01/02/2013

Non, Sire, juste quelques transfuges...

 

Sur le vif - Vendredi 01.02.13 - 18.44h

 

Et maintenant, Monsieur Sanchez. Ça n’est certes pas la fin du monde, ni les grandes migrations, ni l’exode à travers la mer Rouge, ni la fin souffreteuse de la République de Weimar. En soi, ça n’est presque rien. Car ce qui est fou, ce ne sont pas les transferts. Non. C’est, chez les partis installés, ceux qui ont l’arrogance de se proclamer « gouvernementaux », comme si on l’était par essence et non par la volonté du peuple, ce cocktail de réactions à la fois méprisantes, moralisantes, ou alors ce doux frisson tétanisé, la jouissance par l’angoisse ou par la chair de poule. Le passage, ruisselant de désirs mêlés, d’une bourgeoise dans une ruelle noire.

 

Car enfin, numériquement, pas de panique : trois transferts, en soi, ça n’a aucune pertinence pour nous annoncer un raz-de-marée du MCG le 6 octobre. Mais au-delà des chiffres, il y a l’inhibition. Comme dans un couple : pourquoi part-il, ou elle, qu’ai-je mal fait, ça ne peut être qu’à cause de moi, je suis un misérable, allez au fond ce qui m’arrive, je le mérite. Le parti de Stauffer nous a comme enivré Genève. Si quelque chose arrive, je me regarde moi, je m’en veux, je m’ausculte, je m’introspecte, je me fustige, me lacère. Et puis non, dites-moi, oh dites-moi, comme dans la chanson, qu’elle est partie pour un autre que moi, mais pas à cause de moi.

 

Oui, les héros de l’histoire ne sont ni le MCG, ni les transfuges, mais bien la marécageuse incertitude de soi, oui l’état de délabrement idéologique des partis dont on part. Qui sont-ils ? Quelles valeurs ? Hélas, trop souvent des associations de notables, oh sympathiques, ils se tutoient, s’embrassent, se rendent des services, se partagent postes et prébendes dans la jungle des conseils de fondation que compte Genève. En clair, ils tiennent le pouvoir. Ce fameux pouvoir horizontal, partagé, multiple, mais qui, l’air de rien, demeure depuis des décennies celui de la Caste.

 

Ce qu’ils voudraient, le 6 octobre et le 10 novembre prochains, c’est le garder, ce pouvoir. Ils veulent cela, et rien que cela. Ils en ont parfaitement le droit. Mais il ne faut pas qu’ils continuent de nous faire le coup des « partis gouvernementaux », parce qu’un beau jour, ils finiront bien par ne plus en être. Alors, que feront-ils de l’adjectif ? Oui, ils veulent se maintenir, rien que cela. Et d’autres partis, d’opposition, ou de la Marge, aspirent, quant à eux, comme dans n’importe quelle démocratie du monde, à être aussi, un certain temps, aux affaires. Il n’y là rien de grave, rien de singulier, rien de ce drame moral ni de ce délitement des mœurs politiques dont rêve – ou cauchemarde – la bourgeoise parfumée de la ruelle noire.

 

Marécageuse incertitude de soi. Obsédé par les prébendes, les nominations de copains, on n’a pas vu qu’on glissait. Automne 2009, pour avoir le fric du patronat dans la campagne, on ne jure que par la libre circulation déifiée, sans entraves. Jouir du marché, sous-enchérir, libéraux sur l’étiquette, libertaires pour engager ou dégager. Et ça gueule, chez les Gueux, mais justement ce sont des Gueux, alors qu’ils gueulent. A mi-législature déjà, ce cirque est terminé, on reconnaît au plus haut niveau la primauté de l’emploi aux résidents, dans le Petit Etat, le Moyen Etat, le Tiers Etat, on se fout d’ailleurs du tiers comme du quart, on pique aux Gueux leur idée originale, en réalité on commence à paniquer : c’est cela, cette inconsistance, cette arrogance, oui cela le Marécage. Et de cela, en effet, il pourrait bien y avoir, le 6 octobre, une certaine sanction. Au profit de l’original.

 

C’est ce mouvement de fond qui compte, l’absence de charpente de ceux qui sont actuellement aux affaires. Leur côté juste clanique. Famille. Copains. Il y a quelque chose, profondément, qu’ils n’ont pas vu venir. Le 6 octobre, l’addition viendra.

 

 

Pascal Décaillet

 

18:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/01/2013

Bergier, on a donné, merci !

 

Sur le vif - Lundi 28.01.13 - 14.35h

 

Non, pitié, la Suisse ne va pas re-sombrer dans une période d'auto-fustigation comme celle, détestable, que nous avons vécue dans les années 90, à l'époque du Rapport Bergier.

 


Nous avons, aujourd'hui, autre chose à faire. Notre pays est en proie à de grandes difficultés avec certains de ses voisins. L'heure n'est pas à la culpabilisation interne. Bien sûr que nous n'avons pas été parfaits pendant la Seconde Guerre mondiale, qui l'a été ? Bien sûr que nous avons des choses à nous reprocher. Mais enfin, en comparaison avec nos chers voisins, je ne suis pas certain que le comportement de la Suisse entre 1939 et 1945 soit le sujet principal de cette guerre.



L'heure n'est pas à la coulpe. Au contraire, l'heure est à la valorisation de nos singularités, notre démocratie directe, notre fédéralisme, le respect de nos équilibres internes. Cela, aujourd'hui, doit primer sur tout: nous devons êtres fiers de notre pays.



Alors, désolé, Messieurs les ressasseurs et les salisseurs, mais vous repasserez.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

14:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (46) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/01/2013

Grand Conseil: l'extase de l'entre-soi

 

Sur le vif - Vendredi 25.01.13 - 20.00h

 

Elles furent bien pénibles, et méchamment pesantes, les vingt premières minutes du Grand Conseil, ce soir. Un député s’en va, on se relaye pour lui passer la pommade. Une tradition ? Ça n’est pas une raison pour ne pas s’en étonner. Car enfin, l’hommage à Guillaume Barazzone, qui quitte le cénacle pour avoir été élu à l’exécutif de la Ville, fut trop long, trop appuyé. On eût cru la Chambre de 1957 se séparant d’un Edouard Herriot l’ayant maintes fois présidée, et y ayant siégé pendant un demi-siècle. Ou l’Angleterre, prenant congé de Victoria.

 

Surtout, ces effusions, plus ou moins talentueuses, de rhétoriciens plus ou moins fluides, ont la tonalité, au mieux, d’un repas de fin d’année, ou de quelque propos de mariage, à l’heure bienfaisante du mousseux. Et n’ont rien à faire, sur une telle longueur, dans l’enceinte d’un Parlement dont la mission première est d’être au service de la population. Et non de se regarder le nombril.

 

Le signal : une fois de plus, une caste parlementaire genevoise qui se parle à elle-même, se félicite elle-même, se fait rire elle-même, au milieu d’un immense miroir. Les députés de l’entre-soi. L’extase de l’autocongratulation. Tragi-comédie en cercle fermé, même pas de craie, même pas caucasien. Juste une corporation de notables, heureuse d’être ensemble.

 

On en est très content pour elle. Vivement le 6 octobre.

 

Pascal Décaillet

 

20:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/01/2013

Le journalisme en 2013, entre paravents et pleurnicheries

 

Dimanche 20.01.13 - 10.30h

 

Je me refuse depuis des années à accepter les invitations aux colloques de pleurnicherie sur l'état de la presse en Suisse romande. Où l'on passe des heures à se lamenter sur les méchants éditeurs, les méchants lecteurs, les méchants internautes qui tuent la presse papier. Comme si le papier était autre chose qu'un simple vecteur !

 

Le problème numéro un de beaucoup de journalistes en Suisse romande n'est pas là. Il est dans leur absence de curiosité, d'imagination, d'inventivité, de combativité pour évoluer avec les nouvelles techniques de notre temps, qui sont non seulement fascinantes, mais très propices au développement du journalisme. Mise en ligne. Travail en réseau. Interactivité immédiate, développement d'intelligences collectives. Ou alors, possibilité extraordinaire, pour les solitaires, les individualistes (pour peu qu'ils soient sacrément bosseurs), de proposer aux gens leur univers à eux, rien qu'eux, avec leurs textes à eux, leurs images à eux, leurs sons à eux, leur mise en page à eux. Chacun, avec les outils d'aujourd'hui et de demain, peut proposer son journal. Ensuite, les gens aiment ou non, adhèrent ou non. C'est une autre question.

 

Bientôt, on ne confondra plus journalisme avec journaux. On peut faire du journalisme sans cette intrication complexe qui s'appelle un journal papier. On peut, tous les jours, sortir un journal papier, sans que cela soit du tout du journalisme. Certains, en Suisse romande, s'y emploient à merveille.

 

De quoi sont nés, techniquement, les journaux ? De la nécessité, à l'époque, de concentrer une équipe rédactionnelle à proximité immédiate de l'équipe technique, autour de la rotative qui, à minuit, sort chaque jour le bébé. C'est exactement dans ces conditions, au reste fascinantes, que j'ai exercé mes premières années au Journal de Genève, rue du Général-Dufour: nous produisions le journal d'un bout à l'autre, et savions pratiquement tout faire nous-mêmes. Il y a une trentaine d'années, on a commencé à avoir la possibilité technique d'éloigner l'imprimerie. Aujourd'hui, on peut parfaitement éloigner les rédacteurs les uns des autres.

 

Mais on en est resté aux grosses équipes rédactionnelles, hypertrophiées, avec les rubriques, les chefs de rubriques, les sous-chefs de rubrique, les évaluations annuelles, les interminables conférences de rédaction, les ressources humaines, les horaires, les congés, les vacances, les propos venimeux de cafétéria les uns contre les autres, les rivalités internes, les ascensions des grimpaillons, toutes choses qui tuent la créativité, éloignent l'objectif premier qui doit être la création, la production, l'imagination. Et on laisse passer les années, et on se croit éternels, et un beau jour le quotidien meurt.

 

Le problème numéro un, c'est l'hypertrophie des structures, le poids des habitudes, l'incroyable lenteur lorsqu'il faut affronter des techniques nouvelles. Le reste, ce ne sont que paravents, prétextes et pleurnicheries.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

10:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/01/2013

Meyer de Stadelhofen: mort d'un génie

 

Mardi 15.01.13 - 12.39h

 

La douceur d’une voix, incomparable. La politesse d’une diction. Un sens inné de l’événement. Des centaines d’archives sonores. La mémoire d’une radio, et aussi celle du siècle. Henri Meyer de Stadelhofen (1916-2013), nous a quittés le 11 janvier, à son domicile de Sion, m’annoncent ses fils, à qui j’adresse mes meilleures pensées. Il est possible que ce nom ne vous dise pas grand-chose, moi je dis que les ondes romandes sont orphelines de l’une de leurs plus grandes voix, un reporter sans égal, toujours dehors, toujours sur le terrain, toujours dans le bruissement du monde. L’homme de radio idéal, celui qui vous restitue la vie, parce que la radio, c’est la vie.

 

Automne 1944. Libération d’Annecy. De Gaulle fait son entrée, au milieu d’immenses clameurs, dans le chef-lieu de la Haute-Savoie. Meyer de Stadelhofen est là, dans la foule, décrit ce qu’il voit, c’est juste, c’est simplement admirable. Plus tard, il sera reçu à la Boisserie, ce dont peu de journalistes peuvent s’honorer. Quelque cinquante ans après, alors que je faisais tous les étés des émissions historiques à la RSR, je reçois Stadelhofen, lui balance l’archive, il s’émeut, nous fait revivre la Libération de cette Haute-Savoie qui s’était montrée si courageuse. Une autre fois, en pleine période des fonds en déshérence, je diffuse cette archive si bouleversante où il est sur le quai de la gare de Genève, 1943 je crois, pour accueillir des enfants français, tellement heureux de se retrouver en Suisse.

 

Je ne vous raconterai pas ici sa vie, si riche d’entreprises, de Radio Genève à Europe 1, dont il fut l’un des fondateurs, de Charles de Gaulle à Churchill, Eisenhower, Cocteau, Chaplin, de Funès, Fernandel. Je dirai simplement l’immense bonheur qui fut le mien, lorsque j’étais à la RSR, de traîner à la phonothèque pour écouter les innombrables archives de ce reporter d’exception. Il aimait les choses du quotidien, donnait la parole à tous, était comme attiré par l’événement. Surtout, il faisait ses reportages dehors, au milieu de l’action, debout, sous la pluie, dans le froid. Il n’était pas un homme de studio, mais un génie de l’extérieur.

 

Il nous reste la douceur de cette voix, l’éternelle fraîcheur de ce regard. L’éblouissement, à chaque fois réinventé, de se trouver, palpitant, quelque part au cœur du monde.

 

Pascal Décaillet

 

12:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/01/2013

Elisons les meilleurs

 

Sur le vif - Mercredi 09.01.13 - 13.20h

 

De gauche ou de droite, peu importe. Il faut cesser d'envoyer aux affaires des amateurs. Il faut choisir des passionnés. Ceux qui, dès l'enfance, ont la politique chevillée au corps. Ceux qui lui sacrifient tout. Des Pierre-Yves Maillard. Des Pierre Maudet. Des Couchepin. Des Delamuraz. Des Furgler. Des Christophe Darbellay. Des Philippe Nantermod. Des Tornare.



Je déteste le mythe de l'homme nouveau, ou de la femme nouvelle. Ou de la société civile. Ou de l'expert. Ou de celui qui, débarquant dans un monde dont il ne connaît rien, ferait campagne sur le thème de "la politique autrement", ou de la génération nouvelle, ou de la politique réinventée.


On en a vus, des rénovateurs, "partis joyeux pour des courses lointaines". On a vu Michel Noir, face à Chirac. On a vu Rocard, face à Mitterrand.


Non. La politique est un métier. Elle est une passion. Et elle est un art. De gauche ou de droite, élisons les meilleurs. A Genève, ne reconduisons pas les erreurs de casting de 2009.



Il m'est parfaitement égal qu'une personne soit courtoise, élégante, gentille, humaine dans le privé, excellente mère de famille. Ca n'est pas cela que j'attends d'un politique. J'ai besoin d'une vision, nourrie par l'Histoire. J'ai besoin d'une culture. J'ai besoin d'une solitude. J'ai besoin d'un courage. Tout le reste, je m'en fous.

 

Pascal Décaillet

 

13:20 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (23) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/01/2013

Marre de la propagande anti-Minder

 

Sur le vif - Lundi 07.01.13 - 15.10h

 

Non à l'initiative Minder - Le patronat rejette l'initiative Minder - economiesuisse ne veut pas entendre parler de l'intiative Minder - Le Parlement dit non à l'initiative Minder - Le Conseil fédéral repousse l'initiative Minder - Non à Minder - Non à Minder - Non à Minder.



Voilà, à profusion, ce que l'on trouve sur un moteur de recherches, juste en tapant "initiative Minder".



Moi, je dis que ça suffit. Avant de nous balancer tout un océan de raisons pour refuser l'initiative Minder, j'estime que la moindre des choses est d'informer les citoyens sur le contenu de cette initiative.



Ensuite, on verra. On dira non à Minder. Ou on dira oui à Minder. Mais l'ampleur de ce refus préalable, avec tout ce qu'il contient de millions mis par les opposants dans la campagne, donne la nausée.



Le patronat, dans ce pays, a le droit de s'exprimer. Pas celui de nous noyer sous les flots de sa propagande.

 

Pascal Décaillet

 

15:10 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Qui osera répondre à la France ?

 

Sur le vif - Lundi 07.01.13 - 09.55h

 

D'urgence, il importe que la Suisse adopte face à la France le ton qu'il convient pour rappeler à ce cher voisin, beaucoup plus grand et beaucoup plus peuplé que nous, que notre petit pays est une démocratie souveraine. Pas un dominion négligeable sur ses marches orientales. Un pays, fier de l'être.



Face aux pressions de plus en plus insupportables que Paris fait peser sur nous, nous devons garder la tête froide, ne céder en aucun cas. Une éventuelle réforme de notre système fiscal doit procéder de notre dialectique interne : on peut discuter de tout, rien n'est tabou, mais cela doit venir de nous, de nos énergies, nos révoltes. En aucun cas, cela ne doit être dicté par une puissance certes amie, mais étrangère à notre souveraineté nationale. Sinon, pour nous Suisses, ça n'est plus la peine de nous proclamer "pays". Autant mettre la clef sous le paillasson national, renoncer à notre statut d'Etat souverain au milieu des autres nations, admettre que nous ne serions plus, désormais, que la circonscription administrative d'un univers mondialisé, ou continentalisé. C'est cela que nous voulons ?



Le problème, ça n'est pas la Suisse. Le problème, c'est la France. Qui a géré de façon calamiteuse ses finances publiques depuis des décennies, gauche ou droite au pouvoir d'ailleurs. Et qui vient maintenant lancer une grande croisade, prétendument morale (laissez-moi rire), pour récupérer le maximum d'argent, là où c'est possible.


Dans la classe politique suisse, le discours de "compréhension" pour la France, chez certains, semble primer sur la défense de l'intérêt national, qui devrait être le but absolument prioritaire de tout élu de ce pays, qu'il soit de gauche ou de droite, cantonal ou fédéral, en cas d'attaque extérieure. A mes yeux, aujourd'hui, ce critère de "compréhension" ne passe pas. Il est exactement à rebours de ce qu'il faudrait faire, dire, alors que le pays court un véritable danger. Cette "compréhension", chez certains, au diapason d'une ministre fédérale des Finances qui conduit une politique confinant à l'abandon, est extraordinairement inquiétante. Il y a un moment où il faut savoir qui est on est, quel camp on défend.



Lorsque l'exemple, hélas, de la fermeté ne vient pas du plus haut niveau (nous avons un Conseil fédéral d'une rare faiblesse, les plus gris ayant été préférés par l'Assemblée fédérale, pour ne pas lui faire de l'ombre), il ne faut pas trop s'étonner qu'il soit absent dans le reste de la classe politique.



Oui, des mots forts, face à la France, sont attendus par la population. Il ne s'agit ni de remettre en question notre amitié pour ce voisin avec qui nous partageons tant, ni surtout de défendre les banquiers. Les banquiers, nous verrons plus tard. Entre nous. Entre Suisses. Et croyez-moi, dans ce débat futur, je ne serai pas le moins sévère, moi qui ait toujours combattu le primat de l'argent sur les valeurs républicaines. Mais pour l'heure, le pays est sous attaque. Il s'agit de faire de la politique debout. De montrer notre souveraineté. Le reste, c'est une autre affaire.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/01/2013

Coire-Paris, aller simple

 

Sur le vif - Dimanche des Rois - 06.01.13 - 14.34h

 

Ne serait-il pas plus simple, après réflexion, que Mme Widmer-Schlumpf devienne directement ministre de la République française ? Au moins, les choses seraient claires. La verticalité de l'allégeance, sans ambiguïté. Ca nous éviterait toutes sortes de malentendus. La vie parisienne, et pourquoi pas au sens d'Offenbach, ferait du bien à la Grisonne. Elle pourrait initier nos amis jacobins à la complexité des Ligues Grises, à côté desquelles celles de la regrettée Maison de Guise font figures de paisibles clubs de pétanque. En échange, juste du bout des lèvres, quelques menus cours de français, oh trois fois rien, juste apprendre les mots fidélité, loyauté, lire un peu Verlaine, tiens disons Sagesse. Que du bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2013

Pompidou, suite et pas encore fin

 

Samedi 05.01.13 - 18.44h

 

Il est très rare que je lise un livre politique deux fois de suite. C'est pourtant ce que je viens de faire, avec les "Lettres, notes et portraits, 1928-1974" de Georges Pompidou, dont j'ai déjà parlé ici le 24 décembre dernier (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2012/12/24/pom...), et dont je viens de relire avec une extrême attention de nombreux passages.



Ce qui m'intéresse, c'est la motivation de monter vers le pouvoir, chez Pompidou. D'un bout à l'autre de l'ouvrage, dès les lettres de 1930 (il a 19 ans) à son ami Pujol, jusqu'en 1969 (son élection à la Présidence de la République), il ne cesse de clamer que le pouvoir politique ne l'intéresse pas, que la vraie vie est ailleurs, par exemple en littérature, où ce Normalien excelle. Une tension dialectique interne que je puis, profondément, comprendre.



Il ne cesse de le dire, et, plus il le répète, moins nous le croyons. Parce que toute la réalité de son existence, au contraire, évidemment à partir de septembre 1944 (sa rencontre avec de Gaulle, il se met à son service, à la Libération), est celle d'une implication totale, certes souvent dans l'ombre, dans la glaise politique. Toute sa correspondance des années 1946-1958 (la Quatrième République, de Gaulle traverse le désert, mais Pompidou, lui, au service du Général, sait tout, voit tout, entend tout), révèle un homme d'une habileté diabolique.



Son génie : arriver à chaque fois (chef de cabinet du Général à Matignon de mai à décembre 1958; Premier Ministre en 1962; Président en 1969) comme un homme qu'on serait venu chercher. Jeu de masques, évidemment, que tout cela. Extraordinaire savoir-faire de cet homme de très grande valeur. Avec lui, le héros du 18 juin, l'homme mythique, hors normes, légendaire, pouvait compter sur le pragmatisme d'un terrien. Un couple de rêve, au fond, où l'un complète l'autre.



Je crois que vais lire ce bouquin une troisième fois.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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04/01/2013

La Weltwoche, une vieille dame si séduisante

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Vendredi 04.01.13 - 19.16h

 

De tous les journaux, nombreux, auxquels je suis abonné, la Weltwoche est l’un de ceux que j’attends avec le plus d’ardeur, le jeudi ou le vendredi, dans ma boîte aux lettres. Et cela, depuis des années. J’ai commencé à la lire il y quelque 27 ans, lorsque j’étais à la rubrique nationale du Journal de Genève. Puis, à fond, et d’ailleurs pour en présenter le contenu aux auditeurs romands, lorsqu’à partir du 1er mars 1991, j’ai lancé, de Berne, la revue de presse alémanique en direct dans les matinales de la RSR. Nous la faisions en tournus, avec mes collègues, ce qui rallongeait délicieusement nos journées de correspondants parlementaires. J’aimais ça.

 

A l’époque, pas d’internet : le revuiste se levait un peu avant cinq heures, passait à la gare de Berne, dans un kiosque, où une très gentille dame lui remettait un gros paquet ficelé contenant les principaux journaux alémaniques, encore tout chauds de l'imprimerie. Au sommet de l’escalier de la gare souterraine, direction le Palais fédéral, un gros monsieur rougeaud hurlait « Derrrrrrrr Bund ! ». Il vendait le journal bernois à la criée, sélectionnant de son propre chef l’article qui lui semblait le plus capteur. De son talent de repérage, dépendait son steak du jour !

 

J’ai fait cet exercice de revue de presse pendant des années, aussi lorsque plus tard j’ai dirigé la rubrique nationale, franchement j’adorais ça, surtout lorsqu’il s’agissait de constater, avec mon collègue de la presse romande, les différences de sensibilité entre Romands et Alémaniques, sur des thèmes comme l’environnement, la protection de la personnalité, l’individu face à l’Etat, la question européenne. Le jeu de miroirs de cette dialectique existe toujours, aujourd’hui, dans l’excellente tranche 07.30h – 08.00h, menée par Simon Matthey-Doret. Différences, mais aussi proximités, les vraies lignes de césure, en Suisse, étant davantage ville / campage, ou régions économiquement fortes (Triangle d’or, Arc lémanique) versus cantons périphériques, que linguistiques.

 

La presse alémanique: un solfège indispensable

 

Pratiquer la presse alémanique, et pas seulement dominicale, tous les jours, et pas seulement la politique, mais aussi la culture, devrait être le solfège quotidien de tout journaliste se mêlant de la vie nationale et prétendant parler du pays suisse, lequel ne s’arrête pas à la Sarine. Sans oublier, non plus, la presse italophone, pour laquelle j’ai depuis des années l’honneur d’écrire, comme éditorialiste invité au Giornale del Popolo. Oui, la Suisse, ce sont plusieurs langues, 26 politiques cantonales, 26 Histoires à connaître à fond, et pas seulement les165 ans d’Histoire fédérale, même si cette dernière est évidemment capitale. Il est d’ailleurs préférable de remonter à 1798, c’est là que tant de choses ont commencé, comme nous l’avions montré dans nos émissions historiques de 1998, où nous établissions, canton par canton (et chaque fois sur place, en direct) les liens entre République helvétique et première Suisse fédérale de 1848, au milieu d’une Europe en révolution.

 

Retour à la Weltwoche, qui fête cette année ses 80 ans. « 80 Jahre Widerspenstigkeit », 80 ans comme rebelle, c’est le titre de l’excellent article d’Andreas Kunz sur l’Histoire du journal. Le premier numéro est sorti l’année de la prise du pouvoir par Hitler, le magazine est toujours là ! Et il a l’excellente idée de nous reproduire l’analyse des premiers mois de pouvoir, 17 novembre 1933, par son correspondant en Allemagne de l’époque. Du coup, une pensée me vient pour cet admirable confrère que fut Herrmann Böschenstein (1905-1997), le père de mon professeur de littérature allemande Bernhard Böschenstein. Hermann, qui avait commencé à Berne, comme chroniqueur parlementaire, en 1925, j’ai fait, pour la Pentecôte 1991, une grande interview de lui, de 40 minutes, avec mon confrère André Beaud. Nous étions là, face à un Monsieur qui avait connu les conseillers fédéraux des années vingt ! Il fut l’un des plus grands journalistes alémaniques du siècle, l’un des seuls à dire la vérité sur ce qui se passait dans le Troisième Reich.

 

Le retour de la vieille dame

 

Retour à la Weltwoche, en vous demandant votre indulgence pour l’aspect totalement décousu de mon texte, où je laisse aller mes souvenirs sur ce métier que j’ai tant aimé, pour vous recommander de lire ce journal, si vous maîtrisez l’allemand. Je ne plaide pas ici pour la ligne idéologique actuelle de la publication (encore que j’en sois proche, vous avez pu vous en rendre compte), mais pour la Weltwoche tout entière, l’intensité de ses regards, la pluralité de ses plumes (Bodenmann, ancien patron du PSS, en est le chroniqueur régulier), son souci de la qualité des styles et des écritures, son extraordinaire dimension culturelle, qui n’a d’égal que le cahier « Feuilleton » de la NZZ du samedi. Chaque auteur de la Weltwoche est d’abord un essayiste, comme Urs Paul Engeler, dans l’édition d’aujourd’hui, sur Ueli Maurer. Chaque article est le fruit d’un travail d’angle (comme on dit dans le métier) puissamment poussé pour faire la différence, dire autre chose. La Weltwoche, comme la NZZ, c’est encore du cousu main, à l’époque du copié-collé et du mimétisme généralisé.

 

Je terminerai par la chronique de Mörgeli, sur lequel Couchepin s’était permis un bien mauvais jeu de mots. On aime ou non ses idées. Mais l’intensité de plume est telle que le vitriol y est une jouissance d’un rare délice. A cette octogénaire, j’adresse mes meilleurs vœux. Tous les jeudis, ou vendredis, j’attends dans ma boîte aux lettres le retour la vieille dame.

 

Pascal Décaillet

 

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28/12/2012

Ueli et les moralistes de la haine

 

Sur le vif - Vendredi 28.12.12 - 09.47h

 

Excellente interview d'Ueli Maurer, en page 3 de la Tribune de Genève. Évidemment, comme il est de bon ton de considérer le futur président 2013 comme un parfait abruti, l'immense majorité de mes confrères, des observateurs et des commentateurs vous diront que cette interview est nulle, et que l'homme n'a rien dans la tête.



Eh bien pour ma part, j'y ai lu les propos d'un homme simple et sage, profondément attaché à son pays, aimant la Suisse, prêt à la servir au mieux de sa conscience. Un homme qui n'a pas l'intention de paniquer face aux pressions et au chantage de l'Union européenne. Un homme qui identifie, sans en faire un tabou, sans les camoufler sous le tapis, les vraies souffrances de la population de notre pays face à une immigration non-contrôlée, trop massive.



 Il n'y a là strictement rien de xénophobe. Ceux qui,  à longueur d'année, nous hurlent le mot "xénophobe" dès qu'on évoque, du bout des lèvres, une possible régulation des flux migratoires (que pratiquent les pays qui nous entourent), nous mentent. Il est temps de le leur dire. Il n'est plus question de laisser le champ libre à ces moralistes de la haine.

 

Pascal Décaillet

 

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26/12/2012

Contrôler les flux migratoires : oui, bien sûr !

 

Sur le vif - Mercredi 26.12.12 - 16.20h

 

Préférence nationale. Conseiller national zougois, le PDC (oui, je dis bien le PDC) Gerhard Pfister a osé. Il estime que l'initiative de l'UDC sur l'immigration de masse doit être prise très au sérieux et mérite un contre-projet. Seule une prise en compte du malaise des Suisses face à l'application aveugle de la libre circulation des personnes permettra, selon lui, de maintenir le capital de confiance de la population envers les autorités.



Inutile de dire que ce politicien a parfaitement raison. Un sondage de l'Hebdo, la semaine dernière, faisait figurer l'immigration (excessive, non-contrôlée) et l'aménagement du territoire (thème de plus en plus important) dans les préoccupations prioritaires des Suisses.



Nos beaux esprits de gauche ou du centre mou préfèrent nier ces réalités. Ou tuer le messager en dénigrant le principe même des sondages (je serais prêt à les suivre, mais alors, ignorons tous les sondages, toujours, pas seulement ceux dont les résultats nous dérangent). Ils confondent contrôle des flux migratoires (que pratiquent absolument tous nos voisins, et de façon autrement draconienne que nous) avec xénophobie. Alors que ça n'a strictement rien à voir. Cette confusion, savamment entretenue, est aussi scélérate que scandaleuse.


En voulant culpabiliser, sous des paravents de morale, les Suisses qui souhaitent ces contrôles renforcés, nos beaux esprits rendent un très mauvais service à la libre expression des opinions dans notre communauté citoyenne. Du coup, tant de nos compatriotes, de peur de passer pour xénophobes, préfèrent penser tout bas plutôt que de dire tout haut. Ça n'est jamais bon, jamais sain, dans une démocratie.



Il me plaît enfin que M. Pfister soit PDC, prouvant en cela qu'il existe encore, dans ce grand parti qui a largement contribué à faire le pays, une aile pragmatique et conservatrice, attachée à des valeurs de droite, proche des préoccupations des gens. Disons que, de Genève, on aurait parfois pu en douter.



Si la droite non-UDC ne veut pas, face à l'initiative sur l'immigration de masse, se retrouver, un certain dimanche, une fois de plus, pitoyablement, à la remorque, n'ayant rien vu la première, rien senti venir, rien anticipé, elle doit écouter très attentivement les recommandations de M. Pfister. Arriver avec ses propres projets, cohérents et visionnaires, sur la politique migratoire. Surtout, elle doit écouter la population, ses malaises, ses souffrances. Parler de préférence nationale, en matière d'emploi, en Suisse, comme parler de préférence cantonale à Genève, n'a strictement rien à voir avec une quelconque xénophobie. Toute communauté humaine a le droit de privilégier les siens. Le droit, et sans doute aussi le devoir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/12/2012

Maudet, les initiés, la fin du monde

 

Sur le vif - Samedi 22.12.12 - 10.14h

 

Admirable Tribune de Genève ! Ce journal (dont je ne tolérerai plus, désormais, qu'on dise le moindre mal) consacre sa une et toute sa page 3 à Maudet.com. Il semblerait que le sémillant magistrat veuille noyauter lui-même toute l'information concernant son Département. Incroyable, non ?



Brave Tribune ! Ce matin, elle balance sur la place publique une vérité vraie, nue. Comme au premier jour. Ève, au milieu de l’Éden. Anita, dans la Fontaine de Trevi. Aphrodite, émergeant des eaux.



A deux détails près, mais vraiment sans importance:



1) Ce que la TG proclame aujourd'hui, je ne cesse de le répéter, contre l'avis de ce journal précisément, depuis le printemps 2011. Notamment dans une certaine chronique dont les initiés ont encore en mémoire les trois points de Lumière.


2) Au sujet de Maudet.com, il faut juste que j'aille consulter à Berne le Bureau fédéral des droits d'auteur. Histoire de me renflouer un peu, pour commencer au mieux cette après-fin-du-monde. Je me partagerai le pactole avec la Jeune Socialiste Olga Baranova, qui avait, en un début de soirée déjà lointaiin, émis ces syllabes enchanteresses. Nous reverserons quelques dividendes, enfin, à Mme Bonfanti et M. Franziskakis. Parce que le silence est d'or.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/12/2012

Voice of Simonetta

 

Sur le vif - Mardi 18.12.12 - 12.43h

 

Une fois de plus, les médias officiels, les médias de pouvoir, accordent beaucoup plus d'importance à la réaction du Conseil fédéral à une initiative (Minder, en l'espèce) qu'à... l'initiative elle-même !



Ainsi, nous entendons à l'instant (12.34h) Simonetta Sommaruga, quasiment chez elle sur les ondes publiques, et ses chefs d'office. Nous dire à quel point l'initiative Minder sur les salaires abusifs est "trop étroite, trop stricte".

 

Et Monsieur Minder lui-même, on pourrait peut-être une fois avoir le plaisir d'entendre sa voix, non ?



L'événement premier, dans une initiative, c'est l'initiative elle-même. Ça n'est pas le point de vue du Conseil fédéral. Une initiative est une affaire du peuple avec lui-même. Ça n'est justement pas l'affaire du gouvernement. C'est précisément parce que nos gouvernants (dans l'esprit des initiants) ont mal travaillé, sur un objet précis, que ce mécanisme correctif, génial et unique au monde, existe.



Je sais, je l'ai déjà dit souvent, ici même. Mais je me répéterai tant que d'autres, pourtant stipendiés pour faire valoir toutes les sensibilités politiques du pays, s'obstineront à se prendre pour la Feuille d'Avis Officielle.

 

Pascal Décaillet

 

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16/12/2012

Choisir la Suisse

 

Sur le vif - Dimanche 16.12.12 - 10.52h

 

L'Union européenne exige de la Suisse un nouveau milliard, au titre du "fonds de cohésion", pour ses nouveaux membres. La NZZ am Sonntag confirme ce matin ce que nous annonçait vendredi 18h le correspondant RTS à Bruxelles: tonalité dominatrice, arrogance, manière de considérer la Suisse comme un vassal, ou un dominion. La Suisse, pays extérieur à l'Union ! Voilà qui en dit long sur le sort des petits pays, une fois qu'ils en font partie.


Puisse le Conseil fédéral répondre comme il se doit à ces baillis administratifs d'une superstructure en déliquescence. La Suisse est un pays souverain. Elle discute, négocie, certes. Mais pas avec un pistolet sur la tempe. Et pas sur ce ton-là.


Quant à ceux qui, chez nous, au nom de l'inéluctable, ne cessent d'en appeler aux ultimes concessions, il me vient, pour les qualifier, des termes que je réprime et parviens encore à taire, mais qu'une immense partie de nos concitoyens pensent tout bas. Qui sont de l'ordre de l'appartenance et de la fidélité, de la loyauté et de son contraire. Il faut un jour choisir son camp. Celui de la Suisse. Ou un autre.


Pascal Décaillet

 

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15/12/2012

Il est minuit, docteur Morel

 

Sur le vif - Samedi 15.12.12 - 18.19h

 

Il se passe quelque chose avec Philippe Morel. On apprend, par la TG online, que cet homme brillant, d'une énergie phénoménale, truffé de projets pour l'avenir de Genève, renonce à sa candidature au Conseil d'Etat.



Que s'est-il passé ? Il y a encore un mois, ce grand chirurgien, professeur de médecine, était chef de groupe, infatigable, performant, réactif, donnait l'impression de vouloir croquer la politique à pleines dents, dévorer l'avenir, il rêvait mille projets pour Genève. C'était un être en fusion, illuminé par le désir politique. Une boule de feu.



Et puis, sous prétexte qu'il était candidat au Conseil d'Etat, un improbable et sombre quarteron de jaloux s'est employé à le virer glacialement de son poste de chef de groupe. Et maintenant, quelques jours après ce lamentable épisode, le voilà qui renonce. Je viens d'avoir des contacts, dans les dernières minutes, avec pas mal de responsables PDC, la plupart se disent désolés, mais pour certains, je peine à croire à leur sincérité. Philippe Morel, à l'heure où j'écris ces lignes, est au bloc opératoire, en train de faire son métier.



Des poignards ont dû entrer en action, j'ignore pour l'heure  lesquels, disons que je les devine : on s'aime entre chrétiens avec la même ardeur, celle des familles bordelaises de Mauriac, qu'entre libéraux. Et encore ! Le jeu de dupes se limite-t-il au seul parti du bon docteur Morel ? Ce parti cantonal décide-t-il encore lui-même de son destin ? A-t-il à sa tête un capitaine ? Les noires instances qui désignent désormais, pour la Ville comme pour l'Etat, sous prétexte de stratégie d'Entente, les candidats qui leur conviennent, écartent les autres, ne sont-elles pas désormais extérieures à la démocratie chrétienne genevoise ? Le PDC, ce vieux parti qui a largement contribué, depuis plus d'un siècle, à faire le canton, a-t-il l'intention de se laisser faire ? Se laisser satelliser, par une troïka qui d'en haut, décide de tout ?

 


Questions que nous reprendrons. En assurant, ce soir, Philippe Morel de notre sympathie et de notre admiration pour sa formidable énergie politique. Et, aussi, de notre amitié. Ce qui, chez ces gens-là, Monsieur, doit sonner comme un mot lunaire, ou paléolithique, tant il est aujourd'hui galvaudé par l'hypocrisie et par la trahison.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/12/2012

Saviez-vous que Mme Filippetti était ministre de la Culture ?

 

Sur le vif - Lundi 10.12.12 - 09.43h

 

Nous avions déjà tous noté qu'Aurélie Filippetti, ministre française de la Culture et de la Communication, n'avait pas nécessairement la trempe de Malraux, ni celle de Jack Lang. Elle vient de le prouver avec éclat, en taxant mon confrère Jean-Pierre Elkabbach de "machisme", parce qu'il avait osé déclarer, l'ignoble individu, que la porte-parole du gouvernement était "une très jolie femme qui s'en occupe avec une très belle langue de bois".


Si relever les qualités esthétiques d'une personne, c'est être machiste, alors nous sommes quelques centaines de milliers, sans doute, à l'être. Quant à Mme Filippetti, on se réjouit d'entendre de sa part l'annonce d'un quelconque projet audacieux, révolutionnaire, rassembleur, de nature à nous rappeler soit les Maisons de la Culture de Malraux, soit les Fêtes de la Musique de Jack Lang. Quelque chose de fort, qui marquerait son ministère. Autrement que par d'insignifiantes remarques qui fleurent la police du langage. Et celle de la pensée.
 
 
Pascal Décaillet
 

09:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/12/2012

Berlusconi : au peuple italien de décider !

 

Sur le vif - Dimanche 09.12.12 - 17.08h

 

Evidemment, ils vont tous lui tomber dessus. Comme des mouches. Avez-vous seulement, ces dernières années, lu une fois un commentaire favorable à Silvio Berlusconi dans la presse romande ? Voilà un homme qui a dominé la politique italienne du dernier quart de siècle, tenu les plus longs mandats de l’après-guerre, plusieurs fois obtenu du peuple italien les majorités nécessaires à former des gouvernements, et à qui notre bonne vieille presse de Suisse romande n’a jamais réussi à trouver la moindre qualité. Parce qu’il incarne une figure de pouvoir fort. Mais aussi, double réussite, donc double jalousie, parce qu’il est très riche. Parce qu’il est, surtout, un homme de droite. Sans trop d’états d’âme, en effet.

 

Il faudrait reprendre la pâmoison des éditos sur Mario Monti, lors de la chute du dernier gouvernement Berlusconi. Sous couvert de « cabinet de techniciens » (quelle horreur !), on a sanctifié la succession, pour mieux diaboliser le legs. On a déifié l’empire des « techniciens » pour souligner le contraste avec le démiurge partant. On nous présentait cette Restauration du sérieux (vous pensez, un ancien commissaire européen, homme de dossiers) comme la salutaire reconstruction du pays. Comme s’il surgissait des cendres. A peu de choses près, on allait s’inspirer du discours de la Democrazia Cristiana des années De Gasperi après l’aventure du fascisme. Un monde nouveau était à inventer, et le « technicien de Bruxelles » en serait le sorcier. On a vu le résultat.

 

Le problème, ici, n’est pas l’Italie. Respectons le chemin que cette grande nation, cette grande démocratie voisine de la nôtre, et ô combien amie, voudra bien se donner. Mais justement, respectons-le, ce choix ! J’ignore si Berlusconi reviendra aux affaires, mais une chose est sûre : il appartient au seul peuple italien d’en décider. S’il souhaite, comme il l’a fait tant de fois, confier son destin à une typologie d’hommes différente de la nôtre, c’est son problème. On a eu l’impression, ces vingt dernières années, chaque fois que la démocratie italienne, souveraine, envoyait Berlusconi à la présidence du Conseil, qu’elle commettait une erreur, à en croire nos gazettes. Comme si la masse des millions de votants de la Péninsule se trouvait, par ensorcellement, dénuée de la lucidité qu’auraient, en Suisse romande, nos chers éditorialistes.

 

Vous allez voir comme ils vont le flinguer. Utiliser ses problèmes judiciaire, sa vie privée, ses histoires de fric, son pouvoir sur les médias, pour noircir une nouvelle fois sa figure. A ce stade, je doute qu’un retour au premier plan soit possible. Mais il appartient à une seule et unique instance d’en décider. Pas aux moralisateurs. Pas aux juges. Mais au peuple italien, souverain, celui qui vote, et qui choisit son destin.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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08/12/2012

Presse de pouvoir

 

Sur le vif - Samedi 08.12.12 - 10.58h

 

Avec éclat, la Tribune de Genève confirme ce matin le phénomène que je décrivais hier, ici même. Sur une page 3 complète, la réaction du Conseil fédéral à l'initiative de l'UDC sur l'immigration de masse. Avec interview et photographie de Simonetta Sommaruga. Bref, la voix du gouvernement.



Lorsque l'initiative a été déposée, avec les signatures, a-t-elle eu droit à une pleine page équivalente?



L'événement, dans une initiative, ça n'est pas, en premier, le point de vue du Conseil fédéral. Ni celui du Parlement. L'événement, c'est l'initiative elle-même. On pourrait au moins, par souci d'équité, donner le même espace de parole aux initiants qu' au pouvoir établi du moment, lorsqu'il nous dit à quel point, selon lui, l'initiative est mauvaise.



Cela est valable pour une initiative de l'UDC comme pour une initiative de la gauche ou des syndicats. Cela est valable sur le plan fédéral comme dans les cantons. Le problème, ça n'est pas le Conseil fédéral, ça n'est pas Mme Sommaruga: ils ont bien raison d'utiliser l'espace d'expression qu'on leur offre. C'est de bonne guerre. Tous les gouvernements du monde cherchent à communiquer au mieux leurs points de vue.



Le problème, c'est la presse. Et jusqu'au statut même de "correspondant parlementaire" (j'en connais un morceau sur le sujet ! ) : certains, à force de traîner leurs escarpins dans la molasse du Palais fédéral, ne se rendent même plus compte que, même lorsqu'ils croient être critiques, leur tonalité, par mimétisme, est devenue celle du pouvoir en place. Ils sont les voix d'une même polyphonie. Ils ne sont pas la voix du choeur, celle qui dans la tragédie grecque représentait le peuple. Ils sont voix de pouvoir au milieu d'autres voix de pouvoir.

 


Oui, le problème c'est l'obédience d'une certaine presse - celle des grands groupes, notamment - face aux pouvoirs en place. Le mécanisme correctif de l'initiative est justement une géniale invention de notre démocratie suisse pour laisser s'exprimer la base lorsqu'elle n'est pas contente, sur un objet précis, des décisions des corps constitués. Et justement, le jour où un groupe d'hommes et de femmes, ayant bravé la météo et pris sur leur temps libre pour récolter des signatures, en amènent plus de cent mille à la Chancellerie fédérale, on mentionne la chose en bref. Alors que pour la réaction du pouvoir établi, c'est une page 3 complète et un édito qui va dans le même sens.



Ce qui perdra la presse, en Suisse, c'est la presse elle-même. Son conformisme. Son aplaventrisme devant les pouvoirs en place. Son extrême timidité dans la critiques des puissants. Son manque de réactivité, d'imagination. Son absence de panache. Son incapacité, au sens de l'orgue comme dans celui de la polyphonie, d'émettre véritablement une autre voix.




Pascal Décaillet

 

 

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