26/11/2018

Souverainistes du 21ème, pas du 13ème !

 

Sur le vif - Lundi 26.11.18 - 13.52h

 

On peut parfaitement être un intransigeant de la souveraineté nationale, sans puiser ses références dans la Suisse de 1291. C'est mon cas.

 

Vous pouvez reprendre tous mes écrits, depuis des décennies. Je ne fais JAMAIS allusion à la Suisse du treizième siècle. Non que j'en nie l'importance. Mais le champ historique que j'ai vraiment creusé, c'est la période de 1798 à nos jours, en passant bien sûr par 1848, la Suisse fédérale.

 

C'est ce qui m'a chiffonné dès le début, dans l'intitulé de cette initiative : "Juges étrangers", c'est une référence au Pacte fédéral. Je respecte, bien sûr, mais c'est très lointain pour mon horizon d'analyse. Et puis surtout, je sais à quel point la Suisse du 19ème siècle a joué sur les mythes fondateurs de celle du 13ème, en les instrumentalisant. A la même époque, les Frères Grimm révolutionnaient les consciences allemandes avec leur Dictionnaire. Et Michelet, en France, écrivait sur Jeanne d'Arc.

 

Je respecte les mythes. Mais mon attachement aux valeurs nationales date de la Révolution française, et à la conception que cette dernière, seule face aux têtes couronnées d'Europe, a eue de la Nation (1792).

 

Mon univers de références personnel est donc très éloigné de celui, remueur de mythes, d'un Christoph Blocher, même si nous en arrivons aux mêmes conclusions sur l'absolue nécessité d'indépendance nationale, face aux conglomérats cosmopolites et aux Empires.

 

Pour ma part, mon seul combat est celui de la souveraineté nationale. Je n'ai nul besoin de le faire remonter à un Pacte du 13ème siècle, pour asseoir mon argumentation. Je plaide pour une relation à la nation qui soit d'aujourd'hui, totalement moderne, inventive, à la fois fraternelle et sociale, hors des puissances de l'Argent, du libéralisme et des pièges du libre-échange. Cela aussi m'éloigne d'une certaine idéologie zurichoise en la matière.

 

Peut-être les Romands qui partagent mon point de vue (il doit bien y en avoir deux ou trois, allez disons cinq), à la fois national, solidaire et social, pourraient-ils remuer leurs réflexions dans un sens que je pourrais être amené à partager.

 

En clair et en bref, il serait peut-être temps que les souverainistes suisses, en Suisse romande, articulent leurs réflexions sur d'autres références que l'omniprésence de l'UDC zurichoise.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Courage !

 

Sur le vif - Lundi 26.11.18 - 08.02h

 

À ceux qui parsèment l'espace public de pierres tombales "Démocratie directe suisse, 1848-2018", je dis : "Ne perdez pas courage. En politique suisse, rien n'est jamais perdu définitivement. Notre démocratie directe n'est pas morte. Si nous l'aimons, nous devons décupler nos énergies et nous battre pour elle, et pour la souveraineté nationale, avec plus de force, encore, que par le passé. Ceux qui ont dit non hier peuvent dire oui demain : le contexte européen, avec la résurgence de l'idée nationale, va dans votre sens, pas du tout dans le leur. Tenez bon. Ne faites aucun cas des quolibets triomphalistes des vainqueurs d'hier. Le combat pour la démocratie directe et la souveraineté suisses ne fait que commencer. Il exige du caractère et, en chacun, une puissance intérieure de solitude. Ne reniez rien de vos convictions. Courage !"

 

Pascal Décaillet

 

09:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/11/2018

Oublions les juges !

 

Sur le vif - Dimanche 25.11.18 - 16.25h

 

Faire porter la question sur les juges a été une erreur. J'ai moi-même longtemps hésité, à cause de la CEDH (qui ne me pose aucun problème sur les recours individuels de justiciables suisses déboutés par le TF). Cette histoire de juges a semé le trouble, et a permis aux adversaires de l'initiative de faire porter le débat sur les droits de l'homme.

 

Fort bien.

 

Pour la prochaine fois, il faudra oublier les juges. Oublier les cas individuels. Et faire un peu de politique, entendez porter la querelle au niveau de la souveraineté législative nationale. Et à celui de la crédibilité de notre démocratie directe, qui doit être ultime dans ses décisions, ou n'être pas.

 

Avoir faire porter tout le débat sur une question de juges, au nom d'une référence au treizième siècle, constitue une faute stratégique majeure. Beaucoup plus que les erreurs de tonalité dans la campagne, certes réelles, mais pas à ce point décisives sur le résultat.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Défaite d'étape

 

Sur le vif - Dimanche 25.11.18 - 13.35h

 

Pour les partisans de la souveraineté suisse, ce dimanche est assurément une défaite. Dans une démocratie directe, aussi fréquente et vivace que la nôtre, il y a des moments où l'on perd. Il faut savoir les accepter.

 

Mais c'est une défaite d'étape. La question de la souveraineté nationale, celle de la Suisse comme de n'importe quel autre pays, demeure cruciale dans notre dialectique politique. Le château de cartes de l'Union européenne, autour de nous, est en voie d'effondrement. Partout sur notre continent, la question nationale resurgit. En France. En Allemagne. Au Royaume-Uni. En Italie. En Autriche. En Hongrie. En Pologne. C'est cela, le contexte d'aujourd'hui.

 

Un jour ou l'autre, et au fond déjà en 2020, la question de la primauté nationale sera reposée au peuple et aux cantons de notre pays. Il y aura d'autres échecs, et puis un jour, il y aura une victoire. Notre démocratie directe n'avance pas d'un coup, linéairement, on l'a vu avec des assurances sociales qui ont mis plusieurs votations, depuis la guerre, avant de s'imposer. Non, sa démarche est celle du crabe, pragmatique, hésitante, un pas contredisant le précédent.

 

Pour ma part, tout en respectant bien sûr la décision d'aujourd'hui, je ne renoncerai à strictement aucune de mes options en matière de lien, intime et profond, à l'idée nationale, et de primauté de cette dernière face aux constructions cosmopolites. Perdre est une chose. Renoncer à ses valeurs, ancrées dans toute une vie d'étude de l'Histoire et de la philosophie politiques, en est une autre, que je n'accepterai jamais. Je dis bien jamais.

 

Pascal Décaillet

 

 

13:58 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (45) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/11/2018

Le pays oublié

 

Sur le vif - Samedi 24.11.18 - 22.56h

 

Gilets jaunes : première colère populaire contre une "taxe écologique", plus soucieuse de l'image de la France dans le jeu de miroirs cosmopolite, étymologiquement spéculatif, que de la baisse vertigineuse du pouvoir d'achat dans les provinces et les périphéries. Comme si les Français grillaient de l'essence par plaisir, ou par vice.

 

Il y en aura d'autres, de ces fureurs et jacqueries, face à un système où le libéral et le libertaire ne font qu'un, et où les privilégiés des métropoles méprisent le pays oublié.

 

M. Macron, MM Cohn-Bendit et BHL, vous pouvez compter les jours, les semaines ou les mois. Vous êtes le répit de l'Ancien Monde. Votre temps touche à sa fin.

 

Pascal Décaillet

 

 

23:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Jouir avec entraves

 
 
Sur le vif - Samedi 24.11.18 - 15.41h
 

"Oh, shocking !", murmura le soixante-huitard vieillissant, remuant sa tisane face aux images du Paris des gilets jaunes, assis dans son salon, entre son portrait de Cohn-Bendit, ses livres de BHL, son pavé arraché au Quartier latin, son atlas des Balkans dédicacé par Kouchner, et les ultimes reliques, lacérées, de ses rêves libertaires.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Pierre Maudet : Retour de l'île d'Elbe

 

Sur le vif - Samedi 24.11.18 - 07.04h

 

Le coup de poker de Pierre Maudet, bonapartiste dans l'âme, a des accents de Retour de l'île d'Elbe : une prise de risque inouïe, couronnée de succès, mais sans lendemain possible.

 

Lorsque l'Empereur débarque à Golfe-Juan, le 1er mars 1815, avec une poignée de fidèles, il n'est rien face à la masse des forces royalistes. Mais il sait une chose : Louis XVIII n'est rien, lui, face à l'Histoire, et rien non plus dans le cœur des Français.

 

Alors, il tente la folle aventure. Avec ses quelques grognards, ses Simon Brandt à lui, il s'enfonce dans les montagnes, direction Grenoble, et remonte vers Paris. Et là, le miracle se produit : les populations l'acclament, "l'Aigle vole, de clocher en clocher".

 

En moins de trois semaines, il est à Paris. Il reprend sa couronne. Mais hélas pour lui, plus rien n'est comme avant. Les Français voulaient bien voir surgir une dernière fois l'Aigle noir, mais les rêves d'Empire et de gloire sont déjà dévorés par les mites de la Restauration. À l'extérieur, la Coalition, très vite, se reforme. Et cette fois, l'Aigle aura face à lui le Duc de Wellington. Ce sera Waterloo. Ce sera la vraie fin.

 

Avec son coup de maître (que nous annoncions lundi soir), en appeler à la base pour tétaniser le Comité directeur, Pierre Maudet réussit un retour qui rappelle à la fois celui de l'île d'Elbe ou, pour prendre une comparaison plus récente, la contre-attaque allemande dans les Ardennes, fulgurante mais brève, en décembre 1944.

 

Voilà qui lui accorde un répit. Mais c'est sans lendemain. La confiance est entamée. Le réseau, déchiré. La remontée des renseignements, tronquée. Et, si la base de son parti a plus de légitimité que les 31 membres d'un Comité directeur, ce que nous croyons volontiers, alors l'Aigle devrait poursuivre sa logique jusqu'au bout : solliciter sans tarder la seule onction qui vaille pour lui, celle du suffrage universel.

 

Pascal Décaillet

 

07:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/11/2018

Démocratie directe !

 

Sur le vif - Jeudi 22.11.18 - 14.37h

 

La grande ligne de fracture, dans la politique suisse, ce ne sont pas les thèmes des initiatives populaires. Certaines sont de droite, d'autres de gauche, d'autres encore sont proprement inclassables. Et c'est très bien ainsi.

 

Non, le clivage se situe entre ceux qui croient à fond à la démocratie directe, à ses fondements en philosophie politique, veulent l'étendre en l'adaptant aux prodigieux progrès de la technique comme la mise en réseau des connaissances... et d'autre part, les défenseurs de la démocratie représentative.

 

Les deux options ne sont d'ailleurs pas exclusives l'une de l'autre. On peut continuer de vouloir envoyer des députés siéger dans des Parlements, pour faire les lois, en soupeser les virgules, tout en souhaitant ardemment l'extension et la modernisation de nos droits populaires. D'ailleurs, les grands moments de notre vie politique sont souvent ceux d'une rude dialectique entre décisions du peuple et des cantons, et travaux parlementaires.

 

Pour ma part, j'ai choisi. Je veux, pour mon pays, davantage de démocratie directe. Cela ne signifie en aucune manière l'avènement d'une démocratie de sondages, d'opinions éruptives, de simples clics. Non, l'extension des droits populaires s'accompagnera impérativement d'une ÉLÉVATION DU DEGRÉ DE CONNAISSANCES des gens sur les affaires politiques. C'est une immense entreprise, qui prendra des générations, passe par l’École, par une passion partagée de la connaissance, par des médias qui privilégient les affaires de la Cité sur le futile, ou l'accessoire.

 

Vaste programme ! Mais j'y crois, de toutes mes forces ! D'ailleurs, depuis que je suis entré en journalisme professionnel, il y a 33 ans, je n'ai travaillé que dans le domaine politique ou culturel. J'ai lancé des émissions d'intérêt général, elles vivent encore, se portent fort bien, et c'est tant mieux. Comme citoyen, je veux une démocratie directe renforcée. Je n'appelle nullement à la disparition des Parlements, ni des corps intermédiaires, mais ces derniers ne doivent JAMAIS avoir le dernier mot, en cas de conflit, face au suffrage universel.

 

Je ne dis jamais "Le peuple a toujours raison", bien entendu qu'il lui arrive d'avoir tort, et de commettre face à l'Histoire de graves erreurs. Mais je dis : "Le peuple décide". En bien comme en mal, c'est le corps des citoyennes et des citoyens, réunis sous le suffrage universel, qui doit avoir le dernier mot. C'est l'essence même de notre démocratie. Assurément, vous entendrez mille voix, celles des partis, des corporations, des cléricatures, des féodalités d'intérêts, des juges, des professeurs de droit, des anciens conseillers fédéraux octoduriens, pour vous dire le contraire. Je vous encourage à faire la part des choses. Et privilégier l'intérêt supérieur du pays, qui passe par une relation unique et sacrée entre l'individu et la totalité nationale.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

Marrakech n'est pas la capitale de la Suisse

 

Sur le vif - Jeudi 22.11.18 - 09.52h

 

La politique migratoire de la Suisse n'appartient, en voix ultime, ni au Conseil fédéral, ni au Parlement. Elle appartient au corps des citoyennes et citoyens, qu'on appelle en raccourci "le peuple".

 

Les grandes lignes de cette politique, celles qui engagent le destin national, doivent impérativement être du ressort du suffrage universel. Cela signifie référendum obligatoire. Et mise en action continuelle d'initiatives populaires par des comités citoyens. Nous devons, beaucoup plus encore qu'aujourd'hui, sortir la politique suisse de ses rouages pépères et consanguins du circuit fédéral bernois. Je suis très bien placé pour dire cela : ce circuit, je le connais à fond, ayant passé plusieurs années à Berne.

 

Le politique migratoire doit être tranchée par le peuple. Quant au "Pacte de l'ONU sur les migrations", cette abstraction multilatérale, le Conseil fédéral a eu mille fois raison d'en prendre ses distances. La politique suisse ne se décide ni à Marrakech, ni à New York, ni dans la "Genève internationale". Elle se joue dans l'intime conviction, face à l'urne, de chaque citoyenne, chaque citoyen de ce pays.

 

C'est cela, la puissance de notre démocratie. Un acte puissant, sacré, de chaque individu vers la totalité indivisible du pays.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/11/2018

Le frisson du cocktail planétaire

 

Sur le vif - Mercredi 21.11.18 - 14.29h

 

La politique étrangère de la Suisse doit être au service des intérêts supérieurs du peuple suisse. Elle doit viser à garantir l'indépendance du pays, sa souveraineté.

 

Elle ne saurait avoir pour objectif principal de ne pas froisser le petit monde de la "Genève internationale", sous prétexte que ce dernier aurait laissé entendre, dans des cocktails, que nos signes de "repli nationaliste" les inquiétaient.

 

Qu'ils s'inquiètent déjà pour leurs pays, ces braves gens. Tiens, par exemple, qu'ils œuvrent à donner à leurs citoyens des droits populaires comparables aux nôtres.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

L'intimité d'appartenance

 

Sur le vif - Mercredi 21.11.18 - 07.54h

 

L'appartenance nationale n'est en aucun cas un "repli". Elle est un chemin d'accomplissement de l'individu vers le collectif, à l'intérieur d'un périmètre buriné par l'Histoire.

 

Elle est une mémoire partagée, une émotion commune, un rapport aux morts et au souvenir, une ardente pulsion d'avenir et de réinvention.

 

Ne laissons jamais les cosmopolites et les mondialistes pérorer sur le "repli nationaliste", sans leur rappeler cela. À ces cérébraux planétaires, opposons la chaleur et l'intimité de notre émotion d'appartenance locale.

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/11/2018

Les Gueux, le Prince

 

Sur le vif - Mardi 20.11.18 - 22.27h

 

Dans l'affaire des gilets jaunes, il y a le chœur, comme dans la tragédie grecque, face au Prince. Le choeur d'Antigone, face à Créon. La masse des Gueux, face au Maire du Palais.

 

Il n'y a même pas de coryphée. Pas de porte-parole.

 

Préfiguration de la politique nouvelle ! Liquéfaction des corps intermédiaires, Parlement ou syndicats.

 

Juste la masse, face au pouvoir.

 

Cette jacquerie n'a rien de médiéval, rien d'archaïque. Elle préfigure l'ultra-moderne.

 

Je ne m'en plains pas.

 

Pascal Décaillet

 

 

22:36 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les barbelés du langage

 

Sur le vif - Mardi 20.11.18 - 18.17h

 

L'argument le plus détestable des opposants à une initiative est de prétendre qu'elle n'est pas claire.

 

C'est un mensonge éhonté.

 

L'écrasante majorité des initiatives populaires, en Suisse, sont parfaitement claires. Le peuple, qui est adulte et vacciné, en comprend fort bien les enjeux. Il décrypte d'instinct les intentions politiques réelles des uns et des autres.

 

L'argument du "manque de clarté" est une invention de juristes, de profs de droit, de juges au Tribunal fédéral.

 

Le peuple suisse, lui, comprend mille fois plus vite les enjeux d'une initiative que les méandres d'un débat parlementaire.

 

Dans cette affaire, il y a surtout des clercs et des pharisiens qui veulent conserver leur pouvoir, par les barbelés du langage.

 

Pascal Décaillet

 

 

22:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Invalidons les juges !

 

Sur le vif - Mardi 20.11.18 - 14.21h

 

Je ne supporte pas quand le Tribunal fédéral invalide une initiative populaire, dûment munie de toutes les signatures requises.

 

Peu m'importe que je sois d'accord ou non avec l'initiative en question. C'est, pour le citoyen actif que je suis, une question de principe.

 

Une initiative ayant recueilli les signatures, ce qui est le fruit d'un long et patient travail citoyen, doit être soumise au peuple. Dans une démocratie, c'est lui qui doit décider pour les choses politiques, pas les juges.

 

Que les juges s'occupent des cas individuels. Qu'ils laissent l'ordre démocratique des citoyens statuer sur l'avenir politique du pays.

 

Les juges, chez nous, interviennent beaucoup trop souvent sur la politique. Nous ne voulons pas d'une République des juges.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Ostpolitik

 

Sur le vif - Mardi 20.11.18 - 03.20h

 

La partie essentielle du destin allemand se joue à l'Est. Frédéric II de Prusse (1740-1786) l'avait compris, avant tout le monde. Ainsi que le plus grand Chancelier du vingtième siècle, Willy Brandt (1969-1974).

 

L'Ostpolitik, c'est simplement l'acceptation de ce tropisme. Il ne concerne pas que la Prusse, mais l'ensemble des Allemagnes, dans leurs liens profonds, historiques, économiques, culturels, linguistiques avec les Marches orientales de l'Europe.

 

La Guerre froide a voulu nous faire croire, dans les années 1949-1989, que la question Est-Ouest se réduisait à une simple fracture idéologique : d'un côté les communistes, de l'autre les capitalistes. En Occident, donc en Suisse comme ailleurs, on parlait de la DDR en la caricaturant, on la dénigrait systématiquement. J'ai fait partie, à l'époque, de ceux qui refusaient cette conception manichéenne. J'avais mes raisons.

 

On oubliait juste que la première clef de lecture n'était pas idéologique, mais nationale. La DDR, c'était la Prusse, sous un autre nom. Sous occupation russe (comme l'Ouest était sous occupation américaine, principalement).

 

La DDR, c'étaient des Allemands. Un système politique qui devait beaucoup à Hegel, dans son rapport à l'Etat, à l'individu face au collectif. Une culture allemande. Des auteurs allemands, à commencer par le plus grand dramaturge du vingtième siècle. Des musiciens allemands. Des scientifiques allemands. Des pasteurs allemands.

 

En tournant son regard vers l'Est, dès 1969 (il avait préparé le terrain déjà entre 66 et 69, comme ministre des Affaires étrangères de la Grande Coalition), Willy Brandt ne fait absolument pas de l'idéologie.

 

Non, il fait infiniment plus que cela : il accomplit le destin allemand, en reconnaissant son tropisme naturel vers l'Est. Dans ce trajet intérieur et spirituel, la génuflexion de Varsovie, en décembre 1970, apparaît comme l'acte sanctificateur d'une démarche politique et historique de premier ordre. Ce geste, 25 ans après la guerre, est sans doute capital dans les relations germano-polonaises. Mais il ne faut pas s'y tromper : c'est avant tout rite germano-allemand. Un signe de l'Allemagne profonde, donné à l'Allemagne de l'écume.

 

Dans une Histoire nationale qui avait commencé par la traduction en langue allemande, en 1522, de la Bible, s'était accomplie par les Passions de Bach et la redécouverte de ce musicien par Mendelssohn, les oratorios de Haendel, la Révolution musicale de Beethoven, les recherches des Frères Grimm sur la langue allemande, l'aventure narrative wagnérienne, puis celle de Richard Strauss, le travail de Hölderlin puis de Brecht sur la métrique grecque, dans leurs variantes d'Antigone, il fallait, un quart de siècle après l'Apocalypse, un geste de réconciliation de l'Allemagne avec elle-même : ce fut celui de Willy Brandt, sur la Vistule.

 

L'Ostpolitik est un pèlerinage - au sens de Liszt - de l'Allemagne vers l'Allemagne.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/11/2018

Genève : le gâchis des radicaux

 

Sur le vif - Dimanche 18.11.18 - 14.15h

 

Il faut un peu s'imaginer ce qu'était la politique à Genève il y a 18 ans, au tout début des années 2000. Une idéologie libérale omniprésente : même les socialistes suisses, blairiens pour nombre d'entre eux, prônaient, tout au mieux, la domestication du capitalisme. Un Conseil d'Etat mou. Une instruction publique donnant des gages au pédagogisme. Les bilatérales, exaltées. La question de la concurrence transfrontalière sur le marché du travail, totalement sous-estimée, ce qui donnera naissance au MCG, et lui permettra sa première percée en 2005.

 

C'est dans ce contexte qu'est apparu un tout jeune conseiller municipal en Ville de Genève, 22 ans en l'an 2000, Pierre Maudet. C'est à cette époque, alors que je lançais l'émission Forum, que j'ai fait sa connaissance. Soudain, un homme. Jeune, élancé, dynamique, cultivé, incroyablement rapide dans son cerveau, malicieux, croqueur d'aventure et de destin. Dire qu'il tranchait avec le reste de la classe politique genevoise, c'est encore ne rien dire. En voilà au moins un avec qui on n'allait pas s'ennuyer.

 

Dans les cinq premières années de Forum, j'ai sans doute pas mal fait pour lui conférer une notoriété romande. Je l'assume absolument. Lorsqu'il y a talent, qu'importent pour moi les titres, qu'importait qu'il ne fût que conseiller municipal, et provoquât les jalousies de tel conseiller national. Maudet, Darbellay, Pierre-Yves Maillard, il fallait à mes yeux que ces hommes fussent du débat public.

 

Et puis, Pierre Maudet était radical. Et son avènement a coïncidé avec le vertige de ce parti, son risque de disparition de la scène politique, après plus d'un siècle et demi de présence en continu. En 2001, Guy-Olivier Segond quitte le Conseil d'Etat, après 12 ans, et Gérard Ramseyer n'est pas réélu. Pour la première fois depuis le Paléolithique supérieur, pas de radical au gouvernement ! Pierre Maudet et François Longchamp seront, devant l'Histoire, les hommes de la Reconquista, il faut leur laisser cela. Dans la médiocrité ambiante de la Genève de ces années-là, entre fatigues patriciennes, arrogantes comme jamais, et gauche mondialiste, ces deux hommes, d'une culture politique supérieure à la moyenne, avec sens de l'Etat et de la République, ont tranché. Ils ont constitué une alternative. Ils ont travaillé comme des fous. Et ils ont gagné.

 

Élection de François Longchamp en novembre 2005 au Conseil d'Etat, retour du Grand Vieux Parti, puis élection de Pierre Maudet au printemps 2007 à l'exécutif de la Ville. Chez les grognards, le moral, enfin, remontait. Quelque chose, en politique, était possible, si on en avait la volonté et la vision. De mon point de vue, deux hommes intelligents arrivaient aux affaires, comment s'en plaindre ?

 

Hélas, ces deux hommes n'ont pas exactement utilisé le pouvoir comme ils auraient dû. Une fois aux affaires, ils ont gardé les vieux réflexes des radicaux assiégés, cultivant dans l'officine l'art de monter des coups. Au mieux, on rendra hommage à leur esprit de corps. Au pire, on regrettera que ce dernier ne fût tourné que vers la promotion de leurs intérêts de caste et de corporation, et je ne parle même pas encore de cette affaire de cagnotte, écume face à l'essentiel.

 

Au fil des années, cet esprit de garde prétorienne s'est renforcé, on a gouverné dans le silence des coups montés à quelques-uns, avec çà et là de petits Peyrolles comme commis de basses besognes. Dans ces années-là, de pouvoir sans partage, combien de sourds combats en d'obscurs Fossés de Caylus, combien de comptes réglés avec des adversaires dérangeants : ça n'était plus la République, c'était juste le petit théâtre des ambitions personnelles.

 

C'est cela, le vrai problème du pouvoir radical retrouvé, de 2005 à 2018. Ce qui aurait dû servir l'ensemble de l'Etat, hélas, ne fut mis qu'au service personnel de deux hommes. C'est dommage. C'est du gâchis. C'est du temps perdu. Parce que ces deux hommes sont intelligents, cultivés, ils ont de la vision et du sens politique. Mais ils se sont noyés, sans même en jouir vraiment, dans l'immanente noirceur du pouvoir.

 

Le reste, ce sont des péripéties. Ou des mirages d'Orient.

 

Pascal Décaillet

 

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16/11/2018

Armée européenne : l'inculture de Macron

 

Sur le vif - Vendredi 16.11.18 - 17.37h

 

Il ne saurait exister d'armée européenne, pour la simple raison qu'il n'existe pas d'Europe.

 

Une armée, c'est l'épée d'une nation. Pour qu'il y ait armée, il faut qu'existe farouchement, derrière, une communauté d'hommes et de femmes suffisamment soudés, dans l'ordre des valeurs, de la mémoire, du projet commun, pour crier au monde leur volonté de vivre ensemble.

 

Exemple : la France révolutionnaire de 1792, celle qui lève en masse le peuple pour défendre les frontières et les valeurs nouvelles, alors que les têtes couronnées d'Europe, coalisées (elles le seront jusqu'en 1815), préparent l'invasion pour rétablir l'Ancien Régime, avec ses privilèges. Là, dans ce moment d'exception de l'Histoire de France, ceux qu'on a appelés les Soldats de l'An II, patriotes comme jamais, ont donné à l'Europe une incroyable leçon.

 

Pour qu'il y ait armée, il faut qu'il y ait nation politique. Il faut que ceux qui tiennent l'épée soient soutenus par le peuple. Ils l'ont été, dans la France en guerre, entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918.

 

Pour qu'existe donc, un jour, cette fameuse "armée européenne", qu'un Président sans mémoire et sans culture politiques a cru bon, juste en passant, de lancer dans l'opinion, comme un feu de Bengale, sans le moindre arrière-pays mental dans l'ordre de l'Histoire, il faudrait qu'existe un jour une véritable Europe politique.

 

Existera-t-elle un jour ? Je n'en sais rien. Mais j'ai la certitude qu'aujourd'hui, elle n'existe pas. Au contraire, le château de cartes, construit sur de mauvaises bases, s'effondre.

 

Stratégiquement, qu'avons-nous en Europe ? Réponse : deux armées crédibles. L'armée française. Et, la rattrapant à grandes enjambées, dans l'indifférence générale, l'armée allemande. Eh oui, l'Allemagne est en plein réarmement, depuis Helmut Kohl, cela semble n'intéresser personne, elle réarme même sa marine, au point que cette dernière pourrait rattraper la Royal Navy dans un combat acharné, entamé à la fin de l'ère bismarckienne, sous l'impulsion du Grand Amiral Alfred von Tirpitz (1849-1930), véritable fondateur de la Kriegsmarine, pour la suprématie en mer du Nord et en Baltique.

 

Une armée française, qui n'est pas rien. Un armée allemande, en constante solidification. Cela, ce ne sont pas des rêves. C'est la réalité stratégique d'aujourd'hui.

 

Un jour, les Américains, arrivés le 6 juin 1944 (et même un peu plus tôt, en Italie), quitteront le sol européen. Ce jour-là, pas si lointain, il y aura, sur le continent, et jusqu'à la Russie, une armée française, et une armée allemande. Cette dernière sera devenue la plus puissante en Europe. A partir de ces fondamentaux, chacun d'entre nous peut fantasmer les scénarios qu'il veut, mais cela restera précisément des scénarios.

 

Pour l'heure, il n'existe aucune espèce d'Europe politique, nous en sommes infiniment loin. Il ne saurait donc exister d'armée européenne.

 

Pour l'heure, il existe en Europe des nations. Avec des armées nationales. Principalement, une armée française, une armée allemande. Le reste, ce sont des rêves et des paravents. Autant dire, rien : nulle politique ne saurait se fonder sur d'autres ancrages que ceux des réalités.

 

Pascal Décaillet

 

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Alexandre de Senarclens

 

Sur le vif - Vendredi 16.11.18 - 08.27h

 

Alexandre de Senarclens est un homme dont je ne partage pas les idées politiques. Le libéralisme économique, l'Union européenne, le multilatéralisme, ne sont pas mes choix. J'aime l’État, j'aime la nation, j'aime la frontière, je suis protectionniste, attaché à la solidarité et à la cohésion sociales, à l'interne. Dimanche 25 novembre, il gagnera, je perdrai. J'aurai tout au moins voté en conscience.

 

Bref, tout semblerait me séparer de ce patricien qui semble, à tout moment, surgir de la rue des Granges. Seulement voilà : il est devenu président du PLR genevois, j'ai commencé à l'inviter à GAC, j'ai appris à le connaître. Au fil des mois, j'ai découvert que l'élégance de cet homme n'était pas seulement vestimentaire : elle vient de l'intérieur, de son éthique, de son sens exceptionnel de la responsabilité individuelle. Il m'arrive parfois, en le côtoyant, de penser à mon professeur de grec, Olivier Reverdin.

 

Et puis, il y a eu l'affaire Maudet. Comme une pluie de poix sur la blancheur des convictions. Jour après jour, à ma demande, Alexandre de Senarclens, qui n'est strictement pour rien dans ces mirages orientalistes, ces cagnottes de grognards démobilisés et ces salamalecs, a toujours accepté de venir sur mon plateau, essuyer les plâtres. Payer pour les autres.

 

Il l'a fait, parce qu'il est président, et qu'il assume la fonction. Il n'a jamais attaqué personne. Il s'est montré, et se montre encore, dans toute cette crise majeure, un parfait gentleman, soucieux de l'unité d'un parti qui vole en éclats.

 

Au moment où ce parti n'a même pas le minimum de gratitude de le retenir pour la liste au National (Chambre où il aurait parfaitement sa place), je veux lui dire ici, publiquement, mon estime et mon respect pour la très grande classe de son comportement, et sa verticale rectitude dans le champ dévasté des trahisons.

 

Pascal Décaillet

 

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15/11/2018

Démocratie directe : les thèmes au pouvoir !

 

Sur le vif - Jeudi 15.11.18 - 15.27h

 

Politique : parlons moins des gens ! Parlons des thèmes !

 

La supériorité de la démocratie directe est qu'elle permet au corps des citoyens d'empoigner lui-même, sans intermédiaires, les grands thèmes dont peut dépendre le destin du pays.

 

Ainsi, les juges étrangers : qu'on soit pour l'initiative, qu'on soit contre, le peuple entier de la Suisse aura pu brasser un thème majeur, touchant à la notion de la souveraineté législative.

 

C'est tout de même autrement fondamental, dans la dimension même de la querelle, que l'anecdote ou la péripétie personnelle des uns ou des autres !

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le corps de la nation

 

Sur le vif - Mercredi 14.11.18 - 23.50h

 

Il n'y a pas d'un côté les politiques, comme s'ils devaient constituer une caste à part, et de l'autre les gens.

 

Non. Il y a des citoyens.

 

Nous sommes tous citoyens ! Tous ensemble, nous faisons, grâce à la démocratie directe, la politique du pays. Ensemble, nous constituons le corps de la nation. Chacun de nous est fragment de cette totalité.

 

Il y a des citoyens élus, dans des Parlements, pour faire des lois. Fort bien. Qu'ils fassent des lois. Mais la politique ne leur appartient pas. Pas plus qu'elle n'appartient aux partis.

 

Se faire élire ne constitue en aucune manière un élément de supériorité dans l'appartenance citoyenne. Au contraire : cela crée un devoir, une forme profane de ministère, envers la masse des citoyens électeurs. Un élu est là pour servir.

 

La politique est l'affaire de tous. Aventure collective et totale, à l'intérieur d'un périmètre donné, qui constitue à la fois une communauté de mémoire et de destin.

 

Cet horizon commun, où l'avenir puise son énergie dans les profondeurs de l'Histoire, le foisonnement des récits, l'invention des langues, la communauté des valeurs, je lui donne, pour ma part, le nom de nation.

 

Pas le nationalisme. Juste la nation.

 

Pascal Décaillet

 

 

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