25/02/2014

En mai, les peuples d'Europe parleront

 

Sur le vif - Mardi 25.02.14 - 09.01h

 

Dans un excellent papier publié par le Temps ce matin, le conseiller national Olivier Feller (PLR, VD) mentionne ce sondage selon lequel 61,8% des Allemands, 69,7% des Français et 77,5% des Britanniques voudraient limiter l'immigration dans leur pays.



Ils en ont parfaitement le droit. Tout pays a le droit de contrôler ses flux migratoires, s'il le juge nécessaire. Il n'y a là rien de scélérat, rien de "xénophobe".



Seulement, ces peuples-là, on ne leur demande pas leur avis. Parce que leur système n'a pas les instruments de démocratie directe dont nous disposons, en Suisse.



Leur avis sur la libre circulation imposée dogmatiquement et sur la supranationalité de Bruxelles, ils le donneront néanmoins. En mai prochain. Aux élections européennes.

 

Et dès le lendemain, on dira dans nos bons médias que ces peuples ont mal voté.

 

Pascal Décaillet

 

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24/02/2014

La Weltwoche, espèce rare, au fond des mers

 

Sur le vif - Lundi 24.02.14 - 10.12h

 

Tellement révélateur, ce moment des Matinales RSR, tout à l'heure. L'invité: Étienne Jornod, président du conseil d'administration de la NZZ. Le meneur: "La Weltwoche, qu'on taxe souvent de démagogique, pour vous elle a du bon ?".



Que fait le journaliste ? Il demande au grand patron d'un journal radical ce qu'il pense d'un journal conservateur, ou proche de l'UDC, comme on voudra. Il demande au big boss du plus puissant vecteur - et assurément le plus brillant - de la philosophie politique et économique du Freisinn, en Suisse, ce qu'il pense du vecteur d'une autre philosophie politique. Concurrente de la sienne.



Évidemment que l'invité n'allait pas idéologiquement en dire du bien.



Il s'est juste contenté de rappeler la haute tenue de la Weltwoche. Et fut assez bon seigneur pour lui concéder le droit à l'existence, au nom de la "diversité". Comme s'il parlait d'une espèce très rare de poisson marin.



Révélateur, oui. La NZZ et la Weltwoche sont les deux meilleurs journaux, aujourd'hui, dans la presse alémanique. L'un, prestigieux bicentenaire, est quotidien et radical. L'autre est hebdomadaire et proche de l'UDC. Mais le meneur de la tranche RSR, il ne peut pas s'empêcher, s'il évoque la Weltwoche, d'en péjorer l'image en parlant de "démagogie". En revanche, s'il évoque la NZZ, ou le Temps, il n'associe aucune étiquette péjorative.



Il y aurait donc des journaux "normaux", ayant naturellement pignon sur rue et droit à l'existence. Et des journaux parias, parce que "démagogiques", dérangeants.



Révélateur, oui. Parce que le meneur de la tranche dévoile toute la pensée dominante de M. de Weck: l'idéologie qu'on agrée, et celle que l'on rejette. Poisson rare. Mais pourvu qu'il demeure au fond des mers.

 

Pascal Décaillet

 

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"Emotionnel" : le mot si facile des perdants

 

Sur le vif - Lundi 24.02.14 - 08.58h

 

J'en ai assez d'entendre dire - par les perdants - que le scrutin du 9 février était "émotionnel". C'est scandaleusement faux. Le texte de l'initiative était sobre, clair, factuel. Il évoquait un contrôle et une régulation des flux migratoires. Rien d'autre.


Si on était pour, on votait oui. Si on était contre, on votait non. C'était parfaitement rationnel. L'étranger, l'Autre, l’altérite au sens philosophique ne s'y trouvaient ni qualifiés, ni disqualifiés. Une majorité a voté pour. Parce qu'elle estime, exactement comme le stipule le texte, qu'il est préférable pour l'intérêt supérieur du pays, de son corps social, de réguler les flux migratoires. Rien d'émotionnel. Juste une décision du souverain pour l'avenir de la collectivité suisse.



Le mot "émotionnel" est l'argument désespéré de perdants qui ne savent plus quoi inventer pour justifier leur campagne catastrophique, déléguée à des "milieux de l'économie" dont la pauvreté de discours était flagrante, et finalement leur défaite.



Je suggère aux partisans du oui, dans les débats, de ne plus jamais laisser passer ce mot, "émotionnel", sans contraindre, par le jeu de la rhétorique et de la maïeutique, celui qui le prononce à s'expliquer avec exemples, images et illustrations. L'acculer. Jusque dans les ultimes retranchements d'une sémantique par lui-même tentée. La plus puissante posture, dans une discussion contradictoire, est de brandir à l'adversaire le miroir de ses propres mots. Le reflet de ses maux.


Parce que juste jongler avec des vocables, comme des torches dans la nuit, c'est trop facile.

 

Pascal Décaillet

 

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23/02/2014

La vie en rose

 

Sur le vif - Dimanche 23.02.14 - 10.53h

 

En peinture comme en journalisme, il y a les modes et les courants. Depuis le 9 février, nos éditorialistes de Suisse romande, ceux-là même qui avaient si passionnément prôné le non, sont dans leur période rose. Passage obligé sur le chevalet de l'artiste: le panégyrique de Didier Burkhalter. Pas un mot sur l'échec de six semaines d'une campagne lancée à grand fracas le jour de l'an, pétaradante de dollars, et finalement fracassée contre la volonté du souverain. Non, pas un mot.



En revanche, dire et redire, à n'en plus finir et se copiant les uns les autres, à quel point nous assistons à l'éclosion d'un "homme d'Etat". L'échec, comme chrysalide. Et le Transfiguré, papillonnant dans les chancelleries d'Europe pour sauver notre pays. Il y aurait donc une vie après la mort, de lumineuses statues de la Renaissance, Didier Imperator, toge romaine, licteurs. On imagine un bronze, Musée du Vatican, porte ouverte sur les jardins ensoleillés, chant d'une mésange.



Je ne serais pas complet si je ne confessais ici avoir fait exactement la même chose, il y a 22 ans, avec Jean-Pascal Delamuraz. Sitôt l'échec du 6 décembre 1992, je fais partie de ceux qui ont culbuté le réel en idéalisant le vaincu. Et je l'ai fait jusqu'à sa mort, en 1998, et au-delà de sa mort.



Je dirais simplement que Delamuraz n'était pas Burkhalter. L'un des deux me faisait rêver. La  vie est courte, on tente de choisir ses songes. Même si c'est sans doute le contraire. Bon dimanche à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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22/02/2014

Il est vivant !

 

Sur le vif - Samedi 22.02.14 - 19.44h

 

Il faut d'urgence créer en Suisse romande un nouveau journal.



Entendez par "journal" non pas le simple vecteur papier que nous avons tous connu, et Dieu sait si nous le chérissons. J'en ai encore des tonnes, dans toutes mes caves. J'ai vraiment entamé cette collection dans les jours qui ont suivi la mort de Charles de Gaulle, le 9 novembre 1970. J'avais un peu plus de douze ans. Toute ma vie, j'aurais voulu avoir écrit le papier de Jean Cau, dans Paris Match, sur la journée des funérailles. Oui, ma passion du journalisme est née d'une oraison funèbre, se terminant par ces trois mots: "Il est vivant". Oui, c'est christique. Oui, c'est pascal. On ne se refait pas.



Non, plus seulement le papier. Il faut aujourd'hui une appréhension plus large.



Petite équipe, visionnaire et passionnément travailleuse. Au tréfonds de son âme, la "journaliste attitude", qui est d'abord de dimension passionnelle, je dirais presque sacrificielle, mais aussi de jouissance à l'ouvrage. Je ne suis pas loin de penser qu'on entre en journalisme comme en religion. Non dans l'aspect métaphysique de cette dernière, mais dans l'horlogère précision de sa liturgie. D'abord, on apprend à calibrer. Un papier, un son, une image. On apprend à écrire, ou à parler dans un micro. Après, on discute.



Laudes, matines, vêpres, il y a des prières du matin comme des journaux de l'aube, des recueillements du crépuscule comme des journaux du soir.



Ensuite, de multiples supports, totalement adaptés à la modernité, et même la précédant. Surtout, fureur d'écrire, ou de radiophoner, ou de téléviser, ou de bloguer, ou de tout ce qu'on voudra. Pourvu que cela, aimé ou haï, procède d'un angle, d'un courage, d'une solitude assumée, d'une originalité d'approche. Que l'écrit fleure la belle ouvrage, que le micro s'offre à des voix qui ont des choses à dire. Que les gens nous détestent, nous ne sommes pas là pour être aimés !



Aucune concession. Jamais de cocktail. Juste la constante, la révolutionnaire réinvention du métier. Jamais acquis. Toujours recommencé.


Le métier appartient à celui qui le pratique. La prière, à celui qui prie. Le micro, à celui qui en a passionnément envie. La puissance de solitude, à celui qui veut bien la tenter.

 

Pascal Décaillet

 

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19/02/2014

L'étouffante politique éditoriale du Temps

 

Sur le vif - Mercredi 19.02.14 - 10.47h

 

"La faillite du modèle suisse": ahurissant papier de François Cherix dans le Temps. La Suisse, Monsieur le Mage aux douze Étoiles, se porte fort bien, et sa démocratie directe, le dimanche 9 février, a tout simplement fonctionné. Un système de consultation du peuple que tous nos voisins nous envient, tant ils en sont, eux, privés. On apprécie ou non le résultat, pour ma part je respecte votre tristesse, mais de quel droit venez-vous nous parler de faillite d'un modèle ? Il ne s'est jamais aussi bien porté, le modèle, et les peuples qui nous entourent aimeraient tant s'en rapprocher un peu. Les peuples, M. Cherix, pas les technocrates cooptés de Bruxelles !



Je vous propose, M. Cherix, de nous donner rendez-vous aux élections européennes de mai prochain. Nous verrons, ce dimanche-là, quelle construction technocratique a échoué, quel "modèle" est en faillite, quels résultats feront les euro-turbos, par rapport aux partis qui veulent rendre la parole aux peuples des différentes nations de l'UE. Oui, ce dimanche de mai, rétrospectivement, le vote de la Suisse, trois mois plutôt, pourrait bien apparaître, non comme l'insularité bizarroïde que vous voulez nous faire croire, mais comme le signal prémonitoire d'un petit peuple à ses voisins. Le signal d'un printemps démocratique, en Europe.



Vous parlez de "faillite du modèle" pour la seule raison que vous avez perdu. Vous eussiez gagné, même de très peu, vous eussiez immédiatement titré sur "la sagesse d'un peuple qui ne s'en laisse pas conter".



Depuis le 9 février, le Temps multiplie les textes de pleurnicheries et d'annonces d'Apocalypse. Il convoque tout le ban et l'arrière-ban des opposants à l'initiative, qui n'arrivent pas prendre acte - oui, simplement prendre acte - de la décision du 9 février. Ce jour-là, avec une bonne participation, le peuple et les cantons, sur la base d'une brochure parfaitement claire, ont pris leur décision en totale connaissance de cause. Ils veulent une régulation (pas un arrêt, une RE-GU-LA-TION !) des flux migratoires. Il s'agit maintenant de l'appliquer.



Quant à la politique éditoriale du Temps, caricaturale, elle confirme l'impérieuse nécessité de l'avènement, en Suisse romande, d'un espace médiatique - journal papier, site internet, radio, TV, ou plutôt le tout à la fois, cela reste à inventer - capable de porter une autre sensibilité. Parce que là, entre le Temps, la RTS, Ringier et Tamedia, nous sommes sous la dictature d'une pensée unique, étouffante.

 

Pascal Décaillet

 

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15/02/2014

Gauchebdo : le courage et la classe

 

Sur le vif - Samedi 15.0214 - 17.41h

 

Une fois de plus, au milieu de nos journaux romands du week-end (je dis bien romands, car rien n'égale le Cahier littéraire de la NZZ), c'est l'hebdomadaire Gauchebdo qui, en qualité, en audace de sujets et d'angles, en originalité, fait la différence.


Tous les samedis en début d'après-midi, je lis Gauchebdo, successeur de la Voix Ouvrière, fondée en 1944. L'exemplaire no 7, daté d'aujourd'hui, est tellement bon que je l'ai lu intégralement. J'en retiens deux articles.



D'abord, le papier de une: "Une coupable béatitude de la gauche". "En portant des valeurs d'ouverture sans leur donner de réel contenu social, la gauche a conduit à ce qu'une partie des couches les plus exposées aux effets de la mondialisation marchande cherche une réponse chez les xénophobes". Une terminologie que je ne partage certes pas, vous le savez pour me lire depuis longtemps, mais sur le fond, l'analyse est exacte, et rejoint ce que j'ai pu écrire, ici, de la gauche bobo face à la gauche réaliste. La rédaction de Gauchebdo fait manifestement partie de la seconde catégorie. Iront-ils, eux, enquêter du côté des Avanchets ou de Châtelaine, ce que nul n'a encore fait ?



Et puis surtout, en page 5, ne pas manquer le papier d'Anthony Crézégut, intitulé "L'islamisme bosnien, de la collaboration nazie au néolibéralisme". L'Histoire, enfin établie en français, du SDA. le parti au pouvoir, qui se confond avec celle de son fondateur, un homme que l'Occident a aidé et admiré pendant les années 1990: Alija Izetbegovic.



La vraie Histoire d'Izetbegovic, vous la connaissez ? Pour ma part, j'avais la chance de la connaître il y a vingt ans déjà, me passionnant pour les guerres balkaniques, et cherchant à les comprendre par un autre prisme que celui de la morale forgée par l'OTAN et les bonnes consciences parisiennes en chemise blanche. Sait-on ce que fut le rôle des Jeunes Musulmans bosniaques, en lien avec les Oustachis croates d'Ante Pavelic, dès 1941, pour chasser les partisans yougoslaves ? Nous rappelait-on beaucoup, il y a vingt ans, qu'Izetbegovic avait été condamné à trois ans de prison pour Collaboration à la Libération ? Tout cela, le papier de Gauchebdo le rappelle. Si l'Histoire des Balkans vous intéresse, au-delà de la superficie et des incroyables manipulations médiatiques et idéologiques des années 1990, il faut lire cet article.


Et j'ajoute: si vous aimez les plumes libres, il faut lire Gauchebdo. Le journal, ils le font debout, fiers, raides, droits dans leurs bottes. Ils sont l'antithèse des bobos aimables. Ils sont anglés, positionnés, audacieux, transgressifs. Moi qui ne suis absolument pas de leur bord, je les reconnais comme des frères dans l'ordre de l'écriture et du journalisme.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le Matin d'avant-hier vous adresse son salut

 

Sur le vif - Samedi 15.02.14 - 10.44h

 

Exceptionnelle, la rapidité journalistique du Matin. Il donne la parole aux partisans du oui à l'initiative de......  dimanche dernier !



On eût pu, dans un accès de folie, imaginer qu'il la leur donnât un peu, même par dose infinitésimale, AVANT la votation. Et non six jours après.



Seulement voilà, AVANT la votation, il ne fallait surtout pas se brouiller avec la doxa, la chape de plomb, de toute la presse romande, qui était de prôner le non, hurler le non, surtout ne pas faire mine d'entendre le murmure du oui. Ne pas se brouiller avec son groupe de presse, ses annonceurs.



Lundi encore, lendemain du verdict, ce journal tombé au plus bas titrait sur "la honte d'être suisse".



Et maintenant, pitoyablement à la traîne, la majorité ayant tranché pour le oui, le Matin commence à s'intéresser aux raisons du oui.



Peut-être, d'ici dix mille ans, iront-ils faire un tour du côté de Châtelaine et des Avanchets. Avec lampe frontale. Et GPS.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/02/2014

Alors chérie, on revote ?

 

Sur le vif - Jeudi 13.02.14 - 17.34h

 

Depuis dimanche soir, ils auront tout essayé. Brassé tant de vent que les éoliennes des Services industriels, en comparaison, se meurent d’anémie. Traité les vainqueurs de demeurés, de reculés, de campagnards obtus et replié. Fait fleurir le champ des motions et des résolutions. Ils nous auront tenu des jours durant le pistolet sur la tempe, à cause des « rétorsions européennes ». Tellement obnubilés par Bruxelles qu’ils en ont oublié d’aller faire un tour du côté des Avanchets et de Châtelaine, quartiers populaires de Vernier (GE) qui, l’un et l’autre, ont voté oui.

 

Mais les raisons du oui ne les intéressent pas. Ce oui, ils se refusent à l’entendre, simplement en prendre acte. Pour eux, ceux qui ont dit oui voulaient en fait dire non, ou auraient dû le faire. Ils n’auraient approuvé le texte que par cécité, la nuit de l’instinct. Alors qu’eux, les partisans du non, représentent la Lumière.

 

Depuis dimanche, ils gesticulent en plein déni. Alors, comme ce verdict, dans leur tête, ne peut relever que de l’erreur, il leur est venu la même idée qu’en France, au lendemain du référendum du printemps 2005 sur le Traité européen : il faudrait revoter !

 

Revoter. Puisque le peuple citoyen est stupide, et n’a pas compris les véritables enjeux (ndlr alors que la brochure était parfaitement claire, factuelle, et pour une fois très compréhensible), ce peuple, nous allons l’éduquer. D’ici un an, redressé sur le Chemin de Lumière, il votera dans la bonne direction. Pas belle, la vie ?

 

On imagine une scène de rupture, entre amants. Elle lui dit « Je te quitte ». Il ne veut pas refaire la chanson de Brel, il blêmit, perd ses mots. Il lui dit juste « Revotons ». Parce qu’il y a toujours, quelque part, l’idée qu’on pourrait recommencer la vie. Mais le dépit amoureux a ses lois, et le déni citoyen a les siennes. Dans tous les cas, on navigue sur quelque fleuve d’Enfer. Des eaux de feu. Si belles. Mais si loin du réel.

 

Pascal Décaillet

 

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12/02/2014

Le PLR en enfant boudeur

 

Sur le vif - Mercredi 12.02.14 - 17.20h

 

Depuis dimanche soir, le PLR a totalement perdu les pédales. Il dérive, privé de toute boussole, ne trouvant plus les mots à la hauteur, ou tout au moins à la mesure, de la nouvelle donne que vit le pays depuis le verdict du peuple et des cantons sur l’initiative de l’UDC. Cette détresse morale d’un parti dont l’une des deux composantes a construit le pays a de quoi nous inquiéter.

 

D’abord, le déni. Nombre de personnalités du PLR suisse, à commencer par le président de la Confédération et celui du parti, ne parviennent pas à prendre acte du nouveau visage de la Suisse. Dimanche, ils ont été désavoués, ils se refusent à l’entendre. Ici, le Président refuse, contre tous les usages du Palais fédéral, de répondre en allemand – langue qu’il parle fort bien – à un journaliste alémanique. Là, Philipp Müller, président du PLR, joue l’enfant boudeur en exigeant que l’UDC seul trouve les solutions pour la mise en application de l’initiative.

 

Monsieur Müller, ça n’est pas à l’UDC de trouver des solutions. C’est au Conseil fédéral d’appliquer sans rechigner, ni jouer au plus malin en contournant la décision, la volonté populaire. Cela, c’est notre ordre institutionnel, vous le connaissez parfaitement.

 

Tout aussi surréaliste, la demander de n’appliquer le verdict populaire que dans les cantons qui auraient voté oui. En voilà, une belle conception de la Suisse ! En voilà, une belle connaissance du système voulu par les pères fondateurs de 1848 ! Qu’il y ait, de façon négociée avec les cantons, des applications différenciées, c’est l’évidence. Mais laisser entendre que certains des 26 cantons de notre Confédération pourraient échapper à une décision du souverain, c’est partir à la dérive.

 

Dans PLR, il y a « radicaux ». Mon admiration pour ce mouvement de pensée qui a fait la Suisse demeure intacte. Puisse-t-il, avec le sens des responsabilités dont il se réclame lui-même, accepter sa défaite de dimanche. Et jouer son rôle, pleinement, avec les autres partis, pour continuer à construire ensemble notre destin national. Le rôle d’enfant boudeur ne lui va pas.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Didier Burkhalter, roi des mauvais perdants

 

Sur le vif - Mercredi 12.02.14 - 09.54h

 

La Tribune de Genève, le Temps et la Pravda RTS n'ont toujours rien compris. Non seulement ils ont fait éhontément, avec un déséquilibre jamais atteint, la campagne du non, mais sont incapables de saisir le sens profond du signal donné dimanche par le peuple et les cantons. Ils ne cessent de nous balancer de façon revancharde et martelée, à la une ou en ouverture d'émissions, les "menaces" de la Machine européenne. "Bruxelles ne bluffe pas", ils vont couper l'électricité, "la Panne" (titre dürrenmattien) nous guette, etc. Sans la Lumière européenne, la Suisse s'en retournerait à la nuit des origines.


Cette manière de punir l'électeur-lecteur d'avoir mal voté, et de bien lui montrer, comme une maîtresse d'école, les conséquences de son acte, est proprement insupportable. La nouvelle de dimanche, c'est que le peuple et les cantons suisses, souverains, ont pris une décision que le Conseil fédéral (et non l'UDC, pour faire référence à la dernière infantilité de mauvais perdant du PLR) a pour mission d'appliquer. De façon conforme à la volonté populaire, et sans la tripatouiller.



Quant au président de la Confédération, son rôle est d'incarner l'unité du pays, et non de mettre en scène, devant un journaliste alémanique qui fait son boulot, une improbable défense ethnique de l'identité romande. Il est le président de tous les Suisses, de ceux qui ont voté oui comme de ceux qui ont voté non. Cette rebuffade de M. Burkhalter, hier, à simples fins démonstratives, n'est tout simplement pas digne de sa fonction. Et dévoile, derrière l'apparence de celui qu'on pouvait encore prendre pour un gentleman, la réalité de son caractère: celle d'un mauvais perdant.

 

Pascal Décaillet

 

 

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11/02/2014

46 ans qu'il m'exaspère

 

Sur le vif - Mardi 11.02.14 - 10.10h

 

En mai, cela fera 46 ans qu'il m'exaspère. J'allais sur mes dix ans, je finissais l'Ecole primaire, j'adorais déjà la France et son Histoire, et j'éprouvais, sans évidemment en comprendre encore le détail, une immense admiration pour Charles de Gaulle. Oui, en mai 1968, parfaitement au courant grâce aux radios de ce qui se passait en France, je n'avais pas la moindre sympathie pour le mouvement de mes aînés. Très franchement, je ne comprenais pas ce qu'ils foutaient dans la rue.


J'aimais cette société des années soixante, celle de mon enfance heureuse, et ne comprenais pas (à tort ou à raison) pourquoi il faudrait impérativement la changer. Je sentais chez de Gaulle un immense souffle, qu'une vie entière de lecture sur la vie et l’œuvre de cet homme d'exception, plus tard, ne fera qu'augmenter. Bref, à dix ans déjà, M. Daniel Cohn-Bendit ne faisait pas partie de mes héros. Pour user d'un euphémisme.


Hier soir à la RSR, ce sentiment de rejet de ma part a eu droit à une dix millième confirmation. L'arrogance, la superbe, ce côté coq histrion, provocateur à la voix aiguë, méprisant totalement la décision souveraine d'un peuple libre. Le libertaire Cohn-Bendit n'a toujours éprouvé qu'un mépris d'enfant gâté face au souverain. Soit lorsqu'il s'agissait d'un homme seul, l'un des plus grands de l'Histoire de France, libérateur un quart de siècle plus tôt, décolonisateur, père d'une nouvelle République, l'homme qui avait donné en 1945 le droit de vote aux femmes. Soit lorsque ce souverain prend la forme d'un petit peuple au centre de l'Europe, profondément démocratique, qui entend façonner librement son destin.


Libertaire, Daniel Cohn-Bendit n'aime pas l'échelon de la nation. Ni celui de la République. Il se meut dans les méandres de l'Empire. Où il sautille, depuis des décennies. Merci aux commentateurs de m'épargner les remarques sur ses options privées, je n'aborde jamais cela et n'entends pas le faire ici. Ce qui me sépare de lui, malgré sa vive intelligence, c'est le rapport à la République, le rapport à l'Etat. Depuis 46 ans, les lignes de fracture n'ont absolument pas changé. Je respecte l'homme, mais il est sans doute celui dont la représentation du monde politique est la plus éloignée de la mienne. Nous ne sommes absolument pas dans une césure gauche-droite (Mendès France, Mitterrand, Willy Brandt, Olof Palme font partie des gens que j'admire immensément, et en Suisse Tschudi, Chavanne, etc.), mais dans un affrontement entre la République et le champ des semences libertaires.

 

M. Cohn-Bendit était-il vraiment, au lendemain du scrutin historique du peuple suisse, oui au lendemain de ce signal jailli du tréfonds de notre pays, la première urgence d'interview à réaliser ? En la faisant quand même, cette interview, quel signal donne-t-on à la majorité qui venait de s'exprimer ? Et, au-delà du seul camp des vainqueurs, aux citoyens libres et fiers de notre pays ? Quel signal, si ce n'est celui de l'obédience face à ceux qui sautillent dans l'Empire, dans le plus parfait mépris de la voix des peuples.

 

Pascal Décaillet

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10/02/2014

Pierre Veya : virons les vainqueurs !

 

Sur le vif - Lundi 10.02.14 - 00.27h

 

De tous les éditos à paraître ce lundi matin dans vos journaux, celui de Pierre Veya pulvérise tous les records dans l’art du mauvais perdant. Fidèle à la ligne de son journal pendant toute la campagne, qui fut d’obédience totale aux puissances patronales, à M. Burkhalter et au pouvoir en place, le rédacteur en chef du Temps n’a d’autre souci, d’autre urgence, que d’instruire le procès du vainqueur. Le message tient en une phrase : « Ils ont gagné, donc il faut les virer ».

 

Sur le signal tellurique donné par la Suisse profonde, le désaveu cinglant des élites, le soufflet à un Conseil fédéral et un président de la Confédération qui ont jeté toutes leurs forces dans la bataille, pas un mot. Aucune tentative de comprendre le pourquoi de ce oui jailli des entrailles d’une communauté humaine que personne, jusque-là, n’a daigné écouter. Non. La seule leçon que l’éditorialiste, du haut de sa superbe, estime pouvoir tirer de ce signal, c’est qu’il faut virer l’UDC de toute association à des responsabilités en Suisse. Comme à l’automne 2007 : ce parti gagne les élections, comme jamais, donc un mois après, on vire son chef historique du Conseil fédéral. Logique, non ? Je vous laisse goûter la prose de Pierre Veya, à la une du Temps à paraître ce lundi :

 

« Cette situation est intolérable. L’UDC n’est plus un parti gouvernemental, mais d’opposition. Il doit être traité en tant que tel. Et en tout premier lieu par les milieux économiques, qui doivent cesser de faire alliance avec un partenaire qui viole l’essence même du libéralisme économique. Le système politique suisse est l’équivalent d’un mécanisme d’horlogerie fine; il ne peut supporter plus longtemps le double jeu d’un parti populiste qui fait fi des intérêts stratégiques de ce pays. Un nouvel équilibre politique est nécessaire. Avec cette initiative, l’UDC a franchi une ligne rouge. Ceux qui croient aux vertus du libre-échange doivent se rassembler et faire front contre une forme de national-protectionnisme qui nous mène dans une impasse. Le peuple a tranché, mais il n’a pas (toujours) raison ! ».

 

Détenteur d'une raison supérieure que le souverain ne comprend pas, Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, journal à vendre à qui voudra bien l’acheter, écrit noir sur blanc qu’il se contrefout de la décision souveraine du peuple et des cantons de ce pays. Il ne cherche en rien à scruter les causes profondes du scrutin. Pire : en appelant le grand patronat, celui qui stipendie son journal, à casser les liens avec le premier parti du pays, il confirme rétrospectivement le rôle joué par « les milieux économiques » pour aider les opposants. « Nous qui sommes du même monde », nous laisse-t-il entendre. Définitivement, il se place au service de l’oligarchie financière, en la pressant de surtout se détourner de ce parti qui a commis le péché mortel d’avoir avec lui le peuple de ce pays.

 

Le Temps nous livre ce lundi matin un éditorial totalement déconnecté du pays réel, d’une hallucinante arrogance. Ses amis apprécieront. Ça tombe bien : le Temps, paraît-il, a tant d’amis, qui lui veulent tant de bien.

 

 Pascal Décaillet

 

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09/02/2014

Le pays réel

 

Sur le vif - Dimanche 09.02.14 - 16.24h

 

Contre le Conseil fédéral, contre le Président de la Confédération, en campagne dès son discours du Nouvel An, contre la majorité de la classe politique suisse, contre l’immense majorité des médias, et notamment la campagne d’obédience de la SSR, contre la propagande d’enfer du PLR et du patronat, le peuple suisse a parlé. Il ne s’est pas laissé impressionner. Il a écouté sa petite voix intérieure. Et, souverainement, il a tranché.

 

Cette votation restera dans les annales. Non seulement parce qu’elle redéfinit nos critères en matière d’immigration. Mais surtout, parce qu’elle inverse, au sein de la droite suisse, le rapport de forces entre les adeptes du libre-échange absolu et ceux d’un contrôle des flux. Au sein de la gauche, elle redéfinit les forces entre les bobos et les réalistes, à l’instar de nos compatriotes tessinois, livrés de plein fouet aux mouvements migratoires lombards. Du Sud des Alpes, ils nous disent qu’ils sont Suisses. Ils nous disent qu’ils ont une autre ambition qu’être une simple banlieue de Milan. Et nous devrions, nous leurs compagnons de destin à l’intérieur de ce pays que nous aimons, demeurer sourds à leur appel ?

 

Il ne s’agit pas, nous le répétons ici depuis le début, d’une votation contre les étrangers. Ils ont contribué à faire ce pays, et nous aideront encore demain. Nous leur disons notre estime et notre respect. Nous avions juste à choisir, comme l’immense majorité des pays qui nous entourent, à l’issue d’un vaste débat populaire, une certaine régulation, dont le champ d’application demeure à préciser, pour nos flux migratoires. Il n’y a là rien de xénophobe, rien de scélérat. Juste la décision de remettre la politique au milieu du village. Le primat du peuple souverain, et des cantons, face à une jungle laissée, pendant une décennie, à la seule merci de milieux de l’économie dont certains ont trop profité, pratiquant la sous-enchère. Ils en récoltent  aujourd’hui la sanction.

 

Ce 9 février 2014 marque aussi le grand retour d’un homme que trop de monde a cru bon d’enterrer un peu trop vite : il s’appelle Christoph Blocher, il a 73 ans, il fut conseiller fédéral avant d’être éjecté du Collège par un pronunciamiento que nous dénoncions ici le jour même, en décembre 2007.  Ce retour déplaira à nombre de beaux esprits. Tout comme le scrutin d’aujourd’hui. Tout comme le pays réel, lorsqu’il s’oppose au pays légal. Oui, je sais le champ de références historiques de ces deux mots. Je les assume. En demeurant plus que jamais, pour ma part, à l’intérieur d’une démocratie que j’aime et dont je ne souhaite que la vivacité créatrice. Là où les corps intermédiaires s’endorment, que la démocratie directe se réveille.

 

Ce pays réel, il serait souhaitable que les médias s’en soucient un peu plus. Lui prêtent d’avantage l’oreille. Au lieu de le bouder, de haut, là où ne règnent que les mondanités où l’on s’acoquine avec les puissants. Un peu plus de solitude, de courage, dans ce monde des éditorialistes de Suisse romande, n’eût pas été de trop. Oui, ce pays réel, il faudra peut-être lui tracer une voie et lui donner des voix. Ce sera l’une des conséquences de la Suisse recomposée par le scrutin historique de ce dimanche 9 février 2014. Dans cet enjeu, je n’ai pour ma part nulle intention de demeurer inerte.

 

 

Pascal Décaillet

 

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04/02/2014

9 février : ça n'est pas un combat gauche-droite

 

Sur le vif - Mardi 04.02.14 - 17.31h

 

La votation du 9 février « contre l’immigration de masse » n’est pas un combat gauche-droite. Les lignes de fracture sont ailleurs. D’abord, clairement, au sein de la droite, entre l’aile libérale, libre-échangiste, et le courant protectionniste. Et puis, il existe – ou plutôt, il devrait exister, beaucoup plus – une ligne de front interne à la gauche, entre les sociaux-démocrates, avec leurs alliés Verts, et une gauche minoritaire (sauf au Tessin !) sensible à la protection des résidents et ne croyant plus du tout aux promesses de mesures d’accompagnement. Nous parlons ici des appareils de partis, persuadés que le vote de l’électorat profond de la gauche suisse pourrait, dimanche, nous jouer quelques tours.

 

A droite, la ligne de fracture est claire. Entre deux univers parfaitement respectables, les libéraux et les « nationaux ». Deux mondes qui se rejoignent sur la sécurité, les finances publiques, la fiscalité, ce qui est déjà énorme. Mais qui différent sur l’idée de frontière, celle de souveraineté, la protection de l’emploi pour les résidents, le statut spécial de l’agriculture, l’usage de la démocratie directe. Contre la gauche, dans les cantons et au niveau fédéral, ils s’allient la plupart du temps. Mais sur les thèmes où ils divergent, la bataille est toujours très rude. Parce qu’elle engage le pays, son indépendance, son rapport à l’étranger, toutes choses qui remuent les âmes des patriotes que nous sommes tous. Car de gauche ou de droite, libéraux ou protectionnistes, nous sommes tous enfants d’une même matrice. Pour y être nés, ou pour l’avoir choisie, ou pour en avoir un jour été adoptés, peu importe.

 

A l’intérieur de la droite, celui qui gagnera la bataille du 9 février prendra une option sur l’avenir de la politique suisse. C’est le rapport de forces entre ces deux courants d’une même famille qui, pour les années qui viennent, se joue. Cela n’est donc pas rien. En précisant que nulle victoire – dans un sens comme dans l’autre – ne saurait se construire sur l’humiliation de l’adversaire. Le 9 février au soir, il faudra, de part et d’autre, que des mains sachent se tendre à d’autres mains. C’est cela qui a fait notre pays. Cela, dès le lundi 10 février, qui doit demeurer.

 

Pascal Décaillet

 

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03/02/2014

Mesures d'accompagnement : l'Arlésienne de la droite libérale

 

Sur le vif - Lundi 03.02.14 - 13.14h

 

A quelques jours du verdict du peuple et des cantons, le camp du non semble pris de panique. Il a d’ailleurs tort, car rien n’est joué, ni dans un sens ni dans l’autre, et je serais totalement incapable de vous livrer le moindre pronostic. Il panique, un peu à cause de la deuxième vague de sondages, mais surtout parce qu’il commence à se rendre compte de la faiblesse et des limites de son argumentaire. Passons sur le grief de « xénophobie », nous l’avons maintes fois démonté, il est hors-sujet, et les leaders du camp du non le savent très bien. Lisons le texte : il s’agit de contrôler les flux migratoires, nulle déconsidération de l’étranger en tant que tel ne s’y trouve. Mais venons-en à cette rengaine qui n'en peut plus de nous brandir l'épouvantail d'une « fermeture des frontières ». Où ont-ils lu cela ? Nulle fermeture, juste une régulation.

 

Les citoyennes et citoyens de notre pays sont des gens parfaitement intelligents. Ils savent lire. Ils font la différence entre fermeture et régulation. Ensuite, on peut contester le principe même de régulation, notamment l’idée de contingents, et c’est précisément sur cela qu’aurait dû porter le débat. Il n’y est venu que fort tard, une fois évaporés dans l’éther les premiers argumentaires, qui n’avaient simplement pas la solidité nécessaire pour tenir. Oui, les opposants se sont trompés de campagne. Oui, ils ont englouti des millions à mauvais escient. Beaucoup d’entre eux, à qui je parle, le reconnaissent d’ailleurs.

 

L’opposition de gauche s’étant évanouie (vous allez voir, le nombre de gens de gauche qui vont voter oui, et pas seulement au Tessin), demeure la seule vraie ligne de force du camp du non : le PLR, avec ses alliés les patrons, ou plutôt un certain patronat, parce qu’il sera, dans les analyses VOX, diablement intéressant de jauger le vote des tenanciers de PME, et même du gros des troupes de l’USAM. Le grand patronat, donc, celui qui met les millions dans les pages complètes de vos journaux, ainsi que le Conseil fédéral, ainsi que les conseillers d’Etat PLR, ne cessent de nous dire que dès le lundi 10 février à 8 heures du matin, ils se mettront au boulot pour les mesures d’accompagnement. Et là, ça va barder ! On va voir ce qu’on va voir ! Pierre Maudet, premier flic de Genève et bizarrement aussi ministre de l’Economie, nous promet, tambour battant, un contrôle généralisé de toutes nos entreprises.

 

Je ne doute pas de la sincérité de Pierre Maudet. Mais ce camp du oui, celui de la droite patronale, la droite de l’Argent, on a quand même envie de lui dire que les mesures d’accompagnement, ça fait dix ans qu’ils pouvaient s’en occuper. Depuis l’entrée en vigueur des bilatérales ! Or, le collègue de parti et de Conseil d’Etat de Pierre Maudet, le PLR François Longchamp, qui fut six ans (de 2005 à 2012) aux Affaires sociales, qu’a-t-il concrètement fait dans ce domaine ? A la vérité, ce conseiller d’Etat a soutenu à fond l’idéologie du libre-échange, la libre circulation sans entraves, sans compter l’apologie du Grand Genève. Alors, venir maintenant nous promettre des contrôles draconiens, dès le 10 février, sur le marché du travail, désolé Messieurs, mais c’est un peu tard. Les syndicats, la gauche, mais aussi la droite protectionniste, les réclament depuis une décennie. Pendant ces dix ans, vous n’avez pas bougé. Vous avez, tout au plus, fait semblant. Il faudra sans doute, le 9 février, en payer le prix.

 

Pascal Décaillet

 

13:14 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/02/2014

9 février : l'auto-goal de Mme Calmy-Rey

 

Sur le vif - Dimanche 02.02.14 - 14.53h

 

Je me souviens comme d'hier de ce 18 mai 1992. J'étais correspondant de la RSR au Palais fédéral. Nous avions à l'époque nos bureaux juste sous la Coupole du Palais fédéral, donc en trente secondes nous étions au Conseil national ou au Conseil des Etats, pour discuter avec les politiques. Je me souviens du nom de mon confrère de DRS qui avait sorti le scoop à l'émission "Rendez-vous am Mittag": il s'appelait Ruedi Maeder.



Le scoop, c'était la demande d'adhésion de la Suisse à ce qu'on appelait encore la Communauté européenne. A six mois de la votation du siècle, celle sur laquelle nous étions déjà tous, l'Espace économique européen (6 décembre 1992) !



Si le Conseil fédéral avait voulu saper la votation sur l'EEE, il ne s'y serait pas pris autrement. Deux semaines avant ce 18 mai 1992, je m'étais rendu à Porto, avec Delamuraz et toute une cohorte de gens, pour le paraphe officiel de l'EEE. Les esprits étaient bien tournés, y compris en Suisse, en faveur de l'Accord. Nous pensions que la confirmation par le peuple, le 6 décembre suivant, ne serait qu'une formalité. Nous eûmes tort.



Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'en demandant l'adhésion à six mois de la votation sur l'EEE, le Conseil fédéral de l'époque a commis une erreur stratégique majeure. Il a braqué tous ceux qui, favorables à un Accord strictement économique, ne voulaient pas entendre parler d'une entrée de la Suisse dans la Communauté européenne. Du coup, ils ont voté non à l'un pour éviter qu'on ne se précipite vers l'autre.



En ce dimanche 2 février 2014, vingt-deux ans plus tard, en lisant les propos de Micheline Calmy-Rey dans le Matin dimanche, où elle envisage la piste de l'adhésion à une semaine d'une votation très fragile pour les deux camps, très serrée, où il est question de nos relations avec Bruxelles, je ne puis exclure qu'elle commette un auto-goal aussi phénoménal que celui du Conseil fédéral, ce 18 mai 1992.

 

Comme partisan du oui, je l'en remercie très chaleureusement.

 

Pascal Décaillet

 

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9 février : le Manuel des Castors Juniors

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Sur le vif - Dimanche 02.02.14 - 10.45h

 

Et ça continue ! L'édito du Matin dimanche obéit exactement aux consignes de bricolage que nous dévoilons et décryptons ici depuis des semaines: il commence par nous dire à quel point l'immigration massive pose un problème à notre pays. En termes de démographie galopante, étouffante même, de voies de communication bondées, de logement, et même de paysage. Mais immédiatement, dans une seconde partie, il nous dit qu'il ne faut surtout pas voter cette initiative.



Ils auront, pendant toute la campagne, tous éditorialisé de la même manière. Même structure. Même grammaire des arguments. Même formel. Il y a un manuel du gentil commentateur, chez Tamedia ou Ringier ? Comme chez les Castors Juniors ? Avec thèse, antithèse, synthèse, et un sirop pour ceux qui appliquant au mieux la formule, feront le plus plaisir à leurs patrons ?



Et ici, nous n'aurons cessé de leur répondre: puisque vous partagez le diagnostic, et que ces flux migratoires excessifs depuis dix ans vous inquiètent sérieusement, plutôt que de vous contorsionner à n'en plus finir, faites-vous du bien. Respirez un bon coup. Emplissez vos poumons d'air frais. Détendez-vous. Et votez oui.

 

Pascal Décaillet

 

10:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

31/01/2014

Presse romande : une uniformité hallucinante

Vendredi 31.01.14 - 19.22h

 

J'ai plaisir à vous proposer, ci-dessous, le lien de l'interview que j'ai donnée à mes confrères du site en ligne "Les Observateurs". Je vous en souhaite une bonne écoute.

 

http://www.lesobservateurs.ch/2014/01/31/pascal-decaillet...

 

19:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

9 février : les fruits du mirage

 

Sur le vif - Vendredi 31.01.14 - 13.03h

 

Plus le grand patronat et ses affidés nous répètent (ils ne savent dire que cela) que les bilatérales ont dopé la croissance, moins les gens les écoutent. Pour une raison simple: s'il est vrai que cette dernière décennie fut de belle conjoncture, le grand public aimerait bien savoir à qui ces années de vaches grasses ont profité en priorité. Aux grands patrons, c'est sûr. A leurs valets, sans doute aussi. Mais la répartition de cette richesse a-t-elle vraiment atteint les strates les plus modestes de la population ?



A la vérité, on a privatisé les bénéfices, comme toujours. Ce fameux boom migratoire, on l'a utilisé pour s'enrichir en haut lieu. On a commis l'IMMENSE erreur de faire du profit sans faire du social. On a mondialisé les rêves d'enrichissement, là où il fallait se soucier d'ECONOMIE NATIONALE et de répartition des richesses. On a rêvé d'une jouissance spéculative sans entraves, en foulant au pied des frontières auxquelles la population est infiniment plus attachée qu'on ne le croit. Il y a, dans les contours d'un pays, jusqu'à sa forme, une puissance sentimentale et un lien viscéral qu'on aurait tort de sous-estimer.



Aujourd'hui, la frontière se rappelle à notre bon souvenir. Tout comme, à l'intérieur d'un pays qu'ils aiment, les oubliés de cette "croissance des bilatérales". Parce qu'ils auraient bien aimé toucher, eux aussi, quelques modestes dividendes de cet eldorado passager. Les fruits du mirage, en quelque sorte.



Et si on réinventait, à l'intérieur de nos frontières, tout en maintenant d'excellentes relations avec nos voisins, l'idée de fraternité nationale ? Elle passe par un Etat fort, des assurances sociales publiques et efficaces. Elle n'appartient ni à la seule gauche, ni à la droite. Elle devrait être notre trésor commun. Lorsque nous aurons donné une leçon à l'arrogance et au Veau d'Or de l'Argent facile.

 

On pourrait y penser à partir du lundi 10 février, au réveil.

 

Pascal Décaillet

 

13:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |