14/05/2017

Merci, M. Hollande !

le-president-sortant-francois-hollande-d-et-son-successeur-emmanuel-macron-le-14-mai-2017-a-l-elysee-a-paris_5878979.jpg 

Sur le vif - Dimanche 14.05.17 - 15.56h

 

Voilà. François Hollande n'est plus Président. Un quinquennat s'achève, que l'Histoire jugera, il est trop tôt maintenant.

 

Mais je suis certain d'une chose : par rapport aux torrents d'immondices que ce Président a dû encaisser jour après jour, pendant cinq ans, de la part, principalement, de la droite orléaniste revancharde de son prédécesseur, le bilan Hollande sera, un jour, revu à la hausse.

 

Pour ma part, je suis très fier et très heureux, sur l'intégralité de ces cinq ans, de n'avoir JAMAIS - je dis bien JAMAIS - dit de mal de François Hollande. Non que je fusse socialiste, mais j'estime qu'il a eu, dans les moments difficiles, la dignité de la fonction suprême. C'est exactement cela, un Président, sous la Cinquième République.

 

A son successeur, dont je ne partage quasiment aucune option politique, mais dont je respecte la fonction, je souhaite évidemment bonne chance. La continuité française fonctionne parfaitement, on l'a vu ce matin avec l'impeccable cérémonie de passations de pouvoirs.

 

Et la Cinquième République, que d'aucuns ont passé la campagne à enterrer avant qu'elle ne mourût, est apparue aujourd'hui dans sa forme la plus éclatante. Comme ces fleurs, magnifiques, derrière le nouveau Président, pendant que la Garde républicaine entonnait la Marche consulaire de Marengo. C'est des saisons, non des idéologies, que nous vient la force du renouveau.

 

"Seule la tradition est révolutionnaire", écrit Péguy. C'est sans doute l'une de ses plus belles phrases. L'une de celles qui me guident, depuis tant d'années, dans ma lecture de l'Histoire et de la politique.

 

Pascal Décaillet

 

15:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/05/2017

An die Freude

Schiller_an_die_freude_manuskript_2.jpg 

Sur le vif - Mardi 09.05.17 - 11.12h

 

Je suis Beethovénien depuis l'âge de douze ans. L'auteur de la Neuvième Symphonie a été pour moi, pendant toute mon adolescence, un indétrônable dieu, avant même que je ne découvre Wagner (1971), puis Haendel, puis Brahms. C'est dire à quel point je suis musicalement disposé à écouter son oeuvre.

 

Mais je n'ai pas aimé, dimanche soir au Louvre, que l'Hymne à la Joie précède la Marseillaise. Symboliquement, c'était mettre l'Empire, entendez aujourd'hui l'Europe, avant la Nation. Le contraire même de tous les combats de la Révolution française, de la République naissante en 1792, des Soldats de l'An II, lorsque la France, admirable, était seule contre tous.

 

Cette prééminence, cette inscription dans une Pyramide, en disent tellement long sur le rapport mental et psychologique du nouveau Président avec l'Europe, avec l'idée même de supranationalité.

 

L'idée qu'au-delà du souverain du pays, il existerait une souveraineté ultime, donc supérieure, un suzerain, est d'essence impériale et germanique. Les Allemagnes, en mille ans, ont vécu avec cette construction dans leur tête la plupart du temps. C'est pourquoi l'esprit allemand s'accommode si bien de l'Union européenne.

 

En France, il en va autrement. Le souverain, qu'il soit Roi ou Président de la République, ne saurait tolérer en aucune manière le moindre recours, au-dessus de sa tête. Parce qu'il est, lui, le recours. La pierre angulaire. Ainsi s'est construite la France, depuis mille ans. En France, nulle querelle de Guelfes et de Gibelins : les partisans du Pape, déjà sous les rois, et des siècles avant la loi de 1905, ont toujours été remis à leur place.

 

Tout cela, le nouveau Président le sait. Et c'est à dessein qu'il a orchestré cette singulière chronologie. D'abord, Beethoven et Schiller (on trouve pire, j'en conviens !), ensuite seulement Rouget de Lisle. C'est un signal très clair qu'il donne, parfaitement cohérent. Une marque d'intégration à un ensemble. Ça fait très MRP, très gentil centriste, très démocrate-chrétien de la Quatrième, très Pères fondateurs de la Communauté européenne. C'est une option de la souveraineté française.

 

Ou plutôt, une option sur la délégation de souveraineté. Les Français, qui ont voté largement pour ce nouveau Président, veulent-ils vraiment cela ? D'ici quelques mois, nous le saurons.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/05/2017

Putain, cinq ans !

 

Sur le vif - Vendredi 05.05.17 - 10.32h

 

Après-demain, la France élira sans doute le candidat du convenable. Celui qui saura bien se tenir avec Mme Merkel, tel le vassal reçu par le suzerain. Avec les gens de Bruxelles. Avec la Banque centrale européenne. Avec les usuriers de la spéculation mondialisée, qui, de New York à Genève, le soutiennent avec tant d'ardeur.

 

Le candidat du Quartier latin, des bobos, des babas, des "grandes organisations religieuses" de France, des médias, de ceux qui les possèdent, de la grande bourgeoisie d'affaires parisienne, des corps constitués, des humoristes, des dessinateurs de presse, des acteurs, des chanteurs, des intellectuels, des professions libérales, de la trahison pudiquement appelée "ralliement".

 

Le candidat d'Obama, de M. et Mme Badinter, de Jacques Attali, Daniel Cohn-Bendit, de tout ce qui, depuis tant de décennies, tient tant pignon sur tant de rues, plutôt celles de Neuilly que de Levallois.

