03/09/2017

M. Kim a bon dos

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Sur le vif - Dimanche 03.09.17 - 15.46h

 

On s'émeut, à juste titre, de l'essai nucléaire nord-coréen.

Je veux bien.

Mais un peu de recul historique s'impose. Quelle est, au monde, la nation qui a lancé, en août 1945, l'ère nucléaire ?

Celle qui n'a cessé de développer, dans des proportions inimaginables, son potentiel de destruction atomique ?

Celle qui, avec l'URSS, a plongé la planète dans plusieurs décennies de guerre froide, reposant sur l'équilibre des forces nucléaires ?

Celle qui, depuis 1945, étend son impérialisme sur l'ensemble de la terre ?

Celle qui dicte sa loi pour toute solution - ou absence voulue de solution - au Proche-Orient ?

Celle qui s'est embarquée dans deux guerres majeures en Asie, entre Corées, Cochinchine et Tonkin ?

Celle qui a ourdi et manigancé le coup d’État contre Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ?

Celle qui a si souvent bloqué toute solution qui pourrait aboutir à la création d'un État palestinien ?

Celle qui, pendant les années 1990, a entrepris toutes choses, en lien avec les services secrets allemands, pour démanteler l'ex-Yougoslavie ?

Celle qui, sous couvert "d'OTAN", a bombardé Belgrade en avril 1999 ?

Celle qui a lancé la folle intervention de 2003 en Irak ?

Celle qui, à nouveau sous couvert "d'OTAN", multiplie les provocations à l'Est de l'Europe. En Pologne, dans les Pays Baltes, et avant tout en Ukraine ?

Je ne suis évidemment pas un partisan de M. Kim. Mais, si on pose la question de ceux qui peuvent détruire la planète, ceux dont le bellicisme et l'impérialisme pourrissent les équilibres, alors il faut la poser pour tous.

 

Pascal Décaillet

 

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01/09/2017

Ticket à trois : sage décision !

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Sur le vif - Vendredi 01.09.17 - 19.06h

 

En présentant un ticket à trois à l’Assemblée fédérale, pour le choix du mercredi 20 septembre, le groupe PLR des Chambres fédérales a pris une sage décision. D’aucuns ne manqueront pas d’y voir une incapacité à opérer une sélection. Je ne partage pas ce point de vue. Pour la seule raison que le préavis du groupe, de toute manière, n’a jamais été autre qu’indicatif : ceux qui ont vécu les élections au Conseil fédéral (notamment celle de 1973, avec Chevallaz, Ritschard et Hürlimann, trois candidats non-officiels élus) le savent bien. Le seul choix qui vaille, c’est celui de l’Assemblée fédérale.

 

Surtout, nous avons affaire à trois bons candidats. J’ai déjà dit ici ce que je pensais de Pierre Maudet, estimant que ses qualités prévalaient sur ses défauts. Mme Moret et M. Cassis sont également des personnes de valeur. Au fond, chacun de ces trois candidats peut prétendre faire partie de l’exécutif fédéral.

 

Et maintenant ? Eh bien rien. Strictement rien. En aucune manière, le ticket choisi ce soir par le groupe ne préfigure ce qui se passera dans la matinée du 20 septembre. Si ce n’est une chose : cette élection sera plus compliquée, et sans doute plus longue, que prévu.

 

Nous avons trois profils. Trois personnes de valeur, capables d’exercer la fonction suprême. A titre personnel, au risque de déplaire à une partie non négligeable de mon lectorat, j’ai dit la qualité de la candidature Maudet. J’assume chaque mot, chaque syllabe, des lignes que j’ai écrites. Je ne suis l’homme de personne. Juste un homme libre, n’ayant strictement aucun compte à rendre à quiconque sur les opinions qu’il émet. Ni à ses ennemis. Ni… à ses amis.

 

Je ne partage que très peu les idées politiques de Pierre Maudet. Je suis en désaccord total avec lui, par exemple, sur la politique européenne, et sur la libre circulation des personnes. Je suis pour un contrôle sévère des flux migratoires, pas lui. Malgré ces divergences, je considère l'envergure de sa personne, son rapport à la pensée, à la parole, à l'action, sa culture historique et politique, et là, je dis oui. J'ai très souvent, depuis l'adolescence, soutenu en politique des gens avec lesquels j'étais en désaccord. Parce que, pour moi, la fibre profonde d'une personne l'emporte sur la nature des idées.

 

Si certains de mes lecteurs, proches de mes idées, qu'on sait plutôt conservatrices et le resteront, se sentent froissés par mon soutien à Maudet, si c'est si grave pour eux que, pour une fois, je ne pense pas géométriquement comme eux, je ne les retiens pas.

 

Je n’ai jamais retenu personne. Je vais mon chemin. C’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

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26/08/2017

"Conservateur" n'est pas un gros mot !

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Sur le vif - Samedi 26.08.17 - 17.24h

 

Le psychodrame créé par le seul énoncé du mot « conservateur », au sein d’une partie du PDC suisse, notamment la section genevoise, appelle quelques commentaires, rappels historiques, et précisions quant à la philosophie politique d’un courant si important, depuis les années 1848-1891, dans l’Histoire de notre pays.

 

Le mot « PDC », au plan fédéral, n’est officiel que depuis 1971. Auparavant, chaque canton avait son appellation, « conservateurs » pour les uns, « catholiques-conservateurs » pour d’autres, ou encore (du côté des jaunes), « chrétiens-sociaux », ou même « conservateurs chrétiens-sociaux », ce qui, d’aujourd’hui, peut sonner comme un paradoxe, mais ne l’était nullement. Mon grand-père, Maurice (1892-1925), instituteur, violoniste, capitaine à l’armée, fauché à 33 ans par le destin, était une personnalité « conservatrice » de son village. Cela ne signifiait nullement qu’il fût un réactionnaire.

 

Avant de se braquer, en bons citadins aux postures progressistes, face à un mot qui semblerait surgi de la sourde immobilité des campagnes, il convient plutôt de se renseigner sur la magnifique, la plurielle, la complexe Histoire, avant tout cantonale, de ce qu’on appelle aujourd’hui la démocratie chrétienne suisse. Ça exige de lire. Ouvrir des livres, oui. Faire preuve de curiosité.

 

Le mot « conservateur », aujourd’hui, sonne mal. On a l’impression d’un bonhomme (ou d’une dame) complètement replié sur le passé, ne voulant rien changer à l’ordre du monde qui fut celui de son enfance, refusant toute réforme, tout progrès, toute altération de l’Âge d’or. Assis sur son banc, devant sa maison, contemplant son champ, se disant « Cela est à moi », entendant bien ne jamais le céder.

 

La réalité historique est un peu plus complexe. Ne remontons pas à la Révolution française, ce qui pourtant serait nécessaire. Considérons la Suisse de 1847, celle du Sonderbund, l’alliance des cantons catholiques, puis celle de 1848, la Suisse fédérale. Les radicaux, directement issus des mouvements républicains dans nos cantons romands, enfants du Freisinn et des Lumières en Suisse alémanique, partisans de la libre circulation des idées, de la liberté du commerce et de l’entreprise, ouverts au financement par des capitaux zurichois (sans Escher, pas de Gothard), triomphent. Pendant 43 ans (jusqu’à l’arrivée du catholique-conservateur Joseph Zemp, en 1891), ils jouissent, dans l’exécutif fédéral, du pouvoir absolu : sept sièges sur sept ! Ils accomplissent une œuvre immense, créent l’industrie moderne, multiplient les voies ferrées, favorisent l’éducation et la recherche, bref ils jettent les bases de la Suisse contemporaine.

