20/08/2012

L'homme qui donnait encore de la voix

 

Sur le vif - Lundi 20.08.12 - 09.32h

 

Enfin, une voix. Et quelle voix ! De celles qui tonnent et résonnent, percutent. Jusqu'au fond de l'être sensible. C'est un papier que publie Michel Halpérin, en page 11 du Temps, ce matin, mais comme toujours, lorsque celui qui écrit est perçu comme être de parole, c'est chaque syllabe qui s'entend. À haute voix.

 

Enfin une voix, lorsque tant d'autres, y compris dans son camp, se taisent. Ou murmurent, tout au plus, d'inaudibles tiédeurs. « La Suisse ne gagnera rien à ramper devant les grandes puissances », titre ce matin le grand avocat libéral, ancien président du Grand Conseil, à propos de la convention fiscale avec la France sur les successions. Deux semaines après Philippe Nantermod, mais avec quelle classe, quelle clarté, Halpérin met les pendules à l'heure.

 

« Non, la nouvelle convention n'est ni urgente, ni anodine. Elle révèle seulement que notre pays, une fois de plus, fait preuve de servilité à l'égard de l'étranger. Tout Etat qui requiert aujourd'hui de la Suisse est à peu près assuré d'être satisfait. En attestent notre politique empressée en matière d'entraide judiciaire internationale et la destruction volontaire d'une partie des conditions-cadres qui ont permis à l'économie suisse, notamment financière, d'assurer la prospérité du pays ». Dixit Halpérin, en page 11 du Temps.

 

Je ne sache pas, pourtant, que cette grande figure de la vie genevoise provienne de foules populistes, ni passe ses dimanches dans les combats de lutte à la culotte, dans la jouissance de la sciure. L'homme qui signes ces lignes, dans le Temps, est un libéral au très grand sens du terme, ce libéralisme qui n'est pourtant pas le mien mais que j'admire, tiens celui d'un Cyril Aellen par exemple. Une conception de l'Histoire fondée non sur l'angélisme, mais sur le constat de dureté des luttes pour les différents intérêts nationaux.

 

Dans ce combat, implacable, où le paravent de la morale ne sert qu'à camoufler les intérêts, la petite, la fragile Suisse, notre pays, a besoin de grandes voix pour la soutenir. Ce matin, dans le Temps, c'est chose faite.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/08/2012

La diva et le marionnettiste

 

Sur le vif - Mercredi 15.08.12 - 15.23h

 

J'écris ici comme citoyen de la Ville de Genève, où je suis électeur depuis 34 ans. Le 4 novembre, il m'appartiendra, comme des dizaines de milliers de mes concitoyens municipaux, d'élire le successeur de Pierre Maudet. En sachant que le nouvel élu devra siéger avec quatre personnes de gauche. Autant dire qu'il faudra, comme Maudet le fut, un caractère incroyablement fort. Une tronche. Une personne (si elle est issue de la droite) capable à la fois de jouer le jeu collectif et de s'en détacher, toutes choses que le sortant sut accomplir à merveille. Bref, il faut un joueur. Un habile. Un malin. Un qui anticipe. Une joyeuse et sifflotante locomotive.

 

L'exécutif de la Ville étant, de toute manière, écrasé par la gauche, avec un Municipal qui, tout en étant rééquilibré par rapport au précédent, demeure dans le sillage, c'est précisément sur la nature de ce fameux cinquième que se jouera la future dynamique. Sa personnalité, beaucoup plus que son appartenance. Son intelligence politique. Sa rapidité. Sa puissance de travail. Sa capacité d'invention et d'innovation. Son habileté joueuse face au bloc de gauche. Paradoxalement, dans un système qui ne met plus en valeur que les réseaux, il pourrait être, pour une fois, formidablement utile d'avoir à ce poste un solitaire. De toute façon face au Cartel des Camarades (une pensée pour M. Herriot, 1924), l'immensité de sa solitude, le nouvel élu aura tout loisir de s'en imbiber.

 

Un solitaire. Un caractère. Ces qualités, autant Salika Wenger, Eric Bertinat que Jean-Marc Froidevaux ou Olivier Fiumelli viennent de les montrer avec pas mal d'éclat. En se portant candidats, ce qui exige toujours du courage. En refusant de se désister, malgré les pressions. En maintenant, pour certains, leurs candidatures contre vents et marées. Contre leurs partis, ou conglomérats. Contre les marionnettistes et les « facilitateurs ». Contre les pactes de l'ombre, dont il faudrait aujourd'hui, au-dessus de l'électeur, et entre seuls apparatchiks, organiser le versement de la rançon. Au nom de quelle légiimité, je vous prie ?

 

Citoyen, électeur le 4 novembre, j'apprécie le combat et la ténacité de ces quatre-là, et même aussi celui de M. de Kalbermatten. Pour ne rien vous cacher, je suis un peu moins enchanté par la posture de diva de celui que nous désignent les seuls appareils, et qui déclare n'être candidat que parce qu'on est venu le chercher.

 

Si, néanmoins, le choix de l'Entente ne devait, sous l'envoûtement du marionnettiste et de quelques décideurs en haut, ne proposer que cet homme-là, alors, pour ma part, citoyen électeur depuis 34 ans, je voterais pour Salika Wenger. Ou pour un autre des fous qui aurait décidé de se maintenir. Ou pour M. Bertinat. Mais le vote obligé, pistolet sur la tempe, sous le seul prétexte d'un prêté pour un rendu, non merci. Nous, les citoyens, le corps électoral élargi de cette Ville, n'avons pas à nous laisser faire par des pactes d'appareils. Nous voulons voir l'intérêt supérieur de notre Ville. Pas celui des partis, ni des conglomérats. Quant aux marionnettes, je vous recommande à tous, en allemand ou en traduction française, le petit bijou publié en 1810 par Heinrich von Kleist. Histoire d'élever un peu le regard. Et scruter des horizons un peu plus lointains.

 

Pascal Décaillet

 

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14/08/2012

Eveline et les anémomètres

 

Sur le vif - Mardi 14.08.12 - 23.42h

 

"Anpassung des Doppelbesteuerungsabkommens mit Frankreich problematisch", titre en début de soirée le PLR suisse, dans un communiqué: "La convention de double imposition (en matière d'héritages) avec la France est problématique".

Dix jours après, les plus hautes instances du PLR épousent la réaction vive, juste et saine de Philippe Nantermod. Entre-temps, une bonne partie de la classe politique suisse s'est réveillée. Et la preuve que le vent tourne contre Mme Widmer-Schlumpf, c'est que même le PDC suisse (par la voix de son vice-président, ce matin) s'y met. Comme anémomètre, c'est imparable.

La vérité dans ce pays, c'est qu'il y a un problème Eveline Widmer-Schlumpf. Elle s'est fait complètement avoir sur ce coup, et devra répondre de ses décisions. La vérité, c'est que certains de ceux qui l'ont soutenue, dans le coup de majesté parlementaire de décembre 2007, vont maintenant, doucement, la lâcher. Observez bien les anémomètres, dans les mois qui viennent. Rendez-vous vers Noël ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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Eric Bertinat, candidat intègre et crédible

 

Sur le vif - Mardi 14.08.12 - 04.56h

 

Oublions un moment le jeu des alliances, qui rendront son élection quasiment impossible. Ne regardons que l'homme. Son amour de Genève. Sa connaissance des affaires municipales. Sa capacité, tout en ayant des opinions bien marquées (ce qui est une preuve de courage), à travailler avec des partis adverses. Tout cela, à quoi s'ajoutent son intégrité et son amabilité, font d'Eric Bertinat un candidat crédible pour l'exécutif de la Ville de Genève. Parmi d'autres, mais pas moins qu'un autre.

 

Oh, je suis loin de partager toutes ses opinions, notamment en matière d'homosexualité (mais peut-être a-t-il évolué depuis l'affiche des pacsés inféconds). Mais enfin, la politique ce sont des fibres humaines, des femmes et des hommes avec des caractères, des tempéraments, et, à cet égard, Eric Bertinat, à la fois député et conseiller municipal de l'UDC, est assurément l'un des plus agréables à fréquenter sur la place genevoise.

 

Traitée ordinairement par l'Entente comme une soubrette sifflable et révocable à souhait, l'UDC, ma foi, est bien légitimée à tenter sa propre voie dans cette élection. Le jour où les autres partis de droite lui montreront un minimum de respect et de considération, elle pourra peut-être entrevoir les choses autrement.

 

Jean-Marc Froidevaux et ses fulgurances. Olivier Fiumelli et sa sourde obstination. Eric Bertinat et sa Sainte Vigilance. En voilà de beaux candidats potentiels. Et les chrétiens, me direz-vous ? Mais enfin, si M. Bertinat n'est pas chrétien, je veux bien être le pape. À condition, bien sûr, qu'on me laisse choisir mon majordome.

 

Pascal Décaillet

 

04:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/08/2012

Oser s'en prendre à l'icône EWS

 

Sur le vif - Samedi 11.08.12 - 10.41h

 

"Renoncer ne fait pas une politique": excellent édito de David Haeberli, en une de la Tribune de Genève, ce matin. Merci encore aux Jeunes libéraux-radicaux, sous l'impulsion de Philippe Nantermod, d'avoir ouvert la voie de la colère face au dernier accord fiscal avec la France.

 

Mais à part MM Nantermod et Haeberli, elles sont où, les voix politiques, pour dire haut et fort que Mme Widmer-Schlumpf s'est fait complètement avoir ? Ou alors, on serait, dans certains milieux, prisonniers de l'icône EWS ? Incapables, oui, de renier le choix de décembre 2007. Par pure idéologie. Parce que l'édito Haeberli, ce matin, c'est à peu près la même chose qu'un édito standard, sur le sujet, de la Weltwoche. Et j'applaudis. Non par idéologie. Mais simplement parce qu'en l'espèce, ils ont 100% raison.

 

Pascal Décaillet

 

10:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/08/2012

Polac, la liberté du promeneur

 

Hommage - Mercredi 08.08.12 - 15.22h

 

Emmerdeur surdoué, dérangeur, homme d'une infinie culture, pétri par les livres, concerné jusque dans l'intime par l'aventure de l'écriture, Michel Polac nous a quittés à l'âge de 82 ans. C'était un grand. Un solitaire. Une singulière essence de sauvagerie, si raffinée, dans le grotesque cliquetis des cocktails parisiens. Je dirais, profondément, un « Provincial », au sens à la fois de Pascal et de la Compagnie de Jésus. Provincial, oui, bien qu'il fût infiniment urbain. Il ne suivait jamais les modes. Ses chemins de traverse à lui, ses choix de lectures, étaient d'un autre ordre, d'une autre pente, d'une autre galaxie. Provincial, dans le sens de la solitude.

 

Polac, homme total, journaliste total. Il a tout fait, créant la première version du Masque et la Plume en 1955, illuminant nos vingt ans avec Droit de réponse, ce qui équivalait, en ces années-là, à produire et animer une émission au sommet de l'Etna. Il fait partie des meilleurs, ceux qui se font virer par les médiocres, disparaissent, reviennent. Hallucinant bosseur, infatigable. Jour et nuit sur les bouquins. Le plus fascinant, dans Droit de réponse, c'était sa connaissance à lui des dossiers. Sur le bout des doigts.

 

Je crois qu'il aurait voulu être écrivain, il le fut d'ailleurs. Son équation à la chose littéraire, malgré des choix parfois à des années-lumière des miens, me frappe par sa magnifique liberté de cheminer, de fureter, au pays des autoroutes et des passages obligés. Lui, producteur de TV, se contrefoutait allègrement des impératifs des maisons d'édition et des petits marquis de la criticature. Il allait son chemin. Et la petite magie tranquille de cette errance, en premier lieu de toutes choses, me fascinait. Polac était un esprit indépendant, un homme libre. J'aurais aimé, un peu, cheminer avec lui. Un jour, peut-être. Ailleurs.

 

 

Pascal Décaillet

 

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06/08/2012

Christo et les géomètres

 

Sur le vif - Lundi 06.08.12 - 17.29h

 

Gouverné, en bien des cantons, par une sacrée bande de cérébraux glaciaux, le grand vieux parti qui a fait le pays a encore un peu de peine à nous persuader que son slogan « par amour de la Suisse », inventé pour les dernières élections, soit autre chose qu'un pur label, un effet marketing, destiné à attaquer sur son terrain la politique d'émotion de l'UDC. Deux exemples récents le prouvent.

 

1) Lorsque Berne se fait rouler dans la farine par la France dans un accord sur les successions, il faut que ce soit, par la voix de Philippe Nantermod, les Jeunesses du parti qui clament haut et fort le raz le bol d'une bonne partie de la population. C'est bien pour les jeunes. Mais les aînés, les caciques ? Ils font quoi ? Du ski nautique ?

 

2) Lorsqu'une bande, à Genève (on espère au moins qu'ils aient le courage de se dévoiler au grand public) nous concocte une affiche où le drapeau suisse est représenté en forme de papier-toilettes, qui réagit ? Un UDC, le député Christo Ivanov. Bravo à lui, mais c'est un peu dommage de laisser à ce parti l'apanage de l'attachement affectif au drapeau. Le patriotisme n'appartient à aucun parti, ni à la droite, ni à la gauche. J'eusse espéré, contre cette affiche, un « front républicain », comme ils aiment tant dire en d'autres circonstances. En lieu et place, néant.

 

Elles sont où, les grandes voix radicales, ou les grandes voix socialistes, les Delamuraz, les Tschudi, les Chavanne ? Ceux qui n'avaient pas peur - en étant politiquement ce qu'ils étaient - de dire leur attachement au pays. Elles sont aux abonnés absents. Et cette timidité, sur un thème pourtant majeur, est sans doute l'une des carences les plus graves de notre classe politique, tous partis confondus. A commencer par celui "qui a fait la Suisse", qui hélas ne touche ni n'émeut plus personne. Si ce n'est quelques géomètres de l'ère glaciaire.

 

Pascal Décaillet

 

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05/08/2012

Nantermod réveille Léon Blum et casse la baraque

 

Sur le vif - Dimanche 05.08.12 - 19.14h

 

Dieu qu'il est doux, au retour d'une promenade d'observation de la nature, d'entendre Philippe Nantermod à Forum. Face au sénateur Hérisson, à qui il faut d'ailleurs rendre hommage d'être resté parfaitement calme et courtois face à la jeune tornade, le Valaisan a asséné à nos amis français une véritable leçon de rigueur financière et de gestion de fonds publics. Vous qui n'avez que des exercices déficitaires depuis 1936 (le Front populaire), a-t-il rugi face à un parlementaire très expérimenté, au demeurant du même bord politique que lui, vous n'avez aucune leçon à donner à la Suisse. Savoureux. Jouissif.

 

On se demande juste pourquoi l'impétueux co-président des Jeunes libéraux-radicaux suisses semble, dans son camp tout au moins, le seul à oser ce langage franc et direct, sans fioritures. Sans rien d'ailleurs, dans son discours, et c'est là depuis toujours la très grande force de Nantermod, qui soit de nature à blesser l'adversaire, ni la fierté française. Juste des arguments, décochés sans concession mais sans la moindre haine. Un style d'une redoutable efficacité.

 

Il s'agissait de clamer haut et fort l'opposition des Jeunes libéraux-radicaux à la nouvelle convention avec la France concernant l'impôt sur les successions. Sur ce point, Nantermod et les siens voient rouge. « Il suffit, regrettent-ils, qu'un Etat profère des menaces pour forcer la Confédération à courber l'échine sans contrepartie... La Suisse ne doit plus céder aux chantages de pays qui cherchent simplement par la force à remplir leurs caisses publiques vidées par des décennies de politiques sociales-démagogues ». Voilà qui est dit. Voilà qui est clair. On est d'accord ou non. On aime Nantermod ou non. Mais une chose est sûre : cinq personnes de cette trempe et de cette clarté, et le grand vieux parti un peu repu est sauvé.

 

Pascal Décaillet

 

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La Constitution n'a rien à voir avec le patriotisme

 

Sur le vif - Dimanche 05.08.12 . 13.17h

 

« Le projet de nouvelle Constitution : un acte patriotique », titre, ici même, le 1er août 2012, le constituant socialiste Thierry Tanquerel. En tête d'un texte en forme de panégyrique des esprits éclairés (ceux qui voteront oui le 14 octobre) face à l'obscurité des opposants, adeptes « d'interprétations absurdes, voire de contrevérités pures et simples ». Bref, la Genève de l'intelligence, des Lumières et du progrès votera oui, « l'alliance objective » de la Nuit votera non. Rhétorique classique, juste un peu décevante lorsqu'elle émane d'un esprit brillant, diabolisation du non, relégation des opposants dans l'ordre de l'obscur. Géométrie de la pensée, tirée à l'équerre.

 

Sauf que là, notre éminent mathématicien du Bien et du Mal franchit une étape supplémentaire : l'adoption du projet, écrit-il, serait « un acte patriotique ». Parce que l'intérêt de Genève y prévaut sur les calculs de boutique politicienne. Le partisan est donc un patriote, l'opposant un vulgaire boutiquier. De droite, ou de la gauche de la gauche. Au centre de tout, quelque part entre l'abscisse et l'ordonnée, vous obtiendrez la Raison triomphante de notre géomètre. Non seulement progressiste, mais patriote, s'il vous plaît.

 

Non, M. Tanquerel, il n'y pas d'un côté le patriotisme positif des pour, de l'autre l'obscurité des contre. On peut voter la nouvelle Constitution, le 14, en étant patriote. On peut la refuser, en étant tout aussi patriote. Le patriotisme, à la vérité, n'a strictement rien à voir avec cette affaire de Constitution.

 

Dans d'étranges conditions, je veux dire à froid, sans qu'il n'y ait nul péril en la demeure, ni Révolution, ni bouleversement des ordres comme dans la Suisse de 1848, ni fin d'une République comme dans la France de 1958, il a été question de doter Genève d'une nouvelle Charte fondamentale. Le peuple a accepté ce principe, c'est vrai. Une Assemblée s'en est occupée, elle a fait son travail, qu'elle en soit remerciée. Le souverain, le 14 octobre, dira oui ou non. Mais enfin, il n'y a dans cet enjeu rien de gravissime, rien qui relèverait d'une théologie du Mal ou du Bien, d'un bannissement des opposants. Rien, surtout, qui conférerait aux uns le statut de « patriotes », plutôt qu'aux autres.

 

Je dois vous dire, M. Tanquerel, qu'en cas de non le 14 octobre, il est permis de penser qu'il y ait tout de même encore une aube le 15, et puis un soir, et puis encore un matin, et que la population genevoise ne sortirait pas davantage groggy par un refus qu'elle ne serait aux anges par une acceptation. Parce qu'au fond, voyez-vous, le peuple de Genève, cette histoire de Constitution, je ne crois pas que ce soit actuellement, en période économiquement difficile, avec des caisses de pension d'Etat à éponger, des licenciements dans le secteur bancaire, son obsession no 1.

 

Il conviendra certes, comme pour toute votation, d'expliquer les enjeux. En donnant la parole à tous. Les partisans. Les opposants. Mais de grâce, laissons l'instinct patriote là où il est. Il n'appartient ni à la gauche, ni à la droite. Ni aux pro, ni aux anti. Ni aux progressistes, ni aux conservateurs. Il est du ressort intime de chaque cœur. Et nul n'a, dans ce pays, à se juger soi-même - on son camp idéologique - plus patriote qu'un autre.

 

Pascal Décaillet

 

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02/08/2012

Indivisible

 

Sur le vif - 02.08.12 - 12.29h

 

"Ce sont les Suisses d'origine étrangère, ceux qui ont trouvé une nouvelle patrie en la Suisse, qui parlent le mieux de la Suisse", déclarait hier, sur le Grütli, le président de la Société suisse d'utilité publique.


Nul doute que les personnes dont parle M. Gerber parlent fort bien de ce pays qu'elles ont choisi et qu'elles aiment. Mais je n'aime pas cette manière de renverser le rejet de l'autre en laissant entendre qu'un Suisse de vieille date serait moins habilité à émouvoir, lorsqu'il évoque la communauté nationale.


Et puis, surtout, à quoi bon créer des catégories de Suisses ? Il n'y pas de "Suisses d'origine étrangère", dans une saine conception républicaine de l'intégration. Il n'y a que des Suisses, tout court. A mes yeux, à partir de la minute où une personne obtient la naturalisation, elle est, de façon totale, ma compatriote. Elle a les mêmes droits, les mêmes devoirs que moi. Il m'est assez égal, au fond, qu'elle soit d'origine étrangère.


La nationalité ne se divise pas. Il est tout aussi faux de se méfier des "Suisses d'origine étrangère" que... de les encenser particulièrement, Cher M. Gerber. Sauf à créer des communautarismes à l'intérieur de l'appartenance républicaine. Ce qui est le début de la fin.

 

Pascal Décaillet

 

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01/08/2012

Le pays physique

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1291ème note - Mercredi 01.08.12 - 15.20h

 

J'aime le pays physique. Passionnément, et depuis toujours. Suisse. Provence. Toscane. Toutes ces Italies, que je sillonne depuis un demi-siècle. Pays physique. Celui qu'on peut toucher, humer, goûter. Variétés de sols et de roches, chaleur du granit alpin sous le soleil brûlant, argiles des vignes, déterminant les chances de vie d'un cépage et finalement la subtile complexité d'un vin.

 

Pays physique. Celui qui se ressent et celui qui se voit. « Paese » : pays, mais aussi village. Paysage ! A force de se triturer les méninges pour définir les valeurs suisses, fédéralisme, démocratie directe, respect mutuel, unité dans la diversité, ouverture à l'autre, toutes choses avec lesquelles je suis d'accord, il me semble qu'on passe un peu vite sur le pays physique.

 

On n'aurait pas le droit de l'aimer, son paysage ? Vignoble de Lavaux, massif des Combins aperçu à partir du Sentier des Chamois, éternité du lac entrevue de La Breya, douceur des vallons jurassiens. Le paysage appartient à celui qui l'aime, celui qui en est bouleversé, l'intériorise au plus profond de son intimité. Et cette part commune de paysages aimés, d'émotions vécues, tout cela constitue le charme fragile, émotif, de notre attachement national. Rien d'agressif, rien de supérieur, rien qui soit de nature à exclure l'autre, l'étranger, qui d'ailleurs peut les aimer tout aussi follement que nous, ces paysages. Non. Juste la parcelle partagée d'une émotion commune.

 

Mon attachement au pays physique m'amène à y passer un nombre croissant d'heures. En contemplation. Un livre, un sac, un peu d'eau en réserve. J'aime ces moments, j'ai l'impression d'y retrouver ceux que j'ai connus, aimés, et qui nous ont quittés. Présence de la mort. Sublimation de la vie. Que serait l'une, sans le miroir de l'autre ? Le pays physique : celui des milliers d'espèces de plantes et d'animaux, il faut absolument les protéger. Leur nature est la nôtre, leur terre nous est commune.

 

Pays physique. Présence surgissante des eaux. Pays de sources et de torrents, bassin d'un fleuve, des frontières uranaises jusques aux Camargues. Destin.

 

Je n'ai pas fait exprès, mais c'est ici ma note numéro 1291 depuis que j'ai lancé ce blog, en octobre 2007. Je vous souhaite à tous une journée d'amitié et de recueillement, ou de folles festivités sonores, comme vous voudrez. Hommage et salut au pays physique, celui qui se voit, celui qui se hume, celui qui se goûte. Le pays des sens et du sentiment. Quelque part entre la vie et la mort. Juste là, oui.

 

Pascal Décaillet

 

 

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31/07/2012

Terre et ciel

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Mardi 31.07.12 - 19.16h

 

 

Cette ultime journée de juillet aura été, là où je suis, l'une des plus belles de l'année. La pureté du ciel. La qualité des nuages. Les intrusions de lumière. Et surtout, les nouvelles de Turquie. Bonne rentrée à M. Varone. Je me souviendrai de ce 31 juillet comme d'un moment soluble et léger, solide pourtant, avec des racines et d'incroyables échappées célestes. Quelque chose qui ressemble à la liberté.

 

 

Pascal Décaillet

 

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30/07/2012

Mon soutien à Christian Varone

 

Sur le vif - Lundi 30.07.12 - 18.54h

 

Christian Varone, le chef de la police cantonale valaisanne, est retenu en Turquie depuis vendredi, apparemment pour une histoire de caillou ramassé par l'un de ses enfants, "qui le trouvait joli", en bordure d'un site archéologique. Retenu depuis trois jours ! Où se trouve-t-il ? Est-il en état d'arrestation ? Les nouvelles, pour l'heure, ne sont pas faciles à établir avec exactitude.

 

Christian Varone, comme d'ailleurs n'importe quel père de famille suisse à qui serait arrivée une telle mésaventure, a droit à notre soutien moral et à une aide rapide des autorités pour débloquer la situation. Non parce qu'il dirige, au reste avec maestria, l'une de nos polices cantonales, mais parce qu'il est un citoyen suisse. Doublé d'un haut fonctionnaire d'une rare qualité, ainsi qu'il l'a montré récemment dans la gestion du drame du tunnel de Sierre.

 

Dans ces conditions, c'est avec étonnement qu'on découvre sa ministre de tutelle et présidente du gouvernement valaisan se contenter de parler "d'affaire privée". Oui et non. Oui, parce qu'il était en vacances à Antalya. Non, parce qu'il s'agit d'un personnage éminemment public, exerçant l'une des fonctions régaliennes de l'Etat.

 

Quoi qu'il en soit, affaire publique ou affaire privée, si vraiment le seul grief est cette histoire de caillou, ce compatriote a droit à une action rapide de la Suisse pour demander aux autorités turques toutes explications sur cette singulière rétention, depuis trois jours.

 

Pascal Décaillet

 

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La Suisse, fille du feu au parfum de silex

 

Fragments d'un discours sur le pays - Lundi 30.07.12 - 14.55h

 

Citoyen suisse, né suisse, descendant de Suisses aussi loin que puisse porter mon regard généalogique, en tout cas jusqu'en 1815 (auparavant, mes ancêtres étaient simplement Valaisans), j'aime ce pays. J'y ai accompli, et même plus que d'usage, mes devoirs de citoyen, ne me suis jamais dérobé à nulle votation ni élection, ai entrepris toutes choses pour promouvoir le débat politique dans ce pays. Et pourtant, je n'ai jamais été un grand adepte de la fête nationale du 1er août.

 

Elle touche pourtant, je le sais, un très grand nombre de mes compatriotes dans leur cœur, par l'indicible réchauffement de ces feux nocturnes, je respecte totalement leur attachement, lui reconnais même quelque chose de beau, surgi de l'intime, populaire et spontané.  Nulle instance centrale, en Suisse, ne nous contraint, après tout, à ces rites de nuit et de lumière, ils viennent d'en bas, de partout. Ils jaillissent des communes, des communautés, « Gemeinschaften », comme un appel à ce qui nous ressemble, nous rassemble.

 

Mais je n'aime pas trop la mythologie historique du 1er août. Ni cette surexposition de la fin du treizième siècle - au détriment des événements capitaux de 1798 et 1848, sur lesquels j'ai tant travaillé à la RSR, et qui, eux, sont fondateurs de la Suisse moderne. Qu'on ait bâti sur des mythes ne me gêne pas en soi. Après tout, la prise de la Bastille a, elle aussi, été revisitée par les historiens comme un épisode plutôt mineur dans l'enchaînement d'événements qui fondent la Révolution française. Et les mythes, comme l'a remarquablement montré Anne-Marie Thiesse ( « La création des identités nationales, Seuil, l'Univers historique, 1999 ») jouent dans l'imaginaire commun un rôle de premier plan, infiniment supérieur aux puissantes exégèses de la raison dialectique.

 

C'est pourquoi les passionnés, comme moi, des événements politiques suisses du dix-neuvième siècle n'ont jamais réussi à remplacer le mythique, mais magnifique 1er août, par une date autrement pertinente, le 12 septembre 1848. Pertinente, mais hélas inconnue, impopulaire, lointaine. À coup sûr, s'il fallait voter, les partisans du 12 septembre (la première Constitution fédérale, votée par la Diète) seraient écrasés par ceux du 1er août. Et d'ailleurs moi aussi, finalement, je voterais pour août ! Par une sorte de choix de l'instinct contre la froideur de la raison démonstrative. Le lumignon, contre les Lumières.

 

Pourquoi ? Mais parce que les meilleurs pères de la nation, ces prodigieux radicaux de 1848, à qui nous devons tant, ne pourront jamais grand chose contre la puissance de l'instinct ni celle de l'émotion. Barrès pour la France, Gonzague de Reynold pour la Suisse, parmi quelques autres, l'ont évoqué. Ne parlons pas de l'éblouissante littérature italienne autour du Risorgimento, ni du Sturm und Drang allemand : oui, l'attachement national (qui, d'ailleurs, ne signifie en rien le rejet de l'autre, ni du voisin, ni de l'étranger) a inspiré d'éblouissantes plumes. Que d'aucuns, aujourd'hui, se refusent à les lire, n'abolit pour autant ni leur fonction historique, ni leur valeur littéraire, à moins qu'on entende les brûler, tiens, dans un feu du 1er août, par exemple ! La cérémonie ne manquerait pas d'attrait, et on pourrait citer Heine, « Dort wo man Bücher verbrennt, verbrennt man am Ende auch Menschen ».

 

Dix-neuf billets sur vingt, à peu près, nous rappellent ces jours que la Suisse est métissée et doit se montrer ouverte aux étrangers. Eh bien ils ont raison, pardi. Et ce qu'a déclaré Antonio Hodgers, dans le Matin dimanche d'hier, me convient très bien. Mais enfin, à observer un peu ce pays, il ne me semble pas, en comparaison internationale (à commencer par nos voisins immédiats) qu'il soit le moins ouvert ni le moins accueillant. Ni le moins multiple dans les strates complexes de sa composition interne. Ni celui qui, dans son Histoire, ait le plus farouchement pourchassé la différence. Ni persécuté l'altérité.

 

Attention, donc, à l'excès d'auto-fustigation. Il est, au fond, tout aussi prétentieux de se proclamer les pires, que les meilleurs. La Suisse, au cœur du continent, est un petit pays aux équilibres fragiles, rien n'assure qu'elle soit là pour l'éternité (comme aucune nation d'ailleurs), rien ne la préserve du malheur, ni du démembrement, ni de la rupture des solidarités internes. À chaque génération de se battre. Rien n'est acquis, rien n'est perdu.

 

Je dirai enfin un mot des paysages. Ceux de la Suisse me bouleversent. Parmi d'autres (Provence, Toscane, Cévennes). Mais en très haute position. Et cet attachement se trouve être celui d'un très grand nombre de mes compatriotes. En lisant le très bel ouvrage de Rémi Mogenet sur la littérature en pays savoyard, j'ai écouté vibrer en moi cette dimension affective du pays. Cette part d'instinct arraché à la terre n'a rien d'ancestral, ni d'archaïque, ni de démodé. Le succès de l'initiative des Alpes (1994), de celle autour des marais de Rothenthurm (1987), évidemment aussi celle de Franz Weber (2012) montre l'attachement des Suisses à leur patrimoine naturel. C'est une valeur constitutive de notre pays. En parcourant, hier dimanche, le bisse de Clavaux, entre la cistercienne fierté des murettes et la géométrique précision des plans de vignes, entre le parfum du silex et le goût de soufre, toute vue plongeante sur les vertes eaux du fleuve, je me suis dit que j'errais au cœur d'un patrimoine universel. Particulier, donc planétaire.

 

À tous, je souhaite, avec un peu d'avance, une excellente fête nationale.

 

 

Pascal Décaillet

 

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20/07/2012

L'armée française est magnifique. Et la nôtre ?

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 20.07.12



Une armée impeccable, sans rien en elle qui suinte l'arrogance, non, juste une armée au service de la nation. C'est le sentiment que m'a donné le défilé du 14 Juillet, devant François Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. J'ai pensé à la France, son admirable Histoire, ses éclatantes victoires sur les champs de bataille, mais aussi la profondeur désespérée de ses défaites (mai-juin 1940), cette France « oscillant sans cesse de la grandeur au déclin » (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre). Et puis, j'ai aussi pensé à mon pays, la Suisse, pour lequel j'ai tout de même fait, dans ma jeunesse, quelque 500 jours d'armée. Et je me suis demandé pourquoi notre voisin donnait l'impression d'un rapport plus simple que le nôtre avec ses forces armées, quelque chose de décomplexé, dont nous sommes loin.



C'est tout de même paradoxal : la Suisse, nous sommes tous d'accord, se porte mieux que la France. Economiquement, financièrement, et même politiquement, grâce à une démocratie directe et un fédéralisme que beaucoup (à commencer par nombre de Français !) nous envient. Nous sommes, globalement, un peuple plus heureux (pour reprendre Denis de Rougemont), avons infiniment moins souffert de la guerre, n'avons pas eu à vivre l'humiliation d'une défaite (1940), d'une occupation, ni les tourments moraux des guerres coloniales. Pourtant, nous avons avec notre armée un problème que la France semble ne pas entretenir.



Retour sur les Champs. Vous les avez vus, ces uniformes ? Ça vous a quand même une autre gueule que la bonne vieille tenue de sortie, ou de combat, de l'armée suisse. Des spahis à la Légion, des démineurs aux troupes de santé, des pompiers aux gendarmes, des zouaves aux légendaires régiments d'infanterie (dont certains datent de l'Ancien Régime), voilà des militaires, hommes et femmes, fiers de ce qu'ils sont. De la tenue, mais aucune arrogance, aucune posture dominatrice. Au contraire : tout est mis en scène pour mettre en évidence la primauté du pouvoir civil. L'armée française est un outil de la politique nationale, en aucun cas un but en soi. Et la population, qui applaudit, l'entend comme cela.



L'armée suisse aussi, me direz-vous ! Mais alors, pourquoi cela se voit-il moins ? Pourquoi avons-nous toujours tant d'états d'âme face à notre chose militaire ? Pourquoi rechignons-nous à les montrer, nos régiments, dont certains sont pourtant admirables ? Il y a, bien sûr, l'aspect toujours obligatoire (contrairement à la France, depuis Chirac) de la conscription suisse. Mais cela n'explique pas tout. Nous avons un problème avec notre armée, pourtant bien meilleure, me semble-t-il, que celle de mon époque, avec ses colonels-banquiers qui semblaient davantage tenir au maintien de l'ordre social qu'à la défense du pays. Aurions-nous honte, petit pays fragile, de nos forces de sécurité ? Et si oui, pourquoi diable, je vous prie ?



Pascal Décaillet

 

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19/07/2012

Journalisme politique

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.12 - 09.55h

 

Toute ma vie, je me suis battu pour le journalisme politique. Celui qui parle des affaires de la Cité, met en débat les énergies contradictoires, fait connaître au public les enjeux citoyens et les acteurs de la politique, décrypte leurs intentions, commente leurs décisions. Partout où je suis passé (Journal de Genève, Radio Suisse Romande, radios et TV privées), j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour qu'existent des pages, des émissions où l'on parle de politique. Ce combat, à l'intérieur des rédactions, n'est jamais gagné d'avance. Il est même le fruit d'un travail de persuasion qu'on peine à imaginer.

 

Pourquoi ? Parce que le politique, au sens large, disons l'intérêt pour les grandes aventures communes, les institutions, l'Histoire, les assurances sociales, les combats syndicaux, le choc des idées, n'est pas nécessairement l'obsession prioritaire des rédactions. Depuis un quart de siècle, le journalisme dit « de société » a gentiment phagocyté les paginations, pas toujours pour le meilleur. Ne parlons pas du « people », qui a transformé, ces dernières années, l'un de nos bons journaux populaires romands en une véritable machine à tout dire, à commencer par n'importe quoi, sur la vie privée des gens. Pour ma part, je ne supporte tout simplement pas cela.

 

Lancer une émission politique, dans un média, que ce soit Forum à la RSR ou « Genève à chaud », sur Léman Bleu, ou bien d'autres encore, nécessite d'abord de persuader ceux qui vous font confiance, parfois contre l'avis de nombreux pairs, qui maugréent en ruminant que « la politique, ça n'intéresse personne ». Le seul moyen de leur prouver le contraire, c'est évidemment de faire l'émission, et de se battre pour qu'elle réussisse. Affirmer que ce combat est mobilisateur de toutes les énergies, c'est peu dire, et sûrement pas assez par rapport à la réalité, qui est dévorante.

 

Mais enfin, les résultats sont là. Depuis qu'existe Forum (et le défi a été parfaitement poursuivi après mon départ), on n'a jamais autant parlé de politique, sur les ondes, en Suisse romande. Depuis qu'existe « Genève à chaud », on n'a jamais autant parlé de politique à Genève. On aime ou pas, certains détestent, d'autres adorent, mais les faits sont là : le champ du débat politique a été considérablement augmenté. La presse écrite, d'ailleurs, mise en concurrence par ce style d'émissions, a superbement réagi en lançant ses sites « online », attaquant de front l'audiovisuel sur sa vertu cardinale : la rapidité de l'information. Et cette concurrence, entre les rédactions, est formidablement stimulante.

 

Une chose encore : la part d'émission citoyennes, et de débats politiques, dans les TV privées (Léman Bleu, La Télé, Canal 9) par rapport aux mêmes segments du service dit public. Elle est infiniment supérieure ! Alors que la RSR diffuse Formule 1 et séries américaines, ainsi qu'un nombre incalculable d'émissions n'ayant strictement rien à voir avec le service public, ce sont les privés, paradoxalement, qui augmentent, d'année en année, le champ du débat citoyen. Et culturel. Et sportif, sur leurs zones de diffusions : regardez comme Léman Bleu, par exemple, donne la parole aux petits clubs locaux, aux acteurs sportifs d'ici. Des milliers d'entre eux y passent, chaque année. Idem sur La Télé. Idem sur Canal 9.

 

Toute ma vie, là où je serai, que ce soit sur le papier, dans les ondes radio ou TV, et de plus en plus sur internet, je continuerai de me battre pour la présence de la politique. Parce qu'elle me passionne depuis la campagne présidentielle de décembre 1965, parce que je ne remercierai jamais assez mes parents de m'avoir abonné au Nouvel Observateur dès l'âge de quinze ans, parce que je connais très bien la politique en Suisse, et ceux qui la font. Parce que j'aime ce pays, son Histoire, ses 26 Histoires cantonales, sa fragilité. Parce que je veux croire en l'action politique. En déceler, de la gauche à la droite, les jeunes talents. Toute ma vie, oui, comme journaliste, je conduirai ce combat.

 

Pascal Décaillet

 

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15/07/2012

Notre Dame des Congestions

 

Sur le vif - Dimanche 15.07.12 - 10.22h

 

Notre Dame, depuis les pires heures du Kulturkampf, n'avait plus vu un tel bordel. Dans un quartier éternellement raté (les clichés du milieu du dix-neuvième siècle, avec cette gare à se pendre, au milieu de rien, le montrent déjà), Sainte Michèle et Sait Rémy ont décidé de faire très fort. À quelles fins ? Mais l'expiation, pardi ! Celle du cochon d'automobiliste, habité par la porcine folie de s'imaginer qu'une artère a pour vocation de permettre à un véhicule de se mouvoir d'un point A à un point B. La pauvre âme. Ignorait-elle qu'elle n'était là, l'artère, que pour l'équarrissage ?

 

Imaginons une famille de touristes espagnols, de passage. Ils nous ont fait l'amitié de venir visiter notre ville. Hier, samedi 14 juillet, jour de trémoussements sur les quais et d'ouverture de chantier, place des 22 Cantons. Ils sont en voiture, ce qui, au pays de Torquemada et Picasso, ne constitue pas encore un crime de sang. Eh bien, sur le coup de 20 heures, pour se mouvoir de la place du Cirque à Cornavin, ils ont bien dû mettre trois quarts d'heure. Pas sûr que ça les encourage à revenir nous dire bonjour.

 

Et ça n'est que l'apéritif, le prénom. Sur cet axe, nous allons tous trinquer. Comme à Bel-Air ! Comme partout. Que des travaux, donc des aménagements, des déviations, soient nécessaires, n'importe quel esprit citoyen et responsable en convient. Mais cette impéritie. Cette absence de toute information, en amont, ne serait-ce qu'aux entrées de la ville, comme le font si  bien les Français, sur leurs écrans d'autoroutes. Cette carence totale de vision coordonnée, avec une véritable mise en place de panneaux de déviation. Non, le cochon d'automobiliste est condamné à vivre en silence l'immobilité de son destin. Pire : les feux ne sont même pas mis au clignotant. Et le cochon, tellement brave et discipliné, surajoute au statisme en les respectant.

 

Et on va tous trinquer, pour la bonne raison qu'emmerder au maximum l'automobiliste est voulu d'en haut. C'est une politique. Voulue, assumée, planifiée, mise en œuvre. Par une Direction générale de l'Immobilité, elle-même aux ordres de beaux esprits considérant la voiture automobile comme l'incarnation du Mal. « Ils veulent prendre leur bagnole en ville, eh bien ils vont voir ce qu'ils vont voir ! ». Qu'un article de la Constitution, adopté par le peuple souverain, reconnaisse le libre choix du mode de transport, les laisse totalement indifférents. Ils sont mus par une idéologie. Raide, pétrifiée. Ils n'y dérogeront pas. Nous trinquerons. Et Notre Dame des Congestions pourra contempler, longtemps encore, la sainte éternité de l'immobilité.

 

Pascal Décaillet

 

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14/07/2012

Le président et le parachutiste

 

Sur le vif - Samedi 14.07.12 - 16.57h

 

Un président digne, et pourtant souriant. Parfaitement dans son rôle de chef de l'Etat et de chef des Armées, mais avec calme, naturel, sans prendre d'inutiles airs martiaux. Oui, j'ai beaucoup aimé François Hollande, ce matin, sur les Champs-Elysées. J'ai d'ailleurs aimé ce défilé, cette armée française au service de la République, et je crois que ce rôle, respectable et décomplexé, est perçu en 2012 par une très grande majorité de Français. Nous, Suisses, pourrions au fond en prendre pas mal de graine, et c'est un homme qui a fait 500 jours d'armée suisse qui signe ces lignes.

 

François Hollande a donné exactement l'image qu'il fallait : celle du chef de l'Etat, mais aussi, par son sourire, son amabilité, son respect des troupes qui défilaient devant lui, celle du père de la patrie. L'armée, vécue non (surtout pas) comme un but en soi, encore moins comme un corps indépendant, potentiellement factieux, mais véritablement comme un instrument de la politique nationale, obéissant au pouvoir civil, intervenant pour protéger les populations, en France ou à l'étranger.

 

Il est tout de même étrange que la France, qui revient de si loin en matière militaire, a livré tant de guerres et tant de batailles, vécu les plus belles victoires et les plus terribles défaites (mai-juin 1940), entretienne aujourd'hui un rapport plus simple, plus décomplexé avec son armée, que nous les Suisses. La fin de la conscription obligatoire, sous Chirac, dans le pays de qui fut celui de la levée en masse de l'An II et des éclatantes victoires des armées de la Révolution, mais aussi de l'immense sacrifice de la Grande Guerre, y est pour beaucoup. Car ces hommes et ces femmes qui ont défilé ce matin sont tous des volontaires, ils ont choisi le métier des armes, ce qui change radicalement les choses.

 

Retour à Hollande. Le président - qui fut militaire, et même officier de réserve - ne se croit pas obligé de prendre des airs sévères. Il arbore juste la distance qu'il faut, se montre détendu mais sans relâchement, bref un Français comme un autre, juste chef de l'Etat pour cinq ans. Un politique juste assez délivré de la mystique. Il ne se prend ni pour Louis XIV, ni pour Carnot, ni pour le Poincaré du défilé de 1919. Il se prend juste pour le président de 2012. Normal, ce qui ne signifie pas banal.

 

L'exemple le plus parlant : un para, en atterrissant sur les Champs, se blesse. Mauvaise chute, apparemment sans trop de gravité. Le président, en toute simplicité, vient à sa rencontre, lui demande comment il va, lui serre la main, espère qu'il ne gardera pas « un trop mauvais souvenir de ce 14 juillet ». Assurément, ni de Gaulle, ni Mitterrand n'eussent, en pareille circonstance, bougé d'un centimètre. Eh bien cette humanité aimable du chef de l'Etat, non seulement ne nuit en rien à son autorité, mais symbolise son lien avec les gens.

 

De ce 14 juillet, je garderai le souvenir de cette simplicité et de ce sourire. Il y avait, de tous les côtés me semble-t-il, du respect. Non pas celui qui s'impose par les aboiements de l'autoritarisme. Mais celui dont parlent mes amis André Castella et Jean-François Duchosal. Et qui, tout simplement, change la vie.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/07/2012

Jean-Marc le Stylite

 

Sur le vif - Vendredi 13.07.12 - 15.25h

 

Mais enfin, ne regardez que la prunelle : elle pétille ! Vingt ans conseiller municipal, avocat, homme de lettres, Jean-Marc Froidevaux a la célérité du milan noir quand s'offre à lui, déjà perdue, l'innocence de la palombe. Un esprit vif, enfin, dans un cénacle qui donne hélas l'impression d'en être avare, la capacité de convaincre. Jouer. Donner sa chance à la malice, parce que la rhétorique politique, c'est aussi cela, et pas seulement  le labeur et le triste labour d'interminables démonstrations. Oui, Jean-Marc Froidevaux, à l'instar d'une Salika Wenger, possède à merveille l'art de la parole publique. Ça n'est pas tout. Mais ça n'est pas rien.

 

Vingt ans d'opposition municipale. Vingt ans à tenter d'établir une parole de droite, avec de l'huile et du feu, des images et de la lumière, dans l'épicène austérité du temple de la gauche. Ça forge un tempérament. Mais aussi, ça vous affine et vous dessine une certaine posture de langage. Il s'agit de se montrer bien plus malin que les majoritaires, plus retors, ça fait de vous à la fois un frontal et un contorsionniste, il y faut à la fois le goût du diable et celui de quelque saint exalté, solitaire, roide, tiens disons un stylite, par exemple.

 

Seul sur sa colonne, Jean-Marc Froidevaux siège au milieu du monde. De son désert, toute désaffectation feinte, rien ne lui échappe. Si par hasard il était élu, le 4 novembre, l'exécutif de la Ville pourrait se transformer, oh même petitement, en un de ces lieux, dont parle Barrès, « où souffle l'esprit ». Et même les quatre autres, Sandrine, Esther, Rémy, Sami, au diable les antagonismes, moi je vous dis qu'ils en sortiraient plus grandis et plus éthérés, de ce compagnonnage-là. Une Nef des fous ! Pour mieux nous servir.

 

Il y eut Adrien, trop jeune pour l'heure, mais que l'avenir attend. Il y a Olivier, trahi par tous et que l'épreuve grandira. Il y a Eric, l'homme le plus seul, sublime de vigilance. Il y a Guillaume, qui voudrait conquérir. Et puis il y a Salika et Jean-Marc. Et avec ces deux-là, je vous le dis, la campagne sera plus belle. « D'Italie, de Prusse ou d'Espagne ». Elle aura, c'est sûr, des accents d'héroïsme et de folie.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/07/2012

La Garde meurt, mais n'émigre pas

 

Sur le vif - Mercredi 04.07.12 - 09.41h

 

Adorable Tribune de Genève. Elle semble découvrir aujourd'hui, comme mille grêles après mille vendanges, l'existence d'une Garde Noire auprès d'un conseiller d'Etat. Et s'étonner que cette Garde, pudiquement appelée "rapprochée" suive son maître, lorsqu'il change de Département.

On notera au passage l'extraordinaire marge de manœuvre de la chancelière, dont ce genre de choses devrait relever, et qui préfère renvoyer au... conseiller d'Etat concerné! On notera enfin à quel point ledit magistrat, dans une interview laconique, nous promène, en définissant désormais comme "transversal" l'échelon des secrétaires généraux, juste parce que ça l'arrange, alors que cette fonction était jusqu'ici attachée aux Départements.

Bref, à peine a-t-on l'impression, avec l'arrivée de Pierre Maudet, puis la nouvelle répartition, d'un bain de jouvence du Conseil d'Etat, aussitôt hélas cette heureuse nouvelle se trouve affaiblie par le retour de l'arbitraire et la sauvage mainmise sur les prébendes. Et par qui ? Pas les mêmes, toujours. Les griffes du pouvoir sont d'une petite mère jalouse, hors de soi et possessive.

 

Pascal Décaillet

 

 

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