20/11/2007

Notre peuple, nos valeurs



Édito Lausanne FM – Mardi 20.11.07 – 07.50h


Faire diminuer de 25% la bureaucratie dans la machine communautaire européenne : c’est la mission d’un groupe de travail, annoncé hier, qui sera présidé par un homme fort de la politique : l’ancien Ministre président du Land de Bavière, Edmund Stoiber, qui avait été candidat à la chancellerie contre Schroeder. Un homme brillant.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la commission Stoiber aura du boulot. Trop d’appareil, trop de directives, trop de masse alourdissante donnent l’impression d’une machine à Tinguely, ciblée sur son propre fonctionnement plutôt que sur son efficacité en faveur de la population. Cette inflation bureaucratique, ajoutée au déficit démocratique, est l’une des raisons de la désaffection des peuples pour l’idée européenne. Le motif, aussi, des rejets populaires, il y a deux ans et demi, pour le Traité constitutionnel. Là, tout au moins, où on avait daigné donner la parole au suffrage universel.

À la vérité, l’aventure européenne va mal. Et la récente tentative, à Lisbonne, de rafistolage, par derrière, du Traité, ne satisfera personne. Pire : elle augmentera le scepticisme des peuples, là où les décisions s’ourdissent et se prennent derrière leur dos. Aujourd’hui encore, plus que jamais, l’Europe n’apparaît que comme une fourmilière de fonctionnaires, produisant de la paperasse, compliquant la vie des entreprises, là où elle devrait, tout au contraire, encourager leur vitalité.

Cette Europe-là, moins que jamais, n’inspire les Suisses. Je n’ose imaginer le résultat que ferait, aujourd’hui, une votation populaire sur l’adhésion : sans doute moins de 25% de oui. Non que les Suisses ne se sentent pas Européens, loin de là. Mais dans notre pays, le peuple est souverain, et il tient à le rester. En Suisse, la démocratie directe permet, en maintes circonstances, de faire trancher les querelles qui nous animent par le seul suffrage qui vaille, le suffrage universel. En Suisse, le fédéralisme permet de rapprocher les décisions, le plus possible, des gens concernés. En Suisse, les individus ne sont pas, a priori, considérés comme des administrés, mais des citoyens.

Tout cela vous fait sourire ? Libre à vous. Mais tout cela, ce petit trésor, durement acquis à travers l’Histoire, le peuple suisse n’est absolument pas prêt à y renoncer. Quelques élites, oui, peut-être, quelque Nomenclature prétendument éclairée qui voudrait faire le bonheur des humains sans jamais les consulter. Mais le peuple suisse, certainement pas. Ce que ces élites, avec morgue et arrogance, appellent « repli », c’est simplement la conscience très forte d’une valeur ajoutée, par rapport à nos voisins et amis, sur le plan démocratique. Un petit trésor de proximité dans la décision politique, que tant, à l’extérieur, nous envient. Pourquoi diable devrions-nous y renoncer ?

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19/11/2007

Régenter la féerie



Édito Lausanne FM – Lundi 19.11.07 – 07.50h



Pas de décorations de Noël avant le 19 décembre. C’est ce que demande, dans le canton du Jura, une motion, signée par une députée écologiste, nous annonçait à l’instant le journal de 7h de la Radio Suisse Romande. Les guirlandes et les lumières, c’est bien, mais ça coûte de l’énergie.

Que les décorations de Noël arrivent bien trop tôt dans nos rues, on peut certes en discuter. Le temps normal, ou convenable, pourrait être, simplement, celui de l’Avent, les quatre semaines qui précèdent Noël, soit début décembre. Que la magie inégalable de ce temps d’attente soit bouffée par le commercial et les marchands du Temple, on peut aussi en convenir. Mais de là à vouloir à ce point régenter la féerie, il y a, oui, dans ce petit épisode, de révélatrices leçons à tirer sur l’idéologie Verte, lorsqu’elle est mécaniquement poussée dans ses retranchements fondamentalistes.

Car enfin, cette affaire des décorations ne relève pas du simple détail. Bien antérieure au christianisme, qui ne l’a pas inventée et l’a juste reprise, l’idée d’illuminer la nuit au point sombre du solstice d’hiver, est vieille comme le monde. Et elle est magnifique. L’Avent, pour un Chrétien, c’est une manière du sublimer l’Attente, et c’est un temps très fort du calendrier liturgique. Pour tous les humains, croyants ou non, ce jeu de lumières dans l’encre de la nuit, de vie et de mort mêlées, de feu et de glace, va chercher quelque chose de très fort. Des parcelles d’enfance, des haillons d’émerveillement, arrachés à la banalité de vivre.

Tout cela, oui, coûte un peu quelque chose. Les lumières, il faut bien les allumer, il y a donc quelques Watts en jeu. Mais enfin, faut-il mettre sur stand by nos désirs d’émerveillement ? L’idée même d’aller rogner la magie, au nom d’une table rase de la tradition et du grand bonheur Vert imposé à tous, révèle une volonté normative qui tranche singulièrement avec la grande illusion de douceur et de compatibilité que les Verts ont réussi à instiller depuis un certain temps.

À cet égard, on notera avec un certain sourire que ce genre de propositions, comme celles, tout récemment, du président des Verts genevois, Antonio Hodgers, sur la circulation automobile en ville, se trouvent arriver APRES les élections. Les Verts sont courageux. Mais ils ne sont pas encore téméraires.




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16/11/2007

Les grilles, la liberté, les ondes

 

Edito Lausanne FM - Vendredi 16.11.07 - 07.50h

 

Dans l’univers audiovisuel, il y a deux mots que j’ai toujours détestés : le mot « chaîne » et le mot « grille ». J’aimerais savoir quel sinistre et grisâtre garde-chiourme, un beau matin, s’est mis en tête de lancer ces horribles vocables carcéraux dans un domaine où, plus que partout ailleurs, devraient régner la liberté, l’excitant parfum du volatile, l’imagination, la créativité, l’invention.

Dans l’audiovisuel public, qui vit (je vous donne rendez-vous dans dix ou quinze ans) ses dernières années comme monopole financé par l’impôt déguisé, mais aussi, de façon plus surprenante, dans certaines offres privées, on parle encore beaucoup trop de grilles, de structures, de mécanismes lourds et incroyablement onéreux. Et on ne parle pas assez d’émissions. Le centre, pourtant, de toutes choses, l’unité amirale, ce sont les émissions.

La radio, la télévision, sont en pleine révolution, et tout cela ne fait que commencer. Longtemps, on arrivait fatigué du boulot, le soir, on prenait une cannette, on se lâchait sur le canapé, et on se disait : « Je vais regarder la télé ». Et on restait comme ça, assis, une heure, deux heures, en zappant, à regarder défiler les images. Les nouveaux supports, internet aujourd’hui, le numérique demain, vont rendre incroyablement plus sélectif le consommateur de radio et de télé. Plus question de fidélité (on se demande bien au nom de quel contrat, d’ailleurs !) à une grille. À une grille, on n’est pas fidèle : on est attaché. Mais fidélité oui, à coup sûr, par désir et par appétence, à une émission.

Les nouveaux vecteurs, déjà, nous délivrent de l’obligation de simultanéité : je n’ai pas vu, pas entendu en direct ; peu importe : je podcaste. Et ces mêmes vecteurs, assez vite, dans les années qui viennent, vont rendre complètement caducs les concepts même de grille horaire, journalière, d’enchaînement lourdingue de programmes : 24 heures d’émission par jour, etc. Pourrait-on rêver que cette heureuse évolution nous soulage un peu des apparatchiks en faveur des créatifs : ceux qui font, ceux qui façonnent, ceux qui pétrissent la glaise, ceux qui inventent, ceux qui s’exposent, ceux qui se battent.

À la vérité, les mots « chaîne » et « grille » doivent rejoindre les placards du passé. Au centre de tout, il y a des émissions. Et au centre d’une émission, il y a toujours, il doit y avoir, un homme ou une femme pour l’incarner. Et cet homme, ou cette femme, doit être totalement responsable de son émission. Assumer quand ça va bien, assumer quand ça va mal. Il doit s’exposer, prendre des risques, incarner son émission, vivre avec elle, 24 heures sur 24 dans la tête, la porter, l’enfanter. Ce pari, beaucoup plus individuel que collectif, c’est celui de la responsabilité. Et c’est celui de la liberté.


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15/11/2007

Le capitaine embusqué

 



Édito Lausanne FM – Jeudi 15.11.07 – 07.50h



Hier soir, à la Radio Suisse Romande, la conseillère nationale vaudoise Isabelle Moret s’est déclarée candidate à la vice-présidence du parti radical suisse. C’est le poste du « numéro deux romand », occupé jusqu’ici par le Valaisan Léonard Bender, radical canal historique, présenté d’ailleurs par Isabelle Moret, hier soir, comme un demi-dieu vivant de la politique suisse.

Le parti radical suisse va très mal, il a évidemment besoin d’un renouvellement complet, et pas seulement à sa vice-présidence. Fulvio Pelli, le patron, a perdu les élections, il a perdu la guerre de la communication, il a passé trop de temps à regretter les temps anciens, il devrait céder la place. En attendant ce jour, comme le chante Brel dans « Zangra », toute énergie nouvelle est à saluer. Et la Suisse romande a beaucoup à apporter à ce parti trop longtemps prisonnier d’une aile zurichoise, héritée d’un « Freisinn » froid, n’ayant pas grand-chose à voir avec la tradition républicaine, plus populaire et à bien des égards plus sociale des radicaux romands. Cette lignée incarnée – et avec quelle panache – par Jean-Pascal Delamuraz, le dernier des grands.

Seulement voilà, dans la démarche d’Isabelle Moret, il y a quelque chose d’étrange : pourquoi cette jeune et brillante élue ne porte-t-elle pas son regard, ses ambitions, plus haut et plus loin ? Pourquoi ne tenterait-elle pas d’arracher la présidence ? C’est cet échelon-là, devant l’opinion publique suisse et suite à l’échec du 21 octobre, qui est en cause. S’imaginer – comme le faisait hier soir Olivier Feller sur le plateau de Léman Bleu – que les ailes de la victoire viendraient en se contentant d’ « encadrer Fulvio Pelli pour la communication » apparaît un peu court.

Voici donc le moment où vont surgir des têtes, des appétits, des ambitions. Le parti radical suisse a besoin de beaucoup plus que de simples aménagements de casting. Il a besoin d’un électrochoc. À cet égard, je signale au passage qu’il existe un homme de 29 ans, dévoré d’énergie intérieure et d’idées réformatrices pour la recomposition du centre-droit en Suisse. Il est membre de l’exécutif de la Ville de Genève, et me semble un peu jeune pour consacrer l’intégralité de son temps à la gestion des agents municipaux et des pompiers. Il s’appelle Pierre Maudet. Je ne vois pas très bien pourquoi, alors que le parti est en danger de douce et valoisienne satellisation, il n’appellerait pas, comme recours, cet homme qui, de toute façon, un jour ou l’autre, tiendra un rôle signalé dans l’univers de la politique nationale.

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14/11/2007

La grève de trop



Édito Lausanne FM – Mercredi 14.11.07 – 07.50h


Ils dont des centaines de milliers, peut-être même des millions, nos voisins français, qui vont devoir, dès ce matin, se casser la tête, par un froid glacial, pour aller travailler, ou faire leurs courses, ou aller voir des proches à l’hôpital, ou emmener leurs enfants à l’école.

La grève. Ce grand mot, frémissant, cette ultime menace surgie du dix-neuvième siècle, de cette Révolution industrielle où des gosses, dans des usines, bossaient jusqu’à douze heures par jour, ce mot-là, aujourd’hui, par l’abus de ceux qui le brandissent, court le risque d’être, pour longtemps, dévoyé.

La réforme du régime de retraite, qui prévoit de prolonger de 37,5 à 40 ans les années de cotisation pour toucher une retraite complète, concerne un demi-million de personnes. Il y en a dix-huit millions dans le secteur privé. Voilà donc, par des moyens d’un autre âge, et qui pourraient bien se retourner contre les premiers intéressés, la prise en otage de trente-six personnes par une seule. La prise en otage de la France entière par le gigantisme de centrales syndicales mesurant leur pouvoir en confisquant au peuple de France le droit, élémentaire, d’aller et venir, se déplacer. Il y a là quelque chose qui ne va pas.

Dans les rapports sociaux, on a l’impression que la France, si éclairée dans tant d’autres domaines, en est encore au temps de Germinal et de Zola. Avec une mythologie de la grève et du conflit, comme la récurrence d’un passé qu’on voudrait, à chaque fois, re-convoquer : les mineurs à la fin du dix-neuvième, les grandes grèves de 36, sous le gouvernement de Léon Blum, les avancées sociales – bien réelles – du gouvernement de Gaulle à la Libération.

Sans compter l’extrême complexité d’un code du travail auquel personne ne comprend rien. À cela s’oppose, par exemple, notre tissu, depuis sept décennies exactement, de conventions collectives en Suisse. Des contrats sur le terrain, par secteurs, et non parachutés d’une centrale omnipotente. Le règlement des conflits, au maximum, par la négociation. Ainsi, dans la construction, le bel exemple de Genève, où le ministre des Affaires sociales, François Longchamp, discrètement et sans tapage, a réussi à trouver une solution locale, certes provisoire mais bien négociée, dont le pays pourrait s’inspirer.

Non, cette grève française, en 2007, et quels qu’en soient les motifs, est d’un autre âge. Ceux qui l’organisent devront en assumer toutes les responsabilités. Dans un pays dont le premier défi est de travailler plus, oui plus, cette immense démonstration de force par la paralysie apparaît comme totalement dépassée. Germinal, c’était hier.

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13/11/2007

Le Ralliement ou la Mort



Édito Lausanne FM – Mardi 13.11.07 – 07.50h

Le parti radical est-il en danger de mort ? Ce grand vieux parti, qui a fait la Suisse moderne, lui a donné un nombre incroyable de grands hommes, ce pilier des institutions et de l’économie, a-t-il pour destin, comme l’entrevoit son meilleur spécialiste, l’historien vaudois Olivier Meuwly, de n’être plus, bientôt, qu’une chapelle respectueuse, et respectée, un Grütli laïque, un témoin, sous verre, de ce que fut la grandeur de la Suisse, entre 1848 et la fin du vingtième siècle ?

Ce parti, dont l’Histoire me passionne depuis des décennies, vit des heures très difficiles, le coup de grâce ayant été donné avant-hier par l’échec de Charles Favre au Conseil des Etats, où les radicaux, depuis l’aube de la Suisse moderne, avaient toujours été présents. Qu’il se rapproche trop de l’UDC, et on dira qu’il perd son âme, joue les clones, se dilue dans une identité qui n’a rien à voir avec la sienne. Qu’il scelle alliance, forte et loyale, avec la vieille démocratie chrétienne (dont presque rien, au plan national, ne le sépare, et plus personne, aujourd’hui, ne se soucie du Sonderbund), et on lui fera grief d’un centrisme aussi lâche qu’improbable.

Seule, pourtant, cette seconde solution est la clef de la survie. Une grande fédération politique, en Suisse, et sans tarder, regroupant les radicaux, les libéraux bien sûr, et les démocrates-chrétiens. Il y a deux ans et deux jours, invité à m’exprimer par un club de réflexion politique de Martigny, j’avais dessiné cette hypothèse, en évoquant la profondeur des racines historiques des uns et des autres. Le legs inestimable de la Révolution française, avec sa tradition républicaine, pour les radicaux; le message de lumière du pape Léon XIII, son Encyclique de 1891, « Rerum novarum », sur la Doctrine sociale de l’Eglise, cette réponse non marxiste, en pleine Révolution industrielle, à la condition ouvrière. Ce deuxième pan étant, bien sûr, l’une des origines, avec le Sillon, de ce qu’on appelle aujourd’hui la démocratie chrétienne.

Eh bien la richesse entremêlée de toutes ces racines, aujourd’hui, entre le socialisme et l’UDC, peut donner naissance à une grande fédération, libérale quant à l’économie, ouverte à l’Europe et au monde, se distinguant de l’UDC par son ouverture à l’étranger, à l’Autre, au sens large. Cette droite – car c’en est une – assumée comme telle, pourra rejoindre l’UDC dans sa lutte pour la responsabilité individuelle, l’économie de marché libre et compétitive. Elle ne la rejoindra pas, s’en distinguera même farouchement, dès que viendra poindre l’odeur du nauséabond.

L’avenir du radicalisme ? C’est de cesser d’être radical tout seul, ce mot d’ailleurs ne veut plus rien dire au grand public, et n’est simplement plus compris par les gens. Non, l’avenir de ce parti, c’est d’apporter tout ce qu’il est, toute sa richesse, à quelque chose de plus grand, à la rencontre des attentes modernes du peuple suisse. Qui est conservateur sur le plan politique, libéral sur le plan économique, et qui n’est certainement ni renfermé sur lui-même, ni xénophobe.

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12/11/2007

Poignards en plastique



Édito Lausanne FM – Lundi 12.11.07 – 07.50h

Deux élus de gauche, pour le canton de Vaud, au Conseil des Etats, c’est une première, et il convient, avant tout, de féliciter les deux gagnants. Ils étaient, l’un et l’autre, de bons candidats ; leur victoire, c’est à eux-mêmes qu’ils la doivent.

Voilà donc, pour la première fois depuis 1848, le parti radical, le grand vieux parti qui a fait ce canton et qui a fait la Suisse, absent de cette Chambre des cantons dont il aura écrit quelques riches heures. C’est une défaite historique, une de plus depuis le 21 octobre, et qui vient toucher le cœur même du radicalisme romand, son Arche sainte : le canton, que dis-je le pays, de Druey et de Delamuraz.

Le vieux parti, oui, n’échappera pas à une remise en question totale de ce qu’il est, du poids des habitudes, de la vieillesse écornée de ses réseaux, de sa nullité en matière de communication. Cela passera, bien sûr, par un changement de tête, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps, mais aussi par un vigoureux travail de redéfinition politique.

Et puis, il y a eu Jacques Neirynck, et son appel à ne pas voter pour le ticket de droite. Dieu sait si cet homme multiforme, créatif, génial à certains égards, m’est sympathique, je lui ai même consacré un film de la série « Plans fixes ». Mais là, je ne comprends plus. La cohérence, la crédibilité – déjà friables – de la démocratie chrétienne suisse ont été atteintes par cet étrange appel, ignorant allègrement que la politique est affaire d’alliances à long terme, et surtout que le Centre, cette vaste illusion, n’existe pas.

Oh, certes, la victoire de la gauche n’est pas due à ce coup de poignard en plastique du PDC : l’écart est bien trop grand. Mais tout de même, aussi puissant soit le fédéralisme des sections cantonales, il est étonnant qu’un seul homme, au nom d’une sensibilité personnelle, puisse ainsi casser la grande alliance républicaine qui, en tant d’occasions, a permis de faire avancer la Suisse moderne, celle du radicalisme avec la démocratie chrétienne. À ce petit jeu-là, vouloir plaire à la gauche, non seulement la droite perd des voix dans ses propres troupes, mais, surtout, elle n’en gagne pas une seule, en retour, au sein de la gauche, laquelle ne fait jamais de cadeaux.

En politique, le Centre n’existe pas. En politique, il y a la droite, il y a la gauche. Nées du conflit entre ces deux pôles, comme une étincelle de deux silex, peuvent émerger des solutions centristes. Mais par résultante, par antagonisme dialectique. Se poser là au milieu, et dire « Je suis au Centre », ne saurait tenir lieu de message politique. C’est une position qui ruine le courage, et qui ruine la politique.

La démocratie chrétienne, à l’exception d’ultra minoritaires chrétiens-sociaux, fait partie, que je sache, de la famille des partis bourgeois. Qu’elle en soit l’aile sociale, familiale, soit. Mais elle en fait partie. Qu’elle ait des états d’âme face à l’UDC (dont Guy Parmelin, au demeurant, n’apparaît pas comme la plus extrême des excroissances), cela se peut concevoir. Mais qu’elle entraîne les radicaux dans la chute, il y là, oui, un problème de loyauté et de cohérence qui se pose. Le slalom, c’est bien. La politique, c’est mieux.


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09/11/2007

Les copains d'abord



Édito Lausanne FM – Vendredi 09.11.07 – 07.50h



Sept pigeons s’aimant d’amour tendre. Entre eux, nulle césure, nulle fracture, pas l’ombre d’une querelle. Un nid douillet, de tièdes habitudes, ronronnantes et roucoulantes. On s’entend bien, on aime se retrouver, heureux d’être là, ensemble. Nul intrus. Pas même une colombe. Cette émouvante et volatile conception du bonheur, c’est le gouvernement genevois.

Avec l’élection de Robert Cramer au Conseil des Etats, il était après tout imaginable, dans la droite genevoise, de faire pression sur ce magistrat, tenter d’obtenir son départ, provoquer une partielle, et, pourquoi pas, soyons fous, reconquérir son siège, faisant ainsi rebasculer à droite la majorité du gouvernement. Mais c’eût été prendre des risques. C’eût été se lancer. C’eût été provoquer un mouvement. C’eût été faire de la politique. Alors, non. On a préféré la tiédeur du nid commun, le confort d’une cohabitation. On a privilégié le bonheur de cette barque du dimanche : les copains d’abord.

On connaissait déjà les gouvernements où l’on ne s’entend pas : Messieurs Mugny et Tornare avaient même inventé, pour le plus grand plaisir des chroniqueurs des très riches heures de l’exécutif de la Ville de Genève, le vol de l’assiette. Il y a aussi, parfois, de délicieux binômes antagonistes : Stich et Delamuraz, Blocher et Couchepin, et tant d’autres encore. Il y a des gouvernements avec des ruptures de collégialité, on l’a vu avec les socialistes vaudois. Et puis, il y a le nid des pigeons : tellement occupé à chasser toute idée de fissure dans son image, le Conseil d’Etat genevois donne l’impression de filer le parfait amour. Pire : il le file.

Dans l’affaire Cramer, l’argument a été avancé, sans rire : le magistrat a beau se retrouver, cumul oblige, devant un poste à 250%, on n’ira pas lui chercher noise. Comprenez-nous, nous sommes une si bonne équipe. Voir arriver un intrus, à mi-législature, voilà qui nous perturberait. Les pauvres magistrats : un psychologue, peut-être ? Ou alors un thérapeute de groupe, ou un bon massage ? Ou un bain chaud, avec mousse ?

La politique, ce sont des rapports de force. Le système suisse amène des représentants de partis totalement antagonistes à siéger ensemble. Pour confronter, de façon dialectique, leurs conceptions de la Cité. Et, pourquoi pas, pour s’engueuler bien fort, les éclats font partie de la vie politique. Mais pas pour nous jouer la comédie du roucoulement. On connaissait déjà les gouvernements qui ne s’entendent pas. Il y a pire : ceux qui s’entendent trop bien. Ça n’est pas exactement pour la quiétude interne de leur club que leurs différents électeurs, de gauche comme de droite, les ont envoyés servir, au plus haut niveau, les intérêts de la République.


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08/11/2007

Les chiffres du destin



Edito Lausanne FM – 08.11.07 – 07.50h

C’est un peu une combinaison cabalistique qui serait inscrite dans les astres. Une date, fatidique, inéluctable, semblant porter en elle la tragédie et le destin. Cette date, c’est celle de demain : le 9 novembre.

Je cite de mémoire, et j’en oublie sans doute beaucoup : il se trouve que le 9 novembre aura été, pêle-mêle, la date de Brumaire, la prise de pouvoir par Bonaparte ; celle de ce jour où l’armée a tiré sur la foule, à Genève ; celle de la Nuit de Cristal, en Allemagne ; celle, dans le même pays, un demi-siècle plus tard, de la chute du Mur de Berlin.

Brumaire. Coup de force saisissant. Un homme de trente ans, déjà auréolé de mille victoires en Italie, en Egypte, met fin, en quelques heures, au régime du Directoire. Les grenadiers remplacent les parlementaires. Une nouvelle aventure commence, dans l’Histoire de France. C’était un 9 novembre.

9 novembre 1932, quartier de Plainpalais, Genève. L’armée tire sur la foule. 13 morts, 65 blessés. Surtout, la mémoire des Genevois, pour longtemps, meurtrie, lacérée même, par l’événement.

9 novembre 1938. Dans l’Allemagne hitlérienne, la Nuit de Cristal. Une immense opération de pogroms, à l’échelle nationale, organisée d’en haut, le feu dans les synagogues, les vitrines des magasins juifs cassées. L’un des jours de honte de l’Histoire allemande.

Et puis, si l’Histoire est tragique, il arrive aussi, parfois, qu’elle soit porteuse de bonheur et d’espoir. Le 9 novembre 1989, j’étais à la Radio Suisse Romande. Je préparais les bulletins d’actualité de l’après-midi, les flashes. Et, tout à coup, dépêche urgente, cinq étoiles : « L’Allemagne de l’Est ouvre toutes ses frontières ». Il y a deux ou trois moments, comme ça, dans une vie de journaliste, où vous restez tétanisé, quelques secondes, avant de réagir.

Et c’étaient Kohl, et Genscher, haranguant la foule dans cette nuit magique, devant la porte de Brandebourg. Et c’était surtout Willy Brandt, déjà malade, fatigué, le visage marqué, sa légendaire impassibilité atteinte par l’émotion. Willy Brandt, l’ancien chancelier social-démocrate, celui qui s’était agenouillé devant le monument du ghetto de Varsovie. Willy Brandt, l’honneur retrouvé de l’Allemagne.

En Histoire, les dates ne sont pas rien. Les combinaisons de chiffres, certaines récurrences, comme celle du 9 novembre, oui, nous donnent à réfléchir sur le hasard et le destin. Car si l’Histoire est tragique (ça, oui, à coup sûr, et elle le sera toujours), peut-être, parfois, comme certaines suites de martingale, est-elle aussi malicieuse. Et, très rarement, souriante, comme un croissant de lune, entre deux nuages.

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07/11/2007

L'épître aux pourceaux


 
Édito Lausanne FM – Mercredi 07.11.07 – 07.50h

Faire baisser les impôts, défendre l’indépendance de la Suisse face à l’Union européenne, exclure les délinquants étrangers. C’était, présenté hier par son chef de groupe aux Chambres fédérales, le Bâlois Caspar Baader, le programme de législature de l’UDC, pour les quatre ans qui viennent.

Caspar Baader avait pris soin, pour l’occasion, de s’accompagner du Jurassien Dominique Baettig, un homme haut en couleurs dont on n’a pas fini de parler, le spadassin qui a réussi l’exploit d’arracher à la vieille démocratie chrétienne son siège historique, au National. Au pays des évêques de Bâle, installés à Porrentruy ! Le signal, hier, était tout, sauf gratuit : on imagine Agamemnon, tenant conférence de presse au lendemain de la chute de Troie, pour présenter un certain Ulysse, roi d’Ithaque, l’homme de la ruse du cheval, l’homme de la victoire. L’UDC sait mettre en avant ceux qui remportent des victoires.

La fiscalité, l’Europe, les étrangers. On pensera ce qu’on voudra de ce triptyque, mais il est simple et clair. Tout le monde le retiendra. Voilà donc un groupe parlementaire qui arrive à Berne, pour quatre ans, avec une stratégie, des priorités, l’art de les exposer de façon précise et accessible à tous. Je défie tout auditeur, toute auditrice, en cet instant même, de me donner les trois priorités des radicaux, ou des socialistes ! Oh, je vois déjà le délicieux et cultivé Fulvio Pelli me rétorquer qu’en politique, tout est toujours compliqué, que nous sommes en train de tuer cette mandarine et nuancée dimension du complexe et du convexe, qu’on ne peut pas tout résumer en trois mots.

Eh bien, Monsieur Pelli a tort. Comme il a eu tort, sur toute la ligne, dans sa campagne, en matière de communication. Bien sûr que les dossiers sont complexes. Mais le rôle d’un politique, ça n’est pas de jeter aux pourceaux quelque archaïque grammaire, histoire de leur montrer combien ils sont pourceaux, et combien il faut admirer l’élite de maîtriser tout ce charivari.

Non. Le rôle d’un politique, c’est de traduire la complexité en têtes de page, en priorités. Un politique, ça n’est pas un expert gorgé de chiffres, ça doit déjà être un médiateur. Cela fait partie de son job, de son mandat, de son lien privilégié avec l’électeur. Reprenons le triptyque de l’UDC : baisser les impôts, se montrer plus dur face à la délinquance étrangère, défendre l’indépendance du pays face à l’Union européenne. Quoi qu’on en pense, voilà qui est clair. Et qui, manifestement, à en juger par les 220.000 signatures déjà recueillies par une certaine initiative, ou par le vote des Suisses quand on les consulte sur l’adhésion à l’Europe de Bruxelles, colle parfaitement aux préoccupations des gens. Les grincheux, les perdants, les complexes et les convexes, appellent cela, avec un arrogant mépris, du populisme.

Non. Cela s’appelle, simplement du professionnalisme. La force de l’UDC, c’est qu’elle a des années d’avance dans la manière de concevoir le libellé d’un message politique. On peut, de l’Aventin, passer son temps à le regretter, comme on pleure les lampes à huile, ou la vapeur. On ferait mieux, du côté des autres partis, de se remettre un peu en cause. Dégager des priorités claires, apprendre à les communiquer, parler aux gens un langage qu’ils puissent comprendre, c’est, après tout, le moins qu’on puisse attendre des élus du peuple. Car, s’ils sont élus, ils sont aussi, et avant tout, le peuple.

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06/11/2007

Kubrick, pour toujours



Édito Lausanne FM – Mardi 06.11.07 – 07.50h

Trois heures et demie de film, dont chaque plan est un chef-d’oeuvre. Chaque éclairage, un intérieur à la Rembrandt. Chaque paysage, un Turner. Un univers musical d’exception. Le XVIIIe siècle recréé, en 1975, comme personne n’avait jamais réussi à le faire, et sans doute ne le fera jamais.

La première fois que j’ai vu Barry Lyndon, c’était, adolescent, à sa sortie. Et puis, voilà, comme pas mal de gens de ma génération, j’ai passé ma vie à voir et revoir cette absolue perfection de l’histoire du cinéma. Sept ou huit fois sur grand écran, en tout cas.

Et puis, hier soir, Barry Lyndon passait à la télévision. Alors, bien sûr, un tel film sur petit écran, c’est un peu la Ronde de nuit sur timbre-poste, ou transformer un oratorio de Haendel en sonnerie pour portable. Je m’étais donc dit que cette fois, non, je ne m’abandonnerais pas. Ou alors juste trois minutes, pour l’œil, pour l’oreille.

Seulement voilà, lorsque Barry Lyndon passe à la télé, c’est chaque fois la même histoire. Je m’assieds, juste trois minutes, juré, juste revivre ce premier choc d’adolescence. Et, trois heures et demie plus tard, dans cette interminable et sublime scène finale où Lady Lyndon, l’extraordinaire Marisa Berenson, n’en finit plus de signer ses traites sur fond de trio de Schubert, je suis toujours là, rivé, charmé, fasciné.

Ce film-là est une magie. Le génie de Kubrick, son acharnement au travail, pendant cinq ans, sur le plus infime millimètre de détail, le labeur acharné sur la lumière, le reflet du feu de bougie sur la pâle beauté d’un visage, les scènes d’intérieur entièrement tournées aux chandelles, les tonnes de cire fondues pour l’occasion, la délirante précision des scènes et des costumes, le choix des musiques. Dire que Kubrick est perfectionniste est un faible mot : il est carrément malade, fou du détail, brûlé de l’intérieur par le feu de l’œuvre. Jamais nul ne nous a, à ce point, transféré dans une époque. Ce film, dans tous les sens, y compris racinien, nous transporte. Vers le XVIIIe. Mais aussi, vers le lieu intérieur de nos passions.

Il faut bien comprendre : Barry Lyndon n’est pas un film historique. Ça n’est pas un film à costumes. Derrière ces paravents, c’est à travers l’incertitude de nos propres destinées que nous guide Kubrick. Le XVIIIe, c’est nous, Redmond Barry, c’est nous. L’enfant qui meurt, c’est le nôtre. Le premier baiser à Marisa Berenson,sur premier fond de trio de Schubert, c’est le miroir de nos émois. Et ce héros, Redmond Barry, cet ambitieux Irlandais capable des plus perfides trahisons comme des plus grands actes de bravoure, c’est l’humain, dans sa fragile ambiguïté, que nous sommes tous. Le baiser, sur la bouche, en pleine fureur de la bataille, au capitaine irlandais qui l’avait protégé, et que la rafale ennemie vient d’abattre, n’est-elle pas l’une des plus fortes scènes du film ?

Et puis, ce film raconte une histoire, tirée du roman de Thackeray. Le destin d’une vie, simplement, une ascension, une inexorable chute. L’imperméabilité, juste encore quelques années avant la Révolution française, entre l’aristocratie et les autres classes sociales. Ce film, ce sont les derniers feux de l’Ancien Régime, les ultimes vestiges d’un ordre qui se meurt.  Et le chemin d’un homme, hasardeux et picaresque, à travers les régiments britanniques ou ceux de Frédéric de Prusse. Et aussi, d’un château l’autre, une errance, à la lumière de jeux de carte où le hasard le dispute au destin, dans l’un moments les plus raffinés de l’Histoire humaine. Le XVIIIe, juste avant la Révolution. Un film à costumes, qui nous renvoie à la nudité de notre condition humaine, face à la mort.

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05/11/2007

ADN: la nausée


Édito Lausanne FM – 05.11.07 – 07.50h


Adolescent, j’étais fasciné, avec beaucoup de mes camarades et grâce à un prof de biologie hors normes, par la double hélice de l’ADN, Watson et Crick, jeunes et brillants Prix Nobel 1953. Ce même Watson, au demeurant, qui vient de tenir, sur les Africains, des propos pour le moins étonnants.

L’ADN, les chromosomes, le bagage génétique, il y a là, bien sûr, de quoi émerveiller la pensée. Nous sommes dans l’intime de l’intime, la structure profonde d’un être humain, ce qui le constitue, matériellement.

D’où ma nausée – je pèse les mots – face à ce qu’on pourrait appeler « le grand retour de l’ADN », non plus dans l’ordre de la science, ni même dans celui de la police scientifique ou de la justice, mais, cette fois, dans celui de la récup politicarde d’étage zéro. En France avec Sarkozy, en Suisse avec une motion UDC dont nous avons appris l’existence hier, voici que le recours à l’ADN se banalise comme feuille d’automne, à tous les vents jetée, pour un rien.

L’UDC, c’est un conseiller national zurichois, Alfred Heer. Il veut rendre le test ADN obligatoire pour le regroupement familial de certains étrangers. L’ADN. C’est-à-dire une intrusion dans le corps, dans l’intime, la sphère la plus personnelle. Il faut le dire, la banalisation de cette pratique relève de l’inacceptable.

Et puis, quelle étrange conception de la filiation ! Le lien de paternité, ou de maternité, que je sache, n’est pas toujours régi par la loi du sang. Il y a, par exemple, des adoptions, des reprises d’enfants orphelins par de tierces personnes. Et le lien, dans ces cas-là, serait-il moindre que celui qui procède des chromosomes ?

Surtout, voilà qu’on va chercher une technique de pointe d’identification des humains, utile dans la lutte contre certaines formes de criminalité, pour en faire un acte de tous les jours, banal. Il y a là une surexposition de la loi du sang qui, pardonnez-moi de le dire, rappelle d’autres époques, qu’on croyait révolues.

Il fut un temps, oui, pas si lointain, où on allait chercher les gens pour connaître certaines caractéristiques de leur mère, de leur grand-mère. C’était l’époque où l’immonde s’amusait à tutoyer la généalogie. L’UDC, premier parti du pays, gouvernemental et responsable, aurait tout à gagner, très vite, à prendre ses distances face à certains apprentis-sorciers, dans ses rangs. Tout comme elle aurait dû, sans ambiguïté, se démarquer, ce printemps, à Genève, des auteurs d’une affiche sur les « Pacsés inféconds ». Tout le monde y gagnerait : l’UDC en crédit, la politique suisse en salubrité.

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02/11/2007

Lapin, chapeau, Joseph


Édito Lausanne FM – Vendredi 02.11.07 – 07.50h


J’ai beaucoup de respect pour Marianne Huguenin et Joseph Zisyadis. Mais il faut le dire clairement, ce matin, le tour de passe-passe d’hier pour permettre à l’un de reprendre la place de l’autre au National relève du scandale politique. Imaginez, un seul instant, qu’une telle combinazione eût été le fait de personnalités UDC : nous en aurions eu pour des kilomètres de condamnations éditoriales, pendant des jours. Alors que je trouve très gentille (pour parler par euphémisme) la manière dont certaines interviews de Madame Huguenin, hier, ont été conduites. À coup sûr, le ton, face à un élu homme et de droite, eût été infiniment plus musclé.

Pour résumer, le dimanche des élections fédérales, seule Marianne Huguenin a été élue par le peuple. Joseph Zisyadis, lui, ne l’a pas été. On peut le regretter, car l’homme est talentueux et charismatique, mais c’est ainsi. Quelques centaines de voix le séparent de l’onction populaire. Et hier, on apprend, comme par hasard, que Madame Huguenin aura, tout compte fait, beaucoup trop de travail à l’exécutif de la ville de Renens, ne pourra donc pas conjuguer les deux charges. Elle renonce à siéger sous la Coupole. Et hop, magie, lapin, chapeau, revoilà Saint-Joseph, auréolé de Providence.

Joseph Zisyadis, dans cette affaire, a-t-il mis Marianne Huguenin sous pression ? Je n’en sais rien, et de toute façon, ça n’est pas lui le problème. Il y a, clairement, une responsabilité morale, devant le peuple qui l’a élue elle (et nul autre) de Madame Huguenin. Trop de travail à Renens ? Possible, mais alors il fallait s’en rendre compte plus tôt, et renoncer à une candidature au National. Non, se faire élire, avec tout ce que ce mot implique de confiance, de lien, avec le peuple, et se démettre juste après, est tout simplement indigne de la démocratie. Que Madame Huguenin soit quelqu’un de très bien, de courageux, de minoritaire, n’y change rien : ce qu’elle a fait là n’est pas acceptable.

Ce qui nous amène à la position de certains journalistes. On a eu l’impression, hier, qu’il fallait certes condamner Marianne Huguenin, mais pas trop. Parce qu’elle est femme, parce qu’elle est bien. Cela, dans notre univers éditorial, s’appelle une surprotection. On la surprotège, comme on a, pendant une décennie, surprotégé, par exemple, Ruth Dreifuss. Encore une fois, imaginez le traitement qu’aurait subi, dans les mêmes circonstances, un ignoble UDC, homme, fumeur de tortilleux cigarillos, suintant les soirées d’arrière-salle champêtre et l’accordéon folklorique ? Il aurait été, tout simplement, exécuté.

Tandis que là, mansuétude, retenue. Alors qu’il y a, clairement, déni démocratique. Notre système politique, fondé sur la qualité du lien entre les élus et leurs électeurs, mérite mieux que ce genre de manipulations.






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01/11/2007

Quelque part, les saints


Édito Lausanne FM – Jeudi 01.11.07 – 07.50h

Les courges, les potirons, les sorcières à deux francs, les monstres en massepain, c’est comme les étoiles d’été, comme les starlettes de la Croisette, comme une Harley-Davidson dans le désert du Nevada. Ça brille un instant, et puis, très vite, ça passe.

Halloween. Il y a, jour pour jour, sept ans, 1er novembre 2000, j’avais fait un commentaire pour dire mon mépris de la mode Halloween, pure entreprise commerciale, et réhabiliter la Toussaint. On m’avait traité de vieux grogneux, de vieux conservateur, bougon, complètement déconnecté de l’esprit du temps, aveuglé par son attachement viscéral au christianisme, toutes choses au demeurant parfaitement exactes.

Il n’a pas fallu sept ans pour que je sois vengé. Promenez-vous dans les rues : combien de courges, combien de folies orangées, si ce n’est dans quelque grappe résiduelle de démocrates-chrétiens genevois, avez-vous vues sur votre chemin ? Eh oui, la mode Halloween, c’est déjà fini. Alors que la Toussaint, voyez-vous, cette fête ringarde, grise comme une terre d’automne, simple et silencieuse, ce dérisoire appel des vivants à la mort, est toujours là.

C’est comme le christianisme, Mesdames et Messieurs, ou le judaïsme, ou l’Islam, mais aujourd’hui, oui, parlons du christianisme. Combien de beaux esprits, modernes comme une nouvelle génération d’I-Pod, énergumènes de cocktails accrochés comme des éphémères sur les sunlights de la nouveauté, nous annoncent la mort du christianisme ? Cela n’est pas nouveau. Cela dure depuis deux mille ans. Et cela est très bien ainsi. Il est normal, il est juste, qu’une religion, pour survivre, doive constamment se battre, s’affirmer, livrer des exemples de vie. Et ces exemples, chez les Chrétiens, cela s’appelle des saints.

J’ai sous les yeux, ce matin, un merveilleux petit bouquin, publié en 2003 par les Editions Hazan, à Paris, signé Rosa Giorgi, traduit de l’italien, et qui s’appelle « Les Saints ». Ils sont tous là, Basile, Marthe, Justine, Hippolyte, Grégoire, Ambroise, Isidore le laboureur, Eustache, Monique, Marguerite de Cortone, Charles Borromée, Marc l’Evangéliste, et tous les autres aussi. L’iconographie, de Fra Angelico et Piero della Francesca, est époustouflante de beauté. Et ces fragments de vie, tout sauf simples, avec ces moments de doute, de renoncement, de faiblesse, et tout à coup, ces fulgurances de lumière.

Voilà. Ce matin, j’ai voulu vous parler de saints. Ils sont sur nos fresques, dans des niches lointaines. Et puis peut-être, aussi, sont-ils là. Au milieu de nous. Quelque part.


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31/10/2007

Une initiative stupide et scélérate


Edito Lausanne FM – Mercredi 31.10.07 – 07.50h

Interdire les minarets. C’est une initiative qui circule, ces temps, dans toute la Suisse, en récolte de signatures. Elle émane d’un « comité extérieur à l’UDC ». Il paraît qu’elle peine un peu. Que nombre de caciques UDC s’en méfient, soit par amour des minarets, soit - plus probablement – par peur de l’échec.

Une initiative est un droit populaire. On peut tout imaginer, au fond : interdire les minarets, les églises, les temples, peindre en rose toutes les voitures du pays, arracher les autoroutes, détruire les barrages, inonder la vallée centrale du Valais, interdire les coiffeurs, les sondages. Il ne s’agit donc pas d’en contester le droit.

Cette initiative, oui, a le droit d’exister. Et moi, comme citoyen, celui de dire que nous sommes face à l’un des projets les plus scélérats et les plus stupides lancés, depuis longtemps, sur la place publique.

Premier constat : je me promène pas mal en Suisse, comme beaucoup d’entre nous, et je n’ai pas franchement l’impression d’être écrasé de minarets. J’aurais même, franchement, une certaine peine à situer le dernier que j’aie vu sur notre territoire national. Et j’habite en milieu urbain, dans une ville ouverte aux vents du monde. Dire que cette initiative relève du fantasme total est donc un euphémisme. Il n’y a quasiment pas de minaret en Suisse. Vouloir les interdire, c’est un peu aspirer à prohiber la marine maritime à l’intérieur de nos frontières. Ça, c’est le côté stupide.

Et puis, il y a le côté scélérat. Nous avons, en Suisse, des Musulmans. Comme nous avons des Chrétiens, des Juifs, des athées, des agnostiques. L’immense majorité de ces Musulmans sont parfaitement intégrés à notre communauté nationale. Dire le contraire, c’est mentir. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, sont des Musulmans laïques, qui ne sont pas plus piliers de mosquées que la majorité de nos Chrétiens ne sont grenouilles de bénitiers. Quant à ceux qui veulent pratiquer leur religion, l’une des trois grandes du Livre, vieille de près de quinze siècles, ils doivent bénéficier exactement du même traitement que les Catholiques, les Protestants, les Juifs. La liberté de culte est l’un des fondements de la démocratie. Inaltérable.

En contrepartie, ils doivent, comme toutes les autres religions, respecter nos lois. En quoi l’existence, dans quelques endroits du pays, d’un minaret signalant un lieu de culte, comme il y a des clochers, porterait-elle atteinte au vivre ensemble, en Suisse ? En quoi, si ce n’est dans le fantasme créé artificiellement par quelques incultes confondant islamisme et Islam, cherchant à ériger, au sein de notre communauté républicaine, des barrières entre les humains, là où tout l’art de la politique, de gauche ou de droite, doit être de rassembler.

Cette initiative est stupide et elle est scélérate. La signer, et surtout l’accepter, un beau dimanche, en cas de votation populaire, serait nier les fondements de la Suisse elle-même. Pays de respect et de pluralité. Pays à plusieurs voix, plusieurs intonations, plusieurs inflexions spirituelles. L’un des pays du monde où nous réussissons le mieux, malgré nos différences, à vivre ensemble. De grâce, ne cassons pas cela.



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30/10/2007

Le réchauffement des esprits


Édito Lausanne FM – Mardi 30.10.07 – 07.50h

Un Suisse sur dix. Voilà ce que représente le parti des Verts, selon le seul verdict qui vaille, celui du peuple, il y a neuf jours. C’est un parti qui progresse, c’est vrai. Mais c’est un parti, comme un certain autre, qui a fondé sa campagne sur une peur, celle du réchauffement climatique. Que cette peur soit justifiée ou passablement amplifiée pour les besoins de la cause, est une autre affaire. Il a fondé sa campagne sur une peur, c’est un fait.

Oh, je sais, ce que je dis là n’est pas très populaire dans l’esprit du temps. Aujourd’hui, dans les salons, dans les bistrots branchés, dans toute cette urbanité douce qui voudrait s’arracher aux pesanteurs de l’Histoire, on ne jure que par les Verts. On a même vu des politiciens de droite, PDC et parfois radicaux, succomber au Rayon vert jusqu’à rêver d’alliances nouvelles.

À Genève, il y a quelques mois, on nous faisait miroiter le couple Maudet-Hodgers comme la quintessence d’une post-modernité politique arrachée au tellurisme de la division gauche-droite. Plus récemment encore, le conseiller national PDC Luc Barthassat, ayant sans doute avalé sa calculette, parlait ouvertement de majorités parlementaires du centre-droit avec les Verts, se fermant les yeux pour ne surtout jamais, lui le démocrate-chrétien pur, voter avec le Diable.

Face à tous ces mirages, une réalité. Il se trouve que, malgré tous les matraquages de la campagne, les appels à l’Apocalypse, le thème du réchauffement ayant, au final, plus opéré sur nos oreilles que sur la planète, neuf Suisses sur dix ne votent tout de même pas pour les Verts. Dans ces conditions, et dans tous les cas de figure de composition du Conseil fédéral (logique  arithmétique ou logique d’alliance), la prétention des Verts à un siège au Conseil fédéral ne tient, pour l’heure, pas la route. Et les propos, que je viens d’entendre, de Daniel Brélaz, véritable icône inattaquable, Arche sainte du vertement correct, Major Davel du salut terrestre, n’excluant pas d’attaquer les radicaux, donc peut-être le siège de Pascal Couchepin, dévoilent le vrai visage des Verts.

Quant aux hommes et femmes du centre-droit qui seraient titillés, comme par un démon de midi, par l’idée d’une alliance avec les Verts, je leur propose d’aller voir tous les votes des élus écologistes, au Conseil national et dans les Parlements cantonaux, ces dernières années. Ils y découvriront une chose : sous des allures, bien fallacieuses en vérité, de post-modernité branchée, les Verts votent toujours avec la gauche. Parfois même, oui, avec l’extrême-gauche.

Seulement voilà, les Verts, on les sanctifie. On les idéalise. Ils seraient, pour je ne sais quelle raison, différents des autres. C’est une perception bien candide de l’Histoire et des hommes. Elle amène, constamment, à exonérer de toute critique certains élus comme Daniel Brélaz ou Robert Cramer. Comme si ces hommes étaient dépourvus de la moindre ambition personnelle, de la moindre arrière-pensée tactique. Parce qu’ils sont Verts, sympathiques, bonhommes, souriants, cordiaux.

Voilà. Désolé si j’ai un peu glacé l’atmosphère, ce matin. C’est sans doute ma manière à moi de lutter contre le réchauffement. Celui des esprits, bien sûr.

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29/10/2007

Fado


Édito Lausanne FM – Lundi 29.10.07 – 07.50h

Il y a d’abord la dame blonde, aux formes impériales, dans la soudaine pénombre de la taverne. Pour les tours de chant, on n’éteint pas exactement : on tamise. La dame blonde, deux guitaristes, ce chant surgi des entrailles, de profundis, « ni gai, ni triste », avait dit un jour le poète. Ce chant qui, comme chez Brel, Piaf ou Barbara, ou Fréhel, toujours raconte une histoire. La salle est basse, la voix ronde, puissante. Elle s’en va caresser les voûtes de pierre. Le fado, c’est un chant sorti d’une taverne.

Et comme la porte est laissée ouverte, on peut sans doute jauger la qualité des chanteuses, des chanteurs, au nombre de passants, dans la ruelle obscure, qui s’agglutinent, en auditeurs clandestins, juste devant l’entrée. Dame blonde, dame brune, histoire triste ou presque gaie, terrestre ou océane, coloniales effluves, haillons de solitude, ce goût salé de solitude ou d’abandon. Sans comprendre la langue, il y a quelque chose, oui, que l’on saisit d’un coup. D’instinct. Et qui vous emporte.

Il y a aussi le portier, le rabatteur, celui grâce, ou à cause de qui vous vous trouvez là. Lui, soudain, sur scène. Enfin, pas de scène, juste un coin pour se tenir debout, au milieu du public. Et le portier, d’une voix superbe, câline et violente, l’espace de trois chansons, vous emmène dans son univers.

Et puis soudain, la cuisinière, costume de soubrette à la Feydeau, la voix un peu moins puissante, mais le rythme, la scansion, l’histoire que l’on égrène, syllabe après syllabe, cette noblesse du dire et du bien-dire. Et aussi, des artistes de passage. On les imagine tournant, comme dans le Saint-Germain-des-Prés des années 50, d’une taverne l’autre. Comme Brel à ses débuts, ou Brassens, ou Devos.

Et puis, il y a la fille. Ne partez pas tout de suite, nous avait-on dit. Attendez juste de voir la jeune fille qui arrive. Seize, dix-sept, dix-huit ans, à tout casser. Robe noire. Et cette voix qui s’envole, à faire pleurer la salle. Nul pathos, pourtant : juste le bide qui chante. Une histoire lointaine, d’amour, de solitude, d’océan. Elle se tient immobile dans la taverne noire. Elle fixe le mur de vieilles pierres. Et le chant qui surgit, et cette voix sublime au milieu des passants. « Ni gai, ni triste », avait dit le poète. Mais quelque chose d’incroyablement fort, comme une histoire qu’on raconte, et qu’on raconte encore, comme une cicatrice de vie qu’on rouvrirait à chaque fois, comme une souffrance et comme une joie.

Maritime, coloniale, iodée comme le passé qui revient, et qui revient encore. Salée, comme la force de vivre, et parfois aussi – mais on ne sait pas – l’envie d’en finir.

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24/10/2007

Le point, la virgule



Édito Lausanne FM – Mercredi 24.10.07 – 07.50h

Depuis l’enfance, j’ai toujours passionnément aimé les signes de ponctuation. Une enfance, d’ailleurs, où quelques demoiselles éclairées, délicieuses vieilles filles, toutes de tendresse et d’extrême rigueur mêlées, avaient bien voulu, justement, et en profondeur, me l’enseigner, cette ponctuation. Un point est un point. Une virgule est une virgule. La suspension, sans abus, doit nous dresser de désir vers l’attente. L’exclamation, encore plus rare pour être percutante, doit nous élever vers des cieux de surprise. Ou de colère. Ou d’extase ravie. Et puis, parfois aussi, la gustative jouissance d’un point-virgule, ultime relique d’un mandarinat du langage.

Oui, ces vieilles demoiselles étaient mes maîtresses, je dirais plutôt « mes maîtres », pour éviter toute confusion, et dans le sens bouleversant, de filiation et d’amour, que donne à ce mot Charles Péguy. D’où mon bonheur, hier, à regarder Infrarouge. Non pour les invités politiques. Je venais de recevoir les mêmes, deux heures plus tôt, sur mon plateau, et sur le même thème. Mais pour un monsieur, un observateur du discours, qui a dit deux ou trois choses d’une éblouissante justesse sur les points et les virgules. Il a dit que Blocher parlait avec des points. Et qu’on le comprenait. Il a dit que tant d’autres parlaient avec des virgules. Et qu’on ne les entendait pas. Et l’écouter, ce spécialiste dont j’ai oublié le nom, a été pour moi un bonheur.

Il y a le discours des points et celui des virgules. Il y a la phrase qui sait se mettre en évidence, avec son sujet, son verbe actif, ses compléments. Elle porte une idée une seule, une image, elle va vers l’auditeur. Et le discours, pas à pas, se construit par l’assemblage de membres qui, tous isolément, portent sens. Cela, Christoph Blocher l’a compris. Mais aussi Pierrre-Yves Maillard, le meilleur de tous en Suisse romande. Je ne parle pas ici de ton, qu’au demeurant chacun de ces deux acteurs maîtrise à merveille. Mais de sens de la phrase, de construction du langage. Parler pour être entendu. C’est valable pour un discours politique comme pour un papier radio.

Et puis, il y a tous les autres. Ceux qui enchevêtrent principales et subordonnées, dans des phrases trop longues, trop conceptuelles, sans image, sans force ni sensualité dans le choix des mots. Comme si le langage n’était que fatras et fracas, fils entremêlés d’un marionnettiste atteint de la maladie de Parkinson. Et ils croient qu’étant longs, ils seront intelligents. Et ils croient qu’étant complexes, ils seront intelligibles. Et, dans le charivari de leur verbiage, plus rien n’émerge, nulle image, nulle idée maîtresse. Et ils aspirent à des gouvernements, quand ils ne gouvernent même pas le verbe qui est en eux. Et ils aspirent à des parlements, quand ils ne savent même pas parler.

Les points. Les virgules. Le monsieur d’hier, à Infrarouge, était tout simplement remarquable. Et tous nos politiciens, qui croient nous ravir avec leurs chiffres et leur amer élixir de complexité, feraient bien, tout simplement, d’apprendre ce qu’est un point, une virgule, une pause, une demi-pause, une respiration. Et on commencerait enfin à les saisir. Et les mornes matins, comme l’avait si bien dit Aragon, en seraient différents.

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23/10/2007

La rose fanée

Bien sûr, il y eut Jaurès, cette grande voix qui fit vibrer la France au tournant des deux siècles. Bien sûr, il y eut Blum, les congés payés, le Front populaire, la magie de cet été 36 où la France dansait, pendant que l’Allemagne se préparait. Bien sûr, il y eut François Mitterrand, sa rose et son chapeau, sa culture littéraire, son intelligence politique. Bien sûr, il y eut Willy Brandt, et la génuflexion de Varsovie. Oui, tout cela a existé, fait partie de notre Histoire, notre patrimoine, notre mémoire. Cela portait un nom. Cela s’appelait les socialistes.
 
En Suisse aussi, nous avons eu de grandes figures. Au tout premier plan desquelles il faut placer le Bâlois Hans-Peter Tschudi, qui fit prodigieusement avancer les assurances sociales, notamment l’AVS, dans les années 60. André Chavanne aussi, l’un des pères de l’Ecole à Genève, dont le mérite ne réside pas tant dans la qualité de l’enseignement qu’il fit prodiguer que dans la réussite de l’intégration des immigrés et du baby boom.
 
Et puis, il y eut Olaf Palme en Suède, Bruno Kreisky en Autriche, bref il serait parfaitement insensé de nier la richesse de l’apport des socialistes, dans l’Histoire européenne, et la nôtre en Suisse, au vingtième siècle.
 
Mais nous sommes aujourd’hui en 2007. Nous sommes au vingt-et-unième siècle. Et je ne suis pas sûr, voyez-vous, que le socialisme, au sens classique où on l’a entendu pendant tout le siècle précédent, cette idéologie héritée de Zola, des mines, des charbonnages, des houillères, des grandes grèves, des carcans syndicaux, soit encore bien pertinente pour affronter nos défis d’aujourd’hui. Regardez les ouvriers. Ils ne s’y sont pas trompés. En Suisse, depuis pas mal d’années, ils ne votent absolument pas socialiste. Mais UDC.
 
Et ce virage, les socialistes suisses ne l’ont tout simplement pas vu venir. Engoncés dans leurs certitudes, leur éternelle confusion de la politique avec la morale, erreur majeure qu’un François Mitterrand n’a jamais commise, donneurs de leçons, redresseurs de torts, décidément plus doués pour organiser la distribution des richesses que pour la produire, ils sont, aujourd’hui, dépassés par les événements. Ce monde n’est plus le leur. Ils ne le comprennent pas. Ils n’en parlent pas le langage. Ils n’ont plus que la force de se plaindre, dénoncer les méchants à la maîtresse, regretter le temps où on les écoutait. En Suisse, comme en France, ils en ont pour des années à se remettre.
 
Mais se remettront-ils seulement en question ? Quand on entend certains d’entre eux, et même le plus brillant, au soir même de la défaite, avant-hier, n’expliquer la victoire de l’UDC que par l’argent de la campagne, c’est à désespérer. Bien sûr, l’argent a joué un rôle. Mais le talent aussi, la vigueur de l’UDC, son appétit de conquête, sa stratégie. Toutes choses qui, chez les socialistes, n’existent plus.
 
Bien sûr, il y eut Jaurès. Il y eut Blum. Il y eut Willy Brandt. Il y eut Tschudi. Mais aujourd’hui, il n’y a plus personne. Il n’y a plus que l’arrogance, le pré carré de quelques féodaux locaux à la rose bannière. Pour ce parti, voici venu le temps de la refondation. Elle sera très dure et très douloureuse.

Édito Lausanne FM – Mardi 23.10.07 – 07.50h

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