22/02/2017

Pierre Maudet : 49.3 à l'ombre

 

Sur le vif - Mercredi 22.02.17 - 13.52h

 

Je réfléchis depuis hier midi à cette histoire de régularisation des sans-papiers, qui m'a occupé une bonne partie de la journée. Un élément m'apparaît, avec puissance : qu'on soit pour ou contre, il est inimaginable qu'une telle réforme soit imposée par simple ukase du gouvernement, sans passer par la voie parlementaire, voire (mieux, toujours mieux) celle de la démocratie directe.

 

Sur le prix du sucre, on peut éventuellement gouverner par ordonnances. Mais assurément pas sur un sujet aussi sensible, qui touche à la loi républicaine, au statut d'êtres humains, au thème ultra-sensible de la migration. Toutes choses qui nécessitent un débat citoyen. Où les choses puissent se dire, les arguments s'entrechoquer, les idées se combattre.

 

Sinon, c'est du 49,3, à l'ombre de la démocratie, M. Maudet.

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2017

François Bayrou, trop superbe solitaire

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Sur le vif - Mardi 21.02.17 - 15.35h
 
 
J'apprécie énormément François Bayrou, c'est un homme d'intelligence et d'unité, son modèle est le Roi Henri IV, celui qui sut mettre fin aux Guerres de Religion, entrer dans Paris (au prix d'une messe), réconcilier le pays, après d'immenses épreuves. Si l'intime connaissance de ces épreuves vous intéresse, je vous recommande l'un de mes livres préférés, Les Tragiques, d'Agrippa d'Aubigné (1552-1630), un homme que Genève connaît bien.
 
 
J'apprécie Bayrou, et les plus fidèles d'entre mes lecteurs se souviennent que je l'avais soutenu avec ardeur, dans cette magnifique campagne de 2007, où il avait été, vu ses moyens, un héroïque troisième homme. Je ne partage pourtant pas du tout ses thèses européennes, mais l'homme me plaît, la patience avec laquelle il creuse son Sillon, d'aucuns comprendront les raisons philosophiques et littéraires de ma majuscule, à ce mot.
 
 
J'apprécie Bayrou, François Mitterrand avait dit qu'il serait un jour Président, il ne l'a pas dit de beaucoup d'autres, en tout cas pas de Rocard, ni de Jospin.
 
 
J'apprécie Bayrou, il pourrait être un rassembleur, comme l'avait été, naguère, le Roi Henri. Mais hélas, il y a un problème : le Béarnais est un homme seul. Il n'a pas de troupes. Or, le système d'élection du Président de la Cinquième, depuis la réforme de 1962, taillée sur mesure pour Charles de Gaulle, cette machine majoritaire, à deux tours, implique que les candidats aient derrière eux une véritable armée.
 
 
François Mitterrand, le politicien le plus habile de la Cinquième République, avait mis 23 ans à la constituer, cette armée : entre 1958 et 1981. En passant par l'Observatoire (1959), la présidentielle de décembre 1965, la prise à la hussarde du PS à Epinay-sur-Seine, en juin 1971, la présidentielle de 1974, pour enfin construire la superbe victoire du 10 mai 1981. A chaque défaite, ce diable d'homme se renforçait ; au fil des années, ses troupes augmentaient.
 
 
Bayrou, hélas, n'en est pas là. Il partage avec Pierre Mendès France, l'exceptionnel Président du Conseil de juin 1954 à février 1955, un trait de caractère funeste dans une mécanique majoritaire : celui d'être un solitaire ombrageux, persuadé d'être le meilleur, ciselant son indépendance plutôt que de forger une armée. Cela donne de magnifiques individus, idéaux pour biographes et romanciers, mais rarement des vainqueurs de grandes batailles.
 
 
Dans ces conditions, à la fois je souhaiterais vivement que François Bayrou se lance dans l'arène des présidentielles 2017, à la fois je ne le créditerais, hélas, en ce 21 février, que de fort peu de chances. Une telle bataille se prépare des années à l'avance, il faut conquérir les âmes, exercer les troupes au combat. Je crains que le Maire de Pau, qui eût fait une carrière d'exception dans le système proportionnaliste de la Quatrième République, ne puisse conquérir un bastion aussi difficile, dans l'implacable mécanique majoritaire.
 
 
Pascal Décaillet
 

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20/02/2017

Macron : mon chouchou

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Sur le vif - Lundi 20.02.17 - 13.36h

 

Si j'étais Français, le dernier candidat pour lequel je voterais, je dis bien le DERNIER, est Emmanuel Macron.

 

Pour une simple raison : aussi sympathique soit-il, je ne décèle rien en lui qui soit de nature à m'inspirer l'idée de l'Etat, l'idée de la Nation. Quelque chose d'un peu dur, régalien, cadastré. Quelque chose comme un cimetière militaire, du côté de Douaumont. Quelque chose comme la mémoire du tragique, le respect du sang versé, la passion du passé. Et pas juste pour raconter n'importe quoi, avec une insoutenable légèreté, dans cette Algérie dont l'Histoire m'est si chère.

 

Or, ces deux idées, l'Etat et la Nation, m'importent.

 

Parce que, s'il n'y a plus ni Etat ni Nation, alors ne subsisteront qu'élégants marquis d'Ancien Régime, parfumés dans leurs salons de jeux. Et loi de la jungle, loi du plus fort. Casino, mondialisé. Et fardeau, pire encore, pour les plus démunis. Ce qui n'est pas exactement l'idée que, depuis l'âge de sept ans et demi (décembre 1965) je me fais de la France.

 

C'est aussi simple que cela. Je n'ai rien d'autre à dire sur ce candidat.

 

Pascal Décaillet

 

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Pierre Maudet et l'illusion d'une défense européenne

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Sur le vif - Lundi 20.02.17 - 08.25h

 

Quand j'entends Pierre Maudet, ce matin à la RSR, regretter le rejet, en 1954, de la CED, Communauté européenne de défense, et souhaiter explicitement une "défense européenne", je me demande, tout capitaine soit-il, dans quelle représentation stratégique du continent il évolue mentalement.

 

J'ai étudié l'histoire de la CED, qui est passionnante. Gaullistes, mendésistes et communistes, bref la quasi-totalité des partis issus de la Résistance, s'y étaient opposés. Ils voyaient bien, neuf ans après la guerre, que, sous le noble et chatoyant prétexte de créer une défense européenne, on allait avant tout accélérer le réarmement allemand.

 

Comme je l'ai dit maintes fois ici, si les villes allemandes étaient détruites en 1945, l'armement, lui, ne l'était pas tant que cela. Et l'encadrement de la toute nouvelle Bundeswehr, dès 1949, fut constitué à partir de celui... de la Wehrmacht. Tout esprit un peu initié savait, en 1954, à quelle vitesse pouvait se reconstituer l'armée allemande, si on lui donnait les moyens institutionnels que le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949 lui refusait.

 

Bref, à l'issue d'un débat dantesque, la CED finit par être refusée, à l'Assemblée, par 319 voix contre 264, le 30 août 1954, sous le gouvernement du seul véritable homme d'Etat de la Quatrième République, Pierre Mendès France.

 

Retour à Pierre Maudet. Nous sommes dans l'Europe de 2017. L'improbable conglomérat nommé "Union européenne" est en voie de douce liquéfaction. Stratégiquement, une puissance, en toute discrétion, ne cesse de se renforcer : l'Allemagne. Ce week-end, elle annonçait fièrement qu'elle serait l'élève modèle de "l'OTAN" (autre fantôme programmé) en appliquant les 2% de son PIB à ses dépenses militaires. Juste avant Noël, elle a modifié le Grundgesetz en s'autorisant désormais des actions offensives. Juste avant Noël, elle a voté la construction de trois bâtiments de guerre, pour la marine, qui feront parler d'eux d'ici une quinzaine d'années.

 

Et Pierre Maudet, à la RSR, vient rêver à haute voix d'une "défense européenne". Pour devenir les satellites de l'armée allemande ? Assurer servilement son intendance ? Dans quelle représentation cérébrale de l'Europe Pierre Maudet vit-il ? Ne voit-il pas le retour, en matière stratégique, des intérêts fondamentaux des nations ? Pourquoi, au nom de quelle idéologie supranationale, se refuse-t-il à prendre acte de ce fait ? Est-il aveuglé par les démons de candeur et de cécité du NOMES ?

 

Il ne saurait exister de "défense européenne", pour la simple raison qu'il n'existe pas "d'Europe" institutionnelle crédible. Une force de frappe ne peut pas émaner d'un ectoplasme où règne l'impuissance impersonnelle. Non, elle doit être le bras armé d'un Etat soudé, cohérent, d'un peuple qui se reconnaît dans une communauté, "Gemeinschaft".

 

En Europe occidentale, depuis vingt ans, tout le monde démilitarise, sauf... l'Allemagne. Parler aujourd'hui de "défense européenne", c'est tomber exactement dans le même leurre, le même panneau, que les naïfs partisans de la CED, lors du débat homérique de 1954.

 

Pascal Décaillet

 

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19/02/2017

Investigation, ou délation ?

 

Sur le vif - Dimanche 19.02.17 - 18.46h

 

Si j'étais Français, François Fillon ne serait pas mon candidat. A cause de ses positions économiques et sociales, beaucoup trop libérales pour moi, ce que je notais déjà, ici même, lors de sa victoire à la primaire, le 30 novembre 2016, dans un commentaire intitulé "Ça n'était qu'une primaire de la droite". Alors que tout le monde le voyait déjà à l’Élysée. Le libéralisme, carrément ultra en l'espèce, est ce qui me sépare de Fillon. Pour le reste, je l'apprécie beaucoup. Notamment lorsqu'il assassine jouissivement le "prédicat", ce jargon de ridicule préciosité des pédagos.

 

Mais soyons clairs : si je partageais les thèses de François Fillon au point de le vouloir comme Président, je l'encouragerais à aller jusqu'au bout, malgré la meute. Et ne le jugerais en aucune manière en fonction des "affaires" sorties par Mediapart. On sait trop - je sais trop - dans ces cas-là, tout ce que ces casseroles jaillissant comme par hasard en pleine campagne peuvent avoir de programmé, d'instrumentalisé. A cet égard, on commence un peu trop, chez le moraliste-en-chef Edwy Plenel, à confondre "journalisme d'investigation" avec pure et simple délation.

 

Je vais plus loin : la parfaite rectitude morale d'un candidat ne m'intéresse pas trop. Seule compte, pour moi, son aptitude à gérer le pays. Dans la tempête, on envoie au gouvernail le meilleur pilote, on ne lui demande pas son certificat de bonnes vies et moeurs. Ni même un document attestant qu'il ne s'est jamais contredit.

 

Cette position, qui est mienne depuis toujours, me vaut de régulières engueulades avec mes amis américains, beaucoup plus rigoristes. Je ne le suis pas. La morale ne m'intéresse guère en politique. La capacité, la compétence, si, en absolues priorités.

 

Pascal Décaillet

 

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Corps et vie, dans un destin commun

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Sur le vif - Dimanche 19.02.17 - 15.38h

 

Il est temps qu’émerge, en Suisse romande, le courant à la fois conservateur et social dans lequel un nombre non-négligeable de nos compatriotes pourraient, je crois, être appelés à se reconnaître. Chacun dans sa sensibilité, ses nuances, ses différences. Le temps des antiques bannières est passé, où l’on entrait en parti comme en religion, dans un esprit de paroisse et de famille, appliquant sans sourciller les mots d’ordre de l’appareil, demeurant jusqu’à son dernier souffle dans la chapelle. Nous sommes des hommes et des femmes libres, des citoyens, nous votons pour qui nous voulons, nous répondons souverainement « oui » ou « non » aux objets de votations, sans avoir à nous en justifier, sauf si nous le souhaitons.

 

Je dois m’expliquer sur le mot « conservateur ». Il ne s’agit pas, dans mon esprit, de se figurer le monde à travers le tableau « L’Angélus », de Jean-François Millet, au demeurant sublime, ni de vouloir la résurrection d’un Âge d’Or n’ayant au fond jamais existé. Alors que Millet peignait ce superbe et vertical moment d’immobilité paysanne, en plein Second Empire, entre 1857 et 1859, les premiers ravages de la Révolution industrielle faisaient mourir à trente ou quarante ans les travailleurs des mines, dans lesquelles œuvraient des enfants.

 

Non. Être conservateur, ça n’est pas rêver le retour du passé. Ce qu’il faut « conserver », c’est le corps social. La cohésion, au sein du pays. Celle pour laquelle nos ancêtres se sont tant battus, nous léguant dès la fin du 19ème siècle les premières Caisses mutuelles (sur le modèle social bismarckien, totalement en avance sur le reste de l’Europe), puis en 1948 l’AVS, puis les différents modèles d’assurances accident, ou maladie, mais aussi la protection des travailleurs, sur les chantiers ou dans les usines, l’aide à la paysannerie, la démocratisation des études, etc.

