Sur le vif - Page 35

  • Mon soutien à Christophe Darbellay

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    Sur le vif - Vendredi 06.01.17 - Jour des Rois - 17.17h

     

    Certains voudront y voir une filiation commune dans l’ordre de la Dranse, ou une fascination partagée pour la verticalité glissante des pentes du Catogne. Qu’ils y voient ce qu’ils veulent. D’autres relèveront une complicité dans l’amour du pays physique, ce Valais des sentiers, des sources, de la lumière qui scintille sur chaque pierre, dans chaque âme, chaque cœur. Culture commune, oui. Souches, c’est sûr. Horizons reconnaissables, montagnes nommées, cols, et jusqu’à d’insoupçonnés ruisseaux de montagne, aux patronymes divinatoires.

     

    Il y a de cela, certes. La politique est chose complexe, où le rationnel, sans rémission, le dispute à l’affectif. En Valais, j’ai mes racines. Je ne les oublie jamais. Telle vallée, entre les monts, me sera pour toujours maternelle. Telle autre, où le Trient rencontre l’Eau Noire, paternelle. L’Histoire du Valais, en tout cas depuis 1798, je l’ai en moi.

     

    Je connais Christophe Darbellay depuis une petite vingtaine d’années. Je l’avais reçu en radio, la toute première fois, à Forum, alors qu’il était numéro deux de l’Office fédéral de l’Agriculture. Très vite, j’ai compris qu’il irait loin. Par son intelligence. Mais aussi, par la rapidité de l’instinct. Depuis longtemps, je connaissais son oncle Vital, un homme admirable, tellement chaleureux, qui présidait le groupe PDC du National quand j’étais correspondant politique à Berne. Vital Darbellay : la sève et le sourire du christianisme social, comme si Rerum Novarum (1891) s’incarnait, renaissant de la poussière. Christophe vient de ce monde-là, c’est important. Cette origine indique d’autres priorités, d’autres références, d’autres valeurs, que la seule arrogance du pouvoir.

     

    D’aucuns me disent : « Pourquoi soutiens-tu Darbellay, tu es plus à droite que lui, tu as condamné publiquement (dans l’édito du Nouvelliste) son comportement face à Blocher, en décembre 2007 ? ». Ils ont raison de me poser cette question, je les comprends. Il est vrai que l’ensemble de mes adhésions politiques, constamment réaffirmées, lutte pour la souveraineté du pays, soutien à l’initiative du 9 février 2014, volonté de réguler fermement les flux migratoires, combat pour le protectionnisme, principalement en matière agricole, tout cela me rapproche rationnellement plus de l’UDC que la ductilité du Flandrin des Glaciers.

     

    Mais voilà, la politique transcende souvent le périmètre du rationnel. Je ne connais pas personnellement M. Voide, n’ai strictement rien contre lui, ai même entendu qu’il avait fort bien présidé le Grand Conseil, et lui reconnais le droit de tenter sa chance. Mais la méthode, allez disons-le comme cela, ne m’inspire que modérément. J’aime les hommes seuls. J’aime ceux qu’on attaque. J’aime, en chacun de nous, l’ultime carré de fierté face à la mitraille adverse. Voilà pourquoi, étant moi-même fort seul en décembre 2007, j’avais attaqué Darbellay, dans l’affaire Blocher, sur une question de positionnement politique, je n’en renie rien. Voilà pourquoi, aussi, je ne l’ai jamais attaqué sur d’autres terrains, préférant le silence à la meute boulevardière.

     

    Le corps électoral valaisan, en mars, choisira-t-il M. Darbellay ou M. Voide ? Je n’en sais rien. Mais j’apporte ici mon soutien au premier des deux, non contre le second, mais parce qu’il me semble que la politique valaisanne, dans cette élection, dispose d’une occasion unique de conduire aux affaires une génération nouvelle. Des hommes qui, avant de se présenter à Sion, ont joué un rôle important à Berne. Le Valais ne pourra que bénéficier de leurs réseaux, de leurs connaissances des arcanes nationales. Dans ces hommes, il y a depuis quatre ans Oskar Freysinger. Il pourrait y avoir, cette année, Christophe Darbellay et/ou Stéphane Rossini. Génération nouvelle, oui, professionnalisée par l’ascèse à la politique fédérale.

     

    Comme vous le savez, il m’est arrivé naguère de faire un peu de radio. J’ai lancé, il y a seize ans, la formule actuelle de Forum, une heure entière avec des invités en direct et plusieurs débats, ancrés dans l’actualité du jour. J’ai produit et dirigé cette émission pendant un peu plus de cinq ans. C’était une époque héroïque, où nous lancions sur les ondes, en tout premier, ceux qui allaient faire la politique suisse, dans les années suivantes. Pierre-Yves Maillard, Pierre Maudet, Christophe Darbellay, Oskar Freysinger. Nous n’étions pas, à l’époque, des repreneurs d’informations, nous en étions plutôt les créateurs, à la source. J’ai vu arriver Darbellay au National, en 2003, j’ai vu à quelle vitesse il a pris l’ascendant, je l’ai vu conquérir, puis tenir une décennie le parti. Franchement, au-delà des positions idéologiques, j’étais soufflé par l’animal politique. Je le suis encore.

     

    A partir de là, le corps électoral valaisan fera ce qu’il voudra. Et son choix devra être respecté. Mais j’ai tenu, publiquement, à affirmer ici un soutien. Il va à l’homme d’expérience, d’intelligence, et surtout d’un rare instinct. Il va, surtout, à l’homme tout court, pour lequel je n’ai jamais caché ma sympathie. D’aucuns me maudiront d’avoir commis ces lignes. D’autres s’en réjouiront. Cela m’est égal. Je n’écris ni pour plaire, ni pour caresser l’opinion. J’ai des choses à dire, je les dis, c’est tout. Bonne chance au Valais : ce canton d’exception n’a pas fini d’étonner le reste de la Suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les aveugles en chemise blanche

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    Sur le vif - Jeudi 05.01.16 - 12.39h

     

    Nos beaux esprits, qui ont cassé du Serbe pendant toutes les années 1990, et passé une décennie à émettre des jugements à l'emporte-pièce, sans rien connaître à la complexité des Balkans, ni à leur Histoire, auront-ils le loisir de se pencher sur le procès de cet adorable ancien Premier Ministre kosovar, accusé des pires exactions sur des Serbes au moment où il était actif dans "l'Armée de libération du Kosovo", dont tout le monde connaît l'infinie douceur, notamment en matière de trafic d'organes ?

     

    Comme le rappelle à l'instant Alain Franco, à la RSR, lors du premier procès de cet individu, peu après les événements, Carla del Ponte avait eu toutes les peines du monde à réunir des preuves contre lui, les services américains ayant tout fait pour éliminer les traces. De nombreux témoins à charge avaient été purement et simplement éliminés. Il fallait accréditer l'idée que le Bien était du côté kosovar, le Mal du côté serbe. Image construite, imposée, par les Américains et les Allemands, gobée avec jouissance et avidité par nos chers intellectuels, eux dont la distance critique devrait justement être le fleuron.

     

    Eh oui, les guerres balkaniques des années 1990-2000, que pour ma part j'ai suivies de très près, m'étant rendu sur place et ayant accumulé documents et témoignages, c'était aussi cela. Mais personne n'en parle, ou si peu.

     

    L'Histoire de ces guerres demeure totalement à écrire. Pendant dix ans, nos braves intellectuels parisiens, relayés par quelques perruches romandes, n'y ont vu que du feu. Désignant d'emblée, dès l'automne 1990, le coupable et les victimes, le méchant et les gentils, ne voulant décrypter les évènements que par le prisme des "droits de l'homme", refusant de prendre en compte la complexité de l'Histoire balkanique, ainsi que (par exemple) le rôle des services secrets allemands de ce cher M. Kohl, dans l'affaire du Kosovo, et plus généralement dans le démembrement de la Yougoslavie, ces beaux esprits ont fait preuve de l'une des plus grandes cécités de l'Histoire européenne de l'après-guerre.

     

    Ils n'ont rien vu. Ni le jeu des Allemands. Ni celui des Américains. Ils ont applaudi, béats, au bombardement de Belgrade, en avril 1999, alors même qu'Helmut Schmidt, ancien Chancelier d'Allemagne fédérale, répondant le jour même à mes questions dans son bureau de Hambourg, les condamnait vivement.

     

    Quand je dis que 2017 doit être l'année de la lucidité, c'est contre cet immense cortège d'aveugles en chemises blanc lustré, s'avançant dans un noir d'ébène en psalmodiant la morale, que je veux, plus que jamais, rétablir - là où j'ai les connaissances nécessaires - la vérité des faits.

     

    Non pour "réinforner", ce mot nouveau m'insupporte. Mais pour informer, tout simplement.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La trahison des clercs

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    Sur le vif - Mardi 13.12.16 - 06.08h

     

    Après des mois de travail de sape, où il a entrepris toutes choses pour dénaturer la volonté clairement exprimée, le 9 février 2014, par le peuple et les cantons, le Parlement est parvenu à ses fins.

     

    Pour tous ceux, majoritaires, qui avaient voté cette initiative, parce qu'ils veulent une vraie régulation des flux migratoires sur la Suisse, il s'agira de s'en souvenir. Par une double défiance :

     

    1) En octobre 2019, pas de réélection pour les responsables de cette dénaturation.

     

    2) Défiance accrue envers l'institution parlementaire elle-même. En actionnant à fond les ressources de la démocratie directe, où les citoyennes et citoyens, délivrés de ces intermédiaires pesants et d'un autre âge, agissent directement, à l'issue de vastes débats populaires à l'échelle du pays tout entier, sur le destin national.

     

    Le combat entre souveraineté populaire et système représentatif est clairement engagé en Suisse, pour de longues années. La cause de ce combat, c'est, au plus haut niveau du pays, pour reprendre le titre du chef d'œuvre publié en 1927 par Julien Benda, la trahison des clercs.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Trump aux enfants ? - Tout simple !

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    Sur le vif - Samedi 10.12.16 - 17.33h

     

    "Comment expliquer Trump à mes enfants ?", se demande, torturé, mon confrère Stéphane Bussard, qui vient de passer cinq ans aux États-Unis comme correspondant. A lire le libellé de sa question, on dirait qu'il doit leur raconter un génocide, des horreurs, des abominations.

    C'est tout simple, Cher Confrère. Il suffit de dire la vérité des choses, en demeurant factuel. En tenant, à peu près, ce langage :

     

    " Chers enfants,

    La grande démocratie américaine, en vigueur depuis 1776, avec des Présidents depuis 1789 (George Washington), a procédé cet automne, en fonction de ses règles, à l'élection du Président, qui se déroule tous les quatre ans, dans les premiers jours de novembre. C'est un poste très important, parce que le Président américain dirige l'une des plus grandes puissances du monde.

    A l'issue d'un combat certes dur, mais parfaitement régulier, où chacun a pu s'exprimer, le candidat républicain, Donald Trump, a remporté l'élection, face à sa rivale démocrate, Hillary Clinton. Le vote doit être confirmé par les grands électeurs le 19 décembre. Et le 20 janvier, M. Trump entrera en fonction, pour quatre ans, jusqu'au 20 janvier 2021. Peut-être huit ans, s'il est réélu.

    M. Trump profite de cette période de transition, comme l'ont toujours fait les présidents élus, pour nommer les ministres de son cabinet et définir les premières grandes orientations de son mandat. Ces dernières seront conformes à ses engagements de campagne, et non à ceux de sa rivale, puisque c'est lui, et non elle, qui a été élu.

    Son programme est protectionniste sur le plan économique, isolationniste quant au déploiement américain dans le monde. Il vise à réguler l'immigration, notamment celle qui vient du Mexique, sur la frontière Sud. Il entend s'occuper prioritairement de l’intérieur du pays, par exemple en rénovant des infrastructures (routières, ferroviaires) vieillissantes, qui datent du New Deal, le puissant programme de relance de son lointain prédécesseur, le très grand Président Franklin Delano Roosevelt (1933-1945). Toutes choses qui ont été parfaitement annoncées pendant la campagne, et sur lesquelles l'électorat américain a voté en totale connaissance de cause. La moindre des choses, quand on obtient la confiance du peuple, c'est de respecter et d'appliquer ses engagements de campagne. Si on est élu, ça n'est pas pour faire la politique de son adversaire, battu.

    Je sais, chers enfants, j'ai utilisé ici des mots un peu compliqués, comme "grands électeurs", "protectionnisme", "isolationnisme", "New Deal". Je reviendrai sur tout cela demain soir, et les soirées suivantes, c'est très facile à comprendre, vous verrez. Maintenant, il est l'heure d'aller au lit ! Comment ? Vous voulez encore une histoire ? De cow-boys et d'Indiens ? Bon OK, mais d'abord tout le monde va se brosser les dents ! "

     

    Et toc, Cher Confrère. Simple, factuel, juste, vérifiable. Rien de dramatique. Rien d'apocalyptique. Rien qui relève de la morale. Juste des faits.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les journalistes ne sont pas des prophètes !

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    Édito publié dans le dernier numéro du bimensuel BILAN - 07.12.16

     

    Voilà plus de trente ans que je suis journaliste, n’exerçant d’autre profession que celle-là, scrutant passionnément la politique suisse, mais aussi internationale, animant tous les soirs des émissions citoyennes en télévision. En vérité, quarante ans : j’ai eu la chance, grâce à Claude Monnier, qui nous a quittés cette année, de commencer à l’âge de 18 ans, première année d’Uni, pour des piges au Journal de Genève. Vieilles machines à écrire, textes rendus à minuit, dans l’ambiance dix-neuvième siècle de la rue du Général-Dufour, odeur incomparable du journal qui sortait, sous nos yeux. Et qui défilait même au-dessus de nos têtes, en attendant l’expédition. Au Journal de Genève, c’était l’aventure totale, le produit créé d’un bout à l’autre, de l’idée de l’article jusqu’au quotidien tout chaud, au milieu de la nuit. Emotion, bonheur, plénitude, rien que d’y penser. De cela, j’aurai eu l’honneur d’être artisan.

     

    Aujourd’hui, ce métier va mal. Pour peu, remarquez, qu’il se soit jamais « bien porté », depuis Théophraste Renaudot, en passant par l’Affaire Dreyfus, la presse d’opinion qui se déchirait, ou pire : la presse aux ordres. Il va mal aujourd’hui, non parce que les techniques évoluent, et que le numérique emporte tout (nous nous y adapterons), mais parce que certains journalistes semblent avoir l’art d’entreprendre toutes choses pour ruiner le crédit de leur propre profession. Ainsi, cette singulière manie, dans notre corporation, de vouloir à tout prix prédire l’avenir : telle initiative, vous allez voir, passera (ou non), le Royaume Uni refusera le Brexit, Mme Clinton sera élue, Alain Juppé sera le champion de la droite. Oh, zut, ça n’est pas Juppé, sorry, mais alors, croyez-moi, Fillon sera président !

     

    Je ne comprends pas cette posture. D’abord, parce qu’en prenant le risque de la prévision, ne jouissant pas tous de la puissance d’ambiguïté d’une Pythie, ou d’une Cassandre, ou d’un Elie, ou d’un Jérémie, on court mathématiquement un risque sur deux de se planter magistralement, et de passer pour un Pied-Nickelé. Surtout, plus sérieusement, parce que le métier de journaliste me semble déjà avoir largement assez de boulot à tenter de décrypter le passé et le présent, pour s’embarrasser d’un point de vue sur l’avenir. Ainsi, à l’usage, toujours un peu périlleux, de la boule de cristal, je suggère à mes collègues de préférer la lecture des livres d’Histoire. Pas des dizaines, pas des centaines, mais des MILLIERS de livres, au cours de leur vie. On y découvre la savoureuse imprévisibilité du passé. Ce dernier n’est jamais comme on croit. Et même si on a déjà lu une foule d’ouvrages sur un sujet, la toute dernière lecture précisera, corrigera, contredira les précédents. Seule cette dialectique, toujours recommencée, de témoignages, parfois antagonistes, permet, patiemment, de construire une connaissance historique.

     

    Cette conscience du passé donne des clefs pour l’avenir, mais évidemment pas des certitudes. Disons qu’une connaissance un peu nourrie de l’Histoire balkanique aurait permis, dès 1990, aux journalistes d’ici d’embrasser avec un moins de diabolisation pour un seul camp la question du démembrement de l’ex-Yougoslavie. Autre exemple : quelques lectures sur l’Orient compliqué auraient peut-être évité à certains, au printemps 2003, d’applaudir à tout rompre lors de l’intervention américaine de M. Bush Junior en Irak. Ou encore : une connaissance des fondamentaux de l’Histoire britannique aurait pu aider certains à mieux comprendre le Brexit, sans immédiatement traiter d’attardés, ou de repliés, ceux qui avaient voté oui à cette option.

     

    Alors oui, chères consœurs, chers confrères, je vous encourage vivement à investir votre avenir dans une plongée vers… le passé ! Les archives. Les témoignages. La fragilité des êtres. La perpétuelle noirceur du pouvoir. Le paravent de la morale, pour satisfaire les appétits des puissants. Le sang des victimes. L’humus des cimetières. Le sacrifice. Le sens, et si souvent le non-sens. Cela ne vous donnera nulle clef de certitude. Mais cela vous vivifiera l’âme. Bonne chance à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le monde, sans les socialistes

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    Sur le vif - Samedi 03.12.16 - 15.26h

     

    Je l'ai dit maintes fois depuis des années, je ne comprends absolument pas pourquoi les socialistes suisses, ainsi que les syndicats, s'accrochent à ce point aux principes de mondialisation et de libre-circulation. Eux qui prétendent protéger les plus faibles, ne voient-ils pas que les premières victimes d'un monde sans frontières sont justement les plus précaires d'entre nous ?

     

    Les socialistes et les syndicats s'accrochent à une libre-circulation qu'ils n'ont acceptée, il y a une quinzaine d'années, qu'à la condition qu'on lui adjoigne des mesures d'accompagnement. Or, AUCUNE de ces mesures, promises par les libéraux et le patronat, n'a été mise en oeuvre. Je dis bien : AUCUNE.

     

    Les socialistes et les syndicats, comment font-ils pour ne pas voir qu'un minimum de régulation des flux migratoires (personne ne parle de fermer les frontières), et aussi un minimum de protectionnisme (urgent et vital dans le domaine agricole) sont les seuls garants d'une protection des plus démunis, chez nous ?

     

    Les socialistes et les syndicats, au nom du vieux mythe de l'Internationale, vont-ils continuer à vouloir embrasser toute la globalité planétaire du monde, cette illusion, alors que les communautés humaines, surgies des entrailles de la terre, ont un vital besoin d’horizons définis, de bornes, de délimitations, en un mot de frontières au sein desquelles puisse s'exercer la loi voulue par tous, celle du démos.

     

    Si les socialistes, en Suisse comme ailleurs, continuent dans ce déni, dans cette béatitude internationaliste, s'ils continuent à ignorer le principe de la nation, à mépriser les lieux de mémoire et la communauté des souffrances, les classes populaires les quitteront définitivement. Le monde continuera. Mais sans les socialistes.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Décrispe-toi, Bébert, respire un coup !

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    Sur le vif - Mardi 22.11.16 - 16.42h

     

    Vous aimez votre pays ? Son Histoire, son destin à travers les âges, sa complexité. Son système politique. Ses langues, ses cultures. La bouleversante beauté de ses paysages, que vous voulez entretenir. Son système social. Vous aimez tout cela ? Eh bien, c’est que vous avez un problème : vous souffrez de « crispation identitaire ». C’est grave, docteur ? Oh oui ! Ça vous empêche de vous fondre dans le moule mondialiste. On en fusillerait pour moins que ça.

     

    « Crispation identitaire ». Pas un jour sans qu’un journaliste de la SSR, un sociologue invité, un « expert », un politologue ne vous serve ces deux mots. Oser prononcer le mot « identité » vous attirera immédiatement les foudres. Il y a des mots, aujourd’hui, auxquels on n’a plus droit : le mot « identité » en fait partie. Vous avez beau le définir comme une construction, rappeler que avez lu l’admirable essai d’Anne-Marie Thiesse, « La création des identités nationales », rien n’y fait : on ne prononce pas le mot « identité ».

     

    La vérité, c’est que nous vivons sous le joug d’une bande de censeurs. Les mêmes qui, tout l’automne, ont caricaturé la candidature Trump pour encenser celle de Mme Clinton. Les mêmes qui nous promettaient déjà Juppé à l’Elysée. Les mêmes qui, se prenant pour Thomas Mann, nous brandissent à longueur d’année les années trente (lire GHI de demain, j’y reviens). Eh bien moi je vous dis que cette bande de censeurs, nous devons lui répondre comme il se doit : en les envoyant aux fraises.

     

    « Crispation identitaire », c’est, au sens propre, définir ceux qui sont attachés à leur pays sous un angle médical. « Vous ne pensez pas juste, c’est que vous avez un problème, Monsieur. Musculaire. Une crispation. Penser juste, comme nous, c’est être bien dans son corps, dans ses muscles, comme après un bon massage ». Il y aurait donc deux catégories : les corps sains, et les « crispés ». En fonction de l’orthodoxie de votre pensée sur le rapport que vous avez le mauvais goût d’entretenir avec votre communauté nationale.

     

    Vous savez ce qu’il faut leur dire, à ces Vadius et Trissotins de la bonne pensée ? Il faut, de toute la puissance expectorée de notre appareil pulmonaire, celui qui par miracle aurait encore échappé à la crispation généralisée, hurler le mot de Cambronne.

     

    Et puis, se remettre à défendre nos arguments. Un par un. Millimètre par millimètre. Sans rien lâcher. Jamais.

     

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Vivre avec la mémoire

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    Sur le vif - Dimanche 20.11.16 - 16.11h

     

    Je suis né treize ans après la Seconde Guerre mondiale, et me suis mis à en lire l’Histoire dès l’âge de sept ans et demi, grâce à une remarquable Encyclopédie en trois volumes qu’avait achetée mes parents, à sa sortie en1965. Remarquable, parce que soucieuse, vingt ans seulement après la fin du conflit, et alors que les vainqueurs, notamment Anglo-Saxons, tenaient encore seuls la plume de l’Histoire, de laisser émerger une appréciable pluralité de voix et de témoignages pour l’époque. Speer, en 1965, était encore en prison (il en sort en 1966), « Au Cœur du Troisième Reich » n’était pas encore sorti en librairie, ni surtout l’indispensable critique de ce texte par un historien munichois, quelques années plus tard. Mais enfin, ce triptyque n’était pas exempt de voix allemandes, notamment sur le récit du 20 juillet 1944, et cela, en ce temps-là, était méritoire.

     

    Pendant sept ans, jusqu’en 1972, la bibliothèque de mes parents n’étant pas extensible à souhait, ces trois gros volumes ont constitué ma seule Bible sur le sujet, ou presque. L’été 1972, je l’ai passé intégralement chez un ancien combattant du Front de l’Est, tout au nord de l’Allemagne. Dans sa VW coccinelle vert bouteille, nous avons parcouru près de cinq mille kilomètres, dormi chez d’autres anciens combattants de ses camarades, passé des nuits à évoquer des souvenirs, visité maintes fois le Mur de Fer, où nous avons même, par hasard, rencontré une fois Genscher, alors ministre fédéral de l’Intérieur de Willy Brandt. A 14 ans, je m’étais entretenu avec un ministre !

     

    Le soir, nous regardions les nouvelles de la DDR, et ma foi, je ne les trouvais pas si mal faites. Un jour, je m’exprimerai sur ce pays, l’Allemagne de l’Est, et mon lien avec lui. En fin d’après-midi, dans le jardin, nous tirions à la carabine : je puis me vanter d’avoir eu, dans cet exercice un peu particulier auquel j’ai très vite pris goût, un sacré professeur.

     

    Cet été 1972 a révolutionné ma lecture de la Seconde Guerre mondiale. Le front russe m’a été raconté d’un bout à l’autre, sous toutes les coutures, sans le moindre souci de ménagement de l’image de la Wehrmacht. Il m’a été raconté de façon clinique, par un acteur ayant participé à l’intégralité de cette guerre, du 22 juin 1941 au 8 mai 1945. Quand je suis rentré en Suisse, je ne pensais qu’à cela, mais n’en ai guère parlé autour de moi, pas plus d’ailleurs que d’autres événements de cet été si particulier. Je relis mon journal de l’époque, pour lequel j’avais obtenu un premier Prix, il relate tout, très sagement, avec illustrations, cartes postales, croquis, il y a même ma photo avec Genscher et l’autographe qu’il m’avait signé. Mais pas un mot de ces conversations nocturnes sur la Guerre à l’Est. Je les avais gardées pour moi.

     

    Dans les quarante années qui ont suivi, je me suis replongé beaucoup plus à fond, comme on sait, dans tout cela, multipliant les séjours en Allemagne, emmenant mes élèves d’allemand sur des lieux de mémoire, comme Dachau (juin 1983), rencontrant et interviewant maintes fois mon ami August von Kageneck (1922-2004), officier de Panzers sur l’ensemble de la Guerre à l’Est, fils de l’aide de camp personnel du Kaiser. Sa version à lui du front russe (évolutive, du reste, au cours de ses livres), je ne pouvais m’empêcher de la confronter avec celle de l’homme chez qui j’avais vécu en 1972.

     

    Et puis, des livres, par centaines. Des témoignages. 51 ans après mon premier contact avec la Seconde Guerre mondiale (l’Encyclopédie en trois volumes de mes parents), ma perception des événements n’est plus du tout la même. Ni pour moi, ni pour personne, d’ailleurs. Parce que l’Histoire évolue. L’historiographie avance, corrige, retouche, contredit, rétablit, nuance. Et c'est cela qui est totalement passionnant : ce cheminement de crabe (lire Günter Grass !) vers quelques fragments de vérité.

     

    Vivre avec l’Histoire, c’est vivre avec l’évolution subjective de sa propre mémoire. Pour l’enrichir, il ne faut surtout pas être l’homme d’un seul livre, mais celui de milliers de témoignages entrecoupés, confrontés. Laisser surgir l’Archive. J’aime passionnément tout cela, parce que les morts revivent. Option métaphysique qui, en soi, n’est pas pour me déplaire. Excellente soirée à tous.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Presse romande : la matrice HEI

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    Sur le vif - Samedi 19.11.16 - 18.04h

     

    Je suis persuadé d'une chose : dans les matrices qui ont formaté la pensée de tant de journalistes, ces trente ou quarante dernières années, il y a la langue anglaise. Passage obligé pour toute une quantité de filières en Suisse romande, Sciences Po ou HEI, elle fonctionne comme le Sésame de ce tout petit monde international, sis à Genève, qui n'a l'air immense que par illusion. Regardez HEI : n'est-elle pas qu'à quelques centaines de mètres du Palais des Nations, donc du siège européen de l'ONU, et à quelques... dizaines de mètres, seulement, du siège mondial de l'OMC ?

     

    Se plonger, pour toutes ses études politiques, dans une littérature écrite en anglais, c'est utiliser la langue qui, sous prétexte d'être "mondiale" (elle ne l'est que provisoirement), est avant tout celle des États-Unis d'Amérique, première puissance du monde, l'un des principaux vainqueurs, sur sol européen, de la Seconde Guerre mondiale. Prédominance des textes en anglais, des experts américains, donc, dans toute sa pluralité (certes), du REGARD américain sur le monde.

     

    Cette même filière HEI, qui a servi de tutelle intellectuelle à tant de nos journalistes romands pendant des décennies, fourmille de professeurs et de chercheurs dont le champ d'études principal se trouve être le monde multilatéral : ONU, OMC, OMS, OIT, HCR, CICR, toutes organisations dont les sièges, européen pour la première, mondiaux pour les autres, sont à Genève, dans un MINUSCULE PÉRIMÈTRE près de HEI. Impossible, à Genève, de passer par cette école sans considérer de très près le petit monde multilatéral que représentent ces organisations. De là à leur faire intellectuellement allégeance, il n'y a qu'un pas.

     

    Nous vivons aujourd'hui un retour des nations. Pour ma part, patiemment, je l'attends depuis des décennies. Je ne lis pas trop en anglais, mais principalement en français et en allemand. Je me passionne pour le tragique de l'Histoire, les guerres, les traités, les alliances, les renversements, la création des identités nationales, les Discours à la Nation allemande de Fichte (1807, Université Humboldt, Berlin), l'Histoire de la Révolution française de Michelet, les Lieux de Mémoire de Pierre Nora, le destin allemand à travers les âges, les 26 Histoires cantonales de notre passionnant pays, ainsi bien sûr que son Histoire fédérale. Bref, je m'intéresse à l'Allemagne, la France, la Suisse, l'Italie : NOS PAYS. Ceux qui sont ici, tout proches, dont nous parlons les langues, où j'ai vécu. Je lis l'allemand, l'italien, je peux lire un journal en grec moderne. Je suis à des milliers de lieues de l'univers mental HEI.

     

    Je ne prétends en aucun cas, ici, que ma configuration intellectuelle personnelle soit meilleure que celle de mes confrères "internationalistes" anglophones, et... anglomanes. Mais c'est la mienne. J'y tiens. Je la cultive. Je l'aime. Et, pourquoi le taire, je me sens, depuis l'aube de l'enfance, infiniment plus proche du monde allemand, germanophone, que de l'univers anglo-saxon. Ces choses-là jouent un rôle, très important, car la grande fracture, aujourd'hui, entre journalistes, n'est absolument pas entre ceux de gauche et ceux de droite. Mais elle pourrait bien être puissamment culturelle. On ne voit pas le monde de la même manière quand on a frayé dans l'univers mondialiste et anglophone de l'ONU et l'OMC, que quand on a lu, en solitaire, des centaines de livres sur le destin allemand, la Guerre à l'Est (1941-1945), ou l'Histoire de la Prusse. On considère, dans ce second cas (qui est le mien), l'Histoire sous son angle le plus tragique, pessimiste, à la limite (j'en conviens) d'une forme de nihilisme. Ça n'est pas très gai, mais c'est ainsi.

     

    Pardonnez-moi d'avoir été un peu long. Excellente soirée. Il y a du Haendel, ce soir, sur Mezzo.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Primaires : le trompe-l'oeil de Monsieur X

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    Sur le vif - Vendredi 18.11.16 - 17.24h
     
     
    Le singulier exercice des "primaires de la droite et du centre" constitue l'un des plus gigantesques trompe-l’œil de l'Histoire de la Cinquième République. Digne de la campagne "Monsieur X", lancée par l'Express de JJSS en 1964,1965, censée dévoiler progressivement le champion de la gauche contre de Gaulle à la présidentielle de décembre 1965.
     
     
    J'ai tous ces exemplaires dans mes collections de journaux, je les relis depuis des décennies avec délectation. A lire l'Express, on pouvait se persuader que le candidat providentiel des gauches françaises, le fameux "Monsieur X", serait soit Gaston Defferre, soit Pierre Mendès France, deux hommes au demeurant d'une grande valeur, notamment le second. Hélas pour l'Express, Monsieur X ne fut ni le Maire de Marseille, ni l'ancien Président du Conseil des années 54-55. Ce fut un certain François Mitterrand.
     
     
    Quelle erreur avait commise l'Express ? Celle de partir trop tôt ! Ce journal n'avait pas compris que l'élection présidentielle au suffrage universel, première du genre (le principe venait d'en être accepté, en 1962), allait obéir à de tout autres critères, beaucoup plus telluriques, que la simple désignation d'un Président du Conseil, affaire de cabinets et de cléricatures, sous la Quatrième.
     
     
    Il en va de même avec ces "primaires de la droite et du centre". Elles fonctionnent dans le seul bocal télévisuel. Ces débats, ce sont de Grands Oraux pour forts en thèmes de l'ENA, où chacun s'enfonce dans une multitude de détails, comme s'il s'agissait de désigner un Sous-Secrétaire d’État à l'Emploi. Et plein de gens, aidés par une presse d'une incroyable connivence (d'ailleurs, en quel honneur ces débats, qui sont l'affaire interne à un camp, sont-ils retransmis par de grandes chaînes nationales ?), sont persuadés que le vainqueur de ces "primaires" sera, en mai 2017, le vainqueur de la présidentielle. Alors que nous n'en savons STRICTEMENT RIEN.
     
     
    A la vérité, une présidentielle française, sous la Cinquième, se joue dans les toutes dernières semaines. Certainement pas l'automne qui précède ! Attention aux effets de bocal. Attention aux vedettes américaines. Attention au jeunisme des "rénovateurs". Attention aux dents blanches à la Lecanuet. Attention aux trompe-l’œil. Nul d'entre nous ne peut prévoir, à l'heure où j'écris ces lignes (18 novembre 2016), quelles secousses profondes pourront surgir, au printemps prochain, de la vieille terre de France, si riche d'Histoire et de surprises.
     
     
    Pour ma part, j'ignore totalement qui sera le prochain Président. Tout au plus, avec les clefs qui sont miennes, fruits de milliers de lectures d'Histoire politique française, puis-je entrevoir assez aisément qui... ne le sera pas !
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les pleins, les déliés, le bonheur

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    Sur le vif - 14.11.16 - 14.02h

     

    En écriture, une virgule, c'est une virgule. Un point, c'est un point. Un point-virgule, c'est encore autre chose. Ce solfège, magnifique parce qu'il éduque à la nuance de la phrase, doit impérativement être enseigné dès l'aube de l'initiation à l'écriture.

     

    J'ai eu cette chance, avec des plumes à encre, des pleins et des déliés, la magie des dictées, où l'oralité doit se transfigurer en écriture. Encriers dans le pupitre, buvards, bouts des doigts noirs d'encre. Mais infini bonheur.

     

    De même, apprendre l'expression orale. Au moins, déjà, lire correctement un texte. Une Fable de La Fontaine : très difficile, en fait, mais tellement génial comme exercice ; la ponctuation, chez cet auteur d'exception, rythmée autour du souffle (comme dans le Héron), est toujours munie d'un sens profond, la forme et le fond s'entrelacent, s'embrassent, s'étreignent, ne font qu'un.

     

    Si l'école primaire doit servir à quelque chose, ce doit être à cela. Merci aux instituteurs qui le font encore, avec le goût de la précision, l'amour des textes, la passion de la langue.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Trump et l'ombre de Roosevelt

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    Sur le vif - Dimanche 13.11.16 - 10.25h

     

    Il est peut-être temps, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, de considérer l'élection de Donald Trump autrement que sous le jeu des apparences, piège où sont tant tombés les médias, ne voulant voir en lui qu'un rouquin vulgaire, et le jugeant sur des critères moraux plutôt que politiques.

     

    Trump a une vision. Et il a un programme. S'il parvient à les appliquer, notamment la grande ambition de rénover les infrastructures, annoncée dès le discours de victoire, c'est assurément l'accent d'un New Deal qui sonne à nos oreilles. Avec lui, la mémoire de l'un des plus grands Présidents de l'Histoire américaine, Franklin Delano Roosevelt (1933-1945).

     

    Aucune comparaison, bien sûr, entre les deux hommes : juste une référence, qui affleure. Même si le rapport à l'Etat de FDR est très différent de celui que laisse entrevoir Trump, dans ses discours de campagne. Pour ma part, mon attachement au protectionnisme est viscéralement lié à très haute idée que je me fais, depuis toujours, de l'interventionnisme d’État. Ce qui me sépare totalement de tant de conservateurs américains, n'ayant jamais rompu avec le libéralisme. Situer Trump dans cette dialectique n'est, pour l'heure, pas facile.

     

    Mais tout de même, rappelez-vous : la campagne électorale de 1932, trois ans seulement après le krach de Wall Street. Une Amérique saignée, en lambeaux, dévastée par la crise de 1929, partout la faillite, les familles déchirées, les suicides. Lire Steinbeck, absolument.


    Dans ce climat, le candidat Roosevelt arrive avec le plus grand programme de relance économique de l'Histoire. Relance organisée par un prodigieux volontarisme d'Etat, construction de routes, politique industrielle, regard tourné (jusqu'au 7 décembre 1941) vers l'intérieur du pays, un peu moins vers le vaste monde. A ce programme, Roosevelt donne un nom : le New Deal. Nouvelle Donne, comme aux cartes.

     

    Ce que veut Trump, c'est quelque chose, toutes proportions gardées et rien n'étant exactement comparable, qui ressemble à cela. 84 ans plus tard. J'ignore absolument s'il y parviendra, mais c'est cela qu'il veut, cela sa vision. La référence à Roosevelt est dans toutes les consciences, elle m'est immédiatement tombée dessus, alors que j'écoutais en direct son discours de victoire.

     

    Pour placer toutes les énergies sur la réussite de ce pari, Trump devra appliquer une politique plutôt isolationniste qu'expansionniste, plutôt pacifique que belliciste, encore que dans ce domaine, il n'aura peut-être pas d'autre choix, ici ou là, que celui d'une guerre. Comme Roosevelt ! Arrivé en 1932, à des milliers de lieues marines de l'idée d'une guerre, FDR deviendra, les quatre dernières années de sa vie, le champion et le vainqueur de l'un des plus importants conflits de l'Histoire humaine. Parce que gouverner, ça n'est pas seulement appliquer un programme préconçu, mais tenter de répondre au tragique de l'Histoire.

     

    Eh oui. Car deux mois et trois semaines après l'élection de Roosevelt, une autre, en Allemagne, le 30 janvier 1933, allait sceller le destin du monde.

     

    L'Histoire est totalement imprévisible. Nul d'entre nous ne sait de quoi demain sera fait. Tout au plus, par quelques éclairs, pouvons-nous, parfois, y déchiffrer l'une ou l'autre correspondance. Pour cela, il n'est pas inutile de lire des livres. Des milliers de livres.

     

    Bon dimanche à tous.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Presse romande : ce qui doit changer

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    Sur le vif - Samedi 12.11.16 - 18.54h

     

    Le journalisme en Suisse romande est totalement circulaire. Dès qu'une affaire surgit, ou que vient poindre un sujet, je peux vous dire, les yeux fermés, qui va immédiatement embrayer, qui va reprendre, combien de jours l'info va vivre, avant de s'éteindre, pour laisser place à d'autres. Sur la plupart de ces affaires, pour ma part je choisis le silence. Pour traiter la Correspondance entre Maurice Chappaz et Corinna Bille, nous sommes hélas un peu moins nombreux. Et pour le cinéma grec et l'Histoire ouvrière de la Suisse romande, heureusement que nous avons Gauchebdo.

     

    Cet effet "palais des glaces", ou labyrinthe, où on ne s'abreuve qu'aux mêmes sources, est l'une des causes majeures de la cécité récente des médias romands dans les traitements du 9 février 2014, du Brexit, de l'élection de Trump.

     

    A quoi s'ajoute une totale incapacité à l'autocritique. Sur Trump, ces jours, comme sur la RSR ce matin, ils font SEMBLANT de se mettre en question : ils ont réussi l'exploit, alors que la RSR a beaucoup plus à se reprocher que la TSR, d'inviter le chef... de l'Information TV ! Sans lui poser, d'ailleurs, la moindre question dérangeante. Dans le même temps, ils tirent sur ceux qui ont vu juste.

     

    Changer en profondeur la presse en Suisse romande, cela passe par une RUPTURE avec la circularité de ces miroirs. L'émergence d'une vraie parole alternative. Celle qui soutenait l'initiative sur l'immigration de masse. Celle qui soutenait le Brexit. Celle qui soutenait Trump, ou tout au moins attirait l'attention sur les dangers bellicistes de l'entourage de Mme Clinton. Aujourd'hui, ces gens-là, qui ont pourtant vu juste, on les rabroue.

     

    Tant que ces milieux-là n'auront pas, en Suisse romande, un espace d'expression et une caisse de résonance égaux à ceux des opinions contraires, il n'y aura, dans ce coin de pays, ni diversité, ni pluralité de la presse. Juste des échos conformes, avec des fous du rois conformes, des humoristes conformes. Tous complices, à commencer par les derniers cités, pour défendre la même idéologie, la même vision. Et finalement, sans rien transgresser du tout, servir le pouvoir en place.

     

    C'est cela qui doit changer.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les Inquisiteurs

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    Sur le vif - Samedi 12.11.6 - 07.13h

     

    Depuis toujours, je suis partisan d'une régulation des flux migratoires. Parce que la politique, en toutes choses, c'est la régulation, pas la jungle.

     

    Depuis toujours, avec ceux qui partagent mon point de vue, nous disons "régulation", ou "contrôle". Jamais nous n'avons dit "fermeture". Mais nos adversaires, eux, font semblant de ne pas entendre "régulation", ou "contrôle". Et affirment que nous disons "fermeture".

     

    C'est un mensonge, pur et simple, pour arranger leur position. Un procédé d'Inquisition, où nul compte n'est tenu de la parole réellement prononcée, parce que les besoins de l'instruction exigent qu'on la caricature. Procès de Prague. Procès de Moscou. Procès de Kafka, où tout cela est décrit avec le génie littéraire de l'un des plus grands narrateurs de la langue allemande.

     

    Je continuerai à dire "régulation", ou "contrôle". Et eux, continueront de dire "Décaillet veut fermer les frontières".

     

    Voilà où nous en sommes. Idem si vous mettez en doute les vertus, dogmatiquement cardinales, de la mondialisation. Immédiatement, on fera de vous un adepte des nations totalement fermées des années de guerre. C'est faux, c'est un mensonge, ils le savent, mais ils fonctionnent comme cela : ils ont besoin d'instruire des procès en sorcellerie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La Trahison des Clercs

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    Sur le vif - Vendredi 11.11.16 - 17.08h

     

    « Les sondages sont formels, Hillary Clinton va remporter l’élection à la présidence américaine, le 8 novembre prochain ». C’est ainsi, mot pour mot, qu’étaient prononcés les titres du Journal de 7h de la RSR, édition phare des Matinales, le vendredi 28 octobre dernier, à onze jours du scrutin.

     

    Nul n’est besoin d’être grand clerc dans l’art du journalisme pour savoir que cet indicatif, « va remporter », dans un journal factuel et informatif, non dans un commentaire, pose problème. La réalité ayant, onze jours plus tard, cruellement contredit cette imprudente prédiction, comment la direction de l’Information RSR entend-elle s’expliquer sur l’usage de cet indicatif présent ?

     

    Au cours de ces mêmes journées qui ont précédé le verdict du peuple américain, le 8 novembre, on a pu aussi, pêle-mêle, lire dans l’Hebdo l’annonce, avec certitude, de l’élection de Mme Clinton, et l’immense désir de voir un jour Michelle Obama, qui est juste l’épouse du président sortant, accéder, elle aussi, un jour, à la Maison Blanche. Au fond, le scénario idéal, c’était huit ans avec Mme Clinton, puis huit avec Mme Obama : seize années de bonheur, hors du tragique de l’Histoire. Vous pensez : des femmes ! Elles font tellement « de la politique autrement », c’est bien connu. Et puis, des démocrates, bien élevées, qui savent se tenir dans les salons, pas comme l’autre, le rougeaud, le rouquin, le vulgaire, le misogyne, le sexiste, le lourdaud.

     

    Toujours dans ces journées pré-électorales, la sanctification, par le Temps, du couple Obama. Tellement élégants, l’un et l’autre. Racés. Félins. Delon, dans le Guépard, dans la scène de la danse avec Claudia Cardinale. Reportage photos, glamour, couple de rêve, ils ont enchanté la Maison Blanche. Pas comme l’autre, le rougeaud, le rouquin.

     

    Dans le même journal, une chroniqueuse traitait le candidat républicain « d’Emperruqué ». Elle se disait qu’elle ne prenait aucun risque, Mme Clinton allait gagner, c’était sûr, tous les sondages l’affirmaient, et l’autre, le rougeaud, le rouquin, allait passer dans la trappe de l’Histoire. Alors, cette brillante chroniqueuse, si courageuse, se disait qu’elle pouvait, bien tranquille dans la meute, se permettre d’anticiper l’exécution. Elle a attaqué M. Trump, non sur ses idées, mais sur son physique, sa chevelure. Imaginez qu’un chroniqueur homme se fût permis d’attaquer la candidate démocrate sur un tel registre. Imaginez la levée de boucliers : « Sexiste, misogyne ! ».

     

    Voilà, c’est tout. Je ne donne ici que quelques faits, parfaitement vérifiables sur les archives de ces différents médias. A la RSR, l'annonce, à l’indicatif, de la victoire de Mme Clinton. Dans l’Hebdo, la promesse d’un nouveau monde au féminin. Dans le Temps, transfiguré en Gala, ou « Points de vue et images du monde », la sanctification d’une icône par sa grâce physique, comme il en est dans ces boutiques de pacotille, aux abords des lieux saints.

     

    Je termine par trois questions :

     

    1) Quelles leçons la direction de l’Info RSR entend-elle tirer de son traitement des élections américaines 2016 ?

     

    2) Quelles leçons la rédaction en chef de l’Hebdo entend-elle tirer de son traitement des élections américaines 2016 ?

     

    3) Quelles leçons la rédaction en chef du Temps entend-elle tirer de son traitement des élections américaines 2016 ?

     

    Excellente soirée à tous. Pour ma part, je vais écouter un peu de Wagner. Ça me donnera envie, comme chacun sait, d’envahir la Pologne.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Gilles Marchand, l'homme qui avance masqué

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    Sur le vif - Jeudi 10.11.16 - 17.07h

     

    Un homme d’une grande intelligence. Un animal à sang froid, calculateur, stratège, toujours courtois. Un sociologue, qui connaît rudement bien son métier, comprend les habitudes de consommation des gens, anticipe leur évolution. Tel est Gilles Marchand, le futur directeur général de la SSR. Le contraste avec son prédécesseur, Roger de Weck, idéologue, missionnaire, pro-européen militant, Croisé anti-UDC, est saisissant. Deux hommes, deux univers.

     

    J’écris ces lignes, parce que, dans la guerre, il ne faut jamais sous-estimer l’ennemi. Avec Gilles Marchand à sa tête, la SSR, ce vieux Mammouth encroûté, obtient l’aubaine d’un répit. Oh, elle mourra : nous mourrons tous, c’est sûr. Mais voilà, pour ce consortium rouillé, de type Biélorussie années 50, ou Pologne de l’avant-Gomulka, ou Tchernobyl avant la définition de l’atome par Démocrite, le sursaut de quelques années, encore, à vivre.

     

    Il suffit de discuter trente secondes avec Gilles Marchand pour tout comprendre : il vous regarde, vous écoute, vous sourit. Il a de l’humour. Il réussit très vite à vous enrober, laisse croire qu’au fond, nous sommes tous d’accord, allez on déjeune et on en reparle. Sous cette apparence, l’homme est un guerrier : il sait ce qu’il veut, où il va, comment il pourra l’obtenir.

     

    Le moins qu’on puisse dire est qu’il a du pain sur la planche. Une frénésie de chaînes de radio et de TV, des appétits insensés sur internet, des alliances publicitaires hallucinantes avec les requins du privé : il leur faut tout, à la SSR : le beurre, l’argent du beurre, la crémière, la redevance, la pub, les séries américaines, de l’argent, encore de l’argent.

     

    Ce comportement de prédateur, qui fut celui de Roger de Weck, sera aussi celui de son successeur. Mais, vous verrez, avec moins d’arrogance, voire pas du tout, moins de postures morales, aucune espèce d’obligation missionnaire sur l’idée européenne. Non, notre homme avancera comme il l’a toujours fait : masqué. Mais sachant parfaitement où il va, et pourquoi.

     

    Un brillant tacticien, donc. Mais cela suffira-t-il ? Connaît-il le pays ? Parle-t-il l’allemand ? Quelle représentation a-t-il du monde germanophone, ou italophone ? Connaît-il les fragiles secrets de la Suisse ? Entendra-t-il la colère de ceux, toujours plus nombreux, qui ne supportent plus le parti-pris de certaines équipes rédactionnelles, on peut penser à la RSR sur l’élection américaine ? Acceptera-t-il, longtemps encore, que le premier parti du pays, près d’un tiers d’électeurs, soit systématiquement sous-représenté, rabroué, vilipendé sur les ondes SSR ?

     

    Surtout, j’invite ici mes amis des télévisions régionales privées à ne se laisser prendre en aucun cas dans le piège du « Nous sommes tous copains, unissons nos forces, le seul ennemi c’est Google », que ne manquera pas de leur tendre cet homme habile, de si bonne compagnie, dans la tiédeur anesthésiante d’un cocktail. La vie, c’est le combat. Dans la guerre, il faut savoir identifier l’ennemi. Ne pas le sous-estimer, surtout dans le cas présent. Mais l’ennemi demeure l’ennemi.

     

    Bonne chance, Gilles. Tu es un homme intelligent. Donc redoutable. Nous nous retrouverons sur les champs de bataille.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La terreur du convenable

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    Sur le vif - Mercredi 09.11.16 - 17.04h

     

    Ô Lumières, puisqu’il paraît qu’il faut vous invoquer, ne nous délivrez ni du mal, ni des ténèbres, ni de la tenace noirceur de nos âmes, ni de notre condition de mortel, tout cela hélas nous constitue : il nous faut faire avec.

     

    Mais peut-être pourriez-vous nous absoudre du plus pernicieux des écueils : la terreur du convenable. L’Histoire est pourtant tragique, ceux qui ont lu des livres le savent, elle est hantée par la mort, les batailles, le sang versé, le culte de la mémoire, le souvenir des ancêtres. Prenez la Grande Guerre : entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918, mille morts par jour, en moyenne, en France, pendant quatre ans et trois mois. Certains pics (la Marne, la Somme, Verdun, le Chemin des Dames), plus de 25'000 morts par jour. Lors des assauts les plus terribles.

     

    La terreur du convenable sévit principalement chez ceux dont le recul historique, la mise en perspective, la confrontation des sources, devraient amener à une considération lucide du réel : les journalistes. Par malheur, c’est à l’intérieur de ce métier (le mien, que je ne troquerais pour nul autre) que sévit, depuis quelques décennies, ce fléau dévastateur : refuser la dimension tragique de l’Histoire, ne plus étudier les guerres ni les traités, ne plus respecter la mémoire des sacrifiés. Parce que tout cela fait peur. Oui, la réalité du monde est effrayante, circulaire comme l’Enfer, sans issue, sauf à se projeter dans la transcendance, qui n’est pas ici le propos.

     

    Dans l’élection américaine, il fallait à tout prix que l’élue fût Mme Clinton. Non qu’on la trouvât particulièrement inspirée, mais enfin elle était femme, démocrate, bien élevée, parfaitement inscrite, depuis plus de trois décennies, dans l’Etiquette de la Carrière américaine : First Lady de l’Arkansas, First Lady tout court, puis Sénatrice, Secrétaire d’Etat. Le cursus parfait pour parvenir aux plus hautes fonctions. Après la Révolution de la Couleur (Obama, 2008), tout était prévu pour la Révolution du Genre. Les lendemains pouvaient enfin apprendre à chanter juste. En soprano.

     

    La terreur du convenable ne se contenta pas d’idéaliser la femme, puisqu’elle était femme, mais elle eut l’aubaine d’avoir, face à elle, la parfaite contre-figure, celle du malotru, rougeaud, rouquin, tiens « Emperruqué », pouvait-on lire encore hier, dans une chronique du Temps, rédigé par une femme. Vous imaginez une telle attaque sur le physique, dans le sens contraire ?

     

    La terreur du convenable, ici en Europe, notamment dans une presse de Suisse romande qui fut au-dessous de tout (RSR, le Temps, principalement), c’est encore, aussi loin que remontent mes souvenirs, d’idéaliser les Démocrates, vitupérer les Républicains, se pâmer devant le beau Kennedy, diaboliser le vilain Nixon, bref on pense, on respire, comme les deux grands journaux de la Côte-Est, l’un de New York, l’autre de Washington, porte-voix de la ploutocratie et du cosmopolitisme, et si souvent du bellicisme interventionniste.

     

    Eh bien, pour ma part, seul contre tous dans la presse romande, cette terreur du convenable, je l’ai refusée. J’ai été combattu par les partisans de la candidate démocrate, ce qui est bien normal, je ne leur en veux nullement : la guerre, c’est la guerre. Mais j’ai vu aussi des amis s’éloigner, et même l’une d’entre eux, qui m’est chère, me sommer de m’expliquer sur la singularité de ma position. Alors que les autres, en face, leur choix était considéré comme « normal ». Où est la démocratie ?

     

    Ce matin, peu avant neuf heures, j’ai regardé le discours de Donald Trump. Je suis tombé sur la tonalité d’un homme d’Etat. Calme, déterminé, rassembleur, rendant hommage au travail d’équipe, mentionnant nommément chacun de ses soutiens, pour les remercier. Nous n’étions peut-être pas à Brazzaville en 1944, ni à Bayeux en 1946, ni à Alger en 1958, mais enfin nous étions dans un discours de type présidentiel.

     

    La terreur du convenable, je vais vous dire comment elle va évoluer, ces prochains mois : peu à peu, les mêmes qui le conspuaient vont trouver au nouveau Président des qualités, peut-être. Et certains d’entre eux auront même le culot de nous déclarer : « Je l’avais bien dit, cet homme est convenable ». Ce jour-là, la terreur du convenable aura encore marqué des points. Dans une cible circulaire. Comme l'Enfer. Excellente soirée à tous.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le Temps, l'Emperruqué, le mot de Cambronne

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    Sur le vif - Mardi 08.11.16 - 13.56

     

    On en aurait voulu au Temps, totalement unilatéral contre Trump pendant toute la campagne, de ne pas nous gratifier d'un bouquet final dans le feu d'artifice qu'il nous propose depuis des mois. En cette journée d'attente du verdict, le Temps, Dieu merci, a pensé à nous, et ne nous laisse pas sur notre faim.

     

    Ainsi, coup sur coup, deux ultimes missiles contre le candidat républicain. Ici, il est traité "d'Emperruqué" (sic !) par une chroniqueuse de la convenance. Là, bien mieux, une revue de presse nous balance toutes les preuves glamour de l'excellence de la Présidence Obama. On y apprend que, si l'homme est grand, c'est d'avoir été félin, élégant, excellent danseur. Et son épouse aussi, Michelle, ah Micheeeelle ! La future présidente, pour huit ans, après les huit de Mme Clinton. Pour seize ans, on est tranquilles.

     

    En attendant la fusion du Temps avec Gala, puis "Points de vue et images du monde", nous voilà donc invités à juger la qualité d'un homme d’État, non à son legs, ni à sa trace dans l'Histoire, mais... à la grâce élancée de son corps. Où le félidé de race, le Guépard viscontien, allez disons Delon, au bal, face à Claudia Cardinale, aura quelque avantage sur le gros lourdaud, rouquin et vulgaire.

     

    Assurément, à cette aune-là, le pauvre Donald Trump, plus rustique dans l'ordre des apparences, sera moins chanceux dans la cotation.

     

    Nous sortons, Mesdames et Messieurs, de la campagne américaine la plus scandaleusement mal couverte en Suisse romande, depuis des décennies, peut-être depuis toujours.

     

    Il faudra s'en souvenir. Pas tellement contre le Temps, qui est un journal privé, et a bien le droit de défendre qui il veut. Mais face à ceux qui auraient, par hypothèse, commis un tel déséquilibre en provenant d'un "service public", audiovisuel par exemple, dont ils sont les premiers, à longueur d'années, à brandir à la fois le fleuron, l'exigence et l'exception.

     

    Quand on est de l'ultime carré dans la dernière bataille de la dernière des guerres, face à Blücher et Wellington, ne reste qu'un seul mot - ce sera le mien - pour conclure en demeurant debout : le mot de Cambronne.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La rose, les épines, les mirages

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    Sur le vif - Lundi 07.11.16 - 12.38h

     

    Que les libéraux soient favorables à la libre circulation, cela se peut aisément concevoir : c'est le cœur de cible de leur engagement politique. Mais que des partis de gauche, en Suisse, par exemple un grand parti historique, comme le parti socialiste, puissent réaffirmer leur soutien à ce principe, il y a quelque chose qui m'échappe.

     

    Qu'ils fussent en accord avec l'ouverture des frontières il y a une quinzaine d'années, lorsque cela fut voté par le peuple, on peut le comprendre. Mais enfin, aujourd'hui, ils devraient quand même voir que leurs fameuses mesures d'accompagnement, notamment pour éviter la sous-enchère salariale, aucune d'entre elles n'a été mise en oeuvre. On commence seulement aujourd'hui à le faire, et encore, avec des moyens dérisoires.

     

    Alors non, décidément, je ne comprends pas qu'un parti comme le PS, plus que centenaire, gouvernemental depuis 1943, ayant donné de très grands hommes à notre pays (Tschudi, Chavanne, etc.), puisse ainsi s'accrocher à un dogme né de l'ultra-libéralisme de la seconde partie des années 1990. Et refusent de prendre en compte la souffrance de toute une série de Suisses, sur le marché du travail (ou celui, hélas, du chômage), en lien direct avec les flux migratoires. Notamment dans les cantons frontaliers, comme Genève ou le Tessin. Mais pas seulement.

     

    A noter qu'il y a vingt ans, justement, en plein délire de cette submersion ultra-libérale, où les marchés financiers étaient sanctifiés, le citoyen remplacé par le client, les nations, l'Histoire et les frontières méprisées, pour ma part, là où j'étais, je prenais la plume ou donnais de la voix pour dénoncer ces dérives.

     

    C'était l'époque où un certain Pierre-Yves Maillard, très seul dans son parti où régnait un parfum de blairisme, luttait contre la libéralisation du marché de l'électricité. Déjà à l'époque, j'étais 100% d'accord avec lui.

     

    La position des socialistes suisses sur la libre circulation est incompréhensible. Autant que celle des syndicats. Ont-ils encore vocation à défendre les travailleurs suisses ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Sauver le dialogue social en Suisse

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    Sur le vif - Dimanche 06.11.16 - 12.00h

     

    Voilà bien longtemps que la majorité des ouvriers suisses ne votent plus à gauche. Ils ont émigré vers d'autres sphères politiques. Dès lors, pourquoi doivent-ils, par obligation, s'affilier à des syndicats noyautés par la gauche ?

     

    Il y a quelque chose qui ne va pas. Oui, une réflexion s'impose sur la constitution, ces prochaines décennies, de nouvelles formes de syndicats en Suisse.

     

    De même, symétriquement, il faut envisager de nouvelles associations professionnelles représentant le petit patronat, dégagées de l'emprise de l'idéologie libérale et libre-échangiste.

     

    Libérer le syndicalisme ouvrier de l'internationalisme de gauche. Libérer les associations patronales de l'internationalisme libéral-libertaire de la droite de l'Argent. Celle qui s'agenouille devant les États-Unis dans la négociation d'accords commerciaux unilatéralement dictés par ces derniers.

     

    Entre ces deux dérives, construire un dialogue social national, dans la grande tradition suisse, celle des accords de 1937, où sont mis en valeur le respect du travail, le partage des connaissances, la transmission des valeurs et du savoir-faire, la formation duale, le dialogue pragmatique. Autour de la seule chose qui prime : l'amour commun du métier.

     

    Pour y parvenir, il faut que d'autres univers politiques que la gauche internationaliste (d'un côté) ou les libéraux libre-échangistes (de l'autre) commencent à s'investir sérieusement dans les associations professionnelles, en Suisse. Ce travail de conquête et d'ancrage sera difficile, prendra des années. Mais il est indispensable.

     

    Ce chantier est prioritaire. Pour le maintien du corps social en Suisse, l'un des précieux équilibres qui fondent le secret de la réussite de notre pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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