09/03/2014

Ecopop : chacun en conscience

 

Sur le vif - Dimanche 09.03.14 - 16.34h

 

Avec Ecopop, cette initiative sur laquelle nous devrions nous prononcer avant la fin de l’année, c’est reparti comme en quarante. Le Conseil fédéral, nous dit-on, ne veut pas de cette initiative. On va aussi nous dire que les Chambres fédérales n’en veulent pas. Tout cela sera certes exact, mais le problème – toujours le même – c’est que l’avis du Conseil fédéral et celui du Parlement n’ont pas beaucoup d’importance dans une initiative.

 

Une initiative, dans notre démocratie suisse, est un défi lancé au peuple par une fraction du peuple. Lancé à l’ensemble du corps électoral, par un tout petit groupe, au départ, un comité d’initiative. Le but ultime n’est absolument pas de convaincre le Conseil fédéral, ni les Chambres, traditionnellement hostiles à cette démocratie directe qui vient les déranger. Et pour cause : si, d’en bas, on ressent la nécessité de procéder par voie d’initiative, c’est parce que les problèmes concernés ont, du point de vue des initiants, été négligés par les élus. Une initiative est bel et bien, chez nous, un mécanisme correctif à la gouvernance législative ou exécutive. Nos voisins nous l’envient. Et ils ont raison.

 

Malgré tout cela, l’immense majorité des médias, SSR en tête, insistent de façon appuyée, non sur une présentation de l’initiative, mais sur son rejet par les corps constitués. Le point de vue de ces derniers n’est pourtant qu’un indicateur parmi d’autres. Il n’a pas à être à ce point mis en valeur. Une initiative, c’est une affaire du peuple avec le peuple. Le peuple, face à lui-même : qu’on lui laisse au moins cela, dans un système où la démocratie représentative a déjà pris tant d’importance.

 

Pour ma part, je considère Ecopop comme la votation la plus importante de notre calendrier démocratique. J’aurai largement, dans les mois qui viennent, l’occasion d’y revenir. J’encourage, comme chaque fois, chaque citoyenne, chaque citoyen à se forger sa décision par lui-même. La traditionnelle démolition du texte par le pouvoir en place, relayée par la SSR et la majorité des médias, sans parler d’Économie Suisse, nous renvoie à notre responsabilité individuelle de citoyen. J’emprunte ce terme à la terminologie de mes amis protestants. Parce qu’en politique, je crois dur comme fer à la conviction indivisible de chaque unité de vote. La vôtre, la mienne, la nôtre à tous.

 

Ah, au fait, puisqu’on parle d’Économie Suisse : adversaires d’Ecopop, n’hésitez pas à lancer à nouveau ces fins limiers de la rhétorique politique. On connaît désormais leur redoutable efficacité.

 

Pascal Décaillet

 

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06/03/2014

Le MCG est à droite - Et alors ?

 

Sur le vif - Jeudi 06.03.14 - 09.46h

 

M. Sciarini nous fait toute une démonstration, dans le Temps, pour nous prouver que le MCG est à droite. Mais enfin, qui en doutait ? Qui a en jamais douté une seule seconde ? Où est le problème ? C'est interdit, d'être à droite ? Comme s'il était scélérat que le groupe parlementaire de ce parti construise des majorités avec le PLR et l'UDC au Grand Conseil.


Bien sûr que c'est un parti de droite. L'appellation "Ni droite, ni gauche" ne dupe personne, et ne veut strictement rien dire. S'étonner de son appartenance à la droite (avec une composante sociale, populaire, et si ça peut vous faire plaisir "populiste"), serait ramener, par ignorance historique, la droite à sa seule famille libérale, ce qu'en effet le MCG n'est pas.


Et justement, ramener la droite, cette grande famille de pensée politique depuis deux siècles, au seul libéralisme, surtout celui que nous avons connu depuis vingt ans avec le profit sans entraves, la libre circulation pour le seul profit de quelques-uns, le Capital comme Veau d'or et le tout aux actionnaires, bref cet orléanisme bancaire, c'est méconnaître profondément les autres dimensions, autrement puissantes, de la droite. Notamment une dimension sociale et populaire dont il n'est pas question que la gauche s'arroge le monopole.

 

Oui, il existe une droite venue d'en bas, une droite du peuple, joyeuse et conviviale, attachée au lien social. Différente de la gauche pour des raisons bien davantage CULTURELLES (j'y reviens volontiers) que politiques. Mais enfin, le partage, la fraternité, le sentiment d'appartenance républicaine n'ont pas à être détenus de façon exclusive par la gauche. Si la droite laisse filer cela, qui est tellement important, au profit d'une image de cléricature censitaire ou ploutocratique, alors elle aura tout perdu.



M. Sciarini, qui a sans doute une vaste culture de gauche, pêche par méconnaissance - due à un manque d'affinités ? - lorsqu'il s'exprime sur la droite. Sans remonter à la Convention, ni à Tocqueville, ni à Joseph de Maistre, ni au Ralliement de Léon XIII à la République (1891), on dira juste qu'il y a deux siècles d'imprégnation et de connaissances à prendre en compte. A lire par exemple, de toute urgence, dans la même édition du Temps, celle de ce matin, le lumineux papier d'Olivier Meuwly sur l'UDC.

 

Pascal Décaillet

 

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04/03/2014

Sublime comme le silence de la prière

 

Sur le vif - Mardi 04.03.14 - 17.14h

 

Le sentiment de la nature est-il inné ? Survient-il avec l’âge ? Accompagne-t-il la peur de la mort ? Sublime-t-il la vie ? Pourquoi l’irruption d’un lièvre, au petit matin, nous bouleverse-t-elle ? Que vivent nos frères animaux ? Pourquoi ai-je cru voir, ce matin, près de Bernex, mon premier milan noir de l’année, et cette apparition a-t-elle accentué en moi l’idée de la vie recommencée ? Pourquoi toute promenade est-elle une renaissance ? Ces quelques questions, je les avais à l’esprit en lisant avec passion le livre de Philippe Roch sur Robert Hainard.

 

L’ancien patron de l’Office fédéral de l’environnement est l’un des fils spirituels du génial peintre animalier (1906-1999). Ce livre n’est pas une biographie, mais une initiation à ce qu’a pu être la philosophie de la nature chez Hainard. Par le concept. Mais surtout par la vie, l’expérience, les milliers d’heures à guetter la vie animale, la nuit, à l’aube, au crépuscule, dans ces moments où tout commence et tout s’éteint. Alors oui, le peintre, graveur, nous est décrit comme l’homme au milieu de la nature, perclus du mystère de cette dernière. L’homme en communion. Avec qui ? Dans l’ordre de quelle mystique ?

 

Un livre sur la matière. Mais où tout est esprit. Éloge de la matière, références à Kant, Aristote, ancrage dans le paléolithique, résurrection des totems, Philippe Roch nous transporte dans un univers où l’homme ne serait qu’un invité. Un passant. Il aurait à observer le monde, s’en imprégner, vivrait la matière « comme résistance » (page 52). Tel Hainard, qui croque, esquisse, dessine, peint ou grave, toujours dans l’ancrage du concret. Mais pour nous amener où ? Vers quelles hauteurs, quelles profondeurs ?

 

Cette nature-là, celle de Philippe Roch lorsqu’il nous parle de Robert Hainard, nous bouleverse. Elle conserve la fraîcheur immaculée de l’apparition, l’instantané de la rencontre. Le doute, la stupeur : ai-je bien vu ? Ai-je bien vécu ce moment ? A lire d’urgence. D’abord, pour les références en termes de philosophie de la nature. Plus encore, pour la profondeur du sentiment émotionnel qui, de la première à l’ultime page, parcourt et traverse le livre. J’ose le dire : comme un bréviaire. La sonorité d’une liturgie. « L’odeur du bois » (page 9). Le silence, tellement éloquent, de la prière.

 

Pascal Décaillet

 

*** Le penseur paléolithique - La philosophie écologiste de Robert Hainard - Par Philippe Roch - Editions Labor et Fides - Mars 2014 - 241 pages.


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28/02/2014

Bien sûr que nous sommes Européens !

 

Sur le vif - Vendredi 28.02.14 - 17.40h

 

Ne venez pas nous dire que nous sommes anti-Européens ! Bien sûr que la Suisse est au coeur de ce continent qu'elle aime, dont elle partage les langues, les religions, l'Histoire, la culture. Elle les baigne de ses eaux, respire les mêmes airs, s'humecte des mêmes pluies. A part les trois Pays Baltes, l'Irlande, l'Islande, la Roumanie et l'Albanie, je crois bien m'être rendu dans tous les pays d'Europe. J'ai passé de longues périodes de ma vie en Allemagne, l'équivalent de deux ans en Italie, de multiples voyages en Grèce. Je parle français, allemand (langue à laquelle je voue depuis tout petit une véritable passion), je lis le grec ancien et le latin, je veux parler un jour à fond l'italien: où diable serions-nous anti-Européens ?



Simplement, pour ceux qui partagent mes convictions par rapport à l'Union européenne - j'ai cru percevoir que nous étions quelques-uns dans le pays - c'est cette Europe-là dont nous ne voulons pas. Cette machinerie. Cette structure. Assurément, elle a eu son sens dans les années cinquante, lorsqu'il s'agissait d'établir la paix après les horreurs des deux Guerres mondiales, et puis aussi se ravitailler, se chauffer avec le charbon du pays voisin. Cette Communauté-là, celle de Schumann, de Gasperi, Adenauer, était profondément porteuse de sens. Sur les décombres, elle proposait une renaissance.



Mais aujourd'hui, quid ? La structure n'écoute plus les peuples. Elle ne veut simplement pas les entendre. Elle n'affiche que fermeture sur soi, arrogance, insolence. Elle est devenue, comme dans les nouvelles de Kafka, ou certains de ses Récits épars (Sämtliche Erzählungen) les plus éblouissants, une forme de mécanique sur soi-même recroquevillée. Vit-elle encore ? Sait-elle qu'elle se meurt ? Perçoit-elle les multiplications malsaines, et finalement fatales, dans le corps même de son tissu ?



Nous, ceux des Suisses qui nous proclamons sceptiques face à cette construction en perte de son propre sens, n'avons rien d'anti-Européen. Les peuples de ce continent sont nos amis. Nous ne sommes en guerre avec aucun d'entre eux. Nous en respectons les Histoires, les cultures, nous en aimons passionnément les musiques, de Grieg à Sibelius, de Dvorak à Bela Bartok, de Debussy à Britten, de Xenakis à Stockhausen.



Nous sommes Européens, jusqu'au tréfonds de notre moelle. Ce que nous refusons, c'est une structure bureaucratique. Ca n'est en aucun cas l'idée européenne. Parce que cette Machine-là, à Bruxelles, ne détient en aucun cas le monopole de l'identité européenne. Tout au plus peut-elle aspirer à la possession perdue de son propre mode d'emploi. A l'époque du charbon et de l'acier. Lorsqu'il fallait réinventer la vie. Sur les décombres.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Les procureurs de la 25ème heure

 

Sur le vif - Vendredi 28.02.14 - 16.41h

 

Ces actions pénales et ces perquisitions, de la part de la Suisse, qui n'interviennent qu'une fois les chefs d'Etat tombés. Avoirs bloqués, procureur, fils de procureur amateur de romans russes illisibles des années 90, pub de Parquet, lustrée, scintillante, tout cela APRÈS.



Si vraiment l'ex-homme fort de Kiev avait des choses à se reprocher par rapport à des avoirs dans notre pays, ce que je conçois volontiers, pourquoi ces valeureux procureurs ne s'en sont-ils pas inquiétés AVANT ? Lorsque les oligarques étaient au pouvoir.



En Suisse, c'est toujours la même chose. La Justice attend qu'un chef d'Etat étranger soit à terre, en exil, lâché par tous, pour bien l'écrabouiller, "bloquer ses avoirs", titrer des communiqués sur "le clan Untel". Lorsqu'il était au pouvoir, l'ancien homme fort ukrainien, on avait le courage de dire "le clan Ianoukovitch"? Dès qu'il gît à terre, on se découvre de si tardives flammes d'insolence, dans la terminologie.



Cela donne une image de suivisme et de traîne. Cela ne sert ni la Justice, ni la Suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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27/02/2014

Avocats, défendez les droits des détenus !

 

Sur le vif - Jeudi 27.02.14 - 14.06h

 

Dans les affaires liées à Champ-Dollon, une chose me frappe. Que l'actuel Procureur général défende une politique hyper-sécuritaire, je puis le concevoir, et c'est ma foi dans son rôle. Que le magistrat en charge de la sécurité tienne un discours similaire, OK aussi. Que les autorités pénitentiaires, les syndicats de police, soient sur le même registre, normal encore.


Mais les avocats ! Ces élus de droite, PLR par exemple, qui sont en même temps avocats, et qui viennent nous laisser entendre, en pestant contre la décision du TF, que les conditions inacceptables de détention à Champ-Dollon, notamment pour les détenus en préventive, ne seraient au fond pas si graves. Là, il y a un problème. Parce que ces Messieurs sont avocats. Et moi, si j'avais été avocat (j'y ai pensé, un temps, mais ma passion pour la littérature allemande l'a emporté), je n'aurais eu de cesse de défendre les accusés, voire les condamnés dont je continue à suivre le dossier. En tout cas, les droits des détenus. Ca n 'est pas très populaire dans l'opinion publique, mais c'est comme ça.



Parce que cette posture défensive, si l'avocat ne la prend pas, qui diable le fera ? Ni le procureur, ni les juges, ni la partie civile, ni le ministre de la sécurité, ni l'opinion publique (très conservatrice sur ces choses-là), ni les responsables d'exécution de peine, qui font leur boulot du mieux qu'ils peuvent, et auxquels il convient de rendre hommage.

 


Alors, ces avocats de droite, qui sont en même temps députés, et qui se rallient (pas tous, bien sûr) à un discours anti-détenus, y compris anti-détenus en préventive, je ne les comprends pas. Et je crains qu'absorbés par leurs affinités politiques, voire leur carrière, ils ne soient devenus davantage hommes de partis qu'avocats. Surtout ne pas se brouiller avec M. Jornot, PLR. Surtout ne pas se brouiller avec M. Maudet, PLR. Comme si toutes les casquettes, toutes les fonctions, dans l'ordre de la justice, étaient appelées à se confondre. Et, surtout, à se subordonner à l'appartenance partisane, voire de caste.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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26/02/2014

Me Bayenet mérite qu'on l'écoute

 

Sur le vif - Mercredi 26.02.14 - 10.56h

 

Désolé si je déplais ici à nombre de mes amis lecteurs traditionnels, mais j'affirme et répète (je l'ai déjà écrit dans GHI) que la candidature de Me Pierre Bayenet au poste de Procureur général mérite d'être prise en compte, écoutée, retenue. Il y a chez cet homme des accents de vérité. Et, désolé encore, mais il y a un sacré courage. Venir, à contre-courant d'une opinion publique ultra-sécuritaire, nous parler des conditions de vie des détenus, de la détresse de certains d'entre eux, toutes choses que la masse des gens ne veulent simplement pas entendre, relève d'une verticalité solitaire qui mérite le respect. Cette détresse, augmentée par une incroyable exiguïté, existe bel et bien. Et les détenus, jusqu'à nouvel ordre, sont des êtres humains. On les enferme pour protéger la société, soit. Mais pas pour qu'ils pourrissent les uns sur les autres.



Pour ma part, je voterai Jornot. Parce que l'actuel Procureur me paraît excellent en tous points, tout comme je l'admirais déjà comme politicien. Mais je suis sensible aux accents de Me Bayenet. La démocratie, c'est avoir à choisir entre des pôles antagonistes. Tout au moins, des visions différentes. Sinon, autant reconduire tacitement les mêmes, éternellement recommencés. Tout comme, sous l'Ancien Régime, on accédait à des fonctions par la seule transmission d'une robe, le seul droit du sang, les seules vertus de la caste. Cela n'est pas ma conception de la démocratie. Encore moins, ma conception de la République, qui prend ses racines dans le legs de la Révolution française, dans la meilleure période de cette dernière, celle des progrès du droit et de l'universalité des valeurs.

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/02/2014

En mai, les peuples d'Europe parleront

 

Sur le vif - Mardi 25.02.14 - 09.01h

 

Dans un excellent papier publié par le Temps ce matin, le conseiller national Olivier Feller (PLR, VD) mentionne ce sondage selon lequel 61,8% des Allemands, 69,7% des Français et 77,5% des Britanniques voudraient limiter l'immigration dans leur pays.



Ils en ont parfaitement le droit. Tout pays a le droit de contrôler ses flux migratoires, s'il le juge nécessaire. Il n'y a là rien de scélérat, rien de "xénophobe".



Seulement, ces peuples-là, on ne leur demande pas leur avis. Parce que leur système n'a pas les instruments de démocratie directe dont nous disposons, en Suisse.



Leur avis sur la libre circulation imposée dogmatiquement et sur la supranationalité de Bruxelles, ils le donneront néanmoins. En mai prochain. Aux élections européennes.

 

Et dès le lendemain, on dira dans nos bons médias que ces peuples ont mal voté.

 

Pascal Décaillet

 

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24/02/2014

La Weltwoche, espèce rare, au fond des mers

 

Sur le vif - Lundi 24.02.14 - 10.12h

 

Tellement révélateur, ce moment des Matinales RSR, tout à l'heure. L'invité: Étienne Jornod, président du conseil d'administration de la NZZ. Le meneur: "La Weltwoche, qu'on taxe souvent de démagogique, pour vous elle a du bon ?".



Que fait le journaliste ? Il demande au grand patron d'un journal radical ce qu'il pense d'un journal conservateur, ou proche de l'UDC, comme on voudra. Il demande au big boss du plus puissant vecteur - et assurément le plus brillant - de la philosophie politique et économique du Freisinn, en Suisse, ce qu'il pense du vecteur d'une autre philosophie politique. Concurrente de la sienne.



Évidemment que l'invité n'allait pas idéologiquement en dire du bien.



Il s'est juste contenté de rappeler la haute tenue de la Weltwoche. Et fut assez bon seigneur pour lui concéder le droit à l'existence, au nom de la "diversité". Comme s'il parlait d'une espèce très rare de poisson marin.



Révélateur, oui. La NZZ et la Weltwoche sont les deux meilleurs journaux, aujourd'hui, dans la presse alémanique. L'un, prestigieux bicentenaire, est quotidien et radical. L'autre est hebdomadaire et proche de l'UDC. Mais le meneur de la tranche RSR, il ne peut pas s'empêcher, s'il évoque la Weltwoche, d'en péjorer l'image en parlant de "démagogie". En revanche, s'il évoque la NZZ, ou le Temps, il n'associe aucune étiquette péjorative.



Il y aurait donc des journaux "normaux", ayant naturellement pignon sur rue et droit à l'existence. Et des journaux parias, parce que "démagogiques", dérangeants.



Révélateur, oui. Parce que le meneur de la tranche dévoile toute la pensée dominante de M. de Weck: l'idéologie qu'on agrée, et celle que l'on rejette. Poisson rare. Mais pourvu qu'il demeure au fond des mers.

 

Pascal Décaillet

 

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"Emotionnel" : le mot si facile des perdants

 

Sur le vif - Lundi 24.02.14 - 08.58h

 

J'en ai assez d'entendre dire - par les perdants - que le scrutin du 9 février était "émotionnel". C'est scandaleusement faux. Le texte de l'initiative était sobre, clair, factuel. Il évoquait un contrôle et une régulation des flux migratoires. Rien d'autre.


Si on était pour, on votait oui. Si on était contre, on votait non. C'était parfaitement rationnel. L'étranger, l'Autre, l’altérite au sens philosophique ne s'y trouvaient ni qualifiés, ni disqualifiés. Une majorité a voté pour. Parce qu'elle estime, exactement comme le stipule le texte, qu'il est préférable pour l'intérêt supérieur du pays, de son corps social, de réguler les flux migratoires. Rien d'émotionnel. Juste une décision du souverain pour l'avenir de la collectivité suisse.



Le mot "émotionnel" est l'argument désespéré de perdants qui ne savent plus quoi inventer pour justifier leur campagne catastrophique, déléguée à des "milieux de l'économie" dont la pauvreté de discours était flagrante, et finalement leur défaite.



Je suggère aux partisans du oui, dans les débats, de ne plus jamais laisser passer ce mot, "émotionnel", sans contraindre, par le jeu de la rhétorique et de la maïeutique, celui qui le prononce à s'expliquer avec exemples, images et illustrations. L'acculer. Jusque dans les ultimes retranchements d'une sémantique par lui-même tentée. La plus puissante posture, dans une discussion contradictoire, est de brandir à l'adversaire le miroir de ses propres mots. Le reflet de ses maux.


Parce que juste jongler avec des vocables, comme des torches dans la nuit, c'est trop facile.

 

Pascal Décaillet

 

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23/02/2014

La vie en rose

 

Sur le vif - Dimanche 23.02.14 - 10.53h

 

En peinture comme en journalisme, il y a les modes et les courants. Depuis le 9 février, nos éditorialistes de Suisse romande, ceux-là même qui avaient si passionnément prôné le non, sont dans leur période rose. Passage obligé sur le chevalet de l'artiste: le panégyrique de Didier Burkhalter. Pas un mot sur l'échec de six semaines d'une campagne lancée à grand fracas le jour de l'an, pétaradante de dollars, et finalement fracassée contre la volonté du souverain. Non, pas un mot.



En revanche, dire et redire, à n'en plus finir et se copiant les uns les autres, à quel point nous assistons à l'éclosion d'un "homme d'Etat". L'échec, comme chrysalide. Et le Transfiguré, papillonnant dans les chancelleries d'Europe pour sauver notre pays. Il y aurait donc une vie après la mort, de lumineuses statues de la Renaissance, Didier Imperator, toge romaine, licteurs. On imagine un bronze, Musée du Vatican, porte ouverte sur les jardins ensoleillés, chant d'une mésange.



Je ne serais pas complet si je ne confessais ici avoir fait exactement la même chose, il y a 22 ans, avec Jean-Pascal Delamuraz. Sitôt l'échec du 6 décembre 1992, je fais partie de ceux qui ont culbuté le réel en idéalisant le vaincu. Et je l'ai fait jusqu'à sa mort, en 1998, et au-delà de sa mort.



Je dirais simplement que Delamuraz n'était pas Burkhalter. L'un des deux me faisait rêver. La  vie est courte, on tente de choisir ses songes. Même si c'est sans doute le contraire. Bon dimanche à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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22/02/2014

Il est vivant !

 

Sur le vif - Samedi 22.02.14 - 19.44h

 

Il faut d'urgence créer en Suisse romande un nouveau journal.



Entendez par "journal" non pas le simple vecteur papier que nous avons tous connu, et Dieu sait si nous le chérissons. J'en ai encore des tonnes, dans toutes mes caves. J'ai vraiment entamé cette collection dans les jours qui ont suivi la mort de Charles de Gaulle, le 9 novembre 1970. J'avais un peu plus de douze ans. Toute ma vie, j'aurais voulu avoir écrit le papier de Jean Cau, dans Paris Match, sur la journée des funérailles. Oui, ma passion du journalisme est née d'une oraison funèbre, se terminant par ces trois mots: "Il est vivant". Oui, c'est christique. Oui, c'est pascal. On ne se refait pas.



Non, plus seulement le papier. Il faut aujourd'hui une appréhension plus large.



Petite équipe, visionnaire et passionnément travailleuse. Au tréfonds de son âme, la "journaliste attitude", qui est d'abord de dimension passionnelle, je dirais presque sacrificielle, mais aussi de jouissance à l'ouvrage. Je ne suis pas loin de penser qu'on entre en journalisme comme en religion. Non dans l'aspect métaphysique de cette dernière, mais dans l'horlogère précision de sa liturgie. D'abord, on apprend à calibrer. Un papier, un son, une image. On apprend à écrire, ou à parler dans un micro. Après, on discute.



Laudes, matines, vêpres, il y a des prières du matin comme des journaux de l'aube, des recueillements du crépuscule comme des journaux du soir.



Ensuite, de multiples supports, totalement adaptés à la modernité, et même la précédant. Surtout, fureur d'écrire, ou de radiophoner, ou de téléviser, ou de bloguer, ou de tout ce qu'on voudra. Pourvu que cela, aimé ou haï, procède d'un angle, d'un courage, d'une solitude assumée, d'une originalité d'approche. Que l'écrit fleure la belle ouvrage, que le micro s'offre à des voix qui ont des choses à dire. Que les gens nous détestent, nous ne sommes pas là pour être aimés !



Aucune concession. Jamais de cocktail. Juste la constante, la révolutionnaire réinvention du métier. Jamais acquis. Toujours recommencé.


Le métier appartient à celui qui le pratique. La prière, à celui qui prie. Le micro, à celui qui en a passionnément envie. La puissance de solitude, à celui qui veut bien la tenter.

 

Pascal Décaillet

 

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19/02/2014

L'étouffante politique éditoriale du Temps

 

Sur le vif - Mercredi 19.02.14 - 10.47h

 

"La faillite du modèle suisse": ahurissant papier de François Cherix dans le Temps. La Suisse, Monsieur le Mage aux douze Étoiles, se porte fort bien, et sa démocratie directe, le dimanche 9 février, a tout simplement fonctionné. Un système de consultation du peuple que tous nos voisins nous envient, tant ils en sont, eux, privés. On apprécie ou non le résultat, pour ma part je respecte votre tristesse, mais de quel droit venez-vous nous parler de faillite d'un modèle ? Il ne s'est jamais aussi bien porté, le modèle, et les peuples qui nous entourent aimeraient tant s'en rapprocher un peu. Les peuples, M. Cherix, pas les technocrates cooptés de Bruxelles !



Je vous propose, M. Cherix, de nous donner rendez-vous aux élections européennes de mai prochain. Nous verrons, ce dimanche-là, quelle construction technocratique a échoué, quel "modèle" est en faillite, quels résultats feront les euro-turbos, par rapport aux partis qui veulent rendre la parole aux peuples des différentes nations de l'UE. Oui, ce dimanche de mai, rétrospectivement, le vote de la Suisse, trois mois plutôt, pourrait bien apparaître, non comme l'insularité bizarroïde que vous voulez nous faire croire, mais comme le signal prémonitoire d'un petit peuple à ses voisins. Le signal d'un printemps démocratique, en Europe.



Vous parlez de "faillite du modèle" pour la seule raison que vous avez perdu. Vous eussiez gagné, même de très peu, vous eussiez immédiatement titré sur "la sagesse d'un peuple qui ne s'en laisse pas conter".



Depuis le 9 février, le Temps multiplie les textes de pleurnicheries et d'annonces d'Apocalypse. Il convoque tout le ban et l'arrière-ban des opposants à l'initiative, qui n'arrivent pas prendre acte - oui, simplement prendre acte - de la décision du 9 février. Ce jour-là, avec une bonne participation, le peuple et les cantons, sur la base d'une brochure parfaitement claire, ont pris leur décision en totale connaissance de cause. Ils veulent une régulation (pas un arrêt, une RE-GU-LA-TION !) des flux migratoires. Il s'agit maintenant de l'appliquer.



Quant à la politique éditoriale du Temps, caricaturale, elle confirme l'impérieuse nécessité de l'avènement, en Suisse romande, d'un espace médiatique - journal papier, site internet, radio, TV, ou plutôt le tout à la fois, cela reste à inventer - capable de porter une autre sensibilité. Parce que là, entre le Temps, la RTS, Ringier et Tamedia, nous sommes sous la dictature d'une pensée unique, étouffante.

 

Pascal Décaillet

 

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15/02/2014

Gauchebdo : le courage et la classe

 

Sur le vif - Samedi 15.0214 - 17.41h

 

Une fois de plus, au milieu de nos journaux romands du week-end (je dis bien romands, car rien n'égale le Cahier littéraire de la NZZ), c'est l'hebdomadaire Gauchebdo qui, en qualité, en audace de sujets et d'angles, en originalité, fait la différence.


Tous les samedis en début d'après-midi, je lis Gauchebdo, successeur de la Voix Ouvrière, fondée en 1944. L'exemplaire no 7, daté d'aujourd'hui, est tellement bon que je l'ai lu intégralement. J'en retiens deux articles.



D'abord, le papier de une: "Une coupable béatitude de la gauche". "En portant des valeurs d'ouverture sans leur donner de réel contenu social, la gauche a conduit à ce qu'une partie des couches les plus exposées aux effets de la mondialisation marchande cherche une réponse chez les xénophobes". Une terminologie que je ne partage certes pas, vous le savez pour me lire depuis longtemps, mais sur le fond, l'analyse est exacte, et rejoint ce que j'ai pu écrire, ici, de la gauche bobo face à la gauche réaliste. La rédaction de Gauchebdo fait manifestement partie de la seconde catégorie. Iront-ils, eux, enquêter du côté des Avanchets ou de Châtelaine, ce que nul n'a encore fait ?



Et puis surtout, en page 5, ne pas manquer le papier d'Anthony Crézégut, intitulé "L'islamisme bosnien, de la collaboration nazie au néolibéralisme". L'Histoire, enfin établie en français, du SDA. le parti au pouvoir, qui se confond avec celle de son fondateur, un homme que l'Occident a aidé et admiré pendant les années 1990: Alija Izetbegovic.



La vraie Histoire d'Izetbegovic, vous la connaissez ? Pour ma part, j'avais la chance de la connaître il y a vingt ans déjà, me passionnant pour les guerres balkaniques, et cherchant à les comprendre par un autre prisme que celui de la morale forgée par l'OTAN et les bonnes consciences parisiennes en chemise blanche. Sait-on ce que fut le rôle des Jeunes Musulmans bosniaques, en lien avec les Oustachis croates d'Ante Pavelic, dès 1941, pour chasser les partisans yougoslaves ? Nous rappelait-on beaucoup, il y a vingt ans, qu'Izetbegovic avait été condamné à trois ans de prison pour Collaboration à la Libération ? Tout cela, le papier de Gauchebdo le rappelle. Si l'Histoire des Balkans vous intéresse, au-delà de la superficie et des incroyables manipulations médiatiques et idéologiques des années 1990, il faut lire cet article.


Et j'ajoute: si vous aimez les plumes libres, il faut lire Gauchebdo. Le journal, ils le font debout, fiers, raides, droits dans leurs bottes. Ils sont l'antithèse des bobos aimables. Ils sont anglés, positionnés, audacieux, transgressifs. Moi qui ne suis absolument pas de leur bord, je les reconnais comme des frères dans l'ordre de l'écriture et du journalisme.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le Matin d'avant-hier vous adresse son salut

 

Sur le vif - Samedi 15.02.14 - 10.44h

 

Exceptionnelle, la rapidité journalistique du Matin. Il donne la parole aux partisans du oui à l'initiative de......  dimanche dernier !



On eût pu, dans un accès de folie, imaginer qu'il la leur donnât un peu, même par dose infinitésimale, AVANT la votation. Et non six jours après.



Seulement voilà, AVANT la votation, il ne fallait surtout pas se brouiller avec la doxa, la chape de plomb, de toute la presse romande, qui était de prôner le non, hurler le non, surtout ne pas faire mine d'entendre le murmure du oui. Ne pas se brouiller avec son groupe de presse, ses annonceurs.



Lundi encore, lendemain du verdict, ce journal tombé au plus bas titrait sur "la honte d'être suisse".



Et maintenant, pitoyablement à la traîne, la majorité ayant tranché pour le oui, le Matin commence à s'intéresser aux raisons du oui.



Peut-être, d'ici dix mille ans, iront-ils faire un tour du côté de Châtelaine et des Avanchets. Avec lampe frontale. Et GPS.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/02/2014

Alors chérie, on revote ?

 

Sur le vif - Jeudi 13.02.14 - 17.34h

 

Depuis dimanche soir, ils auront tout essayé. Brassé tant de vent que les éoliennes des Services industriels, en comparaison, se meurent d’anémie. Traité les vainqueurs de demeurés, de reculés, de campagnards obtus et replié. Fait fleurir le champ des motions et des résolutions. Ils nous auront tenu des jours durant le pistolet sur la tempe, à cause des « rétorsions européennes ». Tellement obnubilés par Bruxelles qu’ils en ont oublié d’aller faire un tour du côté des Avanchets et de Châtelaine, quartiers populaires de Vernier (GE) qui, l’un et l’autre, ont voté oui.

 

Mais les raisons du oui ne les intéressent pas. Ce oui, ils se refusent à l’entendre, simplement en prendre acte. Pour eux, ceux qui ont dit oui voulaient en fait dire non, ou auraient dû le faire. Ils n’auraient approuvé le texte que par cécité, la nuit de l’instinct. Alors qu’eux, les partisans du non, représentent la Lumière.

 

Depuis dimanche, ils gesticulent en plein déni. Alors, comme ce verdict, dans leur tête, ne peut relever que de l’erreur, il leur est venu la même idée qu’en France, au lendemain du référendum du printemps 2005 sur le Traité européen : il faudrait revoter !

 

Revoter. Puisque le peuple citoyen est stupide, et n’a pas compris les véritables enjeux (ndlr alors que la brochure était parfaitement claire, factuelle, et pour une fois très compréhensible), ce peuple, nous allons l’éduquer. D’ici un an, redressé sur le Chemin de Lumière, il votera dans la bonne direction. Pas belle, la vie ?

 

On imagine une scène de rupture, entre amants. Elle lui dit « Je te quitte ». Il ne veut pas refaire la chanson de Brel, il blêmit, perd ses mots. Il lui dit juste « Revotons ». Parce qu’il y a toujours, quelque part, l’idée qu’on pourrait recommencer la vie. Mais le dépit amoureux a ses lois, et le déni citoyen a les siennes. Dans tous les cas, on navigue sur quelque fleuve d’Enfer. Des eaux de feu. Si belles. Mais si loin du réel.

 

Pascal Décaillet

 

17:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (29) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/02/2014

Le PLR en enfant boudeur

 

Sur le vif - Mercredi 12.02.14 - 17.20h

 

Depuis dimanche soir, le PLR a totalement perdu les pédales. Il dérive, privé de toute boussole, ne trouvant plus les mots à la hauteur, ou tout au moins à la mesure, de la nouvelle donne que vit le pays depuis le verdict du peuple et des cantons sur l’initiative de l’UDC. Cette détresse morale d’un parti dont l’une des deux composantes a construit le pays a de quoi nous inquiéter.

 

D’abord, le déni. Nombre de personnalités du PLR suisse, à commencer par le président de la Confédération et celui du parti, ne parviennent pas à prendre acte du nouveau visage de la Suisse. Dimanche, ils ont été désavoués, ils se refusent à l’entendre. Ici, le Président refuse, contre tous les usages du Palais fédéral, de répondre en allemand – langue qu’il parle fort bien – à un journaliste alémanique. Là, Philipp Müller, président du PLR, joue l’enfant boudeur en exigeant que l’UDC seul trouve les solutions pour la mise en application de l’initiative.

 

Monsieur Müller, ça n’est pas à l’UDC de trouver des solutions. C’est au Conseil fédéral d’appliquer sans rechigner, ni jouer au plus malin en contournant la décision, la volonté populaire. Cela, c’est notre ordre institutionnel, vous le connaissez parfaitement.

 

Tout aussi surréaliste, la demander de n’appliquer le verdict populaire que dans les cantons qui auraient voté oui. En voilà, une belle conception de la Suisse ! En voilà, une belle connaissance du système voulu par les pères fondateurs de 1848 ! Qu’il y ait, de façon négociée avec les cantons, des applications différenciées, c’est l’évidence. Mais laisser entendre que certains des 26 cantons de notre Confédération pourraient échapper à une décision du souverain, c’est partir à la dérive.

 

Dans PLR, il y a « radicaux ». Mon admiration pour ce mouvement de pensée qui a fait la Suisse demeure intacte. Puisse-t-il, avec le sens des responsabilités dont il se réclame lui-même, accepter sa défaite de dimanche. Et jouer son rôle, pleinement, avec les autres partis, pour continuer à construire ensemble notre destin national. Le rôle d’enfant boudeur ne lui va pas.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Didier Burkhalter, roi des mauvais perdants

 

Sur le vif - Mercredi 12.02.14 - 09.54h

 

La Tribune de Genève, le Temps et la Pravda RTS n'ont toujours rien compris. Non seulement ils ont fait éhontément, avec un déséquilibre jamais atteint, la campagne du non, mais sont incapables de saisir le sens profond du signal donné dimanche par le peuple et les cantons. Ils ne cessent de nous balancer de façon revancharde et martelée, à la une ou en ouverture d'émissions, les "menaces" de la Machine européenne. "Bruxelles ne bluffe pas", ils vont couper l'électricité, "la Panne" (titre dürrenmattien) nous guette, etc. Sans la Lumière européenne, la Suisse s'en retournerait à la nuit des origines.


Cette manière de punir l'électeur-lecteur d'avoir mal voté, et de bien lui montrer, comme une maîtresse d'école, les conséquences de son acte, est proprement insupportable. La nouvelle de dimanche, c'est que le peuple et les cantons suisses, souverains, ont pris une décision que le Conseil fédéral (et non l'UDC, pour faire référence à la dernière infantilité de mauvais perdant du PLR) a pour mission d'appliquer. De façon conforme à la volonté populaire, et sans la tripatouiller.



Quant au président de la Confédération, son rôle est d'incarner l'unité du pays, et non de mettre en scène, devant un journaliste alémanique qui fait son boulot, une improbable défense ethnique de l'identité romande. Il est le président de tous les Suisses, de ceux qui ont voté oui comme de ceux qui ont voté non. Cette rebuffade de M. Burkhalter, hier, à simples fins démonstratives, n'est tout simplement pas digne de sa fonction. Et dévoile, derrière l'apparence de celui qu'on pouvait encore prendre pour un gentleman, la réalité de son caractère: celle d'un mauvais perdant.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/02/2014

46 ans qu'il m'exaspère

 

Sur le vif - Mardi 11.02.14 - 10.10h

 

En mai, cela fera 46 ans qu'il m'exaspère. J'allais sur mes dix ans, je finissais l'Ecole primaire, j'adorais déjà la France et son Histoire, et j'éprouvais, sans évidemment en comprendre encore le détail, une immense admiration pour Charles de Gaulle. Oui, en mai 1968, parfaitement au courant grâce aux radios de ce qui se passait en France, je n'avais pas la moindre sympathie pour le mouvement de mes aînés. Très franchement, je ne comprenais pas ce qu'ils foutaient dans la rue.


J'aimais cette société des années soixante, celle de mon enfance heureuse, et ne comprenais pas (à tort ou à raison) pourquoi il faudrait impérativement la changer. Je sentais chez de Gaulle un immense souffle, qu'une vie entière de lecture sur la vie et l’œuvre de cet homme d'exception, plus tard, ne fera qu'augmenter. Bref, à dix ans déjà, M. Daniel Cohn-Bendit ne faisait pas partie de mes héros. Pour user d'un euphémisme.


Hier soir à la RSR, ce sentiment de rejet de ma part a eu droit à une dix millième confirmation. L'arrogance, la superbe, ce côté coq histrion, provocateur à la voix aiguë, méprisant totalement la décision souveraine d'un peuple libre. Le libertaire Cohn-Bendit n'a toujours éprouvé qu'un mépris d'enfant gâté face au souverain. Soit lorsqu'il s'agissait d'un homme seul, l'un des plus grands de l'Histoire de France, libérateur un quart de siècle plus tôt, décolonisateur, père d'une nouvelle République, l'homme qui avait donné en 1945 le droit de vote aux femmes. Soit lorsque ce souverain prend la forme d'un petit peuple au centre de l'Europe, profondément démocratique, qui entend façonner librement son destin.


Libertaire, Daniel Cohn-Bendit n'aime pas l'échelon de la nation. Ni celui de la République. Il se meut dans les méandres de l'Empire. Où il sautille, depuis des décennies. Merci aux commentateurs de m'épargner les remarques sur ses options privées, je n'aborde jamais cela et n'entends pas le faire ici. Ce qui me sépare de lui, malgré sa vive intelligence, c'est le rapport à la République, le rapport à l'Etat. Depuis 46 ans, les lignes de fracture n'ont absolument pas changé. Je respecte l'homme, mais il est sans doute celui dont la représentation du monde politique est la plus éloignée de la mienne. Nous ne sommes absolument pas dans une césure gauche-droite (Mendès France, Mitterrand, Willy Brandt, Olof Palme font partie des gens que j'admire immensément, et en Suisse Tschudi, Chavanne, etc.), mais dans un affrontement entre la République et le champ des semences libertaires.

 

M. Cohn-Bendit était-il vraiment, au lendemain du scrutin historique du peuple suisse, oui au lendemain de ce signal jailli du tréfonds de notre pays, la première urgence d'interview à réaliser ? En la faisant quand même, cette interview, quel signal donne-t-on à la majorité qui venait de s'exprimer ? Et, au-delà du seul camp des vainqueurs, aux citoyens libres et fiers de notre pays ? Quel signal, si ce n'est celui de l'obédience face à ceux qui sautillent dans l'Empire, dans le plus parfait mépris de la voix des peuples.

 

Pascal Décaillet

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10/02/2014

Pierre Veya : virons les vainqueurs !

 

Sur le vif - Lundi 10.02.14 - 00.27h

 

De tous les éditos à paraître ce lundi matin dans vos journaux, celui de Pierre Veya pulvérise tous les records dans l’art du mauvais perdant. Fidèle à la ligne de son journal pendant toute la campagne, qui fut d’obédience totale aux puissances patronales, à M. Burkhalter et au pouvoir en place, le rédacteur en chef du Temps n’a d’autre souci, d’autre urgence, que d’instruire le procès du vainqueur. Le message tient en une phrase : « Ils ont gagné, donc il faut les virer ».

 

Sur le signal tellurique donné par la Suisse profonde, le désaveu cinglant des élites, le soufflet à un Conseil fédéral et un président de la Confédération qui ont jeté toutes leurs forces dans la bataille, pas un mot. Aucune tentative de comprendre le pourquoi de ce oui jailli des entrailles d’une communauté humaine que personne, jusque-là, n’a daigné écouter. Non. La seule leçon que l’éditorialiste, du haut de sa superbe, estime pouvoir tirer de ce signal, c’est qu’il faut virer l’UDC de toute association à des responsabilités en Suisse. Comme à l’automne 2007 : ce parti gagne les élections, comme jamais, donc un mois après, on vire son chef historique du Conseil fédéral. Logique, non ? Je vous laisse goûter la prose de Pierre Veya, à la une du Temps à paraître ce lundi :

 

« Cette situation est intolérable. L’UDC n’est plus un parti gouvernemental, mais d’opposition. Il doit être traité en tant que tel. Et en tout premier lieu par les milieux économiques, qui doivent cesser de faire alliance avec un partenaire qui viole l’essence même du libéralisme économique. Le système politique suisse est l’équivalent d’un mécanisme d’horlogerie fine; il ne peut supporter plus longtemps le double jeu d’un parti populiste qui fait fi des intérêts stratégiques de ce pays. Un nouvel équilibre politique est nécessaire. Avec cette initiative, l’UDC a franchi une ligne rouge. Ceux qui croient aux vertus du libre-échange doivent se rassembler et faire front contre une forme de national-protectionnisme qui nous mène dans une impasse. Le peuple a tranché, mais il n’a pas (toujours) raison ! ».

 

Détenteur d'une raison supérieure que le souverain ne comprend pas, Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, journal à vendre à qui voudra bien l’acheter, écrit noir sur blanc qu’il se contrefout de la décision souveraine du peuple et des cantons de ce pays. Il ne cherche en rien à scruter les causes profondes du scrutin. Pire : en appelant le grand patronat, celui qui stipendie son journal, à casser les liens avec le premier parti du pays, il confirme rétrospectivement le rôle joué par « les milieux économiques » pour aider les opposants. « Nous qui sommes du même monde », nous laisse-t-il entendre. Définitivement, il se place au service de l’oligarchie financière, en la pressant de surtout se détourner de ce parti qui a commis le péché mortel d’avoir avec lui le peuple de ce pays.

 

Le Temps nous livre ce lundi matin un éditorial totalement déconnecté du pays réel, d’une hallucinante arrogance. Ses amis apprécieront. Ça tombe bien : le Temps, paraît-il, a tant d’amis, qui lui veulent tant de bien.

 

 Pascal Décaillet

 

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