24/01/2017

Suisse romande : l'autre regard

 

Sur le vif - Mardi 24.01.17 - 06.33h

 

Défense de l'indépendance et de la souveraineté de notre pays, mais aussi du corps social, de la solidarité interne, contrôle des flux migratoires, protection de notre agriculture, souveraineté alimentaire, respect de l'environnement, défense nationale forte et indépendante, combat pour des assurances sociales puissantes, solidaires, selon le principe de mutualité, en matière notamment de retraites et de maladie, priorité à l'éducation, lutte pour une économie au service de l'humain, de son épanouissement, non pour nourrir le Veau d'Or financier, priorité au suffrage universel, prise en charge du destin par le corps des citoyens, démocratie directe renforcée, avec de nouveaux outils, élus au service du peuple et non l'inverse, amour partagé du pays, désir impérieux de le construire ensemble, encore et toujours. Passion pour la connaissance, la transmission. Passion pour la culture.

 

Et nous n'aurions pas de valeurs, pas de programme ? Il nous faut juste organiser l'espace commun où ces idées, en Suisse romande, puissent être défendues.

 

Les autres, en face, les mondialistes, les européistes, les libre-échangistes, les immigrationnistes, les soixante-huitards, vous croyez qu'ils se sont gênés, depuis des décennies, pour les créer, les outils de leur idéologie ? On a vu le résultat. Il faut aujourd'hui d'autres outils, d'autres espaces, pour l'émergence d'une autre parole, d'une autre vision.

 

Non pour les remplacer, ces autres : qu'ils demeurent ! Mais pour les défier, les contrer, les combattre. C'est cela, la diversité. C'est cela, la démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

16:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/01/2017

Trump : le week-end noir de la presse romande

_92404023_trump1_reuters.jpg 

 

Sur le vif - Dimanche 22.01.17 - 16.06h

 

Trois jours entiers, passés à vomir sur un homme. Vendredi, samedi, dimanche. Trois jours à déverser son fiel sur le nouveau locataire de la Maison Blanche, entré en fonction vendredi, 18h. Trois jours, pour couronner des mois de démolition systématique du candidat, puis du Président élu. Contre le candidat, on encensait sa rivale, Mme Clinton. Comme l’élu, on chantait le panégyrique de son prédécesseur, Barack Obama, l’élégant danseur. Mais là, ces trois derniers jours, la hargne versée sur le nouveau Président a littéralement dépassé toutes les bornes. A la RSR, au Temps, à la Tribune de Genève, au Matin dimanche, Donald Trump fut constamment conspué, insulté, vilipendé, sans que jamais la parole ne fût donnée à ses défenseurs. Week-end noir. Week-end de la honte pour la presse romande. Pour la pluralité d’expression en Suisse romande.

 

Au matin de l’intronisation, le rédacteur en chef de la Tribune de Genève nous gratifiait déjà d’un édito en forme de démolition systématique d’un homme qui n’avait même pas encore commencé à exercer le pouvoir. On aurait cru lire le service de presse du Parti Démocrate, dont les représentants ont tant d’influence, dans le petit monde qui gravite, comme une armada d’éphémères, autour de la « Genève internationale ». On pense démocrate, on respire démocrate, on danse démocrate, on se nourrit des grands journaux démocrates et cosmopolites de la Côte Est, ceux qui ont eu la peau de Richard Nixon, pas uniquement pour des motifs de politique intérieure, en août 1974.

 

Quelques heures plus tard, l’intronisation elle-même. Je vous passe les commentaires de la plupart de ceux qui en rendaient compte en direct, où la plus extrême des perfidies le disputait à la pire des mauvaises fois. Le lendemain, samedi, édito du Temps, titrant sur un « discours populiste et de repli », passant au napalm le nouveau Président, quelques heures à peine après son entrée en fonction. On aurait cru lire, là, le service de presse de M. Soros. Le Temps, quotidien démocrate de la Côte Est, édité par la Côte Est, porte-parole de la mondialisation vue par la Côte Est, du clan Clinton, de Barack Obama, de Mme Obama, il ne manque plus à ce journal que prendre son siège social à New York, et nous livrer ses articles directement en anglais, la langue du Maître.

 

Mais le sommet de l’hystérie anti-Trump, pendant ces trois jours qui furent comme une Passion de noirceur et de haine, c’est la RSR qui l’a atteint. Dans le 12.30h de samedi, on nous annonce dans les titres que « Donald Trump met sa première menace à exécution ». Diable, qu’a-t-il fait, le forcené ? Réponse : il s’est permis de tenir sa parole de candidat en entamant le retour sur l’Obamacare. Bref, il a juste pratiqué l’alternance démocratique pour laquelle il a été élu. RSR toujours, samedi 18h : gros plans sur les manifestations anti-Trump, nulle parole donnée aux partisans du Président, non, uniquement à la représentante des Démocrates à Genève. Les Démocrates, les Démocrates, toujours les Démocrates.

 

RSR enfin, troisième exemple : dans le 12.30h de ce dimanche, Trump traité de successivement de « menteur », et de « criminel ». Un « chercheur en sciences sociales » pour l’attaquer, puis une philosophe pour juger « criminelle » sa supposée politique climatique. Tout cela, sans la moindre contradiction, ne serait-ce que dans les questions, de la part des intervieweurs, et surtout sans le moindre invité pro-Trump, dans le journal.

 

Le record ? Il a été atteint par le Matin dimanche, en pleine et perpétuelle guerre des sexes, qui ose titrer, sur toute la première page : « Un mâle au pouvoir ». Imaginez, en cas d’élection de Mme Clinton, un quelconque journal osant « Une femelle au pouvoir ». Assurément, un tel journal devrait, sous l’hystérie des huées, présenter des excuses sans tarder.

 

A l’heure où j’achève de rédiger ces lignes, dimanche 16.06h, c’est un week-end de honte pour la presse romande qui se termine. Cette presse, pendant les quatre ans qui viennent, va continuer de s’en prendre systématiquement, avec acharnement, à cet homme qu’elle ne peut tout simplement pas supporter. Il est impératif de l’équilibrer par l’émergence, puis la montée en puissance, d’une autre presse en Suisse romande. Qui, sans défendre systématiquement M. Trump, puisse illustrer les grands thèmes que sont, par exemple, le protectionnisme économique et la volonté très ferme de réguler les flux migratoires. Faute de ce contre-pouvoir, c’en est fini de la diversité d’expression, en Suisse romande.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/01/2017

Des usines rouillées, comme des pierres tombales

20170120PHOWWW00772.jpg 

Sur le vif - Vendredi 20.01.17 - 19.07h

 

Des phrases courtes. Une succession d’indépendantes, scandées, plutôt que l’organisation de principales et de subordonnées, sans doute l’effet Twitter. Un discours tourné vers le peuple, adressé directement au public, sans être lu, ni même peut-être appris par cœur.

 

J’en retiens « des usines rouillées, comme des pierres tombales », l’image est simple et puissante, elle appelle à refaire le tissu industriel du pays. J’en retiens « America first », la priorité au pays, le protectionnisme économique, « le retour des emplois », « le retour des frontières ».

 

Je pense surtout à une chose, incroyable : voilà bientôt un an qu’on nous parle de Donald Trump, et nous, le grand public européen, nous ne l’avons, au fond, entendu que deux fois s’exprimer en public : le jour de sa victoire, au matin du 9 novembre, et là, à l’instant, au Capitole. Nous avions vu des centaines de fois Mme Clinton, mais Trump, nous en ENTENDIONS PARLER, toujours en mal d’ailleurs, on ne nous laissait quasiment jamais le loisir de juger par nous-mêmes.

 

Mais l’essentiel n’est pas là. Il ne réside pas vraiment dans ce discours, qui résume les grandes orientations, protectionnistes et isolationnistes, dûment annoncées par le candidat dans sa campagne. L’essentiel, c’est que la cérémonie de passation de pouvoirs a eu lieu. Tout le monde y a joué son rôle, avec dignité. Emotion, pour un homme de ma génération, qui avait 18 ans à l’élection de Jimmy Carter (1976), de revoir le visage de cet homme, aujourd’hui âgé de 92 ans. Tous les anciens Présidents encore vivants étaient là, à l’exception, me semble-t-il, de George Bush Senior, 92 ans également.

 

Tout le monde était là, l’hymne fut magnifiquement chanté. M. Obama fut parfaitement digne. La transition s’est opérée, dans le plus parfait respect des règles que cette grande nation s’est données. L’ère Trump peut maintenant commencer. Elle sera ce qu’elle sera, je n’en puis rien préjuger, si ce n’est, comme vous le savez, que je suis favorable au protectionnisme économique, à la notion de frontière, à la priorité que chaque pays a le droit d’appliquer à ses résidents.

 

Pour le reste, nous verrons bien. Voilà, comme le furent tous ses prédécesseurs, un homme désormais en totale solitude face à son destin, et surtout face à celui de son pays. Ma très grande admiration pour l’Histoire américaine, mais non pour son impérialisme, m’amènera à juger chacun des actes du nouveau Président en fonction du sens politique profond que nous tenterons d’y décrypter. Et non sur ses qualités de danseur, ni de séducteur.

 

Quant à nous, Européens, entendez habitants du Vieux Continent, prenons nos destins en mains. L’Oncle Sam pourrait bien, dans les années qui viennent, avoir avant tout à s’occuper de ses « usines rouillées, comme des pierres tombales ».

 

Pascal Décaillet

 

19:07 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

17/01/2017

Elbe, 1972 : le chemin de lucidité

300px-Moedlareuth_DDR-Grenzpfosten.jpg 

Sur le vif - Mardi 17.01.17 - 16.20h

 

Adolescent, je passais tous mes étés en Allemagne. L’été 1972, je l’ai passé intégralement sur le Mur de Fer, chez un ancien combattant du Front de l’Est (22 juin 1941 – 8 mai 1945), qui me racontait tous les soirs la guerre en Russie. Lui et moi, dans une VW Coccinelle vert bouteille, nous avons parcouru des milliers de kilomètres en Allemagne du Nord, Basse-Saxe, Schleswig-Holstein, Hambourg, Brême, Lübeck. Régulièrement, nous nous rendions sur le « Sperrgürtel » de la ligne de démarcation, cette très large bande de miradors, barrages antichars, fils de fer barbelé, qui séparait l’Est de l’Ouest. Notre lieu de visite préféré était Bleckede, sur l’Elbe. C’est là, un jour, que nous avons rencontré Genscher, alors ministre fédéral de l’Intérieur de Willy Brandt, qui a conversé avec moi, et m’a signé un autographe, que je garde précieusement dans mon Tagebuch.

 

Je venais de fêter mes quatorze ans, j’avais déjà fait mes trois premières années secondaires, j’aimais passionnément l’Allemagne et la langue allemande, j’avais découvert Wagner l’année précédente, et vu le « Goetz de Berlichingen » de Goethe à Nuremberg (1971), je connaissais par cœur la Deuxième Guerre mondiale, j’allais à Bleckede, visiter le Mur, comme d’autres vont à la plage : j’adorais ça. Il faut imaginer la propagande de l’époque : nous étions en pleine Guerre froide, on nous présentait ce Mur de Fer comme l’ultime limite, le « limes » (au sens où l’entendait l’empereur romain Hadrien), avant l’autre monde, l’inconnu barbare, l’Empire communiste, celui du Mal.

 

Je n’en croyais rien. J’étais parfaitement conscient que nous n’étions ni sur le Dniepr, ni sur la Vistule, mais au cœur de l’Allemagne, même si ce Mur séparait officiellement deux pays allemands. Bleckede, l’Elbe, c’était simplement la frontière historique entre la Basse-Saxe et le Mecklenburg, donc entre le monde saxon et l’univers prussien. Une vraie ligne de fracture interne à l’Histoire des Allemagnes, beaucoup plus importante que d’avoir été, de 1949 à 1989, un segment du Mur de Fer. Les occupants anglo-américains et soviétiques sont partis, les réalités de la Vieille Allemagne demeurent, les faits sont têtus, les vraies frontières, coriaces.

 

A l’âge de 14 ans, je n’imaginais pas que les Allemagnes se réuniraient un jour (ce fut le cas 17 ans plus tard, en 1989, 1990), mais j’étais parfaitement conscient de me trouver, non pas à la « limite du monde libre » (je n’ai jamais accepté cette expression de propagande américaine), mais au cœur de l’équation historique allemande. Non seulement je n’avais rien contre la DDR, dont nous regardions tous les soirs les émissions, mais je me méfiais du dénigrement systématique de ce pays, autour de moi. Plus tard, j’ai lu les auteurs de la DDR, parmi lesquels certains des plus grands de la littérature allemande : Christa Wolf, Heiner Müller. Jamais, de toute ma vie, tout en étant évidemment critique sur le régime, et le rôle de la police politique, je n’ai porté de jugement à l’emporte-pièce sur ce pays, où je me suis évidemment rendu. Mon rapport à la DDR pourrait même faire, un jour, l’objet d’un livre.

 

On parle toujours du Mur de Berlin, ville que je n’aime pas trop, mais pas des milliers de kilomètres de la ligne de démarcation, entre les deux Allemagnes. Soyons clairs : ces quarante ans de frontière interne étaient aussi artificiels que la ligne entre Zone occupée en Zone libre, entre juin 1940 et novembre 1942, au cœur de la France. Juste une frontière dessinée par les vainqueurs, froide, administrative, avec ses tonnes de barbelés. Je n’ai jamais cru, une seule seconde, à la thèse de la frontière entre le Bien et le Mal, le « monde libre » du beau gosse Kennedy face à la grisaille communiste. J’y voyais simplement ce qu’il fallait y voir : le résultat d’un rapport de forces, d’une défaite militaire, sans dimension morale ni théologique.

 

Ces voyages à Bleckede, tout près d’où nous habitions, ont contribué à forger ma vision des rapports politiques. Méfiance viscérale face aux apparences, aux discours de propagande. Observation du terrain. Entretien avec les témoins. Étude passionnée de l’Histoire. C’est le début, j’en suis intimement persuadé, du chemin de lucidité.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:20 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/01/2017

Quelques questions autour de la Pologne

 

Sur le vif - Vendredi 13.01.17 - 16.47h

 

En lecture historique et stratégique des événements, il ne faut pas trop écouter ce que racontent les politiques, mais juger de l'état des forces, l'état du terrain. Suite à la décision américaine, hier, de déployer des blindés en Pologne, quelques remarques s'imposent :

 

1) Barack Obama sait parfaitement que les quelques blindés américains ne seraient d'aucun poids, en cas de conflit conventionnel, face aux divisions russes bien implantées dans la région, depuis l'hiver 1944-1945. Il ne faut pas s'imaginer que ces divisions ont disparu. Les Russes connaissent parfaitement le terrain, depuis au moins deux siècles, les Américains pas du tout.

 

2) Il existe une autre nation qui "connaît le terrain". Elle est aussi voisine de la Pologne, de l'autre côté, et s'appelle l'Allemagne. De nos jours, elle ne manifeste assurément aucune intention belliqueuse sur ses Marches orientales. Mais demain ? Après-demain ? Dans cinquante ans, cent ans? Depuis des années, j'écris que la question des frontières orientales de l'Allemagne n'est pas réglée.

 

3) Cette nation, l'Allemagne, est très doucement, très discrètement, sans faire le moindre bruit, depuis 1989, en train de se réarmer. Aujourd'hui, cela se fait encore dans le cadre de l'OTAN. Mais combien de temps "l'OTAN" va-t-elle tenir en Europe ? Le Président américain élu, Donald Trump, qui entre en fonction dans une semaine, multiplie les signes de repli et de rapatriement de tout ce qui a été engagé militairement sur le continent européen, depuis le 6 juin 1944.

 

4) Le jour où, par hypothèse, les Américains auraient quitté le continent européen, l'ensemble des armements lourds patiemment créés par les Allemands, de façon redoublée depuis 1989, dans le domaine des blindés, de l'aviation et même (tout récemment) de la Kriegsmarine (3 bâtiments, flambant neufs, commandés, dans l'indifférence générale, l'automne dernier), tout cela restera à disposition, sur le terrain européen. A disposition de qui ? Non plus de "l'OTAN", mais de l'Allemagne. La bonne vieille puissance militaire allemande, entamée sous Frédéric II, poursuivie sans relâche par Bismarck, par le Troisième Reich, et... par la Bundeswehr, sous couvert de participation aux forces atlantiques. Remarquable continuité, que la terrible défaite de 1945 a moins touchée qu'on ne pourrait croire. Avec quel matériel pensez-vous que la petite Bundeswehr, autorisée par le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949, a commencé à se reconstruire ? Réponse : avec celui de la Wehrmacht, de même que l'encadrement en a été confié aux officiers de cette dernière, y compris d'anciens officiers supérieurs et généraux de la Waffen SS. Pourquoi ces réalités-là, parfaitement connues des historiens, ne sont-elles pas enseignées dans les écoles ?

 

5) Là où Obama joue avec le feu, outre qu'il offre un cadeau empoisonné à son successeur, c'est qu'il accentue inutilement une tension géostratégique sur une ligne de front qui n'est autre qu'une poudrière. Il vient y semer l'esprit de guerre, alors que les Américains pourraient être amenés à se retirer, dans les années qui viennent, du théâtre d'opérations européen. Mais la tension restera. Et un autre acteur stratégique majeur, totalement invisible aujourd'hui dans l'opinion publique, demeurera. Première puissance économique d'Europe. Première puissance démographique. Et bientôt (cela dépend de la France), première puissance militaire. Cette Allemagne, je le réaffirme, est aujourd'hui un grand État démocratique, dépourvu d'intentions de guerre sur ses frontières orientales. Mais dans cinquante ans, cent ans ? Comment va évoluer, par exemple, sa cohésion sociale interne, élément capital depuis Bismarck ?

 

Lorsque les Américains se seront retirés d'Europe (si cela se produit), la situation d'avant 1945 se décongèlera. Et nous pourrions bien retrouver, sur notre vieux continent, des lignes de front beaucoup plus classiques - comme nous les avons retrouvées dans les Balkans, entre 1991 et 1999 - que la lecture manichéenne de la Guerre froide, avec un monde coupé en deux, les gentils d'un côté, les méchants de l'autre. L'Histoire est coriace, férocement. Je vous invite donc tous à vous renseigner au maximum sur l'état des forces, la nature du terrain, les antécédents historiques, sur la question polonaise. Une poudrière, oui, à deux pas de chez nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

17:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/01/2017

L'homme-dieu, ça fatigue

20081117_400.jpg 

Huit ans et deux mois après, je republie le commentaire "L'homme-dieu, ça fatigue", paru ici même, sur mon blog, le 6 novembre 2008, lendemain de la première élection de Barack Obama.

 

A ce niveau-là, ça ne ruisselle plus, ça dégouline. L’omniprésence, sans le moindre bémol, dans la presse romande, les blogs, chez les rédacteurs en chef, de la figure d’Obama en Sauveur, en Rédempteur, en Recommenceur de la vie, a quelque chose qui devient déjà pénible à supporter. Non que l’homme soit dépourvu d’éminentes qualités. Non que sa victoire ne soit pas éclatante, ni qu’elle ne marque un tournant évident, après huit années plombées de médiocrité. Mais une telle unanimité, comme en sectaires pâmoisons, parfois jusqu’à l’hagiographie, dans une profession comme le journalisme où le doute et la discordance devraient tout de même avoir une certaine place, il y a quelque chose qui aiguise l’étonnement.

 

Il n’est pas question ici des foules, qui sont ce que par nature elles sont, invasives et adhérentes comme laves volcaniques. Pas question, non plus, de cette part de rêve et de candeur qui, à différents niveaux, nous habite tous, nous brandit comme un calice l’idée du progrès, nous fait croire au salut par la seule apparition d’un homme nouveau. Comme si l’Histoire était autre chose que tragique, comme si elle était pétrie d’une autre argile que l’archaïque noirceur de nos pulsions de pouvoir, de domination, celles d’Obama comme de Kennedy, de Nixon. C’est à leur capacité à relever les défis de leur temps – et à défendre les intérêts profonds de leur pays – que le temps jugera ces hommes-là. Pas à la part de morale projetée par les foules. Ni à celle de l’éblouissement devant un physique, la symbolique d’une couleur de peau, les capacités rhétoriques, l’habileté de campagne pour actionner la machine à fabriquer des rêves. Que tout cela ait pu, peut-être, relever d’un immense artifice (certes génialement construit, orchestré et mis en scène) ne semble pas, pour l’heure, un thème.

 

A partir de là, Obama sera peut-être un grand président. Et puis, peut-être pas. Nul ne le sait. Après quelques mois d’état de grâce, il prendra ses première décisions difficiles, aura à faire la guerre, se salir les mains, se rendre impopulaire, décevoir, bref faire de la politique. C’est sur ce travail-là qu’il faudra apprécier son œuvre et sa trace, à cette aune-là, celle des réalités, de l’inévitable moisissure des choses du pouvoir, au mieux fermentation, mais où le risque du miasme n’est jamais très loin. Après les rêves de campagne, voici venu le temps du pouvoir. Ancré dans la nature humaine, qui n’est pas exactement celle des anges. Disons, un peu moins volatile. Et un peu plus accrochée aux entrailles de la terre.

 

 
Pascal Décaillet

 

16:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/01/2017

Mon soutien à Christophe Darbellay

276826069.jpg?itok=AEg3M_kY&timestamp=1473930859 

Sur le vif - Vendredi 06.01.17 - Jour des Rois - 17.17h

 

Certains voudront y voir une filiation commune dans l’ordre de la Dranse, ou une fascination partagée pour la verticalité glissante des pentes du Catogne. Qu’ils y voient ce qu’ils veulent. D’autres relèveront une complicité dans l’amour du pays physique, ce Valais des sentiers, des sources, de la lumière qui scintille sur chaque pierre, dans chaque âme, chaque cœur. Culture commune, oui. Souches, c’est sûr. Horizons reconnaissables, montagnes nommées, cols, et jusqu’à d’insoupçonnés ruisseaux de montagne, aux patronymes divinatoires.

 

Il y a de cela, certes. La politique est chose complexe, où le rationnel, sans rémission, le dispute à l’affectif. En Valais, j’ai mes racines. Je ne les oublie jamais. Telle vallée, entre les monts, me sera pour toujours maternelle. Telle autre, où le Trient rencontre l’Eau Noire, paternelle. L’Histoire du Valais, en tout cas depuis 1798, je l’ai en moi.

 

Je connais Christophe Darbellay depuis une petite vingtaine d’années. Je l’avais reçu en radio, la toute première fois, à Forum, alors qu’il était numéro deux de l’Office fédéral de l’Agriculture. Très vite, j’ai compris qu’il irait loin. Par son intelligence. Mais aussi, par la rapidité de l’instinct. Depuis longtemps, je connaissais son oncle Vital, un homme admirable, tellement chaleureux, qui présidait le groupe PDC du National quand j’étais correspondant politique à Berne. Vital Darbellay : la sève et le sourire du christianisme social, comme si Rerum Novarum (1891) s’incarnait, renaissant de la poussière. Christophe vient de ce monde-là, c’est important. Cette origine indique d’autres priorités, d’autres références, d’autres valeurs, que la seule arrogance du pouvoir.

 

D’aucuns me disent : « Pourquoi soutiens-tu Darbellay, tu es plus à droite que lui, tu as condamné publiquement (dans l’édito du Nouvelliste) son comportement face à Blocher, en décembre 2007 ? ». Ils ont raison de me poser cette question, je les comprends. Il est vrai que l’ensemble de mes adhésions politiques, constamment réaffirmées, lutte pour la souveraineté du pays, soutien à l’initiative du 9 février 2014, volonté de réguler fermement les flux migratoires, combat pour le protectionnisme, principalement en matière agricole, tout cela me rapproche rationnellement plus de l’UDC que la ductilité du Flandrin des Glaciers.

 

Mais voilà, la politique transcende souvent le périmètre du rationnel. Je ne connais pas personnellement M. Voide, n’ai strictement rien contre lui, ai même entendu qu’il avait fort bien présidé le Grand Conseil, et lui reconnais le droit de tenter sa chance. Mais la méthode, allez disons-le comme cela, ne m’inspire que modérément. J’aime les hommes seuls. J’aime ceux qu’on attaque. J’aime, en chacun de nous, l’ultime carré de fierté face à la mitraille adverse. Voilà pourquoi, étant moi-même fort seul en décembre 2007, j’avais attaqué Darbellay, dans l’affaire Blocher, sur une question de positionnement politique, je n’en renie rien. Voilà pourquoi, aussi, je ne l’ai jamais attaqué sur d’autres terrains, préférant le silence à la meute boulevardière.

 

Le corps électoral valaisan, en mars, choisira-t-il M. Darbellay ou M. Voide ? Je n’en sais rien. Mais j’apporte ici mon soutien au premier des deux, non contre le second, mais parce qu’il me semble que la politique valaisanne, dans cette élection, dispose d’une occasion unique de conduire aux affaires une génération nouvelle. Des hommes qui, avant de se présenter à Sion, ont joué un rôle important à Berne. Le Valais ne pourra que bénéficier de leurs réseaux, de leurs connaissances des arcanes nationales. Dans ces hommes, il y a depuis quatre ans Oskar Freysinger. Il pourrait y avoir, cette année, Christophe Darbellay et/ou Stéphane Rossini. Génération nouvelle, oui, professionnalisée par l’ascèse à la politique fédérale.

 

Comme vous le savez, il m’est arrivé naguère de faire un peu de radio. J’ai lancé, il y a seize ans, la formule actuelle de Forum, une heure entière avec des invités en direct et plusieurs débats, ancrés dans l’actualité du jour. J’ai produit et dirigé cette émission pendant un peu plus de cinq ans. C’était une époque héroïque, où nous lancions sur les ondes, en tout premier, ceux qui allaient faire la politique suisse, dans les années suivantes. Pierre-Yves Maillard, Pierre Maudet, Christophe Darbellay, Oskar Freysinger. Nous n’étions pas, à l’époque, des repreneurs d’informations, nous en étions plutôt les créateurs, à la source. J’ai vu arriver Darbellay au National, en 2003, j’ai vu à quelle vitesse il a pris l’ascendant, je l’ai vu conquérir, puis tenir une décennie le parti. Franchement, au-delà des positions idéologiques, j’étais soufflé par l’animal politique. Je le suis encore.

 

A partir de là, le corps électoral valaisan fera ce qu’il voudra. Et son choix devra être respecté. Mais j’ai tenu, publiquement, à affirmer ici un soutien. Il va à l’homme d’expérience, d’intelligence, et surtout d’un rare instinct. Il va, surtout, à l’homme tout court, pour lequel je n’ai jamais caché ma sympathie. D’aucuns me maudiront d’avoir commis ces lignes. D’autres s’en réjouiront. Cela m’est égal. Je n’écris ni pour plaire, ni pour caresser l’opinion. J’ai des choses à dire, je les dis, c’est tout. Bonne chance au Valais : ce canton d’exception n’a pas fini d’étonner le reste de la Suisse.

 

Pascal Décaillet

 

17:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/01/2017

Les aveugles en chemise blanche

220px-Pieter_Bruegel_the_Elder_-_The_Parable_of_the_Blind_Leading_the_Blind_(detail)_-_WGA3514.jpg 

Sur le vif - Jeudi 05.01.16 - 12.39h

 

Nos beaux esprits, qui ont cassé du Serbe pendant toutes les années 1990, et passé une décennie à émettre des jugements à l'emporte-pièce, sans rien connaître à la complexité des Balkans, ni à leur Histoire, auront-ils le loisir de se pencher sur le procès de cet adorable ancien Premier Ministre kosovar, accusé des pires exactions sur des Serbes au moment où il était actif dans "l'Armée de libération du Kosovo", dont tout le monde connaît l'infinie douceur, notamment en matière de trafic d'organes ?

 

Comme le rappelle à l'instant Alain Franco, à la RSR, lors du premier procès de cet individu, peu après les événements, Carla del Ponte avait eu toutes les peines du monde à réunir des preuves contre lui, les services américains ayant tout fait pour éliminer les traces. De nombreux témoins à charge avaient été purement et simplement éliminés. Il fallait accréditer l'idée que le Bien était du côté kosovar, le Mal du côté serbe. Image construite, imposée, par les Américains et les Allemands, gobée avec jouissance et avidité par nos chers intellectuels, eux dont la distance critique devrait justement être le fleuron.

 

Eh oui, les guerres balkaniques des années 1990-2000, que pour ma part j'ai suivies de très près, m'étant rendu sur place et ayant accumulé documents et témoignages, c'était aussi cela. Mais personne n'en parle, ou si peu.

 

L'Histoire de ces guerres demeure totalement à écrire. Pendant dix ans, nos braves intellectuels parisiens, relayés par quelques perruches romandes, n'y ont vu que du feu. Désignant d'emblée, dès l'automne 1990, le coupable et les victimes, le méchant et les gentils, ne voulant décrypter les évènements que par le prisme des "droits de l'homme", refusant de prendre en compte la complexité de l'Histoire balkanique, ainsi que (par exemple) le rôle des services secrets allemands de ce cher M. Kohl, dans l'affaire du Kosovo, et plus généralement dans le démembrement de la Yougoslavie, ces beaux esprits ont fait preuve de l'une des plus grandes cécités de l'Histoire européenne de l'après-guerre.

 

Ils n'ont rien vu. Ni le jeu des Allemands. Ni celui des Américains. Ils ont applaudi, béats, au bombardement de Belgrade, en avril 1999, alors même qu'Helmut Schmidt, ancien Chancelier d'Allemagne fédérale, répondant le jour même à mes questions dans son bureau de Hambourg, les condamnait vivement.

 

Quand je dis que 2017 doit être l'année de la lucidité, c'est contre cet immense cortège d'aveugles en chemises blanc lustré, s'avançant dans un noir d'ébène en psalmodiant la morale, que je veux, plus que jamais, rétablir - là où j'ai les connaissances nécessaires - la vérité des faits.

 

Non pour "réinforner", ce mot nouveau m'insupporte. Mais pour informer, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

 

17:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/12/2016

La trahison des clercs

RO80106232A.jpg
 

Sur le vif - Mardi 13.12.16 - 06.08h

 

Après des mois de travail de sape, où il a entrepris toutes choses pour dénaturer la volonté clairement exprimée, le 9 février 2014, par le peuple et les cantons, le Parlement est parvenu à ses fins.

 

Pour tous ceux, majoritaires, qui avaient voté cette initiative, parce qu'ils veulent une vraie régulation des flux migratoires sur la Suisse, il s'agira de s'en souvenir. Par une double défiance :

 

1) En octobre 2019, pas de réélection pour les responsables de cette dénaturation.

 

2) Défiance accrue envers l'institution parlementaire elle-même. En actionnant à fond les ressources de la démocratie directe, où les citoyennes et citoyens, délivrés de ces intermédiaires pesants et d'un autre âge, agissent directement, à l'issue de vastes débats populaires à l'échelle du pays tout entier, sur le destin national.

 

Le combat entre souveraineté populaire et système représentatif est clairement engagé en Suisse, pour de longues années. La cause de ce combat, c'est, au plus haut niveau du pays, pour reprendre le titre du chef d'œuvre publié en 1927 par Julien Benda, la trahison des clercs.

 

Pascal Décaillet

 

16:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/12/2016

Trump aux enfants ? - Tout simple !

 

Sur le vif - Samedi 10.12.16 - 17.33h

 

"Comment expliquer Trump à mes enfants ?", se demande, torturé, mon confrère Stéphane Bussard, qui vient de passer cinq ans aux États-Unis comme correspondant. A lire le libellé de sa question, on dirait qu'il doit leur raconter un génocide, des horreurs, des abominations.

C'est tout simple, Cher Confrère. Il suffit de dire la vérité des choses, en demeurant factuel. En tenant, à peu près, ce langage :

 

" Chers enfants,

La grande démocratie américaine, en vigueur depuis 1776, avec des Présidents depuis 1789 (George Washington), a procédé cet automne, en fonction de ses règles, à l'élection du Président, qui se déroule tous les quatre ans, dans les premiers jours de novembre. C'est un poste très important, parce que le Président américain dirige l'une des plus grandes puissances du monde.

A l'issue d'un combat certes dur, mais parfaitement régulier, où chacun a pu s'exprimer, le candidat républicain, Donald Trump, a remporté l'élection, face à sa rivale démocrate, Hillary Clinton. Le vote doit être confirmé par les grands électeurs le 19 décembre. Et le 20 janvier, M. Trump entrera en fonction, pour quatre ans, jusqu'au 20 janvier 2021. Peut-être huit ans, s'il est réélu.

M. Trump profite de cette période de transition, comme l'ont toujours fait les présidents élus, pour nommer les ministres de son cabinet et définir les premières grandes orientations de son mandat. Ces dernières seront conformes à ses engagements de campagne, et non à ceux de sa rivale, puisque c'est lui, et non elle, qui a été élu.

Son programme est protectionniste sur le plan économique, isolationniste quant au déploiement américain dans le monde. Il vise à réguler l'immigration, notamment celle qui vient du Mexique, sur la frontière Sud. Il entend s'occuper prioritairement de l’intérieur du pays, par exemple en rénovant des infrastructures (routières, ferroviaires) vieillissantes, qui datent du New Deal, le puissant programme de relance de son lointain prédécesseur, le très grand Président Franklin Delano Roosevelt (1933-1945). Toutes choses qui ont été parfaitement annoncées pendant la campagne, et sur lesquelles l'électorat américain a voté en totale connaissance de cause. La moindre des choses, quand on obtient la confiance du peuple, c'est de respecter et d'appliquer ses engagements de campagne. Si on est élu, ça n'est pas pour faire la politique de son adversaire, battu.

Je sais, chers enfants, j'ai utilisé ici des mots un peu compliqués, comme "grands électeurs", "protectionnisme", "isolationnisme", "New Deal". Je reviendrai sur tout cela demain soir, et les soirées suivantes, c'est très facile à comprendre, vous verrez. Maintenant, il est l'heure d'aller au lit ! Comment ? Vous voulez encore une histoire ? De cow-boys et d'Indiens ? Bon OK, mais d'abord tout le monde va se brosser les dents ! "

 

Et toc, Cher Confrère. Simple, factuel, juste, vérifiable. Rien de dramatique. Rien d'apocalyptique. Rien qui relève de la morale. Juste des faits.

 

Pascal Décaillet

 

18:37 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/12/2016

Les journalistes ne sont pas des prophètes !

792-2-44477.jpg?1366904781 

Édito publié dans le dernier numéro du bimensuel BILAN - 07.12.16

 

Voilà plus de trente ans que je suis journaliste, n’exerçant d’autre profession que celle-là, scrutant passionnément la politique suisse, mais aussi internationale, animant tous les soirs des émissions citoyennes en télévision. En vérité, quarante ans : j’ai eu la chance, grâce à Claude Monnier, qui nous a quittés cette année, de commencer à l’âge de 18 ans, première année d’Uni, pour des piges au Journal de Genève. Vieilles machines à écrire, textes rendus à minuit, dans l’ambiance dix-neuvième siècle de la rue du Général-Dufour, odeur incomparable du journal qui sortait, sous nos yeux. Et qui défilait même au-dessus de nos têtes, en attendant l’expédition. Au Journal de Genève, c’était l’aventure totale, le produit créé d’un bout à l’autre, de l’idée de l’article jusqu’au quotidien tout chaud, au milieu de la nuit. Emotion, bonheur, plénitude, rien que d’y penser. De cela, j’aurai eu l’honneur d’être artisan.

 

Aujourd’hui, ce métier va mal. Pour peu, remarquez, qu’il se soit jamais « bien porté », depuis Théophraste Renaudot, en passant par l’Affaire Dreyfus, la presse d’opinion qui se déchirait, ou pire : la presse aux ordres. Il va mal aujourd’hui, non parce que les techniques évoluent, et que le numérique emporte tout (nous nous y adapterons), mais parce que certains journalistes semblent avoir l’art d’entreprendre toutes choses pour ruiner le crédit de leur propre profession. Ainsi, cette singulière manie, dans notre corporation, de vouloir à tout prix prédire l’avenir : telle initiative, vous allez voir, passera (ou non), le Royaume Uni refusera le Brexit, Mme Clinton sera élue, Alain Juppé sera le champion de la droite. Oh, zut, ça n’est pas Juppé, sorry, mais alors, croyez-moi, Fillon sera président !

 

Je ne comprends pas cette posture. D’abord, parce qu’en prenant le risque de la prévision, ne jouissant pas tous de la puissance d’ambiguïté d’une Pythie, ou d’une Cassandre, ou d’un Elie, ou d’un Jérémie, on court mathématiquement un risque sur deux de se planter magistralement, et de passer pour un Pied-Nickelé. Surtout, plus sérieusement, parce que le métier de journaliste me semble déjà avoir largement assez de boulot à tenter de décrypter le passé et le présent, pour s’embarrasser d’un point de vue sur l’avenir. Ainsi, à l’usage, toujours un peu périlleux, de la boule de cristal, je suggère à mes collègues de préférer la lecture des livres d’Histoire. Pas des dizaines, pas des centaines, mais des MILLIERS de livres, au cours de leur vie. On y découvre la savoureuse imprévisibilité du passé. Ce dernier n’est jamais comme on croit. Et même si on a déjà lu une foule d’ouvrages sur un sujet, la toute dernière lecture précisera, corrigera, contredira les précédents. Seule cette dialectique, toujours recommencée, de témoignages, parfois antagonistes, permet, patiemment, de construire une connaissance historique.

 

Cette conscience du passé donne des clefs pour l’avenir, mais évidemment pas des certitudes. Disons qu’une connaissance un peu nourrie de l’Histoire balkanique aurait permis, dès 1990, aux journalistes d’ici d’embrasser avec un moins de diabolisation pour un seul camp la question du démembrement de l’ex-Yougoslavie. Autre exemple : quelques lectures sur l’Orient compliqué auraient peut-être évité à certains, au printemps 2003, d’applaudir à tout rompre lors de l’intervention américaine de M. Bush Junior en Irak. Ou encore : une connaissance des fondamentaux de l’Histoire britannique aurait pu aider certains à mieux comprendre le Brexit, sans immédiatement traiter d’attardés, ou de repliés, ceux qui avaient voté oui à cette option.

 

Alors oui, chères consœurs, chers confrères, je vous encourage vivement à investir votre avenir dans une plongée vers… le passé ! Les archives. Les témoignages. La fragilité des êtres. La perpétuelle noirceur du pouvoir. Le paravent de la morale, pour satisfaire les appétits des puissants. Le sang des victimes. L’humus des cimetières. Le sacrifice. Le sens, et si souvent le non-sens. Cela ne vous donnera nulle clef de certitude. Mais cela vous vivifiera l’âme. Bonne chance à tous !

 

Pascal Décaillet

 

16:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/12/2016

Le monde, sans les socialistes

 

Sur le vif - Samedi 03.12.16 - 15.26h

 

Je l'ai dit maintes fois depuis des années, je ne comprends absolument pas pourquoi les socialistes suisses, ainsi que les syndicats, s'accrochent à ce point aux principes de mondialisation et de libre-circulation. Eux qui prétendent protéger les plus faibles, ne voient-ils pas que les premières victimes d'un monde sans frontières sont justement les plus précaires d'entre nous ?

 

Les socialistes et les syndicats s'accrochent à une libre-circulation qu'ils n'ont acceptée, il y a une quinzaine d'années, qu'à la condition qu'on lui adjoigne des mesures d'accompagnement. Or, AUCUNE de ces mesures, promises par les libéraux et le patronat, n'a été mise en oeuvre. Je dis bien : AUCUNE.

 

Les socialistes et les syndicats, comment font-ils pour ne pas voir qu'un minimum de régulation des flux migratoires (personne ne parle de fermer les frontières), et aussi un minimum de protectionnisme (urgent et vital dans le domaine agricole) sont les seuls garants d'une protection des plus démunis, chez nous ?

 

Les socialistes et les syndicats, au nom du vieux mythe de l'Internationale, vont-ils continuer à vouloir embrasser toute la globalité planétaire du monde, cette illusion, alors que les communautés humaines, surgies des entrailles de la terre, ont un vital besoin d’horizons définis, de bornes, de délimitations, en un mot de frontières au sein desquelles puisse s'exercer la loi voulue par tous, celle du démos.

 

Si les socialistes, en Suisse comme ailleurs, continuent dans ce déni, dans cette béatitude internationaliste, s'ils continuent à ignorer le principe de la nation, à mépriser les lieux de mémoire et la communauté des souffrances, les classes populaires les quitteront définitivement. Le monde continuera. Mais sans les socialistes.

 

Pascal Décaillet

 

15:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/11/2016

Décrispe-toi, Bébert, respire un coup !

contracture-musculaire.jpg 

Sur le vif - Mardi 22.11.16 - 16.42h

 

Vous aimez votre pays ? Son Histoire, son destin à travers les âges, sa complexité. Son système politique. Ses langues, ses cultures. La bouleversante beauté de ses paysages, que vous voulez entretenir. Son système social. Vous aimez tout cela ? Eh bien, c’est que vous avez un problème : vous souffrez de « crispation identitaire ». C’est grave, docteur ? Oh oui ! Ça vous empêche de vous fondre dans le moule mondialiste. On en fusillerait pour moins que ça.

 

« Crispation identitaire ». Pas un jour sans qu’un journaliste de la SSR, un sociologue invité, un « expert », un politologue ne vous serve ces deux mots. Oser prononcer le mot « identité » vous attirera immédiatement les foudres. Il y a des mots, aujourd’hui, auxquels on n’a plus droit : le mot « identité » en fait partie. Vous avez beau le définir comme une construction, rappeler que avez lu l’admirable essai d’Anne-Marie Thiesse, « La création des identités nationales », rien n’y fait : on ne prononce pas le mot « identité ».

 

La vérité, c’est que nous vivons sous le joug d’une bande de censeurs. Les mêmes qui, tout l’automne, ont caricaturé la candidature Trump pour encenser celle de Mme Clinton. Les mêmes qui nous promettaient déjà Juppé à l’Elysée. Les mêmes qui, se prenant pour Thomas Mann, nous brandissent à longueur d’année les années trente (lire GHI de demain, j’y reviens). Eh bien moi je vous dis que cette bande de censeurs, nous devons lui répondre comme il se doit : en les envoyant aux fraises.

 

« Crispation identitaire », c’est, au sens propre, définir ceux qui sont attachés à leur pays sous un angle médical. « Vous ne pensez pas juste, c’est que vous avez un problème, Monsieur. Musculaire. Une crispation. Penser juste, comme nous, c’est être bien dans son corps, dans ses muscles, comme après un bon massage ». Il y aurait donc deux catégories : les corps sains, et les « crispés ». En fonction de l’orthodoxie de votre pensée sur le rapport que vous avez le mauvais goût d’entretenir avec votre communauté nationale.

 

Vous savez ce qu’il faut leur dire, à ces Vadius et Trissotins de la bonne pensée ? Il faut, de toute la puissance expectorée de notre appareil pulmonaire, celui qui par miracle aurait encore échappé à la crispation généralisée, hurler le mot de Cambronne.

 

Et puis, se remettre à défendre nos arguments. Un par un. Millimètre par millimètre. Sans rien lâcher. Jamais.

 

 

Pascal Décaillet

 

16:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/11/2016

Vivre avec la mémoire

00%20-%20Dmitri%20Baltermants%20-%20photo%20guerre%20mondiale.jpg 

Sur le vif - Dimanche 20.11.16 - 16.11h

 

Je suis né treize ans après la Seconde Guerre mondiale, et me suis mis à en lire l’Histoire dès l’âge de sept ans et demi, grâce à une remarquable Encyclopédie en trois volumes qu’avait achetée mes parents, à sa sortie en1965. Remarquable, parce que soucieuse, vingt ans seulement après la fin du conflit, et alors que les vainqueurs, notamment Anglo-Saxons, tenaient encore seuls la plume de l’Histoire, de laisser émerger une appréciable pluralité de voix et de témoignages pour l’époque. Speer, en 1965, était encore en prison (il en sort en 1966), « Au Cœur du Troisième Reich » n’était pas encore sorti en librairie, ni surtout l’indispensable critique de ce texte par un historien munichois, quelques années plus tard. Mais enfin, ce triptyque n’était pas exempt de voix allemandes, notamment sur le récit du 20 juillet 1944, et cela, en ce temps-là, était méritoire.

 

Pendant sept ans, jusqu’en 1972, la bibliothèque de mes parents n’étant pas extensible à souhait, ces trois gros volumes ont constitué ma seule Bible sur le sujet, ou presque. L’été 1972, je l’ai passé intégralement chez un ancien combattant du Front de l’Est, tout au nord de l’Allemagne. Dans sa VW coccinelle vert bouteille, nous avons parcouru près de cinq mille kilomètres, dormi chez d’autres anciens combattants de ses camarades, passé des nuits à évoquer des souvenirs, visité maintes fois le Mur de Fer, où nous avons même, par hasard, rencontré une fois Genscher, alors ministre fédéral de l’Intérieur de Willy Brandt. A 14 ans, je m’étais entretenu avec un ministre !

 

Le soir, nous regardions les nouvelles de la DDR, et ma foi, je ne les trouvais pas si mal faites. Un jour, je m’exprimerai sur ce pays, l’Allemagne de l’Est, et mon lien avec lui. En fin d’après-midi, dans le jardin, nous tirions à la carabine : je puis me vanter d’avoir eu, dans cet exercice un peu particulier auquel j’ai très vite pris goût, un sacré professeur.

 

Cet été 1972 a révolutionné ma lecture de la Seconde Guerre mondiale. Le front russe m’a été raconté d’un bout à l’autre, sous toutes les coutures, sans le moindre souci de ménagement de l’image de la Wehrmacht. Il m’a été raconté de façon clinique, par un acteur ayant participé à l’intégralité de cette guerre, du 22 juin 1941 au 8 mai 1945. Quand je suis rentré en Suisse, je ne pensais qu’à cela, mais n’en ai guère parlé autour de moi, pas plus d’ailleurs que d’autres événements de cet été si particulier. Je relis mon journal de l’époque, pour lequel j’avais obtenu un premier Prix, il relate tout, très sagement, avec illustrations, cartes postales, croquis, il y a même ma photo avec Genscher et l’autographe qu’il m’avait signé. Mais pas un mot de ces conversations nocturnes sur la Guerre à l’Est. Je les avais gardées pour moi.

 

Dans les quarante années qui ont suivi, je me suis replongé beaucoup plus à fond, comme on sait, dans tout cela, multipliant les séjours en Allemagne, emmenant mes élèves d’allemand sur des lieux de mémoire, comme Dachau (juin 1983), rencontrant et interviewant maintes fois mon ami August von Kageneck (1922-2004), officier de Panzers sur l’ensemble de la Guerre à l’Est, fils de l’aide de camp personnel du Kaiser. Sa version à lui du front russe (évolutive, du reste, au cours de ses livres), je ne pouvais m’empêcher de la confronter avec celle de l’homme chez qui j’avais vécu en 1972.

 

Et puis, des livres, par centaines. Des témoignages. 51 ans après mon premier contact avec la Seconde Guerre mondiale (l’Encyclopédie en trois volumes de mes parents), ma perception des événements n’est plus du tout la même. Ni pour moi, ni pour personne, d’ailleurs. Parce que l’Histoire évolue. L’historiographie avance, corrige, retouche, contredit, rétablit, nuance. Et c'est cela qui est totalement passionnant : ce cheminement de crabe (lire Günter Grass !) vers quelques fragments de vérité.

 

Vivre avec l’Histoire, c’est vivre avec l’évolution subjective de sa propre mémoire. Pour l’enrichir, il ne faut surtout pas être l’homme d’un seul livre, mais celui de milliers de témoignages entrecoupés, confrontés. Laisser surgir l’Archive. J’aime passionnément tout cela, parce que les morts revivent. Option métaphysique qui, en soi, n’est pas pour me déplaire. Excellente soirée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

16:11 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/11/2016

Presse romande : la matrice HEI

barbarossa.jpg 

Sur le vif - Samedi 19.11.16 - 18.04h

 

Je suis persuadé d'une chose : dans les matrices qui ont formaté la pensée de tant de journalistes, ces trente ou quarante dernières années, il y a la langue anglaise. Passage obligé pour toute une quantité de filières en Suisse romande, Sciences Po ou HEI, elle fonctionne comme le Sésame de ce tout petit monde international, sis à Genève, qui n'a l'air immense que par illusion. Regardez HEI : n'est-elle pas qu'à quelques centaines de mètres du Palais des Nations, donc du siège européen de l'ONU, et à quelques... dizaines de mètres, seulement, du siège mondial de l'OMC ?

 

Se plonger, pour toutes ses études politiques, dans une littérature écrite en anglais, c'est utiliser la langue qui, sous prétexte d'être "mondiale" (elle ne l'est que provisoirement), est avant tout celle des États-Unis d'Amérique, première puissance du monde, l'un des principaux vainqueurs, sur sol européen, de la Seconde Guerre mondiale. Prédominance des textes en anglais, des experts américains, donc, dans toute sa pluralité (certes), du REGARD américain sur le monde.

 

Cette même filière HEI, qui a servi de tutelle intellectuelle à tant de nos journalistes romands pendant des décennies, fourmille de professeurs et de chercheurs dont le champ d'études principal se trouve être le monde multilatéral : ONU, OMC, OMS, OIT, HCR, CICR, toutes organisations dont les sièges, européen pour la première, mondiaux pour les autres, sont à Genève, dans un MINUSCULE PÉRIMÈTRE près de HEI. Impossible, à Genève, de passer par cette école sans considérer de très près le petit monde multilatéral que représentent ces organisations. De là à leur faire intellectuellement allégeance, il n'y a qu'un pas.

 

Nous vivons aujourd'hui un retour des nations. Pour ma part, patiemment, je l'attends depuis des décennies. Je ne lis pas trop en anglais, mais principalement en français et en allemand. Je me passionne pour le tragique de l'Histoire, les guerres, les traités, les alliances, les renversements, la création des identités nationales, les Discours à la Nation allemande de Fichte (1807, Université Humboldt, Berlin), l'Histoire de la Révolution française de Michelet, les Lieux de Mémoire de Pierre Nora, le destin allemand à travers les âges, les 26 Histoires cantonales de notre passionnant pays, ainsi bien sûr que son Histoire fédérale. Bref, je m'intéresse à l'Allemagne, la France, la Suisse, l'Italie : NOS PAYS. Ceux qui sont ici, tout proches, dont nous parlons les langues, où j'ai vécu. Je lis l'allemand, l'italien, je peux lire un journal en grec moderne. Je suis à des milliers de lieues de l'univers mental HEI.

 

Je ne prétends en aucun cas, ici, que ma configuration intellectuelle personnelle soit meilleure que celle de mes confrères "internationalistes" anglophones, et... anglomanes. Mais c'est la mienne. J'y tiens. Je la cultive. Je l'aime. Et, pourquoi le taire, je me sens, depuis l'aube de l'enfance, infiniment plus proche du monde allemand, germanophone, que de l'univers anglo-saxon. Ces choses-là jouent un rôle, très important, car la grande fracture, aujourd'hui, entre journalistes, n'est absolument pas entre ceux de gauche et ceux de droite. Mais elle pourrait bien être puissamment culturelle. On ne voit pas le monde de la même manière quand on a frayé dans l'univers mondialiste et anglophone de l'ONU et l'OMC, que quand on a lu, en solitaire, des centaines de livres sur le destin allemand, la Guerre à l'Est (1941-1945), ou l'Histoire de la Prusse. On considère, dans ce second cas (qui est le mien), l'Histoire sous son angle le plus tragique, pessimiste, à la limite (j'en conviens) d'une forme de nihilisme. Ça n'est pas très gai, mais c'est ainsi.

 

Pardonnez-moi d'avoir été un peu long. Excellente soirée. Il y a du Haendel, ce soir, sur Mezzo.

 

Pascal Décaillet

 

18:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/11/2016

Primaires : le trompe-l'oeil de Monsieur X

l-express-annonce-la-candidature-de-m-x-a-la-presidentiellem-x-.828.jpg 
 
Sur le vif - Vendredi 18.11.16 - 17.24h
 
 
Le singulier exercice des "primaires de la droite et du centre" constitue l'un des plus gigantesques trompe-l’œil de l'Histoire de la Cinquième République. Digne de la campagne "Monsieur X", lancée par l'Express de JJSS en 1964,1965, censée dévoiler progressivement le champion de la gauche contre de Gaulle à la présidentielle de décembre 1965.
 
 
J'ai tous ces exemplaires dans mes collections de journaux, je les relis depuis des décennies avec délectation. A lire l'Express, on pouvait se persuader que le candidat providentiel des gauches françaises, le fameux "Monsieur X", serait soit Gaston Defferre, soit Pierre Mendès France, deux hommes au demeurant d'une grande valeur, notamment le second. Hélas pour l'Express, Monsieur X ne fut ni le Maire de Marseille, ni l'ancien Président du Conseil des années 54-55. Ce fut un certain François Mitterrand.
 
 
Quelle erreur avait commise l'Express ? Celle de partir trop tôt ! Ce journal n'avait pas compris que l'élection présidentielle au suffrage universel, première du genre (le principe venait d'en être accepté, en 1962), allait obéir à de tout autres critères, beaucoup plus telluriques, que la simple désignation d'un Président du Conseil, affaire de cabinets et de cléricatures, sous la Quatrième.
 
 
Il en va de même avec ces "primaires de la droite et du centre". Elles fonctionnent dans le seul bocal télévisuel. Ces débats, ce sont de Grands Oraux pour forts en thèmes de l'ENA, où chacun s'enfonce dans une multitude de détails, comme s'il s'agissait de désigner un Sous-Secrétaire d’État à l'Emploi. Et plein de gens, aidés par une presse d'une incroyable connivence (d'ailleurs, en quel honneur ces débats, qui sont l'affaire interne à un camp, sont-ils retransmis par de grandes chaînes nationales ?), sont persuadés que le vainqueur de ces "primaires" sera, en mai 2017, le vainqueur de la présidentielle. Alors que nous n'en savons STRICTEMENT RIEN.
 
 
A la vérité, une présidentielle française, sous la Cinquième, se joue dans les toutes dernières semaines. Certainement pas l'automne qui précède ! Attention aux effets de bocal. Attention aux vedettes américaines. Attention au jeunisme des "rénovateurs". Attention aux dents blanches à la Lecanuet. Attention aux trompe-l’œil. Nul d'entre nous ne peut prévoir, à l'heure où j'écris ces lignes (18 novembre 2016), quelles secousses profondes pourront surgir, au printemps prochain, de la vieille terre de France, si riche d'Histoire et de surprises.
 
 
Pour ma part, j'ignore totalement qui sera le prochain Président. Tout au plus, avec les clefs qui sont miennes, fruits de milliers de lectures d'Histoire politique française, puis-je entrevoir assez aisément qui... ne le sera pas !
 
 
Pascal Décaillet
 

17:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/11/2016

Les pleins, les déliés, le bonheur

x-en-italique-ornement-1.jpg 

Sur le vif - 14.11.16 - 14.02h

 

En écriture, une virgule, c'est une virgule. Un point, c'est un point. Un point-virgule, c'est encore autre chose. Ce solfège, magnifique parce qu'il éduque à la nuance de la phrase, doit impérativement être enseigné dès l'aube de l'initiation à l'écriture.

 

J'ai eu cette chance, avec des plumes à encre, des pleins et des déliés, la magie des dictées, où l'oralité doit se transfigurer en écriture. Encriers dans le pupitre, buvards, bouts des doigts noirs d'encre. Mais infini bonheur.

 

De même, apprendre l'expression orale. Au moins, déjà, lire correctement un texte. Une Fable de La Fontaine : très difficile, en fait, mais tellement génial comme exercice ; la ponctuation, chez cet auteur d'exception, rythmée autour du souffle (comme dans le Héron), est toujours munie d'un sens profond, la forme et le fond s'entrelacent, s'embrassent, s'étreignent, ne font qu'un.

 

Si l'école primaire doit servir à quelque chose, ce doit être à cela. Merci aux instituteurs qui le font encore, avec le goût de la précision, l'amour des textes, la passion de la langue.

 

Pascal Décaillet

 

15:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/11/2016

Trump et l'ombre de Roosevelt

220px-Franklin_Roosevelt_signing_declaration_of_war_against_Japan.jpg 

Sur le vif - Dimanche 13.11.16 - 10.25h

 

Il est peut-être temps, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, de considérer l'élection de Donald Trump autrement que sous le jeu des apparences, piège où sont tant tombés les médias, ne voulant voir en lui qu'un rouquin vulgaire, et le jugeant sur des critères moraux plutôt que politiques.

 

Trump a une vision. Et il a un programme. S'il parvient à les appliquer, notamment la grande ambition de rénover les infrastructures, annoncée dès le discours de victoire, c'est assurément l'accent d'un New Deal qui sonne à nos oreilles. Avec lui, la mémoire de l'un des plus grands Présidents de l'Histoire américaine, Franklin Delano Roosevelt (1933-1945).

 

Aucune comparaison, bien sûr, entre les deux hommes : juste une référence, qui affleure. Même si le rapport à l'Etat de FDR est très différent de celui que laisse entrevoir Trump, dans ses discours de campagne. Pour ma part, mon attachement au protectionnisme est viscéralement lié à très haute idée que je me fais, depuis toujours, de l'interventionnisme d’État. Ce qui me sépare totalement de tant de conservateurs américains, n'ayant jamais rompu avec le libéralisme. Situer Trump dans cette dialectique n'est, pour l'heure, pas facile.

 

Mais tout de même, rappelez-vous : la campagne électorale de 1932, trois ans seulement après le krach de Wall Street. Une Amérique saignée, en lambeaux, dévastée par la crise de 1929, partout la faillite, les familles déchirées, les suicides. Lire Steinbeck, absolument.


Dans ce climat, le candidat Roosevelt arrive avec le plus grand programme de relance économique de l'Histoire. Relance organisée par un prodigieux volontarisme d'Etat, construction de routes, politique industrielle, regard tourné (jusqu'au 7 décembre 1941) vers l'intérieur du pays, un peu moins vers le vaste monde. A ce programme, Roosevelt donne un nom : le New Deal. Nouvelle Donne, comme aux cartes.

 

Ce que veut Trump, c'est quelque chose, toutes proportions gardées et rien n'étant exactement comparable, qui ressemble à cela. 84 ans plus tard. J'ignore absolument s'il y parviendra, mais c'est cela qu'il veut, cela sa vision. La référence à Roosevelt est dans toutes les consciences, elle m'est immédiatement tombée dessus, alors que j'écoutais en direct son discours de victoire.

 

Pour placer toutes les énergies sur la réussite de ce pari, Trump devra appliquer une politique plutôt isolationniste qu'expansionniste, plutôt pacifique que belliciste, encore que dans ce domaine, il n'aura peut-être pas d'autre choix, ici ou là, que celui d'une guerre. Comme Roosevelt ! Arrivé en 1932, à des milliers de lieues marines de l'idée d'une guerre, FDR deviendra, les quatre dernières années de sa vie, le champion et le vainqueur de l'un des plus importants conflits de l'Histoire humaine. Parce que gouverner, ça n'est pas seulement appliquer un programme préconçu, mais tenter de répondre au tragique de l'Histoire.

 

Eh oui. Car deux mois et trois semaines après l'élection de Roosevelt, une autre, en Allemagne, le 30 janvier 1933, allait sceller le destin du monde.

 

L'Histoire est totalement imprévisible. Nul d'entre nous ne sait de quoi demain sera fait. Tout au plus, par quelques éclairs, pouvons-nous, parfois, y déchiffrer l'une ou l'autre correspondance. Pour cela, il n'est pas inutile de lire des livres. Des milliers de livres.

 

Bon dimanche à tous.

 

Pascal Décaillet

 

16:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/11/2016

Presse romande : ce qui doit changer

 

Sur le vif - Samedi 12.11.16 - 18.54h

 

Le journalisme en Suisse romande est totalement circulaire. Dès qu'une affaire surgit, ou que vient poindre un sujet, je peux vous dire, les yeux fermés, qui va immédiatement embrayer, qui va reprendre, combien de jours l'info va vivre, avant de s'éteindre, pour laisser place à d'autres. Sur la plupart de ces affaires, pour ma part je choisis le silence. Pour traiter la Correspondance entre Maurice Chappaz et Corinna Bille, nous sommes hélas un peu moins nombreux. Et pour le cinéma grec et l'Histoire ouvrière de la Suisse romande, heureusement que nous avons Gauchebdo.

 

Cet effet "palais des glaces", ou labyrinthe, où on ne s'abreuve qu'aux mêmes sources, est l'une des causes majeures de la cécité récente des médias romands dans les traitements du 9 février 2014, du Brexit, de l'élection de Trump.

 

A quoi s'ajoute une totale incapacité à l'autocritique. Sur Trump, ces jours, comme sur la RSR ce matin, ils font SEMBLANT de se mettre en question : ils ont réussi l'exploit, alors que la RSR a beaucoup plus à se reprocher que la TSR, d'inviter le chef... de l'Information TV ! Sans lui poser, d'ailleurs, la moindre question dérangeante. Dans le même temps, ils tirent sur ceux qui ont vu juste.

 

Changer en profondeur la presse en Suisse romande, cela passe par une RUPTURE avec la circularité de ces miroirs. L'émergence d'une vraie parole alternative. Celle qui soutenait l'initiative sur l'immigration de masse. Celle qui soutenait le Brexit. Celle qui soutenait Trump, ou tout au moins attirait l'attention sur les dangers bellicistes de l'entourage de Mme Clinton. Aujourd'hui, ces gens-là, qui ont pourtant vu juste, on les rabroue.

 

Tant que ces milieux-là n'auront pas, en Suisse romande, un espace d'expression et une caisse de résonance égaux à ceux des opinions contraires, il n'y aura, dans ce coin de pays, ni diversité, ni pluralité de la presse. Juste des échos conformes, avec des fous du rois conformes, des humoristes conformes. Tous complices, à commencer par les derniers cités, pour défendre la même idéologie, la même vision. Et finalement, sans rien transgresser du tout, servir le pouvoir en place.

 

C'est cela qui doit changer.

 

Pascal Décaillet

 

19:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les Inquisiteurs

 

Sur le vif - Samedi 12.11.6 - 07.13h

 

Depuis toujours, je suis partisan d'une régulation des flux migratoires. Parce que la politique, en toutes choses, c'est la régulation, pas la jungle.

 

Depuis toujours, avec ceux qui partagent mon point de vue, nous disons "régulation", ou "contrôle". Jamais nous n'avons dit "fermeture". Mais nos adversaires, eux, font semblant de ne pas entendre "régulation", ou "contrôle". Et affirment que nous disons "fermeture".

 

C'est un mensonge, pur et simple, pour arranger leur position. Un procédé d'Inquisition, où nul compte n'est tenu de la parole réellement prononcée, parce que les besoins de l'instruction exigent qu'on la caricature. Procès de Prague. Procès de Moscou. Procès de Kafka, où tout cela est décrit avec le génie littéraire de l'un des plus grands narrateurs de la langue allemande.

 

Je continuerai à dire "régulation", ou "contrôle". Et eux, continueront de dire "Décaillet veut fermer les frontières".

 

Voilà où nous en sommes. Idem si vous mettez en doute les vertus, dogmatiquement cardinales, de la mondialisation. Immédiatement, on fera de vous un adepte des nations totalement fermées des années de guerre. C'est faux, c'est un mensonge, ils le savent, mais ils fonctionnent comme cela : ils ont besoin d'instruire des procès en sorcellerie.

 

Pascal Décaillet

 

15:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |