28/01/2014

Amour, nature, politique

 

Sur le vif - Mardi 28.01.14 - 17.43h

 

De grâce, qu'on cesse de nous parler "d'alliance contre nature", au Parlement fédéral, lorsque l'UDC et le PS mettent en minorité les PLR-PDC.

Dans un Parlement, il s'agit d'obtenir des majorités numériques. Statuer sur leur pureté naturelle est bien aléatoire. Surtout en politique suisse, où n'existent pas vraiment des fronts préétablis au sein des partis gouvernementaux ou représentés au Parlement.

Et d'autant plus quand on connaît, depuis le Sonderbund, l'Histoire du PDC et des radicaux. Mariage de raison, peut-être, sur des objets précis. Mais parler d'amours naturelles, cela présuppose que l'amour soit dans la nature. Et la nature, dans l'amour.

Bref, parler "d'alliance contre nature", c'est le cri du perdant d'un moment. C'est cela, et rien que cela.

 

Pascal Décaillet

17:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Il fait si chaud sous les jupes du convenable

 

Sur le vif - Mardi 28.01.14 - 09.47h

 

« Inquiets, nos lecteurs ne suivent toutefois pas l’UDC » : ce titre à la grande opération de propagande qu’on camoufle derrière le mot « sondage », il est tellement « Tribune de Genève » que nous aurions pu parier depuis des semaines sur son libellé. Tellement prévisibles, les agneaux !

 

Tout l’esprit, toute l’idéologie de ce journal sont là : combattre par tous les moyens le premier parti du pays et tout ce qui émane de lui, soutenir avec vassalité le PLR et le PDC, comme par hasard la majorité du pouvoir exécutif à Genève, ceux qui tiennent sans partage les organisations patronales, les cordons de la bourse, les annonces dans les journaux. Une fois de plus, se ranger derrière l’officialité au pouvoir, sous les jupes du convenable et du raisonnable, se boucher le nez dès que surgit un signal tellurique de changement, jailli du peuple.

 

Oui, tout est dans ce titre. Tout un condensé de cette rhétorique des opposants, que nous démontons ici depuis des semaines : il y a lieu d’être inquiet, nous répètent-ils, les problèmes pointés sont les bons, mais surtout ne votons pas l’initiative. Je suis malade, j’ai sous la main le bon médicament, alors bien sûr je le balance à la poubelle. Logique, non ?

 

S’ensuit une double page démonstrative, aussi propagandiste que les méthodes de la SSR lorsqu’elle publie les « sondages » de Claude Longchamp, lesquels se plantent régulièrement lors de ce genre d’initiative.

 

Que voteront les Suisses le 9 février ? À la vérité, nous n’en savons strictement rien. C’est dans l’ultime ligne droite, donc juste maintenant, que tout se joue. Face aux divisions de Panzers du grand patronat, avec leurs millions engloutis dans la campagne, les pages complètes d’annonces dans les journaux, les services de propagande du Conseil fédéral dont l’administration a camouflé le vrai problème de la pression migratoire en Suisse, nos concitoyens sont des hommes et des femmes libres.

 

Ils voteront ce qu’ils voudront. Telle est la puissance de notre système suisse, où l’intime conviction du citoyen, ou de la citoyenne, ne s’en laisse conter par personne. Telle est la beauté de notre démocratie : les propagandes font fureur, c’est le jeu, mais le souverain vote en conscience. Pour notre part, quelle que soit l’issue du verdict, nous l’accepterons. Dans tous les cas, le problème d’un excès des flux migratoires sur la Suisse demeurera : il faudra bien, un jour ou l’autre, lui trouver des solutions.

 

En attendant, laissons dormir les sondages : ils sont à la démocratie ce que néant est à la vie : juste un désir de non-être et de dilution du réel, comme un cauchemar d’hiver. Il fait si chaud, à la rude saison, sous les jupes du convenable.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

09:47 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (25) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/01/2014

Oui avec le coeur, non avec la tête

 

Sur le vif - Lundi 27.01.14 - 10.16h

 

Oui, la Suisse a largement sous-estimé la vague migratoire de ces dernières années, oui il y a problème, mais surtout n’en profitez pas, bande de garnements, pour voter oui le 9 février : voilà ce qu’à sa manière – un rien plus ampoulée – nous dit ce matin le Temps, le journal dont la survie est défendue par toute l’officialité libérale suisse ainsi que les traditionnelles cigales hallucinées des cocktails. Le journal des patrons. Le journal « de l’économie ». Le journal des gens convenables.

 

Cette rhétorique des opposants, je la décortique ici depuis des semaines : donner (presque) entièrement raison aux initiants sur le diagnostic, mais surtout ne pas leur en donner acte le 9 février. Puisqu’ils sont le diable. Cet argumentaire de sophistes, la quintessence nous en est offerte par mon confère Sylvain Besson, dans l’éditorial du Temps, ce matin : « L’immigration européenne se poursuivra. Dans un pays aussi exigu que la Suisse, les limites de cette croissance se feront sentir tôt ou tard. Le problème n’est pas de la stopper, mais de l’encadrer pour que ceux qui habitent la Suisse aujourd’hui continuent de s’y sentir bien. »

 

« Le problème n’est pas de la stopper, mais de l’encadrer ». Mais, Cher Confère, c’est EXACTEMENT, LITTÉRALEMENT ce que propose l’initiative. Lisons-en le texte : il n’est pas écrit une seule seconde qu’il s’agisse de fermeture des frontières, mais de régulation des flux migratoires. RE-GU-LA-TION. Tout pays en a le droit. Nos voisins, d’ailleurs, ne s’en privent pas. Les opposants sont comme le Cancre de Prévert : ils disent non avec la tête, mais ils disent oui avec le cœur.

 

Alors, puisqu’il s’agit « d’encadrer » les flux migratoires (80'000 personnes par an) « pour que ceux qui habitent la Suisse d’aujourd’hui continuent de s’y sentir bien », il existe le 9 février une solution plus droite, plus claire, plus simple et infiniment moins contorsionnée que les postures rhétoriques des opposants : voter oui.

 

 

Pascal Décaillet

 

10:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/01/2014

9 février : ils disent tous la même chose !

 

Sur le vif - Lundi 20.01.14 - 10.40h

 

Dans le Matin, dans le Temps, dans la Tribune de Genève, exactement la même rhétorique. Trois journaux, une seule ligne: celle du Conseil fédéral, du PLR et du patronat. La similitude des arguments est tellement hallucinante qu'elle devrait constituer un cas d'école, à étudier dans les cours de journalisme.


Dans ces trois journaux, dont deux sont aux mains des mêmes maîtres, et le troisième un peu aussi, que nous dit-on ? Qu'il ne faut surtout pas voter l'initiative de l'UDC, mais qu'elle soulève les bonnes questions. Il ne faut surtout pas la voter, mais il est vrai que la Suisse a un problème avec son immigration. Surtout pas la voter, mais le problème désigné par l'UDC est réel. Surtout pas la voter, mais le Conseil fédéral a tardé à prendre des mesures de compensation en faveur des résidents sur le marché du travail. Surtout pas la voter, mais nos autorités devront aller encore beaucoup plus loin.



