07/01/2013

Qui osera répondre à la France ?

 

Sur le vif - Lundi 07.01.13 - 09.55h

 

D'urgence, il importe que la Suisse adopte face à la France le ton qu'il convient pour rappeler à ce cher voisin, beaucoup plus grand et beaucoup plus peuplé que nous, que notre petit pays est une démocratie souveraine. Pas un dominion négligeable sur ses marches orientales. Un pays, fier de l'être.



Face aux pressions de plus en plus insupportables que Paris fait peser sur nous, nous devons garder la tête froide, ne céder en aucun cas. Une éventuelle réforme de notre système fiscal doit procéder de notre dialectique interne : on peut discuter de tout, rien n'est tabou, mais cela doit venir de nous, de nos énergies, nos révoltes. En aucun cas, cela ne doit être dicté par une puissance certes amie, mais étrangère à notre souveraineté nationale. Sinon, pour nous Suisses, ça n'est plus la peine de nous proclamer "pays". Autant mettre la clef sous le paillasson national, renoncer à notre statut d'Etat souverain au milieu des autres nations, admettre que nous ne serions plus, désormais, que la circonscription administrative d'un univers mondialisé, ou continentalisé. C'est cela que nous voulons ?



Le problème, ça n'est pas la Suisse. Le problème, c'est la France. Qui a géré de façon calamiteuse ses finances publiques depuis des décennies, gauche ou droite au pouvoir d'ailleurs. Et qui vient maintenant lancer une grande croisade, prétendument morale (laissez-moi rire), pour récupérer le maximum d'argent, là où c'est possible.


Dans la classe politique suisse, le discours de "compréhension" pour la France, chez certains, semble primer sur la défense de l'intérêt national, qui devrait être le but absolument prioritaire de tout élu de ce pays, qu'il soit de gauche ou de droite, cantonal ou fédéral, en cas d'attaque extérieure. A mes yeux, aujourd'hui, ce critère de "compréhension" ne passe pas. Il est exactement à rebours de ce qu'il faudrait faire, dire, alors que le pays court un véritable danger. Cette "compréhension", chez certains, au diapason d'une ministre fédérale des Finances qui conduit une politique confinant à l'abandon, est extraordinairement inquiétante. Il y a un moment où il faut savoir qui est on est, quel camp on défend.



Lorsque l'exemple, hélas, de la fermeté ne vient pas du plus haut niveau (nous avons un Conseil fédéral d'une rare faiblesse, les plus gris ayant été préférés par l'Assemblée fédérale, pour ne pas lui faire de l'ombre), il ne faut pas trop s'étonner qu'il soit absent dans le reste de la classe politique.



Oui, des mots forts, face à la France, sont attendus par la population. Il ne s'agit ni de remettre en question notre amitié pour ce voisin avec qui nous partageons tant, ni surtout de défendre les banquiers. Les banquiers, nous verrons plus tard. Entre nous. Entre Suisses. Et croyez-moi, dans ce débat futur, je ne serai pas le moins sévère, moi qui ait toujours combattu le primat de l'argent sur les valeurs républicaines. Mais pour l'heure, le pays est sous attaque. Il s'agit de faire de la politique debout. De montrer notre souveraineté. Le reste, c'est une autre affaire.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/01/2013

Coire-Paris, aller simple

 

Sur le vif - Dimanche des Rois - 06.01.13 - 14.34h

 

Ne serait-il pas plus simple, après réflexion, que Mme Widmer-Schlumpf devienne directement ministre de la République française ? Au moins, les choses seraient claires. La verticalité de l'allégeance, sans ambiguïté. Ca nous éviterait toutes sortes de malentendus. La vie parisienne, et pourquoi pas au sens d'Offenbach, ferait du bien à la Grisonne. Elle pourrait initier nos amis jacobins à la complexité des Ligues Grises, à côté desquelles celles de la regrettée Maison de Guise font figures de paisibles clubs de pétanque. En échange, juste du bout des lèvres, quelques menus cours de français, oh trois fois rien, juste apprendre les mots fidélité, loyauté, lire un peu Verlaine, tiens disons Sagesse. Que du bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2013

Pompidou, suite et pas encore fin

 

Samedi 05.01.13 - 18.44h

 

Il est très rare que je lise un livre politique deux fois de suite. C'est pourtant ce que je viens de faire, avec les "Lettres, notes et portraits, 1928-1974" de Georges Pompidou, dont j'ai déjà parlé ici le 24 décembre dernier (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2012/12/24/pom...), et dont je viens de relire avec une extrême attention de nombreux passages.



Ce qui m'intéresse, c'est la motivation de monter vers le pouvoir, chez Pompidou. D'un bout à l'autre de l'ouvrage, dès les lettres de 1930 (il a 19 ans) à son ami Pujol, jusqu'en 1969 (son élection à la Présidence de la République), il ne cesse de clamer que le pouvoir politique ne l'intéresse pas, que la vraie vie est ailleurs, par exemple en littérature, où ce Normalien excelle. Une tension dialectique interne que je puis, profondément, comprendre.



Il ne cesse de le dire, et, plus il le répète, moins nous le croyons. Parce que toute la réalité de son existence, au contraire, évidemment à partir de septembre 1944 (sa rencontre avec de Gaulle, il se met à son service, à la Libération), est celle d'une implication totale, certes souvent dans l'ombre, dans la glaise politique. Toute sa correspondance des années 1946-1958 (la Quatrième République, de Gaulle traverse le désert, mais Pompidou, lui, au service du Général, sait tout, voit tout, entend tout), révèle un homme d'une habileté diabolique.



Son génie : arriver à chaque fois (chef de cabinet du Général à Matignon de mai à décembre 1958; Premier Ministre en 1962; Président en 1969) comme un homme qu'on serait venu chercher. Jeu de masques, évidemment, que tout cela. Extraordinaire savoir-faire de cet homme de très grande valeur. Avec lui, le héros du 18 juin, l'homme mythique, hors normes, légendaire, pouvait compter sur le pragmatisme d'un terrien. Un couple de rêve, au fond, où l'un complète l'autre.



Je crois que vais lire ce bouquin une troisième fois.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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04/01/2013

La Weltwoche, une vieille dame si séduisante

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Vendredi 04.01.13 - 19.16h

 

De tous les journaux, nombreux, auxquels je suis abonné, la Weltwoche est l’un de ceux que j’attends avec le plus d’ardeur, le jeudi ou le vendredi, dans ma boîte aux lettres. Et cela, depuis des années. J’ai commencé à la lire il y quelque 27 ans, lorsque j’étais à la rubrique nationale du Journal de Genève. Puis, à fond, et d’ailleurs pour en présenter le contenu aux auditeurs romands, lorsqu’à partir du 1er mars 1991, j’ai lancé, de Berne, la revue de presse alémanique en direct dans les matinales de la RSR. Nous la faisions en tournus, avec mes collègues, ce qui rallongeait délicieusement nos journées de correspondants parlementaires. J’aimais ça.

 

A l’époque, pas d’internet : le revuiste se levait un peu avant cinq heures, passait à la gare de Berne, dans un kiosque, où une très gentille dame lui remettait un gros paquet ficelé contenant les principaux journaux alémaniques, encore tout chauds de l'imprimerie. Au sommet de l’escalier de la gare souterraine, direction le Palais fédéral, un gros monsieur rougeaud hurlait « Derrrrrrrr Bund ! ». Il vendait le journal bernois à la criée, sélectionnant de son propre chef l’article qui lui semblait le plus capteur. De son talent de repérage, dépendait son steak du jour !

 

J’ai fait cet exercice de revue de presse pendant des années, aussi lorsque plus tard j’ai dirigé la rubrique nationale, franchement j’adorais ça, surtout lorsqu’il s’agissait de constater, avec mon collègue de la presse romande, les différences de sensibilité entre Romands et Alémaniques, sur des thèmes comme l’environnement, la protection de la personnalité, l’individu face à l’Etat, la question européenne. Le jeu de miroirs de cette dialectique existe toujours, aujourd’hui, dans l’excellente tranche 07.30h – 08.00h, menée par Simon Matthey-Doret. Différences, mais aussi proximités, les vraies lignes de césure, en Suisse, étant davantage ville / campage, ou régions économiquement fortes (Triangle d’or, Arc lémanique) versus cantons périphériques, que linguistiques.

 

La presse alémanique: un solfège indispensable

 

Pratiquer la presse alémanique, et pas seulement dominicale, tous les jours, et pas seulement la politique, mais aussi la culture, devrait être le solfège quotidien de tout journaliste se mêlant de la vie nationale et prétendant parler du pays suisse, lequel ne s’arrête pas à la Sarine. Sans oublier, non plus, la presse italophone, pour laquelle j’ai depuis des années l’honneur d’écrire, comme éditorialiste invité au Giornale del Popolo. Oui, la Suisse, ce sont plusieurs langues, 26 politiques cantonales, 26 Histoires à connaître à fond, et pas seulement les165 ans d’Histoire fédérale, même si cette dernière est évidemment capitale. Il est d’ailleurs préférable de remonter à 1798, c’est là que tant de choses ont commencé, comme nous l’avions montré dans nos émissions historiques de 1998, où nous établissions, canton par canton (et chaque fois sur place, en direct) les liens entre République helvétique et première Suisse fédérale de 1848, au milieu d’une Europe en révolution.

 

Retour à la Weltwoche, qui fête cette année ses 80 ans. « 80 Jahre Widerspenstigkeit », 80 ans comme rebelle, c’est le titre de l’excellent article d’Andreas Kunz sur l’Histoire du journal. Le premier numéro est sorti l’année de la prise du pouvoir par Hitler, le magazine est toujours là ! Et il a l’excellente idée de nous reproduire l’analyse des premiers mois de pouvoir, 17 novembre 1933, par son correspondant en Allemagne de l’époque. Du coup, une pensée me vient pour cet admirable confrère que fut Herrmann Böschenstein (1905-1997), le père de mon professeur de littérature allemande Bernhard Böschenstein. Hermann, qui avait commencé à Berne, comme chroniqueur parlementaire, en 1925, j’ai fait, pour la Pentecôte 1991, une grande interview de lui, de 40 minutes, avec mon confrère André Beaud. Nous étions là, face à un Monsieur qui avait connu les conseillers fédéraux des années vingt ! Il fut l’un des plus grands journalistes alémaniques du siècle, l’un des seuls à dire la vérité sur ce qui se passait dans le Troisième Reich.

 

Le retour de la vieille dame

 

Retour à la Weltwoche, en vous demandant votre indulgence pour l’aspect totalement décousu de mon texte, où je laisse aller mes souvenirs sur ce métier que j’ai tant aimé, pour vous recommander de lire ce journal, si vous maîtrisez l’allemand. Je ne plaide pas ici pour la ligne idéologique actuelle de la publication (encore que j’en sois proche, vous avez pu vous en rendre compte), mais pour la Weltwoche tout entière, l’intensité de ses regards, la pluralité de ses plumes (Bodenmann, ancien patron du PSS, en est le chroniqueur régulier), son souci de la qualité des styles et des écritures, son extraordinaire dimension culturelle, qui n’a d’égal que le cahier « Feuilleton » de la NZZ du samedi. Chaque auteur de la Weltwoche est d’abord un essayiste, comme Urs Paul Engeler, dans l’édition d’aujourd’hui, sur Ueli Maurer. Chaque article est le fruit d’un travail d’angle (comme on dit dans le métier) puissamment poussé pour faire la différence, dire autre chose. La Weltwoche, comme la NZZ, c’est encore du cousu main, à l’époque du copié-collé et du mimétisme généralisé.

 

Je terminerai par la chronique de Mörgeli, sur lequel Couchepin s’était permis un bien mauvais jeu de mots. On aime ou non ses idées. Mais l’intensité de plume est telle que le vitriol y est une jouissance d’un rare délice. A cette octogénaire, j’adresse mes meilleurs vœux. Tous les jeudis, ou vendredis, j’attends dans ma boîte aux lettres le retour la vieille dame.

 

Pascal Décaillet

 

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28/12/2012

Ueli et les moralistes de la haine

 

Sur le vif - Vendredi 28.12.12 - 09.47h

 

Excellente interview d'Ueli Maurer, en page 3 de la Tribune de Genève. Évidemment, comme il est de bon ton de considérer le futur président 2013 comme un parfait abruti, l'immense majorité de mes confrères, des observateurs et des commentateurs vous diront que cette interview est nulle, et que l'homme n'a rien dans la tête.



Eh bien pour ma part, j'y ai lu les propos d'un homme simple et sage, profondément attaché à son pays, aimant la Suisse, prêt à la servir au mieux de sa conscience. Un homme qui n'a pas l'intention de paniquer face aux pressions et au chantage de l'Union européenne. Un homme qui identifie, sans en faire un tabou, sans les camoufler sous le tapis, les vraies souffrances de la population de notre pays face à une immigration non-contrôlée, trop massive.



 Il n'y a là strictement rien de xénophobe. Ceux qui,  à longueur d'année, nous hurlent le mot "xénophobe" dès qu'on évoque, du bout des lèvres, une possible régulation des flux migratoires (que pratiquent les pays qui nous entourent), nous mentent. Il est temps de le leur dire. Il n'est plus question de laisser le champ libre à ces moralistes de la haine.

 

Pascal Décaillet

 

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26/12/2012

Contrôler les flux migratoires : oui, bien sûr !

 

Sur le vif - Mercredi 26.12.12 - 16.20h

 

Préférence nationale. Conseiller national zougois, le PDC (oui, je dis bien le PDC) Gerhard Pfister a osé. Il estime que l'initiative de l'UDC sur l'immigration de masse doit être prise très au sérieux et mérite un contre-projet. Seule une prise en compte du malaise des Suisses face à l'application aveugle de la libre circulation des personnes permettra, selon lui, de maintenir le capital de confiance de la population envers les autorités.



Inutile de dire que ce politicien a parfaitement raison. Un sondage de l'Hebdo, la semaine dernière, faisait figurer l'immigration (excessive, non-contrôlée) et l'aménagement du territoire (thème de plus en plus important) dans les préoccupations prioritaires des Suisses.



Nos beaux esprits de gauche ou du centre mou préfèrent nier ces réalités. Ou tuer le messager en dénigrant le principe même des sondages (je serais prêt à les suivre, mais alors, ignorons tous les sondages, toujours, pas seulement ceux dont les résultats nous dérangent). Ils confondent contrôle des flux migratoires (que pratiquent absolument tous nos voisins, et de façon autrement draconienne que nous) avec xénophobie. Alors que ça n'a strictement rien à voir. Cette confusion, savamment entretenue, est aussi scélérate que scandaleuse.


En voulant culpabiliser, sous des paravents de morale, les Suisses qui souhaitent ces contrôles renforcés, nos beaux esprits rendent un très mauvais service à la libre expression des opinions dans notre communauté citoyenne. Du coup, tant de nos compatriotes, de peur de passer pour xénophobes, préfèrent penser tout bas plutôt que de dire tout haut. Ça n'est jamais bon, jamais sain, dans une démocratie.



Il me plaît enfin que M. Pfister soit PDC, prouvant en cela qu'il existe encore, dans ce grand parti qui a largement contribué à faire le pays, une aile pragmatique et conservatrice, attachée à des valeurs de droite, proche des préoccupations des gens. Disons que, de Genève, on aurait parfois pu en douter.



Si la droite non-UDC ne veut pas, face à l'initiative sur l'immigration de masse, se retrouver, un certain dimanche, une fois de plus, pitoyablement, à la remorque, n'ayant rien vu la première, rien senti venir, rien anticipé, elle doit écouter très attentivement les recommandations de M. Pfister. Arriver avec ses propres projets, cohérents et visionnaires, sur la politique migratoire. Surtout, elle doit écouter la population, ses malaises, ses souffrances. Parler de préférence nationale, en matière d'emploi, en Suisse, comme parler de préférence cantonale à Genève, n'a strictement rien à voir avec une quelconque xénophobie. Toute communauté humaine a le droit de privilégier les siens. Le droit, et sans doute aussi le devoir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/12/2012

Maudet, les initiés, la fin du monde

 

Sur le vif - Samedi 22.12.12 - 10.14h

 

Admirable Tribune de Genève ! Ce journal (dont je ne tolérerai plus, désormais, qu'on dise le moindre mal) consacre sa une et toute sa page 3 à Maudet.com. Il semblerait que le sémillant magistrat veuille noyauter lui-même toute l'information concernant son Département. Incroyable, non ?



Brave Tribune ! Ce matin, elle balance sur la place publique une vérité vraie, nue. Comme au premier jour. Ève, au milieu de l’Éden. Anita, dans la Fontaine de Trevi. Aphrodite, émergeant des eaux.



A deux détails près, mais vraiment sans importance:



1) Ce que la TG proclame aujourd'hui, je ne cesse de le répéter, contre l'avis de ce journal précisément, depuis le printemps 2011. Notamment dans une certaine chronique dont les initiés ont encore en mémoire les trois points de Lumière.


2) Au sujet de Maudet.com, il faut juste que j'aille consulter à Berne le Bureau fédéral des droits d'auteur. Histoire de me renflouer un peu, pour commencer au mieux cette après-fin-du-monde. Je me partagerai le pactole avec la Jeune Socialiste Olga Baranova, qui avait, en un début de soirée déjà lointaiin, émis ces syllabes enchanteresses. Nous reverserons quelques dividendes, enfin, à Mme Bonfanti et M. Franziskakis. Parce que le silence est d'or.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/12/2012

Voice of Simonetta

 

Sur le vif - Mardi 18.12.12 - 12.43h

 

Une fois de plus, les médias officiels, les médias de pouvoir, accordent beaucoup plus d'importance à la réaction du Conseil fédéral à une initiative (Minder, en l'espèce) qu'à... l'initiative elle-même !



Ainsi, nous entendons à l'instant (12.34h) Simonetta Sommaruga, quasiment chez elle sur les ondes publiques, et ses chefs d'office. Nous dire à quel point l'initiative Minder sur les salaires abusifs est "trop étroite, trop stricte".

 

Et Monsieur Minder lui-même, on pourrait peut-être une fois avoir le plaisir d'entendre sa voix, non ?



L'événement premier, dans une initiative, c'est l'initiative elle-même. Ça n'est pas le point de vue du Conseil fédéral. Une initiative est une affaire du peuple avec lui-même. Ça n'est justement pas l'affaire du gouvernement. C'est précisément parce que nos gouvernants (dans l'esprit des initiants) ont mal travaillé, sur un objet précis, que ce mécanisme correctif, génial et unique au monde, existe.



Je sais, je l'ai déjà dit souvent, ici même. Mais je me répéterai tant que d'autres, pourtant stipendiés pour faire valoir toutes les sensibilités politiques du pays, s'obstineront à se prendre pour la Feuille d'Avis Officielle.

 

Pascal Décaillet

 

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16/12/2012

Choisir la Suisse

 

Sur le vif - Dimanche 16.12.12 - 10.52h

 

L'Union européenne exige de la Suisse un nouveau milliard, au titre du "fonds de cohésion", pour ses nouveaux membres. La NZZ am Sonntag confirme ce matin ce que nous annonçait vendredi 18h le correspondant RTS à Bruxelles: tonalité dominatrice, arrogance, manière de considérer la Suisse comme un vassal, ou un dominion. La Suisse, pays extérieur à l'Union ! Voilà qui en dit long sur le sort des petits pays, une fois qu'ils en font partie.


Puisse le Conseil fédéral répondre comme il se doit à ces baillis administratifs d'une superstructure en déliquescence. La Suisse est un pays souverain. Elle discute, négocie, certes. Mais pas avec un pistolet sur la tempe. Et pas sur ce ton-là.


Quant à ceux qui, chez nous, au nom de l'inéluctable, ne cessent d'en appeler aux ultimes concessions, il me vient, pour les qualifier, des termes que je réprime et parviens encore à taire, mais qu'une immense partie de nos concitoyens pensent tout bas. Qui sont de l'ordre de l'appartenance et de la fidélité, de la loyauté et de son contraire. Il faut un jour choisir son camp. Celui de la Suisse. Ou un autre.


Pascal Décaillet

 

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15/12/2012

Il est minuit, docteur Morel

 

Sur le vif - Samedi 15.12.12 - 18.19h

 

Il se passe quelque chose avec Philippe Morel. On apprend, par la TG online, que cet homme brillant, d'une énergie phénoménale, truffé de projets pour l'avenir de Genève, renonce à sa candidature au Conseil d'Etat.



Que s'est-il passé ? Il y a encore un mois, ce grand chirurgien, professeur de médecine, était chef de groupe, infatigable, performant, réactif, donnait l'impression de vouloir croquer la politique à pleines dents, dévorer l'avenir, il rêvait mille projets pour Genève. C'était un être en fusion, illuminé par le désir politique. Une boule de feu.



Et puis, sous prétexte qu'il était candidat au Conseil d'Etat, un improbable et sombre quarteron de jaloux s'est employé à le virer glacialement de son poste de chef de groupe. Et maintenant, quelques jours après ce lamentable épisode, le voilà qui renonce. Je viens d'avoir des contacts, dans les dernières minutes, avec pas mal de responsables PDC, la plupart se disent désolés, mais pour certains, je peine à croire à leur sincérité. Philippe Morel, à l'heure où j'écris ces lignes, est au bloc opératoire, en train de faire son métier.



Des poignards ont dû entrer en action, j'ignore pour l'heure  lesquels, disons que je les devine : on s'aime entre chrétiens avec la même ardeur, celle des familles bordelaises de Mauriac, qu'entre libéraux. Et encore ! Le jeu de dupes se limite-t-il au seul parti du bon docteur Morel ? Ce parti cantonal décide-t-il encore lui-même de son destin ? A-t-il à sa tête un capitaine ? Les noires instances qui désignent désormais, pour la Ville comme pour l'Etat, sous prétexte de stratégie d'Entente, les candidats qui leur conviennent, écartent les autres, ne sont-elles pas désormais extérieures à la démocratie chrétienne genevoise ? Le PDC, ce vieux parti qui a largement contribué, depuis plus d'un siècle, à faire le canton, a-t-il l'intention de se laisser faire ? Se laisser satelliser, par une troïka qui d'en haut, décide de tout ?

 


Questions que nous reprendrons. En assurant, ce soir, Philippe Morel de notre sympathie et de notre admiration pour sa formidable énergie politique. Et, aussi, de notre amitié. Ce qui, chez ces gens-là, Monsieur, doit sonner comme un mot lunaire, ou paléolithique, tant il est aujourd'hui galvaudé par l'hypocrisie et par la trahison.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/12/2012

Saviez-vous que Mme Filippetti était ministre de la Culture ?

 

Sur le vif - Lundi 10.12.12 - 09.43h

 

Nous avions déjà tous noté qu'Aurélie Filippetti, ministre française de la Culture et de la Communication, n'avait pas nécessairement la trempe de Malraux, ni celle de Jack Lang. Elle vient de le prouver avec éclat, en taxant mon confrère Jean-Pierre Elkabbach de "machisme", parce qu'il avait osé déclarer, l'ignoble individu, que la porte-parole du gouvernement était "une très jolie femme qui s'en occupe avec une très belle langue de bois".


Si relever les qualités esthétiques d'une personne, c'est être machiste, alors nous sommes quelques centaines de milliers, sans doute, à l'être. Quant à Mme Filippetti, on se réjouit d'entendre de sa part l'annonce d'un quelconque projet audacieux, révolutionnaire, rassembleur, de nature à nous rappeler soit les Maisons de la Culture de Malraux, soit les Fêtes de la Musique de Jack Lang. Quelque chose de fort, qui marquerait son ministère. Autrement que par d'insignifiantes remarques qui fleurent la police du langage. Et celle de la pensée.
 
 
Pascal Décaillet
 

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09/12/2012

Berlusconi : au peuple italien de décider !

 

Sur le vif - Dimanche 09.12.12 - 17.08h

 

Evidemment, ils vont tous lui tomber dessus. Comme des mouches. Avez-vous seulement, ces dernières années, lu une fois un commentaire favorable à Silvio Berlusconi dans la presse romande ? Voilà un homme qui a dominé la politique italienne du dernier quart de siècle, tenu les plus longs mandats de l’après-guerre, plusieurs fois obtenu du peuple italien les majorités nécessaires à former des gouvernements, et à qui notre bonne vieille presse de Suisse romande n’a jamais réussi à trouver la moindre qualité. Parce qu’il incarne une figure de pouvoir fort. Mais aussi, double réussite, donc double jalousie, parce qu’il est très riche. Parce qu’il est, surtout, un homme de droite. Sans trop d’états d’âme, en effet.

 

Il faudrait reprendre la pâmoison des éditos sur Mario Monti, lors de la chute du dernier gouvernement Berlusconi. Sous couvert de « cabinet de techniciens » (quelle horreur !), on a sanctifié la succession, pour mieux diaboliser le legs. On a déifié l’empire des « techniciens » pour souligner le contraste avec le démiurge partant. On nous présentait cette Restauration du sérieux (vous pensez, un ancien commissaire européen, homme de dossiers) comme la salutaire reconstruction du pays. Comme s’il surgissait des cendres. A peu de choses près, on allait s’inspirer du discours de la Democrazia Cristiana des années De Gasperi après l’aventure du fascisme. Un monde nouveau était à inventer, et le « technicien de Bruxelles » en serait le sorcier. On a vu le résultat.

 

Le problème, ici, n’est pas l’Italie. Respectons le chemin que cette grande nation, cette grande démocratie voisine de la nôtre, et ô combien amie, voudra bien se donner. Mais justement, respectons-le, ce choix ! J’ignore si Berlusconi reviendra aux affaires, mais une chose est sûre : il appartient au seul peuple italien d’en décider. S’il souhaite, comme il l’a fait tant de fois, confier son destin à une typologie d’hommes différente de la nôtre, c’est son problème. On a eu l’impression, ces vingt dernières années, chaque fois que la démocratie italienne, souveraine, envoyait Berlusconi à la présidence du Conseil, qu’elle commettait une erreur, à en croire nos gazettes. Comme si la masse des millions de votants de la Péninsule se trouvait, par ensorcellement, dénuée de la lucidité qu’auraient, en Suisse romande, nos chers éditorialistes.

 

Vous allez voir comme ils vont le flinguer. Utiliser ses problèmes judiciaire, sa vie privée, ses histoires de fric, son pouvoir sur les médias, pour noircir une nouvelle fois sa figure. A ce stade, je doute qu’un retour au premier plan soit possible. Mais il appartient à une seule et unique instance d’en décider. Pas aux moralisateurs. Pas aux juges. Mais au peuple italien, souverain, celui qui vote, et qui choisit son destin.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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08/12/2012

Presse de pouvoir

 

Sur le vif - Samedi 08.12.12 - 10.58h

 

Avec éclat, la Tribune de Genève confirme ce matin le phénomène que je décrivais hier, ici même. Sur une page 3 complète, la réaction du Conseil fédéral à l'initiative de l'UDC sur l'immigration de masse. Avec interview et photographie de Simonetta Sommaruga. Bref, la voix du gouvernement.



Lorsque l'initiative a été déposée, avec les signatures, a-t-elle eu droit à une pleine page équivalente?



L'événement, dans une initiative, ça n'est pas, en premier, le point de vue du Conseil fédéral. Ni celui du Parlement. L'événement, c'est l'initiative elle-même. On pourrait au moins, par souci d'équité, donner le même espace de parole aux initiants qu' au pouvoir établi du moment, lorsqu'il nous dit à quel point, selon lui, l'initiative est mauvaise.



Cela est valable pour une initiative de l'UDC comme pour une initiative de la gauche ou des syndicats. Cela est valable sur le plan fédéral comme dans les cantons. Le problème, ça n'est pas le Conseil fédéral, ça n'est pas Mme Sommaruga: ils ont bien raison d'utiliser l'espace d'expression qu'on leur offre. C'est de bonne guerre. Tous les gouvernements du monde cherchent à communiquer au mieux leurs points de vue.



Le problème, c'est la presse. Et jusqu'au statut même de "correspondant parlementaire" (j'en connais un morceau sur le sujet ! ) : certains, à force de traîner leurs escarpins dans la molasse du Palais fédéral, ne se rendent même plus compte que, même lorsqu'ils croient être critiques, leur tonalité, par mimétisme, est devenue celle du pouvoir en place. Ils sont les voix d'une même polyphonie. Ils ne sont pas la voix du choeur, celle qui dans la tragédie grecque représentait le peuple. Ils sont voix de pouvoir au milieu d'autres voix de pouvoir.

 


Oui, le problème c'est l'obédience d'une certaine presse - celle des grands groupes, notamment - face aux pouvoirs en place. Le mécanisme correctif de l'initiative est justement une géniale invention de notre démocratie suisse pour laisser s'exprimer la base lorsqu'elle n'est pas contente, sur un objet précis, des décisions des corps constitués. Et justement, le jour où un groupe d'hommes et de femmes, ayant bravé la météo et pris sur leur temps libre pour récolter des signatures, en amènent plus de cent mille à la Chancellerie fédérale, on mentionne la chose en bref. Alors que pour la réaction du pouvoir établi, c'est une page 3 complète et un édito qui va dans le même sens.



Ce qui perdra la presse, en Suisse, c'est la presse elle-même. Son conformisme. Son aplaventrisme devant les pouvoirs en place. Son extrême timidité dans la critiques des puissants. Son manque de réactivité, d'imagination. Son absence de panache. Son incapacité, au sens de l'orgue comme dans celui de la polyphonie, d'émettre véritablement une autre voix.




Pascal Décaillet

 

 

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02/12/2012

Taxer, taxer, et toujours taxer !

 

Sur le vif - Dimanche 02.12.12 - 14.58h

 

"Nous devons étudier des pistes de recettes nouvelles."

 

Charles Beer - Le Matin dimanche

 

Non, non et non, M. Beer. Les recettes nouvelles des socialistes, les vôtres, celles, aquatiques, de M. Deneys ou celles de Mme Emery-Torracinta (qui proposait d'étatiser le sol dans la campagne du 17 juin), les Genevois n'en veulent pas. Cessez de ne voir les solutions qu'à travers de nouvelles taxes et de nouveaux impôts.

 

Avant de parler de "recettes nouvelles", il faut aller jusqu'au bout de l'exercice des économies dans le train de vie de l'Etat. Notamment dans les états-majors. Mme Künzler a-t-elle vraiment seize chargés de communication? Vos directeurs, au primaire, ne pourraient-ils pas enseigner un peu?

 

Une pensée, M. Beer, pour tous ceux dont le salaire ne tombe pas à la fin du mois. Les petits entrepreneurs, par exemple, qui n'ont pas de salaire, mais éventuellement un bénéfice net, une fois payées leurs charges écrasantes. AVS, pleins tubes. 2ème pilier, pleins tubes, pour ceux qui arrivent à en contracter un. Pour les indépendants, pas de possibilité de cotiser au chômage. Frais de locaux, investissements en matériel, taxe professionnelle, assurances pour les employés. Aucune garantie d'emploi, d'ailleurs pas d'emploi, juste des mandats, qui peuvent s'interrompre à tout moment.

 

Ces gens-là, tous secteurs confondus, ont choisi d'attaquer le monde du travail en hommes et femmes libres, debout. Ils ont choisi de courir le risque économique. Certains d'entre eux ont tout simplement peur de tomber malades. Ces gens-là, et aussi les salariés du privé, ils se pourrait qu'ils trouvent un peu fort de café  l'idée que la fonction publique, aussi nobles soient ses revendications, puisse descendre dans la rue. Par dessus la tête, aussi, l'idée de nouvelles taxes. Ah, les socialistes, on vous dit bonjour, vous nous proposez déjà une taxe en nous serrant la main! Taxer, taxer, et toujours taxer!

 

Non, M. Beer, l'heure n'est pas aux nouvelles recettes. Regardez bien du côté de votre Département. Encore un petit effort, s'il vous plaît, Monsieur le Ministre des vastes états-majors. Vous verrez, c'est parfaitement possible. Il y a même encore pas mal de marge de manoeuvre.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

14:58 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/11/2012

Au diable les conférences de presse !

 

Sur le vif - Vendredi 23.11.12 - 17.53h

 

Prendre des notes face à trois types coincés en cravate qui nous débitent leurs salades, j'ai fait ça des années à Genève, dans ma jeunesse, oh des centaines, à l'époque du Journal de Genève, puis des années au Palais fédéral lorsque j'étais correspondant parlementaire, et il est vrai qu'aujourd'hui, je n'y vais plus.



Les journalistes doivent vraiment s'interroger sur le phénomène de la "conférence de presse". Il s'agit toujours d'un acte de pouvoir. Le pouvoir qui se montre. Le pouvoir qui se met en scène. Des ministres qui se détestent font semblant, côte à côte, de s'adorer, juste parce qu'ils ont un intérêt commun, sur un coup précis, à faire passer.


La plupart des conférences de presse n'ont pas lieu d'être. Le pouvoir élabore des communiqués, et souvent d'excellents résumés des communiqués. Quel intérêt de photographier trois conseillers d'Etat, ou deux, ou sept, côte à côte, sous les lambris d'une salle, toujours la même, dans un lieu patricien et encaustiqué, à l'Hôtel de Ville de Genève, au Palais fédéral, au Château de Neuchâtel, à Lausanne, Delémont, Fribourg ou Sion?



Je suis contre le journalisme de conférences de presse. Que le pouvoir les organise, c'est son problème. Que la profession s'y précipite pour avoir, souvent, les mêmes informations qu'en lisant le communiqué, je vois moins l'intérêt. Je suis contre le journalisme d'agenda. Je suis pour aller chercher les informations par soi-même, sur des sujets, ou en tout cas sous des angles, par nous-mêmes décidés. Et non dictés par le calendrier du pouvoir.



Les journalistes n'ont pas être les porte-parole du pouvoir. Il existe pour cela les attachés de presse, profession totalement respectable, où se trouvent d'ailleurs nombre de mes anciens collègues. Mais aller à une CP, revenir en rédaction et se contenter de rapporter ce qu'a dit le pouvoir, sans lecture critique, sans distance de mise en question, je ne suis pas d'accord.



Il existe pour cela la Feuille d'Avis Officielle. Le problème, ça n'est pas elle. Hommage à cette auguste publication. Le problème, c'est lorsque des journaux privés, indépendants, font figure de Feuille d'Avis Officielle. Telle n'est pas la mission de ce métier.

 

Pascal Décaillet

 

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17/11/2012

Grand Conseil : la comédie des invalidations

 

Sur le vif - Samedi 17.11.12 - 11.17h

 

Citoyens de ce canton, chacun d'entre nous est libre de penser ce qu'il veut de l'initiative 150, du parti socialiste, sur les multinationales et les emplois. Et justement, parce que nous sommes une République de citoyens libres, adultes et responsables, c'est à nous, au corps électoral tout entier, au "Conseil général", de nous déterminer sur ce texte, qui a obtenu les signatures.

 

Au niveau cantonal, comme à celui de la Confédération, ces histoires d'invalidations par des parlements sont totalement détestables. Une initiative est une affaire entre les initiants et le peuple. Elle ne devrait, en saine démocratie, pas regarder le parlement. C'est justement parce que les corps intermédiaires écoutent mal le peuple, que le peuple réagit, de la base, avec cette chance exceptionnelle dont nous disposons en Suisse, la démocratie directe.

 

En invalidant un texte, les élus, feignant de prendre une décision juridique, prennent toujours une décision politique. De quoi a eu peur, hier, la majorité de droite du Grand Conseil ? Du peuple ? Sur un texte ayant obtenu les signatures nécessaires, on confisque au corps des citoyens le droit de se prononcer. Décision certes légale, mais de nature à accroître encore le fossé entre la population et la caste parlementaire. Il conviendra, lors du renouvellement des autorités, dans moins d'un an, de s'en souvenir.

 

Pascal Décaillet

11:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/11/2012

Prosternés devant l'icône

 

Sur le vif - Jeudi 08.11.12 - 10.06h

 

L'incroyable pommade passée à Obama, ce matin, par une grande partie des éditorialistes de Suisse romande, donne le sentiment d'une presse suisse totalement au service de l'idéologie des démocrates américains. On nous refait, comme une piqûre de rappel, le coup d'il y a quatre ans. Même ceux, parmi ces éditorialistes, qui s'étaient montrés, à très juste titre, désenchantés face au mandat d'Obama, retombent dans les mêmes transes. Jusqu'à ce titre ignoble du Temps, jugeant le Parti Républicain "trop blanc, trop vieux, trop masculin". Ignominie, oui, d'un racisme à l'envers, d'un rejet des anciens, et d'une mise à l'écart de l'un des deux sexes.

 

Tout cela n'est qu'effet de mode. Justement l'effet voulu par la propagande géniale pro-Obama: la création d'une icône. Le mythe du progrès et du changement. Les quatre années qui viennent de s'écouler ont exactement prouvé le contraire. Mais se remonter un immense bateau, comme on replonge dans une vieille drogue, ça fallait tellement de bien.

 
 
Pascal Décaillet
 

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04/11/2012

Le Matin dimanche, le journal qui vous invite à vous taire

 

Sur le vif - Dimanche 04.11.12 - 10.05h

 

J'ai toujours pensé que le rôle de la presse était d'interroger, critiquer, décrypter, démasquer le jeu du pouvoir. Porter le débat, plutôt que de le taire. Le Matin dimanche d'aujourd'hui, hélas, sur trois exemples instructifs, fait exactement le contraire.

 

D'abord, le vif et salutaire débat lancé par Johann Schneider-Ammann sur les Maturités et l'apprentissage. À voir la levée de boucliers, depuis exactement une semaine (propos du conseiller fédéral dans la NZZ am Sonntag), de toute l'intelligentsia de gauche, des pédagogues en sandales, de tous les salariés des différents DIP de Suisse romande, il faut croire que le magistrat, jusqu’ici muet, a, en ouvrant pour une fois la bouche, touché juste.

 

Il y a, dans notre pays, une véritable politique d’encouragement à l’apprentissage qui doit être mise en œuvre, de façon volontariste, séduisante, intercantonale, en y associant tous les partenaires. En ne s’attachant, dans l’édito, qu’à l’aspect maladroit des propos du conseiller fédéral, le Matin dimanche repousse le problème. Ou plutôt il le reconnaît, mais ôte immédiatement au chef du DFE toute compétence pour le traiter, ce qui est juste un peu ennuyeux, car JSA sera dès le 1er janvier notre nouveau ministre fédéral de la Formation. Au fond, le Matin dimanche ne reconnaît la pertinence des débats que lorsque c’est lui, dans la puissance contorsionnée de ses séances de rédaction, qui en décide les sujets.

 

Deuxième exemple, Ecopop. Voilà une initiative dont la Suisse va beaucoup parler. C’est un grand débat national qui nous attend, autour de la démographie, l’occupation du territoire, la densité d’habitation sur le plateau suisse, le seuil critique, en millions d’habitants, avant que notre pays ne devienne tout simplement étouffant à vivre. Ces questions-là sont pertinentes. Il n’y a aucune raison d’en faire un tabou. Eh bien le Matin dimanche, avant même de nous présenter les enjeux de l’initiative, nous brandit textuellement (sic) la bête immonde, nous ressort les débats des années noires sur « l’Überfremdung ». Avant même que le grand débat national ne commence, le Matin dimanche cherche à le taire, en stigmatisant immédiatement les partisans de l’initiative.

 

Le troisième exemple a le mérite de mettre lui-même en abyme le procédé que je décris plus haut. Dans sa chronique « Cher Oskar Freysinger », Peter Rothenbühler a au moins, lui, l’honnêteté intellectuelle de mettre à nu les méthodes du journal. Il reprend l’idée du conseiller national valaisan de récompenser fiscalement les contribuables qui passent leurs vacances en Suisse. Idée qu’il trouve bonne. Mais il avertit Freysinger : « Malheureusement, elle a un gros désavantage, votre idée : elle vient de vous ».

 

Au moins, c’est clair. En quelques lignes aimablement tournées, c’est toute la tactique, toute la démarche et toute l’approche du Matin dimanche que Rothenbühler nous dévoile : les débats ne valent que s’ils sont portés par le volontarisme de la rédaction. Ou par les amis politiques agréés par la rédaction. Sinon, c’est simple, on les démolit. CQFD. Excellent dimanche à tous. Je vous retrouve cet après-midi, à Genève, au sujet de Monsieur B.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/11/2012

Genève: l'empire du miroir

 

Sur le vif - Samedi 03.11.12 - 18.48h

 

Le vrai pouvoir, à Genève, n’est pas celui qu’on croit. Il n’est pas incarné par un seul homme, ni par le Conseil d’Etat, ni par le Grand Conseil, ni par l’administration, même si ces entités, bien sûr, exercent des parcelles de puissance. Il n’est pas non plus exercé par les partis politiques, qui jouent leur rôle, pourraient le faire mieux, et dont la plupart des actuels présidents sont bien pâles et bien faiblichons, comme si les vrais ténors étaient ailleurs.

 

Alors, il est où ? Nulle part, et partout. Il ne s’exerce pas de façon individuelle, malgré l’émergence, dans l’Histoire, de belles verticalités régaliennes (Grobet, Segond, bientôt Maudet), mais par la confluence mélangée, entrecroisée, de réseaux. Il est un pouvoir collectif, et je crois que cette essence corporatiste est profondément chevillée à l’Histoire de Genève. De la Compagnie des Pasteurs, avec juste à sa tête un Modérateur, aux associations professionnelles, de l’organisation du patronat à la Chambre économique, du Cartel intersyndical aux associations de maîtres ou de parents, sans parler du pouvoir judiciaire, rien à Genève ne peut s’accomplir seul.

 

Il faut des appuis. Une toile de connaissances. Des centaines de soirées à boire des verres avec des copains, des milliers de mains à serrer. Oui, à l’époque des réseaux sociaux sur internet, Genève n’a de loin pas renoncé aux bonnes vieilles camaraderies tactiles, on se touche, on se tape sur l’épaule, sur la cuisse, on rigole un bon coup, on brise la marmite, et pour ceux qui, comme votre serviteur, étaient au régiment d’infanterie 3, on se raconte des souvenirs des nuits passées à se les geler, les cours d’hiver, dans le Val de Travers.

 

Et même si vous êtes habité par le talent le plus pur, comme MM Grobet, Segond ou Maudet, vous ne ferez jamais rien de bon sans vous tremper régulièrement, et plutôt mille fois qu’une, dans le rite baptismal de cette camaraderie initiatique. La République, en superficie, n’est pas si grande, guère plus que la seule Commune de Bagnes. Alors, on se connaît. On se retrouve. On se touche, on se tapote : je me demande parfois si Genève n’est pas une immense chambrée, avec ses souvenirs, ses effluves. Plus vous allez vers le cœur de la Vieille Ville, plus le théâtre d’opérations est minuscule, plus vous êtes amené à ne rencontrer, désespérément, que les mêmes. Le Père Glôzu, lui, a tout compris, il y a trois décennies, en quittant le Bar Corona, à la Tour Maîtresse, pour monter se planter là, lui-même, de sa personne, au cœur du monde sensible. Les cercles concentriques, de son Café de l’Hôtel de Ville, il les laisse joyeusement virevolter autour de lui. De l’ombilic, il écoute les entrailles de Genève.

 

Et puis, il y a ce tutoiement. Ils se tutoient tous ! Adversaires politiques ? Peut-être, mais dans le même comité associatif, camarades de commission, de sous-commission, copains de Conseil de fondation, d’administration, commensaux de tant de fondues. Et vous voudriez qu’ils se disent vous ! Le vrai pouvoir, à Genève, n’est pas vertical, mais se niche quelque part dans l’intrication d’une multitude d’affinités horizontales. Pour faire carrière, il faut simplement y être beaucoup. Beaucoup s’y montrer, Beaucoup toucher les gens, beaucoup tapoter, beaucoup tutoyer. C’est un jeu collectif, sauf qu’il n’y pas vraiment de règles, pas d’arbitre, pas de capitaine, pas de juges de touche. Mais le jeu, il faut en être. Il faut qu’on sache, partout, que vous en êtes. Genève est une galerie des glaces, l’empire du miroir. Bonne continuation à tous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/10/2012

Scénario pour une Revue

 

Fagments - Mercredi 24.10.12 - 15.08h

 

Acte III, scène 1 – Bureau crasseux, rideaux jaunâtres, vieilles Remingtons, ventilateurs années quarante empesés de sirocco. Bouteilles de whisky bon marché servant de vases à des plantes pestilentielles. Le bureau du juge D. Rien ne se passe. C’est la scène du silence.

 

Acte III, scène 2 – Le juge D. somnole. Dans un tintamarre d’enfer, le juge G. surgit comme un métal hurlant, se rue sur son collègue, veut lui faire avaler sa barbe. Par la fenêtre ouverte, on n’entend que le bruit des sirènes. C’est le Super-Procureur qui arrive.

 

Acte III, scène 3 – Déjà, le juge G. a pris la fuite. Le juge D. cherche ses lunettes, hélas écrasées par la piétinante folie de l’intrus. Il saigne du nez, tente de se relever. Retombe. Il revoit passer sa vie, une vie de juge, l’intimité des prétoires, la jouissance des dossiers. Il est là, presque heureux, à gésir au milieu des cafards.

 

Acte III, scène 4 – Brisant la fenêtre, le Super Procureur arrive. Du ciel ! Cuir noir, moulant, masque sur les yeux, grande cape, celle des side-cars de la Wehrmacht, à l’époque bénie de la Meuse franchie. Incommodé par l’odeur, le Super Procureur se protège les narines d’un revers de son gant de dresseur d’aigles.

 

Acte III, scène 5 – Les scellés – Le juge D., encore à terre, tout à gésir, regarde, impuissant, la porte du paradis se refermer. Rends-nous les documents, hurle le Super PG, l’infortuné juge déjà n’entend plus. Déjà, il est ailleurs. Une délicate mésange, sur le rebord de la fenêtre, vient se poser. Elle a la grâce du passage. Rideau.

 

Pascal Décaillet

 

 

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