16/07/2013

Le Temps, mondialiste et déraciné

 

Sur le vif - Mardi 16.07.13 - 15.48h

 

Le Temps a-t-il reçu des lettres de mission ? S’est-il fixé à lui-même un quota hebdomadaire de personnalités françaises à qui donner la parole, pour qu’elles dégomment notre pays, lorsqu’elles ne l’insultent pas ? Est-il écrit, en codicille de cette même charte, qu’en contrepartie de ces voix hostiles, il ne faudrait surtout jamais laisser surgir une quelconque sève de colère du peuple suisse ? On savait déjà le Temps mondialiste et déraciné. On pourrait, aujourd’hui, aller plus loin, sur le ton de « Radio Paris ment » : le Temps serait-il un journal français ?

 

Français, ou américain. Ou allemand. Ou européen. Bruxellois. Diplomatique. Volapük. Apatride. Le journal du petit monde international de Genève, avec plaques CD, parfaite distance, jamais d’émotion. Cocktails. Tout, sauf le moindre lien d’appartenance avec le terroir où le quotidien est imprimé. Vous pensez, venir de quelque part, l’afficher, c’est tellement vulgaire, ça souille le drink, ça fait plouc et re-plouc, à s’en boucher les naseaux.

 

Dans la situation d’aujourd’hui, tendue, avec nos voisins français, on apprécierait de lire aussi, dans le Temps, la voix du peuple en colère. La petite voix des petites gens. Ceux qui n’ont peut-être pas grand-chose, voire plus rien, mais à qui reste ce trésor qui nous lie : la fierté nationale. Elle vient d’en bas, pas des élites. Elle est droite, lucide, farouche, intrépide. Je ne suis pas sûr qu’elle soit très sensible aux beaux parleurs.

 

Mais non. Le Temps continue de nous aligner diplomates et ambassadeurs, présidents de commissions parlementaires du Palais-Bourbon, lorsque ce n’est pas le fiel insupportable d’un député, naguère candidat à la présidentielle. Tout cela, sans la moindre mise en contexte. Et avec un contrepoids d’opinions contraires qui frise l’insignifiance.

 

A quel jeu joue ce journal ? Quelle posture lunaire tente-t-il d’emprunter ? A qui parle-t-il ? Au final, quel camp a-t-il choisi ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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La Suisse au milieu du village

 

Sur le vif - Mardi 16.07.13 - 09.40h

 

Magnifique Pierre Ronget ! Le Maire de Vernier, deuxième ville du canton de Genève, fera de la Suisse – oui, la Suisse – l’invitée d’honneur de sa commune le 1er août ! La démarche est insolite, audacieuse, profondément rafraîchissante, et surtout lourde de sens.

 

Je connais Pierre Ronget depuis plus de trois décennies. Nous avons en commun, parmi beaucoup d'autres choses, l'amour de la langue et de la culture grecques. C’est un homme d’une vaste culture, notamment historique, ayant fait une remarquable carrière au Département de l’Instruction publique, trempé dans des valeurs spirituelles et artistiques, celle du chant par exemple : il dirige, depuis si longtemps, un chœur orthodoxe, dont il est archonte.

 

Pierre Ronget voue à sa Ville de Vernier, à son Canton (il est député), à la Confédération un attachement viscéral, de l’amour même, un sens hors du commun du service public. Il aime son pays. Ce qui, jusqu'à nouvel ordre, ne relève pas encore du Code pénal.

 

Et il ne manque pas d’humour ! Placer la Suisse comme invitée d’honneur d’une manifestation dont elle est en quelque sorte l’hôtesse naturelle, la démarche est non seulement drôle, provocante pour les bonnes âmes, mais surtout elle remet la Suisse au milieu du village.

 

Car enfin, s’il faut « inviter la Suisse » le 1er août, c’est peut-être qu’on l’aurait un peu oubliée. Tout occupés à notre exaltation de l’altérité, nous aurions juste laissé de côté l’intérêt et la réflexion sur ce qui fonde notre identité commune : culture politique, fédéralisme, démocratie directe, attachement à notre indépendance, notamment. Ces valeurs-là, nous pourrions donc, le temps d’un jour de fête, les convier à revenir au cœur de nos préoccupations : la Suisse comme invitée d’honneur !

 

Reste à savoir quelle Suisse. Chacun a la sienne, et vous savez que la mythologie de 1291 n’est pas trop la mienne, ma passion pour le dix-neuvième et le vingtième siècle ayant fait son œuvre. Mais peu importe, invitons la Suisse ! Invitons-la le 1er août, à Vernier, mais peut-être aussi les 364 autres jours de l’année. Renseignons-nous sur nos Histoires cantonales, et aussi sur notre Histoire fédérale depuis 1848. Dévorons, par exemple, les livres d’Olivier Meuwly sur l’Histoire de nos partis politiques depuis 150 ans. Baignons-nous dans l’Histoire économique, celle de nos industries, de notre savoir-faire. Immergeons-nous dans l’Histoire de notre presse, de nos idées, de nos bagarres aussi, dans les quatre langues.

 

Oui, invitons la Suisse en nous. Après l’immonde slogan de l’expo universelle de Séville, 1992, « La Suisse n’existe pas », laissons doucement venir à nous, et monter dans nos consciences, l’identité si subtile et pleine de charme de ce petit pays fragile. Possible, pour beaucoup d’entre nous, et je m’inclus, que cette adhésion n’aille pas de soi : nous ne sommes ni des Lorrains arrachés à la terre en 1870, ni des Grecs ou des Serbes en état de résistance, ni même des Français avec leurs monuments aux morts. Je dis, moi, que l’attachement au pays, en Suisse, peut procéder, tout simplement, de la connaissance. Cela implique de se renseigner, ouvrir des livres, beaucoup, consacrer pas mal d’années au chemin d’apprentissage de ce pays complexe, mais passionnant.

 

Cela exige, aussi, de replacer la Suisse au cœur de nos préoccupations. En cela, la démarche de Pierre Ronget fait preuve d’audace, de courage, de clairvoyance. Merci à lui de ce clin d’œil. Puissions-nous un jour ne plus avoir besoin d’inviter la Suisse. Parce que, simplement, elle serait déjà là.

 

 

Pascal Décaillet

 

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15/07/2013

Olivier Reverdin: les mille facettes d'un homme unique

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 Sur le vif - Lundi 15.07.13 - 16.12h

 

Né le 15 juillet 1913, plus d’un an avant la Grande Guerre, Olivier Reverdin, décédé le 16 juin 2000, aurait  aujourd’hui, jour pour jour, cent ans. J’ai eu la chance, parmi des centaines d’autres, de l’avoir comme professeur. Dans le Temps, il y a quelques jours, l’actuel professeur de grec à l’Université, Paul Schubert, a rendu un remarquable hommage à cet homme aux multiples facettes, l’un des derniers grands humanistes de Genève. La lecture de ce beau texte a été de nature à remuer mes souvenirs.

 

 

Journaliste, patron du Journal de Genève, helléniste, professeur à l’Université, conseiller national puis aux Etats, diplomate dans sa jeunesse dans une Italie encore en guerre, président de l’Académie suisse des sciences humaines, puis du Fonds national de la recherche scientifique, membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, j’en passe, j’en oublie, j’en laisse. Assurément, un homme comme on n’en fait plus. Tout cela étant au reste fort connu, on me permettra ici de m’en tenir à l’une ou l’autre touche subjective, ou souvenir personnel, dans le destin de ce promeneur élégant et souverain, solitaire, qui vivait dans la Grèce ancienne, à moins qu’elle ne vécût en lui.

 

 

Souvenirs donc. Dans ma tête, je l’appelais « le botaniste », tant sa passion, son érudition pour le monde végétal étaient phénoménales. Il vous emmène tout un semestre dans les Thalysies de Théocrite, avec la fameuse Magicienne, ou Sorcière, la « Pharmakeutria », passe un temps infini, et littéralement captivant, à disserter sur chacune des plantes évoquées par le poète. Il vous entraîne hors du sujet (mais qu’est-ce que le sujet d’un poème ?), vous y ramène en plein, vous perd dans la digression, revient à la syllabe et à la métrique, le tout avec l’imperturbable tranquillité du flâneur, celui qui herborise. Vous êtes pris.

 

 

Souvenirs. J’ai déjà parlé ici du voyage de Provence, mai 1977, en compagnie aussi de l’excellent André Hurst, où chaque étape était une page ouverte. Nous faisions nos exposés sur place, ici Apollonios de Rhodes, ailleurs Strabon, la Grèce revivait aux abords de la Camargue, Rome et la Gaule au sommet d’un oppidum, nous avions avec ces deux hommes des guides d’exception.

 

 

Il était l’un des seuls professeurs à nous emmener dehors. Chez lui, rue des Granges, au milieu de son époustouflante bibliothèque, dont une partie était celle de son arrière-grand-père, le Général Dufour. À la Fondation Hardt, pour laquelle il s’est tant battu. Dans les vignes de la Côte. Avec lui, avec André Hurst, on s’installait sous un arbre, on ouvrait les livres, la Grèce était à nous.

 

 

Souvenirs. Vingt ans plus tard. En 1997-1998, réalisant pour la RSR d’innombrables émissions historiques autour des 150 ans du Sonderbund et la naissance de la Suisse moderne, j’avais fait appel à Olivier Reverdin pour évoquer la figure de son illustre aïeul, le Général Dufour. Plusieurs fois, il était venu au micro, toujours avec des documents inédits, originaux, infiniment précieux. Toujours dans la vibration de la mémoire historique, l’impétueuse nécessité de l’édition, lui qui nous avait si bien parlé de la Genève de ces grands humanistes, qui, au seizième siècle, avaient relancé le goût pour la Grèce ancienne. Le travail de ces hommes-là, imprimeurs, éditeurs, érudits, je crois bien que Reverdin était l'un de ceux au monde à le connaître le mieux.

 

 

Olivier Reverdin ne professait pas, il racontait. Chacun de ses cours était une succession d’histoires et d’anecdotes. Le fil du discours (mais y avait-il un discours ?) constamment interrompu pour la fraîcheur bienvenue de la digression. La Grèce et ses mœurs, la vie diplomatique, l’exode de 1940, l’Italie des années 43-45, l’Ecole française d’Athènes, son voyage à pied en Turquie dans l’adolescence, son dernier débat du Conseil des Etats, son souvenir d'enfant sur le jour de l'Armistice du 11 novembre 1918. Nous avions face à nous, à la fois, la diversité de mille vies, et la présence d’un homme unique. Difficile de ne pas en garder un souvenir ému et particulièrement reconnaissant.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Trop facile, Madame Künzler !

 

Sur le vif - Lundi 15.07.13 - 08.45h

 

L'argument le plus irrecevable de Mme Künzler, hier, dans le journal d'Ariane Dayer: en substance, "On m'attaque, parce que je suis une femme".



Non Madame, désolé, ceux qui vous attaquent mettent en cause votre politique, vos choix dans les domaines de la circulation, votre noire passion pour la congestion et l'immobilité, votre gestion des transports publics, votre rejet viscéral du transport privé, allant jusqu'à faire culpabiliser les automobilistes, alors que le libre choix du mode de transport a été voté par le souverain.



Ceux qui vous attaquent le font sur ces bases-là. et nulle autre. En aucun cas la question du sexe n'a été abordée. Nous attaquons d'ailleurs tout autant des hommes lorsque leurs politiques nous semblent néfastes à l'intérêt commun, et disons le plus grand bien de femmes. Par exemple, Mmes Keller-Sutter, Emery-Torracinta ou Salerno.



Désolé, Mme Künzler, mais le petit jeu de la victimisation féministe ne passera pas. Même s'il a dû, infiniment, ravir la rédactrice en chef du Matin dimanche.

 

Pascal Décaillet

 

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14/07/2013

François Hollande : choix contestables, mais stature présidentielle

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Sur le vif - Dimanche 14.07.13 - 16.32h

 

D’abord, le décor, éloquent. La tradition voulait, depuis des années, que le Président de la République française donnât son traditionnel entretien télévisé sur fond de garden-party. Isolé du brouhaha, certes, mais précédé ou suivi d’images festives, avec les traditionnels courtisans et pique-assiettes, entre ronds de jambe et petits fours. De cette extase du paraître, nul n’a jamais été dupe, mais enfin ça faisait au moins joli, parce que si on veut donner dans le genre galerie des glaces ou déjeuner sur l’herbe, télévisuellement, autant avoir des figurants. Et surtout, des figurantes.

 

Là, face à deux journalistes, un homme seul. Derrière lui, la tristesse d’un gazon de gentilhommière moyenne, cela pourrait être Limoges ou Ambérieu-en-Bugey, l’hôtel particulier d’un notable chez Chabrol, sans doute l’assassin. Hélas, ça n’est que Paris. Les jardins de l’Elysée. Et le Monsieur Loyal, rougeaud comme un provincial, se trouve juste être, par hasard, le chef de l’Etat.

 

L’homme seul, le gazon maudit, la façade arrière d’un palais qui semble totalement vide, déserté. Ils sont où, les courtisans ? Retournés chez Sarkozy ? Dans ce décor, dont je pense qu’il a dû sous-estimer la désespérance, l’homme seul tente de convaincre. Quatorzième mois au pouvoir, il reste près de quatre ans. Sondages catastrophiques. Juste avant, au moment du défilé (impeccable, somptueux), quelques huées sur les Champs, apparemment des opposants au mariage pour tous. Comportement méprisable, je l’affirme sans faiblir : on ne siffle pas un Président de la République dans l’exerce régalien de ses fonctions, au moment où il salue l’armée de son pays.

 

L’homme seul connaît les règles. Il sait que l’état de grâce ne dure guère plus longtemps qu’au troisième acte d’une pièce de Claudel, il sait la volatilité de l’opinion. Il a parfaitement conscience,  au saut du lit ce matin, que ce 14 Juillet ne sera pas sa fête à lui, ou alors si, mais dans un sens qui n’est pas le plus souhaitable. Bref, il serre les dents, encaisse, affronte. C’est exactement pour cela que les Français ont choisi, à la demande du général de Gaulle en 1962, d’élire désormais leur Président au suffrage universel. Pour avoir, au sommet de l’Etat, non un chef de gouvernement, mais une instance supérieure à cela, décrite avec génie et prémonition le 16 juin 1946 par un Charles de Gaulle qui venait (le 16 janvier) de quitter le pouvoir : c’était l’un de ses plus grands discours, celui de Bayeux.

 

Il a été hué, il souffre ? Je dis qu’il est là exactement dans le rôle présidentiel de la Cinquième République. Celui du chef de l’Etat, qui partage avec le pays profond les peines et les joies. Jamais aussi bon, dans l’entretien de tout à l’heure, que lorsqu’il incarne les institutions républicaines, respectant le Conseil constitutionnel, rendant hommage aux soldats français au Mali. Jamais aussi médiocre que lorsqu’il descend au niveau gouvernemental, voire ministériel, en nous promettant la reprise pour le semestre prochain, passage obligé de toute parole de pouvoir depuis le choc pétrolier de 1973.

 

Vous le savez, je suis un partisan de François Hollande, j’aurais voté pour lui, je l’avais maintes fois écrit. Partisan de l’homme pour la fonction suprême, et j’estime après quatorze mois qu’il l’assume avec véritable dignité présidentielle, qui tranche avec les manières orléanistes de son prédécesseur. Partisan de l’homme pour qu’il soit à l’Elysée, mais bien sûr pas partisan de toutes les politiques accomplies en son nom, et dont il doit évidemment répondre. Mais les choix politiques, en France, sont une chose. Le président de la République, dans l’ampleur et l’onction que lui confèrent le suffrage universel, en sont une autre.

 

J’ai encore une chose à dire. Je n’aime pas la manière dont beaucoup de mes amis suisses parlent de François Hollande. Ses ministres mènent certes, par exemple sur les questions fiscales, par à rapport à notre pays, des politiques qui nous sont insupportables, je suis d’ailleurs le premier à le dire ici. Mais de grâce, ayons l’intelligence, la distance, le minimum de recul de faire abstraction de cela lorsque nous avançons un jugement sur ce Président. Dans l’immensité de sa tâche, je ne suis pas sûr que les affaires suisses occupent, devant le jugement que devra porter l’Histoire, une place bien considérable. Mais je n’aime pas, non plus, ce langage d’irrespect et de quolibets systématiques, d’autant lorsqu’il émane de partisans d’un prédécesseur immédiat qui, du Fouquet’s aux croisières maltaises, en passant par un culte de l’Argent qui n’a rien à faire dans la grande tradition française, n’a franchement pas grandi la fonction présidentielle.

 

Journaliste suisse passionné, depuis l’âge de sept ans et demi, par la France et son Histoire, je veux réitérer ici mon respect pour cet homme, François Hollande, au moment où il traverse une période particulièrement difficile. Les choix politiques de son gouvernement sont assurément contestables. Mais je n’ai, pour l’heure, rien décelé dans sa stature présidentielle qui puisse mériter le reproche, ou, me concernant, amener un quelconque regret d’avoir souhaité son élection.

 

Pascal Décaillet

 

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12/07/2013

Pitié, pas la "politique autrement" !

 

Sur le vif - Jeudi 12.07.13

 

Il y a une catégorie de discours, en politique, que je ne supporte pas: celui de ces petits marquis qui, surgis de nulle part, sans Histoire, sans passé, souvent sans la moindre culture d'ailleurs, nous annoncent qu'ils vont "faire de la politique autrement".



Déjà, ça laisse entendre que tous les autres, jusqu'ici, de Thémistocle à Mme Merkel, auraient fait de la politique de façon archaïque, comme des nuls. Insupportable prétention que celle de ces novateurs, rénovateurs (Mitterrand, dans son propre camp, les a tous enterrés), jeunistes. Souvent, d'ailleurs, ils brandissent la plus détestable des armes: celle de la génération. Ils jouent de l'illusion du renouveau. Le mythe de Faust, sans le génie de Goethe.



A Berne, on a nous a annoncé, dans l'hystérie féministe du début des années 90, qu'avec les femmes, on allait voir ce qu'on allait voir: elles allaient "faire de la politique autrement". On les a vues à l’œuvre, certaines excellentes, d'autres moins, au fond la même proportion de talent et de nullité que chez les hommes. Les femmes que je vois au pouvoir, elles font de la politique EXACTEMENT comme les hommes. Ni pires, ni meilleures.

 


J'entrevois quelques drôles, notamment du côté de ces bobos urbains, plutôt bien formés, disons génération douce, qui tentent, pour la campagne genevoise de cet automne, le registre du "faire de la politique autrement". Il n'y aurait plus ni gauche, ni droite, concepts dépassés vous le pensez bien. Ni lutte des classes, ni affrontements. Les gens intelligents mettraient - comme en un synode de clercs - leurs énergies en commun au service de la Cité. Oui, j'aperçois cela chez certains candidats de partis récents (une trentaine d'années), voire beaucoup plus récents.



Ces gens-là, voyez-vous, nous jouent un petit jeu, dont je ne suis pas dupe. Celui de la réinvention de tous les principes. Ils seraient dégagés, eux, dans leur légèreté post-moderne, des mécanismes qui, de toute éternité, fondent les luttes de pouvoir. Non seulement je n'en crois rien, mais j'ai trop entendu, en plusieurs décennies d'observation de la politique, cette petite musique pour ne point m'en irriter quelque peu. D'où ce billet, que je dédie à tous les autres, de gauche comme de droite, les militants, les gens de terrain, ceux qui sacrifient une partie de leur vie au bien public. A eux, tous partis confondus, j'adresse mon salut. Les autres, je connais leur chanson.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Tornare : l'Appel d'Abidjan

 

Sur le vif - Vendredi 12.07.13 - 08.51h

 

J'aurais pu, au mot près, prendre pour moi les paroles de Manuel Tornare, dans son Appel d'Abidjan, hier soir à Forum. Je ne pratique jamais smartvote ni tous ces gadgets qui prétendent définir votre position sur une abscisse et une ordonnée, mais Tornare est sans doute la personnalité politique dont je me sente le plus proche. Je peine à imaginer que cet homme de vision et de valeur ne puisse, un jour ou l'autre, revenir à des fonctions signalées dans la République de Genève.

 

Pascal Décaillet

 

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11/07/2013

EWS : la défaite en chantant

 

Sur le vif - Jeudi 11.07.13 - 15.28h

 

« Je voulais la solution A, mais que voulez-vous, mon partenaire de négociations exigeait la solution B, alors nous avons adopté la solution B ». Cette énormité diplomatique, qui n’est autre que l’aveu d’une déculottée, Mme Widmer-Schlumpf l’a osée, en fin de matinée, à Paris. Vaincue, mais heureuse, elle s’est exprimée aux côtés de celui qui emporte la mise, son homologue Pierre Moscovici, ministre français des Finances.

 

C’est ce qui s’appelle avoir la capitulation joyeuse. Pendant que les Français pourront entonner le Chant du départ, la « Victoire en chantant », nous, Suisses, minuscule pays de 8 millions d’habitants, nous aurons tout le temps de déchanter dans la défaite. À chacun, sa petite musique.

 

Mme Widmer-Schlumpf est sans doute une excellente technicienne du monde de la finance publique. Mais il y a un détail : a-t-elle bien saisi, intégré en son for, qu’être ministre, a fortiori négociateur à l’extérieur, c’était défendre au plus près les intérêts supérieurs de son pays, et de lui seul ? Lorsqu’elle nous sort, à Bercy, devant M. Moscovici, que la Suisse aurait préféré garder la convention de 1953, mais que cette dernière « ne correspond plus à la volonté conventionnelle de la France », on a tous envie de lui répondre que la « volonté de la France », on s’en fout un peu, et qu’on préférerait qu’on nous parle avec un peu plus de fierté et de détermination de celle de la Suisse.

 

Puisse le Parlement réserver à cet armistice le même sort qu’à la Lex USA, ce qui, cette fois vraiment, aurait valeur de motion de censure. Puisse aussi notre presse prêter quelque attention à la puissance montante de la colère de l’opinion publique contre Mme Widmer-Schlumpf, mais aussi au fond contre le Conseil fédéral en tant qu’instance: les errances de l’Ambassadeur Rossier, donc de son patron Didier Burkhalter, dans l’affaire de la Cour européenne de justice ne valent pas mieux. Ces gens-là ne servent pas au mieux l’intérêt supérieur de notre pays, et j’use ici de mots encore bien faibles.

 

La presse, oui. Une certaine presse, comme le Temps, qui multiplie, ces jours, les regards de Chimène pour tout ce qui nous est hostile. Mais ne donne guère, en contrepartie, la parole à ce qui serait révolte, colère d’une bonne partie de la population suisse. Exemple : ce matin encore, tapis rouge déployé sous les pieds de l’Ambassadeur de France en Suisse, Michel Duclos, lequel nous assure que « la France ne n’est pas montrée pressante et a respecté la souveraineté suisse ».

 

Si l’Ambassadeur de France le dit, cela ne peut être que vrai. Et méritait assurément d’être publié tel quel, sans la moindre mise en contexte, le matin même de la signature. Comme une préparation d’artillerie. Les consciences, ça s’aiguise. Les baïonnettes, aussi.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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Voici venu le Temps des blancs bonnets

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Sur le vif - Jeudi 11.07.13 - 08.58h

 

Au sommet de sa forme, le Temps donne la parole en page 6 à l'Ambassadeur de France en Suisse, qui nous assure que tout va bien: dans l'affaire des successions, la France ne s'est pas montrée pressante, souligne l'éminent diplomate. Et elle a respecté la souveraineté suisse.



Si c'est l'Ambassadeur de France en Suisse qui l'affirme, et si c'est dans le Temps, nous voilà évidemment rassurés. Nous considérons donc comme définitivement close toute polémique, nous nous abstiendrons désormais de toute velléité dubitative sur le sujet.



Et, puisque l'Ambassadeur s'appelle M. Duclos, nous nous coifferons d'un blanc bonnet - voire d'un bonnet blanc - avant de déterrer une quelconque hache de guerre.

 

Pascal Décaillet

 

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10/07/2013

Loi sur les manifestations: la République des juges

 

Sur le vif - Mercredi 10.07.13 - 12.58h - 1500ème note publiée sur ce blog depuis sa création en octobre 2007

 

Loi genevoise sur les manifestations: que le Tribunal fédéral vienne "retoucher" un texte non seulement voté, après vaste débat, par le Grand Conseil, mais confirmé le 11 mars 2012 par le peuple souverain, pose problème.



Le TF est certes parfaitement dans son droit. Et les pouvoirs, séparés. Je sais tout cela. Mais quel signal, une fois de plus, dans notre démocratie ! Les élus légitimes du peuple, dans une dialectique serrée de confrontation d'idées (j'avais suivi ce débat, qui était sans concessions), élaborent un texte, puis le votent. Ce texte est attaqué par référendum, pas de problème, c'est le jeu de notre démocratie. On refait donc, à l'échelle de tout un canton, le débat qui avait été celui du Parlement. Le jour venu, le corps électoral des citoyens, après des semaines de campagne et de débats, confirme la décision des députés. Des dizaines de milliers de ciroyens donnent raison à la centaine d'élus législatifs. Ca commence à être muni d'une certaine légitimité.



Bien sûr, la saisine du TF est inscrite dans notre ordre juridique, je ne la conteste pas. Mais beaucoup de nos citoyens vont se dire exactement ceci: "A quoi ça sert d'aller aux urnes, confirmer une décision déjà prise par les élus, pour que cela soit, au final, "retouché" par des juges ?



Encore une fois, rien d'illégal, au contraire. Mais politiquement, un signal catastrophique. J'avais voté cette loi, mais je dirais exactement la même chose si j'en avais été un opposant. A Genève, il n'est plus possible de prendre une décision politique, ni par un exécutif, ni par le Parlement, ni même par le peuple, sans que la République des juges ne vienne exercer, au final, un pouvoir qui, dans l'opinion, ne pourra difficilement être perçu autrement que comme celui d'une cléricature.

 

D'avance, je serais très reconnaissant aux commentateurs de nous éviter:

 

1) Les cours de droit sur la séparation des pouvoirs. Nous connaissons cela, tout autant qu'eux.

 

2) Les lieux communs du style "Hitler a été élu par le peuple".

 

3) Les dissertations sur la vie et l'oeuvre de Montesquieu.

 

4) Les péroraisons sur le "droit supérieur".

 

Merci, également, de ne pas réagir en fonction de votre sensibilité à cette loi sur les manifestations. Comme je l'écris plus haut, cela n'est pas ici le problème. Mon thème, mon angle, c'est la place disproportionnée que commence à prendre dans notre démocratie l'appel aux juges.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Les Cimbres, les Teutons, la mémoire d'un homme

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Sur le vif - Mercredi 10.07.13 - 09.58h

 

Mai 1977. Les étudiants de littérature grecque de l'Université de Genève, dont je suis, sont en voyage d'études (absolument magnifique, d'ailleurs) en Provence. Nous sommes sur une autoroute, ou en tout cas une semi, je ne sais plus. Il fait très beau, et surtout très chaud. Notre chauffeur, la soixantaine passée, roule à tombeaux ouverts, je crois qu'en ce temps-là, les radars ne tracassaient pas trop le voyageur.



Soudain, il plante les freins. Manque de provoquer une collision en chaîne. Fait signe aux autres voitures de nous rejoindre sur le bord de la route. Nous sortons des véhicules, étourdis, constituant un attroupement inopiné, sans aucun doute prohibé par le code. Le sexagénaire, infiniment distingué, pointe l'index vers le vague sommet d'une colline, écrasée de chaleur. Les camions passent, empestent, polluent, la sueur nous accable.



Le chauffeur désigne un groupe de cyprès, inondés de lumière, là-haut, à une quinzaine de kilomètres. Nous nous demandons dans quel film nous sommes. Pointant le doigt, regard au loin, il dit simplement: "C'est là, exactement là, qu'en 102 avant Jésus-Christ, Marius a défait les Cimbres et les Teutons". Pas un mot de plus. Assourdis par la révélation, nous regagnons les voitures. La route enchantée peut continuer. Je me souviens qu'à l'arrière de son bolide, je lisais les "Sämtliche Erzählungen" de Kafka. Je m'apprêtais à partir à l'armée. En attendant, là, sur cette route de Provence, je crois avoir éprouvé quelques fragments de ce qui pourrait ressembler au bonheur.



Ce Fangio à l'érudition planétaire s'appelait Olivier Reverdin. Il était un homme d'exception. Dans cinq jours, le 15 juillet 2013, il aurait eu cent ans. Son successeur Paul Schubert lui a rendu récemment un remarquable hommage dans le Temps. J'écrirai peut-être quelques lignes aussi. Mais je voulais commencer par cette anecdote. Elle résume tout.

 

Pascal Décaillet

 

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09/07/2013

Du rituel de Canossa aux fantômes argentins

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Sur le vif - Mardi 09.07.13 - 15.04h

 

Ici, tordre le cou à une tromperie. L’association entre souveraineté et isolationnisme. Deux concepts qui ne recouvrent absolument pas la même réalité.

 

Vouloir un Etat souverain, c’est au fond un pléonasme. Hors de l’ambition souveraine, à quoi bon un pays ? Tous, dans notre continent, sont nés d’une révolte, d’un joug arraché, d’un refus de l’ordre établi. Tous ont surgi dans la douleur. Tous ont dû sceller leur destin par le sang versé, puis la mémoire des morts. Un Etat, ça n’est pas quelque chose de gentil, c’est une affirmation – à vrai dire plutôt violente - de souveraineté sur un territoire, portée par des valeurs, une culture politique, un rapport à l’Histoire. Un Etat, ça n’est pas quelque chose de paisible. Ce devrait être, au contraire, la sourde et permanente conscience du tragique.

 

Je dis bien « ambition souveraine ». Nul pouvoir n’est absolu, le jeu de nos interdépendances nous impose la tractation, la diplomatie, les alliances, le compromis. A tout moment, nous pouvons sombrer, surtout nous, minuscule pays, tellement fragile, sans matières premières, pauvre encore dans les années trente. Nul destin n’est assuré, en tout cas pas le nôtre : les grandes puissances, avec leurs pressions sans précédent, nous le font bien savoir. Si ces géants pouvaient affaiblir, voire détruire notre place financière, ils le feraient sans pitié. C’est là leur jeu. C’est là, sous les paravents de la morale, leur dessein.

 

Afficher l'ambition

 

Définir la souveraineté comme au moins une ambition. Elle n’est pas absolue, rien ne l’est. Mais au moins, faire connaître à nos partenaires de négociations la détermination de notre posture, la puissance de notre aptitude au combat. Exactement le contraire de ce que fait le Conseil fédéral. Le contraire de Mme Widmer-Schlumpf, qui pratique la concession comme un rituel de Canossa. Le contraire de M. Burkhalter, qui laisse son secrétaire d’Etat, M. Rossier, entrer en matière sur la saisine de la Cour européenne de justice comme instance d’arbitrage, sur les bilatérales, entre la Suisse et l’Union européenne. Si l’idée de souveraineté, juste aujourd’hui, progresse dans les consciences, c’est à ce triste petit monde-là qu’on le doit.

 

La question est simple. Voulons-nous, les Suisses, demeurer maîtres de notre destin ? Avec nos institutions à nous, nos autorités, notre peuple souverain. Ou voulons-nous, c’est assurément une autre option, nous considérer comme l’Etat-membre d’un conglomérat continental ? Le seul véritable dilemme est celui-là. Et sans doute l’immense erreur de Jean-Pascal Delamuraz, le conseiller fédéral que j’ai le plus admiré, a-t-elle été d’esquiver la simplicité de destin de cette question-là, au profit d’une construction complexe, hybride, peu lisible, pour laquelle j’avais voté oui, mais que le peuple et les cantons ont finalement refusée le 6 décembre 1992.

 

Puissance de la raison et attachement tellurique

 

J’ai suivi, toute la campagne EEE, d’un bout à l’autre, notamment en Suisse alémanique. Le mot qui revenait le plus souvent, dans les colères des gens face à ce magistrat hors normes par son intelligence et son courage, était « souveraineté ». Delamuraz avait beau, avec toute la puissance de la raison (reine Vernunft), leur dire qu’elle n’était pas en cause dans cet accord-là, on ne l’entendait pas. Le vieil attachement tellurique à la Suisse. Vous pouvez le mépriser, si ça vous chante, le prendre de haut. Moi, pas.

 

J’en viens à l’isolationnisme. Assurément, il serait suicidaire. Notre petit pays, sans matières premières, vit en grande partie de ses échanges et de ses exportations. Notre diplomatie économique, admirable depuis la guerre, a arraché, un à un, des accords de libre-échange qui font la prospérité de la Suisse. Le dernier en date, avec la Chine, doit être vivement salué. Mais je vous pose la question : en quoi l’affirmation de notre souveraineté politique doit-elle être liée, comme le suggèrent nombre de commentateurs, à l’isolement économique de notre pays ? Une Suisse indépendante et souveraine, oui. Mais une Suisse ouverte, amie des peuples du monde, dynamique dans ses échanges ! La souveraineté n’a aucune espèce de rapport avec l’isolationnisme. Ceux qui veulent nous le faire croire sont ceux qui, ayant déjà abdiqué dans leur tête l’idée d’indépendance, considérant (à tort ou à raison) comme inéluctable l’intégration de la Suisse à un espace supranational,  entreprennent toutes choses pour faire passer les souverainistes pour les bradeurs de notre prospérité. Alors que les deux questions n’ont rien à voir.

 

Une chose encore : nos chers partenaires de négociations, vous croyez qu’ils vont renoncer, eux, à un misérable millimètre de leur souveraineté ? Les Etats-Unis, première puissance du monde, vous les trouvez particulièrement souples sur la question ? La Grande-Bretagne, cette admirable nation, jamais aussi grande que dans la solitude, vous la considérez très ouverte sur sa souveraineté ? Assurément, quelques fantômes de marins argentins pourraient nous apporter, le cas échéant, des éléments de réponse. Excellent après-midi à tous.

 

Pascal Décaillet

 

15:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Politiquement correct ? Si seulement !

 

Sur le vif - Mardi 09.07.13 - 09.03h

 

Qui, dans la presse romande, ose une position invitant la Suisse à ne pas transiger sur sa souveraineté ? Votre serviteur, c'est sûr, et il l'assume. Cela nous fait une personne.

Il y aurait encore, me glisse-t-on, François Schaller, de l'Agefi. Soit. Deux personnes !

Il y a encore Philippe Barraud, de Commentaires.com. Magnifique. Trois personnes.

Peut-être aussi Jean-François Fournier, du Nouvelliste. Quatre personnes.

Peut-être encore quelques-uns que j'oublie. Allez, disons six ou sept personnes.

Sur deux-mille journalistes en Suisse romande.

Et ces six ou sept mousquetaires, face aux deux-mille, face au lavage de cerveau du Temps, de l'Hebdo, de la Tribune de Genève, de 24 Heures, de la RTS de M. de Weck (cf l'ahurissant édtito RSR de jeudi dernier, 4 juillet 2013, hurlant l'ordre, oui l'ordre, à l'UDC et au PDC de revoir leur position sur les juges étrangers) constitueraient une majorité de nature à être qualifiée de "politiquement correcte" ?

J'adorerais, mais hélas nous en sommes très loin.

Le combat éditorial ne fait que commencer. Je le conduirai, pour ma part, sans faillir.

 

Pascal Décaillet

 

09:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/07/2013

Les initiatives nous dérangent ? Tant mieux !

 

Sur le vif - Lundi 08.07.13 - 15.36h

 

Singulière posture éditoriale en page 3 de la Tribune de Genève, qui semble effrayée par le nombre croissant d’initiatives qui fleurissent dans notre démocratie. Le titre, « Bienvenue au grand bazar des initiatives populaires ! », volontairement péjoratif pour ce procédé démocratique pourtant dûment prévu par notre Constitution, laisse apparaître une connotation chaotique, ou désordonnée, une forme de dysfonctionnement de l’ordre établi. Quel ordre ? L’ordre de qui ?

 

Il faut le dire ici, haut et fort : lancer une initiative, récolter des signatures, les déposer à la Chancellerie, puis faire campagne devant le peuple, n’a rien d’étrange, rien d’une aberration. C’est, au contraire, la sève même de notre démocratie directe, sa vitalité surgie d’en bas, la réponse des citoyens aux impérities, au manque d’écoute ou aux manquements des élus.

 

Au final, le peuple et les cantons tranchent. Et c’est une sélection naturelle sacrément sévère qui, la plupart du temps, désavoue les initiants. Comme le rappelle la TG, sur 184 initiatives populaires présentées en votation devant le peuple, seules 20 ont été acceptées depuis 1893. Détail révélateur : entre 1949 (Retour à la démocratie directe) et 1982 (Empêcher les abus sur les prix), aucun texte d’initiative n’a passé la rampe ! Comme par hasard, les Trente Glorieuses. Les années de grande confiance envers un Conseil fédéral qui n’était, à cette époque-là, pas avare de grands hommes, le socialiste Tschudi (1959-1973) ou le PDC Kurt Furgler (1971-1986), qui comptent assurément parmi les figures majeures de l’après-guerre.

 

Ce qui est de plus en plus pénible, dans notre presse, c’est précisément cette posture de systématique méfiance initiale, dès que vient à surgir une initiative. Comme si ça les "dérangeait" ! En cela, les commentateurs politiques, souvent basés à Berne (je connais !), se contentent au fond, par mimétisme dans l’ordre de la molasse, d’épouser l’énervement naturel des parlementaires face à l’exercice de la démocratie directe. En clair, face une redoutable rivale potentielle dans l’exercice de la fabrication de notre ordre législatif. Exemple le plus flagrant de cette connivence: le service public audiovisuel et nombre de journaux proches du pouvoir passent beaucoup plus de temps à nous informer de l'avis du Parlement sur une initiative que sur... l'intiative elle-même ! La parole est beaucoup plus donnée aux parlementaires qui la démolissent, qu'aux initiants.

 

Que le corps des élus soit irrité par la démocratie directe, on peut le comprendre. Mais la presse ? Faut-il à tout prix qu’elle épouse la vision du pouvoir en place ? Ne devrait-elle pas être davantage à l’écoute de ce pays profond dont les initiatives et les référendums viennent si souvent nous « déranger » ? Ne pourrait-elle pas, soyons fous, anticiper l’identification des malaises ? Pour cela, il faudrait qu’elle colle un peu moins d’étiquettes sur le petit peuple des mécontents, qu’elle a tendance à traiter bien vite de « xénophobes » dès qu’il est question de réguler les flux migratoires, de « conservateurs passéistes » dès qu’est proposé au souverain un texte sur la protection d’un marais, ou d’un paysage.

 

En cela, la page 3 de la Tribune de Genève de ce matin, au demeurant intéressante et riche de renseignements, se montre révélatrice de la profonde collusion de pensée entre la presse et le pouvoir en place, celui qui n’aime pas être « dérangé » dans le confort de ses prébendes.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Que la ville soit la ville !

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Sur le vif - Lundi 08.07.13 - 09.23h

 

Interviewé par le Temps de ce matin, François Longchamp plaide avec raison pour un certain degré de densification dans les constructions. Également à juste titre, il défend la zone agricole. Que la ville soit la ville, que la campagne soit la campagne. L'immense majorité des gens habitent dans des appartements, c'est à eux qu'il faut penser en priorité. Je ne suis pas loin de considérer le concept de "villa individuelle" comme un peu suranné. Je pousse un peu. Mais à peine.



L'horrible mitage du Plateau suisse, déjà entre Genève et Lausanne, mais surtout entre Fribourg et Berne, puis Berne et Zurich, avec cet habitat dispersé, mi-bourgade, mi-champêtre, est la honte de l'urbanisme - ou plutôt de la totale absence de vision d'aménagement du territoire - des quatre dernières décennies. Laideur de ces tout petits immeubles de deux ou trois étages, ou alignement de villas vicinales, perdus quelque part, étendus dans le flasque. Ni biotope naturel, ni ville, ni campagne. Rien.



Il est vrai qu'il y a une exception: la saisissante beauté, connue de tous ceux qui prennent le train, du trajet Lausanne-Fribourg. Servie certes par des paysages hors normes. Mais où demeure encore visible l'unité du village, au milieu d'une nature sans pareil (Lavaux, Gruyère, parmi d'autres). Protégeons notre patrimoine: il est l'une de nos valeurs suisses. Notre pays, ce ne sont pas seulement des idées, un système politique, mais aussi le pays physique !  Minéral, végétal, avec ses rivières et ses fleuves, ses lacs, la qualité de ses arbres, la richesse de sa faune, le contour de ses montagnes. Plus j'avance en âge, plus j'y suis sensible. Me rendant en Valais, je ne puis apercevoir le Catogne sans une étreinte d'émotion.

 

Le patrimoine est agricole. Mais il est aussi urbain. Comme le souligne François Longchamp dans l'interview, on a mieux construit, à Genève, à la fin du 19ème et au début du 20ème que dans les ignobles années 1960 ou 1970, avec ces cages à lapins suburbaines - voire urbaines ! - pour natifs du baby-boom et travailleurs immigrés. Avec quelques heureuses exceptions, comme les constructions du Bureau d'Architectes Honegger, auquel un ouvrage remarquable a été récemment consacré. Il se trouve précisément que ces années de belles constructions, entre 1880 et 1940 (période qui inclut le début des magnifiques réalisations de Maurice Braillard), correspondent à une époque où le souci patrimonial - avec tout ce qu'il impliquait de rapport au Heim, à la Heimat - était, chez les autorités, autrement important qu'aujourd'hui.



Je dis "chez les autorités", parce que la population suisse, elle, chaque fois qu'elle est consultée sur des sujets de ce genre, montre haut et fort son attachement à l'exceptionnelle qualité de ses paysages. Cette qualité, elle entend, au sens propre, la CONSERVER. Il s'agit donc, bel et bien, d'une démarche conservatrice. Le coeur, l'affect, le rapport au pays profond, la dictent tout autant, sinon plus, que la seule analyse intellctuelle. Initiative des Alpes, Lex Weber. Et je ne vous cache pas la surprise, seule contre tous, contre les autorités, contre la presse, contre les partis politiques, que pourrait bien nous réserver Ecopop. J'y reviendrai largement.

 

Pascal Décaillet

 

09:23 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/07/2013

La souveraineté n'est pas négociable

 

Sur le vif - Samedi 06.07.13 - 17.59h

 

Vous pouvez reprendre tous mes papiers depuis tant d’années, je ne me réfère jamais au Pacte fédéral, ni à la Suisse de 1291. Je respecte infiniment cela, bien sûr, mais j’ai tellement étudié l’Histoire de ce pays, et de ses cantons, à partir de 1798, puis bien sûr 1848, le champ de mes références est tellement ancré dans les deux derniers siècles, où sont nés nos grands partis politiques, que je n’éprouve pas trop le besoin de remonter à la Suisse des origines.

 

Je sais aussi, pour m’y être penché, ce que fut, au dix-neuvième précisément, la part de récupération mythique, puis folklorique, de ces premières années de la Suisse. Je fais partie des rares Romands (me semble-t-il) à avoir lu en allemand le Wilhelm Tell de Schiller, ou le Götz von Berlichingen de Goethe (que j’ai vu, ébloui, à Nuremberg, en juillet 1971). J’ai travaillé sur le Sturm und Drang, le rôle du romantisme allemand dans l’édification des identités nationales, bref je ne suis pas de ceux qui plongent tête baissée dans la mythologie de la Suisse primitive, sans faire la part de sa reconstruction dans une période au fond très récente.

 

Ce soir pourtant, je brandis le Pacte. Avec le cœur autant que la raison. Avec la rage. Cette part de fierté, de simplicité de l’immédiate appartenance. Avec peut-être quelque chose de filial. Je brandis le refus des juges étrangers. C’est quelque chose de très important dans l’âme suisse. L’un des fondements de notre souveraineté. Et cette dernière n’est pas négociable. Pour la simple raison qu’aucune souveraineté ne l’est, ne doit l’être, ne peut l’être. De quoi sont nées les nations de la terre ? Vous croyez que leurs voisins, gentiment, leur ont demandé de bien vouloir venir au monde ? Que la naissance de la Suisse a fait plaisir aux Habsbourg ? Que celle des Etats-Unis, en 1776, a rempli de bonheur le roi d’Angleterre ? Que la naissance d’Israël, en 1948, fut attendue avec un tapis rouge par ses chers voisins du Proche-Orient ?

 

Non, bien sûr. La naissance d’une nation, toujours, survient dans la transgression de l’ordre établi, dans la crise, dans la guerre. Et se scelle par le sang versé, la mémoire des morts. J’use ici de mots que vous trouverez chez Jules Michelet ou Pierre Nora, sans doute davantage qu’à Sciences Po ou HEI. C’est une école de pensée contre une autre, une matrice face à une autre, je l’assume.

 

Donc, lorsque je vois le secrétaire d’Etat de notre diplomatie, M. Yves Rossier, dont je peine à imaginer qu’il puisse agir sans le blanc-seing de M. Burkhalter, ourdir pour que la Cour de justice européenne tranche, entre l’Union européenne et nous, dans les litiges concernant l’application des accords bilatéraux, je crie au précédent, je dis halte. Lorsque j’entends, avant-hier jeudi 4 juillet 2013, le commentaire matinal de la RSR, dans la droite doxa de Roger de Weck, nous annoncer, sur un ton tellement paternaliste, qu’il n’y a aucun souci à se faire, que deux partis de droite (UDC, mais aussi PDC) « doivent cesser (sic !) de jouer les vierges effarouchées », je commence un tantinet à m’irriter. Ce commentaire nous dit, tout bonnement : « Circulez, y a rien à voir ».

 

Ce commentaire, qui a dû faire tellement plaisir à M. de Weck, c’est l’acceptation du fait accompli. La génuflexion face aux exigences de Bruxelles. S’agenouiller devant un géant, nous, un tout petit pays de huit millions d’habitants. Nous n’avons guère de matières premières. Nous étions encore pauvres il y a un siècle, et même moins que cela. Cette précarité jusqu'aux années d'après-guerre au fond, mon père, né en 1920, me l'a même racontée. Nous sommes petit, fragile, vulnérable, Notre seule force, c’est notre fierté d’être. Notre seule chance, c'est la rigidité de notre intransigeance sur la question de la souveraineté. L'affaire des juges étrangers en est un élément central. Si nous abdiquons cela, alors oui vraiment, il ne nous restera plus rien.

 

Pascal Décaillet

 

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Un Etat solide, ni plus, ni moins

 

Sur le vif - Samedi 06.07.13 - 09.33h

 

Je suis, depuis toujours, très attaché à un État fort. Là où il doit l'être (sécurité, école, assurances sociales, santé publique, grandes infrastructures, etc.). Fort, mais pas tentaculaire. Fort, mais pas providence. Fort et musclé, mais justement pas avec des intendances hypertrophiées et des armées de fonctionnaires. L'Etat doit être au service de la population, et non de son propre fonctionnement. La juste formule, qui résonne encore de ma tête, avait été prononcée il y a quelques années par Pascal Couchepin, sur le plateau de Genève à chaud: "Un État solide, ni plus, ni moins".



En cela, le rapport des socialistes au sol, et au droit foncier en général, ne peut emporter mon adhésion. Je lis encore ce matin, dans la Tribune de Genève, de la part de telle candidate par ailleurs compétente et crédible, une volonté d'acquisition de terrains qui laisse affleurer à nos oreilles la petite musique des plans quinquennaux. Cela m'avait déjà frappé, d'une autre candidate, lors de la campagne pour la complémentaire du 17 juin 2012. Le rôle de l'Etat est de définir des conditions-cadres pour une politique de constructions juste, équilibrée, au service de l'humain, respectueuse de l'environnement et de la qualité du paysage. Vaste programme, qui exige une puissante vision d'intérêt public.



Mais le rôle de de l'Etat désolé, n'est pas d'acquérir lui-même des terrains.

 

Pascal Décaillet

 

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02/07/2013

Nos enfances, nos matrices

 

Sur le vif - Mardi 02.07.13 - 18.02h

 

Mes cours d’Histoire, au primaire, dès l’âge de huit ans, ont consisté à apprendre toutes les guerres et toutes les batailles, avec des dates, des traités, des alliances, des renversements de rôles. Aujourd’hui encore, comme pour la grammaire latine, j’ai tout retenu, je dis bien tout. Alors que je serais mal pris s’il fallait vous ressortir une formule chimique ou un théorème de maths.

 

Question de passion personnelle, d’adhésion. Inutile de dire que pour l’Histoire (c’était celle de la France), l’enseignement que j’ai eu, et que j’ai adoré, est exactement celui que Mai 68 a voulu foutre par terre, avec succès d’ailleurs. Il ne fallait surtout plus d’événement, de chronologie, plus de batailles ni de guerres, juste la lente évolution des sociétés. Fondamental sans doute, mais totalement rasoir. Disons qu’ayant eu dix ans en Mai 68, avec l’effet retard de quelques années pour que leur idéologie entre en action, je me considère comme un total veinard, un sauvé des eaux, l’ultime génération ayant échappé in extremis aux matrices structuralistes qui, selon moi, ont tué tout plaisir dans la transmission du savoir historique ou géographique.

 

Pour l’Histoire, j’ai bénéficié de maîtres nous enseignant l’école du réalisme, confinant parfois au cynisme. Nous parlions de pays ou (à partir de la Révolution) de nations qui luttaient pour leurs intérêts, forgeaient leur identité par le sang versé, les lieux de mémoire (dont a magnifiquement parlé Pierre Nora, NRF), le respect  des ancêtres, le culte des morts. On ne nous parlait jamais (à tort, j’en conviens) de droits de l’homme, ou alors juste pour 1789, on ne mélangeait pas la morale avec la politique : on prenait acte des défaites et des victoires, on passait beaucoup de temps à explorer les causes, notamment économiques, des guerres. On ne jugeait jamais.

 

Bref, mes maîtres pratiquaient une vision historique classique, nous citaient Tocqueville, Clausewitz, Bismarck. C’était, clairement, une vision de droite, se réclamant du réalisme. C’était, j’en suis parfaitement conscient, une imprégnation idéologique, j’ai largement eu le temps de faire la part des choses. Et j’aime autant vous dire que je ne regrette rien, tant cette école de pensée (que je retrouverai à l’Université par une lecture approfondie de Thucydide) me correspond parfaitement. Elle m’a appris, notamment, à ne jamais vouloir trop mêler le monde de la morale avec celui des intérêts supérieurs d’un pays. Ce qui ne signifie évidemment pas qu’il faudrait, à l’inverse ou par excès de cynisme, verser dans un culte de l’immoral, voire de l’amoral.

 

Le moins qu’on puisse dire, aussi, est que nos maîtres nous apprenaient à nous méfier des structures internationales. Au secondaire, ils ne pouvaient nous parler de la SDN sans un rictus d’ironie qui en disait long sur l’impuissance des conglomérats multilatéraux, lorsque venait à poindre, pour l’Abyssinie comme pour la France, la mort possible des nations. « Ecoutez, Pascal, me disait au Rwanda, en mai 1994, mon ami le chef de la délégation du CICR à Kigali, la communauté internationale n’existe pas. Elle s’est envolée ». Ce constat terrible, glaçant, résonne en moi depuis près de vingt ans.

 

Ces antécédents ont établi pour moi, avec pas mal d’observateurs d’aujourd’hui, une fracture non politique, mais culturelle. Quand je vois d’éminents esprit s’étonner (ou feindre) que nous soyons tous espionnés, à longueur de journées, par la première puissance du monde, je me demande dans quel monde ils vivent, je veux dire avec quelles références historiques, quels horizons d’attente. Comme si les nations, dans leur esprit, étaient a priori amies. Alors que la réalité est contraire. A priori, chacun roule pour soi et tente d’augmenter sa puissance. Et ne confondons surtout pas, en politique, alliances de circonstance avec amitié fiable. En politique, comme dans la vie, tout peut se retourner, à tout moment.

 

De même, la tribune excessive attribuée par certains quotidiens, comme le Temps, à la prétendue dimension planétaire, ou multilatérale, ou supranationale des approches. Difficile de ne pas y percevoir une forme de snobisme du déracinement. Ils seraient les entomologistes, et nous, les différents nationaux accrochés à l’archaïsme de nos terres, ne serions que d’étranges insectes, en voie d’extinction. A la vérité, je n’aime pas cela du tout. J’y vois le produit d’autres écoles de pensée, qui, de Genève, ont façonné des générations de journalistes, dans la vénération du petit monde d’organisations internationales – les unes utiles, d’autres moins – qui, gravitant autour d’eux, les imprégnaient. Nous sommes tous le produit d’une éducation, de matrices de pensée, moi comme eux, je ne suis pas meilleur qu’eux, j’ai juste été élevé dans d’autres références.

 

Oui, mon problème avec les gens du Temps, les apôtres de l’internationalisme et du multilatéral, n’est pas politique. Il est profondément culturel. Autant dire, essentiel, fondamental. Viscéral.

 

Pascal Décaillet

 

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01/07/2013

Formation en journalisme: une défaite pour Genève

 

Sur le vif - Lundi 01.07.13 - 19.40h

 

Je viens d’apprendre la nouvelle par mon confrère David Ramseyer, de Léman Bleu : la mention journalisme du Master en sciences de la communication et des médias quitte Genève. Il y aura désormais un Master en journalisme et communication à l’échelle romande, ce qui n’est pas un mal en soi. Mais, hélas, la formation spécifique en journalisme quitte Genève pour Neuchâtel. Genève se spécialisera dans la communication.

 

Il se trouve que, depuis cinq ans, j’enseigne dans ce Master, mention journalisme. Les étudiants viennent dans le studio de mon entreprise, je fais venir un technicien, et nous vivons, tous ensemble, à un rythme soutenu, les ateliers radio que je pratiquais déjà, auparavant, au CRFJ (Centre romand de formation des journalistes) et à l’interne de la RSR. Ils viennent par groupes de cinq, et sont très heureux de « faire enfin de la pratique ». Je connais donc de l’intérieur cette formation, en apprécie beaucoup l’ambiance, sais ce qu’elle doit aux années d’efforts du professeur Uni Windisch, son fondateur, aujourd’hui à la retraite de l’Université.

 

Je ne plaide pas ici pro domo, ayant quinze mille autre activités, y compris dans l’initiation aux métiers du micro, mais pour les étudiants, et pour le rayonnement universitaire de Genève. Sur ces bases-là, oui, je l’affirme : le départ de la mention journalisme est une très mauvaise nouvelle pour Genève. Pour la réflexion sur ce métier. Mais aussi, la place de Genève comme pôle formateur de premier plan.

 

Bien sûr, l’autre mention, la « communication », demeurera à Genève. C’est très bien. Mais former de futurs attachés de presse, métier parfaitement respectable, ça n’est pas former des journalistes. Il y a des points communs, tout ce qui touche à la forme. Mais il y a de profondes différences : l’acquisition de cette posture d’indépendance, oui ce long de chemin de solitude, qui fait un jour un journaliste. Cela ne se travaille pas de la même manière.

 

Mon enseignement à l’Université, je le donne, comme tout ce que je pratique, à l’externe, comme entrepreneur indépendant. Je n’ai donc, à l’heure où j’écris ces lignes, strictement aucune idée de ce qui s’est passé pour que cette mention journalisme quitte Genève. Nos autorités universitaires (le rectorat), le Département de l’Instruction publique, le monde politique en général ont-ils été mis au courant de ce qui se passait ? Ont-ils été placés devant le fait accompli ? Certains d’entre eux, ce soir, jouissent-ils intérieurement de voir démanteler le legs d’un homme, UIi Windisch, qui a passablement dérangé leurs conforts de pensée ?

 

Tout cela, je n’en sais rien. Mais je regrette infiniment l’appauvrissement de la place genevoise dans la formation en journalisme. On n’enseigne pas le métier de journaliste de la même manière, avec les mêmes paradigmes, les mêmes échantillons, le même environnement à Genève qu’à Neuchâtel. Mais les trains, apparemment, on a assez bien appris à les voir passer. En soupirant et en baissant les bras.

 

Pascal Décaillet

 

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29/06/2013

Gauchebdo, Circé, les pourceaux

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Sur le vif - Samedi 29.06.13 - 17.42h

 

A nouveau un remarquable numéro de Gauchebdo (no 26-35, spécial été, 28 juin 2013). Un journal qui respecte ses lecteurs, ne les prend pas pour des demeurés, leur élargit le champ du possible. Pour le seul volet culturel de cette édition, on retiendra, en vrac, une demi-page sur le Festival de Lucerne, d'Ernest Ansermet à Claudio Abbado; un papier sur la réédition de "La Pacification" de Hafid Keramane, sur les heures noires de la guerre d'Algérie; une page complète autour des 125 ans de Gottlieb Duttweiler, le fondateur de la Migros, avec un encadré plutôt sévère sur la mégalomanie de ses épigones. Ou encore, un bel hommage à Jean Ferrat.



Gauchebdo, le journal de quelques militants communistes suisses, enfin disons Parti du Travail et poussières de météorites gravitant autour, qui nous propose, au mètre carré de pagination, la meilleure densité du week-end. Pour nous ouvrir des horizons historiques, philosophiques et artistiques. Non à la manière de Circé, qui transforme en pourceaux les compagnons d'Ulysse. Mais comme des humains fiers de leur plume, habités par l'idée de transmettre au plus grand nombre, à commencer par ceux qui n'ont pas nécessairement un accès facile à la culture. Noble tâche !



Pendant ce temps, la presse orangée de la semaine (pas celle du dimanche, j'en conviens), captive de ce méga-groupe transformé par les Zurichois en machine à fric et rien d'autre, et fabriquée par une armada de collaborateurs en comparaison du modeste et artisanal successeur de la Voix ouvrière, nous produit de la sous-culture sur des sujets frivoles, pétaradants d'insignifiance,  totalement dénués d'intérêt public. Il y a de quoi enrager.

 

Cette disproportion, ce jeu de fange et d'éclairs, d'un côté des fragments d'intelligence, de l'autre le boueux mépris du public, il faudrait n'en point parler ? Se taire ? Laisser au vestiaire sa révolte. A cela, je dis non. Le presse romande mourra de son manque d'ambition et de courage. Il est tout de même assez fou qu'il appartienne à une feuille politique datant de 1944, fruit de la passion d'une poignée de Mohicans, de sauver ce qui reste d'honneur. Ils sont là, roides et fiers, archaîques paraît-il. Les autres, dégoulinant de modernité creuse, ne sont plus qu'en génuflexion. Pour certaines activités, visant à l'extase de l'actionnaire, c'est sans doute plus facile.

 

Pascal Décaillet

 

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