20/12/2014

Droite élargie, horizons rétrécis

 

Sur le vif - Samedi 20.12.14 - 17.36h

 

Un budget dominé par la droite élargie, la gauche marginalisée, le PDC réduit à pleurnicher : tout ce qui s’est passé jeudi et vendredi en plénum était, d’un bout à l’autre, prévisible. Non depuis quelques semaines, mais depuis plusieurs années. Il faut lire la politique dans sa mémoire historique, placer l’événement sur sa ligne de continuité, renvoyer hors sujet les moralistes.

 

Droite élargie : oui, maintenant, c’est fait. Mais il faut rappeler que l’émergence de cette nouvelle donne trouve ses racines dans la dernière législature, voire celle d’avant. Le vote final, hier, du budget, a constitué pour toute une génération politique une seconde douche glacée, après celle du 6 octobre 2013, ce dimanche de l’élection législative voyant à la fois les Verts s’effondrer et le MCG passer à 20 députés.

 

Quelle génération ? Mais celle, parbleu, qui n’a cessé de s’imaginer le MCG comme une parenthèse de l’Histoire, un mauvais rêve, dont on allait bien se réveiller. Encore aujourd’hui, au lendemain du vote du budget, le chef du groupe PDC qualifie de « séditieux » un parti qui, jusqu’à nouvel ordre, fut porté par les voies démocratiques à son actuelle représentation parlementaire, les mêmes voies qui, le même jour, avaient envoyé beaucoup moins de députés PDC au Parlement. Il y aurait donc « sédition » quand le peuple préfère une formation rivale, s’étant engagée dans le même débat démocratique, l’ayant simplement gagné. Singulier diagnostic démocratique, Monsieur le Bon Docteur.

 

J’ai été le tout premier, il y a plusieurs années, à parler à Genève de droite élargie. C’était encore sous le poids idéologique dominant de ces deux précédentes législatures, où M. Longchamp ne tarissait pas d’éloges sur son collègue M. Hiler, ce cher David, et où les Verts, tout heureux de collaborer à maintes facettes du pouvoir, s’employaient à briller dans l’ordre de l’illisible. Eh bien cette époque-là, entre l’active collaboration des Verts et les ultimes tentatives de charnière du PDC (j’allais dire « du MRP »), est révolue. Nous avons eu, avec cette affaire budgétaire, une démonstration de force de la mécanique de droite de la nouvelle législature : ensemble, le PLR, le MCG et l’UDC peuvent, s’ils le décident, faire ce qu’ils veulent.

 

Pour autant, voyez-vous, je ne m’en réjouis pas. La droite élargie que j’appelais de mes vœux il y a plusieurs années, c’était pour mettre fin à cette indéchiffrable physique des fluides que, dans son seul intérêt, M. Longchamp faisait donner, établissant ses majorités avec l’active collaboration du centre. Eh bien cela aussi, c’est fini. Le même, devenu président à vie du Conseil d’Etat, ne rechigne pas une seconde à établir le levier des décisions avec l’appui de ces Gueux auxquels il n’a cessé de vouer tant d’arrogance. Il ne perd pas le nord, M. Longchamp : lorsque l’axe du pouvoir, ci-devant appelé « curseur » (M. Aellen me comprendra), se déplace vers la droite, il laisse faire. Et se tait.

 

Je ne m’en réjouis pas, parce que la droite élargie que j’esquissais il y a plusieurs années n’avait pas vocation à s’articuler autour des forces de l’argent, de la domination par les puissants et les possédants, la mise à l’écart des plus faibles. Bref, je ne rêvais pas que cela se fît pour la plus grande gloire de l’idéologie libérale, bénéficiant désormais de l’appui de l’aile ploutocrate des Gueux. J’aurais aimé une droite élargie se fondant sur d’autres valeurs, autour de l’idée républicaine. Je ne tire donc, pour ma part, aucune satisfaction d’une nouvelle donne que, paradoxalement, j’avais été l’un des premiers, naguère, à appeler de mes vœux.

 

On rappellera enfin, en cette période de Fêtes, que la seule quête de la prospérité individuelle n’apporte que peu de bonheur, si c’est pour enjamber dans la rue la masse des quémandeurs et des nécessiteux. On ajoutera que l’aventure républicaine doit se fonder dans l’espace commun, comme une construction collective. Et que le niveau de civilisation d’une société, comme chacun sait, se mesure à tout ce qu’on peut entreprendre pour les plus faibles, les plus fragiles. Je n’ai pas exactement perçu cette dimension-là dans les ultimes arbitrages sur le budget 2015 de l’Etat de Genève.

 

Pascal Décaillet

 

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15/12/2014

DIP : radicaux, réveillez-vous !

 

Sur le vif - Lundi 15.12.14 - 12.50h

 

Il existait naguère à Genève un grand et vieux parti, grogneur et grognard, bonapartiste dans le tréfonds, férocement républicain, passionné d’institutions. Le parti de James Fazy. Ils s’appelaient les radicaux, je les admirais, plus encore à Genève qu’au niveau suisse, parce que là, il fallait tout de même compter avec la Bahnhofstrasse, qui n’était pas exactement ma tasse de thé. Hier soir encore, entre 18.45h et 19h, en écoutant Gilles Petitpierre (que j’ai tant interviewé dans mes années bernoises) à la RSR, je me disais qu’il lui restait peut-être, à ce parti, quelques fragments d’âme. Mais peut-être n’était-ce là, comme dans la légende du Cid, qu’un cadavre encore habillé en guerrier. L’illusion d’une survivance.

 

Oui, j’ai aimé à Genève ce parti de grenadiers, parce qu’il était profondément populaire, sentait la soupe et le cassoulet, avait érigé les barricades de Saint-Gervais, donné au canton ses institutions modernes, renvoyé le patricien à la rue des Granges, démoli les barricades, encouragé la petite entreprise. Ils avaient en eux la fureur victorieuse de la République. Ils avaient aussi tant œuvré pour l’école, de la fondation de l’Université à celle du Cycle d’Orientation, dont on oublie parfois que le vrai père est le radical Alfred Borel. Il y a eu, chez ces radicaux historiques, les Ducret et les Segond, et je l’espère encore chez les deux magistrats d’aujourd’hui, comme un attachement viscéral à l’idée même de l’Etat, non comme superstructure mais comme théâtre, le seul qui puisse valoir, de la mise en forme de notre destin commun.

 

Aujourd’hui, cette âme radicale, où est-elle ? A l’heure où le PLR, improbable produit de la fusion du grognard avec le patricien, brandit le sécateur pour couper dans la formation, où sont-elles, les voix radicales qui, au nom d’une certaine idée de l’Etat, de l’École, viendraient publiquement afficher leur désaccord ? Car dans l’affaire de ces coupes, on joue avec le feu avec une légèreté qui bafoue toute la part du symbole que peut revêtir l’acte politique : on les met en balance avec la question de l’annuité. Et c’est à celui, en fin de semaine en plénum, qui, comme dans les Comices agricoles, saura se montrer le plus maquignon, le plus retors, le plus vicelard dans la tactique parlementaire.

 

Pour ma part, je déteste cela. Je n’aime pas ces manières. On peut m’aligner tous les chiffres que l’on veut, me démontrer toute la prétendue impossibilité de mélanger des lignes budgétaires, bref, me jeter aux yeux toute la poudre qu’on voudra, on ne parviendra pas à me convaincre que, dans cette vulgaire démonstration de force de la droite libérale, l’âme républicaine et guerrière des radicaux serait là, alignée, comme un seul homme. Affidée. Obédiente. Sans la moindre amertume ? Sans la moindre colère ? Sans la moindre révolte ?

 

Si l'aile radicale, sur ce coup, ne donne pas signe de vie ou de réveil, alors oui - et c'est là l'un des enjeux cryptés de toute l'affaire - l'aile libérale, avec le soutien de quelques gueux convertis à la ploutocratie, aura, pour longtemps, marqué des points, pris le pouvoir à l'interne. Il y a là, au sein même de la droite genevoise, une tonalité de législature que, pour ma part, je ne souhaite pas à notre République.

 

Pascal Décaillet

 

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14/12/2014

Aimer et défendre l'école

 

Sur le vif - Dimanche 14.12.14 - 17.17h

 

Face aux attaques de la droite libérale et de ses alliés, il ne s’agit pas de défendre l’école comme un bastion. Ni comme une Arche Sainte. Ils ont le droit de demander au DIP des économies. Mais face à eux, une contre-pensée a lieu d’être, non pour sanctifier le tabou, mais pour expliquer, dans toute la puissance du verbe et de l’esprit, pourquoi s’en prendre à l’école, comme ils le font, représente dans l’état actuel de notre République un signal catastrophique.

 

Le verbe et l’esprit. Ces deux mots me ramènent à François de Sales, immense acteur et penseur de la Contre-Réforme, l’une des grandes voix et aussi l’une des grandes plumes de son temps. J’ai lu son œuvre, et j’aime autant vous dire que l’esprit la traverse, la porte, l’anime, la transcende. Mais je pourrais tout autant citer Charles Péguy, auquel vous connaissez l’intransigeance de mon attachement, le Péguy de la République et celui de la nation, celui qui avec Barrès (mais par des chemins différents) va chercher dans l’humus et le sillon, non dans la géométrie céleste, oui va fouiner dans le terreau l’âme des ancêtres, ceux qui sont tombés et dont chante encore la présence.

 

J’ai maintes fois cité le Péguy de « L’Argent », inclus dans les Cahiers de la Quinzaine, année 1913, un an avant sa mort au combat, ce texte à pleurer de beauté sur les instituteurs, les « hussards noirs » : parmi les plus belles lignes jamais écrites sur le principe de transmission. Dans un débat récent, le matin, à la RSR, où seul Jean Romain fut bon, un professeur d’Histoire s’évertuait à nous démontrer que sa discipline n’était pas transmissible. Outre qu’on a juste envie de l’inviter, dans ces conditions d’impossibilité, à faire autre chose de sa vie, il faut surtout rappeler qu’il commet une erreur répandue chez les siens : l’école obligatoire n’a pas pour but, en Histoire, de former des historiens professionnels, cela c’est le but de l’Université. Obsédés par la critique des sources – qui est assurément une approche passionnante, et un solfège pour pratiquer le métier de chercheur – certains profs oublient d’enseigner l’Histoire elle-même, de former « l’honnête homme » ayant, au sortir de l’école obligatoire, le minimum de vision diachronique pour se sentir à l’aise dans le champ historique.

 

Mais là n’est pas l’essentiel, il y aura toujours maintes méthodes rivales, maintes voies d’apprentissage en concurrence. Et je le dis ici, j’ai presque envie de le crier, je me sens mille fois plus proche d’un prof d’Histoire, pour demeurer sur cet exemple, dont je désapprouve les méthodes, que de n’importe qui ne s’intéressant ni à l’Histoire, ni à la transmission. Parce que le premier, au moins, son champ de références, ses arpents de labeur et de labour, sont ceux qui me tiennent à cœur ; le choix de l’outil ne vient qu’après. Je proclame ici ma fraternité avec tout enseignant, homme ou femme, jeune ou moins jeune, enthousiaste ou fatigué, qui demeure sur le front du métier, et peu m’importe qu’il soit de gauche ou de droite : l’essentiel est ailleurs.

 

Il est où, l’essentiel ? Mais dans Péguy, parbleu ! Et dans François de Sales. Et dans tous les autres qui ont porté au principe de transmission leur attention, la puissance de leur cœur, la fragile inquiétude de leur âme. Le problème n’est pas entre enseignants de gauche et enseignants de droite, il est entre ceux qui veulent encore croire dans le principe sacré de l’école, et ceux qui semblent y avoir renoncé. Avant d’être journaliste, il y a plus de trente ans, j’ai été prof d’allemand, plusieurs années. J’ai passionnément aimé ce métier, autant qu’aujourd’hui j’aime le mien. A part transmettre, par la voix ou par la plume, je ne sais pas faire grand-chose.

 

A partir de là, les coupes au DIP, ils les feront ou non. On verra bien. Je dis juste que le signal est profondément inopportun. Dans cette République que nous aimons tous, il me semble y avoir d’autres arbitrages financiers à opérer que de tailler dans la formation. J’espère que les partis d’Etat, y compris à droite (les radicaux), auront le sursaut et le courage de dire finalement non à ce vent libéral ultra, ce vent destructeur du lien social, et finalement d’une transmission qui devrait, à tous, nous être si précieuse. Je ne jette pas ici l’anathème sur les libéraux : il se trouve que l’un d’entre eux fut pour moi un formidable maître, un exemple de clarté et de simplicité dans le génie de la transmission. Il s’appelait Olivier Reverdin. Et avait construit toute sa vie sur d’autres valeurs que celles du profit immédiat, spéculé, facile. Il paraît qu’on appelle cela l’humanisme. Dans l’Histoire de Genève, celle de la Réforme comme celle des grands imprimeurs, je ne sache pas que cette appellation sublime puisse résonner comme un vain mot.

 

Pascal Décaillet

 

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13/12/2014

Le budget, le fouet, le tapis rouge

 

Sur le vif - Samedi 13.12.14 - 17.20h

 

Dans la tragi-comédie budgétaire, tout est affaire de postures. Le budget est un acte de domination intense et jouissif. Ce moment d’extase où chaque député peut distiller son pouvoir, à commencer par cette délicieuse oligarchie de hobereaux qu’on appelle la Commission des finances. On y savoure la plus noire des dominations, celle de donner l’argent, ou non. Libérer ou non la substance. On y menace, on y joue, on y coupe, on y castre, on y punit. Pourquoi se gênerait-on : on y tient le fouet par le manche.

 

Député n’est pas une fonction très drôle. A longueur d’année, on y sue sur des textes de lois qui n’intéressent personne. On se coltine des commissions sur des questions techniques, on s’écharpe sur des queues de cerises, on n’est pour cela que modestement rétribué. Alors, vous pensez, une fois par an, pouvoir distribuer l’argent. Approcher la table du poker menteur, où quelques caïds de la Commission des finances ricanent et dissimulent. Pour un peu, ne manqueraient que le bleu des yeux de Paul Newman, la musique de Scott Joplin, l’éclair de ces regards entendus, comme un big-bang, le destin du monde dans la doublure d’une manche.

 

Chaque automne, la même liturgie. Le Conseil d’Etat arrive avec un projet, le croupier de la Commission des finances le met en jeu, on annonce la couleur, on dupe, on simule, on prend trois coups d’avance. Bref, on y déroule la Messe Basse dans l’Ordre du Jeu. C’est cela, confier le budget d’un Canton à des parlementaires. La force des baïonnettes n’ayant pas vraiment donné suite, en juin 1789, à l’injonction de Mirabeau, les « élus du peuple » ont pris leurs habitudes, leurs quartiers. Ils ont élaboré leurs hiérarchies internes : aux Finances, les caïds. Lorsque ces derniers sont libéraux, ou livrés à la conciergerie des libéraux, on y décide, dans une veillée d’armes appelée « caucus », de se faire le DIP, par exemple. Alors, haro sur l’école. Haro sur ce que notre trésor commun a de plus cher, de plus important : la formation de nos enfants.

 

Et là, il suffit que l’un des caïds, un finaud, brandisse le diapason, et c’est toute une meute qui se met à parler le même langage, débiter les mêmes slogans, ruminer les mêmes chiffres. On tombe sur le DIP comme sur un animal malade de la peste : l’Ecole, Agneau sacrificiel, Agnus Dei.

 

Parce que chaque automne, il faut une victime, ainsi le veut le rituel noir du budget. Au solstice, il faut sacrifier quelque chose. Cette année, ce sera le DIP. Juste pour l’accomplissement de la liturgie. Pour que la messe soit dite. Pour que le plénum, juste avant Noël, puisse se séparer sur un accord qui donne l’impression d’avoir été arraché, comme l’Edit de Nantes, après des nuits d’intenses négociations. Alors que là, tout est bidon. Chiqué. Pipé. La nature de l’issue, on la savait dès le début. Il avait fallu accomplir le rite. C’est cela, la comédie parlementaire du budget. Reste qu’au DIP, pour prendre cet exemple, il pourrait bien y avoir des victimes, des vraies, Sur le carreau. Des humains dévoués à leur tâche. Ayant juste eu la malchance, comme l’agneau de la fable, de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment, dans la ligne de tir des caïds. Quelque part sur le tapis rouge.

 

Pascal Décaillet

 

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12/12/2014

PAV : l'immatérielle tyrannie du néant

 

Sur le vif - Vendredi 12.12.14 - 18.03h

 

 

Je regrette le temps où l’un des sept dicastères de l’Etat s’appelait « le Département des Travaux publics ». Il y avait du concret, Grobet qui dépliait des plans pour quelques initiés (dont votre serviteur, naguère au Journal de Genève) au septième étage de la rue David-Dufour, il y avait des casques jaunes et des bottes boueuses. Il y avait l’odeur acide de la bière dans les baraquements de chantiers. Mon père était ingénieur en génie civil, il a beaucoup construit, toute sa vie. Enfant, je le suivais les samedis après-midi (nous finissions l’école le samedi 12h) sur les chantiers, j’adorais ça. Je voulais faire ce métier. Il aura fallu la lecture du Grand Meaulnes, un peu avant l’âge de quatorze ans, pour que le destin me détourne, avec la sainte douceur d’un ange gardien, vers d’autres horizons.

 

A l’époque de Jaques Vernet, de Christian Grobet, et même à celle de Philippe Joye, les Travaux publics étaient quelque chose de merveilleusement concret, on pouvait toucher, tâter, il y avait des chantiers, des maîtres d’œuvre, des pelles mécaniques, du bruit et de la poussière. Puis, il y eut Laurent Moutinot, homme débonnaire et sympathique, mais dont l’équation personnelle avec le principe de construction n’éclatait pas d’évidence.

 

Puis, il y eut le PAV. L’érection fantasmée des grandes illusions virtuelles. On s’est mis à rêver la verticalité. On en a fait un slogan électoral, on a jeté des tonnes de poudre à des milliers d’yeux. On a baratiné, charmé, élucubré, séduit les salons, illuminé les cocktails. Mais d’immeuble, ou même de simple chantier, pas le moindre. Oh, des plans, à n’en plus finir, des maquettes, des concours d’architectes, du rêve lustré, brillantiné. Mais de concret, rien. Le PAV, pour l’heure, c’est un espace intermédiaire entre le zéro et l’infini, dans la galaxie du néant.

 

Alors, pardonnez-moi, mais au moment où les uns reviennent avec une initiative, d’autres nous balancent un projet à 2,5 milliards dont personne ne détient le premier centime, cette idée de tyrannie du virtuel, qui m’habite depuis une bonne décennie, ne parvient toujours à s’extirper de mon esprit. Pour l’heure, puisqu’on parle d’argent, j’aimerais déjà que l’Etat se dote d’un budget 2015 en respectant la fonction publique, sans lui chouraver son annuité ni surtout couper dans la formation. Oui, déjà la garantie de ces quelques millions. Par décence pour ceux qui servent l’Etat, et pour l’idée que nous voulons garder, depuis Chavanne, de l’instruction publique.

 

Déjà cela, oui. Et les 2,5 milliards de poudre aux yeux, toute cette insoutenable légèreté du virtuel, de l’immatériel, tous ces mots évaporés de leur substance, cela, par pitié, après. Une fois que vous aurez honoré vos engagements. Parce que faire rêver le peuple avec des gratte-ciel, sans qu’il n’y ait rien derrière, même pas le quota le plus décemment élémentaire de logement social, c’est se foutre du monde.

 

Pascal Décaillet

 

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11/12/2014

Oui au mariage pour tous

 

Sur le vif - Jeudi 11.12.14 - 17.58h

 

Dans l’espace public, notamment sur les questions de société, quand on s’engage, il faut être clair. Sur certains sujets, point n’est besoin de palabrer des heures : c’est oui, ou c’est non. Ainsi, ce que nos amis français appellent le mariage pour tous. Il y a ceux qui sont pour. Ceux qui sont contre. Eh bien pour ma part, je suis pour. Et, comme je n’ai pas l’habitude de camoufler mes opinions, je le dis. J’aurai contre moi bien des gens, bien des milieux, qui ont d’ailleurs parfaitement le droit d’être contre. Mais j’aurai manifesté un engagement sur la place publique. Je n’ai jamais écrit pour plaire. Ni pour faire plaisir.

 

La cause homosexuelle a considérablement évolué ces trente dernières années. Il est maintenant acquis que nulle discrimination ne doit être à l’ordre du jour. Dès lors, appliquons-le, ce principe, à l’institution qui régit et codifie, devant la loi, l’union civile de deux personnes. Pourquoi les uns auraient-ils droit au mariage, les autres au seul PACS, qui n’apparaît que comme une étape intermédiaire, inachevée, sur le long chemin de la non-discrimination ?

 

Je rêverais qu’en Suisse, cette égalité statutaire dans le mode d’union de deux êtres puisse s’acquérir, ou tout au moins se discuter, autrement dans que dans le fatras, le fracas et le tintamarre qui marquèrent, jusqu’à la caricature, le débat français. Chez nos voisins, on s’est insulté, étripé, on a hurlé par dizaines de milliers dans les rues, on a laissé resurgir les vieilles passions françaises sur les sujets de société, d’un côté des partisans cassants, de l’autre des opposants affichant les vieilles postures contre-révolutionnaires dont notre éminent voisin a le secret.

 

Oui, je rêve qu’en Suisse, nous en venions un jour à empoigner ce sujet, dans la tradition de discussion qui est la nôtre. Avec des pour, des contre, un vaste débat national, et un beau dimanche une votation populaire. Ce jour-là, si j’ai la chance de le vivre, j’accepterai le résultat, quel qu’il soit, me réjouissant si le oui l’emporte, m’abstenant d’insulter les vainqueurs dans le cas contraire. Nous ne sommes pas un pays de la dichotomie, noir ou blanc, comme la France : républicaine ou royaliste, pour l’Eglise ou pour la Séparation, pour ou contre Dreyfus. Bien sûr, si le sujet parvient un jour au peuple, il faudra dire oui ou non. Mais je crois profondément que la Suisse, ce pays dont j’aime la secrète fragilité, pourra, le jour venu, vivre sur ce sujet un débat pluriel et enrichi, dans toute la polyphonie de nos résonances, de nos différences. Je suis sûr que notre tradition démocratique nous évitera le triste théâtre qui fut celui de la genèse de la loi Taubira.

 

Vous me direz que ce sujet n’est pas aujourd’hui à l’ordre du jour en Suisse, au moment où le Parlement vient de se pencher sur un texte emberlificoté dont seul le PDC a le secret. Vous me direz cela, et vous aurez raison.  Pour lancer un débat, il faut que les esprits soient mûrs : le faire trop tôt ne sert à rien. Tout cela est vrai. Tout cela est juste et bon. Tout cela respire le raisonnable. Mais moi, je vous dis juste que je suis favorable à l’égalité du mode d’union entre couples homosexuels ou couples hétérosexuels. Je n’aborde pas ici la question de l’adoption. Le parti que j’ai pris, je le tiendrai et le défendrai. En espérant qu’un jour, le sujet soit saisi par le corps de mes concitoyennes et concitoyens, ce suffrage universel auquel vous connaissez mon indéfectible attachement.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/12/2014

Serge Dal Busco : une chance pour Genève

 

Sur le vif - Dimanche 07.12.14 - 17.48h

 

L’homme de caractère, c’est dans la tempête qu’on le reconnaît, pas dans la tiédeur des agapes. Celui qui fait front. Celui qui ne se laisse démonter ni par les attaques, ni par le vent mauvais. Dans l’actuel septuor qui dirige Genève, un caractère émerge, doucement, mais creusant son sillon avec toujours plus de force : Serge Dal Busco. Ni matamore, ni glaçon : juste un homme qui mène son entreprise. Un homme qui se bat.

 

Je dis ici qu’il émerge doucement : il n’a pas l’autorité statutaire du glaçon pour parler au nom du collège, ni la faconde festive de son collègue de parti pour vibrionner dans le vide sidéral de la mondanité sociale. Cette équipe a des maillons faibles, deux à mes yeux, comme il y en eut deux dans le collège précédent. Elle a son évanescence diaphane, entrée en troisième législature comme on entre dans un Ordre silencieux, ou dans l’ère glaciaire. Elle a son petit rusé qui sait se taire quand ça va mal, histoire de ne pas compromettre sa future carrière fédérale, mondiale, cosmique. Et puis, elle a la chance d’avoir Serge Dal Busco.

 

L’homme est rude, incroyablement bosseur, déterminé. Il a hérité du Département des finances alors que les caisses sont vides, la conjoncture moins souriante que sous M. Hiler, le renflouement des caisses de pension plombe pour des décennies toute audace d’investissement, et ne parlons pas du CEVA. Homme d’exécutif, il n’a pas le contact très aisé avec la ductilité parlementaire, c’était déjà le cas lorsqu’il était député. Attaqué sur une mythologie d’absentéisme en Commission des finances, concoctée entre la droite ultra-libérale et une partie de la gauche, il répond par des faits : « Mercredi, j’y ai siégé huit heures ». Il n’accuse personne, ne braille pas, donne juste une réalité factuelle.

 

Serge Dal Busco est un démocrate-chrétien, totalement mûri dans la philosophie de cette tradition politique, mais avec en plus, face à la dimension d’Etat, la raideur régalienne d’un radical. Du PDC, il a toutes les qualités : la chaleur, la famille, la convivialité. Des radicaux, il a la tenue. Nous avons un peu moins perçu cette dernière dans les frasques de son collègue de parti.

 

Alors oui, j’affirme ici que Genève tient, avec cet homme-là, la puissance de travail, de caractère, de solitude qui, un jour, au service du plus grand nombre, pourrait faire la différence. Non comme un homme providentiel, cela n’est guère dans nos traditions suisses. Mais comme celui dont l’ardeur et l’amour du pays donneront l’exemple. J’ai souvent identifié, dans mes textes, les maillons faibles, je le fais en général bien en amont de la meute. Il ne me déplaît pas, non plus, de percevoir les maillons forts. Ces derniers sont simplement plus rares. Mais assurément, Serge Dal Busco en fait partie.

 

 

Pascal Décaillet

 

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30/11/2014

Le dimanche qui rassure le bourgeois

 

Sur le vif - Dimanche 30.11.14 - 14.54h

 

J’ai voté trois fois oui, ce sera trois fois non, dont acte. J’ai toujours respecté les décisions du peuple : le 9 février j’étais dans le camp des vainqueurs, là je suis dans celui des perdants, c’est la vie. L’essentiel, c’est que notre démocratie directe a parfaitement fonctionné. Trois objets ont été soumis au peuple et aux cantons. Il y a eu une vaste campagne, au niveau national, des débats vifs et éclairants. Au final, le souverain a tranché. Que demander de mieux ?

 

Le grand vainqueur, aujourd’hui, c’est la démocratie directe. Cet appel, tous les trois mois, au suffrage universel, permet d’y voir plus clair. En avoir le cœur net. Par exemple, le fait que le souverain ait dit oui le 9 février sur l’immigration massive, et non aujourd’hui à Ecopop (qui, entre autres, paie cher son absence d’unité de matière et cette histoire de planning familial en Afrique qui n’avait rien à y faire), ce oui et ce non précisent, affinent, cisèlent les données dont dispose désormais le Conseil fédéral pour la suite de notre politique migratoire.

 

Le peuple et les cantons ne veulent pas d’Ecopop, mais veulent le contrôle des flux d’immigration du 9 février 2014. Ce contrôle, il va falloir maintenant l’instituer, le mettre en application, sans faillir, sans tricher, sans jouer au plus fin. On sait maintenant que c’est cela que veulent les Suisses, mais pas le pourcentage donné dans Ecopop sur le solde migratoire. Alors OK, on ne fait pas le second, mais de grâce on exécute la volonté populaire, sur le premier.

 

Pour le reste, il est tellement édifiant, dans notre bonne Suisse, de voir le bourgeois souffler et s’éponger. Notre pays, peut-on lire dans les premiers commentaires du Temps ou du PLR (ce sont d’ailleurs exactement les mêmes, celui-là étant le porte-parole de celui-ci), aurait retrouvé le bon sens, la raison. Traduction : une majorité a voté dans la direction que nous voulions. En clair, si le peuple vote comme nous, il est doté des facultés médicales et psychiques de la raison. S’il vote contre nous, il est frappé de folie.

 

Là est le vrai fossé de notre pays. Entre ceux qui décrètent le bien, le raisonnable, et ceux qui osent interroger le frisson tellurique. Cette faille-là, malgré le cri d’aisance du bourgeois en ce premier dimanche de l’Avent, est loin, très loin d’être comblée.

 

Pascal Décaillet

 

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29/11/2014

Au coeur du monde, la solitude

 

Samedi 29.11.14 - 17.17h

 

L’homme seul me fascine, entendez l’humain dans sa dimension de solitude. Cette dernière, ne pas la confondre avec isolement : elle doit pour moi relever d’un choix, ou tout au moins d’une inclination profonde de l’âme. Être seul, ça n’est en rien rejeter l’autre, bien au contraire. C’est poser, pour un moment, la verticalité de son existence sur la terre. Au rendez-vous, il y a aura, au sens de la physique, la pesanteur, que serions-nous sans elle ? Mais il y aura une fierté d’être. Une clarté. L’homme qui prie est seul. L’homme qui meurt est seul.

 

L’homme seul est justement dans la totalité du monde, là où le grégaire n’en vit que le fragment. L’opposition n’est pas entre solitude et universel, mais entre l’universelle solitude et le compagnonnage corporatiste. J’affirme ici aimer les gens, mais à l’absolue condition de les rencontrer isolément, laissant au temps la mission de ciseler chaque contour, chaque destin humain. Ce que je rejette absolument, ça n’est pas le monde, mais le mondain. Perte de temps, de substance, fausses chaleurs. « Et vous, comment allez-vous, laissez-moi votre carte, déjeunons un de ces jours » : cela, je ne l’ai jamais pu, ne le pourrai jamais. Mais rencontrer dans les yeux, dans l’authenticité d’une souffrance, la sincérité d’une nostalgie, un humain, là je dis oui.

 

Je me demande souvent si la solitude n’est pas l’ombilic du monde, la note blanche, ou ronde, qui en musique marque la pause. Plus l’univers, autour de soi, est dense, urbain, jaillissant de mille clameurs, plus la nécessité du vide et du silence s’impose. Affirmer sa solitude, ça n’est en rien renier ce monde. Juste s’en extraire – un temps – pour mieux le vivre, mieux vibrer, mieux en percevoir la brûlante présence. En cela, la contemplation de l’apparente immobilité botanique, au-delà du sublime, m’apparaît comme la naissance de l’éloquence, justement dans le cœur retrouvé du silence.

 

Pascal Décaillet

 

 

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27/11/2014

Nos préférences à nous

 

Sur le vif - Jeudi 27.11.14 - 12.42h

 

Depuis des années, et déjà bien avant l’apparition de ces deux mots dans le langage politique genevois, je défends l’idée de préférence cantonale. Aujourd’hui, cela semble aisé. Mais croyez-moi : il a fallu traverser bien des solitudes, encaisser bien des attaques, avant de parvenir à cette acceptation du concept. Encore cette dernière n’a-t-elle rien de définitif : en politique, tout peut se retourner, les périodes de protectionnisme et celles de libre-échange alternent, c’est la vie des peuples, la vie des nations.

 

Oui, je suis favorable à la préférence, bien avant qu’on en parle en tant que telle, et qu’un certain mouvement n’en fasse son cheval de bataille. A partir de là, deux possibilités. Soit vous cessez de me lire, vous me traitez de réactionnaire, de frileux, de régressif, de populiste. Nous en resterons là, et nous demeurerons bons amis, car je ne juge jamais un humain à la seule aune de ses idées. C’est même là, dans mon appréciation globale d’un être, l’un des derniers paramètres qui entrent en considération. Ce qui m’amène à des affinités aussi nombreuses à gauche qu’à droite, chez les hommes et les femmes, les catholiques, les juifs, les protestants, les musulmans, les agnostiques, les athées. Et même les ramoneurs.

 

La deuxième possibilité, c’est de m’écouter défendre la préférence cantonale sans aussitôt entrer en catalepsie. A cette catégorie de gens, je commencerai par dire que toute communauté humaine, organisée à l’intérieur de frontières, a ontologiquement pour mission de défendre en priorités les siens. Les citoyens ou les résidents, à voir. Mais en tout cas, ceux qui participent organiquement à la communauté. Dire cela n’a rien de xénophobe, et ceux qui nous brandissent ce mot, nous mentent. La xénophobie, étymologiquement peur de l’étranger, nous amène à rejeter ce dernier, lui coller des étiquettes négatives, l’humilier dans l’essence même de son altérité. Dans le concept de préférence, rien de cela. En aucun cas on n’acceptera la stigmatisation de l’autre. Simplement, on s’efforcera de privilégier économiquement ceux qui sont déjà là. Ceux qui, antérieurement, ont participé à l’effort. Ceux qui, venant d’ailleurs, ont déployé des signes et des preuves de leur attachement aux coutumes et aux traditions locales. Ce trajet d’initiation, loin de se limiter aux seuls Etats, ou cantons, est propre à toute société humaine organisée.

 

Vous me direz : pourquoi défendre seulement la préférence cantonale, confinant cette chronique aux seuls horizons genevois, et ne pas oser (malgré sa connotation en France) le terme de préférence nationale ? Je vous répondrai que vous avez parfaitement raison. Au niveau d’une Genève très exposée – trop – à la concurrence transfrontalière, je défends la préférence cantonale. Et en effet, au niveau national, je soutiens la préférence pour les résidents suisses. Mes positions, depuis des années, ont toujours été parfaitement claires à cet égard, par exemple le 9 février, par exemple Ecopop. Il m’apparaît urgent que notre pays reprenne le contrôle de son immigration. Non pour y renoncer, il n’a jamais été question de cela, et ceux qui l’affirment, nous mentent. Mais pour la RE-GU-LER.

 

Aujourd’hui, cela n’est absolument pas le cas, la libre circulation jouera des tours terribles à notre pays le jour où la croissance se tassera. C’est aujourd’hui qu’il faut anticiper, par un meilleur contrôle des flux migratoires. Dire cela n’a rien de xénophobe, n’affecte en rien l’amitié que nous portons à nos voisins, nos amis, à tous les peuples de la terre. Simplement, la Suisse, faisant le jeu d'un patronat trop gourmand, a trop ouvert les vannes. Le canton de Genève s’est trop laisser emporter, pour le profit d’une minorité, dans l’euphorie transfrontalière. Dans ces deux domaines, à ces deux échelles, l’heure du protectionnisme a sonné. Non pour l’éternité. Mais pour un certain temps. Dans cette phase, nous entrons. J'aspire absolument à ce que cela se fasse sans la moindre haine de l'autre, sans la moindre dévalorisation, en total respect de chaque individu. Mais néanmoins fermement. Il n'y a rien d'incompatible.

 

Pascal Décaillet

 

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25/11/2014

Thomas Bläsi : le meilleur joker de l'UDC

 

Sur le vif - Mardi 25.11.14 - 16.30h

 

Ici même (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2014/06/06/tho...), je saluais le 6 juin 2014 en Thomas Bläsi « l’émergence d’un homme libre ». Aujourd’hui, ce pharmacien de 43 ans, député UDC, présente sa candidature à l’exécutif de la Ville. C’est un acte de courage et de clarté, à l’image de l’homme, à la fois sincère, pétri de convictions, habile, très rapide quand il le faut, toujours doux, aimable, respectueux de l’adversaire. Soyons clairs : l’UDC sort là son meilleur joker. Un profil inattendu, savoureux, complexe, cultivé. L’un des nouveaux venus les plus intéressants sur la scène politique genevoise.

 

Quand on fréquente Bläsi, on se dit qu’on doit avoir affaire à un homme de l’Entente. Il en a les tonalités. Mais le contenu est bien celui qui s’ancre dans les valeurs du premier parti de Suisse : attachement au pays, à la patrie, fidélité à la tradition, à quoi s’ajoute un humanisme qui lui est propre, je veux dire surgi de sa personne, venant de lui et de nul autre, des entrailles de son destin, la singularité de son parcours. Quand on discute avec Bläsi, on rend grâce à la création d’être ce qu’elle est, chaque individu méritant qu’on en cisèle les contours, au-delà des blocs, des idéologies, du fracas du temps.

 

Candidat, ce petit-fils de l’aide de camp de Charles de Gaulle, Gaston de Bonneval, a-t-il ses chances ? Difficile à dire : il est certain que son parti, pris tout seul, n’est pas considéré au départ, dans cette compétition-là, comme l’enfant chéri de la victoire. Mais justement, il dispose, cet homme-là, de singulières capacités à réunir bien au-delà du socle idéologique de sa formation. La puissance de l’humanisme transcende les barrières. A l’Entente, il aura des voix. Au MCG, ce sera plus difficile. En attendant, sa candidature est à suivre avec grand intérêt. Emergence d’un homme libre, oui : ça fait du bien.

 

Pascal Décaillet

 

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La démocratie directe ? Elle se porte à merveille !

 

Sur le vif - Mardi 25.11.14 - 12.53h

 

C’est le vieux principe du messager qu’on fait tuer, la nouvelle dont il est porteur n’ayant pas l’heur de plaire. Parce qu’aujourd’hui, les initiatives populaires, ce vieux droit de plus d’un siècle, vont dans un sens qui n’est pas le leur, les adversaires de ces textes mettent en cause la démocratie directe elle-même. Elle serait, nous dit-on «malade ». Synonyme « d’irrationnel, d’instabilité, de populisme ». Oui, c’est le langage méprisant de la pathologie dont n’hésite pas à user ce matin l’éditorialiste du Temps pour dénigrer un système de recours au suffrage universel qui, tout au contraire, ne s’est jamais porté aussi bien.

 

Dans les colonnes de ce journal, ce matin, on prétend non seulement que le système est malade, mais en parlant « d’irrationnel », on désigne d’un peu plus près le type d’affection dont il souffrirait : il aurait, au sens propre, perdu la raison. Cette Raison, Vernunft, si chère au Freisinn, ces valeurs des Lumières qui ont porté depuis deux siècles la démocratie suisse. Et n’appartiennent en propre ni au Temps, ni à votre serviteur, ni à aucun d’entre nous, pris isolément. On se demande juste de quel droit ce journal viendrait, tout seul, distribuer les bons points de la raison face à la folie, toiser l’aune du rationnel, qui serait acceptable, face à « l’irrationnel », qu’il s’agirait d’ostraciser.

 

Depuis 1891, l’initiative populaire constitue, parmi d’autres, l’un des organes de notre vie démocratique. Organe, au sens grec, « outil ». Elle n’est pas là pour se substituer aux travaux parlementaires, mais pour permettre au corps des citoyens de se mobiliser, puis d’appeler le suffrage universel à se prononcer sur des sujets que nos bons parlementaires auraient pu oublier, omettre, sous-estimer, mépriser. Fabuleux contre-pouvoir, que tant de voisins nous envient. Comme je l’ai récemment rappelé, les succès à répétition des initiatives sont dans notre Histoire un phénomène très récent : quand j’étais jeune journaliste, au Journal de Genève, elles n’aboutissaient jamais, jusqu’à ce dimanche de 1987 où celle de Rothenthurm, dite « pour la protection des marais », créait la surprise.

 

Aujourd’hui, les initiatives créent l’événement. Tous les trois mois, le peuple et les cantons doivent se prononcer sur au moins l’une d’entre elles, souvent plusieurs. Cela nous vaut de vastes débats nationaux, où tout le monde peut s’exprimer, et un jour le souverain décide. C’est exactement ce qui se produira dimanche : nous avons trois initiatives, on a largement pris le temps d’en parler, le suffrage décidera, et nous verrons bien. Franchement, où est le problème ? De quel droit un éditorialiste du Temps vient-il décréter, face à un rouage qui n’a jamais aussi bien fonctionné, que notre système serait « malade, irrationnel » ? J’ai beau chercher, désolé, je ne décèle ni mal, ni déraison.

 

A la vérité, ce qui déplaît à l’éditorialiste du Temps, c’est le CONTENU de ces trois initiatives. Eh bien, il est citoyen, il n’a qu’à voter non. Il votera trois fois non, je voterai trois fois oui, des millions de nos compatriotes combineront tout cela dans le sens qu’ils voudront, et le produit cartésien, mathématique, de tous ces votes constituera le verdict de dimanche. Il n’y a là ni «maladie », ni « irrationnel ». Il y a juste la mise en œuvre, parfaitement légale, constitutionnelle, de l’un des organes de notre démocratie.

 

Que mon estimé confrère combatte les trois objets du 30 novembre, c’est son droit le plus strict. Nous sommes en démocratie : chaque citoyenne, chaque citoyen a toute latitude pour exprimer son opinion. Mais qu’il dénigre, en utilisant des termes médicaux, un système qui ne s’est jamais aussi bien porté, a de quoi nous étonner. Car notre démocratie directe est en pleine forme. Il existe un droit d’initiative. Le corps des citoyens en fait usage , de plus en plus. Il n’y a là rien de sale, rien d’anormal, rien de « malsain », rien « d’irrationnel ». La démocratie directe, comme la pile Leclanché, comme la liberté d’expression, ne commencera à s’user que lorsqu’on ne s’en servira pas. Ne bradons pas un droit qui donne une vitalité à de si salutaires contre-pouvoirs, surgis d’en bas.

 

Pascal Décaillet

 

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24/11/2014

Jourdheuil, Heiner Müller : plénitude visuelle et bonheur théâtral

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Sur le vif - Lundi 24.11.14 - 12.12h

 

La scène, toute en longueur. Les deux gradins de public se font face. Sur un promontoire, des bustes d’atelier. Aux extrémités, des placards. D’où sortent des personnages, écrivains, marionnettes, pantins. « Vie de Grundling Frédéric de Prusse Sommeil rêve cri de Lessing » (oui, ça s’appelle comme ça !) est un avant tout un ravissement visuel. Le théâtre, dans toute sa dimension étymologique : non ce qui démontre, mais ce qui montre. Succession de tableaux, à la manière des collages : le scénographe et costumier, Jean-Claude Maret, évoquait hier soir, juste après la représentation, la figure de Max Ernst. Oui, Jourdheuil et ses formidables acteurs nous concoctent là un spectacle pour l’œil. Pour les sens, en général. Pour la mise en action de la rêverie. Celle du spectateur, au moins autant que celle de Lessing. Un spectacle par lequel il faut accepter de se laisser emporter. Au risque de passer à côté, par excès de prise. Volontaristes, s’abstenir.

 

La première scène ressemble à un Lehrstück de Brecht : en voyant le Roi Sergent, Frédéric Guillaume (Ahmed Belbachir), humilier son fils le futur Frédéric II (Anne Durand, somptueuse d’un bout à l’autre de la pièce), au milieu du corps rigolard de ses officiers, on se dit qu’on aura droit à une pièce didactique sur la vie du plus éclairé des souverains du dix-huitième siècle, père de la Prusse, musicien, ami des arts et des sciences. Et c’est d’ailleurs un peu cela, tout en ne l’étant pas ! Il faut vite se rendre à l’évidence : le fil de Jourdheuil (suivant en cela des indications très précises contenues dans le texte de Heiner Müller) ne sera ni chronologique, ni biographique. Il sera celui de ces images qui se succèdent,  à l’instar de ce saisissant collage visuel actionné dans la pièce par Armen Godel, scènes de batailles, extraits de films, le théâtre qui montre, vous en met plein la vue.

 

Au théâtre, je ne suis pas un volontariste, je me suis donc laissé faire. Avec tout de même, en permanence, cette question : celui, parmi les spectateurs, qui n’est pas nécessairement porté sur le dix-huitième siècle historique et littéraire de l’Allemagne, Lessing, Schiller ou Kleist, donc disons 99% du public, est-il désavantagé pour saisir l’univers de références ? La réponse, clairement, est non. La puissance de Jourdheuil, de la scénographie et du jeu des comédiens, c’est d’abolir absolument l’idée d’un théâtre qui ne s’adresserait, par jeux de miroirs, qu’aux initiés. J’ai souvent pensé, hier soir au Théâtre du Loup, à l’univers de Günter Grass, celui des grands romans mais aussi d’une pièce somptueuse (« Les Plébéiens répètent l’insurrection »), oui Grass avec ces scènes où l’Histoire, souvent la grande, tragique et noire, tutoie le loufoque, l’impromptu. La mise en scène de Jourdheuil, sur ce texte de Heiner Müller, est toujours là pour nous surprendre. Elle ne nous laisse guère de répit, ni à nos yeux, ni à notre faculté d’imagination. Elle met en action, chez les spectateurs, des trésors de mémoire et de souvenirs, de rêves et de projections : En cela, elle est, au sens propre, œuvre littéraire, elle ouvre portes et fenêtres : chez Jourdheuil, le spectateur travaille.

 

On se dit que peut-être, le « rêve de Lessing » (magistralement interprété par Armen Godel) est notre rêve à tous. La capacité à se mouvoir dans l’Histoire littéraire d’une période exceptionnelle de la littérature allemande. Ou, plus simplement, celle de se laisser emporter par une remarquable équipe d’acteurs, dont voici les noms : Frank Arnaudon, Ahmed Belbachir, Jean Aloïs Belbachir, Anne Durand, Mirjam Ellenbroek, Armen Godel, Pio Gonzato, Bernard Héritier dit Babar, Michel Kullmann, Jacques Maeder, Nalini Menamkat, Benoît Moreau. Lire aussi la pièce de Heiner Müller, publiée aux Editions de Minuit dans le même volume que Quartett, 1982. Dans la traduction d’un certain... Jean Jourdheuil.

 

Pascal Décaillet

 

*** "Vie de Grundling Frédéric de Prusse Sommeil rêve cri de Lessing", de Heiner Müller, mise en scène Jean Jourdheuil. Théâtre du Loup. Jusqu'au 30 novembre 2014.

 

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22/11/2014

MCG : la Coupe des Vices

 

Sur le vif - Samedi 22.11.14 - 17.52h

 

En politique, le pire ennemi, c’est le succès. Vous vous battez des années, vous arrachez enfin ce que vous brûliez d’obtenir, vous croyez ouvert à vos pieds un chemin de roses : vous n’aurez droit qu’aux ronces. Rien de pire pour la droite française que la Chambre bleu horizon de 1919, ou celle de juin 1968. Pour la gauche, la majorité trop belle, trop absolue de juin 1981, dans la foulée de l’élection de François Mitterrand. C’est le charme de la politique, sa grâce imprévisible : vous vous croyez au Capitole, et c’est la Roche Tarpéienne qui vous attend.

 

Ce qui est valable en France l’est aussi à Genève pour le MCG. Au moment même où, par une annonce hier de Mauro Poggia, ce parti triomphe sur le principe de préférence cantonale, auquel une majorité aujourd’hui se rallie, à commencer par ceux qui le conspuaient il y a quelques années, en ce moment de victoire dans la bataille des idées, le Mouvement se trouve perclus de désaccords internes néfastes à son unité, dangereux pour sa cohésion.

 

La marque de fabrique du MCG, c’est son ouverture sociale. Notamment sa défense de la fonction publique. Afficher publiquement des signes d’hésitation, voire de désaveu de ce principe social, parce que les sirènes de l’argent facile vous seraient montées à la tête, vous entraînant dans le mirage de la fête continue, c’est risquer la dérive du Mouvement vers d’illisibles rivages, toujours nocifs en politique. Surtout pour un parti qui prétend parler clair, s’adresser en termes simples au plus grand nombre, défendre le citoyen contre la caste.

 

Conscient de ce danger, le président du parti, Roger Golay, a eu raison de mettre les pendules à l’heure. Quitte à s’attirer des grincements internes, il a rappelé la légitimité du principe de grève, sa légalité aussi. Il n’a pas cautionné une seconde les barthassades sécuritaires. Il s’est comporté en défenseur de la fonction publique, pour une fois pas seulement la police, mais tous les serviteurs de l’Etat, à commencer par les plus modestes. Il a plu à certains, déplu à d’autres (y compris dans son propre camp, où monte la tentation ploutocratique). Il a choisi. Il a délivré un message clair, lisible. Vous en penserez ce que vous en voudrez, mais moi j’appelle cela du courage. D’autant que certains, chez les siens, ne se sont pas privés de lui faire la leçon. Il y a des fois, quand on est chef, où il faut savoir accepter les secousses.

 

Reste que le MCG aurait intérêt à clarifier sa position face aux puissances – si séduisantes, envoûtantes – de l’Argent. En sachant se montrer ferme vis-à-vis de l’incroyable attaque lancée depuis le début de la législature, par des rangs principalement PLR (mais avec aussi, au MCG, des ennemis de l’intérieur) contre les services publics, les employés de l’Etat, si ce n’est les locataires, et pourquoi pas un jour les patients. L’immense capacité de séduction, et de ralliement, de ce nouveau parti a été jusqu’à maintenant de rouler à la fois du côté des colères populaires et de la justice sociale. S’il devait casser cette dualité pour ne devenir que la soubrette des libéraux, alors autant arrêter tout de suite. Et laisser les ancestralités patriciennes reprendre pignon sur rue, avec leurs gens et leurs valets. Pour tenir ce dernier rôle, qui n’est certes pas rien chez Beaumarchais ou Marivaux, les aspirants se pressent au portillon. Avec leurs âmes rampantes, vendues au plus offrant.

 

Pascal Décaillet

 

 

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21/11/2014

La Confrérie des Evanescents

 

Sur le vif - Vendredi 21.11.14 - 17.05h

 

Un conseiller d’Etat chargé des transports qui parle trop, dit tout et n’importe quoi, oublie de réfléchir avant de s’exprimer. Un ministre de la police qui se tait. Un président qui rase les murs. Diaphane collégiale ! Dont le chœur serait aphone, la vocation muette. A l’instar de ces carrés de prière, aux heures pâles des matines, en pulsionnelle attente d’apparition. Oui, le gouvernement a donné cette semaine l’impression d’un couvent de l’armée morte, en deuil de son propre épuisement. Comme si, au cinquième seulement d’un mandat qui apparaît comme interminable, il avait déjà atteint l’extrémité de son souffle, le Finistère de ses capacités.

 

Pour en être déjà là, à ce degré d’épuisement dans l’ordre de la cohérence et de la lisibilité, c’est tout de même un peu tôt dans la législature. Dans l’affaire des TPG, la communication a été catastrophique. Le ministre des transports évoque mardi soir, dans la veillée d’armées de la grève, une présence de la police sur laquelle il n’a manifestement aucune garantie de son collègue chargé de la sécurité. Donc, soit il s’est avancé seul, sans couverture, a tenté le bluff, a tout raté. Soit, on lui avait donné un semi-feu vert, et on l’a laissé tomber, ce qui en dit long sur l’estime qu’on lui porte du côté des deux ministres radicaux.

 

Il est vrai que chez ces gens-là, extatiques du conciliabule, on n’aime pas trop les collègues trop bavards. On est excédé par son sens de la fête, avec lui c’est tous les jours la Saint-Martin, le cochon qu’on étripe, la joie de vivre, l’omniprésence sur les réseaux virtuels. De quoi rendre cinglés le Grand Horloger de la machine d’Etat, et l’éternel jouvenceau surdoué qui ne se calmera que lorsqu’ il sera commissaire européen. Autant l’autre PDC, qui fut six fois Maire et maintes fois père, est immédiatement, dès le premier jour, entré dans la tonalité qu’on attendait de lui, autant le vociférant motard déroute. Il est vrai que cette semaine, en matière de perte de contrôle et de sortie de piste, il a fait fort.

 

L’une des fonctions magnifiquement perverses d’un conflit social est de servir de révélateur (oui, comme en médecine) des dysfonctionnements du pouvoir en place. En l’espèce, elle fut accomplie au-delà de toute espérance. Rarement gouvernement n’aura aussi mal réagi à une grève dont tout le monde admettra qu’elle était, somme toute, plutôt bénigne. Tout le monde, à part le PLR, dont la belle jeunesse aurait intérêt, avant de dire et d’écrire n’importe quoi, à se renseigner un peu sur le tragique dans l’Histoire. Car enfin, ces jeunes encravatés qui voudraient déjà tant ressembler à leurs aînés, entrer dans la carrière, que savent-ils du travail et de sa souffrance, des rythmes et des cadences, de l’organisme qui vieillit dans un corps d’homme ou de femme, encore et toujours sollicité pour demeurer à l’ouvrage ?

 

En résumé, on nous promet la police, mais elle ne vient pas, Dieu merci d’ailleurs. On nous promet le service minimum dès 06.30h, mais il n’y en aura aucun. L’orage passé, on cherche lâchement des coupables, en laissant entendre que l’échelon de responsabilité ne serait pas celui du gouvernement, mais celui de la présidente de la régie. Déjà, cette dame semble pouvoir faire ses valises. Déjà sans doute, lui a-t-on désigné un remplaçant. Un homme du sérail. Un fidèle. Un qui ne fera pas d’histoires. Il y en a, comme cela, deux ou trois, dans les carnotzets de la Confrérie, parfaitement interchangeables, d’une régie l’autre, pour parodier Céline. Nous ne sommes certes pas encore à Sigmaringen. Mais l’exil intérieur, déjà, habite le royaume. Et il nous reste quatre ans avec cette équipe-là. Putain c’est long, quatre ans. Comme un chemin de pénitence dans la friche du couvent.

 

Pascal Décaillet

 

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19/11/2014

Grève TPG : le PLR perd les pédales

 

Sur le vif - Mercredi 19.11.14 - 16.20h

 

Coïncidence : le jour même où nombre de Genevois enfourchent leur vélo, le PLR s’emploie à perdre les pédales. Dans l’affaire de la grève des TPG, on peut lire, çà et là, sous les plumes érectiles de certains membres de ce parti, des propos dont les intonations rappellent allègrement les très riches heures de MM Cavaignac ou Thiers, orfèvres dans l’art de la répression. De la présidence du parti, dont les accents soudainement virils abreuvent nos sillons, jusqu’à de jouvencelles voix, tout occupées à plaire à leurs conseillers d’Etat, ah plaire à François, plaire à Pierre, plaire à « Monsieur Longchamp », comme l’appelait naguère Béatrice Fuchs, dans la phase antérieure à celle de sa révolte, disons sa période rose.

 

On pensait que le propos premier de cette belle journée ensoleillée serait la chronique d’une grève. On entendait déjà les accents de l’Internationale génialement revisitée par Stéphane Grappelli (Milou en Mai) ravir nos mémoires. Las ! Nous n’eûmes le spectacle politique que de l’obédience de l’Entente, principalement PLR, devant le quatuor majoritaire qui la représente au Conseil d’Etat. Hier soir, le ministre des transports annonce tambours battants à « Genève à chaud » l’intervention de la police, tout en assurant le service minimum dès 06.30h. Résultat : ni police (nul ne s’en plaindra), ni service minimum, puisque ce fut au final le service zéro, tout étant bloqué.

 

On se dit, dans tels cas, que la parole ministérielle mériterait d’être sept fois retournée, ainsi qu’il en va dans l’adage biblique. Au reste, le collègue ministre de la police était-il au diapason ? Et quand bien même il le fût, la police, dont on connaît à Genève la tendance prétorienne, aurait pu se refuser à intervenir contre des collègues de la fonction publique. Le beau gouvernement que voilà : un ministre qui dit ses transports tout haut, à qui manque une confidente racinienne, une sorte de Céphise, à l’aube des nuits cruelles. Un autre, chargé de la police, qui a l’habileté de se taire. Un président qui s’enrobe de silence et d’absence. Ça n’est plus un collège, c’est la confrérie de l’évanescence.

 

Reste que le peuple genevois, par deux fois, a voté une baisse de tarifs. Que pour se venger, le Conseil d’Etat a voulu punir les usagers et les TPG par des baisses de prestations, des suppressions de postes et des licenciements. Que cette manière de faire, mesquine, suinte l’arrogance et surtout la défensive. Que la grève est dûment prévue dans notre ordre légal, et n’a strictement rien « d’anti-démocratique ». Enfin, que les petits valets et les petits laquais de leurs ministres gagneraient à s’affranchir, se durcir le cuir, se mesurer par l’opposition plutôt que par la servilité à leurs maîtres. Tout le reste n’est que catalogues de prestations ou nouvelles lignes de trams, sujets assurément captivants, mais que vous trouverez en d’autres chroniques, sous d’autres plumes, érectiles ou non.

 

Pascal Décaillet

 

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16/11/2014

Les gros jaloux face au succès des initiatives

 

Sur le vif - Dimanche 16.11.14 - 17.16h

 

La mode, dans les cercles, est de conspuer les initiatives. Il y en aurait trop, elles fuseraient dans tous les sens. Il s’agirait impérieusement de les limiter. En restreindre le droit de dépôt. Contrôler et censurer sévèrement leur contenu. Les invalider sans hésitation, dès qu’elles viendraient à contrevenir à cette théologie externe à notre périmètre citoyen, à laquelle on donne le nom de « droit supérieur ». Voilà ce que veulent nous concocter une foule de beaux esprits, parlementaires fédéraux, juristes, juges de touche du convenable, éditorialistes de la SSR (ah, Roger, plaire à Roger !), de Tamedia ou de Ringier (ah, plaire à Jacques, ou Frank A, ou Michael). Bref, tous ceux que froisse cette éruptive vitalité démocratique surgie d’en bas. Parce qu’elle les surprend, les devance, les irrite, les exaspère. Il est vrai qu’il est vexant d’avoir un adversaire ayant toujours un coup d’avance. Alors, si on pouvait le disqualifier, le sortir du jeu, vous pensez, quelle aubaine !

 

Du coup, ils n’ont plus qu’un but : se débarrasser de cet insupportable poil à gratter qui chatouille et dilate la parfaite géométrie des lois qu’entre eux, ils nous concoctent. Faire passer pour sale, déplacé, hors sujet, les initiatives et les référendums. Il y en a même qui poussent le culot jusqu’à proclamer que la démocratie directe « nuit aux institutions », alors qu’elle en fait intrinsèquement partie, dûment prévue dans notre ordre constitutionnel. Bref, désorientés par le nombre des initiatives, leur succès grandissant (ce qui est très nouveau, récent, et pourrait prendre encore de l’ampleur), ils ne savent plus quoi inventer pour se débarrasser du monstre. Si ce n’est, justement, le traiter en monstre ! Le dénigrer. Le rabaisser. Le ravaler à l’ordre de « l’émotionnel », comme si leurs débats à eux étaient gouvernés par la parfaite algèbre de la raison.

 

La vérité, c’est que la démocratie directe gagne du terrain en Suisse. Entre 1949 (initiative sur le retour à la démocratie directe, justement) et 1987 (initiative dite de Rothenthurm, sur la protection des marais), seul un texte était passé, celui accepté en 1982 visant à « empêcher des abus dans la formation des prix ». Aucune initiative agréée par le peuple et les cantons en plus de trente ans. Et une seule en trente-huit ans ! A l’époque, elles venaient souvent de la gauche, les initiatives, et jamais on n’entendait cette dernière se plaindre de leur foisonnement. Aujourd’hui, soyons clairs, c’est le succès grandissant de textes déposés par l’UDC qui rend fou de rage le reste de la classe politique. Ils en ont le droit, mais au moins qu’ils nous avancent les vraies raisons de leur colère, plutôt que venir nous débiter leurs grandes leçons sur la conformité du droit supérieur. Ils ne font plus de la politique, ils nous font de la morale : la morale des perdants.

 

Les initiatives populaires fédérales nous permettent, depuis 1891 (une année-clef de la Suisse moderne, celle de la fin de la totalité radicale au Conseil fédéral, avec l’entrée du premier catholique conservateur, le Lucernois Joseph Zemp), de faire surgir au plan national un thème politique ignoré, ou laissé pour compte, ou sous-estimé par les élus. Double vertu : d’abord, les initiatives privilégient les thèmes sur les personnes ; ensuite, elles ont pour théâtre d’opérations le pays tout entier, jouant en cela un rôle majeur dans la conscience politique nationale.

 

Oui, les initiatives, nous arrachant régulièrement à nos seules préoccupations cantonales, nous hissent vers l’horizon confédéral, puisque c’est là qu’elles se jouent. Acceptation du moratoire nucléaire en 1990, de l’initiative des Alpes en 1994, de l’adhésion à l’ONU en 2002, de la lex Weber en 2012, du texte de Thomas Minder sur les rémunérations abusives en 2013, du renvoi des criminels étrangers en 2010, de l’initiative contre l’immigration de masse le 9 février 2014. Liste non exhaustive. Que de thèmes que nous n’eussions jamais empoignés si ce droit fondamental n’existait pas !

 

Les initiatives populaires fédérales, depuis 123 ans, privilégient les thèmes et les combats d’idées (peut-être, pour cela, font-elles peur à ceux qui préfèrent la mise en valeur des personnes, avec des visages, si possible le leur, sur des affiches ?). En plus, elles élargissent notre champ d’attente politique, permettant à plus de quatre millions de citoyennes et citoyens de se prononcer plusieurs fois par an sur des sujets d’envergure nationale. Donc, de vivre entre Suisses (et non seulement entre Genevois, Valaisans, Vaudois, Zurichois) notre citoyenneté active. Fantastique vertu, qui doit nous amener à rejeter sans appel les gesticulations des cercles, corps intermédiaires et beaux esprits visant à les brider, les opprimer, en réduire le champ d’action. Voilà les vrais enjeux, il fallait une fois le dire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/11/2014

Eloge de la nostalgie

 

Samedi 15.11.14 - 16.05h

 

Bien sûr que je suis nostalgique. De tout, de rien. Trois rimes de Ferré ou de Verlaine, un violon chez Mendelssohn, n’importe quel roman de Thomas Mann, la moindre ligne de Kafka. Le passé ? Oui, bien sûr. Nous vivons tous avec les morts.

 

Il serait tout de même étonnant qu’à cinquante-six ans, l’empreinte du temps n’ait produit sur moi nul sentiment qui pourrait s’apparenter à une forme de regret ou de mélancolie. Nulle tristesse d’ailleurs, juste la puissance impétueuse du souvenir.

 

La nostalgie n’est pas la tristesse, loin de là. Elle est une intensité de vivre aujourd’hui, mais en maintenant avec le passé un lien indéfectible. Non qu’il fût meilleur. Mais il est le nôtre, simplement. Notre trace à chacun. Nos cicatrices, notre sillon.

 

La nostalgie n’idéalise pas le passé. Par exemple, je suis habité par les années soixante, celles de mon enfance, mon premier voyage au Proche-Orient, un autre au Cap Nord, mon école primaire, avec les affluents de la Loire, ceux de la Seine et ceux de la Garonne. Les années de Gaulle, que je n’oublierai jamais. Mais ces mêmes années, je le sais, étaient traversées de zones d’ombre, pas question de les nier.

 

La nostalgie n’idéalise pas. Simplement, elle revit. Elle laisse, doucement, remonter à la surface. Elle ne force rien, n’est pas volontariste, n’a pas à l’être. Elle laisse venir l’alluvion, prendre l’infusion. Elle est état d’âme, plutôt que mode d’action.

 

Je suis nostalgique de mes parents et de mon enfance, des premiers émois, de ce jour exact de 1971, dans notre chalet valaisan, où j’ai ouvert et lu d’une traite le Grand Meaulnes, des Allemagnes de mon adolescence, de l’encens, du foin juste coupé, de mille sentiers en montagne.

 

La nostalgie ne proclame nulle supériorité du passé, elle dit juste : « Je suis vivant, encore assez riche de mémoire pour porter la trace ». Juste cela.

 

La nostalgie, dans mon cas, n’est pas venue avec l’âge. Enfant, j’étais déjà nostalgique. Il doit y avoir des êtres plus portés que d’autres. Enfant, je haïssais la mode et la modernité. Des adultes, j’attendais avec impatience la verticalité d’une transmission. Nombre d’entre eux, par chance, ont répondu avec un rare talent à cette attente. Le Père Collomb, dont j’ai souvent parlé, aumônier du primaire. René Ledrappier, éblouissant professeur. Plus tard, le Père Pascal. Et au milieu d’entre eux, entre 1971 et 1973, un germaniste d’exception nommé Rolf Kühn. Il a confirmé, aiguisé, orienté mon aspiration déjà solidement établie pour la langue et la culture allemandes. Je ne l’oublierai jamais. Pas plus que Bernhard Böschenstein, plus tard.

 

A ceux d’entre vous qui seraient portés sur la nostalgie, je dis « laissez-vous faire, ne craignez rien, laissez venir ». Elle ne viendra pas vous envahir comme une lave incandescente. Elle ne vous est pas externe : elle vient de vous, incarne votre trace, porte vos épreuves, vos combats, vos cicatrices, la puissance de votre solitude.

 

Rien de triste. Rien de grave. Enfin, pas plus que ce jeu de vie et de mort, de pesanteur et de grâce, de précision de midi et d’opacité crépusculaire qui nous font office de décor. Pour ma part, j’aime ça. Aimer la nostalgie, n’est-ce pas juste aimer la vie ? La vie qui va.

 

Pascal Décaillet

 

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14/11/2014

Forfaits : voter oui n'est pas un crime

 

Sur le vif - Vendredi 14.11.14 - 11.00h

 

Le 30 novembre prochain, le peuple et les cantons se prononceront sur une initiative visant à abolir l’imposition d’après la dépense, communément appelée « forfaits fiscaux ». Cette initiative a franchi tous les caps pour passer devant le peuple. Elle suscite un débat très intéressant en Suisse sur la fiscalité, qui doit bel et bien être l’affaire de tous, déterminée par le plus grand nombre. A partir de là, chacun se prononcera, le souverain tranchera. Et nous respecterons sa décision. J’ai moi-même beaucoup apprécié le ton et l’intelligence des deux participantes de mon débat à « Genève à chaud », Magali Orsini (La Gauche) et Alia Chaker Mangeat (PDC). La première, pour l’abolition des forfaits. La seconde, contre.

 

Chacun se déterminera, et il faut garder son calme. Il s’agit juste d’une initiative populaire, démarche dûment codifiée dans notre ordre constitutionnel, il y a des pour, il y des contre, il y a débat, et à la fin on décide. Le 30 novembre, nous votons, et croyez-moi, le lendemain, lundi 1er décembre, la Suisse continuera d’exister, la terre de tourner, et le soleil de nous gratifier parfois, à travers les brumes de l’arrière automne, de sa présence. En cas de oui, sans doute quelques forfaitaires quitteront-ils notre pays, d’autres resteront, estimant que la Suisse prodigue peut-être d’autres attraits que ses arrangements fiscaux. Par exemple, la majesté de son paysage. Par exemple, la qualité de son lien social. Par exemple, le sentiment de sécurité qu’on y éprouve.

 

Il faut donc arrêter de nous prévoir la fin du monde. Oui, je le dis ici, l’appel à l’Apocalypse des opposants à l’initiative, avec ses figures d’exode et de saignée, devient tellement caricatural qu’il doit bien être en train de faire monter le oui. Et puis, il y a pire : l’arrogance dans le discours de certains opposants. Il faut voir comme on nous parle, à nous les quatre millions de citoyennes et citoyens constituant le corps électoral du 30 novembre : comme à des enfants ! Ils auraient, eux, les opposants, tout compris des mécanismes de la fiscalité, il faudrait les croire sur parole, et les partisans de l’initiative seraient infantiles, irresponsables, dénués de toute culture financière ou économique.

 

A la vérité, de qui se moque-t-on ? Si cette initiative existe, si elle a été conçue, puis signée par plus de cent mille personnes, il faut croire qu’existe dans la population une profonde aspiration à rétablir la justice fiscale par rapport à des gens, déjà largement favorisés par la fortune, qui ne sont pas tenus aux mêmes règles face à l’impôt. Cette aspiration à rétablir l’équilibre est une posture citoyenne qui mérite totalement le respect. Ensuite, on partage ou non les conclusions qu’ils nous proposent. Mais de quel droit leur faire la leçon, et avec quelle morgue, comme s’ils étaient rétifs au moindre entendement ?

 

Une initiative s’adresse au corps des citoyennes et des citoyens de ce pays. Elle n’appartient à personne, pas même à ceux qui l’ont lancée. Dans ce combat, méfions-nous des doctes et des docteurs, des grands savants moqueurs, des magiciens du chiffre. Les mêmes, ces deux dernières décennies, dans l’irrationnelle pulsion de la course au rendement et à la spéculation, jusqu’à l’effondrement de la bulle et au-delà, pour certains, de cet éclat, sont vraiment les derniers au monde à pouvoir, dans la vie citoyenne, venir nous faire la leçon.

 

A cet égard, voter oui s'avère une option citoyenne parfaitement défendable. Au nom d'une conception politique. Ceux qui en auraient la tentation n'ont nullement à se laisser impressionner par les leçons et les démonstrations de nos grands sorciers de l'équation financière. On a pu jauger, ces dernières années, leur lucidité et leur efficacité. Un peu plus de respect de l'adversaire, un peu plus de tenue dans le débat citoyen, un peu de retenue dans les grands jonglages chiffrés, ne leur feraient pas de mal. Ils ne sont pas les professeurs, nous ne sommes pas les élèves. Ils ne sont pas les parents, nous ne sommes pas les enfants. Nous sommes citoyennes et citoyens, mûrs et vaccinés, et n'aimons les grands magiciens que sur les scènes ou dans les cirques.

 

Pascal Décaillet

 

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13/11/2014

Non, notre démocratie n'est pas une armoire à mythes

La campagne autour de l’initiative Ecopop, sur laquelle le peuple et les cantons se prononceront le 30 novembre, représente une double bataille dans le champ politique suisse. Elle est bien sûr la campagne sur le texte lui-même. Mais elle est aussi, de manière plus large, une passe d'armes de plus dans la guerre féroce qui se mène depuis quelques années autour de l’existence même de notre démocratie directe. Un fleuron que tant de nos voisins nous envient, mais que d’aucuns, de l’intérieur de notre pays, voudraient voir revisité à la baisse. Pour la simple raison que les initiatives, de plus en plus nombreuses, de plus en plus gagnantes (par rapport à l’époque lointaine où j’ai commencé à observer la politique suisse), les exaspèrent.

 

Face à ce succès grandissant, face à la place que prend la démocratie directe dans l’univers sémantique de notre vie citoyenne, au détriment des petits jeux de miroirs de la vie parlementaire (si souvent discréditée par les élus eux-mêmes, occupés à vivre entre eux, se tutoyer sur les réseaux sociaux, préférer la défense de leur caste à celle des citoyens, larmoyer entre eux face au « populisme » montant de la masse, nécessairement inculte, infantile, et manipulée à leurs yeux), les voix et les plumes se multiplient pour exiger un rétrécissement du champ de la démocratie directe. Pour y parvenir, ils la discréditent.

 

Dans ce travail de dénigrement, ils se permettent tous les coups. La démocratie directe suisse ne serait par exemple qu’une « mythocratie ». Étymologiquement, un pouvoir laissé aux récits, ce qui ne serait pas sans charme. En fait, un pouvoir aux mythes, dans le sens péjoratif du terme, on l’a bien compris. L’affirmer n’est rien moins qu’un mensonge. Juste une tentative, ridiculement lisible, de faire passer les partisans de la démocratie directe pour des arriérés du folklore, des ennemis de la Sagesse, de la Lumière, de l’idéale Géométrie, de la Raison. Comme si ces derniers concepts – assurément respectables – n’étaient eux aussi porteurs de leur part de mythe et d’idéalisation. Avec certains de ces joyeux Ventilateurs de Suisse romande, on a toujours l’impression de s’enfoncer dans l’épaisse forêt d’initiation qui, comme dans la Flûte enchantée, nous conduirait à la Lumière. Ou à l'Europe. Ou à la supranationale Communion des Saints.

 

Beau récit, j’en conviens. Mais justement un récit, un « muthos » parmi d’autres, mythe au milieu des mythes, contre-religion au 18ème siècle, dans les décennies précédant la Révolution française, combat que je respecte mais qui n’a rien de moins mythique qu’un autre. Ça n’est pas la Raison (Vernunft) contre le Mythe. Mais le mythe de la raison contre d’autres mythes, celui de l’appartenance, celui de la « Gemeinschaft », celui de l’émotion commune, etc. En ramenant la démocratie directe à une mythologie de l’émotion, on nous produit un pur et simple mensonge. On le fait sciemment, à seules fins de dénigrer une voie populaire dont le succès grandissant commence à inquiéter.

 

Une initiative, en Suisse, n’a rien de mythique. En tout cas, rien de plus qu’un débat parlementaire. Elle est un juste un outil (organon), parmi d’autres, de notre vie démocratique. Elle est, depuis plus d’un siècle, parfaitement prévue dans notre ordre constitutionnel. Elle n’a rien d’exceptionnel, ni en bien ni en mal. Elle n’a rien d’impropre, rien de sale. Elle est juste une volonté de changer un article de la Constitution fédérale, avalisée par au moins cent mille signatures, avant de l’être (ou non) par une majorité du peuple et des cantons. Exactement comme un débat parlementaire. Sauf que le corps électoral est de quatre millions de personnes, au lieu d’une centaine, ou deux cents. Ou de quarante-six. La seule chose qui change, c’est l’ampleur du débat, la caisse de résonance, la dimension nationale de l’explication citoyenne. Rien de mythique, juste un organe. Parmi d’autres. Il n’a jamais été question, jusqu’à nouvel ordre, de donner congé à nos Parlements cantonaux, ni à l’Assemblée fédérale.

 

J’invite donc mes concitoyennes et concitoyens, et tous ceux qui me font l’amitié de me lire, à ne pas se laisser faire par cette immense entreprise de dénigrement de notre démocratie directe suisse. A ces gens-là, ceux qui conspuent et ceux qui ventilent, il faut réserver la petite surprise de répondre non par le langage des mythes, mais par celui de la Raison triomphante, avec ces syllogismes articulés qu’ils adulent, dans l’éblouissement de ce qu’ils appellent Lumière. Pour mieux camoufler les petites parts d’obscurité de leurs intérêts corporatistes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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