Sur le vif - Page 3

  • Trahison syndicale

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    Sur le vif - Lundi 24.02.20 - 15.23h

     

    Depuis vingt ans, la position des syndicats suisses sur la libre circulation est incompréhensible. A partir d'aujourd'hui, 24 février 2020, et des mots de Pierre-Yves Maillard sur les enjeux de l'initiative du 17 mai prochain, "Pour une immigration modérée", cette position, tournée clairement contre les travailleurs suisses, devient intenable. Et, à bien des égards, scélérate. Entre l'internationalisme idéologique et la protection des résidents, les syndicats ont fait leur choix. Devant l'Histoire, il faudra qu'ils l'assument.

    Il y a juste vingt ans, lors de la campagne sur les bilatérales, nos braves syndicats, benoîtement ouverts à la mondialisation du travail, se sont faits complètement avoir par le patronat ultra-libéral de l'époque. Au nom de l'internationalisme, ils ont donné leur blanc-seing à un déferlement démographique sans précédent sur notre pays, dont on connaît les conséquences : sous-enchère salariale, engagement de travailleurs européens à la place des Suisses, engouffrement dans une croissance non-contrôlée. Un programme juste pensé pour les années de surchauffe, devenant catastrophique dès que cette dernière se tasse un peu. Et les premiers à en faire les frais, ce sont les travailleuses et les travailleurs, les chômeuses et les chômeurs de notre pays.

    Et voilà qu'aujourd'hui, vingt ans après, l'homme qui a incarné avec le plus de fougue, le plus de talent, le combat social en Suisse, après une période d'embourgeoisement au Conseil d'Etat vaudois, vient s'afficher en allié objectif de l'aile la plus dérégulatrice du patronat suisse, celle qui avait tant donné de la voix au début des années 2000, à l'époque du Livre blanc, et dont on espérait qu'elle fût morte. Elle ne l'est pas ! Ses vassaux, non plus !

    Les syndicats suisses étaient à un carrefour de leur destin. Se cramponner, au nom des matrices idéologiques archaïques de leurs cadres, à un internationalisme du travail dont plus personne ne veut en Europe, ou bien redevenir ce qu'ils avaient un jour été : les défenseurs du travail suisse. Ils ont fait leur choix. A nous, citoyennes et citoyens de ce pays, hommes et femmes libres et vaccinés, fatigués de toutes ces structures faîtières, syndicales autant que patronales, de faire le nôtre. Tiens, par exemple le 17 mai prochain.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Robert le Diable

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    Sur le vif  Jeudi 20.02.20 - 22.40h

     

    Je serai franc, ce que j'ai (vous en conviendrez) toujours été ici. La nomination de Robert Cramer à la présidence de la Fondation PAV me reste en travers de la gorge. Et peu m'importe que la classe politique genevoise, cramérisée à l'extrême depuis trois décennies, rivalise en hommages et en courbettes. Moi, pas.

    Robert Cramer, d'où sort-il ? Réponse : de deux éternités. Une éternité au Conseil d’État, suivie d'une autre éternité, au Conseil des États. L'éternité c'est long, surtout lorsqu'elle se dédouble. Deux fois l'infini, ça donne toujours l'infini, face à l'éternité de son miroir.

    Il m'est parfaitement égal que Robert le Diable soit habile, roué jusqu'à la moelle, connaisse le terroir et les hommes, il n'en demeure pas moins que sa nomination sonne comme un désespérant signal d'incapacité du Conseil d’État à sortir de son chapeau autre chose que l'éternité blanche du même lapin, toujours recommencée. La Mer, de Valéry, où la nouvelle vague ressemble à l'ancienne, à s'y méprendre.

    Le Canton de Vaud a eu longtemps son État radical, le Valais son État PDC, voici que Genève entre dans l’État Vert. Où un magistrat Vert délègue sa responsabilité à son prédécesseur, son double, Vert également. On est parti pour des années de petits arrangements entre Verts, sur fond de terrains valant des centaines de millions, avec monnaies d'échange, barbichettes drues, tous poils érigés, par lesquelles on se tient, entre petits hommes Verts, sur la planète Verte.

    Cette duplication providentielle ne me dit rien qui vaille. Elle porte en elle les risques de l'entre-soi, déjà si présents dans ces ineffables "Fondations", dépourvues de toute légitimité démocratique, dont Genève a le secret. Je n'intente ici aucun procès à M. Cramer. Mais à la lassitude coupable qui a conduit, de la part du Conseil d’État, à le choisir. Il faudra un jour s'interroger sur le tout petit nombre d'indéracinables qui, dans la sérénité inaltérable de leur carrière, trottinent, tels de joyeux souriceaux, d'une "Fondation" à l'autre. Sautillant dans les recoins douillets de l'éternité.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Jean Daniel, l'homme aux mille lumières

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    Sur le vif - Jeudi 20.02.20 - 09.53h

     

    A Jean Daniel (1920-2020), né la même année que mes parents, et qui vient de nous quitter à l'âge de presque cent ans, je veux rendre ici un hommage de reconnaissance filiale.

    Adolescent, j'étais avide de journaux. Nous en avions bien quelques-uns à la maison : mes parents étaient abonnés au Nouvelliste, à la Tribune de Genève, aux Feuilles d'Avis Officielles du Valais et de Genève, ainsi qu'à quelques revues spécialisées d'ingénieurs, que lisait mon père. Il y avait aussi le bulletin du CAS, dont il fut membre toute sa vie.

    Pour moi, c'était un peu juste. Alors, dès que j'avais un moment, je filais à la Bibliothèque municipale. Journal de Genève, Monde, journaux allemands, hebdomadaires, etc. Pour mes quinze ans, mes parents m'ont offert un abonnement au Nouvel Observateur, journal qui me fascinait depuis un certain temps. Je l'ai gardé de longues années. J'ai grandi avec cette équipe rédactionnelle d'une rare sensibilité, dirigée par cet homme d'exception : Jean Daniel. J'attendais le mercredi, devant la boîte aux lettres, avec impatience. Il me fallait physiquement ce journal, le toucher, le humer, le lire d'un bout à l'autre.

    Dès 1974, je me suis mis à détester Giscard, exagérément d'ailleurs, je le reconnais rétrospectivement. Et à souhaiter, contre ce modèle libéral et ces accents orléanistes, l'arrivée de François Mitterrand à l'Elysée. J'étais contre la peine de mort, pour les nationalisations (eh oui !), pour la culture dans les banlieues, pour la justice sociale. Être abonné au Nouvel Obs, dans les années 70, jusqu'au 10 mai 1981, c'était prendre connaissance d'une autre France que celle de Giscard, accéder à d'autres voix, lire d'autres plumes, rêver d'un autre avenir.

    A vrai dire, l'équipe de Jean Daniel était davantage rocardienne que mitterrandienne, elle le fut en tout cas jusqu'au Congrès socialiste de Metz (1979), qui régla l'affaire en faveur du futur Président. L'homme de Jean Daniel, l'homme de sa vie, le modèle en politique, c'était Pierre Mendès France, éblouissant Président du Conseil en 54/55, mais solitaire, incapable de rassembler un puissant mouvement autour de sa personne : dans la logique de la Cinquième, il n'avait aucune chance.

    J'aimais les éditos de Jean Daniel. Pour leur humanité. La chaleur de sa plume, moins démonstrative que celle d'un Jacques Julliard. Il ne voulait pas, à tout prix, avoir raison : il voulait témoigner, dire cette part de sensibilité, de vécu historique qu'il avait en lui, enracinée. Il y avait dans son style le soleil de l'Afrique du Nord, la passion des peuples libres, le combat pour la décolonisation. Et puis, tout en avant, le bonheur intense d'avoir aimé, fréquenté, des hommes et des femmes, penseurs, écrivains, artistes, poètes, qu'il avait rencontrés, tout au long de sa vie.

    Aujourd'hui où cet homme nous quitte, ayant vécu si longtemps, traversé le siècle, porté le témoignage, des rivages de l'Afrique du Nord jusqu'à la densité cosmique de Paris, en passant par Camus, ou par le combat infatigable pour la paix au Proche-Orient, je veux dire que Jean Daniel, témoin des mille lumières, pétri de culture et d'humanité, aura été, parmi d'autres, l'un des phares de mes jeunes années. Hommage et reconnaissance, oui.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Quel impair, parmi mes pairs ?

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    Sur le vif - Mercredi 19.02.20 - 15.10h

     

    Je suis allé à mes Promotions civiques l'année de mes vingt ans, en 1978. A l'époque, on appelait ainsi les "Promotions citoyennes" d'aujourd'hui, et la majorité, pour voter, n'était pas encore à dix-huit ans. Je garde le souvenir d'une cérémonie plutôt neutre, limite austère, où on nous avait, sans tambours ni trompettes, ni salamalecs, souhaité la bienvenue dans le corps électoral.

    A vrai dire, je n'attendais rien de ce rituel. J'étais passionné de politique depuis l'âge de sept ans et demi (décembre 1965), j'étais en deuxième année d'Uni, j'avais déjà fait l'armée, je lisais depuis de longues années les pages politiques de tonnes de journaux, bref je n'avais pas particulièrement besoin que des aînés me reçoivent avec paternalisme dans le cercle des citoyens. Mon opinion, je tenais à me la faire tout seul, en jeune homme libre, adulte et vacciné, je n'éprouvais pas le besoin de me faire guider dans la Cité par des parrains, ni par un quelconque Virgile, me faisant les honneurs des Enfers.

    Une chose est sûre : je n'aurais absolument pas apprécié que les apparatchiks politiques conduisant la cérémonie eussent profité de mon jeune âge pour tenter de m'endoctriner dans leur bord politique, quel qu'il fût d'ailleurs. Si cela avait été le cas, j'aurais quitté les lieux de façon ostentatoire, en claquant la porte. J'avais déjà un caractère un peu ombrageux.

    Je me suis imaginé, hier soir, dans la peau de ces garçons et ces filles de dix-huit ans, invités aux mêmes rites, s'y prêtant de bonne grâce, et littéralement pris en otages par la liturgie de l'environnement et du climat. Avec le choeur et son coryphée, avec Esther Alder, avec le ministre cantonal Vert, avec le chimiste céleste Jacques Dubochet. Bref, la Congrégation in corpore, joyeuse et cosmique, avec ses Anges et ses Archanges, ses Séraphins et ses Lampions.

    A la place de ces jeunes, qu'aurais-je fait ? Quelle rébellion aurais-je affichée ? Quelle explosion de mes volcans internes aurais-je laissé poindre ? Quelle impolitesse crasse aurais-je commise ? Quel impair, au milieu de mes pairs ?

    Je vous souhaite une suite de journée aussi douce que la sagesse de l'âge. Si la chose est possible.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Affaire Crypto : un peu de contexte, par pitié !

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    Sur le vif - Lundi 17.02.20 - 15.22h

     

    L'affaire Crypto, qui défraye la chronique depuis quelques jours, mérite d'être placée dans son contexte politique et historique. Démarche qui ne s'oppose en rien à la recherche absolue de la vérité : que s'est-il passé, qui savait, qui a caché quoi, etc. ?

    Mais toujours en Histoire, la restitution du contexte s'impose. Il faut être naïf pour découvrir aujourd'hui que la Suisse, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a fait un bout de chemin, en termes de renseignements, avec les Américains. Moins connu, et pourtant capital : la Suisse, depuis au moins un siècle et demi, donc depuis l'époque bismarckienne, en a fait un autre, de bout de chemin, avec les Allemands. Et cela, de manière CONTINUE - je dis bien CONTINUE - pendant tout le vingtième siècle.

    CONTINUE, cela signifie que les services suisses, pour des raisons politiques, économiques, pour des motifs de commerce extérieur, ou encore par nécessité de collaborer techniquement, entretiennent depuis un siècle et demi des relations étroites avec les Allemands. Avec l'Allemagne impériale, de 1871 à 1918. Avec la République de Weimar, de 1918 à 1933. Avec le Troisième Reich, de 1933 à 1945. Puis, avec l'Allemagne fédérale, qui porte ce nom depuis 1949. L'Allemagne est le premier partenaire commercial de la Suisse, ça crée des liens, plus forts que les discours.

    Dès lors, la question politique première n'est pas celle de notre collaboration avec l'Allemagne occidentale et avec les États-Unis depuis la Guerre, mais qu'on ait osé, pendant ces années-là, nous parler de neutralité ! Sur le plan économique et commercial, la Suisse n'est pas neutre. Je le regrette, pour ma part, je préférerais qu'elle le soit, mais elle ne l'est pas. De 1945 à 1989, elle a, de facto, et malgré toutes ses postures rhétoriques, fait partie économiquement du bloc de l'Ouest. Là aussi, je le regrette infiniment, mais c'est une réalité, c'est ainsi.

    Oh oui, j'aurais préféré que mon pays entretînt plus tôt (entendez avant 1989, chute du Mur) des liens avec l'Allemagne de l'Est, par exemple. Il y avait, face à ce pays passionnant, un autre discours à produire que l'anticommunisme primaire de l'époque, entretenu par ces fameux colonels radicaux à nuque raide, au civil banquiers de haut niveau, commis de basses oeuvres de la Bahnhofstrasse pour engager la Suisse, avec leur conception uniquement économique du Freisinn, dans l'ordre capitaliste mondial.

    Ce sont ces gens-là dont on reparle aujourd'hui. Eh bien, au risque de beaucoup vous étonner, ce sont ces gens-là que Kaspar Villiger, arrivé au Conseil fédéral début 1989 suite à l'affaire Kopp, a remis à l'ordre. J'ai vécu cela de très près, croyez-moi. Je tenais à le dire, à l'heure où cet ancien conseiller fédéral, qui demeure à mes yeux un modèle d'intégrité, se voit soudain la cible de tous les missiles, la plupart étant lancés par des gens qui n'y connaissent rien.

    Car enfin, ne soyons pas dupes : la curée générale, aujourd'hui, sur le PLR, parti qui n'a franchement plus grand chose à voir avec les colonels à nuque raide des années d'avant-89, ressemble davantage à une magistrale aubaine pour se débarrasser d'une formation politique concurrente, qu'à une quelconque recherche de la vérité. Et ça n'est pas, je crois, un homme ayant particulièrement épargné le PLR, ces dernières années, qui signe ces lignes.

    Sur l'affaire elle-même, je n'ai aucun élément d'information. Pour restituer un contexte, convoquer l'Histoire, décrypter les intentions réelles sous les paravents et les masques, je serai toujours votre homme.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Sommes-nous bêtes !

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    Sur le vif - Dimanche 16.02.20 - 07.59h

     

    Le rédacteur en chef du Temps est un grand démocrate. Dans un texte publié hier, consacré à condamner les trolls, il donne comme exemples de ces derniers "les commentaires à la noix sur le féminisme ou le climat".

    Vous voilà avertis. Si vous émettez, sur ces deux sujets, une pensée dissidente à la vérité révélée, celle que le Temps étreint avec une telle ferveur, alors votre discours ne peut être le fruit d'une démarche rationnelle. Mais évidemment d'un troll, sommes-nous bêtes !

    Dans ces deux domaines, il y a la vérité du Temps, face à l'hérésie rampante des trolls. La pensée saine, hygiénique, face à l'opinion malade, dévoyée. La pensée qui doit s'imposer, une et indivisible, face aux ferments de dispersion de la parole diabolique. Le diable : celui qui divise !

    En matière de climat, de féminisme, pour le patron du Temps, tout commentaire contrariant la pensée dominante, tiens celle que véhicule son journal par exemple, est "à la noix".

    Et le contraire des "commentaires à la noix", structuré, lui, par la plus haute et la plus convenable des pensées, celle qui n'omet jamais la révérence devant la mode du moment, vous le trouverez où ? Mais dans le Temps, pardi ! Sommes-nous bêtes !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Attention, avant de tomber sur Kaspar Villiger !

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    Sur le vif - Samedi 15.02.20 - 17.01h

     

    Kaspar Villiger est, avec Jean-Pascal Delamuraz et Adolf Ogi, le conseiller fédéral que j'ai fréquenté au plus près dans mes années à Berne.

    Je suis quasiment "monté" au Palais fédéral, comme journaliste, en même temps que lui comme conseiller fédéral. J'ai suivi, avec une rare proximité, l'ensemble des dossiers concernant la politique suisse de sécurité, ayant appartenu, pendant toute l'année 1990, à la Commission Schoch, chargée de plancher sur la réforme de l'armée. Une Commission extra-parlementaire, dans laquelle nous avons mené une trentaine de journées de réflexion, chaque fois décentralisées dans un lieu différent du pays.

    Je disais souvent, dans mes commentaires, il y a trente ans déjà, que de facto, notre neutralité n'était qu'une apparence. On parlait, à Berne, en haut lieu, de collaboration active avec l'OTAN : pour un pays prétendument neutre, c'était tout de même assez énorme. Le mur de Berlin venait de tomber, la pensée unique capitaliste et atlantiste commençait à déferler sur l'Europe, sans le moindre contrepoids en face, l'URSS s'étant elle-même écroulée en 1991.

    Bref, ce rapprochement avec l'OTAN, je le combattais dans mes éditos. Car l'OTAN, ça n'est plus la neutralité. Pas plus que feu le Pacte de Varsovie n'eût été la neutralité. Personnellement, ayant passé pas mal de temps en Allemagne, et connu sa partie orientale, ayant surtout étudié à fond l'Histoire de la Seconde Guerre mondiale, je n'ai jamais considéré que l'impérialisme américain fût plus reluisant que celui des Soviétiques. Donc pour moi, l'OTAN, c'était non. Et ça le demeure, trente ans après, plus que jamais.

    J'en viens à l'essentiel, qui m'amène à prendre la plume : Kaspar Villiger. Je veux dire ici que cet homme, dans un monde bernois qui n'était - déjà à l'époque - pas avare en pleutreries politiques, a représenté pour moi, avec Delamuraz, le prototype de l'homme intègre. Un homme d'Etat, au sens plein du terme. J'étais en désaccord avec lui sur le moindre rapprochement avec l'OTAN, mais il était un conseiller fédéral remarquable, dans l'ordre du pragmatisme, de l'intelligence et de l'écoute. Il avait le sens de l'Etat, le sens des intérêts supérieurs de la Suisse, comme Delamuraz. C'était l'époque où être radical, à Berne, au plus haut niveau de ce grand vieux parti qui a fait la Suisse, ça voulait encore dire quelque chose de fort, de puissant.

