24/02/2013

Augias.com, ou le Maudet dimanche

 

Sur le vif - Dimanche 24.02.13 - 14.22h

 

Incroyable Maudet ! Il est quand même très fort. Dans l'affaire de la sécurité informatique de l'Etat, révélée fin janvier par le Matin dimanche, et sur laquelle nous l'avions longuement reçu à Genève à chaud, il réussit à apparaître aujourd'hui, non comme celui chez qui les choses vont mal (ne serait-ce que comme légataire de ses encombrants prédécesseurs), mais comme le grand nettoyeur des Ecuries d'Augias. En page 6 du Matin dimanche d'aujourd'hui. Où on ne peut d'ailleurs pas dire qu'il soit particulièrement rudoyé dans les questions.



C'est le génie de Maudet.com. Qu'il écope d'une affaire, il retourne avec brio le fardeau de la responsabilité. Ainsi, dès aujourd'hui, pour l'ensemble du lectorat de la Suisse romande, le jeune ministre donne l'impression d'avoir initié une lutte sans merci pour une meilleure sécurité des données. Alors qu'en fait, il gère dans la tourmente les cadavres qui tombent des placards, chaque fois que d'aventure, il a le loisir d'en ouvrir un.


Pierre Maudet a tout compris de l'art de la communication en politique. Il n'y a nul reproche à lui adresser. Il a bien raison. C'est aux autres de se mettre à son niveau.

 

Mieux: si vous prenez cette fameuse page 6 du Matin dimanche d'aujourd'hui, vous la retournez, vous tombez sur la page 5. Avec une grande photo de... Pierre Maudet, place du Midi à Sion, à côté de Christian Varone. Dans ces conditions d'extatique ubiquité, ne serait-il pas plus simple d'appeler ce journal "Le Maudet dimanche" ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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23/02/2013

Budget 2013 : les spadassins sont fatigués

 

Sur le vif - Samedi 23.02.13 - 18.04h

 

Casser le front du non. C’est, depuis l’automne dernier, le mouvement tactique tenté, de toutes ses forces, par le Conseil d’Etat dans l’affaire du budget 2013. Une intéressante majorité, PLR + UDC + MCG, qu’on espère trouver plus souvent dans la vie politique genevoise, avait tapé du poing sur la table, et refusé le projet de budget du Conseil d’Etat, jugé beaucoup trop déficitaire. Oubliant qu’au Parlement, il n’est pas chez lui, ni dans son bureau, le conseiller d’Etat François Longchamp avait réagi, dans l’enceinte du Grand Conseil, avec une arrogance déplacée. Il était permis, à ce moment-là, pour tous ceux qui croient encore à une droite genevoise, d’espérer, de la part des parlementaires, un combat jusqu’au bout, non seulement pour un budget équilibré, passant par un vrai redimensionnement de l’Etat là où il est hypertrophié, mais aussi pour la dignité du Grand Conseil face à l’exécutif, dans sa tâche de contrôle et de décideur final des lignes budgétaires.

 

Hélas, à lire la Tribune de Genève de ce matin, on perçoit un début de réussite du Conseil d’Etat dans sa manœuvre de diviser le fier mouvement de spadassins de cet automne. Il est clair qu’ils ont dû les entreprendre un à un, comme ils en ont l’habitude, pour les convaincre de la nécessité de l’adaptation, allez on coupe la poire en deux, reconnais que le futur budget sera moins déficitaire, en échange accepte qu’on n’aille tout de même pas jusqu’à l’équilibre, et puis tiens, en année électorale et à une semaine de la votation sur les caisses de pension, on a l’air de quoi, sans budget ?

 

L’intervention de Pierre Maudet, dans la TG de ce matin, c’est celle d’un ministre qui vient pleurnicher pour avoir les sous demandés. C’est cela, et ça n’est strictement rien d’autre. Hélas, les plus influençables de son parti se laisseront impressionner. Parce que la vraie direction du PLR, je veux dire stratégique, n’est pas tant chez le président du parti que dans la personne des conseillers d’Etat radicaux actuellement aux affaires. Ce sont eux qui dirigent tout. Et on peut bien imaginer que, pour un gouvernement sortant, une année électorale sans budget, ça fait un peu désordre. Alors, ils font ce qu’ils ont toujours fait : ils mettent la pression. C’est cela, l’intervention de Maudet ce matin, et rien d’autre.

 

En peignant le diable sur la muraille, le gouvernement joue son jeu. Tous les exécutifs du monde nous sortent la chansonnette, au moment de convaincre le Parlement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant, pour qui veut croire à la solidité de la droite genevoise, ce sont ces parlementaires PLR qui, très clairement, dans la même TG de ce matin, lâchent du lest. Que certains croient bon de le faire « à titre personnel » ne change rien à l’affaire : en rase campagne, des pourparlers d’armistice se préparent. En clair, le duo Longchamp-Maudet est en train de gagner une bataille symbolique capitale, à sept mois et demi des élections. Tant mieux pour eux, on ne va tout de même par leur reprocher de faire de la politique.

 

Mais, pour les fiers à bras PLR de l’automne dernier, qu’on voyait déjà comme une avant-garde de la Reconquista du Marécage par une droite cohérente et charpentée (pour le moins dans l’ordre budgétaire, qui n’est pas rien), quel échec !  Quand on lance un défi, il faut aller jusqu’au bout. Lorsque ce défi est aussi, à travers la majorité d’un vote, celui du Parlement comme Chambre de contrôle, lancé à un exécutif jugé trop dispendieux, la défaite est plus grave.

 

Tout cela, à une exception près : le député PLR Renaud Gautier. Lui, dans la TG de ce matin, ne capitule pas. Il maintient la ligne, là où d’autres sont en train de céder. Il assume la cohérence d’un combat légitime mené par la droite genevoise, l’automne dernier, pour un Etat moins gourmand. Surtout, il rappelle à l’arrogance de certains ministres que les parlementaires, même (et peut-être surtout) de leurs rangs, ne sont pas à leurs ordres. Il perdra peut-être la bataille, mais, pour ma part, « à titre personnel », pour reprendre l’expression d’un irrédentiste revenu sur le droit chemin, il emporte, pour longtemps, mon estime.

 

 

Pascal Décaillet

 

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22/02/2013

Ce Conseil d'Etat a échoué

 

Sur le vif - Vendredi 22.02.13 - 19.05h

 

Faut-il deux, trois, quatre ou cinq candidats sur la liste ? Chaque parti, ces jours, se pose la question, et tente de répondre en fonction d’une stratégie encore bien nébuleuse : nous sommes, au soir de ce 22 février 2013, à sept mois et demi du premier tour de l’élection au Conseil d’Etat ! La campagne n’a pas encore commencé, tant de choses peuvent se produire d’ici l’automne.

 

Il m’est, pour ma part, parfaitement égal que le PDC parte avec deux candidats, le PLR trois, quatre ou cinq, les socialistes quatre. Je n’arrive pas encore à me projeter sur la législature à venir, si ce n’est, dans une appréhension du futur où la part de l’instinct le dispute à celle du rationnel, un profond, un puissant besoin de changement. Dans la politique à mener. Dans les objectifs pour Genève. Donc, dans les équipes à installer aux affaires, pour le Grand Conseil comme pour le gouvernement. Besoin de nouveaux partis au pouvoir. Besoin, tout simplement aussi, de nouvelles personnes pour incarner la politique de demain.

 

Pourquoi ? Mais parce qu’avant de parler de la législature 2013-2018, on pourrait quand même dire deux mots de celle qui n’est pas encore achevée, la 2009-2013. Je vous le dis de suite : l’une des plus mauvaises depuis la guerre. Les promesses de l’équipe au pouvoir n’ont pas été tenues. Ni en matière de constructions, ni en matière de logements, ni en matière de grands projets (il est où, le début de l’embryon du PAV ?), ni en matière financière. Sur tous ces sujets, essentiels, on nous a beaucoup fait miroiter, à l’automne 2009. Pour un résultat nul, ou presque.

 

Que nous lègue ce Conseil d’Etat ? Un canton endetté, des décennies (quelle que soit l’issue du 3 mars) pour payer, nous les contribuables, les retraites des fonctionnaires. Une fonction publique hypertrophiée dans ses états-majors, notamment au DIP et au DIM. Une politique de sécurité qui ne s’est pas arrangée depuis la campagne de 2009, dont elle était pourtant le thème amiral. Un taux de chômage qui demeure, de loin, le plus élevé de Suisse. Une gestion catastrophique de la mobilité, que les travaux du CEVA, en cours et à venir, ne feront qu’envenimer. Des options stratégiques, dans les transports publics, qui provoquent la colère de la population. Des primes maladie beaucoup trop élevées, et une classe politique qui, malgré ses coups de menton contre Berne, n’a pas réussi à les enrayer. Un Département de l’Instruction publique submergé par les technocrates, au détriment du front de l’enseignement.

 

Ce qu’a su faire cette équipe au pouvoir, c’est tout au plus du marketing. Le PAV : pas l’ombre d’un gratte-ciel à l’horizon, mais de superbes maquettes, oui. Les logements, néant, mais un plan directeur 2030 qui étincelle avec cinquante mille nouvelles habitations purement fictives, sorties de nulle part et auxquelles personne ne feint même de croire. La sécurité : des noms de code qui ont fait rire toute la République, un délice pour les Revues, mais rien sur le terrain, demandez aux pompistes de Perly ou Thônex. Le trafic de drogue qui continue de vivre ses plus belles heures. La prison de Champ-Dollon surpeuplée.

 

Du marketing, oui. Ça, ils savent faire. L’exemple le plus ahurissant de déconnection du réel étant évidemment, avec palmes, celui du « Grand Genève », ce micmac transfrontalier juste bricolé dans les esprits si puissants de quelques rêveurs ou technocrates, sans la moindre légitimité venue d’en bas. Dans ces conditions, je trouve qu’il faut un certain souffle pour oser se représenter. Oh, ils vont nous baratiner d’ici l’automne, enjoliver le bilan, nous fredonner la chansonnette des adversaires qui n’auraient rien à proposer. Ils vont avoir le culot de nous rappeler qu’ils sont, eux, gouvernementaux, comme si on l’était par essence, et non par choix renouvelé du corps électoral.

 

Cet automne, il vaudra la peine, pour le Parlement comme pour le Conseil d’Etat, de donner leur chance à de nouveaux partis. Surtout, à de nouvelles personnes pour incarner d’autres options politiques. Parce que là, Mesdames et Messieurs les sortants, la poudre aux yeux, le perlimpinpin, c’est bien joli, ça va un moment, vous nous avez déjà largement fait le coup en 2005 et 2009. Mais il y aura une autre réalité, funeste, mais mesurable et vérifiable, qui se dressera face à vous comme un mur : cela s’appelle un bilan.

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2013

Cinquante mille logements - Sur le papier !

 

Sur le vif - Jeudi 21.02.13 - 16.20h

 

On se pointe, on se pénètre d'airs très sérieux, on lance un chiffre, « cinquante mille logements d’ici 2030 », personne n’y croit, on le sait, mais on le balance quand même. On a beau arriver avec des centaines de pages, un concept marketing à décoiffer le brushing, le mot « envie » comme blason, personne n’oublie qu’on est en année électorale, que promettre monts et merveilles à si long terme n’engage à rien. Personne n’est dupe du primat de la communication électorale sur l’enjeu réel. La preuve ? Je vais vous la donner : les mots les plus durs, hier soir déjà, oh juste par échappées, par glissements, émanaient du propre camp du conseiller d’Etat.

 

Pourquoi ne pas dire les choses franchement ? Les Genevois en ont plus que marre qu’on leur promette du logement théorique. Les cinquante mille de 2030 ils s’en foutent, ils préféreraient nettement cinq mille en 2013, ou 2014. Du palpable. Du visible. Di bon vieux béton qu’on peut toucher, avec des dalles que l’on coule, des armatures métalliques, l’odeur de glaise du chantier. Mais les cinquante mille virtuels de 2030, c’est l’avenir, version boule de cristal.

 

Et puis, il y a cette tyrannie de l’inéluctable. On pose comme acquise la présence de cent mille personnes supplémentaires d’ici dix-sept ans. Il faudrait absolument s’y résoudre. Mais dire cela, c’est déjà un parti pris : la politique du laisser-faire démographique, du laisser envahir, là où on pourrait imaginer un aménagement plus raisonnable, plus mesuré, avec des constructions de qualité qui ne soient pas celles du baby-boom des années 50, 60, 70, dont des villes comme Onex, Lancy, Vernier ont vu le résultat.

 

L’aménagement du territoire, bien au-delà de la LAT du 3 mars prochain, passionne les Suisses. L’initiative Ecopop se profile, qui pose d’essentielles questions concernant la nature du paysage, celle du relief, du rapport à la terre dans notre pays. Construire oui, mais pour qui ? L’initiative Weber, déjà, a donné des signaux. Les habitants de notre pays ne veulent tout simplement pas d’une Suisse de onze ou douze millions d’habitants. Et il faudrait, comme cela, à Genève, dans une idéologie de pure croissance libérale, à laquelle s’ajoute le credo transfrontalier, bétonner tous azimuts. A cela, beaucoup disent non, à Genève comme sur l'ensemble de notre pays, qui entrent en matière, eh oui, pour lier la question de l'aménagement du territoire à celle d'un contrôle - mesuré, mais réel - des flux migratoires.

 

Vous avez remarqué ? Il y a quatre ans, c'était la CEVA. Quelques mois avant les élections, un bon vieux programme de bétonnage, aussi volontariste que virtuel, ça fait plaisir au patronat de la construction, et au patronat tout court, qui sans doute veillera à financer vos campagnes. Une fois réélus, vous pourrez vous permettre de redevenir beaucoup plus prudents. Au final: on construira, espérons-le tous, mais jamais à hauteur des cinquante mille promis, ni même de la moitié.

 

Ces cinquante mille logements, ceux qui, hier, nous les ont brandis, le savent très bien. Mais voilà, il est pour certains d’entre eux  deux échéances autrement plus tangibles, plus réelles que celle de 2030 : le dimanche 6 octobre et le dimanche 10 novembre 2013.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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16/02/2013

Douaniers sans frontières

 

Sur le vif - Samedi 16.02.13 - 19.43h

 

Jamais reçu, depuis des années, autant de courrier positif que pour mon papier de la semaine dernière, dans GHI, « Grand Genève : arrêtez de nous bassiner ! ». Les lecteurs me remercient d’avoir dit tout haut ce qu’apparemment, beaucoup d’entre eux pensent tout bas. Bien plus nombreux qu’on ne l’imagine ! Snobisme et prétention de ces deux mots, qui sonnent comme un Gross Paris provincial. Mais surtout, machin, machinerie, concoctée horizontalement par des gens n’ayant nullement été mandatés par leurs peuples pour cela. Truc de cocktails. On passe des accords, comme ça, on veut ignorer l’existence d’une frontière. On prend des options sur l’avenir sans en référer à Berne, ni sans doute à Paris. Mais moi, c’est plutôt Berne qui m’intéresse.

 

Dernier épisode en date : le stade. Au nom du Gross Genf. Et on y va, des clubs français sur la prairie, et on n’aurait demandé à personne, et le peuple, on le mettrait devant le fait accompli. Vous avez souvenance, vous, d’avoir été consultés sur le « Grand Genève » ? Ce machin, il a une légitimité démocratique ? Une armature institutionnelle ? Il émane d’une puissante volonté du peuple souverain ?

 

Bien sûr, nous devons bien nous entendre avec nos voisins. Jamais dit le contraire. Et jamais, sous ma plume, la moindre remarque désobligeante sur nos amis de l’Ain ou de la Haute-Savoie. Ni sur les frontaliers. Mais la collaboration, pas comme ça. Pas par une usine à gaz, imposée d’en haut par quelques élus tétanisés par l’illusion d’un monde – bien irréel – où les frontières auraient disparu. Désolé, mais pour l’heure, elles sont encore là. Il y a un pays qui s’appelle la Suisse. Et un autre, qui s’appelle la France. Dieu sait, à titre personnel, si je les aime les deux, si j’en connais l’Histoire, et les reliefs, et les végétations, et les livres. Mais comme citoyen, il se trouve que je suis Suisse. On me permettra de défendre en priorité les intérêts politiques, économiques, sociaux et stratégiques de mon pays. Dire cela, ça n’est en rien nier la nécessité d’un bon voisinage. C’est juste remettre les pendules à l’heure.

 

Et puis, tiens, s’ils veulent absolument le Grand Genève, je leur suggère un truc amusant : faire voter le peuple. Le résultat pourrait être assez fracassant. Et refroidissant pour une bonne génération.

 

Pascal Décaillet

 

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13/02/2013

Fuites Sixtines

 

Sur le vif - Mercredi 13.02.13 - 15.28h

 

Messieurs les Cardinaux,



Si vous souhaitez, depuis le Conclave, me donner par SMS, de temps à autre, une petite information sur l'état de vos travaux, oh juste comme ça, sous le pourpre de la chasuble, l'air de rien, d'un doigt léger, ne vous privez pas de cette extase. Cela se fait, voyez-vous, en d'autres chapitres, à l'écart de vos Tibres latins, en des Romes plus protestantes. Oui, d'autre reclus, parfois, se livrent à moi. J'en fais toujours le meilleur des usages, et paye en Indulgences les plus audacieux des émissaires.

 

Je vous souhaite, Messieurs les Cardinaux, les heures les plus douces et les plus inspirées. Je sais, là où vous serez, et où je fus souvent, il y a au plafond des choses un peu terrorisantes, mais n'ayez crainte: les deux personnages, tout là-haut, ont bien plus de souci à s'effleurer le doigt qu'à guetter vos digitales fuites. A très bientôt, dans l'imminente lueur de l’Éminence.



Monsieur X

 

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12/02/2013

La Revue des Deux Mondes

 

Sur le vif - Mardi 12.02.13 - 19.28h

 

Je n’ai jamais très bien compris, pour ma part, le signal que voulaient donner les députés en présentant une Revue. Oh, je ne doute pas des talents d’artiste des uns et des autres, dans les domaines du théâtre, de l’humour ou de la chanson. Je ne doute pas, non plus, que ce soit au final un beau spectacle, agréable, drôle, piquant. Mais enfin, qui sont-ils, les députés ? Une centaine d’hommes et de femmes, venant de sept partis différents, rassemblés en deux blocs antagonistes, s’étant présentés à nos suffrages, nous les citoyens, pour œuvrer au mieux, pendant quatre ans, au bien de la République.

 

Je ne doute pas qu’ils le fassent. Et n’irai pas leur chercher noise jusqu’à prétendre que le temps passé aux répétitions et aux spectacles leur ôterait toute énergie pour accomplir leur mission première. Non, rien de tout cela. Mais quand j’entends qu’ils viennent demander, eux les élus du peuple, chargés d’accoucher d’un budget qu’on attend toujours, en ces temps si déficitaires, une subvention publique de 25'000 francs, alors là désolé, je vois rouge. Ça n’est pas la somme qui provoque ma colère (encore qu’elle soit loin d’être fluette), mais la maladresse politique, ou alors l’inconscience, ou encore l’arrogance, la coupure du peuple. Il y aurait d’un côté le monde, de l’autre leur monde, et puis il y aurait encore, sur la fiction des planches, la Revue des Deux Mondes. Comme si ce petit monde vivait à ce point en vase clos qu’il en aurait oublié les signaux les plus élémentaires de décence, face à la population.

 

Pire : nous sommes à moins de vingt jours d’une votation historique. Dans tous les cas, oui ou non le 3 mars, le citoyen contribuable sait qu’il devra passer à la caisse pendant des décennies pour éponger la sous-couverture des caisses de retraite de l’Etat. Cela n’a rien à voir avec la Revue ? Si. Cela crée ce qu’on appelle un contexte. Cela, à très juste titre, met le cochon de citoyen payeur dans une humeur bien mal ajustée à débourser davantage encore. Et à quelles fins, je vous prie ? A fins de financer le spectacle récréatif de ceux-là mêmes dont on attend que l’énergie première soit entièrement mise dans le redressement de nos finances.

 

Alors, désolé, quels que soient vos talents, Mesdames et Messieurs les députés, comme citoyen payant ses impôts depuis l’âge de sa majorité, donc depuis 34 ans, dans ce canton, je dis non. Si vous voulez de l’argent, adressez-vous à ceux d’entre vous qui savent – avec génie, lorsqu’il le faut – dénicher des mécènes.

 

Pascal Décaillet

 

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08/02/2013

Moine ou politicien, il faut choisir

 

Sur le vif - Vendredi 08.02.13 - 15.10h

 

Le classement des députés les plus versatiles ne veut strictement rien dire. La politique est - entre autres - un art de la ductilité. On peut être un très grand homme, visant haut et voyant loin, tout en faisant preuve, pour parvenir à ses fins, d'habileté et d'adaptation. Nulle trajectoire, en politique, n'est rigoureusement droite. Atteindre le but passe par une prise en compte de la savoureuse complexité du monde. Il faut composer. Tout en gardant en tête l'objectif final. Lequel est d'ailleurs modifiable en fonction des circonstances. L'opportunité. Ce que les Grecs appellent le "kaïros". La politique n'est absolument pas faite, quoi qu'en pensent les idéalistes, pour les butés d'une seule idée, les tétanisés de la ligne droite, les marmoréens de l'Arche Sainte. Laissons cela aux moines. Et aux Croisés.



Pascal Décaillet

 

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01/02/2013

Non, Sire, juste quelques transfuges...

 

Sur le vif - Vendredi 01.02.13 - 18.44h

 

Et maintenant, Monsieur Sanchez. Ça n’est certes pas la fin du monde, ni les grandes migrations, ni l’exode à travers la mer Rouge, ni la fin souffreteuse de la République de Weimar. En soi, ça n’est presque rien. Car ce qui est fou, ce ne sont pas les transferts. Non. C’est, chez les partis installés, ceux qui ont l’arrogance de se proclamer « gouvernementaux », comme si on l’était par essence et non par la volonté du peuple, ce cocktail de réactions à la fois méprisantes, moralisantes, ou alors ce doux frisson tétanisé, la jouissance par l’angoisse ou par la chair de poule. Le passage, ruisselant de désirs mêlés, d’une bourgeoise dans une ruelle noire.

 

Car enfin, numériquement, pas de panique : trois transferts, en soi, ça n’a aucune pertinence pour nous annoncer un raz-de-marée du MCG le 6 octobre. Mais au-delà des chiffres, il y a l’inhibition. Comme dans un couple : pourquoi part-il, ou elle, qu’ai-je mal fait, ça ne peut être qu’à cause de moi, je suis un misérable, allez au fond ce qui m’arrive, je le mérite. Le parti de Stauffer nous a comme enivré Genève. Si quelque chose arrive, je me regarde moi, je m’en veux, je m’ausculte, je m’introspecte, je me fustige, me lacère. Et puis non, dites-moi, oh dites-moi, comme dans la chanson, qu’elle est partie pour un autre que moi, mais pas à cause de moi.

 

Oui, les héros de l’histoire ne sont ni le MCG, ni les transfuges, mais bien la marécageuse incertitude de soi, oui l’état de délabrement idéologique des partis dont on part. Qui sont-ils ? Quelles valeurs ? Hélas, trop souvent des associations de notables, oh sympathiques, ils se tutoient, s’embrassent, se rendent des services, se partagent postes et prébendes dans la jungle des conseils de fondation que compte Genève. En clair, ils tiennent le pouvoir. Ce fameux pouvoir horizontal, partagé, multiple, mais qui, l’air de rien, demeure depuis des décennies celui de la Caste.

 

Ce qu’ils voudraient, le 6 octobre et le 10 novembre prochains, c’est le garder, ce pouvoir. Ils veulent cela, et rien que cela. Ils en ont parfaitement le droit. Mais il ne faut pas qu’ils continuent de nous faire le coup des « partis gouvernementaux », parce qu’un beau jour, ils finiront bien par ne plus en être. Alors, que feront-ils de l’adjectif ? Oui, ils veulent se maintenir, rien que cela. Et d’autres partis, d’opposition, ou de la Marge, aspirent, quant à eux, comme dans n’importe quelle démocratie du monde, à être aussi, un certain temps, aux affaires. Il n’y là rien de grave, rien de singulier, rien de ce drame moral ni de ce délitement des mœurs politiques dont rêve – ou cauchemarde – la bourgeoise parfumée de la ruelle noire.

 

Marécageuse incertitude de soi. Obsédé par les prébendes, les nominations de copains, on n’a pas vu qu’on glissait. Automne 2009, pour avoir le fric du patronat dans la campagne, on ne jure que par la libre circulation déifiée, sans entraves. Jouir du marché, sous-enchérir, libéraux sur l’étiquette, libertaires pour engager ou dégager. Et ça gueule, chez les Gueux, mais justement ce sont des Gueux, alors qu’ils gueulent. A mi-législature déjà, ce cirque est terminé, on reconnaît au plus haut niveau la primauté de l’emploi aux résidents, dans le Petit Etat, le Moyen Etat, le Tiers Etat, on se fout d’ailleurs du tiers comme du quart, on pique aux Gueux leur idée originale, en réalité on commence à paniquer : c’est cela, cette inconsistance, cette arrogance, oui cela le Marécage. Et de cela, en effet, il pourrait bien y avoir, le 6 octobre, une certaine sanction. Au profit de l’original.

 

C’est ce mouvement de fond qui compte, l’absence de charpente de ceux qui sont actuellement aux affaires. Leur côté juste clanique. Famille. Copains. Il y a quelque chose, profondément, qu’ils n’ont pas vu venir. Le 6 octobre, l’addition viendra.

 

 

Pascal Décaillet

 

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28/01/2013

Bergier, on a donné, merci !

 

Sur le vif - Lundi 28.01.13 - 14.35h

 

Non, pitié, la Suisse ne va pas re-sombrer dans une période d'auto-fustigation comme celle, détestable, que nous avons vécue dans les années 90, à l'époque du Rapport Bergier.

 


Nous avons, aujourd'hui, autre chose à faire. Notre pays est en proie à de grandes difficultés avec certains de ses voisins. L'heure n'est pas à la culpabilisation interne. Bien sûr que nous n'avons pas été parfaits pendant la Seconde Guerre mondiale, qui l'a été ? Bien sûr que nous avons des choses à nous reprocher. Mais enfin, en comparaison avec nos chers voisins, je ne suis pas certain que le comportement de la Suisse entre 1939 et 1945 soit le sujet principal de cette guerre.



L'heure n'est pas à la coulpe. Au contraire, l'heure est à la valorisation de nos singularités, notre démocratie directe, notre fédéralisme, le respect de nos équilibres internes. Cela, aujourd'hui, doit primer sur tout: nous devons êtres fiers de notre pays.



Alors, désolé, Messieurs les ressasseurs et les salisseurs, mais vous repasserez.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/01/2013

Grand Conseil: l'extase de l'entre-soi

 

Sur le vif - Vendredi 25.01.13 - 20.00h

 

Elles furent bien pénibles, et méchamment pesantes, les vingt premières minutes du Grand Conseil, ce soir. Un député s’en va, on se relaye pour lui passer la pommade. Une tradition ? Ça n’est pas une raison pour ne pas s’en étonner. Car enfin, l’hommage à Guillaume Barazzone, qui quitte le cénacle pour avoir été élu à l’exécutif de la Ville, fut trop long, trop appuyé. On eût cru la Chambre de 1957 se séparant d’un Edouard Herriot l’ayant maintes fois présidée, et y ayant siégé pendant un demi-siècle. Ou l’Angleterre, prenant congé de Victoria.

 

Surtout, ces effusions, plus ou moins talentueuses, de rhétoriciens plus ou moins fluides, ont la tonalité, au mieux, d’un repas de fin d’année, ou de quelque propos de mariage, à l’heure bienfaisante du mousseux. Et n’ont rien à faire, sur une telle longueur, dans l’enceinte d’un Parlement dont la mission première est d’être au service de la population. Et non de se regarder le nombril.

 

Le signal : une fois de plus, une caste parlementaire genevoise qui se parle à elle-même, se félicite elle-même, se fait rire elle-même, au milieu d’un immense miroir. Les députés de l’entre-soi. L’extase de l’autocongratulation. Tragi-comédie en cercle fermé, même pas de craie, même pas caucasien. Juste une corporation de notables, heureuse d’être ensemble.

 

On en est très content pour elle. Vivement le 6 octobre.

 

Pascal Décaillet

 

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20/01/2013

Le journalisme en 2013, entre paravents et pleurnicheries

 

Dimanche 20.01.13 - 10.30h

 

Je me refuse depuis des années à accepter les invitations aux colloques de pleurnicherie sur l'état de la presse en Suisse romande. Où l'on passe des heures à se lamenter sur les méchants éditeurs, les méchants lecteurs, les méchants internautes qui tuent la presse papier. Comme si le papier était autre chose qu'un simple vecteur !

 

Le problème numéro un de beaucoup de journalistes en Suisse romande n'est pas là. Il est dans leur absence de curiosité, d'imagination, d'inventivité, de combativité pour évoluer avec les nouvelles techniques de notre temps, qui sont non seulement fascinantes, mais très propices au développement du journalisme. Mise en ligne. Travail en réseau. Interactivité immédiate, développement d'intelligences collectives. Ou alors, possibilité extraordinaire, pour les solitaires, les individualistes (pour peu qu'ils soient sacrément bosseurs), de proposer aux gens leur univers à eux, rien qu'eux, avec leurs textes à eux, leurs images à eux, leurs sons à eux, leur mise en page à eux. Chacun, avec les outils d'aujourd'hui et de demain, peut proposer son journal. Ensuite, les gens aiment ou non, adhèrent ou non. C'est une autre question.

 

Bientôt, on ne confondra plus journalisme avec journaux. On peut faire du journalisme sans cette intrication complexe qui s'appelle un journal papier. On peut, tous les jours, sortir un journal papier, sans que cela soit du tout du journalisme. Certains, en Suisse romande, s'y emploient à merveille.

 

De quoi sont nés, techniquement, les journaux ? De la nécessité, à l'époque, de concentrer une équipe rédactionnelle à proximité immédiate de l'équipe technique, autour de la rotative qui, à minuit, sort chaque jour le bébé. C'est exactement dans ces conditions, au reste fascinantes, que j'ai exercé mes premières années au Journal de Genève, rue du Général-Dufour: nous produisions le journal d'un bout à l'autre, et savions pratiquement tout faire nous-mêmes. Il y a une trentaine d'années, on a commencé à avoir la possibilité technique d'éloigner l'imprimerie. Aujourd'hui, on peut parfaitement éloigner les rédacteurs les uns des autres.

 

Mais on en est resté aux grosses équipes rédactionnelles, hypertrophiées, avec les rubriques, les chefs de rubriques, les sous-chefs de rubrique, les évaluations annuelles, les interminables conférences de rédaction, les ressources humaines, les horaires, les congés, les vacances, les propos venimeux de cafétéria les uns contre les autres, les rivalités internes, les ascensions des grimpaillons, toutes choses qui tuent la créativité, éloignent l'objectif premier qui doit être la création, la production, l'imagination. Et on laisse passer les années, et on se croit éternels, et un beau jour le quotidien meurt.

 

Le problème numéro un, c'est l'hypertrophie des structures, le poids des habitudes, l'incroyable lenteur lorsqu'il faut affronter des techniques nouvelles. Le reste, ce ne sont que paravents, prétextes et pleurnicheries.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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15/01/2013

Meyer de Stadelhofen: mort d'un génie

 

Mardi 15.01.13 - 12.39h

 

La douceur d’une voix, incomparable. La politesse d’une diction. Un sens inné de l’événement. Des centaines d’archives sonores. La mémoire d’une radio, et aussi celle du siècle. Henri Meyer de Stadelhofen (1916-2013), nous a quittés le 11 janvier, à son domicile de Sion, m’annoncent ses fils, à qui j’adresse mes meilleures pensées. Il est possible que ce nom ne vous dise pas grand-chose, moi je dis que les ondes romandes sont orphelines de l’une de leurs plus grandes voix, un reporter sans égal, toujours dehors, toujours sur le terrain, toujours dans le bruissement du monde. L’homme de radio idéal, celui qui vous restitue la vie, parce que la radio, c’est la vie.

 

Automne 1944. Libération d’Annecy. De Gaulle fait son entrée, au milieu d’immenses clameurs, dans le chef-lieu de la Haute-Savoie. Meyer de Stadelhofen est là, dans la foule, décrit ce qu’il voit, c’est juste, c’est simplement admirable. Plus tard, il sera reçu à la Boisserie, ce dont peu de journalistes peuvent s’honorer. Quelque cinquante ans après, alors que je faisais tous les étés des émissions historiques à la RSR, je reçois Stadelhofen, lui balance l’archive, il s’émeut, nous fait revivre la Libération de cette Haute-Savoie qui s’était montrée si courageuse. Une autre fois, en pleine période des fonds en déshérence, je diffuse cette archive si bouleversante où il est sur le quai de la gare de Genève, 1943 je crois, pour accueillir des enfants français, tellement heureux de se retrouver en Suisse.

 

Je ne vous raconterai pas ici sa vie, si riche d’entreprises, de Radio Genève à Europe 1, dont il fut l’un des fondateurs, de Charles de Gaulle à Churchill, Eisenhower, Cocteau, Chaplin, de Funès, Fernandel. Je dirai simplement l’immense bonheur qui fut le mien, lorsque j’étais à la RSR, de traîner à la phonothèque pour écouter les innombrables archives de ce reporter d’exception. Il aimait les choses du quotidien, donnait la parole à tous, était comme attiré par l’événement. Surtout, il faisait ses reportages dehors, au milieu de l’action, debout, sous la pluie, dans le froid. Il n’était pas un homme de studio, mais un génie de l’extérieur.

 

Il nous reste la douceur de cette voix, l’éternelle fraîcheur de ce regard. L’éblouissement, à chaque fois réinventé, de se trouver, palpitant, quelque part au cœur du monde.

 

Pascal Décaillet

 

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09/01/2013

Elisons les meilleurs

 

Sur le vif - Mercredi 09.01.13 - 13.20h

 

De gauche ou de droite, peu importe. Il faut cesser d'envoyer aux affaires des amateurs. Il faut choisir des passionnés. Ceux qui, dès l'enfance, ont la politique chevillée au corps. Ceux qui lui sacrifient tout. Des Pierre-Yves Maillard. Des Pierre Maudet. Des Couchepin. Des Delamuraz. Des Furgler. Des Christophe Darbellay. Des Philippe Nantermod. Des Tornare.



Je déteste le mythe de l'homme nouveau, ou de la femme nouvelle. Ou de la société civile. Ou de l'expert. Ou de celui qui, débarquant dans un monde dont il ne connaît rien, ferait campagne sur le thème de "la politique autrement", ou de la génération nouvelle, ou de la politique réinventée.


On en a vus, des rénovateurs, "partis joyeux pour des courses lointaines". On a vu Michel Noir, face à Chirac. On a vu Rocard, face à Mitterrand.


Non. La politique est un métier. Elle est une passion. Et elle est un art. De gauche ou de droite, élisons les meilleurs. A Genève, ne reconduisons pas les erreurs de casting de 2009.



Il m'est parfaitement égal qu'une personne soit courtoise, élégante, gentille, humaine dans le privé, excellente mère de famille. Ca n'est pas cela que j'attends d'un politique. J'ai besoin d'une vision, nourrie par l'Histoire. J'ai besoin d'une culture. J'ai besoin d'une solitude. J'ai besoin d'un courage. Tout le reste, je m'en fous.

 

Pascal Décaillet

 

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07/01/2013

Marre de la propagande anti-Minder

 

Sur le vif - Lundi 07.01.13 - 15.10h

 

Non à l'initiative Minder - Le patronat rejette l'initiative Minder - economiesuisse ne veut pas entendre parler de l'intiative Minder - Le Parlement dit non à l'initiative Minder - Le Conseil fédéral repousse l'initiative Minder - Non à Minder - Non à Minder - Non à Minder.



Voilà, à profusion, ce que l'on trouve sur un moteur de recherches, juste en tapant "initiative Minder".



Moi, je dis que ça suffit. Avant de nous balancer tout un océan de raisons pour refuser l'initiative Minder, j'estime que la moindre des choses est d'informer les citoyens sur le contenu de cette initiative.



Ensuite, on verra. On dira non à Minder. Ou on dira oui à Minder. Mais l'ampleur de ce refus préalable, avec tout ce qu'il contient de millions mis par les opposants dans la campagne, donne la nausée.



Le patronat, dans ce pays, a le droit de s'exprimer. Pas celui de nous noyer sous les flots de sa propagande.

 

Pascal Décaillet

 

15:10 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Qui osera répondre à la France ?

 

Sur le vif - Lundi 07.01.13 - 09.55h

 

D'urgence, il importe que la Suisse adopte face à la France le ton qu'il convient pour rappeler à ce cher voisin, beaucoup plus grand et beaucoup plus peuplé que nous, que notre petit pays est une démocratie souveraine. Pas un dominion négligeable sur ses marches orientales. Un pays, fier de l'être.



Face aux pressions de plus en plus insupportables que Paris fait peser sur nous, nous devons garder la tête froide, ne céder en aucun cas. Une éventuelle réforme de notre système fiscal doit procéder de notre dialectique interne : on peut discuter de tout, rien n'est tabou, mais cela doit venir de nous, de nos énergies, nos révoltes. En aucun cas, cela ne doit être dicté par une puissance certes amie, mais étrangère à notre souveraineté nationale. Sinon, pour nous Suisses, ça n'est plus la peine de nous proclamer "pays". Autant mettre la clef sous le paillasson national, renoncer à notre statut d'Etat souverain au milieu des autres nations, admettre que nous ne serions plus, désormais, que la circonscription administrative d'un univers mondialisé, ou continentalisé. C'est cela que nous voulons ?



Le problème, ça n'est pas la Suisse. Le problème, c'est la France. Qui a géré de façon calamiteuse ses finances publiques depuis des décennies, gauche ou droite au pouvoir d'ailleurs. Et qui vient maintenant lancer une grande croisade, prétendument morale (laissez-moi rire), pour récupérer le maximum d'argent, là où c'est possible.


Dans la classe politique suisse, le discours de "compréhension" pour la France, chez certains, semble primer sur la défense de l'intérêt national, qui devrait être le but absolument prioritaire de tout élu de ce pays, qu'il soit de gauche ou de droite, cantonal ou fédéral, en cas d'attaque extérieure. A mes yeux, aujourd'hui, ce critère de "compréhension" ne passe pas. Il est exactement à rebours de ce qu'il faudrait faire, dire, alors que le pays court un véritable danger. Cette "compréhension", chez certains, au diapason d'une ministre fédérale des Finances qui conduit une politique confinant à l'abandon, est extraordinairement inquiétante. Il y a un moment où il faut savoir qui est on est, quel camp on défend.



Lorsque l'exemple, hélas, de la fermeté ne vient pas du plus haut niveau (nous avons un Conseil fédéral d'une rare faiblesse, les plus gris ayant été préférés par l'Assemblée fédérale, pour ne pas lui faire de l'ombre), il ne faut pas trop s'étonner qu'il soit absent dans le reste de la classe politique.



Oui, des mots forts, face à la France, sont attendus par la population. Il ne s'agit ni de remettre en question notre amitié pour ce voisin avec qui nous partageons tant, ni surtout de défendre les banquiers. Les banquiers, nous verrons plus tard. Entre nous. Entre Suisses. Et croyez-moi, dans ce débat futur, je ne serai pas le moins sévère, moi qui ait toujours combattu le primat de l'argent sur les valeurs républicaines. Mais pour l'heure, le pays est sous attaque. Il s'agit de faire de la politique debout. De montrer notre souveraineté. Le reste, c'est une autre affaire.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/01/2013

Coire-Paris, aller simple

 

Sur le vif - Dimanche des Rois - 06.01.13 - 14.34h

 

Ne serait-il pas plus simple, après réflexion, que Mme Widmer-Schlumpf devienne directement ministre de la République française ? Au moins, les choses seraient claires. La verticalité de l'allégeance, sans ambiguïté. Ca nous éviterait toutes sortes de malentendus. La vie parisienne, et pourquoi pas au sens d'Offenbach, ferait du bien à la Grisonne. Elle pourrait initier nos amis jacobins à la complexité des Ligues Grises, à côté desquelles celles de la regrettée Maison de Guise font figures de paisibles clubs de pétanque. En échange, juste du bout des lèvres, quelques menus cours de français, oh trois fois rien, juste apprendre les mots fidélité, loyauté, lire un peu Verlaine, tiens disons Sagesse. Que du bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2013

Pompidou, suite et pas encore fin

 

Samedi 05.01.13 - 18.44h

 

Il est très rare que je lise un livre politique deux fois de suite. C'est pourtant ce que je viens de faire, avec les "Lettres, notes et portraits, 1928-1974" de Georges Pompidou, dont j'ai déjà parlé ici le 24 décembre dernier (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2012/12/24/pom...), et dont je viens de relire avec une extrême attention de nombreux passages.



Ce qui m'intéresse, c'est la motivation de monter vers le pouvoir, chez Pompidou. D'un bout à l'autre de l'ouvrage, dès les lettres de 1930 (il a 19 ans) à son ami Pujol, jusqu'en 1969 (son élection à la Présidence de la République), il ne cesse de clamer que le pouvoir politique ne l'intéresse pas, que la vraie vie est ailleurs, par exemple en littérature, où ce Normalien excelle. Une tension dialectique interne que je puis, profondément, comprendre.



Il ne cesse de le dire, et, plus il le répète, moins nous le croyons. Parce que toute la réalité de son existence, au contraire, évidemment à partir de septembre 1944 (sa rencontre avec de Gaulle, il se met à son service, à la Libération), est celle d'une implication totale, certes souvent dans l'ombre, dans la glaise politique. Toute sa correspondance des années 1946-1958 (la Quatrième République, de Gaulle traverse le désert, mais Pompidou, lui, au service du Général, sait tout, voit tout, entend tout), révèle un homme d'une habileté diabolique.



Son génie : arriver à chaque fois (chef de cabinet du Général à Matignon de mai à décembre 1958; Premier Ministre en 1962; Président en 1969) comme un homme qu'on serait venu chercher. Jeu de masques, évidemment, que tout cela. Extraordinaire savoir-faire de cet homme de très grande valeur. Avec lui, le héros du 18 juin, l'homme mythique, hors normes, légendaire, pouvait compter sur le pragmatisme d'un terrien. Un couple de rêve, au fond, où l'un complète l'autre.



Je crois que vais lire ce bouquin une troisième fois.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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04/01/2013

La Weltwoche, une vieille dame si séduisante

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Vendredi 04.01.13 - 19.16h

 

De tous les journaux, nombreux, auxquels je suis abonné, la Weltwoche est l’un de ceux que j’attends avec le plus d’ardeur, le jeudi ou le vendredi, dans ma boîte aux lettres. Et cela, depuis des années. J’ai commencé à la lire il y quelque 27 ans, lorsque j’étais à la rubrique nationale du Journal de Genève. Puis, à fond, et d’ailleurs pour en présenter le contenu aux auditeurs romands, lorsqu’à partir du 1er mars 1991, j’ai lancé, de Berne, la revue de presse alémanique en direct dans les matinales de la RSR. Nous la faisions en tournus, avec mes collègues, ce qui rallongeait délicieusement nos journées de correspondants parlementaires. J’aimais ça.

 

A l’époque, pas d’internet : le revuiste se levait un peu avant cinq heures, passait à la gare de Berne, dans un kiosque, où une très gentille dame lui remettait un gros paquet ficelé contenant les principaux journaux alémaniques, encore tout chauds de l'imprimerie. Au sommet de l’escalier de la gare souterraine, direction le Palais fédéral, un gros monsieur rougeaud hurlait « Derrrrrrrr Bund ! ». Il vendait le journal bernois à la criée, sélectionnant de son propre chef l’article qui lui semblait le plus capteur. De son talent de repérage, dépendait son steak du jour !

 

J’ai fait cet exercice de revue de presse pendant des années, aussi lorsque plus tard j’ai dirigé la rubrique nationale, franchement j’adorais ça, surtout lorsqu’il s’agissait de constater, avec mon collègue de la presse romande, les différences de sensibilité entre Romands et Alémaniques, sur des thèmes comme l’environnement, la protection de la personnalité, l’individu face à l’Etat, la question européenne. Le jeu de miroirs de cette dialectique existe toujours, aujourd’hui, dans l’excellente tranche 07.30h – 08.00h, menée par Simon Matthey-Doret. Différences, mais aussi proximités, les vraies lignes de césure, en Suisse, étant davantage ville / campage, ou régions économiquement fortes (Triangle d’or, Arc lémanique) versus cantons périphériques, que linguistiques.

 

La presse alémanique: un solfège indispensable

 

Pratiquer la presse alémanique, et pas seulement dominicale, tous les jours, et pas seulement la politique, mais aussi la culture, devrait être le solfège quotidien de tout journaliste se mêlant de la vie nationale et prétendant parler du pays suisse, lequel ne s’arrête pas à la Sarine. Sans oublier, non plus, la presse italophone, pour laquelle j’ai depuis des années l’honneur d’écrire, comme éditorialiste invité au Giornale del Popolo. Oui, la Suisse, ce sont plusieurs langues, 26 politiques cantonales, 26 Histoires à connaître à fond, et pas seulement les165 ans d’Histoire fédérale, même si cette dernière est évidemment capitale. Il est d’ailleurs préférable de remonter à 1798, c’est là que tant de choses ont commencé, comme nous l’avions montré dans nos émissions historiques de 1998, où nous établissions, canton par canton (et chaque fois sur place, en direct) les liens entre République helvétique et première Suisse fédérale de 1848, au milieu d’une Europe en révolution.

 

Retour à la Weltwoche, qui fête cette année ses 80 ans. « 80 Jahre Widerspenstigkeit », 80 ans comme rebelle, c’est le titre de l’excellent article d’Andreas Kunz sur l’Histoire du journal. Le premier numéro est sorti l’année de la prise du pouvoir par Hitler, le magazine est toujours là ! Et il a l’excellente idée de nous reproduire l’analyse des premiers mois de pouvoir, 17 novembre 1933, par son correspondant en Allemagne de l’époque. Du coup, une pensée me vient pour cet admirable confrère que fut Herrmann Böschenstein (1905-1997), le père de mon professeur de littérature allemande Bernhard Böschenstein. Hermann, qui avait commencé à Berne, comme chroniqueur parlementaire, en 1925, j’ai fait, pour la Pentecôte 1991, une grande interview de lui, de 40 minutes, avec mon confrère André Beaud. Nous étions là, face à un Monsieur qui avait connu les conseillers fédéraux des années vingt ! Il fut l’un des plus grands journalistes alémaniques du siècle, l’un des seuls à dire la vérité sur ce qui se passait dans le Troisième Reich.

 

Le retour de la vieille dame

 

Retour à la Weltwoche, en vous demandant votre indulgence pour l’aspect totalement décousu de mon texte, où je laisse aller mes souvenirs sur ce métier que j’ai tant aimé, pour vous recommander de lire ce journal, si vous maîtrisez l’allemand. Je ne plaide pas ici pour la ligne idéologique actuelle de la publication (encore que j’en sois proche, vous avez pu vous en rendre compte), mais pour la Weltwoche tout entière, l’intensité de ses regards, la pluralité de ses plumes (Bodenmann, ancien patron du PSS, en est le chroniqueur régulier), son souci de la qualité des styles et des écritures, son extraordinaire dimension culturelle, qui n’a d’égal que le cahier « Feuilleton » de la NZZ du samedi. Chaque auteur de la Weltwoche est d’abord un essayiste, comme Urs Paul Engeler, dans l’édition d’aujourd’hui, sur Ueli Maurer. Chaque article est le fruit d’un travail d’angle (comme on dit dans le métier) puissamment poussé pour faire la différence, dire autre chose. La Weltwoche, comme la NZZ, c’est encore du cousu main, à l’époque du copié-collé et du mimétisme généralisé.

 

Je terminerai par la chronique de Mörgeli, sur lequel Couchepin s’était permis un bien mauvais jeu de mots. On aime ou non ses idées. Mais l’intensité de plume est telle que le vitriol y est une jouissance d’un rare délice. A cette octogénaire, j’adresse mes meilleurs vœux. Tous les jeudis, ou vendredis, j’attends dans ma boîte aux lettres le retour la vieille dame.

 

Pascal Décaillet

 

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28/12/2012

Ueli et les moralistes de la haine

 

Sur le vif - Vendredi 28.12.12 - 09.47h

 

Excellente interview d'Ueli Maurer, en page 3 de la Tribune de Genève. Évidemment, comme il est de bon ton de considérer le futur président 2013 comme un parfait abruti, l'immense majorité de mes confrères, des observateurs et des commentateurs vous diront que cette interview est nulle, et que l'homme n'a rien dans la tête.



Eh bien pour ma part, j'y ai lu les propos d'un homme simple et sage, profondément attaché à son pays, aimant la Suisse, prêt à la servir au mieux de sa conscience. Un homme qui n'a pas l'intention de paniquer face aux pressions et au chantage de l'Union européenne. Un homme qui identifie, sans en faire un tabou, sans les camoufler sous le tapis, les vraies souffrances de la population de notre pays face à une immigration non-contrôlée, trop massive.



 Il n'y a là strictement rien de xénophobe. Ceux qui,  à longueur d'année, nous hurlent le mot "xénophobe" dès qu'on évoque, du bout des lèvres, une possible régulation des flux migratoires (que pratiquent les pays qui nous entourent), nous mentent. Il est temps de le leur dire. Il n'est plus question de laisser le champ libre à ces moralistes de la haine.

 

Pascal Décaillet

 

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