24/11/2013

Oui, protégeons nos parcs !

 

Sur le vif -Dimanche 24.11.13 - 15.38h

 

A part Ensemble à Gauche et quelques mouvements, notamment du côté de la défense des aînés, toute la classe politique, en Ville de Genève, nous recommandait de rejeter l’initiative municipale « Sauvons nos parcs au bord du lac ! ». Il avait fait ricaner, ce texte, on l’avait méprisé, traité les initiants de vieux réacs de gauche, ou d’indécrottables conservateurs du patrimoine. Surtout, du côté des opposants, presque personne n’a fait campagne. Sans doute considérait-on la partie comme gagnée.

 

Clairement, on a eu tort. L’initiative passe la rampe : 23'568 citoyens et citoyennes de la Ville de Genève l’acceptent, contre 21'616. Cela signifie 52,2% de oui. On va sans doute entendre, d’ici ce soir et demain matin, le chœur des pleureuses et des mauvais perdants nous dire à quel point ce vote est réactionnaire, relève d’un fondamentalisme de la nature érigée en sanctuaire, va figer le paysage pour une génération. A ces gens, nous répondrons qu’ils auraient mieux fait de mener campagne, et surtout qu’ils ont commis l’irréparable erreur, comme au niveau fédéral dans l’initiative Franz Weber, ou celle des Alpes, ou celle des Marais de Rothenthurm, de sous-estimer l’attachement viscéral d’une population à son patrimoine naturel.

 

Je fais partie de ceux qui ont accepté l’initiative. Le cœur, davantage que la raison, m’a dicté ce oui. C’est au Parc Mon-Repos que j’ai fait mes premiers pas : de l’avenue de France au Château de Penthes, en passant par le Jardin botanique, je connais personnellement chaque arbre. Certains sont plusieurs fois centenaires. Il ne s’agissait certes pas de les déraciner. Mais, dans un réflexe d'affection et de protection de ces magnifiques lieux de nature, une majorité de la population a donné un signal : on ne touche pas à ces merveilles, inestimables compagnons de nos solitudes errantes. Un parc, un bosquet, le contour d’un paysage ne sont pas choses légères, ni gratuites. Elles impriment en nous quelque chose de puissant, qui fait partie de notre reconnaissance collective.

 

« Sanctuaires », titre cet après-midi une dépêche. Eh bien oui, sanctuaire ! Ce mot, avec sa connotation religieuse, ou tout au moins spirituelle, me convient parfaitement. Le signal donné par une majorité des citoyens en Ville de Genève, c’est qu’on ne touche pas impunément, et surtout pas pour de seuls motifs mercantiles, à un paysage qui, depuis l’enfance, vous berce et vous bouleverse. On me dira que c’est « émotionnel ». Je répondrai : « Oh, oui, bienvenue à l’émotion ». Elle a sa place en politique, n’en déplaise aux pisse-froid et aux ratiocineurs.

 

Pascal Décaillet

 

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23/11/2013

Le peuple souverain face aux unanimités dictées

 

Sur le vif - Samedi 23.11.13 - 18.47h

 

Le déséquilibre avec lequel l'immense majorité des médias traitent de l'initiative de l'UDC "Contre l'immigration de masse", qui sera soumise au souverain de ce pays le 9 février 2014, est hallucinant. Parole donnée beaucoup plus aux opposants, diabolisation du texte, partisans traités de "xénophobes" (alors qu'ils ne demandent qu'une régulation des flux migratoires, laquelle n'implique nul jugement de valeur sur le "migrant").


A la RSR, toute la journée, on a épié Ueli Maurer, à l'Assemblée générale des délégués de son parti, dans l'extatique attente d'un "dérapage" de sa part, mot répété dans le journal de 12.30h et ce soir dans Forum. "Dérapage": les mêmes présentateurs eussent-ils usé de ce vocable s'il s'était agi d'une Simonetta Sommaruga ou d'un Alain Berset, deux ministres également confrontés à des dilemmes entre collégialité au sein du Conseil fédéral et allégeance à leur parti ? "Dérapage", personne n'a songé à utiliser ce mot, en 1974, lorsque le conseiller fédéral PDC Kurt Furgler s'est désolidarisé du gouvernement, pour raisons de conscience, dans l'affaire de la solution des délais.


Mais Maurer, président de la Confédération populaire et apprécié, le "service public" veut sa peau. Histoire de plaire au big boss de la SSR, l'euroturbo Roger de Weck, qui a fait de l'UDC sa bête noire, et considère comme une croisade personnelle le combat contre la bête immonde.



Dans le cas de cette initiative, pas un jour où, par petites touches ou perfides glissements, l'ensemble des acteurs de la SSR ne laissent perler leur haine de l'UDC, leur absolu rejet de cette initiative, lorsqu'ils n'en insultent pas les partisans.



Le 9 février pourtant, le résultat pourrait nous surprendre. Et le texte, passer. Parce que le peuple suisse, lorsqu'il vote, fait parfaitement la part des choses entre propagande et réalité. Il sait qu'il aura à se prononcer sur une question de régulation des flux migratoires. Qu'il ne s'est jamais agi de fermer les frontières. Que tous les pays du monde, à commencer par nos chers voisins, tentent de contrôler l'immigration. Il sait aussi, le peuple suisse, se méfier, comme de la peste, de ces ouragans d'unanimité, où l'immense majorité des chroniqueurs disent la même chose, en l'espèce pour taxer de "xénophobes" les partisans du oui, ce qui est abus de langage, dérive sémantique, procédé primaire de dénigrement de l'avis d'un citoyen avec lequel on n'est pas d'accord. Le 9 févier 2014, en toute sérénité, le peuple de ce pays tranchera. Et nous verrons bien.

 

Pascal Décaillet

 

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20/11/2013

22 novembre 1963, le passage du deuil

 

Mercredi 20.11.13 - 17.05h

 

Je suis comme des centaines de milliers de gens qui ont vécu ça, même si je n’avais que cinq ans et demi : je me souviens exactement où j’étais, dans quel coin de notre cuisine familiale, près du transistor beige, revenant de l’école, lorsque ma mère, le visage défait, m’a annoncé l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Je ne savais pas qui était cet homme, mais à voir la tristesse de ma mère, j’ai cru qu’il s’agissait de quelqu’un de la famille. Le soir, nous avons vu l’attentat à la télévision, en noir blanc, il y avait quelque chose de terrible et de glacé : j’ignorais à cet âge ce qu’était la mort.

 

JFK est loin d’être mon président préféré, j’ai même lu beaucoup d’horreurs sur lui, de quoi nous détourner du mythe, mais cela est venu beaucoup plus tard : ce 22 novembre 1963, comme des dizaines de millions de personnes sur la planète, je me suis senti orphelin. L’Amérique, avant cette date, c’était mon costume de cow-boy, déjà des séries TV, les immenses voitures aux grandes ailes, le pays du rêve et du possible. L’assassinat de Dallas a cassé en moi, si tôt dans ma vie, cette mythologie. Dès les jours qui ont suivi, en allant à l’école, je vois exactement avec qui, nous jouions à celui qui a tué Kennedy, nous étions celui qui sait, déjà nous parlions de mafia, celui qui était derrière Ruby qui avait tué Oswald, nos imaginaires explosaient.

 

Un peu plus tard, en tout cas pas avant 1966, il y a eu un aîné qui s’est pointé, une sorte d’Augustin Meaulnes que nous admirions pour sa carrure et ses airs d’aventurier. Sur le chemin de l’école, au milieu des chantiers, il nous assurait qu’il savait tout, détenait toutes les preuves, d’ailleurs venait de passer le week-end à Chicago, où il avait échappé de justesse à la mafia. Ayant sauté une année, j’étais l’un des plus jeunes de la classe, et ce providentiel grand frère me fascinait. Jusqu’au jour où, les yeux étincelants, nous prenant par le collet, il triomphait : « C’est Johnson, oui Johnson le commanditaire, je le sais, j’ai toutes les preuves, d’ailleurs je retourne à Chicago samedi ! ». Et nous allions notre chemin, pestant contre ce salaud de Johnson, d’ailleurs il avait une sale tête, et sa victime, le président défunt, était tellement beau.

 

1968, rebelote. L’année des assassinats. Robert Kennedy, le frère, et Martin Luther King. Là, j’avais dix ans, j’étais devenu depuis fin 1965 (de Gaulle contre Mitterrand) un passionné de politique, j’étais sur le point de finir l’école primaire, et je n’ai pas du tout vécu ces nouveaux drames avec la même intensité émotionnelle que celle du 22 novembre 1963. Ils en étaient en quelque sorte la réplique, la répétition, la récurrence. Et puis, tant d’autres sollicitations en cette année-là : Jeux Olympiques de Grenoble en février avec les victoires de Killy, mai 68 vécu en écoutant la radio, dans ma chambre, voyage au Cap Nord avec ma famille l’été, Jeux de Mexico à la fin des vacances, de quoi banaliser la violence américaine.

 

Fin 68, Richard Nixon a été élu, je l’ai admiré, et ne me suis pas du tout réjoui de sa démission en août 74. Mais cela, c’était de la politique, des choix que j’approuvais. Cela, alors que j’avais grandi, relevait de la raison. Alors que Kennedy, pour moi comme pour la planète entière, avait fonctionné comme un mythe. La beauté, la gloire, la mort. Destin d’Achille, qui serait court mais glorieux. En attendant de parler de tout cela, tout à l’heure, avec Daniel Warner, à Genève à chaud, demeure en moi, si présent, si vivace, le souvenir de la tristesse sur le visage de ma mère, puis sur celui de tant de personnes, des femmes surtout, comme le passage d’un deuil dans l’insouciance de l’enfance.

 

Pascal Décaillet

 

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Guillaume le Conquis

 

Sur le vif - Mercredi 20.11.13 - 10.24h

 

"Je vois ce nouveau mandat (à Berne) comme un prolongement de mon engagement pour la Ville, qui reste plein et entier. Un peu comme un chef d’entreprise qui, tout en travaillant à fond pour celle-ci, veut aussi faire partie de la faîtière de sa branche, afin d’influer sur les conditions-cadres."



Ce sommet de mauvaise foi, dans le Temps de ce matin, pour justifier son double mandat, vient de qui ? Réponse: Guillaume Barazzone ! Une bonne âme pourrait-elle, au demeurant, expliquer au magistrat que la Confédération n'est en rien, ni dans notre ordre ni surtout dans notre Histoire, l'organe "faîtier" de nos communes suisses.



On dirait qu'il parle de Genève comme d'une ville du Saint-Empire. Tout au plus bénéficierait-elle d'une forme d'immédiateté impériale, et lui, Guillaume le Conquis, monterait à la Diète, en quémander la bienveillance.


Ce besoin d'avoir toujours quelqu'un en haut, ou une instance supérieure, ou un grand frère, ou un protecteur, apparaît de plus en plus comme un trait de caractère inquiétant de ce jeune magistrat. Il y aurait en lui, dans le tréfonds, comme l'impossibilité d'une émancipation.

 

Pascal Décaillet

 

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19/11/2013

DIP, billet no 2

 

Sur le vif - Mardi 19.11.13 - 17.17h

 

Le vrai enjeu, dans la reprise du DIP, n'est absolument pas droite-gauche. Il y eut, dans l'Histoire, d'excellents ministres de l'Instruction publique de gauche, dont le plus grand d'entre eux, Chavanne. Il n'est pas non plus d'être soi-même (le ministre) truffé de diplômes, aucun problème avec cela.



Non, l'enjeu, comme je le soulignais ce matin, c'est que le ministre ait en lui une ÉQUATION PERSONNELLE avec le monde du savoir et de la connaissance. Il ne s'agit pas qu'il soit un singe savant, loin de là. Mais ce monde doit avoir en lui une résonance.


Le chef du DIP ne peut être un simple animateur social, fût-il de talent. Il ne peut pas s'occuper que du "vivre ensemble". Il doit être porteur, par tout ce qu'il charrie dans son vécu, d'un projet culturel puissant pour l'école de demain. Une ambition dans le monde du savoir et de la connaissance.


Enfin, l'école publique, qui est une grande et belle chose, doit être l'affaire de la République. Le moins qu'on puisse attendre de son chef, c'est une culture d'Etat, un sens de l'Histoire républicaine. Cela, de mon point de vue, valorise les radicaux et les socialistes. Bien davantage que ceux issus de partis d'essence libertaire, ne surfant que sur le vent des modes.



Voilà, amigos. Plus clair, je ne peux pas être.

 

Pascal Décaillet

 

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DIP : attention à l'erreur de casting !

 

Sur le vif - Mardi 19.11.13 - 10.04h

 

A moins de s'engager dans une phénoménale erreur de casting, qui serait le péché originel de la nouvelle législature, le Conseil d'Etat doit placer à la tête de l'Instruction publique genevoise un magistrat ayant, par son vécu, la puissance de ses aspirations personnelles, une équation personnelle au monde du savoir et de la connaissance. Jamais je n'oublierai l'immense bibliothèque personnelle d'André Chavanne, des centaines de livres sur l'Histoire des sciences, lorsqu'en 1987 il m'avait reçu chez lui, boulevard de la Cluse. Ces murs tapissés d'ouvrages, c'était son équation personnelle, à lui.


Il y faut aussi un esprit profondément républicain. Quelqu'un qui ait la culture de la République, d'où elle vient, ce qu'elle est. Un simple animateur sympathique ne fera pas l'affaire. L'école s'inscrit dans un contexte, avec des racines et des capacités de projection sur l'avenir. Elle est au coeur de notre aventure commune. Nous ne pouvons en confier le destin à un amateur.


La répartition des Départements est une affaire interne au Conseil d'Etat. Elle est de leur compétence, et non de celle des citoyens que nous sommes. Ils sont donc libres de leur choix. Libres, mais responsables. Une affectation hasardeuse serait lourde de conséquences pour la République. Le jour venu, à l'heure du bilan, voire avant, le miroir de cette responsabilité leur sera tendu.

 

Pascal Décaillet

 

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18/11/2013

"Grand Genève" : pédale douce, SVP !

 

Sur le vif - Lundi 18.11.13 - 13.10h

 

Ils ne vont quand même pas, après le signal donné par le peuple le 6 octobre, continuer de nous bassiner avec la même désinvolture avec le "Grand Genève" ? Comme si rien ne s'était passé. Comme si les partis qui soutiennent le plus frénétiquement cette nébuleuse n'avaient pas perdu des voix (-7 pour le PLR, -7 pour les Verts). Comme si ceux qui la combattent n'en avaient pas gagnées (+3 pour le MCG, + 2 pour l'UDC, sans compter le retour d'Ensemble à Gauche).



Non que les opposants à la nébuleuse constituent une majorité. Mais pour le moins, ils progressent. Là où les partisans régressent. Cela constitue ce qu'on appelle un signal.



Si l'Entente, surreprésentée au Conseil d'Etat par rapport à son poids parlementaire, a l'intention de poursuivre exactement la même politique que lors des deux législatures précédentes, alors nous assisterons d'ici mars 2018 à une augmentation, encore, des forces d'opposition. Il y a des moments où il faut savoir écouter le peuple. Hélas, ces temps, l'Entente est sourde.

 

Pascal Décaillet

 

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03/11/2013

Voter compact - Et quoi encore ! - Leur faire couler un bain ?

 

Sur le vif - Dimanche 03.11.13 - 15.53h

 

Voter compact. Ils n’ont que ces quatre syllabes, dont les deux dernières résonnent d’ailleurs d’une insondable laideur en toute oreille un rien sensible à la musique des mots. Eux, ce sont les états-majors des partis, non les candidats mais les apparatchiks et les chefs de campagne. Ils nous demandent,  à nous citoyens, de « voter compact », par exemple les chefs de l’Entente aimeraient beaucoup que leurs électeurs votent pour les cinq de leur alliance, sans rien biffer ni rien ajouter. Soit. C’est un calcul tactique. En nous nous permettrons d’ajouter : c’est cela, et rien de plus.

 

Ils le demandent, et ils le font avec une telle insistance (lorsqu’ils n’essayent pas d’en faire une sorte d’impératif moral), que ça commence à en devenir pénible, fatiguant, et même franchement déplacé. Il convient donc de leur répondre.

 

Voter compact, c’est quoi ? C’est juste un truc de politicards, de droite comme de gauche, pour pouvoir gonfler un maximum les pectoraux le dimanche du vote, et surtout garder leurs postes de présidents de partis. C’est leur droit, leur jeu, leur intérêt. Ça n’est de loin pas celui des différents candidats, quand on prend la peine de discuter avec eux, et dont la cruauté, en petit comité, ne s’adresse pas en priorité à leurs adversaires, disons-le comme ça par euphémisme. Croyez-moi, le souci premier du candidat à un exécutif, ça n’est vraiment pas le vote compact, il tente juste de nous le faire croire. Son seul but, bien sûr, c’est d’être élu, lui, et le reste on verra.

 

Surtout, cette obsession du vote compact ne concerne en rien le citoyen. Chacun d’entre nous est totalement libre. De voter ou non. De voter compact, ou non. Et la récurrence de plus en plus insupportable de ce mot d’ordre, c’est une incursion bien intempestive des partis dans une élection – celle du gouvernement – qui est avant tout affaire d’hommes et de femmes. Nous avons sept noms, au maximum, à inscrire sur une liste. Nous le faisons peut-être en fonction de l’orientation idéologique. Mais infiniment plus, en fonction de quelque chose de beaucoup plus fort, qui relève du fluide : la part de confiance que nous entendons accorder à tel ou tel candidat. Bien évidemment, elle transcende les barrières partisanes.

 

Face à ce geste fort, presque sacré, lorsque vous écrivez à la main un nom et prénom, les sommations à « voter compact » paraissent bien dérisoires. Nul n’en est dupe. Une élection est l’affaire du corps des citoyens avec lui-même : qui entendons-nous envoyer dans un gouvernement ? Une affaire des citoyens avec les onze candidats. Beaucoup plus que l’affaire des partis. La répartition de ces deniers a été tranchée le 6 octobre. Là, nous sommes dans une autre campagne, une autre logique, infiniment plus personnelle. Ces hurlements à voter compact ne sont pas loin d’une violation de notre intimité citoyenne. Vous seriez très gentils, Mesdames et Messieurs les chefs de partis, de nous foutre un peu la paix avec vos injonctions compactées. Elles polluent.

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2013

Plus la peine de voter : Pierre Ruetschi a les résultats !

 

Sur le vif - Samedi 02.11.13 - 18.46h

 

En découvrant ce matin l’éditorial de la Tribune de Genève, j’ai immédiatement pensé au discours prononcé le 27 janvier 1978 par Valéry Giscard d’Estaing à Verdun-sur-le-Doubs. VGE est au pouvoir depuis bientôt quatre ans (mai 1974), les législatives approchent, la gauche commence à faire peur (elle échouera, finalement, le 19 mars, et je me souviens des yeux rouges de Michel Rocard), alors le président de la République sort de sa réserve, et, dans cette paisible commune de Saône-et-Loire, indique aux Français ce qu’il considère comme « le bon choix » pour la France.

 

« Le bon choix pour Genève », c’est l’édito de Pierre Ruetschi, ce matin. Un texte qu’on peut qualifier de prophétique, puisqu’il ne nous livre rien de moins que les résultats de l’élection du 10 novembre. On y apprend que François Longchamp (« stature, sens incontestable de l’Etat, intelligence politique ») et Pierre Maudet (dont on salue le « bilan » alors qu’il n’est là que depuis seize mois) seront réélus, ainsi que « le solide Serge Dal Busco », nettement préféré par l’auteur au « tournoyant Luc Barthassat », lequel devrait passer «avec un peu de chance ».

 

On y apprend encore que « la gauche, qui part à trois, devrait obtenir en toute bonne mathématique électorale au moins deux sièges ». Thierry Apothéloz, avec un mépris assez saisissant, est immédiatement qualifié de « joker », puis de « falot ». Donc voilà élus Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers. Le dernier siège devrait se jouer entre Mauro Poggia et le joker. Dans un réflexe digne des plus riches heures des Fronts républicains contre la Bête immonde, l’éditorialiste choisit le joker. Et voilà notre septuor. Pas belle, la vie ?

 

Le septuor désigné par le rédacteur en chef de la TG se trouve être, par le plus grand des hasards, à peu près le même que celui du « sondage » (sur le prodigieux échantillon de 213 personnes) publié cette semaine par le même quotidien. Dans ces conditions, nous les citoyens, qui recevons des enveloppes de vote, faut –il absolument que nous perdions notre temps à accomplir notre devoir électoral ? Puisque de toute manière, Pierre Ruetschi le fait pour nous. La TG, par deux fois en quelques jours, ne nous dit même plus pour qui il faut voter, dans la bonne tradition du Nouvelliste de mon enfance. Non, elle franchit une étape supplémentaire : elle nous dit qui sera élu.

 

A ce niveau-là, la géniale Cassandre et la Pythie de Delphes apparaissent comme des apprenties, des modèles de cécité et d’impéritie. Citoyens, plus la peine de voter, ni même de se triturer les méninges : Pierre Ruetschi a déjà tous les résultats, Céline Amaudruz et Eric Stauffer ne sont même pas nommés, François Longchamp entre au Panthéon des hommes d’Etat, et Pierre Maudet peut s’enorgueillir, après seize mois, d’un bilan. Quant au « tournoyant Barthassat », notre bleuté prophète, après avoir réglé son sort avec cette chiquenaude verbale, l’envoie tournoyer en d’improbables tournois. Dieu que la vie est belle, lorsque les géomètres du prévisible nous délivrent de nos périssables incertitudes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/10/2013

"Sondage" : de qui se moque la TG ?

 

Sur le vif - Mercredi 30.10.13 - 15.08h

 

Une parodie. Une duperie du public. Tels sont les mots, les seuls qui vaillent, pour qualifier le « sondage » que nous propose aujourd’hui, avec tambours et trompettes, en une, puis sur la double page 2 et 3, la Tribune de Genève. Il y a tant et tant à dire sur cette mise en scène, cette mise en page aussi, mais ce qui provoque le plus la colère, c’est l’illusion d’objectivité scientifique derrière laquelle se camoufle le journal.

 

Soyons clairs : la TG est un journal privé, elle est totalement libre de rouler pour qui elle veut, aucun problème. Elle peut commenter, éditorialiser, pamphlétiser tant qu’elle veut, c’est son droit. Mais se livrer, sur la base d’un échantillonnage aussi insignifiant de sondés, à cette disposition de graphiques impeccables, très attirants pour l’œil, les mêmes que pour les résultats de votations, voilà qui induit en erreur le lecteur, lui donne le sentiment d’une vérité chiffrée, alors qu’il n’en est rien. Tout cela, à J-11 de l’élection du Conseil d’Etat. Car enfin, le grand public ne fait que parcourir les journaux, son œil est retenu par la titraille et par les graphiques, il peut aisément prendre comme vérité révélée ce qui n’est que pures spéculations. Elles sont tellement plaisantes à l’œil, ces deux pages, qu’on dirait les résultats de l’élection, dans l’édition du lundi 11 novembre prochain !

 

Comment un quotidien aussi sérieux que la TG, qui jouit à Genève d’une situation quasiment monopolistique, peut-il, sans provoquer dans sa propre rédaction un immense éclat de rire, venir nous dire que la somme des sondés est de 327 lecteurs, « et, afin que l’échantillonnage corresponde à la composition en âge et en sexe du lectorat de la Tribune, il été réduit à 213 personnes ». Que signifie cette « réduction » ? Que signifie ce charabia ? Que signifie ce taux chétif, insignifiant, de 213 personnes ?

 

Pire : on prend ça, on le balance comme argent comptant, et on titre, sur tout la largeur : « Derrière Maudet et Longchamp, la bataille fait rage ». Et on nous catapulte un septuor d’élus, dont, comme par hasard, les cinq de l’Entente. Et on nous annonce une bataille serrée pour la septième place. Et on sonde même le public sur l’identité du futur Président, ce qui est vain puisque le choix en revient au collège. Et on peaufine et parachève l’impression que les jeux sont faits, qu’il n’est plus nécessaire d’aller voter : allez, circulez, bonnes gens, vous n’êtes plus citoyens, non, vous n’êtes plus que des sujets. Plus besoin de voter. La cléricature de la TG s’en est occupée pour vous. Saint François et Saint Pierre vous bénissent. On se retrouve dans cinq ans. Et surtout, petit peuple, d’ici là, continuez à bien nous faire rire.

 

Pascal Décaillet

 

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28/10/2013

Bon vent, Jean-François Fournier !

 

Sur le vif - Lundi 28.10.13 - 12.57h4q4nta0_news624.jpg

 

Chroniqueur depuis quinze ans au Nouvelliste, journal dont je n'ai pas dû manquer un numéro depuis que je sais lire, je tiens à dire ici à quel point j'ai apprécié d'exercer cette fonction externe, depuis plus de six ans, alors que le rédacteur en chef était Jean-François Fournier.



Il n'a jamais - pas plus que les deux précédents d'ailleurs, MM François Dayer et Jean Bonnard - influé sur le choix de mes chroniques, ni tenté la moindre ingérence ou censure, mais nous avons toujours entretenu, épisodiquement certes mais de façon fraternelle, des relations complices d'amoureux de l'actualité: clins d’œil, messages, coups de fil, traditionnels repas d'été, sur l'Alpe, avec "le Grand", excitations communes sur l'événement. Bref, nous échangions entre journalistes, fous de leur métier. Aimant le vie, la politique au centimètre près, le terroir, ses nectars.



J'ignore totalement les raisons de son départ. Chroniqueur indépendant, je ne me prononce jamais sur la vie interne des journaux pour lesquels je travaille. Mais, du fond du coeur, je souhaite bon vent, quelle que soit son orientation future, à cet homme de plume et de littérature, de culture, de cinéma. Un esprit libre. Bonne continuation, Jean-François !

 

Pascal Décaillet

 

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27/10/2013

Genève: le nouveau système électoral est nul

 

Sur le vif - Dimanche 27.10.13 - 10.14h

 

A Genève, dans cet interminable automne électoral (les gens commencent vraiment à en avoir marre), tout aura été vécu à l'envers.



Pendant la première partie (de la rentrée scolaire au 6 octobre), certains n'ont voulu voir que la campagne du Conseil d'Etat, et passer totalement au second plan la campagne parlementaire. Au niveau qui est le mien, je me suis au contraire efforcé de valoriser l'enjeu parlementaire, accueillant en cinq semaines une centaine de candidats au Grand Conseil, tous partis confondus, chance égale étant accordée aux nouveaux partis.



Maintenant que c'est la campagne du Conseil d'Etat, d'innombrables commentateurs, à commencer par ceux qui n'ont pas digéré les résultats du 6 octobre au Grand Conseil, nous refont hystériquement la campagne parlementaire. "Tel parti est génial, tel parti est nul". etc.



Ce qu'il faut penser de tel ou tel parti, le crédit qu'il convient d'accorder à chacun, cela a été tranché le 6 octobre. C'est FINI. C'est plié. C'est derrière. Mais, par une singulière forme de déni, ils se refusent à l'accepter.


Oui, ils continuent de se comporter comme si cette nouvelle répartition des forces - qui va marquer pour cinq ans la vie politique genevoise - n'avait été souverainement scellée le 6 octobre. Ils continuent de faire le procès (ou l'éloge) des partis, alors que la campagne du 10 novembre est l'affaire d'un casting d'hommes et de femmes: sept à choisir, parmi onze, rien de plus au fond.



Il est temps de commencer à le dire: ce nouveau système électoral est nul, et doit être modifié, même si la nouvelle Constitution vient d'entrer en vigueur. Onze semaines de campagne, c'est beaucoup trop long. Les deux tours du Conseil d'Etat ne servent strictement à rien. On fait deux fois la campagne avec les mêmes, enfin une partie des mêmes. Au premier tour, on vote le gouvernement à l'aveugle, sans le déduire peu ou prou de la composition parlementaire. Ca ne va pas du tout. Ce nouveau système est tout simplement nul, j'y reviendrai sous peu.

 

Pascal Décaillet

 

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25/10/2013

Aux deux du FA-18, à leurs familles

 

Vendredi 25.10.13 - 17.22h

 

Je pourrais dire que j’écris ces lignes comme ancien militaire, ayant passé, dans les années 70 et 80, quelque 500 jours sous les drapeaux. Mais au fond non, je les écris comme citoyen. Comme compatriote. De qui ? De ces deux hommes, un pilote et un médecin, décédés mercredi, quelque part en Obwald, dans le crash d’un FA-18. Dans ce drame, ça n’est pas seulement l’aviation militaire qui est en deuil, ni l’armée, mais notre communauté nationale. La langue allemande dit « Gemeinschaft », c’est plus fort et plus intime que « communauté », il faudrait traduire par « lot commun », ou « sentiment commun d’appartenance ». Il y a tant de mot allemands, de l’ordre du sentiment, intraduisibles en français.

 

On nous dit souvent que la Suisse est une nation de volonté, « Willensnation ». C’est sans doute vrai. Mais trop le dire, en forçant sur les Lumières trop cristallines de la Raison, oui trop forcer sur ce discours de géomètre, c’est faire l’impasse sur la puissance du sentiment. Je crois au pays physique, je l’ai déjà dit, à la délimitation d’un paysage, à la reconnaissance de l’habitant au milieu de repères qui sont à la fois ceux de la géographie et de l’émotion.

 

Et là, le choc fatal d’un professionnel du vol militaire avec le pays physique, justement. Cette Suisse qui n’est pas la Belgique, ni la plaine de Silésie, mais cet enchevêtrement de vallées, de ravins, avec ses pics de granit et la verticalité glissante de ses pentes. Être pilote militaire en Suisse, c’est être un as. Nous rendons-nous assez compte que deux hommes, mercredi, dans l’exercice de leurs fonctions, sont morts au service de notre pays ? Quand j’y pense, je sens résonner en moi ce mot intraduisible, « Gemeinschaft », oui ma part commune avec ces deux hommes, la nôtre à tous. La communauté de nos destins. Au sein d’une même nation. Dans le théâtre d’un même paysage. Saisis de cette même fragilité, celle de la vie et du mystère de la mort.

 

Aux familles de ces deux compatriotes, j’adresse une immense sympathie.

 

Pascal Décaillet

 

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Serge Dal Busco : la braise et le feu

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Sur le vif - Vendredi 25.10.13 - 10.31h

 
Les progrès de Serge Dal Busco, en matière de communication, ont été foudroyants depuis le début de la campagne. Je parle vraiment, ici, de techniques très précises pour marquer des points dans le discours, toutes choses qui d'ailleurs s'exercent et s'apprennent.
 

J'ai déjà souligné ici son excellente prestation, seul face caméra, dans la "Minute pour convaincre" de la TG: il y laisse paraître son envie, sa chaleur, densifie le message sous la pression du timing, fonce vers l'essentiel, performe. Dans mes ateliers avec mes étudiants, sur l'art d'habiter la prise de parole, je prendrai cette séquence en exemple.


Et puis, l'incandescence d'une réplique: "Je ne suis pas un bétonneur, je suis un bâtisseur". Spontané, ou préparé pour être casé au bon moment, juste dans l’occasion guettée, ce que les Grecs appellent le "kaïros" ?
 

Enfin, l'homme se corrige. On lui balance un petit pamphlet sur son abus du mot "solution", il en tire immédiatement les conséquences.
 

Demeure, certes, la lourdeur d'un glossaire terriblement révélateur ("partis gouvernementaux", "partis responsables", "action", "compromis", "construction"), où l'homme en fait beaucoup trop pour bien nous induire à penser qu'il est adulte, raisonnable et sait travailler en équipe. Là, il camoufle quelque chose. Sans doute - j'y reviendrai - la vraie nature de son ambition politique, que nous ne tarderons pas à découvrir après quelques mois d'état de grâce: totale, intransigeante, personnelle, solitaire. Le feu. Celui qu'il tente de dissimuler, ou d'atténuer, par le verbe, mais jaillit dans les braises de son regard.
 
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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23/10/2013

Les institutions ne vous appartiennent pas, M. Dal Busco

 

Sur le vif - Mercredi 23.10.13 - 17.25h

 

Je viens de lire la grande interview accordée par Serge Dal Busco à l'Hebdo à paraître demain. Globalement, très intéressant. Mais il y a une phrase qui ne va pas:

"En englobant les résultats de l'UDC, dit M. Dal Busco, on peut dire que 30% des Genevoises et des Genevois ont exprimé ras-le-bol et méfiance envers les institutions".

Ca ne va pas du tout. M. Dal Busco. D'abord, il faudrait ajouter Ensemble à Gauche, ce qui porte à 40% le nombre de votes protestataires par rapport au gouvernement sortant.

Mais surtout, prendre la peine de voter, pour un parti X, Y ou Z, qui fait partie de notre panel politique, en quoi, mais en quoi diable serait-ce aller "contre les institutions" ?

Ceux qui ont voté pour ces partis, comme ceux qui ont voté pour le vôtre, accomplissent leur devoir de citoyen, dans une mécanique parfaitement institutionnelle, qui s'appelle les élections. Ils ne cherchent à s'emparer du pouvoir ni par la force, ni par la rue.

Dès lors, vous confondez, ou faites exprès de confondre, "les institutions", qui nous réunissent tous en République et dont tous les partis candidats ont joué le jeu, avec "les partis gouvernementaux de l'ancienne législature". Et je n'aime pas du tout ce lapsus, parce qu'il révèle votre volonté de vous prendre, vous et les vôtres, pour "les institutions".

Désolé, M. Dal Busco, mais le MCG, l'UDC, Ensemble à Gauche sont tout aussi "institutionnels" que les partis de l'Entente. Et c'est la confrontation des idées entre eux et vous, et tous les autres d'ailleurs, qui fait la richesse de notre démocratie. Les institutions ne vous appartiennent pas. Même si vous allez y jouer un rôle éminent, dans lequel je ne doute pas que vous excellerez.

 

Pascal Décaillet

 

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21/10/2013

Journaliste, qui t'a fait lâche ?

 

Sur le vif - Lundi 21.10.13 - 13.18h

 

En France, lorsque des journalistes, dans un club de la presse, parlent du FN, ils en parlent toujours comme "des autres". Il est clair, incontestable, qu'aucun des journalistes présents ne peut éprouver la moindre sympathie pour ce parti. Cela va de soi, c'est un présupposé du colloque.

En Suisse, lorsque des journalistes parlent de l'UDC, au niveau national ou dans les cantons, ils en parlent toujours comme "des autres". Il est clair, incontestable, qu'aucun des journalistes présents ne peut avoir la moindre sympathie pour ce parti. Lequel représente tout de même quelque 26% des votes fédéraux.

A Genève, lorsque un club de journalistes parle du MCG, ils en parlent toujours comme "des autres". Il est clair, incontestable, qu'aucun des journalistes présents ne peut éprouver la moindre sympathie pour ce parti. Lequel représente tout de même quelque 20% des votes cantonaux.

Dès lors, ou bien 0% des journalistes n'éprouve la moindre affinité politique pour ce genre de partis, ce qui me semble poser un très léger problème de représentativité de la profession. Ou bien certains préfèrent se la coincer. Ce qui me semble poser un très léger problème de courage lorsqu'on est éditorialiste ou chroniqueur, et que l'on fait métier d'exposer, comme tout citoyen en a d'ailleurs le droit, ses opinions.

 

Pascal Décaillet

 

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20/10/2013

10 novembre: le MCG vainqueur, dans tous les cas

 

Sur le vif - Dimanche 20.10.13 - 11.18h

 

Les élections à Genève ne sont pas devant nous, mais derrière nous. Le signal historique a été donné par le peuple il y a deux semaines, le dimanche 6 octobre. Les seuls partis du Parlement sortant à avoir gagné des sièges sont le MCG et l'UDC. Les Verts s'effondrent, le PLR perd sept sièges. Les socialistes et le PDC demeurent stables. Cela, c'est la réalité des faits. La tonalité donnée à la politique genevoise, pour cinq ans.

L'élection du Conseil d'Etat, dans trois semaines, sera ce qu'elle sera. J'ignore absolument qui sera élu, nous verrons bien. Mais une chose est sûre: ce gouvernement devra composer avec ce Parlement-là, où le curseur a été clairement déplacé, par l'électorat, vers ce qu'on appelle aujourd'hui "La Nouvelle Force". L'addition de cette dernière (MCG + UDC) avec le nouveau groupe d'Ensemble à Gauche nous amène à 40 députés représentant les forces protestataires, non-gouvernementales, de la législature qui se termine. 40% ! Deux Genevois sur cinq, pour nous dire à quel point ce gouvernement sortant a été mauvais.

Dès lors, certains journaux dominicaux peuvent toujours, si ça les amuse, nous dire "Le MCG, c'est ceci", "Le MCG, c'est cela", nous les noircir à mort, donnant la parole (unilatéralement, d'ailleurs) à la conjuration de ceux qui ont eu des mots avec ce parti, notamment le petit monde coopté des anciens du Perchoir, oui le Matin dimanche peut faire tout cela, il est libre de mener les croisades qu'il veut, mais rien n'y changera. Ce que le MCG est ou n'est pas, le peuple genevoise en a jugé. C'était le 6 octobre, il y a deux semaines.

Reste le choix des personnes pour le gouvernement. A cet égard, le MCG sera vainqueur, le 10 novembre, dans tous les cas. S'il place l'un des siens au Conseil d'Etat, il entre dans l'Histoire. S'il n'en place aucun, il aura libre cours d'augmenter la puissance de son opposition au pouvoir absolu que nous préparent MM Longchamp et Maudet, avec assurément l'appui de M. Dal Busco, bétonnant leurs réseaux, plaçant les leurs, contrôlant tout et jusqu'à la presse. Et, au printemps 2018, d'en récolter, sans appel cette fois, les fruits. Et là, ce ne sera plus 20%, mais 25%, voire bien au-delà.

 

J'ajoute une dernière remarque: Fabiano Citroni, je ne connais pas. Mais voir un homme de la qualité de Laurent Keller prêter sa plume et son concours à une opération téléguidée de pur dénigrement, c'est un peu dommage. Et décevant.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/10/2013

Fusibles, fusibles, fusibles !

 

Sur le vif - Mercredi 16.10.13 - 15.44h

 

A Genève, dans le Département dirigé successivement pas Isabel Rochat et Pierre Maudet, malgré un effort surhumain de ce dernier pour peaufiner et lisser la communication, on ne compte plus les dysfonctionnements. Dans ce Département, comme dans celui de Pierre-François Unger, comme il faut bien protéger l’échelon politique de tutelle, entendez le ministre, nous sommes en train d’assister à l’une des plus belles valses depuis les frères Strauss : la valse des fusibles.

 

Le principe est vieux comme le monde : pour se protéger, le responsable politique fait sauter les fonctionnaires intermédiaires. On commence par en bas, et si cela ne suffit pas, on fait remonter le courant vers les fusibles plus hauts dans la hiérarchie. Il était cousu de fil blanc, lors de la conférence de presse du Conseil d’Etat avec Bernard Ziegler, qu’une série de fusibles allaient être sacrifiés. C’est toujours la même mise en scène, ces conférences de presse, la même liturgie de pouvoir, avec ces airs très graves, ces regards sombres, l’annonce de ces « audits », de ces « enquêtes administratives », dont tout observateur averti sait qu’elles n’ont de finalité que de protéger l’élu, en détournant l’attention vers les fonctionnaires.

 

Aujourd’hui, on apprend la démission de Sandra Favre, la directrice de l’Office cantonal de la détention. Une personne qui était contestée à l’interne, et aidée de deux tuteurs pour s’imposer. Dans le même secteur, on nomme aujourd’hui un nouveau directeur par intérim au SAPEM, le Service d’application des peines et mesures dont on a tant parlé cet automne. Chez M. Unger, on suspend la directrice de la Pâquerette, s’imaginant par là qu’on va exonérer de toute responsabilité la présidence des HUG, et la direction politique au DARES, donc M. Unger lui-même. Fusibles, fusibles, fusibles.

 

Idem aux Services industriels de Genève, qui dépendaient aussi de Mme Rochat, puis M. Maudet. Des dizaines, peut-être des centaines de millions perdus dans les investissements en éoliennes, on vire le directeur général, M. Hurter, on annonce des « investigations » internes tous azimuts, histoire de sauver la présidence (PLR) et surtout l’autorité politique de tutelle.

 

Idem, vous le verrez, au Service des Contraventions, qui dépendait aussi de Mme Rochat, puis de M. Maudet, et sur lequel nous avons dévoilé il y a deux semaines l’audit de l’ICF (Inspection cantonale des finances). D’abord, « on » a tout fait pour que ce document explosif ne soit connu du public qu’après les élections (l’AGENCE DECAPROD l’a finalement sorti le vendredi 4 octobre, avant-veille du scrutin), et là aussi, on fera porter la responsabilité aux fonctionnaires.

 

Bien sûr, les chefs de service doivent répondre de leurs actes. Mais l’autorité politique élue est investie d’une mission de contrôle. Lorsque se multiplient les cas où elle a failli à cette mission, c’est peut-être vers elle qu’il faut commencer à se tourner dans la recherche des responsabilités. Parce que toujours se défausser sur ses subordonnés, toujours noyer le poisson avec des enquêtes administratives, des audits internes, des investigations, ça commence à sentir le procédé. Fusibles, fusibles, fusibles. Il y a un moment où a besoin de lumière. Et à tous les étages, SVP.

 

Pascal Décaillet

 

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14/10/2013

En République laïque, JSE brandit le grief d'apostasie

 

Sur le vif - Lundi 14.10.13 - 12.54h

 

Il paraît que nous sommes, à Genève, dans une République laïque. On ne cesse de nous répéter, et je n’y vois aucun inconvénient, que le domaine du religieux, celui des convictions spirituelles de chacun, relève de notre vie privée. Et qu’il n’est pas d’usage – à moins que l’intéressé n’en fasse lui-même étalage – d’interpeller un candidat, ni d’ailleurs n’importe quel citoyen, sur ses options confessionnelles. A trois reprises pourtant, ces deniers jours, ces principes ont été transgressés. A l’émission Mise au Point de la TSR, dimanche 6 octobre. Dans un titre du Matin dimanche, hier 13 octobre. Dans un blog de Jacques-Simon Eggly, posté hier, dimanche 13 octobre. Trois indices, très clairs, de l’opération « Flinguer Poggia » lancée par l’Entente, et quelques affidés.

 

Dimanche 6 octobre, soir de la victoire du MCG, ma consœur de Mise au Point balance dans les gencives de Poggia son appartenance à l’Islam. Nous ne sommes ni dans le cas d’une émission religieuse, ni dans celui d’un accord préalablement passé avec l’interviewé, qui aurait accepté, pourquoi pas d’ailleurs, d’en dire plus long sur ses choix confessionnels. Brillant avocat, habitué à la répartie, le candidat s’en sort fort bien : « Auriez-vous adressé une telle réplique à Mme Brunschwig Graf ? ».

 

Hier, dimanche 13 octobre, l’étiquette « musulman » se retrouve en gros dans le titre de l’interview (fort bonne, d’ailleurs) de Mauro Poggia. Nous ne sommes pas dans le cadre d’un article religieux, et le qualificatif est hors sujet dans le cadre de la campagne du 10 novembre 2013. A moins que pernicieusement, on considère que ce mot, « musulman » puisse être reçu comme péjoratif par une partie de l’électorat de M. Poggia (ou de ses alliés). Par hasard, l’édito, signé de la rédactrice en chef, appelle très clairement à ne pas voter pour un candidat MCG dans quatre semaines. Je précise ici que le Matin dimanche est un journal privé, fait ce qu’il veut, appelle à voter pour qui il veut, je ne lui fais pas ici le procès de ses opinions, je décortique juste certains amalgames.

 

Le cas le plus grave me chagrine d’autant plus qu’il émane d’une personne que j’apprécie beaucoup, et que j’ai toujours considérée comme un démocrate et un gentleman de la vie politique : Jacques-Simon Eggly, avec qui j’étais au Journal de Genève, et auquel me rattachent tant de souvenirs à Berne. Je le connais depuis trente ans, le tiens pour un exemple de mesure et d’intelligence politique. Hélas, peut-être aveuglé par la défense de Mme Rochat comme il le fut naguère par celle de Mme Kopp, dans son blog d’hier, il dérape. Jugez plutôt :

 

« Que penser d’un homme dont les fidélités changent au gré des vents extérieurs et de ses états d’âme.  Chacun est libre de professer la religion de son choix. Mais ce n’est pas être islamophobe que de se demander comment un homme public peut naître et grandir comme un catholique d’origine italienne et se retrouver musulman dit convaincu. »

 

Désolé, Jacques-Simon, mais là vous franchissez la ligne. Si « chacun est libre, comme vous l’écrivez, de professer la religion de son choix », alors, cette liberté, qu’on la lui laisse en totalité, et qu’on lui foute la paix sur ce sujet. D’autant que M. Poggia ne « professe » vraiment pas, en l’espèce, il a juste un jour décidé de quitter une religion pour en embrasser un autre. M. Eggly, au sein d’une République dont nous apprécions tous la laïcité, vous venez réinventer le grief d’apostasie. Vous êtes hors sujet, hors du champ politique, hors du cadre de la campagne électorale. Je continue à vous apprécier beaucoup, mais là, vous m’avez un peu déçu.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/10/2013

Pour un petit patronat affranchi du corset de l'Entente

 

Sur le vif - Dimanche 13.10.13 - 13.03h

 

Dans la prochaine législature, à Genève, il faudra réinventer les organisations patronales. Les rapprocher, mille fois plus qu'aujourd'hui, des préoccupations des PME, et même des toutes petites entreprises.


Aujourd'hui, les mêmes caciques sont partout, les uns dans les directions opérationnelles des organisations faîtières, les autres dans les présidences, les mêmes d'ailleurs se retrouvent dans les conseils des grandes régies, et dans les partis politiques de l'Entente, majoritairement le PLR. Un tout petit monde, qui tourne en rond dans les mêmes cocktails.


Petit monde coopté, amitiés horizontales, réseaux d'influence, partage de prébendes, cela ne peut plus durer. Le feu aux poudres a été mis par le président de la FER (Fédération des Entreprises Romandes), appelant à voter strictement pour l'Entente à la Rentrée des Entreprises, fin août. Discours qui a choqué beaucoup de monde, dans l'assistance.


Et le petit patron MCG, il n'existe pas ? Et le petit patron UDC, il n'existe pas ? Et le petit patron Vert, il n'existe pas ? Et le petit patron socialiste, il n'existe pas ? Et le petit patron Vert libéral, il n'existe pas ? Ils payent pourtant leurs cotisations, ces gens-là, leurs charges sociales, patronales. Innombrables furent les échos de colère, suite à ce mot d'ordre.


Le nouvelle répartition des forces politiques, à Genève, issue des urnes le 6 octobre, devrait amener les organisations patronales, dans la législature qui s'annonce, à réorienter leurs priorités sur les PME, qui constituent l'écrasante majorité de nos entreprises. Elles y viendront doucement, c'est sûr, car dans le cas contraire, elles perdront une partie non négligeable de leur base.


Encourageons d'ailleurs la création de nouvelles organisations de défense professionnelle, proches des petits patrons, ceux qui en bavent à longueur de temps à prendre le risque économique, et ne savent jamais s'ils finiront l'année. Il n'y a aucune raison que le monde patronal et professionnel soit, à Genève, l'otage d'un cartel de notables, toujours les mêmes.

 

Pascal Décaillet

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