19/09/2012

Juste la mathématique d'ombre

 

Sur le vif - Mercredi 19.09.12 - 16.56h

 

Succession Maudet à l’exécutif de la Ville de Genève. Cour des Comptes. Gouvernance des grandes régies. De l’un à l’autre de ces trois dossiers, le royaume éhonté des petits copains. Même plus par derrière. Mais non : au grand jour, devant l’opinion publique ! Elle sait, on sait qu’elle sait, on n’y va même plus à la dissimulation, on accomplit la tragi-comédie des prêtés et des rendus, des retours d’ascenseur, des cooptations de chapelle, sans la moindre vergogne. Me revient en mémoire ce couple de chiens que j’avais vus en pleine étreinte, enfant, sur la place publique d’un village de Provence. C’est la vie, je sais, la nature, mais vous savez quand on est tout petit, cette irruption du sauvage, ça fait quand même un peu bizarre. Oui, Monsieur, les canidés en rut, dans les hautes sphères genevoises, ne se cachent même plus.

 

Copinage. Un ou deux types, disons trois, tout en haut, qui placent les cartes comme dans une réussite. Il faut un nombre bien précis de rois, disons PLR, quelques valets PDC, les dames on les oublie, les as, on les a perdus. On mélange, on bidouille, on coupe, on cueille discrètement  le complément dans sa manche, on adresse un clin d’œil à la Fortune, on annonce l’atout, on se partage la mise. Et ça s’appelle la Cour des Comptes, où on se conduit comme d’obscurs valets de ferme face une femme que son parti avait déjà choisie, et qu’on éconduit au dernier moment, sans la moindre explication. Et ça s’appelle la Migros et les TPG, où on lance le jeu d’échanges, en sifflotant, l’air de rien, comme en d’insouciantes fléchettes. Et ça s’appelle le pacte PLR-PDC pour l’exécutif de la Ville. Et ça s’appelle le joyeux mélange de tout cela, sans même l’ivresse, non, la tête récréative, toute sonore encore de l’acte commis. L'Acte !

 

Les chiens de Provence, eux, étaient au moins conduits, impérieusement, par la fureur d’un rapprochement. Là, rien. Rien, si ce n’est la glaciale mathématique des intérêts. La bourgeoisie de Province, hélas sans la plume d’un Balzac, ni d’un Mauriac, sans l’œil d’un Chabrol. Juste la mathématique d’ombre. Avec l’exacte raideur de l’équinoxe.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/09/2012

Débriefer c'est bien, avancer c'est mieux

images?q=tbn:ANd9GcTNGieTlsd5BbYzN_6hqoOtzJkeTddRZYxr7AXVhqv7JiILhkJdQ7DgwVaC 

Sur le vif - Dimanche 16.09.12 - 09.34h

 

Sandrine Salerno. Thierry Apothéloz. Manuel Tornare. Pour l'automne 2013, au Conseil d'Etat. Ou peut-être un autre encore. Ou peut-être aucun des trois, ni aucun autre. A ce stade de décomposition et de guerres claniques, il n'est pas assuré que le parti socialiste, cette composante indéfectible (à part la parenthèse dite monocolore des années 93-97) des gouvernements genevois depuis des décennies, ait le moindre élu dans la prochaine équipe gouvernementale.



Quant à ceux qui mettent tant d'énergie à débriefer l'échec monumental du 17 juin (cf le papier de Laurent Keller dans le Matin dimanche d'aujourd'hui), on aimerait qu'ils en investissent un peu, aussi, pour faire vivre et rayonner leur Département de la Culture autrement que par des "conditions cadres" et autres jargons technocratiques. Bref, Genève attend de M. Kanaan, si possible avant la Trinité, une idée un peu puissante, autre que simplement commémorative, pour insuffler le goût salé, aventureux, de la création, du risque, de la transgression, de l'audace. Ce qu'on appelle, communément, la culture.



Si le PS, à Genève, continue de composer ses castings en boudant le meilleur d'entre les siens, le plus populaire, le plus éligible, mais aussi le plus compétent en matière de gouvernement, il continuera, désespérément, de courir à l'échec. Vouloir à ce point, sous le paravent de l'idéologie, en réalité pour des logiques de clans, nier la composante personnelle d'une élection, s'imaginer que la mise à l'écart des meilleurs sauvera le parti, relève d'une esthétique du suicide certes raffinée, mais dont l'efficacité n'est pas prouvée.



Le parti socialiste genevois a contribué à faire l'Histoire du canton. Il possède des femmes et des hommes de grande valeur, attachés à l'Etat, comme le sont les radicaux. Il a donné à Genève de grands hommes, comme Chavanne. Mais là, malgré un président plein d'énergie et de bonne volonté, il s'est engagé dans une spirale de l'échec. Un homme, actuellement à Berne, pourrait faire beaucoup pour relancer la machine, rendre au parti du lustre et de l'éclat, renouer avec le succès. Le parti, assurément, serait bien sot de renoncer, pour une troisième fois qui du coup serait fatale, à faire appel à lui. Le suicide, c'est bien, mais comme valeur littéraire, chez un Montherlant, une Marguerite Yourcenar (Zénon, dans l'Oeuvre au noir), ou un Malraux (Kyo, la Condition humaine).

 

Tiens, Malraux. En voilà, un ministre de la Culture qui avait de la vision. De Lausanne à Genève, ces temps, on peut penser à lui avec regret et nostalgie.

 

 

Pascal Décaillet

 

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14/09/2012

Bonny & Clyde

 

Sur le vif - Vendredi 14.09.12 - 18.32h

 

Bon, je déclare tout de suite mes liens d’intérêt : prof d’allemand, il y a longtemps, j’ai eu Didier Bonny comme élève, fort bon d’ailleurs. Et une vingtaine d’années plus tard, tout aussi bon comme instituteur, il a eu ma fille aînée. Il est plutôt chrétien social, je ne le suis pas, tout en connaissant sur le bout des doigts les souches philosophiques et politiques de ce grand mouvement né de l’encyclique « Rerum Novarum », de Léon XIII, en 1891. Un Jaune, Bonny, comme on dit en Valais. Il arrive parfois que les Jaunes deviennent Noirs : l’actuel président du PDC suisse, neveu d’un Jaune parmi les Jaunes, s’est noirci pour être élu en 2003, mais là n’est pas la question, passons.

 

Didier Bonny a parfaitement le droit, après la carrière politique qu’il a eue, et de très longues années comme militant et conseiller municipal, de se présenter à l’élection pour le cinquième poste à l’exécutif de Genève, laissé vacant par Pierre Maudet. Il n’est – hélas – plus PDC, suite aux événements du printemps 2011, c’est dommage pour tout le monde, pour lui, pour le parti, pour la vie politique genevoise. C’est dommage, mais en même temps ça fait de lui un homme libre. Un indépendant. Il n’a de comptes à rendre à personne.

 

A-t-il des chances ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : des gens de gauche voteront pour lui, beaucoup même. Et puis, des gens du centre, que ne tétanise peut-être pas de désir la candidature très bourgeoise, très salon, très convenable de l’Entente. Inutile de dire que cette dernière, dont on connaît maintenant les méthodes en période électorale, disons méthodes.com, va tout faire pour torpiller Bonny. Reste que ce politicien courageux, attachant et atypique bénéficie, en Ville, d’un ancrage associatif qui pourrait faire pâlir d’envie beaucoup de monde.

 

Dans ce bel univers légué par le Sillon, Marc Sangnier, et tant de grandes figures, en Suisse et en Europe, du vingtième siècle, il est après tout légitime que puissent concourir, dans une douce fraternité réglée, pour une fois, ailleurs que sous l’Equerre, le Jaune et le Noir, le social et le libéral, l’impromptu et le convenable, bref Bonny & Clyde. La violence en moins. Du moins, on le souhaite.

 

Pascal Décaillet

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09/09/2012

Après Conthey: et si on parlait politique ?

 

Sur le vif - Dimanche 09.09.12 - 09.31h

 

Ce qui s'est passé politiquement, à Conthey, jeudi soir, bien au-delà des questions géologiques d'Asie mineure, c'est la défaite historique, au sein même du parti, de la bande d'ultras qui, depuis plus de quatre décennies, sous couvert de canal historique, en était venue à s'imaginer que le parti lui appartenait.



Or, le monde PLR, en Valais, est beaucoup plus large que cela, et s'est largement émancipé de ce discours ayant pour fondement un appel constant aux "Lumières", à la "Raison", et (pour certains d'entre eux), un anticléricalisme primaire.


Oui, aujourd'hui, les libéraux radicaux valaisans travaillent, sur bien des sujets, avec le PDC, ne bouffent pas systématiquement du curé, n'ont d'ailleurs que faire de ces antagonismes-là, ne connaissent que très approximativement la bataille du Trient et les événements des années 1843, 1847, 1848. Pour ma part, moi qui les connais au jour le jour, je reconnais qu'ils commencent à devenir un peu lointains.



Comme au niveau national, cette famille politique-là est capable de former des majorités avec la démocratie chrétienne. Elle commence à comprendre qu'entre le socialisme et l'UDC, il existe un grand, un bel espace qui aurait largement intérêt à montrer cohérence et cohésion (tout en respectant les diversités). Cela, je l'ai dit à Orsières en 2004, à Martigny (devant le Canal historique, qui m'avait aimablement invité) en 2005, à Saint-Maurice en 2006.



En tentant, jeudi soir, vainement, de faire appel aux vieux démons anti-PDC, Pascal Couchepin a commis une erreur politique. Cela, aujourd'hui, ne marche plus. Ces partis sont appelés à travailler ensemble. Cela est valable en Valais. Mais cela l'est aussi dans d'autres cantons. Et, bien sûr, au niveau de la Confédération.



Or, en Valais, il se trouve que l'homme qui incarne ce pont possible entre PLR et démocratie chrétienne, par tout ce qu'il est, par ses valeurs, c'est Christian Varone. Pour cela, il est, pour le printemps 2013, l'homme de la situation. J'espère pour ma part que nulle turquerie ne viendra entraver sa candidature vers le scrutin final. Ensuite, le peuple valaisan, seul souverain, jugera. C'est à lui que droit appartenir le dernier mot. Il l'élira. Ou ne l'élira pas. La justice turque, toute respectable qu'elle soit, n'est pas, jusqu'à nouvel ordre, un organe de l'élection au gouvernement valaisan.

 

Pascal Décaillet

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07/09/2012

Conthey: la démocratie a gagné

 

Sur le vif - Vendredi 07.09.12 - 00.24h

 

Ils étaient le souverain, ils ont pris leur décision : Christian Varone sera le candidat des libéraux-radicaux valaisans au Conseil d’Etat. Plébiscité. Au premier tour ! S’il est élu, au printemps prochain, il prendra sa place dans la grande galerie des magistrats de ce parti, les Gard, Bender, Comby, Sierro et Roch. Une composante capitale dans l’Histoire du Valais moderne, aussi déterminée et combative qu’elle est minoritaire, depuis le Sonderbund et les premières élections de 1848.

 

Mais quel chemin, jusqu’à ce soir, 23h, à Conthey ! Que de trahisons. Que de coups bas. Que de vilenies. Que d’obscures manœuvres de clans, dessinées au compas, du côté du coude du Rhône. Là où, sous prétexte de canal historique, de Raison et de Lumières, avec un grand R et un grand L, on n’a rien fait d’autre, depuis tant d’années, que de régenter de l’interne, noyauter, tout cela au service de quelques-uns, disons d’Un, cerclé d’un ou deux autres. Les prétoriens.

 

À vrai dire, un clan. Une meute. Un pronunciamiento permanent, haïssant autant les clercs qu’il s’exprime paradoxalement comme eux, citant Saint Luc en chaire, moralisant comme ne l’oserait le plus noir des dominicains. C’est cette clique-là, ayant d’ailleurs commis à Conthey l’immense erreur de se dévoiler au grand jour, qui a perdu ce soir une capitale bataille. Le monde radical valaisan (je peine toujours à dire PLR), qui fut celui de Joseph Barman et des héroïques combattants du Trient, a vécu là un tournant historique. Il ne sera plus comme avant. Il ne sera plus tenu, je veux dire pris en tenaille, par les mêmes hommes. Un verrou prétorien, ce soir, a sauté.

 

Reste Varone. D’un bout à l’autre, l’homme est resté calme. Ne brochant pas pendant la charge de Couchepin, ni face aux hurlements et à la gestuelle d’avant-guerre de celui que la RSR n’en peut plus de qualifier, depuis des années, « d’historien », ou « d’expert », ou (ce soir encore, 18h) de « mémoire vivante », comme s’il n’était qu’un chérubin de neutralité, alors qu’il est, avant toute chose, le plus féroce des militants.

 

Dans toute cette affaire, d’ailleurs, entre informations erronées, lynchage de Varone par Couchepin dans sa chronique, parole constamment donnée à « l’historien, expert », insistance incroyablement lourde, ce soir, sur le poids de Savièse dans l’Assemblée, il convient de s’interroger sérieusement sur le parti pris de la RSR. Il y a eu, dans l’ensemble du traitement, quelque chose qui ne va pas. Sans parler, pour demeurer dans le Mammouth, de la TV alémanique qui a utilisé l’argent de la redevance pour acquérir du matériel géologique en Asie mineure. Vous en pensez quoi, de ça, M. de Weck, vous si prompt à moraliser ? Vous en pensez quoi, M. Loretan, président central de la SSR ?

 

La décision de ce jeudi soir, à Conthey, est magnifique. Non parce que c’est Varone plutôt que l’un des deux autres candidats, assurément homme et femme de valeur. Mais parce que c’est Varone contre le lynchage de l’opinion publique. Varone, contre la manipulation de ce lynchage par certains des siens. Varone, contre ceux qui ont utilisé de prétendues valeurs morales pour le flinguer. Varone, contre les menaces scandaleuses d’un ancien président de la Confédération, qui a ruiné, dans sa philippique du début, une bonne partie de son crédit. Varone, contre le Grand Prêtre de l’Ordre, ci-devant dénommé « historien, expert, mémoire vivante ».

 

Le reste, c’est une autre affaire. Les coups bas vont continuer. Le chemin d’initiation ne fait que commencer. De longs mois nous séparent du printemps 2013. Mais la soirée de ce jeudi 6 septembre fut douce et belle. Elle restera dans les mémoires comme une réponse des instances souveraines face à l’exécution par l’opinion. La prochaine étape, autrement souveraine puisque finale, sera l’élection – ou non - par le peuple valaisan. Mais au moins, les institutions auront fonctionné. La démocratie aura gagné.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/09/2012

Lisons libres

 

Sur le vif - Jeudi 06.09.12 - 14.37h

 

Je me méfie comme de la peste de la promotion excessive d'un livre, avant sa parution. En matière littéraire, si on a un peu le goût de ces choses-là, il ne faut se faire d'idées que par soi-même, tranquillement, sans pressions, loin du brouhaha, à mille lieues du cirque des éditeurs et des revendeurs. Plus encore: il faut, toute sa vie, ne lire que les livres qu'on veut. Même pas ceux que les profs nous prescrivent. Il faut écouter sa petite voix intérieure, à soi. Suivre ses propres chemins de désir.

 

Certains auteurs, je les ai découverts incroyablement tôt dans ma vie. D'autres, à 35, 40, 50 ans. Certains, je ne les ai même pas encore ouverts. Et c'est très bien ainsi. Nous ne devons rien à personne. Nulle autre urgence, assurément, que cette sublime et singulière aimantation qui nous attire soudain vers un auteur. Le reste, laissons-le aux causeurs de salons.

 

Pascal Décaillet

 

 

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La flotte se saborde, à Toulon - Et tout le monde se tait.

 

Sur le vif - Jeudi 06.09.12 - 10.00h

 

Incroyable que l'auto-dissolution du parti radical vaudois, hier soir à Payerne, n'entraîne pas, dans la presse et chez les éditorialistes, davantage de réactions. Pas pour se lamenter, mais juste prendre acte, bordel ! Prendre la mesure.



Ce fut, en Suisse romande, le plus grand parti du plus grand canton (en population). Il a donné des hommes immenses. Il a fait le canton. Il a envoyé à Berne les plus grands commis de la Confédération. Il a donné à ce vieux pays terrien une extraordinaire armature républicaine, que beaucoup de ses voisins peuvent lui envier.



Ne le jugeons pas sur les dernières décennies de pouvoir, ces années 50, 60, 70, et même encore 80, où il faisait un peu trop confortablement, comme le PDC en Valais, comme tous les partis majoritaires, la pluie et le beau temps. Jugeons-le sur l'immensité de son apport historique. Jugeons-le sur le legs institutionnel, économique aussi. Jugeons-le sur la présence de braise d'un Delamuraz.



Alors bon, voilà, ils s'auto-dissolvent, chacun vit va vie comme il peut. Je ne suis pas sûr, à titre personnel, que ce soit une formidable idée. Mais enfin, un tel événement, même prévu, mérite que des journalistes un tant soit peu conscients de l'Histoire et du contexte, marquent le coup. Et ce silence m'exaspère. Parce qu'il est celui de l'ignorance. Il est un Jeûne de l'Esprit. Ca valait bien, ici, quelques pruneaux.



Pascal Décaillet

 

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01/09/2012

Bêler, est-ce légal ?

 

Samedi 01.09.12 - 10.45h

 

"Illégal". Ils se sont tous mis d'accord, à droite, pour qualifier d'"illégal" le budget de la Ville de Genève. Et ils sont tous, tellement, à répéter ce mot, sur tous les tons, que ça suinte à grosses gouttes le slogan de campagne sur lequel on s'est préalablement concerté. Tout fiers de la trouvaille !



Pas sûr, pourtant, que beaucoup d'entre eux, parmi les plus virulents, les plus revanchards, les plus revendicatifs, sauraient gérer ce budget avec les qualités d'une Sandrine Salerno, dans le contexte difficile d'aujourd'hui.

 

Mais non, ils disent "illégal", parce qu'un pronunciamiento d'entre eux, quelque part entre MM Weiss et Fiumelli, a décidé, goguenard, qu'on allait marteler "illégal", Et du coup, tous les moutons, derrière, tous les agneaux, toutes les agnelles, bêlent "illégal". Et les journalistes reprennent, "illégal". Et on n'entend plus que ce mot-là, qui sera le mot du week-end, la conversation dans les bus: "Oh oui, mon bon Monsieur, les températures ont chuté; au fait, saviez-vous que le budget de la Ville était illégal?".
 
 
 
Pascal Décaillet
 

10:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/08/2012

L'homme qui donnait encore de la voix

 

Sur le vif - Lundi 20.08.12 - 09.32h

 

Enfin, une voix. Et quelle voix ! De celles qui tonnent et résonnent, percutent. Jusqu'au fond de l'être sensible. C'est un papier que publie Michel Halpérin, en page 11 du Temps, ce matin, mais comme toujours, lorsque celui qui écrit est perçu comme être de parole, c'est chaque syllabe qui s'entend. À haute voix.

 

Enfin une voix, lorsque tant d'autres, y compris dans son camp, se taisent. Ou murmurent, tout au plus, d'inaudibles tiédeurs. « La Suisse ne gagnera rien à ramper devant les grandes puissances », titre ce matin le grand avocat libéral, ancien président du Grand Conseil, à propos de la convention fiscale avec la France sur les successions. Deux semaines après Philippe Nantermod, mais avec quelle classe, quelle clarté, Halpérin met les pendules à l'heure.

 

« Non, la nouvelle convention n'est ni urgente, ni anodine. Elle révèle seulement que notre pays, une fois de plus, fait preuve de servilité à l'égard de l'étranger. Tout Etat qui requiert aujourd'hui de la Suisse est à peu près assuré d'être satisfait. En attestent notre politique empressée en matière d'entraide judiciaire internationale et la destruction volontaire d'une partie des conditions-cadres qui ont permis à l'économie suisse, notamment financière, d'assurer la prospérité du pays ». Dixit Halpérin, en page 11 du Temps.

 

Je ne sache pas, pourtant, que cette grande figure de la vie genevoise provienne de foules populistes, ni passe ses dimanches dans les combats de lutte à la culotte, dans la jouissance de la sciure. L'homme qui signes ces lignes, dans le Temps, est un libéral au très grand sens du terme, ce libéralisme qui n'est pourtant pas le mien mais que j'admire, tiens celui d'un Cyril Aellen par exemple. Une conception de l'Histoire fondée non sur l'angélisme, mais sur le constat de dureté des luttes pour les différents intérêts nationaux.

 

Dans ce combat, implacable, où le paravent de la morale ne sert qu'à camoufler les intérêts, la petite, la fragile Suisse, notre pays, a besoin de grandes voix pour la soutenir. Ce matin, dans le Temps, c'est chose faite.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/08/2012

La diva et le marionnettiste

 

Sur le vif - Mercredi 15.08.12 - 15.23h

 

J'écris ici comme citoyen de la Ville de Genève, où je suis électeur depuis 34 ans. Le 4 novembre, il m'appartiendra, comme des dizaines de milliers de mes concitoyens municipaux, d'élire le successeur de Pierre Maudet. En sachant que le nouvel élu devra siéger avec quatre personnes de gauche. Autant dire qu'il faudra, comme Maudet le fut, un caractère incroyablement fort. Une tronche. Une personne (si elle est issue de la droite) capable à la fois de jouer le jeu collectif et de s'en détacher, toutes choses que le sortant sut accomplir à merveille. Bref, il faut un joueur. Un habile. Un malin. Un qui anticipe. Une joyeuse et sifflotante locomotive.

 

L'exécutif de la Ville étant, de toute manière, écrasé par la gauche, avec un Municipal qui, tout en étant rééquilibré par rapport au précédent, demeure dans le sillage, c'est précisément sur la nature de ce fameux cinquième que se jouera la future dynamique. Sa personnalité, beaucoup plus que son appartenance. Son intelligence politique. Sa rapidité. Sa puissance de travail. Sa capacité d'invention et d'innovation. Son habileté joueuse face au bloc de gauche. Paradoxalement, dans un système qui ne met plus en valeur que les réseaux, il pourrait être, pour une fois, formidablement utile d'avoir à ce poste un solitaire. De toute façon face au Cartel des Camarades (une pensée pour M. Herriot, 1924), l'immensité de sa solitude, le nouvel élu aura tout loisir de s'en imbiber.

 

Un solitaire. Un caractère. Ces qualités, autant Salika Wenger, Eric Bertinat que Jean-Marc Froidevaux ou Olivier Fiumelli viennent de les montrer avec pas mal d'éclat. En se portant candidats, ce qui exige toujours du courage. En refusant de se désister, malgré les pressions. En maintenant, pour certains, leurs candidatures contre vents et marées. Contre leurs partis, ou conglomérats. Contre les marionnettistes et les « facilitateurs ». Contre les pactes de l'ombre, dont il faudrait aujourd'hui, au-dessus de l'électeur, et entre seuls apparatchiks, organiser le versement de la rançon. Au nom de quelle légiimité, je vous prie ?

 

Citoyen, électeur le 4 novembre, j'apprécie le combat et la ténacité de ces quatre-là, et même aussi celui de M. de Kalbermatten. Pour ne rien vous cacher, je suis un peu moins enchanté par la posture de diva de celui que nous désignent les seuls appareils, et qui déclare n'être candidat que parce qu'on est venu le chercher.

 

Si, néanmoins, le choix de l'Entente ne devait, sous l'envoûtement du marionnettiste et de quelques décideurs en haut, ne proposer que cet homme-là, alors, pour ma part, citoyen électeur depuis 34 ans, je voterais pour Salika Wenger. Ou pour un autre des fous qui aurait décidé de se maintenir. Ou pour M. Bertinat. Mais le vote obligé, pistolet sur la tempe, sous le seul prétexte d'un prêté pour un rendu, non merci. Nous, les citoyens, le corps électoral élargi de cette Ville, n'avons pas à nous laisser faire par des pactes d'appareils. Nous voulons voir l'intérêt supérieur de notre Ville. Pas celui des partis, ni des conglomérats. Quant aux marionnettes, je vous recommande à tous, en allemand ou en traduction française, le petit bijou publié en 1810 par Heinrich von Kleist. Histoire d'élever un peu le regard. Et scruter des horizons un peu plus lointains.

 

Pascal Décaillet

 

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14/08/2012

Eveline et les anémomètres

 

Sur le vif - Mardi 14.08.12 - 23.42h

 

"Anpassung des Doppelbesteuerungsabkommens mit Frankreich problematisch", titre en début de soirée le PLR suisse, dans un communiqué: "La convention de double imposition (en matière d'héritages) avec la France est problématique".

Dix jours après, les plus hautes instances du PLR épousent la réaction vive, juste et saine de Philippe Nantermod. Entre-temps, une bonne partie de la classe politique suisse s'est réveillée. Et la preuve que le vent tourne contre Mme Widmer-Schlumpf, c'est que même le PDC suisse (par la voix de son vice-président, ce matin) s'y met. Comme anémomètre, c'est imparable.

La vérité dans ce pays, c'est qu'il y a un problème Eveline Widmer-Schlumpf. Elle s'est fait complètement avoir sur ce coup, et devra répondre de ses décisions. La vérité, c'est que certains de ceux qui l'ont soutenue, dans le coup de majesté parlementaire de décembre 2007, vont maintenant, doucement, la lâcher. Observez bien les anémomètres, dans les mois qui viennent. Rendez-vous vers Noël ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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Eric Bertinat, candidat intègre et crédible

 

Sur le vif - Mardi 14.08.12 - 04.56h

 

Oublions un moment le jeu des alliances, qui rendront son élection quasiment impossible. Ne regardons que l'homme. Son amour de Genève. Sa connaissance des affaires municipales. Sa capacité, tout en ayant des opinions bien marquées (ce qui est une preuve de courage), à travailler avec des partis adverses. Tout cela, à quoi s'ajoutent son intégrité et son amabilité, font d'Eric Bertinat un candidat crédible pour l'exécutif de la Ville de Genève. Parmi d'autres, mais pas moins qu'un autre.

 

Oh, je suis loin de partager toutes ses opinions, notamment en matière d'homosexualité (mais peut-être a-t-il évolué depuis l'affiche des pacsés inféconds). Mais enfin, la politique ce sont des fibres humaines, des femmes et des hommes avec des caractères, des tempéraments, et, à cet égard, Eric Bertinat, à la fois député et conseiller municipal de l'UDC, est assurément l'un des plus agréables à fréquenter sur la place genevoise.

 

Traitée ordinairement par l'Entente comme une soubrette sifflable et révocable à souhait, l'UDC, ma foi, est bien légitimée à tenter sa propre voie dans cette élection. Le jour où les autres partis de droite lui montreront un minimum de respect et de considération, elle pourra peut-être entrevoir les choses autrement.

 

Jean-Marc Froidevaux et ses fulgurances. Olivier Fiumelli et sa sourde obstination. Eric Bertinat et sa Sainte Vigilance. En voilà de beaux candidats potentiels. Et les chrétiens, me direz-vous ? Mais enfin, si M. Bertinat n'est pas chrétien, je veux bien être le pape. À condition, bien sûr, qu'on me laisse choisir mon majordome.

 

Pascal Décaillet

 

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11/08/2012

Oser s'en prendre à l'icône EWS

 

Sur le vif - Samedi 11.08.12 - 10.41h

 

"Renoncer ne fait pas une politique": excellent édito de David Haeberli, en une de la Tribune de Genève, ce matin. Merci encore aux Jeunes libéraux-radicaux, sous l'impulsion de Philippe Nantermod, d'avoir ouvert la voie de la colère face au dernier accord fiscal avec la France.

 

Mais à part MM Nantermod et Haeberli, elles sont où, les voix politiques, pour dire haut et fort que Mme Widmer-Schlumpf s'est fait complètement avoir ? Ou alors, on serait, dans certains milieux, prisonniers de l'icône EWS ? Incapables, oui, de renier le choix de décembre 2007. Par pure idéologie. Parce que l'édito Haeberli, ce matin, c'est à peu près la même chose qu'un édito standard, sur le sujet, de la Weltwoche. Et j'applaudis. Non par idéologie. Mais simplement parce qu'en l'espèce, ils ont 100% raison.

 

Pascal Décaillet

 

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08/08/2012

Polac, la liberté du promeneur

 

Hommage - Mercredi 08.08.12 - 15.22h

 

Emmerdeur surdoué, dérangeur, homme d'une infinie culture, pétri par les livres, concerné jusque dans l'intime par l'aventure de l'écriture, Michel Polac nous a quittés à l'âge de 82 ans. C'était un grand. Un solitaire. Une singulière essence de sauvagerie, si raffinée, dans le grotesque cliquetis des cocktails parisiens. Je dirais, profondément, un « Provincial », au sens à la fois de Pascal et de la Compagnie de Jésus. Provincial, oui, bien qu'il fût infiniment urbain. Il ne suivait jamais les modes. Ses chemins de traverse à lui, ses choix de lectures, étaient d'un autre ordre, d'une autre pente, d'une autre galaxie. Provincial, dans le sens de la solitude.

 

Polac, homme total, journaliste total. Il a tout fait, créant la première version du Masque et la Plume en 1955, illuminant nos vingt ans avec Droit de réponse, ce qui équivalait, en ces années-là, à produire et animer une émission au sommet de l'Etna. Il fait partie des meilleurs, ceux qui se font virer par les médiocres, disparaissent, reviennent. Hallucinant bosseur, infatigable. Jour et nuit sur les bouquins. Le plus fascinant, dans Droit de réponse, c'était sa connaissance à lui des dossiers. Sur le bout des doigts.

 

Je crois qu'il aurait voulu être écrivain, il le fut d'ailleurs. Son équation à la chose littéraire, malgré des choix parfois à des années-lumière des miens, me frappe par sa magnifique liberté de cheminer, de fureter, au pays des autoroutes et des passages obligés. Lui, producteur de TV, se contrefoutait allègrement des impératifs des maisons d'édition et des petits marquis de la criticature. Il allait son chemin. Et la petite magie tranquille de cette errance, en premier lieu de toutes choses, me fascinait. Polac était un esprit indépendant, un homme libre. J'aurais aimé, un peu, cheminer avec lui. Un jour, peut-être. Ailleurs.

 

 

Pascal Décaillet

 

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06/08/2012

Christo et les géomètres

 

Sur le vif - Lundi 06.08.12 - 17.29h

 

Gouverné, en bien des cantons, par une sacrée bande de cérébraux glaciaux, le grand vieux parti qui a fait le pays a encore un peu de peine à nous persuader que son slogan « par amour de la Suisse », inventé pour les dernières élections, soit autre chose qu'un pur label, un effet marketing, destiné à attaquer sur son terrain la politique d'émotion de l'UDC. Deux exemples récents le prouvent.

 

1) Lorsque Berne se fait rouler dans la farine par la France dans un accord sur les successions, il faut que ce soit, par la voix de Philippe Nantermod, les Jeunesses du parti qui clament haut et fort le raz le bol d'une bonne partie de la population. C'est bien pour les jeunes. Mais les aînés, les caciques ? Ils font quoi ? Du ski nautique ?

 

2) Lorsqu'une bande, à Genève (on espère au moins qu'ils aient le courage de se dévoiler au grand public) nous concocte une affiche où le drapeau suisse est représenté en forme de papier-toilettes, qui réagit ? Un UDC, le député Christo Ivanov. Bravo à lui, mais c'est un peu dommage de laisser à ce parti l'apanage de l'attachement affectif au drapeau. Le patriotisme n'appartient à aucun parti, ni à la droite, ni à la gauche. J'eusse espéré, contre cette affiche, un « front républicain », comme ils aiment tant dire en d'autres circonstances. En lieu et place, néant.

 

Elles sont où, les grandes voix radicales, ou les grandes voix socialistes, les Delamuraz, les Tschudi, les Chavanne ? Ceux qui n'avaient pas peur - en étant politiquement ce qu'ils étaient - de dire leur attachement au pays. Elles sont aux abonnés absents. Et cette timidité, sur un thème pourtant majeur, est sans doute l'une des carences les plus graves de notre classe politique, tous partis confondus. A commencer par celui "qui a fait la Suisse", qui hélas ne touche ni n'émeut plus personne. Si ce n'est quelques géomètres de l'ère glaciaire.

 

Pascal Décaillet

 

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05/08/2012

Nantermod réveille Léon Blum et casse la baraque

 

Sur le vif - Dimanche 05.08.12 - 19.14h

 

Dieu qu'il est doux, au retour d'une promenade d'observation de la nature, d'entendre Philippe Nantermod à Forum. Face au sénateur Hérisson, à qui il faut d'ailleurs rendre hommage d'être resté parfaitement calme et courtois face à la jeune tornade, le Valaisan a asséné à nos amis français une véritable leçon de rigueur financière et de gestion de fonds publics. Vous qui n'avez que des exercices déficitaires depuis 1936 (le Front populaire), a-t-il rugi face à un parlementaire très expérimenté, au demeurant du même bord politique que lui, vous n'avez aucune leçon à donner à la Suisse. Savoureux. Jouissif.

 

On se demande juste pourquoi l'impétueux co-président des Jeunes libéraux-radicaux suisses semble, dans son camp tout au moins, le seul à oser ce langage franc et direct, sans fioritures. Sans rien d'ailleurs, dans son discours, et c'est là depuis toujours la très grande force de Nantermod, qui soit de nature à blesser l'adversaire, ni la fierté française. Juste des arguments, décochés sans concession mais sans la moindre haine. Un style d'une redoutable efficacité.

 

Il s'agissait de clamer haut et fort l'opposition des Jeunes libéraux-radicaux à la nouvelle convention avec la France concernant l'impôt sur les successions. Sur ce point, Nantermod et les siens voient rouge. « Il suffit, regrettent-ils, qu'un Etat profère des menaces pour forcer la Confédération à courber l'échine sans contrepartie... La Suisse ne doit plus céder aux chantages de pays qui cherchent simplement par la force à remplir leurs caisses publiques vidées par des décennies de politiques sociales-démagogues ». Voilà qui est dit. Voilà qui est clair. On est d'accord ou non. On aime Nantermod ou non. Mais une chose est sûre : cinq personnes de cette trempe et de cette clarté, et le grand vieux parti un peu repu est sauvé.

 

Pascal Décaillet

 

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La Constitution n'a rien à voir avec le patriotisme

 

Sur le vif - Dimanche 05.08.12 . 13.17h

 

« Le projet de nouvelle Constitution : un acte patriotique », titre, ici même, le 1er août 2012, le constituant socialiste Thierry Tanquerel. En tête d'un texte en forme de panégyrique des esprits éclairés (ceux qui voteront oui le 14 octobre) face à l'obscurité des opposants, adeptes « d'interprétations absurdes, voire de contrevérités pures et simples ». Bref, la Genève de l'intelligence, des Lumières et du progrès votera oui, « l'alliance objective » de la Nuit votera non. Rhétorique classique, juste un peu décevante lorsqu'elle émane d'un esprit brillant, diabolisation du non, relégation des opposants dans l'ordre de l'obscur. Géométrie de la pensée, tirée à l'équerre.

 

Sauf que là, notre éminent mathématicien du Bien et du Mal franchit une étape supplémentaire : l'adoption du projet, écrit-il, serait « un acte patriotique ». Parce que l'intérêt de Genève y prévaut sur les calculs de boutique politicienne. Le partisan est donc un patriote, l'opposant un vulgaire boutiquier. De droite, ou de la gauche de la gauche. Au centre de tout, quelque part entre l'abscisse et l'ordonnée, vous obtiendrez la Raison triomphante de notre géomètre. Non seulement progressiste, mais patriote, s'il vous plaît.

 

Non, M. Tanquerel, il n'y pas d'un côté le patriotisme positif des pour, de l'autre l'obscurité des contre. On peut voter la nouvelle Constitution, le 14, en étant patriote. On peut la refuser, en étant tout aussi patriote. Le patriotisme, à la vérité, n'a strictement rien à voir avec cette affaire de Constitution.

 

Dans d'étranges conditions, je veux dire à froid, sans qu'il n'y ait nul péril en la demeure, ni Révolution, ni bouleversement des ordres comme dans la Suisse de 1848, ni fin d'une République comme dans la France de 1958, il a été question de doter Genève d'une nouvelle Charte fondamentale. Le peuple a accepté ce principe, c'est vrai. Une Assemblée s'en est occupée, elle a fait son travail, qu'elle en soit remerciée. Le souverain, le 14 octobre, dira oui ou non. Mais enfin, il n'y a dans cet enjeu rien de gravissime, rien qui relèverait d'une théologie du Mal ou du Bien, d'un bannissement des opposants. Rien, surtout, qui conférerait aux uns le statut de « patriotes », plutôt qu'aux autres.

 

Je dois vous dire, M. Tanquerel, qu'en cas de non le 14 octobre, il est permis de penser qu'il y ait tout de même encore une aube le 15, et puis un soir, et puis encore un matin, et que la population genevoise ne sortirait pas davantage groggy par un refus qu'elle ne serait aux anges par une acceptation. Parce qu'au fond, voyez-vous, le peuple de Genève, cette histoire de Constitution, je ne crois pas que ce soit actuellement, en période économiquement difficile, avec des caisses de pension d'Etat à éponger, des licenciements dans le secteur bancaire, son obsession no 1.

 

Il conviendra certes, comme pour toute votation, d'expliquer les enjeux. En donnant la parole à tous. Les partisans. Les opposants. Mais de grâce, laissons l'instinct patriote là où il est. Il n'appartient ni à la gauche, ni à la droite. Ni aux pro, ni aux anti. Ni aux progressistes, ni aux conservateurs. Il est du ressort intime de chaque cœur. Et nul n'a, dans ce pays, à se juger soi-même - on son camp idéologique - plus patriote qu'un autre.

 

Pascal Décaillet

 

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02/08/2012

Indivisible

 

Sur le vif - 02.08.12 - 12.29h

 

"Ce sont les Suisses d'origine étrangère, ceux qui ont trouvé une nouvelle patrie en la Suisse, qui parlent le mieux de la Suisse", déclarait hier, sur le Grütli, le président de la Société suisse d'utilité publique.


Nul doute que les personnes dont parle M. Gerber parlent fort bien de ce pays qu'elles ont choisi et qu'elles aiment. Mais je n'aime pas cette manière de renverser le rejet de l'autre en laissant entendre qu'un Suisse de vieille date serait moins habilité à émouvoir, lorsqu'il évoque la communauté nationale.


Et puis, surtout, à quoi bon créer des catégories de Suisses ? Il n'y pas de "Suisses d'origine étrangère", dans une saine conception républicaine de l'intégration. Il n'y a que des Suisses, tout court. A mes yeux, à partir de la minute où une personne obtient la naturalisation, elle est, de façon totale, ma compatriote. Elle a les mêmes droits, les mêmes devoirs que moi. Il m'est assez égal, au fond, qu'elle soit d'origine étrangère.


La nationalité ne se divise pas. Il est tout aussi faux de se méfier des "Suisses d'origine étrangère" que... de les encenser particulièrement, Cher M. Gerber. Sauf à créer des communautarismes à l'intérieur de l'appartenance républicaine. Ce qui est le début de la fin.

 

Pascal Décaillet

 

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01/08/2012

Le pays physique

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1291ème note - Mercredi 01.08.12 - 15.20h

 

J'aime le pays physique. Passionnément, et depuis toujours. Suisse. Provence. Toscane. Toutes ces Italies, que je sillonne depuis un demi-siècle. Pays physique. Celui qu'on peut toucher, humer, goûter. Variétés de sols et de roches, chaleur du granit alpin sous le soleil brûlant, argiles des vignes, déterminant les chances de vie d'un cépage et finalement la subtile complexité d'un vin.

 

Pays physique. Celui qui se ressent et celui qui se voit. « Paese » : pays, mais aussi village. Paysage ! A force de se triturer les méninges pour définir les valeurs suisses, fédéralisme, démocratie directe, respect mutuel, unité dans la diversité, ouverture à l'autre, toutes choses avec lesquelles je suis d'accord, il me semble qu'on passe un peu vite sur le pays physique.

 

On n'aurait pas le droit de l'aimer, son paysage ? Vignoble de Lavaux, massif des Combins aperçu à partir du Sentier des Chamois, éternité du lac entrevue de La Breya, douceur des vallons jurassiens. Le paysage appartient à celui qui l'aime, celui qui en est bouleversé, l'intériorise au plus profond de son intimité. Et cette part commune de paysages aimés, d'émotions vécues, tout cela constitue le charme fragile, émotif, de notre attachement national. Rien d'agressif, rien de supérieur, rien qui soit de nature à exclure l'autre, l'étranger, qui d'ailleurs peut les aimer tout aussi follement que nous, ces paysages. Non. Juste la parcelle partagée d'une émotion commune.

 

Mon attachement au pays physique m'amène à y passer un nombre croissant d'heures. En contemplation. Un livre, un sac, un peu d'eau en réserve. J'aime ces moments, j'ai l'impression d'y retrouver ceux que j'ai connus, aimés, et qui nous ont quittés. Présence de la mort. Sublimation de la vie. Que serait l'une, sans le miroir de l'autre ? Le pays physique : celui des milliers d'espèces de plantes et d'animaux, il faut absolument les protéger. Leur nature est la nôtre, leur terre nous est commune.

 

Pays physique. Présence surgissante des eaux. Pays de sources et de torrents, bassin d'un fleuve, des frontières uranaises jusques aux Camargues. Destin.

 

Je n'ai pas fait exprès, mais c'est ici ma note numéro 1291 depuis que j'ai lancé ce blog, en octobre 2007. Je vous souhaite à tous une journée d'amitié et de recueillement, ou de folles festivités sonores, comme vous voudrez. Hommage et salut au pays physique, celui qui se voit, celui qui se hume, celui qui se goûte. Le pays des sens et du sentiment. Quelque part entre la vie et la mort. Juste là, oui.

 

Pascal Décaillet

 

 

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31/07/2012

Terre et ciel

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Mardi 31.07.12 - 19.16h

 

 

Cette ultime journée de juillet aura été, là où je suis, l'une des plus belles de l'année. La pureté du ciel. La qualité des nuages. Les intrusions de lumière. Et surtout, les nouvelles de Turquie. Bonne rentrée à M. Varone. Je me souviendrai de ce 31 juillet comme d'un moment soluble et léger, solide pourtant, avec des racines et d'incroyables échappées célestes. Quelque chose qui ressemble à la liberté.

 

 

Pascal Décaillet

 

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