27/04/2013

Gauchebdo et l'horlogerie de mes habitudes

 

Sur le vif - Samedi 27.04.13 - 16.11h

 

Critique lumineuse des Oranges, d'Aziz Chouaki, à Vidy; voyage littéraire à travers la Suisse; compte-rendu du dernier recueil de poèmes de Julien Dunilac; reportage sur l'exploitation par les ouvriers, en autogestion, d'une entreprise de matériaux de construction à Salonique; analyses sur la situation sociale dans nos cantons... Le no 17 de GAUCHEBDO, daté d'hier, vient de me donner l'occasion de faire ce que je n'ai plus entrpepris depuis très longtemps: lire intégralement, sans rien sauter ni survoler, un journal (huit pages, denses). Oh, il y a bien des chroniques qui m'horripilent, comme celles d'Huguette Junod et de Jean-Marie Meilland, mais elles sont bien écrites, et valent la lecture.



Je ne connais pas beaucoup de publications, en Suisse romande, respectant à ce point l'intelligence du lecteur. Les pages culturelles sont d'une fière ambition, élévatrice, sans concession. Mille fois moins ennuyeuses que le supplément du quotidien né de la fusion du Journal de Genève et de la Gazette de Lausanne (qui, eux, nous proposaient des Samedis littéraires exceptionnels).



La mise en page de GAUCHEBDO est claire, sobre. Ce journal, dans son entreprise de résistance aux facilités du temps, est remarquable. Je l'ai maintes fois dit, déjà. Ce samedi, je le répète. Et tous les samedis, entre 14.30h et 16h (oui, je suis un peu horloger dans mes habitudes), je continuerai, avec le même bougonnement de jouissance, de procéder à sa lecture.

 

Pascal Décaillet

 

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25/04/2013

M. Beer et la Chancelière: l'argument qui tue

 

Sur le vif - Jeudi 25.04.13 - 09.15h

 

J’ai été l’un des premiers à Genève, bien seul au début, à mettre en cause certaines actions, dans le cadre de ses fonctions, de Mme Anja Wyden, Chancelière. Je n’ai jamais attaqué ni la personne, ni ce qu’elle était, juste les comportements opérationnels d’un important responsable de notre Etat. C’est le droit de tout citoyen de ce canton.

 

Oui, les couacs, à la Chancellerie, se sont multipliés depuis que Mme Wyden est aux commandes. Aujourd’hui, ces choses-là sont sur la place publique : les citoyens et contribuables que nous sommes ont parfaitement le droit de s’interroger, interpeller, demander des comptes. Ce que fait ce matin la Tribune de Genève, sur une double page, 2 et 3. Comme souvent, ce journal met du temps à démarrer. Il commence, par un étrange réflexe d’ancrage, par défendre le pouvoir. Puis, dans une singulière extase de la révélation, se laisse pénétrer par la lumière, allez orthographions avec une minuscule. La Tribune, lorsqu’il s’agit de remettre en cause les autorités en place, est rarement anticipatrice. Les lièvres qu'aujourd'hui nous soulevons, elle vous les rôtira sans doute en râble délicieux, d’ici six mois.

 

La Chancelière fait preuve, dans son interview à la TG, de bien peu d’autocritique. Rien, parmi les couacs, ne serait de sa responsabilité. Et elle peut se prévaloir d’une protection de taille : celle de Charles Beer. J’ignore si le président du Conseil d’Etat parle de lui-même ou avec l’aide d’un ventriloque, mais ses propos, ce matin, tant à la RSR qu’à la TG, sont proprement hallucinants. On s’en prendrait à Mme Wyden parce qu’elle est une femme. C’est bien là le dernier des arguments, celui qu’on sert alors qu’on n’a plus rien à dire.

 

Que vient faire l’amalgame du genre dans cette affaire ? A-t-il seulement été utilisé une seule fois par les personnes osant, sur la place publique, remettre en question l’action de la Chancelière ? N’aurait-on pas le droit d’attaquer un haut fonctionnaire, ou une magistrate, sous le seul prétexte qu’elle serait une femme ? Et sa qualité de femme, qui en l’espèce n’a rien à faire dans le problème, devrait-elle nous retenir de mettre en question son efficacité ?

 

Allons, M. Beer, l’argument ne tient pas la route. Il faut admettre que le choix de Mme Wyden pour succéder à M. Hensler n’était peut-être pas le plus heureux. Reconnaître cela, oui, ou continuer de vous enferrer dans le déni, avec vos réseaux de protections internes. Faites-le, si ça vous chante. Mais cela ne grandira pas un Conseil d’Etat 2009-2013 que l’Histoire s’empressera d’oublier.

 

Pascal Décaillet

 

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21/04/2013

L'être et le sourire

 

Sur le vif - Dimanche 21.04.13 - 15.32h

 

Qu'une campagne politique doive être de terrain et de proximité, j'en conviens. Qu'il faille serrer des milliers de mains, j'en conviens. Qu'il faille se montrer partout, j'en conviens. Mais quand je vois, chez certains, cette seule extase de la présence, toujours souriant, à n'importe quel endroit où quelque chose se passe, oui cette greffe toujours renouvelée sur l'événementiel, je me dis que, peut-être, on aimerait en savoir un peu plus sur l'idéologie du candidat, ses combats, ses priorités, sa vision, son ambition républicaine. Parce que juste "être là", souriant, moi électeur, ça ne me suffit pas.

 

Pascal Décaillet

 

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18/04/2013

Le Diable a 71 ans - Et alors ?

 

Sur le vif - Jeudi 18.04.13 - 17.06h

 

J’ai rencontré Christian Grobet pour la première fois en 1978, le Journal de Genève m’ayant envoyé couvrir une réunion politique dans l’arrière-salle d’un bistrot des Pâquis. J’étais étudiant, j’adorais faire des piges, le soir, rendre ma copie sur une vieille machine à écrire, avec le délai de minuit ou d’une heure du matin. Tous ceux qui ont connu cette ambiance de la rue du Général-Dufour, avec les exemplaires tout frais qui nous voletaient sur la tête, au-dessus du couloir d’entrée, en gardent un souvenir inoubliable.

 

Pâquis, donc, débat politique. Grobet était, depuis neuf ans, député au Grand Conseil, il était l’homme qui monte au parti socialiste. Plus tard, lorsqu’il sera conseiller d’Etat et moi journaliste à plein temps au Journal de Genève, j’ai couvert un très grand nombre de ses conférences de presse, les affaires de chantiers me passionnaient, mon père était ingénieur. A chaque fois, pendant ses douze ans aux affaires (1981-1993), j’ai rencontré un homme totalement compétent, maîtrisant les dossiers mieux que quiconque, disponible avec la presse, soucieux de l’intérêt public. J’avoue, les trois fois (1981, 1985, 1989), avoir voté pour lui. Grobet en imposait, il avait des ennemis partout, ma délicieuse consœur Françoise Buffat prenait un savoureux plaisir à le vilipender, il était le Diable, et j’aime ça.

 

Face au Christian Grobet d’aujourd’hui, il y a deux générations. Ceux qui ont connu l’homme d’Etat, l’un des trois plus impressionnants de l’après-guerre, à Genève, avec Chavanne et Segond; ceux qui ne l’ont pas connu. Cette seconde catégorie n’a eu droit qu’au Grobet se survivant à lui-même, survivant à cette belle équipée exécutive suscitant les haines et les passions. Le Grobet non-reconduit par ses pairs, en 1993, pour un quatrième mandat. Le Grobet de « la gauche de la gauche », parfois vitupérateur du vide, parfois courageux imprécateur, un homme en pleine force de l’âge que l’Histoire avait comme arrêté, dans son élan.

 

Je ne conteste à personne le droit de combattre les idées politiques de Christian Grobet. Je comprends parfaitement que les milieux immobiliers, par exemple, le considèrent comme l’un des plus parfaits emmerdeurs depuis le film avec Brel et Lino Ventura. Tout cela, oui. Mais il y a une chose qui ne va pas. Les allusions sur son âge. Les perfidies sur la prétendue baisse de ses moyens. Des mots comme « dinosaure », « pathétique », d’autres encore, nauséabonds. Né en juillet 1941, à New York, Christian Grobet a aujourd’hui 71 ans. Ça n’est certes pas tout jeune. Mais les mêmes qui le conspuent, n’auraient-ils pas reconduit de Gaulle (75 ans) en 1965, Mitterrand (72 ans) en 1988, Chirac (70 ans) en 2002 contre Le Pen ? Moi, si, dans ces trois cas de figure. Et sans le moindre état d’âme. Et sans parler d’Adenauer, ni de Sandro Pertini.

 

Je ne dis pas ici que je voterai Grobet, je n’en sais rien encore. Mais le disqualifier sous le seul prétexte de l’âge, cela discrédite le porteur du jugement. Le militantisme politique est un démon, la puissance d’un désir, la capacité  à se projeter vers des combats et des inventions. Le moins qu’on puisse dire est que Christian Grobet, avec qui j’étais encore hier soir, fait preuve, en ces espèces, d’une étonnante et redoutable jeunesse. Je ne pense pas qu’il sera Conseiller d’Etat. Mais il ferait, 44 ans après sa première élection au Grand Conseil, un redoutable député. Et puis, voyez-vous, moi j’aime le désir, j’aime le combat. Et voir un aîné qui a encore envie de s’investir pour la chose publique, désolé mais j’admire ça, profondément.

 

Pascal Décaillet

 

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10/04/2013

France : revoici le temps des Epurateurs

 

Sur le vif - Mercredi 10.04.13 - 13.06h

 

Panama, Dreyfus, Stavisky: j'ai étudié de très près, dans ma jeunesse, ces trois grandes affaires françaises. Sur la deuxième, j'ai réalisé en juillet 1994 une série historique de plusieurs heures, "Dreyfus, la belle Affaire", à la RSR. Pour cela, j'ai lu des milliers de journaux de l'époque, que j'ai encore dans l'un de mes greniers.



A chacune de ces affaires, il y a l'histoire elle-même des protagonistes. Et puis, autour, comme une poudre qui se répand, il y a le révélateur de la société (française, en l'espèce) de l'époque. Par exemple, l'antisémitisme. Ou la haine des riches.


Je commence à croire qu'avec Cahuzac, nous sommes partis vers le même schéma. Il y aura l'affaire Cahuzac elle-même, le procès Cahuzac, le destin personnel de M. Cahuzac, nous verrons tout cela. Et puis, dans le soufre exalté de la périphérie, il y aura - il y a déjà - ce qu'il faut bien appeler l'hystérie fiscale. Je descendais dans les Bouches-du-Rhône, pour un aller-retour de 48 heures, mardi dernier, 2 avril, le jour où l'affaire a éclaté. Écoutant en boucle les réactions sur toutes les chaînes de radio françaises, j'ai eu l'impression qu'on parlait d'un tueur en série. Les mots utilisés à l'endroit de l'ex-ministre du Budget étaient du même type !


En boucle, en incantation, des centaines de fois, sur BFM-TV, le soir, tous répétaient: "Il a menti à la représentation nationale". Comme s'il avait tiré dans la foule, sur les Champs-Elysées, à l'heure de pointe. Comme s'il s'agissait d'un très grave criminel.



Hier soir, à Infrarouge, chez nous en Suisse cette fois, retour de cette hyperbole. Avec Ada Marra, qui n'est pas Madame tout le monde, mais l'un de nos 246 parlementaires fédéraux, traitant de "criminels" les gens qui ne paient pas l'impôt.


Oui, nous sommes partis dans une période d'hystérie. Je ne prends position, ici, ni sur le principe d'évasion des capitaux, ni sur les fautes (réelles) de M. Cahuzac. Juste sur la poudrière du discours. Comme après 1793, comme en 1944-45, comme tant de fois dans l'Histoire de France (et la Suisse n'est pas vraiment en reste), on va dénoncer, pourchasser, épurer. Ca n'est pas la France que j'aime. Et je l'aime, ce pays, croyez-moi.

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/03/2013

2009-2013 : le Conseil d'Etat de l'échec

 

Sur le vif - Jeudi 28.03.13 - 15.40h

 

Une équipe disparate, sans cohérence idéologique ni colonne vertébrale. Sept conseillers d’Etat certes élus, mais jetés là, sept unités, sept aboutissements de carrières. Un gouvernement patchwork, des gens que rien ne réunit. Ils n’ont d’ailleurs été élus, en 2009, sur aucune plateforme commune. Ils viennent de cinq partis différents, représentant des visions du monde n’ayant rien à voir entre elles. En quatre ans, ils ont fait ce qu’ils ont pu, leur sincérité n’est pas en cause, ni leur attachement au bien commun. Mais ce qu’ils ont pu, c’est peu.

 

Aujourd’hui, à six mois du terme, un Conseil d’Etat incapable d’obtenir du Parlement un budget, une dette abyssale, une votation annulée sur laquelle il faudra revoter, une Chancellerie qui semble avoir la distraction chevillée au corps, aucun projet promis n’ayant abouti, le PAV évaporé dans l’éther, les TPG qui dysfonctionnent, l’Ecole genevoise toujours à la traîne, les primes maladie parmi les plus chères du pays, des rues dans lesquelles on peine à circuler, une traversée du lac que nul d’entre nous ne verra, un Plan directeur poudre aux yeux, des prisons où rien ne va, une politique de sécurité dont n’éclate que le marketing. Mais à part ça, Madame la Marquise ?

 

Quel contraste entre ce constat d’échec et la belle et fière raideur républicaine du Discours de Saint-Pierre, à l’automne 2009. De magnifiques mots, mais justement des mots. Suivis de rien. Ce gouvernement-là n’aura pas mené de politique. Il aura, tout au plus, géré des dossiers ponctuels. Au Département des Travaux publics (on nous permettra ici de revenir aux fondamentaux de la terminologie, les mots qui charrient du concret et que les gens comprennent), un ministre a remplacé l’autre, on a débaptisé, on a mis « urbanisme » pour faire bien, on nous a annoncé des dizaines de milliers de logements à l’horizon 2040. Mais maintenant, à part cet immense bluff sur un avenir improbable, quoi de concret, de mesurable ?

 

La frontière, on ne la contrôle pas. Les braquages transfrontaliers se multiplient. Le taux de chômage est, avec Neuchâtel, le plus haut de Suisse. Des résidents peinent à trouver un emploi. Nombre d’employeurs pratiquent la sous-enchère salariale avec des personnes venues de France. Les inspecteurs du travail, pour contrôler cela, ne sont pas assez nombreux. Mais à part ça, quelles nouvelles ?

 

Cet échec a des causes précises. L’une d’entre elles, parmi d’autres, est l’absence de cohérence de l’équipe gouvernementale. N’ayant pas été élus sur un programme de législature, avec des objectifs précis, comment vouliez-vous qu’ils fissent autre chose que de gérer, chacun des sept dans son coin, sa petite cuisine ? Et ça ne va pas s’arranger pour la nouvelle législature. A part un mandat de cinq ans et un président qui sera surtout un primus inter pares, rien n’a été prévu, par la nouvelle Constitution, pour que nos équipes gouvernementales agissent enfin par objectifs, et non par laborieuse contiguïté de gérances. Pierre Mendès France, dans son discours d’investiture, le 18 juin 1954, se donne un mois pour régler l’affaire indochinoise. Sinon, il partira. Un mois après, l’affaire est réglée.

 

On peut dire que ce gouvernement a démérité. Il nous a beaucoup promis, et très peu réalisé. Les thèmes de campagne de l’élection 2013 demeurent désespérément les mêmes, rien n’ayant été résolu, que ceux de 2009, et même de 2005. Par ce manque d’efficacité, l’équipe sortante n’a pas rendu service à la foi que doivent avoir les citoyens dans l’action politique. Il a, au contraire, favorisé l’idée que les discours électoraux n’étaient que du vent, que rien ne valait de rien, et ce nihilisme est le contraire même de ce que doit être une dynamique républicaine. Et vertu de tout cela, cette équipe 2009-2013, au-delà des personnes, restera associée à l’idée de l’échec.

 

Pascal Décaillet

 

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26/03/2013

Oskar et les chasseurs de sorcières

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Sur le vif - Mardi 26.03.13 - 16.09h

 

Pour les chasseurs de sorcières, l’aubaine était trop belle. Oskar Freysinger, alias la bête immonde, ayant dans sa cave un drapeau du Reich ! Freysinger le nazi : cette fois, on te tient ! On va enfin pouvoir prouver au peuple valaisan à quel point il s’est fourvoyé d’élire un nostalgique d’Hitler au Conseil d’Etat. Il a craqué, pouvait-on lire un peu partout, dans un rare et jouissif délire de rage, en fin de matinée, il s’est démasqué, le voici avec son vrai visage. Pas belle, la vie ?

 

A un détail près. Le drapeau du Reich, ça n’est pas celui du Troisième, mais celui du Deuxième. Oh, ils l’avaient bien aperçu, fugacement, dans les titres, nos inquisiteurs, mais bon, quelle différence, il y a le mot drapeau, le mot Reich, ça suffit largement à accabler le gaillard.

 

Non, Messieurs. Si vous aviez, dans votre vie, ouvert un seul livre d’Histoire allemande, pas seulement celle du Troisième Reich, mais toute la continuité de l’Histoire des Allemagnes depuis la Réforme, et assurément les Lumières, le Sturm und Drang, l’occupation napoléonienne, la naissance de l’idée de nation, les « Reden an die deutsche Nation » de Fichte (1807, 1808, au nez et à la barbe des soldats d’occupation français), le poids politique du romantisme, le Zollverein, le long combat pour l’unité, vous sauriez que ce pays a une Histoire avant 1933, après 1945, que tout ne se réduit pas à Hitler, et qu’un Reich n’en égale pas exactement un autre.

 

L'avant-veille de l'Armistice...

 

Cette Histoire, il se trouve que je l’ai étudiée de très près. Oh, pour ma part, je n’aurais pas l’idée d’arborer dans ma cave le moindre drapeau, j’y entasse déjà les milliers de vieux journaux utiles à mes études de 1994 sur l’Affaire Dreyfus. Ainsi, accessoirement, que quelques menus nectars. Pas de drapeau, mais quelques nuances. Le Premier Reich, c’est le Saint Empire, qui s’écroule après la défaite d’Iéna contre Napoléon en 1806. Le Troisième, tristement célèbre, ayant commis l’irréparable, c’est celui d’Hitler, très exactement entre le 30 janvier 1933 et le 8 mai 1945. Et entre les deux, chers amis, il y a le Deuxième. Soyons toujours précis : il est proclamé, comme on sait, dans la Galerie des Glaces de Versailles le 18 janvier 1871, après la défaite de la France contre Bismarck. Et il s’écroule non pas, comme on croit, le 11 novembre 1918, mais l’avant-veille, 9 novembre, jour de la Révolution allemande dont parle admirablement le romancier Alfred Döblin (November 1918), ce qui permet au Kaiser de s’exiler aux Pays-Bas, à l’armée de se défiler, et aux sociaux-démocrates de signer l’armistice, ce qui leur sera reproché sous le grief de « coup de poignard dans le dos ». Lire Thomas Mann, ses frères Heinrich et Klaus, Ernst von Salomon (Die Geächteten), tout y est.

 

Le Reich bismarckien (1871-1918) est une période passionnante, complexe, qui ne se résume pas au militarisme prussien (bien réel, certes), aux casques à pointe et à la Guerre de 14. C’est une période de grande expansion économique, de colonisation extra-européenne sans grand succès (sous Guillaume II, ce que Bismarck réprouvait), de vie scientifique, littéraire, artistique, musicale, époustouflante. C’est aussi un moment déterminant dans l’Histoire sociale de l’Allemagne, précurseur total en Europe en matière d’assurance des ouvriers, de premiers contrats collectifs, de protection contre la pauvreté. Toutes choses hélas tues, par ignorance, tant s’impose, dans une imagerie populaire d’ailleurs façonnée par les Français, l’image du uhlan armé de sa lance, bourreau de l’Alsace-Lorraine, conquérant et cruel.

 

Moses Mendelssohn, Bismarck, la "révocation"

 

Revenons à nos inquisiteurs, parce qu’il y a pire. L’émission Zehn vor Zehn d’hier, toute heureuse de tenir sa pièce à charge, s'en va, sabre au clair, interviewer illico des spécialistes de l’antisémitisme. Quelle ignorance de l’Histoire allemande ! Je viens de retrouver, dans mes vieux papiers, la relation que j’avais rédigée, pour l’Hebdo du 8 avril 1999, sous le titre « Allemands et Juifs : un livre lumineux », de l’ouvrage de Hans Meyer, aujourd’hui décédé, « Allemands et Juifs : la révocation. Des Lumières à nos jours », Perspectives germaniques, Presse universitaires de France, mars 1999, 276 pages. Ce livre admirable, confirmant tout ce qu’a pu écrire en parallèle un esprit aussi brillant que Maurice-Ruben Hayoun, traite de la grande figure de Moses Mendelssohn, grand-père du musicien, le penseur  de « l’assimilation » des Juifs allemands au dix-huitième siècle. Et il confirme l’époque bismarckienne comme porteuse d’une intégration qui sera rudement secouée dès le lendemain du Traité de Versailles (1919), revivra peu ou prou sous la République de Weimar (1919-1933), sera désintégrée par les nazis, ce qui conduira à l’abomination qu’on sait.

 

Eh non, Messieurs les inquisiteurs. Le Deuxième Reich, ça n’est pas le Troisième, ça n’a même rien à voir. Pas plus que la Troisième République n’est Vichy. Alors, certes, des parties du drapeau furent conservées sous Hitler, dans une héraldique où il fallait mêler l’emblème du Parti (la croix gammée) avec les signes de pérennité de la Vieille Allemagne, histoire surtout, jusqu’à 1935 ou1936, de ne pas vexer une aristocratie militaire pas encore aux ordres et détestant Hitler (on retrouvera ces hommes-là le 20 juillet 1944). Il se trouve que ma mère a vécu, dans la seconde partie des années trente, chez l’un de ces aristocrates, fusillé au soir même du 20 juillet 44, et que j’ai eu largement l’occasion de creuser le sujet.

 

Alors voilà, je ne porte ici aucun jugement sur M. Freysinger. Peut-être joue-t-il de tout cela, je n’en sais rien. Je souhaiterais juste que nos grands inquisiteurs, avant d’amalgamer, prennent de temps en temps la peine d’ouvrir quelques livres d’Histoire.

 

Pascal Décaillet

 

*** Lire aussi Nicole Parfait, "Une certaine idée de l'Allemagne, l'identité allemande et ses penseurs, de Luther à Heidegger", Editions Desjonquières, 1999, 155 pages.

 

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25/03/2013

Préférence cantonale : on y vient

 

Sur le vif - Lundi 25.03.13 - 13.59h

 

Préférence cantonale : pendant des années, disons à partir de 2005, ces deux mots émanaient de la seule terminologie du MCG. Dans la convenance au pouvoir, ils étaient totalement tabous. Vous les prononciez, on vous tombait dessus, on vous traitait de tous les mots, le plus totalement hirsute, tant il est hors-sujet, étant celui de « xénophobe ». Et puis, doucement, au cours de la législature qui se terminera cet automne (2009-2013), les esprits ont évolué. Préférence cantonale décrétée par le Conseil d’Etat (surtout sans l’appeler ainsi, cela aurait valu reconnaissance de paternité) pour le Petit Etat, le Grand Etat, confirmation de ce principe, pour certaines catégories, par le grand patron des HUG. Bref, les esprits instillés. Le concept, naguère honni, qui gagne du terrain, s’étend, jusqu’à être prôné par ceux-là-même qui, dans les campagnes de 2005 et 2009, le vomissaient le plus. Dans ces cas-là, de pur torpillage de droits d’auteur, qui est gagnant, face au corps électoral ? Le piraté, ou le pirate ?

 

C’est bien sûr le piraté qui emporte la mise. Le peuple n’est pas dupe : il discerne l’original face à la copie. Sait gré aussi à ceux qui, pendant des années, sous les insultes, les quolibets, les ricanements, les mises à l’écart par les partis au pouvoir, ont su tenir bon. On vient de le voir, en Valais, de façon éclatante, avec Oskar Freysinger. Il vaut la peine, dans la vie, quelles que soient nos opinions, et surtout si elles sont minoritaires, de les défendre jusqu'au bout.

 

A Genève, les excès de la libre circulation font des ravages. Je dis bien « les excès ». Les cas de dumping sont nombreux, entendez la sous-enchère salariale pratiquée par certains patrons. Les contrôles du travail, en cette matière, ne sont pas assez efficaces, les inspecteurs manquent, ce dont tout le monde convient d’ailleurs. Constater cela, ça n’est pas vouloir fermer les frontières. Ni renoncer à accueillir des personnes de France voisine. Ni supprimer les échanges. C’est peut-être, juste un peu, corriger les excès, en injectant une petite dose de protection de l’emploi local. Chaque société humaine, chaque communauté, a le droit, et sans doute aussi le devoir, de veiller en priorité au bien-être et à l’épanouissement des siens. Sa générosité pour les autres, comment peut-elle la justifier tant qu’elle n’a pas entrepris tout ce qui était en son possible pour ses citoyens à elle, ceux qui vivent en son sein ? Dire cela n’a strictement rien à voir avec une xénophobie que j’ai, pour ma part, toujours réprouvée.

 

La préférence cantonale a gagné un terrain considérable. A gauche, hormis les bobos, on entre en matière. A la gauche de la gauche, on y tient. A l’UDC, au MCG, et au fond chez un nombre croissant de personnes de l’Entente, on commence à s’ériger, non contre la libre circulation, mais contre cette dernière appliquée comme un dogme, toujours au détriment des Suisses. Ne demeurent, pour défendre le dogme, que les libéraux ultra, que la notion de communauté citoyenne, on nationale, n’a jamais franchement fascinés, ou leurs alliés les libertaires. Du monde, certes, mais en décroissance. Verdict le 6 octobre.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/03/2013

Zizous.com

 

Sur le vif - Dimanche 24.03.13 - 16.15h

 

Pierre Maudet, c’est connu, est un génie de la politique. Mais sa première qualité, au-delà du savoir-faire, c’est le faire-savoir. Là, le mot « génie » apparaît comme trop frêle, timide, freluquet, pour qualifier la capacité du grand homme, futur conseiller fédéral, futur commissaire européen (l’UE aura disparu, mais ça n’est pas grave), futur Pie XIII. Oui, Pierre le Grand est avant tout un communicateur. Au point que certains esprits chagrins – dont j’aimerais dire ici toute la sottise – prétendent qu’au fond, il ne serait que cela.

 

Exemple : Mme Bonfanti, cheffe de la Police genevoise, devait annoncer demain de prétendues bonnes nouvelles sur les zizous des Pâquis, ces charmants multirécidivistes, originaires du Maghreb, spécialistes du commerce de la drogue. Ils seraient en diminution. J’utilise à dessein le conditionnel, disposant de pas mal d’informations des milieux policiers, qui font état d’une simple émigration du quartier des Pâquis vers la gare, Plainpalais ou même la région de Chêne. Mais enfin, la nouvelle – même très relative – d’une amélioration dans un quartier dont cette population pourrit la vie depuis des décennies, est toujours bonne à donner.

 

Surtout en année électorale. Au point que la laisser délivrer, cette nouvelle, par une simple cheffe de la Police, laquelle mouille le maillot sur le terrain jour et nuit et mérite notre reconnaissance (ndlr), à six mois des élections, relèverait du plus pur gâchis. Alors, ce matin, comme par hasard, elle paraît dans les augustes colonnes du grand journal orangé dominical de Suisse romande. 

 

Laisser donner les nouvelles à Mme Bonfanti – ou d’autres hauts fonctionnaires, par exemple dans le domaine carcéral – ça va lorsque les choses vont mal. Lorsqu’il s’agit de redorer le blason, le ministre est disponible. Sic transit gloria mundi. Et bons Rameaux à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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23/03/2013

A comme Aellen

 

Sur le vif - Samedi 23.03.13 - 13.45h

 

A comme Aellen

B comme Anja

C comme Courrier

D comme Délai

E comme Exit

F comme Bernard

G comme GN

H comme Hasard

I comme Impair

J comme Jackpot

K comme Madame

L comme Maxime

M comme Loiseau

N comme Nestor

O comme Oskar 

P comme Poker

Q comme X

R comme Roulette

S comme Sort

T comme Tirage

U comme Ukase

V comme Voyelle

W comme Anja

X comme Loterie

Y comme Cyril

Z comme Zouave

 

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21/03/2013

Budget : le gout amer de l'illisible

 

Sur le vif - Jeudi 21.03.13 - 13.12h

 

Je n'aime pas, et n'ai jamais aimé, l'illisible en politique. Il me plaît que les fronts soient clairs, qu'on se batte à la loyale sur des positions engageant une certaine conception de la société, on gagne, on perd, c'est la vie, c'est le lot d'une existence de combattant.



Dans l'affaire du budget, la proposition de coupe linéaire de 2% avait l'immense mérite de la clarté. La gauche la combat, criant au démantèlement, on peut en effet en discuter; la droite la soutient, esquissant une nouvelle alliance, intéressante, au moins sur les questions financières, pour commencer à sortir Genève de la spirale de l'endettement.


A partir du moment où il y a eu cette histoire de suspension du bouclier fiscal, plus personne, dans la population, n'a compris. Au nom d'une tactique, géniale pour les uns, suicidaire pour d'autres, on s'est engouffré dans l'indéchiffrable des pires moments parlementaires de la Quatrième République. La spéculation, au sens étymologique du jeu de miroirs, des députés les uns face aux autres, a totalement détourné l'enjeu central (tout de même capital, l'avenir de notre santé financière) au profit du jeu politicard, dans le pire sens du terme.



Résultat: l'illisible. Je retiens tout de même, au milieu de ce premier jour de printemps, la vaillance d'une nouveau triptyque dans la vie politique genevoise; le courage de ceux des députés PLR qui osent s'affranchir de la tutelle des conseillers d'Etat radicaux, notamment M. Longchamp qui ne sort pas grandi de cette affaire, ni d'ailleurs de la législature; le jeu périlleux du MCG, tellement jouisseur de faire et défaire les majorités qu'il en oublie, sur ce coup, la cohérence même de l'action politique.



Au fond, les socialistes et les Verts se sont battus loyalement, au nom d'une conception des finances publiques qui n'est vraiment pas la mienne, mais que je respecte. Le PDC s'est acoquiné avec eux, vous savez ce que j'en pense. Le PLR vit la sulpicienne extase de l'écartèlement putatif. Le MCG se montre trop joueur parlementaire pour un parti se réclamant de la colère tellurique de la rue. L'UDC a été correcte et fidèle à ses engagements.



Au final, un goût amer. Le politique n'en sort pas grandi.

 

Pascal Décaillet

 

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17/03/2013

Valais : seule la tradition est révolutionnaire

 

Sur le vif - Dimanche 17.03.13 - 16.04h

 

Ce dimanche 17 mars restera inscrit dans l’Histoire du Valais moderne, celui qui est né des décombres du Sonderbund, nous laissant un paysage profondément marqué par la rivalité entre radicaux et conservateurs, les vainqueurs dans le canton n’étant justement pas les vainqueurs fédéraux de 1847, ce qui aura provoqué, entre le Valais et la Suisse, une longue et rugueuse inversion de forces, non sans charme, passionnante pour tous les amoureux de politique.

 

Mais aujourd’hui, tout cela vole en éclats. Une pensée d’abord pour la grande famille libérale-radicale, qui quitte le gouvernement après trois quarts de siècle de présence continue, et, je tiens à le dire, d’une très grande qualité. Depuis 1937, des magistrats comme MM Gard, Arthur Bender, Comby, Sierro et Roch ont admirablement accompli leur tâche, dans un contexte cantonal minoritaire, hommage à eux. De même, dans toutes les communes, tous les districts, les couleurs de ce grand parti ont flotté et flotteront encore : elles font partie du paysage politique valaisan. Un hommage, encore, à Christian Varone et Léonard Bender : ils se sont battus loyalement, ils ont fait ce qu’ils ont pu.

 

Mais en face, il y avait la tornade. Les chiffres sont têtus : le triomphe d’Oskar Freysinger est si impressionnant qu’on se demande bien qui, quelles que fussent les questions internes de casting au sein du PLR, aurait pu renverser la vapeur. Il nous faudra du temps, des analyses, beaucoup d’encre et de salive pour comprendre l’ampleur de cette avance. Mais une chose est sûre : si le parti qu’on appelle aujourd’hui (depuis 1971, au niveau fédéral) PDC n’avait pas, en Valais, depuis au moins trente ans, renoncé à quelque chose de puissant dans la fibre affective, le rapport au pays, le lien confédéral, l’UDC n’aurait pas progressé ainsi. Le place que ce parti occupe aujourd’hui, c’est celle des noirs, et de ce magnifique mot qui fut celui de nos grands-parents : les conservateurs. Alors, la nature ayant horreur du vide...

 

Allez, le Valais continue. Il y aura toujours un Edelweiss et un Echo d’Orny, toujours les Dranses et le Trient de la bataille. Toujours la fierté des couleurs. Quant aux radicaux (qu’on me permette de les appeler encore ainsi), ils n’ont jamais été aussi grands, dans l’Histoire de ce canton, depuis 165 ans, que dans l’opposition. Assurément, nous les reverrons. Et Bernard Coudray, à Chamoson, pourra sortir son canon. Longue vie à ce canton magnifique et passionné, où la politique palpite et donne soif. Très soif, oui.

 

Pascal Décaillet

 

16:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/03/2013

Guy Mettan et les Marais du passé

 

Sur le vif - Samedi 16.03.13 - 18.43h

 

La majorité dont rêve Guy Mettan (18.34h, RSR) pour avoir un budget (PLR + PDC + Verts) n'est pas celle de l'avenir, mais celle du passé ! Tout ce Marais de début de législature, qui a rendu bien illisible la politique genevoise. La majorité qui fait peur à Guy Mettan, parce qu'elle pulvérise ce pivot du centre, c'est bel et bien l'axe PLR-UDC-MCG. Puissent ces trois partis tenir jusqu'au bout, malgré les tentatives de pressions et d'achats que ne manqueront pas d'opérer, sur chaque député individuellement, ce Conseil d'Etat aux abois, l'un des moins convaincants depuis la guerre.

 

Pascal Décaillet

 

 

18:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le PDC genevois, parti de gauche

 

Sur le vif - Samedi 16.03.13 - 10.41h

 

C’est un fait objectif, vérifiable. Le PDC, dans le débat budgétaire genevois, est l’allié de la gauche (socialistes et Verts) contre la coalition de droite (PLR-UDC-MCG) qui exige un budget 2013 à l’équilibre. J’ai suivi l’intégralité des débats, hier, et le tableau frontal des couleurs (vert-rouge), lors des votes, rangeait systématiquement le PDC avec la gauche. D’un côté, un bloc qui accepte la permanence d’un déficit de près de 100 millions, avec l’endettement structurel que connaît déjà le canton, donc le poids de la dette pour les générations de nos enfants et petits-enfants. De l’autre, ceux qui refusent cet inéluctable, exigent de l’exécutif et de l’administration (dont des secteurs entiers sont encore pléthoriques) de vraies preuves d’efforts, pour enrayer cette spirale de l’endettement.

 

Comprenons-nous bien. Ça n’est tout de même pas sur un sujet de détail que le PDC, membre depuis les années trente d’une alliance avec les libéraux et les radicaux qu’on appelle « Entente », s’en sépare pour voter avec la gauche. C’est sur le sujet amiral de l’année parlementaire, le budget ! Nous ne sommes pas là dans des états d’âme humanistes, voire populistes tendance sacristie, dont ce parti a, de façon récurrente, le secret. Nous sommes dans les grands arbitrages de politique financière dessinant l’avenir de notre canton. Et dans ce débat-là, majeur, le PDC se sépare de la droite genevoise. Sur l’acceptation du principe déficitaire, il vote objectivement avec la gauche.

 

Alors, disons-le tout net. Hier, le bloc de droite a été cohérent. Celui de gauche aussi, dans son combat loyal contre un équilibre qu’il juge fatal à l’exercice de services publics qui lui sont chers. Mais que penser du PDC ? À quel jeu joue ce parti, élu en 2009 pour mener une politique de droite, ou tout au moins de centre droite, allié dans ce combat, comme toujours depuis la guerre, avec les libéraux et les radicaux ? Quel signal délivre-t-il à ses électeurs, et à la population genevoise en général ? Quelle indépendance sa délégation parlementaire, dont la mission est justement de contrôler et corriger les actes du gouvernement et de l’administration, montre-t-elle face au Conseil d’Etat ? Lui serait-elle à ce point inféodée ? Bien plus, et c’est paradoxal, que la députation PLR, dont le refus du premier projet de budget, en octobre 2012, avait constitué un sain affranchissement des élus parlementaires face à la tyrannie verticale, par émissaires noirs interposés, des deux ministres radicaux.

 

Dans ces conditions, les choix du PDC sur l’objet le plus important de l’année étant ce qu’ils sont, la notion même « d’Entente » a-t-elle encore, en prévision de cet automne, le moindre sens ? Sans doute les principaux intéressés feront-ils comme si la question ne se posait pas. Il n’est pas sûr que ce soit-là, pour eux-mêmes, la meilleure des solutions.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

10:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/03/2013

Une journée de budget, en deux ou trois croquis

 

Sur le vif - Vendredi 15.03.13 - 20.13h

 

J’ai suivi l’ensemble des débats budgétaires jusqu’à 19h. Ils ne sont pas terminés, et il ne faut voir ici que quelques croquis d’observation, intermédiaires. Voici :

 

1) Si l’alliance PLR-UDC-MCG tient jusqu’au bout, alors nous aurons vécu, ce vendredi 15 mars 2013, la grande journée de déplacement du curseur. Toutes les majorités, voulues par les hommes forts de l’actuel Conseil d’Etat, notamment François Longchamp, depuis le début de la législature, et à vrai dire un peu avant déjà, s’appuyaient sur le pivot du centre. Disons centre, centre droit, entendez Entente + collaboration occasionnelle des Verts, notamment sur les questions budgétaires. Tout cela, pour mieux ostraciser, pestiférer la Marge UDC-MCG. Eh bien, si le triptyque du débat de ces jours résiste aux pressions et va jusqu’au bout dans son combat pour un budget équilibré, c’est la chance d’une nouvelle alliance qui sera née. Oui, un déplacement du curseur vers la droite.

 

2) Si les trois partis de cette alliance sont droits dans leurs bottes, ainsi que, de l’autre côté, les socialistes et les Verts (qui ne veulent pas de ces coupes linéaires), que penser du comportement du PDC ? Voilà un parti qui prétend faire campagne, pour le Conseil d’Etat, avec le PLR, et prend, sur le sujet amiral de l’année parlementaire, des orientations d’alliance avec la gauche. Voilà qui n’est pas extraordinairement prometteur pour la dynamique de l’Entente cet automne.

 

3) La tonalité du débat. Spectaculaire. Drôle, parfois. Théâtrale. Avec un coq de cour nommé Christian Bavarel, obsédé par Stauffer, lui dédiant toutes ses interventions, faisant glousser le ban et l'arrière-ban de ses admiratrices. Une hargne de la gauche, notamment de Mme Bolay, face au camp adverse, comme si ce dernier se rendait coupable de crimes de guerre, alors qu’il s’agit d’arbitrages budgétaires. La dépêche d’Ems, signée d’un haut fonctionnaire, à quelques élus de droite, pour tenter de les ramener à la raison, traduisez de s’aligner derrière le Conseil d’Etat. L’obédience gouvernementale du PDC. Bref, une sorte de Comédie de Charleroi, en un peu moins tragique, plus festif, plus délirant, parfois carnavalesque. Avec le majestueux parfum, omniprésent, de la trahison. Ainsi va la vie.

 

Pascal Décaillet

 

20:13 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/03/2013

Eric Leyvraz : une candidature solide et crédible

 

Sur le vif - Mercredi 13.03.13 - 16.34h

 

Il m’a toujours fait penser à un radical vaudois des années soixante, avec son calme, son nœud papillon, la pondération de son verbe, son goût de la tradition, sa connaissance du vin. Oui, Eric Leyvraz est un politicien atypique. Il a en lui ce zeste d’anachronisme qui finit par défier le temps et les modes. Le sens de la terre, hélas si rare. Il sait compter. Et, croyez-moi, il a des lettres. Cela commence à faire beaucoup. Par exemple, un candidat sérieux et crédible au Conseil d’Etat.

 

Hier soir, sur le plateau de Genève à chaud, il a annoncé sa candidature. Tranquillement, en passant, sans en faire tout un drame, sans trompettes, ni sonneries aux morts. Cet homme d’expérience, ancien président du Grand Conseil, apprécié de tous, se met à disposition de la République pour une charge exécutive. Il le fait à l’âge où certains prennent leur retraite, l’âge exact où de Gaulle promettait, au printemps 1958, de ne pas « entamer une carrière de dictateur ».

 

Bien sûr, comme il est UDC, presque personne n’en parle, de sa candidature. C’est qu’Eric Leyvraz, comme Céline Amaudruz, Yves Nidegger, Mauro Poggia, Eric Stauffer, fait partie de ce troisième tiers de la politique genevoise considéré comme pestiféré. Ce Tiers Etat, on le prend de haut, on le traite de populiste, on lui colle des étiquettes à n’en plus finir. Il faudrait surtout qu’il demeure où il est : hors du gouvernement.

 

Avec Leyvraz, ils sont mal barrés, les colleurs d’étiquettes. Voilà bien un homme qui n’est ni sonore, ni rugissant, jamais excessif, toujours soupesé, comme il sied à un certain monde de la campagne. Voilà un UDC qui a les manières d’un gentleman farmer. A quoi s’ajoute une compétence que personne ne nie, notamment en matière financière : dans le combat pour un budget équilibré, il ira, lui, jusqu’au bout.

 

Pour prendre la relève du pire gouvernement que Genève ait connu depuis la guerre, ou en tout cas le septième de cette relève, voilà bien, ma foi, un candidat d’une rare qualité. Et polyglotte, en plus, par exemple l’espagnol, bien utile dans la Genève internationale. Etant moi-même petit entrepreneur, je discute souvent avec lui de ce métier, la prise de risque permanente qu’il implique, mais l’immense avantage de savoir remplir une fiche de salaire, connaître les mécanismes de la TVA et des assurances sociales, et avant toute chose, tenir un budget. Eric Leyvraz : un homme qui sait compter. Et qui, surtout, ne s’en laisse pas conter.

 

Alors voilà, puisque personne, pour l’heure, parmi mes confrères, ne juge apparemment utile de donner à cette candidature le volume qu’elle mérite, en bien moi si, je le fais. Bonne chance, Eric.

 

 

Pascal Décaillet

 

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10/03/2013

La rupture

 

Sur le  vif - Dimanche 10.03.13 - 10.43h

 

Si le peuple genevois ne donne pas, par son vote cet automne, un véritable signe de rupture, comme vient de le faire le peuple valaisan, comme l'avait fait récemment le peuple tessinois, alors qu'il ne se plaigne pas, pendant cinq longues années, de demeurer, encore et toujours, sous la coupe des copains et des coquins, des amitiés transversales, de la République de la Barbichette, l'Entente soutenue sur les trams par le patronat, les copains de parti placés partout, dans les régies, dans les conseils d'administration, l'air de rien, parce que ça ne se voit pas trop, étant disséminé. L'invisible horizontalité du vrai pouvoir, à Genève.



Le sortant François Longchamp, aux affaires depuis huit interminables années, devenant gouverneur pendant encore cinq ans, de 2013 à 2018, c'est cela, le type de renouveau que vous voulez ? La Région mise en place de force, par la seule volonté d'une clique transfrontalière, sans la moindre légitimité populaire ? Les attaques sur les stations service, près de la frontière ? La libre circulation appliquée comme un dogme, sans la moindre mesure d'accompagnement. La sous-enchère partout, sur le monde du travail. Les bilatétales, juste pour profiter à certains patrons, et mettre au chômage des gens d'ici. L'arrogance de ces gens-là, qui n'ont d'ambition que de se perpétuer eux-mêmes, comme le prouve le ticket PLR : ils osent se contenter de nous proposer les trois sortants, rien de plus ! Trois sortants du pire gouvernement depuis la guerre ! Vous vous voyez continuer cinq ans avec Mme Rochat ? Vous vous voyez continuer cinq ans avec Mme Künzler ?

 

A quoi sert le suffrage universel, si ce n'est, précisément, renvoyer chez eux ceux dont l'autorité ministérielle n'a pas réussi à s'imposer sur l'administration, encore moins face au public ? A quoi servent les élections, si c'est pour reconduire docilement, parce que les partis le demandent, des sortants qui ont profondément démérité, n'ont pas servi la République à hauteur des espérances ? Nous, les citoyens, ne leur devons rien : eux, il y a quatre ans, nous ont abreuvés de promesses, qu'ils n'ont pas tenues.



Le 6 octobre et le 10 novembre 2013, de gauche comme de droite, ou alors ni de gauche, ni droite, bref, comme vous voudrez en fonction de vos sensibilités, sanctionnez les sortants, laissez leur chance à d'autres. Politiquement, ne craignez pas la rupture.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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09/03/2013

Les primaires ou le Déluge : choisissez !

 

Sur le vif - Samedi 09.03.13 - 18.09h

 

Dans l'ordre des votes : Thierry Apothéloz, Anne Emery-Torracinta, Sandrine Salerno, Roger Deneys. En proposant au corps électoral quatre candidats pour le premier tour du Conseil d’Etat, que font les socialistes ? Ils laissent au peuple le choix ! Ils sélectionnent un quatuor, au demeurant d’une belle diversité interne, et c’est au souverain de finaliser. Nous sommes là, exactement, dans l’esprit de cette nouveauté à laquelle il faudra nous habituer, un premier tour en forme de primaires du peuple, les choses vraiment sérieuses se déroulant entre le 6 octobre et le 10 novembre.

 

 Les socialistes nous laissent le choix, ils ne réitèrent pas l’erreur historique d’avoir préféré Véronique Pürro à Manuel Tornare il y a quatre ans, ils ont tiré des leçons. Oui ce parti va mieux que sous l’ère Longet, lorsqu’il a abordé la campagne de 2009. Il va mieux, cela se sent, malgré l’échec à la partielle de juin 2012, il est mieux dans ses bottes, ils nous font beaucoup moins la morale, ils recommencent à faire de la politique. Ils ont aussi la chance d’attaquer la citadelle avec du sang neuf, aucun sortant, quatre nouveaux, dont chacun a des qualités.

 

A l’inverse, que penser du PLR ? Il nous présente trois candidats, OK. Mais qui ? Les trois sortants ! Le PLR n’a rien de mieux à nous proposer, alors qu’il s’agit d’un renouvellement général, que ses trois ministres du gouvernement actuel, l’un des pires en efficience depuis la guerre. Ils ont l’incroyable culot de nous donner ce signal-là, comme si l’équipe 2009-2013 pouvait se prévaloir d’un quelconque blason devant l’Histoire. Assurément, les deux sortants radicaux, qui sont compétents, seront réélus. Mais comment osent-ils présenter Mme Rochat, dont l’action politique est un échec ? Au-delà des qualités personnelles de cette dame, sa classe oui j’en conviens, il faut bien admettre que les objectifs n’ont pas été atteints, et que la hauteur ministérielle ne s'est imposée ni sur l’administration ni face au public. Il faudrait taire cela ?

 

Pire : le PLR laisse entendre, avec de grands airs de mystère, qu’en cas de résultat trop faible de Mme Rochat au premier tour, aucun problème, tout est prévu, on lance le candidat de secours qui guette en embuscade. Message catastrophique. Absence de courage. A la vérité, tout est fait pour bétonner la réélection des deux radicaux sortants, on espère deux PDC, et à quatre, vogue la galère, on mène la barque pendant cinq ans. Ce qui est, en effet, probable. Mais quel respect pour la population, se contenter de présenter les trois sortants ? Quel signal de renouvellement ? Quand on connaît la véritable nature de ce trio, son point faible, le non-dit qui l’entoure. Le meurtre voulu, mais pas assumé, jusqu’à son nom dans le silence confiné.

 

Merci aux socialistes. Ils respectent l’esprit de notre nouvelle Constitution, ouvrent le jeu vers ce qui ressemble à des primaires. A l’inverse, au PLR, bonjour le bétonnage, voulu et dirigé par une équipe, là-haut, toujours la même. Juste assurer la permanence des siens. Pour le reste, après eux le Déluge.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/03/2013

Sous-enchère, servez-vous !

 

Sur le vif - Mardi 05.03.13 - 16.53h

 

Des entreprises suisses qui vont recruter directement en France, par le biais notamment de petites annonces, et cela sans passer par les offices de placements suisses : la nouvelle, révélée ce matin par ma consœur Estelle Braconnier, à la RSR, relance la question de la préférence aux résidents pour l’emploi, et, plus généralement, du degré d’implication sociale, voire citoyenne, d’un patron dans le canton ou le pays où il vit.

 

Ces offres se trouvent sur le site internet français du Groupement transfrontalier européen (GTE). D’autres arrivent directement au Pôle Emploi français (l’ex-ANPE). Patrick Schmied, le patron de l’Office cantonal de l’emploi, à Genève, reconnaît l’existence d’une réelle concurrence entre ses services et ceux de la France voisine. « Rien d’illégal », commente Blaise Matthey, le patron des patrons à Genève, tout en précisant qu’il ne les cautionne pas.

 

Rien d’illégal. Certes. Mais le canton de Genève demeure l’un des deux premiers de Suisse dans le record du chômage, alors que la vitalité économique y est évidente. Plus de 5% de nos résidents sont sur le carreau. Bien sûr, notre économie a besoin de frontaliers, bien sûr nous devons entretenir les rapports les plus amicaux possibles avec nos voisins. Mais tout de même ! Que fait l’Etat pour encourager, non par la contrainte, mais de façon séduisante, dynamique, les patrons à un minimum de civisme économique (oh oui, je sais, l’expression va choquer les ultra-libéraux et les libertaires sans frontières) ? Car enfin, ils sont des patrons suisses. Bénéficiant des immenses avantages d’habiter dans notre pays. Pourrait-on imaginer qu’ils socialisent un peu plus l’emploi local, un peu moins leurs pertes, lorsque les choses tournent mal ?

 

Rien de cela n’est le fruit du hasard. Nous sommes là dans l’application pure et dure d’une politique voulue par la majorité de l’actuel Conseil d’Etat à Genève : la libre circulation, sans entraves. Ceux, notamment au PLR, qui ont fait campagne pour ce dogme libéral-libertaire en 2005 et 2009, se mettaient dans leur poche les patrons, dont certains sont si contents d’engager meilleur marché. Alors, une fois élus, ils n’allaient pas les lâcher. Pas tout de suite, en tout cas. Parce que pour la législature 2013-2018, en fonction des nouveaux rapports de forces, ça pourrait bien changer.

 

L’opinion publique genevoise, sur ces questions, a beaucoup évolué. Elle réclame de très sérieuses adaptations à la libre circulation, un retour des contrôles aux frontières, une préférence à l’emploi pour les résidents. A Genève, comme sur l’ensemble de la Suisse, le peuple est demandeur d’un certain retour du protectionnisme, et pas seulement en matière agricole, où il est impérieusement nécessaire. Oserons-nous, un jour, sans nous faire insulter par les libre-circulationnistes, ou les snobinards du Grand Genève, prononcer avec fierté les mots « économie nationale » ou « souveraineté alimentaire » ?

 

Cela, nos gouvernants d’aujourd’hui, à Genève, dans leur arrogance et leur dogme transfrontalier, ne veulent pas le voir. Tant pis pour eux. D’autres, à partir de l’automne 2013, le verront à leur place.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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04/03/2013

Oskar et Léonard

 

Sur le vif - Lundi 04.03.13 - 23.06h

 

Oskar et Léonard sont des êtres si différents. Oskar est entier, terrestre, passionnel. Léonard est complexe, fougueux à l’interne, mais rationnel. Il a appris à dominer son instinct, là où Oskar le laisse vivre, et à profusion. Oskar est musicien, poète, lit Rilke, gagne des concours littéraires, de préférence si le jury ne sait pas que c’est de lui. Il aime le rythme, la couleur de la syllabe, le chant, la guitare. Léonard est un authentique politologue. En France, il connaîtrait l’ensemble des circonscriptions, avec le poids historique des partis, les découpages, les triangulations majoritaires, le legs des radicaux tendance Herriot, ou du MRP de Bidault.

 

Le père de Léonard était un important conseiller d’Etat, l’un de ceux qui ont assumé la lignée radicale au gouvernement depuis 1937. Cela crée un atavisme, un devoir de continuité, jusqu’à la prise en charge, ce soir, de la défense des couleurs. Il y a là du panache. Oskar, après avoir été PDC, a osé l’aventure d’un nouveau parti. Il l’a ancré, hier soir, pour un bout de temps, dans le paysage politique valaisan. Il ne vient pas d’une lignée qui doit porter l’étendard. Il défriche. Avec, ces temps, un certain succès. Léonard continue, Oskar inaugure.

 

Oskar est un maîtrisé qui connaît à merveille l’étincelle du dérapage, Léonard un violent intérieur qui a fini par se contrôler. Dans l’ordre de l’instinct et de la raison, au milieu du gué, les deux hommes, avec la chaleur noircie de leurs alluvions, se rejoignent. Oskar incarne la Vieille Suisse, celle de l’émotion d’appartenance commune, Gemeinschaft. Léonard, jusqu’au bout des ongles, est l’héritier de la Jeune Suisse, celle de 1848, la Raison triomphante, la codification. Oskar, la puissance tellurique du peuple. Léonard, la Céleste Lumière. Oskar, le verbe propulsé, incandescent, Léonard l’argumentaire qui démontre.

 

Le moment de ce soir, celui du défi cueilli à terre, au milieu des décombres, Léonard le guettait depuis tant d’années. Quelque chose à régler avec le passé. Oskar, lui, regarde l’avenir. La prochaine quinzaine sera une affaire de Valais et de Judée, de Dranse déchaînée, de pluie après la vendange, de procession dionysiaque vers la chaleur festive de l'Autel,

 

 

Pascal Décaillet

 

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