Sur le vif - Page 2

  • Macron, solitaire et solaire

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    Sur le vif - Vendredi 26.04.19 - 15.42h

     

    Sur la forme, Macron est un homme brillant. Hier soir, dans la partie solo de sa conférence de presse, il a excellé. Le verbe est précis, bien choisi. Les attitudes, simples et directes. L'homme, très intelligent, ne cherche pas à se soustraire à la critique des Français : au contraire, il en prend et en assume sa part. A voir, à écouter, la prestation est remarquable. Le grand oral est parfaitement réussi.

     

    Et c'est là que les observateurs de la vie politique - au moins eux - doivent faire preuve d'un minimum d'esprit critique. Ne pas seulement dire : "Le grand oral est réussi", mais se demander, en amont, quelle impérieuse nécessité a bien pu pousser le Prince à se montrer en majesté, face aux miroirs. Et à nous livrer une démonstration de son savoir-parler, son élégance à manier ses avant-bras et ses mains, son savoir-être-en-représentation. Au point qu'en le regardant, on pouvait, sans trop d'efforts, se représenter le Roi-dansant, entendez le jeune Louis XIV, l'un des meilleurs de sa génération dans l'art de mouvoir son corps, devant la Cour ébahie.

     

    Pourquoi, à ce moment, cette monstration de soi-même ? La réponse est extraordinairement simple : parce que nous sommes à un mois des européennes, que cette échéance est capitale pour Macron, et que deux heures de présence télévisuelle, en début de soirée, à son avantage et en position de souverain, ne feront évidemment pas de mal dans ces circonstances, éminemment électorales. Hier soir, on a vu Emmanuel Macron, Emmanuel Macron, et Emmanuel Macron. On n'a pas trop souvenir d'avoir aperçu, par exemple (au hasard), Mme Le Pen.

     

    Occuper le terrain dans l'échéance des européennes, telle était la seule finalité de cette chorégraphie solitaire et solaire. Rassurer la France. Lui montrer qu'elle a un souverain. Il a entendu son message (immense duperie, notamment en concédant un pitoyable droit de "pétition" là où était exigé un nouveau droit constitutionnel). Il reconnaît ses fautes, dans un confiteor que n'eussent renié ni Bossuet ni Fénelon. Il dit : "Je suis là, je suis avec vous, je vous aime et vous comprends".

     

    L'homme a l'intelligence des mots, cette fois c'est sûr, c'était déjà perceptible devant Notre-Dame en feu. Il donne le change. Il a parfaitement saisi les ruses et les ficelles de la communication. C'est bien. Mais au final, cela ne nous assure que d'une chose : ses qualités de beau parleur. Face à l'immensité de la revendication sociale et démocratique exprimée tous les samedis depuis six mois, c'est un peu juste. Mais peut-être suffisant pour passer le seul cap qui vaille aux yeux du Prince en péril : obtenir que ses gens à lui devancent ceux de Mme Le Pen, dans un mois, aux européennes. Si c'est le cas, il pourra souffler, et le répit de l'Ancien Monde sera prolongé de trois ans. Dans le cas contraire, ce sera un peu plus compliqué.

     

    Mais une chose est sûre : hier soir, tactiquement, il aura tout fait, jusqu'à un temps d'exposition éhonté de sa propre personne en majesté, pour mettre toutes chances de son côté. C'est cela qu'il fallait dire sur cette conférence de presse. Avant de disserter sur son contenu, il fallait, oui, s'interroger sur l'urgente nécessité d'une mise en scène du souverain, dans la grâce de ses gestes, et l'élévation de sa parole.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'Alinéa, où souffle l'esprit !

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    Sur le vif - Jeudi 25.04.19 - 16.47h

     

    J'ai longtemps pensé que la meilleure librairie du Département des Bouches-du-Rhône était Actes Sud, de Françoise Nyssen, au bord du Rhône, dans Arles, "où sont les Alyscans".

     

    Je ne connaissais pas encore "L'Alinéa", à Martigues. Aussi proche du Miroir aux Oiseaux, et des canaux entre Étang de Berre et Méditerranée, qu'Actes Sud, en Arles, jouxte le large Rhône, non loin du terme.

     

    Ce qui m'a fasciné, dans "L'Alinéa", n'est pas tant la taille de la librairie que l'extraordinaire rigueur intellectuelle et éditoriale qui prévaut au choix des livres.

     

    En absolue priorité de cette observation, je pense au rayon Histoire contemporaine, toujours le premier à éveiller mon flair et mes appétits.

     

    Celui de cette librairie-là est d'exception : Histoire de France, depuis la Révolution notamment ; Histoire coloniale ; Histoire extraordinairement fouillée des mouvements anti-coloniaux, ceux d'Indochine et surtout ceux d'Algérie, entre 1830 et 1962. Histoire du FLN, dans toutes ses composantes diverses, et parfois rivales. Histoire du Proche-Orient, du Maghreb, de l'Afrique sub-saharienne, très grande sensibilité éditoriale au monde arabe, à la question palestinienne. Histoire du parti communiste français, de 1920 à nos jours. Histoire des mouvements anti-coloniaux en Métropole. Histoire de la Provence, avec une perspective autrement moins folklorique que celle des Santons ou des chantres régionalistes locaux.

     

    La librairie L'Alinéa, à Martigues, est l'un des lieux de France où souffle l'esprit. De toute mon âme, avide de lectures nouvelles et inédites, contrariant les interprétations précédentes, pour créer (par la dialectique) l'infinie richesse d'une pensée paradoxale, seul moyen de construire un rapport vivant à l'Histoire, je vous recommande cet endroit de vie, de silence et de plénitude.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ô vous, mère perdue !

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    Sur le vif - Jeudi 18.04.19 - 12.28h

     

    C'est fou, cette précipitation de tant de belles âmes, suite à l'incendie de Notre Dame, à préciser immédiatement que "cet édifice dépasse le catholicisme", "dépasse la chrétienté", "dépasse la question religieuse", etc.

     

    Non qu'ils aient tort. L'attachement à Notre-Dame frappe en effet par son côté universel, croyants ou non, chrétiens ou non, Français ou non. Il y a là quelque chose de puissant, de patrimonial au sens très affectif. Quelque chose d'irrationnel qui "dépasse" bel et bien la seule dévotion.

     

    Mais pourquoi s'empresser, systématiquement, de le préciser ? Nous savons bien qu'une merveille comme Notre-Dame transcende le seul catholicisme, tout comme le Mur des Lamentations transcende (à mes yeux, qui l'ont contemplé à trois reprises) le seul judaïsme, tout comme la Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas (que j'ai eu le privilège de visiter dans mon enfance) transcende le seul Islam. Tout cela, nous le savons.

     

    Mais la précipitation à spécifier. Comme si la "dimension catholique", ou plus largement la "dimension chrétienne" d'une Cathédrale se devait d'être immédiatement relativisée. Comme s'il fallait aussitôt la placer dans un contexte plus large, dans une géométrie plus englobante. En faire la pièce d'une Grande Horlogerie.

     

    Et puis ce mot, "dépasser". Comme s'il fallait, toutes affaires cessantes, prendre de vitesse le phénomène spirituel. Sans tenter, pour le moins, de le considérer dans sa valeur intrinsèque. Dire "Notre-Dame est chrétienne", mais aussitôt passer à autre chose. Surtout ne pas s'attarder sur la nature religieuse de l'édifice. Au mieux, on en tiendra compte pour en décrypter les signes patrimoniaux.

     

    C'est une vision. Je ne suis pas sûr, simplement, que ce fût celle des bâtisseurs. Ni celle des millions d'âmes qui, pendant des siècles, sont venues en ces lieux comme on vient à une mère perdue, et qu'on voudrait tant retrouver.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La pierre angulaire

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    Sur le vif - Mardi 16.04.19 - 09.28h

     

    J'ignore ce qu'Emmanuel Macron avait prévu de dire à 20h. Mais une chose est certaine : ce qu'il a dit, quelques heures plus tard, devant Notre-Dame, a été exceptionnel de justesse, de sensibilité, de rassemblement. Ces quelques mots, moi qui suis un adversaire acharné de ses choix politiques, m'ont touché droit au cœur. En cette nuit de feu, il a assumé totalement la continuité millénaire de la France. Ça n'était pas Macron qui parlait, c'était le Président.

     

    C'est exactement pour cela, pour des moments d'une telle intensité, que la France a besoin d'un chef d’État très fort. Pour transcender les clivages. Incarner l'unité nationale. Relisez le Discours de Bayeux, prononcé par Charles de Gaulle au début de sa traversée du désert, le 16 juin 1946. Il y définit la nécessité d'un personnage central, qui soit pour l'édifice national une pierre angulaire.

     

    Pierre angulaire : deux mots, exactement, de bâtisseurs de Cathédrale.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Un peu de brioche, et un report du Déluge !

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    Sur le vif - Samedi 13.04.19 - 18.30h

     

    Macron est un très mauvais Président, mais c'est un excellent instinctif pour remporter une élection. En ce printemps 2019, un seul objectif, pour lui : gagner les européennes. Entendez battre le parti de Mme Le Pen. Toute sa stratégie, toutes ses décisions, s'orientent vers ce but. Car il joue sa survie.

     

    Non qu'en soi, le nombre de députés européens issus du parti de godillots de Macron ait la moindre importance, et le Président le sait parfaitement : c'est un homme intelligent tactiquement. On se dit d'ailleurs que si les "Marcheurs" sont appelés à exercer à Strasbourg la même influence - proche de zéro - qu'ils ont au Palais-Bourbon, où ils ne sont que les portevoix du Prince, le destin de l'Europe n'en sera que modérément marqué.

     

    Mais l'élection européenne de mai est un test de politique intérieure. Si les godillots l'emportent sur les nationaux, le répit de l'Ancien Monde sera prolongé, pour un certain temps. Dans l'hypothèse contraire, des temps difficiles s'annoncent pour le Petit Prince orléaniste de l'Elysée.

     

    L'élection européenne est la seule chose, ces temps, qui intéresse Macron. Et il a raison : il sait que l'enjeu est de taille. Et c'est exactement pour cela, en fonction du calendrier de ce scrutin, que le Président a mis sur pied cette faramineuse rigolade du "grand débat". Pour noyer le poisson !

     

    Face au mouvement des Gilets jaunes, dont émanent deux revendications parfaitement claires et lisibles (justice sociale et démocratie directe), il a répondu, comme nous l'avons déjà souligné ici, par une mise en scène de sa propre personne, en majesté. Il nous brandit deux millions de revendications, alors qu'il en existe deux, depuis six mois, depuis le début du mouvement, lisibles, traçables, totalement perceptibles et compréhensibles.

     

    Les revendications des Français n'intéressent pas ce Président, il vient ces derniers mois d'en administrer une preuve éclatante. Ce qui compte pour lui, c'est se maintenir au pouvoir. Pour y parvenir, il doit absolument remporter les européennes, un scrutin en soi sans importance (qui croit encore en l'Union européenne, qui a jamais cru au Parlement de Strasbourg ?), mais capital pour la politique intérieure française.

     

    Passer le cap de ces élections en battant le parti national, anti-européen, favorable au retour des frontières et à un référendum sur une sortie de la France de l'Union, tel est le seul objectif de Macron. Les Gilets jaunes ne l'intéressent pas. Leurs deux revendications historiques, il s'en contrefout. Son but, c'est de se maintenir à l'Elysée. Un peu de brioche, encore, et un report du Déluge.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • A Genève, entre 2013 et 2018, on a circulé !

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    Sur le vif - Vendredi 12.04.19 - 16.26h

     

    Quand il n'y a pas la Manif pour le climat, il y a la Course des ponts (après-demain, dimanche), ou "Toutes en moto". Quand il n'y a pas "Toutes en moto", il y a le Marathon, ou le Semi-marathon, ou le Triathlon. Quand il n'y a pas le Triathlon, il y a la Course de l'Escalade, puis le Cortège de l'Escalade. Puis à nouveau la Manif pour le climat. Puis, chaque dernier vendredi du mois, la Critical Mass. Puis à nouveau la Manif pour le climat. Puis le Cortège du 1er Mai. Puis la Grève des femmes du 14 juin. Puis une partie des Quais bloqués (on se demande pourquoi !), pour l'Hommage aux morts du 11 novembre. Puis à nouveau la manif pour le climat. Puis à nouveau la Critical Mass.

     

    A chaque fois, MM Dal Busco et Poggia donnent généreusement les autorisations. A chaque fois, la circulation est bloquée pendant, parfois, des heures. A chaque fois, c'est l'automobiliste genevois qui est pris en otage de festivités dont il ne faut surtout pas contrarier le sens, ni l'esprit. A chaque fois, on se plie dans le sens du vent. Sans compter les interminables travaux de réfection des chaussées, installation de matériel phono-absorbant. Sans compter les Géants, qui ont totalement bloqué la ville.

     

    Alors, M. Dal Busco, que je respecte et apprécie comme un homme d'Etat honnête et rigoureux (je ne disconviens pas de ce jugement), je vous dis que les automobilistes genevois, qui sont aussi citoyens et citoyennes de Genève, contribuables de Genève, commencent à en avoir plus que marre ! On a l'impression que vous vous couchez devant la première demande de manifestation venue, vous lui faites tous ses caprices, vous lui laissez toute la place sur la chaussée publique, destinée à l'origine au trafic routier, vous n'osez contrarier aucune revendication à la mode.

     

    Alors oui, les automobilistes genevois en ont marre. On peut dire ce qu'on veut de M. Barthassat, ironiser sur son côté fantasque, atypique, matamore, vibrionnant. Mais désolé, à Genève, entre 2013 et 2018, on a mieux circulé qu'avant. Et mieux circulé qu'aujourd'hui.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • CEVA : le tarif

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    Sur le vif - Jeudi 11.04.19 - 00.04h

     

    Pour moi, c'est très simple : si, d'ici cet automne, chaque gare du CEVA n'est pas pourvue de toilettes absolument impeccables, gratuites, propres, régulièrement entretenues, accessibles à toutes les catégories d'usagers, alors c'est boycott de l'inauguration par la population genevoise. Et boycott du CEVA.

    On s'en est passé pendant deux mille ans. On pourra bien attendre un peu.

    Quant aux pisse-froid des CFF, on les emmerde.

    Ai-je été assez clair ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Genève-Annemasse, Paradis sans odeur !

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    Sur le vif - Mercredi 10.04.19 - 15.41h

     

    La nouvelle, dévoilée hier soir par la Tribune de Genève, est proprement hallucinante : les puissants penseurs du CEVA, ceux-là même qui depuis plus d’une décennie nous administrent la morale sur la post-modernité salvatrice de ce futur RER transfrontalier, ont omis d’installer des toilettes dans les gares genevoises !

     

    Ils ont pensé à tout, sauf au besoin le plus essentiel, le plus banal, le plus somatiquement trivial de tout humain, entre zéro et 110 ans : se soulager. Ils ont pensé à nous prendre de haut, en 2009, nous traiter d’archaïques, nous faire la leçon sur l’aspect ringard de la frontière. Ils étaient, eux, la modernité, nous étions le paléolithique. Ils nous ont extorqué près de deux milliards, mais c’était pour la bonne cause : payez, vaches à lait, payez petits indépendants, payez, en plus des primes, des impôts, de toutes les taxes de l’univers, payez pour la sainte porosité entre Genève et Annemasse, première étape sur le chemin du Paradis.

     

    Ils ont pensé à tout. Des structures de luxe, par endroits. La grande leçon sur la ville réinventée, côté Gare des Eaux-Vives, le haut-lieu du théâtre jouxté aux divinités ailées du Commerce. Hermès, le dieu rapide, le dieu qui court, le dieu qui vole, Hermès pour transcender l’espace urbain, nous transporter dans les délices ailées d’un nouveau monde. Face à la puissance de ce rêve, oser douter, en 2009, relevait du sacrilège : on avait sur le dos les députés bétonneurs, ceux du bois, ceux du bâtiment, ceux du métal, ceux du gros-œuvre, ceux du jeudi, ceux de la Sainte Scène du Progrès.

     

    C’était puissant. C’était pensé. C’était conceptuel. Nous n’avions qu’à nous plier. Et payer, payer, payer encore. Ils avaient juste oublié que l’être humain est de chair et de sang, de liquide et d’humeurs mêlées. Et que, plusieurs fois par jour, par exemple en attendant le Train de la Rédemption qui le conduira dans la pure ivresse des premiers faubourgs d’Annemasse, il doit se soulager. Car celui qui boit, pisse. Celui qui vit, pisse. Celui qui revient de son travail, pisse. Celui dont le cœur palpite, pisse. Celui qui rumine des concepts, pisse. Celui qui rêve de lendemains qui chantent, pisse. Celui qui se ronge d’antiques nostalgies, pisse.

     

    Nous tous, humains, nous pissons. Mais cet infime détail, nul Grand Architecte, nul puissant géomètre, nul raisonneur du jeudi ne semble l’avoir intégré dans l’immensité galactique de ses réflexions. Mesdames et Messieurs du CEVA, vous vous êtes abondamment foutus de notre gueule. Vous nous avez abreuvés de concepts. Vous aviez juste oublié que nous étions des humains.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le Petit Prince orléaniste

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    Sur le vif - Mardi 09.04.19 - 09.41h

     

    Macron n'est jeune que par l'âge. Accroché à son multilatéralisme, à son européisme, à son cosmopolitisme purement conceptuel (ah, les schémas de pensée des philosophes !), il camoufle en son for l'âme d'un vieux conservateur.

    Surtout, ne rien changer ! Surtout ne pas mettre en cause, une seule seconde, le chemin vers la dépossession de souveraineté entamé par la France dès 1992 (Maastricht), et même avant, à bien des égards.

    Surtout ne pas vouloir prendre en compte le retour, partout en Europe, d'une idée nationale jetée aux orties par les spéculateurs de la grande finance virtuelle, les usuriers de l'échange, les bradeurs de frontières, les marchands du Temple.

    Surtout, diluer les deux revendications, parfaitement claires et repérables, des Gilets jaunes : justice sociale et démocratie directe. Noyer cette clarté dans la confusion - construite et préméditée - d'un "Grand débat", articulé autour du Prince, pour le mettre en scène en majesté. Macron prend les Français pour des simples d'esprit.

    L'épisode Macron représente l'ultime répit de l'Ancien Monde. Un autre arrive, surgi de la terre et des entrailles de la nation. Il exige qu'on écoute désormais les peuples, et demande qu'on mette en place des mécanismes de démocratie directe.

    Ce Nouveau Monde, en printanière germination, ne veut plus des élites autoproclamées. Il ne veut plus des BHL. Il ne veut plus des Cohn-Bendit. Il ne veut plus des Kouchner. Il veut, comme d'autres l'ont voulu à la fin du dix-huitième siècle, l'instauration d'un nouvel ordre.

    Cela porte un nom : cela s'appelle, partout en Europe, une volonté révolutionnaire. Le Petit Prince orléaniste ne pourra rien, à terme, contre la puissance tellurique de ce mouvement.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Netanyahu : arrogance et domination !

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    Sur le vif - Dimanche 07.04.19 - 14.16h

     

    Le Premier ministre israélien sème la guerre, et personne ne dit rien ? Dans une déclaration explosive, hier soir, Benjamin Netanyahu, à trois jours d'élections législatives très disputées, face à son rival Benny Gantz, déclare prévoir l'annexion pure et simple des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, en cas de réélection. Pour qui connaît l'échiquier du Proche-Orient, c'est une bombe, une provocation, un acte de mépris supplémentaire face au peuple palestinien, qui attend un État et ne reçoit qu'arrogance et domination.

    C'est une tradition, dans les élections israéliennes, d'aller chercher les voix des ultra-conservateurs dans les derniers jours de campagne, par des déclarations fracassantes. Mais là, le record est battu. Cette affirmation dominatrice ne peut s'expliquer que par le blanc-seing octroyé par Trump - qui aura besoin d'un certain électorat pour sa réélection - aux franges les plus ultras de la politique israélienne. Nous avons souvent, ici, dans d'autres commentaires, condamné sans appel les choix de Trump dans sa politique au Proche-Orient et au Moyen-Orient, notamment ses gages incessants donnés à la politique coloniale israélienne, et sa diabolisation de l'Iran, pays avec lequel il veut une guerre.

    Je me suis rendu plusieurs fois au Proche-Orient. Je me considère comme un ami d'Israël, dont je reconnais pleinement le droit à l'existence, ET (car la logique ne peut être qu'inclusive) comme un ami du peuple palestinien. Depuis des décennies, je plaide pour que ce peuple ait un État à lui. Un État, oui, avec toute la dignité politique que comporte ce mot, et non un statut d'administré sous surveillance israélienne. Encore moins, un statut d'occupation. Encore moins, un statut d'annexion !

    Nous devons maintenant dire notre colère. La neutralité, M. Cassis, ça n'est pas le silence. Les propos de M. Netanyahu constituent, face au monde, face au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, une provocation éhontée. Ils visent un double but. Le premier, dans l'ordre de la politique intérieure, est d'arracher les ultimes voix des partis extrémistes pour les élections. Le second est de tester jusqu'où peut aller le discours sous protection de Trump, dans l'ordre de l'arrogance et de la domination.

    Le Conseil fédéral doit condamner ces propos. La Suisse doit condamner ces propos. Toute personne souhaitant une solution de paix au Proche-Orient, pour Israël comme pour les Palestiniens, doit condamner ces propos. Il en va, tout simplement, de notre honneur.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Guy Mettan face à la caressante tiédeur du vent

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    Sur le vif - Vendredi 05.04.19 - 15.06h

     

    Je connais Guy Mettan depuis plus de quatre décennies, des séminaires d'Histoire et des centaines d'heures passées en commun dans les bibliothèques nous relient. C'est un homme intelligent et cultivé : son niveau, en Histoire contemporaine, est nettement supérieur à la moyenne.

    Mieux : ses livres à lui sont souvent passionnants, et toujours incroyablement documentés, comme celui consacré à mille ans de russophobie, ou le tout dernier, "Le Continent perdu", Éditions des Syrtes, qui paraîtra dans quelques jours, et que j'ai eu l'occasion de lire en avant-première.

    Guy Mettan, qui était au Temps stratégique alors que j'étais au Journal de Genève, aurait pu faire une carrière de chercheur, s'il n'avait été saisi par l'appétit du journalisme. C'est l'un des politiques actuels, à Genève, avec une véritable dimension intellectuelle. On doit la constater, qu'on partage ou non les options politiques personnelles du député. Je suis loin de les partager toutes, notamment sa passion transfrontalière. Mais qu'importe !

    Je me suis souvent demandé ce que Guy Mettan faisait au PDC. Peut-être un atavisme familial, le même que le mien (très conservateur, en l'espèce), mais enfin nous sommes de grands garçons, et les obédiences des ancêtres sont là pour être transgressées, non ? Peut-être, aussi, naguère, une fenêtre d'opportunité pour exister dans le champ politique, à Genève. D'autres, également de familles valaisannes, tout aussi conservatrices que les nôtres, ont choisi d'autres partis, alliés à Genève, mais historiquement opposés dans le Vieux Pays, tout en conservant en leur for la noirceur de la flamme qui les anime vraiment. Leur duplicité ne me dupe pas une seule seconde.

    Guy Mettan a donné au PDC genevois, notamment à sa députation, une élévation sensible du niveau de culture, d'approche des problèmes, nourrie de références. Ca va tout de même un peu plus loin que la seule présence dans le parti pour s'inscrire dans une dynastie, ou pour la recherche extatique d'un Centre introuvable. Plus loin, aussi, que céder béatement à la première mode, tantôt climatique, tantôt féministe, tantôt jeuniste, juste pour demeurer dans la caressante tiédeur du vent.

    Je suis loin d'être d'accord avec toutes les options politiques de Guy Mettan, mais je partage sa vision de l'Histoire, faite d'observation et de lectures, de recueil des témoignages, de parole donnée à tous (et pas seulement au camp du Bien), de séparation drastique entre le champ politique et celui de la morale. Bref, Thucydide, plutôt que le chant des sirènes.

    A cet homme de valeur, compagnon de génération et de lectures, j'adresse tous mes voeux pour la suite de son parcours, et l'assure de ma fidélité amicale, intellectuelle et spirituelle.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Franz Weber (1927-2019) : émotion et reconnaissance

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    Sur le vif - Jeudi 04.04.19 - 15.25h

     

    Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Franz Weber était l’un de mes compatriotes que j’admirais le plus. En radio, puis en télévision, j’ai eu maintes fois l’honneur de l’interviewer, c’étaient toujours des moments de feu, de lumière. J’aimais son phrasé, j’aimais son débit, j’aimais sa passion, j’aimais cette succession d’indépendantes, affectives, fulminantes, les mots sortaient, jaillissaient, le cœur parlait.

    En apprenant son décès, tout à l’heure, toute une vie d’images se sont pressées dans ma mémoire. Son engueulade homérique avec Rodolphe Tissières, à la Croix-de-Cœur, dans les années 70, au sujet d’un altiport. Les vignes de Lavaux, miraculeuses entre ciel et lac, par lui préservées. Le site de Delphes, où je me suis rendu pour la première fois en 1966. L’Engadine. Les Baux-de-Provence, où je vais trois ou quatre fois par an. Le martyre des phoques, sur la banquise canadienne. Telle source, tel glacier, telle forêt, tel étang, tout ce polythéisme antique où le divin est omniprésent, là où on l’attend le moins, là où surgit la vie.

    En quarante ans, j’ai suivi tous ses combats. Je les ai tous partagés, parce qu’ils ne relevaient pas d’une idéologie géométrique, mais de la chaleur d’un humanisme. Du Danube au Togo, cet homme d’exception s’est toujours battu pour un rapport mystique avec la nature, un sentiment d’unité entre la matière et l’esprit, une fierté d’être, parmi les autres espèces, quelque part dans le cœur vibrant du monde.

    Mardi, ce bouleversant contemporain est passé sur une autre rive. Laquelle ? Pour nous faire accéder à ce mystère auquel je n’ai nulle réponse, ou tout au moins nous en rapprocher, je vous invite à écouter, par exemple, Georg-Friedrich Haendel, dans son « Ombra mai fu ». On y entend, notamment dans l’interprétation de Philippe Jaroussky, une musique dont chaque note semble nous placer sur le chemin de crête entre la vie et la mort, la terre et le ciel, la rancune et le pardon, le silence et la parole.

    A sa fille remarquable, Vera Weber, à sa famille, à ses proches, j’adresse toute ma sympathie. A Franz Weber, j’adresse mon infinie reconnaissance. Il m’a ouvert les yeux, avec quelques autres, mais en première ligne d’entre eux, sur l’éblouissant mystère de la nature.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Un Conseil d'Etat béatement pro-UE

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    Sur le vif - Mercredi 03.04.19 - 14.10h

     

    Composé de trois magistrats de gauche, de trois magistrats bien libéraux (y compris, hélas, le PDC), et d'un magistrat clignotant, mais censé être profilé sur les questions sociales, le Conseil d'Etat genevois réussit l'exploit de se prononcer en faveur de l'Accord-cadre institutionnel avec l'Union européenne !

     Outre que l'avis d'un gouvernement cantonal n'a guère d'importance sur une question à ce point fédérale - et qui devra absolument, le jour venu, être tranchée par le suffrage universel - on retrouve dans ce vote l'éternelle obédience du Conseil d'Etat genevois, même délesté de son Président 2013-2018, pour une Union européenne qui, dans ce dossier, met le pistolet sur la tempe des Suisses.

     La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne. Elle détermine avec cette dernière les relations qu'elle veut, et n'a pas à se les laisser dicter par son partenaire de négociations.

     Depuis près de deux décennies, la libre circulation a laissé se creuser en Suisse un fossé social volontairement sous-estimé par les autorités, sous pression d'un certain patronat ne guettant que l'aubaine d'un profit facile.

     Les mesures d'accompagnement, promises à la gauche au début des années 2000, n'ont été qu'un monumental attrape-nigauds ; les syndicats commencent seulement à s'en rendre compte. Dans ces conditions, auxquelles s'ajoute l'abyssal déficit démocratique de l'Union européenne, comment la gauche suisse peut-elle encore se montrer ouverte, par un incroyable blanc-seing, aux partenaires de négociations, dans cette affaire "d'Accord-cadre institutionnel" ?

     Au Conseil d'Etat genevois, comment les magistrats de gauche peuvent-ils dire oui ? Comment le magistrat MCG peut-il dire oui ? Quant aux trois autres, trois libéraux (y compris le PDC), OK, c'est dans leur ADN de ne jamais contrarier les consignes du patronat.

     Mme Emery-Torracinta, quelle est votre position ? M. Apothéloz, quelle est votre position ? M. Hodgers, quelle est votre position ? M. Poggia, quelle est votre position ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Gilets jaunes : la carabistouille du "grand débat"

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    Sur le vif - Samedi 30.03.19 - 16.14h

     

    J'avais dix ans en Mai 68, je me souviens de tout, j'avais suivi les événements avec passion, notamment via la radio. Le mouvement a duré plusieurs semaines, disons un peu plus d'un mois, si on veut considérer qu'après le 30 mai (contre-manifestation décisive des partisans de Charles de Gaulle), il y a eu encore quelques manifestations, moins connues mais bien réelles, en juin.

     

    Depuis, j'ai suivi toute l'actualité politique française, en un demi-siècle. Je me souviens des grandes manifs pour l’École privée, d'autres grands défilés, mais une chose est sûre : jamais aucun mouvement, ni en 1830, ni en 1848, ni en 1870-71, ni en 1936, ni à la Libération, n'a duré six mois !

     

    Le premier élément, déjà entré dans l'Histoire, de l'affaire des Gilets jaunes, c'est donc son exceptionnelle durée. Il y a des samedis violents, des samedis calmes, des samedis dans la fureur, des samedis dans la simple joie d'être ensemble, c'est selon. Mais tous les samedis, depuis un semestre, des Français descendent dans la rue, et cela c'est du jamais vu.

     

    Je n'ai, de ma vie, jamais participé à aucune manifestation. Cela n'est pas mon langage. Mais il se trouve que de gens manifestent, c'est ainsi. Il s'agit donc d'en décoder les motivations, d'en mesurer la pression réelle sur l'opinion et sur le pouvoir, d'analyser le terrain, avec le maximum de renseignements possibles. Ainsi considérée, la manifestation constitue, pour l'historien ou celui qui ambitionne un discours d'analyse politique, un matériau.

     

    Depuis six mois, émergent du discours des Gilets jaunes deux types, très clairs, et fort bien exprimés, de revendications : la justice sociale (et fiscale), et l'aspiration au RIC (référendum d'initiative citoyenne). Davantage de justice, et davantage de démocratie, c'est simple, audible par n'importe quel gamin, facile à retenir. Même les grèves du printemps 36, à l'époque de Léon Blum, étaient plus complexes, dans leurs catalogues de réformes exigées.

     

    Face à cela, le pouvoir avait le droit de dire oui, et celui de dire non. Mais il devait entrer en matière sur le sujet , et non enfumer toute la France avec sa carabistouille de "grand débat".

     

    Le grand débat, il a eu lieu depuis longtemps, en amont. Les sujets ont émergé, ils ont mûri, ils sont exprimés avec une parfaite clarté, il n'y avait strictement nulle nécessité de jeter sur la France le voile opaque d'un "débat" voulu par le Prince, autour du Prince, montrant le Prince en majesté, daignant se mêler à la plèbe, souvent pour lui faire la morale. Car le Prince est aussi Cardinal, il se sent à la fois le représentant de la Noblesse et du Clergé, allant parfois se mêler, si les caméras sont là, au Tiers État.

     

    Ce Prince est une catastrophe. Un orléaniste de la pire espèce, blanchi sous le harnais de la grande finance internationale, celle pour qui l'échelon des nations ne compte pas. Un européiste, qui veut imposer le libéralisme continental comme modèle unique dans les relations économiques et sociales. Un moraliste, qui prend ses compatriotes de haut, leur assène la leçon. C'est cet homme-là dont les Gilets jaunes veulent le départ. L'affaire est aussi simple que cela. Ils l'obtiendront avant terme (printemps 2022) ou non, je n'en sais rien. Mais l'enjeu est là : justice sociale, et invention d'une forme française de démocratie directe, qu'ils appellent le RIC.

     

    Tout cela est parfaitement clair, simple, limpide. Il n'y a nul besoin de "grand débat" pour en saisir les enjeux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Macron : les algorithmes de l'utopie

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    Sur le vif - Mardi 26.03.19 - 18.35h

     

    A l'occasion de la visite du Président chinois, Emmanuel Macron multiplie les signaux visant à donner l'illusion d'une existence de l'Union européenne, et d'une vitalité du multilatéralisme. C'est un double mensonge.

     

    L'Union européenne n'existe pas. Tout au plus, tente de survivre une structure flasque, blessée grièvement par son déficit démocratique et son expansion démesurée.

     

    C'est très bien de se dire que, face au géant chinois, on oppose la belle unité d'un continent, pour mettre en balance des plaques tectoniques à peu près comparables. C'est très bien, mais c'est un mensonge. On se ment à soi-même. On ment aux Européens.

     

    Le Président chinois est un homme intelligent et renseigné. Il sait parfaitement que l'Union européenne n'est qu'une fiction. Il est totalement au parfum de la renaissance, partout en Europe, de l'idée nationale, portée par des peuples qui veulent, chacun, recouvrer leur souveraineté, leur indépendance, leur fierté de partager une communauté d'appartenance.

     

    Il sait que la France est la France, l'Allemagne est l'Allemagne, il sait que les vrais paramètres historiques et géostratégiques sont là, et non dans l'illusion abstraite, géométrique, philosophique, d'un continent uni. L'Europe, en 2019, n'en est pas un !

     

    Macron se ment à lui-même. Il ment à la France. Il ment à l'Europe. Il tient pour réels des concepts volatiles, évanescents. A la résurgence de l'idée nationale, il ne veut rien comprendre. Ignorant de l'Histoire, il ne raisonne que dans la fragile algèbre de ses rêves. Il a tort, immensément : une politique doit partir des réalités. Elle doit s'ancrer dans une immense connaissance de l'Histoire. Elle doit puiser ses racines dans ce qui fait vibrer les peuples, et non imposer, d'en haut, des structures aléatoires, une sorte d'algorithme de l'utopie.

     

    La France, hélas, a un Président à rebours de son époque. Il n'est jeune que par l'âge. Dans les concepts, il suinte la défense désespérée de l'Ancien Monde.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le temps des ruptures, le temps du combat

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    Sur le vif - Lundi 25.03.19 - 10.18h

     

    Je n'ai jamais compris pourquoi on disait "fake news", au lieu de dire simplement "fausses nouvelles".

     

    En revanche, j'ai toujours parfaitement compris de quel camp politique américain - celui d'Obama et de Mme Clinton - venait, dès le début, toute la construction médiatique sur les Russes et la campagne de Trump.

     

    J'ai plutôt bien compris, aussi, tout le parti que pouvaient tirer de cette invention les magnifiques esprits qui, en Suisse romande, n'ont jamais digéré l'élection de Trump, ont juré de ne jamais lui faire le moindre cadeau.

     

    Ce matin encore, dans les titres du Journal de 7h RSR, on pouvait entendre "Le Procureur Bob Mueller passe l'éponge". Un libellé absolument scandaleux : "passer l'éponge" présuppose qu'il y a faute, et qu'on veut bien l'oublier. Lourd de sens.

     

    Ces beaux esprits feront-ils amende honorable ? Évidemment non ! Laissons-les vivre leur vie. Et construisons, en Suisse romande, un espace d'échange des idées où puissent aussi s'exprimer ceux qui soutiennent Trump. Ceux qui comprennent sa volonté de régulation des flux migratoires. Ceux qui, avec lui, rejettent les machineries multilatérales inutiles et vaines. Ceux qui ne cèdent pas à la première mode. Ceux qui tiennent la nation pour l'unité de référence et de décision des sociétés humaines.

     

    Je vais vous dire une chose un peu rude. Je ne pense pas, dans l'univers éditorial de Suisse romande, dans le très grand clivage des fronts où nous sommes, que le temps soit encore celui du débat. Nous sommes entrés dans le temps du combat. Le temps des ruptures. Le temps des choix. C'est dur, douloureux. Mais il faut passer par là.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Il y a vingt ans, les bombes sur Belgrade - Colère et mémoire

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    Sur le vif - Dimanche 24.03.19 - 14.11h

     

    Pas de guerre en Europe, depuis 1945 ? Je suppose que vous plaisantez : il y a, jour pour jour, vingt ans, les avions de l'OTAN - entendez les affidés des Américains - bombardaient la ville de Belgrade, capitale de la Yougoslavie pendant toute l'existence de ce pays, capitale historique d'une Serbie qui avait héroïquement résisté aux nazis entre 1941 et 1945, ce qu'on ne peut pas exactement dire de toutes les Républiques de l'ex-Yougoslavie.

     

    Il y a vingt ans, les Américains, avec l'appui d'une Allemagne visant dans le conflit yougoslave ses propres objectifs de résurrection nationale et d'emprise renouvelée dans les Balkans, tout cela au milieu d'une absolue inexistence de "l'Union européenne", bombardaient, à la bombe lourde, comme aux grandes heures des années 1943-1945 dans le ciel allemand, la capitale d'un État souverain d'Europe, le mettant ainsi au ban des nations.

     

    Ils bombardaient, et l'écrasante majorité des commentateurs, des éditorialistes, en Europe, en Suisse romande, applaudissaient. Une fois de plus, nos belles âmes et nos blanches consciences, sous couvert de défendre les "droits de l'homme" dans les Balkans, au nom d'une conception bien unilatérale de ces droits, se plaçaient du côté du plus fort. Face aux bombes américaines, les premières en Europe depuis 1945, que pouvait faire la Serbie ?

     

    La vérité, dès la chute du Mur (1989), et dès le début du démembrement de l'ex-Yougoslavie (Noël 1990), c'est que les Américains, les Britanniques (reprenant ainsi un vieux rêve, jamais réalisé, de Churchill), et avec eux l'Allemagne de Kohl, rêvant de réinventer sa puissance dans la Mitteleuropa, avaient leur plan d'action pour les Balkans. Affaiblir au maximum l'influence slave, donc serbe, favoriser les nationalismes hostiles aux Serbes, pulvériser l'unité nationale yougoslave, la remplacer par l'influence économique occidentale en Slovénie et Croatie, la présence stratégique dans les parties albanophones, bref accomplir le vieux dessein d'implantation dans les Balkans.

     

    Pour cela, il fallait diaboliser un camp. Ce fut celui des Serbes. Avec l'appui d'une "justice internationale" complice des puissances occidentales, on focalisa les attentions sur les seuls crimes de guerre des Serbes (il n'est pas question ici de les nier), on ferma les yeux sur ceux des autres. Au Kosovo, on laissa se développer le rêve d'une Grande Albanie, unissant les forces de l'Albanie historique, celles des Albanais du Kosovo, celles des Albanais de Macédoine. Avec l'appui de l'Occident et de nos belles consciences, on décréta que le nationalisme albanais avait droit à l'existence, et que le nationalisme serbe, lui, ne l'avait pas. Clairement, on favorisa un camp, contre un autre.

     

    Il y a juste vingt ans, j'étais allé réaliser, en allemand, une grande interview de l'ancien Chancelier Helmut Schmidt, au sommet de la tour de "Die Zeit", qui domine le port de Hambourg. Un port totalement rasé par le terrible bombardement britannique de l'été 1943. J'avais interrogé le successeur de Willy Brandt sur les bombardements qui venaient de se produire à Belgrade. Il les avait vivement condamnés, rejetant ainsi toute la politique atlantiste de son successeur à lui, Helmut Kohl, et celle de Schröder.

     

    Il y a juste vingt ans, des bombes s'abattaient sur une capitale d'Europe. Non pour servir des intérêts européens, mais ceux d'une grande puissance d'Outre-Atlantique, avec la complicité d'une Allemagne en pleine renaissance politique, elle qui n'avait pas exactement laissé, dans les Balkans, entre 1941 et 1945, le plus reluisant des souvenirs. Et c'est sans doute là l'euphémisme le plus édulcorant dont on puisse user. Les plus anciennes générations serbes saisiront, sans qu'il soit nécessaire de leur faire le moindre dessin.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La langue, à la tronçonneuse

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    Sur le vif - Samedi 23.03.19 - 09.22h

     

    Pourquoi disent-ils "thématiques", alors qu'on peut dire "thèmes" ?

     

    Pourquoi disent-ils "problématiques", quand on peut dire "problèmes" ?

     

     

    Pourquoi disent-ils "sociétal", au lieu de "social" ?

     

    Ils massacrent la langue à la tronçonneuse, en la compliquant. En ajoutant d'inutiles suffixes. En voulant faire savant. En mimant le charabia - infâme - des chercheurs en sciences sociales, ces Vadius et Trissotin de notre temps.

     

    Il n'ont rien compris au chant des syllabes. Ni à la petite musique de nuit du langage.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Clairons d'airain

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    Sur le vif - Vendredi 22.03.19 - 20.39h

     

    L'armée française est une très grande institution, riche d'une Histoire incomparable, que j'étudie pour ma part avec passion depuis un demi-siècle. Elle a été maintes fois victorieuse, quelquefois défaite, notamment, de façon cataclysmique, en mai-juin 1940.

     

    Passionné d'Histoire de France, comme je le suis d'Histoire allemande, je n'ose imaginer que cette admirable armée, pétrie de traditions et d'attachement à l'unité nationale, puisse en venir à servir demain de supplétif policier à un orléaniste de passage, valet des usuriers et des puissances financières, dépourvu de toute culture historique, fruit venimeux du hasard et de l'infortune, accident sans relief dans le champ du destin.

     

    PaD

     

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  • Humanisme SVP

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    Sur le vif - Vendredi 22.03.19 - 11.03h

     

    Si on élabore des normes pour lutter contre des formes de racisme ou de rejet d'une communauté, alors on se protège de TOUTES les espèces de racismes, et des rejets de TOUTES les communautés. Sans aucune espèce d'exception, ni surtout de hiérarchie dans le degré de protection. Alors, les choses étant définies dans cette universalité, notre combat contre les ségrégations relèvera d'un humanisme, et non d'un communautarisme victimaire ou mémoriel, orienté et sélectif.

     

    Pascal Décaillet

     

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