03/11/2013

Voter compact - Et quoi encore ! - Leur faire couler un bain ?

 

Sur le vif - Dimanche 03.11.13 - 15.53h

 

Voter compact. Ils n’ont que ces quatre syllabes, dont les deux dernières résonnent d’ailleurs d’une insondable laideur en toute oreille un rien sensible à la musique des mots. Eux, ce sont les états-majors des partis, non les candidats mais les apparatchiks et les chefs de campagne. Ils nous demandent,  à nous citoyens, de « voter compact », par exemple les chefs de l’Entente aimeraient beaucoup que leurs électeurs votent pour les cinq de leur alliance, sans rien biffer ni rien ajouter. Soit. C’est un calcul tactique. En nous nous permettrons d’ajouter : c’est cela, et rien de plus.

 

Ils le demandent, et ils le font avec une telle insistance (lorsqu’ils n’essayent pas d’en faire une sorte d’impératif moral), que ça commence à en devenir pénible, fatiguant, et même franchement déplacé. Il convient donc de leur répondre.

 

Voter compact, c’est quoi ? C’est juste un truc de politicards, de droite comme de gauche, pour pouvoir gonfler un maximum les pectoraux le dimanche du vote, et surtout garder leurs postes de présidents de partis. C’est leur droit, leur jeu, leur intérêt. Ça n’est de loin pas celui des différents candidats, quand on prend la peine de discuter avec eux, et dont la cruauté, en petit comité, ne s’adresse pas en priorité à leurs adversaires, disons-le comme ça par euphémisme. Croyez-moi, le souci premier du candidat à un exécutif, ça n’est vraiment pas le vote compact, il tente juste de nous le faire croire. Son seul but, bien sûr, c’est d’être élu, lui, et le reste on verra.

 

Surtout, cette obsession du vote compact ne concerne en rien le citoyen. Chacun d’entre nous est totalement libre. De voter ou non. De voter compact, ou non. Et la récurrence de plus en plus insupportable de ce mot d’ordre, c’est une incursion bien intempestive des partis dans une élection – celle du gouvernement – qui est avant tout affaire d’hommes et de femmes. Nous avons sept noms, au maximum, à inscrire sur une liste. Nous le faisons peut-être en fonction de l’orientation idéologique. Mais infiniment plus, en fonction de quelque chose de beaucoup plus fort, qui relève du fluide : la part de confiance que nous entendons accorder à tel ou tel candidat. Bien évidemment, elle transcende les barrières partisanes.

 

Face à ce geste fort, presque sacré, lorsque vous écrivez à la main un nom et prénom, les sommations à « voter compact » paraissent bien dérisoires. Nul n’en est dupe. Une élection est l’affaire du corps des citoyens avec lui-même : qui entendons-nous envoyer dans un gouvernement ? Une affaire des citoyens avec les onze candidats. Beaucoup plus que l’affaire des partis. La répartition de ces deniers a été tranchée le 6 octobre. Là, nous sommes dans une autre campagne, une autre logique, infiniment plus personnelle. Ces hurlements à voter compact ne sont pas loin d’une violation de notre intimité citoyenne. Vous seriez très gentils, Mesdames et Messieurs les chefs de partis, de nous foutre un peu la paix avec vos injonctions compactées. Elles polluent.

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2013

Plus la peine de voter : Pierre Ruetschi a les résultats !

 

Sur le vif - Samedi 02.11.13 - 18.46h

 

En découvrant ce matin l’éditorial de la Tribune de Genève, j’ai immédiatement pensé au discours prononcé le 27 janvier 1978 par Valéry Giscard d’Estaing à Verdun-sur-le-Doubs. VGE est au pouvoir depuis bientôt quatre ans (mai 1974), les législatives approchent, la gauche commence à faire peur (elle échouera, finalement, le 19 mars, et je me souviens des yeux rouges de Michel Rocard), alors le président de la République sort de sa réserve, et, dans cette paisible commune de Saône-et-Loire, indique aux Français ce qu’il considère comme « le bon choix » pour la France.

 

« Le bon choix pour Genève », c’est l’édito de Pierre Ruetschi, ce matin. Un texte qu’on peut qualifier de prophétique, puisqu’il ne nous livre rien de moins que les résultats de l’élection du 10 novembre. On y apprend que François Longchamp (« stature, sens incontestable de l’Etat, intelligence politique ») et Pierre Maudet (dont on salue le « bilan » alors qu’il n’est là que depuis seize mois) seront réélus, ainsi que « le solide Serge Dal Busco », nettement préféré par l’auteur au « tournoyant Luc Barthassat », lequel devrait passer «avec un peu de chance ».

 

On y apprend encore que « la gauche, qui part à trois, devrait obtenir en toute bonne mathématique électorale au moins deux sièges ». Thierry Apothéloz, avec un mépris assez saisissant, est immédiatement qualifié de « joker », puis de « falot ». Donc voilà élus Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers. Le dernier siège devrait se jouer entre Mauro Poggia et le joker. Dans un réflexe digne des plus riches heures des Fronts républicains contre la Bête immonde, l’éditorialiste choisit le joker. Et voilà notre septuor. Pas belle, la vie ?

 

Le septuor désigné par le rédacteur en chef de la TG se trouve être, par le plus grand des hasards, à peu près le même que celui du « sondage » (sur le prodigieux échantillon de 213 personnes) publié cette semaine par le même quotidien. Dans ces conditions, nous les citoyens, qui recevons des enveloppes de vote, faut –il absolument que nous perdions notre temps à accomplir notre devoir électoral ? Puisque de toute manière, Pierre Ruetschi le fait pour nous. La TG, par deux fois en quelques jours, ne nous dit même plus pour qui il faut voter, dans la bonne tradition du Nouvelliste de mon enfance. Non, elle franchit une étape supplémentaire : elle nous dit qui sera élu.

 

A ce niveau-là, la géniale Cassandre et la Pythie de Delphes apparaissent comme des apprenties, des modèles de cécité et d’impéritie. Citoyens, plus la peine de voter, ni même de se triturer les méninges : Pierre Ruetschi a déjà tous les résultats, Céline Amaudruz et Eric Stauffer ne sont même pas nommés, François Longchamp entre au Panthéon des hommes d’Etat, et Pierre Maudet peut s’enorgueillir, après seize mois, d’un bilan. Quant au « tournoyant Barthassat », notre bleuté prophète, après avoir réglé son sort avec cette chiquenaude verbale, l’envoie tournoyer en d’improbables tournois. Dieu que la vie est belle, lorsque les géomètres du prévisible nous délivrent de nos périssables incertitudes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/10/2013

"Sondage" : de qui se moque la TG ?

 

Sur le vif - Mercredi 30.10.13 - 15.08h

 

Une parodie. Une duperie du public. Tels sont les mots, les seuls qui vaillent, pour qualifier le « sondage » que nous propose aujourd’hui, avec tambours et trompettes, en une, puis sur la double page 2 et 3, la Tribune de Genève. Il y a tant et tant à dire sur cette mise en scène, cette mise en page aussi, mais ce qui provoque le plus la colère, c’est l’illusion d’objectivité scientifique derrière laquelle se camoufle le journal.

 

Soyons clairs : la TG est un journal privé, elle est totalement libre de rouler pour qui elle veut, aucun problème. Elle peut commenter, éditorialiser, pamphlétiser tant qu’elle veut, c’est son droit. Mais se livrer, sur la base d’un échantillonnage aussi insignifiant de sondés, à cette disposition de graphiques impeccables, très attirants pour l’œil, les mêmes que pour les résultats de votations, voilà qui induit en erreur le lecteur, lui donne le sentiment d’une vérité chiffrée, alors qu’il n’en est rien. Tout cela, à J-11 de l’élection du Conseil d’Etat. Car enfin, le grand public ne fait que parcourir les journaux, son œil est retenu par la titraille et par les graphiques, il peut aisément prendre comme vérité révélée ce qui n’est que pures spéculations. Elles sont tellement plaisantes à l’œil, ces deux pages, qu’on dirait les résultats de l’élection, dans l’édition du lundi 11 novembre prochain !

 

Comment un quotidien aussi sérieux que la TG, qui jouit à Genève d’une situation quasiment monopolistique, peut-il, sans provoquer dans sa propre rédaction un immense éclat de rire, venir nous dire que la somme des sondés est de 327 lecteurs, « et, afin que l’échantillonnage corresponde à la composition en âge et en sexe du lectorat de la Tribune, il été réduit à 213 personnes ». Que signifie cette « réduction » ? Que signifie ce charabia ? Que signifie ce taux chétif, insignifiant, de 213 personnes ?

 

Pire : on prend ça, on le balance comme argent comptant, et on titre, sur tout la largeur : « Derrière Maudet et Longchamp, la bataille fait rage ». Et on nous catapulte un septuor d’élus, dont, comme par hasard, les cinq de l’Entente. Et on nous annonce une bataille serrée pour la septième place. Et on sonde même le public sur l’identité du futur Président, ce qui est vain puisque le choix en revient au collège. Et on peaufine et parachève l’impression que les jeux sont faits, qu’il n’est plus nécessaire d’aller voter : allez, circulez, bonnes gens, vous n’êtes plus citoyens, non, vous n’êtes plus que des sujets. Plus besoin de voter. La cléricature de la TG s’en est occupée pour vous. Saint François et Saint Pierre vous bénissent. On se retrouve dans cinq ans. Et surtout, petit peuple, d’ici là, continuez à bien nous faire rire.

 

Pascal Décaillet

 

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28/10/2013

Bon vent, Jean-François Fournier !

 

Sur le vif - Lundi 28.10.13 - 12.57h4q4nta0_news624.jpg

 

Chroniqueur depuis quinze ans au Nouvelliste, journal dont je n'ai pas dû manquer un numéro depuis que je sais lire, je tiens à dire ici à quel point j'ai apprécié d'exercer cette fonction externe, depuis plus de six ans, alors que le rédacteur en chef était Jean-François Fournier.



Il n'a jamais - pas plus que les deux précédents d'ailleurs, MM François Dayer et Jean Bonnard - influé sur le choix de mes chroniques, ni tenté la moindre ingérence ou censure, mais nous avons toujours entretenu, épisodiquement certes mais de façon fraternelle, des relations complices d'amoureux de l'actualité: clins d’œil, messages, coups de fil, traditionnels repas d'été, sur l'Alpe, avec "le Grand", excitations communes sur l'événement. Bref, nous échangions entre journalistes, fous de leur métier. Aimant le vie, la politique au centimètre près, le terroir, ses nectars.



J'ignore totalement les raisons de son départ. Chroniqueur indépendant, je ne me prononce jamais sur la vie interne des journaux pour lesquels je travaille. Mais, du fond du coeur, je souhaite bon vent, quelle que soit son orientation future, à cet homme de plume et de littérature, de culture, de cinéma. Un esprit libre. Bonne continuation, Jean-François !

 

Pascal Décaillet

 

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27/10/2013

Genève: le nouveau système électoral est nul

 

Sur le vif - Dimanche 27.10.13 - 10.14h

 

A Genève, dans cet interminable automne électoral (les gens commencent vraiment à en avoir marre), tout aura été vécu à l'envers.



Pendant la première partie (de la rentrée scolaire au 6 octobre), certains n'ont voulu voir que la campagne du Conseil d'Etat, et passer totalement au second plan la campagne parlementaire. Au niveau qui est le mien, je me suis au contraire efforcé de valoriser l'enjeu parlementaire, accueillant en cinq semaines une centaine de candidats au Grand Conseil, tous partis confondus, chance égale étant accordée aux nouveaux partis.



Maintenant que c'est la campagne du Conseil d'Etat, d'innombrables commentateurs, à commencer par ceux qui n'ont pas digéré les résultats du 6 octobre au Grand Conseil, nous refont hystériquement la campagne parlementaire. "Tel parti est génial, tel parti est nul". etc.



Ce qu'il faut penser de tel ou tel parti, le crédit qu'il convient d'accorder à chacun, cela a été tranché le 6 octobre. C'est FINI. C'est plié. C'est derrière. Mais, par une singulière forme de déni, ils se refusent à l'accepter.


Oui, ils continuent de se comporter comme si cette nouvelle répartition des forces - qui va marquer pour cinq ans la vie politique genevoise - n'avait été souverainement scellée le 6 octobre. Ils continuent de faire le procès (ou l'éloge) des partis, alors que la campagne du 10 novembre est l'affaire d'un casting d'hommes et de femmes: sept à choisir, parmi onze, rien de plus au fond.



Il est temps de commencer à le dire: ce nouveau système électoral est nul, et doit être modifié, même si la nouvelle Constitution vient d'entrer en vigueur. Onze semaines de campagne, c'est beaucoup trop long. Les deux tours du Conseil d'Etat ne servent strictement à rien. On fait deux fois la campagne avec les mêmes, enfin une partie des mêmes. Au premier tour, on vote le gouvernement à l'aveugle, sans le déduire peu ou prou de la composition parlementaire. Ca ne va pas du tout. Ce nouveau système est tout simplement nul, j'y reviendrai sous peu.

 

Pascal Décaillet

 

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25/10/2013

Aux deux du FA-18, à leurs familles

 

Vendredi 25.10.13 - 17.22h

 

Je pourrais dire que j’écris ces lignes comme ancien militaire, ayant passé, dans les années 70 et 80, quelque 500 jours sous les drapeaux. Mais au fond non, je les écris comme citoyen. Comme compatriote. De qui ? De ces deux hommes, un pilote et un médecin, décédés mercredi, quelque part en Obwald, dans le crash d’un FA-18. Dans ce drame, ça n’est pas seulement l’aviation militaire qui est en deuil, ni l’armée, mais notre communauté nationale. La langue allemande dit « Gemeinschaft », c’est plus fort et plus intime que « communauté », il faudrait traduire par « lot commun », ou « sentiment commun d’appartenance ». Il y a tant de mot allemands, de l’ordre du sentiment, intraduisibles en français.

 

On nous dit souvent que la Suisse est une nation de volonté, « Willensnation ». C’est sans doute vrai. Mais trop le dire, en forçant sur les Lumières trop cristallines de la Raison, oui trop forcer sur ce discours de géomètre, c’est faire l’impasse sur la puissance du sentiment. Je crois au pays physique, je l’ai déjà dit, à la délimitation d’un paysage, à la reconnaissance de l’habitant au milieu de repères qui sont à la fois ceux de la géographie et de l’émotion.

 

Et là, le choc fatal d’un professionnel du vol militaire avec le pays physique, justement. Cette Suisse qui n’est pas la Belgique, ni la plaine de Silésie, mais cet enchevêtrement de vallées, de ravins, avec ses pics de granit et la verticalité glissante de ses pentes. Être pilote militaire en Suisse, c’est être un as. Nous rendons-nous assez compte que deux hommes, mercredi, dans l’exercice de leurs fonctions, sont morts au service de notre pays ? Quand j’y pense, je sens résonner en moi ce mot intraduisible, « Gemeinschaft », oui ma part commune avec ces deux hommes, la nôtre à tous. La communauté de nos destins. Au sein d’une même nation. Dans le théâtre d’un même paysage. Saisis de cette même fragilité, celle de la vie et du mystère de la mort.

 

Aux familles de ces deux compatriotes, j’adresse une immense sympathie.

 

Pascal Décaillet

 

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Serge Dal Busco : la braise et le feu

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Sur le vif - Vendredi 25.10.13 - 10.31h

 
Les progrès de Serge Dal Busco, en matière de communication, ont été foudroyants depuis le début de la campagne. Je parle vraiment, ici, de techniques très précises pour marquer des points dans le discours, toutes choses qui d'ailleurs s'exercent et s'apprennent.
 

J'ai déjà souligné ici son excellente prestation, seul face caméra, dans la "Minute pour convaincre" de la TG: il y laisse paraître son envie, sa chaleur, densifie le message sous la pression du timing, fonce vers l'essentiel, performe. Dans mes ateliers avec mes étudiants, sur l'art d'habiter la prise de parole, je prendrai cette séquence en exemple.


Et puis, l'incandescence d'une réplique: "Je ne suis pas un bétonneur, je suis un bâtisseur". Spontané, ou préparé pour être casé au bon moment, juste dans l’occasion guettée, ce que les Grecs appellent le "kaïros" ?
 

Enfin, l'homme se corrige. On lui balance un petit pamphlet sur son abus du mot "solution", il en tire immédiatement les conséquences.
 

Demeure, certes, la lourdeur d'un glossaire terriblement révélateur ("partis gouvernementaux", "partis responsables", "action", "compromis", "construction"), où l'homme en fait beaucoup trop pour bien nous induire à penser qu'il est adulte, raisonnable et sait travailler en équipe. Là, il camoufle quelque chose. Sans doute - j'y reviendrai - la vraie nature de son ambition politique, que nous ne tarderons pas à découvrir après quelques mois d'état de grâce: totale, intransigeante, personnelle, solitaire. Le feu. Celui qu'il tente de dissimuler, ou d'atténuer, par le verbe, mais jaillit dans les braises de son regard.
 
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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23/10/2013

Les institutions ne vous appartiennent pas, M. Dal Busco

 

Sur le vif - Mercredi 23.10.13 - 17.25h

 

Je viens de lire la grande interview accordée par Serge Dal Busco à l'Hebdo à paraître demain. Globalement, très intéressant. Mais il y a une phrase qui ne va pas:

"En englobant les résultats de l'UDC, dit M. Dal Busco, on peut dire que 30% des Genevoises et des Genevois ont exprimé ras-le-bol et méfiance envers les institutions".

Ca ne va pas du tout. M. Dal Busco. D'abord, il faudrait ajouter Ensemble à Gauche, ce qui porte à 40% le nombre de votes protestataires par rapport au gouvernement sortant.

Mais surtout, prendre la peine de voter, pour un parti X, Y ou Z, qui fait partie de notre panel politique, en quoi, mais en quoi diable serait-ce aller "contre les institutions" ?

Ceux qui ont voté pour ces partis, comme ceux qui ont voté pour le vôtre, accomplissent leur devoir de citoyen, dans une mécanique parfaitement institutionnelle, qui s'appelle les élections. Ils ne cherchent à s'emparer du pouvoir ni par la force, ni par la rue.

Dès lors, vous confondez, ou faites exprès de confondre, "les institutions", qui nous réunissent tous en République et dont tous les partis candidats ont joué le jeu, avec "les partis gouvernementaux de l'ancienne législature". Et je n'aime pas du tout ce lapsus, parce qu'il révèle votre volonté de vous prendre, vous et les vôtres, pour "les institutions".

Désolé, M. Dal Busco, mais le MCG, l'UDC, Ensemble à Gauche sont tout aussi "institutionnels" que les partis de l'Entente. Et c'est la confrontation des idées entre eux et vous, et tous les autres d'ailleurs, qui fait la richesse de notre démocratie. Les institutions ne vous appartiennent pas. Même si vous allez y jouer un rôle éminent, dans lequel je ne doute pas que vous excellerez.

 

Pascal Décaillet

 

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21/10/2013

Journaliste, qui t'a fait lâche ?

 

Sur le vif - Lundi 21.10.13 - 13.18h

 

En France, lorsque des journalistes, dans un club de la presse, parlent du FN, ils en parlent toujours comme "des autres". Il est clair, incontestable, qu'aucun des journalistes présents ne peut éprouver la moindre sympathie pour ce parti. Cela va de soi, c'est un présupposé du colloque.

En Suisse, lorsque des journalistes parlent de l'UDC, au niveau national ou dans les cantons, ils en parlent toujours comme "des autres". Il est clair, incontestable, qu'aucun des journalistes présents ne peut avoir la moindre sympathie pour ce parti. Lequel représente tout de même quelque 26% des votes fédéraux.

A Genève, lorsque un club de journalistes parle du MCG, ils en parlent toujours comme "des autres". Il est clair, incontestable, qu'aucun des journalistes présents ne peut éprouver la moindre sympathie pour ce parti. Lequel représente tout de même quelque 20% des votes cantonaux.

Dès lors, ou bien 0% des journalistes n'éprouve la moindre affinité politique pour ce genre de partis, ce qui me semble poser un très léger problème de représentativité de la profession. Ou bien certains préfèrent se la coincer. Ce qui me semble poser un très léger problème de courage lorsqu'on est éditorialiste ou chroniqueur, et que l'on fait métier d'exposer, comme tout citoyen en a d'ailleurs le droit, ses opinions.

 

Pascal Décaillet

 

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20/10/2013

10 novembre: le MCG vainqueur, dans tous les cas

 

Sur le vif - Dimanche 20.10.13 - 11.18h

 

Les élections à Genève ne sont pas devant nous, mais derrière nous. Le signal historique a été donné par le peuple il y a deux semaines, le dimanche 6 octobre. Les seuls partis du Parlement sortant à avoir gagné des sièges sont le MCG et l'UDC. Les Verts s'effondrent, le PLR perd sept sièges. Les socialistes et le PDC demeurent stables. Cela, c'est la réalité des faits. La tonalité donnée à la politique genevoise, pour cinq ans.

L'élection du Conseil d'Etat, dans trois semaines, sera ce qu'elle sera. J'ignore absolument qui sera élu, nous verrons bien. Mais une chose est sûre: ce gouvernement devra composer avec ce Parlement-là, où le curseur a été clairement déplacé, par l'électorat, vers ce qu'on appelle aujourd'hui "La Nouvelle Force". L'addition de cette dernière (MCG + UDC) avec le nouveau groupe d'Ensemble à Gauche nous amène à 40 députés représentant les forces protestataires, non-gouvernementales, de la législature qui se termine. 40% ! Deux Genevois sur cinq, pour nous dire à quel point ce gouvernement sortant a été mauvais.

Dès lors, certains journaux dominicaux peuvent toujours, si ça les amuse, nous dire "Le MCG, c'est ceci", "Le MCG, c'est cela", nous les noircir à mort, donnant la parole (unilatéralement, d'ailleurs) à la conjuration de ceux qui ont eu des mots avec ce parti, notamment le petit monde coopté des anciens du Perchoir, oui le Matin dimanche peut faire tout cela, il est libre de mener les croisades qu'il veut, mais rien n'y changera. Ce que le MCG est ou n'est pas, le peuple genevoise en a jugé. C'était le 6 octobre, il y a deux semaines.

Reste le choix des personnes pour le gouvernement. A cet égard, le MCG sera vainqueur, le 10 novembre, dans tous les cas. S'il place l'un des siens au Conseil d'Etat, il entre dans l'Histoire. S'il n'en place aucun, il aura libre cours d'augmenter la puissance de son opposition au pouvoir absolu que nous préparent MM Longchamp et Maudet, avec assurément l'appui de M. Dal Busco, bétonnant leurs réseaux, plaçant les leurs, contrôlant tout et jusqu'à la presse. Et, au printemps 2018, d'en récolter, sans appel cette fois, les fruits. Et là, ce ne sera plus 20%, mais 25%, voire bien au-delà.

 

J'ajoute une dernière remarque: Fabiano Citroni, je ne connais pas. Mais voir un homme de la qualité de Laurent Keller prêter sa plume et son concours à une opération téléguidée de pur dénigrement, c'est un peu dommage. Et décevant.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/10/2013

Fusibles, fusibles, fusibles !

 

Sur le vif - Mercredi 16.10.13 - 15.44h

 

A Genève, dans le Département dirigé successivement pas Isabel Rochat et Pierre Maudet, malgré un effort surhumain de ce dernier pour peaufiner et lisser la communication, on ne compte plus les dysfonctionnements. Dans ce Département, comme dans celui de Pierre-François Unger, comme il faut bien protéger l’échelon politique de tutelle, entendez le ministre, nous sommes en train d’assister à l’une des plus belles valses depuis les frères Strauss : la valse des fusibles.

 

Le principe est vieux comme le monde : pour se protéger, le responsable politique fait sauter les fonctionnaires intermédiaires. On commence par en bas, et si cela ne suffit pas, on fait remonter le courant vers les fusibles plus hauts dans la hiérarchie. Il était cousu de fil blanc, lors de la conférence de presse du Conseil d’Etat avec Bernard Ziegler, qu’une série de fusibles allaient être sacrifiés. C’est toujours la même mise en scène, ces conférences de presse, la même liturgie de pouvoir, avec ces airs très graves, ces regards sombres, l’annonce de ces « audits », de ces « enquêtes administratives », dont tout observateur averti sait qu’elles n’ont de finalité que de protéger l’élu, en détournant l’attention vers les fonctionnaires.

 

Aujourd’hui, on apprend la démission de Sandra Favre, la directrice de l’Office cantonal de la détention. Une personne qui était contestée à l’interne, et aidée de deux tuteurs pour s’imposer. Dans le même secteur, on nomme aujourd’hui un nouveau directeur par intérim au SAPEM, le Service d’application des peines et mesures dont on a tant parlé cet automne. Chez M. Unger, on suspend la directrice de la Pâquerette, s’imaginant par là qu’on va exonérer de toute responsabilité la présidence des HUG, et la direction politique au DARES, donc M. Unger lui-même. Fusibles, fusibles, fusibles.

 

Idem aux Services industriels de Genève, qui dépendaient aussi de Mme Rochat, puis M. Maudet. Des dizaines, peut-être des centaines de millions perdus dans les investissements en éoliennes, on vire le directeur général, M. Hurter, on annonce des « investigations » internes tous azimuts, histoire de sauver la présidence (PLR) et surtout l’autorité politique de tutelle.

 

Idem, vous le verrez, au Service des Contraventions, qui dépendait aussi de Mme Rochat, puis de M. Maudet, et sur lequel nous avons dévoilé il y a deux semaines l’audit de l’ICF (Inspection cantonale des finances). D’abord, « on » a tout fait pour que ce document explosif ne soit connu du public qu’après les élections (l’AGENCE DECAPROD l’a finalement sorti le vendredi 4 octobre, avant-veille du scrutin), et là aussi, on fera porter la responsabilité aux fonctionnaires.

 

Bien sûr, les chefs de service doivent répondre de leurs actes. Mais l’autorité politique élue est investie d’une mission de contrôle. Lorsque se multiplient les cas où elle a failli à cette mission, c’est peut-être vers elle qu’il faut commencer à se tourner dans la recherche des responsabilités. Parce que toujours se défausser sur ses subordonnés, toujours noyer le poisson avec des enquêtes administratives, des audits internes, des investigations, ça commence à sentir le procédé. Fusibles, fusibles, fusibles. Il y a un moment où a besoin de lumière. Et à tous les étages, SVP.

 

Pascal Décaillet

 

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14/10/2013

En République laïque, JSE brandit le grief d'apostasie

 

Sur le vif - Lundi 14.10.13 - 12.54h

 

Il paraît que nous sommes, à Genève, dans une République laïque. On ne cesse de nous répéter, et je n’y vois aucun inconvénient, que le domaine du religieux, celui des convictions spirituelles de chacun, relève de notre vie privée. Et qu’il n’est pas d’usage – à moins que l’intéressé n’en fasse lui-même étalage – d’interpeller un candidat, ni d’ailleurs n’importe quel citoyen, sur ses options confessionnelles. A trois reprises pourtant, ces deniers jours, ces principes ont été transgressés. A l’émission Mise au Point de la TSR, dimanche 6 octobre. Dans un titre du Matin dimanche, hier 13 octobre. Dans un blog de Jacques-Simon Eggly, posté hier, dimanche 13 octobre. Trois indices, très clairs, de l’opération « Flinguer Poggia » lancée par l’Entente, et quelques affidés.

 

Dimanche 6 octobre, soir de la victoire du MCG, ma consœur de Mise au Point balance dans les gencives de Poggia son appartenance à l’Islam. Nous ne sommes ni dans le cas d’une émission religieuse, ni dans celui d’un accord préalablement passé avec l’interviewé, qui aurait accepté, pourquoi pas d’ailleurs, d’en dire plus long sur ses choix confessionnels. Brillant avocat, habitué à la répartie, le candidat s’en sort fort bien : « Auriez-vous adressé une telle réplique à Mme Brunschwig Graf ? ».

 

Hier, dimanche 13 octobre, l’étiquette « musulman » se retrouve en gros dans le titre de l’interview (fort bonne, d’ailleurs) de Mauro Poggia. Nous ne sommes pas dans le cadre d’un article religieux, et le qualificatif est hors sujet dans le cadre de la campagne du 10 novembre 2013. A moins que pernicieusement, on considère que ce mot, « musulman » puisse être reçu comme péjoratif par une partie de l’électorat de M. Poggia (ou de ses alliés). Par hasard, l’édito, signé de la rédactrice en chef, appelle très clairement à ne pas voter pour un candidat MCG dans quatre semaines. Je précise ici que le Matin dimanche est un journal privé, fait ce qu’il veut, appelle à voter pour qui il veut, je ne lui fais pas ici le procès de ses opinions, je décortique juste certains amalgames.

 

Le cas le plus grave me chagrine d’autant plus qu’il émane d’une personne que j’apprécie beaucoup, et que j’ai toujours considérée comme un démocrate et un gentleman de la vie politique : Jacques-Simon Eggly, avec qui j’étais au Journal de Genève, et auquel me rattachent tant de souvenirs à Berne. Je le connais depuis trente ans, le tiens pour un exemple de mesure et d’intelligence politique. Hélas, peut-être aveuglé par la défense de Mme Rochat comme il le fut naguère par celle de Mme Kopp, dans son blog d’hier, il dérape. Jugez plutôt :

 

« Que penser d’un homme dont les fidélités changent au gré des vents extérieurs et de ses états d’âme.  Chacun est libre de professer la religion de son choix. Mais ce n’est pas être islamophobe que de se demander comment un homme public peut naître et grandir comme un catholique d’origine italienne et se retrouver musulman dit convaincu. »

 

Désolé, Jacques-Simon, mais là vous franchissez la ligne. Si « chacun est libre, comme vous l’écrivez, de professer la religion de son choix », alors, cette liberté, qu’on la lui laisse en totalité, et qu’on lui foute la paix sur ce sujet. D’autant que M. Poggia ne « professe » vraiment pas, en l’espèce, il a juste un jour décidé de quitter une religion pour en embrasser un autre. M. Eggly, au sein d’une République dont nous apprécions tous la laïcité, vous venez réinventer le grief d’apostasie. Vous êtes hors sujet, hors du champ politique, hors du cadre de la campagne électorale. Je continue à vous apprécier beaucoup, mais là, vous m’avez un peu déçu.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/10/2013

Pour un petit patronat affranchi du corset de l'Entente

 

Sur le vif - Dimanche 13.10.13 - 13.03h

 

Dans la prochaine législature, à Genève, il faudra réinventer les organisations patronales. Les rapprocher, mille fois plus qu'aujourd'hui, des préoccupations des PME, et même des toutes petites entreprises.


Aujourd'hui, les mêmes caciques sont partout, les uns dans les directions opérationnelles des organisations faîtières, les autres dans les présidences, les mêmes d'ailleurs se retrouvent dans les conseils des grandes régies, et dans les partis politiques de l'Entente, majoritairement le PLR. Un tout petit monde, qui tourne en rond dans les mêmes cocktails.


Petit monde coopté, amitiés horizontales, réseaux d'influence, partage de prébendes, cela ne peut plus durer. Le feu aux poudres a été mis par le président de la FER (Fédération des Entreprises Romandes), appelant à voter strictement pour l'Entente à la Rentrée des Entreprises, fin août. Discours qui a choqué beaucoup de monde, dans l'assistance.


Et le petit patron MCG, il n'existe pas ? Et le petit patron UDC, il n'existe pas ? Et le petit patron Vert, il n'existe pas ? Et le petit patron socialiste, il n'existe pas ? Et le petit patron Vert libéral, il n'existe pas ? Ils payent pourtant leurs cotisations, ces gens-là, leurs charges sociales, patronales. Innombrables furent les échos de colère, suite à ce mot d'ordre.


Le nouvelle répartition des forces politiques, à Genève, issue des urnes le 6 octobre, devrait amener les organisations patronales, dans la législature qui s'annonce, à réorienter leurs priorités sur les PME, qui constituent l'écrasante majorité de nos entreprises. Elles y viendront doucement, c'est sûr, car dans le cas contraire, elles perdront une partie non négligeable de leur base.


Encourageons d'ailleurs la création de nouvelles organisations de défense professionnelle, proches des petits patrons, ceux qui en bavent à longueur de temps à prendre le risque économique, et ne savent jamais s'ils finiront l'année. Il n'y a aucune raison que le monde patronal et professionnel soit, à Genève, l'otage d'un cartel de notables, toujours les mêmes.

 

Pascal Décaillet

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12/10/2013

PFU : réponses insatisfaisantes à la TG

 

Sur le vif - Samedi 12.10.13 - 10.47h

 

Les réponses données par Pierre-François Unger à la TG, ce matin, sont totalement insatisfaisantes. On y sent prioritairement le besoin de dégager l'échelon politique de sa mission de contrôle, et de charger le SAPEM, qui dépend d'un autre Département (Sécurité).



Et puis, on ne peut s'approprier les HUG, avec toute la bienveillance paternelle d'un ministre de tutelle, lorsqu'il s'agit de valoriser ce qui va bien, et rappeler glacialement qu'ils sont un établissement autonome, lorsqu'un drame se produit. Double discours. Duplicité.


Enfin, se contenter de dire "J'ai trouvé ça bizarre", suite à sa visite de la Pâquerette, ne convient pas. Un ministre ne trouve pas bizarre. Il avalise, ou il corrige. "Trouver bizarre", c'est reconnaître que des zones dépendant de son autorité, lui échappent.

 

Pascal Décaillet

10:47 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/10/2013

François Dal Bousquet : entretien exclusif

 

Vendredi 11.10.13 - 14.06h

 

* François Dal Bousquet, bonjour ! Vous êtes candidat de l’Entente au Conseil d’Etat. Comment avez-vous vécu la journée du 6 octobre ?

 

* (FDB) – Ce dimanche fut pour nous un triomphe. Le peuple a su reconnaître que nous étions le parti de la sagesse, du consensus et des solutions.

 

* Un triomphe ? Mais enfin, l’Entente a perdu sept sièges, et réalise son plus mauvais score historique !

 

* (FDB) – Je vous invite, M. Décaillet, à ne pas lire une élection avec la seule clef de lecture des chiffres. Le peuple nous fait confiance, parce que nous sommes le parti des solutions.

 

* Oui mais enfin, la réalité est là : votre groupe parlementaire rétrécit, celui de vos concurrents est en pleine expansion.

 

* (FDB) – De grâce, ne vous laissez pas impressionner par ces vétilles quantitatives. Les populistes hurleurs, quelles solutions proposent-ils ?

 

* Ils en proposent, François Dal Bousquet, mais vous ne les écoutez pas.

 

* (FDB) – Parce qu’elles ne sont pas sérieuses, leurs solutions ! Les nôtres, élaborées dans le consensus, sont de vraies solutions. Parce que nous sommes le parti de l’action et des solutions.

 

* M. Dal Bousquet, Genève est asphyxiée par les bouchons, notre taux de chômage (5,5%) atteint presque le double de la moyenne suisse (3%), de nombreux jeunes sont sans formation et sans emploi, nous payons les primes maladie les plus chères du pays, le tableau n’est pas très réjouissant !

 

* (FDB) - C’est bien pour cela, M. Décaillet, qu’il faut trouver des solutions. Nous ne sommes pas le parti des aboyeurs, mais celui du consensus permettant de parvenir à des solutions.

 

* Admettons. Mais avec quelle majorité ? L’Entente n’a plus que 35 députés. Dans quel campa ira-t-elle chercher les 16 qui manquent pour s’imposer au Parlement ? Avec la gauche ? Ou avec ceux que vous appelez les populistes ?

 

* (FDB) – Ce sont là de basses questions politiciennes, qui ne m’intéressent que très lointainement. Je vous invite, Cher Ami, à une lecture moins directement prosaïque de la politique. Pour ma part, avec mes futurs collègues de l’Entente, j’entends mettre les problèmes sur la table, afin d’aboutir à une solution.

 

* François Dal Bousquet, on vous dit grand bétonneur. Vous voulez couvrir le canton de chantiers, asphyxier la campagne ?

 

* (FDB) – En aucun cas. Je milite, comme d’ailleurs mon futur collègue Serge Lonchusco, pour une vaste concertation avec les communes, les urbanistes, les architectes, les fondations, en vue d’une application du Plan directeur 2095 visant à offrir à ce canton de véritables solutions en la matière.

 

* François Dal Bousquet, grand merci. C’est toujours un plaisir de vous accueillir.  Est-il vrai que vous vous dopez pour tenir le coup pendant la campagne ?

 

* (FDB) – Ragots de populistes ! Il est vrai que j’ai demandé à mon pharmacien de me concocter un produit miracle, mais il n’a toujours pas trouvé la solution.

 

 **" A l'issue de l'entretien, François Dal Bousquet m'invite à son club, pour un drink: deux doigts de whisky dans une solution de vodka.


 

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09/10/2013

Rapport Ziegler : ça sent le fusible

 

Sur le vif - Mercredi 09.10.13 - 16.42h

 

La conférence de presse que viennent de donner les conseillers d’Etat Beer, Maudet et Unger, en compagnie de Bernard Ziegler, auteur de l’enquête administrative mandatée par le gouvernement, est un exemple à étudier dans les écoles de communication. Quatre Messieurs à une table, accompagnés de la Chancelière, des airs graves, un langage très juridique, pour finalement accabler – c’est ce qui ressort en priorité – une haut fonctionnaire, la cheffe du SAPEM (Service d’application des peines et mesures), sur laquelle on focalise tous les manquements. Mais de responsabilité politique, celle du Département de tutelle, néant. Nada. La coupable, c’est la cheffe du service, pour le reste, circulez, y a rien à voir. Cela sent le fusible. Les explications données ne suffisent pas.

 

M. Ziegler, assurément, a très bien enquêté, il a décortiqué les déficiences d’un système, indiqué les manquements, souligné les responsabilités. Clairement, l’échelon SAPEM apparaît comme n’ayant pas été à la hauteur de la situation, soit. Dès lors, Pierre Maudet annonce dix mesures, prenant bien soin de placer en tout premier une procédure administrative contre la directrice de ce service. Deux ou trois minutes plus tard, on apprend d’ailleurs que depuis aujourd’hui midi, elle n’est plus à son bureau. C’est fou, avec M. Maudet, à quel point tout s’agence à merveille, il n’y a plus qu’à crier haro sur le SAPEM, apparaître (une nouvelle fois) comme le nettoyeur des Ecuries d’Augias, et le tour est joué.

 

Pas un mot sur le rôle de la cheffe de l’Office de la détention (est-elle exonérée de tout reproche, Madame Favre ?). Pas un mot, surtout, sur l’absence de contrôle politique de la part des deux derniers ministres de tutelle de ce service, ces quatre dernière années : Isabel Rochat, Pierre Maudet. Car si ce service était à ce point porté sur les dysfonctionnements, l’autorité politique dont il dépend aurait pu s’en rendre compte. Dans une démocratie, le vrai chef, donc le vrai responsable in fine, c’est le ministre, élu du peuple, et non le fonctionnaire intermédiaire.

 

Dans cette affaire comme dans celle du rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) sur le Service des contraventions, comme sur d’autres, nous notons une propension récurrente du ministre à très vite faire oublier la responsabilité politique, annoncer des audits, des enquêtes administratives. Le responsable est toujours un fonctionnaire, jamais le magistrat. Nous ne sommes pas dupes de ce fonctionnement.

 

Pascal Décaillet

 

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06/10/2013

Entente-MCG-UDC: de grandes choses sont possibles

 

Sur le vif - Dimanche 06.10.13 - 15.12h

 

Si les estimations, à l’heure où j’écris ces lignes (après, je ne pourrai plus écrire pendant des heures), se confirment, alors il y en a, à Genève, qu’on ne pourra plus jamais prendre de haut, et traiter de Gueux.  Ou alors, c’est qu’on n’aura décidément rien compris.

 

La prochaine législature sera faite, au Parlement, de trois blocs : la gauche, l’Entente, et ce fameux troisième bloc, celui à qui on s’est contenté, pendant trop d'années, au lieu d’écouter ses thèmes, de coller des étiquettes, par exemple ce mot « populiste », qui simplifie tellement la vie lorsqu’on ne veut pas trop se poser de questions, et lorsqu'on n'arrive plus, soi-même, à faire passer son message.

 

« Populiste », nous disait-on. D’un mot latin qui signifie « peuple ». Eh bien il faut croire qu’il a été au rendez-vous, le peuple, redistribuant les cartes au Parlement, sanctionnant ceux qui se croyaient éternels, accordant une chance à ceux que les sortants ont tant méprisés, tant stigmatisés. Aujourd’hui, les chiffres sont là. Même corrigés dans les heures qui vont venir, ils parleront d’eux-mêmes.

 

Entre l’Entente et le bloc UDC-MCG, de grandes choses sont pourtant possibles pour débloquer Genève. Dette publique, finances cantonales, sécurité, mobilité, formation, apprentissage, soutien aux PME : le champ du commun est, en réalité, beaucoup plus grand, beaucoup plus riche, que celui des différences. Il faudra, sur de très nombreux sujets, travailler ensemble. Charge au MCG de se conduire dans ce sens, celui de la construction. Charge à l’Entente de changer de discours, montrer un peu plus de considération pour des gens qui sont, comme eux, des représentants du peuple. Et qui, comme eux, roulent pour l’intérêt supérieur de Genève.

 

Et, puisqu’il est question de rouler, le résultat d’un certain parti de gauche et celui de sa ministre sortante peuvent nous faire entrevoir l’espoir qu’on pourra continuer de le faire en voiture, sans pour autant être assimilé au Diable.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/10/2013

La démocratie, notre bien le plus précieux

 

Bilan de campagne - Samedi 05.10.13 - 12.46h

 

La campagne s'achève, et je suis épuisé. Je ne suis pourtant pas candidat! Mais je l'ai vécue, cette campagne, au même rythme que celui des candidats, ce que je fais toujours depuis des décennies. Il y a, surtout dans les campagnes d'automne, une forme d'ivresse dionysiaque, quelque chose qui s'emballe, ce jeu de clartés et d'incertitudes, qui vous monte à la tête. Parce que l'observateur, le commentateur, l'éditorialiste ne doit pas se contenter de comprendre la campagne, il doit la vivre, la sentir, de l'intérieur. L'instinct y occupe une place majeure.



Épuisé, oui, et d'ailleurs pour le marathon de demain, à Uni Mail, j'ai peur. Non des résultats, mais des risques de ma propre fatigue. Je l'ai toujours, cette peur-là, malgré 25 ans d'audiovisuel, mais cette fois elle me tenaille un peu plus que d'habitude. Une peur simplement physique.


La campagne qui se termine fut (jusqu'à l'heure où j'écris ces lignes) correcte et apaisée. Je n'y ai pas décelé les coups bas d'il y a quatre ans. J'ai, pour ma part, donné la parole à tous les partis. Je n'ai établi strictement aucune discrimination entre partis représentés dans le gouvernement sortant, dans le Parlement sortant, ou nouveaux. Je considère que lors d'une élection, il convient de remettre les compteurs à l'heure, tous à égalité.


J'enrage lorsque j'entends, comme juste maintenant au 12.30h RSR, que la campagne fut molle et sans thèmes principaux. C'est simplement faux. Ces thèmes, plutôt que se laisser aller sur l'éternelle sécurité, il faut peut-être un peu aller les  chercher: ne me dites pas que la formation, l'apprentissage, les jeunes en rupture, la redéfinition du travail salarié (proposition Seydoux) pour ces jeunes, l'encouragement aux PME ne sont pas des thèmes qui intéressent les candidats et la population. Il suffit de les engager, ces thèmes.



Je n'ai donné et ne donnerai strictement aucun pronostic, pour la simple raison que je n'ai aucune idée du message que nous délivrera le peuple demain. J'ai reçu une centaine de candidats, organisé une trentaine de débats, j'ai écouté ce qu'ils avaient à nous dire, fait de belles découvertes, de Sébastien Kaech (PDC) à Cristina Le Jeune Giacobbi (MCG), en passant par Sébastien Desfayes (PDC), Magali Orsini (EàG), Caroline Marti (PS), Liza Mazzone (Verts), Varérie Cuenca-Berger (UDC), la quasi-totalité des candidats Verts libéraux (très belle brochette nouvelle tonalité de campagne, compétente et respectueuse). Et puis, plein d'autres, qui ne m'en voudront pas de ne pas les citer. Hommage aux petits partis, Verts libéraux justement, mais aussi Pirates et PBD. Hommage à Pierre Jenni, candidat solitaire et compétent. On est loin, très loin, de la pavane un peu gratuite du Prophète: ce chauffeur de taxi et patron d'entreprise a une vraie vision politique, notamment dans le secteur de la mobilité.

 

J'ai composé, comme toujours, mes deux listes à la main, avec des gens de (presque) tous les partis. J'ai voté Grobet, comme je le fais depuis 1981. J'ai bien sûr ouvert ma liste du Grand Conseil avec celui que je considère comme le grand espoir de la politique genevoise, le PLR Cyril Aellen, un homme qui sait ce que signifient courage et solitude. L'un des seuls politiques à m'inspirer une confiance immédiate, sans partage. A quoi s'ajoute - mais cela vient après - une communauté de vision sur l'avenir des droites à Genève ou en Suisse.



Je remercie tous les candidats, oui les 476 du Grand Conseil et les 29 du Conseil d'Etat, d'avoir tenté l'aventure. Demain, il y aura des joies et des pleurs, mais la démocratie aura fonctionné . C'est elle, notre bien le plus précieux.

 

Pascal Décaillet

12:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/10/2013

Christian Grobet, combattant d'exception

 

Sur le vif - Jeudi 03.10.13 - 10.17h

 

C'est toujours avec respect, admiration et émotion que je reçois Christian Grobet sur mes différents plateaux. J'ai commencé ma vie journalistique avec lui, et il est toujours là, dans une forme physique remarquable pour un homme de 72 ans. Et je crois que toujours il demeurera, tant l'habite le démon politique, entendez ce mot, "démon", au sens de la Grèce ancienne, source de vie et d'invention.


La première fois que j'ai interviewé Christian Grobet, c'était en 1978, pour le Journal de Genève, qui m'avait envoyé couvrir un débat politique aux Pâquis. J'avais tout de suite été saisi par l'intensité de présence de ce député socialiste, qui deviendrait trois ans plus tard conseiller d'Etat. Sa manière d'occuper le discours, précise et concrète, tendue vers l'objectif, à mille lieues de la langue de bois, m'avait déjà frappé.



Il fut, je l'affirme ici avec certitude, un grand conseiller d'Etat. Habité par le souci du bien public. Inflexible, incorruptible, immensément travailleur. On peut contester ses options, c'est un autre débat, mais il avait la hauteur du magistrat. Il a été un homme d'Etat.


Retraité de l'exécutif depuis vingt ans, il aurait pu couler une douce vie, dans l'une ou l'autre fondation. Il a préféré repartir au combat. Au National, à la députation, à la Constituante. Là où il y a une lutte à mener, le vieux combattant s'annonce présent. Eh bien moi je dis que cette opiniâtreté force l'admiration. Il n'est pas un homme de cocktails. Il n'est pas un homme de réseaux. Il est aimé ou détesté, mais il vit, et il se bat. Alors, voyez-vous, moi qui ai composé à la main ma liste des Cent et ma liste des Sept, et qui n'ai rien dévoilé de nominatif, je vais faire ce matin une exception, une seule: sur la bleue comme sur la jaune, j'ai voté Christian Grobet.

 

Pascal Décaillet

 

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30/09/2013

Elections à Genève : le culot hallucinant du Matin

 

Sur le vif - Lundi 30.09.13 - 09.09h

 

Gros coup de colère, ce matin, en lisant dans un quotidien orangé dont la politique et la citoyenneté sont bien la dernière préoccupation, que Genève viendrait de vivre une campagne sans débats. Parce que, selon le politologue Pascal Sciarini, "les médias ont été fortement occupés par le drame de la mort d'Adeline".

 

Tout dépend, M. Sciarini, quels médias on veut bien prendre la peine de consulter. Je n'ai, pour ma part, ni dit un seul mot ni écrit une seule ligne pendant les cinq jours émotionnels du drame. Pas un mot d'appel à la vengeance, pas un mot dans ce débat qui s'amorçait sur la peine de mort. Pendant que tous - à commencer justement par le Matin - s'y engouffraient, nous avons multiplié, sur Léman Bleu, les débats thématiques avec les candidats au Conseil d'Etat et des panels de candidats au Grand Conseil. Nous avons présenté aux citoyens électeurs des dizaines de nouveaux visages, et continuerons de le faire jusqu'à jeudi soir. Nous avons découvert en eux des parcours de vie, des approches citoyennes, des visions du monde: ce sont eux, tous partis confondus, qui feront la Genève de demain.

 

Pendant ce temps, dans le même Matin, des torrents d'émotionnel sur l'affaire, dévorant toutes les paginations, et pas un mot sur la politique. Pas un mot sur les grands clivages d'un canton en campagne: mobilité, logement, finances, dette, chômage, formation, emploi des jeunes. Sur ce dernier thème, et notamment celui des jeunes en rupture, nous avons même mené quatre débats ! Et le même Matin a le culot hallucinant de venir nous dire qu'il n'y a pas eu campagne à cause du drame d'Adeline ! Mais Chers Confrères, assumez au moins vos choix, votre politique rédactionnelle, et ne venez pas parler de ce que vous ne connaissez pas: l'animation du débat citoyen. Avant de décréter qu'il y a eu campagne ou non, encore conviendrait-il d'écouter les candidats, tous bords confondus, leur donner la parole, les présenter au public, analyser leurs préoccupations.

 

Bien sûr qu'à Genève, il y a eu campagne. Bien sûr que, sur de nombreux sujets, la dialectique politique s'opère avec vivacité: circulation en ville, traversée du lac, traversée de la rade, emplois de solidarité, préférence cantonale, emploi local, encouragement aux PME, fiscalité, formation, valorisation de l'apprentissage, sécurité, polices de proximité, aide aux personnes âgées, etc. Simplement, ces sujets, il faut les ouvrir. En étudiant les dossiers et en laissant parler les candidats. Ce travail, le Matin ne l'a tout simplement pas fait. C'est son droit, chaque journal est libre de ses options. Mais venir dire, ou faire dire, qu'il n'y a pas eu campagne, il y a là un cynisme - ou une inconscience citoyenne - qui dépassent toutes les bornes.

 

Pascal Décaillet

 

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