27/07/2009

Les comices agricoles

Fornage.jpg

Lundi 27.07.09 - 04.40h.


Et c'est reparti pour le grand maquignonnage! Là où la scène politique suisse se transmue bestialement en comices agricoles, ovins et bovidés, bestiaux qu'on tâte et qu'on soupèse, regards torves des négociateurs, laines et haleines, trucs et ficelles, trocs et combines. La presse de ce week-end, notamment alémanique, avait des accents de feuille d'avis de Yonville, rubrique bétail.

Ici, c'est Toni Brunner qui brandit la menace d'une candidature UDC, si le candidat libéral-radical devait s'avérer trop europhile. Là, c'est Ueli le Climatique qui exigeait, il y a quelques semaines, des candidats qu'ils se fassent les champions d'un « green new deal » unilatéralement décidé par les Verts, et dont Berne a déjà dit qu'elle ne voulait pas. De partout, on s'observe, on s'épie, on intrigue, on fait pression. Jusqu'aux socialistes, dont il paraît qu'ils voteraient libéral-radical, non par amour des héritiers de 1848, mais pour s'assurer, la fois suivante, du maintien de leurs deux sièges. Elle est belle, la démocratie suisse ! Il est séduisant, non, ce système d'élection indirecte où le jeu de miroirs de 246 personnes transforme la vie politique en un immense palais des glaces. Ca n'est pas le vingt-et-unième siècle, c'est la Quatrième République, où le parlement est si souverain, l'exécutif si faible, si dépourvu de légitimité tellurique, que la coulisse et la combine sont reines. Ce système vit ses dernières années. Il ne sera plus possible très longtemps.

En attendant, qu'ils y aillent, les Verts ou les UDC ! Qu'ils présentent, chacun, un candidat. Et nous verrons bien le résultat. 10% pour l'un, 30% pour l'autre, c'est bien, mais ça n'est pas encore une majorité. Cela, les chefs de ces partis le savent parfaitement, leurs effets de manches sont donc pour la galerie. Celle des glaces. L'élu du 16 septembre sera issu des rangs libéraux-radicaux, peut-être des rangs PDC. Le système de neutralisation respective des partis, je te tiens, tu me tiens, fait de la barbichette l'organe suprême par lequel on communique. Chaque coup d'éclat se heurtant à la riposte graduée de la fois suivante. Chaque parlementaire connaissant par coeur l'ordre de passage de la prochaine élection. Le système de l'élection de notre gouvernement fédéral, c'est cela, ce sont ces calculs-là, il faut le savoir. Les comices agricoles de Yonville. Le génie de Flaubert en moins.

Pascal Décaillet

04:36 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/07/2009

Monsieur X, soyez un défricheur !

w200

Dimanche 26.07.09 - 09.35h

L’amour du pays, une profonde connaissance de son Histoire, deux ou trois idées claires, avec des caps, pour propulser la Suisse dans le vingt-et-unième siècle, de la culture dans la tête, de l’arrière-pays dans les rêves et dans la mémoire, de la dignité dans l’âme, bref une certaine classe.

C’est cela, comme citoyen, que j’attends de l’élu du 16 septembre, Monsieur X ou Madame Y. On aime on non Pascal Couchepin, mais cette dignité, cette posture d’Etat, surtout comme président, il les a eues. Il était l’un des seuls à oser parler de « République », ce mot pourtant si fort, le seul à nous réunir, parce qu’il en appelle à notre chose à tous, le lieu commun de nos désirs, de nos débats, de nos engueulades, de nos déchirures, ce qui nous rassemble, nous façonne. Ce qui fait, depuis deux siècles, que nous avons pris nos destins en main, nous les avons arrachés aux patriciens, aux cléricatures, aux corporatismes. Pourquoi la Suisse, démocratie qui n’a rien à envier à ses voisins, n’ose-t-elle pas davantage ce mot : République ?

Les 246 grands électeurs du 16 septembre feront ce qu’ils voudront, laissons les savourer, quelques années encore, sans doute les dernières, l’exultation de ce petit jeu qui délègue aux accords de coulisses d’une Diète ce qui devrait être l’affaire d’un corps électoral beaucoup plus large. Ils feront ce qu’ils voudront, mais moi, rien ne m’empêche de rêver d’un conseiller fédéral profondément républicain. Tschudi, Furgler, Delamuraz.

Alors voilà, quelques noms circulent, vous les connaissez comme moi. Celui-ci, celle-là, sont-ils républicains ? Quels signes, jusqu’ici, ont-ils donné de la primauté de l’intérêt collectif sur leur carrière individuelle ? Combien de cocktails, de jeu d’apparences, ont-ils accepté de sacrifier pour le travail de fond ? Au service de quelle grande querelle ont-ils placé leurs énergies ? Ont-ils incarné, dans le rêve ou dans l’exercice du pouvoir, une vision de l’Etat, du vivre ensemble, de la solidarité ? Ont-ils su, parfois, être seuls ? Oui, seuls. Seul contre tous. Contre ses propres amis politiques, contre sa clientèle électorale, contre la mélasse de la doxa, cette pensée dominante qui nous englue et nous étouffe, ravale nos paroles plus bas que le silence ? Monsieur X, Madame Y ont-ils prouvé, jusqu’ici, qu’il étaient un homme ou une femme de courage ?

A quoi s’ajoute la forme, disons déjà celle du discours. Furgler, pour les Suisses, cela restera la très grande classe de l’accueil de MM Reagan et Gorbatchev, à Genève, en novembre 1985. Delamuraz, c’était l’homme des formules, cinglantes, lapidaires, un humour encore plus noir que certains dimanches, un rapport macéré au verbe. On aimerait, oui, que le futur conseiller fédéral soit pourvu, tout au moins, de quelques dispositions à nous élever l’âme, ou nous aiguiser l’esprit, par ce minimum de fermentation verbale qui fait, il faut le dire, totalement défaut dans le collège actuel.

Dans les candidats actuels, putatifs ou déclarés, percevez-vous, quelque part, cet embryon de jaillissement des mots ?

Monsieur X, Madame Y, soyez quelqu’un de grand. Une fois au pouvoir, élargissez-nous l’horizon, écartez un peu le champ de nos conciences politiques, osez être un défricheur. Quitte à vous faire, partout, une multitude d’ennemis. Les ennemis, dans la vie, c’est simplement génial. C’est la preuve qu’on existe. Monsieur X, Madame Y, ne cherchez surtout pas à être aimés. L’amour n’a rien à faire avec la politique. Enfin, presque rien. Excellent dimanche à tous.

Pascal Décaillet





09:35 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/07/2009

Monsieur X

99.jpg

Vendredi 24.07.09 - 19.50h

Bon. Précisons tout d’abord que Monsieur X peut parfaitement être une femme, tiens il pourrait s’appeler Martine, par exemple.

Ou Isabelle, mais c’est peu probable : vous en connaissez beaucoup, vous, des messieurs, je veux dire sérieux, qui s’appellent Isabelle ?

Le titre hygiéniquement correct de cette chronique aurait donc dû être quelque chose comme « Monsieur X ou Madame Y », mais j’ai préféré « Monsieur X ». C’est plus court.

Surtout, ça me rappelle la campagne de l’Express, de Servan-Schreiber, pour promouvoir, dès 1963, Gaston Defferre contre de Gaulle, à la présidentielle du 1965, la toute première au suffrage universel. Cette élection dont le tour final, de Gaulle-Mitterrand, en décembre 1965, m’avait éveillé à la vie politique, à l’âge de sept ans et demi. À noter, au passage, que les immenses efforts de l’Express s’étaient avérés totalement vains, le maire de Marseille n’étant même pas entré dans la bataille ! Grand collectionneur de journaux, j’ai la chance d’avoir pas mal de ces numéros-là. Passionnant.

Nous aussi, en Suisse, nous sommes à la recherche d’un Monsieur X. Ou d’une Madame Y. Un homme ou une femme qui non seulement devra faire de la politique, la meilleure possible, faire avancer le pays, mais aussi incarner quelque chose de fort. Une grande ambition collective pour la décennie 2010-2020. En cela, l’élection du 16 septembre, même si elle n’émane que de 246 grands électeurs, intéresse évidemment au premier chef l’ensemble des citoyens, et même l’ensemble des habitants de ce pays. Un conseiller fédéral, ça n’est pas seulement un ministre, c’est aussi le septième du pouvoir exécutif fédéral, cela doit être, encore et surtout, un exemple pour le pays : Tschudi, Furgler, Delamuraz.

Oh, certes, les temps ont changé, on n’a pas tous les jours l’occasion de s’agenouiller devant le monument du ghetto de Varsovie, ni de se prendre la main à Verdun, mais tout de même il n’est pas interdit de souhaiter que Monsieur X – ou Madame Y – soit pourvu d’une certaine classe, d’une vraie passion politique, mûrie dès l’enfance, d’une profonde connaissance de l’Histoire suisse, celle du pouvoir central et celles des cantons. Une vision diachronique, oui, qui puisse se projeter dans l’avenir. Révolution helvétique, Restauration, Sonderbund, Kulturkampf, grands combats confessionnels du dix-neuvième, grève générale de novembre 1918, question jurassienne, histoire économique, histoire de la presse : Dieu qu’il est passionnant, ce petit bout d’Europe, vingt-six fois recommencé. Dieu qu’il mérite d’être connu. Mieux connu !

Je rêve d’un Monsieur X – ou d’une Madame Y – qui ait une certaine culture, au moins historique et politique, une certaine équation personnelle à ce que doivent être la citoyenneté et le Contrat social dans ce pays. Et qui ait, si possible, disons au moins dans les dernières années, donné, là où il était, des signes de cet intérêt, de cette passion.

Je rêve d’un Monsieur X – ou d’une Madame Y – qui aime profondément la Suisse. L’amour du pays n’est ni de gauche, ni de droite, ni surtout exclusif de l’ouverture à l’Autre, je pense même que cette dernière condition est sine qua non pour avancer dans le concert des nations. Un Monsieur X, une Madame Y dont le souci premier soit de servir : Tschudi, Furgler, Delamuraz.

À partir de là, homme ou femme, Romand de pure souche ou mâtiné de fibres singinoises, apothicaire transalpin ou flandrin des glaciers, hobereau de terre vaudoise ou excellente parlementaire genevoise avec douze ans d’expérience dans un exécutif, peu importe, au fond.

Mais l’ancrage dans l’Histoire. La passion républicaine. Ce mélange de Raison et de Lumière, mais aussi d’attachement tellurique, j’ose dire barrésien, à l’irrationnel du pays, voilà les équations qui, personnellement, m’intéressent, pour le choix de l’homme ou de la femme qui succédera à Pascal Couchepin.

Je reviendrai, dans les jours qui viennent, sur Monsieur X.

Ou sur Madame Y, of course.


Pascal Décaillet

19:52 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/07/2009

Un Tschudi, un Furgler, un Delamuraz

Jeudi 23.07.09 - 18.15h

Dans la longue, l’estivale attente du 16 septembre, une question. C’est quoi, au fond, un bon, un grand conseiller fédéral ? Un Tschudi, un Furgler, un Delamuraz. Un surdoué, une tête qui dépasse, un qui aurait tout réussi ? Un gentil collégial, ou alors un chef solitaire, intransigeant ? À la vérité, rien de tout cela. Ou plutôt rien de cela, tout seul. La Suisse est une mosaïque, une petite fleur fragile, la subtilité des équilibres y joue un rôle crucial. Alors oui, un grand conseiller fédéral, un Tschudi, un Furgler, un Delamuraz doit sans doute être, avant tout, un passeur d’équilibres, celui qui avance, mais pas trop vite, celui qui devance, mais sans lâcher ceux qui suivent, celui qui voit loin, mais sans oublier de regarder juste devant ses pieds. Comme en montagne.

Tschudi, socialiste bâlois, 1959-1973. Immense conseiller fédéral. Plusieurs réformes de l’AVS, menées au pas de charge, on parlait de son « tempo ». Un sens profond du pays, une vision d’avenir ancrée dans la réalité du terroir.

Furgler, 1971-1986, démocrate-chrétien saint-gallois. La très grande classe au plus haut de nos affaires. La connaissance des langues, subtile. Un français impeccable. Un vaste chantier de réformes juridiques. Face à l’étranger, face à Reagan, Gorbatchev, il représentait le Genevois aussi bien que l’Uranais ou le Tessinois.

Delamuraz, 1983-1998. Celui des trois que j’ai eu le plus l’honneur d’approcher. Un homme simple et travailleur, festif et joyeux, aimant son pays à un point qu’on n’imagine guère. L’homme d’un grand combat, d’une grande querelle, l’Europe. Il a perdu, mais s’est battu. Avec courage. Jusqu’au bout.

La grande question du 16 septembre n’est pas tant de compter les chromosomes latins des uns et des autres. Elle n'est pas non plus, cette fois, celle du sexe, ni d’un canton ou d’un autre. Elle n’est même pas celle de la rivalité d’épiciers entre libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens. Entre l’univers de la gauche (socialistes et Verts) et celui de l’UDC, les héritiers de 1848 et ceux de Léon XIII constituent aujourd’hui, si on sait regarder avec un peu d’ampleur, une seule et même famille, avec un bon 90% de valeurs communes. Dans l’idéal, il faudrait pouvoir choisir le meilleur, ou la meilleure, de tous, dans l’offre cumulée du PLR et du PDC. Dans l’idéal, oui, c’est-à-dire dans dix mille ans, lorsque la Suisse sera sortie de l’ère des apothicaires.

Alors quoi ? Qui, dans les actuels candidats, déclarés ou putatifs, nous semblerait porter les germes d’un Tschudi, d’un Furgler, d’un Delamuraz ? Qui aurait assez de compétences, d’amour du pays, de vision d’avenir, de proximité avec les gens pour devenir, au sein du collège, une véritable personnalité capable de faire avancer la Suisse ? N’est-ce pas là, bien au-delà des sectes, des fiefs, des corporatismes, la seule question qui vaille ? Avez-vous la réponse ?

Pascal Décaillet

18:16 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/07/2009

L’été des apothicaires

apothicaire.gif

Mercredi 22.07.09 - 09.50h

Il n’y a sans doute pas, en Suisse, davantage d’apothicaires au kilomètre carré que dans les pays qui nous entourent. Mais en Suisse, dans le jeu politique, ils font la loi. Le royaume de l’équilibre par le soupesage, où la pipette et la burette sont souveraines, la balance déesse. C’est comme si « Madame Bovary », le roman, s’appelait en fait « Monsieur Homais », l’apothicaire y luirait, solaire, en personnage principal, l’énigmatique Emma n’y ferait que passer, avec la fébrilité de ses désirs, ombre fugace au milieu des rayonnages.

Apothicaire, en soi, est un très beau métier. Contrairement au charlatan, qui est un itinérant, un vagabond, l’apothicaire est installé. Il a pignon sur rue. Il a pour lui l’immobilité des Assis. De sa boutique, à l’abri des intempéries, il concocte recettes et mixtures. Il a pour lui le début de rotondité qui en fera un jour un notable. C’est ainsi : il faut de tout pour faire un monde. Même des apothicaires.

Alors voilà, par quelle alchimie, quel procédé philosophal cette fonction d’appoint et d’intendance s’est-elle transmuée, en Suisse, en déterminisme cardinal de l’élection de nos ministres, au plus haut niveau ? Au point que les fils du Ciel et ceux de la Raison, opposés en 1847, réconciliés depuis 1891, passent leur temps à compter et recompter leurs forces pour prouver leur légitimité à occuper un siège vacant. Ils ne disent pas « Nous sommes les meilleurs », ni même « Celui-ci, des nôtres, est assurément le meilleur », mais « En pourcentage cumulé de voix ou de suffrages, nous surpassons de tant de poussières chiffrées nos concurrents ». Ce qui n’est ni Parole du Seigneur, ni Parole de Raison, mais juste parole d’apothicaire.

Le pouvoir des apothicaires, en Suisse, a pris un tel empire qu’il s’exerce désormais dans toutes les régions du pays, avec, cet été, un singulier succès au sud des Alpes. Camouflé sous la devanture d’une étude d’avocats, Maître Fulvio s’exerce nuit et jour à l’extrême précision des poudres et des liquides. Il compte, calcule, compare, énumère les gouttes, rêve d’or, la nuit. Maître Fulvio, qui est déjà notable sans avoir pris du ventre, pourrait sortir de son échoppe, faire valoir ses propres mérites en pleine lumière. Mais non, le Maître préfère la vertu de l’ombre souveraine, celle qui enveloppe les vrais désirs. Maître Fulvio est un joueur, et un jouisseur. Solitaire.

La logique des apothicaires, le 16 septembre, l’emportera-t-elle ? Le génie suisse sera-t-il capable, en moins de deux mois, de lui opposer une autre force, de puissance, de cohérence et d’instinct ? Surtout, incarnée par qui ? Pour quel programme ? Quelle ambition pour le pays ? Quels désirs de changements ? Quelle vision du Contrat social en Suisse, de la place de notre pays dans le concert des nations ? Fondamentales, ces questions, pour l’heure, ne sont guères apparues dans la campagne. Il serait temps, pourtant, qu’elles entrent en scène. Le siège laissé vacant par Pascal Couchepin n’étant pas celui d’un apothicaire. Mais d’une femme ou d’un homme qui devra, avec ses six collègues, inventer le destin de la Suisse de demain.

Pascal Décaillet







09:49 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/07/2009

À propos du désir en politique

6a00e398981df600030110162e2275860c-500pi

Mardi 21.07.09 - 16h

Oser dire « Oui, j’aime le pouvoir. Oui, je le veux, oui j’en rêve. Oui, la braise de ce désir-là, depuis l’aube de mes jours, me réchauffe, m’illumine ». Avoir cette franchise, cette simplicité, cette rectitude dans l’énoncé de la convoitise, c’est ce qui fait défaut à certains ténors, nous l’évoquions dans notre billet de dimanche matin, dans l’actuelle course au Conseil fédéral. François Mitterrand, le prince de toutes les campagnes, mais aussi Jacques Chirac, ou même Pascal Couchepin lorsqu’il s’agissait de succéder à Jean-Pascal Delamuraz, ne faisaient, après tout, pas tant d’histoires. Les premiers, ils se déclaraient. Et au final, l’emportaient. Il est des occurrences, oui, où le désir est si calcinant qu’il ravale aux orties les pusillanimes artifices de la tactique.

Alors, ces (fausses) pudeurs de la campagne 2009, d’où viennent-elles ? Sont-elles cosmiques, ou simplement suisses ? Liées à l’aspect indirect de l’élection, convaincre 124 personnes, plutôt que plusieurs millions ? Cet aveu sans cesse reporté, si touchant lorsqu’il s’agit de transport amoureux, pourquoi commence-t-il, en cette espèce qu’on admettra plus prosaïque, à fatiguer l’opinion publique ? Y aurait-il des mystères du désir politique comme il existe des mystères de l’Ouest, une face cachée aux Lumières des exégètes ?

À ce stade, réitérons l’hommage à ceux qui, depuis le 12 juin, ont osé le message clair : ceux qui, même avec de faibles chances, se sont lancés dans la bataille. Ceux aussi qui, comme François Longchamp ou Pierre Maudet, ont fait savoir sans tarder qu’ils ne seraient pas de cette bataille-là.

Pour les autres, les princes noirs du désir retardé, qu’ils soient flandrins des glaciers ou apothicaires transalpins, ou encore hobereaux de terre vaudoise, il n’est pas sûr que cette école politique de la coulisse et de la dissimulation serve grandement les intérêts du pays, ni, plus simplement, la pérennité d’un système indirect qui vit peut-être ses dernières années.

Ainsi, la démocratie chrétienne. Nous l’avons dit et répété, cette famille politique est en droit de revendiquer le siège perdu par Ruth Metzler, en droit d’essayer en tout cas. Mais alors, puisqu’elle l’a annoncé, qu’elle le fasse. Avec clarté, courage, cohérence de programme, qu’elle se lance, oui, qu’elle défende ses couleurs, et que, le 16 septembre, le meilleur gagne. Au lieu de cela, que voit-on ? Des candidats putatifs qui rasent les murs, s’épient, attendent fraternellement que l’autre commette une erreur, aimeraient tant qu’on vienne les chercher, bref voudraient être conseillers fédéraux, mais n’ont pas envie d’être candidats.

De cet obscur marécage naît le surréalisme. Ici, c’est Cina qui voudrait prendre un siège, là c’est l’annonce que le candidat du parti ne sera connu que le…….. 8 septembre (Jour de la Nativité de la Vierge), soit huit jours seulement avant le jour j ! On voudrait discréditer définitivement le système d’élection par l’Assemblée fédérale, on ne s’y prendrait pas autrement.

À moins que la réalité soit plus rude. En politique, tout est affaire de désir. Et si la démocratie chrétienne suisse était, sur ce coup-là, désertée par le désir ? Parce qu’elle aurait fait ses calculs, aurait reconnu que, tout de même, les forces libérales-radicales sont plus importantes, donc plus légitimantes. Ou alors, plus simplement, la peur du péché. Le siège à reconquérir, comme fruit défendu. Fils de Caïn, fils d’Abel, les démocrates-chrétiens suisses seraient là, juste sous l’Arbre, à contempler l’Objet, paralysés. Panne de libido. Panne d’existence. Comme il y a des pannes d’essence.

Mais au fond, qu’y a-t-il, à l’Est d’Eden ? Un autre Paradis ? L’Enfer ? Ou alors, peut-être, la vraie vie ? Celle où les humains se salissent les mains pour mieux se laver l’âme, camouflent les plus impérieux de leurs désirs pour mieux les rejeter. Elle n’est pas simple, la politique. La vie, encore moins. Et nous ne sommes que le 21 juillet. Et il est encore si loin, le 16 septembre.

Pascal Décaillet

16:00 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/07/2009

Ayez envie d’être candidat, Monsieur Broulis !

5509.jpg

Dimanche 19 juillet 2009 - 08.50h

Après le prélude des chérubins, voici peut-être venu le temps des ténors. Vedettes américaines de Pascal Broulis, les Vaudois Isabelle Moret et Olivier Français annoncent tout naturellement, via le Matin dimanche d’aujourd’hui, leur retrait en faveur du président du gouvernement vaudois. Champ libre, donc, et peut-être même voie royale pour une candidature qui, à bien des égards, pourrait rappeler celle de Jean-Pascal Delamuraz, en 1983 : celle d’un radicalisme républicain, passionné d’institutions, attaché à l’économie réelle, et non aux spéculations de casino. Format d’exécutif. Beaucoup d’atouts pour accéder au statut de candidat naturel de la Suisse romande.

Reste à savoir si l’homme en a envie, je veux dire vraiment, viscéralement, le matin en se rasant, le soir en se couchant, la nuit en rêvant. Tout donne à penser que oui. Tout, sauf le camouflage par l’extrême prudence, les habits de douceur et de modestie dont se pare, un peu trop, le renard de Sainte-Croix. L’homme laisse entendre qu’il irait bien au combat, mais seulement avec la certitude d’apothicaire de faire au moins un très bon résultat devant l’Assemblée fédérale. Un chiffre qui puisse lui permettre, en cas d’échec, de revenir la tête haute dans son Pays de Vaud.

Soit. Tout cela est bien vaudois, bien calculé, doctement soupesé. Mais manque un peu de sens du risque. Martine Brunschwig Graf, Christian Lüscher, Didier Burkhalter ont au moins eu, eux, le courage de se lancer. Au risque de perdre des plumes, ce qui fait partie du jeu.  A ce stade donc, il apparaît que l’achilléenne posture de silence-tactique-de-celui-qui-attend-qu’on-le-supplie-de-sortir-de-sa-tente-et-d’entrer-dans-la-bataille est peut-être en train d’atteindre ses limites. Plus clairement dit : Monsieur Broulis, il va falloir sortir du bois.

Car enfin, de quoi s’agit-il ? D’une campagne de coulisses dans la seule finalité de convaincre au moins 124 parlementaires le 16 septembre ? Non, décemment, cela ne peut plus se réduire à la seule extase d’alcôve des conciliabules. Cette campagne regarde, au premier chef, le peuple suisse, même si ce dernier ne constitue pas le corps électoral de ce scrutin. Il s’agit d’élire un homme ou une femme qui détiendra le septième du pouvoir gouvernemental, atteindra un jour la présidence de la Confédération, représentera la Suisse à l’étranger, incarnera une vision, des valeurs. Il s’agit d’élire le successeur de Jean-Pascal Delamuraz et Pascal Couchepin : ce peuple, même privé (dans le système actuel) du pouvoir de désignation, a le droit qu’on lui fasse savoir, avec appétit et pourquoi pas voracité, qu’on a férocement envie d’occuper la fonction. Plutôt que de jouer à attendre qu’on vienne le chercher.

François Mitterrand, quatre fois candidat et deux fois élu, a eu, en 1995, un mot extraordinaire. Il a dit de Jacques Delors, en qui certains s’étaient mis en tête de voir un candidat possible pour l’Elysée : « Delors ? Il a très envie d’être président. Mais il n’a juste pas envie d’être candidat ».

C’est plutôt pas mal, une candidature, non, Monsieur Broulis ? Avec l’odeur de la poudre, les oreilles des grognards, la fureur des étendards. Le Pays de Vaud, au fond. Celui qu’on aime : celui de 1798 et de 1848. Celui de Jean-Pascal Delamuraz. À qui il nous arrive souvent de penser. Avec affection, respect, et une bonne dose de nostalgie.

Pascal Décaillet

08:48 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/06/2009

Le Climatique et la rose des vents

Rose des vents.jpg

 

C’est reparti : alors que nos moites sueurs s’enfoncent dans l’été, revoici Ueli le climatique. Forme olympienne : plus Vert que Vert ! A chaque prise de parole, cinq ou six fois le mot « crise ». « Crise mondiale », « crise planétaire », « crise climatique » : à l’entendre, la Suisse n’est plus qu’un champ de ruines, livré à cinquante degrés permanents de canicule, le gaz carbonique seigneur et maître, l’Apocalypse imminente.

Le but ? Ma foi, fort simple. Placer un Vert, le plus vite possible, au Conseil fédéral. Un Sage. Un qui aurait compris le danger qui échappe un peu aux pourceaux d’ignorance et d’impéritie que nous sommes. Enfin, quand je dis « nous », je veux juste parler des quelque 91% de Suisses qui, à tort et dans un accès de stupidité digne des grandes errances et des hérésies albigeoises, n’ont pas jugé bon de voter Verts aux élections fédérales d’octobre 2007. Ah, les sottes gens !

Mais qu’importent les chiffres, qu’importe la raison, lorsque vient poindre, de son groin d’immondices, la Fin du Monde ! Pour tenter de la contrer, cette chienne dévoreuse du temps, peu importent la volonté du peuple, la République, la majorité, toutes ces fadaises enfantées par d’obscures Lumières. Non. Seul compte l’Autel de la Sagesse. Un Vert, vite ! Un Vert, bien frais, bien tassé. Un Vert providentiel. Un Sauveur.

Mais pas tout seul, le Vert. Dans l’esprit du Climatique, homme courtois, il n’est pas question de brûler la politesse aux socialistes. Alors, va pour les rose des vents, va pour deux socialistes et un Vert ! Voilà qui colle parfaitement, non, avec le signal délivré par le peuple en octobre 2007.

Le voilà donc, l’allié de circonstance que certains s’imaginent pour le 16 septembre. En clair, il est assez légitime que Christophe Darbellay tente de récupérer le siège perdu par Ruth Metzler. Mais le Valaisan ne peut décemment opérer cette manœuvre par des alliances qui casseraient la cohérence interne de la droite suisse. Une droite à qui le corps électoral a largement accordé sa confiance, aux dernières élections fédérales. C’est simple, c’est juste de bon sens. Comme de se mettre à l’ombre lorsque le temps, pour quelques heures, se réchauffe.

 

Pascal Décaillet

 

18:05 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/06/2009

La chance perdue

 

Le Matin dimanche - 28.06.09

 

Pierre Maudet, jeudi après-midi, hésitait encore. Penché sur l’extrême bord du Rubicon, à deux doigts du plongeon, il a préféré renoncer. Dommage. Il y avait là la salutaire espérance d’une fenêtre ouverte, avec l’irruption d’un vent glacé, dans le hublot d’un vieux grenier où suinteraient la lésine, le roussi, le poussiéreux avachissement du poids des ans.

Surdoué de l’action publique, Pierre Maudet est aussi un homme d’une rare culture sur l’histoire des idées, la genèse et l’évolution des partis politiques depuis la Révolution française : James Fazy, Jules Ferry, Guizot, Mandel ou Mendès France n’ont aucun secret pour lui, il est imprégné de passion républicaine, capable d’en parler pendant des heures. Bref, un arrière-pays, chose hélas de plus en plus rare dans la classe politique. Radical, il sait pourquoi il l’est, d’où vient ce parti, comment le régénérer pour relancer le pays.

Cette candidature, sans doute, avait bien des risques d’aller se fracasser, au final, contre celle d’un Pelli ou d’un Broulis. Mais diable, elle aurait remué et labouré le champ de nos idées, secoué la torpeur du centre-droit, charcuté nos préjugés, remis en question ce mode électoral, si ahurissant, où nul programme commun, nulle épine dorsale ne relie entre eux les membres du Conseil fédéral, ces passants du hasard, qui restent tant qu’ils veulent et prennent congé, par pure convenance, au beau milieu d’une législature.