 

L'homme, notez, ne m'est absolument pas antipathique, j'aime ses yeux bleus, je lui reconnais un sacré talent pour racoler. Hélas, je n'ai jamais rien réussi à comprendre de ce qu'il raconte, les mots s'envolent, la grammaire est juste, mais le sens fait défaut, c'est sans doute de nos jours un détail.

 

Il va aller voir Mme Merkel, prêter politiquement allégeance. Idem à Bruxelles. Il va pratiquer une politique qui pourrait bien ressembler à celle du MRP, sous la Quatrième, atlantiste, centriste et européenne, des gens parfaitement respectables, au demeurant. La dilution de la souveraineté française dans un ensemble plus grand, un Empire, ne leur posait simplement pas problème. Chacun sa vie, chacun ses choix.

 

Ces cinq années seront longues. Je crains surtout qu'elles ne soient des années perdues. Un ultime répit pour l'Ancien Monde, avant le grand changement.

 

À la France, qui n'est pas mon pays mais qui m'a tant nourri, je dis ici toute la profondeur de ma fidélité et de mon attachement.

 

Pascal Décaillet

 

15:58 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/05/2017

Quelque chose, contre rien

 

Sur le vif - Mardi 02.05.17 - 15.14h

 

Il existe, entre Mme Le Pen et M. Macron, une toute petite nuance, qui permet de les différencier.

 

Marine Le Pen, on comprend absolument tout de ce qu'elle raconte. C'est clair, limpide. Le taux de réception du message est de 100%. Ensuite, on est d'accord ou non, on l'aime ou on la déteste, chacun est libre.

 

Emmanuel Macron, on ne comprend strictement rien à son discours. Il parle pourtant très bien, les mots font partie du vocabulaire courant, les phrases s'enchaînent, la posture rhétorique est excellente. Mais le message ne passe pas. Je m'efforce de l'écouter depuis des semaines, je le trouve sympathique, mais je n'ai réussi à retenir, pour l'heure, qu'une vague affaire de taxe d'habitation, qui me semble relever davantage d'un sous-secrétariat d’Etat au Logement que du chef de l'Etat.

 

Même ses partisans reconnaissent ne pas comprendre grand chose. Mais ils votent pour lui. Par défaut. Parce qu'on ne va tout de même pas élire la Bête immonde, non ? Ils votent pour une image. Un label. Une gravure. Une marque de fabrique.

 

Nous ne sommes pas dans l'antagonisme de deux discours. Mais dans le choix entre un discours et... une absence de discours.

 

Singulier, non ?

 

Pascal Décaillet

 

15:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Incandescence des âmes

image_612.jpg 

Sur le vif - Mardi 02.05.17 - 06.57h

 

Jamais, depuis longtemps, la France n'a été placée devant un choix aussi clair. Mme Le Pen ou M. Macron, ce sont deux visions diamétralement opposées de l'avenir du pays.

 

Quel que soit le résultat, il y aura dimanche soir deux France. L'une pour gouverner. L'autre, pour constituer une puissante et redoutable opposition.

 

Dimanche, ce sera l'acte 1. En juin, avec les législatives, l'acte 2. Cet automne, avec la rentrée sociale, l'acte 3. Puis, la partie totalement imprévisible, la législature elle-même, dans un climat d'incandescence des âmes de nature à rappeler l'immense poète Agrippa d'Aubigné, l'auteur des Tragiques, l'un de mes livres de chevet.

 

Ce grand pays s'en sortira, bien sûr, comme toujours dans sa remarquable Histoire. Sur les ferments de sa dispersion, il scellera une nouvelle fois l'unité. Mais nous entrons dans des années difficiles, une période de turbulences. Ça fait partie du jeu. Il faut que s'accomplisse un destin. Il faut parfois que tout s'effondre, pour reconstruire. Ainsi naissent et meurent les Républiques. Toujours dans la crise. Toujours dans le tragique de l'Histoire. Toujours, dans la douleur.

 

Pascal Décaillet

 

12:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

01/05/2017

Errances germanopratines

 

Sur le vif - Lundi 01.05.17 - 12.31h

 

Depuis le début de la campagne présidentielle française, je m'intéresse au fond politique, et à lui-seul. Aux programmes des uns et des autres. Nous n'en avons maintenant plus que deux. Ils sont exceptionnellement antagonistes, ce que j'ai souligné dès les résultats du premier tour, avec mon édito "L'équation s'éclaircit !".

 

Jamais, depuis que je suis les présidentielles françaises au suffrage universel, soit toutes depuis décembre 1965, les fronts n'ont été aussi clairs. Jamais nous n'avons été aussi loin du "Blanc bonnet, bonnet blanc", géniale réplique du vieux communiste Jacques Duclos, pour qualifier le duel Pompidou-Poher de juin 1969.

 

Qui s'en plaindra ?

 

On peut toujours regretter la composition d'un second tour. A seize ans, en 1974, je roulais à fond pour Chaban, mais voilà, il est arrivé troisième au soir du premier tour, ne restaient que Giscard et Mitterrand, c'est ainsi. Le corps électoral décide la carte géographique qu'il veut. Et puis, rien ne sert, en politique, d'avoir trop de regrets, il faut accepter le terrain, avec ses aspérités, tels qu'ils s'offrent à nous. Art du possible, art du réel.

 

Je répète ici que le corps électoral français a de la chance. Il est, pour la première fois depuis longtemps, face à un choix extraordinairement clair entre deux visions de l'avenir de la France. L'une et l'autre, je l'affirme, sont respectables. Chacun a le droit de souhaiter l'une, ou l'autre.

 

J'ai maintes fois énuméré ici les vrais enjeux de ce choc d'antagonismes : indépendance contre interdépendance, souveraineté contre intégration, contrôle des flux migratoires contre ouverture des frontières, protection des paysans, et des produits agricoles, contre férocité de la concurrence mondiale, protectionnisme contre libre-échange, etc. Là sont les vrais problèmes, les vrais enjeux, les vraies lignes de fracture.

 

Au lieu de cela, d'aucuns s'échinent à focaliser sur les questions morales, liées aux heures les plus sombres du vingtième siècle. Ne voulant voir que cela, ne voulant que diaboliser l'électorat de Marine Le Pen, faire peser sur lui une chape de culpabilité, ces beaux esprits s'emploient en vérité à dévier les vrais enjeux. Derrière le paravent de cette diabolisation, derrière leurs insupportables leçons de morale, dont je pense qu'elles finiront par se retourner contre eux, ils nous cachent les enjeux fondamentaux qui, très loin du petit monde de bobos du Quartier Latin, touchent à l'avenir, non de quelques milliers, mais de soixante millions de Français : ceux que je ne cesse de recenser ici, depuis des mois. Enjeux structurels. Enjeux nationaux. Enjeux de destin.

 

Ces belles âmes germanopratines ne sont, au fond, que des jeteurs de voiles, comme on jette des sorts, pour tenter d'occulter le vrai débat. Puisse la confrontation ultime, celle d'après-demain soir, entre les deux candidats, porter sur le fond : l'avenir et la souveraineté de la France, sa place et son rayonnement en Europe et dans le monde, les conditions de sa cohésion sociale, l'amélioration de la vie des plus défavorisés. Et non la prise en otage de ces vrais enjeux par la diabolisation, les leçons de morale, le parfum d'encens des confessionnaux.

 

Pascal Décaillet

 

13:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

30/04/2017

Il m'arrive de dire oui !

 

Sur le vif - Dimanche 30.04.17 - 10.09h

 

Souveraineté nationale. Indépendance. Frontières. Régulation des flux migratoires. Politique agricole active, valorisation des terroirs, respect et protection des paysans. Respect de l'environnement, protection des sites et des paysages. Respect du monde animal. Politique monétaire nationale. Politique étrangère indépendante, ouverte, audacieuse, non-alignée sur les super-puissances de la planète. Refus de toute intégration à un Empire, ou conglomérat. Rejet de l'idée même de supranationalité. Immense effort de solidarité, à l'intérieur du pays, pour favoriser la cohésion sociale. Priorité à l'emploi pour les résidents. Attention de tous les instants aux plus défavorisés. Soins médicaux accessibles à tous. Encouragement à l'industrie, aux PME, à l'invention. Mettre fin au pouvoir mondialisé de la finance spéculative. Remettre la banque au service de l'économie locale. Défendre les services publics, par l'exigence de qualité et non en les mettant sous cloche. Renforcer la puissance de l'Etat, pour le mettre au service des citoyens. Démocratie directe, participative, active, novatrice, imaginative. Démocratie venue d'en bas. Absolue supériorité de l'intérêt général sur la somme des intérêts particuliers.

 

A tout cela, je dis oui.

 

Pascal Décaillet

 

16:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/04/2017

Le pourboire

 

Sur le vif - Samedi 29.04.17 - 09.23h

 

Vous prenez l'électorat de Marine Le Pen au premier tour. Vous lui ajoutez celui de M. Dupont-Aignan. Puis, une part non-négligeable de celui de M. Fillon. Puis une part, qui pourrait s'avérer étonnante, de celui de M. Mélenchon. Vous prenez les ouvriers, les paysans, les chômeurs, les oubliés. Les silencieux, surtout.

 

Vous brassez.

 

Vous multipliez par l'insondable vacuité de M. Macron. Vous élevez au carré par l'éther de l'imprévisible, la noirceur des colères, le secret de l'urne, la revanche du terroir provincial contre les consignes des salons parisiens, le rejet absolu des petits marquis de la morale, qui se prennent pour des directeurs de conscience.

 

Vous ajoutez l'instrumentalisation mémorielle, le communautarisme de la récupération, l'anachronisme des procès d'intention rétrospectifs, la sagesse et le bon sens de l'électorat face à ces ficelles. L'unanimité des médias en faveur d'un candidat, même reconnu comme vide, parce qu'il serait le "moindre mal".

 

Vous prenez tout cela, oui. Vous brassez une dernière fois. Vous laissez macérer. Et, le 7 mai, vous demandez l'addition.

 

Pour le pourboire, chacun est libre.

 

Pascal Décaillet

 

15:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/04/2017

Cigales hallucinées

 

Sur le vif - Jeudi 27.04.17 - 12.25h

 

Pour l'élection du 7 mai à la Présidence de la République, les Français ont le choix entre deux candidats, comme il sied à tout deuxième tour depuis décembre 1965. Deux programmes, deux visions pour la France, radicalement différentes.

 

Ils ont parfaitement le droit de voter pour l'un, comme pour l'autre. Chaque citoyenne, chaque citoyen, vote librement. En conscience.

 

Nul n'a à leur faire la moindre leçon de morale sur leur choix.

 

On peut tenter de convaincre le camp adverse, lui prouver à quel point le programme de son candidat, à soi, est meilleur. Avec des arguments politiques. Les champs d'antagonismes, sur le fond, sont passionnants, tant ces deux candidats divergent sur tout, ce qui est très sain, et offre aux Français un vrai choix, entre deux visions du monde. Le 7 mai, pour cinq ans, ils trancheront. Qui éliront-ils ? Je l'ignore absolument.

 

Mais désolé, les "appels républicains" de toute cette coterie d'artistes, de vedettes, de cigales hallucinées de la mondanité parisienne, pour diaboliser l'un(e) des deux candidats, les grandes leçons des Attali, Cohn-Bendit, Jamel Debbouze, BHL, pour nous dessiner l'Apocalypse de l'irréparable, tout cela ira à fins contraires.

 

Cette manière de penser à la place des citoyens, comme aux plus riches heures de Sartre et des Temps modernes, et de leur imposer, pistolet sur la tempe, l'orthodoxie du Bien, n'est absolument plus de mise en 2017, à l'heure de la mise en partage des connaissances et des réseaux sociaux. Nos Frères Prêcheurs se trompent d'époque ! La vérité ne vient plus des Salons de Lumière.

 

Les Français en ont tellement marre des prétentions de cette clique à un quelconque magistère, que chaque leçon de ces moralistes de sunlights amène des milliers de voix au camp adverse.

 

Alors... Alors, quoi ? Alors, qu'ils continuent, pardi ! Et nous verrons bien.

 

Pascal Décaillet

 

12:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/04/2017

La convergence des silences

 

Sur le vif - Mercredi 26.04.17 - 08.46h

 

Sur les plans économiques et sociaux, sur la souveraineté nationale, le rapport à l'Etat, la défense des services publics, l'attention aux plus défavorisés, le sort des paysans, des ouvriers et des chômeurs, la question européenne, l'Allemagne, de nombreux enjeux de politique internationale, la démocratie directe, et une foule d'autres sujets, les programmes de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se rejoignent.

 

Ils sont, l'un et l'autre, à des années-lumière du programme d'Emmanuel Macron, pro-européen, pro-américain, atlantiste, inféodé à Mme Merkel et à Bruxelles, pro libre-échange, pro libre-circulation des personnes, pro finance internationale, anti-protectionniste, bref la parfaite continuation des politiques libérales et dérégulatrices, à droite comme à gauche, menées depuis tant d'années.

 

Dans ces conditions de proximité idéologique sur tant de sujets, de silence-tabou sur cette proximité, et d'ennemi commun en la personne du chouchou des médias, des banques, des places financières mondiales, de l'Allemagne et de Bruxelles, le silence de Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, s'explique et s'éclaire.

 

Une partie de l'électorat Mélenchon, dimanche 7 mai, ainsi qu'une partie de l'électorat Fillon, ainsi que tant d'autres silencieux d'aujourd'hui, voteront pour Marine Le Pen. Que cela plaise ou non à M. Mélenchon lui-même : les voix de ses électeurs du premier tour ne lui appartiennent pas. Aucune voix, d'ailleurs, n'appartient à personne.

 

Pascal Décaillet

 

15:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/04/2017

Entrailles silencieuses

 

Sur le vif - Lundi 24.04.17 - 12.22h

 

Après des mois d'embrouilles, l'équation de la présidentielle française se simplifie enfin : il était temps ! On pensera ce qu'on voudra des deux finalistes, mais il se trouve qu'ils sont là, eux et pas les autres, c'est le corps électoral qui l'a voulu, c'est ainsi.

 

Et au moins, l'équation est claire. Les deux candidats du second tour représentent des univers politiques totalement antagonistes, ce qui est plutôt sain en démocratie. En parfaite connaissance de cause, les citoyens trancheront. Je n'ai fait aucun pronostic pour le premier tour, je n'en ferai pas pour le second, nous verrons bien.

 

Sur la souveraineté de la France, les deux finalistes sont en désaccord total. Sur l'Union européenne. Sur la monnaie qui doit être celle du pays. Sur les relations avec les États-Unis d'Amérique. Avec la Russie. Avec l'Allemagne. Sur la question ukrainienne. Sur la question syrienne. Sur la manière de traiter l'immigration. Sur le libre-échange. Sur la libre-circulation des personnes. Sur le rôle de l'Etat dans l'économie. Sur les relations entre partenaires sociaux. Sur le protectionnisme. Sur le destin de l'agriculture française. Pour ne prendre que quelques éléments.

 

A quoi s'associent des clivages, clairement repérables. Entre l'Est et l'Ouest du pays. Entre les villes et les campagnes. Entre régions nanties et délaissées. C'est sur la base de cette nouvelle carte de la France que s'articuleront les grands débats politiques des prochaines années. Autour de ces axes d'antagonismes, qui en effet pulvérisent les frontalités des soixante dernières années.

 

Bref, une nouvelle ère, quel que soit le résultat du 7 mai. Si M. Macron est élu, il devra considérer, pendant cinq ans, sa rivale du deuxième tour comme la cheffe de l'opposition. Non à l'Assemblée, à cause du mode de scrutin, mais dans les entrailles, jusqu'ici silencieuses, du pays profond. Les prochaines années seront passionnantes. Ce pays n'a pas fini de nous étonner.

 

Pascal Décaillet

 

12:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/04/2017

Mon échelle, mes valeurs

 

Sur le vif - Vendredi 21.04.17 - 15.58h

 

D'un bout à l'autre de cette campagne où tout aura été entrepris pour avoir sa peau, François Fillon m'a impressionné. Non par son idéologie (j'ai déjà dit maintes fois mon opposition à son libéralisme économique), mais par son caractère. Contre vents et marées, cet homme a tenu. Je ne l'oublierai pas. J'aime tellement cette solitude de ceux qui se battent, vous ne pouvez imaginer à quel point ça me touche, ce que ça va chercher au fond de moi.

 

Il y a quelques mois encore, ma considération pour François Fillon était limitée. Il avait été cinq ans le Premier ministre de Nicolas Sarkozy, ce qui ne constitue pas, à mes yeux, la carte de visite la plus éblouissante.

 

Et puis, il y a eu cette campagne. Toutes ces "affaires", comme par hasard montées contre lui, et lui seul. Autour de lui, toute l’écœurante immensité de la trahison, ce qu'a également dû vivre Benoît Hamon, autre candidat que je respecte pour son cran et sa résistance.

 

Malgré l'extrême violence de ces vents contraires, François Fillon a tenu. Rien que pour cela, je l'admire. Parce que chez moi, l'échelle des valeurs fait de loin primer le caractère sur l'idéologie. Hier encore, au débat, je l'ai trouvé excellent. Ce matin encore, dans sa déclaration.

 

Alors voilà, je ne suis pas Français, je n'aurai donc pas à me prononcer dans cette campagne. Mais je tenais à dire, à deux jours du verdict du premier tour, mon admiration pour la ténacité de François Fillon. Ainsi que pour celle de Benoît Hamon, qui lui est pourtant diamétralement opposé, sur le plan des idées. Hamon, un homme que tous, ou presque, ont lamentablement trahi. Un homme seul. Un homme qui sait qu'il risque, dimanche soir, une cuisante défaite pour son camp, sans doute l'une des pires depuis la prise du parti par Mitterrand à Epinay en juin 1971. Il risque le rejet, le grincement des rires, la noirceur humide des rodomontades. Mais jusqu'au bout, il se sera battu. Je lui dis bravo. Il y a, chez cet homme austère et peu taillé pour les effets tribunitiens, une rigueur mendésiste qui ne m'a pas échappé.

 

Les hommes, les femmes, les événements, les périmètres d'idéologie, sachons les lire et les décrypter à l'aune de l'Histoire, dans la patience de la diachronie, et non dans la seule émotion, la seule émulsion du moment. Bref, lisons Michelet, Tocqueville et Marc Bloch. Et continuons d'aimer la France.

 

 

 

Pascal Décaillet

 

16:23 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/04/2017

Imprévisible ? J'espère bien !

 

Sur le vif - Jeudi 13.04.17 - 08.52h

 

La présidentielle française est imprévisible ? Mais tant mieux, pardi !

 

Depuis quand une élection devrait-elle être prévisible ? Pour faire plaisir aux sortants ? Aux sondeurs ? Aux médias ? Aux humoristes et dessinateurs au service du pouvoir ? Aux courtisans de l'ordre établi ?

 

Le principe de toute élection est de remettre les compteurs à zéro. Même temps de parole, même considération pour tous. Même attention pour les propos de M. Lassalle (qu'au passage, j'apprécie beaucoup) que pour ceux des "favoris".

 

Sinon, autant reproduire le système, comme on se passait les charges avec la robe, sous l'Ancien Régime.

 

Beaucoup de journalistes, de commentateurs, en sont encore à l'Ancien Régime. Ils continuent de parler "d'extrêmes" pour Mme Le Pen ou M. Mélenchon, ils continuent de nous imposer la géométrie du convenable.

 

Mais au final, le 23 avril et le 7 mai, c'est le peuple français qui tranchera. La nouvelle géométrie, c'est lui qui la dessinera. La nouvelle donne, c'est lui qui la sortira.

 

Sa décision, il la prendra en fonction du tellurisme de l'instinct, l'intimité de chaque conscience citoyenne, et certainement pas en cherchant à faire plaisir aux nostalgiques d'Ancien Régime, qui nous brandissent le "prévisible", ou le convenable, comme d'autres nous imposaient leurs privilèges, la régale et la gabelle.

 

Pascal Décaillet

 

12:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/04/2017

France, souviens-toi de tes paysans !

foin.jpg 
 
Sur le vif - Mercredi 12.04.17 - 14.52h
 
 
Quel que soit le futur Président, ou la future Présidente, s'il n'établit pas comme priorité absolue la renaissance de l'agriculture, son mandat sera un échec.
 
 
La paysannerie française vit ses années les plus douloureuses depuis celles, autour de 1787, 1788, qui ont immédiatement précédé la Révolution. Lire Michelet ! L'ouverture des frontières, la mondialisation lui ont été fatales. Il faut tout reprendre à zéro. Il faut un nouveau Sully pour réinventer une ambition agricole. Sully, ministre d'Henri IV, ce souverain d'exception qui avait réussi à réconcilier un pays en lambeaux.
 
 
Aucun d'entre nous n'a la moindre idée de la souffrance du monde paysan, en France, aujourd'hui. Et nous, Suisses, pourrions d'ailleurs commencer par nous pencher sur la nôtre, même si nous n'en sommes, Dieu merci, pas encore au niveau de dévastation morale de certaines campagnes françaises.
 
 
Les candidats dits "principaux" de la présidentielle n'ont que peu parlé d'agriculture. Comme si la compétition suprême n'était qu'une joute urbaine, un derby de villes, confluant vers la finale. Comme si la campagne devait se résoudre à demeurer muette sur l'autre campagne, la vraie, celle des champs et des villages reculés.
 
 
La France est une grande nation agricole, il suffit de la traverser ou de la survoler pour s'en rendre compte. Mais depuis des décennies, en tout cas depuis le début des années 1990, lorsqu'on a signé Maastricht et qu'on n'a plus juré que par l'Europe, la campagne française est délaissée. On se fout des paysans, on les laisse se suicider, c'est indigne du fronton de la République.
 
 
Que le que soit le futur Président, ou la future Présidente, il devra réinventer une grande ambition paysanne pour la France.
 
 
Pascal Décaillet
 

14:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/04/2017

Argile, silex, passion

 

Sur le vif - Mardi 04.04.17 - 14.12h

 

Ce qui compte, en journalisme, ça n'est pas le support. C'est la qualité de l'acte journalistique, sa pertinence, sa valeur ajoutée.

 

A partir de là, qu'on s'exprime sur papier, par radio, par TV, sur un site internet, un blog, un réseau social, peu importe. Nous devons, nous les journalistes, nous adapter à l'évolution des supports. J'ai rédigé mes premiers articles, au Journal de Genève, des piges, à 18 ans, en automne 1976, première année d'Uni. Je rendais mes papiers pour minuit ou une heure du matin, sur une vieille machine à écrire, dans un local en bois, rue du Général-Dufour, que j'adorais. Bref, le dix-neuvième siècle !

 

Quarante ans après, j'interviens à tout moment, comme vous, ici ou ailleurs, en direct. Lecture immédiate, pour ceux qui sont intéressés par mes point de vue.

 

Et encore ! Nous ne savons rien de ce que l'avenir nous réserve. A chaque nouveauté technique, nous avons l'impression que c'est la dernière, que les choses vont se stabiliser. En fait, pas du tout : nous aurons, demain, d'autres supports, totalement imprévisibles aujourd'hui. Nous ne sommes même pas en mesure de les imaginer.

 

Je suis, vous l'aurez évidemment noté, un fervent adepte du réseau social. Non comme but en soi, mais comme outil, comme ORGANON (c'est le mot utilisé par Aristote pour dire outil), comme vecteur de mon activité journalistique, ou éditoriale. Pour moi, tout est bon à pratiquer le journalisme, je saisis les moyens là où ils sont, les supports ne sont pas essentiels. Je crois que je pourrais faire du journalisme avec de l'argile et des silex, s'il le fallait.

 

Le réseau social est l'avenir du journalisme. Il est même, à bien des égards déjà, son présent. Je suis persuadé que ces réseaux vont, dans les années qui viennent, s'expurger eux-mêmes de l'armada des commentateurs anonymes ou nauséabonds qui, hélas, les discréditent encore aujourd'hui. Il le faut, en tout cas. Une fois ce travail accompli, les réseaux pourront devenir des vecteurs journalistiques parmi d'autres, sans doute en toute première ligne. De cette mise en commun du savoir, de cette interactivité, qui se plaindra ? En tout cas pas moi.

 

Voilà pourquoi j'utilise le réseau social comme l'un de mes outils professionnels. J'y fais d'excellentes rencontres : vous tous qui me lisez ! J'y découvre plein de choses. Je serai bien le dernier, dans ma corporation, à considérer avec mépris ce qui m'apparaît, au contraire, comme une chance de communication réinventée, entre les humains.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/04/2017

A propos de l'entretien politique

ATLMF11113610-photo3.jpg 

Sur le vif - Dimanche 02.04.17 - 15.43h

 

L'entretien politique doit s'articuler autour des idées et des projets, des réalisations ou des ratés, des engagements tenus ou trahis. Il doit s'appuyer sur des faits. Il exige, de la part de celui qui pose les questions, une connaissance des dossiers aussi vaste, voire davantage, que celle de la personne interrogée. Il doit avoir pour champ la vie publique, la Cité, l'intérêt supérieur de l'Etat, en aucun cas la vie privée du politique interrogé.

 

Le questionneur ne doit pas seulement maîtriser la photographie du présent, mais la chaîne diachronique, entendez le jeu, complexe et puissant, d'antécédents, de causes et d'effets qui ont, au fil de l'Histoire, amené à une situation politique. C'est ce qui a tant manqué lors des guerres balkaniques des années 1990. Alors, faute de comprendre historiquement de quels enjeux on parlait, on a rejoint le camp des moralistes et des indignés, toujours dans le même sens.

 

Au fond, dans l'entretien politique, le questionneur et l'interviewé crapahutent, depuis des décennies, dans le même terrain. L'un comme géomètre, connaisseur, familier du cadastre. L'autre, comme acteur, tout aussi rompu au relief, aux aspérités, à la connaissance des hommes et des réseaux.

 

Leur terrain d'action est le même. Mais leurs fonctions sont radicalement différentes. Le questionneur tente de comprendre, survit grâce à sa lucidité, mûrit dans l'intensité d'une solitude. Le politique, lui, passe son temps dans l'immersion du réseau, ses soirées dans des assemblées ou comités. Il tutoie, trinque, arpente.

 

Et, de temps à autre, ces deux destins se rencontrent. Cela dure quelques minutes, ou dizaines de minutes. Cela s'appelle un entretien politique. Je milite pour le maintien de cet exercice, dans les conditions exactes que j'édicte plus haut, sans concession sur le fond mais avec courtoisie, respect mutuel, échange de la parole.

 

C'est autour de la parole vive, improvisée, inattendue, autour du choc, comme des silex, de deux paroles sincères, au service de deux fonctions différentes, qu'un entretien politique a des chances de devenir une réussite. Non pour le paraître. Mais pour un peu plus de lumière sur le champ commun.

 

Pascal Décaillet

 

15:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

30/03/2017

Plafond de verre, ou Ligne Maginot ?

lignemaginotantitank.jpg 
 
Sur le vif - Jeudi 30.03.17 - 16.57h
 
 
Je ne crois pas une seule seconde à la théorie du "plafond de verre" concernant Marine Le Pen à l'élection présidentielle française.
 
 
Cette théorie part d'un principe : Marine Le Pen serait qualifiée pour le second tour, puis, comme en 2002, il y aurait, dans tous les cas, face à elle, un "regroupement de forces républicaines", comme en avril 2002, pour soutenir Chirac II contre Le Pen Père.
 
 
Passons sur le mot "forces républicaines", que je récuse absolument. Le Front National, qu'on l'aime ou non, fait partie du champ républicain. Sinon, qu'on essaye de l'interdire. Bonne chance.
 
 
L'idée du "plafond de verre", c'est qu'en vertu de ce "regroupement républicain", qui avait bien marché en 2002, Mme Le Pen ne pourrait en aucun cas accéder à l’Élysée.
 
 
Je conteste absolument cette thèse. Parce qu'elle ne relève que de la simple arithmétique, et pas des dynamiques telluriques potentielles que le champ politique, parfois, peut libérer.
 
 
La thèse du "plafond de verre" me rappelle une époque que j'ai étudiée de très près : la très grande confiance de l'état-major français, à l'approche de la Guerre de 40, dans la Ligne Maginot.
 
 
J'ai lu les textes : les officiers généraux les plus célèbres expliquaient que le système de défense mis en place, de Bâle à la frontière belge, fortifié comme jamais depuis Vauban, était de nature à empêcher mathématiquement les Allemands de pénétrer sur territoire français. Tout l'effort militaire, depuis la fin des années vingt, avait été investi dans cette colossale stratégie défensive : la Ligne Maginot.
 
 
La suite, on la connaît. Le 10 mai 1940, les Allemands déclenchent l'offensive. Ils se désintéressent totalement de la Ligne Maginot, et réussissent une percée absolument géniale dans les Ardennes, avec franchissement de la Meuse. Ils ont opté pour la guerre de mouvement, la stratégie de l'offensive-éclair, alors que les Français raisonnaient encore avec les critères de guerre de position, de tranchées, de 14-18.
 
 
Le rapport avec la théorie du "plafond de verre" ? C'est que cette dernière s'inscrit dans une trop grande confiance par rapport à un événement passé (le second tour de 2002), comme l'état-major français était incapable de sortir intellectuellement du modèle de la Grande Guerre.
 
 
 
Je ne crois pas au "plafond de verre". Ce qui va se passer, je suis incapable de le prévoir. Ou bien Mme Le Pen bénéficie d'une dynamique puissante en sa faveur, et tout est possible. Ou bien ce n'est pas le cas, et son résultat sera bien plus bas qu'on ne l'imagine. Dans les deux cas, nul modèle mathématique ne fonctionnera. Mais de surgissantes verticalités venues d'en bas, dans les tout derniers jours. Ou non.
 
 
 
Une présidentielle française demeure totalement imprévisible jusqu'au dernier moment. Mme Le Pen peut faire un très bon résultat, ou au contraire très décevant. A ce jour, personne n'en sait rien. Et les critères de ce qui se produira ne sont aucunement à chercher dans des modèles calqués sur le passé. Mais justement dans la puissance démoniaque de l'imprévisible.
 
 
 
 
Pascal Décaillet
 
 

16:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/03/2017

Le Coup de Grâce

2575211-3633269.jpg 

Sur le vif - Mercredi 29.03.17 - 15.01h

 

Il y a eu les partisans de Jaurès et ceux de Jules Guesde.

Il y a eu le Congrès de Tours, en décembre 1920.

Il y a eu l'assaut décisif et somptueux de Mitterrand sur une SFIO à bout de souffle, au Congrès d'Epinay, en juin 1971.

Il y a eu la détestation et le mépris de Mitterrand pour "l'autre gauche", celle de Rocard.

Il y a eu la foire d'empoigne du Congrès de Rennes, en mars 1990.

Il y a eu la troisième place de Jospin, le 21 avril 2002.

Il y a eu tant de césures, de fractures, de cicatrices, de trahisons.

Et puis, il y a eu, voici quelques heures, le coup de poignard de Valls contre Hamon, un homme que je considère comme infiniment respectable, pour se rallier au candidat de la Banque centrale européenne et de la Côte Est américaine. Le candidat des dents blanches et de la modernité. Le candidat qui distribuera les maroquins.

Le socialisme français, ce grand mouvement qui a produit des hommes d’État, mettra des décennies à se remettre de cette campagne 2017.

Pour peu qu'il s'en remette jamais.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:01 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/03/2017

Le glas des invités décalés

angot-christine_kiosque.jpg 

Sur le vif - Dimanche 26.03.17 - 16.39h

 

L’intervention ahurissante, jeudi soir, de Christine Angot sur le plateau d’une émission politique, sonne avec une clarté fracassante le glas d’une mode, surgie il y a vingt ou trente ans, celle des "invités décalés", censés représenter la « société civile », au sein de discussions sur l’avenir de la Cité. On rêve de voir poindre Eckermann face à Goethe, Malraux à la Boisserie, Gide à Moscou : la déception, toujours, est la première au rendez-vous.

 

La « société civile » n’a jamais particulièrement demandé à se faire inviter dans les émissions politiques. Non, c’est juste un truc de journalistes, en mal d’inspiration. J’étais là, dans les séances de rédaction, lorsque cette mode est née, j’ai toujours été contre, toujours trouvé cela faux, démagogique, à côté du sujet. De même, j’ai toujours été contre les émissions mélangeant vie privée et mandat politique, où le violon d’Ingres prend l’ascendant sur la discussion autour de la mission citoyenne confiée à un élu.

 

Remarquez que j’ai été le premier à me faire avoir. Un après-midi de préadolescence, trop fiévreux, j’avais été dispensé de l’école. Alors, avec ma mère, j’ai regardé « Aujourd’hui Madame », une émission en milieu d’après-midi. L’invité s’appelait François Mitterrand, chef de l’opposition. Il a parlé littérature, il a séduit ces dames, et tout autant le gamin malade que j’étais. Et les producteurs ont dû se féliciter d’avoir laissé perler la « dimension humaine » de l'illustre politicien.

 

Lorsque François Mitterrand vient nous parler de Chardonne ou Chateaubriand, ç’est assurément jouissif. Lorsque Christine Angot, spécialiste de la vie privée, à commencer par la sienne, est censée en découdre avec un ancien Premier ministre candidat à la Présidence, et qu’elle s’adonne à une exécution programmée (sur commande du clan Macron ?), ça passe un peu moins bien. David Pujadas voulait faire dans le « décalage » ? Il a été servi ! Disons que nous eûmes, avec trois jours d’avance, un avant-goût de l’heure d’été, sauf qu’au lieu d’avancer la montre d’une heure, on nous a propulsés dans les plus éblouissantes années-lumière du hors-sujet. Mme Angot se voulait impertinente ? Elle fut, tout simplement, non-pertinente.

 

Le responsable, ça n’est pas elle. Elle a répondu à une invitation, celle de David Pujadas. C’est lui qui doit répondre de cette incongruité. Soyons clairs : écrivain de l’intime et la vie privée, n’ayant d’horizon que celui-là, spécialiste du clash sur les plateaux pour promouvoir ses derniers ouvrages, Christine Angot n’avait strictement rien à faire dans une émission politique, à quatre semaines de la présidentielle. Résultat : on ne sait toujours rien, faute d’avoir pu l’établir dans un vrai questionnement de journalisme politique, des paradoxes de la candidature Fillon face, par exemple, à l’ultra-libéralisme, la fonction publique, ou l’Europe.

 

Dans cette lamentable affaire, c’est aux médias qu’il faut en vouloir. Dans cette campagne, on n’a toujours pas parlé de l’essentiel : l’avenir de la France, sa souveraineté, son indépendance, ses assurances sociales, ses réseaux de solidarité pour protéger les plus fragiles, le sort de ses paysans, de ses ouvriers, de ses chômeurs, etc.

 

Non. On a juste relayé, misérablement, la campagne orchestrée par un camp pour avoir la peau d’un homme. Et on a juste essayé de « faire le buzz » avec des invités décalés. Je hais cela, de toutes mes forces.

 

Pascal Décaillet

 

16:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/03/2017

Bravo, Madame Angot. Continuez.

10504337.png 

Sur le vif - Vendredi 24.03.17 - 17.12h

 

Hier, sur le coup de 22h, Christine Angot a déboulé. Elle a surgi dans un univers qui n’est pas le sien, dans lequel elle n’avait rien à faire, où il était totalement inopportun, voire franchement manipulateur, de la part de David Pujadas, de l’inviter.

 

Une émission politique – je crois savoir de quoi je parle – doit demeurer, dans la Cité, un lieu d’échanges rationnels. On s’affronte, pourquoi pas violemment, le ton monte, aucun problème. Mais tout cela, au nom d’antagonismes dans l’ordre des idées. La gauche contre la droite, le souverainisme contre l’interdépendance, le libre-échange contre le protectionnisme, etc.

 

Si j’avais un jour M. Fillon face à moi, j’aimerais tant comprendre, par exemple, d’où lui vient, lui naguère proche du gaulliste social Philippe Séguin, cette voracité libérale que je rejette depuis toujours. L’explication serait dure, mais franche, correcte, respectueuse. Elle tournerait autour d’un thème, non d’une personne, en tout cas pas sa vie privée.

 

Mais ce monde-là, celui des antagonismes rationnels d’une émission politique, est à des millions d’années-lumière de celui de Mme Angot. Jamais je n’ai entendu cette dame, depuis quelque vingt ans qu’elle sévit sur les plateaux, tenir un discours argumenté, nourri d’Histoire, de culture politique, sur les intérêts supérieurs de la Cité. Non. Toujours la vie privée. J’ai pensé, hier soir, au malaise légitime qui avait été nôtre, il y a plus de trente ans, lorsque la grande Marguerite Duras, au nom de l’instinct, s’était permise une piste autour de l’affaire du Petit Grégory, un meurtre d’enfant, terrible, dans les Vosges. Cette intime conviction, jetée en pâture à l’opinion, était insupportable.

 

Hier soir donc, Mme Angot a surgi. Elle avait préparé son petit numéro, qui n’avait pas à être un dialogue, elle l’a précisé. Elle avait concocté son réquisitoire, autour d’une histoire de bracelet et de costumes, évidemment passionnante dans une émission politique, à quelques semaines de la présidentielle. Elle avait pris soin d’assaisonner sa diatribe de la bonne vieille morale des écrivains de gauche, donneurs de leçons. Quelques semaines plus tôt, elle avait publiquement demandé à François Hollande de revenir sur sa décision, et se présenter tout de même. Son camp, au moins, est clair.

 

Elle avait amoureusement préparé son petit numéro. Hélas pour elle, après huit minutes de honte télévisuelle dont M. Pujadas devrait avoir à répondre, elle est sortie en lambeaux. Elle a trouvé, face à elle, un homme admirablement maître de lui, demeurant courtois alors qu’il était légitimé à l’étriller. A ce moment, face aux Français, ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent, François Fillon a montré qu’il avait la distance et la stature présidentielles.

 

Mme Angot, hier, s’est calcinée en direct. Par son exceptionnelle contre-performance, elle a ridiculisé plus d’un siècle de tentatives, rarement heureuses, des écrivains de se frotter aux politiques. Elle a insulté le Zola du 13 janvier 1898, celui de l’Aurore, mais aussi Gide et Malraux, Duras, Sartre, et tant d’autres. Elle a rabaissé le champ d’action de l’écrivain, dont on se demande d’ailleurs à quel titre, sous prétexte de ses qualités de plume (je ne juge pas ici celles de Mme Angot), il aurait plus que d’autres, au fond, le droit à l’expression sur la Cité.

 

Mais enfin, ce droit étrange, une vieille tradition française le lui concède. Hier, toute seule, en huit minutes d’autodafé que personne ne lui demandait, Mme Angot a ruiné, pour longtemps, le crédit des auteurs à venir publiquement se mêler de politique. Son suicide télévisuel entraîne dans les abysses la corporation des siens.

 

Bravo, Madame. Continuez.

 

Pascal Décaillet

 

17:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |