19/05/2013

Les anathèmes de Frère Sylvain

 

Sur le vif - Dimanche 19.05.13 - 17.38h

 

De retour de 48 heures hors de la toile, je découvre les anathèmes décochés par le socialiste Sylvain Thévoz à l’endroit de quelques hérétiques (dont Pierre Ruetschi et votre serviteur) coupables à ses yeux d’un péché mortel. Celui d’avoir eu l'outrecuidance de relever – chacun à sa manière – qu’un Parlement n’était pas le lieu pour afficher des slogans écrits, ce qui est langage de rue ou de manif, mais celui d’argumenter avec le verbe, en lien avec les sujets à l’ordre du jour.

 

Il eût fallu, plutôt que d’insister sur cette vétille, ne participer qu’à l’exécution générale de M. Menoud, cela et rien d’autre. Il eût fallu, selon M. Thévoz, embrasser exactement le champ, l’objet et l’intensité de son indignation à lui. Bref, faire du Thévoz. Entonner la liturgie de ses colères à lui. Dans la joie partagée de ces Vêpres communes, une même Grâce du Grand Soir nous aurait tout naturellement amenés à laisser tomber nos dérisoires didascalies sur le fonctionnement républicain d’un Parlement. Au profit de la seule condamnation, D'UNE MÊME VOIX, de M. Menoud.

 

Sinon ? Sinon, honte à nous ! Sinon, que pleuvent sur nous les orgues de Staline de la morale. Avec en prime Hannah Arendt pour nous rappeler que nous n’avons, nous, pauvres gens de presse, rien retenu de l’Histoire. M. Thévoz serait Thomas Mann, ou Heinrich, ou Klaus, seuls lucides dans les ultimes années de la République de Weimar, et nous, alias « la presse », serions captifs de « l’effroyable banalité », aveugles au retour de la bête immonde, complices du pire. Dans le rôle du Bien, M. Thévoz; dans le rôle du Mal, ceux qui choisissent un autre angle, un autre éclairage. Elle va être belle, la liberté d’expression, le jour où M. Thévoz sera au pouvoir.

 

Je vous le dis tout de suite, Frère Sylvain, ce genre de pressions sur fond de grandes leçons morales ne marche pas avec moi. J’ai, dès le début, écrit ce que je pensais de l’énormité verbale de M. Menoud. Je n’ai jamais, une seule seconde, pris sa défense. J’ai simplement choisi, EN PLUS DE CETTE AFFAIRE, d’en évoquer une autre, évidemment un peu gênante pour une partie de la gauche municipale, puisqu’elle concerne cette histoire de banderoles, ou d’affichettes. Vous voudriez, au nom de la totalité de l’horreur que représentent à vos yeux les propos de M. Menoud, que cette AUTRE AFFAIRE, nous la passions par pertes et profits, tant elle serait, en comparaison, insignifiante.

 

Je ne le ferai pas. Je n’entrerai pas dans votre jeu. Je n’accepterai pas, moi qui ai toujours défendu la cause homosexuelle (en des périodes où elle était autrement plus minoritaire qu’aujourd’hui dans l’opinion) que vous veniez me qualifier, comme vous l’avez fait dans un commentaire, de « complice de l’homophobie », sous prétexte que je n’adresse pas exactement à M. Menoud, avec vos mots à vous et vos incantations, les anathèmes qui sont vôtres. Et que je ne vous reproche pas, d’ailleurs, de lui adresser. A chacun son équation avec le verbe, à chacun son langage.

 

M. Thévoz, vous êtes homme de plume et d’écriture. L’un des rares de la classe politique à mériter ce nom. Je vous tiens même pour l'homme politique genevois au style littéraire le plus troublant. Mais dans cette affaire, avec l’écrasante artillerie de vos menaces morales, vous voilà hélas d’une intolérance presque théologique. Pour ma part, je condamne, dès le début, les paroles de M. Menoud. Et parallèlement, DANS UNE AUTRE AFFAIRE, je persiste sur ce que doit être le comportement des élus du peuple. Vous n’obtiendrez pas de moi qu’un événement serve d’opportun paravent à un autre. Ni que j'efface ce détail un peu gênant de mon tableau d'ensemble.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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17/05/2013

Errances libertaires - Suite

 

Sur le vif - Vendredi 17.05.13 - 10.06h

 

100% d'accord avec l'édito de Pierre Ruetschi sur la séance calamiteuse du Municipal, avant-hier. A un détail près: que vient faire ici Mme Salerno, dont je peine à entrevoir la responsabilité dans cette affaire de banderoles ? Les élus législatifs du groupe socialiste sont des citoyens libres et responsables, ils représentent un pouvoir séparé de l'exécutif, dont ils n'ont aucun ordre à recevoir. Responsables, ils doivent donc assumer leurs actes. Par exemple, celui de prendre un Parlement pour un lieu de manifestation. Madame Salerno, élue exécutive lançant une campagne parfaitement justifiée contre l'homophobie, n'a strictement rien à se reprocher dans les errances de certains élus législatifs de son parti: une fois pour toutes, on ne vient pas siéger dans un quelconque législatif en affichant des banderoles.

 

On imagine leurs rugissements, à ces élus socialistes, si de quelconques pancartes, on banderoles, avaient pris place sur les bancs de la droite. Ils en auraient, à juste titre, immédiatement demandé la suppression au président. Et, désolé si je déplais, mais les énormités de M. Menoud (que je n'ai jamais défendu une seule seconde) ne doivent pas servir de paravent à cette autre affaire, chronologiquement antérieure, le comportement libertaire et bien peu républicain de quelques élus socialistes.

 

Parmi eux, des hommes de culture, que je respecte et apprécie beaucoup: où est leur culture politique, historique ? Où est passée leur connaissance de l'un des fondements de la démocratie représentative: la distinction entre le pléthos (le peuple qui bouillonne dans la rue, manifeste, proteste, vocifère), porteur de doxa (l'opinion) et le démos (le peuple - et ses représentants - comme organe de décision, ce qui exige le respect de l'ordre républicain). On eût aimé quelque lecture d'Aristote, ou vingt siècles plus tard de Montesquieu, ou de Tocqueville, pour donner à ce débat l'arrière-pays qu'il mérite.

 

Par les énormités qu'il a proférées, M. Menoud a retourné contre lui-même l'arme de la rhétorique, il a toitalement détruit l'essence de son propos initial sur les banderoles, a ruiné sa crédibilité. C'est son problème. Mais je n'entrerai pas dans le piège qu'essayent, depuis mercredi soir, de nous tendre les camarades socialiste du Municipal: se servir de l'affaire Menoud (qui en est une autre, en soi, assurément condamnable) comme paravent de leurs errances antérieures. Trop facile, Messieurs. Et, pour les Paravents, puisque je crois savoir qu'au moins une très belle plume (allez, disons deux) siège sur les bancs socialistes du Municipal, on me permettra de préférer le texte exceptionnel de Jean Genet.

 

Pascal Décaillet

 

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16/05/2013

Le talent - Le possessif

 

Sur le vif - Jeudi 16.05.13 - 17.43h

 

Je ne suis ni Bâlois, ni Saint-Gallois, ni Vaudois. Mais j'ai toujours considéré Hanspeter Tschudi, génial socialiste des années 1959-1973, Kurt Furgler, immense démocrate-chrétien des années 1971-1986, Jean-Pascal Delamuraz, 1983-1998, incarnation du radicalisme populaire et social, que j'ai eu l'honneur de suivre de près, comme MES conseillers fédéraux. Avec toute la part d'affect, de reconnaissance de ce possessif, "mes". Je me foutais bien que l'un fût Bâlois, l'autre Saint-Gallois, le troisième Vaudois. Nous étions tous Suisses, composantes diverses et multiples de ce pays qui est mien et auquel je veux croire, dans la richesse de sa diversité.

 

Pascal Décaillet

 

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Conseil municipal d'hier: la faute première

 

Sur le vif - 16.05.13 - 08.45h

 

Il n'est pas admissible, dans l'enceinte d'un Parlement municipal, ni de n'importe quel législatif ou délibératif, que des élus arborent des banderoles, aussi respectables soient les causes défendues. La banderole, c'est le langage de la rue. Dans un Parlement, l'outil de l'élu, c'est d'argumenter sur un sujet donné, à l'ordre du jour, en respectant son tour de parole.

 

Quelles qu'aient pu être, en réaction à cela, les errances ou approximations, ou même les énormités d'un conseiller municipal, la faute chronologiquement première hier, au Municipal de la Ville de Genève, c'est de confondre le Parlement avec la rue, le démos avec le pléthos. On ne vient pas siéger pour manifester. Ce comportement, de la part de la gauche municipale, dénote une grave méconnaissance de la nature même de la démocratie parlementaire, l'éternelle primauté du militantisme revendicateur sur la fonction institutionnelle de leur rôle. Cette gauche-là, d'essence libertaire et désordonnée, n'a rien compris à la République.

 

En cela, moi qui ai souvent été sévère avec le Président, là, je comprends parfaitement la position, hier soir, de M. Rielle.

 

Pascal Décaillet

 

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14/05/2013

Gletsch - Les Saintes, à pied, contre le cancer

 

Sur le vif - Mardi 14.05.13 - 14.13h

 

Il s'appelle Serge Buchard, il est Valaisan et habite à Chemin-Dessus. Atteint d'un lymphome de stade 4, incurable, ayant déjà suivi plusieurs chimiothérapies, conscient de n'être qu'en rémission, Serge a décidé, pour donner du courage à tous ceux qui se battent contre le cancer, de rallier, à pied, Gletsch aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Plus de mille kilomètres ! Le cours du Rhône, d'un bout à l'autre.



Ce formidable pèlerin, dont j'ai appris l'existence il y a quelques semaines par un papier de ma consœur Christine Savioz, dans le Nouvelliste, sera ce soir en direct sur le plateau de Genève à chaud. Il est, au sens propre, DE PASSAGE à Genève, ayant déjà accompli les premières centaines de kilomètres depuis le Glacier du Rhône.


Pour toutes raisons, à la fois personnelles et publiques, je me réjouis infiniment de le recevoir. Il viendra en compagnie d'un autre pèlerin, infatigable, Jean-François Duchosal.

 

Pascal Décaillet

 

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13/05/2013

Quand le Temps désinforme

 

Sur le vif - Lundi 13.05.13 - 08.54h

 

"La votation qui pourrait déstabiliser les institutions politiques suisses": sur cinq colonnes, à la une du Temps de ce matin, un titre particulièrement scandaleux. On peut être pour ou contre l'élection du Conseil fédéral par le peuple, mais il ne saurait être question de "déstabilisation des institutions".

 

Le 9 juin prochain, le peuple et les cantons se prononceront sur une initiative parfaitement recevable, dans le cadre exact de nos institutions. Ils diront, en toute tranquillité et en toute souveraineté, oui ou non. Si c'est non, nous garderons notre système actuel. Si c'est oui, nous en changerons. Il n'y a vraiment pas à s'énerver. Nous ne sommes ni en Brumaire, ni même à Alger, le 13 mai 1958 (il y a 55 ans, jour pour jour). Nous sommes chez nous, en Suisse, au coeur du fonctionnement totalement normal de notre démocratie.

 

Dans les deux cas, celui du oui ou celui du non, les institutions suisses, dont ce magnifique droit d'initiative qui en est un fleuron envié à la ronde, auront fonctionné. Il faut vraiment arrêter de nous faire le coup de l'atteinte aux institutions. Ils confondent cela avec "atteinte au statu quo".

 

Or, l'atteinte au statu quo ne remet pas en cause le système: au contraire, elle le vivifie de l'intérieur, par un jeu démocratique régénérant, prévu dans les règles, qui permet à une double majorité, peuple et cantons, de faire précisément évoluer ces institutions. Ces dernières sont un tissu vivant, et non une Arche sainte, un fondement théologique, donné une fois pour toutes. Depuis 1848, nos institutions n'ont cessé d'évoluer. Pensons, notamment, à l'instauration de la proportionnelle en 1919.

 

L'argument de "l'atteinte aux institutions" est donc la rengaine, peu cultivée et peu habitée par notre Histoire, de ceux qui ne veulent surtout rien changer. Qu'ils combattent cette réforme est une chose, et sans doute d'ailleurs gagneront-ils le 9 juin. Mais qu'ils peignent le diable sur la muraille institutionnelle, et surtout qu'un quotidien dit de référence (révérence?) répète l'antienne sur cinq colonnes à la une, là il convenait de réagir.

 

Pascal Décaillet

 

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08/05/2013

Rémy brisé ! Rémy martyrisé ! Mais Rémy libéré !

 

Sur le vif - Mercredi 08.05.13 - 17.36h

 

A quoi ça rime, cet acharnement du Conseil d’Etat contre le Maire de la deuxième ville de Suisse ? A quoi ça rime, ces airs de grands inquisiteurs, pénétrés de leur importance, ces froncements de préfets des études, cette « procédure disciplinaire ». Contre qui ? Un fonctionnaire ? Un exécutant ? Non, contre un élu du peuple, le premier magistrat exécutif de la Ville de Genève, parfaitement légitime à ce poste où l’a porté le jeu de nos institutions.

 

Ça rime à quoi, si ce n’est, au cœur de ce printemps pré-électoral, tenter d’affaiblir un adversaire qui commence à leur faire peur. Parce que Rémy Pagani est populaire. Il parle le langage des gens, on le comprend, il est sensible à leurs préoccupations. Populiste ? Populaire !

 

Et puis, il y a ce mot, « révocation », on se croirait en 1685, le vocable serait censé donner la chair de poule, Tu parles ! On parie qu’il en crève d’envie, le Maire victime ? Rémy ! Rémy outragé ! Rémy brisé ! Rémy martyrisé ! Mais Rémy libéré ! Pour faire campagne.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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05/05/2013

Le coup de "l'attaque contre les institutions"

 

Sur le vif - Dimanche 05.05.13 - 16.41h

 

Ahurissant, l'argument qui veut que l'élection du Conseil fédéral par le peuple soit une "attaque contre les institutions".


Quelle attaque, contre quelles institutions ?


Les institutions ne sont pas éternelles, elles évoluent avec l'Histoire.


Si, le 9 juin prochain, le peuple et les cantons, souverainement, devaient décider de modifier le mode d'élection du Conseil fédéral, eh bien nous aurions une autre institution électorale, parfaitement légitime.


Ce que d'aucuns, en cette espèce comme en d'autres, appellent "attaque contre les institutions" n'est rien d'autre que la conservation de ce qu'ils souhaitent, le maintien du statu quo.


Ils en ont parfaitement le droit. Comme d'autres ont le celui de tenter le changement. Mais de grâce, nos institutions nous appartiennent à tous. Aucun camp politique, aucune faction n'en a le monopole. Surtout, elles sont éminemment évolutives (cf proportionnelle en 1919, entre tant d'exemples), le tout en parfaite démocratie, double majorité (très difficile !) pour toute modification.


Donc, aucune raison de s'énerver. Si nous en restons au statu quo pour le mode d'élection du Conseil fédéral, nous aurons des institutions, et je serai le premier à accepter le verdict du souverain. Si, au contraire, nous votons le changement, nous aurons, en toute tranquillité et en toute souveraineté, choisi de les modifier. Rien de grave à cela. Aucun trouble "institutionnel". Juste la mise en œuvre des mécanismes de notre démocratie directe, que tant de nos chers voisins, à juste titre, nous envient.

 

Donc, Mesdames et Messieurs les partisans du statu quo, veuillez trouver, pour les cinq semaines de campagne qui nous restent, autre chose que cette "attaque contre les institutions".

 

Je reviendrai, dans les jours qui viennent, avec plusieurs autres exemples, sur l'incongruité de cet argument, utilisé aujourd'hui à toutes les sauces, dès que surgissent, dans notre démocratie, un parti, un mouvement, un courant d'idées visant à déranger la tranquillité du pouvoir en place.

 

Pascal Décaillet

 

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04/05/2013

Journal des Bains: un numéro exceptionnel

 

Sur le vif - Samedi 04.05.13 - 17.59h

 

Je viens près de passer deux heures de bonheur. Le tout dernier numéro du Journal des Bains, publié par les usagers des Bains des Pâquis, est une réussite absolue. Une floraison de textes sur le thème de la liberté, ou des libertés. Une page 3 étourdissante, de Philippe Constantin, intitulée "Elefteria i Thanatos" (la liberté ou la mort, en grec moderne). Une double page d'Armand Brulhart, l'un de nos plus grands érudits en matière d'urbanisme, sur "la rade en liberté". Un essai de Chirstophe Gallaz sur la réverbération littéraire. Un magnifique texte, signé Serge Arnauld, sur la jouissance intérieure du reflet. Et plein d'autres. Véritablement écrits. Tissés. Ce numéro unique, polyphonie, nous chante l'écriture elle-même, sa grâce, sa magie qui nous rafraîchit, parfois nous inonde, nous emporte. Vers quels rivages ?

 

32 pages d'une belle densité, unité de thème, et autour, toute la mathématique solaire des variations. Comme dans une fugue de Bach. A lire, aux Bains ou dans son lit, sur son balcon ou à l'ombre d'un platane. Rien ne vaut le supplément, lorsqu'il ne supplée rien et vit sa vie tout seul. Rien ne vaut le journal unique, que rien ne précède ni ne suit. Comme la rareté d'une saison, celle qui n'existerait que pour la chaleur et la transparence d'elle-même. Quelque part au bord de l'eau. 

 

Pascal Décaillet

 

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03/05/2013

Tenez bon, Monsieur Hollande !


Sur le vif - 03.05.14 - 13.20h


Je ne regrette pas une seule seconde le temps de M. Sarkozy. Et je continue de soutenir François Hollande. Pas son gouvernement, en tout cas pas sur tout. Pas ses choix. Mais cet homme-là, aujourd'hui tellement vilipendé, notamment par une insupportable droite orléaniste revancharde, tient le coup, contre vents et marées. Désolé si je suis très minoritaire à le penser, mais ça force le respect. Et c'est justement pour cela qu'il a été élu. Pour cinq ans, et pas pour démissionner à la première tourmente, ni proposer une "Sixième République" aux premiers vents contraires. Il a été élu, par le suffrage universel de ce pays, pour incarner la nation, tenir, et peut-être même souffrir avec elle. C'est cela le secret de ce système, annoncé d'un bout à l'autre par le général de Gaulle en 1946, dans son Discours de Bayeux. L'équation d'un homme avec une nation.



C'est cela, depuis la réforme de 1962, un Président de la République. Cette incarnation-là, en un homme, et jusqu'à prendre des coups, est la grande avancée de la Cinquième République, sans doute celle qui réconcilie les institutions issues de la Révolution avec ce qui existait avant. Alors, désolé, Mesdames et Messieurs les pourfendeurs de François Hollande, mais cet homme est élu pour cinq ans. Il doit tenir jusqu'au bout. En attendant, il se bat. Je ne sache pas qu'il ménage ses efforts pour ce qu'il considère comme l'intérêt supérieur du pays. Je comprends parfaitement qu'on combatte ses options, moi aussi certaines d'entre elles m'excèdent, mais il faut respecter la fonction. Il est le Président de la République française, élu au suffrage universel. Dans quatre ans, les Français, peut-être, le sanctionneront. Un mandat se juge sur son ensemble, pas après la première année.


Pascal Décaillet



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02/05/2013

L'UDC et le lac aux requins


Sur le vif - Jeudi 02.05.13 - 11.17h


Au Matin, chaque grande figure de l'UDC a un journaliste pour le marquer à la culotte, comme au football. Pour Yvan Perrin, c'est Ludovic Rocchi, l'homme qui s'était déjà acharné sur Frédéric Hainard. Pour Oskar Freysinger, c'est Eric Felley, lui-même ancien candidat au Conseil d'Etat. Dans les deux cas, la tactique est la même: on démolit à mort le candidat UDC pendant la campagne. Une fois qu'il est (salaud de peuple!) tout de même élu, ou en ballotage très favorable au premier tour, on tartine comme des Polonais pour rappeler ses problèmes de santé, dire que ça va être impossible pour lui, qu'il ne va pas y arriver. C'est cette presse-là qu'il faudrait à tout prix sauver ?


Pascal Décaillet


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27/04/2013

Gauchebdo et l'horlogerie de mes habitudes

 

Sur le vif - Samedi 27.04.13 - 16.11h

 

Critique lumineuse des Oranges, d'Aziz Chouaki, à Vidy; voyage littéraire à travers la Suisse; compte-rendu du dernier recueil de poèmes de Julien Dunilac; reportage sur l'exploitation par les ouvriers, en autogestion, d'une entreprise de matériaux de construction à Salonique; analyses sur la situation sociale dans nos cantons... Le no 17 de GAUCHEBDO, daté d'hier, vient de me donner l'occasion de faire ce que je n'ai plus entrpepris depuis très longtemps: lire intégralement, sans rien sauter ni survoler, un journal (huit pages, denses). Oh, il y a bien des chroniques qui m'horripilent, comme celles d'Huguette Junod et de Jean-Marie Meilland, mais elles sont bien écrites, et valent la lecture.



Je ne connais pas beaucoup de publications, en Suisse romande, respectant à ce point l'intelligence du lecteur. Les pages culturelles sont d'une fière ambition, élévatrice, sans concession. Mille fois moins ennuyeuses que le supplément du quotidien né de la fusion du Journal de Genève et de la Gazette de Lausanne (qui, eux, nous proposaient des Samedis littéraires exceptionnels).



La mise en page de GAUCHEBDO est claire, sobre. Ce journal, dans son entreprise de résistance aux facilités du temps, est remarquable. Je l'ai maintes fois dit, déjà. Ce samedi, je le répète. Et tous les samedis, entre 14.30h et 16h (oui, je suis un peu horloger dans mes habitudes), je continuerai, avec le même bougonnement de jouissance, de procéder à sa lecture.

 

Pascal Décaillet

 

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25/04/2013

M. Beer et la Chancelière: l'argument qui tue

 

Sur le vif - Jeudi 25.04.13 - 09.15h

 

J’ai été l’un des premiers à Genève, bien seul au début, à mettre en cause certaines actions, dans le cadre de ses fonctions, de Mme Anja Wyden, Chancelière. Je n’ai jamais attaqué ni la personne, ni ce qu’elle était, juste les comportements opérationnels d’un important responsable de notre Etat. C’est le droit de tout citoyen de ce canton.

 

Oui, les couacs, à la Chancellerie, se sont multipliés depuis que Mme Wyden est aux commandes. Aujourd’hui, ces choses-là sont sur la place publique : les citoyens et contribuables que nous sommes ont parfaitement le droit de s’interroger, interpeller, demander des comptes. Ce que fait ce matin la Tribune de Genève, sur une double page, 2 et 3. Comme souvent, ce journal met du temps à démarrer. Il commence, par un étrange réflexe d’ancrage, par défendre le pouvoir. Puis, dans une singulière extase de la révélation, se laisse pénétrer par la lumière, allez orthographions avec une minuscule. La Tribune, lorsqu’il s’agit de remettre en cause les autorités en place, est rarement anticipatrice. Les lièvres qu'aujourd'hui nous soulevons, elle vous les rôtira sans doute en râble délicieux, d’ici six mois.

 

La Chancelière fait preuve, dans son interview à la TG, de bien peu d’autocritique. Rien, parmi les couacs, ne serait de sa responsabilité. Et elle peut se prévaloir d’une protection de taille : celle de Charles Beer. J’ignore si le président du Conseil d’Etat parle de lui-même ou avec l’aide d’un ventriloque, mais ses propos, ce matin, tant à la RSR qu’à la TG, sont proprement hallucinants. On s’en prendrait à Mme Wyden parce qu’elle est une femme. C’est bien là le dernier des arguments, celui qu’on sert alors qu’on n’a plus rien à dire.

 

Que vient faire l’amalgame du genre dans cette affaire ? A-t-il seulement été utilisé une seule fois par les personnes osant, sur la place publique, remettre en question l’action de la Chancelière ? N’aurait-on pas le droit d’attaquer un haut fonctionnaire, ou une magistrate, sous le seul prétexte qu’elle serait une femme ? Et sa qualité de femme, qui en l’espèce n’a rien à faire dans le problème, devrait-elle nous retenir de mettre en question son efficacité ?

 

Allons, M. Beer, l’argument ne tient pas la route. Il faut admettre que le choix de Mme Wyden pour succéder à M. Hensler n’était peut-être pas le plus heureux. Reconnaître cela, oui, ou continuer de vous enferrer dans le déni, avec vos réseaux de protections internes. Faites-le, si ça vous chante. Mais cela ne grandira pas un Conseil d’Etat 2009-2013 que l’Histoire s’empressera d’oublier.

 

Pascal Décaillet

 

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21/04/2013

L'être et le sourire

 

Sur le vif - Dimanche 21.04.13 - 15.32h

 

Qu'une campagne politique doive être de terrain et de proximité, j'en conviens. Qu'il faille serrer des milliers de mains, j'en conviens. Qu'il faille se montrer partout, j'en conviens. Mais quand je vois, chez certains, cette seule extase de la présence, toujours souriant, à n'importe quel endroit où quelque chose se passe, oui cette greffe toujours renouvelée sur l'événementiel, je me dis que, peut-être, on aimerait en savoir un peu plus sur l'idéologie du candidat, ses combats, ses priorités, sa vision, son ambition républicaine. Parce que juste "être là", souriant, moi électeur, ça ne me suffit pas.

 

Pascal Décaillet

 

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18/04/2013

Le Diable a 71 ans - Et alors ?

 

Sur le vif - Jeudi 18.04.13 - 17.06h

 

J’ai rencontré Christian Grobet pour la première fois en 1978, le Journal de Genève m’ayant envoyé couvrir une réunion politique dans l’arrière-salle d’un bistrot des Pâquis. J’étais étudiant, j’adorais faire des piges, le soir, rendre ma copie sur une vieille machine à écrire, avec le délai de minuit ou d’une heure du matin. Tous ceux qui ont connu cette ambiance de la rue du Général-Dufour, avec les exemplaires tout frais qui nous voletaient sur la tête, au-dessus du couloir d’entrée, en gardent un souvenir inoubliable.

 

Pâquis, donc, débat politique. Grobet était, depuis neuf ans, député au Grand Conseil, il était l’homme qui monte au parti socialiste. Plus tard, lorsqu’il sera conseiller d’Etat et moi journaliste à plein temps au Journal de Genève, j’ai couvert un très grand nombre de ses conférences de presse, les affaires de chantiers me passionnaient, mon père était ingénieur. A chaque fois, pendant ses douze ans aux affaires (1981-1993), j’ai rencontré un homme totalement compétent, maîtrisant les dossiers mieux que quiconque, disponible avec la presse, soucieux de l’intérêt public. J’avoue, les trois fois (1981, 1985, 1989), avoir voté pour lui. Grobet en imposait, il avait des ennemis partout, ma délicieuse consœur Françoise Buffat prenait un savoureux plaisir à le vilipender, il était le Diable, et j’aime ça.

 

Face au Christian Grobet d’aujourd’hui, il y a deux générations. Ceux qui ont connu l’homme d’Etat, l’un des trois plus impressionnants de l’après-guerre, à Genève, avec Chavanne et Segond; ceux qui ne l’ont pas connu. Cette seconde catégorie n’a eu droit qu’au Grobet se survivant à lui-même, survivant à cette belle équipée exécutive suscitant les haines et les passions. Le Grobet non-reconduit par ses pairs, en 1993, pour un quatrième mandat. Le Grobet de « la gauche de la gauche », parfois vitupérateur du vide, parfois courageux imprécateur, un homme en pleine force de l’âge que l’Histoire avait comme arrêté, dans son élan.

 

Je ne conteste à personne le droit de combattre les idées politiques de Christian Grobet. Je comprends parfaitement que les milieux immobiliers, par exemple, le considèrent comme l’un des plus parfaits emmerdeurs depuis le film avec Brel et Lino Ventura. Tout cela, oui. Mais il y a une chose qui ne va pas. Les allusions sur son âge. Les perfidies sur la prétendue baisse de ses moyens. Des mots comme « dinosaure », « pathétique », d’autres encore, nauséabonds. Né en juillet 1941, à New York, Christian Grobet a aujourd’hui 71 ans. Ça n’est certes pas tout jeune. Mais les mêmes qui le conspuent, n’auraient-ils pas reconduit de Gaulle (75 ans) en 1965, Mitterrand (72 ans) en 1988, Chirac (70 ans) en 2002 contre Le Pen ? Moi, si, dans ces trois cas de figure. Et sans le moindre état d’âme. Et sans parler d’Adenauer, ni de Sandro Pertini.

 

Je ne dis pas ici que je voterai Grobet, je n’en sais rien encore. Mais le disqualifier sous le seul prétexte de l’âge, cela discrédite le porteur du jugement. Le militantisme politique est un démon, la puissance d’un désir, la capacité  à se projeter vers des combats et des inventions. Le moins qu’on puisse dire est que Christian Grobet, avec qui j’étais encore hier soir, fait preuve, en ces espèces, d’une étonnante et redoutable jeunesse. Je ne pense pas qu’il sera Conseiller d’Etat. Mais il ferait, 44 ans après sa première élection au Grand Conseil, un redoutable député. Et puis, voyez-vous, moi j’aime le désir, j’aime le combat. Et voir un aîné qui a encore envie de s’investir pour la chose publique, désolé mais j’admire ça, profondément.

 

Pascal Décaillet

 

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10/04/2013

France : revoici le temps des Epurateurs

 

Sur le vif - Mercredi 10.04.13 - 13.06h

 

Panama, Dreyfus, Stavisky: j'ai étudié de très près, dans ma jeunesse, ces trois grandes affaires françaises. Sur la deuxième, j'ai réalisé en juillet 1994 une série historique de plusieurs heures, "Dreyfus, la belle Affaire", à la RSR. Pour cela, j'ai lu des milliers de journaux de l'époque, que j'ai encore dans l'un de mes greniers.



A chacune de ces affaires, il y a l'histoire elle-même des protagonistes. Et puis, autour, comme une poudre qui se répand, il y a le révélateur de la société (française, en l'espèce) de l'époque. Par exemple, l'antisémitisme. Ou la haine des riches.


Je commence à croire qu'avec Cahuzac, nous sommes partis vers le même schéma. Il y aura l'affaire Cahuzac elle-même, le procès Cahuzac, le destin personnel de M. Cahuzac, nous verrons tout cela. Et puis, dans le soufre exalté de la périphérie, il y aura - il y a déjà - ce qu'il faut bien appeler l'hystérie fiscale. Je descendais dans les Bouches-du-Rhône, pour un aller-retour de 48 heures, mardi dernier, 2 avril, le jour où l'affaire a éclaté. Écoutant en boucle les réactions sur toutes les chaînes de radio françaises, j'ai eu l'impression qu'on parlait d'un tueur en série. Les mots utilisés à l'endroit de l'ex-ministre du Budget étaient du même type !


En boucle, en incantation, des centaines de fois, sur BFM-TV, le soir, tous répétaient: "Il a menti à la représentation nationale". Comme s'il avait tiré dans la foule, sur les Champs-Elysées, à l'heure de pointe. Comme s'il s'agissait d'un très grave criminel.



Hier soir, à Infrarouge, chez nous en Suisse cette fois, retour de cette hyperbole. Avec Ada Marra, qui n'est pas Madame tout le monde, mais l'un de nos 246 parlementaires fédéraux, traitant de "criminels" les gens qui ne paient pas l'impôt.


Oui, nous sommes partis dans une période d'hystérie. Je ne prends position, ici, ni sur le principe d'évasion des capitaux, ni sur les fautes (réelles) de M. Cahuzac. Juste sur la poudrière du discours. Comme après 1793, comme en 1944-45, comme tant de fois dans l'Histoire de France (et la Suisse n'est pas vraiment en reste), on va dénoncer, pourchasser, épurer. Ca n'est pas la France que j'aime. Et je l'aime, ce pays, croyez-moi.

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/03/2013

2009-2013 : le Conseil d'Etat de l'échec

 

Sur le vif - Jeudi 28.03.13 - 15.40h

 

Une équipe disparate, sans cohérence idéologique ni colonne vertébrale. Sept conseillers d’Etat certes élus, mais jetés là, sept unités, sept aboutissements de carrières. Un gouvernement patchwork, des gens que rien ne réunit. Ils n’ont d’ailleurs été élus, en 2009, sur aucune plateforme commune. Ils viennent de cinq partis différents, représentant des visions du monde n’ayant rien à voir entre elles. En quatre ans, ils ont fait ce qu’ils ont pu, leur sincérité n’est pas en cause, ni leur attachement au bien commun. Mais ce qu’ils ont pu, c’est peu.

 

Aujourd’hui, à six mois du terme, un Conseil d’Etat incapable d’obtenir du Parlement un budget, une dette abyssale, une votation annulée sur laquelle il faudra revoter, une Chancellerie qui semble avoir la distraction chevillée au corps, aucun projet promis n’ayant abouti, le PAV évaporé dans l’éther, les TPG qui dysfonctionnent, l’Ecole genevoise toujours à la traîne, les primes maladie parmi les plus chères du pays, des rues dans lesquelles on peine à circuler, une traversée du lac que nul d’entre nous ne verra, un Plan directeur poudre aux yeux, des prisons où rien ne va, une politique de sécurité dont n’éclate que le marketing. Mais à part ça, Madame la Marquise ?

 

Quel contraste entre ce constat d’échec et la belle et fière raideur républicaine du Discours de Saint-Pierre, à l’automne 2009. De magnifiques mots, mais justement des mots. Suivis de rien. Ce gouvernement-là n’aura pas mené de politique. Il aura, tout au plus, géré des dossiers ponctuels. Au Département des Travaux publics (on nous permettra ici de revenir aux fondamentaux de la terminologie, les mots qui charrient du concret et que les gens comprennent), un ministre a remplacé l’autre, on a débaptisé, on a mis « urbanisme » pour faire bien, on nous a annoncé des dizaines de milliers de logements à l’horizon 2040. Mais maintenant, à part cet immense bluff sur un avenir improbable, quoi de concret, de mesurable ?

 

La frontière, on ne la contrôle pas. Les braquages transfrontaliers se multiplient. Le taux de chômage est, avec Neuchâtel, le plus haut de Suisse. Des résidents peinent à trouver un emploi. Nombre d’employeurs pratiquent la sous-enchère salariale avec des personnes venues de France. Les inspecteurs du travail, pour contrôler cela, ne sont pas assez nombreux. Mais à part ça, quelles nouvelles ?

 

Cet échec a des causes précises. L’une d’entre elles, parmi d’autres, est l’absence de cohérence de l’équipe gouvernementale. N’ayant pas été élus sur un programme de législature, avec des objectifs précis, comment vouliez-vous qu’ils fissent autre chose que de gérer, chacun des sept dans son coin, sa petite cuisine ? Et ça ne va pas s’arranger pour la nouvelle législature. A part un mandat de cinq ans et un président qui sera surtout un primus inter pares, rien n’a été prévu, par la nouvelle Constitution, pour que nos équipes gouvernementales agissent enfin par objectifs, et non par laborieuse contiguïté de gérances. Pierre Mendès France, dans son discours d’investiture, le 18 juin 1954, se donne un mois pour régler l’affaire indochinoise. Sinon, il partira. Un mois après, l’affaire est réglée.

 

On peut dire que ce gouvernement a démérité. Il nous a beaucoup promis, et très peu réalisé. Les thèmes de campagne de l’élection 2013 demeurent désespérément les mêmes, rien n’ayant été résolu, que ceux de 2009, et même de 2005. Par ce manque d’efficacité, l’équipe sortante n’a pas rendu service à la foi que doivent avoir les citoyens dans l’action politique. Il a, au contraire, favorisé l’idée que les discours électoraux n’étaient que du vent, que rien ne valait de rien, et ce nihilisme est le contraire même de ce que doit être une dynamique républicaine. Et vertu de tout cela, cette équipe 2009-2013, au-delà des personnes, restera associée à l’idée de l’échec.

 

Pascal Décaillet

 

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26/03/2013

Oskar et les chasseurs de sorcières

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Sur le vif - Mardi 26.03.13 - 16.09h

 

Pour les chasseurs de sorcières, l’aubaine était trop belle. Oskar Freysinger, alias la bête immonde, ayant dans sa cave un drapeau du Reich ! Freysinger le nazi : cette fois, on te tient ! On va enfin pouvoir prouver au peuple valaisan à quel point il s’est fourvoyé d’élire un nostalgique d’Hitler au Conseil d’Etat. Il a craqué, pouvait-on lire un peu partout, dans un rare et jouissif délire de rage, en fin de matinée, il s’est démasqué, le voici avec son vrai visage. Pas belle, la vie ?

 

A un détail près. Le drapeau du Reich, ça n’est pas celui du Troisième, mais celui du Deuxième. Oh, ils l’avaient bien aperçu, fugacement, dans les titres, nos inquisiteurs, mais bon, quelle différence, il y a le mot drapeau, le mot Reich, ça suffit largement à accabler le gaillard.

 

Non, Messieurs. Si vous aviez, dans votre vie, ouvert un seul livre d’Histoire allemande, pas seulement celle du Troisième Reich, mais toute la continuité de l’Histoire des Allemagnes depuis la Réforme, et assurément les Lumières, le Sturm und Drang, l’occupation napoléonienne, la naissance de l’idée de nation, les « Reden an die deutsche Nation » de Fichte (1807, 1808, au nez et à la barbe des soldats d’occupation français), le poids politique du romantisme, le Zollverein, le long combat pour l’unité, vous sauriez que ce pays a une Histoire avant 1933, après 1945, que tout ne se réduit pas à Hitler, et qu’un Reich n’en égale pas exactement un autre.

 

L'avant-veille de l'Armistice...

 

Cette Histoire, il se trouve que je l’ai étudiée de très près. Oh, pour ma part, je n’aurais pas l’idée d’arborer dans ma cave le moindre drapeau, j’y entasse déjà les milliers de vieux journaux utiles à mes études de 1994 sur l’Affaire Dreyfus. Ainsi, accessoirement, que quelques menus nectars. Pas de drapeau, mais quelques nuances. Le Premier Reich, c’est le Saint Empire, qui s’écroule après la défaite d’Iéna contre Napoléon en 1806. Le Troisième, tristement célèbre, ayant commis l’irréparable, c’est celui d’Hitler, très exactement entre le 30 janvier 1933 et le 8 mai 1945. Et entre les deux, chers amis, il y a le Deuxième. Soyons toujours précis : il est proclamé, comme on sait, dans la Galerie des Glaces de Versailles le 18 janvier 1871, après la défaite de la France contre Bismarck. Et il s’écroule non pas, comme on croit, le 11 novembre 1918, mais l’avant-veille, 9 novembre, jour de la Révolution allemande dont parle admirablement le romancier Alfred Döblin (November 1918), ce qui permet au Kaiser de s’exiler aux Pays-Bas, à l’armée de se défiler, et aux sociaux-démocrates de signer l’armistice, ce qui leur sera reproché sous le grief de « coup de poignard dans le dos ». Lire Thomas Mann, ses frères Heinrich et Klaus, Ernst von Salomon (Die Geächteten), tout y est.

 

Le Reich bismarckien (1871-1918) est une période passionnante, complexe, qui ne se résume pas au militarisme prussien (bien réel, certes), aux casques à pointe et à la Guerre de 14. C’est une période de grande expansion économique, de colonisation extra-européenne sans grand succès (sous Guillaume II, ce que Bismarck réprouvait), de vie scientifique, littéraire, artistique, musicale, époustouflante. C’est aussi un moment déterminant dans l’Histoire sociale de l’Allemagne, précurseur total en Europe en matière d’assurance des ouvriers, de premiers contrats collectifs, de protection contre la pauvreté. Toutes choses hélas tues, par ignorance, tant s’impose, dans une imagerie populaire d’ailleurs façonnée par les Français, l’image du uhlan armé de sa lance, bourreau de l’Alsace-Lorraine, conquérant et cruel.

 

Moses Mendelssohn, Bismarck, la "révocation"

 

Revenons à nos inquisiteurs, parce qu’il y a pire. L’émission Zehn vor Zehn d’hier, toute heureuse de tenir sa pièce à charge, s'en va, sabre au clair, interviewer illico des spécialistes de l’antisémitisme. Quelle ignorance de l’Histoire allemande ! Je viens de retrouver, dans mes vieux papiers, la relation que j’avais rédigée, pour l’Hebdo du 8 avril 1999, sous le titre « Allemands et Juifs : un livre lumineux », de l’ouvrage de Hans Meyer, aujourd’hui décédé, « Allemands et Juifs : la révocation. Des Lumières à nos jours », Perspectives germaniques, Presse universitaires de France, mars 1999, 276 pages. Ce livre admirable, confirmant tout ce qu’a pu écrire en parallèle un esprit aussi brillant que Maurice-Ruben Hayoun, traite de la grande figure de Moses Mendelssohn, grand-père du musicien, le penseur  de « l’assimilation » des Juifs allemands au dix-huitième siècle. Et il confirme l’époque bismarckienne comme porteuse d’une intégration qui sera rudement secouée dès le lendemain du Traité de Versailles (1919), revivra peu ou prou sous la République de Weimar (1919-1933), sera désintégrée par les nazis, ce qui conduira à l’abomination qu’on sait.

 

Eh non, Messieurs les inquisiteurs. Le Deuxième Reich, ça n’est pas le Troisième, ça n’a même rien à voir. Pas plus que la Troisième République n’est Vichy. Alors, certes, des parties du drapeau furent conservées sous Hitler, dans une héraldique où il fallait mêler l’emblème du Parti (la croix gammée) avec les signes de pérennité de la Vieille Allemagne, histoire surtout, jusqu’à 1935 ou1936, de ne pas vexer une aristocratie militaire pas encore aux ordres et détestant Hitler (on retrouvera ces hommes-là le 20 juillet 1944). Il se trouve que ma mère a vécu, dans la seconde partie des années trente, chez l’un de ces aristocrates, fusillé au soir même du 20 juillet 44, et que j’ai eu largement l’occasion de creuser le sujet.

 

Alors voilà, je ne porte ici aucun jugement sur M. Freysinger. Peut-être joue-t-il de tout cela, je n’en sais rien. Je souhaiterais juste que nos grands inquisiteurs, avant d’amalgamer, prennent de temps en temps la peine d’ouvrir quelques livres d’Histoire.

 

Pascal Décaillet

 

*** Lire aussi Nicole Parfait, "Une certaine idée de l'Allemagne, l'identité allemande et ses penseurs, de Luther à Heidegger", Editions Desjonquières, 1999, 155 pages.

 

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25/03/2013

Préférence cantonale : on y vient

 

Sur le vif - Lundi 25.03.13 - 13.59h

 

Préférence cantonale : pendant des années, disons à partir de 2005, ces deux mots émanaient de la seule terminologie du MCG. Dans la convenance au pouvoir, ils étaient totalement tabous. Vous les prononciez, on vous tombait dessus, on vous traitait de tous les mots, le plus totalement hirsute, tant il est hors-sujet, étant celui de « xénophobe ». Et puis, doucement, au cours de la législature qui se terminera cet automne (2009-2013), les esprits ont évolué. Préférence cantonale décrétée par le Conseil d’Etat (surtout sans l’appeler ainsi, cela aurait valu reconnaissance de paternité) pour le Petit Etat, le Grand Etat, confirmation de ce principe, pour certaines catégories, par le grand patron des HUG. Bref, les esprits instillés. Le concept, naguère honni, qui gagne du terrain, s’étend, jusqu’à être prôné par ceux-là-même qui, dans les campagnes de 2005 et 2009, le vomissaient le plus. Dans ces cas-là, de pur torpillage de droits d’auteur, qui est gagnant, face au corps électoral ? Le piraté, ou le pirate ?

 

C’est bien sûr le piraté qui emporte la mise. Le peuple n’est pas dupe : il discerne l’original face à la copie. Sait gré aussi à ceux qui, pendant des années, sous les insultes, les quolibets, les ricanements, les mises à l’écart par les partis au pouvoir, ont su tenir bon. On vient de le voir, en Valais, de façon éclatante, avec Oskar Freysinger. Il vaut la peine, dans la vie, quelles que soient nos opinions, et surtout si elles sont minoritaires, de les défendre jusqu'au bout.

 

A Genève, les excès de la libre circulation font des ravages. Je dis bien « les excès ». Les cas de dumping sont nombreux, entendez la sous-enchère salariale pratiquée par certains patrons. Les contrôles du travail, en cette matière, ne sont pas assez efficaces, les inspecteurs manquent, ce dont tout le monde convient d’ailleurs. Constater cela, ça n’est pas vouloir fermer les frontières. Ni renoncer à accueillir des personnes de France voisine. Ni supprimer les échanges. C’est peut-être, juste un peu, corriger les excès, en injectant une petite dose de protection de l’emploi local. Chaque société humaine, chaque communauté, a le droit, et sans doute aussi le devoir, de veiller en priorité au bien-être et à l’épanouissement des siens. Sa générosité pour les autres, comment peut-elle la justifier tant qu’elle n’a pas entrepris tout ce qui était en son possible pour ses citoyens à elle, ceux qui vivent en son sein ? Dire cela n’a strictement rien à voir avec une xénophobie que j’ai, pour ma part, toujours réprouvée.

 

La préférence cantonale a gagné un terrain considérable. A gauche, hormis les bobos, on entre en matière. A la gauche de la gauche, on y tient. A l’UDC, au MCG, et au fond chez un nombre croissant de personnes de l’Entente, on commence à s’ériger, non contre la libre circulation, mais contre cette dernière appliquée comme un dogme, toujours au détriment des Suisses. Ne demeurent, pour défendre le dogme, que les libéraux ultra, que la notion de communauté citoyenne, on nationale, n’a jamais franchement fascinés, ou leurs alliés les libertaires. Du monde, certes, mais en décroissance. Verdict le 6 octobre.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/03/2013

Zizous.com

 

Sur le vif - Dimanche 24.03.13 - 16.15h

 

Pierre Maudet, c’est connu, est un génie de la politique. Mais sa première qualité, au-delà du savoir-faire, c’est le faire-savoir. Là, le mot « génie » apparaît comme trop frêle, timide, freluquet, pour qualifier la capacité du grand homme, futur conseiller fédéral, futur commissaire européen (l’UE aura disparu, mais ça n’est pas grave), futur Pie XIII. Oui, Pierre le Grand est avant tout un communicateur. Au point que certains esprits chagrins – dont j’aimerais dire ici toute la sottise – prétendent qu’au fond, il ne serait que cela.

 

Exemple : Mme Bonfanti, cheffe de la Police genevoise, devait annoncer demain de prétendues bonnes nouvelles sur les zizous des Pâquis, ces charmants multirécidivistes, originaires du Maghreb, spécialistes du commerce de la drogue. Ils seraient en diminution. J’utilise à dessein le conditionnel, disposant de pas mal d’informations des milieux policiers, qui font état d’une simple émigration du quartier des Pâquis vers la gare, Plainpalais ou même la région de Chêne. Mais enfin, la nouvelle – même très relative – d’une amélioration dans un quartier dont cette population pourrit la vie depuis des décennies, est toujours bonne à donner.

 

Surtout en année électorale. Au point que la laisser délivrer, cette nouvelle, par une simple cheffe de la Police, laquelle mouille le maillot sur le terrain jour et nuit et mérite notre reconnaissance (ndlr), à six mois des élections, relèverait du plus pur gâchis. Alors, ce matin, comme par hasard, elle paraît dans les augustes colonnes du grand journal orangé dominical de Suisse romande. 

 

Laisser donner les nouvelles à Mme Bonfanti – ou d’autres hauts fonctionnaires, par exemple dans le domaine carcéral – ça va lorsque les choses vont mal. Lorsqu’il s’agit de redorer le blason, le ministre est disponible. Sic transit gloria mundi. Et bons Rameaux à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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