13/06/2017

Brumaire démocratique

 

Sur le vif - Mardi 13.06.17 - 09.26h

 

Toute l'opération Macron est celle d'une gigantesque captation d'héritages par un illusionniste exploitant la candeur des gens, comme l'avait fait Giscard en 1974, sur les thèmes de la jeunesse, du changement, de la "rénovation".

 

Il est en train de tout gagner, rafler toutes les mises. Il réussit son Brumaire démocratique, au-delà de toutes ses propres espérances. C'est vrai.

 

Il n'y a pourtant ni révolution, ni monde nouveau. Il y a juste un petit malin, soutenu par de redoutables puissances financières, en France et à l'étranger, qui a repeint à neuf une voiture d'occasion. La voilà lustrée, rutilante. Éblouissante.

 

Brumaire parfaitement démocratique. Rien à dire sur la légalité, ni la légitimité de l'élection. S'il faut changer le système, ce sera pour la prochaine fois, et je gage que ce pouvoir-là ne se pressera pas de le faire.

 

Aujourd'hui, on se perd en pâmoison face à des paroles, des promesses, des postures rénovatrices, un style (dont je ne nie pas l'élégance), une fascination faustienne pour la jeunesse. Bref, on se laisse envoûter par une FORME.

 

Mais de concret, rien encore. Je le dis et le répète, laissons passer l'été. Laissons le thaumaturge rénovateur savourer son état de grâce. "Le Bien Aimé", disait-on de Louis XV dans les premières années de son règne. A sa mort, en 1774, il faudra l'enterrer de nuit, furtivement, en cachette.

 

Les choses sérieuses commenceront cet automne. La Chambre étant aux ordres, l'opposition sera dans la rue. Les vieilles passions françaises, avec l'archaïque noirceur des colères, tout cela resurgira au fil de la législature. On se rendra compte, comme avec Giscard, que le gentleman rénovateur des débuts n'est qu'un homme de pouvoir comme un autre. Son impopularité grandira. Il éprouvera, comme les autres, le tragique de l'Histoire.

 

Alors, les onze millions d'électeurs qui n'avaient pas voté pour lui, au second tour, se rappelleront à notre bon souvenir. D'autres chocs, d'autres fracas. Parce que l'Histoire est ainsi, simplement. Sa démarche n'est pas celle du progrès, mais du crabe.

 

Un Brumaire démocratique. Et cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Ah oui, un détail encore. Ceux qui, dès le début, roulent pour Macron, méritent le respect. Ceux qui, au fil de ses tours de prestidigitation, se rallient à lui comme on plie devant le pouvoir et la fortune, méritent le plus glaçant des mépris.

 

Pascal Décaillet

 

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10/06/2017

Le quinquennat, erreur majeure

 
 
Sur le vif - Samedi 10.06.17 - 10.11h
 
 
Depuis 2002, donc depuis le quinquennat, erreur majeure de Jacques Chirac, le temps législatif épouse le temps présidentiel. On élit le Président en mai, puis en juin on lui donne les moyens de gouverner. Après ces deux performances, on prend sa douche, tout heureux d'avoir accompli son devoir citoyen, et on part en vacances, prendre ses Congés payés.
 
 
Le quinquennat tue le débat politique. Le charme du système antérieur, c'était justement cette séparation entre le temps législatif (5 ans) et le temps présidentiel (7 ans). Chacun avait sa vie propre, sa logique, sa mesure, ses horizons. Parfois (1986, 1993, 1997), alors qu'un Président était en fonction, le peuple envoyait à l'Assemblée une majorité qui lui était contraire. Cela s'appelait la cohabitation, le Premier ministre était enfin autre chose qu'un exécutant, la démocratie fonctionnait.
 
 
Depuis 2002, tout est centré sur un homme, le système n'a jamais été aussi monarchique. En mai, on élit le Roi, en juin on lui donne sa majorité, version républicaine du Sacre de Reims. Évidemment qu'on la lui donne ! Juste un mois après l'élection, c'est encore l'état de grâce, le printemps, la vie est belle, on fredonne "Nationale 7" de Trenet, avant de s'engouffrer sur les plages de France. Personne, dans ces moments-là, n'a envie de créer une crise politique !
 
 
Depuis 2002, l'élection législative française a perdu sa vie propre. Elle est devenue un plébiscite pour établir la mesure de popularité du nouveau souverain. Les courtisans, autour de lui, pourront se plier encore plus vers le sol à chacune de ses apparitions.
 
 
Le quinquennat est une erreur majeure. Une errance signée Jacques Chirac. Plus que jamais, l'intelligence politique d'un François Mitterrand manque. Lui qui, notamment entre 1986 et 1988, avait si génialement, si diaboliquement, exploité la cohabitation.
 
 
Pascal Décaillet
 

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09/06/2017

La noire fureur des entrailles

 

Sur le vif - Vendredi 09.06.17 - 09.49h

 

L'ère Macron : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Cinq ans, non pour rénover, mais pour conserver.

 

Conserver le système actuel, ultra-libéral, celui qui nous étouffe depuis trois décennies. Négation de l'idée nationale. Intégration progressive à une idée impériale, appelée "Union européenne", en réalité une vassalité de l'Allemagne qui, doucement, construit sa puissance tutélaire sur le continent.

 

Cinq ans d'obédience à l'atlantisme. Priorité à la finance spéculative. Aucun souci de l'humain, de son épanouissement. Dérégulation. Délocalisations. Défaut de contrôle sur les flux migratoires. Mépris de la cohésion sociale. Mort de la paysannerie. Prolongation du mensonge multilatéral : cinq ans de SDN, cinq ans d'Aristide Briand. On prend des milliers d'avions, on grille des millions de tonnes de kérosène, pour signer des protocoles sur le... climat. Cinq ans de tartufferies encravatées.

 

Et les gens, pour l'heure, applaudissent. Parce que c'est le printemps. L'état de grâce d'un nouveau souverain, le Bien Aimé, comme on surnommait Louis XV au début de son règne. Il fait beau. On s'apprête à savourer les Congés payés, cet été. On ne pense pas, on sifflote. On est au printemps 36.

 

Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde. Cinq ans pour réprimer, enfouir, jeter au diable toute parole contraire. Cinq ans pour oublier les neuf millions de voix qui, au second tour, n'ont pas soutenu Macron, mais sa rivale.

 

Cinq ans pour laisser l'Ancien Régime, faussement rajeuni sous l'aimable visage de l'orléanisme, briller de mille feux. Mais un jour, le contrepoids surgira. Tout ce que l'ère Macron aura voulu enfouir, dissimuler, en se bouchant le nez, tout cela éclatera comme un volcan demeuré trop longtemps silencieux.

 

Tout cela, toute cette lave et cette braise, ne jaillira pas des cerveaux, ni des puissants raisonnements, ni du choc démontré de quelque Talmud. Mais de la noire, l'incandescente fureur des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

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06/06/2017

Politiciens, à vos racines !

 

Sur le vif - Lundi 06.06.17 - 10.55h

 

Il m'est parfaitement égal qu'un politicien soit de gauche ou de droite. Qu'il soit PLR, UDC, socialiste, gauche radicale, etc.

 

Ce qui compte pour moi, c'est qu'il sache d'où provient son parti. De quelles racines philosophiques, idéologiques, historiques, a surgi sa mouvance politique. Cela, il doit le connaître à fond. Je ne saurais, pour ma part, lui concéder dans ce domaine le moindre amateurisme, la moindre faille, la moindre confusion.

 

Il me faut qu'un PDC, puisqu'il tient à l'être, soit capable de tenir une longue conversation, nourrie, sur Léon XIII, Rerum Novarum (1891) la Doctrine sociale, le Zentrum bismarckien, les origines des catholiques conservateurs, ou des chrétiens-sociaux, dans nos différents cantons. La CDU allemande. La CSU bavaroise. Le Democrazia Cristiana, en Italie.

 

Il me faut qu'un radical - il a raison de l'être - sache tout des Lumières, de l'Aufklärung, de la Révolution française, des Républicains du début du 19ème, des grand combats de 1830, et surtout de 1848. Il faut qu'il connaisse les premières décennies du Conseil fédéral (1848-1891), les grandes réalisations industrielles, le percement du Gothard, James Fazy à Genève, Henri Druey dans le Canton de Vaud, Joseph Barman en Valais.

 

Il me faut qu'un socialiste - noble filiation - soit capable de parler de Jaurès, de Jules Guesde, de la sociale-démocratie allemande, de Willy Brandt, Olof Palme, Bruno Kreisky, Léon Blum, François Mitterrand, du Congrès de Tours en 1920, de celui d'Epinay en 1971, de celui de Bad-Godesberg en 1959, etc. Il doit savoir d'où il vient, quels furent les grand combats de sa famille politique.

 

Pour le PDC, je puis avoir ces conversations avec Sébastien Desfayes, ou Fabiano Forte, Christophe Darbellay, ou Maurice Tornay, liste non-exhaustive, bien sûr. Pour les radicaux, avec Pierre Maudet, Pierre Kunz, Olivier Meuwly, Jean Romain, et plein d'autres, car la branche latine est d'un bon niveau de conscience de l'Histoire du parti. Je ne donne ici que quelques exemples. Tous partis confondus, je demande aux non-cités de bien vouloir m'excuser. Chacun sait, de toute façon, la considération que je lui porte, chacun de ceux avec qui j'ai passé du temps à échanger, discuter.

 

Mais une chose est sûre : celui - ou celle - qui viendrait à surgir dans l'espace politique, sans porter avec soi un très haut degré de conscience de l'ontologie historique de son parti, de ses antécédents, de sa diachronie, en nous faisant le coup des "rénovateurs" ou "ceux qui vont faire de la politique autrement", qui est juste une compensation de son ignorance, je ne pourrai, hélas, éprouver pour lui - ou elle - qu'une considération relativement limitée.

 

Pascal Décaillet

 

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05/06/2017

Emmanuel et les âmes promeneuses

 

Sur le vif - Lundi 05.06.17 - 15.13h

 

Révélés ce matin par le Parisien, les huit points-clefs du Plan Macron pour la réforme du travail dévoilent, pour peu qu'il en fût encore besoin, le vrai visage de ce nouveau Président : un libéral, peu soucieux de lien social, nourrissant des rêves d'affranchissement de l'individu par la réussite de l'entreprise.

 

C'est son droit. Et je veux croire que les Français l'ont élu en connaissance de cause. Mais l'idéologie qui sous-tend ces aspirations, toute légitime soit-elle, se trouve être aux antipodes de la mienne. Découvrant ce projet de réforme, je me félicite donc d'avoir décrypté, pendant toute la campagne, l'individualiste libéral sous le masque du charmeur et du rénovateur.

 

Pour l'heure, c'est le printemps. Il fait beau, les habits sont légers, les âmes sont promeneuses. Mais après les Congés payés de l'été, viendra le premier choc : celui de l'encaissement, par l'opinion française, d'un train de réformes qui frappe par sa brutalité, et semble considérer la cohésion sociale comme un facteur secondaire. Cette étape, pour M. Macron, sera moins facile.

 

Pascal Décaillet

 

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02/06/2017

Donald et les gardiens du Temple

 

Sur le vif - Vendredi 02.06.17 - 09.21h

 

Au-delà du dogme climatique, et de ses gardiens du Temple chasseurs de Cathares, la décision de Donald Trump, hier soir, est une attaque en règle contre la tyrannie, depuis quelques décennies, de l'ordre multilatéral du monde. L'Accord de Paris, pour la plus grande gloire de la gauche caviar incarnée par Laurent Fabius, en était la très urbaine quintessence. D'emblée, ce contrat d'assurance contre l'Apocalypse avait le goût sucré du vent. De la bonne conscience semée, dans la grande tradition de la SDN, et de la colossale inutilité des illusions internationalistes.

 

Donald Trump voit les choses autrement. Il considère que les nations sont souveraines. Que chacune d'entre elles doit avant tout compter sur elle-même, en puisant dans son génie propre, dans ses racines, ses traditions, la sève de sa mémoire. Et que cette nébuleuse de conciliabules multilatéraux, qui a grillé, depuis 1945, tant de millions de tonnes de kérosène pour que les grands de ce monde se pavanent en se serrant la pince, a fait son temps.

 

Dans la campagne électorale, il avait annoncé qu'il dénoncerait l'Accord de Paris sur le climat. Hier soir, il a tenu sa promesse. Dans la même campagne, il avait dit son intention de revenir à une diplomatie bilatérale, en tournant le dos aux pieuvres mondialisées. Hier soir, il l'a fait.

 

On apprécie ou non l'action de M. Trump, chacun est libre. Mais voilà un Président qui tient ses promesses. C'est assez rare pour être relevé.

 

Entreprenant toutes choses pour se hisser au statut d'anti-Trump, et recueillir ainsi applaudissements, bénédictions et béatitudes, voici notre Emmanuel Macron. Le dieu des bobos mondialistes. Le paon en état de grâce. Élu pour cela. Sa campagne à lui, conçue et dûment financée, depuis le premier jour, pour cela. Continuer l'Ancien Monde. Défendre l'euro, la Banque centrale européenne, présenter ses respects à Mme Merkel, suzeraine d'Empire, défendre l'ordre multilatéral du monde. Prospérer sur le thème climatique, tellement porteur dans les salons urbains.

 

Les choses sont claires. Les fronts sont lisibles. Le monde est coupé en deux visions, irréconciliables. D'un côté, les nationaux, qui ont de l'Histoire une vision tragique, noire, pessimiste, mais réaliste. De l'autre, les multilatéraux cosmopolites, souvent liés aux marchés financiers où règne la spéculation à grande échelle, et où la notion de patrie n'est pas la préoccupation première. Ceux-là, avec acharnement, veulent la peau de Trump, parce qu'il brise la cohérence de leur système.

 

L'heure se ne prête plus guère aux discussions. Mais aux déclarations antagonistes juxtaposées. Chacune s'exprime. Nulle ne touche ni ne joint l'autre.

 

But de l'opération Macron, ces huit mots que je publiais à la minute même de son élection, dimanche 7 mai, 20h : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

A l'issue de ce répit, la Révolution conservatrice se rappellera à notre bon souvenir. Elle ne viendra pas de la tête. Mais surgira des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

15:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/05/2017

Le tram 12 a bon dos !

 

Sur le vif - Lundi 22.05.17 - 08.01h

 

Supprimer un tram 12 sur deux, en direction de Carouge, entre 9h et 16h, en lui faisant faire demi-tour aux Augustins, est une décision calamiteuse. Le type même de punition, de petite revanche parfumée de mesquinerie, du Conseil d'Etat, face à un peuple qui aurait "mal voté". En visant certaines communes qui ne sont pas allées dans le "bon sens". On gouverne par les représailles, maintenant ?

 

L'entêtement du Conseil d'Etat à vouloir, contre l'avis trois fois exprimé par le peuple, sanctionner l'usager, confine à l'arrogance et à la cécité. S'il faut reprendre le budget du Canton pour lui indiquer où des économies sont possibles, nous l'aiderons volontiers dans cette aventure intellectuelle. Car il n'est évidemment pas question de faire passer le contribuable à la caisse, davantage que maintenant, pour le financement des TPG. À cet égard, l'idée de "faire payer les entreprises", providentielles vaches à lait, est aussi saugrenue qu'irrecevable. Je parle ici comme petit entrepreneur, et comme citoyen.

 

Pistes d'économies à l'Etat ? On va vous les montrer, Madame et Messieurs les conseillers d'Etat ! Pas question, tant que vous n'aurez pas fait le ménage, d'accepter ni hausses de tarifs TPG (trois fois, le peuple a dit non), ni hausses d'impôts. Les solutions, c'est à vous de les aménager, à l'interne de la masse monétaire largement suffisante, et même éreintante pour la classe moyenne, que vous allouent les contribuables.

 

En attendant, pas question d'accepter comme cela la mesquine rétorsion annoncée hier sur le tram 12. Elle suinte le réflexe de mauvais perdant. Au plus haut niveau du Conseil d'Etat. Celui qui fleure un parfum de chrysanthèmes. À force de les inaugurer, on finit par s'en imprégner.

 

Pascal Décaillet

 

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18/05/2017

Celui qui vous arrache à l'indifférence

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Sur le vif - Jeudi 18.05.17 - 12.31h

 

"L'intellectuel Français André Malraux" - Dans les titres du 12.30h RSR, à l'instant. Étrange manière de qualifier ce félin de génie aux multiples destins. Pas fausse, mais singulièrement réductrice. Malraux était un écrivain. Il fut aussi un ministre. Un orateur, exceptionnel. Bien avant d'être un "intellectuel", même s'il l'était aussi.

 

Michel Winock, avec qui j'ai fait une Série Radio, il y a vingt ans, sur le Siècle des Intellectuels, en compagnie de mon confrère Roger Guignard, rangeait certes Malraux dans la catégorie des intellectuels. En précisant aussitôt l'immensité de ses différences avec des hommes comme Sartre, ou ses épigones.

 

Enfin, je me demande si ma consœur RSR, qui a opté pour ce mot singulier, a lu la Condition humaine.

 

Dans ce passage d'exception, la mort de Kyo :

 

" Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent, mes semblables ce sont ceux qui m'aiment et ne me regardent pas, qui m'aiment contre tout, qui m'aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi et non ce que j'ai fait ou ferai, qui m'aimeraient tant que je m'aimerais moi-même - jusqu'au suicide, compris. "

 

Dans ce passage, donc, je n'ai jamais eu l'impression de me trouver face à un "intellectuel". Mais face à celui qui, en quelques traits de plume, vous arrache à l'indifférence de vivre.

 

Cela porte un nom, et définit un espèce aussi rare qu'usurpée : cela s'appelle un écrivain.

 

Pascal Décaillet

 

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17/05/2017

La bonne nouvelle du jour !

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Sur le vif - Mercredi 17.05.17 - 15.43h

 

Françoise Nyssen, ministre de la Culture. Ça, c'est la bonne nouvelle du jour ! Si la patronne d'Actes Sud arrive à donner autant de souffle et de vie à son ministère qu'à sa maison d'édition, alors là, il pourrait y avoir en France, après des années de déshérence dans ce domaine pourtant majeur, comme l'aube d'un espoir.

 

Il faut la voir, sa Librairie (en Arles, où sont les alyscamps), au bord d'un Rhône large, épanoui, à l'orée d'une vieille ville où respire l'Histoire. Je m'y suis rendu deux fois, ces six derniers mois. Y perdre son temps est un bonheur. Au milieu des innombrables ouvrages, un lieu pour le réveil de la vie intérieure ! Littérature française, mais aussi allemande, littératures du monde, Histoire, essais, intelligence dans la mise en places des rayonnages, qualité de silence : on y retrouve le sel miraculeux de sa jeunesse ! On y pense à Barrès : "les lieux où souffle l'esprit".

 

D'autant meilleure, cette nouvelle, que le Ministère de la Culture n'a pas franchement été à la hauteur, ces dernières années, de ce qu'il DOIT être, au pays de Malraux et de Jack Lang.

 

Oui, une grande nouvelle. Je crois.

 

Pascal Décaillet

 

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Nationale 7

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Sur le vif - Mercredi 17.05.17 - 07.05h

 

Ils n'en peuvent plus de jouissance ! La RSR et le Temps, qui avaient couvert comme on sait la campagne américaine, sont au septième ciel et n'ont plus qu'un mot à la bouche : impeachment. Destitution. La procédure qui avait poussé Nixon à la démission, en août 1974.

 

À la RSR comme au Temps, l'affaire est entendue : on voit déjà ce Président honni faire ses bagages. On la tient déjà, cette "affaire" dont on avait tant besoin pour se débarrasser de celui auquel on voue une haine et un mépris d'une férocité inimaginable. Le système, déjà, murmure sa vengeance. Il entrevoit avec un appétit de requin l'occasion tant rêvée de rétablir cet Ordre et cette Cohérence mondialisés dont Mme Clinton promettait de demeurer la grande prêtresse.

 

Les mêmes, en France, sanctifient Macron. Oubliées, les onze millions de voix du Front National. On a repeint la voiture d'occasion, on a caché la rouille, c'est le printemps, il fait beau, un parfum de Nationale 7 et de Congés payés embaume les esprits. Le tragique de l'Histoire, on l'a mis au placard, avec les habits d'hiver.

 

Sans tarder, il reviendra.

 

Pascal Décaillet

 

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14/05/2017

Merci, M. Hollande !

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Sur le vif - Dimanche 14.05.17 - 15.56h

 

Voilà. François Hollande n'est plus Président. Un quinquennat s'achève, que l'Histoire jugera, il est trop tôt maintenant.

 

Mais je suis certain d'une chose : par rapport aux torrents d'immondices que ce Président a dû encaisser jour après jour, pendant cinq ans, de la part, principalement, de la droite orléaniste revancharde de son prédécesseur, le bilan Hollande sera, un jour, revu à la hausse.

 

Pour ma part, je suis très fier et très heureux, sur l'intégralité de ces cinq ans, de n'avoir JAMAIS - je dis bien JAMAIS - dit de mal de François Hollande. Non que je fusse socialiste, mais j'estime qu'il a eu, dans les moments difficiles, la dignité de la fonction suprême. C'est exactement cela, un Président, sous la Cinquième République.

 

A son successeur, dont je ne partage quasiment aucune option politique, mais dont je respecte la fonction, je souhaite évidemment bonne chance. La continuité française fonctionne parfaitement, on l'a vu ce matin avec l'impeccable cérémonie de passations de pouvoirs.

 

Et la Cinquième République, que d'aucuns ont passé la campagne à enterrer avant qu'elle ne mourût, est apparue aujourd'hui dans sa forme la plus éclatante. Comme ces fleurs, magnifiques, derrière le nouveau Président, pendant que la Garde républicaine entonnait la Marche consulaire de Marengo. C'est des saisons, non des idéologies, que nous vient la force du renouveau.

 

"Seule la tradition est révolutionnaire", écrit Péguy. C'est sans doute l'une de ses plus belles phrases. L'une de celles qui me guident, depuis tant d'années, dans ma lecture de l'Histoire et de la politique.

 

Pascal Décaillet

 

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09/05/2017

An die Freude

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Sur le vif - Mardi 09.05.17 - 11.12h

 

Je suis Beethovénien depuis l'âge de douze ans. L'auteur de la Neuvième Symphonie a été pour moi, pendant toute mon adolescence, un indétrônable dieu, avant même que je ne découvre Wagner (1971), puis Haendel, puis Brahms. C'est dire à quel point je suis musicalement disposé à écouter son oeuvre.

 

Mais je n'ai pas aimé, dimanche soir au Louvre, que l'Hymne à la Joie précède la Marseillaise. Symboliquement, c'était mettre l'Empire, entendez aujourd'hui l'Europe, avant la Nation. Le contraire même de tous les combats de la Révolution française, de la République naissante en 1792, des Soldats de l'An II, lorsque la France, admirable, était seule contre tous.

 

Cette prééminence, cette inscription dans une Pyramide, en disent tellement long sur le rapport mental et psychologique du nouveau Président avec l'Europe, avec l'idée même de supranationalité.

 

L'idée qu'au-delà du souverain du pays, il existerait une souveraineté ultime, donc supérieure, un suzerain, est d'essence impériale et germanique. Les Allemagnes, en mille ans, ont vécu avec cette construction dans leur tête la plupart du temps. C'est pourquoi l'esprit allemand s'accommode si bien de l'Union européenne.

 

En France, il en va autrement. Le souverain, qu'il soit Roi ou Président de la République, ne saurait tolérer en aucune manière le moindre recours, au-dessus de sa tête. Parce qu'il est, lui, le recours. La pierre angulaire. Ainsi s'est construite la France, depuis mille ans. En France, nulle querelle de Guelfes et de Gibelins : les partisans du Pape, déjà sous les rois, et des siècles avant la loi de 1905, ont toujours été remis à leur place.

 

Tout cela, le nouveau Président le sait. Et c'est à dessein qu'il a orchestré cette singulière chronologie. D'abord, Beethoven et Schiller (on trouve pire, j'en conviens !), ensuite seulement Rouget de Lisle. C'est un signal très clair qu'il donne, parfaitement cohérent. Une marque d'intégration à un ensemble. Ça fait très MRP, très gentil centriste, très démocrate-chrétien de la Quatrième, très Pères fondateurs de la Communauté européenne. C'est une option de la souveraineté française.

 

Ou plutôt, une option sur la délégation de souveraineté. Les Français, qui ont voté largement pour ce nouveau Président, veulent-ils vraiment cela ? D'ici quelques mois, nous le saurons.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/05/2017

Putain, cinq ans !

 

Sur le vif - Vendredi 05.05.17 - 10.32h

 

Après-demain, la France élira sans doute le candidat du convenable. Celui qui saura bien se tenir avec Mme Merkel, tel le vassal reçu par le suzerain. Avec les gens de Bruxelles. Avec la Banque centrale européenne. Avec les usuriers de la spéculation mondialisée, qui, de New York à Genève, le soutiennent avec tant d'ardeur.

 

Le candidat du Quartier latin, des bobos, des babas, des "grandes organisations religieuses" de France, des médias, de ceux qui les possèdent, de la grande bourgeoisie d'affaires parisienne, des corps constitués, des humoristes, des dessinateurs de presse, des acteurs, des chanteurs, des intellectuels, des professions libérales, de la trahison pudiquement appelée "ralliement".

 

Le candidat d'Obama, de M. et Mme Badinter, de Jacques Attali, Daniel Cohn-Bendit, de tout ce qui, depuis tant de décennies, tient tant pignon sur tant de rues, plutôt celles de Neuilly que de Levallois.

 

L'homme, notez, ne m'est absolument pas antipathique, j'aime ses yeux bleus, je lui reconnais un sacré talent pour racoler. Hélas, je n'ai jamais rien réussi à comprendre de ce qu'il raconte, les mots s'envolent, la grammaire est juste, mais le sens fait défaut, c'est sans doute de nos jours un détail.

 

Il va aller voir Mme Merkel, prêter politiquement allégeance. Idem à Bruxelles. Il va pratiquer une politique qui pourrait bien ressembler à celle du MRP, sous la Quatrième, atlantiste, centriste et européenne, des gens parfaitement respectables, au demeurant. La dilution de la souveraineté française dans un ensemble plus grand, un Empire, ne leur posait simplement pas problème. Chacun sa vie, chacun ses choix.

 

Ces cinq années seront longues. Je crains surtout qu'elles ne soient des années perdues. Un ultime répit pour l'Ancien Monde, avant le grand changement.

 

À la France, qui n'est pas mon pays mais qui m'a tant nourri, je dis ici toute la profondeur de ma fidélité et de mon attachement.

 

Pascal Décaillet

 

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02/05/2017

Quelque chose, contre rien

 

Sur le vif - Mardi 02.05.17 - 15.14h

 

Il existe, entre Mme Le Pen et M. Macron, une toute petite nuance, qui permet de les différencier.

 

Marine Le Pen, on comprend absolument tout de ce qu'elle raconte. C'est clair, limpide. Le taux de réception du message est de 100%. Ensuite, on est d'accord ou non, on l'aime ou on la déteste, chacun est libre.

 

Emmanuel Macron, on ne comprend strictement rien à son discours. Il parle pourtant très bien, les mots font partie du vocabulaire courant, les phrases s'enchaînent, la posture rhétorique est excellente. Mais le message ne passe pas. Je m'efforce de l'écouter depuis des semaines, je le trouve sympathique, mais je n'ai réussi à retenir, pour l'heure, qu'une vague affaire de taxe d'habitation, qui me semble relever davantage d'un sous-secrétariat d’Etat au Logement que du chef de l'Etat.

 

Même ses partisans reconnaissent ne pas comprendre grand chose. Mais ils votent pour lui. Par défaut. Parce qu'on ne va tout de même pas élire la Bête immonde, non ? Ils votent pour une image. Un label. Une gravure. Une marque de fabrique.

 

Nous ne sommes pas dans l'antagonisme de deux discours. Mais dans le choix entre un discours et... une absence de discours.

 

Singulier, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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Incandescence des âmes

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Sur le vif - Mardi 02.05.17 - 06.57h

 

Jamais, depuis longtemps, la France n'a été placée devant un choix aussi clair. Mme Le Pen ou M. Macron, ce sont deux visions diamétralement opposées de l'avenir du pays.

 

Quel que soit le résultat, il y aura dimanche soir deux France. L'une pour gouverner. L'autre, pour constituer une puissante et redoutable opposition.

 

Dimanche, ce sera l'acte 1. En juin, avec les législatives, l'acte 2. Cet automne, avec la rentrée sociale, l'acte 3. Puis, la partie totalement imprévisible, la législature elle-même, dans un climat d'incandescence des âmes de nature à rappeler l'immense poète Agrippa d'Aubigné, l'auteur des Tragiques, l'un de mes livres de chevet.

 

Ce grand pays s'en sortira, bien sûr, comme toujours dans sa remarquable Histoire. Sur les ferments de sa dispersion, il scellera une nouvelle fois l'unité. Mais nous entrons dans des années difficiles, une période de turbulences. Ça fait partie du jeu. Il faut que s'accomplisse un destin. Il faut parfois que tout s'effondre, pour reconstruire. Ainsi naissent et meurent les Républiques. Toujours dans la crise. Toujours dans le tragique de l'Histoire. Toujours, dans la douleur.

 

Pascal Décaillet

 

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01/05/2017

Errances germanopratines

 

Sur le vif - Lundi 01.05.17 - 12.31h

 

Depuis le début de la campagne présidentielle française, je m'intéresse au fond politique, et à lui-seul. Aux programmes des uns et des autres. Nous n'en avons maintenant plus que deux. Ils sont exceptionnellement antagonistes, ce que j'ai souligné dès les résultats du premier tour, avec mon édito "L'équation s'éclaircit !".

 

Jamais, depuis que je suis les présidentielles françaises au suffrage universel, soit toutes depuis décembre 1965, les fronts n'ont été aussi clairs. Jamais nous n'avons été aussi loin du "Blanc bonnet, bonnet blanc", géniale réplique du vieux communiste Jacques Duclos, pour qualifier le duel Pompidou-Poher de juin 1969.

 

Qui s'en plaindra ?

 

On peut toujours regretter la composition d'un second tour. A seize ans, en 1974, je roulais à fond pour Chaban, mais voilà, il est arrivé troisième au soir du premier tour, ne restaient que Giscard et Mitterrand, c'est ainsi. Le corps électoral décide la carte géographique qu'il veut. Et puis, rien ne sert, en politique, d'avoir trop de regrets, il faut accepter le terrain, avec ses aspérités, tels qu'ils s'offrent à nous. Art du possible, art du réel.

 

Je répète ici que le corps électoral français a de la chance. Il est, pour la première fois depuis longtemps, face à un choix extraordinairement clair entre deux visions de l'avenir de la France. L'une et l'autre, je l'affirme, sont respectables. Chacun a le droit de souhaiter l'une, ou l'autre.

 

J'ai maintes fois énuméré ici les vrais enjeux de ce choc d'antagonismes : indépendance contre interdépendance, souveraineté contre intégration, contrôle des flux migratoires contre ouverture des frontières, protection des paysans, et des produits agricoles, contre férocité de la concurrence mondiale, protectionnisme contre libre-échange, etc. Là sont les vrais problèmes, les vrais enjeux, les vraies lignes de fracture.

 

Au lieu de cela, d'aucuns s'échinent à focaliser sur les questions morales, liées aux heures les plus sombres du vingtième siècle. Ne voulant voir que cela, ne voulant que diaboliser l'électorat de Marine Le Pen, faire peser sur lui une chape de culpabilité, ces beaux esprits s'emploient en vérité à dévier les vrais enjeux. Derrière le paravent de cette diabolisation, derrière leurs insupportables leçons de morale, dont je pense qu'elles finiront par se retourner contre eux, ils nous cachent les enjeux fondamentaux qui, très loin du petit monde de bobos du Quartier Latin, touchent à l'avenir, non de quelques milliers, mais de soixante millions de Français : ceux que je ne cesse de recenser ici, depuis des mois. Enjeux structurels. Enjeux nationaux. Enjeux de destin.

 

Ces belles âmes germanopratines ne sont, au fond, que des jeteurs de voiles, comme on jette des sorts, pour tenter d'occulter le vrai débat. Puisse la confrontation ultime, celle d'après-demain soir, entre les deux candidats, porter sur le fond : l'avenir et la souveraineté de la France, sa place et son rayonnement en Europe et dans le monde, les conditions de sa cohésion sociale, l'amélioration de la vie des plus défavorisés. Et non la prise en otage de ces vrais enjeux par la diabolisation, les leçons de morale, le parfum d'encens des confessionnaux.

 

Pascal Décaillet

 

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30/04/2017

Il m'arrive de dire oui !

 

Sur le vif - Dimanche 30.04.17 - 10.09h

 

Souveraineté nationale. Indépendance. Frontières. Régulation des flux migratoires. Politique agricole active, valorisation des terroirs, respect et protection des paysans. Respect de l'environnement, protection des sites et des paysages. Respect du monde animal. Politique monétaire nationale. Politique étrangère indépendante, ouverte, audacieuse, non-alignée sur les super-puissances de la planète. Refus de toute intégration à un Empire, ou conglomérat. Rejet de l'idée même de supranationalité. Immense effort de solidarité, à l'intérieur du pays, pour favoriser la cohésion sociale. Priorité à l'emploi pour les résidents. Attention de tous les instants aux plus défavorisés. Soins médicaux accessibles à tous. Encouragement à l'industrie, aux PME, à l'invention. Mettre fin au pouvoir mondialisé de la finance spéculative. Remettre la banque au service de l'économie locale. Défendre les services publics, par l'exigence de qualité et non en les mettant sous cloche. Renforcer la puissance de l'Etat, pour le mettre au service des citoyens. Démocratie directe, participative, active, novatrice, imaginative. Démocratie venue d'en bas. Absolue supériorité de l'intérêt général sur la somme des intérêts particuliers.

 

A tout cela, je dis oui.

 

Pascal Décaillet

 

16:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/04/2017

Le pourboire

 

Sur le vif - Samedi 29.04.17 - 09.23h

 

Vous prenez l'électorat de Marine Le Pen au premier tour. Vous lui ajoutez celui de M. Dupont-Aignan. Puis, une part non-négligeable de celui de M. Fillon. Puis une part, qui pourrait s'avérer étonnante, de celui de M. Mélenchon. Vous prenez les ouvriers, les paysans, les chômeurs, les oubliés. Les silencieux, surtout.

 

Vous brassez.

 

Vous multipliez par l'insondable vacuité de M. Macron. Vous élevez au carré par l'éther de l'imprévisible, la noirceur des colères, le secret de l'urne, la revanche du terroir provincial contre les consignes des salons parisiens, le rejet absolu des petits marquis de la morale, qui se prennent pour des directeurs de conscience.

 

Vous ajoutez l'instrumentalisation mémorielle, le communautarisme de la récupération, l'anachronisme des procès d'intention rétrospectifs, la sagesse et le bon sens de l'électorat face à ces ficelles. L'unanimité des médias en faveur d'un candidat, même reconnu comme vide, parce qu'il serait le "moindre mal".

 

Vous prenez tout cela, oui. Vous brassez une dernière fois. Vous laissez macérer. Et, le 7 mai, vous demandez l'addition.

 

Pour le pourboire, chacun est libre.

 

Pascal Décaillet

 

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27/04/2017

Cigales hallucinées

 

Sur le vif - Jeudi 27.04.17 - 12.25h

 

Pour l'élection du 7 mai à la Présidence de la République, les Français ont le choix entre deux candidats, comme il sied à tout deuxième tour depuis décembre 1965. Deux programmes, deux visions pour la France, radicalement différentes.

 

Ils ont parfaitement le droit de voter pour l'un, comme pour l'autre. Chaque citoyenne, chaque citoyen, vote librement. En conscience.

 

Nul n'a à leur faire la moindre leçon de morale sur leur choix.

 

On peut tenter de convaincre le camp adverse, lui prouver à quel point le programme de son candidat, à soi, est meilleur. Avec des arguments politiques. Les champs d'antagonismes, sur le fond, sont passionnants, tant ces deux candidats divergent sur tout, ce qui est très sain, et offre aux Français un vrai choix, entre deux visions du monde. Le 7 mai, pour cinq ans, ils trancheront. Qui éliront-ils ? Je l'ignore absolument.

 

Mais désolé, les "appels républicains" de toute cette coterie d'artistes, de vedettes, de cigales hallucinées de la mondanité parisienne, pour diaboliser l'un(e) des deux candidats, les grandes leçons des Attali, Cohn-Bendit, Jamel Debbouze, BHL, pour nous dessiner l'Apocalypse de l'irréparable, tout cela ira à fins contraires.

 

Cette manière de penser à la place des citoyens, comme aux plus riches heures de Sartre et des Temps modernes, et de leur imposer, pistolet sur la tempe, l'orthodoxie du Bien, n'est absolument plus de mise en 2017, à l'heure de la mise en partage des connaissances et des réseaux sociaux. Nos Frères Prêcheurs se trompent d'époque ! La vérité ne vient plus des Salons de Lumière.

 

Les Français en ont tellement marre des prétentions de cette clique à un quelconque magistère, que chaque leçon de ces moralistes de sunlights amène des milliers de voix au camp adverse.

 

Alors... Alors, quoi ? Alors, qu'ils continuent, pardi ! Et nous verrons bien.

 

Pascal Décaillet

 

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26/04/2017

La convergence des silences

 

Sur le vif - Mercredi 26.04.17 - 08.46h

 

Sur les plans économiques et sociaux, sur la souveraineté nationale, le rapport à l'Etat, la défense des services publics, l'attention aux plus défavorisés, le sort des paysans, des ouvriers et des chômeurs, la question européenne, l'Allemagne, de nombreux enjeux de politique internationale, la démocratie directe, et une foule d'autres sujets, les programmes de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se rejoignent.

 

Ils sont, l'un et l'autre, à des années-lumière du programme d'Emmanuel Macron, pro-européen, pro-américain, atlantiste, inféodé à Mme Merkel et à Bruxelles, pro libre-échange, pro libre-circulation des personnes, pro finance internationale, anti-protectionniste, bref la parfaite continuation des politiques libérales et dérégulatrices, à droite comme à gauche, menées depuis tant d'années.

 

Dans ces conditions de proximité idéologique sur tant de sujets, de silence-tabou sur cette proximité, et d'ennemi commun en la personne du chouchou des médias, des banques, des places financières mondiales, de l'Allemagne et de Bruxelles, le silence de Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, s'explique et s'éclaire.

 

Une partie de l'électorat Mélenchon, dimanche 7 mai, ainsi qu'une partie de l'électorat Fillon, ainsi que tant d'autres silencieux d'aujourd'hui, voteront pour Marine Le Pen. Que cela plaise ou non à M. Mélenchon lui-même : les voix de ses électeurs du premier tour ne lui appartiennent pas. Aucune voix, d'ailleurs, n'appartient à personne.

 

Pascal Décaillet

 

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