13/03/2012

Murat, Philippe, Romain

 

Sur le vif - Mardi 13.03.12 - 12.26h

 

Ils s'appellent Romain de Sainte Marie (26 ans) ou Murat Julian Alder (30 ans). L'un est socialiste, l'autre radical (non, je ne dis pas PLR, c'est un grand et noble mot, dans notre Histoire politique suisse, que « radical »). Les deux ont le sens de l'Histoire, le sens de l'Etat. Sur le plan politique, économique, ils se combattent. Mais avec un remarquable respect. Ils ont appris l'art du dialogue, celui de l'argument. Ils ne saisissent les verres d'eau que pour les boire. Ils ne passent pas leur temps, comme d'autres, à insulter tout le monde, toute la journée et toute la nuit, sur les réseaux sociaux. Non. Ils font de la politique. Adorent ça. Bossent comme des fous. Ces deux-là, parmi d'autres (Olga Baranova, Philippe Nantermod, Emmanuel Kilchenmann), seront les personnalités politiques de demain.

 

Je rends hommage à ces jeunes. Parce qu'ils contrastent tellement avec la tristesse de huis clos de certains caciques du Grand Conseil. Faire de la politique entre soi. En cercle fermé. Se soutenir, par d'étranges transversalités, ménager les carrières mutuelles : cette année je suis président, l'an prochain ce sera toi, dans deux ans ce sera lui. En attendant ce jour, on se cajole, on se mitonne, on défend la caste, contre toute irruption de l'extérieur. Tristesse !

 

Murat, Philippe, Romain, quoiqu'élus déjà dans des Conseils, font la politique dehors. Sur le terrain. C'est cette passion du militantisme qui a conduit le Jeune Socialiste, contre vents et marées il y a trois ans encore, à devenir, le 24 mars prochain, le nouveau président du parti socialiste genevois. C'est son talent, sa culture juridique et politique, sa connaissance des langues, sa passion du débat qui feront du radical de trente ans, sans trop tarder on l'espère, une figure de proue de la vie politique genevoise, ou suisse. C'est son courage, en acceptant d'affronter, seul contre tous, les partisans du prix unique, de se faire traiter d'inculte ou de plouc des montagnes, qui a permis à Nantermod, dimanche soir, de se trouver, au niveau suisse, dans le camp des vainqueurs.

 

Hommage à ces Mousquetaires. Et à tous les autres. L'avenir leur appartient.

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/03/2012

L'Enfer dans un verre d'eau

 

Sur le vif - Lundi 12.03.12 - 17.36h

 

On vient de l'apprendre: c'est à huis clos que le Grand Conseil, ce jeudi 15 mars à 22h, traitera l'opposition d'Eric Stauffer contre sa sanction de cinq mois d'exclusion des commissions.

 

Il y a une pièce de Sartre, plutôt géniale, qui s'appelle "Huis Clos". Et qui se termine par cette phrase: "L'Enfer, c'est les autres". Mais là, qui est le Diable? Qui sont les juges? Et qui sont les damnés? Et si l'Enfer, comme la soif du mal, n'était rien d'autre qu'une histoire d'eau?

 

Pascal Décaillet

 

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La dérive, en fonction du rivage

 

Sur le vif - Lundi 12.03.12 - 12.08h

 

Singulier (et un peu tardif) communiqué des Verts genevois, à l'instant: "La démocratie en dérive". A propos de la loi sur les manifestations. Il y avait une votation populaire. Il y a eu débat. Tous on pu s'exprimer. En toute connaissance de cause, le souverain a pris sa décision. En quoi la démocratie est-elle à la dérive?

 

Pascal Décaillet

 

12:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/03/2012

Prix du livre : vous prendrez bien un petit ouzo ?

 

Sur le vif - Dimanche 11.03.12 - 18.55h

 

Refusé par 56, 1% du corps électoral, le prix unique du livre n'est accepté que par les Romands. La coupure est nette, entre une partie centrale et orientale du pays (incluant le Tessin) et son aimable Finistère occidental, où paraît-il l'ouzo le dispute aux olives, qu'on appelle « Suisse romande ». Pourquoi ?

 

L'argument le plus détestable serait de faire de nous des humanistes attachés aux petites librairies, là où nos compatriotes alémaniques, se foutant des bouquins comme de l'an quarante, n'auraient comme souci premier que la fréquentation du Salon de l'Auto. Hélas pour les tenants de cette vision, il y a Frisch et Durrenmatt, Gottfried Keller et Carl Spitteler, l'éblouissant cahier littéraire de la NZZ le samedi : non, pour la dimension culturelle, les Alémaniques n'ont strictement rien à nous envier.