Tout cela n’est pas une question d’âge. Maudet n’a ni raison ni tort d’avoir 31 ans. Il a 31 ans, c’est tout. Et puis, foin du conflit des générations, foin de celui de sexes ! Ce dont la Suisse a besoin, c’est d’hommes et de femmes, de tous âges, ayant une puissante ambition pour le pays. Pierre Maudet, parmi quelques rares autres, en fait partie. Il aurait été, c’est sûr, un candidat d’exception.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

16:37 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/06/2009

« Je le vis, je rougis… »

 

Tribune de Genève - Jeudi 25.06.09

 

Ce soir, ou au plus tard demain matin, nous devrions savoir si Pierre Maudet, 31 ans, jeune prodige de la politique en Suisse romande, se porte ou non candidat au Conseil fédéral. Cette décision, plus que toute autre, lui appartient.

Etrange, tout de même ce début de campagne où les plus bavards ne sont pas toujours les plus importants, où les ténors se taisent, et où l’acuité du cri des chérubins vient percer nos oreilles. Etrange, oui, cette marmoréenne attitude :  « ceux qui comptent » se drapent de silence, en préparant la seconde si jouissivement nuptiale de l’aveu. C’est Phèdre qui se penche vers Oenone, les mots irrévocables : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue… ».

Pourquoi ce cirque, au fond ? En quoi Mme Brunschwig Graf, MM Broulis, Pelli, Darbellay devraient-ils à tout prix nous faire suer d’impatience, le temps d’un été de mutisme, avant de nous délivrer l’oracle ? François Longchamp, Pierre Maudet, eux, auront au moins tranché, dans un sens ou dans l’autre, avant l’été. Il y a là un respect du public.

Pour le reste, il est souvent d’usage, fin juin, en se quittant, d’offrir quelques livres. Alors, disons, pour Darbellay, « La grande peur dans la montagne », où l’homme ira mûrir sa décision. Et, pour Pelli, ce petit chef-d’œuvre de fouet, de sadisme et de confiture de la très regrettée Comtesse de Ségur : « Les vacances ».

 

Pascal Décaillet

 

09:32 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/06/2009

T’es Latin, coco ?

Louve romaine.jpg

Série "Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre?" - Dimanche 21.06.09 - 09.15h

Ils n’ont plus que ce mot-là : « Latin ». Ils ne disent pas « Romand », mais « Latin ». Ils pourraient ajouter « noiraud », « sémillant », « conduisant vite, à l’instinct », « adepte du tango », « amant jaloux ». Tout cela, condensé en un mot : « Latin ».

Voilà donc, l’espace d’une vacance, la Suisse coupée en deux : les Teutons et les Latins. On voudrait la belgiciser (avec l’éclatant succès qu’on sait), on ne s’y prendrait pas autrement. Le procès qu’on vient d’intenter au Singinois Schwaller, procès en non-latinité, n’est pas loin de rappeler les très riches heures de l’Inquisition contre les sorcières, voire certaines quêtes de « certificat » des années noires.

À lire la presse orangée dominicale, ce matin, c’est le délire. Ils montent tous au créneau, le poignard ethnique entre les dents. Oh, que les deux meilleurs candidats se trouvent être des Latins, je n’en disconviens pas, ayant déjà esquissé le vivifiant intérêt d’une finale de chefs, en septembre, la finale de rêve entre Fulvio Pelli et Christophe Darbellay. Mais enfin, ça n’est en aucun cas parce qu’ils sont Latins. J’évite, en principe, de pratiquer la prise de sang avant de délivrer une appréciation sur la valeur d’un politique.

Dès lors, lorsque tous les cadres d’un groupe de presse romand en viennent à plaider à l’unisson, et avec quelle fureur, pour qu’un fils de la Louve, et nul autre, ethniquement attesté, remplace aux affaires l’Imperator d’Octodure, on viendrait presque à se demander si le rachat récent de leur groupe par les Zurichois n’aurait pas provoqué en eux comme un surmoi d’urticaire. Mais cette question, nous ne la poserons pas. Nous la laisserons juste flotter, au fil de l’eau. Comme portée par une voile latine. Dans la douceur de sa dérive.

Pascal Décaillet

09:15 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/06/2009

Le PDC a ses chances… Mais à quel prix ?

Analyse, suite aux Assemblées de délégués du PDC et de l'UDC, samedi 20.06.09, 17h

Il devait souffler, aujourd’hui à Delémont, comme un parfum de dame en noir. Le souvenir de Ruth Metzler. Ce mercredi de décembre 2003, le siège perdu : une alliance froide entre radicaux et UDC, la Realpolitik. Dès lors, le PDC n’avait plus qu’à mourir, mourir pour renaître, renaître pour reconquérir. Devant le congrès de son parti, tout à l’heure dans la capitale jurassienne, Christophe Darbellay a confirmé avec une dionysiaque ivresse sa rage de Reconquista. Au même moment, devant l’Assemblée des délégués de l’UDC, Toni Brunner accusait le Valaisan de vouloir pulvériser la concordance suisse.

Brunner se trompe. C’est une autre concordance que va tenter (par un travail estival qui promet d’être acharné) de mettre en place le président du PDC. Un nouvel axe, où l’épée du monde serait le Centre, avec des tentatives de séduction sur les Verts, quelques socialistes, quelques libéraux-radicaux, et pourquoi pas quelques UDC. Bref, un patchwork. Pour parachever ce montage, il s’agira de grappiller les suffrages à l’unité près, jusqu’à la nuit du 15 au 16 septembre, incluse. Et arrosée.

Car les libéraux-radicaux, titulaires du siège vacant, ne feront pas le moindre cadeau à leurs chers ennemis du Sonderbund. La majorité numérique, ils l’ont. Les hommes et les femmes de valeur, aussi. La légitimation de l’Histoire, le rôle de leur famille politique dans le façonnement de la Suisse moderne, encore plus. Dès lors, la seule carte de Darbellay sera d’afficher un programme gouvernemental de rupture, ce qui a déjà été esquissé, aujourd’hui à Delémont, avec une proposition de refonte en profondeur du système de santé. Et, à la volée, cette petite gentillesse pour Pascal Couchepin, en guise de droit d’inventaire : « Ces dernières années, la politique de santé a été une politique de rafistolage ». Ou quand Brutus nous raconte la vie de César…

Comment Christophe Darbellay va-t-il se débrouiller pour que sa tentative de recomposition ne soit pas perçue, une nouvelle fois après le 13 décembre 2007, comme une trahison de la droite suisse ? À cette question majeure, en ce samedi 20 juin 2009, je n’ai pas de réponse. Car le grand défi des anciens adversaires du Sonderbund et du Kulturkampf, c’est justement de dépasser les fractures de l’Histoire et de se rassembler. Un grand parti de centre-droit, en Suisse, entre la gauche et l’UDC. La haine qui oppose MM Pelli et Darbellay, la cruauté de la compétition estivale qui s’annonce, tout cela pourrait bien, après l’élection, laisser des traces. Et ralentir, voire geler un processus de rapprochement que le sens de l’Histoire devrait pourtant dicter à ces deux grandes familles politiques qui ont tant fait pour inventer la Suisse moderne.

Pascal Décaillet





17:01 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

La NZZ lance Mario Annoni



Publié dans la série « Dis Papa, c’est encore loin, le 16 septembre ? »


Dans la NZZ de ce matin, mon confrère Christophe Buechi lance le nom de Mario Annoni. L’ancien homme fort du Conseil d’Etat bernois, magistrat remarquable, serait-il intéressé par la succession de Pascal Couchepin ? Mystère. Ce qui est sûr, c’est que la seule évocation de ce nom fait du bien. À une stature – celle du sortant – elle convoque une autre stature, homme d’exécutif, jeteur de ponts, qui peut se targuer d’avoir un bilan. Voilà qui contraste avec les élans primesautiers de quelques cabris, lancés dans la course dans le seul dessein d’aiguiser nos appétits alpestres.

Annoni ? Crédible, oui. Tout comme Pascal Broulis. Tout comme Pierre Maudet, qui a jusqu’à jeudi pour annoncer son intérêt à son parti cantonal. Il n’a que 31 ans ? Et alors ! N’est-ce pas d’une fontaine de jouvence que le grand vieux parti, repu de rotondité notariale, a le plus urgent besoin ?

Annoni, Broulis, Maudet ? Aucun des trois ? Résurrection de MBG, après le baiser de vie de l’Archange Halpérin ? Retour de « vacances » de Pelli, le mieux placé pour l’heure ? Réveil de Burkhalter, qui aurait soudain rencontré le charisme, quelque part entre l’ennui et Damas ? Retour en grâce de Schwaller, pour peu qu’il jure de ne plus jamais se laisser pousser la moustache, parce que ça fait suisse allemand ? Entrée dans la course, plus tard, du Flandrin des glaciers, Christophe Darbellay ? Finale Pelli-Darbellay, finale de rêve, sur l’Alpe, en plein soleil, entre Valais et Judée, sous le doux sourire des cimes blanches ?

Délire ?

Oui, délire, pour l’heure. Nous n’en sommes qu’au début. Une campagne commence toujours par un peu d’ivresse. Et se termine par beaucoup d’ivresse. Entre deux : de l’ivresse.

Restez avec nous, sur le chemin du 16 septembre.

Pascal Décaillet

08:40 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/06/2009

Martine et l’Archange

 

 

Publié dans la série « Dis, Papa, c’est encore loin, le 16 septembre ? »

 

On la disait gisante, c’était oublier l’Archange. Celui qui, d’un baiser, ravive en vous le souffle, vous arrache au trépas.

Président du parti libéral genevois, Michel Halpérin demeurait silencieux, jusqu’à ce jour, face au trop-plein de papables, tacites ou déclarés, au sein de ses troupes, pour le Conseil fédéral.

De ce silence, l’ancien bâtonnier vient de sortir. Dans un communiqué dépourvu de toute équivoque, en guise de réponse à l’article du Matin, avant-hier, sur Martine Brunschwig Graf, l’Archange Michel dresse un panégyrique de la vice-présidente du groupe libéral-radical aux Chambres fédérales : « la personnalité la plus respectée et la plus aimée du parti libéral genevois ».

Du coup, il relance sa candidature. Et démonte les mécanismes de paravents installés par le génie transalpin de quelques stratèges, aujourd’hui « en vacances ».

Oh, c’est sûr, il est encore loin, le 16 septembre. Restez avec nous. Il y en aura encore, des retournements !

 

Pascal Décaillet

 

16:30 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le Carnaval des Chérubins

 

Publié dans la série "Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre?"


Une campagne pour le Conseil fédéral, c’est le contraire d’un feu d’artifice : ça commence par le bouquet final. Leurres, feux-follets, feux-Saint-Elme, traînées de poudre, traces de comètes, écrans de fumée. Plus tard seulement, le ciel s’éclaircit.

Pour l’heure, nous nous frottons les yeux. Que voyons-nous ? Rien. Ou plutôt tout, ce qui revient au même. C’est le rituel, comme au théâtre, le prologue encombré de personnages inutiles, les pistes brouillées, pour mieux, au cinquième acte, se dénouer.

Alors, des voix nous parlent. Des ténors ? Non, des chérubins . « Voi che sapete che cosa e amor, donne vedete s'io l'ho nel cor ». De leur tessiture de jouvenceaux, ils sont venus chauffer la salle. C’est leur heure, leur tour de piste. Charmants et charmeurs, masques et bergamasques, vedettes américaines, un peu le nain du Knie, qui vend les programmes, juché sur sa caisse. Nous les aimons, car ils nous installent dans le spectacle. En attendant les choses sérieuses.

Honneur à eux, donc. Gratitude. Merci de l’accueil. Et surtout, continuez à bien nous faire rire.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

10:32 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/06/2009

Martine à l’école

 

 

Publié dans la Tribune de Genève - Jeudi 18.06.09

 

MBG a-t-elle seulement vu venir les poignards ? Elle, pourtant toujours sur ses gardes, s’attendait-elle à l’irruption, dès le jour de la démission de Pascal Couchepin, d’une candidature de Christian Luscher au Conseil fédéral ? Même parti, même canton, même famille : le pire coup qui pouvait lui arriver. A-t-elle, à l’école, lu Racine, ou le Nœud de vipères ?

La marionnettiste, c’est Fulvio Pelli. Croit-il, une seule seconde, en Luscher ? Il est permis d’en douter. Mais il active ses leurres. Le Tessinois, pour faire barrage à la campagne centriste de Christophe Darbellay, veut mener la bataille à droite toute. Il a donc besoin d’un candidat qui convienne à l’UDC.

Martine Brunschwig Graf est assurément une femme de droite. Mais il est certaines valeurs sur lesquelles elle ne transige pas, et c’est tout à son honneur. Donc, aux yeux du Florentin, elle ne fait pas l’affaire. A quoi s’ajoute une campagne assez nauséabonde sur son âge, elle que dix mois, seulement, séparent de Pelli lui-même.

La victime des comploteurs survivra-t-elle à l’acuité des dagues ? Ce qui est sûr, c’est que la politique fédérale a besoin de cette femme de valeur. Qui ne méritait pas une telle tentative d’exécution. Ni par ses pairs, ni par certains de mes confrères. Lisible, tellement lisible, comme dans une mauvaise pièce. Avec de mauvais acteurs.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

09:19 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/06/2009

Et un casque à pointe pour M. Schwaller, un !

 

Publié dans la série "Dis, Papa, c'est encore loin, le 16 septembre?"


 

C’était cousu de fil blanc, programmé. Il y a toujours un moment, dans une course au Conseil fédéral, où un petit malin nous sort l’argument ethnique.

Ainsi, Fulvio Pelli, candidat à ne surtout pas être candidat (jusqu’au jour où, genoux rouges sur le bouillant bitume noir, on viendra le supplier), déclare doctement que le chef du groupe PDC aux Chambres fédérales, Urs Schwaller, est inéligible, parce qu’il n’est pas romand. Pas latin. Pas assez fils de la Louve, le Singinois. Ah, l’ignoble, le Fridolin, tout juste bon pour les terres de betteraves, le houblon mousseux, le port du casque à pointe !

Bon, c’est vrai, Schwaller ne respire pas, ni dans son être ni dans son verbe, les piques et les pointes de Voltaire et de sa langue. Mais enfin, à supposer qu’il soit un bon candidat pour le Conseil fédéral, en quoi ces quelque 60% de germanitude seraient-ils un problème ?

La vraie raison, c’est que Fulvio Pelli se méfie de ce rival. En Suisse, on n’est pas élu par le peuple, mais par un collège de 246 grands électeurs. C’est lui, et lui seul, qu’il s’agit de séduire. Or, dans cette sainte fraternité-là, le prudent Fribourgeois, grand rival du radical Burkhalter dans l’art de ne jamais froisser personne, jouit d’une cote inversement proportionnelle à sa notoriété dans les grandes couches de la population. A lui, les arcanes. Au flamboyant président national de son parti, la lumière, l’ivresse des altitudes.

Donc Pelli, habile au point de reléguer le regretté Cardinal Mazarin au rang de balourd du Baloutchistan, prend soin, dans ce premier tour de la campagne, de scier d’emblée celui qui pourrait s’avérer, en septembre, un rival de premier plan. Dans cette démarche, agit-il seul ? La question est posée.

En attendant, la question ethnique est reprise, aujourd’hui, en grande pompe, par l’officialité des observateurs. Le chœur des vierges, par Pachacamac! Qui progresse, à l’unisson, vers le bûcher. Où M. Schwaller est cordialement invité à monter prendre sa place. En attendant peut-être, dans une autre vie, un pont d'or pour Hollywood.

 

Pascal Décaillet

 

14:04 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/06/2009

César, Brutus, et le temps des cerises



Pour quelqu'un qui s'en va et prétend avoir désormais comme priorité les conserves de cerises, Pascal Couchepin ne perd pas le nord. Dans une interview accordée à Ludovic Rocchi, publiée aujourd'hui dans le Matin dimanche, mais réalisée dans son bureau de Berne, vendredi matin, juste après l'annonce de son départ, l'Imperator annonce clairement la couleur pour sa succession: « Il est dans l'intérêt du pays que mon siège revienne à un libéral-radical latin ».

A la bonne heure! Il a dit « latin », pas « romand », c'est déjà un signe, n'est-ce pas, Monsieur Pelli. Mais enfin, voilà qui laisse le champ ouvert. A une exception près: il a dit « libéral-radical », entendez: « Il n'est pas question que l'ennemi héréditaire, celui de la bataille du Trient et du Sonderbund, vienne nous griller la politesse sur ce coup-là ». En clair, par atavisme partisan, il écarte d'un revers le plus férocement doué de ses successeurs possibles, Christophe Darbellay. En politique, on tue les pères, mais on tue aussi les fils, même adoptifs. En politique, c'est souvent César qui tue Brutus. Délicat et charmant, non, comme un flot de sang sur la candeur d'une toge.

On peut aussi voir les choses autrement. Darbellay, comme Couchepin, est un fauve qui s'abreuve aux eaux troubles de l'adversité. Et si ce refus de bénédiction, justement, se révélait un propulseur? Le PDC, dans cette affaire, a de précieuses cartes en mains pour récupérer le siège de Ruth Metzler. Les négociations, y compris avec l'UDC, commencent dès aujourd'hui. Cela n'est ni gagné, ni perdu, mais la partie est jouable. S'il décide de jouer cette carte, le PDC doit lancer le meilleur des siens. Et nul autre.

Delamuraz, en 83, était le meilleur de tous, il fut élu. Idem pour Couchepin en 98. Il n'y a aucune raison, en cette période de crise et de tempête qui nécessite des caractères forts, des tronches, d'incomparables puissances de travail dans les collèges gouvernementaux, d'aller chercher, pour arranger tout le monde, des semi-tempéraments dans des semi-costumes. Il faut juste les meilleurs. Libéraux-radicaux ou PDC, ça n'est pas l'essentiel sur ce coup-là. Les valeurs de ces deux grandes familles, entre le socialisme et l'UDC, sont à bien des égards les mêmes. Pour le 16 septembre, il serait sage d'oublier le Sonderbund. Et d'aller chercher le meilleur. Là où il est.

Pascal Décaillet


08:56 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |