05/02/2017

Les sujets "de société" et le déclin de la presse romande

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Sur le vif - Dimanche 05.02.17 - 18.29h
 
 
Dans mon édito d'hier sur la presse romande, "ce qui la tue", j'ai dit un mot de l'importance délirante prise, depuis des décennies, par les sujets "société". J'ai dit aussi le rôle joué par l'idéologie de Mai 68 dans cette tendance. Nous sommes là dans un thème très important pour moi, fondateur de tant de mes combats.
 
 
Mon problème avec Mai 68 n'a jamais été de type "droite-gauche" : à bien des égards, sur le rapport à l'Etat, à la nation, à la sécurité sociale, à la santé publique, à la solidarité et la cohésion nationales, je suis sans doute plus à gauche que bien des soixante-huitards. Combien d'entre eux, d'ailleurs, libertaires pour lancer le pavé, ne sont-ils pas devenus libéraux, voire ultra, la quarantaine surgie, qui coïncidait avec les années de Veau d'Or, et d'argent facile ? Pendant ce temps, très seul dans la presse romande, je combattais la dérive spéculative et financière, rappelais la philosophie de Léon XIII, d'Emmanuel Mounier et de la Revue Esprit, insistais pour que l'économie demeurât au service de l'humain, de son épanouissement, non le contraire.
 
 
Non. Mon problème avec Mai 68 est qu'ils n'ont cessé de mettre en avant, non des sujets politiques, mais des sujets "de société". Or, ces sujets-là ne n'intéressent pas. Ils ne m'ont jamais intéressé. Prenez mes textes, je ne m'exprime pas sur eux. Je suis plutôt un homme passionné par l'Histoire, ou plutôt chaque Histoire spécifique à chaque nation, principalement la France, l'Allemagne, la Suisse, les Balkans, mais d'autres aussi. J'ai lu des milliers de biographies historiques, beaucoup plus que de romans. C'est ainsi.
 
 
Et puis, j'aime la langue. La poésie. La musique, plus que tout. Et puis, observer la nature.
 
Mais je n'ai aucun avis particulier sur les questions "de société" qui agitent tant l'espace public depuis Mai 68, et la presse romande depuis les années 80, et surtout les années 90, où ces sujets ont explosé dans les médias. Apparition des "pages société", puis de "cahiers société", et même de "magazines société". Cette presse-là ne m'intéresse pas. Elle n'est pas ma tradition personnelle.
 
 
Je ne nie en aucune manière à cette presse le droit d'exister. Mais je dis qu'elle a pris trop de place, que les sujets "magazine", dans les années cossues des rédactions (qui sont bien finies !), relevant du luxe et non de la nécessité, ont pris un tel empire que certains en ont oublié les fondamentaux du journalisme : traiter l'actualité au jour le jour, avec la rigueur d'un métronome et l'ascèse infatigable, interroger le politique avec une distance critique, décrypter sans concession les mécanismes du pouvoir, proposer sans relâche une mise en contexte historique, une lecture diachronique, analyser plutôt que moraliser. Informer plutôt que distraire.
 
 
Sur cette inflation des questions de société dans la presse, j'aurai l'occasion de revenir. Nous sommes là dans l'une des causes du déclin de nos journaux, en Suisse romande. On ne peut tout de même pas tout mettre sur la férocité des méchants éditeurs, de Berlin ou d'ailleurs.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 
 

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La poire, le rot, le fromage

 

Sur le vif - Dimanche 05.02.17 - 14.44h

 

C'est une lourde erreur de considérer les humoristes, les caricaturistes, comme étant a priori des figures de contre-pouvoir. En Suisse romande, ils sont tout le contraire. L'immense majorité d'entre eux ne font qu'adopter la POSTURE de la rébellion, la sale tronche du bouffon, pour en fait s'insérer parfaitement dans le monde des puissants. Qui les paye, comme fous du roi. Tant qu'on amuse la Cour, on éloignera les révoltes. Les voilà donc majors de table, nos braves "humoristes", mercenaires de galas, amuseurs de galeries, entre le rot, la poire et le fromage.

 

Deux dessinateurs de presse, absolument géniaux, Mix et Burki, nous ont quittés juste avant Noël. Je ne suis pas sûr que leurs survivants aient le même génie de la dérision. La même application à tous du trait d'humour. Car enfin, nos "humoristes", aujourd'hui, à toujours attaquer dans la même direction, apparaissent plutôt comme les Croisés d'une cause. Au service de la morale. Des militants, en somme.

 

Janissaires de cocktails, ils font exploser de rire les rombières, dérident la charité du bourgeois, titillent puissants, décideurs et possédants. Lesquels, calcinés par l'alibi, se montrent bien peu regardants sur les syllabes avalées, le phrasé beaucoup trop rapide, le calcul d'un rire toutes les dix-sept secondes, caisse enregistreuse à l'appui, cette importation new-yorkaise qui suinte le profit, plutôt que l'exercice d'une quelconque dérision réelle.

 

Bref, nos humoristes, je les aime bien. A un détail près, sans importance : la plupart d'entre eux ne me font simplement pas rire.

 

Pascal Décaillet

 

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04/02/2017

Ce qui tue la presse romande

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Sur le vif - Samedi 04.02.17 - 17.11h

 

Ce qui tue la presse romande, ce ne sont pas les méchants éditeurs, de Berlin ou d’ailleurs, qui ne veulent plus l’imprimer. Enfin si, ce sont aussi ces gens, mais pas seulement.

 

Ce qui tue la presse romande, depuis plus de vingt ans, c’est le conformisme des journalistes. Pas tous, loin de là. Mais beaucoup d’entre eux.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est son uniformité, son unanimisme, ses saintes voix de saintes chapelles, le culte du Bien, l’analyse politique captive du prisme de la morale, une crasse, profonde, mortifère méconnaissance de l’Histoire, remplacée au mieux par la sociologie, la plupart du temps par rien du tout.

 

Ce qui tue la presse romande, et j’aborde là un sujet tabou qui me tarabuste depuis plus de trente ans, c’est l’importance démesurée qu’ont pris, dans les rédactions, les sujets « de société » par rapport à l’analyse historique et politique. Nous sommes là dans l’un des effets les plus dévastateurs de Mai 68. Je suis un fou de presse, un fou d’archives, je passe des centaines d’heures à dévorer de vieux journaux, j’en avais lu des milliers pour ma Série de 1994 sur l’Affaire Dreyfus : je peux vous le dire, il y a cinquante ans encore, quasiment pas de sujets de « société ». Aujourd’hui, majoritaires, ils écrasent tout.

 

Lorsque le Journal de Genève (où j’ai accompli mes premières années) s’est fondu post mortem, en 1998, avec le Nouveau Quotidien, pour devenir le Temps, c’étaient comme les eaux turquoise de l’Arve, à la Jonction, et bleues du Rhône, ne se mélangeant pas. Le premier, c’étaient 172 ans d’analyse et de prises de position politiques ; le second, c’étaient sept ans de suprématie « société ». Impossible fusion.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est la matrice HEI, dont sont sortis tant de ses beaux esprits. La fabrique idéologique, à quelques centaines de mètres de l’ONU, et quelques dizaines de l’OMC, de générations de journalistes qui allaient défendre, le doigt sur la couture du pantalon, le multilatéralisme, l’OTAN, la mondialisation, l’Union européenne, bref tout ce qui ressemble à des conglomérats tueurs de nations, de souverainetés, de sentiments d’appartenance. Et en anglais, s’il vous plaît !

 

Ce qui a largement contribué à tuer la presse romande, c’est son comportement au moment des guerres balkaniques, entre 1990 et 2000. Ignorance historique crasse, parti-pris systématiquement anti-serbe, pro-croate, pro-bosniaque, pro-kosovar, pro-albanais. Diabolisation de tout un peuple. Refus de voir les réalités : retour en force de l’influence allemande, juste après la chute du Mur, rôle des services secrets allemands dans les événements du Kosovo, affaiblissement, voulu par Washington, du monde slave cyrillique, l’axe Moscou-Belgrade, instauration d’une « justice internationale » à la botte des Etats-Unis. Cécité de ces braves gens, sortis d’HEI, face à ces phénomènes que j’ai, pour ma part, étudiés de près, m’étant rendu sur le terrain, m’étant abreuvé à d’autres sources. Il faut voir comment, dans ces années 1990, dans les rédactions, on traitait ceux qui, sur la question balkanique, osaient une autre voix.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est la peur des pairs, la peur du débriefing. La sainte horreur face à l’idée qu’on pourrait déplaire au chef, et plus encore aux chefaillons. Surtout, ne pas déteindre. Rester dans la ligne. Le pire de tout : au nom de cette peur du moindre engagement, s’abriter derrière une prétendue « neutralité ». Comme si la parole, le verbe, la syntaxe, l’angle du regard pouvaient être neutres ! Tout acte journalistique, à commencer par la prétendue neutralité de quelques eunuques-troncs, est, par la nature même de la parole, un acte engagé. Alors, de grâce, assumons : de gauche, de droite, du centre, tout cela m’est parfaitement égal, mais ayons l’élémentaire courage de décliner le point de vue duquel on parle.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est son retard à relever les défis de la technique. Son mépris des formes nouvelles d’expression, comme les réseaux sociaux. Son mythe du papier. Son attachement au temps des immenses rotatives, si coûteuses. Sa permanence dans le modèle des bonnes vieilles rédactions, avec de bons vieux chefs, de bons vieux horaires, de bons vieux bureaux, la bonne vieille cafétéria. Comme si tout cela, hérité de l’ère industrielle, n’avait pas déjà éclaté !

 

La presse romande survivra-t-elle ? Je n’en sais rien. Ce qui doit vivre, en chacun de nous, chaque citoyenne, chaque citoyen de ce bout de pays, et pas seulement les journalistes, c’est l’angle du regard. La fraîcheur de l’approche. L’audace du verbe, écrit ou prononcé. On ne nous a pas donné des micros, ni des claviers, ni même encore des feuilles si vous y tenez, pour que n’y laissions que le vide de nos peurs. Mais pour que chacun d’entre nous, s’il le souhaite, s’engage, nous étonne, nous informe de ce que nous ignorions, nous cultive, nous exaspère, nous dérange, nous éblouisse, et parfois aussi nous émerveille. A tous, excellente soirée.

 

Pascal Décaillet

 

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03/02/2017

La conversion de Constantin

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Sur le vif - Vendredi 03.02.17 - 19.00h

 

Le métier de directeur de prison n'est pas nécessairement, à première vue, le plus drôle qui soit. Je n'ai, de ma vie, jamais mis les pied dans une prison, si ce n'est, en 1983, pour rendre visite à un ami, objecteur. Alors que j'étais moi-même sous les drapeaux, pour payer mes galons !

 

C'est un monde que je ne connais pas. Tout au plus ai-je toujours, dans le vaste atelier de mes désirs, le projet de faire un jour, avec mon ami Alberto Velasco, une émission de radio en milieu carcéral. Pas une seule émission : un rendez-vous, régulier, pour les détenus, les gardiens, tout le monde de l'établissement. J'espère, un jour, malgré la forêt d'obstacles administratifs, concrétiser cette vieille idée, qui me trotte dans la tête.

 

Je ne connais pas le monde de la prison, mais je connais un peu Constantin Franziskakis. Je veux témoigner d'un homme à la rare épaisseur, attentif à l'absolue primauté de l'humain sur toute autre considération. Un homme d'ouverture et de culture, nourri de racines et de valeurs. L'Histoire. L'engagement. Le sacrifice. Les cimetières militaires. Les livres. La Méditerranée. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça me parle. Bref, l'antithèse du grimpaillon, aux dents qui rayent le plancher.

 

Après les années qu'il a passées à Champ-Dollon, comme directeur, M. Franziskakis va, entre autres, étudier en profondeur le phénomène de radicalisation. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il va s'atteler à une tâche d'utilité publique, de premier ordre.

 

A cet homme de valeur et de vibrations, j'adresse mes vœux les plus chaleureux, pour la suite.

 

Pascal Décaillet

 

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01/02/2017

L'éternité du monde

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Sur le vif - Mercredi 01.02.17 - 08.56h

 

En politique, je ne crois pas à l'homme nouveau. Je ne veux pas y croire. Il ne m'intéresse pas.

 

J'aime, au contraire, l'homme ancien. Avec un passé, des cicatrices, des souffrances, une histoire. L'homme qu'on aurait déjà aimé, naguère, puis détesté. Il aurait dû se battre, défricher le chemin d'initiation dans une épaisse forêt, hostile. Ça laisse des traces, ça salit les mains, ça expose à la tentation, ça s'appelle la vie.

 

C'est pour cela que j'étais pour François Mitterrand, en 1981. Il avait été, après l'Observatoire (1959), l'homme le plus haï de France. Pendant des années, au fond jusqu'en 1964, il avait été un homme totalement seul. Il avait tenu la ligne, continué le combat.

 

J'aime ça. 22 ans après l'Observatoire, après deux échecs à la présidentielle (65, 74), le 10 mai 1981, il parvenait au pouvoir suprême. Il avait 65 ans, et avait été traité sept ans plus tôt (1974) "d'homme du passé" par Giscard.

 

De même, en juin 1958, j'aurais tout donné pour voir revenir Charles de Gaulle, après douze ans et quatre mois de traversée du désert. Mais en juin 1958, faute d'assister à une résurrection, je naissais. Dans le désordre et le fracas du monde, on fait ce qu'on peut.

 

J'aime les hommes du passé. J'aime les revenants, les archaïsmes, la poussière des archives, le parfum de tombeau des vieux livres, le son des instruments anciens, les traces de l'Histoire.

 

Je n'aime pas les hommes nouveaux, les candidats aux dents blanches. D'ailleurs, aucun homme n'est nouveau. Chacun de nous, complexe et multiple, porte en soi l'éternité du monde.

 

Pascal Décaillet

 

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31/01/2017

L'hystérie anti-Trump

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Sur le vif - Mardi 31.01.17 - 14.59h

 

L’hystérie absolue. Ils se croient en Allemagne, au soir du 30 janvier 1933. Ils se prennent pour Thomas Mann, ou son frère Heinrich, ou Klaus. Ils se prennent pour des héros, les seuls clairvoyants, nous serions les aveugles, les croûteux. Ils veulent nous faire croire que Donald Trump, c’est le Mal incarné, la plus grande erreur de casting depuis 84 ans. Et qu’il relève d’un impératif moral de le combattre par tous les moyens. Hurler à chacune de ses décisions. Caricaturer l’homme, même physiquement, lui qui n’a pas la chance de séduire comme le danseur félidé qui le précédait, oh il y aurait tant à dire sur l’infinie convenance des « humoristes » et caricaturistes, leur alignement sur le camp du Bien, leur moralisme de pacotille, leur inféodation aux forces de l’Argent, oh oui certaines forces, très précises.

 

Toute cette hystérie, contre qui ? Un vieux potentat, qui blanchirait depuis des décennies sous le harnais ? Un Castro ? Un Mugabé ? Un Kim, nord-coréen ? Un apparatchik biélorusse, en fonction depuis Brejnev ? Non : tout cet océan de vomissements est dirigé vers un homme au pouvoir depuis – à l’heure où j’écris ces lignes – 10 jours et 21 heures. C’est peu. Après 10 jours et 21 heures, Obama n’avait encore rien fait, George Bush Junior non plus, ni Clinton, ni George Bush Senior, ni Reagan, ni Carter, ni Ford, ni Nixon, ni Johnson, ni même l’autre danseur de rêve, JFK.

 

Je ne prétends pas ici que toutes les premières décisions du nouveau Président me ravissent. Je n’ai, à part Charles de Gaulle ou Pierre Mendès France, rarement été « ravi » totalement par une quelconque figure de pouvoir. Créon, par définition, se salit les mains, souvent les ensanglante, seule Antigone est pure. Je préfère Créon, il relève de l’Histoire. Mais enfin, où donc peut-il être question d’oser un quelconque bilan à l’issue de… 10 jours et 21 heures ? Vous vous rendez compte que certains, comme un célèbre site en ligne, d’audience mondiale, évoquent déjà, après 10 jours et 21 heures, l’opportunité d’actionner le célèbre « Impeachment », version américaine de la destitution. Ce fameux spectre, oui, que l’on brandissait en 1974 à Richard Nixon, pour cause de Watergate : mais enfin, cet infortuné (et brillant) Président, acculé au départ le 9 août, avait tout de même passé cinq ans et sept mois au pouvoir, et pas… dix jours et 21 heures !

 

Ce qui se déroule, en fait, c’est une exceptionnelle mise à l’épreuve de la communication. Le nouveau Président ne passe plus par les médias traditionnels, il décrète et se fait photographier en décrétant (image archaïque, un homme, un siège capitonné, un bureau années vingt, une plume, du papier, le cabinet debout autour, qui regarde). Cela donne une impression de solitude, de début du vingtième siècle, de toute-puissance, comme si s’existait aucun contre-pouvoir. Cette image, dûment préméditée, reprise en boucle par les caricatures, ne doit rien au hasard. Elle impose autant qu’elle provoque, nargue autant qu’elle interpelle. Le caricaturiste, qui croit être premier à tenir l’idée, Trump le précède : d’avance, il sait là où il sera tourné en dérision, livre volontairement du fourrage à son bourreau plumé, il a toujours une longueur d’avance.

 

Voilà. Nous pourrions aussi dire un mot de l’indécence d’Obama, qui, à moins de onze jours de son départ, n’a même pas l’élémentaire devoir de réserve et de silence qui a toujours été de mise. Nous pourrions donner la liste des dix pays, dont le Liban et l’Algérie, interdisant l’entrée à tout détenteur du passeport israélien, sans que cela ne fût jamais condamné par nos belles âmes. Nous pourrions rappeler la part du Mur déjà décidée sous Obama, ainsi que les milliers de tonnes de bombes larguées, en huit ans, dans le plus pur silence médiatique, par ce charmant prédécesseur, ce félidé, ce danseur.

 

Mais nous nous en tiendrons là. Nous avons face à nous la même cohorte, cette fois revancharde, que pendant la campagne. La même unicité de pensée. La même captation du Bien, pour mieux diaboliser la cible. Cela, nous ne le changerons pas. C’est le terrain de bataille. Simplement, de notre côté, sans adouber toutes les décisions du nouveau Président, loin de là, nous demeurerons dans l’exercice critique des vagues de gémissements. Et s’il faut déplaire, eh bien nous déplairons.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/01/2017

Hamon et les lapereaux aux mines blanches

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Sur le vif - Lundi 30.01.17 - 07.06h

 

Benoît Hamon m'inspire beaucoup de respect. Je ne partage pas ses idées, mais il émane de cet homme la profondeur d'une conviction et d'une sincérité. Je répète ici que son débat face à Manuel Valls, il y a quelques jours, a été, grâce à l'un comme à l'autre, l'un des meilleurs de ces cinquante dernières années. Le socialisme français n'est pas mort. Ceux qui veulent l'enterrer, se trompent. Le parti d'Epinay (1971), en tant que structure, se meurt sans doute ces jours. Le parti, mais pas le socialisme.

 

Avec Hamon, voilà un homme dont le style rappelle la rigueur et l'austérité de l'une des plus grandes figures républicaines françaises, Pierre Mendès France. Oui, j'ai du respect pour Hamon.

 

Voilà un homme qui dégage d'autres valeurs que celles de l'Argent, du clinquant et de l'arrogance. Il ne cherche pas, lui, à faire moderne, et son archaïsme même pourrait un jour se retourner en sa faveur. La France n'aime ni les libéraux, ni les zombies, ni les modernistes, tout au plus leur donne-t-elle, comme en cyclisme, le rôle du lièvre. Les lapereaux aux mines blanches.

 

Laissons Hamon faire campagne, avant de déclarer en boucle sa mort clinique. Cet homme de valeur prend date pour tenir un rôle signalé, là où il sera, dans la prochaine législature.

 

Inutile de vous dire que le zombie Macron, chouchou des sondages et tutoyeur du Nirvana, ce Macron qui croit bon, comme Giscard en 74, de s'exprimer en anglais et se vautre dans l'européisme, ce libéral oui, ne m'inspire pas exactement les mêmes sentiments.

 

Pascal Décaillet

 

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27/01/2017

Décaillet assume et signe

 

Sur le vif - Vendredi 27.01.17 - 19.50h

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour la souveraineté de chaque nation, contre le multilatéralisme, pour le protectionnisme économique (j'ai tenu cette ligne, très seul, pendant toutes les belles années d'argent facile de la bulle spéculative et la folie libre-échangiste), pour un État fort, solidaire, avec des assurances sociales qui tiennent la route, comme l'est notre fleuron, l'AVS, depuis 1948. Pour la régulation des flux migratoires.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour une défense nationale forte, indépendante et crédible : dans ce domaine, nous ne devons compter que sur nous-mêmes : nul ne sait ce que nous réserve l'avenir.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour une économie de proximité, au service de l'humain et de son épanouissement, et je dénonce sans la moindre ambiguïté la primauté des financiers. Je suis moi-même, depuis onze ans, un petit entrepreneur, je sais de quoi je parle.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour une agriculture dynamique, inventive, protectrice de l'environnement, soutenue par l'Etat, épargnée de la férocité de la concurrence mondiale. Ce que nous pouvons produire chez nous, nous n'avons aucune raison de l'importer du bout du monde. Je suis favorable à la souveraineté alimentaire.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour la priorité à l'éducation. Et le retour sur les errances liées à Mai 68.

 

Tel est, en quelques mots glissés ici en trois ou quatre minutes, sans prétention exhaustive, le socle de mon positionnement politique. Dans ces choix, vous reconnaîtrez des valeurs de droite. Et aussi, sur l'aspect social et l'Etat fort, des valeurs de gauche. Je ne suis assurément ni un libertaire, ni un libéral.

 

Voyez, je suis clair. J'annonce la couleur. Je suis un homme libre, entrepreneur indépendant, ça me coûte assez cher, mais j'y tiens. Je ne rends de compte à personne. J'assume mes positions.

 

Je suis un homme seul. C'est ma faiblesse. Et c'est ma force.

 

Je vous souhaite une excellente soirée.

 

Pascal Décaillet

 

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Dany qui fait boom

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Sur le vif - Vendredi 27.01.17 - 16.35h

 

Inimaginable que le 19.30h TSR ait cru bon, hier soir, de donner la parole, pour la 1637ème fois, à Daniel Cohn-Bendit. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? En vertu de quelle sagacité qui serait sienne, plus qu'un autre, face aux élections françaises ?

 

Pourquoi tout cela, je vais vous le dire. Parce qu'il existe, dans les rédactions, tellement conformistes, de Suisse romande, depuis des décennies, à vrai dire depuis 49 ans, un automatisme Cohn-Bendit : "Tu as vu, Dany est de passage à Genève, ça vaut le coup de le faire venir !".

 

Dany par ci, Dany par là, conformisme de la révolte, posture de la transgression, tentative sans fin de réinventer l'esprit de Mai, qui a tant pesé sur la société, l'éducation, les sciences sociales, la culture, pendant des décennies. Au fond, ces nostalgiques de 68 sont des Docteurs Faust, ils nous imposent leur quête d'éternelle jeunesse. Entre-temps, Marguerite a vieilli, Méphisto a capitulé face au Bien, le "Mehr Licht" de Goethe mourant s'est fondu dans l'éternelle nuit du suivisme.

 

Dany par ci, Dany par là, Dany partout. Dany face à Darius, Dany dans la Julie, Dany qui fait boom, Dany qui meurt et resurgit, Dany qui passe les murailles et se rit des frontières, Dany qui reprend la Sorbonne, Dany réveilleur de jeunesses perdues, Dany le sale gamin, Dany l'éternel Gavroche.

 

Le problème, ça n'est pas Dany. Le problème, et en même temps la vraie, la seule raison de la mort des journaux, c'est le conformisme.

 

Pas celui de Dany. Celui des journalistes.

 

Pascal Décaillet

 

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26/01/2017

Valls - Hamon : bravo Messieurs !

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Sur le vif - Jeudi 26.01.17 - 06.41h

 

Benoît Hamon, Manuel Valls : j'ai assisté hier soir, entre ces deux hommes, à un débat d'une rare qualité. Sur la forme, une tenue impeccable. Sur le fond, la connaissance profonde des dossiers (en allemand, on dirait Gründlichkeit), la précision ciselée de deux programmes antagonistes dans leurs nuances. Deux hauteurs de vue.

 

On ne cesse de nous dire que le socialisme français est aux abois. Peut-être. Mais nous eûmes là, c'est un FAIT, la démonstration intellectuelle du contraire. Qu'on partage ou non leurs analyses, un sens aigu de l'Etat habitait cet échange. Voilà un demi-siècle que je suis les débats français : ce fut hier soir l'un des meilleurs.

 

Les revanchards orléanistes de l'ère Sarkozy, cette droite de l'Argent si peu dans la tradition française, destructrice d'Etat, n'ont peut-être pas encore gagné la bataille ! J'ai senti, en écoutant ces deux hommes, austères et rigoureux, planer l'ombre d'une grande conscience de la gauche française, un homme d'Etat qui fait partie de mon panthéon personnel, et qui s'appelait Pierre Mendès France.

 

Pascal Décaillet

 

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24/01/2017

Suisse romande : l'autre regard

 

Sur le vif - Mardi 24.01.17 - 06.33h

 

Défense de l'indépendance et de la souveraineté de notre pays, mais aussi du corps social, de la solidarité interne, contrôle des flux migratoires, protection de notre agriculture, souveraineté alimentaire, respect de l'environnement, défense nationale forte et indépendante, combat pour des assurances sociales puissantes, solidaires, selon le principe de mutualité, en matière notamment de retraites et de maladie, priorité à l'éducation, lutte pour une économie au service de l'humain, de son épanouissement, non pour nourrir le Veau d'Or financier, priorité au suffrage universel, prise en charge du destin par le corps des citoyens, démocratie directe renforcée, avec de nouveaux outils, élus au service du peuple et non l'inverse, amour partagé du pays, désir impérieux de le construire ensemble, encore et toujours. Passion pour la connaissance, la transmission. Passion pour la culture.

 

Et nous n'aurions pas de valeurs, pas de programme ? Il nous faut juste organiser l'espace commun où ces idées, en Suisse romande, puissent être défendues.

 

Les autres, en face, les mondialistes, les européistes, les libre-échangistes, les immigrationnistes, les soixante-huitards, vous croyez qu'ils se sont gênés, depuis des décennies, pour les créer, les outils de leur idéologie ? On a vu le résultat. Il faut aujourd'hui d'autres outils, d'autres espaces, pour l'émergence d'une autre parole, d'une autre vision.

 

Non pour les remplacer, ces autres : qu'ils demeurent ! Mais pour les défier, les contrer, les combattre. C'est cela, la diversité. C'est cela, la démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

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22/01/2017

Trump : le week-end noir de la presse romande

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Sur le vif - Dimanche 22.01.17 - 16.06h

 

Trois jours entiers, passés à vomir sur un homme. Vendredi, samedi, dimanche. Trois jours à déverser son fiel sur le nouveau locataire de la Maison Blanche, entré en fonction vendredi, 18h. Trois jours, pour couronner des mois de démolition systématique du candidat, puis du Président élu. Contre le candidat, on encensait sa rivale, Mme Clinton. Comme l’élu, on chantait le panégyrique de son prédécesseur, Barack Obama, l’élégant danseur. Mais là, ces trois derniers jours, la hargne versée sur le nouveau Président a littéralement dépassé toutes les bornes. A la RSR, au Temps, à la Tribune de Genève, au Matin dimanche, Donald Trump fut constamment conspué, insulté, vilipendé, sans que jamais la parole ne fût donnée à ses défenseurs. Week-end noir. Week-end de la honte pour la presse romande. Pour la pluralité d’expression en Suisse romande.

 

Au matin de l’intronisation, le rédacteur en chef de la Tribune de Genève nous gratifiait déjà d’un édito en forme de démolition systématique d’un homme qui n’avait même pas encore commencé à exercer le pouvoir. On aurait cru lire le service de presse du Parti Démocrate, dont les représentants ont tant d’influence, dans le petit monde qui gravite, comme une armada d’éphémères, autour de la « Genève internationale ». On pense démocrate, on respire démocrate, on danse démocrate, on se nourrit des grands journaux démocrates et cosmopolites de la Côte Est, ceux qui ont eu la peau de Richard Nixon, pas uniquement pour des motifs de politique intérieure, en août 1974.

 

Quelques heures plus tard, l’intronisation elle-même. Je vous passe les commentaires de la plupart de ceux qui en rendaient compte en direct, où la plus extrême des perfidies le disputait à la pire des mauvaises fois. Le lendemain, samedi, édito du Temps, titrant sur un « discours populiste et de repli », passant au napalm le nouveau Président, quelques heures à peine après son entrée en fonction. On aurait cru lire, là, le service de presse de M. Soros. Le Temps, quotidien démocrate de la Côte Est, édité par la Côte Est, porte-parole de la mondialisation vue par la Côte Est, du clan Clinton, de Barack Obama, de Mme Obama, il ne manque plus à ce journal que prendre son siège social à New York, et nous livrer ses articles directement en anglais, la langue du Maître.

 

Mais le sommet de l’hystérie anti-Trump, pendant ces trois jours qui furent comme une Passion de noirceur et de haine, c’est la RSR qui l’a atteint. Dans le 12.30h de samedi, on nous annonce dans les titres que « Donald Trump met sa première menace à exécution ». Diable, qu’a-t-il fait, le forcené ? Réponse : il s’est permis de tenir sa parole de candidat en entamant le retour sur l’Obamacare. Bref, il a juste pratiqué l’alternance démocratique pour laquelle il a été élu. RSR toujours, samedi 18h : gros plans sur les manifestations anti-Trump, nulle parole donnée aux partisans du Président, non, uniquement à la représentante des Démocrates à Genève. Les Démocrates, les Démocrates, toujours les Démocrates.

 

RSR enfin, troisième exemple : dans le 12.30h de ce dimanche, Trump traité de successivement de « menteur », et de « criminel ». Un « chercheur en sciences sociales » pour l’attaquer, puis une philosophe pour juger « criminelle » sa supposée politique climatique. Tout cela, sans la moindre contradiction, ne serait-ce que dans les questions, de la part des intervieweurs, et surtout sans le moindre invité pro-Trump, dans le journal.

 

Le record ? Il a été atteint par le Matin dimanche, en pleine et perpétuelle guerre des sexes, qui ose titrer, sur toute la première page : « Un mâle au pouvoir ». Imaginez, en cas d’élection de Mme Clinton, un quelconque journal osant « Une femelle au pouvoir ». Assurément, un tel journal devrait, sous l’hystérie des huées, présenter des excuses sans tarder.

 

A l’heure où j’achève de rédiger ces lignes, dimanche 16.06h, c’est un week-end de honte pour la presse romande qui se termine. Cette presse, pendant les quatre ans qui viennent, va continuer de s’en prendre systématiquement, avec acharnement, à cet homme qu’elle ne peut tout simplement pas supporter. Il est impératif de l’équilibrer par l’émergence, puis la montée en puissance, d’une autre presse en Suisse romande. Qui, sans défendre systématiquement M. Trump, puisse illustrer les grands thèmes que sont, par exemple, le protectionnisme économique et la volonté très ferme de réguler les flux migratoires. Faute de ce contre-pouvoir, c’en est fini de la diversité d’expression, en Suisse romande.

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/01/2017

Des usines rouillées, comme des pierres tombales

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Sur le vif - Vendredi 20.01.17 - 19.07h

 

Des phrases courtes. Une succession d’indépendantes, scandées, plutôt que l’organisation de principales et de subordonnées, sans doute l’effet Twitter. Un discours tourné vers le peuple, adressé directement au public, sans être lu, ni même peut-être appris par cœur.

 

J’en retiens « des usines rouillées, comme des pierres tombales », l’image est simple et puissante, elle appelle à refaire le tissu industriel du pays. J’en retiens « America first », la priorité au pays, le protectionnisme économique, « le retour des emplois », « le retour des frontières ».

 

Je pense surtout à une chose, incroyable : voilà bientôt un an qu’on nous parle de Donald Trump, et nous, le grand public européen, nous ne l’avons, au fond, entendu que deux fois s’exprimer en public : le jour de sa victoire, au matin du 9 novembre, et là, à l’instant, au Capitole. Nous avions vu des centaines de fois Mme Clinton, mais Trump, nous en ENTENDIONS PARLER, toujours en mal d’ailleurs, on ne nous laissait quasiment jamais le loisir de juger par nous-mêmes.

 

Mais l’essentiel n’est pas là. Il ne réside pas vraiment dans ce discours, qui résume les grandes orientations, protectionnistes et isolationnistes, dûment annoncées par le candidat dans sa campagne. L’essentiel, c’est que la cérémonie de passation de pouvoirs a eu lieu. Tout le monde y a joué son rôle, avec dignité. Emotion, pour un homme de ma génération, qui avait 18 ans à l’élection de Jimmy Carter (1976), de revoir le visage de cet homme, aujourd’hui âgé de 92 ans. Tous les anciens Présidents encore vivants étaient là, à l’exception, me semble-t-il, de George Bush Senior, 92 ans également.

 

Tout le monde était là, l’hymne fut magnifiquement chanté. M. Obama fut parfaitement digne. La transition s’est opérée, dans le plus parfait respect des règles que cette grande nation s’est données. L’ère Trump peut maintenant commencer. Elle sera ce qu’elle sera, je n’en puis rien préjuger, si ce n’est, comme vous le savez, que je suis favorable au protectionnisme économique, à la notion de frontière, à la priorité que chaque pays a le droit d’appliquer à ses résidents.

 

Pour le reste, nous verrons bien. Voilà, comme le furent tous ses prédécesseurs, un homme désormais en totale solitude face à son destin, et surtout face à celui de son pays. Ma très grande admiration pour l’Histoire américaine, mais non pour son impérialisme, m’amènera à juger chacun des actes du nouveau Président en fonction du sens politique profond que nous tenterons d’y décrypter. Et non sur ses qualités de danseur, ni de séducteur.

 

Quant à nous, Européens, entendez habitants du Vieux Continent, prenons nos destins en mains. L’Oncle Sam pourrait bien, dans les années qui viennent, avoir avant tout à s’occuper de ses « usines rouillées, comme des pierres tombales ».

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2017

Elbe, 1972 : le chemin de lucidité

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Sur le vif - Mardi 17.01.17 - 16.20h

 

Adolescent, je passais tous mes étés en Allemagne. L’été 1972, je l’ai passé intégralement sur le Mur de Fer, chez un ancien combattant du Front de l’Est (22 juin 1941 – 8 mai 1945), qui me racontait tous les soirs la guerre en Russie. Lui et moi, dans une VW Coccinelle vert bouteille, nous avons parcouru des milliers de kilomètres en Allemagne du Nord, Basse-Saxe, Schleswig-Holstein, Hambourg, Brême, Lübeck. Régulièrement, nous nous rendions sur le « Sperrgürtel » de la ligne de démarcation, cette très large bande de miradors, barrages antichars, fils de fer barbelé, qui séparait l’Est de l’Ouest. Notre lieu de visite préféré était Bleckede, sur l’Elbe. C’est là, un jour, que nous avons rencontré Genscher, alors ministre fédéral de l’Intérieur de Willy Brandt, qui a conversé avec moi, et m’a signé un autographe, que je garde précieusement dans mon Tagebuch.

 

Je venais de fêter mes quatorze ans, j’avais déjà fait mes trois premières années secondaires, j’aimais passionnément l’Allemagne et la langue allemande, j’avais découvert Wagner l’année précédente, et vu le « Goetz de Berlichingen » de Goethe à Nuremberg (1971), je connaissais par cœur la Deuxième Guerre mondiale, j’allais à Bleckede, visiter le Mur, comme d’autres vont à la plage : j’adorais ça. Il faut imaginer la propagande de l’époque : nous étions en pleine Guerre froide, on nous présentait ce Mur de Fer comme l’ultime limite, le « limes » (au sens où l’entendait l’empereur romain Hadrien), avant l’autre monde, l’inconnu barbare, l’Empire communiste, celui du Mal.

 

Je n’en croyais rien. J’étais parfaitement conscient que nous n’étions ni sur le Dniepr, ni sur la Vistule, mais au cœur de l’Allemagne, même si ce Mur séparait officiellement deux pays allemands. Bleckede, l’Elbe, c’était simplement la frontière historique entre la Basse-Saxe et le Mecklenburg, donc entre le monde saxon et l’univers prussien. Une vraie ligne de fracture interne à l’Histoire des Allemagnes, beaucoup plus importante que d’avoir été, de 1949 à 1989, un segment du Mur de Fer. Les occupants anglo-américains et soviétiques sont partis, les réalités de la Vieille Allemagne demeurent, les faits sont têtus, les vraies frontières, coriaces.

 

A l’âge de 14 ans, je n’imaginais pas que les Allemagnes se réuniraient un jour (ce fut le cas 17 ans plus tard, en 1989, 1990), mais j’étais parfaitement conscient de me trouver, non pas à la « limite du monde libre » (je n’ai jamais accepté cette expression de propagande américaine), mais au cœur de l’équation historique allemande. Non seulement je n’avais rien contre la DDR, dont nous regardions tous les soirs les émissions, mais je me méfiais du dénigrement systématique de ce pays, autour de moi. Plus tard, j’ai lu les auteurs de la DDR, parmi lesquels certains des plus grands de la littérature allemande : Christa Wolf, Heiner Müller. Jamais, de toute ma vie, tout en étant évidemment critique sur le régime, et le rôle de la police politique, je n’ai porté de jugement à l’emporte-pièce sur ce pays, où je me suis évidemment rendu. Mon rapport à la DDR pourrait même faire, un jour, l’objet d’un livre.

 

On parle toujours du Mur de Berlin, ville que je n’aime pas trop, mais pas des milliers de kilomètres de la ligne de démarcation, entre les deux Allemagnes. Soyons clairs : ces quarante ans de frontière interne étaient aussi artificiels que la ligne entre Zone occupée en Zone libre, entre juin 1940 et novembre 1942, au cœur de la France. Juste une frontière dessinée par les vainqueurs, froide, administrative, avec ses tonnes de barbelés. Je n’ai jamais cru, une seule seconde, à la thèse de la frontière entre le Bien et le Mal, le « monde libre » du beau gosse Kennedy face à la grisaille communiste. J’y voyais simplement ce qu’il fallait y voir : le résultat d’un rapport de forces, d’une défaite militaire, sans dimension morale ni théologique.

 

Ces voyages à Bleckede, tout près d’où nous habitions, ont contribué à forger ma vision des rapports politiques. Méfiance viscérale face aux apparences, aux discours de propagande. Observation du terrain. Entretien avec les témoins. Étude passionnée de l’Histoire. C’est le début, j’en suis intimement persuadé, du chemin de lucidité.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/01/2017

Quelques questions autour de la Pologne

 

Sur le vif - Vendredi 13.01.17 - 16.47h

 

En lecture historique et stratégique des événements, il ne faut pas trop écouter ce que racontent les politiques, mais juger de l'état des forces, l'état du terrain. Suite à la décision américaine, hier, de déployer des blindés en Pologne, quelques remarques s'imposent :

 

1) Barack Obama sait parfaitement que les quelques blindés américains ne seraient d'aucun poids, en cas de conflit conventionnel, face aux divisions russes bien implantées dans la région, depuis l'hiver 1944-1945. Il ne faut pas s'imaginer que ces divisions ont disparu. Les Russes connaissent parfaitement le terrain, depuis au moins deux siècles, les Américains pas du tout.

 

2) Il existe une autre nation qui "connaît le terrain". Elle est aussi voisine de la Pologne, de l'autre côté, et s'appelle l'Allemagne. De nos jours, elle ne manifeste assurément aucune intention belliqueuse sur ses Marches orientales. Mais demain ? Après-demain ? Dans cinquante ans, cent ans? Depuis des années, j'écris que la question des frontières orientales de l'Allemagne n'est pas réglée.

 

3) Cette nation, l'Allemagne, est très doucement, très discrètement, sans faire le moindre bruit, depuis 1989, en train de se réarmer. Aujourd'hui, cela se fait encore dans le cadre de l'OTAN. Mais combien de temps "l'OTAN" va-t-elle tenir en Europe ? Le Président américain élu, Donald Trump, qui entre en fonction dans une semaine, multiplie les signes de repli et de rapatriement de tout ce qui a été engagé militairement sur le continent européen, depuis le 6 juin 1944.

 

4) Le jour où, par hypothèse, les Américains auraient quitté le continent européen, l'ensemble des armements lourds patiemment créés par les Allemands, de façon redoublée depuis 1989, dans le domaine des blindés, de l'aviation et même (tout récemment) de la Kriegsmarine (3 bâtiments, flambant neufs, commandés, dans l'indifférence générale, l'automne dernier), tout cela restera à disposition, sur le terrain européen. A disposition de qui ? Non plus de "l'OTAN", mais de l'Allemagne. La bonne vieille puissance militaire allemande, entamée sous Frédéric II, poursuivie sans relâche par Bismarck, par le Troisième Reich, et... par la Bundeswehr, sous couvert de participation aux forces atlantiques. Remarquable continuité, que la terrible défaite de 1945 a moins touchée qu'on ne pourrait croire. Avec quel matériel pensez-vous que la petite Bundeswehr, autorisée par le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949, a commencé à se reconstruire ? Réponse : avec celui de la Wehrmacht, de même que l'encadrement en a été confié aux officiers de cette dernière, y compris d'anciens officiers supérieurs et généraux de la Waffen SS. Pourquoi ces réalités-là, parfaitement connues des historiens, ne sont-elles pas enseignées dans les écoles ?

 

5) Là où Obama joue avec le feu, outre qu'il offre un cadeau empoisonné à son successeur, c'est qu'il accentue inutilement une tension géostratégique sur une ligne de front qui n'est autre qu'une poudrière. Il vient y semer l'esprit de guerre, alors que les Américains pourraient être amenés à se retirer, dans les années qui viennent, du théâtre d'opérations européen. Mais la tension restera. Et un autre acteur stratégique majeur, totalement invisible aujourd'hui dans l'opinion publique, demeurera. Première puissance économique d'Europe. Première puissance démographique. Et bientôt (cela dépend de la France), première puissance militaire. Cette Allemagne, je le réaffirme, est aujourd'hui un grand État démocratique, dépourvu d'intentions de guerre sur ses frontières orientales. Mais dans cinquante ans, cent ans ? Comment va évoluer, par exemple, sa cohésion sociale interne, élément capital depuis Bismarck ?

 

Lorsque les Américains se seront retirés d'Europe (si cela se produit), la situation d'avant 1945 se décongèlera. Et nous pourrions bien retrouver, sur notre vieux continent, des lignes de front beaucoup plus classiques - comme nous les avons retrouvées dans les Balkans, entre 1991 et 1999 - que la lecture manichéenne de la Guerre froide, avec un monde coupé en deux, les gentils d'un côté, les méchants de l'autre. L'Histoire est coriace, férocement. Je vous invite donc tous à vous renseigner au maximum sur l'état des forces, la nature du terrain, les antécédents historiques, sur la question polonaise. Une poudrière, oui, à deux pas de chez nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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08/01/2017

L'homme-dieu, ça fatigue

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Huit ans et deux mois après, je republie le commentaire "L'homme-dieu, ça fatigue", paru ici même, sur mon blog, le 6 novembre 2008, lendemain de la première élection de Barack Obama.

 

A ce niveau-là, ça ne ruisselle plus, ça dégouline. L’omniprésence, sans le moindre bémol, dans la presse romande, les blogs, chez les rédacteurs en chef, de la figure d’Obama en Sauveur, en Rédempteur, en Recommenceur de la vie, a quelque chose qui devient déjà pénible à supporter. Non que l’homme soit dépourvu d’éminentes qualités. Non que sa victoire ne soit pas éclatante, ni qu’elle ne marque un tournant évident, après huit années plombées de médiocrité. Mais une telle unanimité, comme en sectaires pâmoisons, parfois jusqu’à l’hagiographie, dans une profession comme le journalisme où le doute et la discordance devraient tout de même avoir une certaine place, il y a quelque chose qui aiguise l’étonnement.

 

Il n’est pas question ici des foules, qui sont ce que par nature elles sont, invasives et adhérentes comme laves volcaniques. Pas question, non plus, de cette part de rêve et de candeur qui, à différents niveaux, nous habite tous, nous brandit comme un calice l’idée du progrès, nous fait croire au salut par la seule apparition d’un homme nouveau. Comme si l’Histoire était autre chose que tragique, comme si elle était pétrie d’une autre argile que l’archaïque noirceur de nos pulsions de pouvoir, de domination, celles d’Obama comme de Kennedy, de Nixon. C’est à leur capacité à relever les défis de leur temps – et à défendre les intérêts profonds de leur pays – que le temps jugera ces hommes-là. Pas à la part de morale projetée par les foules. Ni à celle de l’éblouissement devant un physique, la symbolique d’une couleur de peau, les capacités rhétoriques, l’habileté de campagne pour actionner la machine à fabriquer des rêves. Que tout cela ait pu, peut-être, relever d’un immense artifice (certes génialement construit, orchestré et mis en scène) ne semble pas, pour l’heure, un thème.

 

A partir de là, Obama sera peut-être un grand président. Et puis, peut-être pas. Nul ne le sait. Après quelques mois d’état de grâce, il prendra ses première décisions difficiles, aura à faire la guerre, se salir les mains, se rendre impopulaire, décevoir, bref faire de la politique. C’est sur ce travail-là qu’il faudra apprécier son œuvre et sa trace, à cette aune-là, celle des réalités, de l’inévitable moisissure des choses du pouvoir, au mieux fermentation, mais où le risque du miasme n’est jamais très loin. Après les rêves de campagne, voici venu le temps du pouvoir. Ancré dans la nature humaine, qui n’est pas exactement celle des anges. Disons, un peu moins volatile. Et un peu plus accrochée aux entrailles de la terre.

 

 
Pascal Décaillet

 

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06/01/2017

Mon soutien à Christophe Darbellay

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Sur le vif - Vendredi 06.01.17 - Jour des Rois - 17.17h

 

Certains voudront y voir une filiation commune dans l’ordre de la Dranse, ou une fascination partagée pour la verticalité glissante des pentes du Catogne. Qu’ils y voient ce qu’ils veulent. D’autres relèveront une complicité dans l’amour du pays physique, ce Valais des sentiers, des sources, de la lumière qui scintille sur chaque pierre, dans chaque âme, chaque cœur. Culture commune, oui. Souches, c’est sûr. Horizons reconnaissables, montagnes nommées, cols, et jusqu’à d’insoupçonnés ruisseaux de montagne, aux patronymes divinatoires.

 

Il y a de cela, certes. La politique est chose complexe, où le rationnel, sans rémission, le dispute à l’affectif. En Valais, j’ai mes racines. Je ne les oublie jamais. Telle vallée, entre les monts, me sera pour toujours maternelle. Telle autre, où le Trient rencontre l’Eau Noire, paternelle. L’Histoire du Valais, en tout cas depuis 1798, je l’ai en moi.

 

Je connais Christophe Darbellay depuis une petite vingtaine d’années. Je l’avais reçu en radio, la toute première fois, à Forum, alors qu’il était numéro deux de l’Office fédéral de l’Agriculture. Très vite, j’ai compris qu’il irait loin. Par son intelligence. Mais aussi, par la rapidité de l’instinct. Depuis longtemps, je connaissais son oncle Vital, un homme admirable, tellement chaleureux, qui présidait le groupe PDC du National quand j’étais correspondant politique à Berne. Vital Darbellay : la sève et le sourire du christianisme social, comme si Rerum Novarum (1891) s’incarnait, renaissant de la poussière. Christophe vient de ce monde-là, c’est important. Cette origine indique d’autres priorités, d’autres références, d’autres valeurs, que la seule arrogance du pouvoir.

 

D’aucuns me disent : « Pourquoi soutiens-tu Darbellay, tu es plus à droite que lui, tu as condamné publiquement (dans l’édito du Nouvelliste) son comportement face à Blocher, en décembre 2007 ? ». Ils ont raison de me poser cette question, je les comprends. Il est vrai que l’ensemble de mes adhésions politiques, constamment réaffirmées, lutte pour la souveraineté du pays, soutien à l’initiative du 9 février 2014, volonté de réguler fermement les flux migratoires, combat pour le protectionnisme, principalement en matière agricole, tout cela me rapproche rationnellement plus de l’UDC que la ductilité du Flandrin des Glaciers.

 

Mais voilà, la politique transcende souvent le périmètre du rationnel. Je ne connais pas personnellement M. Voide, n’ai strictement rien contre lui, ai même entendu qu’il avait fort bien présidé le Grand Conseil, et lui reconnais le droit de tenter sa chance. Mais la méthode, allez disons-le comme cela, ne m’inspire que modérément. J’aime les hommes seuls. J’aime ceux qu’on attaque. J’aime, en chacun de nous, l’ultime carré de fierté face à la mitraille adverse. Voilà pourquoi, étant moi-même fort seul en décembre 2007, j’avais attaqué Darbellay, dans l’affaire Blocher, sur une question de positionnement politique, je n’en renie rien. Voilà pourquoi, aussi, je ne l’ai jamais attaqué sur d’autres terrains, préférant le silence à la meute boulevardière.

 

Le corps électoral valaisan, en mars, choisira-t-il M. Darbellay ou M. Voide ? Je n’en sais rien. Mais j’apporte ici mon soutien au premier des deux, non contre le second, mais parce qu’il me semble que la politique valaisanne, dans cette élection, dispose d’une occasion unique de conduire aux affaires une génération nouvelle. Des hommes qui, avant de se présenter à Sion, ont joué un rôle important à Berne. Le Valais ne pourra que bénéficier de leurs réseaux, de leurs connaissances des arcanes nationales. Dans ces hommes, il y a depuis quatre ans Oskar Freysinger. Il pourrait y avoir, cette année, Christophe Darbellay et/ou Stéphane Rossini. Génération nouvelle, oui, professionnalisée par l’ascèse à la politique fédérale.

 

Comme vous le savez, il m’est arrivé naguère de faire un peu de radio. J’ai lancé, il y a seize ans, la formule actuelle de Forum, une heure entière avec des invités en direct et plusieurs débats, ancrés dans l’actualité du jour. J’ai produit et dirigé cette émission pendant un peu plus de cinq ans. C’était une époque héroïque, où nous lancions sur les ondes, en tout premier, ceux qui allaient faire la politique suisse, dans les années suivantes. Pierre-Yves Maillard, Pierre Maudet, Christophe Darbellay, Oskar Freysinger. Nous n’étions pas, à l’époque, des repreneurs d’informations, nous en étions plutôt les créateurs, à la source. J’ai vu arriver Darbellay au National, en 2003, j’ai vu à quelle vitesse il a pris l’ascendant, je l’ai vu conquérir, puis tenir une décennie le parti. Franchement, au-delà des positions idéologiques, j’étais soufflé par l’animal politique. Je le suis encore.

 

A partir de là, le corps électoral valaisan fera ce qu’il voudra. Et son choix devra être respecté. Mais j’ai tenu, publiquement, à affirmer ici un soutien. Il va à l’homme d’expérience, d’intelligence, et surtout d’un rare instinct. Il va, surtout, à l’homme tout court, pour lequel je n’ai jamais caché ma sympathie. D’aucuns me maudiront d’avoir commis ces lignes. D’autres s’en réjouiront. Cela m’est égal. Je n’écris ni pour plaire, ni pour caresser l’opinion. J’ai des choses à dire, je les dis, c’est tout. Bonne chance au Valais : ce canton d’exception n’a pas fini d’étonner le reste de la Suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2017

Les aveugles en chemise blanche

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Sur le vif - Jeudi 05.01.16 - 12.39h

 

Nos beaux esprits, qui ont cassé du Serbe pendant toutes les années 1990, et passé une décennie à émettre des jugements à l'emporte-pièce, sans rien connaître à la complexité des Balkans, ni à leur Histoire, auront-ils le loisir de se pencher sur le procès de cet adorable ancien Premier Ministre kosovar, accusé des pires exactions sur des Serbes au moment où il était actif dans "l'Armée de libération du Kosovo", dont tout le monde connaît l'infinie douceur, notamment en matière de trafic d'organes ?

 

Comme le rappelle à l'instant Alain Franco, à la RSR, lors du premier procès de cet individu, peu après les événements, Carla del Ponte avait eu toutes les peines du monde à réunir des preuves contre lui, les services américains ayant tout fait pour éliminer les traces. De nombreux témoins à charge avaient été purement et simplement éliminés. Il fallait accréditer l'idée que le Bien était du côté kosovar, le Mal du côté serbe. Image construite, imposée, par les Américains et les Allemands, gobée avec jouissance et avidité par nos chers intellectuels, eux dont la distance critique devrait justement être le fleuron.

 

Eh oui, les guerres balkaniques des années 1990-2000, que pour ma part j'ai suivies de très près, m'étant rendu sur place et ayant accumulé documents et témoignages, c'était aussi cela. Mais personne n'en parle, ou si peu.

 

L'Histoire de ces guerres demeure totalement à écrire. Pendant dix ans, nos braves intellectuels parisiens, relayés par quelques perruches romandes, n'y ont vu que du feu. Désignant d'emblée, dès l'automne 1990, le coupable et les victimes, le méchant et les gentils, ne voulant décrypter les évènements que par le prisme des "droits de l'homme", refusant de prendre en compte la complexité de l'Histoire balkanique, ainsi que (par exemple) le rôle des services secrets allemands de ce cher M. Kohl, dans l'affaire du Kosovo, et plus généralement dans le démembrement de la Yougoslavie, ces beaux esprits ont fait preuve de l'une des plus grandes cécités de l'Histoire européenne de l'après-guerre.

 

Ils n'ont rien vu. Ni le jeu des Allemands. Ni celui des Américains. Ils ont applaudi, béats, au bombardement de Belgrade, en avril 1999, alors même qu'Helmut Schmidt, ancien Chancelier d'Allemagne fédérale, répondant le jour même à mes questions dans son bureau de Hambourg, les condamnait vivement.

 

Quand je dis que 2017 doit être l'année de la lucidité, c'est contre cet immense cortège d'aveugles en chemises blanc lustré, s'avançant dans un noir d'ébène en psalmodiant la morale, que je veux, plus que jamais, rétablir - là où j'ai les connaissances nécessaires - la vérité des faits.

 

Non pour "réinforner", ce mot nouveau m'insupporte. Mais pour informer, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

 

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13/12/2016

La trahison des clercs

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Sur le vif - Mardi 13.12.16 - 06.08h

 

Après des mois de travail de sape, où il a entrepris toutes choses pour dénaturer la volonté clairement exprimée, le 9 février 2014, par le peuple et les cantons, le Parlement est parvenu à ses fins.

 

Pour tous ceux, majoritaires, qui avaient voté cette initiative, parce qu'ils veulent une vraie régulation des flux migratoires sur la Suisse, il s'agira de s'en souvenir. Par une double défiance :

 

1) En octobre 2019, pas de réélection pour les responsables de cette dénaturation.

 

2) Défiance accrue envers l'institution parlementaire elle-même. En actionnant à fond les ressources de la démocratie directe, où les citoyennes et citoyens, délivrés de ces intermédiaires pesants et d'un autre âge, agissent directement, à l'issue de vastes débats populaires à l'échelle du pays tout entier, sur le destin national.

 

Le combat entre souveraineté populaire et système représentatif est clairement engagé en Suisse, pour de longues années. La cause de ce combat, c'est, au plus haut niveau du pays, pour reprendre le titre du chef d'œuvre publié en 1927 par Julien Benda, la trahison des clercs.

 

Pascal Décaillet

 

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10/12/2016

Trump aux enfants ? - Tout simple !

 

Sur le vif - Samedi 10.12.16 - 17.33h

 

"Comment expliquer Trump à mes enfants ?", se demande, torturé, mon confrère Stéphane Bussard, qui vient de passer cinq ans aux États-Unis comme correspondant. A lire le libellé de sa question, on dirait qu'il doit leur raconter un génocide, des horreurs, des abominations.

C'est tout simple, Cher Confrère. Il suffit de dire la vérité des choses, en demeurant factuel. En tenant, à peu près, ce langage :

 

" Chers enfants,

La grande démocratie américaine, en vigueur depuis 1776, avec des Présidents depuis 1789 (George Washington), a procédé cet automne, en fonction de ses règles, à l'élection du Président, qui se déroule tous les quatre ans, dans les premiers jours de novembre. C'est un poste très important, parce que le Président américain dirige l'une des plus grandes puissances du monde.

A l'issue d'un combat certes dur, mais parfaitement régulier, où chacun a pu s'exprimer, le candidat républicain, Donald Trump, a remporté l'élection, face à sa rivale démocrate, Hillary Clinton. Le vote doit être confirmé par les grands électeurs le 19 décembre. Et le 20 janvier, M. Trump entrera en fonction, pour quatre ans, jusqu'au 20 janvier 2021. Peut-être huit ans, s'il est réélu.

M. Trump profite de cette période de transition, comme l'ont toujours fait les présidents élus, pour nommer les ministres de son cabinet et définir les premières grandes orientations de son mandat. Ces dernières seront conformes à ses engagements de campagne, et non à ceux de sa rivale, puisque c'est lui, et non elle, qui a été élu.

Son programme est protectionniste sur le plan économique, isolationniste quant au déploiement américain dans le monde. Il vise à réguler l'immigration, notamment celle qui vient du Mexique, sur la frontière Sud. Il entend s'occuper prioritairement de l’intérieur du pays, par exemple en rénovant des infrastructures (routières, ferroviaires) vieillissantes, qui datent du New Deal, le puissant programme de relance de son lointain prédécesseur, le très grand Président Franklin Delano Roosevelt (1933-1945). Toutes choses qui ont été parfaitement annoncées pendant la campagne, et sur lesquelles l'électorat américain a voté en totale connaissance de cause. La moindre des choses, quand on obtient la confiance du peuple, c'est de respecter et d'appliquer ses engagements de campagne. Si on est élu, ça n'est pas pour faire la politique de son adversaire, battu.

Je sais, chers enfants, j'ai utilisé ici des mots un peu compliqués, comme "grands électeurs", "protectionnisme", "isolationnisme", "New Deal". Je reviendrai sur tout cela demain soir, et les soirées suivantes, c'est très facile à comprendre, vous verrez. Maintenant, il est l'heure d'aller au lit ! Comment ? Vous voulez encore une histoire ? De cow-boys et d'Indiens ? Bon OK, mais d'abord tout le monde va se brosser les dents ! "

 

Et toc, Cher Confrère. Simple, factuel, juste, vérifiable. Rien de dramatique. Rien d'apocalyptique. Rien qui relève de la morale. Juste des faits.

 

Pascal Décaillet

 

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