08/12/2013

Un petite pulsion censitaire, Monsieur le Bailli ?

 

Sur le vif - Dimanche 08.12.13  17.17h

 

Hallucinants, les propos tenus par le patron des patrons suisses, Valentin Vogt, dans le Sonntagsblick de ce matin. L’éminent bailli des puissances financières s’attaque frontalement à l’un de nos biens communs les plus précieux en Suisse : la démocratie directe. Cette possibilité, par initiative ou référendum, d’en appeler à l’ensemble de notre corps électoral (quelque quatre millions de citoyens) gêne et irrite le président de l’Union patronale suisse. Alors, M. Vogt imagine, comme ça, qu’on pourrait doubler le nombre de signatures nécessaires. Cela, pour lui, faciliterait la vie des parlementaires.

 

Faciliter la vie du Parlement ! Fantastique aveu d’une conception de la démocratie en vase clos, où le peuple est considéré comme un intrus. Alors qu’il en est, au même titre que le Parlement et le gouvernement, un organe, entendez au sens d’Aristote un outil. Et pas n’importe quel organe, puisqu’il est souverain, et prend les décisions finales, un beau dimanche, lorsqu’une loi votée par le Parlement a été attaquée par référendum, ou lorsqu’un groupe d’initiants, ayant réuni cent mille signatures, propose au souverain de modifier la Constitution.

 

Ces actes-là, Monsieur Vogt, Monsieur le Bailli du patronat, n’ont rien d’incongru : ils sont l’essence même, la vitalité même de notre démocratie. En les attaquant comme vous le faites, vous laissez planer sur le patronat suisse, et sur une certaine droite libérale en général, un parfum de suffrage censitaire, vous laissez perler comme une irritation de l’élite face à cet insupportable peuple qui se permet de venir défaire, tel Pénélope, les tricotages parlementaires. Alors, de grâce, allez jusqu’au bout de votre logique, M. Vogt, Monsieur le Bailli des possédants, avouez qu’elle vous emmerde, cette démocratie directe, elle vous dérange, vous grattouille, vous chatouille, parce qu’à vos suzeraines narines, elle empeste le fumier de ce qui vient d’en bas, et que vous n’avez jamais pu supporter.

 

Bien sûr, rien n’est tabou. On peut discuter de tout, y compris d’augmenter le nombre de signatures. Et si, ma foi, un groupe de citoyens le propose par initiative, récolte plus de cent mille signatures, et un beau dimanche obtient la double majorité du peuple et des cantons, eh bien nous l’appliquerons. Parce que nous, Monsieur le Bailli, nous sommes des démocrates. Nous prenons nos décisions à la majorité citoyenne. Et non dans une officine patronale. Nous, les citoyens, n’avons pas peur d’une décision prise par la majorité de vingt-six cantons et celle d’un corps électoral de plus de quatre millions de votants potentiels.

 

Ces acteurs-là de notre démocratie, peuple et cantons, ont construit depuis un siècle et demi, patiemment, au fil des décennies, le paysage législatif de notre pays tel qu’il est aujourd’hui. Il nous appartient à tous, il est notre bien commun. Le vôtre comme le nôtre, Monsieur Vogt, lorsque cessant d’être bailli vous redevenez citoyen, mon concitoyen. Avouez que c’est autrement plus beau que d’ôter son chapeau devant un suzerain.

 

Pascal Décaillet

 

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05/12/2013

Comparaison et déraison

 

Sur le vif - Jeudi 05.12.13 - 17.14h

 

Didier Burkhalter, un nouveau Delamuraz ? Mon confrère Alain Rebetez, Neuchâtelois précisons-le, a osé hier soir à la TSR une comparaison pour le moins hasardeuse. Jean-Pascal Delamuraz était un être de feu. Chaleur et lumière. Passion. Toute son âme, tout son être, en fusion. Son humour lacérait, transgressait, caressait, détonait, et finalement retentissait par la magie filante d’une syllabe finale. Il buvait la vie jusqu’à la lie, se détruisait lui-même, donnait au pays et à sa propre existence, comme Dom Juan au Commandeur, des rendez-vous de destin. Face au feu ! Il les perdait, il assumait. Il a perdu, il nous a quittés.

 

Tel était Jean-Pascal Delamuraz. Hors comparaison. Folie, profonde humanité, étincelante intelligence, noblesse de la déraison.

 

Pascal Décaillet

 

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04/12/2013

Les Verts libéraux osent - Bravo à eux !

 

Sur le vif - Mercredi 04.12.13 - 17.33h

 

En lançant, ce matin à Berne, leur initiative parlementaire permettant d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe, les Verts libéraux propulsent dans la place publique un débat qui a parfaitement lieu d’être. La France, notre voisin, grande démocratie de 60 millions d’habitants, l’a mené, avec grand fracas. Pourquoi la société suisse, qui lui est comparable, ne pourrait-elle pas l’entamer ? Et pourquoi un parti politique présent en plusieurs cantons, actif à Berne sous la Coupole fédérale, ne pourrait-il pas prendre l’initiative de le lancer ? Le rôle des partis n’est-il pas justement d’être en avance, sentir les grands soubresauts de notre société, proposer, anticiper plutôt que de se mettre à la remorque, ou subir ?

 

La Suisse est une démocratie. Si les deux textes des Verts libéraux passent la rampe, à l’issue d’un vaste débat de fond, la décision finale incombera au souverain. En France, la seule décision du Parlement, Assemblée Nationale et Sénat, a suffi pour imposer à la population l’une des plus importantes réformes de société de ces dernières décennies, disons qu’il faut remonter à Simone Veil, donc Giscard (1974-1981), pour trouver des points de comparaison. Oui, nous aurons des pour et nous aurons des contre. Et tout cela s’entremêlera et s’affrontera, dans la dialectique de la démocratie. Comment ne pas s’en féliciter ?

 

Pour ma part, je suis favorable au mariage pour tous. Et je sais qu’un nombre non-négligeable de mes compatriotes y seront opposés. Eh bien, discutons-en ! La vivacité d’une démocratie, c’est oser les sujets, à commencer par ceux qui dérangent. Du débat, nous n’avons rien à craindre. J’en profite pour saluer les Verts libéraux suisses. « Opportunisme d’un jeune parti pour se mettre en vue », relèvent les sceptiques. Je veux bien. Mais enfin, c’est de bonne guerre : tout lancement d’initiative, en Suisse, possède en lui une fonction de mise en valeur et d’appel à la notoriété du parti. Et ils ne manquent pas de courage, les Verts libéraux, parce qu’un échec, ou un flop, ou une liquéfaction dans le temps et d’improbables contre-projets, se retourneraient contre eux, ils le savent.

 

Citoyen de ce pays, j’apprécie que les partis prennent des initiatives. Qu’ils donnent au peuple des rendez-vous de destin. Ils peuvent gagner, et surtout beaucoup perdre. L’essence de la politique est action et combat, en fonction d’objectifs. Agir, plutôt que se regarder. Citoyen, oui, je remercie les Verts libéraux de lancer dans mon pays un débat d’importance. Nous aurons largement l’occasion d’y revenir.

 

Pascal Décaillet

 

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30/11/2013

MCG : la mortelle tentation de l'illisible

 

Sur le vif - Samedi 30.11.13 - 19.16h

 

Je scrute et décrypte les premiers signaux de la législature naissante. A chaque heure qui avance, je me dis davantage qu'elle ne sera décidément pas du tout tripolaire, comme nous pûmes le croire initialement, mais férocement bipolaire. Il y a une gauche. Il y a une droite. Les deux se sont radicalisées. La charnière centriste démocrate-chrétienne ne décide plus de rien, au Parlement, malgré ses deux ministres à l'exécutif, c'est l'un des paradoxes les plus salés de la nouvelle donne, jaillie des urnes cet automne.



Le vrai parti charnière, c'est le MCG. Sur le rôle qu'il jouera pendant ces 54 mois de législature, nul d'entre nous n'a la moindre idée, tant les premiers signaux sont illisibles et contradictoires. Par exemple, ne nous fions pas à l'apparence d'union sacrée en Commission des Finances, non ne nous y fions surtout pas avant d'avoir entendu, les 19 et 20 décembre, le rapport de majorité que nous prépare Eric Stauffer. Pour ma part, il ne m'est pas possible de voir cet homme, dans cette fonction de sage assis au milieu de l'assemblée, autrement que comme un contre-emploi.



En Commission des Finances, le MCG a joué double jeu. D'accord avec la droite sur les coupes et l'équilibre, mais d'accord aussi avec toutes les dépenses de la gauche. Non seulement ils ne tiendront pas 54 mois dans cette duplicité, mais je suis prêt à parier que les masques tomberont les 19 et 20 décembre, déjà. Les Finances sont l'un des domaines, en politique, où la clarté est la mieux récompensée, et le double jeu, le plus sévèrement puni. Dès avant Noël donc, ce nouveau groupe parlementaire de vingt personnes devra avoir des choix lisibles, fiables, reconnaissables, qui les engagent pour la législature. Il ne m'étonnerait pas que ce choix s'avère assez vite le retour à l'opposition gouvernementale. Que l'un des leurs, ex-PDC, soit au Conseil d'Etat, n'y changera rien, ou si peu. Dès lors, l'Entente pourrait bien se mettre à regarder avec beaucoup de respect et de politesse les membres du groupe UDC.


Or, au MCG, que se passe-t-il ? L'homme qui a su, discrètement mais avec talent, fédérer le parti, résister à ses ferments naturels de dispersion, et finalement le mener à la victoire, Roger Golay, va être nécessairement amené, vu ses nouvelles fonctions bernoises, à prendre du champ. Franchement dit, c'est le pire moment. Je le répète, les différents signaux donnés ces temps, notamment dans le domaine budgétaire, ne sont pas clairs. Je ne parlerai pas encore d'une incapacité à gérer la victoire, ou un groupe parlementaire trop encombrant, mais ce parti aurait intérêt, entre sa tentation de jouer les violents admirables, et celle, radicalement opposée, d'aller tâter le bourgeois dans les cocktails et sous les voûtes patriciennes, à proposer à l'opinion des choix clairs. Sans quoi, l'ombre du déclin pourrait poindre à l'horizon. Par défaut de stratégie. Par atermoiements. Le pire en politique: délivrer des messages brouillés. Ou des messages de brouille. Dans les deux cas, la Roche Tarpéienne se profile.

 

Pascal Décaillet

 

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Mobilité : foncez, M. Barthassat !

 

Sur le vif - Samedi 30.11.13 - 15.31h

 

J'ignore absolument si Luc Barthassat sera un bon ministre des Transports, seul l'avenir le dira. Mais une chose est sûre et certaine: Dieu que ses premiers propos font du bien ! Rien qu'à entendre. Rien qu'à l'oreille. Rien qu'à la paix de l'âme. Enfin, après l'empire voulu de l'immobilité, un conseiller d'Etat veut, AU SENS PROPRE, que ça bouge.



Et il le dit sans avoir consulté les apparatchiks de l'immobilité, toute cette nomenclature byzantine qui a fait absolument ce qu'elle voulait ces quatre dernières années. Dans ce secteur sinistré, il convient d'urgence de rétablir deux choses. La première, que tout le monde attend, est la primauté au flux, à la mobilité. La seconde est la primauté de la volonté politique sur l'autogestion des hauts-fonctionnaires. L'une n'ira pas sans l'autre.


Tels sont, politiquement, les défis de M. Barthassat à la mobilité. Point n'est besoin qu'il soit ingénieur lui-même pour y parvenir. "Bon sens", dit-il. Ca nous changera de la législature des sens uniques, du non-sens, du contresens et du sens dessus dessous.

 

Pascal Décaillet

 

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28/11/2013

Transparence : bravo, M. Hohl !

 

Sur le vif - Jeudi 28.11.13 - 10.28h

 

Président de la Commission des Finances du Grand Conseil, Frédéric Hohl a mille fois mieux compris la communication que la plupart de ses pairs. Plutôt que de se recroqueviller sur le concept (injustifié et de toute manière immédiatement éventé) de "secret de commission", qui est le sommet du Polichinelle, il communique. Sur le champ. De façon simple, claire, hiérarchisée. Conçue comme un article de presse.



Le communiqué de la Commission des Finances nous est parvenu cette nuit, à 01.54h. Il nous apprend que les commissaires, suite à leur séance-marathon d'hier, ont approuvé le projet de budget 2014, qui sera soumis au plénum une semaine avant Noël. Il nous indique où on a raboté, où on a rajouté (par exemple au SPMi, réputé sinistré). Tout cela, de façon transparente, utile à tous. Le contraire même de ces stupides postures de députés tout fiers de garder pour eux des décisions qu'ils prennent pourtant au nom du peuple, dans ce qu'ils estiment être l'intérêt de la population.



Ce "secret de commission", ça n'est pas par respect du règlement qu'il y tiennent tant. Mais par jouissance de former entre eux une caste. "Ensemble, nous les élus, nous l'élite, sommes au parfum d'importants secrets d'Etat que le bas peuple ignore, et n'a pas à connaître". Dévoiement de la démocratie ! Nous ne les avons pas élus pour cela. Pas élus pour qu'ils forment entre eux un club de silencieux qui savent. Mais pour qu'ils se battent, au grand jour et en assumant publiquement chacun de leurs actes, au service de la population. "Députés, défendez le peuple!": c'est justement le titre de mon papier principal, dans le GHI de cette semaine.

 

Pascal Décaillet

 

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27/11/2013

Une excellente répartition

 

Sur le vif - Mercredi 27.11.13 - 16.41h

 

A l’exception de la manifestation d’une crainte quant à l’avenir de l’École genevoise, je ne me suis jamais prononcé, ces dernières semaines, sur la répartition des Départements. Pour une raison simple : cette distribution est du ressort du nouveau Conseil d’Etat, non de celui des citoyens. Maintenant qu’elle est connue, je dirai avant toute chose ma satisfaction : à une ou deux bizarreries près (qui n’ont rien à voir avec les énormités de 2009), les compétences de chacun ont été respectées. On a l’impression, beaucoup plus qu’il y a quatre ans, d’avoir la bonne personne à la bonne place. Apparemment, l’équipe ne commet pas le péché originel de se construire sur les frustrations – ou le manque de courage – de certains de ses membres. Cette réussite est à saluer. J’ai souvent défini le Conseil d’Etat 2009-2013 comme l’un des moins bons de l’après-guerre. Ce premier signal donne l’impression d’un début de sortie de la spirale de l’inefficacité.

 

Ici, pas de revue de détail pointilliste. Disons simplement que la création d’un Département présidentiel est une bonne chose. Nous n’en dirons pas autant de ce rapprochement proprement ahurissant entre Sécurité et Économie, aussi amphigourique que Santé et Économie. Depuis Jean-Philippe Maitre, qui était un homme d’Etat, on ne sait à vrai dire plus trop que faire, en régime libéral, de ce Département de l’Economie, alors on le donne en susucre à un ministre de la Santé, pour tromper son ennui, et, beaucoup plus étonnant, à un ministre de la Police qui a déjà largement assez à faire comme cela. Volonté radicale de remettre un peu d’ordre régalien dans des domaines comme le Service du Commerce, réputé sinistré, ou sur celui de l’Inspection du travail et de la lutte contre la sous-enchère salariale, enjeu d’une votation fédérale amirale, celle du 9 février 2014 ?

 

Pour le reste, plusieurs bonnes nouvelles. Serge Dal Busco, poids lourd du nouveau collège et révélation de la campagne, a toutes les qualités pour faire un excellent ministre des Finances. Idem, Mauro Poggia qui hérite d’un Département rappelant les années Segond, autant dire les grandes années, avec un budget capital, réunissant l’Emploi, les Affaires sociales et la Santé. L’homme a une incomparable capacité de travail. Le moins qu’on puisse dire : il en aura besoin, et elle sera mise à rude épreuve.

 

Je ne m’étendrai pas sur les autres attributions, tout aussi bonnes, et n’ajouterai qu’un mot, pour Mme Emery-Torracinta : je ne cesse, depuis des mois, de demander que l’Ecole genevoise, qui est une belle et grande chose, soit dirigée par le représentant d’un parti « régalien », un parti d’Etat, avec une Histoire, une vraie, et dans son legs la trace de grands hommes, comme André Chavanne. Dans mon esprit, cela ne pouvait être que les radicaux (oui, pardonnez-moi, Murat, j’en suis encore, pour ce qui est à mes yeux vital, aux étiquettes d’antan) ou aux socialistes. Le nouveau Conseil d’Etat a choisi la seconde solution, avec une femme de valeur, de culture et de courage. Je ne puis que m’en féliciter. Surtout, cela écarte le spectre (qui m’a pas mal hanté) de la livraison du DIP à un élu de souche libertaire, ayant fait du jeunisme, de la réformette et de la mode l’essentiel de son blason. Bravo à Mme Emery-Torracinta. Et, en passant, chapeau à son époux, directeur d’école, qui accepte un renoncement.

 

En conclusion, je me sens de bien meilleure humeur qu’il y a quatre ans. Nouvelle équipe, structure cohérente, nouveau souffle. Bon vent à ce Conseil d’Etat. Puisse-t-il gouverner avec audace et sagesse, et surtout en tenant compte des signaux donnés par le souverain le 6 octobre, lors de l’élection du Parlement.

 

Pascal Décaillet

 

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26/11/2013

Présences totalement déplacées

 

Sur le vif - Mardi 26.11.13 - 13.06h

 

Le membre d'un Parlement - fût-il appelé "délibératif" - n'a pas à manifester devant l'enceinte d'un cénacle auquel il appartient. S'il veut changer le cours des choses, il doit le faire dans le chemin démocratique pour lequel il a été élu: tenter, de l'intérieur du cénacle, de renverser une majorité qui le contrarie.


Encore plus choquante: la présence, hier dans la manif, de quatre membres de l'exécutif de la Ville. La rue n'est pas leur place. Ils doivent tenter, de l'intérieur du système, de renverser une majorité législative qui les dérange.


Bref, pour être parfaitement clair, si syndicalistes, membres des commissions du personnel de la Ville, sympathisants de la société civile, etc, avaient parfaitement leur place hier après-midi devant l'Hôtel-de-Ville, les élus municipaux et exécutifs de la Ville ne l'avaient pas.

 

Pascal Décaillet

 

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25/11/2013

Journalistes au service du pouvoir

 

Sur le vif - Lundi 25.11.13 - 12.06h

 

C'est parti pour l'immense machine de propagande contre l'initiative de l'UDC "contre l'immigration de masse", soumise au peuple et aux cantons le 9 février 2014. Au moment où j'écris ces lignes, trois conseillers fédéraux sont en train de nous dire, à Berne, à quel point cette initiative est mauvaise. Cette conférence de presse, pour d'étranges raisons, est retransmise en direct sur le site de certains journaux, comme la Tribune de Genève. On en a fait autant lorsque l'UDC a lancé son initiative, ou même lorsqu'elle l'a déposée ?



Dans cette campagne, les initiants, on ne les entend quasiment jamais. Mais alors, l'armée des opposants, c'est à dire toute la classe politique, toute la Sainte Alliance des autres partis, le Conseil fédéral, la majorité des Chambres fédérales, bref le pouvoir en place, on n'entend qu'eux. Et cela va durer jusqu'au 9 février. Dans le "service public", ce sera avec l'altière bénédiction de Roger de Weck, l'homme qui a fait du combat contre l'UDC un enjeu personnel. Vous appelez cela "équilibre" ?

 

Pascal Décaillet

 

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Théologien ou géomètre ?

 
Sur le vif - Lundi 25.11.13 - 09.32h
 
 
Comme il fallait s'y attendre, Pierre Ruetschi se fend d'un édito pour nous dire à que point le corps électoral de la Ville (dont il n'est, à ma connaissance, pas membre, mais passons, chacun a bien le droit de se prononcer) a eu tort de voter l'initiative "Sauvons nos parcs au bord du lac".


Toujours la même rhétorique: le texte était mal ficelé, le titre trompeur; le citoyen, par nature idiot, n'y aurait vu que du vent, aurait été berné; d'ailleurs toute la classe politique était contre; etc, etc, etc.


Le prototype même de l'édito du mauvais perdant. Celui qui est toujours d'accord avec la majorité de la "classe politique", et, au lieu d'essayer de comprendre les signaux donnés par le peuple, cherche mille raisons de nous prouver à quel point, fondamentalement, le souverain s'est trompé. Parce qu'il serait détenteur, lui, au centre du triangle, oui au point de rencontre des médiatrices, d'une vérité incarnée ne dépendant pas du peuple. Mais du Bien.


Pierre Ruetschi aurait dû être géomètre. Ou théologien. Pour nous expliquer en trois point le dogme de la Trinité, il eût été parfait.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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24/11/2013

Oui, protégeons nos parcs !

 

Sur le vif -Dimanche 24.11.13 - 15.38h

 

A part Ensemble à Gauche et quelques mouvements, notamment du côté de la défense des aînés, toute la classe politique, en Ville de Genève, nous recommandait de rejeter l’initiative municipale « Sauvons nos parcs au bord du lac ! ». Il avait fait ricaner, ce texte, on l’avait méprisé, traité les initiants de vieux réacs de gauche, ou d’indécrottables conservateurs du patrimoine. Surtout, du côté des opposants, presque personne n’a fait campagne. Sans doute considérait-on la partie comme gagnée.

 

Clairement, on a eu tort. L’initiative passe la rampe : 23'568 citoyens et citoyennes de la Ville de Genève l’acceptent, contre 21'616. Cela signifie 52,2% de oui. On va sans doute entendre, d’ici ce soir et demain matin, le chœur des pleureuses et des mauvais perdants nous dire à quel point ce vote est réactionnaire, relève d’un fondamentalisme de la nature érigée en sanctuaire, va figer le paysage pour une génération. A ces gens, nous répondrons qu’ils auraient mieux fait de mener campagne, et surtout qu’ils ont commis l’irréparable erreur, comme au niveau fédéral dans l’initiative Franz Weber, ou celle des Alpes, ou celle des Marais de Rothenthurm, de sous-estimer l’attachement viscéral d’une population à son patrimoine naturel.

 

Je fais partie de ceux qui ont accepté l’initiative. Le cœur, davantage que la raison, m’a dicté ce oui. C’est au Parc Mon-Repos que j’ai fait mes premiers pas : de l’avenue de France au Château de Penthes, en passant par le Jardin botanique, je connais personnellement chaque arbre. Certains sont plusieurs fois centenaires. Il ne s’agissait certes pas de les déraciner. Mais, dans un réflexe d'affection et de protection de ces magnifiques lieux de nature, une majorité de la population a donné un signal : on ne touche pas à ces merveilles, inestimables compagnons de nos solitudes errantes. Un parc, un bosquet, le contour d’un paysage ne sont pas choses légères, ni gratuites. Elles impriment en nous quelque chose de puissant, qui fait partie de notre reconnaissance collective.

 

« Sanctuaires », titre cet après-midi une dépêche. Eh bien oui, sanctuaire ! Ce mot, avec sa connotation religieuse, ou tout au moins spirituelle, me convient parfaitement. Le signal donné par une majorité des citoyens en Ville de Genève, c’est qu’on ne touche pas impunément, et surtout pas pour de seuls motifs mercantiles, à un paysage qui, depuis l’enfance, vous berce et vous bouleverse. On me dira que c’est « émotionnel ». Je répondrai : « Oh, oui, bienvenue à l’émotion ». Elle a sa place en politique, n’en déplaise aux pisse-froid et aux ratiocineurs.

 

Pascal Décaillet

 

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23/11/2013

Le peuple souverain face aux unanimités dictées

 

Sur le vif - Samedi 23.11.13 - 18.47h

 

Le déséquilibre avec lequel l'immense majorité des médias traitent de l'initiative de l'UDC "Contre l'immigration de masse", qui sera soumise au souverain de ce pays le 9 février 2014, est hallucinant. Parole donnée beaucoup plus aux opposants, diabolisation du texte, partisans traités de "xénophobes" (alors qu'ils ne demandent qu'une régulation des flux migratoires, laquelle n'implique nul jugement de valeur sur le "migrant").


A la RSR, toute la journée, on a épié Ueli Maurer, à l'Assemblée générale des délégués de son parti, dans l'extatique attente d'un "dérapage" de sa part, mot répété dans le journal de 12.30h et ce soir dans Forum. "Dérapage": les mêmes présentateurs eussent-ils usé de ce vocable s'il s'était agi d'une Simonetta Sommaruga ou d'un Alain Berset, deux ministres également confrontés à des dilemmes entre collégialité au sein du Conseil fédéral et allégeance à leur parti ? "Dérapage", personne n'a songé à utiliser ce mot, en 1974, lorsque le conseiller fédéral PDC Kurt Furgler s'est désolidarisé du gouvernement, pour raisons de conscience, dans l'affaire de la solution des délais.


Mais Maurer, président de la Confédération populaire et apprécié, le "service public" veut sa peau. Histoire de plaire au big boss de la SSR, l'euroturbo Roger de Weck, qui a fait de l'UDC sa bête noire, et considère comme une croisade personnelle le combat contre la bête immonde.



Dans le cas de cette initiative, pas un jour où, par petites touches ou perfides glissements, l'ensemble des acteurs de la SSR ne laissent perler leur haine de l'UDC, leur absolu rejet de cette initiative, lorsqu'ils n'en insultent pas les partisans.



Le 9 février pourtant, le résultat pourrait nous surprendre. Et le texte, passer. Parce que le peuple suisse, lorsqu'il vote, fait parfaitement la part des choses entre propagande et réalité. Il sait qu'il aura à se prononcer sur une question de régulation des flux migratoires. Qu'il ne s'est jamais agi de fermer les frontières. Que tous les pays du monde, à commencer par nos chers voisins, tentent de contrôler l'immigration. Il sait aussi, le peuple suisse, se méfier, comme de la peste, de ces ouragans d'unanimité, où l'immense majorité des chroniqueurs disent la même chose, en l'espèce pour taxer de "xénophobes" les partisans du oui, ce qui est abus de langage, dérive sémantique, procédé primaire de dénigrement de l'avis d'un citoyen avec lequel on n'est pas d'accord. Le 9 févier 2014, en toute sérénité, le peuple de ce pays tranchera. Et nous verrons bien.

 

Pascal Décaillet

 

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20/11/2013

22 novembre 1963, le passage du deuil

 

Mercredi 20.11.13 - 17.05h

 

Je suis comme des centaines de milliers de gens qui ont vécu ça, même si je n’avais que cinq ans et demi : je me souviens exactement où j’étais, dans quel coin de notre cuisine familiale, près du transistor beige, revenant de l’école, lorsque ma mère, le visage défait, m’a annoncé l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Je ne savais pas qui était cet homme, mais à voir la tristesse de ma mère, j’ai cru qu’il s’agissait de quelqu’un de la famille. Le soir, nous avons vu l’attentat à la télévision, en noir blanc, il y avait quelque chose de terrible et de glacé : j’ignorais à cet âge ce qu’était la mort.

 

JFK est loin d’être mon président préféré, j’ai même lu beaucoup d’horreurs sur lui, de quoi nous détourner du mythe, mais cela est venu beaucoup plus tard : ce 22 novembre 1963, comme des dizaines de millions de personnes sur la planète, je me suis senti orphelin. L’Amérique, avant cette date, c’était mon costume de cow-boy, déjà des séries TV, les immenses voitures aux grandes ailes, le pays du rêve et du possible. L’assassinat de Dallas a cassé en moi, si tôt dans ma vie, cette mythologie. Dès les jours qui ont suivi, en allant à l’école, je vois exactement avec qui, nous jouions à celui qui a tué Kennedy, nous étions celui qui sait, déjà nous parlions de mafia, celui qui était derrière Ruby qui avait tué Oswald, nos imaginaires explosaient.

 

Un peu plus tard, en tout cas pas avant 1966, il y a eu un aîné qui s’est pointé, une sorte d’Augustin Meaulnes que nous admirions pour sa carrure et ses airs d’aventurier. Sur le chemin de l’école, au milieu des chantiers, il nous assurait qu’il savait tout, détenait toutes les preuves, d’ailleurs venait de passer le week-end à Chicago, où il avait échappé de justesse à la mafia. Ayant sauté une année, j’étais l’un des plus jeunes de la classe, et ce providentiel grand frère me fascinait. Jusqu’au jour où, les yeux étincelants, nous prenant par le collet, il triomphait : « C’est Johnson, oui Johnson le commanditaire, je le sais, j’ai toutes les preuves, d’ailleurs je retourne à Chicago samedi ! ». Et nous allions notre chemin, pestant contre ce salaud de Johnson, d’ailleurs il avait une sale tête, et sa victime, le président défunt, était tellement beau.

 

1968, rebelote. L’année des assassinats. Robert Kennedy, le frère, et Martin Luther King. Là, j’avais dix ans, j’étais devenu depuis fin 1965 (de Gaulle contre Mitterrand) un passionné de politique, j’étais sur le point de finir l’école primaire, et je n’ai pas du tout vécu ces nouveaux drames avec la même intensité émotionnelle que celle du 22 novembre 1963. Ils en étaient en quelque sorte la réplique, la répétition, la récurrence. Et puis, tant d’autres sollicitations en cette année-là : Jeux Olympiques de Grenoble en février avec les victoires de Killy, mai 68 vécu en écoutant la radio, dans ma chambre, voyage au Cap Nord avec ma famille l’été, Jeux de Mexico à la fin des vacances, de quoi banaliser la violence américaine.

 

Fin 68, Richard Nixon a été élu, je l’ai admiré, et ne me suis pas du tout réjoui de sa démission en août 74. Mais cela, c’était de la politique, des choix que j’approuvais. Cela, alors que j’avais grandi, relevait de la raison. Alors que Kennedy, pour moi comme pour la planète entière, avait fonctionné comme un mythe. La beauté, la gloire, la mort. Destin d’Achille, qui serait court mais glorieux. En attendant de parler de tout cela, tout à l’heure, avec Daniel Warner, à Genève à chaud, demeure en moi, si présent, si vivace, le souvenir de la tristesse sur le visage de ma mère, puis sur celui de tant de personnes, des femmes surtout, comme le passage d’un deuil dans l’insouciance de l’enfance.

 

Pascal Décaillet

 

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Guillaume le Conquis

 

Sur le vif - Mercredi 20.11.13 - 10.24h

 

"Je vois ce nouveau mandat (à Berne) comme un prolongement de mon engagement pour la Ville, qui reste plein et entier. Un peu comme un chef d’entreprise qui, tout en travaillant à fond pour celle-ci, veut aussi faire partie de la faîtière de sa branche, afin d’influer sur les conditions-cadres."



Ce sommet de mauvaise foi, dans le Temps de ce matin, pour justifier son double mandat, vient de qui ? Réponse: Guillaume Barazzone ! Une bonne âme pourrait-elle, au demeurant, expliquer au magistrat que la Confédération n'est en rien, ni dans notre ordre ni surtout dans notre Histoire, l'organe "faîtier" de nos communes suisses.



On dirait qu'il parle de Genève comme d'une ville du Saint-Empire. Tout au plus bénéficierait-elle d'une forme d'immédiateté impériale, et lui, Guillaume le Conquis, monterait à la Diète, en quémander la bienveillance.


Ce besoin d'avoir toujours quelqu'un en haut, ou une instance supérieure, ou un grand frère, ou un protecteur, apparaît de plus en plus comme un trait de caractère inquiétant de ce jeune magistrat. Il y aurait en lui, dans le tréfonds, comme l'impossibilité d'une émancipation.

 

Pascal Décaillet

 

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19/11/2013

DIP, billet no 2

 

Sur le vif - Mardi 19.11.13 - 17.17h

 

Le vrai enjeu, dans la reprise du DIP, n'est absolument pas droite-gauche. Il y eut, dans l'Histoire, d'excellents ministres de l'Instruction publique de gauche, dont le plus grand d'entre eux, Chavanne. Il n'est pas non plus d'être soi-même (le ministre) truffé de diplômes, aucun problème avec cela.



Non, l'enjeu, comme je le soulignais ce matin, c'est que le ministre ait en lui une ÉQUATION PERSONNELLE avec le monde du savoir et de la connaissance. Il ne s'agit pas qu'il soit un singe savant, loin de là. Mais ce monde doit avoir en lui une résonance.


Le chef du DIP ne peut être un simple animateur social, fût-il de talent. Il ne peut pas s'occuper que du "vivre ensemble". Il doit être porteur, par tout ce qu'il charrie dans son vécu, d'un projet culturel puissant pour l'école de demain. Une ambition dans le monde du savoir et de la connaissance.


Enfin, l'école publique, qui est une grande et belle chose, doit être l'affaire de la République. Le moins qu'on puisse attendre de son chef, c'est une culture d'Etat, un sens de l'Histoire républicaine. Cela, de mon point de vue, valorise les radicaux et les socialistes. Bien davantage que ceux issus de partis d'essence libertaire, ne surfant que sur le vent des modes.



Voilà, amigos. Plus clair, je ne peux pas être.

 

Pascal Décaillet

 

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DIP : attention à l'erreur de casting !

 

Sur le vif - Mardi 19.11.13 - 10.04h

 

A moins de s'engager dans une phénoménale erreur de casting, qui serait le péché originel de la nouvelle législature, le Conseil d'Etat doit placer à la tête de l'Instruction publique genevoise un magistrat ayant, par son vécu, la puissance de ses aspirations personnelles, une équation personnelle au monde du savoir et de la connaissance. Jamais je n'oublierai l'immense bibliothèque personnelle d'André Chavanne, des centaines de livres sur l'Histoire des sciences, lorsqu'en 1987 il m'avait reçu chez lui, boulevard de la Cluse. Ces murs tapissés d'ouvrages, c'était son équation personnelle, à lui.


Il y faut aussi un esprit profondément républicain. Quelqu'un qui ait la culture de la République, d'où elle vient, ce qu'elle est. Un simple animateur sympathique ne fera pas l'affaire. L'école s'inscrit dans un contexte, avec des racines et des capacités de projection sur l'avenir. Elle est au coeur de notre aventure commune. Nous ne pouvons en confier le destin à un amateur.


La répartition des Départements est une affaire interne au Conseil d'Etat. Elle est de leur compétence, et non de celle des citoyens que nous sommes. Ils sont donc libres de leur choix. Libres, mais responsables. Une affectation hasardeuse serait lourde de conséquences pour la République. Le jour venu, à l'heure du bilan, voire avant, le miroir de cette responsabilité leur sera tendu.

 

Pascal Décaillet

 

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18/11/2013

"Grand Genève" : pédale douce, SVP !

 

Sur le vif - Lundi 18.11.13 - 13.10h

 

Ils ne vont quand même pas, après le signal donné par le peuple le 6 octobre, continuer de nous bassiner avec la même désinvolture avec le "Grand Genève" ? Comme si rien ne s'était passé. Comme si les partis qui soutiennent le plus frénétiquement cette nébuleuse n'avaient pas perdu des voix (-7 pour le PLR, -7 pour les Verts). Comme si ceux qui la combattent n'en avaient pas gagnées (+3 pour le MCG, + 2 pour l'UDC, sans compter le retour d'Ensemble à Gauche).



Non que les opposants à la nébuleuse constituent une majorité. Mais pour le moins, ils progressent. Là où les partisans régressent. Cela constitue ce qu'on appelle un signal.



Si l'Entente, surreprésentée au Conseil d'Etat par rapport à son poids parlementaire, a l'intention de poursuivre exactement la même politique que lors des deux législatures précédentes, alors nous assisterons d'ici mars 2018 à une augmentation, encore, des forces d'opposition. Il y a des moments où il faut savoir écouter le peuple. Hélas, ces temps, l'Entente est sourde.

 

Pascal Décaillet

 

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03/11/2013

Voter compact - Et quoi encore ! - Leur faire couler un bain ?

 

Sur le vif - Dimanche 03.11.13 - 15.53h

 

Voter compact. Ils n’ont que ces quatre syllabes, dont les deux dernières résonnent d’ailleurs d’une insondable laideur en toute oreille un rien sensible à la musique des mots. Eux, ce sont les états-majors des partis, non les candidats mais les apparatchiks et les chefs de campagne. Ils nous demandent,  à nous citoyens, de « voter compact », par exemple les chefs de l’Entente aimeraient beaucoup que leurs électeurs votent pour les cinq de leur alliance, sans rien biffer ni rien ajouter. Soit. C’est un calcul tactique. En nous nous permettrons d’ajouter : c’est cela, et rien de plus.

 

Ils le demandent, et ils le font avec une telle insistance (lorsqu’ils n’essayent pas d’en faire une sorte d’impératif moral), que ça commence à en devenir pénible, fatiguant, et même franchement déplacé. Il convient donc de leur répondre.

 

Voter compact, c’est quoi ? C’est juste un truc de politicards, de droite comme de gauche, pour pouvoir gonfler un maximum les pectoraux le dimanche du vote, et surtout garder leurs postes de présidents de partis. C’est leur droit, leur jeu, leur intérêt. Ça n’est de loin pas celui des différents candidats, quand on prend la peine de discuter avec eux, et dont la cruauté, en petit comité, ne s’adresse pas en priorité à leurs adversaires, disons-le comme ça par euphémisme. Croyez-moi, le souci premier du candidat à un exécutif, ça n’est vraiment pas le vote compact, il tente juste de nous le faire croire. Son seul but, bien sûr, c’est d’être élu, lui, et le reste on verra.

 

Surtout, cette obsession du vote compact ne concerne en rien le citoyen. Chacun d’entre nous est totalement libre. De voter ou non. De voter compact, ou non. Et la récurrence de plus en plus insupportable de ce mot d’ordre, c’est une incursion bien intempestive des partis dans une élection – celle du gouvernement – qui est avant tout affaire d’hommes et de femmes. Nous avons sept noms, au maximum, à inscrire sur une liste. Nous le faisons peut-être en fonction de l’orientation idéologique. Mais infiniment plus, en fonction de quelque chose de beaucoup plus fort, qui relève du fluide : la part de confiance que nous entendons accorder à tel ou tel candidat. Bien évidemment, elle transcende les barrières partisanes.

 

Face à ce geste fort, presque sacré, lorsque vous écrivez à la main un nom et prénom, les sommations à « voter compact » paraissent bien dérisoires. Nul n’en est dupe. Une élection est l’affaire du corps des citoyens avec lui-même : qui entendons-nous envoyer dans un gouvernement ? Une affaire des citoyens avec les onze candidats. Beaucoup plus que l’affaire des partis. La répartition de ces deniers a été tranchée le 6 octobre. Là, nous sommes dans une autre campagne, une autre logique, infiniment plus personnelle. Ces hurlements à voter compact ne sont pas loin d’une violation de notre intimité citoyenne. Vous seriez très gentils, Mesdames et Messieurs les chefs de partis, de nous foutre un peu la paix avec vos injonctions compactées. Elles polluent.

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2013

Plus la peine de voter : Pierre Ruetschi a les résultats !

 

Sur le vif - Samedi 02.11.13 - 18.46h

 

En découvrant ce matin l’éditorial de la Tribune de Genève, j’ai immédiatement pensé au discours prononcé le 27 janvier 1978 par Valéry Giscard d’Estaing à Verdun-sur-le-Doubs. VGE est au pouvoir depuis bientôt quatre ans (mai 1974), les législatives approchent, la gauche commence à faire peur (elle échouera, finalement, le 19 mars, et je me souviens des yeux rouges de Michel Rocard), alors le président de la République sort de sa réserve, et, dans cette paisible commune de Saône-et-Loire, indique aux Français ce qu’il considère comme « le bon choix » pour la France.

 

« Le bon choix pour Genève », c’est l’édito de Pierre Ruetschi, ce matin. Un texte qu’on peut qualifier de prophétique, puisqu’il ne nous livre rien de moins que les résultats de l’élection du 10 novembre. On y apprend que François Longchamp (« stature, sens incontestable de l’Etat, intelligence politique ») et Pierre Maudet (dont on salue le « bilan » alors qu’il n’est là que depuis seize mois) seront réélus, ainsi que « le solide Serge Dal Busco », nettement préféré par l’auteur au « tournoyant Luc Barthassat », lequel devrait passer «avec un peu de chance ».

 

On y apprend encore que « la gauche, qui part à trois, devrait obtenir en toute bonne mathématique électorale au moins deux sièges ». Thierry Apothéloz, avec un mépris assez saisissant, est immédiatement qualifié de « joker », puis de « falot ». Donc voilà élus Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers. Le dernier siège devrait se jouer entre Mauro Poggia et le joker. Dans un réflexe digne des plus riches heures des Fronts républicains contre la Bête immonde, l’éditorialiste choisit le joker. Et voilà notre septuor. Pas belle, la vie ?

 

Le septuor désigné par le rédacteur en chef de la TG se trouve être, par le plus grand des hasards, à peu près le même que celui du « sondage » (sur le prodigieux échantillon de 213 personnes) publié cette semaine par le même quotidien. Dans ces conditions, nous les citoyens, qui recevons des enveloppes de vote, faut –il absolument que nous perdions notre temps à accomplir notre devoir électoral ? Puisque de toute manière, Pierre Ruetschi le fait pour nous. La TG, par deux fois en quelques jours, ne nous dit même plus pour qui il faut voter, dans la bonne tradition du Nouvelliste de mon enfance. Non, elle franchit une étape supplémentaire : elle nous dit qui sera élu.

 

A ce niveau-là, la géniale Cassandre et la Pythie de Delphes apparaissent comme des apprenties, des modèles de cécité et d’impéritie. Citoyens, plus la peine de voter, ni même de se triturer les méninges : Pierre Ruetschi a déjà tous les résultats, Céline Amaudruz et Eric Stauffer ne sont même pas nommés, François Longchamp entre au Panthéon des hommes d’Etat, et Pierre Maudet peut s’enorgueillir, après seize mois, d’un bilan. Quant au « tournoyant Barthassat », notre bleuté prophète, après avoir réglé son sort avec cette chiquenaude verbale, l’envoie tournoyer en d’improbables tournois. Dieu que la vie est belle, lorsque les géomètres du prévisible nous délivrent de nos périssables incertitudes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/10/2013

"Sondage" : de qui se moque la TG ?

 

Sur le vif - Mercredi 30.10.13 - 15.08h

 

Une parodie. Une duperie du public. Tels sont les mots, les seuls qui vaillent, pour qualifier le « sondage » que nous propose aujourd’hui, avec tambours et trompettes, en une, puis sur la double page 2 et 3, la Tribune de Genève. Il y a tant et tant à dire sur cette mise en scène, cette mise en page aussi, mais ce qui provoque le plus la colère, c’est l’illusion d’objectivité scientifique derrière laquelle se camoufle le journal.

 

Soyons clairs : la TG est un journal privé, elle est totalement libre de rouler pour qui elle veut, aucun problème. Elle peut commenter, éditorialiser, pamphlétiser tant qu’elle veut, c’est son droit. Mais se livrer, sur la base d’un échantillonnage aussi insignifiant de sondés, à cette disposition de graphiques impeccables, très attirants pour l’œil, les mêmes que pour les résultats de votations, voilà qui induit en erreur le lecteur, lui donne le sentiment d’une vérité chiffrée, alors qu’il n’en est rien. Tout cela, à J-11 de l’élection du Conseil d’Etat. Car enfin, le grand public ne fait que parcourir les journaux, son œil est retenu par la titraille et par les graphiques, il peut aisément prendre comme vérité révélée ce qui n’est que pures spéculations. Elles sont tellement plaisantes à l’œil, ces deux pages, qu’on dirait les résultats de l’élection, dans l’édition du lundi 11 novembre prochain !

 

Comment un quotidien aussi sérieux que la TG, qui jouit à Genève d’une situation quasiment monopolistique, peut-il, sans provoquer dans sa propre rédaction un immense éclat de rire, venir nous dire que la somme des sondés est de 327 lecteurs, « et, afin que l’échantillonnage corresponde à la composition en âge et en sexe du lectorat de la Tribune, il été réduit à 213 personnes ». Que signifie cette « réduction » ? Que signifie ce charabia ? Que signifie ce taux chétif, insignifiant, de 213 personnes ?

 

Pire : on prend ça, on le balance comme argent comptant, et on titre, sur tout la largeur : « Derrière Maudet et Longchamp, la bataille fait rage ». Et on nous catapulte un septuor d’élus, dont, comme par hasard, les cinq de l’Entente. Et on nous annonce une bataille serrée pour la septième place. Et on sonde même le public sur l’identité du futur Président, ce qui est vain puisque le choix en revient au collège. Et on peaufine et parachève l’impression que les jeux sont faits, qu’il n’est plus nécessaire d’aller voter : allez, circulez, bonnes gens, vous n’êtes plus citoyens, non, vous n’êtes plus que des sujets. Plus besoin de voter. La cléricature de la TG s’en est occupée pour vous. Saint François et Saint Pierre vous bénissent. On se retrouve dans cinq ans. Et surtout, petit peuple, d’ici là, continuez à bien nous faire rire.

 

Pascal Décaillet

 

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