18/12/2007

Droit d'inventaire



Édito Lausanne FM – Mardi 18.12.07 – 07.50h



Dans l’élection de mercredi dernier, au Conseil fédéral, la totalité de la lumière accaparée par Christoph Blocher a été, pour certains de ses collègues du gouvernement, une aubaine inespérée : profiter de l’éclipse et de la pénombre pour passer entre les gouttes, se faire réélire dans l’indifférence générale, malgré un bilan bien maigre.

Car il paraît qu’on réélit un conseiller fédéral, désormais, en fonction de son bilan. Je m’en réjouis. Pendant des décennies, ce poste confinait au mandat à vie, il fallait vraiment des Mirages pour trébucher, ou alors la maladresse d’un coup de fil. Sinon, la réélection procédait d’un automatisme.

Vous avez dit bilan ? Magnifique ! Allons-y pour le bilan. Celui de Moritz Leuenberger, tout d’abord. Le plus ancien conseiller fédéral, plus de douze ans en poste. Douze ans pour faire quoi ? En matière d’énergie ? En matière de télécommunications, surtout, avec une loi sur la radio et la télévision qui ressemble à une usine à gaz, et qui freine l’impérieuse nécessité de concurrence, dans ce domaine. En matière de transports : la troisième voie Lausanne-Genève qui n’est toujours pas là ; l’axe Zurich-Milan totalement privilégié sur les variantes favorisant la Suisse romande. Bref, l’impression d’un conseiller fédéral qui n’arrive pas à imposer ses vues.

Vous avez dit bilan ? Alors je vous propose le bilan de Samuel Schmid. Un homme intègre, à coup sûr, solide. Mais qui ne veut tout simplement pas voir la nécessaire révolution qui attend encore notre politique de sécurité. Il croit encore en la milice, il est bien l’un des derniers. Il s’accroche encore, désespérément, à l’arme à domicile, ce mythe de la confiance au citoyen-albalétrier. Il est resté, dans sa tête et malgré une bonne volonté touchante, le colonel Schmid, héritier d’une armée qui comptait encore 600.000 hommes, il y a moins de vingt ans. Il a défendu, devant le Parlement, des achats d’armement d’un autre âge. Il s’est même fait minoriser.

Seulement voilà. Mercredi dernier, MM Schmid et Leuenberger ont été réélus sans problème. Ils sont passés entre les gouttes. On ne les a même pas vus. Nulle ligne éditoriale pour commenter leur élection. Tétanisés par le pouvoir personnel prêté à Christoph Blocher, les 246 grands électeurs n’ont même pas songé, un instant, à sanctionner l’impuissance impersonnelle. Il est vrai que ces deux-là ne les dérangeront jamais trop. C’est fini. Vous pouvez passer. La torpeur fédérale peut perdurer.




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17/12/2007

Suffrage universel



Édito Lausanne FM – Lundi 17.12.07 – 07.50h



Depuis une bonne quinzaine d’années – j’étais à l’époque correspondant parlementaire à Berne – je plaide pour l’élection du Conseil fédéral au suffrage universel. Ce qui suit n’a donc, en aucun cas, été suscité par les événements du 12 décembre dernier. Disons, tout au plus, catalysé.

Que s’est-il passé la nuit du 11 au 12 décembre, nuit d’Escalade? Une troïka de fortune, réunie uniquement pour l’occasion, a réussi un coup de maître. Le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le démocrate-chrétien Christophe Darbellay. Cela, ce sont les faits, tout le monde peut tomber d’accord sur le constat, à commencer par les trois intéressés, tout heureux, déjà, de dévoiler les coulisses de leur complot, dans une excellente séquence de l’émission Mise au Point, hier soir.

Je ne reviens plus sur la question : « Etait-ce bien ? ». Sur ce point, vous connaissez mon point de vue. Mais ce matin, j’en pose une autre, que j’ai déjà posée il y a quatre ans, suite à l’éviction de Ruth Metzler, et il y a plus de quatorze ans, lors du psychodrame Francis Matthey, Christiane Brunner Ruth Dreifuss : « Est-ce, bon, est-ce juste, est-ce normal ? ». Que vous soyez pour ou contre Blocher, trouvez vous légitime, démocratique, qu’un choix aussi important que son maintien au gouvernement procède d’un pronunciamiento tramé dans les nappes d’alcool de la nuit avancée de l’Hôtel Bellevue ?

En ourdissant leur coup, ces trois politiciens ont surtout fait avancer leurs carrières. Cela vous a-t-il échappé ? Tous trois sont en phase de conquête d’un poste. Levrat est candidat à la présidence du parti socialiste suisse. Ueli Leuenberger à celle des Verts. Christophe Darbellay, en embuscade de chasse pour toute proie qui voudra bien s’offrir à lui, par exemple le Conseil fédéral. Pour chacun des trois, pouvoir se profiler sur un coup pareil, c’était une aubaine inespérée. Cela, juste pour qu’on cesse de nous faire le coup de la morale, des écrouelles, des gens reconnaissants qui veulent toucher les sauveurs dans la rue. Il y a tout de même un moment où la naïveté atteint des limites.

Par paradoxe, oui, ce spectacle, pour l’avenir, affaiblit l’autorité du Parlement à élire lui-même les conseillers fédéraux. Et redonne du crédit à la vieille idée, actuellement dans un tiroir, de saisir, par des procédés et avec des garanties de pluralité nationale qui restent à définir, l’ensemble du corps électoral de ce pays. Je ne suis pas du tout sûr, d’ailleurs, qu’à ce régime-là, Christoph Blocher aurait fait beaucoup mieux. Mais ceux qui, au contraire du pouvoir personnel prêté au tribun zurichois, ne savent aligner, depuis des années, que leur impuissance impersonnelle, de Moritz Leuenberger à Joseph Deiss, à coup sûr, ces dernières années, ne seraient pas passés.

L’idée de l’élection du Conseil fédéral par le peuple est mûre pour affronter l’opinion publique, dans un grand débat national qui prendra des années. Oh, je vois déjà les résistances : les parlementaires eux-mêmes, qui se verraient ainsi privés du plus jouissif de leurs droits. Une noria de profs de droit constitutionnel, tout ce que la République compte d’éminents juristes et de penseurs. Mais, Dieu merci, ça n’est à aucun de ces corps constitués qu’appartient le droit de changer la Constitution, mais au peuple souverain. Le peuple suisse des années 2008, 2009, 2010 serait-il moins responsable que le peuple français de 1962, lorsqu’un homme d’exception, Charles de Gaulle, seul contre toutes les féodalités parlementaires ou juridiques, avait lancé le débat à l’ensemble de la nation ?


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14/12/2007

Les marches du Sénat

 



Édito Lausanne FM – Vendredi 14.12.07 – 07.50h



On peut éjecter un homme, on n’éjecte pas des idées. Une structure peut finir, par addition de petitesses et de rancunes, par se débarrasser d’un élément qui aurait accaparé trop de place et de lumière. Si cet élément a, en lui, l’âme et les ressources d’énergie pour, de l’extérieur, reprendre le combat, il en ressortira, quelques années plus tard, encore plus fort. C’est ce qui pourrait bien arriver à Christoph Blocher.

Le Parlement, par une majorité de circonstance, bricolée en coulisses et uniquement pour l’occasion, a réussi un coup. Tant mieux pour lui. Laissons le Parlement, désormais claquemuré dans son autisme, jouir des dernières années où, résidu de vieilles Diètes d’Empire, il pourra encore donner ce spectacle-là. Le spectacle de la combinazione. Le spectacle de ce trio de l’hôtel Bellevue, aux heures pâles de la nuit : MM Darbellay, Levrat, et Ueli Leuenberger.

Il faut lire et relire « Jules César », cette lumineuse tragédie de Shakespeare, construite sur le scénario de la « Vie des hommes illustres », du grand Plutarque. Comment Brutus et Cassius, sur un coup de fortune, s’acoquinent. Comment Marc Antoine, une fois le forfait commis, et le sang de César sur les marches du Sénat, séduit la foule de Rome. Comment les conjurés se déchirent entre eux. Comment l’opinion publique se façonne et se travaille, se retourne à la vitesse de l’éclair.

Déjà hier, Christophe Darbellay s’empressait de rassurer la droite : « Nous, démocrates-chrétiens, mais nous sommes évidemment un parti bourgeois ! ». Et de rappeler, sans faillir, l’âme fière, l’engagement indéfectible de son parti dans la votation fédérale de février sur l’imposition des entreprises. Et d’appeler hier soir, sur les ondes de la Radio Suisse Romande, à un grand centre droit fraternel. Et de tenter de calmer les radicaux, dont beaucoup sont tout simplement remontés contre lui. Ductilité, souplesse, plasticité ; il y aurait aussi d’autres mots, laissons-les.

Lisons Plutarque, plutôt. Le rendez-vous à Philippe, lancé par Blocher en 1999, c’était déjà, via Shakespeare, tiré de cet auteur de génie, ce Grec imbibé de latinité qui aura passé son œuvre à mettre en parallèle les destins des grands hommes. À nous démonter, par le génie du récit et non la pesanteur de la démonstration, les ressorts du pouvoir. Lire Plutarque, comme lire certaines œuvres de Marx, ces moments de lumière où le philosophe rhénan nous décortique les mécanismes des mouvements révolutionnaires de 1848, comme lire Thucydide ou Tocqueville, ne contribue certes pas à une vision optimiste de l’Histoire. Mais réaliste, oui. Les hommes, tels qu’ils sont. Avec le jeu de miroirs des ambitions, les passions destructrices. C’est cela, l’Histoire. C’est cette dimension du tragique et de la dérision, dans laquelle le petit complot du Bellevue, ce pacte-à-trois d’une nuit passagère, vient arracher quelques parcelles de lumière et de perspective.

Plutarque, Shakespeare, et plus encore Bertolt Brecht. Le jeu de masques et d’hypocrisies de leurs héros. Se donner des allures de tyrannicide, invoquer la morale, pour en vérité, ne rien assouvir d’autre que des ambitions personnelles. C’était valable la nuit de mardi à mercredi, avec MM Darbellay, Levrat et Ueli Leuenberger. C’était valable aux ides de Mars, an 44 avant Jésus-Christ, à Rome, sur les marches du Sénat.

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13/12/2007

Ah, les braves gens!



Édito Lausanne FM – Jeudi 13.12.07 – 07.50h



Ah, il faut les lire, ce matin, il faut voir leur jouissance, leur extase de héros. Tyrannicides, tant qu’on y est. On se croirait dans Plutarque, Shakespeare : Brutus, Cassius, César, Antoine ; ils auraient eu raison du monstre, l’auraient terrassé au péril de leur vie, auraient sauvé le pays. Ah, les braves gens !

La réalité est un peu différente. Un parti, charnière dans notre échiquier politique, un parti oubliant ses alliances, son appartenance à la grande famille de la droite, le PDC, a passé contrat avec les socialistes et les Verts pour avoir la peau de Christoph Blocher. Ces trois-là, moins quelques voix démocrates-chrétiennes de Suisse centrale et orientale, plus quelques miettes de défection radicale, voire UDC, ont obtenu une majorité. C’est simple, sec comme une mathématique d’ombre, pointu comme l’extrémité d’une lame.

Je ne reviendrai pas, ce matin, sur certains gestes troubles de cette élection, comme l’indécence de ces mains levées vers le ciel, en signe de victoire, en pleine enceinte du Parlement, de Luc Recordon. Sauf mon respect – réel – pour cet homme politique, juste lui rappeler que le sanctuaire des élus du peuple n’est pas exactement une tribune de football. Et qu’un minimum de retenue, dans la victoire, n’est parfois pas de trop.

Je ne reviendrai pas sur les propos délirants de certains Verts, persuadés d’avoir terrassé le dragon, débarrassé la Suisse du monstre. L’Histoire, en rediffusant dans quelques années ces propos d’archives, jugera d’elle-même.

Non, ce matin, je veux dire autre chose. Si ces gens-là s’imaginent avoir tout réglé en remplaçant la ligne Blocher par deux gentils agrariens des ailes grisonne et bernoise, alors ils risquent de déchanter dans les mois et les années qui viennent. Quand un homme politique est doué (cela, même ses pires adversaires le reconnaissent), il l’est jusqu’à la mort. Blocher n’a que 67 ans, il est en pleine santé, sa puissance de travail et d’inventivité sont phénoménales. Chef de l’opposition, demain, il entraînera dans son sillage toutes les Suissesses, tous les Suisses à qui le pronunciamiento parlementaire d’hier a donné un peu la nausée. Cela pourrait faire pas mal de monde.

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12/12/2007

Nuit magique



Édito Lausanne FM – Mercredi 12.12.07 – 07.50h



Dans sept minutes exactement, à l’issue de cette chronique, le grand bal fédéral va commencer. Ce rituel, toujours le même : vingt minutes par tour, les urnes qui se remplissent, les huissiers – les grands prêtres - en grande livrée qui les transfèrent religieusement, comme des calices, dans la salle du dépouillement, les bruissements des Pas perdus. Tout cela, toujours en décembre, au cœur d’une vieille ville de Berne superbement illuminée, prête à affronter, dans sa tradition de bonne humeur, la nuit de l’hiver.

Oui, nos liturgies politiques, en Suisse, sont magiques. J’ai mené une impressionnante quantité de débats en direct dans la Salle des Pas perdus, soit pour l’élection du Conseil fédéral, moment de grâce comme ce matin, soit en marge de travaux parlementaires. C’est prodigieux comme situation, nul pays au monde n’offre une telle contiguïté entre journalistes et députés : vous êtes là, devant ces portes battantes, style portes de saloon dans les westerns, qui séparent le sacré du profane, le monde des élus de son antichambre.

Vous êtes là, avec votre micro, et c’est la pêche miraculeuse. Les parlementaires ne cessent d’entrer et sortir, c’est un bal hallucinant pour un néophyte, et, dès qu’ils surgissent, si le cœur vous en dit, vous pouvez les assaillir, les prendre en direct dans votre émission. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, ne demandent que cela : c’est une forme de pêche assez particulière, où nul ne sait exactement qui joue le rôle de l’hameçon. Si vous n’avez pas, un minimum, ce sens du clin d’œil et du jeu de séduction, cet univers de meurtres symboliques n’est pas taillé pour vous. Ni comme politicien, ni comme journaliste.

Le système suisse, avec ce Parlement roi, faiseur et défaiseur de princes, c’est la Quatrième République. Un système hérité de Diètes lointaines, ces temps des diligences où il fallait des jours pour se rendre à Berne, et qui, au début du troisième millénaire, perdure. Un système où la caste parlementaire confisque au peuple un suffrage qui, bien sûr, n’a de véritable sens, en démocratie, que lorsqu’il est universel. Alors, la Nuit des longs couteaux, ce délicieux mythe, c’est la nuit de gloire, la Walpurgis, de 246 grands électeurs transcendés, dans l’ivresse de leur imaginaire, en princes d’Empire. Tout cela, dans les lumières de Noël de la Berne nocturne. C’est un peu dérisoire, mais c’est comme une nuit d’Escalade : au cœur de l’Avent, comme défi à cette longue nuit qui s’installe, c’est tellement magique.


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11/12/2007

Raison d'Etat



Édito Lausanne FM – Mardi 11.12.07 – 07.50h



La visite de Mouammar Kadhafi en France, en grande pompe et pendant plusieurs jours, la première depuis 1973, irrite les bonnes âmes. Bernard Kouchner dit son malaise. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, parle de symbole scandaleusement fort.

Ils peuvent regretter tant qu’ils veulent, gémir, geindre, il n’y a, en France, depuis un demi-siècle, qu’un seul patron pour la politique étrangère, il n’est ni au Quai d’Orsay, ni dans un improbable secrétariat d’Etat, mais bel et bien à l’Elysée. Le patron, c’est le Président de la République.

Cela, c’est pour la forme. Reste le fond, qui donne totalement raison à Nicolas Sarkozy dans cette affaire. Il faut, une fois pour toutes, le rappeler aux droits-de-l’hommistes : il n’a jamais été écrit nulle part que la politique étrangère ne consistait qu’à traiter avec des gens convenables. La politique étrangère, ça n’est pas, ça ne doit pas être, un cortège de morale et de bons sentiments ; c’est l’un des leviers des intérêts supérieurs de la nation, rien d’autre.

Kadhafi n’est pas un saint. Et alors ? La France a parfaitement le droit de mener, face au monde arabe, auquel elle est liée par une équation historique, face à l’Afrique du Nord encore plus, la politique qui est la sienne. Laquelle, jusqu’à nouvel ordre du monde, que personne de lucide, pour l’heure, ne voit vraiment poindre à l’horizon, ne se décide ni à Bruxelles, ni à Washington, mais à Paris.

Dans la réception de Kadhafi, il y a l’argument économique, les contrats. Cela fait partie du jeu. Mais il y a surtout le signal politique. Voilà un président, Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas nécessairement très bien commencé en politique étrangère, déclarant à Washington une flamme atlantiste qui ne correspond pas au sentiment profond des Français. On a pu, un moment, se dire qu’on était entré dans l’ère de l’obédience. Et puis, là, voilà comme un rappel : la France reçoit qui elle veut, quand elle veut, comme elle veut, elle n’a en aucune manière à en référer à ses alliés. Cela porte un nom, bien lointain pour Sarkozy, au point qu’il donnait presque l’impression de l’avoir oublié : cela s’appelle le gaullisme.

Reste enfin que, pour la politique arabe, notamment méditerranéenne, la diplomatie française, riche de deux siècles de réseaux, à vrai dire depuis le voyage de Bonaparte en Egypte, puis par la présence coloniale, a sans doute un peu plus de pertinence à entrer en action que les gros sabots de l’Oncle Sam, dont on peut goûter et apprécier à sa juste mesure, depuis bientôt cinq ans, l’éclatant succès en Irak.


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10/12/2007

Darbellay, la Seine, l'Océan



Édito Lausanne FM – Lundi 10.12.07 – 07.50h



Le téléphone de Christophe Darbellay, ce week-end, a beaucoup sonné, mais il n’a que très peu répondu. Atmosphère de veillée d’armes, du côté de Martigny, une affaire de carrefour et de destin. Le président du PDC suisse est l’homme-clef de l’élection d’après-demain. Situation centrale. Mais pas nécessairement confortable.

Christophe Darbellay. L’un des hommes politiques les plus doués de sa génération. L’homme, avec Doris Leuthard, qui a réveillé le PDC de sa torpeur, l’a enfin sorti de deux décennies – depuis le départ de Kurt Furgler, au fond – de demi-personnages et de demi-programmes, d’illisibilité politique, je parle au niveau de l’exécutif fédéral. Darbellay, tacticien hors pair, trop peut-être à en croire, par exemple, ses chers amis les radicaux valaisans. Disons ductile, notre homme, et plastique, comme génétiquement taillé pour la manœuvre. Saisir l’opportunité, le « kairos », disaient les Grecs.

Humiliée, il  y a quatre ans jour pour jour, par la non-élection de Ruth Metzler, la démocratie chrétienne suisse tient peut-être, pour après-demain, sa revanche. Encore faut-il voir si son propre groupe parlementaire, demain après-midi, voudra tenter l’aventure, ce qui est loin d’être évident, en tout cas pour les notables conservateurs de Suisse centrale et orientale. Car l’actuelle position de force est bien fragile, elle tient à un fil. Alors, attaquer cette fois, attaquer en cours de législature, attaquer dans quatre ans ? Raisonnablement, il faudrait attendre. Mais les carrefours de destin ne sont pas pavés que de raison calculatrice. L’instinct, soudain, risquer, oui, tout risquer, et jusqu’à sa carrière. C’est cela, l’enjeu de Christophe Darbellay.

S’il ne se lance pas cette fois, il se présentera, dans quinze mois, au Conseil d’Etat valaisan. Et là, il fera une bonne et vieille carrière de notable sous le soleil du Vieux Pays. Il sera Maurice Troillet, ou Guy Genoud, ou Jean-René Fournier. Il sera un pataud potentat d’Ermitage et d’Arvine. C’est un choix. Dans son époustouflant recueil de chroniques, « La Paille et le Grain », que j’ai dans ma bibliothèque depuis 1975, François Mitterrand, battu de justesse par Giscard le 19 mai 1974, écrit le surlendemain : « Le destin de la Seine est-il d’arroser Paris ou bien d’aller à l’océan ? ».

Bien sûr, il y a aussi Urs Schwaller, le chef du groupe PDC aux Chambres fédérales. Fribourgeois, posé, compétent, riche de treize ans d’expérience gouvernementale dans son canton. Le candidat du milieu. Le candidat du microcosme. Le candidat de la sagesse posée. Le candidat des journalistes parlementaires. Le candidat de tous ceux qui se méfient de l’aventure, des chemins de traverse et des airs de flandrin. Schwaller conseiller fédéral, ce serait le retour à Joseph Deiss ou Arnold Koller. Le retour de la compétence prudente, avec sa rotondité notariale, provinciale, tellement rassurante, et jusqu’à la torpeur.

Non. Si l’Histoire veut que le PDC reconquière cette fois déjà (ce qui est loin d’être établi) le siège de Ruth Metzler, alors ça passera nécessairement par une décharge électrique, un coup de force, une forme de Brumaire. Et là, franchement dit, autant que ce soit par un homme qui fasse un peu rêver. Un homme de désir et de vent, d’aventure et de tempête. Un homme qui chemine sur la crête, avant l’aube. S’il faut Brumaire, autant que ce soit avec une anti-figure de Blocher au front impétueux. Autant que ce soit avec Christophe Darbellay.

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07/12/2007

Le Roi danseur



Édito Lausanne FM – Vendredi 07.12.07 – 07.50h



Nicolas Sarkozy réussira-t-il à sauver Ingrid Bentancourt ? On ne peut évidemment que le souhaiter, tant le calvaire de cette femme, cette demi-mort, là-bas, s’éternise. Madame Bentancourt n’est en rien en cause ici. Mais il faut dire quelques mots de la présidence-spectacle, lorsqu’elle est poussée jusqu’à l’extrême.

Dès le soir de son élection, le nouveau président mentionnait la nécessité de libérer l’otage franco-colombienne. Il y avait là un signe fort : la communauté nationale n’oublie pas les siens lorsqu’ils sont dans la douleur. Il y avait aussi, reconnaissons-le, du courage : si l’otage est libérée, tant mieux ; mais en cas d’échec, c’est Sarkozy lui-même qui risquerait d’en assumer les conséquences.

Qu’il faille tout faire pour libérer cette femme, tout le monde en convient, et le visage, d’une paisible et troublante beauté, de sa fille, sur les écrans TV, remue les cœurs. Mais franchement, est-ce au Président de la République française, premier personnage de l’Etat, héritier et successeur de Charles de Gaulle et François Mitterrand, de monter à ce point aux créneaux, avec tant d’insistance, de visibilité personnelle, et jusqu’à l’ostentation, sur le sujet ? Ne pourrait-il pas produire exactement les mêmes efforts pour tenter de faire libérer l’otage, en le disant – et en se montrant soi-même – un peu moins ?

Ce président qui se métamorphose, de plus en plus, en commis-voyageur des bonnes causes et des libérations d’otages, est-ce là le rôle du chef de l’Etat ? On pourrait imaginer que ces ambassades humanitaires soient déléguées un ou deux échelons plus bas, non ? Matignon, Quai d’Orsay, voire un personnage de forte autorité morale ; il y en a encore quelques-uns, me semble-t-il.

Mais non. Le président veut tout faire lui-même. Sur la scène, il veut être absolument seul. Non seulement comme scénariste, metteur en scène, éclairagiste, décorateur, ouvreuse, mais aussi comme acteur unique. Son pamphlet contre le régime gaullien, en 1964, François Mitterrand l’avait intitulé « Le Coup d’Etat permanent » ; avec Nicolas Sarkozy, les Français sont entrés dans l’air du one-man-show permanent. Le Roi est partout. On ne voit, on n’entend que lui. Le Roi est sur la scène, le Roi danse, le Roi se contemple dans la Galerie des glaces, et les courtisans, toutes échines courbées, jouissent de cette régalienne chorégraphie, par mille miroirs multipliée.

Pour l’heure, ils semblent aimer cela, les Français, ils ne semblent pas trop dérangés par la majesté solitaire de ce huis clos. Mais attention : là où il y a Huis clos, en contiguïté de rayonnage, il pourrait, dans les bonnes familles, y avoir aussi la Nausée. La chute, de l’un à l’autre, pourrait, le jour venu, avoir la rapidité d’une comète. Étincelante, et pourtant déjà morte.



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06/12/2007

Betticher, homme d'honneur



Édito Lausanne FM – Jeudi 06.12.07 – 07.50h



Nicolas Betticher. C’est vrai, l’homme est élégant, très soigné, le sombre de ses costumes, serrant une taille fine, lui donnait déjà des allures de ministre, avant même le ministère. Betticher, un sourire, une tenue, une culture, une intelligence. Donc, évidemment, autour de lui, et jusqu’aux confins du Rhône et de la Saône, des tonnes de jalousie.

Nicolas Betticher, chancelier de l’Evêché de Lausanne, Genève et Fribourg, ordonné prêtre, dimanche dernier, en grande, et peut-être trop grande pompe, en la Cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg, par son patron direct Monseigneur Genoud, en présence de 120 prêtres et 3 évêques, bref une sorte de couronnement impérial peint par David. Betticher, c’est l’homme-clef du diocèse.

C’est vrai, j’en conviens, autour de Mgr Genoud, rien ne se fait sans Nicolas Betticher. Il est un peu le Jacques Attali de l’évêque. Il était longtemps civil, et voilà que, sur le tard, il a décidé d’entrer dans les ordres. Lui, cette intime et irrévocable décision, il l’a prise au milieu de la quarantaine. L’un de mes magnifiques amis, aujourd’hui supérieur chez les Frères de Saint-Jean, l’avait prise l’année de ses cinquante ans. Betticher avait déjà fait toutes les études, et même bien au-delà, pour devenir prêtre, sauf le séminaire, dont Mgr Genoud l’a dispensé. Puisque déjà, il y enseigne. Disons qu’il a bénéficié, pour accéder au sacerdoce, d’une formation accélérée. C’est l’un des griefs – le plus doux, le plus mesuré – de la revue Golias.

Golias, dirigée par Christian Terras. C’est une revue catholique de gauche, à Lyon. Une revue qui adore s’en prendre à l’institution ecclésiale, ce qu’elle fait parfois avec bonheur, souvent avec excès. Surtout, cette revue, si confortable pour les ennemis du catholicisme, est immédiatement et systématiquement reprise, citée tous azimuts et avec jouissance par la presse, à chaque papier marketing et provocateur qu’elle commet.

En l’occurrence, c’est la revue Golias qui pose problème. Assassiner froidement l’ensemble d’un diocèse, démolir l’évêque, salir l’honneur et la réputation d’un chancelier en effet très puissant, faire courir des bruits, il y a là, sous couvert de liberté journalistique, des procédés qui donnent à réfléchir. Non qu’un diocèse soit inattaquable, loin de là, tout doit pouvoir être dit. Mais lorsque la plume parée de vérité porte en elle l’encre de la vengeance, suite à des affaires très précises, un licenciement par exemple, il convient peut-être d’en relativiser le message.

Nicolas Betticher est un homme puissant. Il est sans doute, aussi, un homme ambitieux, et pourquoi pas un Rastignac, dans toute la provinciale acception – et le charme bourgeois - de ce terme balzacien. Tout cela, oui. Mais sans lui, sans son immense travail, sans la qualité de son intelligence, sans ses réseaux, l’Evêché de Lausanne, Genève et Fribourg ne serait tout simplement pas ce qu’il est. Avec l’excellence de sa formation intellectuelle, Betticher aurait pu, en se lançant dans des activités profanes ou commerciales, devenir l’un des puissants parmi les puissants, bien au-delà de ce qu’il est. Au lieu de cela, il a donné toute sa vie à un diocèse. Il existe, dans le monde des Rastignacs, des projets plus lucratifs.

Nicolas Betticher est aussi, je le sais, un homme d’honneur. Ce trajet qui, à 46 ans, après une riche carrière, l’a conduit à choisir la voie de l’ordination sacerdotale, qui d’entre nous peut le juger ? Ce chemin intérieur, qui d’autre que lui en entrevoit les vrais contours ? Et sous la pompe, et le lustre, de la cérémonie de dimanche dernier, ces titres de chancelier, ou d’official, s’il y avait, simplement, la fragilité d’un homme face à sa foi ?

Un homme d’honneur, oui. On peut comprendre que la salissure le blesse. Puisse-t-il affronter cette épreuve avec la sérénité qui s’impose. Pour ma part, je lui dis mon admiration et ma confiance.

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04/12/2007

Michel Bouquet, l'énigme intérieure



Édito Lausanne FM – Mardi 04.12.07 – 07.50h



Hier soir, sur Arte, bonheur : Michel Bouquet dans le rôle de François Mitterrand. Les dix-huit derniers mois d’une vie d’exception, romanesque comme une passion française, le cancer qui gagne du terrain, les courtisans qui, sentant poindre la fin, dépeuplent l’entourage, l’obsession de la mort. Pas la mort métaphysique, nécessairement. Plutôt le trépas, l’angoisse de la douleur, enfin d’encore plus de douleur, car l’homme, en ce temps-là, souffrait le martyre.

Michel Bouquet, au sommet de son art, incarne et transcende. Incandescent et glacial, furtif et immobile, mélange d’aérienne distance, comme une première brise de l’au-delà, et de peur charnelle, celle des enfants, celle qui vous saisit : « Que va-t-il m’arriver ? – Aurai-je mal ? ». C’est François Mitterrand et ça n’est pas lui, c’est le grand homme mourant et c’est Michel Bouquet acteur. C’est le corps du Président, de loin par la caméra, exactement cette silhouette oui, avec ce chapeau à la Léon Blum, ce manteau noir, et puis, d’un coup, c’est l’immense acteur. En gros plan, on ne peut être que soi-même, l’incarnation ne peut plus procéder de l’imitation, mais de quelques fragments de vérité intérieure, qu’on aura su capter. On ne joue, on ne met en scène, que soi-même.

Et c’est là que le génie de Michel Bouquet, pour peu qu’il eût encore à prouver, éclate. C’est en étant lui-même, juste cela oui, en puisant dans ses ressources internes, que Bouquet devient Mitterrand Et ces quelques gros plans illustrent avec éclat tout le dérisoire et sublime paradoxe du métier d’acteur.  Tour à tour taquin et grinçant, arrondi et cassant, souverain et instrument de l’inéluctable, l’homme va devant la mort, la considère, la nargue, la respecte. Il a peur, va jusqu’à le dire, et aussitôt parle d’égyptienne éternité ou de paix retrouvée, face au Mont-Blanc.

Il parle de la France charnelle, comme l’aurait fait Péguy – dont le jeune Mitterrand fut lecteur – dans certains de ses plus étourdissants Dialogues. Il parle du tellurisme de la terre et de la province. C’est Mitterrand, c’est Bouquet, on ne sait plus très bien. C’est l’incarnation d’un homme par un autre, ce mystère de l’acteur surgi du fond des âges, cette imitation du réel pour mieux se projeter dans l’énigme de soi-même.




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03/12/2007

Redevance zéro

Redevance zéro



Ou « Le chien de la fable ». Réflexion matinale sur l’évolution de l’audiovisuel en Suisse.



Édito Lausanne FM – Lundi 03.12.07 – 07.50h



Il est 07.51h, nous sommes en direct sur Lausanne FM, c’est une radio privée, une radio qui ne vit que de ses propres revenus, c’est-à-dire la pub, et c’est très bien ainsi. Nombre de radios et de télés privées, dans les mêmes conditions, tentent de survivre. Certaines s’en sortent, d’autres sombrent. C’est le jeu.

Le monde de l’audiovisuel libre, je le trouve beaucoup trop timide, encore, dans la guerre qu’il devrait mener pour s’imposer. Trop timoré, trop fidèlement captif de ses fiefs régionaux, pas assez agressif contre le monopole du service public, dûment stipendié par l’impôt déguisé qu’on appelle « redevance ».

Car enfin, dans une guerre – c’en est une, croyez-moi, et elle ne fait que commencer – que fait-on ? – On se bat ! On définit une stratégie, on se fixe des cibles, on se donne corps et âme pour les atteindre, on noue des alliances contre l’adversaire, et surtout, cet ennemi, on lui porte des estocades, on l’attaque.

En lieu et place de cela, que constatons-nous ? Des radios et des télés bien trop frileuses, encore, et comme tétanisées par l’ombre du mammouth d’Etat. Avec lequel, chose hallucinante, au lieu de se sentir en authentique esprit de guerre (le seul qui nourrisse les imaginations et donne du cœur au ventre pour la bataille), on se fréquente, on s’entend, on transige, on pactise, on se côtoie dans des salons, on passe des paix séparées, on négocie des non-agressions.

Bien pire : piégés par la nouvelle loi sur la radio et la télévision, qu’on n’a pas vue venir, là où d’autres en ont surveillé la genèse pas à pas, on se laisse endormir, comme le chien de la fable, par l’appât d’une quote-part de redevance qu’on devrait avoir, impérativement, la fermeté d’âme de refuser. Car la vraie libéralisation des médias, leur authentique affranchissement, ça n’est pas la grosse redevance pour le service public, et des miettes de redevance pour les privés, qui viendraient la quêter comme des caniches.

Non, la vraie révolution de l’audiovisuel en Suisse, c’est la redevance zéro. Plus un sou d’argent public, ni pour le mammouth, invité à vivre comme il pourra le temps du dégel, ni bien sûr pour les privés. La vérité, c’est qu’il n’y a plus aucune raison, fin 2007, que des entreprises de presse soient financées par des collectivités publiques. La NZZ, peut-être le meilleur journal de langue allemande au monde (avec la Frankfurter Allgemeine), reçoit-elle de l’argent de l’Etat ? Et le Temps, cet excellent quotidien de Suisse romande ? Ces deux journaux, pour autant, camouflent-ils les grands enjeux de notre vie citoyenne, ou culturelle ? Ne sont-ils pas les miroirs  de nos grandes passions ?

Tout au plus pourrait-on encore, dans une période transitoire avant la redevance zéro, financer, non plus des chaînes entières, non plus des grilles (toutes métaphores qui suintent l’appareil carcéral), mais, de façon ciblée, quelques émissions considérées comme fédérant la citoyenneté. Mais franchement, trouvez-vous normal que votre argent, de brave redevancier, vienne servir à financer la diffusion de séries américaines sur des télévisions publiques ? Cette réflexion, que je me permets de lancer ce matin, une infinité de beaux esprits vont s’employer à tenter de l’étouffer. À terme, ils n’y parviendront pas. La libéralisation des médias, en Suisse, de l’archaïque à la modernité, ne fait que commencer. Elle n’a pas fini de faire parler d’elle.





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30/11/2007

Du vent, et du sable mouillé



Édito Lausanne FM – Vendredi 30.11.07 – 07.50h



C’est fait : Lucrezia Meier-Schatz s’en va. La vice-présidente de la Commission de gestion, qui avait tant accablé Christoph Blocher, dans cette fameuse rencontre avec la presse du 5 septembre, en pleine campagne électorale, tire la leçon de l’incroyable comportement de cette commission, dont le crédit, pour un bon moment, se trouve sérieusement entamé. Elle a annoncé hier soir, dans l’émission « Zehn vor Zehn » de la télévision alémanique, qu’elle renonçait à un deuxième mandat à ce poste. Soi-disant pour mieux se consacrer à la Commission de l’économie et des redevances, ce qui confirme avec un certain éclat la propension de cette dame à prendre les récepteurs de ses messages pour de parfaits abrutis.

Le lendemain même de cet épisode du 5 septembre, sur cette même antenne et à cette même heure, j’avais appelé à la plus grande réserve dans le traitement de cette affaire, et même évoqué la possibilité que le prétendu dossier Blocher se révélât, un beau jour, totalement vide. Je dois vous avouer que, ce matin-là, à lire la curée anti-Blocher chez tant de confrères, je m’étais senti, disons… un peu seul.

La démission de Madame Meier-Schatz, c’est bien. On ose espérer que le peuple saint-gallois, lorsqu’il sera appelé, dans quelques mois, à renouveler son gouvernement – auquel elle est candidate – sache se souvenir de cette affaire. Mais, désolé, en termes de débriefing de la campagne électorale 2007, ce départ ne suffira pas.

D’autres questions ce posent. L’attaque en règle d’un magazine romand, exactement au même moment de la campagne, contre Christoph Blocher, le parant de tous les maux de la terre, qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Le livre de François Cherix, alias le Ventilateur, recensant sur un air de contredanse les mille raisons de voir dans le ministre de la Justice un grand méchant. La croisade des éditorialistes, des chroniqueurs, des gens de gauche, et de nombre de bonnes âmes de la droite dite « républicaine », se parfumant d’encens pour mieux camoufler leur inopérance politique, durement sanctionnée par le peuple, le 21 octobre. Je reviendrai un jour sur la dérisoire usurpation de ces deux mots « Front républicain » : comme si l’UDC était à ostraciser du champ républicain !

De tout cela, tout ce maelström de préjugés, tout ce prêchi-prêcha de Pentecôtistes weimariens nous annonçant la fin des temps démocratiques en Suisse, que reste-t-il ? – Du vent ! Du vent, et du sable mouillé. Madame Meier-Schatz, au moins, a tiré les leçons de son erreur. Mais eux, à coup sûr, jamais. Ces gens-là, calcifiés d’idéologie jusqu’à la cimentation finale, sont des murs. Vous avez déjà essayé de discuter avec un mur ?

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29/11/2007

Madame Meier-Schatz doit tirer les leçons



Édito Lausanne FM – Jeudi 29.11.07 – 07.50h



Ils étaient venus rencontrer la presse, il y a quelques semaines, avec de noirs regards de procureurs. La démocrate-chrétienne saint-galloise Lucrezia Meier-Schatz en tête, ils allaient faire tomber Christoph Blocher. Une affaire incroyablement mise en scène, en pleine campagne électorale, relayée à grand fracas par certains médias d’un certain groupe. Sur le plateau télé d’une certaine émission, en Suisse romande, un rédacteur en chef, transmué en procurateur de Judée, annonçait à Christoph Blocher qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Le pays entier avait l’impression que les justiciers arrivaient. Zorro était à Berne.

Aujourd’hui, tout s’écroule. Et cette fameuse sous-commission du National, chargée de faire la lumière sur les prétendus rapports du ministre de la Justice avec le banquier Oskar Holenweger, à Berne, rase les murs. Hier, elle a reconnu des « erreurs de communication ». Elle admet que ce qui a été dit à la presse, ce fameux 5 septembre, n’aurait pas dû donner prise à des spéculations. La présidente de cette sous-commission, Lucrezia Meier-Schatz, aurait dû « communiquer avec plus de réserve ».

« Communiquer avec plus de réserve » ! Dieu qu’en termes galants, et indulgents envers soi-même, ces choses-là sont dites. Je vois encore l’immense majorité de mes chers confrères embrayer comme au quart de tour sur le thème de Blocher scélérat, de Blocher anti-démocrate, de Blocher traître à la patrie. Et il fallait voir la gravité de leurs visages. Et il fallait lire ces éditos de Pères-la-Morale et de redresseurs de torts. Et un conseiller fédéral, pourtant parmi les meilleurs, allait jusqu’à parler de « Duce » et de « fascisme ». Tout cela parce que la sous-commission de Madame Meier-Schatz n’avait pas « communiqué avec assez de réserve ».

Oui, dans cette affaire, il y a eu dérapage. Oui, il y a eu instrumentalisation de conclusions erronées et précipitées de la sous-commission, à des fins politiques. Que les ennemis de Christoph Blocher fassent tout pour le faire tomber, c’est la règle du jeu, en politique. Mais qu’autant d’éditorialistes aient pu, à ce point, foncer dans le panneau, c’est un peu inquiétant. Reste qu’aujourd’hui, la présidente de la sous-commission de gestion doit tirer les conséquences politiques de cette affaire. La crédibilité de Madame Meier-Schatz ne lui permet plus de conserver son poste, dans les années qui viennent.



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28/11/2007

Premier automne, premiers nuages



Édito Lausanne FM – Mercredi 28.11.07 – 07.50h



D’abord, il y a eu le soleil. Le Roi Soleil. Il est arrivé ce printemps, on n’a plus vu que lui. Tout, alentour, n’était qu’ombre, obscurité, oubli, relégation. Il avait mené campagne pour l’Elysée, l’avait génialement remportée, avait semé ses adversaires comme Federico Bahamontes, l’Aigle de Tolède, ce grimpeur ailé à la triste figure, laissait gésir ses concurrents, épuisés de terrestre pesanteur, loin derrière, dans le mirage des cols alpins ou pyrénéens.

Oui, Nicolas Sarkozy, ce printemps, s’était senti pousser des ailes. Et, comme dans les grandes batailles, les mythiques, comme à Austerlitz, chaque geste de victoire en enfantait un autre. Et l’armée ennemie qui s’effondrait, et le génie de l’élu pour semer, en face, discorde et trahison. Tant de petits marquis, Kouchner en tête, prêts à la défection, pour une médaille, un titre, le parfum d’un maroquin. Les socialistes ? Sarkozy n’avait plus besoin de les tuer : il se contentait de les engager, à son service. Oui, nulle nécessité de meurtre sur ceux qui ont déjà, entre eux, dans une sorte de grand transfert collectif, mis fin à leurs jours. Sarkozy est un tueur ; mais pas question d’attenter à la paix des morts.

Et puis, vint l’automne. Et le soleil commença à se voiler. Entre reine et favorites, il y eut comme un mouvement. Mais la disgrâce, comme dans les plus riches heures de Versailles, qui frappe-t-elle le plus durement, qui rend-elle, au fond, le plus malheureux ? Le roi ou la favorite, la légitime exilée, celui qui reste, celle qui s’en va ? Et puis, il y eut ces grèves, et le Soleil, dans son silence, sut reconquérir quelques parcelles de majesté.

Dans l’immense galerie des Rois, il n’y eut pas que le Soleil. Il y eut, par exemple, son arrière-petit-fils. Quant on commence trop bien un règne, à la Giscard, Il faut, toujours, penser à Louis XV, ce très grand roi en dépit de la noire et tenace légende qui ne veut voir en lui qu’un coureur de jupons. Louis XV, oui, longtemps le Bien Aimé, mais qu’au soir de sa mort, en 1774, on dut conduire clandestinement en sa dernière demeure de Saint-Denis, tant le peuple qui l’avait adulé, s’était mis à le rejeter.

Et puis, reviennent des mots, soudain, que la grande illusion de ce printemps avait réussi à nous faire oublier : le mot « banlieues », par exemple. Non, Sire, face la réalité des choses, nul souverain n’est épargné. Diable, murmure la plèbe, celle-là même qui t’a fait roi : le vernis de ce printemps commencerait-il – déjà – à fondre ? Oh, il vous reste encore de beaux jours, Monsieur le Président. Il est bien prématuré, bien mal placé d’évoquer déjà le temps de la disgrâce. Mais souvenez-vous, simplement, de Louis XV : le Bien Aimé, le Tout Aimé, et son dernier voyage vers son dernier caveau, la nuit, à la sauvette, vers Saint-Denis.

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27/11/2007

Education citoyenne



Édito Lausanne FM – Mardi 27.11.07 – 07.50h


Hier, à Genève, la rencontre de plusieurs classes – primaire, Cycle d’Orientation, Collège - avec la Présidente de la Confédération a été un beau moment. Avec leurs profs, ils avaient préparé de bonnes et vives questions sur le vivre ensemble, ce qui nous lie, ce qui nous unit, ce qui doit nous régir. Des questions sur la Cité, son organisation. Micheline Calmy-Rey, avec élégance et simplicité, a joué le jeu.

L’une de ces questions, posée par une élève de 4e Maturité du Collège Calvin : ne faudrait-il pas faire beaucoup plus d’éducation citoyenne ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’angle et le sujet de cette collégienne étaient pertinents. La citoyenneté, ça se forme, ça se façonne, ça s’aiguise comme des papilles. Par un ensemble de connaissances (oui, pardonnez-moi, des connaissances, tout court), mais aussi par une initiation aux démarches et aux actes citoyens : l’initiative, la prise de parole pour convaincre, le débat, le vote, le respect de la majorité.

Les connaissances. Aucune communauté humaine ne peut transmettre ses valeurs sans faire connaître ses institutions à ses enfants. Pas les sacraliser. Non. Simplement les définir, montrer de quelles profondeurs historiques elles surgissent, comment elles ont émergé, à la suite de quelles crises, de quels conflits. À cet effet, l’éducation citoyenne ne peut en aucune manière se dissocier du cours d’Histoire. À quoi bon parler du Conseil national, du Conseil des Etats, du Conseil fédéral sans remonter aux origines de l’idée républicaine : les Lumières, la Révolution française, les événements de 1848, liés au Sonderbund, etc.

Ce qui n’allait pas, dans une certaine instruction civique de papa, c’est qu’on balançait des structures un peu sèches, sans les enrichir de leurs causes diachroniques. Vous voudriez parler de la Cinquième République sans jamais prononcer le nom de Charles de Gaulle, de la laïcité sans évoquer la grande crise ayant amené, en France, à 1905, des contrats collectifs en Allemagne sans rappeler le rôle du Zentrum sous Bismarck ?

Et puis, l’autre aspect beaucoup plus ludique et excitant, c’est l’énergie citoyenne. Faire débattre les élèves. Débattre, pas s’ébattre ! Parler en public, argumenter, affronter l’adversaire, le respecter, passer au vote, savoir s’incliner si on perd. Quand j’en ai parlé à des amis profs, ils m’ont fait cette réponse énorme : « On n’ose pas ; on risquerait de se faire accuser d’amener la politique à l’école ». Hallucinant ! Ce qui est interdit, c’est la propagande politique, pas l’initiation à ce qui vous entoure et vous régit. Aussi absurde que confondre laïcité et silence radio total sur le phénomène religieux à travers les âges.

Le plus fou, c’est que les profs désireux de faire vivre cette démarche existent. Ils sont habités par la passion de l’éveil et de la transmission. Le moins qu’on puisse attendre de l’autorité scolaire, c’est de les encourager. Valoriser leur action. Faire de l’école un lieu qui, sans s’impliquer directement dans le débat citoyen, soit suffisamment en éveil pour l’observer, le comprendre, le commenter, le mimer, le jouer, l’exercer. Rester sanctuaire, mais avec une petite tourelle, bien placée, pour observer le monde réel.

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26/11/2007

Un bilan présidentiel



Édito Lausanne FM – Lundi 26.11.07 – 07.50h



À quelques semaines de passer la main – cela devrait être à Pascal Couchepin – Micheline Calmy-Rey laisse derrière elle un bon bilan présidentiel. Cette fonction, plus proche des chrysanthèmes que du suprême, elle l’aura su l’assumer avec classe et dignité.

Dans ce système étrange, unique au monde, où le chef d’Etat n’en est pas vraiment un et change tous les ans, le titulaire de la charge dispose de très peu de temps pour insuffler un style. Quelques signes, bien placés. Quelques petites phrases. Une ou deux initiatives. Surtout, ne pas trop en faire. Surtout, ne pas élever la voix de façon trop prétorienne. Surtout pas d’éclat tribunitien.

Non que les Suisses n’aiment pas les éclats rhétoriques : ils commencent même sérieusement à y prendre goût. Mais pas dans cette fonction-là. Le président, la présidente doit serrer dans l’intime de son être une part du charme secret de notre pays : le respect, la pluralité, tous ces petits miracles d’équilibre, infiniment fragiles en vérité, qui ont permis à la Suisse d’émerger, d’exister.

Cela, Micheline Calmy-Rey l’a compris. Avec son style à elle, qui n’est ni celui de Kurt Furgler, ni celui de Jean-Pascal Delamuraz, pour prendre les tout grands. Ainsi, dans la campagne électorale, la Présidente n’a cessé de rappeler les deux ou trois valeurs fondatrices de la Suisse. Elle tenait un discours partisan, anti-Blocher ? Peut-être. Mais elle disait en même temps les choses justes et fortes qu’on attendait de sa fonction. Pas la personne, la fonction.

Bien sûr, il y a eu l’épisode du Grütli, qui était donner beaucoup d’importance à une prairie – pardonnez-moi – qui n’en a guère. La vraie Suisse est née en 1848, peut-être en 1798, peut-être même aux Traités de Westphalie de 1648, mais 1291 ne concerne qu’un infime noyau du pays. Mais il y a eu aussi, dans chaque moment difficile, discorde évidente du Collège ou autres montées de fièvre, une tonalité dans la voix pour garder la distance et calmer les choses. Là aussi, c’est exactement ce que les Suisses attendent de cette fonction.

Reste que cette fonction, dans son exagérée modestie, est à revoir. Un Président pour deux ans, voire pour toute la législature. Elu par le peuple, et non par la combinazione du suffrage indirect. Une personnalité de valeur, de référence, évidemment rassembleuse. Une tonalité. Une voix pour le pays et pour le monde. En quoi la secrète fragilité de notre pays, qui n’exclut ni le courage ni la lumière, serait-elle entravée par ce surcroît de visibilité ?


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23/11/2007

Un enfant du paradis

 



Édito Lausanne FM – Vendredi 23.11.07 – 07.50h


Ils étaient six, hier soir, sur mon plateau. Six danseurs et danseuses. Tous avaient connu Béjart. La plupart avaient été choisis, un jour, par le maître, pour travailler avec lui. Le grand chorégraphe venait de nous quitter, quelques heures auparavant, certains venaient de l’apprendre, mais tous nous avaient fait l’amitié, tout de même, de venir sous les projecteurs, en parler.

Émotion, bien sûr. Mais contenue. Pendant que les hommages des officiels grêlaient sur les téléscripteurs, il y avait là six artistes, six professionnels, pour tenter une évocation. Rien d’exhaustif, juste quelques touches, sur le vif. Il y avait François, Yukari, Giuseppe, Cécile, Jean-François et Loris.

François Passard, d’abord, qui a connu Béjart en 1972, et qui travaille aujourd’hui au Grand Théâtre de Genève : « Il a donné un sens à ma vie ». Cécile Robin Prévallée, danseuse : elle avait été choisie, un jour, pour un spectacle. Elle évoque le feu de la première rencontre. Loris Bonani, danseur, ancien élève de l’école Rudra Béjart Lausanne : il nous explique comment un homme approchant les 80 ans peut encore, par la seule force de ses ondes, et sans plus pouvoir donner l’exact exemple physique, faire vibrer une chorégraphie. Le mystère de la transmission. L’initiation.

