12/10/2013

PFU : réponses insatisfaisantes à la TG

 

Sur le vif - Samedi 12.10.13 - 10.47h

 

Les réponses données par Pierre-François Unger à la TG, ce matin, sont totalement insatisfaisantes. On y sent prioritairement le besoin de dégager l'échelon politique de sa mission de contrôle, et de charger le SAPEM, qui dépend d'un autre Département (Sécurité).



Et puis, on ne peut s'approprier les HUG, avec toute la bienveillance paternelle d'un ministre de tutelle, lorsqu'il s'agit de valoriser ce qui va bien, et rappeler glacialement qu'ils sont un établissement autonome, lorsqu'un drame se produit. Double discours. Duplicité.


Enfin, se contenter de dire "J'ai trouvé ça bizarre", suite à sa visite de la Pâquerette, ne convient pas. Un ministre ne trouve pas bizarre. Il avalise, ou il corrige. "Trouver bizarre", c'est reconnaître que des zones dépendant de son autorité, lui échappent.

 

Pascal Décaillet

10:47 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/10/2013

François Dal Bousquet : entretien exclusif

 

Vendredi 11.10.13 - 14.06h

 

* François Dal Bousquet, bonjour ! Vous êtes candidat de l’Entente au Conseil d’Etat. Comment avez-vous vécu la journée du 6 octobre ?

 

* (FDB) – Ce dimanche fut pour nous un triomphe. Le peuple a su reconnaître que nous étions le parti de la sagesse, du consensus et des solutions.

 

* Un triomphe ? Mais enfin, l’Entente a perdu sept sièges, et réalise son plus mauvais score historique !

 

* (FDB) – Je vous invite, M. Décaillet, à ne pas lire une élection avec la seule clef de lecture des chiffres. Le peuple nous fait confiance, parce que nous sommes le parti des solutions.

 

* Oui mais enfin, la réalité est là : votre groupe parlementaire rétrécit, celui de vos concurrents est en pleine expansion.

 

* (FDB) – De grâce, ne vous laissez pas impressionner par ces vétilles quantitatives. Les populistes hurleurs, quelles solutions proposent-ils ?

 

* Ils en proposent, François Dal Bousquet, mais vous ne les écoutez pas.

 

* (FDB) – Parce qu’elles ne sont pas sérieuses, leurs solutions ! Les nôtres, élaborées dans le consensus, sont de vraies solutions. Parce que nous sommes le parti de l’action et des solutions.

 

* M. Dal Bousquet, Genève est asphyxiée par les bouchons, notre taux de chômage (5,5%) atteint presque le double de la moyenne suisse (3%), de nombreux jeunes sont sans formation et sans emploi, nous payons les primes maladie les plus chères du pays, le tableau n’est pas très réjouissant !

 

* (FDB) - C’est bien pour cela, M. Décaillet, qu’il faut trouver des solutions. Nous ne sommes pas le parti des aboyeurs, mais celui du consensus permettant de parvenir à des solutions.

 

* Admettons. Mais avec quelle majorité ? L’Entente n’a plus que 35 députés. Dans quel campa ira-t-elle chercher les 16 qui manquent pour s’imposer au Parlement ? Avec la gauche ? Ou avec ceux que vous appelez les populistes ?

 

* (FDB) – Ce sont là de basses questions politiciennes, qui ne m’intéressent que très lointainement. Je vous invite, Cher Ami, à une lecture moins directement prosaïque de la politique. Pour ma part, avec mes futurs collègues de l’Entente, j’entends mettre les problèmes sur la table, afin d’aboutir à une solution.

 

* François Dal Bousquet, on vous dit grand bétonneur. Vous voulez couvrir le canton de chantiers, asphyxier la campagne ?

 

* (FDB) – En aucun cas. Je milite, comme d’ailleurs mon futur collègue Serge Lonchusco, pour une vaste concertation avec les communes, les urbanistes, les architectes, les fondations, en vue d’une application du Plan directeur 2095 visant à offrir à ce canton de véritables solutions en la matière.

 

* François Dal Bousquet, grand merci. C’est toujours un plaisir de vous accueillir.  Est-il vrai que vous vous dopez pour tenir le coup pendant la campagne ?

 

* (FDB) – Ragots de populistes ! Il est vrai que j’ai demandé à mon pharmacien de me concocter un produit miracle, mais il n’a toujours pas trouvé la solution.

 

 **" A l'issue de l'entretien, François Dal Bousquet m'invite à son club, pour un drink: deux doigts de whisky dans une solution de vodka.


 

14:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/10/2013

Rapport Ziegler : ça sent le fusible

 

Sur le vif - Mercredi 09.10.13 - 16.42h

 

La conférence de presse que viennent de donner les conseillers d’Etat Beer, Maudet et Unger, en compagnie de Bernard Ziegler, auteur de l’enquête administrative mandatée par le gouvernement, est un exemple à étudier dans les écoles de communication. Quatre Messieurs à une table, accompagnés de la Chancelière, des airs graves, un langage très juridique, pour finalement accabler – c’est ce qui ressort en priorité – une haut fonctionnaire, la cheffe du SAPEM (Service d’application des peines et mesures), sur laquelle on focalise tous les manquements. Mais de responsabilité politique, celle du Département de tutelle, néant. Nada. La coupable, c’est la cheffe du service, pour le reste, circulez, y a rien à voir. Cela sent le fusible. Les explications données ne suffisent pas.

 

M. Ziegler, assurément, a très bien enquêté, il a décortiqué les déficiences d’un système, indiqué les manquements, souligné les responsabilités. Clairement, l’échelon SAPEM apparaît comme n’ayant pas été à la hauteur de la situation, soit. Dès lors, Pierre Maudet annonce dix mesures, prenant bien soin de placer en tout premier une procédure administrative contre la directrice de ce service. Deux ou trois minutes plus tard, on apprend d’ailleurs que depuis aujourd’hui midi, elle n’est plus à son bureau. C’est fou, avec M. Maudet, à quel point tout s’agence à merveille, il n’y a plus qu’à crier haro sur le SAPEM, apparaître (une nouvelle fois) comme le nettoyeur des Ecuries d’Augias, et le tour est joué.

 

Pas un mot sur le rôle de la cheffe de l’Office de la détention (est-elle exonérée de tout reproche, Madame Favre ?). Pas un mot, surtout, sur l’absence de contrôle politique de la part des deux derniers ministres de tutelle de ce service, ces quatre dernière années : Isabel Rochat, Pierre Maudet. Car si ce service était à ce point porté sur les dysfonctionnements, l’autorité politique dont il dépend aurait pu s’en rendre compte. Dans une démocratie, le vrai chef, donc le vrai responsable in fine, c’est le ministre, élu du peuple, et non le fonctionnaire intermédiaire.

 

Dans cette affaire comme dans celle du rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) sur le Service des contraventions, comme sur d’autres, nous notons une propension récurrente du ministre à très vite faire oublier la responsabilité politique, annoncer des audits, des enquêtes administratives. Le responsable est toujours un fonctionnaire, jamais le magistrat. Nous ne sommes pas dupes de ce fonctionnement.

 

Pascal Décaillet

 

16:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/10/2013

Entente-MCG-UDC: de grandes choses sont possibles

 

Sur le vif - Dimanche 06.10.13 - 15.12h

 

Si les estimations, à l’heure où j’écris ces lignes (après, je ne pourrai plus écrire pendant des heures), se confirment, alors il y en a, à Genève, qu’on ne pourra plus jamais prendre de haut, et traiter de Gueux.  Ou alors, c’est qu’on n’aura décidément rien compris.

 

La prochaine législature sera faite, au Parlement, de trois blocs : la gauche, l’Entente, et ce fameux troisième bloc, celui à qui on s’est contenté, pendant trop d'années, au lieu d’écouter ses thèmes, de coller des étiquettes, par exemple ce mot « populiste », qui simplifie tellement la vie lorsqu’on ne veut pas trop se poser de questions, et lorsqu'on n'arrive plus, soi-même, à faire passer son message.

 

« Populiste », nous disait-on. D’un mot latin qui signifie « peuple ». Eh bien il faut croire qu’il a été au rendez-vous, le peuple, redistribuant les cartes au Parlement, sanctionnant ceux qui se croyaient éternels, accordant une chance à ceux que les sortants ont tant méprisés, tant stigmatisés. Aujourd’hui, les chiffres sont là. Même corrigés dans les heures qui vont venir, ils parleront d’eux-mêmes.

 

Entre l’Entente et le bloc UDC-MCG, de grandes choses sont pourtant possibles pour débloquer Genève. Dette publique, finances cantonales, sécurité, mobilité, formation, apprentissage, soutien aux PME : le champ du commun est, en réalité, beaucoup plus grand, beaucoup plus riche, que celui des différences. Il faudra, sur de très nombreux sujets, travailler ensemble. Charge au MCG de se conduire dans ce sens, celui de la construction. Charge à l’Entente de changer de discours, montrer un peu plus de considération pour des gens qui sont, comme eux, des représentants du peuple. Et qui, comme eux, roulent pour l’intérêt supérieur de Genève.

 

Et, puisqu’il est question de rouler, le résultat d’un certain parti de gauche et celui de sa ministre sortante peuvent nous faire entrevoir l’espoir qu’on pourra continuer de le faire en voiture, sans pour autant être assimilé au Diable.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/10/2013

La démocratie, notre bien le plus précieux

 

Bilan de campagne - Samedi 05.10.13 - 12.46h

 

La campagne s'achève, et je suis épuisé. Je ne suis pourtant pas candidat! Mais je l'ai vécue, cette campagne, au même rythme que celui des candidats, ce que je fais toujours depuis des décennies. Il y a, surtout dans les campagnes d'automne, une forme d'ivresse dionysiaque, quelque chose qui s'emballe, ce jeu de clartés et d'incertitudes, qui vous monte à la tête. Parce que l'observateur, le commentateur, l'éditorialiste ne doit pas se contenter de comprendre la campagne, il doit la vivre, la sentir, de l'intérieur. L'instinct y occupe une place majeure.



Épuisé, oui, et d'ailleurs pour le marathon de demain, à Uni Mail, j'ai peur. Non des résultats, mais des risques de ma propre fatigue. Je l'ai toujours, cette peur-là, malgré 25 ans d'audiovisuel, mais cette fois elle me tenaille un peu plus que d'habitude. Une peur simplement physique.


La campagne qui se termine fut (jusqu'à l'heure où j'écris ces lignes) correcte et apaisée. Je n'y ai pas décelé les coups bas d'il y a quatre ans. J'ai, pour ma part, donné la parole à tous les partis. Je n'ai établi strictement aucune discrimination entre partis représentés dans le gouvernement sortant, dans le Parlement sortant, ou nouveaux. Je considère que lors d'une élection, il convient de remettre les compteurs à l'heure, tous à égalité.


J'enrage lorsque j'entends, comme juste maintenant au 12.30h RSR, que la campagne fut molle et sans thèmes principaux. C'est simplement faux. Ces thèmes, plutôt que se laisser aller sur l'éternelle sécurité, il faut peut-être un peu aller les  chercher: ne me dites pas que la formation, l'apprentissage, les jeunes en rupture, la redéfinition du travail salarié (proposition Seydoux) pour ces jeunes, l'encouragement aux PME ne sont pas des thèmes qui intéressent les candidats et la population. Il suffit de les engager, ces thèmes.



Je n'ai donné et ne donnerai strictement aucun pronostic, pour la simple raison que je n'ai aucune idée du message que nous délivrera le peuple demain. J'ai reçu une centaine de candidats, organisé une trentaine de débats, j'ai écouté ce qu'ils avaient à nous dire, fait de belles découvertes, de Sébastien Kaech (PDC) à Cristina Le Jeune Giacobbi (MCG), en passant par Sébastien Desfayes (PDC), Magali Orsini (EàG), Caroline Marti (PS), Liza Mazzone (Verts), Varérie Cuenca-Berger (UDC), la quasi-totalité des candidats Verts libéraux (très belle brochette nouvelle tonalité de campagne, compétente et respectueuse). Et puis, plein d'autres, qui ne m'en voudront pas de ne pas les citer. Hommage aux petits partis, Verts libéraux justement, mais aussi Pirates et PBD. Hommage à Pierre Jenni, candidat solitaire et compétent. On est loin, très loin, de la pavane un peu gratuite du Prophète: ce chauffeur de taxi et patron d'entreprise a une vraie vision politique, notamment dans le secteur de la mobilité.

 

J'ai composé, comme toujours, mes deux listes à la main, avec des gens de (presque) tous les partis. J'ai voté Grobet, comme je le fais depuis 1981. J'ai bien sûr ouvert ma liste du Grand Conseil avec celui que je considère comme le grand espoir de la politique genevoise, le PLR Cyril Aellen, un homme qui sait ce que signifient courage et solitude. L'un des seuls politiques à m'inspirer une confiance immédiate, sans partage. A quoi s'ajoute - mais cela vient après - une communauté de vision sur l'avenir des droites à Genève ou en Suisse.



Je remercie tous les candidats, oui les 476 du Grand Conseil et les 29 du Conseil d'Etat, d'avoir tenté l'aventure. Demain, il y aura des joies et des pleurs, mais la démocratie aura fonctionné . C'est elle, notre bien le plus précieux.

 

Pascal Décaillet

12:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/10/2013

Christian Grobet, combattant d'exception

 

Sur le vif - Jeudi 03.10.13 - 10.17h

 

C'est toujours avec respect, admiration et émotion que je reçois Christian Grobet sur mes différents plateaux. J'ai commencé ma vie journalistique avec lui, et il est toujours là, dans une forme physique remarquable pour un homme de 72 ans. Et je crois que toujours il demeurera, tant l'habite le démon politique, entendez ce mot, "démon", au sens de la Grèce ancienne, source de vie et d'invention.


La première fois que j'ai interviewé Christian Grobet, c'était en 1978, pour le Journal de Genève, qui m'avait envoyé couvrir un débat politique aux Pâquis. J'avais tout de suite été saisi par l'intensité de présence de ce député socialiste, qui deviendrait trois ans plus tard conseiller d'Etat. Sa manière d'occuper le discours, précise et concrète, tendue vers l'objectif, à mille lieues de la langue de bois, m'avait déjà frappé.



Il fut, je l'affirme ici avec certitude, un grand conseiller d'Etat. Habité par le souci du bien public. Inflexible, incorruptible, immensément travailleur. On peut contester ses options, c'est un autre débat, mais il avait la hauteur du magistrat. Il a été un homme d'Etat.


Retraité de l'exécutif depuis vingt ans, il aurait pu couler une douce vie, dans l'une ou l'autre fondation. Il a préféré repartir au combat. Au National, à la députation, à la Constituante. Là où il y a une lutte à mener, le vieux combattant s'annonce présent. Eh bien moi je dis que cette opiniâtreté force l'admiration. Il n'est pas un homme de cocktails. Il n'est pas un homme de réseaux. Il est aimé ou détesté, mais il vit, et il se bat. Alors, voyez-vous, moi qui ai composé à la main ma liste des Cent et ma liste des Sept, et qui n'ai rien dévoilé de nominatif, je vais faire ce matin une exception, une seule: sur la bleue comme sur la jaune, j'ai voté Christian Grobet.

 

Pascal Décaillet

 

10:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

30/09/2013

Elections à Genève : le culot hallucinant du Matin

 

Sur le vif - Lundi 30.09.13 - 09.09h

 

Gros coup de colère, ce matin, en lisant dans un quotidien orangé dont la politique et la citoyenneté sont bien la dernière préoccupation, que Genève viendrait de vivre une campagne sans débats. Parce que, selon le politologue Pascal Sciarini, "les médias ont été fortement occupés par le drame de la mort d'Adeline".

 

Tout dépend, M. Sciarini, quels médias on veut bien prendre la peine de consulter. Je n'ai, pour ma part, ni dit un seul mot ni écrit une seule ligne pendant les cinq jours émotionnels du drame. Pas un mot d'appel à la vengeance, pas un mot dans ce débat qui s'amorçait sur la peine de mort. Pendant que tous - à commencer justement par le Matin - s'y engouffraient, nous avons multiplié, sur Léman Bleu, les débats thématiques avec les candidats au Conseil d'Etat et des panels de candidats au Grand Conseil. Nous avons présenté aux citoyens électeurs des dizaines de nouveaux visages, et continuerons de le faire jusqu'à jeudi soir. Nous avons découvert en eux des parcours de vie, des approches citoyennes, des visions du monde: ce sont eux, tous partis confondus, qui feront la Genève de demain.

 

Pendant ce temps, dans le même Matin, des torrents d'émotionnel sur l'affaire, dévorant toutes les paginations, et pas un mot sur la politique. Pas un mot sur les grands clivages d'un canton en campagne: mobilité, logement, finances, dette, chômage, formation, emploi des jeunes. Sur ce dernier thème, et notamment celui des jeunes en rupture, nous avons même mené quatre débats ! Et le même Matin a le culot hallucinant de venir nous dire qu'il n'y a pas eu campagne à cause du drame d'Adeline ! Mais Chers Confrères, assumez au moins vos choix, votre politique rédactionnelle, et ne venez pas parler de ce que vous ne connaissez pas: l'animation du débat citoyen. Avant de décréter qu'il y a eu campagne ou non, encore conviendrait-il d'écouter les candidats, tous bords confondus, leur donner la parole, les présenter au public, analyser leurs préoccupations.

 

Bien sûr qu'à Genève, il y a eu campagne. Bien sûr que, sur de nombreux sujets, la dialectique politique s'opère avec vivacité: circulation en ville, traversée du lac, traversée de la rade, emplois de solidarité, préférence cantonale, emploi local, encouragement aux PME, fiscalité, formation, valorisation de l'apprentissage, sécurité, polices de proximité, aide aux personnes âgées, etc. Simplement, ces sujets, il faut les ouvrir. En étudiant les dossiers et en laissant parler les candidats. Ce travail, le Matin ne l'a tout simplement pas fait. C'est son droit, chaque journal est libre de ses options. Mais venir dire, ou faire dire, qu'il n'y a pas eu campagne, il y a là un cynisme - ou une inconscience citoyenne - qui dépassent toutes les bornes.

 

Pascal Décaillet

 

09:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/09/2013

Par pitié, du sang neuf !

 

Sur le vif - Lundi 23.09.13 - 09.37h

 

L'enjeu des élections, dans treize jours à Genève, est beaucoup plus simple que tous les enfumages que tentent de nous prodiguer les sortants.

 

Il y a, justement, un pouvoir sortant. Une alliance. Qui fonctionne depuis trois quarts de siècle, et souhaiterait se maintenir quelques millénaires encore, dans la moiteur des cousinages, le partage des postes et prébendes. Alors, pour se maintenir (et sans doute se maintiendra-t-elle, d'ailleurs, tant ses moyens, notamment financiers, ses liens avec un patronat qui stipendie sa campagne, sont considérables), elle nous sort de grands discours, non sur la politique, mais sur la morale, utilisée comme paravent.

 

Arborant de grands airs sombres et sourcilleux, elle nous balance : "Nous sommes les partis gouvernementaux! ". Ben oui, c'est juste une tautologie, puisqu'ils sont encore, ce lundi 23 septembre, au gouvernement. Comme si on était "gouvernemental" par onction divine, par essence, et non par mandats du peuple, régulièrement renouvelés ! Ils nous disent: "Les autres sont des populistes". Je veux bien. Mais pourquoi eux, sans rien sacrifier à leurs idées, ne sont-ils pas davantage, ces dernières années, allés vers le peuple, justement, avec un langage clair, compréhensible par tous, et non leur jargon de clercs et de juristes ? Cette arrogance de leur communication, parler aux gens d'en haut, comme prêtres en chaire à l'époque du latin, se retournera tôt ou tard contre eux. Les citoyens veulent être représentés par des pairs, non pas une cléricature de mandarins.

 

La vérité de cette campagne, c'est qu'il y a des sortants qui sont là depuis la nuit des temps, et entendent prolonger à l'infini ce délice nocturne de leur domination, et, comme dans toute démocratie du monde, des gens qui, du dehors, aspirent à entrer. Verts libéraux, par exemple, qui apportent beaucoup de fraîcheur et d'idées concrètes dans la campagne. Mais plein d'autres, aussi. MCG, bien sûr: on vient de passer deux législatures à les traiter de Gueux, on aurait peut-être mieux fait de prêter l'oreille à certaines de leurs revendications, notamment sur la protection de l'emploi local. Ou encore UDC. Ou encore Ensemble à Gauche. Ou encore Pirates. Ou encore PBD. Et jusqu'à M. Jenni, qui sur la mobilité tient un discours autrement solide que celui de la ministre sortante.

 

Moi je dis que dans les postulants de l'extérieur, soit pour le Parlement, soit pour le Conseil d'Etat, existe dès aujourd'hui une vraie relève. A chacun de faire ses choix, nous verrons bien le 6 octobre. Mais une chose est sûre; continuer comme ce gouvernement calamiteux de la législature 2009-2013, c'est foncer dans le mur.

 

 Pascal Décaillet

 

09:37 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/09/2013

Les bétonneurs et le signal de Bernex

 

Sur le vif - Dimanche 22.09.13 - 16.14h

 

Nous nous garderons bien sûr de projeter sur l’ensemble du canton une simple décision du corps électoral de Bernex. Mais tout de même. A peine les députés ayant accepté, en toute fin de législature et pour donner un accessit au conglomérat des sortants, un Plan directeur cantonal qui nous fait miroiter des milliers de logement à l’horizon 2030, voilà que Bernex refuse 178 nouveaux logements à Lully, sur le territoire de la commune. Il s’agissait d’ériger des immeubles sur un terrain occupé par des maraîchers et des villas mitoyennes. PDC, PLR et MCG étaient favorables au projet. L’Alternative bernésienne et l’UDC, pour le référendum. Le peuple a tranché.

 

Et s’il tranchait un peu plus souvent, le peuple ? Les premiers concernés par la qualité d’un paysage, l’ambition d’un urbanisme, la densité de population, ce sont bien les habitants de nos différentes communes. Parce que ce paysage, ce sont eux, à vie, qui l’auront dans le regard. Cet urbanisme, c’est pour eux et autour de leurs besoins qu’il doit être conçu. La densité de constructions, puis de population, ce sont eux qui vont en apprécier les délices ou en supporter les outrances. En cela, la majorité qui sort des urnes ce dimanche à Bernex, et qui va contre pas mal de notables du lieu, a valeur d’exemple.

 

Parce que le Plan directeur que nous laissent en héritage les autorités cantonales sortantes, c’est avant tout une pure projection intellectuelle, une pure prospection sur la croissance, et c’est surtout fait pour accorder beaucoup de jouissance et de bonheur aux corporations de la construction et de l’immobilier. Il serait intéressant de demander aux habitants de l’ensemble du canton, ou alors des 45 communes, à l’issue d’un vaste débat populaire, ce qu’ils pensent du Grand Genève de l’horizon 2030, bétonné à l’extrême, juste parce qu’il faudrait accepter comme une fatalité le principe d’explosion démographique. Messieurs les bétonneurs, Bernex nous a donné ce dimanche un signal.

 

Le Signal, n'est-ce pas une spécialité bernésienne ?

 

Pascal Décaillet

 

16:14 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les yeux en amendes

 

Sur le vif - Dimanche 22.09.13 - 09.30h

 

Nous avions sorti, il y a deux semaines, l'affaire du rapport de l'ICF (Inspection cantonale des Finances) sur le Service des Contraventions. Aujourd'hui, le Matin dimanche nous en dit un peu plus: l'Etat ne reverse pas aux communes l'argent des amendes. A cause d'un problème....... informatique !


Comme nous l'avions annoncé, Pierre Maudet, ministre de tutelle du Service des Contraventions, sera auditionné demain par la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil, présidée par le bon docteur Buchs.


Pierre Maudet a-t-il tenté ce bloquer la sortie du rapport ? La question, demain, devra lui être posée par les commissaires. Si ces derniers, en tout cas, plutôt que de se laisser tétaniser par l'exécutif, entendent assumer l'une des responsabilités amirales du Parlement: le contrôle de l'action du gouvernement et de l'administration.

 

Parce que l'autre hypothèse, c'est la Chambre d'enregistrement. Ou la temporisation lâche et muette. Parce que peut-être, dans deux semaines, il y aurait une échéance. Laquelle, déjà ?

 

Pascal Décaillet

 

09:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/09/2013

Celui qui communique - Et celui qui informe

 

Vendredi 20.09.13 - 19.03h

 

Je m’exprime ici, comme hier et avant-hier, sur les conséquences politiques du drame qui secoue Genève, et l’organisation de la communication. L’un des acteurs majeurs étant à la fois ministre chargé de la sécurité et candidat à réélection, premier tour dans deux semaines. Cas d’école, comme je l’ai déjà relevé, qui sera sans doute décortiqué, plus tard, dans les séminaires de communication de crise.

 

Après une semaine d’incroyables flottements, où le pouvoir exécutif s’est illustré comme voulant sauver les meubles, se protéger lui-même, chercher des responsables dans le seul échelon administratif (et surtout pas politique, donc surtout pas lui-même), tout cela jusqu’à réduire au silence, hier matin 07.35h, le chef de la psychiatrie aux HUG qui devait s’exprimer à la RSR, ce matin, enfin, nous avons une communication absolument impeccable, signée Olivier Jornot, Procureur général, accompagné de François Schmutz, chef de la Police judiciaire. Enfin, nous avons eu des faits, de la clarté, l’indication d’une direction, d’une chronologie et d’un calendrier dans l’enquête. Ces deux Messieurs ne sont pas venus les mains vides. Ils nous ont apporté des informations, c’est bien le moins quand on convoque ce perpétuel exercice de mise en scène du pouvoir qui s’appelle une conférence de presse.

 

Le contraste avec le bric-à-brac improvisé par le Conseil d’Etat vendredi dernier est saisissant. Il y avait là, en plus de M. Hiler, deux conseillers d’Etat n’ayant au fond rien de précis à nous dire. Seule était perceptible l’émotion, au reste fort légitime, qui les touchait ce jour-là, comme elle nous touchait tous, à Genève. Mais en termes d’informations, strictement rien. Et avoir ouvert les feux avec une haut fonctionnaire tétanisée (elle le sera bien plus encore, juste après, dans Forum), dénuée d’autorité sur le sujet, augmentait cruellement le sentiment de non-dit et d’improvisation. Pire encore : pendant que le pouvoir exécutif s’exprimait, nous parvenait un communiqué totalement laconique du Ministère public, en retrait. Il était difficile, dès ce moment-là, pour l’observateur avisé, de ne pas percevoir les premier éléments d’une rivalité entre le ministre de la Police et le Ministère Public, qu’un article de la Tribune de Genève, hier, a très bien mise en lumière.

 

Ce matin, après une semaine de silence, une donnée d’informations absolument impeccable de MM Jornot et Schmutz. D’abord, ces Messieurs ont préparé leur apparition, soigneusement. Ils se sont parfaitement partagé les rôles, le Procureur apparaissant comme le patron de l’enquête, le chef de la PJ s’exprimant, avec clarté et précision, sur le détail des opérations de police. Là aussi, terrible contraste avec MM Maudet et Unger, vendredi dernier, personne ne comprenant exactement ce qui relevait de l’un ou de l’autre. On le sait maintenant, du moins « on » organise toute la communication pour charger le Département du sortant, mais vendredi dernier, jour du drame, le public regardant cette prestation de deux ministres sur Léman Bleu était bien incapable de savoir ce qu’était la Pâquerette, qui la gérait, etc.

 

Et puis, ce matin, M. Jornot n’est pas venu avec la langue de bois, cela n’a d’ailleurs jamais été dans ses habitudes. Il établit clairement la primauté de l’enquête pénale, celle dont il est responsable, sur « l’enquête administrative » diligentée par le Conseil d’Etat, et confiée à Bernard Ziegler. Et il ajoute, M. Jornot, que dans cet exercice où un gouvernement enquête au fond sur lui-même, le Conseil d’Etat aura l’obligation de lui signaler les cas qui pourraient relever de la justice pénale. Par cette précision, loin d’être innocente, le Procureur nous rappelle une nouvelle fois qu’il est le patron.

 

La donnée d’informations de ce matin nous a, pour la toute première fois depuis l’éclatement du drame, donné ce qui manquait tant jusqu’à maintenant : des faits. Là aussi, contraste avec la politique de communication du pouvoir exécutif, dont il est tellement clair qu’elle est organisée à fins de trouver, dans l’échelon administratif, des fusibles. Pire : la mise en cause de la Commission des visiteurs de prison du Grand Conseil apparaît comme un dérivatif bien léger.

 

Voilà où nous en sommes ce soir, au-delà des grandes interviews données à la presse de Tamedia, dans lesquelles il est difficile de ne pas décrypter les intentions de se sauver soi-même. En chargeant à gauche et à droite. C’est peut-être de bonne guerre. Mais il appartient  à ceux qui font métier de lire les actes et les paroles du pouvoir, de ne pas en être dupes.

 

Pascal Décaillet

 

19:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/09/2013

Pierre Maudet : la loi du silence

 

Sur le vif - Jeudi 19.09.13 - 09.59h

 

Je m'exprime ici, comme hier, sur les conséquences politiques du drame qui secoue Genève, l'organisation de la communication, sur l'affaire, par un gouvernement à deux semaines des élections, et dont le ministre chargé de la sécurité se représente. Cas d'école.

 

Vous allez voir, comme par hasard, dans les jours qui viennent, un incroyable fardeau de charges s'accumuler contre la Pâquerette, dont la direction va bien sûr sauter. Espoir du pouvoir politique concerné et soumis à réélection: établir, en s'appuyant dès le 9 octobre (trois jours après le 6) sur l'expertise d'un ancien confrère, que le degré de responsabilité était administratif, non politique, et qu'on en tire les conséquences en coupant une ou deux têtes.

 

On se montre comme celui qui nettoie les Écuries d'Augias, en se dédouanant soi-même de toute responsabilité. Procédé classique, déjà utilisé dans l'affaire de l'informatique de l'Etat, en train de l'être dans celle du rapport de l'ICF sur le Service des Contraventions, promise à le demeurer dans la gestion politique des Services industriels. Est-il besoin de rappeler que Pierre Maudet est, avant toute chose, un formidable communicateur ?

 

Dans l'affaire du drame qui secoue Genève depuis vendredi, après un premier moment de flottement, le ministre s'est ressaisi et organise avec un rare savoir-faire l'information, ou plutôt la gestion du silence, autour de la crise. Il contrôle tout, bétonne tout, impose le mutisme absolu à l'ensemble des collaborateurs de son Département. Toute parole autorisée ne doit émaner que de lui, ou de personnes agréées par lui.

 

Ce qui s'est passé ce matin à la RSR le révèle avec éclat. Mon confrère Simon Matthey-Doret avait invité pour sa tranche 07.30h - 08.00h le directeur de la psychiatrie aux HUG. 07.35h, une certaine gêne: le journaliste annonce que l'invité s'est fait interdire d'antenne par sa hiérarchie. En lieu et place, les justifications maladroites du nouveau directeur général des HUG, Bertrand Levrat, proche du pouvoir, à qui il doit sa récente nomination.

 

Dans d'autres secteurs dépendant de Pierre Maudet, de la prison à la police en passant par les chefs de service, la loi du silence est implacable. Républicain, je n'y suis pas nécessairement opposé: je trouve normal que la communication émane du pouvoir politique élu, et que les fonctionnaires demeurent sur la réserve. Mais à ce point d'étouffement de toute parole qui pourrait gêner, à commencer par la très grande expertise du numéro un de la psychiatrie aux HUG, il y a là l'amorce d'un pouvoir personnel. Voilà sans doute ce qui nous attend pour la législature 2013-2018. Tout le pouvoir, toute la parole, à une petite clique, autour de MM Maudet et Longchamp, entourés de quelques affidés puissamment fidèles et loyaux, dans la noirceur des cabinets et le bruissement du silence.

 

Pascal Décaillet

 

09:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/09/2013

Maintenir Bernard Ziegler est une erreur

 

Mercredi 18.09.13 - 17.04h

 

Je m’exprime ici sur les suites du drame de vendredi, ses conséquences politiques, la manière dont le gouvernement réagit.

 

La conférence de presse de vendredi après-midi a été catastrophique. Deux magistrats jetés là, en plus de David Hiler, la parole d’abord donnée à une haut fonctionnaire terrorisée et n’ayant manifestement pas autorité pour parler. Tout cela pour nous annoncer la nomination de l’ancien conseiller d’Etat Bernard Ziegler pour l’enquête interne. Pire : pendant que les conseillers d’Etat tentent d’occuper le terrain de la parole, le Ministère public publie un communiqué, laconique et en retrait par rapport aux événements. On veut bien que les pouvoirs soient séparés, on avait pourtant cru il y a quelques mois à la magie d’un duo, elle s’effondre. N'avait-elle été là, par temps calme, que pour le vernis de la communication ?

 

Dimanche, sur le site de la Tribune de Genève, le criminologue Martin Killias rappelait la demande de suivi et d’évaluation de la Pâquerette, en 1986. Cette demande avait été refusée. Le Conseil d’Etat de l’époque, élu en novembre 1985 comportait un certain Bernard Ziegler, chef du Département de Justice et Police. Quels que fussent ses liens organiques avec l'institution mise en cause, sa présence à l'époque au gouvernement le récuse naturellement.

 

Il n’est pas question, ici, de mettre en cause une seule seconde l’intégrité de M. Ziegler, reconnue dans toute la République. Mais confier une enquête administrative à un ancien magistrat exécutif, ayant occupé une fonction au moment de cette demande d’évaluation, n’est pas une bonne décision. Ni sur le fond, ni politiquement.

 

Pire encore : donner à M. Ziegler le 9 octobre comme délai de remise de son rapport, alors qu’une échéance électorale majeure se profile le 6, c’est donner l’image de la peur, du bétonnage dans l’urgence. Comme s'il fallait se protéger soi-même. De quoi ?

 

Pascal Décaillet

 

17:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/09/2013

La Traversée du Dessert

 

Sur le vif - Jeudi 12.09.13 - 09.29h

 

C'est fou comme ça tombe bien, pour une Entente genevoise bien apeurée à l'approche des élections, cette miraculeuse étude des milieux patronaux pour une flamboyante traversée du lac, horizon 2030, qui ne coûterait rien aux contribuables.

Ca tombe à pic, parce que ça permet de faire passer pour ringarde une initiative de l'UDC sur la petite traversée, celle de la Rade. La ridiculiser, mais juste avec du vent, juste une étude pour 2030, qui n'engage à rien, sinon qu'elle arrive à point nommé, en période électorale.

Bien entendu, les élus de l'Entente n'étaient au courant de rien. Bien entendu, il n'y a aucune espèce de passerelle entre la FER, la CCIG et les partis de l'Entente. C'est d'ailleurs ce que tout le monde a cru percevoir à la Rentrée des Entreprises.
 

Pascal Décaillet

 

09:29 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/09/2013

Campagne: l'arrogance des sortants

 

Sur le vif - Lundi 09.09.13 - 09.21h

 

Certains candidats des partis gouvernementaux sortants, légèrement assoupis par des décennies de présence au pouvoir et de partage des prébendes, ne semblent pas exactement avoir compris une chose: nous sommes dans une période d'élections. Donc:

1) Une élection consiste à élire de nouvelles équipes, avec de nouveaux souffles, de nouvelles visions. Non à reproduire les politiques passées. Le moins qu'on puisse dire est que la législature finissante, littéralement à bout de souffle (au niveau gouvernemental), appelle à une immense respiration pour inventer autre chose, avec d'autres figures.

2) Il ne sert à rien de s'égosiller en martelant: "Nous sommes gouvernementaux". Nul parti n'est gouvernemental par essence, ni par loi divine. Il l'est, si une majorité du peuple souverain a élu un ou plusieurs représentants de ce parti dans un gouvernement. Rien d'autre que cela. Il n'y a donc aucune onction morale à être "gouvernemental", c'est juste le résultat d'une mécanique électorale. Remise en action tous les quatre (ou cinq) ans. Cela s'appelle la démocratie. A moins qu'on ne préfère la désignation censitaire, façon Restauration, entre gens du même monde. Avec l'argent du patronat pour faire la différence.

3) Le mépris des installés d'aujourd'hui face aux formations nouvelles, non gouvernementales ou même non parlementaires, dénote une conception bien étrange de la démocratie. Une élection consiste justement à tout remettre en jeu, et il est parfaitement sain que de nouveaux partis (Verts libéraux, PBD, Pirates, et autres) s'essayent à la bataille. A noter, en passant, que le candidat de l'un de ces partis, M. Seydoux, vient véritablement au front avec des propositions précises et concrètes. Notamment une réflexion innovante sur la rétribution de certaines activités. On peut les combattre, ces idées, mais au moins elles existent. Plutôt que de hausser les épaules, certains feraient bien d'affiner la précision et l'originalité de leurs propositions.

4) Il ne sert à rien de hurler que tel parti "n'a pas de propositions", alors que manifestement il en a, mais que les installés du pouvoir sortant, par un mécanisme de rejet et de déni, n'ont simplement jamais voulu les écouter. On verra bien, si le peuple les entend ou non. On n'a pas à lui dicter sa surdité. Surtout lorsqu'on s'appelle soi-même, depuis plus de sept interminables décennies, "l'Entente".

 

Pascal Décaillet

 

09:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/09/2013

Adieu ma mère, adieu mon coeur

algerie-francaise-4.jpg 

Sur le vif - Samedi 07.09.13 - 15.57h

 

Hier soir, sur la chaîne Toute l'Histoire, remarquable reportage sur quelques Français qui, début juillet 1962, ont choisi de rester en Algérie ! Alors que des centaines de milliers de leurs compatriotes, Pieds-Noirs comme eux, prenaient dans la précipitation le chemin de l'exil.


Ils ne sont bien sûr qu'une infime minorité à être restés. Certains par idéologie, comme ce Monsieur de près de 90 ans aujourd'hui qui avait, à l'époque française, soutenu le FLN, et dont certains camarades de combat figurent au nombre des guillotinés de 56-57, sous un Garde des Sceaux qui s'appelait François Mitterrand. Cf http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2011/01/01/mit... .



D'autres ont choisi de rester par viscéral attachement à la terre natale. Français d'Algérie, Algériens d'origine française, disent-ils. N'entendant pas trancher l'ambiguïté de cette double appartenance en retournant dans une Métropole qu'ils ne connaissaient même pas. Leur terre, leur patrie, depuis 132 ans, c'était le sud de la Méditerranée, pas le nord. Certains, en vertu d'une clause des Accords d'Evian, ont tenté de demander la nationalité algérienne, d'autres pas.



Deux périodes, très claires: pendant l'ère Ben-Bella (1962-1965), les choses se passent encore bien. Avec le mouvement d'arabisation lancé par Boumediène c'est autre chose. Mais enfin, ils sont restés, traversant cinquante ans d'Histoire d'Algérie post-coloniale, dont les terribles années 90, celles des massacres atroces et d'une véritable guerre civile entre armée et islamistes.



Sublime reportage, principalement à Oran et Alger, mais aussi chez un paysan, exportateur d'olives. Certains de ces Français ont tenté d'aller vivre quelques années en Métropole. Mais la puissance d'attraction de la terre natale était trop grande: ils sont revenus en Algérie. Pour y vivre. Et pour y mourir.


Impossible, en voyant ces images et ces témoignages, de ne pas penser à Camus. Ou à Jules Roy: "Adieu ma mère, adieu mon coeur". Pour la vie. Et pour la mort.

 

Pascal Décaillet

 

15:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

01/09/2013

Religions : douceur et respect

 
Sur le vif - Dimanche 01.09.13 - 21.28h

 
J'ai voté contre l'initiative sur les minarets, qui m'avait littéralement exaspéré, et m'exaspère encore. Bien entendu, je respecte néanmoins le vote du souverain, c'est en ordre.


Mais je tiens à dire ici que je ne supporte pas la manière dont certains, dans ce pays, parlent de l'Islam. Ils n'y connaissent strictement rien, confondent tout, Islam en tant que tel et intégrisme, comme si on ramenait le message chrétien à Ecône. Ou le judaïsme à certains ultra-orthodoxes.


Catholique, j'ai eu très tôt une culture religieuse par un homme d'exception, le Père Collomb. Un prêtre catholique, disparu beaucoup trop tôt, qui nous initiait, entre 1965 et 1969, à l'ensemble des religions du monde. Eh bien cet homme n'a JAMAIS eu, sur d'autres religions ou mouvements spirituels que le christianisme, pas plus d'ailleurs que l'athéisme ou l'agnosticisme, le moindre mot de dévalorisation. Bien au contraire, il nous initiait FACTUELLEMENT à Moïse, Mahomet ou Bouddha avec une infinie douceur et un infini respect. Il était d'une pluralité cosmique. Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à lui.


Cette nécessité de douceur et de paix, je l'ai trouvée dans le texte de la motion de Guy Mettan, qui appelle à "une laïcité qui protège les religions, plutôt que de les opprimer". Sa lecture va faire enrager les ultra-laïcards du parti radical et de certaines associations autoproclamées, et jusqu'au cabinet noir de certains ministres, mais elle est juste et sage. Je soutiens cette motion, qui appelle à un "code de bonne conduite" et n'allume pas immédiatement d'inutiles incendies, dès qu'on parle de voile. Ou de kippa. Ou de croix.


Ne créons pas des problèmes là où il n'y en a pas. Genève se porte très bien sur la question de la coexistence des religions. Respectons ce fragile équilibre. Et renseignons-nous un peu sur les religions, les courants spirituels, leur Histoire. Avant de déterrer des haches de guerre.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

21:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (35) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/08/2013

70 ans, c'est long

 

Sur le vif - Mercredi 28.08.13 - 15.02h

 

A Genève, il y a des partis gouvernementaux, qu'on appellera "le pouvoir en place", et des partis d'opposition, qui n'ont aucun ministre (MCG, UDC, Ensemble à Gauche, Verts libéraux, Pirates, etc.).

Les partis d'opposition aspirent, comme dans n'importe quelle démocratie du monde, à devenir partis de gouvernement. C'est la finalité de toute chose en politique, c'est totalement normal.

Et l'occasion pour eux d'y parvenir, comme dans toute démocratie du monde, s'appelle l'élection.

Dans ces conditions, entendre les actuels partis au pouvoir (l'Entente y est, de façon continue, depuis 70 ans), les traiter avec mépris de "partis sans responsabilités", est assez hallucinant. Le responsabilités, ils ne demandent qu'à les assumer ! De même, les arguments du style: "Vous n'avez aucune légitimité, n'ayant jamais été au pouvoir".

Ben non, ils n'y ont jamais été. Et c'est précisément pour cela, comme dans toute démocratie du monde, qu'ils aspirent, à leur tour, à y être un peu.

Parce que vous, ladies and gentlemen, vous y êtes depuis 70 ans. Et ça commence à faire un peu long.

 

Pascal Décaillet

 

15:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Chasse aux sorcières

despot.jpg 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 28.08.13


 
Tout le monde connaît Slobodan Despot, longtemps actif dans le canton de Vaud, à l’Âge d’Homme puis patron de Xenia, sa propre maison d’édition. Un esprit libre, audacieux, une figure. Un éveil, une curiosité littéraire d’exception. La gauche le déteste, parce qu’il n’est pas exactement des leurs. La droite convenable, gouvernementale et en cravate s’en méfie, parce qu’il est fou, et que la folie ne figure pas dans leur programme de législature.
 
Et là, tout ce beau monde se réveille et vocifère, parce qu’Oskar Freysinger a confié à Despot un mandat externe de communication. Comme si le diable avait engagé le diable. Vous pensez, hurlent-ils, un copain ! À ces belles âmes, nourries soit de la plus doucereuse des candeurs, soit de la plus tenace des mauvaises fois, nous conseillons d’aller se renseigner sur l’entourage de nos conseillers d’Etat de Suisse romande, tous bords confondus. Et de revenir statuer sur le critère de « copinage ».
 
Qu’un magistrat socialiste engage un socialiste dans son état-major personnel, monnaie courante. Que les radicaux fassent de même, nul ne s’en émeut. Mais Freysinger-Despot, ça ne passe pas. Pure censure de quelques-uns, rien d’autre. Ces gens-là, qui se proclament d’ouverture, ont la tolérance bien sélective. Elle ne se pratique qu’à ceux qu’ils agréent. Parce que leurs idées ne les gêne pas.
 
 
Pascal Décaillet

 

08:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/08/2013

L'Europe, le destin et l'urbanité du ping-pong

ping-pong-1802.jpg 

Sur le vif - Samedi 24.08.13 - 18.33h

 

Encore les commissions parlementaires ! C'est, à l'entendre à l'instant (18.17h) sur la RSR, le seul horizon d'attente de Johann Schneider-Ammann, en matière européenne. Comme son collègue Burkhalter ! Comme si ce jeu de miroirs de la Berne fédérale était le seul théâtre d'opérations de la Suisse ! C'est justement le thème de mon édito du Giornale del Popolo, publié ce matin en une de ce quotidien tessinois, et reproduit ici, en début de matinée, sous le titre "La Suisse a-t-elle une politique européenne?".


Il ne s'agit pas de nier l'importance de la dialectique Gouvernement-Parlement via les commissions. Mais enfin, le débat européen, en Suisse, mérite une autre ampleur que cette urbaine partie de ping-pong entre acteurs du microcosme bernois. Il doit impérativement, ce débat, être celui de toute la nation. Comme il le fut, au fond, dans l'année 1992. Et cela, quelles que soient nos options: voie solitaire, bilatérales, adhésion. Les couches profondes du peuple citoyen doivent se réapproprier la discussion, même vive, sur l'avenir de nos relations avec l'Union européenne.

 

Parce que franchement, laisser cela à deux ministres sans vision, et à quelques commissaires de politique étrangère, ça n'est pas sérieux. Le destin suisse mérite mieux. Et les décisions à prendre devront être scellées d'une légitimité tellurique, celle qui vient d'en bas. Dans ce domaine comme dans d'autres, la démocratie directe devra avoir son mot à dire.

 

Pascal Décaillet

 

18:33 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |