04/01/2018

Des diamants moins éternels

 

Sur le vif - Jeudi 04.01.18 - 16.02h

 

Chaque fois qu'Emmanuel Macron s'exprime sur le métier de journaliste, dont il ne connaît rien, il sort une énormité.

 

La vérité, c'est que cet autocrate aux parfums orléanistes cultive fort peu le sens de la contradiction. Et ne souffre pas que son image, dûment mise au point, soit écornée par la moindre lecture critique. On a connu cela à Genève, au plus haut niveau.

 

Ce qu'il appelle "fake news", ce sont en fait les nouvelles qui le dérangent. Ou qui nuisent à la vision qu'il voudrait imposer, comme tout pouvoir tente de le faire.

 

Le prince charmant du printemps 2017 commence à laisser la place à la réalité des choses, parfaitement prévisible dès le début : un narcissisme solaire, autoritaire et galactique, en auto-pâmoison dans la galerie des glaces.

 

Imbu de perfection dans l'image qu'il veut donner.

 

Giscard. Avec des diamants moins éternels.

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/01/2018

2018 : le journalisme vivra !

 

Sur le vif - Lundi 01.01.18 - 23.43h

 

Il y a juste 24 ans, janvier 1994, après des mois de chantier et de maquettes, nous lancions les nouvelles Matinales, sur la RSR. J'en étais, avec William Heinzer et Georges Pop, l'un des trois producteurs. Je revenais de Berne pour me lancer dans cette aventure. C'était un immense travail de rénovation radiophonique, de toute la rédaction. Un changement de génération. L'information prenait le pouvoir sur le continuum. Ce principe d'action, un quart de siècle après, est toujours en vigueur. Le virage était bien historique.

 

Il y a juste 17 ans, janvier 2001, nous lancions Forum, dont j'étais le producteur. Là aussi, parce qu'il fallait absolument réinventer la tranche du soir, nous avions travaillé sur des maquettes pendant des semaines, avant le grand jour. J'ai tenu cette production pendant des années. Nous avons remporté de grandes victoires, des Prix radiophoniques, nous avons vécu ensemble de grandes heures. Dans cette aventure folle, j'ai laissé une partie de ma santé. Je ne regrette rien.

 

Il y aura bientôt 12 ans, septembre 2006, je lançais Genève à chaud, sur Léman Bleu. Je suis très heureux et très fier de contribuer, au côté d'autres, au développement de cette chaîne pleine de promesses et de talents. Une chaîne où soufflent l'enthousiasme et la créativité. Le lieu le plus stimulant pour le journalisme audiovisuel à Genève.

 

Trois chantiers. Trois émissions, qui existent encore aujourd'hui. Soit avec d'autres, dont je salue l'engagement. Soit, pour GAC, toujours avec moi.

 

Je suis fier d'avoir créé, ou contribué à créer, des émissions qui existent encore, de longues années après leur lancement. C'est le plus dur : tenir, jour après jour, sur la durée. Tant d'émissions se cassent la figure après deux, trois, quatre ans.

 

Je fais de la TV comme on fait de la radio. Avec le rythme, le souffle, l'énergie. Je ne sais pas faire autrement. Je ne suis qu'un homme viscéralement radiophonique, égaré au milieu des projecteurs.

 

Nous autres, journalistes, allons au-devant d'une année très difficile, tout le monde le sait, le dit. Dans tous les cas, quoi que décide le corps électoral le 4 mars, nous devrons nous adapter, anticiper, inventer de nouvelles formes, nous battre comme des lions. Rien n'est acquis. Mais rien n'est perdu, j'en ai l'intime conviction. Pour ma part, je réfléchis déjà à des scénarios d'avenir pour le métier, des plans B, des plans C, et d'autres encore. Nous n'allons tout de même pas attendre le dimanche 4 mars, 17h, pour y songer !

 

Tout entrepreneur doit avoir un plan B, et d'autres plans, sur plusieurs lettres de l'alphabet. Sinon, il n'est pas vraiment entrepreneur, mais juste administrateur de rentes acquises.

 

À toutes mes consœurs, tous mes confrères, dont l'inquiétude est légitime, j'adresse mon salut, et affirme ma foi intacte dans l'avenir de notre métier. Quitte à complètement le renouveler, si les circonstances l'exigent. Ne nous cramponnons pas aux acquis, inventons du neuf.

 

De mon côté, j'attaque 2018 comme une année de combat intense, sans doute d'une extrême difficulté. Là où je suis, je ne resterai pas inerte. Quelles que soient les circonstances, j'agirai en entrepreneur, ce que je suis depuis douze ans. Je n'attendrai pas passivement les caprices du destin. Je n'agirai pas seulement pour moi, mais en faisant tout mon possible, à mon modeste niveau, pour aider les autres. Pour parler franc, je suis déjà à fond, dans ma tête, dans l'après-4-mars.

 

Le métier n'est pas mort. Sa survie dépend de la capacité de chacun d'entre nous à se réinventer. C'est très angoissant, passablement vertigineux même. Mais c'est passionnant. Galvanisant.

 

Je n'ai plus l'énergie phénoménale de mes années au Palais fédéral. Ni celle de 1994. Encore moins celle de Forum. J'ai besoin de deux fois plus de sommeil qu'il y a dix ans. Mais je prends ici l'engagement de me battre pour la survie du métier, quel que soit le vote du souverain, le 4 mars. Soyons ACTEURS de notre destin.

 

Pascal Décaillet

 

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30/12/2017

Comète et filiation

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Sur le vif - Samedi 30.12.17 - 12.04h

 

Enfant, puis adolescent, j'aimais passionnément les symphonies. A commencer par les neuf de Beethoven, que j'écoutais en boucle. Initié très tôt à Wagner (en Allemagne), j'étais fasciné par l'influence de Beethoven sur les premiers opéras du musicien qui allait jouer, dans ma vie, un rôle si important.

 

Plus tard, j'ai découvert le lien - le même, si bouleversant - entre Wagner et Richard Strauss. De Buxtehude à Bach, de Mozart au jeune Beethoven, la magie de la transmission. Sur ce thème, qui me travaille, j'aimerais écrire. Tiens, je rêverais de me lancer un jour dans une Histoire des filiations au sein de la musique allemande. À destination du grand public.

 

Et ce même Beethoven, qui reprend le thème du Judas Maccabée, de Haendel, qu'il désigne (sur son lit de mort) comme "le plus grand des musiciens". Toujours le lien, toujours le legs, la re-connaissance. Vous vous rendez compte : au moment de rendre son dernier souffle, l'homme qui a révolutionné la musique, lui, "la force la plus héroïque de l'art moderne" (Romain Rolland, Vie de Beethoven, 1903), rend hommage... à l'un de ses prédécesseurs ! Comme à un père. Mystère de la filiation. Il ne fait pas table rase du passé : il le sublime, pour le fondre dans l'avenir. Au cœur d'une galaxie de feu.

 

En vieillissant, j'ai laissé venir à moi le miracle de la musique de chambre. Celle où chaque note, séparément, se perçoit et s'identifie. Aujourd'hui, je ne peux plus m'en passer.

 

Oh, j'écoute toujours des œuvres pour grands ensembles. Y compris les plus contemporaines. Avec une prédilection pour la toute dernière de Béla Bartók, le Concerto pour orchestre, composée à New York (1943) dans le désespoir et la misère, où la présence de chaque instrument, par elle-même, illumine l'ensemble. Ultime chef d'œuvre d'un géant.

 

Mais l'attrait des petits ensembles me fascine. Pour le lied, un piano et une voix. Ici un violon, un alto, un violoncelle. Et chaque fois, comme le passage d'une comète, la promesse d'un nouveau monde.

 

Un jour, quelque part, avec une poignée de passionnés, pour mettre en valeur les jeunes, et placer la musique dans l'ombilic du monde, au coeur du lien de vie, je reconstituerai le Petit Conservatoire.

 

Pascal Décaillet

 

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29/12/2017

2018 : une Année qui respire !

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Sur le vif - Vendredi 29.12.17 - 17.16h

 

Mes vœux pour 2018 : je nous souhaite à tous une année qui respire.

 

Une année où il fasse bon vivre. Plaisir à être ensemble. Dessiner des scénarios pour un futur commun. En nous engueulant, parfois. Ca fait du bien. Ca fait partie de la démocratie. Il faut se méfier des eaux trop calmes.

 

Respirer, au sens de la musique. Et de la poésie, lue à haute voix. Apprendre, dès l'aurore de la vie, ce qu'est une virgule, un point, un point-virgule, une interrogation, une suspension, un "e" muet, celui qu'on compte dans le vers, celui qu'on élide. Apprendre le soupir, la pause, la double croche. Le chemin vers l'oralité, qui est l'une de mes passions, donc celui (par exemple) de la parole radiophonique, se trace doucement, patiemment, dans la mise en succession des syllabes et des silences, des accélérations et ce qu'on retient, du souffle éperdu et de l'immobilité feinte. Ou réelle. La radio est un jeu de vie et de mort.

 

Notre école, dès le plus jeune âge, a besoin d'organiser le silence et la parole, le "h" qu'on aspire et celui qu'on élide, ou même qu'on élude. Amener l'élève à tenir un discours sur le langage. De mon temps, cela s'appelait la grammaire, et puis l'analyse logique, j'ai toujours trouvé ça génial, en français, en allemand, en latin, en grec. Mais peu importe le nom de ce méta-langage, pourvu qu'il existe. Non pour dominer la langue (quelle illusion, quel étouffement !), mais pour mieux l'embrasser. L'étreindre ? Celui qui prétend à l'oralité doit prendre des risques avec le verbe. Se montrer joueur, avec la mort.

 

Respirer, dans le regard qu'on porte à l'actualité. Lui donner toute son existence, oui, mais aussi du sens, du champ, de l'arrière-pays. Cela, pour moi, passe par l'Histoire. Mais chacun usera de l'outil qu'il voudra. Pourvu que chaque décrypteur, en plus de nous l'annoncer, cette actualité, nous emmène dans son univers de références à lui. Sa valeur ajoutée. A ce choc de signifiants, personne n'a objectivement raison, encore moins théologiquement, ni mathématiquement. On confronte les subjectivités, on frotte des silex. Peut-être une intelligence collective, entre gens de bonne volonté, triera-t-elle le bon grain et l'ivraie. Je voudrais y croire.

 

Respirer, chacun d'entre nous, dans son chemin de vie, son rapport à la mort. Respirer face au destin, face à l'inéluctable. Respirer, tant que demeure en nous le moindre souffle qui nous le permette.

 

Prenez La Fontaine, les Fables, le Héron. Enregistrez-vous. Essayez de le dire juste, ce texte sublime, vous les retrouverez très vite, ces "h" qu'on aspire, ceux qu'on avale, ceux qu'on ignore, ces "h" comme dans "Héron", comme par hasard le titre du poème. Comme par hasard, sur un animal qui a faim. Comme par hasard, un texte où il est question d'avaler, aspirer. Le Héron voudrait manger, il laisse passer ses proies, il ne peut plus. Ne pas manger, à la fin, c'est la mort. Ne pas respirer, aussi. Il faut apprendre à le lire, ce "Héron", de La Fontaine, avec l'exigence absolue de respirer juste, scander juste, donner à chaque virgule, chaque syllabe, l'exactitude de son poids. Enregistrez-vous. Ecoutez-vous, vingt fois, cent fois. Recommencez. Ne boudez ni votre plaisir à l'écoute de votre propre voix, ni votre rage à chaque faiblesse de votre lecture. C'est ainsi que l'on progresse en radio, que l'on avance dans l'ordre de l'oralité.

 

Oui, je nous souhaite à tous une année de la respiration. Non pour s'extraire du combat. Mais pour donner du corps, du souffle, des poussées de sang et de désir à notre rapport à la vie. Face à la mort.

 

Excellente Année 2018 à tous !

 

Pascal Décaillet

 

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28/12/2017

La toute dernière de Billag

 

Sur le vif - Jeudi 28.12.17 - 15.25h

 

Toutes les années, je m'acquitte au 1er mai de ma redevance Billag, radio et TV, pour la somme de Fr. 451.10. Là, je l'ai fait, comme toujours, payement effectué le 24 avril 2017, pour la période du 01.01.17 au 31.12.17. Je déteste avoir le moindre retard dans le paiement de mes factures.

 

Ce matin, dans ma boîte aux lettres, une facture concernant le 2ème semestre 2017 (dûment acquitté le 24 avril, donc), pour la somme de Fr. 225.55.

 

A l'instant, j'appelle Billag. Je tombe sur un Monsieur très poli. Sous mon nom, avec même adresse de facturation, et autre numéro de client (sorti d'où ?), une fausse date de naissance. Et surtout, une adresse bernoise, que j'ai quittée il y a..... 24 ans et deux mois ! Date à laquelle j'ai cessé d'être correspondant RSR à Berne, pour revenir vivre en Suisse romande !

 

Bref, un monumental pataquès. Digne de la bureaucratie tsariste à l'époque de Gogol.

 

Le Monsieur, toujours très poli, me dit de ne surtout pas payer cette facture, qu'il s'agit d'une erreur, qu'il me le confirmera par écrit. Je lui fais confiance, et n'ai rien contre lui.

 

Mais je me dis quand même que des erreurs aussi colossales doivent, peut-être, exister par centaines. Par milliers ? Il n'y a aucune raison que j'en sois la seule victime.

 

De là à conclure qu'un certain flottement règne dans cette entreprise...

 

Cela influencera-t-il mon vote ? La réponse est non. Car je suis un citoyen assez mûr et responsable pour voter sur ce qui m'apparaît comme l'intérêt supérieur du pays, et non sur une anecdote me touchant personnellement.

 

Mais j'avais quand même furieusement envie de le raconter.

 

Pascal Décaillet

 

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22/12/2017

La justice, pas le lynchage !

 

Sur le vif - Vendredi 22.12.17 - 11.02h

 

La parole victimaire n'est pas vraie, sous le seul prétexte qu'elle est victimaire.

 

Sa véracité doit être établie, ou non, à la suite d'une enquête dans les formes, par la seule instance habilitée à le faire, qui s'appelle la justice. Cela exige une investigation professionnelle, des confrontations, la parole donnée à toutes les parties. Cela doit s'exercer dans la sérénité, par des gens ayant prêté serment de rechercher la seule vérité. Cela prend du temps.

 

Tant qu'une condamnation n'a pas été prononcée, il ne saurait exister ni coupables, ni victimes.

 

Ainsi fonctionne notre État de droit. C'est un peu frustrant pour ceux qui voudraient des lynchages de rue, immédiatement. Mais c'est ainsi.

 

A cet égard, la précipitation de certains employeurs à rompre, séance tenante, des contrats, juste sous la pression de l'opinion, comme dans le cas du chef d'orchestre Charles Dutoit, est simplement hallucinante.

 

Là, oui, nous sommes au coeur d'une dérive, qu'il convient de désigner.

 

Pascal Décaillet

 

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21/12/2017

Glaciales altitudes

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Sur le vif - Jeudi 21.12.17 - 10.04h

 

On nous dit que l'Histoire avance, et voilà que resurgit la question du Südtirol, pardon du Haut-Adige.

 

Voilà, par la querelle sémantique de deux mots, l'un autrichien, l'autre italien, l'immanence du tragique. L'éternel insoluble. Vienne dit Südtirol, Rome dit Alto Adige.

 

Dans l'hiver 1915, des dizaines de milliers de combattants héroïques des deux côtés, en de glaciales altitudes, ont sacrifié leurs vies pour qu'on dise Haut-Adige. Ou Südtirol. Les enfants de l'Empire central, face à ceux de Verdi et de Garibaldi.

 

L'autre soir, à Forum, l'ambassadrice d'Autriche, au demeurant remarquable d'intelligence, a tranquillement dit "Südtirol". Pour parler d'une vallée que je connais si bien : celle de Bolzano, pardon Bozen. Pour ma part je dis Bolzano, parce que l'Italie, la fierté italienne, le sang versé par les Alpini, ces hommes au chapeau à plume qu'on croise encore dans les trains, ça n'est pas rien. Ça mérite le respect.

 

L'autre soir, l'ambassadrice autrichienne a dit "Südtirol". Comme les uns disent "Jura Sud", les autres "Jura bernois". Les uns, Kaliningrad, les autres Königsberg.

 

Elle a dit "Südtirol", et personne, en face, n'a bronché. Il y aurait pourtant eu lieu de saisir cette perche, cette unique occasion de démonter le discours brillant de cette parfaite francophone, cette Metternich au féminin, avec qui on rêverait de déguster un café viennois, entre deux Lieder de Mahler.

 

L'Histoire est immuable et tragique. Mais elle est passionnante, saisissante. Elle est la vie, qui palpite encore en nous, précieuse comme des alluvions d'or. La vie, oui, comme celle de ces hommes, fin 1915, qui défiaient la mort, sur la frontière austro-italienne, en de glaciales altitudes.

 

Pascal Décaillet

 

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20/12/2017

L'Europe et le boomerang de l'Est

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Sur le vif - Mercredi 20.12.17 - 17.33h

 

En s'élargissant beaucoup trop vite vers l'Est, l'Union européenne, depuis deux décennies, a commis une erreur majeure. Elle s'imaginait que ces pays allaient, en devenant membres d'un Club fondé en 1957 entre six nations d'Europe occidentale, adhérer sans rechigner, le doigt sur la couture du pantalon, aux principes ultra-libéraux de la fin des années 1990. Et que tout le continent, de l'Atlantique à la Vistule, allez disons de Brest à Brest-Litovsk, allait vibrer à l'unisson du capitalisme, du libre-échange, de l'atlantisme. Prêts à communier dans l'idéologie nouvelle, sans frontières.

 

C'était mal connaître l'Histoire des peuples. L'Histoire de la Pologne, ô combien complexe et passionnante. L'Histoire de la Hongrie, qui ne l'est pas moins. Etc.

 

Il n'y pas d'Histoire européenne, cela ne veut rien dire, c'est une considération beaucoup trop globale, sans fondements, juste une vue de l'esprit.

 

Mais il y a une Histoire hongroise. Une Histoire polonaise. Une Histoire allemande, que je m'échine à démêler depuis des décennies, tant elle est difficile en première approche. Une Histoire de France. Une Histoire suisse, passionnante.

 

Chacune de ces Histoires a son cheminement propre. L'Espagne ne s'est pas construite comme l'Italie, ni la Suisse comme la France, ni les Allemagnes comme la Grande-Bretagne. Il n'y a pas, pour l'heure, d'Histoire européenne, c'est vide de sens, mais il y a une mosaïque d'Histoires nationales, dont chacune a sa vie propre, sa logique intérieure.

 

Pour entrer dans tout cela, il ne faut pas trop raisonner d'en haut, ni chercher de grandes leçons de logique, avec des mécanismes universels, mais il faut OBSERVER chaque nation, dans le chemin idiomatique qui est le sien. On ne peut s'occuper de tout ! Pour ma part, depuis plus de quatre décennies, l'Allemagne, la France, la Suisse, les Balkans, le Proche-Orient me suffisent largement.

 

OBSERVER, cela signifie lire. Se renseigner. Dévorer des centaines de bouquins. Visionner des archives. Aller chercher tous les témoignages, pas seulement ceux qui conviennent à une idéologie de départ. Quand je pense que, dans les années 1990, certains "intellectuels", en Suisse romande, me proposaient d'animer des débats sur les guerres balkaniques, mais surtout sans inviter de Serbes ! Vous pouvez imaginer comme je les ai reçus.

 

L'Union européenne s'est élargie trop vite. Elle a construit son immensité sur des présupposés idéologiques, dans un esprit de fin de l'Histoire, de négation des frontières, de marché comme valeur universelle et dominante. Aujourd'hui, face à la Pologne, face à la Hongrie, face à l'Autriche, l'UE reçoit de plein fouet le boomerang de ses vanités d'extension.

 

Ce contre-mouvement, du particulier contre le général, de la Gemeinschaft contre l'universel théorique, de la Nation réinventée contre le conglomérat impérial, ne fait que commencer. Il sera violent. Il y en a pour des années.

 

Pascal Décaillet

 

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19/12/2017

Trop tard, Doris

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Sur le vif - Mardi 19.12.17 - 18.39h

 

Le projet de nouvelle concession de la SSR, lancé aujourd'hui par Doris Leuthard, avec au moins la moitié des moyens alloués à l'information, va dans le bon sens. Depuis une éternité, y compris, à l'époque, à l'interne, je plaide pour l'information avant tout. Pro domo ? Ben oui, je suis journaliste. Soucieux d'intérêt public. Soucieux du pays. De sa cohésion.

 

Le problème, c'est que ce projet arrive beaucoup trop tard. Il suinte la précipitation, pour orienter les esprits à voter non, le 4 mars. Comme l'abaissement de la redevance à 365 francs. Ces mesures de dernière minute, imbibées de panique aux plus hauts étages, ne trompent personne : les gens ne sont pas idiots, ils ne sont pas dupes de ces gesticulations.

 

Dommage, Mme Leuthard. Vous êtes en retard d'au moins une décennie. Dans ce domaine, vous n'avez pas vu venir la tempête. Vos mesures trop tardives ne changeront rien aux métamorphoses apocalyptiques que nous prépare l'année 2018.

 

Pascal Décaillet

 

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Le populiste : l'éternel absent

 

Sur le vif - Mardi 19.12.17 - 11..22h

 

Dans les salons, le populiste, c'est toujours l'autre. On parle des "populistes", comme d'une catégorie nécessairement absente à la bonne société réunie, en ce lieu où, entre soi, on pérore. On part du principe qu'aucun "populiste" n'aurait tout de même eu le culot de venir se glisser là, parmi la bonne société.

 

Or, en Suisse, environ une personne sur trois vote pour un parti qualifié de "populiste". Chaque troisième personne, dans la rue ! Mais dans les salons, on veut croire que ce Tiers-Etat n'est pas représenté dans l'assistance. Alors on continue, entre soi, de parler des "populistes", comme s'ils étaient nécessairement ailleurs.

 

Dès lors, deux possibilités. Soit il y a tout de même des populistes dans la salle, et on les exclut ouvertement, par le mépris, de toute existence possible. Soit il n'y en a effectivement aucun. Et là, il conviendrait peut-être de s'interroger sur la représentativité de cette si délicieuse société où l'on parle entre soi, toutes lèvres pincées, des "populistes".

 

Pascal Décaillet

 

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17/12/2017

Ils ont fini par avoir sa peau

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Sur le vif - Dimanche 17.12.17 - 19.16h

 

On l’a appris ce soir, sur le coup de 18.52h : Yannick Buttet tire la prise. Il démissionne du Conseil national. Soumis à une pression médiatique sans précédent, celle d’une véritable meute affamée de sa peau, et qui a fini par l’obtenir, l’homme, juste avant Noël, sans doute épuisé nerveusement, a préféré quitter le terrain. C’est sa décision. Elle lui appartient. Qui d’entre nous, face à une telle pression, une telle hargne, aurait pu tenir ?

 

Pour ma part, toute cette affaire, depuis le début, me donne la nausée. Il y a eu un cas, très précis, celui de la scène de Sierre, où une plainte a été déposée. Fort bien : on aurait pu attendre qu'elle fût instruite, non ? Le reste, les « affaires bernoises » ce sont des « témoignages anonymes » : le rôle de la presse, celui du journalisme politique, n’était pas de les colporter avec une telle facilité, une telle automaticité, une telle sanctification idéologique du rôle de la victime. Tout cela, sans qu’il n’y ait eu ni plainte (à notre connaissance), ni instruction, ni procès, ni condamnation définitive, après épuisement des recours prévus dans notre Etat de droit.

 

Ce qui a fait craquer l’homme, ça n’est pas le droit. C’est la pression de certains médias. La pression, aussi, d’une idéologie, tellement porteuse, tellement à la mode depuis quelques années, que nul n’ose lui résister, quitte à aller plus vite que le droit, plus vite que la justice, plus vite que la musique.

 

Toute cette affaire me dégoûte. Et contribue à me détourner, encore un peu plus, de certains milieux, certaines méthodes, dans un métier qui est le mien depuis 32 ans. Et que je continuerai, jusqu’au bout, à pratiquer comme un journaliste politique, soucieux d’intérêt public. Et non de s’engouffrer dans la première meute venue, pourvu qu’elle soit de rage et de puissance, de hurlements, de stridence et de lacérations.

 

Pascal Décaillet

 

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Cadets et grognards

 

Sur le vif - Dimanche 17.12.17 - 16.32h

 

C'est fou, le nombre de gens intarissables sur le journalisme, avant même d'avoir seulement commencé à exercer ce métier. Commenceront-ils jamais, d'ailleurs, par les temps qui courent ?

 

Intarissables sur le service public, sans y avoir jamais travaillé. Jamais conçu une émission de grande écoute, pour en faire quelque chose de rassembleur, dans l'espace citoyen. Jamais porté cette émission, jour après jour, de longues années. Jamais sacrifié leurs jours, leurs nuits, leur santé peut-être, au service de l'intérêt supérieur d'une production.

 

Intarissables, aussi, sur l'univers du privé, sans avoir jamais créé une entreprise. Rempli une fiche de salaire. Investi dans des locaux, du matériel, des projets. Eu peur, pour l'avenir.

 

Intarissables. Il savent tout sur tout. Donnent leur avis, tous azimuts. Font la leçon. Ont la science infuse. Même pas encore cadets, ils voudraient nous tenir le discours du grognard.

 

Mais enfin, quelle a été leur preuve par l'acte ? Qu'ont-ils FAIT (du verbe FAIRE, et pas du verbe pérorer), de nature à donner à leur discours du crédit, de l'autorité ?

 

Quelle connaissance ont-ils, sur la longueur, des mécanismes du journalisme, de la presse, de l'audiovisuel sur le théâtre d'opérations de la Suisse romande ?

 

Connaissent-ils le terrain ? Connaissent-ils les hommes, les forces et les faiblesses de chacun ? Sont-ils renseignés sur la réalité des choses ? Quels combats ont-ils menés ? Quelles victoires ont-ils remportées ? Sont-ils tombés ? Se sont-ils relevés ? Connaissent-ils seulement l'odeur de la poudre ?

 

Quelles cicatrices, quelles blessures, portent-ils de ce métier magnifique, qu'ils ne connaissent tout simplement pas ?

 

Pascal Décaillet

 

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13/12/2017

Le Parlement n'est pas une cour d'école !

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Sur le vif - Mercredi 13.12.17 - 15.47h

 

Si vraiment, ce matin, chacun des 246 parlementaires de notre Confédération a reçu, sur son bureau, une circulaire lui expliquant, comme à des élèves de 15 ans, la différence entre "flirt" et "harcèlement", c'est que notre Parlement cherche à pulvériser, dans l'ordre de l'infantilisation et celui du ridicule, tous les murs du son imaginables.

 

Nous, les citoyennes et citoyens, pourquoi envoyons-nous des gens siéger sous la Coupole ? Réponse : pour qu'ils fassent des lois. Punkt, Schluss. Si ces lois nous déplaisent, attaquons-les par référendum. Le souverain, en dernière lecture, c'est le corps électoral tout entier, près de cinq millions de Suisses et Suissesses, ça n'est pas le Parlement.

 

Nous les envoyons siéger pour qu'ils fabriquent des lois. Ce qui se passe entre eux, de bon ou de mauvais, de remarquable ou de répréhensible, de l'ordre de l'élévation de l'âme ou de la grosse lourdeur que je suis le premier à détester, tout cela doit nous laisser parfaitement indifférents.

 

Si des parlementaires estiment que certains de leurs collègues ont transgressé la loi (qui doit être, en République, notre seule norme), ils peuvent évidemment déposer plainte, c'est le droit de tout citoyen. Si cette plainte n'est pas classée, qu'elle est instruite, aboutit à un procès, puis à une condamnation définitive, alors oui, l'intéressé doit démissionner. Non parce qu'il est un gros lourdaud. Mais, tout simplement, parce qu'il a enfreint l'une des lois de notre pays. Alors que, justement, il est censé les fabriquer.

 

Pour ma part, comme je l'ai écrit dans d'autres textes, tant que la personne n'est pas condamnée par la justice, elle peut continuer - si elle le souhaite - à exercer ses fonctions.

 

Quant à distribuer à 246 personnes adultes, vaccinées, choisies par les citoyens de 26 cantons pour les représenter au plus haut niveau de notre pays, une circulaire relevant de la cour d'école, il y a là, de la part du Parlement, une précipitation à s'agenouiller devant la pression médiatique, tout simplement hallucinante.

 

Qu'ils fassent des lois, au mieux. Le reste ne relève pas du journalisme politique. Mais du potin. Ou de la délation.

 

 

Pascal Décaillet

 

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06/12/2017

Ne faites pas cela, M. Trump !

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Sur le vif - Mercredi 06.12.17 - 13.50h

 

En s'apprêtant, d'ici quelques heures, à reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, Donald Trump va commettre une faute politique de tout premier plan, depuis qu'il est aux affaires.

 

Une faute, par rapport aux autres acteurs du Proche et du Moyen Orient. Le monde arabe. Mais aussi le monde perse. Faut-il rappeler que la Mosquée al-Aqsa est l'un des quatre lieux saints de l'Islam ?

 

Ville "trois fois sainte", confluent du judaïsme, du christianisme et de l'Islam, Jérusalem appartient, par sa nature incomparable, au patrimoine de toute l'humanité. Ces trois religions doivent pouvoir s'y exercer en paix, l'une à côté de l'autre. Il faudrait idéalement, pour atteindre cela, une zone démilitarisée. Le moins qu'on puisse dire est qu'on en est assez loin.

 

A Jérusalem, Israël a sa place, qui est grande et ne saurait être niée. Mais la Palestine aussi, en tant qu’État, libre, souverain, indépendant, dans des frontières antérieures à celle de 1967, donc avec autorité sur la partie orientale de la ville. Et les couvents chrétiens, principalement là-bas de rite oriental, syriaque, arménien, géorgien, copte, doivent pouvoir y exercer toute la richesse de leur spiritualité.

 

Comment pouvez-vous atteindre un tel but, en reconnaissant cette ville unique au monde comme la capitale de l'un des États en conflit ? La gifle, pour le monde arabe et musulman, tout autour, mais aussi pour un monde persan en pleine renaissance de ses capacités, serait dévastatrice.

 

Aucun amoureux du Proche-Orient (j'en fais partie) ne peut souhaiter une telle décision américaine. Au demeurant, d'aucuns se demanderaient si, dans ces conditions d'obédience à certains groupes de pression, il n'eût pas été plus simple de voter pour l'original. Entendez pour Mme Clinton.

 

Pascal Décaillet

 

14:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/12/2017

La lyre d'Orphée

 

Sur le vif - Mardi 05.12.17 - 14.30h

 

Il y avait tout de même, avec Jean d'Ormesson, quelque chose de singulier.

 

Tout le monde le connaissait. Tout le monde l'adorait. Tout le monde l'écoutait - je dis bien "l'écoutait" - avec enchantement. Il faut dire qu'il parlait merveilleusement. Je dis bien "il parlait".

 

Bref, tout le monde reconnaît comme "écrivain" (et je ne nie pas, une seule seconde, qu'il le fût), un homme que l'on connaissait principalement pour... le son de sa voix.

 

Sur tous ces gens, combien ont-ils vraiment lu ses livres ?

 

Certains, bien sûr. Ou même beaucoup, je veux bien. Mais évidemment pas tous.

 

Voilà donc un diable d'homme qui écrivait des livres. Et auquel tous donnaient quittance d'être "un grand écrivain". Non pour avoir lu ses ouvrages... Mais pour avoir été envoûtés par le son de sa voix.

 

Il y a, dans ce destin, comme un hommage lointain à la lyre d'Orphée.

 

Pascal Décaillet

 

14:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

01/12/2017

Le feu

 

Sur le vif - Vendredi 01.12.17 - 06.42h

 

Dans quelques années, des spécialistes de l'Histoire des médias examineront la manière dont la presse aura traité les questions dites de "harcèlement", aujourd'hui.

 

Ils y verront un phénomène de brasier. Une étincelle. Un bidon d'essence. Le feu, qui emporte tout sur son passage, pendant quelques jours. Les médias qui perdent toute distance, se nourrissent les uns les autres, se transmettent le feu, prêchent, moralisent, appellent à la démission. Remplacent le sens critique par l'esprit de meute.

 

Au final, un conformisme. Face à la mode de pensée d'un moment. Avec ses chasses aux sorcières, ses ayatollahs, ses procureurs, exigeant des têtes.

 

L'information, dans notre pays, mérite mieux que ce feu propagé, pulsionnel, mimétique, grégaire. Elle exige distance, recul, exercice de la critique, lucidité face à la facilité des modes. Solitude, loin des chapelles rédactionnelles, où règnent les obligations d'adhérer. Nous en sommes très loin.

 

Je le disais hier, déjà : la presse romande secrète elle-même le poison qui finira par l'emporter.

 

Pascal Décaillet

 

15:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

30/11/2017

L'honneur d'un homme

 

Sur le vif - Jeudi 30.11.17 - 08.18h

 

Jeter en pâture un conseiller national sur la seule base d'une plainte, avant même que cette dernière ne soit instruite, sans qu'il y ait le moindre procès, ni la moindre condamnation, dans une affaire n'ayant rien à voir avec la vie publique de l'intéressé.

 

Céder à l'ignoble climat de délation généralisée qui nous infeste depuis quelques semaines, et que pour ma part, je ne cesse de dénoncer.

 

Et la revue de presse RSR qui en surajoute en ouvrant avec ce sujet, avec cette pseudo-neutralité de ceux qui ne font que citer : "C'est pas moi qui le dis, c'est le journal !". Comme si le choix des sujets, dans une revue de presse, n'était pas un acte sémantique de première responsabilité. Et le feu, mis aux poudres.

 

Il est où, le pire des harcèlements ? Il est où, le tintamarre ? Ils sont où, les Tartuffes ? Elle est où, la plus dégueulasse des injustices ? Celle qui porte atteinte, en s'engouffrant dans cette mode si facile de la chasse aux sorcières, à l'honneur d'un homme ?

 

Désolé, mais les faits relatés n'ont aucune espèce d'intérêt public. Ils n'engagent en rien la capacité de l'homme à exercer ses fonctions de conseiller national, au service du pays, ce qui est d'une dimension hautement supérieure à ses éventuels écarts dans l'ordre de la bienséance, de la convenance, ou de la vague de morale ambiante, propice à l'immonde floraison des délations.

 

Que ce genre d'affaire, d'ordre strictement privé, se règle en privé ! Il n'y a strictement, de mon point de vue, aucun intérêt public à en faire état. Ensuite, si elle aboutit un jour à une condamnation définitive par les seuls habilités à statuer, les juges (et non les moralistes), nous verrons. Mais nous n'en sommes pas là.

 

La presse romande sécrète elle-même le poison qui finira par lui être fatal.

 

Pascal Décaillet

 

13:51 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/11/2017

Manu l'Africain

 

Sur le vif - Mardi 28.11.17 - 14.12h

 

Je viens d'écouter le discours d'Emmanuel Macron à Ouagadougou, en prélude de sa tournée africaine. Il dit beaucoup de choses intéressantes, humanistes, autour du continent africain, et de la nécessité du lien avec nos pays.

 

Oui. Mais la manière dont il l'énonce, la mise en scène autour de son discours, le paternalisme impossible à dissimuler, tout cela laisse percevoir que, quel que soit le Président français, sa couleur politique, son idéologie, et même peut-être sa sincérité, la Françafrique n'est pas morte.

 

Depuis Charles de Gaulle, l'homme de l'éclatant Discours de Brazzaville (30 janvier 1944), sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, jusqu'à Emmanuel Macron, en passant par le très africain François Mitterrand (ministre de l'Outre-Mer en 1951, crois-je me souvenir), la visite d'un responsable français en Afrique continue de parachever à l'infini l'aimable déplacement du colon, venu saluer les foules, et relever les compteurs.

 

Pascal Décaillet

 

14:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/11/2017

Ceux qui se retroussent les manches

 

Sur le vif - Lundi 27.11.17 - 12.20h

 

"Start-up", "innovation"... Je ne suis jamais tombé, une seule seconde, dans cette mystique lustrée de la modernité. Ces mots m'agacent, depuis toujours. Ils relèvent plus de l'incantation que du réel.

 

Mon père (1920-2007), mon grand-père paternel (décédé en 1941) étaient entrepreneurs. Mon père était, en plus, ingénieur, il a passé sa vie à construire des ponts, des tunnels, des galeries dans la montagne, des maisons. Moi-même, à mon minuscule niveau, je suis, depuis douze ans, entrepreneur. Cela signifie, principalement, que je suis mon propre patron, j'assume le risque économique, j'ai investi dans des locaux, du matériel, comme des dizaines de milliers de responsables de PME, en Suisse. Je prends le risque : tout peut s'écrouler, à tout moment.

 

Je ne dis pas qu'il ne faut pas innover. Je dis que je n'aime pas la facilité liturgique du mot "innovation". Je ne dis pas qu'il ne faut pas démarrer (je l'ai fait, le 6 juin 2006, au Registre du Commerce), je dis que le mot anglais "start-up" m'emmerde. Ensuite, chacun fait ce qu'il veut, utilise le vocabulaire qu'il veut. N'étant pas pour le langage inclusif, je ne vais évidemment pas plaider pour l'exclusif.

 

La vérité, je vais vous la dire. Le monde du travail me passionne, depuis l'aube de mes jours. Il y a des gens, tous métiers confondus, qui arrivent dans leur atelier, leur cuisine, leur pâtisserie, leur usine, leur bureau, sur leur chantier, peu importe, et qui se retroussent les manches. Et ils se mettent au boulot. Et ils bossent dur, toute leur vie. Et ils se montrent inventifs, réformateurs, parce qu'ils savent très bien qu'ils faut s'adapter, pour survivre.

 

Ce sont ces gens-là que j'admire. A commencer par les plus modestes d'entre eux. Ceux qui, malgré l'ingratitude du salaire, ou du revenu, considèrent, au fond d'eux-mêmes, que rien ne vaut un travail bien fait. Des délais respectés. Du professionnalisme dans le geste. Ce sont ces gens-là, depuis le commis de cuisine jusqu'à l'aide-infirmière, qui font avancer une société.

 

Ceux-là font leur boulot, toute l'année, toute leur vie. Sans nous bassiner avec le mot "innovation". Qu'il me soit permis, ici, de leur rendre hommage.

 

Pascal Décaillet

 

12:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/11/2017

Parole et Silence

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Sur le vif - Dimanche 26.11.17 - 14.15h

 

Depuis toujours, je m'intéresse à l'Histoire, à la langue, à la musique. Sur ce qui touche à ces domaines, je puis me montrer fort disert. Comprendre, techniquement, la révolution induite par le "clavier bien tempéré", à l'époque de Bach, me passionne totalement, par exemple. Ou comment fonctionne la récurrence d'un leitmotiv, chez Wagner.

 

Tout autant, il est quantité de thèmes qui m'indiffèrent. Notamment, ce qu'il est convenu d'appeler, depuis un demi-siècle, les "sujets de société". Je n'en nie pas la pertinence. Mais n'ai rien à dire sur eux.

 

Depuis des décennies, je me passionne pour l'Histoire de France, celle de l'Allemagne, pour nos 26 Histoires cantonales suisses, pour celle de l'Algérie, de l'Afrique du Nord en général, du Proche-Orient, de la Grèce, des Balkans. Pour l'Histoire militaire, notamment la Guerre à l'Est, entre le 22 juin 1941 et le 8 mai 1945. Pour les grandes batailles du passé, par exemple celles de la Révolution, du Consulat et de l'Empire.

 

Depuis l'enfance, je brûle de capter le fil conducteur du destin allemand. En tout cas depuis Frédéric II, jusqu'à nos jours. C'est l'un des enjeux majeurs de ma vie intérieure.

 

Tout autant, l'Histoire des religions me passionne. Celles issues du Proche-Orient, au premier plan. Mais aussi de la Grèce, de Rome. Je peux, au Musée étrusque de Volterra, ou à celui de la Villa Giulia, à Rome, passer des heures à rêver devant un vase à figures rouges, qui nous raconte une scène mythologique. Laissant errer mon esprit, je me récite Homère.

 

Mais il est quinze mille autres sujets, régulièrement débattus à longueur de journées sur nos antennes, dans nos journaux, sur les réseaux sociaux, sur lesquels je n'ai strictement... rien à dire ! Du coup, je m'abstiens, totalement.

 

J'invite chacun de nous à délimiter exactement les sujets où il se sent capable d'intervenir. En prenant soin de mettre à l'écart ceux sur lesquels il n'a, simplement, rien à dire.

 

A tout cela, rien de grave. Rien, ni personne ne nous oblige à donner notre avis sur tout. Soyons conscients de nos zones de compétences. Et, pour le reste, sachons nous abstenir.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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