 

Dans mes années bernoises, j'ai fréquenté de magnifiques librairies, dans la Vieille Ville, il y en a tout autant à Zurich. Et cette manière, de la part de partisans, de mépriser les opposants est l'une des raisons, ce soir, de leur défaite. Bravo, au passage, au courage d'un Philippe Nantermod qui, seul contre tous, et sans beaucoup d'alliés dans son camp politique, a bien voulu endosser le rôle de la brute inculte, débarquée des montagnes, dans les débats. Décidément, ce jeune homme est un tempérament politique de premier plan.

 

La vraie raison, c'est la différence de rapport au protectionnisme - pour le livre comme pour tout - entre Romands et Alémaniques. La Révolution française est passée par chez nous, ou plutôt l'Helvétique de 1798, beaucoup de nos cantons sont imprégnés de ce modèle où l'Etat n'est pas rien, doit protéger la culture, quitte à sortir certains secteurs de la logique de concurrence. Les Alémaniques, eux, sont beaucoup moins porteurs de cette vision. En un mot comme en mille, ils sont plus libéraux.

 

Dans cette votation, se posait la question d'un cartel. Pourquoi épargner celui-ci, lorsqu'on combat les autres ? On peut être un immense amoureux des livres, je crois faire partie de cette catégorie, et demeurer sceptique sur les raisons, et surtout l'efficacité, de cette exception.

 

Mon dernier mot sera pour Françoise Berclaz-Zermatten, la magnifique libraire de « La Liseuse », à Sion. Sachant que je ne voterais pas ce prix unique, elle m'a envoyé une remarquable lettre, pleine de respect et d'intelligence. Elle se trouve ce soir dans le camp des perdants. Je lui envoie toute mon amitié.

 

Pascal Décaillet

 

18:55 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Résidences: les opposants ont sécrété eux-mêmes le venin de la défaite

 

Sur le vif - Dimanche 11.03.12 - 17.03h

 

Il est rare, en Suisse, qu'une initiative passe: la double majorité, peuple et cantons, rend les chances de victoire très ténues. D'autres, demain, analyseront le succès de celle de Franz Weber. Mais une chose est sûre: quelque chose est venu d'en bas, de l'ordre de l'attachement profond des Suisses à leurs paysages. Fût-il - et je comprends la colère de mes amis valaisans - l'attachement fantasmé, depuis la ville, à la pureté de l'arrière-pays. On aime tellement les belles montagnes qu'on voudrait faire, contre leur gré, le bonheur de ceux qui y vivent toute l'année, âpres à la tâche, ceux qui n'ont pas voulu quitter leurs vallées pour un destin plus confortable. A cause de cela, j'ai fini par voter non à cette initiative. Mais j'avais hésité.

 

Hésité, pourquoi? Mais parce que Franz Weber fait résonner dans le coeur des Suisses quelque chose de fort. Sans être Vert (c'est bien le dernier parti que je choisirais), j'aime profondément la nature, la respecte, et dois reconnaître que l'aventure des constructions immobilières en montagne, depuis un demi-siècle, a parfois conjugué la rapacité du gain avec (ce qui est pire) le manque le plus élémentaire de goût. Nul n'en a mieux parlé que Maurice Chappaz, l'un de nos plus grands auteurs, dans son pamphlet "Les Maquereaux des cimes blanches", paru dans la collection Jaune Soufre de Bertil Galland, au milieu de ces années septante qui étaient celles du bétonnage éhonté.

 

Et puis, côté opposants, on a trop fait campagne avec des panzers. Ou des orgues de Staline. On a mis des sommes astronomiques dans la bataille, les Suisses ne sont pas dupes, voient bien tout cela, n'aiment pas trop se laisser faire.

 

J'ai voté non, je suis dans le camp des perdants. Et je suis en pensée avec toutes les personnes qui, par exemple en Valais, travaillent dans le tourisme et veulent faire vivre leur région. Mais il y a eu, dans l'armée d'opposition, une campagne trop violente, trop haineuese, pour ne charrier que la vérité. Le citoyen suisse, lorsqu'il se rend aux urnes, est doté d'un sixième sens pour détecter ce genre de choses. Comme si les opposants, dans leur excès, avaient sécrété eux-mêmes le venin de la défaite.

 

Pascal Décaillet

 

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Ces cochons de Genevois qui votent si mal

 

Sur le vif - Dimanche 11.03.12 - 15.21h

 

Suite à une campagne parfaitement démocratique, où tous ont pu s'exprimer, le corps électoral genevois a dit oui, à près de 55%, à la nouvelle loi sur les manifestations. Le souverain a tranché.

 

Il est, dès lors, particulièrement insupportable d'entendre immédiatement les perdants annoncer un recours au Tribunal fédéral. C'est chaque fois la même chose. Chaque fois les mêmes milieux ! Ils font campagne, et lorsqu'ils perdent, viennent en appeler à l'ordre juridique pour se substituer à la souveraineté populaire. Comme si les gens avaient « mal voté ». J'ai même entendu qu'ils n'avaient « pas compris l'enjeu » !

 

Comprenez : si vous votez juste, donc comme moi, c'est bien ; si vous votez faux, c'est que vous n'avez pas saisi. Alors, on va demander à un cénacle de juges, à Lausanne, de rétablir le vrai, le juste, le bien. Des juges, comme des grands prêtres de l'Ordre moral.

 

On pourrait, Messieurs les perdants, pousser encore un peu plus loin le raisonnement. Et proposer des stages de rééducation pour ceux qui ont mal voté. De façon à ce que tout le monde, à l'avenir, vote la même chose. Dans le sens du bien. Votre bien. Et vous, les mêmes qui prétendez vous battre pour la liberté d'expression, vous commencez par jeter aux orties la seule expression qui vaille en démocratie : le choix souverain d'un peuple qui se rend aux urnes.

 

 

Pascal Décaillet

 

15:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/03/2012

L'Iliade, à haute voix, c'est jeudi et vendredi !

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Mercredi 07.03.12 - 14.27h

 

C'est l'un des plus beaux textes du monde. Et il faut le lire à haute voix. Comme aux origines, où les vers étaient chantés, dans une civilisation qui n'était pas encore celle de l'écriture. Lire les 15'693 vers de l'Iliade en deux demi-journées, c'est l'éclatant défi d'AGLAE, l'Association des étudiants de grec et de latin de l'Université de Genève. Les lire dans une salle à l'acoustique remarquable, celle de la Bourse, au Conservatoire de musique, 8 rue Petitot. Demain, jeudi 8 mars, de 12.15h à minuit. Puis après-demain, vendredi 9 mars, de 12.00h aux environs de 23.00h. J'aurai le plaisir d'en être. C'est une habitude dont je ne me défais point.

 

L'entrée est libre. Chacun vient quand « ça le chante », reste autant qu'il veut. Souvent, saisis par le texte, les passants se surprennent à demeurer beaucoup plus longtemps qu'ils ne l'auraient voulu : et si c'était cela, le miracle homérique ? L'Iliade, l'Odyssée, comme la Tétralogie de Wagner, plus on y entre, moins c'est long, plus le temps s'évanouit, pour laisser place à l'œuvre.

 

Heureuse, la langue allemande, qui dissocie « lesen » et « vorlesen », qui en cinq syllabes sonores, « mit lauter Stimme », par la grâce d'une diphtongue, laisse entrevoir la jouissance de mettre en voix un texte poétique. En l'espèce, la très belle traduction de Frédéric Mugler (1995, Actes Sud, Collection Babel). La lecture épouse le découpage en 24 Chants, avec chaque fois une voix pour le narrateur, et une voix par personnage : Achille, Agamemnon, Athéna, Nestor, Thétis, Ménélas, Ajax, Priam, Hélène, Pâris, Idoménée, Diomède, Patrocle, Poséidon, Hécube, Zeus, Cassandre... Et la polyphonie de ces voix d'hommes et de femmes, l'alternance de ces rythmes, le croisement de ces timbres, sous le plafond de la Bourse, nous transforment l'alignement d'hexamètres en jeux de rôles. Et le miracle, tout naturellement, porté par les syllabes, se produit.

 

Je ne dirai pas ici à quel point, depuis l'adolescence, ce texte me bouleverse. Le destin d'Achille n'est-il pas, face à la mort, le nôtre à tous ? Je dirai simplement mes souvenirs de lecture, déjà à haute voix et dans le texte grec, avec André Hurst et Olivier Reverdin, il y a de cela plusieurs décennies. André Hurst, l'initiateur de ces lectures homériques, qui a tant fait pour transmettre la passion de la littérature grecque.

 

Alors voilà, si vous êtes amateurs d'émotions, venez à la Bourse. Venez écouter la colère d'Achille. Joignez-vous à nous. Nous vous attendons.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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04/03/2012

Soli Pardo : tristesse et respect

 

Dimanche 04.03.12 - 15.48h

 

Il y a plusieurs mois, Soli Pardo m'avait mis au courant de sa maladie. Il allait suivre, me disait-il, ce qu'il est convenu d'appeler un traitement lourd, ceux qui sont plus ou moins passés par là connaissent un peu. Homme debout, courageux, il a mené bataille.

 

Aujourd'hui, comme pas mal de monde à Genève, c'est avec une grande tristesse que j'apprends la nouvelle. Peu importent les partis, les fonctions, il y avait là l'essence, ciselée dans le noir, d'une très belle solitude. Nourrie de lectures, de textes, de poésie. Une réelle - et si rare, y compris chez ceux qui dévorent des livres ou se piquent d'en écrire - sensibilité au miracle de la langue.

 

Un homme d'humour. Le trait, fulgurant. L'étincelle de l'allusion. L'avoir sur un plateau, de radio ou de TV, échanger encore un peu après, était un authentique plaisir. Soli Pardo, c'était le contraste le plus saisissant, dans la classe politique, entre l'apparence d'une raideur, celle des choix publics, et la réalité d'une écoute, tellement plus souple qu'il n'y pût paraître.