Jean-François Kessler, ancien danseur à l’Opéra de Paris, maître de ballet au Grand Théâtre de Genève, évoque la qualité mystique de ce lien. Comment Béjart, sans jamais rien asséner, révèle à l’élève sa personnalité propre. Me revient soudain cette phrase de Jean-Louis Barrault, cette archive radio de 1967, que l’émission Forums venait de rediffuser : « Un sixième sens lui a été poussé ». Barrault, oui, le Baptiste des « Enfants du Paradis », qui venait de monter, avec Béjart, 40 ans à l’époque, une version de la « Tentation de Saint-Antoine », de Flaubert.

L’homme au sixième sens était sans doute, lui aussi, un Enfant du Paradis. Cet homme, qui laisse en deuil la ville de Lausanne, mais aussi l’univers de la danse, avait eu des mots superbes sur le sentiment religieux. Converti à l’Islam, passionné de bouddhisme et de spiritualités orientales, il disait que toute les grands mouvements spirituels, en quelque point de rencontre cosmique, convergeaient.

De superbes mots, enfin, par ces jeunes orphelins de l’Oiseau de feu, sur la revalorisation du danseur masculin par Béjart : « L’homme qui a révélé l’homme à la danse ». Des mots comme une reconnaissance, dans toute la puissance éclairante de ce terme. Je te connais, je te reconnais, j’entrevois la flamme que tu m’as transmise.

Ce lien, magique, du disciple avec le maître. Ce lien d’un humain resté sur Terre avec un Enfant du Paradis.

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22/11/2007

Chez ces gens-là, Monsieur...

 


Édito Lausanne FM – Jeudi 22.11.07 – 07.50h



Un chef de l’armée qui se fourvoie dans une étrange affaire de livre promotionnel, un chef des Forces terrestres relevé abruptement de ses fonctions, une armée dont plus grand monde ne sait exactement à quoi elle sert, un ministre de la Défense régulièrement vilipendé, en public, et avec force goguenardise, par les membres de son propre parti, il y a malaise au sein de la Grande Muette. A trois semaines de la réélection du Conseil fédéral, tout cela procède-t-il du hasard ?

Tout cela, en tout cas, projette sur la scène un homme qui aurait plutôt rêvé de passer les trois prochaines semaines, jusqu’au 12 décembre, sur la pointe des pieds, dans l’obscurité des coulisses, derrière le rideau. Histoire de se faire réélire entre les gouttes, en comptant sur le jeu des automatismes, de la tradition, de ce qu’il reste de respect entre partis gouvernementaux, entre deux exécutions.

Samuel Schmid est un homme de valeur. Un homme droit, compétent, un UDC de la vieille tradition agrarienne, celle du Seeland bernois en l’occurrence, n’ayant rien à voir avec la tendance de Christoph Blocher. Un UDC style Minger, le mythique fondateur du parti, il y aura bientôt 90 ans, ou encore style Ogi. Le problème, c’est qu’il est devenu un Mohican. Le dernier de tous. La victoire de Blocher, au sein du parti, est à ce point totale, que la bonne vieille tradition bernoise, ou vaudoise PAI, n’y représente plus rien.

Dans ces conditions, si l’élection du 12 décembre obéissait à une logique, il ne faudrait pas réélire Samuel Schmid. Il faudrait, en conformité avec le vote du peuple, deux UDC tendance Blocher. Ou alors, il faudrait que Samuel Schmid quitte son parti, et accepte l’exil politique des radicaux ou du PDC. Mais il ne le fera jamais. Il l’aime trop, ce parti de Minger, authentiquement centriste aux origines, là où ce mot, maintenant, jusque dans l’étiquette, apparaît aussi déplacé que ridicule.

La question du maintien de Samuel Schmid au Conseil fédéral se pose donc, bel et bien. Les 246 grands électeurs du 12 décembre oseront-ils bousculer les choses ? Rien n’est moins sûr. Pour avoir commenté en direct, sur place, dans les Pas perdus, tant d’élections du Conseil fédéral, ce mode de scrutin indirect plus proche des usages du Saint-Empire que d’une démocratie moderne, je puis témoigner d’une chose : c’est un exercice d’équilibrisme où tu dois ménager l’un pour que l’autre te ménage, où l’ordre de passage est capital, où le sérail assure ses prébendes pour quatre ans.

Ce mode désuet, plutôt révélateur des petites bassesses du Parlement, et ses combinazione, pourrait bien, une fois de plus, assurer la réélection de Samuel Schmid. C’est que, chez ces gens-là, Monsieur, comme dans l’armée suisse, ce qu’on affectionne par-dessus tout, ce sont les petits enjeux, et les petites querelles, de la petite guerre.


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21/11/2007

Arturo Benedetto Giovanni Giuseppe Pietro Archangelo Alfredo Cartoffoli dé Milano



Edito Lausanne FM – Mercredi 21.11.07 – 07.50h



On peut être un fou du volant et, en même temps, un excellent conseiller aux Etats. C’est ce qu’a décidé, dimanche, le peuple tessinois, en reconduisant, pour quatre ans, à la Chambre des cantons, le Fangio de la politique suisse, le démocrate-chrétien Filippo Lombardi. Lequel devance largement son rival socialiste, l’oncologue Franco Cavalli.

Ce vote tessinois est une leçon politique, et mérite qu’on s’y arrête. Il nous rappelle qu’en démocratie, le seul souverain, c’est le peuple. Non pas l’opinion (doxa), non pas le peuple en ébullition qui manifeste (plêthos), mais bel et bien démos, le corps électoral qui, un beau dimanche, se rend aux urnes.

Filippo Lombardi, excellent conseiller aux Etats, se trouve avoir eu quelques problèmes au volant. Aux yeux du Code de la Route, c’est même un récidiviste notoire, boulimique de vitesse, assez proche de cet Alfredo, de Milano, au nom interminable, avec ses gants de cuir, qui prend Tintin dans sa voiture, dans l’Affaire Tournesol. Pour ces infractions, Lombardi a payé (il a rendu son permis) et va peut-être payer encore, avec effet retard.

La faille, évidemment, était trop belle, l’odeur du sang trop attirante pour que les requins, tout alentour, ennemis politiques ou presse people, se gênent. Au point qu’on n’a plus parlé de Lombardi, dans certains journaux, que comme prince des chauffards et roi du macadam. Et de preux moralistes, parmi mes confrères, ont saisi leur blanche plume, candide comme l’innocence d’une colombe sur la chaussée, pour demander la tête de l’ignoble avaleur de kilomètres.

Seulement voilà. Lombardi a tenu bon. Il a reconnu ses fautes sur la route, il a continué de représenter son canton sous la Coupole, dont il est un élément de grande qualité. Et il est allé, lentement, professionnellement, vers le seul juge qui vaille, le suffrage universel. Et dimanche, le peuple tessinois, parfaitement au courant de l’affaire, a décidé souverainement qu’il voulait Lombardi, pour quatre année supplémentaires, à la Chambre haute du Parlement.

Le peuple, oui, pas les juges. Le peuple, pas les ragots, ni cette hyène errante qu’on appelle l’opinion, ou la rumeur. Le peuple souverain, pas les corps intermédiaires. C’est lui, en toute chose, qui tranche. Non qu’il exonère Lombardi de ses péchés routiers. Mais il considère que la politique et la morale, la politique et le volant, la politique et la vitesse, ce sont des choses différentes. Le grand Machiavel, qui ne connaissait au mieux que le galop du cheval, n’aurait pas dit mieux.

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