, de gauche ou de droite, qui, par la force des choses, sera cet automne notre nouveau ministre de l’Instruction publique. Le sait-il lui-même ? Reprendra-t-il le DIP à son corps défendant ? Va-t-on confier ce Département capital à un petit nouveau, sans Histoire et sans culture, sans le frottement de la mémoire, sans une équation personnelle puissante avec le principe même de l’école, la transmission du savoir ?


 
Ce scénario serait catastrophique. Je crois être le seul, à Genève, en ce printemps de pré-campagne, à thématiser des débats sur le sujet. Les partis, pour l’heure, s’en désintéressent, ne parlant que sécurité, logement, mobilité. Ils ne viennent débattre de l’école, ce qu’ils font poliment, que si on leur en impose le thème. C’est tout de même inouï ! Que transmettre à nos enfants ? Comment organiser l’accès aux connaissances des générations futures. Quelles priorités ? Comment mettre en application la nouvelle norme constitutionnelle qui rend la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Comment valoriser l’apprentissage, rendre sa noblesse à ce magnifique mot, « le métier ». Si ces sujets-là ne sont pas majeurs, alors lesquels ?


 
En arbitrant à la Pentecôte un débat entre deux hommes intelligents, le socialiste Thierry Apothéloz et le MCG Mauro Poggia, je me suis rendu compte que le legs de Charles Beer n’était, au fond, pas si contesté. Et qu’il s’agissait avant tout, aujourd’hui, d’aller de l’avant. En privilégiant les solutions concrètes sur les grands combats frontaux – comme les notes – d’il y a dix ans. C’est bien. Mais la nouvelle ère, incarnée par une nouvelle personne, aura besoin d’un nouveau souffle. J’ai déjà écrit ici que le DIP gagnerait à être repris par une personnalité radicale, je dis bien radicale. Parce que c’est un parti d’Etat, qui a fait nos institutions, ne se laisse pas enivrer par la puissance de l’argent, organise la répartition autrement qu’en sandales. Mais cela n’engage que moi. Je porterai, jusqu’à cet automne, le débat sur l’avenir de l’école à Genève, j’amènerai les candidats à sortir du bois.


 
Pascal Décaillet

 

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09/05/2013

Des valeurs, SVP !

 

Commentaire publié dans GHI - 08.05.13

 

La politique genevoise manque de valeurs. N’entendez pas, je vous prie, ce mot au sens de la morale : je me suis toujours abstenu de mêler la politique avec la morale. Non, valeurs proprement politiques : pourquoi suis-je dans tel parti, d’où vient-il, quelle est son Histoire, quels sont ses fondements philosophiques, comment a-t-il évolué ? Trop peu de politiciens, hélas, trop peu de candidats aux élections de cet automne, sont capables de répondre à ces questions. C’est grave. Rien n’est plus inquiétant que l’ignorance de soi-même, rien de plus vide que ces candidats de hasard, juste sur une liste ou dans un parti par automatismes familiaux, besoin clanique de s’agglutiner, extase grégaire : le troupeau, pour combler son incapacité à s’affirmer seul.

 

Je ne supporte pas d’avoir face à moi un politique ne connaissant pas à fond l’Histoire de son parti. Dans son canton, au niveau fédéral, et aussi à l’échelon européen. Un PDC incapable de parler de Léon XIII, Marc Sangnier, Schuman, de Gasperi, Adenauer, Furgler, ne mérite pas d’être intégré à cette formation. Idem, un radical n’ayant jamais entendu parler, à Genève, d’un Fazy ou d’un Carteret. Un socialiste inapte à disserter sur Jaurès ou Jules Guesde, Léon Blum ou Willy Brandt. Ou Tschudi. Ou Chavanne.

 

Il ne s’agit pas de vouloir des singes savants. Mais bien mieux que cela, justement : des gens qui aient, jusqu’au fond de leurs fibres, vibré avec la philosophie de leur parti. Un Pierre Maudet, un François Longchamp, un Jean Romain savent pourquoi ils sont radicaux. Un Reverdin, pourquoi il était libéral. Un Grégoire Carasso, un Albert Rodrik, pourquoi ils sont socialistes. Et un Fabiano Forte, trop rare parmi les siens, peut vous sortir pas mal de fondements de la démocratie chrétienne historique, idem un Dal Busco. Se connaissant soi-même, on en sera mieux armé pour affronter le concurrent. Avec respect, mais sans concession dans le choc des idéologies.

 

J’ignore si le profil que je prône ici s’imposera cet automne. Mais c’est celui que je respecte. Il ne suffit pas d’afficher partout, en campagne, son bonheur de s’être greffé, au bon moment, sur le bon événement. Il faut donner à ses actes un sens. S’inscrire dans une vision du monde. Sinon, ce sera juste la conjuration du hasard, donc la mort du politique.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/05/2013

Eloge des nouveaux partis

 

Commentaire publié dans GHI - 02.05.13

 

Verts libéraux, PBD, Pirates, et d’autres encore : l’électeur genevois aura sur ses listes électorales, l’automne prochain, une floraison de nouveaux partis. Nouveaux à Genève, puisque, dans les trois exemples cités, ils existent déjà au niveau national. Disons-le tout net : ces formations ont totalement le droit d’exister, de se présenter, elles prennent un risque important, disposent souvent de peu de moyens, elles sont courageuses et méritent notre respect.

 

D’autant qu’à Genève, avec un quorum fixé à 7% pour constituer un groupe au Grand Conseil, les nouveaux ne partent vraiment pas en position favorable. 7%, c’est beaucoup, et c’est même franchement trop. Bien sûr, il faut un seuil. Bien sûr, l’abolition totale du quorum aurait pour effet le morcellement, la dispersion, l’illisibilité du politique, qui nécessite des groupes idéologiques clairs. Mais ces 7%, maintenus tort par la Constituante, c’est vraiment une machine à maintenir les sortants, broyer les nouveaux, empêcher tout renouvellement de notre paysage politique. Je plaide, non pour une abolition, mais pour un abaissement du quorum, par exemple à 5%.

 

D’autant qu’ils ne manquent pas de vitalité, ces nouveaux partis. Regardez La Gauche, avec Magali Orsini : il y a la cohérence d’un discours, une compétence, une vision du monde, une exigence républicaine. Ou encore les Verts libéraux, section Genève : émergence de nouvelles personnes, équipe imaginative, combative. Ou les Pirates, auxquels vient de se joindre Didier Bonny : des thèmes de société très modernes, concernants, autour des nouveaux outils de l’informatique, la protection des données, la sphère privée. Et si c’étaient là les enjeux de demain ?

 

L’Histoire politique suisse montre, depuis quelque 120 ans, une étonnante stabilité : sont apparus dans l’ordre les radicaux, les catholiques-conservateurs (aujourd’hui PDC), les socialistes, les agrariens (aujourd’hui UDC). Beaucoup plus tard, il y a 30 ans, les Verts. Tous ces partis sont encore là. Et tiennent les parts du gâteau. Mais ils représentent des idéologies des 19ème et 20ème siècles. D’autres commencent à poindre, avec les perceptions du futur. Ce serait folie de ne pas les prendre au sérieux.

 

Pascal Décaillet

 

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17/04/2013

Succession DIP : l'excellence s'impose

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.04.13


 
De Calvin à Starobinski, en passant par Rousseau, Genève se doit d’être un lieu où souffle l’esprit. Par ses grandes figures culturelles, mais aussi par un système d’éducation qui soit exemplaire. Pas seulement les Hautes Ecoles,  mais la qualité de l’instruction de base, celle à laquelle tous sont astreints. Cela exige la puissance d’une volonté politique, celle aussi d’une vision. Avec, à la tête de l’Instruction publique, une personnalité républicaine, ancrée dans la connaissance de l’Histoire, ayant une équation personnelle avec la transmission des connaissances. Je le dis et le répète depuis des années : le DIP est, de loin, le plus important de tous nos Départements. Il n’est pas question, après le départ de Charles Beer, de le laisser, pour cinq ans, aux mains de n’importe qui.
 


En d’autres termes et pour être clair, message aux partis politiques : veuillez considérer cet enjeu comme amiral, ce qui ne semble pas du tout, pour l’heure, dans votre champ de priorités. Veuillez vous en occuper dès ce printemps, avec une stratégie, et déjà des papables en tête. Veuillez faire de l’école un thème de campagne, et pas seulement sécurité, logement, mobilité. Veuillez exiger de vos candidats qu’ils développent une vision et des projets précis, pour l’avenir de l’école genevoise. Folie, je dis bien folie serait de laisser le DIP, après le 10 novembre, au petit dernier, ou à celui qui se ferait plumer par les autres, ou qu’on ne saurait pas où mettre.


 
C’est, au contraire, le meilleur de tous, le plus expérimenté, qui doit reprendre ce Département. Cela doit être, aussi, le membre d’un parti républicain, qui croit en l’Etat. Cela doit être une personne d’une certaine culture, un être concerné personnellement par le savoir et la formation. Cela exclut les passants du hasard, arrivés juste parce qu’il y avait de la lumière, ou qui, toute leur vie, n’auraient que surfé sur le jeunisme et sur le flot des modes. A partir de là, faites vos choix. Le mien, radicalement, est fait. J’y reviendrai.


 
Pascal Décaillet

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11/04/2013

Caesar pontem fecit


Commentaire publié dans le GHI - 10 et 11 avril 2013


 
Il m’a toujours semblé, mais c’est sans doute une immense naïveté, que la finalité d’un pont, depuis César, consistait à pouvoir passer d’une rive à l’autre. Du Rhône au Rhin, du Pont d’Arcole aux limons du Mékong, des eaux du Nil à celles de la Vistule, cette loi élémentaire du génie me semblait avérée. Las ! C’était avant Madame Künzler et ses puissants réseaux de l’immobilité. Oui, comme en physique, il y a le temps du mouvement et celui de l’arrêt : nos autorités ont clairement tranché en faveur du second. A Genève, il convient que rien ne bouge.


 
Ainsi, grâce à une Fondation et à un illustre horloger, nous bénéficions depuis peu, sur l’Arve, entre le Quai Ansermet et les Vernets, de l’une des plus belles passerelles d’Europe. La nuit, illuminée de rouge, elle rend jalouse la Voie lactée. La chaussée est large, la circulation aisée. Pour nos extatiques de l’immobilité, c’en était trop : il convenait d’agir. Entendez, de bloquer tout ça.


 
Chose dite, chose faite. Dégorgeant Plainpalais, la rue de l’Ecole de Médecine était, à vitesse convenable en milieu urbain, la voie de transit idéale pour accéder au pont. Elle ne l’est plus. Cette rue, et sa perpendiculaire de Carl-Vogt, sont désormais promises aux délices du bouchon. Le bruit que, peut-être, les autos feront moins, les fêtards des lieux auront tout loisir de le compenser. Merci, qui ?

 
 
Pascal Décaillet

 

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04/11/2011

Flibuste, suite

 

Coup de Griffe - GHI - 02.11.11


Il y a quelques jours, dans le « Matin », l'avocat Charles Poncet attaquait sans ménagement, et avec le talent pamphlétaire qui est le sien, le président 2010 du Conseil d'Etat genevois. Ce dernier, à la TSR, l'avait qualifié de « traître à son pays », parce qu'il avait défendu les intérêts libyens dans l'affaire Kadhafi. Il s'agit là, véritablement, d'une affaire personnelle, entre deux hommes. D'où une certaine stupeur lorsque le secrétaire général adjoint du magistrat, un homme payé par les deniers de la République, déclare à la presse que son conseiller d'Etat « laisse Monsieur Poncet à ses fonds de corbeilles ». Depuis quand un commis administratif de l'Etat peut-il, en fonction, porter des jugements de valeur sur des citoyens ? Est-il payé pour servir la République ? Ou le blason personnel de son patron ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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03/11/2011

Magali Orsini: une verticalité républicaine

 

Coup de Coeur - GHI - 02.11.11

 

Candidate de « La Gauche - Solidarités » aux élections fédérales, Magali Orsini, experte des questions comptables et fiscales, a véritablement été l'une des révélations de la campagne. Le propos est dense, le ton est clair, le rythme de la phrase ne se laisse impressionner ni emballer par nul tiers. A des années-lumière des approximations libertaires, ou corporatistes, de gauche comme de droite d'ailleurs, c'est un discours profondément républicain que nous a tenu Mme Orsini. Ensuite, on partage ou non, c'est une autre affaire ! Mais enfin, dans ce petit monde de cocktails et d'adoubements horizontaux, il fut lumineux d'entendre une certaine verticalité d'être. Pour le bien de tous.

 

Pascal Décaillet

 

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