Trois journaux, une seule et même vision. Trois journaux, la même doxa. Trois journaux au service des mêmes milieux. Trois journaux qui n'osent surtout pas s'en prendre au Conseil fédéral, ni au grand patronat. Trois journaux qui nous disent exactement la même chose. Et Nicolas Dufour, dans le Temps, qui se permet, d'une chiquenaude, de traiter de "mesquinerie" la position des partisans. Ils ont raison, mon bon Monsieur, mais ils ne faut surtout pas voter pour eux, car ils sont fondamentalement mesquins. Mais nous, qui sommes des esprits supérieurs, que rien ne peut ravaler à la mesquinerie, nous devons comprendre ce qu'il y a de bon chez ces brutes, sans pour autant leur donner raison.



Eh bien moi je dis qu'il y en a marre. Marre de cette grisâtre uniformité de la presse en Suisse romande. Et, tandis qu'une formidable Nickellerie Pédestre, emmenée par un ancien conseiller d'Etat genevois, nous promet de sauver le Temps (traduisez, le maintenir en mains bien obédientes, bien patronales et bien libérales), l'heure sonne, au contraire, à la genèse en Suisse romande d'un journal traduisant d'autres valeurs que celle de l'alignement, d'autres postures que celle de la génuflexion, d'autres modèles que celui de l'argent facile et de la spéculation. Et, pourquoi pas, se mettre un peu à l'écoute - la vraie, pas la simulée, M. Dufour - des Gueux et des Mesquins, des Oubliés et des Laissés pour compte.

 

Allez, disons-le: un journal à la fois conservateur et profondément social, aimant les gens, fuyant les mondanités, joyeux et populaire, où la plume serait reine, l'audace encouragée. Un condensé de noires solitudes et de désespérances, avec entre les auteurs un seul lien: celui du regard assumé, et de l'écriture souveraine.

 

Pascal Décaillet

10:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (31) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/01/2014

Merci, Viviane ! Nous vous aimons !

 

Sur le vif - Dimanche 19.01.14 - 16.02h

 

Votation du 9 février sur l'immigration de masse: à ce jour, il manquait encore un petit déclic pour galvaniser le camp du oui.


Avec l'intervention, toute de morgue et d'arrogance, de la Commissaire européenne Viviane Reding, c'est maintenant chose faite. On voit comment l'Union européenne traite les choix souverains des nations. Le corps électoral du 9 février, en Suisse, appréciera.



Merci Viviane. Et surtout, continuez. C'est comme cela que nous vous aimons.

 

Pascal Décaillet

 

16:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/01/2014

Nous sommes tous des Tessinois

 

Sur le vif - Samedi 18.01.14 - 17.42h

 

Genève s’intéresse au Tessin, et le Tessin s’intéresse à Genève. Avant-hier, je donnais une interview à mes amis du Giornale del Popolo, dont je suis chroniqueur politique depuis des années, sur les possibles similitudes entre les deux cantons dans le vote du 9 février prochain sur l’immigration de masse. Si je prévois un oui très large au Tessin, il me semble tout de même que Genève refusera l’initiative. Et puis, ce matin, très bonne page 3 dans la Tribune de Genève (et 24 Heures), sur la situation du Tessin, soumis à une pression migratoire très violente de la part de la Lombardie : soixante mille frontaliers, soit un travailleur sur quatre, et un taux de chômage de 4,9%. Ça ne vous rappelle rien ?

 

 

Le Genevois qui lit cette page 3, il pense à qui ? Aux Tessinois ? Oui, sûrement. Mais évidemment, par effet de miroir, comment pourrait-il ne pas songer à lui-même ? Pression migratoire, frontière, chômage, voilà des mots qui lui parlent. Bien sûr, nous ne votons pas le 9 février sur l’idée de frontière, enfin pas officiellement. Nous votons sur une régulation des flux migratoires. Nous ne votons pas sur les frontaliers, mais bien sur les personnes qui viennent s’établir en Suisse : quelque 80'000 par an depuis l’entrée en vigueur des bilatérales. C’est beaucoup.

 

 

Nous ne votons pas sur la frontière, mais le grand retour de cette notion que des générations de libéraux-libertaires, tout occupés à la mondialisation, ont voulu diluer, occupera puissamment les esprits. Oui, le Tessin et Genève figurent dans les cantons exposés. En termes de front, on appelle cela la première ligne. Comme par hasard, c’est au Tessin et à Genève que prospèrent des partis, Lega ou MCG, thématisant la notion de frontière.

 

 

Je continue de penser que Genève rejettera l’initiative, et n’émets aucun pronostic sur le résultat final suisse. Parce que notre gauche à nous, avant tout les Verts mais aussi une partie des socialistes, demeure bizarrement acquise au libre-échangisme sans entraves. Que ce principe n’ait enrichi que les plus puissants, généré une sous-enchère éhontée (et qu’ils devraient être les premiers à condamner) ne semble pas les rebuter. Comme s’ils demeuraient envoûtés par un libéralisme ultra qui a fait faillite, et dont une partie croissante de la droite se détourne. Au Tessin, on est moins bobo :Verts et socialistes soutiennent l’initiative.

 

 

Genève et le Tessin : beaucoup de points communs. Il sera passionnant, au soir du 9 février, d’observer, canton par canton, et même district par district, comment la Suisse aura voté. Genevois et Tessinois seront sous les projecteurs. Comme ils sont, aujourd’hui, en première ligne du front migratoire.

 

 

Pascal Décaillet

 

17:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

Mehr Demokratie in ARENA als in INFRAROUGE

 

KOMMENTAR - Pascal Décaillet - Samstag, den 18.01.14 - 15.09 Uhr



Ich habe gerade die Arena Sendung von gestern abend angesehen, über die Abstimmung vom 9. Februar (Massenmigration). Bundesrätin Simonetta Sommaruga und Walliser Regierungsrat Jean-Michel Cina im Lager der Gegner. Gegenüber: Schaffhauser Ständerat Thomas Minder (ja, DER Minder) und SVP Fraktionschef Adrian Amstutz. Viele Leute im Hintergrund, unter denen meine Kollegin Ariane Dayer. Frau Sommaruga war nicht allein, nicht königlich gestellt, wie Herr Burkhalter in Infrarouge: sie war mitten in der Debatte, was ganz normal ist. Sie war eine, unter anderen. Vasall vor der Macht ist man wahrscheinlich weniger bei DRS als bei den Welschen. Es herrscht mehr Demokratie in ARENA als in INFRAROUGE.



Die Debatte ist klar und interessant gewesen, Frau Sommaruga verteidigt die Stellung des Bundesrats mit Respekt und Klasse. Aber einen unvergleichbaren Vorteil haben die Pro-Initiative: sie erwähnen, und erwähnen noch (jedesmal wenn sie das Wort haben) den Vorrang der völkischen Entscheidung, in der Schweiz, über administrative Verträge mit UE. Zuerst das Volk, erinnert noch und noch Amstutz, dann das Parlament, endlich die Exekutive.



In diesem Sinne betrachte ich sie als Sieger. Dem Volke haben sie direkt gesprochen. Dem Volke, und nicht nur der politischen Klasse. Dem Volke, in seiner Souveränität. Dem Volke, in seinem Stolz. Dem Volke, als Entscheider unseres Schicksals. Schon überzeugt war ich ja vorher, Sie hatten das durschschauen können, wenn Sie mich manchmal, hier oder anderswo, lesen.

 

Manchmal werde ich hier, wenn ich über ein bisschen Zeit verfüge, einige Zeilen für meine deutschsprachigen Freunde schreiben. Wenn sie mir natürlich die Armut meiner Ausdrücke verzeihen möchten.



Pascal Décaillet

 

15:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/01/2014

9 février : il suffit de voter oui

 

Sur le vif - Jeudi 16.01.14 - 17.40h

 

Un sondage Gfs-SSR dont la légendaire crédibilité ne nous arrachera, tout au mieux, qu’un sardonique éclat de rire. Un matraquage hallucinant des milieux patronaux, que bizarrement dans notre pays on appelle « les milieux de l’économie », comme si un ouvrier, une caissière, un paysan de montagne, un petit indépendant ne participaient pas pleinement, eux aussi, à notre économie nationale. Des dizaines de millions jetés dans la campagne du non. Un président de la Confédération ayant annoncé dès le 1er janvier qu’il serait le commis-voyageur en chef des opposants, menant la charge tambour battant, Matinales par ci, Infrarouge par-là, et ayant de surcroît le culot de déclarer qu’il ne faisait pas campagne. On pensait que tout cela suffirait à définir la machine de guerre du non à l’initiative « contre l’immigration de masse », sur laquelle nous votons le 9 février.

 

Eh bien non. Cela ne suffisait pas. Il aura encore fallu qu’hier, un Conseil fédéral bien nerveux vînt nous fourguer in extremis, à trois semaines du verdict du peuple et des cantons, des mesures d’accompagnement qu’il aurait dû nous annoncer depuis des années, si la dérive néo-libérale et la sanctification de la libre circulation absolue, conçue comme un dogme, ne l’avaient à ce point, et depuis si longtemps, aveuglé.

 

Depuis le départ de Jean-Pascal Delamuraz (1998), le dernier grand radical, le dernier de cette famille qui fût de tempérament à se soucier en priorité de l’intérêt supérieur de l’Etat, des petites gens, de notre cohésion sociale et nationale, oui le dernier radical qui ne fût point en génuflexion devant les forces de l’Argent, le Conseil fédéral donne l’impression de n’agir qu’au service d’une économie mondialisée, où la spéculation de quelques-uns, hélas, l’emporte sur l’intérêt de tous.

 

On nous dit que la libre circulation, depuis dix ans, est un facteur de croissance. Admettons-le. Mais qui, en priorité, dans ce pays, en a profité ? Ces 80'000 nouveaux migrants par an, qui ont-ils, avant tout, enrichi ? Voter oui le 9 février, ça n’est en aucun cas fermer la porte à l’immigration. Encore moins, déconsidérer l’étranger dans une démarche de nature xénophobe. C’est juste instaurer, au service de tous, un minimum de régulation pour éviter, un jour, l’explosion par le surplus. J’ignore absolument quel résultat obtiendra l’initiative le 9 février. J’ignore si elle passera. Mais une chose est sûre : quel que soit le résultat, la Suisse devra empoigner, dans les années qui viennent, la question migratoire. Si ce n’est par des contingents (la solution de l’UDC), cela pourrait être par une typologie plus sévère des choix d’accueil, en fonction des besoins sur le marché du travail.

 

« Il ne suffit pas de voter non », titrait récemment un éditorialiste à Genève. Je suis bien d’accord avec lui : on pourrait parfaitement, par  exemple, pousser le souci de l’intérêt supérieur de notre population résidente jusqu’à voter oui.

 

Pascal Décaillet

17:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/01/2014

Didier Burkhalter : les mots de trop

 
Sur le vif - Mardi 14.01.14 - 09.27h

 

« Le Conseil fédéral ne fait pas campagne, nous expliquons les enjeux ». Invité ce matin de la RSR, le président de la Confédération, répondant à une question parfaitement légitime de mon confrère Simon Matthey-Doret, a osé. Il a eu le culot, à 07.40h, de nous faire le coup de la campagne neutre et explicative, vieille légende éculée depuis des décennies, depuis le Delamuraz du 6 décembre 1992, depuis l’Ogi de la campagne pour les tunnels alpins (1992 aussi). Il a eu le culot de nous dire cela, un matin de grande écoute de janvier 2014, et nous, citoyens, devrions demeurer sans réagir !

 

Soyons clairs. Le président de la Confédération n’est pas un eunuque. Il a parfaitement le droit, comme ses six collègues, d’entrer dans l’arène lors d’une campagne de votation. Delamuraz l’a fait, il a tout donné, jusqu’à une partie de sa santé, il a sillonné la Suisse d’un bout à l’autre pour convaincre ses compatriotes de dire oui à l’Espace économique européen. Ne parlons pas d’Ogi, la même année, qui s’est transformé en infatigable commis-voyageur du Gothard et du Lötschberg, et il a gagné. Je ne vois, pour ma part, aucun inconvénient à ce que le Conseil fédéral, face à une initiative qui finalement remet en cause sa politique, fasse campagne pour défendre son point de vue.

 

Et vous faites campagne, M. Burkhalter. Plus que tout autre. Dès le le premier jour de l’année, dans vos vœux, vous avez annoncé la couleur. A l’émission Infrarouge, qui vous a servi la soupe pendant plus d’une heure, vous avez mené bataille. Ce matin encore, à la RSR, vous étiez le porte-flambeau du non à l’initiative contre l’immigration de masse. Je ne vous en veux pas de vous battre pour une cause à laquelle vous croyez, c’est pour moi l’une des fonctions les plus nobles de l’être humain. Mais je vous en veux infiniment de le nier, de vous draper dans cette pseudo neutralité explicative. Même les prêtres en chaire de la ma jeunesse, au moment de l’exégèse du texte biblique, ne nous cachaient pas que l’explication allait dans le sens d’une propagation de la foi. Ils le savaient, nous le savions, il n’y avait nulle duperie.

 

Vous êtes, M. Burkhalter, le chef du camp du non. Le chef d’un camp qui a pour lui le grand patronat, avec ses moyens titanesques, l’immense majorité de la classe politique suisse, le quasi-totalité des médias, à part la Weltwoche, votre serviteur et quelques autres. Vous avez décidé, au napalm, de gagner cette votation. C’est votre droit. N’ayant jamais reproché à Jean-Pascal Delamuraz, dont j’ai suivi la campagne de 1992 au jour le jour, d’entrer dans l’arène, je ne vous adresserai nul grief pour cela. Mais de grâce, Monsieur le Président, ne prenez pas les auditeurs de la RSR pour des idiots. Vous faites campagne, vous êtes un combattant, un belligérant dans cette affaire. Soyez gentils, ne nous faites plus jamais, d’ici au 9 février, le coup de la gentille explication objective et asexuée. Nous avons, vous et moi, fait pas mal d'armée. Nous savons que les couleurs doivent être affichées. Nul combattant ne se camoufle, en armes, dans l'ambulance à croix rouge.

 

Pascal Décaillet

 

09:27 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/01/2014

9 février : et si la gauche votait oui ?

 

Sur le vif - Samedi 11.01.14 - 17.22h

 

Quelle Suisse la gauche veut-elle pour les deux ou trois décennies qui nous attendent ? Face à la poussée migratoire sur le marché du travail, les forces qui se veulent « progressistes », vont-elles défendre les travailleurs de notre pays ou se cramponner à un discours de type moral, totalement déplacé face à l’enjeu du scrutin ? Certains socialistes, certains Verts même (allez, rêvons) tenteront-ils de comprendre pourquoi leurs camarades de parti, au Tessin, soutiennent l’initiative « contre l’immigration de masse », sur laquelle nous votons le 9 février ? Ou se contenteront-ils de traiter de retardés leurs collègues du Sud des Alpes ?

 

La gauche de ce pays va-t-elle, comme un seul homme, sous le seul prétexte que l’initiative vient de l’UDC, donc frappée du sceau de la malédiction, se conduire en alliée d’un libre-échangisme pur et dur qu’elle a passé une bonne partie de son Histoire à combattre ? Ces questions ne sont pas résolues. Elles ne le seront que dans quatre semaines et un jour. Mais recèlent l’une des inconnues d’évolution de l’opinion publique d’ici le 9 février. L’autre, à droite, ce sera la réaction de l’électoral PLR de souche radicale et populaire aux propos, hier, de leur président national de parti, l'Argovien Philipp Müller. Car la quasi-unanimité, tout à l’heure à Schwanden (GL) de l’Assemblée des délégués ne reflète pas nécessairement le sentiment profond de la base. Soucieux d’unité de matière, nous y reviendrons.

 

Mais la gauche ! Que va-t-elle voter, dans le secret de l’urne ? Hier soir à Forum, invité parmi d’autres à commenter le dernier en date des ineffables sondages Gfs-SSR, Christian Levrat, le patron du parti socialiste suisse, a utilisé à deux reprises l’expression « retour à la Suisse des baraques » pour stigmatiser le principe de contingents contenu dans le texte. Terminologie dûment préméditée pour créer, chez ceux (comme votre serviteur) assez âgés pour en avoir la mémoire, l’épouvante face au retour de l’époque des saisonniers, logés parfois près des chantiers, ne bénéficiant pas du regroupement familial, ne rejoignant leurs familles que trois mois par an. Cette Suisse-là, je l’ai connue, mon père était ingénieur, il était d’ailleurs fermement opposé à l’initiative Schwarzenbach de juin 1970. Mais, de la part de M. Levrat, quel amalgame ! En l’écoutant hier, je me demandais qui, dans ce pays, tentait de faire peur à qui, et avec quelles ficelles. Tant qu’on y était, on aurait pu remonter à Zola et aux grandes grèves du Nord.

 

Une partie de la gauche nous brandit l’étendard de la xénophobie. C’est une imposture, que nous avons démontée dans notre texte précédent, paru dans le Nouvelliste et publié dans ce blog. Bien sûr que la Suisse a besoin d’immigration. Bien sûr que la mixité nous a façonnés. Bien sûr que le mélange des langues et des cultures nous a enrichis. Mais où, je vous prie, dans le texte du 9 février, serait-il question d’y renoncer ? Carrefour au centre de l’Europe, la Suisse aura toujours affaire avec les étrangers, et c’est très bien ainsi. Pourquoi nous fait-on croire qu’il s’agirait de fermer le robinet, là où il est juste question d’en régler un peu la puissance. Ré-gu-la-tion !

 

Vouloir ce contrôle, ça n’est en aucun cas rejeter l’Autre, ni entrer dans une phase de « repli », ni nous « recroqueviller », c’est réinstaurer le contrôle citoyen, donc la volonté politique, sur un flux aujourd’hui non maîtrisé. C’est prendre pari pour les années qui viennent, pour une Suisse toujours ouverte aux échanges, toujours accueillante, mais édictant juste, comme l’immense majorité de ses voisins, quelques règles pour éviter, d’ici dix ou vingt ans, une démographie étouffante. N’est-ce pas notre droit, notre devoir même, d’anticiper aujourd’hui les problèmes de demain ?

 

Alors, hommes et femmes de gauche, comment allez-vous voter ? Juste sur un slogan moral déplacé, celui de « xénophobie », ou avec votre fibre de défense des places de travail pour les résidents de ce pays ? Le rôle historique de la gauche est-il de soutenir servilement les intérêts de libre échange absolu d’un grand patronat dont l’ambition citoyenne n’apparaît pas comme l’impératif premier ? Une fois qu’ils l’auront sauvée, leur libre circulation, au soir du 9 février, vous croyez qu’ils vont vous les donner, vos « mécanismes d’accompagnement » visant à corriger les excès ? Pour ma part, je crois qu’ils s’empresseront de retourner à leurs chères affaires. Et, pour certains d’entre eux, à leur sous-enchère salariale sans entraves. Et là, vous la gauche, vous aurez tout perdu. Vous n’aurez plus le crédit de votre base ouvrière, qui a d’ailleurs émigré vers d’autres horizons. Et vous n’aurez plus d’alliés pour renverser la situation. Vous pourrez demeurer le parti des bobos. Mais la puissance tellurique, jaillie d’en bas, de représentants des plus précaires, vous l’aurez perdue. A vous de voir. A vous de juger.

 

Pascal Décaillet

 

17:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/01/2014

Infrarouge : circulez, le pouvoir a parlé !

 

Sur le vif - Mercredi 08.01.14 - 00.34h

 

En apparence, rien à redire. En ce début d’année, les rois à peine tirés, la SSR invite le président de la Confédération. L’homme est courtois, très agréable, bien préparé, précis, percutant. Didier Burkhalter en très bonne forme. A part un épisode niais et déplacé sur son épouse, en guise de Points de vue et images du monde, en fin d’émission, le propos fut intéressant.

 

Le problème, c’est que nous sommes à quatre semaines et cinq jours d’une votation amirale. Dans laquelle M. Burkhalter – il l’a clairement annoncé dans ses vœux – a l’intention de jouer le rôle de chef de l’opposition à l’initiative de l’UDC « contre l’immigration de masse ». A ce rôle de leader, je ne vois pour ma part aucun inconvénient. Le président de la Confédération n’est pas un eunuque, il défend la politique du Conseil fédéral, sa place est dans l’arène, pour convaincre. Je n’ai donc aucun reproche à adresser à M. Burkhalter. Il fait son job.

 

Mais là, pendant plus d’une heure, il est mis en vedette. Même avec de rares contradicteurs (François Schaller, excellent), c’est lui qu’on voit, lui qu’on écoute, lui qu’on retient. Encore mieux mis en valeur, par ce jeu de dialectique d’enluminure, qu’au fond, s’il était seul.

 

Bref, ce soir M. Burkhalter, lui d’ordinaire si réservé, a fait son show. Et il l’a fait sur le principe même de cette réserve dont il se réclame. Quel homme sobre, chantaient les chaumières, oubliant que la sobriété était sur scène. Mise en scène cistercienne du mystère.

 

Ce soir, la SSR a offert plus d’une heure d’antenne au camp du non. Elle nous annonce un grand débat, d’ici quelques jours. Mais l’équilibre – le vrai – exigerait qu’un partisan du oui bénéficie sans tarder de la même plateforme que celle du militant en chef du Conseil fédéral, et dans la foulée du patronat, et de toute l’officialité politique suisse dominante, ce soir.

 

Cette émission d’équilibre n’aura pas lieu. Parce que la SSR est à la botte du Conseil fédéral. Tout simplement.

 

 

Pascal Décaillet

 

00:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/01/2014

Infrarouge, une émission au service du pouvoir ?

 

Sur le vif - Lundi 06.01.14 - 09.49h

 

Didier Burkhalter sera demain soir le grand invité d’Infrarouge. Dans la promo qu’elle propose elle-même sur son site, l’émission écrit ceci : « A peine entré en fonction, le président de la Confédération dispose d'un mois à peine pour gagner sa première bataille : faire échouer l'initiative contre l'immigration massive. Défenseur de la libre circulation, le discret Didier Burkhalter devra aller au contact pour convaincre. Quelle est sa stratégie ? Peut-il redonner de l'élan à une relation Suisse-Europe qui s'essouffle ? Saura-t-il sortir de sa réserve pour empêcher la Suisse de se replier ? ».

 

 

Empêcher la Suisse de se replier. Sur le site officiel de la RTS, le « service public » lève le masque : dans les mots choisis pour présenter l’enjeu du 9 février, il se place clairement du côté des opposants. Il nous annonce aussi, sans la moindre vergogne, qu’une grande partie de l’entretien avec le nouveau président de la Confédération permettra à ce dernier de faire sa pub contre l’initiative de l’UDC. Au moins, c’est clair.

 

 

Que la RTS invite le président de la Confédération, c’est très bien. Qu’elle se précipite à le faire à moins de cinq semaines d’une votation majeure, dans laquelle Didier Burkhalter a déjà annoncé son engagement dans son discours du Nouvel An, n’est simplement pas acceptable. Et montre, s’il en était encore nécessaire, le rôle totalement engagé de la SSR dans cette votation. Un rôle qui consiste, nous le soulignons depuis des semaines, à mettre en valeur systématiquement les arguments des opposants, et en sourdine ceux des partisans.

 

 

Car enfin, que va-t-il se passer demain soir ? Le président va profiter de sa présence médiatique pour plaider à fond pour le non. Il a bien raison, on l’invite. Mais, dans les autres éditions d’Infrarouge d’ici le 9 février, un temps de parole équivalent sera-t-il offert à un partisan – seul, comme M. Burkhalter demain – de l’initiative ? Cela, indépendamment du débat que l’émission ne manquera pas d’organiser sur le thème. Si la réponse est oui, nous serons les premiers à saluer l’équilibre du traitement. Si c’est non, alors il y aura eu, sous prétexte d’un entretien de majesté avec le primus inter pares de notre exécutif fédéral, prise d’otage du temps de parole, sur un « service public », payé par nous, en période électorale. Rien de moins.

 

Pascal Décaillet

 

09:49 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/01/2014

Paysage médiatique : présents à l'appel !

 

Sur le vif - Samedi 04.01.14 - 11.09h

 

Président de la SSR, Raymond Loretan est un homme courtois, intelligent et cultivé. Dans le Matin d'aujourd'hui, il nous adresse ses vœux 2014. Il nous présente la SSR comme un facteur de cohésion nationale. Et estime qu'elle doit se partager la mission d'informer le bon peuple avec les éditeurs de presse écrite. C'est une vision sympathique. Des années 70.



Quid des télévisions régionales, quid de Canal 9, La Télé, Léman Bleu, qui se battent fantastiquement, avec des moyens incomparables à ceux de la SSR, pour faire vivre l'information de proximité ? Quid des radios privées ? Quid d'internet, et des nouveaux sites ? Quid des réseaux sociaux et de ce qu'on pourrait en faire dans une optique d'information interactive ?



Au nom de quoi la SSR, avec ses séries américaines et son financement captif, aurait-elle plus droit au label de "cohésion" que tant d'autres vecteurs, tellement vivants, tellement combatifs pour survivre dans un environnement concurrentiel ?



Des vœux sympathiques. Mais des vœux des années 70. Je souhaite tout de même à mon éminent compatriote une excellente Année 2014. Quant à nous, tous les autres, les petits entrepreneurs comme moi, les indépendants, les TV privées, les créateurs des sites de demain, les imaginatifs, les innovateurs, nous serons là. Présents à l'appel, dans le paysage médiatique suisse.

 

Pascal Décaillet

 

11:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

01/01/2014

L'extase sera libre-échangiste ou ne sera pas

images?q=tbn:ANd9GcSEBOy7QYeLneWGrYmarFiU_xQX9E0dRxz1O9awX-IRlaEPl4Yq 

Sur le vif - Mercredi 01.01.14 - 17.34h 


C’est un beau discours, simple et humain, que nous a tenu en ce Jour de l’An le nouveau président de la Confédération, Didier Burkhalter. Des visages d’enfants, des prénoms aux résonances bigarrées, quelques formules qui touchent, oui un discours rassembleur et présidentiel. J’ai apprécié ce discours, parce qu’il nous parle à tous, évoque ce qui nous unit plutôt que nos ferments de dispersion, c’est précisément pour un an le rôle du titulaire de la fonction.

 

Les formules qui font mouche : « La Suisse est une communauté de destin », « La Suisse est un miracle », ou encore ce rappel du sel importé de Tunisie pour aider nos éleveurs au Moyen-Âge. Il est arrivé dans l’allocution, ce sel providentiel, avec la magie de la myrrhe ou de l’encens, ou de l’or, comme une préfiguration d’Épiphanie. Un discours qui commence par la nécessité « d’ouvrir des perspectives d’avenir » pour nos jeunes, notamment des emplois, et qui se termine, après le rite initiatique du texte, sur la « lumière », qu’on voudra bien entendre avec la chaude intimité d’un petit « L », celle du regard des enfants. J’ai d’autant apprécié ce discours que son auteur, jusqu’ici, nous avait plutôt habitués à une rhétorique froide, celle de la Raison qui s’articule, avance et prouve.

 

Deux bémols, qui n’atténuent pas la qualité du sentiment dominant. D’abord, il est peu rassembleur d’affirmer que « Notre Suisse est forte parce qu'elle repose sur un Etat libéral ». Tous nos concitoyens ne l’entendent pas ainsi, et notre Histoire de l’après-guerre, de l’AVS en 1948 à la lente construction de nos assurances sociales, et de nos réseaux de solidarité, prouve au contraire l’absolue nécessité d’un Etat fort, ou tout au moins d’un fort sens de l’Etat, à gauche comme à droite, chez ceux qui font nos lois. Le socialiste Tschudi, le radical Delamuraz, le PDC Furgler. Aucun de ces trois hommes ne se réclamait d’un libéralisme qui eût fait abstraction de l’impérieuse nécessité de l’Etat, au service des plus faibles. Le libéralisme est une option politique parmi d'autres, mais n'a rien de consubstantiel à la Suisse. Dans ce passage, hélas, le Président s'est effacé devant le militant PLR.

 

La seconde réserve concerne ce qu’on appellera la préparation d’artillerie en vue du 9 février. Le président de la Confédération a clairement orienté les esprits vers une apologie du libre-échange, une sanctification de la voie bilatérale (laquelle aurait « permis d’assurer la sécurité et l’indépendance du pays » - Disons que cela ne va pas de soi), qui sont clairement un appel à rejeter, dans un peu moins de six semaines, l’initiative de l’UDC « contre l’immigration de masse ». Admettons que cela soit « de bonne guerre » (RSR. 12.30h), on notera juste que c’est moins rassembleur face à une partie non négligeable de la population, soucieuse de mécanismes protecteurs, désireuse d'une forme de régulation des flux migratoires, et pour laquelle une Suisse à 12 millions d’habitants ne constitue ni rêve, ni pâmoison, ni extase. Fallait-il transformer le premier discours présidentiel de 2014 en acte militant ?

 

Dans la Berne fédérale, mais aussi dans certains cantons comme Genève, la présence d’élus PLR au premier rang des exécutifs, alors que d’autres signaux que la foi dans le libre-échange absolu ont pu être donnés par l’électorat, dans les Parlements par exemple, devrait inciter ces édiles à un peu plus de réserve dans leur Croisade libérale. Pour peu, tout au moins, qu’ils entendent parler à l’ensemble de la population, et non aux seules instances dirigeantes du patronat.

 

Mais enfin, ces quelques réserves posées, merci à M. Burkhalter pour ce discours qui a su parler au cœur des gens. A tous les lecteurs de ce blog, qui a entamé sa septième année, j’adresse mes vœux les plus cordiaux pour 2014.

 

Pascal Décaillet

 

17:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/12/2013

Les "valables raisons" de Vincent Maitre

 

Sur le vif - Samedi 21.12.13 - 19.01h

 

J’écris ces lignes comme citoyen, né à Genève et y exerçant son droit de vote depuis l’âge de vingt ans, en 1978. Nous, les citoyens, avons élu le 6 octobre dernier cent députés pour siéger entre 2013 et 2018 au Grand Conseil. Ces cent personnes, nul ne les obligeait à se porter candidates à cette fonction. Elues, elles sont pour une législature au service de la population, et non le contraire. Leur devoir est de siéger, avec le moins d’absentéisme possible. Les enjeux lourds qui attendent notre canton ne tolèrent ni amateurisme, ni dilettantisme en l’espèce.

 

Dès lors, tout citoyen, oui tout membre du corps électoral du canton, est parfaitement légitimé à savoir, en parfaite transparence, qui, parmi les députés, se rend aux séances, qui s’y rend un peu moins, qui ne s’y rend jamais. Cela fait partie du contrat social, du pacte de confiance avec l’élu. C’est vrai, je me suis étonné, depuis quelques semaines, de l’absence totale, cet automne, du député Vincent Maitre. C’est mon droit le plus strict, mon droit de citoyen, je n’ai aucune intention d’y renoncer. M. Maitre a sollicité la confiance du peuple, l’a obtenue le 6 octobre, il doit donc siéger. Il ne s’y est, pour l’heure, jamais rendu, n’a donc pas prêté serment. N’aurait-il pas pu au moins le faire, de façon à avoir un suppléant ?

 

On m’a parlé de « valables raisons ». Je veux bien, j’en prends acte. Mais alors, avec M. Maitre, il y a un problème. N’ayant pas mis le moindre pied au Parlement, alors que nous sommes deux mois et demi après l’élection, et que le Grand Conseil vient de se pencher deux jours sur l’acte amiral de son mandat, l’examen du Budget 2014, M. Maitre est loin d’être pour autant le muet des « valables raisons ». Sur un réseau social, il a passé ces deux mois et demi à intervenir tous azimuts, prendre parti, moraliser, donner de grandes leçons, et parfois même blesser les gens.

 

Face à cette providentielle vitalité de « l’Absent pour valables raisons », en pétaradante forme pour la morsure vipérine comme pour l’imprécation, souffletant par ci, griffant par-là, on se dit qu’un aussi admirable tempérament bretteur aurait davantage sa place dans l’enceinte d’un Parlement, au service d’une population qui lui a fait confiance, que, "de quelque part", sur un réseau social. Mais voilà : « valables raisons », nous dit-on. Cela serait-il la manière polie de nous inviter à circuler, parce qu’il n’y aurait rien à voir ?

 

Aujourd’hui, de « là où il est », M. Maitre joue les victimes. Pour ma part, je n’aime pas du tout cette affaire, ni le climat de gêne et d’omerta qui suinte, lorsqu'on l'évoque, le corporatisme parlementaire. M. Maitre, hier, m’a fait écrire par son avocat. Aujourd’hui, il m’attaque par lettre ouverte. C’est son droit. Le mien, c’est de demeurer dans ma posture citoyenne, en attente de transparence. C’est mon droit. Et c’est celui des dizaines de milliers de membres du corps électoral de ce canton, celui qu’on appelait naguère le « Conseil général ». Les élus sont au service de la population. Ils ne sont là ni pour l’insulter, ni pour tenter de l’intimider.

 

Pour ma part, M. Maitre peut m'envoyer tous les avocats qu'il veut. Je ne reculerai pas, dans cette affaire.

 

 

Pascal Décaillet

 

19:01 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/12/2013

L'inconnu de Lübeck

01.jpg 

En ce jour de centième anniversaire de la naissance de Willy Brandt (1913 - 1992), je republie ici ma chronique parue le 6 mai 2004 dans la Revue Choisir, de mes amis Jésuites. Je n'ai jamais eu l'occasion, hélas, de rencontrer Willy Brandt, mais je me souviens de très beaux échanges sur lui avec son successeur Helmut Schmidt, que j'étais allé interviewer à Hambourg en avril 1999.

 

 

L’inconnu de Lübeck

 

 

Il y a juste trente ans, le 6 mai 1974, Willy Brandt, le plus énigmatique, mais aussi à coup sûr le plus grand chancelier allemand du vingtième siècle, envoyait au président de la République une lettre de démission de treize lignes, écrite à la main : « J’assume la responsabilité politique de l’affaire Guillaume ». Brandt quittait la chancellerie, laissant la place à un autre grand homme, Helmut Schmidt. Il allait encore vivre dix-huit ans, présider son parti, et même l’Internationale socialiste, vivre deux décennies en vieux sage ayant tutoyé l’Histoire, cerné d’honneurs et de louanges, mais Brandt au pouvoir, cette aventure allemande de l’après-guerre, se terminait ainsi d’un coup, bêtement, suite à une histoire d’espionnage entre Allemands que plus personne, de nos jours, ne pourrait imaginer.

 

Willy Brandt, homme du nord né à Lübeck, le 18 décembre 1913, d’une mère de dix-neuf ans qui ne lui révèlera qu’en 1947 la véritable identité de son père, et mort le 8 octobre 1992, aura donc connu l’Allemagne impériale, traversé la Grande Guerre, la République de Weimar, le Troisième Reich (en exil en Scandinavie), les années de désolation et de reconstruction, la scission en deux de sa patrie, avant de connaître enfin, peu avant sa mort, plus heureux que Moïse, la chute d’un Mur qu’il avait toujours haï, les yeux embués en cette ville de Berlin dont il avait été, de 1957 à 1966, le maire éblouissant. Avant d’être un grand homme d’Etat, celui de l’Ostpolitik et de la génuflexion de Varsovie, avant d’être ce vieillard fatigué et sublime regardant d’écrouler le Mur aux côtés de Kohl et Genscher, en cette nuit du 9 novembre 1989, avant tout cela, Willy Brandt c’est d’abord, comme Mitterrand, le charme étrange et romanesque d’un destin.

 

La politique, aujourd’hui, n’aime plus guère les aventuriers. Elle préfère les technocrates. C’est dommage. Que serait l’Italie sans Garibaldi et le tumulte de son parcours ? Il faut lire la vie des grands hommes, à la Plutarque, si on veut saisir les véritables enjeux de leurs paris politiques. L’enfant Louis XIV traumatisé par la Fronde, le jeune Léon Blum et l’affaire Dreyfus, les rapports terribles de Frédéric II avec son père. Pour cela, il faut accepter de lire des biographies, ce genre passionnant, longtemps et scandaleusement méprisé par les historiens de la mouvance de Mai 68, ceux qui préfèrent les structures aux hommes, la matière à l’esprit, la coupe synchronique, désincarnée, au fil magique d’une vie.

 

Il faut aussi regarder les albums de photos. Le collégien Willy Brandt, 1930, debout en pantalon de golf, posant devant un plan d’eau, sans doute un canal de sa ville natale de Lübeck. La beauté de son visage, la retenue de sa posture, le brin de mélancolie de l’ensemble, la force de solitude intérieure d’un regard pourtant porté vers le lointain. Est-ce déjà Willy Brandt, au destin scandinave et futur prix Nobel de la Paix ? Ou n’est-ce, encore, que Herbert Ernst Karl Frahm, son premier nom, celui de son enfance hanséatique, lui qui allait, d’exil en exil, en porter plusieurs, remplaçant une énigme par une autre. Tout est là, oui déjà, dans cette tristesse semi-éclairée, immensément séduisante, de l’inconnu de Lübeck. Enfin, coïncidence ou non, 1930, l’année de cette photographie si troublante, est celle de son adhésion au SPD, le parti social-démocrate : rien, jusqu’à la mort, ne l’en séparera.

 

Willy Brandt : un destin allemand. Il aurait pu être raconté par une nouvelle d’Heinrich Mann, ou incarné dans l’un des innombrables personnages de Günter Grass, son ami. J’irais plus loin : j’irais chercher dans Schiller, celui des jeunes années, le Schiller de Don Carlos et du Sturm und Drang, le ressort exceptionnel de Brandt. Une vie nécessairement en mouvement, mais d’un chemin non-tracé, où l’invisible surpasse le prévisible, le rend futile, dérisoire. Les plans de carrière volontaristes sont pour les personnages de deuxième choix, les grands commis, les grands exécutants. L’homme de caractère, lui, accepte les chemins de traverse, la surprise du vent.

 

Brandt, un destin. Mais aussi un certain sens de la formule, du symbole. A genoux devant le monument aux morts de Varsovie, recueilli au Mémorial de Yad Vashem, ou hagard devant les burins de fortune qui détruisent le Mur, c’est toujours le même homme, le même sens du destin et de l’Histoire. « Jetzt wächst zusammen, was zusammengehört », s’était-il contenté de déclarer en cette nuit allemande du 9 novembre 1989 (Maintenant va pouvoir croître ensemble, ce qui est du même terroir). Et si le combat social-démocrate, tout en étant parfaitement sincère, n’avait été, toute une vie, que le paravent d’un autre enjeu, plus fondamental, plus inavouable : le combat national pour enfin donner un champ d’éclosion à une patrie ravagée, et au fond tant aimée, comme une mère qu’on retrouverait, intacte et prometteuse, au soir de sa propre vie ? La force des grands hommes, Brandt, de Gaulle et les autres, c’est qu’ils nous donnent l’impression, à chaque fois, de recommencer l’Histoire.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:55 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les arcanes parfumées du pouvoir

 

Sur le vif - Mercredi 18.12.13 - 10.48h

 

Tribune de Genève: toujours, toujours, toujours la même manière de procéder. Métronomique. Prévisible. Une initiative (avec laquelle je ne suis pas du tout sûr d'être d'accord) est annoncée, concernant l'éducation sexuelle à l'école. Immédiatement, dans l'édito, on la démolit.



La TG pulvérise d'office à peu près TOUTES les initiatives. Ce qui vient d'en bas la gêne, la dérange. Par cette systématique, elle se positionne comme journal de pouvoir, au service des institutions en place. Si le peuple lance des initiatives, c'est justement, pourtant, pour corriger ce qui, de son point de vue, n'a pas été réglé par les élus en place. Lancer une initiative n'a rien d'un comportement d'intrus, ni d'une humeur de rue: c'est un acte parfaitement légitime, un ORGANE de notre démocratie suisse.



Le Temps et la RSR usent de la même pratique, tout aussi systématique. Il manque, en Suisse romande, un quotidien capable de relayer, avec un haut niveau de plume et d'engagement, une authentique puissance de solitude des auteurs, les sentiments profonds de la population, leurs colères parfois, leurs insatisfactions, leurs aspirations à de vrais changements dans notre organisation sociale. Avec un ton beaucoup plus direct, un style aussi, qui ne suinte pas immédiatement le besoin de se faire reconnaître dans les arcanes parfumées du pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

10:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

17/12/2013

Le PDC laisse filer Kilchenmann à l'UDC !

kilchenmann.jpg 

Sur le vif - Mardi 17.12.13 - 16.45h

 

Emmanuel Kilchenmann rejoint l'UDC, nous annonce à l'instant le site de la Liberté. C'est une perte importante pour le PDC, non seulement fribourgeois mais suisse: Kilchenmann, que nous fûmes parmi les premiers à reconnaître et à inviter sur nos plateaux TV (Grand Oral, Genève à chaud), était l'une des personnalités les plus solides, les plus brillantes et les plus prometteuses de la démocratie chrétienne suisse.



Il a eu, lors de la campagne Siggen-Steiert, un problème avec son parti, sur lequel nous ne reviendrons pas ici. Disons simplement, pour nous être un peu renseignés, que les siens auraient pu le soutenir un peu mieux. Notamment l'un d'entre eux. On ne lâche pas ceux qui s'engagent, ceux qui se battent.



Pour l'heure, une chose est sûre: la démocratie chrétienne suisse perd l'un des meilleurs des siens, et l'UDC gagne un homme loyal, ancré, courageux, combatif, nourri de la profondeur des valeurs conservatrices - au meilleur sens du terme - de notre pays. Puissions-nous sans tarder retrouver cet avocat, commandant d'une compagnie de grenadiers, magnifique connaisseur de Léon XIII et de la Doctrine sociale de l'Eglise, aux Chambres fédérales.



Et ma foi, si le PDC suisse n'est plus capable de retenir son aile conservatrice, tant pis pour lui. Et tant mieux pour l'UDC.

 

Pascal Décaillet

 

16:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/12/2013

Faut-il à tout prix des Parlements ?

 

Sur le vif - Samedi 14.12.13 - 18.47h

 

Je rumine ce billet depuis des années, mais sa cause directe, juste cet après-midi, est la pantalonnade au Municipal de la Ville de Genève, autour du budget 2014. La droite et le MCG avaient prévu des coupes importantes. Par un vote discipliné, ils pouvaient les faire passer. A cause du hasard, la revanche d’un exclu mécontent, ou d’indépendants déracinés de toute cohérence initiale dans leur engagement parlementaire, c’est le contraire qui s’est produit. La gauche exultera d’avoir pu conserver des postes dont je n’ai toujours pas saisi l’utilité, et par là-même sa clientèle politique. La droite, à juste titre, enragera. Ne refaisons pas ici le débat. Interrogeons-nous, en partant de ce tout petit exemple mais en élargissant, sur l’écueil que peut représenter l’institution parlementaire lorsque le hasard, ou la rancœur personnelle de l’un ou l’autre, dictent les décisions à la place du rapport de forces politiques, cette bonne vieille dialectique qui fonde nos antagonismes en démocratie.

 

Lorsqu’un Parlement – et peu importe qu’on l’appelle ici « délibératif » - devient arène de hasard, imprévisible, livrée au jeu d’éléments individuels, hors de tout contrôle, la démocratie est perdante. Parce que la démocratie, c’est la clarté, la transparence, la confiance des engagements, la traçabilité des actes. Ce qui s’est produit, cet après-midi, au Municipal de la Ville de Genève, peut hélas parfaitement arriver dans un Parlement cantonal, voire aux Chambres fédérales. Et cela mérite une question : le principe de délégation parlementaire, si sanctifié depuis deux siècles dans nos systèmes, mais possédant de tels ferments de fragilité, et parfois d’injustices dans la représentation du peuple, ne doit-il pas nous amener à imaginer des contre-modèles de décision démocratique, impliquant beaucoup plus de votants ?

 

Le temps des diligences

 

Depuis deux siècles, disons depuis la Révolution française, ou 1848, ou plus récemment selon les pays, les citoyens ont coutume d’envoyer siéger des représentants dans des cénacles. Cela nous vient du temps des diligences. On partait à la Diète, on y demeurait parfois plusieurs semaines, on était entre gens qui savaient lire et connaissaient les lois, on concoctait entre soi, à des centaines de kilomètres des gens qui vous avaient élu, en totale coupure avec eux. Il fallait bien faire confiance à ces délégués. Ils avaient la formation, l’éducation, les réseaux, la connaissance.

 

Aujourd’hui, l’information est instantanée. Le miracle de la technique, les réseaux sociaux, internet, permettent à chaque citoyen d’accéder aux mêmes données que les parlementaires. Dans vingt ans, cinquante, dans un siècle, sera-t-il encore nécessaire qu’une minorité d’hommes et de femmes (par exemple, 246 sur une population de huit millions d’habitants) fassent PHYSIQUEMENT le déplacement d’aller siéger côte à côte (par exemple, quatre fois trois semaines par année, à Berne) ? Ou à Paris ? Ou à Berlin ? Ou face aux canons, dans la Vieille Ville de Genève ? Ce procédé de conclave, avec ses rites et sa liturgie, son parfum de chapelles, ses chuchotements de sacristie, sera-t-il encore pertinent dans trois ou quatre générations ?

 

Intégrer les masses de façon pro-active

 

En Suisse, nous avons la démocratie directe, initiatives ou référendums. Mais la plupart du temps, cette mise en masse de la décision n’intervient qu’en réaction. Le référendum corrige une loi jugée mal faite, l’initiative vise à amender notre ordre constitutionnel sur des points que les corps constitués auraient négligé d’aborder. Mais ne serait-il pas temps d’intégrer le suffrage universel, non seulement en réaction, mais aussi en pro-action, en procédure normale de décision ? Les outils de technique évoluent à une telle vitesse qu’on peut l’envisager.

 

Restera, bien sûr, à demeurer dans l’ordre du démos plutôt que de sombrer dans celui de la doxa. Aucun nouvel instrument de démocratie, dans les générations qui nous suivront, ne pourra faire l’économie de la dureté citoyenne, qui implique formation, connaissance, engagement personnel, prise de risque, mise en débats, pour arriver à la décision. On est loin, très loin, de la démocratie d’opinion, ou chaque sondé n’aurait qu’à cliquer. Bien sûr, il faudra vaillamment se prémunir de ceci pour parvenir à cela.

 

La démocratie comme polyphonie

 

Les Parlements en ont encore pour quelques générations, et même sans doute demeureront-ils longtemps. Mais ils ne sauraient constituer seuls la totalité d’une démocratie. Pas plus que le suffrage universel, d’ailleurs. C’est du dialogue des uns et des autres de ces ORGANES, en résonance, que naît et fermente la polyphonie de la démocratie. Elle implique d’être constamment interrogée, réinventée, en lien avec la prodigieuse évolution des techniques et des moyens d’information. Disons simplement, pour revenir au sujet initial, qu’un vote démocratique à plusieurs dizaines de milliers de personnes (l’échelle de la Ville de Genève), y compris sur des lignes budgétaires, laisserait moins de place au hasard que l’improbable frottement de 80 personnes, fussent-elles d’une infinie sagacité, toute honte bue, et toute trahison consommée.

 

Pascal Décaillet

 

18:47 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/12/2013

Démos et doxa : surtout ne pas confondre !

 

 Sur le vif - Lundi 09.12.13 - 10.09h

 

Ne l’ayant plus en version numérisée, je recopierai et publierai la chronique que j’avais rédigée, il y a une dizaine d’années, pour la Revue Choisir, de mes amis jésuites, où je recensais les différents mots, dans la langue grecque, pour exprimer ce qu’en français on appelle « peuple ». Le grec, comme l’allemand, sont des langues très riches, avec non seulement une incroyable foison dialectale, mais avec des formes verbales et des substantifs d’une déroutante diversité.

 

Ainsi, en grec, des mots différents sont utilisés en fonction que le « peuple » est celui qui vote (démos), qui se soulève (comme les Cités grecques dans la Guerre du Péloponnèse), qui proteste dans la rue, etc. A cet égard, la lecture de Thucydide, dont je recommande la traduction dans la Pléiade, constitue un délicieux petit cours de science politique, d’une modernité surprenante, avec analyses des causes profondes et des grands mouvements de masse, des raisons économiques et sociales des guerres, tout cela voici vingt-cinq siècles.

 

Pour appliquer cette richesse sémantique de la langue grecque à une affaire récente, celle des propos du patron des patrons, Valentin Vogt, sur la limitation nécessaire (selon lui) de la démocratie directe, nous sommes amenés à opposer deux notions que la Grèce d’Aristote et de Thucydide déployait déjà : la « doxa », qu’on pourrait traduire par « opinion », ou « opinion majoritaire, rampante », et le « démos », qui est organe de décision de la citoyenneté. Démos, c’est le peuple, non pas au sens de « Bevölkerung » (l’ensemble d’une population sur un territoire donné), mais au sens de corps électoral. Moins de monde donc, puisqu’en Suisse, par exemple, au niveau fédéral, les gens de moins de dix-huit ans ou ceux de nationalité étrangère en sont exclus.

 

Si je résume la pensée de M. Vogt, il nous dit qu’avec la floraison, excessive à ses yeux, d’initiatives et de référendums, qu’on aurait tendance à déclencher comme un rien, notre système suisse se rapprocherait davantage de la doxa, la démocratie d’opinion, où n’importe quel sondé peut se prononcer en dix secondes, en cliquant oui ou non, que du démos. Il a tort, infiniment. D’abord, parce qu’initiatives et référendums n’ont pas être considérés comme des intrus (ils ne le sont que par la classe parlementaire), mais doivent être respectés pour ce qu’ils sont : des ORGANES (au sens grec, « outil ») de notre ordre constitutionnel. Les utiliser, ça n’est pas déranger la démocratie, c’est la vivifier, la vitaliser, lui donner du sens et de la profondeur tellurique, en appelant à quatre millions d’électeurs potentiels, et 26 cantons, plutôt que 246 parlementaires.

 

Et puis, rien de plus dur que de faire passer une initiative ! Il faut réunir un comité, récolter cent mille signatures, passer sous la loupe des Chambres fédérales, et surtout se battre des années (la dimension du temps est capitale) pour convaincre, souvent contre les corps constitués, contre des opposants dûment stipendiés par le patronat et les amis de M. Vogt, un corps électoral de plus de quatre millions de votants potentiels, de dire oui. On est loin, très loin, de la simple doxa, la fausse démocratie, celle d’opinion, prévue dans nul ordre constitutionnel, où l’instinct d’un moment ou l’instantané de l’impulsif clique oui ou non sur la page internet d’un quotidien. Tenter de nous faire confondre le démos avec la doxa, à seules fins de parvenir à limiter une démocratie directe qui le dérange, tel est la manœuvre déloyale du patron des patrons.

 

Le nombre de signatures n’a pas à être tabou, nous pouvons parfaitement en discuter. Comme nous pouvons d’ailleurs tout remettre en question. Par l’exercice du démos, la démocratie directe justement, et non l’impulsivité momentanée de la doxa. C’est toute la différence entre la féodalité des sondages et la souveraineté, mûrement exercée, des citoyens.

 

Pascal Décaillet

 

10:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |