08/10/2018

Comprendre, plutôt que s'étrangler

 

Sur le vif - Lundi 08.10.18 - 07.22h

 

Au Brésil aujourd'hui, comme il y a deux ans aux États-Unis, comme en Italie, en Autriche, en Bavière, les paradigmes traditionnels de la politique de l'après-guerre sont en train d'éclater. Il faut en prendre la mesure, en tentant de comprendre en profondeur les motivations de ces électorats, plutôt que s'étouffer ou s'étrangler.

 

Les citoyennes et citoyens, un peu partout, veulent une prise directe sur le destin de leur pays. En Suisse, nous avons la chance de l'exercer, ce contrôle, grâce à la démocratie directe, ce bien si précieux qui sert de soupape, et permet d'exhumer des thèmes que la classe politique, les élus, voudraient laisser enfouis sous terre, parce qu'ils les dérangent.

 

En Suisse, oui, nous avons cette chance. D'autres peuples, de plus en plus, aspirent à établir, nation par nation, chacune selon son génie propre, une prise de décision directe des citoyens sur le destin du pays. L'évolution fulgurante des techniques, la mise en réseau des connaissances, vont dans ce sens.

 

Lutter contre la corruption. Défaire les cartels au sein des élites au pouvoir. Décider directement, d'en bas. Reprendre absolument le contrôle des flux migratoires. Ces thèmes, un peu partout, sont en pleine expansion. Aujourd'hui, la Bavière, demain l'ensemble de l'Allemagne ? Aujourd'hui l'Autriche, demain la Mitteleuropa ? Aujourd'hui l'Italie, demain la France ?

 

Pascal Décaillet

 

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Par pitié, pas les profs de droit !

 

Sur le vif - Lundi 08.10.18 - 09.29h

 

Par pitié, dans le débat du 25 novembre sur la primauté du droit suisse, qu'on nous épargne le doctes leçons des profs de droit !

 

Un prof de droit n'a aucune espèce de légitimité supérieure à celle de n'importe quelle citoyenne, n'importe quel citoyen, à s'exprimer sur un sujet de votation fédérale.

 

Il peut donner son avis comme citoyen. Comme nous tous. Comme citoyen, au milieu de cinq millions d'autres : le corps électoral, au niveau fédéral, en Suisse, se compose de tout homme, toute femme, de nationalité suisse, ayant 18 ans ou plus.

 

Dans une initiative, de quoi s'agit-il ? De modifier la Constitution. Le peuple et les cantons disposent de ce pouvoir. S'ils disent, comme le 9 février 2014, "Il faut des quotas pour réguler les flux migratoires", eh bien il faudra des quotas pour réguler les flux migratoires. S'ils disent "Le droit suisse doit primer sur le droit international", eh bien le droit suisse devra primer sur le droit international. C'est aussi simple que cela.

 

La souveraineté du peuple et des cantons, lorsqu'ils s'expriment sur des initiatives, ne saurait s'accompagner d'une application facultative par les instances de mise en œuvre. Cette souveraineté constitue un ordre - je dis bien : un ordre - donné par le corps des citoyennes et citoyens aux organes chargés de l'appliquer. Si ces derniers ne le font pas, ou minaudent, ou jouent la montre, ou dénaturent l'intention initiale, ce comportement constitue une trahison de l'ordre donné par le souverain.

 

Quant aux profs de droit, ils ont beau connaître par coeur la Constitution, comme un prof de latin connaît par coeur Virgile, cette dernière ne leur appartient pas. Pas plus que le génie poétique de Virgile n'appartient au grammairien, jaloux de concordance des temps et de précision dans les déclinaisons.

 

Non, la Constitution est écrite, remaniée, corrigée, au fil des décennies, par le peuple et les cantons. Ils en sont les auteurs, les inspirateurs. Les profs de droit sont là pour l'enseigner à leurs étudiants. Pas pour dire aux citoyennes et citoyens libres de ce pays ce qu'ils ont à voter.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/10/2018

Le pari de Pascal

 

Sur le vif - Dimanche 07.10.18 - 14.44h

 

Si le peuple et les cantons de Suisse décident, le 25 novembre prochain, que le droit suisse doit primer sur le droit international, eh bien le droit suisse devra primer sur le droit international.

 

Car s'ils devaient décider cela, et que la mise en application, volontairement freinée par le Parlement comme dans le cas du 9 février 2014, aboutissait au contraire, ce serait là une éclatante démonstration de la mise sous tutelle implacable du souverain suisse par le petit monde qui passe des pactes, sans souci de les faire ratifier, avec l'étranger.

 

Donc, une démonstration mathématique de la justesse de l'idée de l'initiative.

 

Pascal Décaillet

 

 

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06/10/2018

Le retour inexorable de l'Allemagne

 

Sur le vif - Samedi 06.10.18 - 06.49h

 

Il n'existe pas d'Union européenne. Politiquement, ce conglomérat est nul et non avenu. Mais il existe, sur le continent européen, une réalité parfaitement lisible et perceptible, depuis trente ans : la renaissance politique de l'Allemagne.

 

Pendant les trois premières décennies de son existence, de 1957 (Traité de Rome) à 1989 (chute du Mur), la Communauté européenne était un organe utile pour la collaboration sur le continent. Elle avait pour vertu l'équilibre entre ses membres fondateurs, principalement entre la France et l'Allemagne, piliers de la Cathédrale européenne.

 

À partir du 9 novembre 1989, l'équilibre de 1957 a été brutalement rompu. Un géant renaissait en Europe, avec la bénédiction des autres pays, et même sous les vivats. Le capitalisme de l'ouest phagocytait en rotant, tel un Moloch, la DDR, tout le monde applaudissait, sous prétexte que le communisme, "c'était mal". Nos beaux esprits, enivrés de reaganisme et de libéralisme, jugeaient à l'aune des idéologies, là où il fallait juger à l'aune des nations.

 

Dans la longue, la passionnante, l'époustouflante Histoire de la renaissance allemande depuis le grand Frédéric II de Prusse (1740-1786), le 8 mai 1945 n'a été qu'une défaite d'étape. Le jeune Helmut Schmidt, 27 ans, qui venait de faire toute la guerre comme officier de DCA dans la Wehrmacht, et que j'ai eu l'honneur d'interviewer à Hambourg en 1999, l'avait parfaitement compris.

 

Depuis la chute du Mur, et la réunification de 1990, l'Allemagne, sous l'impulsion du Rhénan catholique Helmut Kohl, incarnation des valeurs du Saint-Empire, à utilisé le paravent européen, la bannière européenne, pour camoufler la résurrection de ses ambitions stratégiques en Europe. Le comportement de Mme Merkel sur les Marches orientales, et jusqu'en Ukraine, va dans ce sens.

 

Pourquoi les profs d'Histoire n'étudient-ils pas ces choses-là avec leurs élèves ? Pourquoi ne leur font-ils pas lire les Discours à la Nation allemande (1807) de Fichte ? Pourquoi ne leur parlent-ils pas du travail exceptionnel des Frères Grimm sur l'identité historique et dialectique de la langue allemande ? Pourquoi, en cette approche du centenaire du 9 novembre 1918, ne leur parlent-ils pas, en profondeur, de la Révolution allemande, de la terrible année 1919, des combats entre Spartakistes et Corps-francs nationalistes ? Nous sommes là, avec l'humiliation du Traité de Versailles, dans des causes absolument directes de la naissance et de l'éclosion du nazisme. Pourquoi les profs d'allemand ne font-ils pas lire à leurs élèves le "Novembre 1918" de Döblin, ou les "Réprouvés", d'Ernst von Salomon ?

 

Il n'existe pas d'Union européenne. Il existe, au sein de cette structure fictive, une lente et inexorable renaissance de l'influence stratégique de l'Allemagne sur le continent européen. Ne pas voir cela, c'est passer à côté de l'essentiel.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/10/2018

Balkans : oui, une nouvelle guerre est possible

 

Sur le vif - Vendredi 05.10.18

 

Pour la première fois de ma vie, je suis d'accord avec M. Juncker ! Le Président de la Commission européenne estime parfaitement envisageable l'éventualité d'une nouvelle guerre dans les Balkans. Il a malheureusement raison.

 

Là où je ne le suis plus, c'est lorsqu'il presse une foule de pays balkaniques d'adhérer à l'Union européenne.

 

Je m'intéresse aux Balkans depuis une quarantaine d'années. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de m'y rendre. Sous Tito encore, avant 1980, je tâchais de lire ce que je pouvais trouver, en français ou en allemand, sur l'Histoire de cette région totalement passionnante. Il était clair, dès la mort de Tito (1980), que la Fédération des Slaves du Sud, datant de l'effondrement des deux grands Empires, l'Austro-Hongrois et l'Ottoman, n'allait plus durer très longtemps.

 

Le pays, en Europe, responsable au premier chef du démembrement de la Yougoslavie porte un nom : il s'appelle l'Allemagne. L'Allemagne de Kohl. L'Allemagne de la Chute du Mur (9 novembre 1989). L'Allemagne de la réunification (1990). Le Mur tombé, le Rhénan Kohl a racheté la DDR, l'Allemagne de l'Est, à coups de colossaux capitaux. Il l'a littéralement achetée, oui, avec une gloutonnerie, une vulgarité, une absence totale de considération pour la Saxe et la Prusse historiques, indignes de tout ce qu'avait été, entre 1813 et 1866, l'aventure de l'unification.

 

Je l'ai dit maintes fois, je le répète, la DDR valait mieux que cela. Elle méritait un autre traitement, dans les équilibres inter-allemands, si chers à un homme comme Willy Brandt (Chancelier de 1969 à 1974, l'homme de la génuflexion de Varsovie, décembre 1970), que ce "rachat", cette OPA du capitalisme le plus vil, le plus primaire, sur des terres, des populations, des traditions économiques et sociales qui n'avaient rien à voir avec cet ultra-libéralisme sauvage.

 

Cette Allemagne des années 1990, celle de Kohl, désormais réunifiée, veut montrer à l'Europe qu'elle n'est plus le nain politique de l'après-guerre. Le terrain de démonstration, ce seront les Balkans. J'étais à Berne, à la fin du printemps 1991, lorsque Kohl et Vranitzky, Chancelier autrichien, se sont empressés de reconnaître les déclarations d'indépendance unilatérales de la Slovénie et de la Croatie. Ils l'ont fait sous le paravent "européen" : c'était une manœuvre des anciennes puissances tutélaires germaniques pour reconquérir, dans cette région stratégiquement précieuse, une influence, notamment économique et commerciale.

 

Pendant toutes les années 1990, la Communauté européenne, devenue Union européenne, n'a cessé d'avaliser, d'embrasser, de faire siennes les positions de l'Allemagne de Kohl sur les Balkans. Il s'agissait, en lien étroit avec l'OTAN, donc avec les Etats-Unis, de briser des reins de la Fédération des Slaves du Sud, casser son influence, la remplacer par celle des capitaux "européens", entendez en majorité allemands, dans les Balkans. Pour cela, au milieu d'opérations militaires intra-balkaniques où la sauvagerie était omniprésente, on a volontairement noirci les uns (les Serbes), pour alléger le fardeau de responsabilité des autres. Exemple : ce qui s'est passé dans la Krajina croate.

 

Au moment des événements du Kosovo, en 1998, et surtout 1999, les services secrets allemands, en lien avec ceux de l'OTAN, ont tout fait pour favoriser l'UCK, donc chacun connaît la légendaire douceur.

 

Alors oui, une guerre dans les Balkans peut hélas revenir. Pour la simple raison que rien n'est réglé. On a laissé accéder à l'indépendance des pays qui n'ont pas les moyens militaires, ni économiques, de se défendre seuls, et qui viennent se masser sous la parapluie de l'OTAN. Entre les peuples de l'ex-Yougoslavie, rien n'est réglé, nulle véritable paix, les désirs de revanche sont immenses. Et ça n'est absolument pas l'adhésion de certains pays, ou pseudo-pays, à l'Union européenne, organe au demeurant en liquéfaction, qui va résoudre quoi que ce soit.

 

Alors oui, pour une fois, il convient de donner raison à M. Juncker : les Balkans, un jour ou l'autre, peuvent parfaitement recommencer à s'embraser. Et tout le tragique de l'Histoire, dans ces pays qui me sont chers, repartir à zéro.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Que viendrait faire le peuple, dans cette idylle ?

 

Sur le vif - Jeudi 05.10.18 - 10.02h

 

Depuis que Mme Sommaruga est aux affaires, je ne suis d'accord avec rien de ce qu'elle dit, rien de ce qu'elle fait. Rien contre la dame à titre personnel, loin de là, mais opposition totale, géométrique, à chacun de ses propos, chacun de ses actes.

 

Par exemple, malgré la fougue naturelle - et légendaire - qui me porte vers les humains, je n'aurais sans doute pas embrassé avec une telle ferveur M. Juncker. Je me fus, tout au plus, contenté d'un soufflet, en évitant d'un millimètre le contact physique, en ces temps de centenaire de la grippe espagnole.

 

Ou encore, cette manie, face à chaque initiative, de la démolir avant même qu'on eût entendu les auteurs du texte, en nous promettant la mort du pays, les rats, la peste bubonique, les sauterelles, en cas d'acceptation. Quand elle entend le mot "initiative", la socialiste Simonetta Sommaruga, cent ans après le Comité d'Olten et la Grève générale, fonce aux abris.

 

J'aime les initiatives, Mme Sommaruga ne les aime pas. J'aime la démocratie directe, Mme Sommaruga ne l'aime pas. J'aime que toute la Suisse débatte du même sujet, et pourquoi pas en s'engueulant, le temps d'une campagne, et qu'un dimanche l'affaire soit tranchée ; Mme Sommaruga n'aime pas ces choses-là. Elle doit les considérer comme du désordre, de l'imprévu, des fausses notes sur la partition.

 

Mme Sommaruga est faite pour la quiétude de la Berne fédérale. Ce petit monde qui vit entre soi. Avec des juristes, des avis de droit, des ordonnances, des recours. La politique, comme un orchestre de chambre. Les pulsions de la vie, réglées comme du papier à musique. Que viendrait faire le peuple, dans cette idylle ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/10/2018

Jean-Pascal, vingt ans déjà

 

Sur le vif - Jeudi 04.10.18 - 09.18h

 

C'était un homme qui incarnait l’État et respirait la vie. Un combattant d'exception, rude comme le taureau, âpre à la tâche, porté par l'action. Son verbe, à nul autre pareil, surgissait de quelque fermentation, celle qui prend le temps, pour débouler, décocher, défriser, apaiser nos soifs d'étonnement. Il y avait du Gilles, il y avait du Ramuz, il y avait chez cet homme de droite des essences de rive gauche.

 

Il n'était pas un littéraire, comme son prédécesseur Chevallaz, ni d'ailleurs un paysan, bien qu'il en eût la puissance, la structure. Il était juste un destin, jeté là, poussière d'étoile, arrachée à la terre.

 

Il était un homme d'esprit qui aimait les gens. Il a aimé son pays, avec l'ardeur et l’incandescence d'une braise, celle qui de l'âtre, consumant les ceps, transmettant leur parfum comme un encens, donne à la salle obscure des rêves orangés.

 

Oui, j'ai aimé Jean-Pascal Delamuraz. Il a représenté pour moi, pas toujours sur les choix, mais assurément dans l'exceptionnelle dignité de son rapport à la charge, ce que l'engagement politique peut produire de plus puissant : la liberté d'un homme, offerte au service de l’État.

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/10/2018

L'Alma Mater et les Barbares

 

Sur le vif - Mardi 02.10.18 - 09.32h

 

Des étudiants bâlois, nous apprend le Temps, veulent bannir la Weltwoche de l'enceinte de l'Université.

 

Cette attitude, souvent reproduite dans les milieux estudiantins de Suisse face à une école de pensée qui n'est pas la leur, est particulièrement grave.

 

Ces étudiants ont le droit le détester la Weltwoche. Donc, de ne pas la lire. Ou (ce qui serait déjà mieux), de la lire et de s'énerver.

 

De quelle sorte d'enceinte veulent-ils exclure ce journal ? Réponse : d'une Alma Mater. En latin, ça veut dire Mère Nourricière. Comme la Louve de Rome.

 

Une Université, une Alma Mater, c'est précisément, depuis Bologne, depuis la Sorbonne, un lieu, certes géographiquement au coeur de la Cité, mais immatériellement dans l'ombilic invisible du monde, où puisse souffler l'esprit, pour reprendre le mot si beau de Maurice Barrès.

 

Le souffle de l'esprit ne passe pas par une mise à l'écart des idées qui dérangent. Mais par l'acceptation de la pluralité, puis la mise en énergie des antagonismes. S'il est un lieu où cette dernière doive se faire par l'argument, plutôt que par l'émotion, c'est justement l'Université.

 

Pour ma part, je suis abonné à la Weltwoche. Et je suis aussi abonné à Gauchebdo. Et pendant toute mon adolescence, dès l'âge de quinze ans, j'étais abonné au Nouvel Observateur, qui soutenait la gauche, en opposition à Giscard. Et toute ma vie, j'ai lu le Spiegel, proche du SPD, la NZZ, voix du Freisinn, la Frankfurter Allgemeine.

 

Et quand j'étais à l'Université de Genève, à partir de 1976, j'adorais me réfugier à la "Salle des Journaux", à côté de la cafétéria, Uni Bastions, rez-de-chaussée. J'y dévorais le Journal de Genève, où je commençais d'ailleurs à rédiger mes premiers papiers. Dans cette salle, je respirais un air de liberté. Elle était digne d'être nourricière. Digne de se trouver dans l'Alma Mater.

 

Les étudiants censeurs de l'Université de Bâle sont des Barbares.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/09/2018

Et personne au pilori !

 

Sur le vif - Dimanche 30.09.18 - 13.43h

 

Ils ont voté NON à la loi sur l'égalité des salaires. Et alors ?

 

Dans un Parlement, les élus votent les lois. Ou ne les votent pas. Il ont le droit de dire OUI. Et ils ont, tout autant, à parfaite égalité, celui de dire NON.

 

Afficher les visages de ceux qui ont voté NON, à la manière des "WANTED" des westerns, comme si ces Messieurs étaient recherchés par Interpol, est un procédé qui suinte l'obligation d'adhésion à une cause. Parce que cette cause serait MORALE. Et que ces méchants Neinsager auraient attenté à la MORALE de la cause.

 

Ce procédé, c'est la fin de la démocratie. Puisque cette dernière, précisément, stipule qu'à un objet proposé, on peut dire OUI, ou dire NON. Et qu'il ne saurait être question de diaboliser ceux qui disent NON. Encore moins, de les livrer en pâture.

 

Ne venez pas me dire que les photos "WANTED", sous le titre dénonciateur, sont suivies d'un article rédactionnel, où les faits sont correctement énoncés.

 

C'est le cas, certes. Mais le lecteur, qui feuillette son journal le dimanche matin, voit, au tout premier jet, les titres et les photos. C'est cela, très souvent, qui lui reste. L'effet propagandiste de la photo délatrice est donc atteint.

 

Je plaide pour une société démocratique. On soumet des objets au peuple, ou à ses élus, ou aux deux à la fois. Chacun a le droit de dire OUI. Chacun a le doit de dire NON.

 

On pouvait dire OUI à l'initiative du 9 février 2014 sur l'immigration de masse. Ou lui dire NON. On pouvait dire OUI à No Billag. Ou lui dire NON. On peut dire OUI à l'initiative du 25 novembre sur les "juges" étrangers. Oui lui dire NON.

 

On pourra dire OUI, un jour, à la libre circulation des personnes. Oui lui dire NON.

 

Cela s'appelle la démocratie.

 

Et personne au pilori.

 

Pascal Décaillet

 

 

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L'énergie, trésor commun

 

Sur le vif - Dimanche 30.09.18 - 09.16h

 

J'ai toujours été contre la libéralisation du marché de l'électricité.

 

J'étais contre il y a vingt ans, en parfait accord avec Pierre-Yves Maillard, bien seul à l'époque face aux blairiens. Dans ces années-là, toute la presse nous poussait la chansonnette de la libéralisation.

 

Je le suis toujours. J'estime que les grandes forces de production du pays, d'intérêt public, vitales pour tous les habitants, doivent être du ressort de l’État.

 

 

C'est un point de vue étatiste. Je l'assume parfaitement. Pour moi, la maîtrise de l'énergie par les collectivités publiques, avec contrôle démocratique, fait partie des missions régaliennes. Et ne saurait être livrée au monde du profit et de la spéculation.

 

Pascal Décaillet

 

 

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29/09/2018

Priorité à la cohésion de la Suisse !

 
 
Sur le vif - Samedi 29.09.18 - 12.34h

 

1,3 milliard versé par la Suisse pour la "cohésion" de l'Union européenne.

 

Le Conseil fédéral n'est pas responsable de la "cohésion" d'un club en voie d'évaporation ! Dont la Suisse, au demeurant, n'est même pas membre.

 

Mais le Conseil fédéral est sacrément responsable, en revanche, de la cohésion interne, la cohésion sociale, la solidarité, au sein du peuple suisse.

 

Les retraités, par exemple, apprécieront la collusion de l'annonce de ce 1,3 milliard avec celle, tombée deux jours avant, de la mirifique adaptation de leurs rentes.

 

Pascal Décaillet

 

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27/09/2018

Reconnaissance

 

Sur le vif - Jeudi 27.09.18 - 10.59h

 

Immédiatement après Kurt Furgler (1971-1986), Doris Leuthard aura été la grande conseillère fédérale PDC de l'après-guerre. Elle a beaucoup travaillé, beaucoup obtenu, remporté beaucoup de succès. Elle a admirablement servi son pays, en respectant le fragile secret de ses équilibres. Elle mérite notre reconnaissance.

 

Pascal Décaillet

 

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26/09/2018

Johann, sors de ce coooooorps !

 

Sur le vif - Mercredi 26.09.18 - 07.43h

 

Hallucinant ! Simonetta Sommaruga, tirant sur la RSR les premières orgues de Staline contre l'initiative d'autodétermination du 25 novembre, avance en priorité le fait que la Suisse est un "pays d'exportations". Imaginez la complexité, dit-elle, si chaque Accord de libre-échange est attaqué en votation populaire.

 

En écoutant cela, je me suis dit : "Johann, sors de ce coooooorps !".

 

Qu'une socialiste, pour combattre le texte de l'UDC, en soit réduite à mimer la rhétorique du grand patronat, des libéraux et des exportateurs de machines-outils (dont le ministre PLR sortant a fait tous les caprices pendant huit ans, tout en négligeant la paysannerie suisse), au nom du sacro-saint "franc sur deux gagné à l'étranger", est tout de même sacrément révélateur.

 

On aurait pu s'attendre à ce que Mme Sommaruga nous parle droits de l'homme. Par exemple, ultime recours à la CEDH, qui peut être salvatrice pour le justiciable victime d'une erreur judiciaire, mais ayant eu sa condamnation confirmée par le TF. Là, il y a un vrai problème, et on peut s'attendre à ce qu'une socialiste pétrie d'humanisme l'évoque.

 

Mais les Accords de libre-échange ! Si c'est cela, l'axe de campagne des opposants, au nom du "pragmatisme" du peuple suisse, et en laissant tomber la question fondamentale de Strasbourg, alors ils ont du souci à se faire.

 

Si même les socialistes deviennent, pour les besoins de la cause, les avocats du lobby des exportateurs (pour lesquels on dirait que toutes les priorités économiques suisses sont construites, y compris celles de la Banque Nationale, au détriment du marché intérieur), alors c'est à désespérer d'avoir, dans notre pays, un débat de fond sur la souveraineté, les relations internationales, les droits ultimes des justiciables.

 

Oui, Johann, sors de ce coooooorps !

 

Pascal Décaillet

 

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25/09/2018

La Suisse a besoin d'un radical

 

Sur le vif - Mardi 25.09.18 - 15.32h

 

Après M. Schneider-Ammann, de quoi la Suisse a-t-elle besoin ? La réponse est claire : au-delà des personnes, et en sachant que le nouvel élu sera un PLR, notre pays a impérativement besoin de retrouver, au sein de cette famille politique, la puissance du souffle radical.

 

M. Schneider-Ammann est, dans ses fibres les plus profondes, un libéral. Chef d'entreprise, passionné par l'exportation de machines et le fameux "franc sur deux gagné à l'étranger", artisan de nombreux Accords de libre échange, très peu sensible à la cause paysanne, il est libéral dans toute l'acception du terme. Il prône la concurrence internationale, et dans ce monde-là, que le meilleur gagne !

 

C'est son droit. Le nôtre, c'est de souhaiter intensément que le prochain membre alémanique du PLR au Conseil fédéral soit une personnalité incarnant l'Etat, son autorité, sa responsabilité sociale, ses missions de subsidiarité, de mutualité, de répartition des richesses, d'équilibre entre régions favorisées (Triangle d'or, Arc lémanique) et périphériques (agriculture de montagne, etc.).

 

La Suisse a besoin d'un homme d'Etat. Et je serais le premier heureux si cet homme pouvait être... une femme. Je pense évidemment à Mme Keller-Sutter, la meilleure de tous, mais je ne veux pas, dans ce texte-ci, personnaliser trop tôt le débat.

 

Dans la famille PLR, la Suisse a besoin de retrouver l'inspiration profonde de cet immense courant de pensée, dans notre Histoire, depuis 1848, et à vrai dire, par signaux annonciateurs, depuis 1798, qui s'appelle le radicalisme. Le Freisinn !

 

La grande erreur, en septembre 2010, au-delà de la personne parfaitement respectable de M. Schneider-Ammann (je garde un excellent souvenir de son passage à Genève à Chaud), a été de vouloir à tout prix élire un chef d'entreprise. Ah, ce mythe du manager, il avait encore la dent dure après la crise financière !

 

Eh bien non. J'affirme ici, de toutes mes forces, que conduire une entreprise avec succès ne constitue en rien un gage de réussite pour mener l'Etat. Les deux missions sont parfaitement différentes. Surtout dans un pays comme la Suisse, où la recherche des équilibres doit être une priorité constante.

 

Puisqu'il faut un PLR (la formule l'exige), il importe à tout prix que ce soit un radical. Qui apporte avec lui le souffle de l'Histoire, la passion des institutions, la volonté de les réformer, l'amour du pays tout entier, du village le plus reculé d'une vallée latérale valaisanne au campus le plus moderne de nos Universités.

 

Le temps de la grande illusion libérale est révolu. Un partie croissante de l'opinion publique aspire à un retour de l'Etat. Il est essentiel que le prochain conseiller fédéral incarne ces valeurs-là, et non le seul culte de la réussite individuelle, celle des spéculateurs et des déracinés.

 

Pascal Décaillet

 

 

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It's now or never !

 

Sur le vif - Mardi 25.09.18 - 13.42h

 

Bon, eh bien maintenant que nous revoilà à la case départ de septembre 2010, il m'apparaît qu'une bonne dose de radicalisme venu de Suisse orientale, allez disons Saint-Gall, d'intelligence, de culture, de parfaite connaissance des langues, d'une incroyable oreille musicale dans l'oralité du français, de fermeté, d'ouverture, de lumière dans le sens de la synthèse, pourraient enfin rendre à la Suisse quelque service signalé, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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La démocratie passe par la connaissance

 

Sur le vif - Mardi 25.09.18

 

La politique n'est en aucun cas l'affaire des seuls élus. Elle est l'affaire de tous ! Les élus parlementaires sont juste des gens chargés de faire des lois. Et ces lois, si le corps des citoyens les estime mal faites, il peut les contester par référendum, et le suffrage universel tranche.

 

Il faut arrêter de sanctifier l'élection. Nous élisons des hommes et des femmes pour qu'ils fassent des lois. Ils ont ce droit. Celui, aussi, de siéger dans un Parlement, y délibérer, y trancher. Ces droits-là, et strictement aucun autre. Le débat politique ne leur appartient pas.

 

Et nous, le corps des citoyennes et citoyens, entendez au niveau fédéral les Suisses de plus de 18 ans, nous avons le droit de défaire leurs lois par référendums. Et nous avons - bien plus intéressant - celui de déterrer des sujets enfouis par la classe politique, au moyen d'initiatives populaires.

 

L'initiative est, à mes yeux, l'acte le plus saisissant de la démocratie suisse. Il part du peuple pour aller au peuple. Il engage un dialogue direct du peuple avec le peuple. Il est tranché, un beau dimanche, par le peuple et les cantons.

 

Non seulement nous ne devons pas restreindre - comme le suggèrent des professeurs de droit jaloux de leur cléricature - les droits populaires en Suisse, mais j'appelle à ce qu'on les augmente, dans les décennies qui viennent.

 

Il est loin, le temps des diligences, où des notables élus s'en allaient siéger trois semaines dans une Diète nationale, pour revenir ensuite dans leur bourgade ou leur village. Il s'éloigne même, le temps des partis politiques, chapelles d'appartenance à vie sous le même étendard, fanfare radicale par ci, conservatrice par là, festivals de fanfares, luttes de clans, tout cela, d'ici un demi-siècle, un siècle, pourrait bien s'évaporer.

 

L'exceptionnelle progression des moyens d'accès au savoir, aux données, la mise en réseau de ces derniers, vont progressivement changer la manière même de faire de la politique. On pourra beaucoup plus, comme dans l'initiative populaire, agir par objectifs ciblés, pragmatiques, sur un temps assez court (deux ou trois ans par objet), plutôt que passer sa vie à clamer, repu, "Je suis PLR", ou "Je suis PDC", ou "Je suis UDC", ou "Je suis socialiste". Et passer ses soirées à siéger au milieu d'autres comitards. Et passer ses week-ends en réunions de familles politiques, pour la simple jouissance corporatiste de se sentir sous la même bannière. L'être humain est certes un animal social, rien ne l'oblige à se comporter en mouton grégaire.

 

Rien ne me passionne plus que les pistes d'évolution - oh, cela mettra du temps - de la démocratie directe suisse. Davantage de pouvoir au suffrage universel. Mais attention : pas pour une démocratie d'opinion, ou de clics, ou de café du commerce. Non, la démocratie passe par le chemin de connaissance, par l'étude des dossiers, l'autorité sur la matière. Il ne s'agit pas de faire un peuple roi, comme il existe des enfants rois. Il s'agit de parvenir à un peuple mûr, informé, engagé. C'est cela, le secret fragile et magnifique de la citoyenneté partagée.

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/09/2018

Dominique Catton

 

Sur le vif - Lundi 24.09.18 - 09.07h

 

C'était un homme au regard de lumière, avec un sourire qui embrassait la vie. L'un de ceux, ces cinquante dernières années, qui ont le plus fait pour la culture à Genève. La culture pour tous !

 

En nous quittant à l'âge de 75 ans, Dominique Catton laisse un vide que nul ne mesure. Son théâtre Am Stram Gram, fondé par lui en 1974, et porté infatigablement jusqu'en 2012, a donné le goût de la scène à des dizaines de milliers d'enfants, et aussi à leurs parents. C'est un exploit que de capter l'attention des plus petits, une aventure de transmission inégalable, dans la continuité tranquille des générations.

 

Je n'oublierai jamais le moment où Dominique Catton m'avait annoncé, en buvant un verre à l'issue d'un spectacle, qu'il allait monter les Bijoux de la Castafiore, avec l'étourdissant Jean Liermier dans le rôle de Tintin. Pendant des mois, je me suis demandé comment il a allait transmettre le secret si fragile de la ligne claire, d'Hergé. Je suis allé voir la pièce : dans le mouvement comme dans la conception, la ligne claire était là, juste, grave et légère. La réussite était totale.

 

Dominique Catton est arrivé un jour à Genève, et, pendant des décennies, il a tout donné à cette ville, ce canton, ce bout de lac épris de culture, ouvert au monde. Travailleur infatigable, toujours enthousiaste, toujours un regard d'avance sur les spectacles à suivre. Immensément attaché aux comédiens, les mettant en valeur, suivant leur carrière, allant voir les spectacles, imaginant la suite, regard de marin porté sur l'horizon.

 

Il sera difficile d'oublier sa chaleur humaine, l'attention centrale qu'il portait à l'humain, l'intensité de son regard lorsqu'il évoquait un projet. Genève perd un grand artiste. Et un impressionnant faiseur d'artistes. Le vide laissé est immense.

 

Pascal Décaillet

 

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22/09/2018

Depuis trente ans, l'Allemagne joue solo

 

Sur le vif - Samedi 22.09.18 - 18.58h

 

Dans les trois premières décennies de l'Europe communautaire, entre 1957 (Traité de Rome) et 1989 (chute du Mur), l'Allemagne a parfaitement joué le jeu d'une participation collective au projet européen.

 

Cette grande puissance, abattue le 8 mai 1945, très vite relevée économiquement grâce au plan Marshall (à l'Ouest) et surtout à la volonté de fer du peuple allemand, a mis du temps à ré-émerger politiquement. D'abord, parce que les vainqueurs du Reich ont tout fait pour l'en empêcher. Aussi, parce qu'il a fallu digérer la défaite, accomplir un travail de mémoire, résoudre le problème de la partition du pays en deux. Adolescent, sensible à la DDR, notamment à son projet culturel, j'étais persuadé que, de mon vivant, je ne verrais pas d'autre structure allemande que la dualité BRD-DDR.

 

La chute du Mur, d'un coup, a bouleversé la donne. Voilà, dès 1990, sur les atlas représentant l'Europe, un géant central aux dimensions presque comparables à celles de 1936. Tout au plus, l'excroissance constituée, au Nord-Est, par la Prusse Orientale, mais aussi la Silésie, la Poméranie, n'étaient plus (officiellement) germaniques. Mais enfin, à l'exception de cette patte tendue vers les Pays Baltes, le géant était de retour.

 

A partir de 1989, à vrai dire surtout 1990 et 1991, Kohl a franchement joué solo. Avec la Monnaie unique (copie conforme du Deutschemark), Maastricht, les investissements colossaux en Pologne et en Tchéquie, sans compter la Slovénie et la Croatie, détachées à dessein de la Fédération des Slaves du Sud pour revenir dans le giron économique germanique, le Rhénan Helmut Kohl a recommencé, dans l'indifférence générale (voire sous les vivats) à mener une politique proprement allemande.

 

Aucun de ses prédécesseurs, ni Adenauer, ni Erhard, ni Kiesinger, ni l'immense Willy Brandt, ni l'excellent Helmut Schmidt, ne l'avaient fait avant lui. Schröder a continué. Mme Merkel aussi, jusqu'en Ukraine.

 

Aujourd'hui, l'Allemagne de Mme Merkel ne se comporte absolument plus comme l'un des gentils 27 membres de l'Union. Elle se comporte (on l' a vu avec la Grèce) avec le paternalisme de Saint-Empire du suzerain. Un suzerain aimable, pacifique, juste dominateur sur le plan économique et financier, imposant sa stratégie commerciale sur les Marches de l'Est. Avec la politique ukrainienne de Mme Merkel, nous sommes à des milliers de lieues des géniales intuitions de l'Ostpolitik des équipes de Willy Brandt (1969-1974) : nous sommes, aujourd'hui, dans un rapport de domination et de gloutonnerie du monde germanique sur une partie du monde slave.

 

Depuis trente ans, il m'apparaît qu'il n'existe guère de question européenne, tant cette dernière est impalpable, évanescente. Mais qu'il existe bel et bien, en revanche, la passionnante et difficile question allemande. Cela, dans l'accomplissement d'un destin et d'un dessein collectifs entamés, entre 1740 et 1786, par le Roi de Prusse Frédéric II, l'homme qui a réveillé les consciences allemandes en Europe, un siècle après la dévastation totale du pays, en 1648.

 

Le destin allemand est en marche. Depuis trente ans, il chemine sous la bannière européenne. Bientôt, il n'en aura même plus besoin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Choisir

 

Sur le vif - Samedi 22.09.18 - 10.14h

 

L'attachement aux identités nationales n'a nul besoin de renaître. Il a toujours été là ! Il a juste été contenu, étouffé, censuré, depuis des décennies, par le mondialisme cosmopolite.

 

Il appartient maintenant à chacun de nous de choisir s'il veut la spéculation planétaire et déracinée, ou l'engagement au sein d'un périmètre, même modeste, où s'exercent la citoyenneté active, émancipatrice, responsable.

 

Dans ce périmètre, communauté de mémoire et d'émotions, souvenir des morts, expérience commune, avenir inventé ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

 

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21/09/2018

L'Europe se meurt, l'Allemagne vit !

 

Sur le vif - Vendredi 21,00.18 - 15.15h

 

15.15h - J'ai cru en l'Europe jusqu'à la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). A partir de ce moment, évidemment capital dans son Histoire, l'Allemagne n'a absolument plus joué le jeu du Traité de Rome (1957), et celui des équilibres entre les pays membres.

 

Sous l'impulsion du Rhénan Helmut Kohl, a elle cessé d'être le nain politique de l'après-guerre, pour très vite redevenir un géant de la Mitteleuropa. Il n'y a pas eu de réunification : il y a eu absorption, pure et simple, de la DDR par le capitalisme de l'Ouest. Ce dernier en rêvait depuis 45 ans : en 1990, il a pu exaucer ses voeux.

 

Un capitalisme sauvage, un libéralisme financier n'ayant rien à voir avec la tradition économique et sociale de la vieille Allemagne bismarckienne, ont été imposés de force aux Länder de l'ex-DDR. Le mot "DDR" a été aboli, alors que le mot "BRD" (l'Allemagne de l'Ouest) a été conservé, pour baptiser l'ensemble "réunifié" !

 

Tout, dans ce procédé, suintait la précipitation, la gloutonnerie, la vulgarité d'un enrichissement rapide pour quelques-uns, ceux qui pouvaient faire des affaires avec la Treuhand, la société chargée de racheter l'Allemagne de l'Est. Comme on rachète, pour un franc, une friche industrielle.

 

En politique étrangère, Kohl a immédiatement donné des signes d'affranchissement par rapport à la gentille Allemagne en rédemption des années 1949-1989. Son terrain, ce furent les Balkans. Il manque encore une grande Histoire, en langue française, du rôle des capitaux allemands, des services secrets allemands, en liaison avec l'OTAN, dans le démembrement de l'ex-Yougoslavie, par exemple dans les événements du Kosovo, en 1999. Mitterrand, sur le terrain balkanique, de 1991 à 1995, s'est fait proprement avoir par son ami Helmut.

 

Après Kohl, il y a eu Schröder, et maintenant Mme Merkel. Omniprésente. Dans l'affaire grecque, elle s'est comportée avec l'arrogance suzeraine d'un Empereur du Saint-Empire. Comme la cheffe de l'Europe ! En Ukraine, dans les Pays-Baltes, en Macédoine, elle avance ses pions. Pendant que la politique étrangère française en Europe roupille, celle de l'Allemagne, jouant sa propre carte nationale, est partout.

 

Il n'y a plus d'Europe. Il y a l'Allemagne. Qui saisit le paravent européen comme bannière de ses propres manœuvres nationales.

 

Pascal Décaillet

 

 

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