 

Un esthète. Je ne dirai pas ici les auteurs dont nous parlions. Simplement, que certains d'entre eux étaient italiens. Jamais d'essai politique, encore moins d'économie. Non, juste la musique des mots. En passant.

 

A ses proches, sa famille, j'aimerais dire ici toute ma sympathie. Et mon respect.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Complémentaire: souris grises, s'abstenir !

 

Sur le vif - Dimanche 04.03.12 - 10.22h

 

L'élection complémentaire du 17 juin prochain présente un grand avantage, mais aussi hélas un énorme danger, dans la vie politique genevoise.

 

L'avantage, c'est la qualité des personnes en lice. Pierre Maudet est l'un de nos meilleurs politiciens, non seulement à Genève mais en Suisse. Eric Stauffer aura une occasion de tester, grandeur nature, l'évolution de l'adhésion de la population à ses thèses. Quant aux socialistes, s'ils ne se trompent pas de candidat, ils ont de très grandes chances de récupérer leur deuxième siège. D'autres, dans les jours qui viennent, pourraient s'annoncer.

 

Nous sommes exactement dans le cas de figure idéal d'une complémentaire : place à des personnalités fortes. Souris grises, s'abstenir. La République ne peut qu'en sortir gagnante, et ce nouveau conseiller d'Etat, même pour seulement seize mois, sera de nature à revitaliser un gouvernement en bout de course.

 

J'en viens au danger. Après avoir vécu un hiver de mort politique, tellement sont tombés bas les arguments, tellement fut douloureuse, et pitoyable, la lente et inexorable exécution d'un magistrat qui n'avait en aucun cas mérité cette issue, nous allons, c'est sûr, vers un très beau printemps : présidentielles françaises, puis législatives, complémentaire à Genève. L'occasion d'aimer la politique, le combat d'idées. Mais imaginer une seule seconde que le remplacement, cet été, d'un seul septième du gouvernement actuel, en abolira les carences structurelles, c'est se voiler la face. Genève n'a pas de Conseil d'Etat, elle a juste sept (enfin six, maintenant) personnes, dont certaines de qualité, jetées là, sans épine dorsale, sans cohérence, sans réels objectifs communs.

 

C'est cela qu'il faut changer. Et je ne suis pas sûr du tout que la Constituante prenne la mesure des réformes nécessaires, au-delà du cosmétique. Il ne s'agit pas de gouvernements monocolores. Non. Il s'agit d'opposer, non plus des personnes disparates, mais des listes les unes contre les autres. Des projets politiques ! Pour chaque liste, un objectif de législature (et non dix-huit), la ligne claire, la lisibilité d'une dominante. Et lorsque tout part en quenouilles, ça n'est pas un septième qui saute, comme un fusible. Mais les sept. Et le souverain redistribue les cartes. Alors qu'aujourd'hui, nous avons six survivants, tout heureux d'être encore de ce monde, et un sacrifié. Une manœuvre dont personne n'est dupe. Et le crédit du politique, chaque fois, qui s'effondre un peu plus.

 

Pascal Décaillet

 

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02/03/2012

Pierre Maudet : l'appétit sucré du destin

 

Sur le vif - Vendredi 02.03.12 - 14.41h

 

C'est hier soir 23h, à son domicile, que Pierre Maudet a pris sa décision : le Maire de Genève, à quatre jours de ses 34 ans, se lance dans la course au Conseil d'Etat. Hier après-midi encore, il pesait le pour et le contre. Dans la soirée, il rendait visite, en forme de veillée d'armes, à quelques grognards canal historique, dont le mythique radical des champs John Dupraz, dans son fief de Soral. Les bouteilles de Vieilles Vignes, où le silex le dispute parfois à l'abricot, ont-elles aiguisé l'appétit sucré du destin ?

 

Pierre Maudet est l'un de nos meilleurs politiciens, non seulement à Genève mais sur l'ensemble de la Suisse. Tombé dans la marmite, il donne sa vie à la politique. Avec lui, des heures, on peut parler d'Histoire suisse ou française, mais aussi de livres. Il a, comme Manuel Tornare, comme Pascal Couchepin, une véritable culture, un arrière-pays. Tous les politiques, aujourd'hui, ne donnent pas cette impression.

 

Sa candidature est courageuse. Il a plus à perdre qu'à gagner. En cas de non-élection, le retour en Ville, pour trois ans, ne sera pas facile. Il y a donc un très grand risque, il choisit de le courir, chapeau ! A partir de là, quid ? Franchement, je n'en sais rien ! Je rêverais, pour l'isocèle perfection du triangle, de le voir aux prises avec Manuel Tornare (qui se prononcera le jeudi 8 mars à 19h) et Eric Stauffer. Trois visions pour Genève. Et je dois dire, aujourd'hui 2 mars, que le camp socialiste a pas mal de chances de l'emporter. A condition qu'il choisisse le meilleur, et sache faire, pour un temps, l'économie de l'idéologie des quotas.

 

Si Maudet était élu, il y aurait, pour seize mois en tout cas, deux radicaux. Et alors ? Il pourrait bien y en avoir sept, comme dans les temps fédéraux bénis de 1848-1891, ou sept socialistes, si c'étaient les sept meilleurs ! Notre gouvernement actuel va si mal, et Genève avec lui, que les pesée d'apothicaires sont hors-sujet. Genève a besoin des meilleurs. Et ce Conseil d'Etat-là, pour éviter que la fin de législature se fasse sous perfusion, a besoin de combler le septième manquant par une très forte personnalité. Du nouveau conseiller d'Etat, on attend qu'aussitôt arrivé sur le terrain, il se mette, tel un remplaçant du banc de touche en football, à se mêler de tout, fasse bénéficier de sa fraîcheur l'équipe fatiguée.

 

Si les socialistes écartent le meilleur d'entre eux, alors oui, Pierre Maudet aura ses chances. Si au contraire, faisant la révolution copernicienne de jeter aux orties une idéologie paritaire qui leur a sans doute coûté le deuxième siège en 2009, ils envoient Tornare dans la bataille, la machine à faire des voix pourrait bien renvoyer le brillant radical en Ville. Pour l'heure, tout est ouvert. La campagne du printemps 2012 ne fait que commencer.

 

Pascal Décaillet

 

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01/03/2012

L'herbe brûlée

 

Sur le vif - Jeudi 01.03.12 - 15.14h

 

L'excellent Pierre Maudet sera-t-il candidat au Conseil d'Etat? En attendant la réponse, une remarque: il n'est pas sûr du tout que le Maire de Genève apprécie au plus haut point le passage de son collègue de parti, également ministre des Affaires sociales, à la tête du DCTI.

 

Car l'intérim de plusieurs mois pourrait bien se prolonger. Une fois élu, le nouveau conseiller d'Etat pourrait être appelé à reprendre le Département de la Solidarité et de l'Emploi. Et le cher camarade de parti de Maudet, se tailler sur mesure un empire dans le legs de Mark Muller. Où il aura, finalement, pris goût à ses fonctions intérimaires. Une bonne raison de se présenter pour un troisième mandat, non?

 

Ainsi va la vie politique: parfois on chemine ensemble, parfois on se sépare. Parfois on s'embrasse, parfois on se poignarde. On comprendra donc, dans ces conditions, que le brillant jeune loup de la Ville réfléchisse quelque peu avant de se lancer. "On" pourrait lui avoir brûlé l'herbe, nos seulement pour juin 2012, mais aussi pour novembre 2013.

 

Pascal Décaillet

 

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Le Petit Régent


Sur le vif - Jeudi 01.03.12 - 10.03h


Sans la moindre distance critique, la presse genevoise, ce matin, prend acte du coup de majesté interne au Conseil d'Etat, qui concentre dans les mains d'un seul homme près de la moitié des pouvoirs réels de la République. Ca n'est pas pour quelques mois, mais pour beaucoup plus longtemps que l'homme s'apprête à régner sur un empire. Nommer ses proches. Infiltrer ses relais partout. Non un super-ministre, mais un super-contrôleur, un surintendant général. Un régent.


Pascal Décaillet

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29/02/2012

Trop de pouvoirs pour un seul homme

 

Sur le vif - Mercredi 29.02.12 - 16.48h

 

Puisque personne, parmi mes confrères, ne le dira, les chapes de plomb étant à Genève ce qu'elles sont, je me lance : oui, bien sûr qu'un homme, désormais, au sein du Conseil d'Etat genevois, va tenir en ses mains, pour de longs mois, beaucoup trop de pouvoir. Et cet homme, c'est l'actuel ministre des Affaires sociales, le magistrat radical du gouvernement.

 

Il était clair, dès ce matin 05.09h, pour qui sait lire entre les lignes, que ce ministre-là allait, tout en gardant l'ensemble de ses prérogatives actuelles, assumer l'héritage de Mark Muller. Officiellement, pour quelques mois. Mais pourquoi pas pour bien davantage ? Ce qui gêne, c'est l'incroyable concentration de pouvoir, jusqu'à l'été, dans les mains d'un seul homme : la Solidarité, l'Emploi, Palexpo (où tous les pions ont soigneusement été placés), l'Aéroport, les Constructions, les Technologies de l'Information, le Plan directeur cantonal. Sans compter la tutelle, avec Charles Beer, de Madame Rochat ! C'est trop, beaucoup trop. Du jamais vu, dans l'Histoire récente de Genève.

 

Comment Pierre-François Unger a-t-il pu laisser glisser tant de prérogatives, auxquelles s'ajoutent les pouvoirs de nommer, révoquer, copiner, dans le giron d'un seul de ses cinq collègues restants ? C'est ahurissant, inexplicable. Que va faire, pendant ce temps, Madame Künzler ? Observer les castors ? Déséquilibre !

 

On sait maintenant qui va être le véritable homme fort du Conseil d'Etat. Déjà que l'homme n'a pas son pareil pour placer les siens, maîtriser les réseaux, tout contrôler. Il y aura désormais l'aimable PDC qui coupe les rubans, et le redoutable ancien secrétaire général de Guy-Olivier Segond, à qui rien n'échappe. Parce que tout son système repose sur le contrôle. Et pour l'épauler, un homme de l'ombre qui a, en plus, la haute main sur la répartition des bénéfices de la Loterie romande.

 

Trop de pouvoirs pour un seul homme. Sans parler de la quasi-totalité de la presse couchée devant lui. Le début d'une dérive.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Le Bureau des Affaires courantes

 

Sur le vif - Mercredi 29.02.12 - 14.44h

 

Ils sont si distraits, les gens du Bureau! Cet aimable septuor (un membre par parti) chargé de distribuer sanctions et bonnets d'âne, au Grand Conseil, vient de reconvoquer les siens pour une séance demain 14.30h. Objet: encore et toujours l'affaire du verre d'eau! Il avait été notifié, hier, à M. Stauffer qu'il ne pourrait plus, pendant cinq mois, assister aux commissions dont il est membre. Donc, spécifie son chef de groupe, Roger Golay, il participera, comme remplaçant, à toutes les commissions... dont il n'est pas membre!

 

Pour trouver une issue à cette délicieuse casuistique, le Bureau a donc reçu mandat, aujourd'hui 12.22h, de se réunir à nouveau demain!

 

Si le Bureau a besoin d'une aspirine, je connais quelqu'un qui pourra aisément lui fournir un verre d'eau.

 

Pascal Décaillet

 

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Avez-vous déjà caressé un Mammouth dans le sens du poil ?

 

Sur le vif - Mercredi 29.02.12 - 10.01h

 

Incroyable auto-complaisance du Mammouth, dans l'émission Médialogues. Entre Jean-Jacques Roth, Surintendant de l'irréel, François Cherix, Ventilateur, et Nicolas Dufour, Chantre, qui ose parler des télévisions et radios privées sans rien connaître de leur combat. Aucune contradiction. Consensus gluant. Aucun représentant de l'audiovisuel régional privé. Foncez sur l'archive, dès qu'elle sera disponible. Je reviendrai sous peu sur ce scandale.

 

Pascal Décaillet

 

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28/02/2012

Le Bureau des Poids et Mesures

 

Sur le vif - Mardi 28.02.12 - 16.48h

 

Un simple blâme pour Pierre Weiss, cinq mois d'exclusion des commissions pour Eric Stauffer. La disproportion est énorme. Flagrante. Par le déséquilibre de cette sanction, le Bureau du Grand Conseil ne veut voir que les effets, ignore les causes. Tout au moins, les atténue exagérément. Il s'offusque de l'impolitesse d'un geste, mais sous-estime la violence verbale - et totalement déplacée dans le contexte du débat - de la provocation. C'est son droit.

 

Le nôtre, c'est de décrypter la portée politique de la décision. Et de poser, tout de même, une question que certaines lèvres commencent à articuler : pourquoi Pierre Weiss a-t-il aussi violemment attaqué Eric Stauffer, vendredi soir, à deux jours et demi de la démission de Mark Muller ? Pour le faire craquer ? C'est réussi, bravo ! Pour discréditer un sérieux candidat à la complémentaire ? La réussite, devant l'opinion publique et surtout le peuple, reste à prouver.

 

Le monde parlementaire est bien petit. Entre roitelets, on aime à s'y congratuler mutuellement, dans l'horizontalité des réseaux interpartis. On y copine. On y coquine. On s'y félicite les uns et les autres. Entre soi, on y vit. Dehors, il existe un monde plus vaste. Le jour venu, il se fera entendre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Crime ou Châtiment ?

 

Mardi 28.02.12 - 08.36h

 

Je n'ai jamais été adepte de ces romans russes avec des dizaines de noms propres. Je n'en proposerai donc qu'un seul, ce matin: Manuel Tornare.

 

Pascal Décaillet

 

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27/02/2012

Nausée

 

Sur le vif - Lundi 27.02.12 - 15.43h

 

Désolé si je jette un froid dans le chœur des charognards (dont les pires sont encore ceux qui dénoncent les autres charognards), mais cet homme n'avait pas à démissionner. Il ne l'a fait que parce qu'il était à bout. Cerné, harcelé. Par la meute. A sa place, je veux dire pareillement acculé, trahi jusques aux siens, et d'abord par les siens, qu'aurions-nous fait, tous ? La même chose : jeté l'éponge !

 

Ceux qui ont eu sa peau n'ont pas à être fiers. Ils n'ont fait que surajouter leurs hurlements aux autres de la meute. Les uns, tellement lisibles, voulant sa place. Les autres, trahissant. La majorité du Conseil d'Etat, basculant. Son président exigeant la production d'un document confidentiel, ce qu'à très juste titre, Maître Bonnant condamne, dans une lettre au Bâtonnier.

 

En aucun cas, l'affaire du Réveillon ne méritait une telle issue. On s'est, pendant deux mois, acharné sur un homme. On l'a brandi en épouvantail de la République, alors que la blessure, dans la relation de confiance entre les citoyens et leurs autorités, est tellement plus profonde. Ce gouvernement est l'un des moins bons depuis la guerre. On y vivote ensemble, sans la moindre estime mutuelle. On y survit sans objectif commun. On a juste été jetés là, par d'improbables alliances de dupes, à l'automne 2009. Dans toute autre République du monde, une telle déliquescence ne se solderait pas par la démission d'un ministre, mais des sept.

 

Mon dernier mot sera pour Monsieur Muller. Cet homme est en train de vivre des moments extraordinairement difficiles. Il n'a nullement mérité de devoir se projeter, en pleine législature, hors d'un gouvernement où il a, en novembre 2009, fort bien été réélu. Je le lui conserve mon respect, lui souhaite bonne chance pour la suite, et me réjouis de pouvoir, à l'avenir, lorsque nos chemins se croiseront, le regarder dans les yeux.

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/02/2012

Merci aux élus qui se mouillent !

 

Sur le vif - Samedi 25.02.12 - 19.35h

 

La scène d'hier soir, au Grand Conseil, nous vaut depuis quelques heures une grêle de commentaires. De qui ? Des parlementaires eux-mêmes ! De gauche, de droite, sur les blogs, les réseaux sociaux, les députés genevois reviennent à n'en plus finir sur le spectacle... qu'ils ont eux-mêmes donné ! Les deux acteurs principaux, les seconds rôles, les faire-valoir, les figurants, oui tous, les secs et les humides, s'érigent en critiques de leur propre comédie. Hurlent à la démission. Donnent des leçons de morale. Comme s'ils étaient totalement externes à la pièce. Imagine-t-on une critique de théâtre, au lendemain de la première, rédigée par l'équipe des comédiens, elle-même ?

 

S'exprimer est évidemment leur droit le plus strict. Le nôtre, à tous. Mais nos élus devraient s'interroger sur cette tendance, croissante ces dernières années, à devenir parfois davantage spectateurs de leur propre (parcelle de) pouvoir qu'acteurs. Nous, citoyens, pourquoi les avons-nous élus ? Pour qu'ils travaillent ! Pour qu'ils fassent de la politique. De gauche, de droite, du centre, tout ce qu'ils voudront, mais qu'ils AGISSENT. Dans l'intérêt supérieur de la République. A noter d'ailleurs que les deux antagonistes d'hier, MM Weiss et Stauffer, font précisément partie des députés les plus actifs, ceux qui s'engagent, allez disons même, pour détendre un peu l'atmosphère, « ceux qui se mouillent ».

 

Oui, ceux qui devraient n'être qu'acteurs passent, de plus en plus, une bonne partie de leur temps à... commenter la politique ! Blogs, réseaux sociaux, ils dissertent au lieu d'agir. Ils sont même de plus en plus nombreux, grâce aux miracles de la technique, à commenter tout en siégeant : ils commentent, en direct, les plénums, et ils commentent même parfois les commissions ! Ils veulent faire le texte et l'apparat critique, le titre, les illustrations, la mise en page. Ils veulent tout faire, eux-mêmes.

 

Cette tendance a commencé il y a quelques années. Avec les blogs. A lire certains élus, éminents, parfois d'ailleurs d'une plume alerte, on se prend à entrer dans le monde du chroniqueur, en oubliant qu'il est acteur. Et que le plus clair de son temps, il devrait plutôt le passer à inventer des solutions pour le bien commun, rédiger des projets de loi (ce que font MM Weiss et Stauffer), plutôt que se répandre à longueur de journée sur la toile. Certains d'entre eux rêveraient d'un monde où ils feraient tout eux-mêmes : ils prendraient les décisions politiques, les commenteraient eux-mêmes, pourquoi se pourrir la vie avec des médiateurs, des décrypteurs, des éditorialistes ?

 

A noter que nos deux bretteurs d'hier sont loin d'appartenir à cette catégorie du politicien commentateur de son propre champ d'action. L'un et l'autre, qu'on les aime ou non, qu'on partage ou non leurs idées, sont d'authentiques bosseurs ! Des combattants, courageux. Ça n'était pas, hier, une altercation entre deux médiocres, mais entre deux bons. Ils se sont engueulés ? Et alors ! Bien sûr, M. Stauffer a eu un geste de trop, c'est très clair, mais enfin, j'invite tout de même les gens à aller écouter les propos totalement déplacés, à ce moment du débat, de M. Weiss. Et je regrette que ce dernier ait pu les tenir aussi longtemps sans être remis à l'ordre par le président.

 

Un incident, donc. Comme il y en a dans tous les parlements du monde. Il n'est écrit nulle part que les élus doivent se comporter en bourgeois de salon. Quand un débat charrie un antagonisme aussi puissant que la question du CEVA et des Français qui tardent à payer, on peut s'attendre à ce que le ton monte. Eh bien, il est monté !

 

La suite ? Le parlement a un règlement, il est dirigé par un Bureau, qui prendra les décisions qu'il juge nécessaires. Lui seul est souverain. Lui, et non l'opinion publique. Puisse ce Bureau ne pas omettre de considérer l'aspect offensant - voire diffamatoire - et surtout totalement déplacé des propos qui ont mis le feu aux poudres. Parce que ne considérer que l'affaire aquatique, sans prendre en compte la violence de la provocation qui l'avait précédée, ne serait, tout simplement, pas juste.

 

J'invite mes confrères journalistes, éditorialistes, chroniqueurs, enfin ceux qui ont pour métier de décrypter, à se mouiller un peu sur cette affaire, comme je viens de le faire. Je me réjouis de les lire. Et les cent parlementaires de la République, j'aimerais les voir beaucoup plus travailler sur leurs projets que bavarder à longueur de journées, s'épancher dans les réseaux, spectateurs de leur propre action. Ou inaction. Bosser, oui ! Comme le font, avec ardeur, depuis des années, chacun à a manière, les deux très bons députés, l'un et l'autre habités par le démon politique, que sont MM Weiss et Stauffer.

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/02/2012

Genève : l'Entre-Deux-Mondes

 

Sur le vif - Vendredi 24.02.12 - 18.52h

 

Quelques siècles après d'autres, mais tout de même, la Tribune de Genève se rend compte ce matin que le Conseil d'Etat 2009-2013 est une catastrophe. Sept personnages en quête de hauteur, avions-nous titré ici, sept individus jetés là, à l'automne 2009, sans le moindre rapport entre eux, sans idéologie commune, sans programme de gouvernement, le Discours de Saint-Pierre n'étant, tous les quatre ans, que le faire-valoir de l'un parmi les sept, écharpe blanche, ombre des Macchabées, heure de gloire.

 

Dans ces sept, un homme de grande valeur, David Hiler. Certains plutôt bons, d'autres moins, peu importe : il n'y a pas de septuor ! Il n'y a que l'addition de sept unités. Pas de chef permanent. Pas de ligne. Pas de dynamique commune. On gère, çà et là. On additionne les décisions, protocolées, une fois par semaine, dans un document ahurissant, juste énumératif, sans vision ni hiérarchie. J'ai lu intégralement, hier matin, le rapport de gestion 2011 du Grand Conseil, bien plus intéressant, lui, que ces catalogues de vaisseaux de l'exécutif.

 

Tout cela, dans la campagne de 2009, nous l'avions dit. Car ce qui arrive aujourd'hui était prévisible. Erreurs de casting chez les libéraux et les socialistes : bien sûr que MM Jornot et Tornare eussent dû en être. Erreurs de découpage dans la répartition des Départements : en quoi la ministre de la Police doit-elle s'occuper d'environnement, ou celui des Affaires sociales, de l'Aéroport ? On a coupé à la hache, humilié certains, satisfait les dadas d'enfance des autres : qui d'entre nous, dans les années soixante, n'est pas allé avec son père, un dimanche après-midi, regarder s'envoler les avions, à Cointrin ?

 

Alors oui, le Conseil d'Etat se regarde voler. Ou planer. Ou dériver. Mais le cockpit est vide. On dira que les cieux traversés ne sont pas les plus cléments : ceux de MM Ducret, ou Grobet, ou Chavanne, l'étaient-ils vraiment davantage ? Non, le problème de ce gouvernement-là n'est ni celui d'un Réveillon, ni celui des TPG, il serait certes un peu celui d'une police sans autorité politique. Mais l'essentiel est ailleurs. Dans la structure ! On a fait alliance, en 2009, entre partis se détestant déjà, on a cru judicieux de bâtir l'équilibre des majorités sur la capillarité des Centres, ici des Verts de plus en plus arrangeants, là l'éternelle souplesse du PDC. On a ostracisé les Marges. On s'est dit qu'ainsi, on allait survivre. On se meurt.

 

C'est tout un système qui touche à sa fin. L'Entente est morte ce printemps. On se trompe à la dire encore vivace. Les Marges fulminent. Le PDC pactise avec l'éternité. Les Verts collaborent. Les socialistes attendent les cerises. Le PLR fait le spectacle. Ah, ça, oui. L'ancien monde, déjà, n'est plus, et on se demande combien de siècles durera la fin de législature. Le nouveau monde n'a pas encore émergé. Genève nage en eaux troubles, intermédiaires. Nous serions comme des âmes blanchâtres. Nimbées. Dans l'Entre-Deux-Mondes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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