 

Pendant ces 43 ans, les conservateurs, qui sont-ils ? J’ai étudié de près cette question, il y a longtemps, pour des Séries historiques à la RSR. Ne voir en eux que d’obscurs revanchards, refusant le progrès, relève d’une erreur majeure. D’autant qu’à Rome, succède au très conservateur Pie IX, en 1878, un Pape d’exception, dont la grande biographie en français demeure à écrire, Léon XIII. C’est lui, en 1891, qui tendra la main à la République, lui qui lancera la même année, avec Rerum Novarum, une Doctrine sociale qu’il faut absolument lire aujourd’hui, tant elle frappe, en 2017 encore, par sa modernité, sa défense de l’économie au service de l’humain, sa condamnation de l’Argent comme but en soi, son appel à considérer le travail comme une libération, au service de l’émancipation humaine, et non comme un asservissement. Faut-il rappeler qu’au temps de la publication de cette Encyclique, les enfants, dans la plupart des pays d’Europe, travaillent encore sur des chantiers, dans les champs, et surtout dans les mines ?

 

Dans notre Suisse de cette seconde partie du dix-neuvième, les conservateurs ne sont pas seulement les gens qui vont à l’église. Ou qui se recueillent au moment de l’Angélus. Ils sont, notamment en Valais, mais aussi à Fribourg, Lucerne, etc., des personnes attachées à leurs traditions locales ou cantonales, à leurs identités régionales, considérant avec scepticisme cette nouvelle Suisse fédérale, moderniste, centralisatrice, radicale, et, à bien des égards, protestante, bref les vainqueurs du Sonderbund. Du côté des vaincus, surtout dans ce Valais qui n’est même pas encore celui de Maurice Troillet (conseiller d’État de 1913 à 1953), où la plaine du Rhône n’est qu’un marais, où la pauvreté, dans les vallées, contraint à l’émigration, on se méfie de ce progrès venu des banques, souvent zurichoises, cet argent trop facile, surgi de mécanismes financiers que les gens ne comprennent pas. On a tort, parce que le canton est pauvre, mais c’est ainsi. Le rapport des catholiques à l’Argent mériterait quelques centaines de volumes, tant il est complexe, nourri de silences, de contradictions. Alors oui, entre 1848 et 1891, être « conservateur », c’est refuser le progrès qui va trop vite, le pouvoir de Berne et surtout celui de Zurich. On préfère vivre de peu, mais de ses champs, à soi.

 

En 2017, j’affirme qu’il n’y a rien d’anachronique à se proclamer conservateur. N’y voir que le repli, le recroquevillement, c’est ne rien (vouloir) comprendre à un très vaste mouvement, encore en gestation mais montant en puissance, dans nos sociétés européennes d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de revenir aux lampes à huile ni à la marine à voile. Ni de refuser les enjeux capitaux de la modernité, comme le numérique. Non. Il s’agit d’affirmer, avec toute la part d’instinct et d’affection pour le pays que peut parfois receler l’engagement politique, les valeurs auxquelles nous tenons. Chacun d’entre nous a les siennes, je vous donne ici les miennes : attachement à la patrie, respect de l’environnement et des paysages, combat pour une agriculture de qualité, épargnée par la fureur de la concurrence mondiale, encouragement des PME, économie au service de l’émancipation humaine, justice sociale, qualité de l’éducation, croissance démographique maîtrisée, contrôle des flux migratoires, souveraineté politique, indépendance.

 

Ces valeurs-là, j’entends pour ma part qu’elles soient « conservées ». Je veux bien que le mot sonne mal aujourd’hui, mais enfin assumons-le ! Nous n’allons tout de même pas passer nos existences à faire de la communication apeurée, pour ne pas froisser le modernisme ambiant. Alors oui, je déclare ici être, à bien des égards, un « conservateur ». Auquel j’ajoute immédiatement le mot « social ». Que cette double étiquette froisse certaine section citadine d’un grand parti de notre pays, est une chose. Cela n’enlève rien à sa pertinence. Dans le jeu savant d’ombres et de lumières, de progrès et de tradition, qui se joue depuis la Révolution française, la modernité n’est pas toujours là où on croit. Et l’avenir passe parfois, puissamment, par une éclairante visite du passé.

 

Pascal Décaillet

 

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22/08/2017

L'extase de la Messe basse

 

Sur le vif - Mardi 22.08.17 - 13.13h

 

L'élection du Conseil fédéral n'étant pas opérée par les quelque cinq millions de citoyennes et citoyens de notre pays, mais par les seuls 246 de l'Assemblée fédérale, tout ce qui concerne ce scrutin fermé, digne du choix d'un nouvel Académicien par le cercle des Immortels, ne devrait pas être diffusé ailleurs que sur une chaîne parlementaire. Un canal interne aux 246. Un circuit fermé. Nous irions ainsi au bout de la logique circulaire, le réseau de miroirs de notre démocratie parlementaire. Ce labyrinthe des vanités intestines au périmètre d'une arène.

 

Ils se diffusent entre eux, pour eux, des débats qui les concernent eux, dans le sérail et la molasse de la Berne fédérale. Le jour venu, soit le mercredi 20 septembre en fin de matinée, le Conclave ayant produit son œuvre, ils nous annoncent qui ils ont choisi. Nous en prenons acte, froidement, c'est leur affaire. Nous leur aurions signifié, pendant toute leur campagne, que le cirque de séduction de Mme Moret, MM Maudet et Cassis ne relevait en aucun cas du débat national, puisque le citoyen n'y est pas électeur, mais d'un lobbying interne. Soit la pure vérité. Comme lorsqu'on aspire à diriger un théâtre, et qu'on doit convaincre un à un, en les travaillant au corps, les membres du Conseil de Fondation. C'est exactement le même principe. Pour les trois intéressés, c'est sans doute captivant. Pour le grand public, une fois qu'on a saisi le principe, aucun intérêt.

 

Pendant ce temps, nous, les citoyennes et citoyens, déployons notre énergie et notre passion politique sur l'essentiel : non pas un choix de personnes qui ne dépend pas de nous, mais, infiniment plus passionnant : les thèmes qui, en profondeur, mettent en action notre vie en commun. Par exemple, à l'horizon du 24 septembre, l'avenir de nos retraites. C'est une lame de fond, autrement plus essentielle, dans la construction du destin suisse depuis 1848, que le choix, semi-théâtral, d'un septième de l'exécutif fédéral.

 

Je réaffirme ici la nette supériorité des thèmes sur les personnes. Dans notre pays, le corps des citoyens bénéficie, pour actionner lui-même, d'en bas, la politique, d'un instrument exceptionnel : la démocratie directe. Qu'il en fasse usage, plus que jamais ! Qu'il s'en saisisse ! Qu'il s'approprie le débat politique !

 

Le choix des thèmes politiques, en Suisse, est l'affaire de tous. Il n'appartient en aucun cas au seul cénacle des élus.

 

Le choix des conseillers fédéraux, en revanche, est l'affaire du Parlement. Fort bien. Laissons les 246 vivre entre eux, dans la jouissance retenue - ou expulsée - de leur qualité de Grands Électeurs, cette liturgie fermée de la vie fédérale. Comme une Messe basse.

 

Laissons-les ourdir. Tramer. Aiguiser leurs couteaux. Le jour venu, laissons-les élire, c'est leur prérogative. Laissons-les faire tout cela. En silence. Rideaux fermés. Et avec la seule quittance de notre indifférence.

 

Le dimanche 24 septembre, pour la Suisse, sera bien plus important que le mercredi 20.

 

Pascal Décaillet

 

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04/08/2017

Pierre Maudet, candidat première classe

 

Sur le vif - Vendredi 04.08.17 - 14.04h

 

Je connais Pierre Maudet depuis 17 ans. Il était jeune conseiller municipal radical, en Ville de Genève, et je lançais l'émission Forum.

 

Très vite, comme beaucoup de mes confrères, j'ai saisi que l'homme irait loin. Sa jeunesse, son énergie, son intelligence, sa vitalité, son sens de l’État et du pays, tout cela était déjà perceptible, alors qu'il venait à peine de passer le cap de la vingtaine.

 

Depuis, cet homme d'un rare talent politique (je le compare souvent, depuis deux décennies, à un Christophe Darbellay, ou un Pierre-Yves Maillard) n'a fait que confirmer. Exécutif de la Ville de Genève. Mairie. Et, depuis cinq ans, gouvernement cantonal.

 

Sur son action politique, je suis le premier à exprimer des réserves. Hypertrophie, trop voyante, de la communication. Pratique maladroite et malvenue des fusibles, notamment au plus haut niveau du Corps de Police. Discours moderniste et jeuniste, à la Macron, dont toute âme lucide doit être capable de prendre distance, sauf à sombrer dans la complicité, dans l'ordre de la propagande.

 

Mais enfin, tout cela posé, un fauve politique de grande race. Une culture historique, ce qui est fort rare. Une vision pour le pays. Une ambition. On partage ou non ses options (cela n'est pas mon cas, en matière européenne, notamment), mais comment ne pas reconnaître la stature de l'homme ?

 

Pierre Maudet a raison de tenter sa chance au Conseil fédéral. Sa candidature est crédible, charpentée idéologiquement, nourrie d'une première expérience aux deux autres échelons de notre vie fédérale. J'ignore absolument quelles seront ses chances, nous verrons bien, et il faut bien avouer que la question de la Suisse italienne se pose.

 

Mais je lui souhaite bonne chance. Nous avons eu assez de souris grises pour bouder l'entrée en scène d'un homme politique de premier plan.

 

Ensuite ?

 

Ensuite, le destin décidera. Nul d'entre nous ne peut le prévoir.

 

Pascal Décaillet

 

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13/07/2017

Mémoire et chaos, désordre et lumière

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Sur le vif - Mercredi 12.07.17 - 18.47h

 

Je reviens d'un magnifique voyage familial de quelques jours au pays de Louis II et de Richard Wagner. Le château de Linderhof, je l'avais visité en 1971, 1973, puis (dernière fois) 1983. Celui de Neuschwanstein, je ne l'avais plus vu depuis 1973 ! J'ai encore toutes mes notes sur ces visites, dans les journaux que je tenais à l'époque, avec textes et images.

 

J'ai tant et tant à dire sur ce roi, qui à la fois m'exaspère et m'enchante. Les sentiments qui étaient miens à l'âge de 13 ans, lors de mes premières visites en ces lieux, mais aussi l'année de ma découverte de Richard Wagner, sont au fond les mêmes, 46 ans après. Réticence face à l'inaction politique du roi, qui est passé (volontairement) complètement à côté du mouvement de son époque, imprimé par Bismarck et l'unité. Mais, d'un autre côté, admiration face à ses intuitions artistiques, sa mise en scène des grands mythes de l'Allemagne médiévale. Et, avant toute chose, reconnaissance d'avoir été le tout premier (à part dans le monde musical, Liszt surtout) à déceler l'immensité du génie de Richard Wagner.

 

Bref, je pense consacrer les trois prochains épisodes (les numéros 25, 26 et 27) de ma Série Allemagne au Roi Louis II. Je vais tâcher de faire vite : les souvenirs de ces toutes dernières visites sont encore totalement vivaces, jusqu'aux cygnes gravés dans les poignées des portes, imprimés dans ma mémoire récente. Surtout, je veux inscrire Louis dans la perspective de la révolution des esprits dans l'Allemagne du 19ème siècle. Et mettre en évidence le paradoxe (que je sentais déjà en 1971, très clairement) entre son attitude de repli, évidemment inadmissible pour un souverain, fût-il constitutionnel, et l'extraordinaire présence de ses antennes artistiques.

 

Dans ce petit voyage, j'ai retrouvé de puissantes émotions de mon année 1971. L'année de ma découverte de Wagner, de Dürer (expo du 500ème à Nuremberg), de la Haute-Franconie où avait vécu ma mère juste avant la guerre, en 1937 et 1938. Mais aussi, de Würzburg, de Rothenburg, Dinkelsbühl, plusieurs fois Munich (où j'ai emmené mes élèves en voyage d'études en 1983). Mon lien avec cette région est puissant. Tout comme mon lien avec l'Allemagne du Nord, les Cités Hanséatiques, la Saxe, la Thuringe, les Länder de l'ex-DDR, la Rhénanie des poètes. Et tant d'autres Allemagnes, de Hölderlin à Brecht, puis plus loin Heiner Müller, Christa Wolf, qui se pressent et se mélangent dans les méandres de ma mémoire. Deux mots, pour exprimer ce fracas, ce fatras : Sturm und Drang. Ces deux mots, à eux-seuls, explosifs, résument mon rapport passionnel avec les Allemagnes.

 

Mon souci numéro un, dans cette Série entamée il y a deux ans, et qui va encore me prendre de longues années, n'est pas d'avoir des idées ni des sujets - j'en ai des centaines - mais de trier, ordonner, organiser, mettre en page, pour que cela soit plaisant et accessible au plus vaste public possible.

 

Vous me direz que c'est le lot de tout transmetteur. Et vous aurez raison.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/07/2017

Bon Anniversaire à l'AVS !

 

Sur le vif - Mercredi 05.07.17 - 09.51h

 

Demain, jour pour jour, l'AVS aura 70 ans. Le 6 juillet 1947, le peuple acceptait (80% de oui ; participation 79,66%) son principe, après l'un des débats parlementaires les plus passionnants de notre Histoire. Il faut en lire les minutes, cela vaut la peine. Pendant mes années à Berne, comme correspondant parlementaire, je pensais tous les jours à ceux qui, quarante ans plus tôt, avaient mené ce débat. Par exemple, lorsque je couvrais moi-même, pour la RSR, les débats-fleuves sur la LAMal ou la TVA.

 

Hommage à ce fleuron de nos assurances sociales. Sans ce premier pilier, sans ses principes de mutualité, de subsidiarité, la Suisse d'aujourd'hui ne serait pas ce qu'elle est.

 

Je me suis passionné pour l'Histoire des assurances sociales en Europe, depuis Bismarck, absolu précurseur dans le domaine. Premières caisses de retraite, secteur par secteur, idem pour l'invalidité, le chômage, la maladie, les accidents. Dureté des négociations pour y parvenir. Rôle des socialistes, mais aussi de tout le syndicalisme chrétien, nourri de la Doctrine sociale de 1891, de Léon XIII, puis du Sillon. Intelligence, aussi, des radicaux éclairés, soucieux de justice sociale, imprégnés d'esprit républicain.

 

La convergence de tous ces courants a amené nos pays, dans les années encore très difficiles de l'immédiate après-guerre, à voir grand. En France, ce fut la Sécurité sociale, lancée par de Gaulle lors de son éblouissant passage aux affaires en 44-46, les dix-sept mois les plus réformateurs de l'Histoire du pays, sous l'impulsion du Conseil National de la Résistance. En Grande-Bretagne, ce furent les grandes réformes travaillistes dans le domaine de la Santé. En Suisse, ce fut l'immense et remarquable chantier de l'AVS.

 

L'Histoire de nos assurances sociales, en Suisse, devrait être obligatoire dans les écoles. L'Histoire de l'AVS, pendant 70 ans, ses dix révisions, maintenant onze, l'Histoire de l'exceptionnel conseiller fédéral Tschudi (1959-1973), qui menait au pas de charge les réformes, pour relever le défi démographique. Pourquoi cette Histoire n'est-elle pas enseignée, ou si peu ?

 

Les Suisses peuvent être fiers de l'AVS. Hélas, le même bilan, et de loin, ne peut pas être tiré du deuxième pilier (introduit en 1984), indissociable de placements aventureux et spéculatifs opérés, dans les années de Veau d'or, sous l'impulsion de condamnables usuriers, par certaines caisses. Pas toutes, heureusement.

 

L'AVS est un principe de redistribution pour tous. Oui, elle est notre fleuron. Pensons-y, très fort, lorsque nous glisserons notre bulletin dans l'urne, le 24 septembre.

 

Pascal Décaillet

 

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02/07/2017

Le noir magma de nos silences

 

Sur le vif - Dimanche 02.07.17 - 10.34h

 

Il y a, depuis longtemps, des choses qu'on ne peut tout simplement plus exprimer dans l'espace public. Je ne parle pas ici de ce qui est interdit par la loi : là au moins, c'est clair, mesurable, écrit, délimité ; et la loi, on peut toujours aspirer à la changer.

 

Non. Je parle de tout le reste. Ce qui ne tombe pas (encore) sous le coup d'une loi, mais opprime, étouffe toute conscience sous la pesanteur de l'autocensure. On voudrait tant l'exprimer, mais on se retient. À cause de la tempête de réactions bien pensantes, inévitable, juste après.

 

Alors, on se tait. Et le noir magma de ces silences, qui rumine et vocifère de l'intérieur, consume les entrailles. Il vous isole. Il contribue à ciseler votre solitude.

 

Mais cette matière est volcanique. Sous le poids des convenances, elle demeure tacite. Souterraine. Inaudible. Jusqu'au jour où tout éclate. Lave, cendres, poudre.

 

On dit du réseau social qu'il permet l'expression du non-dit. C'est faux. Il l'aura peut-être permis dans un premier temps, héroïque, balbutiant. Mais déjà s'organise la restauration. La mise au pas. On moralise, puis on légifère. Puis on régente. Puis, on sanctionne. L'ordre cosmique du convenable s'installera ici, comme ailleurs. Avec, comme petits collabos, et fermiers généraux du pouvoir, ceux-là même qui s'en prétendent les critiques distants.

 

Aujourd'hui, ces chiens de garde du convenable couvrent de leurs aboiements l'émergence de toute parole alternative. Avec le système Macron, c'est dans cette ère-là que nous entrons. La Suisse romande n'y échappe pas, loin de là. Le pouvoir n'a rien à craindre du réseau social : déjà, il y trouve cent fois plus de petits valets, multipliés par les miroirs, que de discours critiques.

 

Lecteur passionné de Brecht, depuis quelque 45 ans, je crois pourtant à la distance critique. Pour peu que cette dernière s'organise dans la matérialité réelle d'une résistance des âmes. Et non dans la seule posture rhétorique de la révolte. La plus grande preuve de distance critique de Brecht, c'est son adaptation de Sophocle. Dans la métallique réalité des syllabes, avec les accents souabes de sa jeunesse.

 

La prise en charge des mots est devant nous. Plus que jamais, elle exige courage et solitude. Le salut, quelque part dans la lumière du verbe.

 

Pascal Décaillet

 

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27/06/2017

Protectionnisme en Suisse : de quoi se mêle l'UE ?

 

Sur le vif - Mardi 27.06.17 - 13.39h

 

Il paraît que la Commission européenne dénonce une "montée du protectionnisme en Suisse".

 

Eh bien nous, les Suisses, demeurons parfaitement sereins, et dénonçons l'obligation de pensée libérale qui sévit, depuis un bon quart de siècle, au sein de l'Union européenne.

 

Comme si le libéralisme, le culte du libre-échange, l'abolition de toute préférence à la production locale, dans les pays-membres, étaient consubstantiels à l'idée européenne.

 

Comme si cette idée d'Europe ne pouvait pas, aussi, se construire sur d'autres bases. Respect des nations, de leurs souverainetés, de leurs frontières. Faciliter les échanges, oui bien sûr, c'est de cela qu'est née la Communauté européenne, à l'époque de la CECA : il s'agissait d'échanger le charbon et l'acier, dans l'immédiate après-guerre, à l'époque des économies fragiles, avec des populations mal nourries, mal chauffées. Pour être très clair, il s'agissait surtout d'aller piquer à vil prix le charbon des Allemands : Vae Victis !

 

Nous, Suisses, avons assurément une tradition d'exportations et de Commerce extérieur. Mais nous avons aussi, au moins depuis 1848, lentement forgé notre pays sur la cohésion sociale, la subsidiarité, la mutualité, la répartition des richesses, la plus vive attention aux fragilités. Cela, en certaines périodes - et nous y sommes, là, en plein - nous amène, oui, à restaurer des protectionnismes. Quitte à lâcher la bride, quelques années plus tard.

 

Décider ou non d'une dose de protectionnisme, notamment pour l'agriculture, mais pas seulement, relève, et doit continuer de relever, de NOTRE SEULE SOUVERAINETÉ NATIONALE. Nulle instance externe, et surtout pas l'Union européenne, n'a à nous imposer notre politique, en la matière.

 

Tout cela, nous Suisses, expliquons-le, très gentiment, très poliment, à nos amis européens. Nous sommes un pays souverain. Nous ne sommes pas membres de l'Union européenne. Nous n'avons aucun compte à lui rendre sur notre organisation interne. Nous souhaitons entretenir avec eux les meilleurs rapports, mais ils doivent juste comprendre qu'ils ne sont pas le bailli. Ni nous, leur sujet.

 

C'est aussi simple que cela. Et c'est non-négociable. Et, au cas où ils ne comprendraient pas, nous pourrions alors, peut-être, devenir un peu moins polis. En leur suggérant, puisque la question hellénique semble jouer un rôle important dans leurs équilibres internes, d'aller se faire voir chez les Grecs.

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/06/2017

Il n'y a pas d'affaire Barthassat

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Sur le vif - Dimanche 25.06.17 - 15.07h

 

Il n’y a pas d’affaire Barthassat. Cette histoire d’amende de 40 francs, infligée le 23 août 2016 à un hôte de la Conférence des Ambassadeurs, et que le conseiller d’Etat aurait tenté de faire sauter, est dépourvue de tout intérêt. Tout au plus, une maladresse. Aucun motif personnel, aucune lésion à l’Etat ni à sa bonne marche. Aucun intérêt. Une fuite, bien orchestrée, dont la source est visible à l’œil nu, pour affaiblir, au sein de la droite, un candidat en pré-campagne pour la réélection du printemps 2018.

 

Il n’y a pas d’affaire Barthassat. Pas plus qu’il n’y en avait, à Noël, au sujet de son avance de salaire. Il y a, pourtant, beaucoup à dire sur ce ministre. Non sur sa vie privée, qui n’intéresse personne et doit être respectée, ni sur ses gaffes ou dérapages au quotidien, ni sur sa personne, ni sur son style, il a le droit d’être comme il est, c’est son affaire.

 

Il n’y a pas d’affaire Barthassat. Ou plutôt si. La véritable affaire, pour un analyste politique qui voudra bien élever ses naseaux plus haut que le niveau de l’amer, de la délation et de la manipulation, ce ne sont pas les barthasseries au jour le jour, si délicieuses soient-elles pour les gazettes. Non. C’est le bilan, après bientôt quatre ans, de son Département. Sur le thème qui fâche, qui n’est évidemment pas l’Agriculture, mais la Mobilité.

 

Jeudi soir, aux Yeux dans les Yeux, je consacrais justement 6 minutes et 29 secondes à ce bilan, en compagnie de la députée socialiste Caroline Marti. Cette jeune et talentueuse parlementaire, se gardant bien de toute attaque personnelle, demeurait dans le champ d’action qui doit être celui de la députation : la mise en cause, sur des thèmes et des exemples précis et étayés, d’une politique publique. C’était ciblé, professionnel. Et d’un autre horizon d’attente que celui du psittacisme, du grec psittacos (le perroquet), consistant à relayer en boucle de pseudos-affaires, lancées par des sources manipulatoires, pour affaiblir un concurrent politique.

 

Alors oui, sur le bilan, il y a à dire. Gestion clochemerlesque de tout ce qui touche aux TPG, rodomontades de matamore suite à la dernière défaite sur les hausses de tarifs, tartarinades par rapport au tram 12 et à la punition des Carougeois, désaveu par ses pairs (mercredi dernier en Conseil d’Etat, cf. le Courrier) sur les 4,5 millions de crédit complémentaire, création d’une « commission consultative sur la traversée du lac » dont l’aptitude à la palabre surpasse les soirées les plus caniculaires des villages d’Afrique.

 

C’est sur ces thèmes qu’il convient, si on l’estime nécessaire, de demander des explications au conseiller d’Etat. Mais foncer, tête baissée, puis reprendre en boucle chaque épisode narratif supplémentaire destiné à alimenter la légende de Tarascon d’un ministre sympathique, mais parfois un peu approximatif, c’est faire aveuglément le jeu de ceux qui, à l’interne, voudraient bien voir partir, au printemps 2018, cet encombrant personnage surgi des fières campagnes de notre cher canton.

 

Ces gens-là ne viennent pas nécessairement des rangs de la gauche. On en trouvera aisément dans la famille, recomposée depuis les années trente pour mieux s’Entendre, du magistrat concerné. Je vous ferais bien un dessin, mais n’ai jamais été capable de tenir un crayon.

 

Pascal Décaillet

 

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18/06/2017

Moutier : les leçons d'un scrutin

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Sur le vif - Dimanche 18.06.17 - 18.50h

 

Un oui du bout des lèvres (51,7%). Mais un oui quand même ! Moutier rejoindra la République et Canton du Jura. L’événement dépasse, et de loin, le seul cadre de la Cité Prévôtoise, et même celui de l’Arc jurassien. Il est d’importance nationale, comme l’ensemble de cette passionnante question historique, depuis le Congrès de Vienne en 1815. Le Jura, c’est nous. Comme d’ailleurs aussi, le Canton de Berne. Les gens de Moutier sont nos compatriotes, comme ceux de Delémont, de Porrentruy, de Bienne ou de Tavannes. Nul Confédéré, qu’il soit de Genève, de Coire, de Lugano ou de Zurich, ne peut demeurer indifférent au destin de ce coin de pays, qui fait partie de notre communauté nationale. Ce soir, nous saluons leur choix, comme nous l’aurions d’ailleurs salué en cas de décision contraire : le vote leur appartenait, nous en prenons acte, avec le respect que tout Suisse voue aux autres parties du pays.

 

Je suis né le 20 juin 1958. En 1978, la majorité pour voter était encore à vingt ans. Mon premier vote, sur le plan fédéral, fut donc, en septembre de la même année, pour dire oui, un oui du fond du cœur, à la création du nouveau Canton du Jura. J’avais lu Béguelin, je l’avais entendu dans des émissions de radio, il m’avait convaincu. En aucun cas, pourtant, mon oui n’était un désaveu du Canton de Berne. Il n’était pas question pour moi de jouer la carte ethnique, Romands contre Alémaniques, encore moins la carte confessionnelle, catholiques contre protestants. La richesse exceptionnelle de la Suisse, sa survie dans l’Histoire, c’est que les facteurs religieux ne se sont jamais exactement calqués sur les facteurs linguistiques. Sans quoi, nous serions dans un cas comparable à la Belgique, avec le risque de sécession que cela implique.

 

J’ai passionnément aimé et étudié, sur le plan historique, la question jurassienne. Je respecte totalement les deux points de vue, les deux attaches affectives, celle pour Berne, celle pour le Jura. J’ai connu, dans la jeunesse, ces fameuses années 70 où le combat, physiquement, faisait rage. J’ai fréquenté, dans mes années bernoises puis fédérales, de brillants esprits, émanant des deux côtés. Les uns et les autres sont mes compatriotes, mes amis. Je salue le Canton de Berne, je salue celui du Jura.

 

La grande leçon de toute cette série de plébiscites et votations autour de la question jurassienne, c’est que cette dernière, malgré les bagarres physiques des années 70, malgré le déchaînement des passions, pendant le dernier demi-siècle, s’est finalement jouée dans le seul théâtre d’opérations qui symbolise la culture politique suisse : celui des urnes. Plébiscite de 1974, ratification par les autres cantons en 1978, pour aboutir au vote, serré mais bien réel, d’aujourd’hui. Je ne suis pas sûr, comme je l’entends dire avec un peu d’imprudence sur les ondes, que ce vote scelle pour l’éternité la question jurassienne. Mais disons que, pour un certain temps, les dés sont jetés.

 

Aux Jurassiens, aux Bernois, aux Jurassiens bernois, aux Jurassiens tout court, à ceux de tous les districts, du Nord comme du Sud, de cette région profondément amie, j’adresse le salut d’un Confédéré qui aime son pays, et souhaite le maintien de son unité dans la diversité. Sans ce petit miracle-là, comme un soupir retenu devant une petite fleur fragile, nous sommes perdus.

 

Pascal Décaillet

 

18:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Français, vous l'aurez voulu !

 

Sur le vif - Dimanche 18.06.17 - 10.31h

 

En confirmant ce dimanche l'envoi à l'Assemblée, pour cinq ans, d'une pure et simple Chambre d'enregistrement, les Français fabriquent eux-mêmes les verges avec lesquelles ils se fouetteront.

 

Charmés, comme en 1974 avec Giscard, par la duperie d'un discours sur la jeunesse et la rénovation, ils découvriront vite - sans doute, dès cet automne - le vrai visage de ce pouvoir. Tout, autour d'un homme. Autour du "miracle" de sa personne. Tous les corps institutionnels, de la même couleur. Culte de la personnalité. Contrôle absolu de l'image du Prince. Chasse aux sorcières face aux éditorialistes qui se permettraient d'émettre des doutes.

 

Résultat : les Français passeront ces cinq ans dans la rue. Ils adorent ça, la rue. Et là, créant eux-mêmes les conditions de leur colères futures, ils l'auront bien cherché.

 

"Français, encore un effort !", écrivait Donatien Alphonse François de Sade. Il s'y connaissait, le Divin Marquis, en masochisme.

 

Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/06/2017

Helmut Kohl (1930-2017) : la vision rhénane d'un bâtisseur

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Sur le vif - Vendredi 16.06.17 - 18.53h

 

Il est d’usage de dire qu’Helmut Kohl était un géant. Au pays des Frères Grimm, des Contes, enraciné dans des milliers de légendes médiévales, celles que le Sturm und Drang exhumera après l’Aufklärung, à la fin du 18ème siècle, un géant ça compte. Ça parle au cœur des Allemands, à leur imagination. Ça peut être quelque chose de terrifiant, comme le Roi des Aulnes, Erlkönig, mangeur d’enfants, ou au contraire de très rassurant. Alors, allons-y pour le géant. Helmut Kohl était aussi un catholique. Et il était un Rhénan. Les deux mots à retenir pour l’ancrer dans une filiation historique. Le grand Willy Brandt, natif (comme Thomas Mann) de Lübeck, était un Hanséatique, le regard tourné vers l’Est. Kohl, un Rhénan.

 

J’ajoute qu’il était un Palatin. Région proche de la France, mais ayant subi sous Louis XIV le plus atroce des traitements. La Rhénanie-Palatinat, fleuron d’Empire, où le futur Chancelier voit le jour le 3 avril 1930, sous la République de Weimar, trois ans avant l’arrivée d’Hitler, respire le catholicisme allemand, le Zentrum bismarckien, le lien millénaire avec Rome, le souvenir des légions, des centaines d’églises. C’est une région peut-être plus européenne que proprement allemande. Willy Brandt, qui s’agenouille à Varsovie en décembre 1970, est tourné vers l’Est, Helmut Kohl vers l’Ouest. Ses affinités avec François Mitterrand ne seront pas feintes, c’est une vraie amitié, le géant Kohl verse des larmes aux funérailles du Président français, en janvier 1996.

 

Les deux grands chanceliers CDU de l’après-guerre sont Konrad Adenauer (1949-1963) et Helmut Kohl (1982-1998). Les deux sont catholiques, les deux sont Rhénans, les deux sont tournés vers la France. Willy Brandt, lui, n’aura aucun de ces attributs : c’est un Allemand de la Baltique, habité par la reconstruction, à l’Est, d’une entreprise d’une incroyable puissance, lancée au milieu du 18ème siècle par le Roi de Prusse Frédéric II. Il faut de tout pour façonner le destin allemand : des catholiques, de protestants, des Rhénans, des Baltes, des Frédéric II, des Bismarck, des Willy Brandt, des Helmut Schmidt, des Helmut Kohl. C’est l’addition de ces différences, nourrie de la prodigieuse diversité des Allemagnes, qui creuse, scelle et façonne le chemin de reconstruction du pays, depuis Frédéric, après la totale destruction de 1648, lisez Grimmelshausen, Simplicius, vous saisirez.

 

Helmut Kohl est mort très seul, dans sa ville natale de Ludwigshafen, à l’âge de 87 ans, ayant connu la fin de la République de Weimar, l’intégralité du Troisième Reich, l’Année Zéro (1945), la reconstruction, les Glorieuses économiques, puis (comme forgeron) la réunification. Après son départ, en 1998, il y avait eu cette affaire de caisses noires, le décès de son épouse, les amis s’étaient éloignés, la vie n’est pas toujours facile.

 

Je ne vous raconterai pas ici la réunification (1989-1990), vous connaissez tout cela. Oui, Helmut Kohl en fut l’artisan. Oui, il a su saisir, avec une rare intuition, ce que la langue grecque appelle le « kairos », le moment opportun, oui il a mené l’affaire au pas de charge, il a injecté des milliards de Deutschemarks. Soyons clairs : ce qu’on appelle « réunification », avec la béatitude occidentale qui est nôtre, fut en réalité la pure et simple absorption de la DDR par une Allemagne de l’Ouest opulente, insolente, souvent arrogante et méprisante face aux gens de l’Est, ces Allemands de Saxe et de Prusse tombés sous occupation soviétique, en 1945. Lentement mais sûrement, l’Histoire entreprendra de ré-écrire tout cela, rendant justice aux uns, soulignant la superbe des autres.

 

Je n’aborderai pas ici la question des Balkans. Je me contenterai de rappeler que Kohl s’est comporté, en contribuant à démembrer l’ex-Yougoslavie, n’apportant son soutien qu’aux anciens dominions des tutelles germaniques, diabolisant les autres, engageant ses services secrets dans l’affaire du Kosovo, en suzerain de Saint-Empire, davantage qu’en digne successeur de Willy Brandt et Helmut Schmidt. Je n’aborderai pas non plus la question européenne, où le défunt chancelier a surtout, comme aujourd’hui Mme Merkel, joué la carte économique allemande sous le paravent du pavillon bleuté aux douze étoiles d’or. Mais il avait le sens du symbole : nul n'oublie sa main dans celle de Mitterrand, à Verdun.

 

Reste qu’un géant nous quitte, ce soir. Physiquement, c’est certain. Pour le reste, j’invite l’Histoire, la décantation du temps, la relecture critique à faire leur œuvre. Mais enfin, une chose est sûre : en novembre 1989, alors que rien n’était certain, un homme a su saisir l’occasion, le "kairos". Dans la tradition du grand Bismarck, il a sonné la charge dans la parfaite exactitude du moment opportun. C’est assurément un très grand Allemand qui nous quitte, ce soir.

 

Pascal Décaillet

 

18:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Réhabilitation d'un homme d'honneur

 

Sur le vif - Vendredi 16.06.17 - 14.40h

 

La Cour de justice annule l'arrêté du Conseil d'Etat du 22 juin 2016, sanctionnant le chef des opérations de la police, Christian Cudré-Mauroux. En lien avec la manif sauvage du 19 décembre 2015.

 

Dans cette affaire, qui suinte le fusible depuis le début, dont le Conseil d'Etat ne sort pas grandi (j'use d'un euphémisme), et que nous n'avons cessé, ici ou dans GHI, de dénoncer comme relevant du plus pur arbitraire du Prince, comment ne pas se féliciter de cette réhabilitation judiciaire ?

 

Juste bizarre que la Cour informe aujourd'hui. Et pas, par exemple, hier.

 

Quant à certains journaux de la place, qui embrassaient jusqu'à l'étreindre la cause du pouvoir, ironisant sur la thèse du fusible, cirant et lustrant les pompes du ministre, accablant un homme à terre...

 

Vous ne vous souvenez pas ?

 

Moi, si.

 

Pascal Décaillet

 

16:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/06/2017

Brumaire démocratique

 

Sur le vif - Mardi 13.06.17 - 09.26h

 

Toute l'opération Macron est celle d'une gigantesque captation d'héritages par un illusionniste exploitant la candeur des gens, comme l'avait fait Giscard en 1974, sur les thèmes de la jeunesse, du changement, de la "rénovation".

 

Il est en train de tout gagner, rafler toutes les mises. Il réussit son Brumaire démocratique, au-delà de toutes ses propres espérances. C'est vrai.

 

Il n'y a pourtant ni révolution, ni monde nouveau. Il y a juste un petit malin, soutenu par de redoutables puissances financières, en France et à l'étranger, qui a repeint à neuf une voiture d'occasion. La voilà lustrée, rutilante. Éblouissante.

 

Brumaire parfaitement démocratique. Rien à dire sur la légalité, ni la légitimité de l'élection. S'il faut changer le système, ce sera pour la prochaine fois, et je gage que ce pouvoir-là ne se pressera pas de le faire.

 

Aujourd'hui, on se perd en pâmoison face à des paroles, des promesses, des postures rénovatrices, un style (dont je ne nie pas l'élégance), une fascination faustienne pour la jeunesse. Bref, on se laisse envoûter par une FORME.

 

Mais de concret, rien encore. Je le dis et le répète, laissons passer l'été. Laissons le thaumaturge rénovateur savourer son état de grâce. "Le Bien Aimé", disait-on de Louis XV dans les premières années de son règne. A sa mort, en 1774, il faudra l'enterrer de nuit, furtivement, en cachette.

 

Les choses sérieuses commenceront cet automne. La Chambre étant aux ordres, l'opposition sera dans la rue. Les vieilles passions françaises, avec l'archaïque noirceur des colères, tout cela resurgira au fil de la législature. On se rendra compte, comme avec Giscard, que le gentleman rénovateur des débuts n'est qu'un homme de pouvoir comme un autre. Son impopularité grandira. Il éprouvera, comme les autres, le tragique de l'Histoire.

 

Alors, les onze millions d'électeurs qui n'avaient pas voté pour lui, au second tour, se rappelleront à notre bon souvenir. D'autres chocs, d'autres fracas. Parce que l'Histoire est ainsi, simplement. Sa démarche n'est pas celle du progrès, mais du crabe.

 

Un Brumaire démocratique. Et cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Ah oui, un détail encore. Ceux qui, dès le début, roulent pour Macron, méritent le respect. Ceux qui, au fil de ses tours de prestidigitation, se rallient à lui comme on plie devant le pouvoir et la fortune, méritent le plus glaçant des mépris.

 

Pascal Décaillet

 

12:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/06/2017

Le quinquennat, erreur majeure

 
 
Sur le vif - Samedi 10.06.17 - 10.11h
 
 
Depuis 2002, donc depuis le quinquennat, erreur majeure de Jacques Chirac, le temps législatif épouse le temps présidentiel. On élit le Président en mai, puis en juin on lui donne les moyens de gouverner. Après ces deux performances, on prend sa douche, tout heureux d'avoir accompli son devoir citoyen, et on part en vacances, prendre ses Congés payés.
 
 
Le quinquennat tue le débat politique. Le charme du système antérieur, c'était justement cette séparation entre le temps législatif (5 ans) et le temps présidentiel (7 ans). Chacun avait sa vie propre, sa logique, sa mesure, ses horizons. Parfois (1986, 1993, 1997), alors qu'un Président était en fonction, le peuple envoyait à l'Assemblée une majorité qui lui était contraire. Cela s'appelait la cohabitation, le Premier ministre était enfin autre chose qu'un exécutant, la démocratie fonctionnait.
 
 
Depuis 2002, tout est centré sur un homme, le système n'a jamais été aussi monarchique. En mai, on élit le Roi, en juin on lui donne sa majorité, version républicaine du Sacre de Reims. Évidemment qu'on la lui donne ! Juste un mois après l'élection, c'est encore l'état de grâce, le printemps, la vie est belle, on fredonne "Nationale 7" de Trenet, avant de s'engouffrer sur les plages de France. Personne, dans ces moments-là, n'a envie de créer une crise politique !
 
 
Depuis 2002, l'élection législative française a perdu sa vie propre. Elle est devenue un plébiscite pour établir la mesure de popularité du nouveau souverain. Les courtisans, autour de lui, pourront se plier encore plus vers le sol à chacune de ses apparitions.
 
 
Le quinquennat est une erreur majeure. Une errance signée Jacques Chirac. Plus que jamais, l'intelligence politique d'un François Mitterrand manque. Lui qui, notamment entre 1986 et 1988, avait si génialement, si diaboliquement, exploité la cohabitation.
 
 
Pascal Décaillet
 

15:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/06/2017

La noire fureur des entrailles

 

Sur le vif - Vendredi 09.06.17 - 09.49h

 

L'ère Macron : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Cinq ans, non pour rénover, mais pour conserver.

 

Conserver le système actuel, ultra-libéral, celui qui nous étouffe depuis trois décennies. Négation de l'idée nationale. Intégration progressive à une idée impériale, appelée "Union européenne", en réalité une vassalité de l'Allemagne qui, doucement, construit sa puissance tutélaire sur le continent.

 

Cinq ans d'obédience à l'atlantisme. Priorité à la finance spéculative. Aucun souci de l'humain, de son épanouissement. Dérégulation. Délocalisations. Défaut de contrôle sur les flux migratoires. Mépris de la cohésion sociale. Mort de la paysannerie. Prolongation du mensonge multilatéral : cinq ans de SDN, cinq ans d'Aristide Briand. On prend des milliers d'avions, on grille des millions de tonnes de kérosène, pour signer des protocoles sur le... climat. Cinq ans de tartufferies encravatées.

 

Et les gens, pour l'heure, applaudissent. Parce que c'est le printemps. L'état de grâce d'un nouveau souverain, le Bien Aimé, comme on surnommait Louis XV au début de son règne. Il fait beau. On s'apprête à savourer les Congés payés, cet été. On ne pense pas, on sifflote. On est au printemps 36.

 

Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde. Cinq ans pour réprimer, enfouir, jeter au diable toute parole contraire. Cinq ans pour oublier les neuf millions de voix qui, au second tour, n'ont pas soutenu Macron, mais sa rivale.

 

Cinq ans pour laisser l'Ancien Régime, faussement rajeuni sous l'aimable visage de l'orléanisme, briller de mille feux. Mais un jour, le contrepoids surgira. Tout ce que l'ère Macron aura voulu enfouir, dissimuler, en se bouchant le nez, tout cela éclatera comme un volcan demeuré trop longtemps silencieux.

 

Tout cela, toute cette lave et cette braise, ne jaillira pas des cerveaux, ni des puissants raisonnements, ni du choc démontré de quelque Talmud. Mais de la noire, l'incandescente fureur des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

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06/06/2017

Politiciens, à vos racines !

 

Sur le vif - Lundi 06.06.17 - 10.55h

 

Il m'est parfaitement égal qu'un politicien soit de gauche ou de droite. Qu'il soit PLR, UDC, socialiste, gauche radicale, etc.

 

Ce qui compte pour moi, c'est qu'il sache d'où provient son parti. De quelles racines philosophiques, idéologiques, historiques, a surgi sa mouvance politique. Cela, il doit le connaître à fond. Je ne saurais, pour ma part, lui concéder dans ce domaine le moindre amateurisme, la moindre faille, la moindre confusion.

 

Il me faut qu'un PDC, puisqu'il tient à l'être, soit capable de tenir une longue conversation, nourrie, sur Léon XIII, Rerum Novarum (1891) la Doctrine sociale, le Zentrum bismarckien, les origines des catholiques conservateurs, ou des chrétiens-sociaux, dans nos différents cantons. La CDU allemande. La CSU bavaroise. Le Democrazia Cristiana, en Italie.

 

Il me faut qu'un radical - il a raison de l'être - sache tout des Lumières, de l'Aufklärung, de la Révolution française, des Républicains du début du 19ème, des grand combats de 1830, et surtout de 1848. Il faut qu'il connaisse les premières décennies du Conseil fédéral (1848-1891), les grandes réalisations industrielles, le percement du Gothard, James Fazy à Genève, Henri Druey dans le Canton de Vaud, Joseph Barman en Valais.

 

Il me faut qu'un socialiste - noble filiation - soit capable de parler de Jaurès, de Jules Guesde, de la sociale-démocratie allemande, de Willy Brandt, Olof Palme, Bruno Kreisky, Léon Blum, François Mitterrand, du Congrès de Tours en 1920, de celui d'Epinay en 1971, de celui de Bad-Godesberg en 1959, etc. Il doit savoir d'où il vient, quels furent les grand combats de sa famille politique.

 

Pour le PDC, je puis avoir ces conversations avec Sébastien Desfayes, ou Fabiano Forte, Christophe Darbellay, ou Maurice Tornay, liste non-exhaustive, bien sûr. Pour les radicaux, avec Pierre Maudet, Pierre Kunz, Olivier Meuwly, Jean Romain, et plein d'autres, car la branche latine est d'un bon niveau de conscience de l'Histoire du parti. Je ne donne ici que quelques exemples. Tous partis confondus, je demande aux non-cités de bien vouloir m'excuser. Chacun sait, de toute façon, la considération que je lui porte, chacun de ceux avec qui j'ai passé du temps à échanger, discuter.

 

Mais une chose est sûre : celui - ou celle - qui viendrait à surgir dans l'espace politique, sans porter avec soi un très haut degré de conscience de l'ontologie historique de son parti, de ses antécédents, de sa diachronie, en nous faisant le coup des "rénovateurs" ou "ceux qui vont faire de la politique autrement", qui est juste une compensation de son ignorance, je ne pourrai, hélas, éprouver pour lui - ou elle - qu'une considération relativement limitée.

 

Pascal Décaillet

 

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05/06/2017

Emmanuel et les âmes promeneuses

 

Sur le vif - Lundi 05.06.17 - 15.13h

 

Révélés ce matin par le Parisien, les huit points-clefs du Plan Macron pour la réforme du travail dévoilent, pour peu qu'il en fût encore besoin, le vrai visage de ce nouveau Président : un libéral, peu soucieux de lien social, nourrissant des rêves d'affranchissement de l'individu par la réussite de l'entreprise.

 

C'est son droit. Et je veux croire que les Français l'ont élu en connaissance de cause. Mais l'idéologie qui sous-tend ces aspirations, toute légitime soit-elle, se trouve être aux antipodes de la mienne. Découvrant ce projet de réforme, je me félicite donc d'avoir décrypté, pendant toute la campagne, l'individualiste libéral sous le masque du charmeur et du rénovateur.

 

Pour l'heure, c'est le printemps. Il fait beau, les habits sont légers, les âmes sont promeneuses. Mais après les Congés payés de l'été, viendra le premier choc : celui de l'encaissement, par l'opinion française, d'un train de réformes qui frappe par sa brutalité, et semble considérer la cohésion sociale comme un facteur secondaire. Cette étape, pour M. Macron, sera moins facile.

 

Pascal Décaillet

 

15:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/06/2017

Donald et les gardiens du Temple

 

Sur le vif - Vendredi 02.06.17 - 09.21h

 

Au-delà du dogme climatique, et de ses gardiens du Temple chasseurs de Cathares, la décision de Donald Trump, hier soir, est une attaque en règle contre la tyrannie, depuis quelques décennies, de l'ordre multilatéral du monde. L'Accord de Paris, pour la plus grande gloire de la gauche caviar incarnée par Laurent Fabius, en était la très urbaine quintessence. D'emblée, ce contrat d'assurance contre l'Apocalypse avait le goût sucré du vent. De la bonne conscience semée, dans la grande tradition de la SDN, et de la colossale inutilité des illusions internationalistes.

 

Donald Trump voit les choses autrement. Il considère que les nations sont souveraines. Que chacune d'entre elles doit avant tout compter sur elle-même, en puisant dans son génie propre, dans ses racines, ses traditions, la sève de sa mémoire. Et que cette nébuleuse de conciliabules multilatéraux, qui a grillé, depuis 1945, tant de millions de tonnes de kérosène pour que les grands de ce monde se pavanent en se serrant la pince, a fait son temps.

 

Dans la campagne électorale, il avait annoncé qu'il dénoncerait l'Accord de Paris sur le climat. Hier soir, il a tenu sa promesse. Dans la même campagne, il avait dit son intention de revenir à une diplomatie bilatérale, en tournant le dos aux pieuvres mondialisées. Hier soir, il l'a fait.

 

On apprécie ou non l'action de M. Trump, chacun est libre. Mais voilà un Président qui tient ses promesses. C'est assez rare pour être relevé.

 

Entreprenant toutes choses pour se hisser au statut d'anti-Trump, et recueillir ainsi applaudissements, bénédictions et béatitudes, voici notre Emmanuel Macron. Le dieu des bobos mondialistes. Le paon en état de grâce. Élu pour cela. Sa campagne à lui, conçue et dûment financée, depuis le premier jour, pour cela. Continuer l'Ancien Monde. Défendre l'euro, la Banque centrale européenne, présenter ses respects à Mme Merkel, suzeraine d'Empire, défendre l'ordre multilatéral du monde. Prospérer sur le thème climatique, tellement porteur dans les salons urbains.

 

Les choses sont claires. Les fronts sont lisibles. Le monde est coupé en deux visions, irréconciliables. D'un côté, les nationaux, qui ont de l'Histoire une vision tragique, noire, pessimiste, mais réaliste. De l'autre, les multilatéraux cosmopolites, souvent liés aux marchés financiers où règne la spéculation à grande échelle, et où la notion de patrie n'est pas la préoccupation première. Ceux-là, avec acharnement, veulent la peau de Trump, parce qu'il brise la cohérence de leur système.

 

L'heure se ne prête plus guère aux discussions. Mais aux déclarations antagonistes juxtaposées. Chacune s'exprime. Nulle ne touche ni ne joint l'autre.

 

But de l'opération Macron, ces huit mots que je publiais à la minute même de son élection, dimanche 7 mai, 20h : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

A l'issue de ce répit, la Révolution conservatrice se rappellera à notre bon souvenir. Elle ne viendra pas de la tête. Mais surgira des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

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