 

C’est cette Suisse en mouvement dans laquelle je crois, née de 1848, mais tout autant de la réconciliation de 1891, la proportionnelle de 1919, la Paix du Travail de 1937, le vote des femmes de 1971, bref ce qui a fait bouger le pays. Ce que je veux « conserver » n’est donc certainement pas l’immobilité, même celle, merveilleusement figée, des deux paysans de Millet, mais au contraire la saine et fructueuse dialectique du mouvement. C’est là qu’intervient la démocratie, surtout directe, celle qui permet au plus grand nombre de débattre, s’engueuler dans de saintes et magnifiques colères, et finalement, un beau dimanche, trancher. Ce que je veux « conserver », c’est la puissance créatrice de ce mouvement : on est quand même, me semble-t-il, avec cette définition, assez loin de celui qui contemple nos belles montagnes, en attendant que quelque chose se passe.

 

Je dis « conservateur », mais je dis aussi « social ». Mes racines idéologiques personnelles ne sont pas celles de la gauche marxiste, ni des démonstrations glacées du matérialisme dialectique. Elles viennent d’ailleurs, notamment de la Doctrine sociale de 1891, à laquelle je fais souvent référence. Parce qu’au fond, je crois qu’entre humains, c’est l’essentiel qu’il faut préserver : la vie sur terre, le partage, la communication, la culture, la reconnaissance commune d’un passé, de traditions, avec ce qu’il implique d’incessant travail de mémoire. C’est là qu’intervient l’Histoire, qui sans cesse remet en question nos certitudes, corrige et équilibre les témoignages, réinvente la vie. Le passé n’est pas derrière nous, comme une matière inerte. Non, il est devant nous, il nous attend, il exige de nous le travail d’introspection, de lecture des archives, pour tenter de lui restituer corps et vie.

 

Ce qui m’intéresse, c’est qu’ensemble, malgré nos désaccords, nous soyons corps et vie, justement. Engueulons-nous, c’est vital, la démocratie n’a jamais été la torpeur. Assumons nos opinions, nos positions. Fuyons la fausse neutralité des eunuques. Existons, que diable, tant que le souffle de vie nous est prêté.

 

J’écris sur le conservatisme social, parce qu’il existe, de M. Fillon à certains Américains, de tel potentat zurichois à tel éditorialiste, un autre courant, qu’on peut qualifier de conservatisme libéral. Ce dernier n’est absolument pas le mien. Pour la bonne et simple raison que, s’il existe au fond de mon tempérament un solide tempérament conservateur, peut-être d’essence littéraire autant que politique, il n’existe en revanche rien de libéral. Enfin rien, dans le sens « ultra » de ce mot, celui qui nie l’Etat, se désintéresse du corps social, méprise la frontière au nom du Capital mondialisé.

 

Voilà. J’ai tenté ici de donner quelques précisions. Je ne pense pas, en Suisse romande, parmi deux millions d’âmes, être le seul à percevoir les choses ainsi. Peut-être, entre ceux qui, peu ou prou, partageraient cette vision, ne serait-il pas inutile de se mettre à échanger, dialoguer. Non pas se fédérer sous une même bannière, je n’ai pas l’âme partisane, mais créer un lieu où nos énergies puissent parfois vibrer ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

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18/02/2017

La "Conférence de Munich", ça vous dit quelque chose ?

 

Sur le vif - Samedi 18.02.17 - 18.14h

 

En matière de stratégie, il ne faut pas trop écouter ce que racontent les gens, mais considérer les faits. Qui maîtrise le terrain ? Avec quel armement ? Pour appliquer quelle stratégie ? Le reste, ce sont des bavardages.

 

Dans cet esprit, ce qui se passe à la "Conférence de Munich" (le nom ne s'invente pas !) se révèle une Journée des Dupes dont le grand gagnant n'est ni "l'Union européenne" (entité inexistante sur le plan stratégique), ni les Etats-Unis, mais, une fois de plus, l'Allemagne.

 

Que vient dire Mike Pence, vice-président américain, de la part de Donald Trump, au vieux continent ? Que les Etats-Unis "n'abandonneront pas" l'Europe, à condition que chaque membre de l'OTAN veuille bien s'acquitter des fameux 2% du PIB destinés à la défense nationale.

 

La première qui a dit oui, histoire de se montrer bonne élève, est Mme Merkel. Elle recueille, pour cela, applaudissements et bénédiction générale.

 

Le problème, c'est que les 2% du PIB allemand (monumental, en comparaison des autres membres) destinés à la Bundeswehr, ne s'intégreront dans les forces de l'OTAN que... si l'OTAN continue d'exister. Or, rien n'est moins sûr : le règne de M. Trump pourrait être celui d'un retrait progressif des forces américaines sur un continent européen où elles sont posé le pied le 6 juin 1944. Et, le 10 juillet 1943, sur sol sicilien.

 

La vraie nouvelle de la "Conférence de Munich" d'aujourd'hui, c'est que l'Allemagne, dans l'indifférence générale, confirme au monde l'augmentation de son budget militaire. Juste avant Noël, elle votait l'acquisition de trois bâtiments de guerre qui, d'ici dix ou quinze ans, permettront à la Kriegsmarine de remplacer la Royal Navy dans la maîtrise des mers Baltique et du Nord.

 

Juste avant Noël, toujours, l'Allemagne de Mme Merkel, toujours dans l'indifférence générale, modifiait le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949, se permettant désormais la possibilité d'intervenir de façon offensive sur les théâtres d'opérations choisis par elle. Faut-il rappeler que, dans ce domaine, l'action offensive, la tradition militaire allemande bénéficie d'un "savoir-faire" (pour user d'un euphémisme) que nul ne peut lui envier, sur le continent européen ? Notamment sur les Marches de l'Est.

 

Voilà. J'ai donné ici quelques faits, tous vérifiables. Je n'annonce rien, ne prévois rien, ne conclus rien. Je constate des faits. Au lieu de réagir aux discours.

 

Pascal Décaillet

 

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Le jardin de l'Oncle Hô

 

Sur le vif - Samedi 18.02.17 - 15.23h

 

Tous les samedis, entre 14.30h et 16h, je lis Gauchebdo. C'est peu dire que le numéro 7, daté d'hier, 17 février 2017, est de nature à ravir toute âme éprise de liberté intellectuelle, et pour qui le style n'est pas l'ultime préoccupation.

 

Pour ne prendre que quelques exemples, il y a cette reprise de l'article de Rosa Moussaoui, dans l'Humanité, sur Aulnay-sous-Bois, autour de "l'affaire Théo". Une page entière de sociologie urbaine, d'écoute, d'intelligence.

 

Il y a aussi une belle philippique de Sylvain Thévoz (ce garçon doit comprendre que sa vocation est d'écrire) sur le Musée d'Ethnographie de Genève, où il plaide pour des expositions plus concernantes, pas seulement faites pour "égayer un dimanche pluvieux".

 

Il y a, avant toute chose, une lumineuse dernière page, signée Pierre Jeanneret, intitulée "Mille ans de poésie vietnamienne", avec une incroyable photo d'Hô Chi Minh, attablé devant une table d'écriture en 1957, plume dans la main droite, cigarette dans la gauche. Quelque part, dans un jardin.

 

D'un journal, j'attends qu'il me surprenne. Qu'il me déroute. Me conduise sur des chemins que, le matin même, je n'imaginais même pas. Gauchebdo, je l'ai dit maintes fois dit et le répète, accomplit pour moi toutes ces fonctions. Semaine après semaine, comme le Nouvel Observateur de mon adolescence, je l'attends.

 

Pascal Décaillet

 

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Faîtière arrogante et lustrée

 

Sur le vif - Samedi 18.02.17 - 11.13h

 

La première chose que je ne supporte pas, dans EconomieSuisse, c'est ce nom. Il s'agit du patronat, voire du grand patronat de ce pays. Pourquoi ne s'intitulent-ils pas "Grand patronat suisse", ou un truc du genre, un peu franc du collier, au lieu de s'approprier le mot "économie" ? Le plus modeste des salariés, ou des petits entrepreneurs, ou des apprentis-fromagers, la moins bien payée des caissières participent tout autant à "l'économie" que la faîtière des grands patrons. Il y participent bien plus, assurément, que les apparatchiks salariés propagandistes de cette faîtière.

 

La deuxième chose que je n'aime pas dans EconomieSuisse, après leur lamentable défaite de dimanche, c'est qu'ils recommencent à nous mettre le couteau sous la gorge en disant qu'il faut une nouvelle réforme de la fiscalité des entreprises, "le plus vite possible". Non Madame, la Suisse prendra le temps qu'il faudra, et vos histoires d'OCDE et de listes noires ne nous impressionnent pas.

 

La troisième chose que je déteste dans EconomieSuisse, c'est le libellé lui-même de ce nom, cette raison sociale qui ne correspond à aucune grammaire, aucune orthographe, pourtant servilement reprise par les journalistes économiques, les mêmes qui disent "UBS" ou "Crédit Suisse", sans l'article : esclaves de l'effet marketing d'un logo ! Depuis quand n'y aurait-il pas d'espace entre un nom et un adjectif ? Depuis quand l'adjectif prend-il une majuscule ? On se croirait sorti, tout frais et tout sonore encore, tout ébaubi, tout abruti, de l’École de Mme Vallaud-Belkacem.

 

Bref, Mesdames et Messieurs de cette faîtière arrogante et lustrée, vous avez pas mal de chemin devant vous pour reconquérir un peu de crédit auprès du peuple suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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14/02/2017

Soubrettes des libéraux

 

Sur le vif - Mardi 14.02.17 - 10.36h

 

Dès l'annonce du vote sur RIE III, dimanche en début d'après-midi, j'ai posé, ici et ailleurs, la question du vrai vote UDC et PDC sur cette affaire. Un sondage Tamedia, sorti des urnes, publié par la TG, confirme que la question, pour le moins, se pose.

 

RIE III n'était même pas une affaire PLR, c'était une affaire LIBÉRALE. Les tonalités d'arrogance de la campagne, c'est des LIBÉRAUX qu'elles sont venues. Libéraux genevois, vaudois, zurichois, bref ce savoureux mélange de superbe patricienne et de Bahnhofstrasse. A cela, s'est ajoutée l'aile libérale de l'UDC, assez lointaine de mes horizons personnels, et c'est exactement pour cela qu'hier, j'ai publié mon commentaire "Conservateur, social, républicain".

 

Pour cela, aussi, que dès dimanche midi, j'ai posé la question du PDC. Rappelant la Doctrine sociale comme fondement de la philosophie politique de ce parti. Regrettant qu'à Genève, d'aucuns aient préféré jouer la soubrette des libéraux, plutôt que d'affirmer l'identité propre de la démocratie chrétienne : l'économie au service de l'humain, l'économie pour tous, l'économie de proximité.

 

On a eu l'impression, hélas, que même dans ce parti, certains se comportaient dans la campagne comme les porte-parole des multinationales. Comme si ces dernières n'avaient pas les moyens de s'en offrir. Plus ils nous mettaient le pistolet sur la tempe, plus nous en étions excédés.

 

Il va vraiment falloir, maintenant, nous parler autrement. J'y reviens demain dans mon commentaire de GHI, écrit hier. J'y rappelle que nous sommes des citoyens, pas des sujets.

 

Le 12 février 2017, le peuple suisse n'a pas dit non au principe d'une harmonisation des taux d'imposition. Il a dit non à l'extrême arrogance d'une caste, qui a cru pouvoir convaincre avec des aboiements.

 

Pascal Décaillet

 

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13/02/2017

Conservateur, social, républicain

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Sur le vif - Lundi 13.02.17 - 15.01h

 

D'aucuns se prétendent conservateurs libéraux. J'en prends acte. Pour ma part, il y a oxymore, ou tout au moins paradoxe, entre ces deux mots.

 

J'ai sans doute, dans mon rapport à la politique, des éléments qu'on peut qualifier de conservateurs. Je ne les nie pas. Mais je n'en ai assurément aucun qui puisse se rattacher au libéralisme économique. C'est un grand mouvement de pensée, que je respecte, mais que je combats. Ils sont pour le libre échange, moi pas. Pour la libre circulation, moi pas.

 

Ils sont contre l'Etat, je suis pour, et même pour un Etat fort, ce qui ne signifie évidemment pas tentaculaire, encore moins pléthorique dans le nombre de ses fonctionnaires. En matière de défense nationale, de sécurité des personnes et des biens, d'éducation, de santé publique, de grandes assurances sociales, de soutien à l'agriculture et à l'industrie, je veux l'Etat. En matière d'énergie, aussi, de grandes infrastructures.

 

Ils sont pour le dogme de libre concurrence. Je suis pour limiter cette dernière dans certains domaines, comme l'agriculture, afin de préserver nos producteurs locaux. C'est une forme de protectionnisme, j'en conviens, je l'assume. Je me bats depuis des décennies pour cela, j'ai traversé, fort seul, les années 1990 et 2000, en plaidant pour ces choses-là, alors que d'innombrables, autour, nous chantaient les miracles du capitalisme financier, mondialisé.

 

Ils se disent conservateurs libéraux. On les trouve aux Etats-Unis, en France avec M. Fillon, dans une certaine partie de l'UDC. Pour ma part, je suis un conservateur social. Attaché à la valeur du travail, comme l'a toujours été mon père, qui aurait fêté aujourd'hui, 13 février, ses 97 ans. Attaché, aussi, à la cohésion du pays, à une juste répartition des richesses. A une attention aux plus démunis. Prenez les arguments des conservateurs catholiques, vaincus et minoritaires depuis novembre 1847, en Suisse, entre 1848 et 1891. Vous y trouverez, face au progrès industriel incarné par les radicaux, face à la montée en puissance des pouvoirs financiers dans notre pays, certaines inflexions qui pourraient, peut-être, se faire entendre dans mon discours.

 

Prenez l'inoubliable Encyclique "Rerum Novarum", réponse à la condition ouvrière et aux méfait sociaux de la Révolution industrielle, oui prenez-le, ce texte lumineux de 1891, rédigé par Léon XIII, le Pape du Ralliement à la République, et vous accéderez à l'une ou l'autre source, non négligeable, des flux de philosophie politique qui me traversent. Il y est dit, constamment, que l'économie doit être au service de l'humain, de son épanouissement, et non l'humain au service de l'économie. Le travail doit nous libérer, pas nous asservir.

 

Ils se disent conservateurs libéraux. Moi, je suis un conservateur social. Patriote. Et passionnément républicain.

 

Pascal Décaillet

 

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12/02/2017

RIE III : le glas de l'arrogance

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Sur le vif - Dimanche 12.02.17 - 14.41h

 

RIE III, refusée au niveau national, refusée à Genève. Depuis des semaines, des mois, sur ce blog, nous dénoncions, dans la campagne, la politique du pistolet sur la tempe. Le chantage à l’absence de Plan B. Surtout, l’arrogance de certains élus, dans la droite d’idéologie libérale, qui ne cessent, depuis des décennies, du haut de leur complet-cravate, de nous enseigner l’économie, comme s’ils étaient les seuls à la comprendre. Comme si le petit peuple, celui qui se lève pour aller travailler, contribue de toute sa sueur à la vitalité des entreprises, n’était pas le mieux placé pour saisir ce qu’est le travail, le mérite, l’inventivité, ce que vaut l’argent, une fiche de salaire, une contribution sociale.

 

Alors, ce petit peuple, sous prétexte que l’OCDE a édicté de nouvelles règles pour harmoniser les taux d’imposition, on lui a flanqué une arme chargée sur la partie temporale de la tête, on lui a hurlé pendant des mois qu’il devait à tout prix voter oui, que sinon ce serait la catastrophe. Ce petit peuple, on a passé des mois à lui faire la leçon. On lui a expliqué, doctement, les mécanismes de l’économie, comme s’il n’était pas capable, par son expérience professionnelle, y compris dans les fonctions les plus modestes, de les comprendre par lui-même. On lui a imposé une théologie de la vérité économique. Il fallait avaler le dogme, ou mourir. Le peuple a refusé le dogme, et il a parfaitement survécu.

 

A Genève comme dans la métropole lémanique, comme à Zurich ou à Bâle, où ces enjeux de multinationales sont bien réels (ailleurs, ils sont perçus comme lointains), il va falloir maintenant réinventer le modèle économique, ce qui n’a guère été fait ces dernières décennies. Si les multinationales, à Genève, ont pris un tel poids, c’est peut-être qu’en haut lieu, on a investi de façon totalement exagérée dans cette forme de profit facile, mais dénué de toute garantie de longévité. Dénué de toute assurance d’emploi durable pour nos résidents.

 

A cet égard, s’il n’était guère étonnant de voir les libéraux s’engouffrer dans ce modèle, donc dans la défense extatique de RIE III, il le fut bien davantage de voir la docilité du PDC à les suivre le doigt sur la couture du pantalon, et même celle d’une partie d’une droite que, pour notre part, nous voulions croire non libérale, protectionniste, attachée aux petites gens. Il y a eu là comme le mirage d’un ralliement généralisé dont il sera passionnant, rétrospectivement, de démêler l’histoire.

 

Prenons Genève. La grande leçon de cet échec, c’est qu’il faut maintenant orienter les décennies qui nous attendent sur une absolue primauté à nos PME. Le temps des petits et moyens entrepreneurs a sonné. Le temps de les respecter. De les encourager. De leur donner la parole. De leur faciliter la tâche administrative. De valoriser ceux qui forment des apprentis. L’obsession de quelques leaders de droite libérale, avec hélas leurs affidés PDC et d’ailleurs, pour les multinationales, c’est terminé. En tout cas, qu’ils ne s’avisent plus de venir nous faire la leçon. Le peuple veut un autre modèle économique. Plus proche des gens. Plus diversifié. Moins arrogant. Moins tenu par les actionnaires et les milieux financiers. Inventer ce nouveau modèle, c’est le défi des années qui nous attendent. Avec ou sans les multinationales.

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/02/2017

Troix voix, un miracle

 

Sur le vif - Vendredi 10.02.17 - 13.58h

 

Saisissant momenBichro_GT_small.jpgt de radio, qui se termine à l'instant sur France Inter, dans la Marche de l'Histoire : Jean Lebrun interroge Tzvetan Todorov sur Germaine Tillion, en 2012. Germaine Tillion (1907-2008), que j'ai eu l'honneur d'interviewer dans les années 90, n'était déjà plus de ce monde. Aujourd'hui, alors que ces trois voix, d'une infinie présence, se mêlent et nous parviennent, c'est Todorov, avec ses "R" si magnifiques, qui vient de nous quitter.

 

Trois voix. Trois voix mariées, le temps d'une émission. Aujourd'hui, deux des trois locuteurs nous ont quittés. Mais les trois voix sont là. La Kabylie des années 30. Le Musée de l'Homme. La Résistance. Ravensbrück. La torture en Algérie. La bataille d'Alger, 1957. Germaine, racontée par Tzvetan. Germaine elle-même, en archives. Tzvetan, évoqué par Lebrun. Trois voix, comme trois chemins, dans le mystère de l'univers.

 

La radio est un miracle.

 

Pascal Décaillet

 

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07/02/2017

Le crabe, sur la vase

 

Sur le vif - Mardi 07.02.17 - 05.35h

 

En politique, ceux qui veulent faire neuf, ou rénovateur, ceux qui prétendent "dépasser le clivage droite-gauche", "faire de la politique autrement", bref tous ces ensorceleurs de la modernité, ces candidats Pepsodent aux dents éclatantes, sont ceux qui vieillissent le plus vite. D'un coup. Comme dans les films d'épouvante.

 

Pourquoi ? Parce que l'Histoire est tragique. Parce que la lutte des classes, ça existe, la guerre, l'immuable noirceur des passions. Nier cela, au nom d'une modernité présentée comme immaculée, délivrée des antiques malédictions qui nous habitent tous, c'est duper les gens.

 

L'archaïsme, au contraire, ne cherche pas à tromper. Impopulaire en première lecture, il charrie avec lui la solidité d'une permanence. Il assume l'Histoire, les contradictions, le sang versé, le sacrifice collectif. Il ne cherche pas, sous le moindre prétexte, à diluer des frontières, si porteuses de sens, pour d'improbables conglomérats ectoplasmiques.

 

Pour évoluer, le monde a besoin de revenants. C'est un paradoxe, oui. Comme la démarche du crabe, sur la vase encore humide.

 

Pascal Décaillet

 

12:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/02/2017

Les sujets "de société" et le déclin de la presse romande

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Sur le vif - Dimanche 05.02.17 - 18.29h
 
 
Dans mon édito d'hier sur la presse romande, "ce qui la tue", j'ai dit un mot de l'importance délirante prise, depuis des décennies, par les sujets "société". J'ai dit aussi le rôle joué par l'idéologie de Mai 68 dans cette tendance. Nous sommes là dans un thème très important pour moi, fondateur de tant de mes combats.
 
 
Mon problème avec Mai 68 n'a jamais été de type "droite-gauche" : à bien des égards, sur le rapport à l'Etat, à la nation, à la sécurité sociale, à la santé publique, à la solidarité et la cohésion nationales, je suis sans doute plus à gauche que bien des soixante-huitards. Combien d'entre eux, d'ailleurs, libertaires pour lancer le pavé, ne sont-ils pas devenus libéraux, voire ultra, la quarantaine surgie, qui coïncidait avec les années de Veau d'Or, et d'argent facile ? Pendant ce temps, très seul dans la presse romande, je combattais la dérive spéculative et financière, rappelais la philosophie de Léon XIII, d'Emmanuel Mounier et de la Revue Esprit, insistais pour que l'économie demeurât au service de l'humain, de son épanouissement, non le contraire.
 
 
Non. Mon problème avec Mai 68 est qu'ils n'ont cessé de mettre en avant, non des sujets politiques, mais des sujets "de société". Or, ces sujets-là ne n'intéressent pas. Ils ne m'ont jamais intéressé. Prenez mes textes, je ne m'exprime pas sur eux. Je suis plutôt un homme passionné par l'Histoire, ou plutôt chaque Histoire spécifique à chaque nation, principalement la France, l'Allemagne, la Suisse, les Balkans, mais d'autres aussi. J'ai lu des milliers de biographies historiques, beaucoup plus que de romans. C'est ainsi.
 
 
Et puis, j'aime la langue. La poésie. La musique, plus que tout. Et puis, observer la nature.
 
Mais je n'ai aucun avis particulier sur les questions "de société" qui agitent tant l'espace public depuis Mai 68, et la presse romande depuis les années 80, et surtout les années 90, où ces sujets ont explosé dans les médias. Apparition des "pages société", puis de "cahiers société", et même de "magazines société". Cette presse-là ne m'intéresse pas. Elle n'est pas ma tradition personnelle.
 
 
Je ne nie en aucune manière à cette presse le droit d'exister. Mais je dis qu'elle a pris trop de place, que les sujets "magazine", dans les années cossues des rédactions (qui sont bien finies !), relevant du luxe et non de la nécessité, ont pris un tel empire que certains en ont oublié les fondamentaux du journalisme : traiter l'actualité au jour le jour, avec la rigueur d'un métronome et l'ascèse infatigable, interroger le politique avec une distance critique, décrypter sans concession les mécanismes du pouvoir, proposer sans relâche une mise en contexte historique, une lecture diachronique, analyser plutôt que moraliser. Informer plutôt que distraire.
 
 
Sur cette inflation des questions de société dans la presse, j'aurai l'occasion de revenir. Nous sommes là dans l'une des causes du déclin de nos journaux, en Suisse romande. On ne peut tout de même pas tout mettre sur la férocité des méchants éditeurs, de Berlin ou d'ailleurs.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 
 

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La poire, le rot, le fromage

 

Sur le vif - Dimanche 05.02.17 - 14.44h

 

C'est une lourde erreur de considérer les humoristes, les caricaturistes, comme étant a priori des figures de contre-pouvoir. En Suisse romande, ils sont tout le contraire. L'immense majorité d'entre eux ne font qu'adopter la POSTURE de la rébellion, la sale tronche du bouffon, pour en fait s'insérer parfaitement dans le monde des puissants. Qui les paye, comme fous du roi. Tant qu'on amuse la Cour, on éloignera les révoltes. Les voilà donc majors de table, nos braves "humoristes", mercenaires de galas, amuseurs de galeries, entre le rot, la poire et le fromage.

 

Deux dessinateurs de presse, absolument géniaux, Mix et Burki, nous ont quittés juste avant Noël. Je ne suis pas sûr que leurs survivants aient le même génie de la dérision. La même application à tous du trait d'humour. Car enfin, nos "humoristes", aujourd'hui, à toujours attaquer dans la même direction, apparaissent plutôt comme les Croisés d'une cause. Au service de la morale. Des militants, en somme.

 

Janissaires de cocktails, ils font exploser de rire les rombières, dérident la charité du bourgeois, titillent puissants, décideurs et possédants. Lesquels, calcinés par l'alibi, se montrent bien peu regardants sur les syllabes avalées, le phrasé beaucoup trop rapide, le calcul d'un rire toutes les dix-sept secondes, caisse enregistreuse à l'appui, cette importation new-yorkaise qui suinte le profit, plutôt que l'exercice d'une quelconque dérision réelle.

 

Bref, nos humoristes, je les aime bien. A un détail près, sans importance : la plupart d'entre eux ne me font simplement pas rire.

 

Pascal Décaillet

 

17:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/02/2017

Ce qui tue la presse romande

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Sur le vif - Samedi 04.02.17 - 17.11h

 

Ce qui tue la presse romande, ce ne sont pas les méchants éditeurs, de Berlin ou d’ailleurs, qui ne veulent plus l’imprimer. Enfin si, ce sont aussi ces gens, mais pas seulement.

 

Ce qui tue la presse romande, depuis plus de vingt ans, c’est le conformisme des journalistes. Pas tous, loin de là. Mais beaucoup d’entre eux.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est son uniformité, son unanimisme, ses saintes voix de saintes chapelles, le culte du Bien, l’analyse politique captive du prisme de la morale, une crasse, profonde, mortifère méconnaissance de l’Histoire, remplacée au mieux par la sociologie, la plupart du temps par rien du tout.

 

Ce qui tue la presse romande, et j’aborde là un sujet tabou qui me tarabuste depuis plus de trente ans, c’est l’importance démesurée qu’ont pris, dans les rédactions, les sujets « de société » par rapport à l’analyse historique et politique. Nous sommes là dans l’un des effets les plus dévastateurs de Mai 68. Je suis un fou de presse, un fou d’archives, je passe des centaines d’heures à dévorer de vieux journaux, j’en avais lu des milliers pour ma Série de 1994 sur l’Affaire Dreyfus : je peux vous le dire, il y a cinquante ans encore, quasiment pas de sujets de « société ». Aujourd’hui, majoritaires, ils écrasent tout.

 

Lorsque le Journal de Genève (où j’ai accompli mes premières années) s’est fondu post mortem, en 1998, avec le Nouveau Quotidien, pour devenir le Temps, c’étaient comme les eaux turquoise de l’Arve, à la Jonction, et bleues du Rhône, ne se mélangeant pas. Le premier, c’étaient 172 ans d’analyse et de prises de position politiques ; le second, c’étaient sept ans de suprématie « société ». Impossible fusion.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est la matrice HEI, dont sont sortis tant de ses beaux esprits. La fabrique idéologique, à quelques centaines de mètres de l’ONU, et quelques dizaines de l’OMC, de générations de journalistes qui allaient défendre, le doigt sur la couture du pantalon, le multilatéralisme, l’OTAN, la mondialisation, l’Union européenne, bref tout ce qui ressemble à des conglomérats tueurs de nations, de souverainetés, de sentiments d’appartenance. Et en anglais, s’il vous plaît !

 

Ce qui a largement contribué à tuer la presse romande, c’est son comportement au moment des guerres balkaniques, entre 1990 et 2000. Ignorance historique crasse, parti-pris systématiquement anti-serbe, pro-croate, pro-bosniaque, pro-kosovar, pro-albanais. Diabolisation de tout un peuple. Refus de voir les réalités : retour en force de l’influence allemande, juste après la chute du Mur, rôle des services secrets allemands dans les événements du Kosovo, affaiblissement, voulu par Washington, du monde slave cyrillique, l’axe Moscou-Belgrade, instauration d’une « justice internationale » à la botte des Etats-Unis. Cécité de ces braves gens, sortis d’HEI, face à ces phénomènes que j’ai, pour ma part, étudiés de près, m’étant rendu sur le terrain, m’étant abreuvé à d’autres sources. Il faut voir comment, dans ces années 1990, dans les rédactions, on traitait ceux qui, sur la question balkanique, osaient une autre voix.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est la peur des pairs, la peur du débriefing. La sainte horreur face à l’idée qu’on pourrait déplaire au chef, et plus encore aux chefaillons. Surtout, ne pas déteindre. Rester dans la ligne. Le pire de tout : au nom de cette peur du moindre engagement, s’abriter derrière une prétendue « neutralité ». Comme si la parole, le verbe, la syntaxe, l’angle du regard pouvaient être neutres ! Tout acte journalistique, à commencer par la prétendue neutralité de quelques eunuques-troncs, est, par la nature même de la parole, un acte engagé. Alors, de grâce, assumons : de gauche, de droite, du centre, tout cela m’est parfaitement égal, mais ayons l’élémentaire courage de décliner le point de vue duquel on parle.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est son retard à relever les défis de la technique. Son mépris des formes nouvelles d’expression, comme les réseaux sociaux. Son mythe du papier. Son attachement au temps des immenses rotatives, si coûteuses. Sa permanence dans le modèle des bonnes vieilles rédactions, avec de bons vieux chefs, de bons vieux horaires, de bons vieux bureaux, la bonne vieille cafétéria. Comme si tout cela, hérité de l’ère industrielle, n’avait pas déjà éclaté !

 

La presse romande survivra-t-elle ? Je n’en sais rien. Ce qui doit vivre, en chacun de nous, chaque citoyenne, chaque citoyen de ce bout de pays, et pas seulement les journalistes, c’est l’angle du regard. La fraîcheur de l’approche. L’audace du verbe, écrit ou prononcé. On ne nous a pas donné des micros, ni des claviers, ni même encore des feuilles si vous y tenez, pour que n’y laissions que le vide de nos peurs. Mais pour que chacun d’entre nous, s’il le souhaite, s’engage, nous étonne, nous informe de ce que nous ignorions, nous cultive, nous exaspère, nous dérange, nous éblouisse, et parfois aussi nous émerveille. A tous, excellente soirée.

 

Pascal Décaillet

 

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03/02/2017

La conversion de Constantin

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Sur le vif - Vendredi 03.02.17 - 19.00h

 

Le métier de directeur de prison n'est pas nécessairement, à première vue, le plus drôle qui soit. Je n'ai, de ma vie, jamais mis les pied dans une prison, si ce n'est, en 1983, pour rendre visite à un ami, objecteur. Alors que j'étais moi-même sous les drapeaux, pour payer mes galons !

 

C'est un monde que je ne connais pas. Tout au plus ai-je toujours, dans le vaste atelier de mes désirs, le projet de faire un jour, avec mon ami Alberto Velasco, une émission de radio en milieu carcéral. Pas une seule émission : un rendez-vous, régulier, pour les détenus, les gardiens, tout le monde de l'établissement. J'espère, un jour, malgré la forêt d'obstacles administratifs, concrétiser cette vieille idée, qui me trotte dans la tête.

 

Je ne connais pas le monde de la prison, mais je connais un peu Constantin Franziskakis. Je veux témoigner d'un homme à la rare épaisseur, attentif à l'absolue primauté de l'humain sur toute autre considération. Un homme d'ouverture et de culture, nourri de racines et de valeurs. L'Histoire. L'engagement. Le sacrifice. Les cimetières militaires. Les livres. La Méditerranée. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça me parle. Bref, l'antithèse du grimpaillon, aux dents qui rayent le plancher.

 

Après les années qu'il a passées à Champ-Dollon, comme directeur, M. Franziskakis va, entre autres, étudier en profondeur le phénomène de radicalisation. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il va s'atteler à une tâche d'utilité publique, de premier ordre.

 

A cet homme de valeur et de vibrations, j'adresse mes vœux les plus chaleureux, pour la suite.

 

Pascal Décaillet

 

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01/02/2017

L'éternité du monde

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Sur le vif - Mercredi 01.02.17 - 08.56h

 

En politique, je ne crois pas à l'homme nouveau. Je ne veux pas y croire. Il ne m'intéresse pas.

 

J'aime, au contraire, l'homme ancien. Avec un passé, des cicatrices, des souffrances, une histoire. L'homme qu'on aurait déjà aimé, naguère, puis détesté. Il aurait dû se battre, défricher le chemin d'initiation dans une épaisse forêt, hostile. Ça laisse des traces, ça salit les mains, ça expose à la tentation, ça s'appelle la vie.

 

C'est pour cela que j'étais pour François Mitterrand, en 1981. Il avait été, après l'Observatoire (1959), l'homme le plus haï de France. Pendant des années, au fond jusqu'en 1964, il avait été un homme totalement seul. Il avait tenu la ligne, continué le combat.

 

J'aime ça. 22 ans après l'Observatoire, après deux échecs à la présidentielle (65, 74), le 10 mai 1981, il parvenait au pouvoir suprême. Il avait 65 ans, et avait été traité sept ans plus tôt (1974) "d'homme du passé" par Giscard.

 

De même, en juin 1958, j'aurais tout donné pour voir revenir Charles de Gaulle, après douze ans et quatre mois de traversée du désert. Mais en juin 1958, faute d'assister à une résurrection, je naissais. Dans le désordre et le fracas du monde, on fait ce qu'on peut.

 

J'aime les hommes du passé. J'aime les revenants, les archaïsmes, la poussière des archives, le parfum de tombeau des vieux livres, le son des instruments anciens, les traces de l'Histoire.

 

Je n'aime pas les hommes nouveaux, les candidats aux dents blanches. D'ailleurs, aucun homme n'est nouveau. Chacun de nous, complexe et multiple, porte en soi l'éternité du monde.

 

Pascal Décaillet

 

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31/01/2017

L'hystérie anti-Trump

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Sur le vif - Mardi 31.01.17 - 14.59h

 

L’hystérie absolue. Ils se croient en Allemagne, au soir du 30 janvier 1933. Ils se prennent pour Thomas Mann, ou son frère Heinrich, ou Klaus. Ils se prennent pour des héros, les seuls clairvoyants, nous serions les aveugles, les croûteux. Ils veulent nous faire croire que Donald Trump, c’est le Mal incarné, la plus grande erreur de casting depuis 84 ans. Et qu’il relève d’un impératif moral de le combattre par tous les moyens. Hurler à chacune de ses décisions. Caricaturer l’homme, même physiquement, lui qui n’a pas la chance de séduire comme le danseur félidé qui le précédait, oh il y aurait tant à dire sur l’infinie convenance des « humoristes » et caricaturistes, leur alignement sur le camp du Bien, leur moralisme de pacotille, leur inféodation aux forces de l’Argent, oh oui certaines forces, très précises.

 

Toute cette hystérie, contre qui ? Un vieux potentat, qui blanchirait depuis des décennies sous le harnais ? Un Castro ? Un Mugabé ? Un Kim, nord-coréen ? Un apparatchik biélorusse, en fonction depuis Brejnev ? Non : tout cet océan de vomissements est dirigé vers un homme au pouvoir depuis – à l’heure où j’écris ces lignes – 10 jours et 21 heures. C’est peu. Après 10 jours et 21 heures, Obama n’avait encore rien fait, George Bush Junior non plus, ni Clinton, ni George Bush Senior, ni Reagan, ni Carter, ni Ford, ni Nixon, ni Johnson, ni même l’autre danseur de rêve, JFK.

 

Je ne prétends pas ici que toutes les premières décisions du nouveau Président me ravissent. Je n’ai, à part Charles de Gaulle ou Pierre Mendès France, rarement été « ravi » totalement par une quelconque figure de pouvoir. Créon, par définition, se salit les mains, souvent les ensanglante, seule Antigone est pure. Je préfère Créon, il relève de l’Histoire. Mais enfin, où donc peut-il être question d’oser un quelconque bilan à l’issue de… 10 jours et 21 heures ? Vous vous rendez compte que certains, comme un célèbre site en ligne, d’audience mondiale, évoquent déjà, après 10 jours et 21 heures, l’opportunité d’actionner le célèbre « Impeachment », version américaine de la destitution. Ce fameux spectre, oui, que l’on brandissait en 1974 à Richard Nixon, pour cause de Watergate : mais enfin, cet infortuné (et brillant) Président, acculé au départ le 9 août, avait tout de même passé cinq ans et sept mois au pouvoir, et pas… dix jours et 21 heures !

 

Ce qui se déroule, en fait, c’est une exceptionnelle mise à l’épreuve de la communication. Le nouveau Président ne passe plus par les médias traditionnels, il décrète et se fait photographier en décrétant (image archaïque, un homme, un siège capitonné, un bureau années vingt, une plume, du papier, le cabinet debout autour, qui regarde). Cela donne une impression de solitude, de début du vingtième siècle, de toute-puissance, comme si s’existait aucun contre-pouvoir. Cette image, dûment préméditée, reprise en boucle par les caricatures, ne doit rien au hasard. Elle impose autant qu’elle provoque, nargue autant qu’elle interpelle. Le caricaturiste, qui croit être premier à tenir l’idée, Trump le précède : d’avance, il sait là où il sera tourné en dérision, livre volontairement du fourrage à son bourreau plumé, il a toujours une longueur d’avance.

 

Voilà. Nous pourrions aussi dire un mot de l’indécence d’Obama, qui, à moins de onze jours de son départ, n’a même pas l’élémentaire devoir de réserve et de silence qui a toujours été de mise. Nous pourrions donner la liste des dix pays, dont le Liban et l’Algérie, interdisant l’entrée à tout détenteur du passeport israélien, sans que cela ne fût jamais condamné par nos belles âmes. Nous pourrions rappeler la part du Mur déjà décidée sous Obama, ainsi que les milliers de tonnes de bombes larguées, en huit ans, dans le plus pur silence médiatique, par ce charmant prédécesseur, ce félidé, ce danseur.

 

Mais nous nous en tiendrons là. Nous avons face à nous la même cohorte, cette fois revancharde, que pendant la campagne. La même unicité de pensée. La même captation du Bien, pour mieux diaboliser la cible. Cela, nous ne le changerons pas. C’est le terrain de bataille. Simplement, de notre côté, sans adouber toutes les décisions du nouveau Président, loin de là, nous demeurerons dans l’exercice critique des vagues de gémissements. Et s’il faut déplaire, eh bien nous déplairons.

 

Pascal Décaillet

 

 

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