Sur le vif - Page 4

  • Les bannières de la liberté

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    Sur le vif - Jeudi 30.01.20 - 13.27h

     

    Eh oui, c'est comme ça : je soutiens Trump quant à sa politique économique intérieure, son protectionnisme, son refus du multilatéral, sa volonté de contrôler les flux migratoires. Et en même temps, j'affirme - depuis toujours - que sa politique au Proche-Orient est une absolue catastrophe.

    Otage électoral d'un clan dans son pays, le Président ne comprend rien, ne veut rien comprendre, à la complexité du monde arabo-persique. Soutien aveugle non seulement à Israël, mais à ceux qui, à l'intérieur du jeu politique (complexe, également) israélien, veulent la colonisation la plus extrême des territoires palestiniens.

    Alors, les gens me disent : "Mais quoi, au final, tu es pour ou contre Trump ?". Je leur réponds qu'à bien des égards, je suis pour, ma position n'ayant pas changé depuis la campagne électorale de 2016. Mais qu'à d'autres égards, principalement sa méconnaissance crasse du monde arabe et son soutien aux faucons israéliens, je suis résolument contre.

    Voyez-vous, je suis un homme libre. Je me suis battu pour cela, croyez-moi, comme peu d'autres, dans l'univers éditorial de Suisse romande. Il m'a fallu des années, des décennies de combat, à l'intérieur même de ma profession, puis en accédant il y a quatorze ans à mon statut d'entrepreneur indépendant, pour bénéficier de cette liberté. Je n'appartiens à aucun parti, aucun clan, aucune faction. Je ne suis l'homme de personne. Je suis un homme seul.

    Alors oui, il y a le Trump que j'apprécie, et celui que je combats. Il y a Macron, dont je dénonce depuis 2017 les liens avec la grande finance internationale, les options libérales, européennes, etc. Mais dont je reconnais la classe lorsque, par exemple, il s'exprime devant Notre-Dame en feu. Soudain, le temps d'une émotion mystique, chez cet orléaniste, des accents de Péguy, celui des Cahiers de la Quinzaine.

    Il y a notre totale liberté à tous (sauf à faire allégeance, nul n'y est tenu) à produire un discours de soutien, d'opposition, ou, un peu plus subtil quand même, une analyse différenciée en fonction des sujets.

    J'encourage chacun d'entre nous à nous livrer sa pensée. Et à lutter, avec la dernière énergie, contre les étiquettes et les catégories : "Celui-là est de gauche, de droite, pro-Trump, anti-Macron", etc. Nous n'avons, nous, les citoyennes et citoyens libres de ce pays, aucune bannière particulière à défendre, si ce n'est celles de notre indépendance, de notre refus des classifications, et de notre liberté. Ne sont-elles pas les plus belles ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les voix arabes, où sont-elles ?

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    Sur le vif - Mercredi 29.01.20 - 15.45h

     

    J'ai connu, dans ma jeunesse, un temps - plutôt court - où existait une forme de conscience arabe dans le monde. Lorsqu'une partie du monde arabe était attaquée, ou humiliée, on entendait d'autres voix arabes prendre sa défense.

    Un homme, unique au vingtième siècle, avait réussi cela : c'était Nasser. Son discours sur Suez, en 1956, son charisme, son intelligence, son emprise sur les foules, ses dons oratoires, son attitude d'Etat face à tous les extrémismes de son propre pays, avaient fait de lui un homme d'exception.

    Alors oui, il y eut un temps, entre la fin des années 60 et le début des années 70 (peut-être entre juin 1967 et octobre 1973, donc entre deux Guerres, celle des Six-Jours et celle du Kippour), où put fuser, dans le monde, l'idée d'une Nation arabe. Sans que les contours de cette dernière, au demeurant, ne fussent jamais définis avec exactitude : on savait toute la pluralité antagoniste - et pas seulement dans l'ordre religieux - qui se cachait sous l'identité arabe.

    Aujourd'hui, 29 janvier 2020, nous sommes face à un "plan de paix" américain qui relève de la farce et de la provocation. Jamais, depuis 1948, en tout cas depuis 1967, l'identité palestinienne n'a été aussi cyniquement niée, au profit du colon. Et en ce jour de deuil, de tristesse, de désespoir pour une partie essentielle des Arabes du Levant, où sont-elles, les autres voix arabes, pour dire leur solidarité ?

    Ami de cette région du monde, où je me suis souvent rendu, ami de tous les peuples qui s'y trouvent, je cherche vainement, aujourd'hui, l'esquisse d'une conscience arabe, au-delà des frontières, au-delà des intérêts financiers, au-delà de ces richesses qui fossilisent l'esprit et pétrifient les âmes. C'est là, le vrai drame arabe d'aujourd'hui.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Robert-la-Morale

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    Sur le vif - Mercredi 29.01.20 - 13.53h

     

    Les petits numéros d'indignation de Robert Badinter sont de plus en plus insupportables.

    Oh, je ne parle pas du fond. Il est, en effet, totalement inacceptable de brandir la tête d'Emmanuel Macron - comme, d'ailleurs, celle de qui que ce soit - sur une pique. L'ancien ministre de la Justice a raison de le dénoncer.

    Mais le problème n'est pas là. Vous avez vu ce ton ? N'oublions jamais que nous avons affaire à un avocat pénaliste, qui fut en son temps l'un des meilleurs de France. Il maîtrise l'art de convaincre, il connaît à fond les registres du théâtre, il excelle dans l'usage de la feinte. Un homme qui a réussi, avant 1981, à sauver des têtes, est un maître dans l'ordre du drame. Il sait quel visage prendre, quel sentiment jouer. Il module sa voix. Il intériorise la colère. Tout cela est de l'ordre d'une composition. Et ça marche : l'immense majorité des gens vous diront que Robert Badinter, conscience vivante de l'Esprit des lois, est un type formidable.

    Je ne partage pas ce point de vue. Oh, j'ai admiré cet homme naguère : adversaire acharné, toute ma vie, de la peine de mort, j'ai applaudi lorsque, la première année du règne de François Mitterrand, le Garde des Sceaux Badinter a fait voter la loi d'abolition. Rien que pour cela, l'homme a sa place dans l'Histoire.

    Mais je n'aime pas le Badinter d'aujourd'hui. Oh, je sais, c'est délicat à dire lorsqu'il s'agit d'un brillant nonagénaire, dont le courage, la lucidité, les qualités intellectuelles sont indiscutables. Mais, désolé, j'aime de moins en moins le systématique numéro d'indignation qu'il nous livre sur les écrans. Cet homme de qualité est devenu Robert-la-Morale. Cet avocat a changé de robe, pour endosser celle du Procureur. On l'entend de moins en moins analyser, de plus en plus s'étrangler d'indignation.

    Ce grand acteur calcule à merveille son effet. Il a saisi, mieux que d'autres, la grammaire du petit écran. Il prémédite, avant d'entrer en scène, comme jadis avant le prétoire, ce que seront son visage, ses yeux, les tonalités de sa voix. Bref, il plaide. Et, comme il connaît le temps court de l'antenne, il nous évite l'exposition, pour nous livrer uniquement le moment passionnel. Ce petit numéro peut avoir une fois, deux fois, son charme. A la dixième fois, la ficelle devient visible. A la quinzième, elle est insupportable.

    Puisse ce grand esprit venir à nous avec l'étendue de sa culture, et la puissance intrinsèque de ses arguments. Souvent, nous serons avec lui. Puisse-t-il en faire un peu moins - en tout cas, moins systématiquement - dans le petit numéro préparé où le plaideur fronce le sourcil, rentre le regard, va chercher dans sa voix la gravité du Commandeur. Et nous laisse, comme Dom Juan, face aux feux de l'Enfer.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ecrire, c'est signer

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    Sur le vif - Mardi 28.01.20 - 15.39h

     

    Écriture en "résidence", textes à plusieurs mains, signatures collectives, je ne crois à rien de tout cela.

    On parle là de l'écriture comme d'un laboratoire, avec des formules qui pourraient s'apprendre. Stages de cuisine provençale, dans un Mas, face à la mer ! Le lieu, qu'on appelle "résidence", aurait son importance. La compagnie, aussi. Je n'en crois rien.

    Je ne connais rien de plus individuel que l'acte d'écrire. La seule "résidence" qui vaille, c'est la totalité d'une solitude face au verbe. Donc, n'importe où fera l'affaire. De Sade à Céline, que de chefs d’œuvre écrits au fond d'une cellule !

    Quant à l'imposture des textes à plusieurs mains ! Qui, au final, tient la plume ? Qui endosse la responsabilité ? Qui insuffle son style, ou tout au moins sa patte ? Qui assume le lien de filiation entre l'auteur et la suite de mots qui déjà, comme une fugue, s'envole et lui échappe ?

    J'attends de l'école qu'elle réhabilite, dès l'aube de l'enfance, la notion d'auteur. Tu écris bien, tu écris mal, tu aimes écrire, tu détestes (c'est souvent très proche), tu comptes, tu racontes, tu définis, tu décris, tu argumentes : à chacun, ses affinités. Mais au final, tu signes. Avec ton nom et ton prénom. C'est ton texte. Tu l'assumes.

    Dans ce domaine-là, le collectif est une imposture. Seule la plus glacée des solitudes t'aidera - peut-être - à exister.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Mahmoud Abbas dit NON. Et il a raison.

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    Sur le vif - Lundi 27.01.20 - 15.56h

     

    Le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, refuse de discuter avec Donald Trump du "plan de paix américain" pour le Moyen-Orient.

    Comment lui donner tort ? Depuis qu'il est aux affaires (où nous reconnaissons ici sa réussite en économie intérieure), le Président américain multiplie, pour se garder un socle électoral en novembre 2020, les provocations contre la dignité palestinienne la plus élémentaire.

    Il soutient inconditionnellement la politique coloniale de Netanyahou. Il inscrit dans son "plan de paix" la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël. Comment voulez-vous que le patron de l'Autorité palestinienne puisse avaliser un tel document ?

    Le peuple palestinien vit certaines de ses heures les plus difficiles depuis 1948. Israël tente de légitimer les annexions, la Maison Blanche suit systématiquement. La Cisjordanie, Jérusalem-Est, Gaza n'ont ni indépendance, ni dignité. On joue la montre, on atermoie, on fragmente les causes, on continue d'installer des colons, on fait reculer la langue arabe en territoire israélien. On isole, à Gaza, plus d'un million de personnes qui vivent dans des conditions inimaginables. Et il faudrait que le chef investi de ce qui reste de pouvoir palestinien, ce Jean Sans Terre, même pas le pouvoir d'un de Gaulle à Londres, se commette à aller parlementer avec un Président américain qui, sans la moindre ambiguïté, a fait son choix devant l'Histoire !

    Mahmoud Abbas a raison de dire non. Ce mot "non", dans toute sa raideur, toute son intransigeance, c'est la seule manière, aujourd'hui, en ce temps d'immense difficulté pour son peuple, d'affirmer sa dignité. Et la grandeur de sa cause.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Suzette face à la Communauté du Bien

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    Sur le vif - Dimanche 26.01.20 - 14.21h

     

    L'excellente Suzette Sandoz, dont je ne partage pas les options libérales, mais dont j'admire le combat pour la liberté de pensée, commet dans le Temps un blog jugé déplaisant par les Clercs du Climat.

    Du coup, la Congrégation pour la doctrine de la foi publie un contre-texte, où elle rappelle le dogme. Ce qui est licite, ce qui ne l'est pas. Ce qu'on peut dire, ce qu'il faut taire. Courageuse, la Cléricature multiplie les signatures. A plusieurs, on se couvre, on se protège, sous une même pourpre, cardinalice.

    Mieux : le Temps use de précautions pour se justifier d'avoir donné la parole à l'hérétique. Il coiffe le propos d'un apparat critique, de type "Attention, ce film est déconseillé aux moins de 18 ans".

    L'affaire du climat est loin d'être la seule, dans le choc des idées en Suisse romande, où règne la censure. Il en est d'autres, de plus en plus nombreuses.

    Face à une telle pesanteur, la seule réponse, pour chacun d'entre nous individuellement responsable de ses prises de position, est de s'exprimer. En tentant de préciser au mieux les contours de sa pensée. En disant ce qu'il a à dire. Parfois, cela épousera la doxa ambiante. Parfois, non. Dans ce second cas, évidemment plus difficile à vivre face aux chasses aux sorcières, il ne faudra justement renoncer en aucun cas à dire ce qu'on a sur le coeur.

    La République appartient à tous. Le combat des idées, aussi. Il n'appartient pas à la Communauté du Bien, ni à celle des Experts, ni à celle des "Scientifiques", de déterminer ce qu'on a le droit de dire, et ce qu'il faudrait taire.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • A propos du verbe et du chant

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    Sur le vif - Vendredi 24.01.20 - 16.11h

     

    La question centrale, pour moi, est celle du verbe. C'est, à part la recherche de la vérité historique, ce qui m'occupe le plus, ce qui totalement me passionne.

    Le verbe. Je le prends au sens latin, verbum, la parole. Et pour moi, avant tout, la parole physique, celle que l'on tient à haute voix. Mais aussi au sens grec, logos, un mot plus complexe, riche de sens, le mot, la parole, l'argument, ou encore au début de l’Évangile de Jean, le Verbe au sens biblique, théologique. Encore faut-il circonscrire ce que cela recouvre !

    Je ne suis pas philosophe. Je m'intéresse au langage, à la musique, à l'Histoire. Ma passion pour le verbe est physique, elle est corporelle, elle passe par la voix, comme il sied à un homme de radio. Lorsque j'écris, je dis tout haut ce que je couche sur le texte, donc en vérité je n'écris jamais : je parle, je me dicte à moi-même les mots. Dès lors, le verbe reprend le sens qui en français lui est le plus courant : le principe actif de la phrase, celui qui donne le sens, définit l'action.

    Mon rapport à l'écriture est très complexe, j'y reviendrai peut-être un jour. J'aime écrire, c'est sûr, comme beaucoup d'entre nous ici. Mais en aucun cas - je dis bien aucun - l'écriture en soi ne constitue pour moi une finalité. C'est juste un outil, un "organon", j'ai eu la chance de l'apprendre très jeune, je m'en sers, je ne suis pas sûr du tout de l'aimer, il est même possible qu'au fond de moi, pour d'obscures et complexes raisons, je le déteste.

    Pourtant, pas une journée, pas une heure, sans lire. Peut-on vivre sans respirer ? Paradoxal, je sais.

    La question centrale est celle du verbe. J'y pensais hier soir en écoutant Renata Tebaldi, l'autre géante. Lorsque, transfigurée par le chant, la parole est à ce point physique, littéralement incorporée, lorsque toute notre carcasse périssable sert de caisse de résonance à une partition, alors il n'y a plus ni verbe, ni notes, ni sons, ni soupirs. Il y a juste l'un des plus saisissants accomplissements humains : s'oublier soi-même, se fondre dans la musique. Devenir soi-même l'instrument, l'outil, l'organon.

    J'aurais voulu être cantatrice.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Jutland

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    Sur le vif - Jeudi 23.01.20 - 15.44h

     

    URGENT - Conscient du problème de visibilité que représente, sur un pare-brise, l'accumulation des macarons nécessaires, le Conseil d'Etat rend obligatoire l'achat, au 31 janvier, d'un périscope par chaque détenteur d'automobile. Agréé par la Kriegsmarine, le modèle U-Boot 41 sera en vente dans tous les garages, dès 17h.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'imposture des "collectifs"

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    Sur le vif - Mercredi 22.01.20 - 14.06h

     

    Je ne peux plus supporter ces mots, les "collectifs", les "coordinations", et autres nébuleuses, qui nous enfument à longueur de journées avec leur communiqués, leurs exigences, leurs menaces.

    A Genève, n'importe quelle grappe improbable peut se revendiquer d'un "collectif". Souvent, un gourou, avec une docile bande de moutons et de brebis. Entre soi, sans autre légitimité que s'être agglutiné, avoir créé un groupe sur un réseau social, on se chauffe, on s'aiguise au fer rouge, on se surexcite, dans l'attente du Grand Soir.

    Qui sont ces "collectifs" ? Quels sont leurs formes juridiques ? Qui porte la responsabilité légale, lors "d'actions", dans la rue, ou parfois en violation de domiciles ? Qui les finance ? Au nom de quelle légitimité viennent-ils se couvrir de ces deux mots totalement fumeux, "collectifs", "coordinations" ?

    Surtout, nous les citoyennes, les citoyens de ce canton, hommes et femmes libres, détenant pour chacun d'entre nous une part indivisible du suffrage universel, en quoi devrions-nous, d'une quelconque manière, nous laisser impressionner par ces entités grégaires, qui essaient juste la loi du nombre, la détestable loi du groupe intimidant, pour faire peur ?

    La République, ça n'est pas la loi du nombre. Ca n'est pas le communautarisme associatif. Ca n'est pas ce petit jeu de matamores qui cherchent à intimider les citoyens. Ils ont certes le droit de s'agglutiner, de s'exprimer, tant qu'ils veulent. Nous, nous avons celui de les ignorer, d'exiger d'eux la transparence sur leur forme associative, leurs mécanismes réels, et la connaissance exacte, précise, assumée, de ceux d'entre eux qui portent la responsabilté juridique.

    Tout le reste n'est qu'enfumage. La République, ça passe par la confiance. Et par la clarté.

    Et si chacun d'entre nous, avant d'aller s'embrigader dans un "collectif", assumait à titre individuel, en signant de son nom et de son prénom, en prenant soi-même le risque de sa parole, ses positions dans la Cité ? Rien de pire que de s'abriter derrière un groupe. Notre démocratie, vivante et ouverte, mérite mieux que ces nuages opaques, porteurs de lâcheté.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • DIP : ça suffit !

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    Sur le vif - Mardi 21.01.20 - 09.54h

     

    Tant que le DIP n'aura pas pris les mesures STRUCTURELLES qui s'imposent, en rééquilibrant les forces entre l'intendance et le front, au profit de ce dernier, les élus légitimes du peuple auront raison d'exiger de lui une gestion plus saine.

    Car les élus représentent le peuple. Et, dans le peuple, les contribuables de la classe moyenne, soumis à une pression fiscale inimaginable pour entretenir un appareil d'Etat qui doit se montrer exemplaire dans son utilisation des deniers publics.

    Quant à la magistrate en charge du Département, elle est la mieux placée pour constater, autour d'elle, la floraison des secrétaires généraux adjoints, et autres commis d'état-major. C'est dans cette armada que des réformes s'imposent.

    Elle doit aussi écouter les critiques, en tenir compte, et penser constamment aux Genevoises et Genevois qui se saignent pour payer l'un des impôts les plus élevés de Suisse.

    Elle doit penser aux gens du privé, qui n'ont pas la chance de bénéficier de l'incroyable répartition des taux de cotisation LPP des fonctionnaires, 2/3 à la charge des employeurs !

    Elle doit enfin montrer un peu de respect pour les indépendants, ceux qui payent plein pot leur AVS, et bien sûr aussi leur prévoyance professionnelle, s'ils ont la chance de pouvoir en contracter une. Pour eux, la précarité, la vraie, peut surgir à tout moment.

    Le DIP doit mettre de l'ordre dans sa gestion. C'est parfaitement possible sans punir les élèves. Sans les priver de prestations, comme basse vengeance face à des décisions du Parlement, donc des élus légitimes du peuple de ce canton.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Sois libre, bordel !

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    Sur le vif - Lundi 20.01.20 - 16.16h

     

    Beaucoup trop de "collectifs", de comités, d'associations ! Avec leurs hiérarchies internes, leurs gourous, leurs suiveurs, leurs moutons, leurs pleureuses, leurs hystériques.

    D'où vient-il, ce besoin de s'agglutiner ?

    Il nous faut des hommes et des femmes individuellement responsables ! Ciselés dans leur solitude. Sales tronches. Têtes de lard. Mais assumant leurs valeurs, chacun pour soi, sans se croire obligé de se référer à une appartenance grégaire : "Je dois voir avec le collectif, vous comprenez, nous décidons ensemble".

    Et pendant qu'ils "décident ensemble", la responsabilité individuelle, celle des Humanistes, des Réformateurs, des âmes libres, elle est passée où ? Au vestiaire ? Dégoulinante, comme un parapluie, tout humide encore de la rosée du matin ?

    Laissons chaque humain parler librement, individuellement, pour soi. Moins de "collectifs", davantage d'âmes errantes ! Que ta parole soit tienne, et aussi la noirceur d'ébène de ta colère. Et aussi, ta joie, ta fureur, ta lecture, ton éclairage, tes personnages, tes décors.

    Et avant tout, ton verbe. Le tien, ton style à toi. Et pas celui de ton voisin. Et pas celui, par pitié, de ton gourou.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • D'un trait. Sans points, ni paragraphes.

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    Jeudi 23.07.15 - 23.15h

     

    Je macère à mort, comme un possédé, dans l'Histoire allemande. En vrac et sans prétention exhaustive, j'ai encore envie de vous raconter l'émancipation des Juifs d'Allemagne par Moses Mendelssohn (18ème siècle), la publication de Cassandra par Christa Wolf en 1983, la traduction d'Antigone par Hölderlin, la reprise d'Antigone par Brecht, le passage de la Meuse en Mai 1940, la première Diète de Francfort en 1848, la première du Deutsches Requiem de Brahms, la traduction de la Bible par Luther, la grande exposition (j'y étais) pour le 500ème de Dürer à Nuremberg en 1971, le suicide de Kleist et d'Henriette à Wannsee en 1811, le travail théâtral de Heiner Müller dans le Berlin de l'après-Brecht, le suicide de Paul Celan à Paris en avril 1970, les dernières décennies de Friedrich Hölderlin dans sa tour, le cimetière militaire allemand que nous avons visité, en famille, en Italie du Nord, en 2001, la Première de Lohengrin, Wagner, tout Wagner, rien que Wagner et encore Wagner, le rapport de Thomas Mann avec sa ville de Lübeck, ma rencontre avec Genscher (j'ai la photo et les autographes) à 14 ans, en 1972, sur un mirador du Mur de Fer, mon incroyable rencontre avec Helmut Schmidt dans son bureau de Hambourg en avril 1999, le destin de l'Allemand de Pologne chez qui j'ai vécu en 1972, la publication de la Montagne magique, de Thomas Mann, la redécouverte de Bach par Felix Mendelssohn, la guerre héroïque des sous-mariniers, la Bataille du Jutland, l'Exode des Allemands, par millions, vers l'Ouest, en 1945 (cf Günter Grass), les années et les rencontres de ma mère dans l'Allemagne de 1937 à 1939, le destin de feu mon ami August von Kageneck, officier de panzers dans la campagne de Russie, fils d'un aide de camp du Kaiser, la Rose Blanche, la Rote Kapelle, Heinrich Mann, Klaus Mann, Erika Mann, les musées coloniaux de Hambourg et de Brême, le concert de Bruckner, par le Wiener Symphoniker, auquel j'ai assisté en juillet 1973, dans la Basilique d'Ottobeuren, sous la mythique direction d'Eugen Jochum, la classe d'allemand à qui j'ai fait visiter le camp de Dachau en 1983, la représentation de Götz von Berlichingen qui m'avait bouleversé à Nuremberg en 1971, ma nuit à Brême, dans un garage, en 1972, avec des anciens combattants de la Campagne de France (mai-juin 1940), mon séjour à Weimar avec mon excellent confrère Pierre-Alexandre Joye en juillet 1999, notre visite du camp de Buchenwald, mes premiers contacts avec la DDR, ma découverte d'Hildesheim et Wolfenbüttel lors du voyage d'études de l'Uni au printemps 1978, ma couverture des manifestations syndicales à Berlin au début des années 2000, mon émission spéciale en direct de Francfort sur l'Oder en septembre 1998, juste sur la frontière polonaise, ma visite admirative des usines VW à Wolfsburg en 1972, ma baignade de minuit dans le Mittellandkanal avec des anciens combattants du front de l'Est, le Kreis de Stefan George, les premières assurances sociales sous Bismarck, mon premier séjour familial en Allemagne en 1968, ma visite d'un U-Boot avec mon père, les films de Fassbinder découverts avec passion chez Rui Nogueira au début des années 80, la vie et l’œuvre d'Ernst von Salomon, les corps-francs issus de la défaite de 1918, la Révolution du 9 novembre 1918, les Spartakistes, Rosa Luxemburg, le "Novembre 1918" de Döblin, Berlin Alexanderplatz, toute l'oeuvre de Richard Strauss, sa relation avec son librettiste Hugo von Hoffmannstahl, les oratorios de Haendel, la révolution musicologique de Bach, l'helléniste Wilamowitz, et je ne vous livre pas, ici, le dixième de mes passions.

     

     

    Et je ne vous dis rien de l'essentiel.

     

    Juste l'écume.

     

     

    Pascal Décaillet

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  • S'abandonner dans la parole de l'autre

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    Sur le vif - Samedi 18.01.20 - 17.03h

     

    La question majeure est celle du verbe. Le moteur de toute phrase. Celui qu'on produit, celui qu'on choisit, celui qui surgit, celui qu'on échange.

    Juste la musique des mots, celle qui révèle. Le contour des syllabes, précises, ciselées. Pauses, soupirs, silences : l'humain qui parle n'est pas un torrent continu, il suspend, s'arrête, reprend. Il émet du son, mais aussi du silence. C'est l'enchaînement de ces pleins et de ces vides qui constitue le discours.

    La parole échangée, d'un humain à l'autre, nous comblera non seulement par la pertinence, la puissance du verbe de l'un et de l'autre, mais - infiniment plus - par la construction à deux d'un discours commun. L'improvisation le permet. A deux conditions : d'abord, une parfaite maîtrise du contenu par l'un et par l'autre ; ensuite, la totalité d'une confiance, qui permettra au silence momentané de l'un de s'abandonner dans la parole de l'autre.

    On est loin du dialogue de commissariat, de la méfiance des "enquêteurs", de la dérobade des margoulins. On est - ou on tente d'être - dans la confiance partagée, le désir de vérité, la passion du verbe. C'est aussi simple que cela.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La vie, par le verbe et par la musique

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    Sur le vif - Vendredi 17.01.20 - 17.53h

     

    Que seraient les Psaumes, sans Jean-Sébastien Bach ? Oui, que seraient ces textes sublimes de l'Ancien Testament, si un Allemand, ayant passé sa vie entre Saxe et Thuringe, n'avait entrepris l'oeuvre immense de les élever vers le ciel, par la musique ?

    Que serait la Bible, si un certain Martin Luther ne s'était attelé au travail gigantesque de la traduire dans la langue de son temps, créant ainsi la littérature allemande moderne ?

    Luther, Bach. Et puis, plus tard, Mendelssohn. Et puis, tous les autres. La langue allemande, avec sa souplesse inimaginable, créatrice de mots, ouverte aux inflexions dialectales, a été capable d'embrasser, d'étreindre, d'incorporer le génie de la langue grecque, celle de Sophocle (Hölderlin, Brecht), celle des présocratiques (Heidegger), celle de la tradition néotestamentaire. Mais aussi, la langue allemande a su porter en elle la langue hébraïque.

    Celui qui traduit (du grec, de l'hébreu, du français) vers l'allemand, ne se contente pas de faire tenir des mots pour les autres. Non, il fait passer dans la pensée allemande, dans l'idéologie allemande, toute la vitalité de la pensée grecque, hébraïque, française, etc. C'est exactement cela qu'a sublimement réussi Martin Luther, lorsqu'en 1520 il a publié sa traduction de la Bible. C'est un acte fondateur, bouleversant. Il en préfigure un autre, trois siècles plus tard : la publication du prodigieux Dictionnaire de la langue allemande, par les Frères Grimm.

    Et puis, un jour de 1868, deux ans après l'unité allemande, Johannes Brahms nous sort son "Deutsches Requiem, nach Worten der Heiligen Schrift". Sa musique, incomparable, c'est dans le texte de Luther qu'il la puise, dans cet allemand de 1520 qui respire les Saintes Écritures, l'affranchissement de Rome, la joie sanctifiée de chaque syllabe, les mots réinventés. Brahms, après Bach, après Mendelssohn, poursuit le fil invisible de ce destin musical et spirituel des Allemagnes. D'autres, plus tard, au vingtième siècle, le reprendront. Faut-il rappeler la puissance de feu, demeurée intacte, de la musique, à Dresde et Leipzig, sous la DDR, celle de la littérature, celle des pasteurs, hommes et femmes libres, ceux qui un jour feront tomber les murs ? De l'antique Jéricho jusqu'à la déchirure de Berlin, les forces de l'écriture et celles du Cantique finissent par s'imposer. C'est la leçon de Bach. Et c'est la leçon de Martin Luther.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Blessure solaire

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    Sur le vif - Jeudi 16.01.20 - 15.05h

     

    Il y a juste quinze ans, le dimanche 16 janvier 2005, je me suis, pour la première fois de ma vie, senti un peu faible, et peut-être même un peu plus que cela, sur le plan physique.

    Un dimanche, oui. J'attaquais ma cinquième année comme producteur responsable de l'émission Forum, à la RSR. J'adorais ça, physiquement ! J'étais à la radio, justement, à m'exciter sur l'édition dominicale, ma préférée de la semaine. J'étais dans une forme olympienne, je me pensais invulnérable. La maladie, c'était pour les autres, pas pour moi. Je bossais comme un cinglé, je dormais peu, je bouffais la vie.

    Mais là, oui, ce dimanche, vers 15.30h, je suis allé voir le rédacteur en chef de jour, je lui ai juste dit : "Je ne sais pas ce qui m'arrive, une lourde fatigue, j'espère que ça va aller pour l'émission".

    Ces mots, de ma part, ont provoqué chez lui une grande frayeur : "Pascal, tu es sûr que tu ne veux pas rentrer chez toi ?".

    Je suis resté. J'ai fait l'émission. Elle s'est parfaitement déroulée. Dans le feu du direct, tout se passe toujours bien, rien ne peut arriver. De 19h à 20h, je l'ai encore réécoutée, comme tous les soirs, puis j'ai pris ma voiture, je suis rentré à Genève, j'ai parlé de ma fatigue à mon épouse. Lundi et mardi, je suis resté chez moi. Sans trop me faire de soucis.

    Le mercredi 19, je suis allé voir mon médecin généraliste. Et très vite, j'ai su. Ce fut confirmé, de façon irréfutable, dès le vendredi 21, par une biopsie à la Tour. Puis, toute la série des scanners, je ne vous fais pas un dessin. Puis, cinq mois de "traitement lourd" (je vous épargne les détails). Puis, après une pause estivale, deux mois de rayons.

    Alors, quoi ? - Alors, rien ! Aidé par les miens, j'ai fait ce qu'il fallait. Dans un esprit d'attaque, et non de défense. C'était la guerre, il fallait la mener. Ceux qui sont passés par là savent de quoi je parle. Alors, j'ai fait la guerre.Totale. Pendant six mois. Et j'ai obtenu un armistice aux conditions favorables.

    Ceux qui sont passés par là ? Ceux qui PASSENT (ces temps !) par là ? Ils se reconnaîtront. En écrivant ces lignes, c'est à eux que je pense. Il ne faut jamais - je dis bien jamais - abandonner le combat.

    Oui, d'autres ont eu moins de chance. Avec eux, moi, plutôt solitaire, je me sens dans une communauté d'appartenance, invisible, indicible, mais d'une puissance inouïe dans l'ordre de l'être sensible. Jamais je n'ai autant senti la force de l'humain que dans cette période physiquement un peu difficile. Après, si on guérit, on redevient con, c'est la vie.

    Ces quelques lignes, c'est à eux, ceux qui souffrent maintenant, que je les dédie.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Hölderlin, Beethoven, et la réfutation des Lumières

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    Sur le vif - Mardi 14.01.20 - 14.44h

     

    Les Lumières, au dix-huitième siècle, tant dans leur version française que dans le mouvement allemand de l'Aufklärung, ne cessent de faire référence à l'universel. C'est le siècle des sciences, il y a eu Newton avec ses formules, le savoir progresse à pas de géant, l'Encyclopédie recense et rassemble, les humains aspirent à une vision éclairée de l'univers.

    Mais les Lumières ne sont qu'un moment de l'Histoire des nos peuples, en Europe. En gros, les quelques décennies ayant précédé la Révolution française. Dans l'Histoire allemande, si on veut parler de l'Aufklärung, dont l'une des immenses figures fut le philosophe Moses Mendelssohn, alors il faut aussi mentionner ce qui, en réaction à cette hyper-rationalité, est venu après.

    Dans les Allemagnes, ce furent d'abord le Sturm und Drang, prodigieux mouvement littéraire et artistique autour des années 1770, puis le Romantisme. Retour aux récits. Retour aux vieux mythes germaniques. Retour aux histoires. Retour, très puissant, à l'Antiquité grecque (le poète Hölderlin lit le grec comme il respire). Puis, avec les Frères Grimm, retour aux vieilles légendes, et retour aux racines de la langue germanique : leur Dictionnaire est un pur chef d’œuvre.

    Ceux qui, aujourd'hui, se réclament des Lumières et de l'universel, passent sous silence l'incroyable vitalité linguistique, poétique, littéraire, musicale, culturelle, des mouvements qui, précisément, se sont définis en réaction par rapport à l'Aufklärung. Il y a eu un moment, dans les consciences allemandes, une décennie avant la Révolution française, où on a rejeté, par saturation, par insatisfaction, par un impérieux désir terrestre contre les mécaniques célestes du "Grand Horloger", la Raison triomphante des physiciens et des philosophes.

    Ce moment incroyable, celui de la réfutation des Lumières dans les Allemagnes, je l'étudie de près depuis quatre décennies. On aurait tort de ne mentionner que Schiller, le Goethe d'une certaine période, Hölderlin et les Frères Grimm. Non, il y a la musique. Et, puisque nous entrons dans l'année Beethoven, comment ne pas nous plonger dans l'univers de ce géant, sa conscience aiguë d'un monde en marche, et surtout la Révolution formelle permanente, entre ses oeuvres de jeunesse qui ressemblent à Mozart ou Haydn, et celles de l'âge mûr qui préfigurent Wagner, sans oublier le génie absolu des tout derniers Quatuors, jugés dissonants par la bonne société des mélomanes viennois.

    Parler des Lumières, oui. Mais sans jamais oublier leur réfutation par des forces telluriques que les grands penseurs de l'Aufklärung n'avaient pas voulu voir.

    Parler des Lumières, oui. Mais en prenant acte du surgissement des profondeurs terrestres qui a suivi. Je parle ici surtout de l'Allemagne, que je connais peut-être un peu. En tout cas, nul ne peut saisir le fil invisible du destin allemand, sans approfondir toute sa vie le moment de cette réfutation du rationnel. Il fallait que puisse éclore quelque chose de profondément humain, de l'ordre du sensible, de l'éruption, d'une immense émotion de l'être. Ce fut Schiller. Ce fut Hölderlin. Et ce fut Beethoven.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Face aux mensonges, la vérité des nations

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    Sur le vif - Vendredi 10.01.20 - 15.11h

     

    Les nations ne sont pas mortes, c'est au contraire l'illusion multilatérale qui se déchire. A cette toile indécise, improbable, menteuse dans sa conception même, la vérité des nations, rugueuse, entêtée, factuelle, ancrée dans l'Histoire, survivra.

    Oh, le temps des nations n'est pas éternel, rien ne l'est ! Un jour, il laissera place à autre chose, tout comme la féodalité, à partir de 1789, a rendu l'âme, pour laisser éclore un monde nouveau.

    Un jour, les nations se dissiperont. Nulle organisation politique des sociétés humaines n'est immortelle, ni l'Antiquité, ni le Moyen-Âge, ni les Temps modernes, ni ce que nous appelons, depuis la Révolution française, l’Époque contemporaine.

    Les nations, un jour, auront fait leur temps. Oui, mais certainement pas aujourd'hui ! C'est beaucoup trop tôt. Toutes les expériences de supranationalité, exigeant des délégations de souveraineté à un échelon supérieur, se cassent la figure.

    L'échec patent de l'Union européenne à créer un véritable espace politique en est une preuve éclatante. A Bruxelles, à Strasbourg, on édicte, on réglemente, on tente d'huiler et d'administrer une machine à Tinguely, en réalité on tourne à vide, on patine. Il n'y a pas d'Europe politique. Et les discours du "ministre des Affaires étrangères" de l'UE (connaissez-vous seulement son nom ?), dans la crise USA-Iran, ont la force de frappe des feuilles mortes, dans la bourrasque.

    De même, l'échelon multilatéral échoue depuis exactement un siècle. La SDN, créée à Genève au lendemain de la Grande Guerre, n'aura empêché ni les pouvoirs totalitaires, ni la résurgence du tragique, ni la Seconde Guerre mondiale. L'ONU, lancée après 1945, n'aura jamais réussi à éviter la moindre guerre, ni surtout à équilibrer les forces entre les rapaces mondiaux, au premier desquels les États-Unis d'Amérique, et les plus faibles. Pire : elle aura, au final, cautionné la primauté des forts, leur pouvoir de domination, de prédation, de vie et de mort.

    Face à ces monstres, la bonne vieille nation, avec son organisation humaine, ses institutions, la consultation de son peuple, son périmètre donné, ses frontières, son décor, ses paysages, ses horizons reconnaissables, son Histoire, sa mémoire (même conflictuelle, il est sain qu'elle le soit), ses traditions, ses solidarités partagées, sa communauté de destin, sa fraternité toujours à inventer, n'est de loin pas morte.

    Oh, en 1945, elle n'avait plus trop la cote, et il y avait de quoi. Mais voilà, les temps ont changé, les grandes illusions libertaires de la fin des années soixante se sont dissipées, la toile multilatérale a montré ses limites. Elle a surtout prouvé que, loin d'équilibrer les pouvoirs, elle cautionnait les plus forts. C'est exactement ce qui arrive avec l'Union européenne depuis la chute du Mur de Berlin : l'Allemagne, depuis trente ans, ne cesse de monter en puissance, Bruxelles n'entreprend strictement rien contre ce déséquilibre.

    Alors, face au grand mensonge des constructions planétaires, ou continentales, la simplicité, la vérité, la traçabilité historique des nations refont surface. Les peuples d'Europe, aujourd'hui, se reconnaissent dans ces communautés d'appartenance, et rejettent de plus en plus les improbables toiles tissées pas des élites hautaines. La souveraineté des nations, ce sont les peuples qui vont, dans les années qui nous attendent, l'exiger. Le retour des frontières, ce sont les peuples qui le demanderont. Le contrôle des flux migratoires, ce sont les peuples qui l'imposeront.

    Être souverainiste n'a strictement rien d'incongru. C'est juste vouloir servir son pays, dans l'horizon et le périmètre qui sont les siens. Commençons par là. Cela n'empêche en rien de se passionner pour toutes les autres nations du monde, d'apprendre leurs langues, d'étudier à fond leurs Histoires, de dialoguer avec nos frères humains de la planète. Mais de grâce, commençons par organiser, là où nous sommes, dans un espace donné, la vie commune entre les humains. C'est déjà une sublime ambition.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Parler du monde, loin des cocktails

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    Sur le vif - Jeudi 09.01.20 - 13.48h

     

    De Genève, nous devons assurément parler du monde. Car le monde est là, qui se presse dans notre ville, c'est précieux.

    Nous devons parler du monde, nous montrer totalement ouverts, curieux, aux événements de la planète, aux peuples, à nos frères humains venus d'ailleurs. Lorsque nous parlons du monde, c'est d'eux que nous devons parler, dans toute leur diversité, à eux que nous devons donner la parole.

    A eux, et pas spécialement aux apparatchiks de la "Genève internationâââle" (à prononcer comme "sociétâââl"). Car enfin, le but de notre ouverture est de parler du monde, non de se faufiler dans les cocktails des Ambassades ou des Missions internationales. Donnons la parole à ceux qui ne l'ont guère, n'allons pas surajouter au cliquetis verbal des officiels.

    A cet égard, tout en réaffirmant mon attachement profond à la couverture du vaste monde, en offrant des clefs de compréhension (c'est particulièrement valable pour l'Orient compliqué, où je me suis souvent rendu, et pour lequel je me passionne depuis l'enfance), je m'insurge avec la dernière énergie contre cette prétention, répétée ces dernières semaines, à "couvrir la Genève internationâââle".

    Non, désolé. Ca n'est pas le lieu organique des rencontres qu'il s'agit de valoriser en soi, pas plus que les pierres d'un théâtre ne dépasseraient en intérêt l'action scénique. C'est l'objet même des discussions qui doit être au centre. En évitant à tout prix (de mon point de vue) le cortège des officiels et la liturgie de la pensée autorisée. Et en valorisant au maximum les acteurs, les délaissés, ceux qui souffrent et ne bénéficient guère de tribune, ceux qui se battent pour la reconnaissance d'une nation, ou tout au moins d'une dignité humaine.

    Telle est ma conception, humaine et fraternelle, ouverte, éprise de connaissance et de partage, et non engoncée dans des codes cravatés, de la couverture internationale, à partir de Genève.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Algèbre, angoisse, jouissance

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    Sur le vif - Mardi 07.01.20 - 13.20h

     

    Sans pour autant devenir un Fouché, ni un Carl von Linné, passe ta vie, tout de même, à récolter un maximum de renseignements. Le savoir, jamais, ne pourra te nuire. L'ignorance, le vide intellectuel ou la béatitude, si.

    Il faut d'abord avoir cent millions de choses dans sa tête, qui se bousculent, se contredisent et s'entrechoquent, pour élaguer, simplifier.

    La clarté ne surgit pas du néant, mais d'un puissant travail de simplification de ses équations internes. On construit sur du matériau, pas sur le vide, ni sur le vent. Face à ce défi, chacune de nos solitudes, indépassables. Nul, pour un autre, ne peut faire le job.

    La vie est une algèbre. Complexe, angoissante, jouissive. Avec, parfois, de sublimes inconnues.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • France, souviens-toi de l'Orient compliqué !

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    Sur le vif - Mardi 07.01.20 - 09.18h

     

    Face aux événements du Proche-Orient et du Moyen-Orient, une grande voix fait défaut : celle de la France. La voix de Charles de Gaulle, ou même encore celle de MM Chirac et Villepin, qui avaient su dire non à l'impérialisme américain, et rappeler la proximité intellectuelle, spirituelle, culturelle, affective, de la France avec les mondes arabe et persique, qui constituent la richesse de l'Orient compliqué.

    Hélas, Macron est un atlantiste. Comme l'avaient été Mitterrand, ou Sarkozy. Dans l'affaire iranienne, il multiplie (bien avant l'assassinat de Soleimani) les déclarations d'obédience à la "coalition" (terme totalement foireux) occidentale au Proche-Orient, entendez qu'il se donne en valet des Américains. Soleimani assassiné, il s'empresse d'appeler l'Iran à ne surtout pas riposter. Imaginez qu'un général cinq étoiles français soit froidement liquidé par une puissance étrangère : la France devrait rester inerte ?

    Sur l'obédience atlantiste de Macron, pour comprendre, il faut remonter à sa campagne électorale de 2017, à ceux qui l'ont financée. Il faut remonter aux adhésions libérales, financières, de Macron, à ses liens avec la haute finance internationale. Eh oui, cet homme qui se dit indépendant est en réalité celui d'un clan bien précis, d'une faction, de l'adhésion politique déterminée à un système militaro-industriel, financier aussi, qui tient les Etats-Unis sous sa coupe et fait à peu près ce qu'il veut, en laissant les locataires successifs de la Maison Blanche discourir ou pérorer.

    De la France, celle de l'expédition d'Egypte en 1798, celle de Champollion, celle des grands diplomates, celle de Jules Ferry, Mendès France, Claude Cheysson, Chevènement, celle de Jean Lacouture, et bien sûr avant tout celle de Charles de Gaulle, nous attendons une autre voix, d'autres intonations, que l'alignement derrière la simplicité manichéenne, impérialiste, et finalement destructrice des liens du cœur et des âmes, de l'Oncle Sam.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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