    Alors, voilà. J'ignore évidemment quelle connaissance Kaspar Villiger avait pu avoir, à l'époque, de cette affaire d'espionnage, très grave en effet, qui resurgit. La vérité, bien sûr, doit sortir. Mais je dis ici, très fort, qu'il me paraît a priori un peu facile de tomber à bras raccourcis sur le conseiller fédéral lucernois, sans avoir auparavant acquis une connaissance intime et profonde du dossier.

    Nul, certes, n'est intouchable. Et la vérité historique, toujours, doit prévaloir. Mais la première des présomptions, dans un Etat de droit, est celle de l'innocence. Cet homme de rigueur, limite austérité parfois, que j'ai vu au travail pendant des années, et qui fut un grand serviteur de la Suisse, mérite tout au moins cette prudence et ce respect, dans la manière d'empoigner le dossier.

    Quant à l'essentiel, le fond, soit le rôle des services secrets américains - ET ALLEMANDS - en Europe, depuis la chute du Mur, je suis le premier à les dénoncer depuis trente ans. Pendant toute la décennie des années 90, celle des Guerres balkaniques, je n'ai jamais rien fait d'autre. Au milieu d'un espace éditorial romand dont les plus puissants penseurs se montraient totalement acquis à la prédominance atlantiste sur notre continent. Et ne voyaient que du feu dans le rôle des services secrets américains - ET ALLEMANDS - dans le démembrement dûment prémédité de l'ex-Yougoslavie. C'est dire si je suis le premier à souhaiter transparence et vérité sur cette affaire d'espionnage.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ville de Genève, mêle-toi de tes oignons !

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    Sur le vif - Vendredi 14.02.20 - 17.23h

     

    Les projets routiers français sont du ressort de la France. Et les projets routiers suisses, du ressort de la Suisse.

    Entre la France et la Suisse, il existe une frontière. Chez eux, les Français sont souverains. Chez eux, les Suisses sont souverains.

    La France est un pays, la Suisse en est un autre. Deux pays amis, mais différents. Chacun a son Histoire, sa souveraineté, ses lois.

    A ce jour, à ma connaissance, nulle abolition de ces souverainetés nationales n'a été décrétée.

    Si la France veut construire une autoroute dans le Chablais, c'est son affaire. Si la Suisse veut élargir l'autoroute Genève-Lausanne, c'est la sienne.

    Ces principes de souveraineté, aujourd'hui, sont encore parfaitement en vigueur. Et l'avenir proche, loin de les dissoudre, pourrait bien aller en les renforçant. Les peuples sont demandeurs de frontières, de périmètres de souverainetés clairs et délimités, ils ne veulent pas de la dimension flasque, imprécise, du multilatéral.

    Les peuples, dans les années qui viennent, vont réclamer le retour à la précision !

    La nation est précise. Le conglomérat est flou. Et le flou, toujours, est au service du plus fort. Les grandes puissances tirent les ficelles des prétendues organisations multilatérales. La nation, elle, avec ses lois de proximité, démocratiquement votées, protège le plus faible. Elle lui donne des repères, des codes, des outils pour réclamer justice. Tandis que le flou multilatéral ne sécrète que fumée, imprécision.

    La civilisation en Europe, depuis l'Antiquité, c'est le cadastre, la précision, la définition de la propriété, de la souveraineté, des responsabilités. Ce sont des lois, codifiées par l'écriture, applicables dans un périmètre donné. Au-delà de ce périmètre, d'autres lois prévalent.

    La civilisation, ça n'est pas le n'importe quoi. Ca n'est pas la liquéfaction autoproclamée des souverainetés nationales, au nom d'une idéologie "transfrontalière" dépourvue, à l'heure où l'on parle, de toute légitimité. Je ne parle pas de l'an 3000, je parle du 14 février 2020 !

    En clair, rien, mais alors strictement rien, n'autorise aujourd'hui des autorités genevoises à empêcher la construction d'une autoroute en France voisine. Pas plus que rien n'autoriserait nos amis français à interférer dans un projet routier entre, par exemple, Genève et le Canton de Vaud.

    Tout le reste n'est, à ce jour, que balivernes. Rêveries transfrontalières. Tentatives de nuire aux souverainetés nationales en vigueur. De la part d'un commentateur, ou d'un éditorialiste, aucun problème : l'esprit est libre, on a le droit d'imaginer, de provoquer. De la part d'un parti politique gouvernemental, c'est déjà un peu plus inquiétant. De la part d'une collectivité publique, la Ville de Genève par exemple, ça confine à la forfaiture pure et simple. L'autorité de surveillance gagnerait à s'y intéresser. Nul républicain, nul défenseur des lois et de l'Etat de droit, ne peut laisser passer cela.

    Voilà, c'est dit. C'est aussi simple que cela.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Des hommes et des femmes libres

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    Sur le vif - Mercredi 12.02.20 - 05.23h

     

    La Suisse doit impérativement demeurer un pays souverain. Pas pour le plaisir, mais parce que c'est le principe le plus élémentaire d'une nation. Perdre sa souveraineté, c'est devenir la partie d'un empire : exactement ce que notre pays, dans son Histoire, a toujours refusé. Il faut savoir ce que l'on veut, et se donner les moyens d'y parvenir.

    Un pays souverain décide lui-même de son destin. Par exemple, en termes d'immigration. Il ne ferme pas ses frontières, loin de là, mais régule les flux. Il établit des quotas, ou contingents, de personnes pouvant s'établir sur son territoire. En Suisse, nous avons mandat constitutionnel d'aller dans ce sens, depuis le 9 février 2014.

    Un pays souverain définit lui-même sa politique migratoire. Il le fait en fonction de ses intérêts supérieurs à lui, des impératifs de sa propre survie, et non en se soumettant à des consignes multilatérales camouflant les intérêts des plus puissants. La circulation vers ses frontières, c'est lui qui en détermine le flux. Sinon, cela s'appelle une invasion.

    Le 17 mai, le peuple et les cantons se prononceront sur cette question essentielle. Ils le feront en toute liberté, prenant en compte tout autant les arguments des initiants que la machine de guerre des opposants, lancée hier par Karin Keller-Sutter. Comme le 9 février 2014, les Suisses se prononceront en hommes et femmes libres, citoyens mûrs et vaccinés, n'ayant de leçon, pour chacun d'entre eux, à recevoir que de leur conscience individuelle, leur intime conviction de l'intérêt supérieur de leur pays.

    Le droit de vote de chacun d'entre nous est intouchable, indivisible, inviolable. Il est une part infinitésimale, mais sacrée, de la souveraineté nationale.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Eh bien, déplaisons !

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    Sur le vif - Jeudi 13.02.20 - 09.25h

     

    Le droit de vote est indissociable de l'appartenance à la communauté nationale.

    Cette dernière, indivisible, ne saurait être fragmentée en droits partiels, ou locaux, ni en une citoyenneté à la carte, ou à régime variable.

    Si un étranger veut décider du destin d'un Canton ou du destin fédéral, il doit entreprendre les démarches pour se naturaliser.

    Ce que je dis ici déplaît à la doxa associative, ou européiste, ou à la gauche encore mondialiste ? Ou à ceux qui, depuis plus de cinq décennies, n'en peuvent plus de nous décrire comme caduque, archaïque, l'idée de nation, au profit d'un ordre cosmopolite et multilatéral ?

    Eh bien, déplaisons !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La RTS, la Thuringe, les Indulgences

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    Sur le vif - Samedi 08.02.20 - 19,03h

     

    RTS : marre de la bonne parole, sur l'Allemagne, de M. Casassus ! La petite musique de la prédication, c'était à Forum, ce soir.

    Marre de cette grille de lecture, toujours la même, au millimètre. Marre de l'éternelle référence au 30 janvier 1933.

    Marre de cette utilisation de la morale pour justifier le déni pur et simple de démocratie, dans l'affaire de Thuringe.

    Marre de cette pensée unique. Jamais de contrepoids. Jamais personne, en face, pour donner des clefs historiques, économiques et sociales au phénomène de l'AfD en Prusse, en Saxe et en Thuringe.

    Jamais de mise en perspective, sur la durée, de l'évolution des partis politiques en Allemagne. Juste poser, au départ, que l'AfD, c'est le diable.

    Comme si cette désignation, extrême, cette mise à l'index définitive, apportaient à l'auditeur la moindre plus-value, la moindre exégèse, capables de lui ouvrir l'esprit sur la complexité des Allemagnes, le jeu des forces sociales dans les Laender les plus prétérités de l'ex-DDR, les oubliés de la Réunification.

    Alors voilà, on prend le moraliste de service, celui qui nous a gratifiés d'un blog intitulé "Thuringe : la honte !". On lui laisse toute la place, toute la parole. On se sera offert une bonne conscience.

    On aura parlé du pays de Luther en s'achetant des Indulgences. Pour avoir sa place au Paradis si douillet de la Bonne Pensée.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La garce, servile

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    Sur le vif - Samedi 08.02.20 - 12.04h

     

    Beaucoup de gens, dans la France de la Cinquième République, n'arrivent pas intellectuellement à s'imaginer qu'un grand chef d'opposition puisse un jour accéder à l'Elysée.

    Sous de Gaulle, sous Pompidou, sous Giscard, une écrasante majorité de l'opinion donnait Mitterrand comme un homme du passé. Il incarnait la République d'avant, la Quatrième, dont il avait été onze fois ministre. Il avait sa carrière derrière lui, on ne le reverrait plus au pouvoir.

    Il y avait objectivement des raisons de penser le contraire. L'homme, en décembre 1965, avait défié de Gaulle, l'avait mis en ballottage, combattu au deuxième tour, c'était un exploit. Neuf ans plus tard, face à Giscard, en mai 1974, il avait failli passer.

    Ces données objectives, l'opinion ne voulait pas les voir. Peut-être parce qu'elle est garce, servile, attachée à sublimer le pouvoir en place. Tout pouvoir, quel qu'il soit.

    Idem pour Chirac, sous Mitterrand. Jamais il ne reviendrait, pensait la garce servile, offerte au monarque, après l'échec de 1988, l'épisode douloureux de la Grotte d'Ouvéa, le triomphe de Tonton, père de la nation, idole des jeunes et des anti-racistes. La suite, on la connaît : Chirac, contre la servilité, contre la garce, a fini par percer.

    Et puis, aujourd'hui ? À écouter la vieille garce servile, rien ne pourrait empêcher, en mai 2022, une réélection de Macron. Rien, et surtout pas la seule à faire office, aujourd'hui, de leader d'un grand parti d'opposition, capable de rassembler des millions et des millions de voix.

    Ont-ils raison, ont-ils tort ? Laissons Madame Soleil à ses aubes de lumière. Et laissons la garce, bavarde, servile, et tellement dévouée au Maître du moment, se lover, lascive, dans les allées du pouvoir.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le pari perdant de Mme Merkel

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    Sur le vif - Vendredi 07.02.20 - 10.48h

     

    Que s'imagine gagner Mme Merkel, avec sa pression sur l'homme qui avait la légitimité des urnes pour gouverner le Land de Thuringe, que j'ai le privilège de connaître de l'intérieur, et dont je rappelle au passage qu'il est l'un des berceaux de la plus haute civilisation allemande ?

    Que s'imagine-t-elle gagner, que s'imagine-t-elle sauver ?

    La démocratie ? Certainement pas ! Nous sommes dans le déni de démocratie le plus parfait. D'autant plus grave qu'une intervention de la Chancellerie fédérale sur un scrutin régional est totalement contraire au fédéralisme allemand de 1949.

    Les valeurs de l'Allemagne ? Mais qui les définit, qui d'autre que le peuple souverain lorsqu'il vote ? Un comité de sages ? Le cabinet particulier de Mme Merkel ?

    Et puis, quoi ! Il faudrait laisser le peuple s'exprimer. Mais, s'il a le mauvais goût de le faire dans un sens qui déplaît au pouvoir en place, on lui dit que ça compte pour du beurre.

    Quelle place Mme Merkel occupe-t-elle, depuis quinze ans, dans la politique allemande ? Réponse : la place de Bismarck ! Elle est Chancelière fédérale. Elle est l'un des successeurs de ce très grand homme, pour qui l'essentiel en politique, c'était le résultat.

    Or là, dans l'affaire de Thuringe, quel résultat Mme Merkel va-t-elle obtenir ? Loin d'affaiblir l'AfD, elle va la renforcer !

    Le précédent de Thuringe fera office, pendant des années, d'exemple le plus achevé de combinazione des élites au pouvoir pour continuer de s'en partager les prébendes. L'AfD va continuer, inlassablement, en Prusse, en Saxe, en Thuringe, à faire de la politique de proximité, sur le terrain, avec une authentique écoute des plus démunis, avec des antennes sociales, avec un verbe concret, qui parle aux plus défavorisés.

    Elle va continuer à leur parler du sentiment de Gemeinschaft, enraciné dans le destin allemand, pour en avoir accompagné les heures de pires souffrances (1648, 1945), et à opposer toute l'intimité sacrée de ce sentiment à la froideur cosmopolite de l'universalisme.

    Et l'AfD, d'élection en élection, va continuer de marquer des points. Et les vieux partis qui se partagent le pouvoir depuis 1949, la CDU/CSU, héritière du Zentrum bismarckien, et le SPD, le parti de Willy Brandt, vont continuer d'en perdre. Et il y aura un moment où ils en auront tellement perdus, et où les nouveaux partis en auront tellement gagnés, où la combinazione de la survie ne sera plus possible. Ce jour-là, Mme Merkel et les siens auront tout perdu.

    C'est dans cette spirale que s'engage la Chancelière. Quant à ceux qui, pour définir l'AfD, en sont encore à un système de langage et de références vieux de 87 ans et huit jours, style "peste brune", il serait peut-être temps qu'ils adaptent un peu leur logiciel. La reductio, ça va un moment. Ils voudraient croiser le fer avec votre serviteur, en profondeur et en précision, par éditos interposés, sur l'Histoire allemande ? Votre serviteur est à leur disposition.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La Suisse survivra à l'Union européenne

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    Sur le vif - Jeudi 06.02.20 - 06.32h

     

    La Suisse survivra à l'Union européenne. Nous sommes un tout petit pays. Mais nous sommes une démocratie vivante, dont la pierre angulaire est le citoyen, non l'élu. Nous avons une Histoire.

    Nous avons des institutions solides, auxquelles nous sommes attachés. Nous avons une joie d'être ensemble, malgré nos différences, nos quatre langues. Une joie de nous engueuler entre nous, quatre fois par an, sur des sujets de votations. Et une grande maturité d'accepter le verdict du peuple.

    Lorsque nous votons, c'est sur l'objet-même, que nous décortiquons à fond, et non par plébiscite - ou rejet - du pouvoir en place. Nous avons une démocratie THÉMATIQUE, l'une des plus accomplies au monde.

    Nous avons un triple échelon, Commune, Canton, Confédération, parfaitement clair et lisible. Les gens comprennent, jouent le jeu, s'identifient, le système fonctionne.

    Nous avons le fédéralisme, 26 Instructions publiques, 26 Polices, la proximité à l'état pur, l'antithèse du parachutage jacobin. Nous croisons nos édiles dans les bus, nous leur parlons.

    Nous avons notre souveraineté, elle est à mes yeux la clef de tout. Un petit pays, fier de ses valeurs, doit se montrez sourcilleux, intransigeant, sur sa capacité à décider lui-même de son destin. Il s'est construit contre les grands ensembles, il doit demeurer, en absolue priorité, maître de ses décisions. Son droit à lui, édicté par le peuple ou par ses représentants, doit être ultime.

    Le secret de la Suisse, c'est sa cohésion sociale. Nous devons, les uns envers les autres, nous montrer solidaires et fraternels. Nous avons mis au point, en 1947, une très grande assurance sociale, l'AVS, notre fleuron. Il nous faut, dans les années qui viennent, le souffle de solidarité nationale nécessaire à un nouveau projet d'envergure, au service de tous. Nous ne devons jamais oublier ceux de nos compatriotes qui souffrent.

    Si nous demeurons attachés à ces valeurs fortes, exigeantes, stimulantes, si nous demeurons dans la joie de la chose commune et partagée, tout en nous montrant imaginatifs pour construire l'avenir, alors notre petit pays, fort à l'interne, survivra grâce à sa cohésion.

    La Suisse, oui, a les moyens de survivre, non à ses voisins européens, qu'elle aime et respecte, et avec lesquels elle veut partager le futur, mais à la machine administrative de Bruxelles.

    C'est cela qu'on aimerait entendre du Conseil fédéral, ce discours-là, cette vision, cette détermination. Hélas, on en est loin. À des années-lumière.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • En cinq lettres

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    Sur le vif - Mercredi 05.02.20 - 18.04h

     

    Accord institutionnel : l'UE donne neuf jours à la Suisse pour signer. Eh bien la Suisse, nous l'espérons vivement, saura lui répondre comme le Général Cambronne le fit aux Anglais. Ca tombe bien : c'était tout près de Bruxelles ! Un 18 juin, en fin d'après-midi. Dans une morne plaine, juste un peu au Sud, qui porte le nom de Waterloo.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Pitoyable Nancy Pelosi !

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    Sur le vif - Mercredi 05.02.20 - 13.07h

     

    Pitoyable Nancy Pelosi, qui, de son perchoir, dans le dos de Donald Trump, déchire publiquement le discours du Président ! Geste totalement indigne de sa haute fonction de Présidente de la Chambre ! Indigne de son intelligence, à elle, indigne de sa classe !

    Geste qui affaiblit la dignité parlementaire, au lieu de l'affirmer.

    Pitoyables Démocrates, qui auront tout entrepris, sans répit, avec une hargne vengeresse sans comparaison, depuis le jour de son élection, pour avoir la peau de Trump. Et qui ne font, à mesure qu'ils s'agitent et gesticulent, que creuser leur propre tombe politique.

    Le spectacle donné, depuis 2016, par cette grande famille politique américaine, qui fut celle de Roosevelt, est l'un des plus lamentables de l'après-guerre. Il faut bien que, d'ici, quelqu'un le dise, puisque 99% des médias de Suisse romande sont, depuis des décennies, alignés couverts derrière les Démocrates.

    En 1974, j'avais seize ans, je suivais passionnément le Watergate, c'était déjà le même alignement, docile et moutonnier, derrière les deux grands journaux de la Côte-Est qui, pour des raisons très précises, voulaient à tout prix la peau de Nixon.

    A moins d'une énorme bêtise (qui n'est pas à exclure) sur le théâtre du Proche-Orient, Trump sera réélu, début novembre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Pas la Lune. Juste un Etat !

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    Sur le vif -Lundi 03.02.20 - 09.41h

     

    Les adversaires d'un Etat palestinien s'imaginent nous convaincre en nous rabâchant une vieille antienne : "La Palestine n'existe pas". D'autres vont même jusqu'à dire : "Les Palestiniens n'existent pas". Cette attitude, visant à annihiler l'adversaire, le réduire au néant dans son Histoire et son identité, est simplement odieuse.

    Il est vrai qu'il n'y a jamais eu d'Etat de Palestine. Et c'est bien pour cela qu'il en faut un ! Il est vrai que la solidarité arabe fait défaut, et cela depuis 1948. Et c'est bien pour cela qu'il faut un Etat palestinien ! Pour que l’Égypte, le Liban, la Syrie, la Jordanie aient comme interlocuteur et comme voisin, au Levant, non un amoncellement disparate de "populations", les unes en Cisjordanie, les autres à Jérusalem-Est, d'autres encore sous blocus à Gaza, mais des hommes et des femmes libres, citoyens et citoyennes de ce cadre de dignité, cet échelon de reconnaissance, qui s'appelle un Etat.

    Un Etat, pas une "Autorité" paillasson, statut indigne, intermédiaire, inachevé, prétexte à la continuation de l'occupation et des annexions. Politique coloniale à laquelle Trump vient de donner un épouvantable blanc-seing.

    Il est tout de même inimaginable que ceux qui, en 1948, se sont tant battus pour la dignité d'un Etat, refusent à d'autres, leurs voisins, leurs frères humains entremêlés sur la même terre, le seul statut qui vaille : celui d'une communauté humaine organisée, avec ses lois, son Parlement, son gouvernement, son drapeau.

    Sans doute l'idée palestinienne était-elle fort vague en 1948. Mais 72 ans d'humiliation auront plus fait pour la forger que tous les discours. Lisez, je vous prie, chez Lacouture, l'Histoire de l'idée d'indépendance algérienne depuis 1830, oui depuis cet homme immense qu'était l'émir Abdelkader (1808-1883), jusqu'à 1962. Plus la France colonise, plus la Résistance monte, plus mûrit, chez des hommes comme Messali Hadj et Fehrat Abbas, l'idée d'un Etat algérien.

    Les Palestiniens ne demandent pas la Lune. Juste un Etat. C'est si compliqué à comprendre ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Palestine : un Etat, et rien d'autre !

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    Sur le vif - Dimanche 02.02.20 - 14.49h

     

    Je ne cesse de suivre, depuis un demi-siècle, la politique au Proche-Orient, région du monde où je me suis souvent rendu depuis 1966, soit en privé soit pour des reportages. Je me considère comme un ami de tous les peuples de la région, je dis bien tous. Je dis que tous y ont leur place.

    La question centrale, entre Israéliens et Palestiniens, celle qui doit primer sur toute chose, est celle de l'Etat. Il existe un Etat d'Israël, depuis 1948. Il n'existe pas d'Etat de Palestine. C'est aussi simple que cela.

    Bien avant la question humanitaire (Gaza, notamment), bien avant la question linguistique, religieuse ou confessionnelle, l'enjeu central est celui de l'Etat. Israël en a un, il n'est pas question de revenir sur cette réalité historique. Les Palestiniens n'en ont pas, il n'est pas question de se voiler la face sur l'immensité de ce déséquilibre, de cette injustice.

    J'avais neuf ans en juin 1967, lors de la Guerre des Six Jours, c'était déjà un an après mon premier voyage. Sur le moment, je n'y ai vu que du feu. Israël bénéficiait d'un fort capital de sympathie, on vantait le génie stratégique de Moshe Dayan, on applaudissait la progression des chars israéliens, dans le désert. Une guerre-éclair, un cessez-le-feu après moins d'une semaine, on n'en revenait pas.

    Ce n'est qu'après (à partir de 1969, me semble-t-il) que j'ai commencé à comprendre la politique des annexions sur ce qu'on appelle, aujourd'hui, les "territoires". Pour la saisir en détail, j'ai dû beaucoup lire, me renseigner, aller plusieurs fois sur le terrain, voir ce qu'est un check-point, découvrir la vie à Jérusalem-Est ou Ramallah. Et j'affirme ici que la question première n'est ni humanitaire, ni religieuse : elle est POLITIQUE. Tant que les Palestiniens ne disposeront pas d'un Etat, de même qu'Israël en a un, aucune solution viable ne sera possible.

    Il y a eu, en un demi-siècle, quelques percées de lumière. On peut penser à Camp-David (1978), ou aux Accords d'Oslo (1993). Mais la question palestinienne, depuis 72 ans, contient en elle la désespérance de Sisyphe : on croit avancer, et tout s'effondre. Cette impossibilité ne tombe pas du ciel : elle est dûment voulue, et entretenue, par ceux qui ne veulent pas d'Etat palestinien : les États-Unis et, à l'intérieur d'Israël, le clan des faucons. Voyez, je ne mets pas en cause ici le peuple d'Israël dans son intégralité, une grande partie de ceux qui le composent veulent la paix.

    Or, Trump, que vient-il de faire, avec son chiffon de papier ? Il vient démolir, pour une ou deux générations, tout espoir, pour les Palestiniens, de parvenir à la dignité d'un Etat. Il vient d'entériner la politique israélienne d'annexions. Il vient de donner raison à 120% au colon, et de jeter le colonisé dans les oubliettes de l'Histoire.

    Dans ces conditions, Mahmoud Abbas, successeur de Yasser Arafat à la tête de l'Autorité palestinienne, que pouvait-il faire d'autre que couper tous les ponts avec le colon et son puissant allié d'Outre-Atlantique ? Car à ce Jean-sans-Terre, il ne reste pas plus de pouvoir réel qu'à Charles de Gaulle, après l'échec de sa catastrophique tentative de débarquement à Dakar, en septembre 1940. Il ne lui reste rien.

    Rien, si ce n'est la dignité de sa posture. Rien, si ce n'est son regard sur l'horizon. Rien, si ce n'est la politique. C'est justement lorsque tout semble perdu qu'il faut garder la tête haute. Citoyen suisse, j'aimerais que mon pays ait un mot pour la Palestine. En attendant cette improbable officialité, et puisqu'il faut un mot, voici le mien.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La liberté leur fait peur ?

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    Publié sur mon site FB - Samedi 01.02.20 - 09.57h

     

    L'essentiel n'est pas la survie des mammouths médiatiques. Ni des structures corporatistes. L'essentiel, c'est la capacité, pour chaque citoyenne, chaque citoyen, de rendre publique sa part de vérité. Sa lecture. Son interprétation. Et surtout, sa sensibilité.

    Il n'y a aucune raison qu'une quelconque caste - celle des journalistes, par exemple - s'accapare le monopole de cette capacité d'expression.

    En cela, le réseau social, comme celui sur lequel nous sommes ici (toi aussi, puisque tu me lis), est en soi une invention absolument géniale. Chacun d'entre nous est libre. Soit d'y raconter des fadaises. Soit d'y produire des textes d'intérêt public.

    Chacun de nous, face à sa liberté, sa responsabilité individuelles.

    Chacun d'entre nous, face à sa solitude.

    Chacun de nous choisit le thème. Produit son texte. Le corrige, l'améliore. L'édite. En assume la responsabilité.

    Cette incroyable liberté - doublée d'une implacable responsabilité - irrite au plus haut point les médias organisés.

    La liberté leur fait-elle peur ?

    Ils passent leur temps à démolir les réseaux sociaux. Ne prenant pour exemple que ce qu'il y a de pire (vie privée, bavardage, fausses nouvelles, etc.). Ignorant volontairement le meilleur : richesse et pluralité des témoignages humains, construction collective d'un savoir, émergence, chez de parfaits inconnus, de plumes et de sensibilités insoupçonnées, autodidactes de génie.

    Et surtout, ce sentiment de liberté, d'air frais, en un mot d'humanité, qui fait tant défaut à l'écrasante majorité des rédactions organisées. Écrasées de pesanteur, de hiérarchies. Incroyables d'arrogance, quand elles nous définissent elles-mêmes leurs "missions", totalement autoproclamées, dont nul ne leur a jamais donné mandat.

    Oui, ils ont peur. Peur de la mort. Peur de ce qui émerge. Peur de la naissance. Peur que puisse exister, après eux, une autre forme de vie.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Brexit : comprendre, plutôt que gémir !

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    Sur le vif - Vendredi 31.01.20 - 13.52h

     

    C'est méconnaître l'Histoire européenne que de pleurnicher sur le Brexit. Ou, pire encore : nous définir comme une affaire morale la question de l'appartenance, ou non, du Royaume-Uni à l'Union européenne.

    Il n'y a rien de moral. L'Angleterre (pour faire court), c'est près de deux mille ans d'Histoire depuis la conquête romaine. Ou encore, un millénaire depuis Hastings (1066). C'est une très grande nation, un très grand peuple, une très grande Histoire. Jamais plus grands que lorsqu'ils furent, lors de la Bataille de Londres (septembre 1940), menacés d'invasion.

    Mais l'Angleterre, ça n'est pas exactement l'Europe. Ca l'est, et ça ne l'est pas. Plutôt que geindre sur le Brexit, regardons l'Histoire. La grande aventure européenne de l'après-guerre, d'où surgit-elle ? Réponse : des décombres ! L'Allemagne, pays fondateur, est détruite en 1945. L'Italie, pays fondateur, est vaincue, humiliée, partiellement détruite en 1945. La France, pays fondateur, a quasiment cessé d'exister en mai-juin 40, elle a perdu la guerre, c'est la plus grande défaite de toute son Histoire, elle s'accroche certes aux trois grands vainqueurs en 1945, mais personne n'est dupe.

    En 1945, l'Allemagne est détruite. De grandes villes industrielles italiennes le sont. La Normandie, une partie du Nord de la France, est détruite, non par les Allemands, mais pas ses propres libérateurs. Au milieu de ce chaos, après la faim (pire que pendant la guerre), les privations, la froidure des hivers dans les années 45-49, de grands esprits prennent l'initiative de mettre en commun le charbon et l'acier. En clair, se servir à vil prix du charbon allemand : Vae Victis ! L'embryon, bien avant le Traité de Rome (1957), de la Communauté européenne, est bel et bien une affaire CONTINENTALE, dans laquelle le Royaume-Uni ne tient aucune place.

    Il n'en tiendra pas plus en 1957, ni pendant les années soixante. Il verra monter, non sans quelque inquiétude, l'amitié franco-allemande, suite au remarquable chemin de Réconciliation de deux grands hommes, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Alors, au final, sur deux millénaires d'une très grande Histoire, l'Angleterre n'aura eu un pied institutionnel dans l'Europe continentale que pendant 48 ans : de 1972 jusqu'au 2020. Que représente un demi-siècle, sur deux millénaires ?

    La vraie lecture de toute l'affaire britannique n'a rien de moral. Comme je l'ai montré ici précédemment, il convient de décrypter le jeu à trois, en tout cas depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763), que se livrent les trois grandes puissances européennes : la France, l'Allemagne, l'Angleterre. Toujours deux, contre le troisième ! Le grand enjeu, et à vrai dire le seul grand succès de l'aventure européenne de l'après-guerre, c'est la Réconciliation franco-allemande. Malgré les hauts et les bas, elle est scellée pour un bout de temps. L'Angleterre, de son balcon maritime, n'y peut rien changer. Une partie de son âme est tournée vers le continent européen, l'autre vers le Grand Large.

    Plutôt que de gémir, prenons acte. L'Angleterre, grande nation, survivra largement à l'épisode européen. Et son départ - qui en préfigure d'autres - peut être lu comme un heureux signal : celui du recentrage de la construction européenne sur la clef de voûte des pays fondateurs. C'est plus modeste que d'aller jusqu'à la Lituanie. Mais c'est historiquement plus juste, politiquement plus réaliste. Et puis, tout de même : la Réconciliation franco-allemande, ça n'est pas rien !

     

    Pascal Décaillet

     

     
     
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