Sur le vif - Page 42

  • Les Chemins de la Liberté

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    Sur le vif - Vendredi 19.06.15 - 17.25h

     

    Mais enfin, que se passe-t-il avec les textes ? Pourquoi nous obsèdent-ils tant ? Chaque année, à l’approche de l’été, je me promets de relire Kafka ou Thomas Mann, Homère, Brecht, Sophocle, Gide, Céline, Cingria, Grass, Koltès. Et des dizaines d’autres. Je les lis, ou non, j’en lis d’autres, c’est la vie, c’est la chaleur, c’est le miracle de l’été.

     

    Mais d’où nous vient cet impérieux besoin de textes, et de musiques aussi ? Recommencer la vie ? Lorsque j’ai passé ma Maturité, en avril 1976, un peu avant mes dix-huit ans, ma première pulsion était d’étudier la théologie. A cause des textes. Et puis, il y eut l’autre miracle d’un autre été, d’autres voies. Mais j’y ai pensé très fort hier soir, sur mon plateau, face à Mme Elisabeth Parmentier, qui a produit sur moi (et, je l’espère, sur les téléspectateurs) une puissante impression.

     

    C’est une femme de foi et de textes, luthérienne, ayant commencé par la Germanistik avant de se lancer en théologie, elle vient d’enseigner quinze ans à l’Université de Strasbourg. L’Alsace, comme on sait, a « échappé » à la loi de 1905 : allemande de 1871 à 1918, elle n’était pas concernée par la Séparation. Du coup, nous dit Mme Parmentier, la question religieuse se vit de façon beaucoup plus calme que dans les tensions (extrêmes, ces temps) de la France laïque : on la croit volontiers.

     

    Surtout, la manière dont la future prof de théologie pratique (elle commence cet automne) à l’Université de Genève parle des textes, est saisissante. Elle a commencé, des années, par se tremper dans la littérature allemande (tiens, la traduction de la Bible par Luther, par exemple, premier texte allemand moderne), puis elle a étudié la théologie. Et ma foi (si j’ose dire), lorsqu’elle parle d’un texte « sacré » (précisant bien que ce dernier ne doit jamais être pris comme un fondement, intangible), elle nous emporte. Et elle nous donne envie.

     

    Envie de quoi ? Mais de faire théologie ! D’aller suivre ses cours ! De se mettre à l’hébreu ! De se replonger dans le grec, cette fois dans la patristique et le néotestamentaire. Bref, se coltiner amoureusement la formation (intellectuelle, et pas nécessairement sacerdotale) d’un pasteur, ou d’un prêtre. Pour ma part, aujourd’hui, si longtemps après, je le ferais dans une perspective furieusement littéraire, abordant ces textes-là avec une passion pour la parole (avec un petit p), allez disons le logos, celui dont Jean nous dit qu’il a précédé toute chose.

     

    Alors bon, si par hasard il y a, dans les lecteurs de ce texte, des jeunes (ou moins jeunes) qui ont envie de se frotter à la puissance de cette parole partagée, j’ai envie de vous inviter très fort à aller  fréquenter les cours de Mme Parmentier.

     

    Pour le reste, laissons-nous surprendre par nos lectures d’été. Ou par les musiques. Ne prévoyons pas trop. Allons de l’un à l’autre, ouvrons nos âmes. Elles en ont besoin : nos métiers nous accaparent, la passion pour eux nous serre comme les petites griffes d’une petite mère, jalouse, possessive. Ouvrir un livre, c’est donner une chance à des espaces d’affranchissement. L’un des romans très forts de Jean-Paul Sartre (Gallimard, trois volumes) porte un titre qui nous y invite à merveille. C’est un très grand livre, écrit juste au sortir de la guerre : il s’appelle les Chemins de la Liberté.

     

    Pascal Décaillet

     

     * Image : Thomas Mann - Buddenbrooks - Manuscrit original de la première page.

     

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  • Pâquerette : la CEP, ultime et seul recours

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    Sur le vif - Jeudi 18.06.15 - 16.29h

     

    Dans l’affaire de la Pâquerette, la profusion de rapports, tous azimuts, s’annulant et se contredisant les uns les autres, ne peut plus durer. Je les ai tous repris, hier après-midi, et le choc de contraires produit par leur lecture est effarant. Telle « expertise » accable tel(le) fonctionnaire, telle autre la blanchit. Qui croire ?

     

    Une chose est sûre : le temps des rapports, dans cette affaire pleine de venin et de non-dits, doit se clore. Le public, légitimement touché par l’aspect dramatique de ce qui s’est passé, ne marche plus. Il ne croit plus, depuis longtemps (peut-être depuis le début) à la vertu objective de ces textes. Il voit bien que nulle vérité, pour l’heure, n’émerge. Il se rend bien compte que le pouvoir politique cherche à se protéger en nous brandissant les écrans de fumée successifs de ces rapports. Et en faisant sauter de temps en temps un fusible. Tout comme les multiples enquêtes, pénales, administratives : à qui profite cette jungle ?

     

    Pour ceux qui espèrent la vérité sur les vraies responsabilités dans l’affaire, la seule instance qui reste est la Commission d’enquête parlementaire (CEP), finalement votée par le Grand Conseil, ce qui n’est pas allé tout seul. La composition de cette commission est à la fois une chance et un danger. Tous les partis politiques y sont représentés, ce qui est une garantie de représentativité. Mais en même temps, si l’enjeu est de défendre son conseiller d’Etat (présent ou ancien), et de chercher noise à celui de l’autre parti, et inversement, donc se tenir mutuellement par la barbichette, autant mettre tout de suite la clef sous le paillasson.

     

    Les commissaires doivent le savoir : les citoyens attendent beaucoup de leur travail, car cette CEP est finalement l’ultime recours pour dégager un peu de vérité, à travers les rideaux de fumée. Cela implique que chacun d’entre eux vienne siéger avec l’absolue volonté d’éclaircir, identifier des éléments. Si le résultat de leurs travaux est probant, avec des éléments nouveaux, la preuve d’une enquête menée en toute indépendance, sans peur de déranger des conseillers d'Etat en place (ou à la retraite), c’est la fonction parlementaire elle-même, dans sa mission de contrôle, qui en sera grandie. Le République y sera largement gagnante.

     

    Dans le cas contraire – que nous n’osons imaginer – c’est l’abdication du pouvoir législatif dans sa mission de faire la lumière. Donc, dans l’opinion, la montée du sentiment, déjà dévastateur, d’un petit monde qui se défend lui-même, préfère l’opacité à la lumière. Au final, le crédit du politique dans son ensemble, à Genève, en serait gravement affecté.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Waterloo, le romantisme, les Allemands

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    Sur le vif - Jeudi 18.06.15 - 13.05h

     

    La bataille de Waterloo vue par Lord Byron. Trois pages, remarquables, de la Weltwoche d'aujourd'hui (no 25, 18 juin 2015), signées Urs Gehriger. Fou de littérature allemande, je suis hélas totalement profane en littérature britannique.

     

    L'occasion, pour le passionné que je suis, de rappeler que Waterloo a nourri le romantisme français (Hugo, notamment) et anglais. Quant aux Allemands, qui s'étaient enflammés pour Rousseau, puis pour la Révolution française, puis pour le Premier Consul et même encore pour l'Empereur du tout début (cf Beethoven), ils sont déjà complètement ailleurs, dans leur tête, en ce mois de juin 1815 : depuis 20 mois (bataille de Leipzig, octobre 1813, la Völkerschlacht, Bataille des Nations), ils se sont libérés de la présence française. Cette ultime campagne de juin 1815, après le retour de l'île d'Elbe et les Cent-Jours, n'est plus vraiment la leur. Sauf pour l'aristocratie militaire prussienne.

     

    Surtout, la Prusse, après la douleur de l'Occupation (1806-1813), commence à embrasser le grand dessein d'abolir les frontières internes au monde germanique (Zollverein), première étape à l'unification de l'Allemagne. C'est l'une des raisons pour lesquelles la bataille de Waterloo est moins présente dans la poésie allemande. Bien que le Prussien Blücher en fût, et de manière ô combien décisive. Pendant l'Occupation française, c'est à Berlin, à la Humboldt Universität, qu'est née l'idée nationale allemande, lors des "Reden an die deutsche Nation", de Johann Gottlieb Fichte.

     

    Il est vrai, aussi, qu'au moment de Waterloo, Schilller est déjà mort depuis dix ans (1805). Kleist s'est donné la mort à Wannsee, en novembre 1811. Hölderlin, "atteint de folie",  ne quitte plus sa tour de Tübingen depuis 1807, et jusqu'à sa mort en 1843. Goethe travaille sur d'autres projets. Bref, une génération littéraire - unique au monde, je crois - vient de passer. En même temps qu'en Europe, le souffle de l'Empire.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • 18 juin 1815 : nous y étions !

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    Sur le vif - Jeudi 18.06.15 - 09.25h

     

    Il y a, jour pour jour, 200 ans, dans une plaine au sud de Bruxelles, la fin d'un rêve immense, né 26 ans plus tôt, presque au jour près (20 juin), au Jeu de Paume. Poétiquement, je suis peu hugolien, mais il me faut avouer que nul n'a mieux chanté "ces derniers soldats de la dernière guerre" que Victor Hugo. Ses vers sur la bataille sont sublimes. Epiques. Homériques. Que la réalité du 18 juin 1815 fût hélas plus crue, et même franchement abominable, n'enlève rien au génie du poète : c'est lui, désormais, que nous retenons. La légende, pour toujours, l'a emporté.

     

    De même, que savons-nous de la vraie Guerre de Troie ? Oh, certes, l'immense historien américano-britannique Moses Finley (1912-1986) a remarquablement tenté de le reconstituer. Mais qui lit "Le Monde d'Ulysse" (The Word of Odysseus, 1954), à part les étudiants en Histoire de l'Antiquité ? Alors que tous, nous avons en tête les immortels hexamètres de l'Iliade : Achille pleurant devant la mer, les funérailles de Patrocle, Achille poursuivant Hector, "comme le milan qui fond sur la palombe". Là aussi, la légende s'impose.

     

    On peut nous répéter tant qu'on veut que le vrai Waterloo fut un carnage. Ce sont les vers de Hugo que nous retenons :


     

    " Et, lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,

     

    Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,

     

    Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,

     

    Portant le noir colback ou le casque poli,

     

    Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,

     

    Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,

     

    Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.

     

    Leur bouche, d'un seul cri, dit : Vive l'empereur !

     

    Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,

     

    Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,

     

    La garde impériale entra dans la fournaise. "

     

     

    Prédominance de la parole poétique - sans parler de la musique - sur la rationalité historique. Le chercheur fait état de ses enquêtes. Le poète transcende. Et s'inscrit dans le marbre.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • De l'usage (volontairement ?) abusif du mot "rafle"

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    Sur le vif - Mercredi 17.06.15 - 14.27h

     

    « La rafle des Tattes, l’abri du Grütli » : c’est le titre d’un texte, au demeurant fort bien écrit (comme toujours), du conseiller municipal socialiste Sylvain Thévoz, et publié sur son blog. Il s’agit du déplacement de requérants d’asile déboutés, du foyer des Tattes (Vernier) vers un abri de protection civile de Carouge. L’affaire défraye la chronique depuis 48 heures, nous avions d’ailleurs hier soir un débat, à GAC, entre le conseiller d’Etat Mauro Poggia et la présidente des Verts genevois, Lisa Mazzone. Ce que M. Thévoz n’accepte pas, c’est le rôle de la police. Il y voit (jusque dans le titre) une « rafle ».

     

    Je ne suis pas sûr d’approuver, non plus, la méthode du Conseil d’Etat dans cette affaire. Et sur le fond, je peux faire un bout de chemin avec Sylvain Thévoz. Mais le mot « rafle » me gêne, je l’ai dit hier sur mon site Facebook, et m’en suis entretenu, en toute fraternité littéraire, avec le principal intéressé. L’Histoire étant ce qu’elle est, l’intensité de son tragique ayant vampirisé le champ sémantique de certains mots, le vocable » « rafle », hélas, n’évoque plus seulement le bon vieux panier à salade que décrit si bien Simenon dans ses « Maigret », lorsqu’il s’agit de passer un quartier au peigne fin pour amener tels mauvais garçons, ou telles « filles », dormir une nuit au violon, non sans être passés par l’anthropométrie.

     

    Il me semble tout de même, pour prendre le plus terrible des exemples, que ce qui s’est passé au Vel d’Hiv (police française, je vous prie) le 16 juillet 1942, destination Drancy et surtout Auschwitz, pourrait être de nature à faire réfléchir tout homme (ou femme) de plume et de culture (laissons les autres), lorsqu’il utilise le mot « rafle ». Bien sûr, cette horreur extrême ne saurait accaparer à jamais le sens d’un mot qui lui préexistait, sans le poids infâme de cette connotation.

     

    Alors, quoi ? Alors rien. M. Thévoz, dont j’admire le style, a le droit de choisir les mots qu’il veut, il n’est pas question de le censurer. Tout au plus, disons que j’ai un petit doute : un homme de sa culture ne pouvant ignorer la connotation dont je fais état, le recours tout de même à ce mot ne relevait-il pas, allez disons juste un peu, d’une provocation volontaire, habile, et calculée ? Dans ce cas, Cher Sylvain, vous avez réussi, puisque me voilà. Dans le rôle de l’emmerdeur. Pour vous servir.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le Mammouth et ses gentilles petites soeurs

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    Sur le vif - Lundi 15.06.15 - 10.38h

     

    Les grands vainqueurs du scrutin d'hier sont les TV régionales en Suisse romande. Non parce qu'elles vont toucher des miettes supplémentaires. Mais parce qu'enfin, pendant cette campagne, leur rôle a commencé à être reconnu. Leur rôle, dans quel domaine ? Mais précisément dans celui du service public ! Leur rôle, au coeur même de ce fleuron dont la SSR a toujours tenté de s'arroger le monopole.

     

    Dans ces conditions de début (timide) de redistribution des cartes dans les années qui vont venir, insupportable est le paternalisme soudain de la SSR, parlant à ces TV régionales comme à de gentilles petites sœurs, "nous sommes du même monde", "notre combat est le même", "notre seul adversaire, ce sont les géants étrangers", "bâtissons ensemble une place médiatique suisse forte".

     

    Tous ces poncifs œcuméniques mielleux, que révèlent-ils ? La soudaine faiblesse du Mammouth face à ces dérangeantes petites sœurs. Non en termes économiques, où il demeure totalement dominant. Mais au fond, dans un domaine bien plus dangereux : celui du combat d'images. Le travail acharné, le tissage quotidiennement renouvelé des TV régionales privées (Canal 9, La Télé, Léman Bleu, etc.) pour produire une information de proximité vivante, DONC JUSTEMENT DU SERVICE PUBLIC, commence doucement à porter ses fruits dans l'opinion. Il faudra encore de longues années d'un labeur chaque jour recommencé, pour affiner, améliorer, parfaire cette présence de proximité, mais quelque chose est lancé, qui pourrait aller loin.

     

    Pour ma part, je me méfie comme de la peste de cette paix des braves. Cette main tendue par le puissant, l'arrogant. Je recommande absolument à mes amis des TV régionales privées de ne tomber en aucun cas dans ce piège. Dans le combat, on fait la guerre. Les petites paix séparées, en rase campagne, ne servent que le plus puissant des antagonistes. Peut-être parce qu'il a besoin de souffler. Alors, comme deux boxeurs groggys, on se reposerait quelques secondes, l'un sur les épaules de l'autre.

     

    Ce modèle n'entre pas exactement dans la conception que, depuis mes plus jeunes années, je me fais du combat.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La droite et la gauche existent. Le tripolaire, c'était pour rire.

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    Sur le vif - Dimanche 14.06.15 - 16.51h

     

    A Genève, ce dimanche 14 juin 2015, une page s’est tournée : celle de la LDTR (loi sur les démolitions, transformations et rénovations) considérée comme Arche Sainte, intouchable. Celle de l’ASLOCA toute puissante, gardienne du Temple, pépinière de conseillers d’Etat socialistes. Celle de la gauche – une certaine gauche – s’étant tellement approprié le débat sur le logement, que certains de ses représentants, ou permanents de l’ASLOCA, étaient devenus des sortes de Grands Prêtres, seuls habilités à lire et interpréter le texte sacré de la loi. Eux seuls connaissaient chaque virgule, chaque alinéa. Eux seuls, en bas de page, pouvaient nourrir l’apparat critique de leurs commentaires.

     

    C’est à cela que le peuple genevois a dit non : plusieurs décennies, disons depuis les années Grobet, de magistère intellectuel de la gauche ASLOCA sur le dossier du logement. Cela posé, faut-il se réjouir de la victoire de M. Zacharias ? Faut-il, désormais, donner tous les gages à l’autre camp, où il n’est pas exclu – formulons la chose en termes polis – que l’appât du gain tienne un rôle signalé. La question mérite d’être posée.

     

    Surtout, la victoire de M. Zacharias, député MCG, grenadier lance-flammes anti-ASLOCA, doit être placée dans un contexte plus large. Celui d’une droite économique décomplexée et offensive, dans cette législature 2013-2018. Malgré son panache, il n’est pas dit que l’attaquant Zacharias en soit, en termes stratégiques, le principal leader. Un autre député, PLR quant à lui, plus calme et plus posé, excellent dans l’argumentation, fourbit ses armes pour mettre sous pression le Conseil d’Etat d’ici au printemps 2018. En matière, notamment, de finances cantonales. Ce député s’appelle Cyril Aellen. Il pourrait se montrer très actif dans les mois qui viennent.

     

    Décidément, la législature 2013-2018 ne sera pas du tout tripolaire. Mais tout bonnement une opposition droite-gauche dont la vivacité va monter en force. C’était prévisible : sur les sujets de fond, les sujets lourds, liés aux structures et aux masses financières, le tripolaire n’existe pas. Il n’est qu’une fiction, pour amuser la galerie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Gauchebdo et le champ du possible

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    Sur le vif - Samedi 13.06.15 - 16.58h

     

    A quoi sert un journal ? J’en ai lus des dizaines de milliers depuis mon plus jeune âge, sans jamais pouvoir répondre à cette question. J’ai longtemps collectionné les journaux papier, puis travaillé en 1994 sur des centaines d’exemplaires originaux de l’Affaire Dreyfus, pour ma série radiophonique, j’écris depuis très longtemps dans des journaux, j’en lis, j’en dévore, mais je ne saurais dire, au fond, pourquoi. Pourtant, il y a une chose dont je suis sûr : le samedi, en début d’après-midi, mêmes heures et même endroit, invariablement, il faut que je lise Gauchebdo.

     

    Car quand on aime, il y a pulsion. Nécessité. Mes parents m’avaient abonné très jeune au Nouvel Observateur, je leur en suis infiniment reconnaissant. C’était au début des années 1970, je suivais avec passion la montée de François Mitterrand vers le pouvoir : échec en 1974, luttes internes avec Rocard, puis voie royale vers le 10 mai 1981. Ce journal, de souche mendésiste, était plutôt rocardien, mais il y a bien eu un moment (soit après l’échec législatif de mars 1978, soit après Metz, 1979, victoire de Mitterrand sur Rocard), où il a fallu qu’il se range derrière un homme. Tous les mercredis de mon adolescence, je déchirais le cellophane devant la boîte aux lettres, impatient de voir ce que cette équipe rédactionnelle hors pair nous avait concocté.

     

    Gauchebdo, c’est la même chose. J’aime leur démarche. Leur solitude. Leurs paris sur l’intelligence et la culture. Tiens, aujourd’hui, dans le numéro 24 (12 juin 2015), qui vient de sortir, une page sur les destins tragiques d’antinazis en RDA : Pierre Jeanneret nous résume la thèse universitaire de l’historienne Alix Heiniger. C’est totalement passionnant, méconnu, ça brise les préjugés, ça donne envie de se précipiter sur la thèse. Ou encore, un papier sur l’histoire des synagogues en Suisse, en partant du livre de Ron Epstein-Mil. Ou encore, Kader Attias, l’Histoire algérienne au Musée des Beaux-Arts de Lausanne. Quelques exemples, pour ce seul numéro 24, l’ensemble du journal, sans pub, ne dépassant pas huit pages.

     

    La vérité, c’est que Gauchebdo résiste. Oh, il y en a d’autres : je soutiens que de l’autre côté de l’échiquier, la Weltwoche résiste (avec certes des moyens incomparables). Gauchebdo résiste, c’est une minuscule équipe, on y parle de la Grèce d’aujourd’hui, celle de Tsipras, de l’Allemagne, de l’Italie, on y présente des artistes, des solitudes, des combats d’homme et de femmes. Alors voilà, moi qui ai dévoré tant de journaux sans jamais pourvoir dire le pourquoi de cet appétit, je peux au moins affirmer une chose : Gauchebdo résiste. Et les lire, chaque samedi, me donne envie de vivre. Et de tenter d’écarter  - un peu – le champ du possible.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le tabou associatif

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    Sur le vif - Samedi 13.06.15 - 10.49h

     

    Je reviens à ces fameuses (et parfois ineffables) "associations" : pourquoi le parti le plus attaché à les défendre, dès qu'on ose mettre en cause l'aspect systématique du renouvellement annuel des subventions, est-il celui des Verts ?



    Thème passionnant : celui du rapport des Verts avec l'Etat, la structure dure de la République. Ils ont (contrairement aux radicaux et aux socialistes) un problème avec cela. C'est à chercher dans le tréfonds de leur idéologie, où la souche libertaire joue un rôle important. Les Verts sont une famille politique récente (entre trois et quatre décennies), mais leurs origines philosophiques remontent très loin. D'aucuns citent Proudhon, c'est une référence parmi beaucoup d'autres.

     


    Il existe, à Genève comme ailleurs, une idéologie de l'associatif. Comme il existe une idéologie étatiste, une idéologie libérale, etc. Elle a parfaitement le droit d'exister, met en valeur l'action et la responsabilité individuelles, bref elle a plein de vertus, j'en conviens volontiers. Mais à trop sublimer l'associatif, on en viendrait à oublier l'Etat. Là, pour ma part, je dis non, n'étant ni libertaire, ni libéral.



    Je ne mets pas en cause l'existence des associations. Diable, c'est un droit fondamental, hérité de la Révolution française ! Ni même le fait de les subventionner. Mais - soyons clairs, je le suis depuis le début - l'automaticité aveugle du renouvellement des subventions, le lobbying éhonté au moment du Budget chaque décembre, les accords préalables avec l'entourage des magistrats. Et, plus que tout autre, le clientélisme qui lie les élus, transformant toute question sur les associations en tabou total.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • LRTV : ultimes mots, sur l'essentiel

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    Sur le vif - Vendredi 12.06.15 - 17.31h

     

    Les gens devaient parler du mode de perception de la redevance, ils ont parlé du service public, on leur a dit que c’était hors sujet, ils ont quand même parlé service public, parce que jusqu’à nouvel ordre, on parle de ce qu’on veut.

     

    Et puis, si le sujet a débordé, il faut croire qu’il y avait de quoi, et que la tentation, dans l’opinion publique, d’aller soulever  « le vrai problème » était brûlante. C’est bien, on aura pris un peu d’avance, comme les bons élèves, puisqu’il paraît que le débat sur le service public, « c’est l’année prochaine ». Si tout va bien. Et puis l’année d’après, on fait quoi ? On tombe amoureux ? Quel jour, de 2017 ? A quelle heure ? Et puis, en 2018, allez disons qu’on meurt. Si possible, un mardi.

     

    Dans ce débat, on a entendu à peu près tout le monde, sauf les professionnels. Ceux qui font, depuis des décennies, jour après jour, des émissions. De radio ou de TV. Dans le service public, ou sur des chaînes privées. C’est singulier. Parce que sur le DPI, par exemple, on a quand même donné un peu la parole à des médecins. Je l’ai fait pour ma part, avec une remarquable gynécologue.

     

    Mais là, l’essentiel, il est où ? Pas dans le mode de perception de la redevance, c’est sûr. Alors, en conclusion de cette campagne, je vais vous proposer une autre piste. Elle m’est personnelle, mais je pense que nombre de confrères la partagent. L’essentiel, ça n’est pas de savoir si on travaille pour le public (SSR) ou pour le privé. En trente ans de journalisme, j’ai commencé par le privé (Journal de Genève), passé de longues année dans le public (RSR), puis, depuis une petite décennie, retour au privé pleins tubes, comme petit entrepreneur, et même employeur. Donc, les deux facettes, je connais.

     

    Dans le public comme dans le privé, j’ai été heureux. Pour une bonne raison : partout où j’exerce un boulot (c’était déjà le cas comme prof d’allemand), je trouve un intense bonheur. J’ai cette chance, c’est vrai. Heureux à la SSR, heureux dans le privé. Créatif, inventeur d’émissions, dans l’un comme dans l’autre. Les gens n’ont aucune idée de la journée, la semaine, l’année d’un producteur d’émissions quotidiennes : on vit avec l’émission, on la porte, on la materne. On pense à celle du soir, avec vue sur les jours suivants. C’est un très grand privilège d’exercer ce métier. On y donne de soi, énormément. Trop, peut-être. La santé peut être amenée à en pâtir, je me hasarde à le penser.

     

    Alors, voyez-vous, quand on porte la « maternité » (j’insiste sur ce mot) d’une émission quotidienne, je vous jure mes grands dieux qu’on se contrefout de savoir si on la produit pour le public ou pour le privé, comme salarié ou comme indépendant. On a juste une seule obsession : l’émission elle-même. Le reste de l'univers n'existe plus. Chaque soir, une mise au monde. Tiens, je parlais d’une gynécologue, c’est amusant.

     

    L’essentiel, chers amis, c’est de continuer à avoir en Suisse, dans le public comme dans le privé, en écrit, en radio, en TV, sans oublier surtout les nouveaux médias qui émergent, des gens qui AIMENT LEUR MÉTIER. J’en connais plein, à la SSR comme ailleurs. Je les lis, je les écoute, je les regarde. Encore faut-il que cette qualité de savoir-faire soit repérée, mise en valeur, par les apparatchiks qui gravitent dans les étages. Là, disons que ça commence à devenir un peu plus compliqué. Parce que l’autre problème, c’est justement qu’ils existent, ces fantômes organiques.

     

    Et puis, l’autre problème encore, c’est l’existence d’étages. Parce que ces derniers supposent un bâtiment, une superposition de dalles, une structure, du béton armé, toutes choses qui s’accommodent assez mal avec l’idée que je me suis toujours faite d’une entreprise créatrice de médias. J’ai toujours prôné - avec des centaines de preuves par l'acte - la radio debout, en mouvement, à l’extérieur, sur le terrain : je pense que quelques frères d’armes, en me lisant, voient à peu près de quoi je parle. Bref, simplifions l’équation : pour supprimer les apparatchiks d’étages, deux mesures s’imposent : 1) suppression des apparatchiks ; 2) suppression des étages. Pas belle, la vie ?

     

    Allez, moi je vous dis qu’elle est belle. Et j’ajoute – mais vous vous en doutiez – que le mode de perception de la redevance, je n’en ai strictement rien à braire. Alors, quand on parle de médias, songeons à l’essentiel. Il y est question de plaisir et de qualité du métier. De transmission. De la parole qui prend forme, s’incarne, passe de l’un à l’autre, comme une comète. Et au fond, tisse un lien entre les humains. Alors dimanche, nous verrons bien. Mais croyez-moi : lundi, il y aura toujours des journaux. Et, pour les faire, des journalistes. Et pour l’immense majorité d’entre eux, au cœur de tout, l’amour du métier. Je n'ai que très peu entendu parler de cela pendant la campagne. Dommage : c'était juste l'essentiel.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • "Associations" : inverser le fardeau de la preuve

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    Sur le vif - Vendredi 12.06.15 - 09.55h

     

    Pléthore d'associations automatiquement subventionnées en Ville de Genève, entendez que leurs subventions, suite à un intensif lobbying en décembre, sont systématiquement renouvelées. Il faut inverser désormais le fardeau de la preuve. Ça ne doit pas être à la Ville de se justifier, si par aventure elle a l'audace de ne pas renouveler sa petite enveloppe. Non, c'est le contraire qui doit dorénavant se faire. Il faudrait tout remettre à zéro, tous les compteurs, partir de l'idée que la Ville ne doit, au départ, strictement rien à personne. Et ça doit être à chacune de ces "associations" de prouver, de façon publique et transparente, et non par lobbying éhonté de conciliabule, arrangé en amont avec les courtisans du magistrat concerné, pourquoi l'autorité municipale, représentante par délégation des citoyens et contribuables que nous sommes, devrait avec tant d'urgence lui verser de l'argent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ville de Genève : trop d'associations

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    Sur le vif - Jeudi 11.06.15 - 16.52h

     

     

    Il y a beaucoup trop « d’associations » en Ville de Genève, stipendiées par l’autorité municipale. Une véritable foison, dans tous les domaines imaginables. Tous les mois de décembre, on connaît le rituel : les permanents de ces « associations », au fond des fonctionnaires municipaux déguisés, viennent tendre leur obole auprès du délibératif de la Ville, au moment du Budget. On fait le siège des élus, on se frotte à leur compagnie, on se pique de sympathie, et finalement l’escarcelle se remplit.

     

    Je n’aime pas les « associations ». Encore moins, l’esprit associatif, qui m’est toujours apparu très antinomique à celui de la République. Je le dis franchement, je n’ai jamais aimé le principe de ces montres molles, ces structures flasques qui prétendent ne rien devoir à l’autorité élue, sauf qu’elles vont tous les ans lui solliciter l’aumône. On y retrouve d’ailleurs, comme par hasard, très souvent les représentants de partis de souche libertaire, pour lesquels l’Etat, l’institution, n’a qu’une existence lointaine, et s’il pouvait n’en point avoir du tout, ce serait parfait.

     

    Je n’ai jamais très bien compris, si telle activité (sociale ou culturelle, par exemple) est à ce point importante, pourquoi l’autorité (municipale, en l’espèce) ne la prend pas organiquement sous son aile, comme corps d’un ensemble, plutôt que de lui allonger chaque année prébendes ou subsides. Avec tout ce que ce petit jeu amène de pressions, de pouvoir à des roitelets, le pouvoir de la bourse, celui de délier. Et ils en rotent de jouissance, ces petits potentats municipaux, dans la Cour de l’un ou de l’autre, à la seule idée d’exercer cet arbitraire de vie ou de mort. Lequel doit être confirmé par le délibératif, d’où l’éternel petit jeu de pas perdus et de joies retrouvées.

     

    Je n’aime pas les associations. J’aime l’Etat. Ou, en l’espèce, la Ville. L’autorité démocratiquement élue, qui organise son administration, rend des comptes. Avec, au final, le peuple comme souverain. Ou plutôt le corps électoral : il n’a jamais été question que toute la population vote. Je n’aime pas ces réseaux de copinage en Ville de Genève. Je n’ai jamais compris, par exemple, pourquoi les deux grands théâtres subventionnés devaient dépendre d’une nébuleuse à la représentation complexe et pléthorique.

     

    Nous entrons, en Ville, dans une nouvelle législature. Avec une nouvelle majorité. Peut-être ne serait-il pas inutile que les élus se livrent cette fois, en profondeur, avant même d’attaquer le Budget 2016, à un audit un peu sérieux et professionnel de cette jungle d’associations. Ils pourraient, par aventure, y dénicher quelques doublons, inutilités, voire fictions, dont l’éventuelle disparition (au tableau des subventions) ne traumatiserait pas nécessairement l’opinion publique. Au besoin, par les mécanismes de la démocratie directe municipale, le peuple, pardon le corps électoral, pourrait à son tour empoigner ce chantier. Il n’est pas dit qu’il le fasse, lui, avec la traditionnelle onctuosité débonnaire des élus.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • LRTV : le pluralisme selon Christian Levrat

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    Sur le vif - Dimanche 07.06.15 - 16.47h

     

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    Toute personne de bonne foi, qu’elle soit de gauche ou de droite, pour ou contre la LRTV, ayant écouté mercredi 3 juin le débat de Forum entre Christian Levrat, président du parti socialiste suisse, et Stéphane Benoît-Godet, rédacteur en chef du Temps, a dû avoir les cheveux hérissés sur la tête. Je dis bien : tout auditeur, favorable ou non à M. Levrat, au socialisme, à la SSR, à tout ce que vous voudrez. Dans ce débat, le numéro un des socialistes suisses, qui porte la responsabilité de parler au nom d’un très grand parti qui, depuis plus d’un siècle, contribue à constituer la politique de notre pays, a totalement dérapé lorsqu’il a parlé de la presse, et notamment du Temps.

     

    Il ne s’agit pas ici de savoir si M. Levrat a raison ou tort de soutenir la révision de la LRTV. De toute façon, sa collègue de parti et des Etats Géraldine Savary étant quasiment quotidiennement sur les ondes de la SSR pour prôner le oui, on a cru comprendre que l’enjeu LRTV était totalement capital pour les socialistes suisses. Mais la question n’est pas là. Elle est dans la manière avec laquelle le chef d’un parti gouvernemental suisse s’est permis de critiquer la ligne éditoriale du Temps. Par exemple, en faisant allusion à des militants socialistes se plaignant que le journal « refuse systématiquement de publier » leurs lettres de lecteurs.

     

    Le Temps refuse-t-il de publier ces lettres ? Je n’en ai strictement aucune idée, et cela ne m’intéresse pas. Pour la bonne raison que le Temps, comme n’importe quel journal, n’importe quel organe de presse privé, est totalement libre de publier ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut, sur les sujets qu’il veut, en prenant les positions éditoriales qu’il veut. Il n’a de compte à rendre à personne. Et s’il y a, sur les quelque huit millions d’âmes de l’univers habité de Suisse, un homme à qui le Temps, comme n’importe quel journal, a ENCORE MOINS DE COMPTES A RENDRE, c’est bien au chef d’un parti politique, de surcroît gouvernemental depuis 1943. Le parti socialiste (contre lequel je n’ai rien, ça n’est pas la question), c’est une part importante de la totalité du pouvoir suisse. Christian Levrat est Conseiller aux Etats, il représente une partie du pouvoir, il est le chef d’un parti gouvernemental depuis 72 ans, à ce titre un minimum de retenue s’impose lorsqu’il se permet de parler des choix éditoriaux d’un journal.

     

    Pour ma part, je respecte le socialisme et les socialistes. Ils ont largement contribué à construire la Suisse d’aujourd’hui, par exemple dans l’édification de nos assurances sociales, ou (à Genève, avec Chavanne) dans la construction de l’École. Je n’ai aucun problème avec eux, et sur le curseur de la redistribution, je peux faire un bout de chemin en leur compagnie. Mais je suis journaliste, viscéralement. Éditorialiste. Billettiste. Je n’aime pas trop les commissaires politiques. Le Temps a jugé bon, dès le lendemain, de recenser l’ensemble des billets d’opinion (dont le mien) sur la LRTV, prouvant à M. Levrat que le camp du oui avait été, bien au contraire de ses allégations,  davantage représenté. Je trouve que le journal a eu tort. Il n’avait en rien à se justifier. En aucun cas, un quelconque journal, en Suisse, n’a le moindre compte à rendre à un parti politique, à un homme ou une femme politique. L’attaque de M. Levrat ne méritait que le silence.

     

    Mais au fond, l’épisode est révélateur. L’ingérence que s’est permise M. Levrat dans les choix éditoriaux d’un journal privé, prouve à quel point est capital, pour son parti, le maintien de la SSR. Pour pouvoir continuer à écouter, calculette en main, toutes les radios, regarder toutes les TV, exiger comme un épicier la quote-part de socialistes. Pour résumer, M. Levrat est comme l’immense majorité des politiques, de droite, de gauche, ou du centre : la liberté de la presse, la liberté d’opinion, ne l’intéressent que lorsqu’elles vont dans son sens. Dès qu’elles se hasardent à soutenir le camp adverse, le masque du libéralisme tombe, celui de la censure et du dirigisme resurgit.

     

    Cela a toujours fonctionné ainsi, avec tous les politiques, de tout bord. Il suffit juste de le savoir. Blinder sa solitude. Et continuer à dire ce qui nous semble important. Il y aura toujours des contents, des mécontents. Des fleurs, et des insultes. C’est la vie. Il faut accepter ce jeu. Et continuer, si on a des choses à dire, de s’exprimer. Jusqu’à quand ? Mais jusqu’à la mort, pardi. Au-delà, je ne suis plus compétent pour juger.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Quelques pensées sucrées dans la nuit d'encre

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    Sur le vif - Samedi 06.06.15 - 18.17h

     

    Une idée, qui m'habite depuis longtemps: en matière d'information, et surtout d'audiovisuel, sans parler de sites d'informations (qui sont le seul vrai chantier d'avenir) : il faut arrêter de se laisser impressionner par le gigantisme des groupes de presse en Suisse. Marre de n'entendre parler que de ces géants basés à Zurich (Tamedia, Ringier) qui ont, dopés par le capital, bouffé tous les autres, tué au fil des décennies les entreprises familiales locales. Et qui au fond, en termes de taille et d'arrogance, ne sont rien d'autre que l'équivalent privé, papier, de ce qu'est la SSR dans le secteur public, audiovisuel. Des géants, face à d'autres géants. Ils se sont juste partagé le gâteau. Et ne s'engueulent (provisoirement ?), en vue du 14 juin, que parce que tout à coup, il y a le gâteau de demain (les sites multimédias) sur lequel ils ont, les uns et les autres, de gigantesques appétits. C'est ça, la votation de dimanche prochain. Le reste, c'est pipeau.



    Bien sûr, ces groupes existent. Leur gigantisme, c'est la réalité du théâtre d'opérations d'aujourd'hui. Mais la disproportion de leur taille est tout, sauf éternelle. Pour une raison très simple: l'éclatement des sources d'informations possibles. L'individualisation des auteurs. La fragmentation des lieux et des origines d'une donnée d'info crédible, vérifiée, d'intérêt public. Je suis frappé à quel point le lien contractuel (employeur-employé) domine encore aujourd'hui, exagérément je l'affirme, les préoccupations des milieux de l'information. On peut pourtant survivre, et même apporter beaucoup au métier, en se lançant soi-même dans l'aventure de la création d''entreprise, c'est infiniment plus dur, mais c'est jouable. Il suffit de surmonter ses peurs, ce qui n'est certes pas évident, car ce combat contre ses propres angoisses n'est jamais gagné. L'indépendant frondeur vivra et mourra avec l'intimité mêlée de son bonheur artisanal et de ses anxiétés. Faut être un peu cinglé, c'est vrai.

     


    Le journalisme, c'est Sisyphe. Salarié ou indépendant, employé ou employeur, de toutes façons vous êtes dans l'éternel recommencement. Faire les pages d'un journal, boucler l'édition, aller se coucher, se lever le lendemain, recommencer à zéro, pour l'édition suivante. A l'époque, avec un typomètres, des cicéros et des points. Idem en radio, avec des minutes et des secondes. Idem en TV. Idem sur les sites d'informations. Jamais gagné, jamais perdu. Si vous n'aimez pas la rigueur, la précision d'horlogerie, la discipline de cet artisanat, faites autre chose. Parce que le journalisme n'est rien d'autre que cela. Il faut s'inscrire dans le temps ou dans l'espace, dans des délais, des timings ou des lignages. En radio, à la seconde près. En presse écrite, au signe près. J'aime cela, infiniment. La précision, c'est la politesse du métier.



    Mais aujourd'hui, je j'affirme, on parle beaucoup trop du lien contractuel, du rapport employé-employeur, des pesanteurs organiques internes à ces fameux géants. Il faut se souvenir que le public, celui qui lit les journaux, écoute les radios, regarde les TV, n'a strictement rien à faire de ces choses-là. Pour lui, l'essentiel, c'est ce que nous lui offrons. La valeur ajoutée. Il aimera ou non ce que nous proposons, mais c'est cela qui le touche, l'intéresse, le concerne, et non la vie interne des médias.

     

     

    L'avenir, d'ici cinq ans, dix ans, vingt ans, pourrait bien appartenir à de minuscules unités de création indépendantes. Ayant la souplesse, la rapidité de réaction, la capacité d'adaptation au terrain, pour s'inscrire dans la révolution technique en marche, et notamment la fragmentation des supports. A l'heure où vous pouvez accéder à de l'information sur votre tablette, votre téléphone portable, votre montre, il faudrait continuer de penser la production d'information au sein de structures lourdes, complexes, mammouths, désertées par l'enthousiasme et l'inventivité, ayant juste réussi, au fil des décennies, à s'acoquiner à ce point avec le politique, que ce dernier a fini, sur mesure, par tricoter les lois pour la seule survie de ces usines à gaz ?

     


    En novembre et décembre 1980, j'avais participé, pour un cours de répétition, à d'immenses manœuvres de corps d'armée. C'était assez drôle, formidablement complexe, personne n'y comprenait rien. Nous étions tous comme Fabrice à Waterloo : aucune vision d'ensemble, juste la conjonction de chacune de nos solitudes avec l'immensité affamée du hasard. Au cours de cadres, le week-end précédant l'arrivée du gros des troupes, j'avais passé deux nuits dans la sucrerie d'Aarberg. Nous dormions quelques heures dans nos sacs de couchage, dans une usine qui distillait jour et nuit la betterave, le parfum de fermentation était aussi suave qu'omnipotent, les lumières de la fabrique, sublimes, dans la nuit d'encre de novembre, comme une infinité de voies lactées.



    Il m'arrive parfois, en considérant dans ma nostalgie sucrée le gigantisme de ceux qui, aujourd'hui, se partagent la presse en Suisse, de penser à ces deux nuits galactiques. J'ai aimé l'usine, c'est vrai. Mais déjà, je préférais l'intensité de ma solitude.

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Brave Jacques Pilet

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    Sur le vif - Jeudi 04.06.15 - 16.33h

     

     

    « Les braves chaînes locales ». C’est l’expression utilisée par Jacques Pilet dans sa chronique de l’Hebdo, parue ce matin. Le texte s’appelle « Sauver la SSR », il est franchement complexe, donne un peu raison et tort à tout le monde, à la vaudoise, disons qu’il défend surtout les éditeurs, et tend à faire croire que le seul combat, en Suisse, serait entre les géants du papier et le « service public » audiovisuel. A cet égard, plaidant pour Ringier, le chroniqueur plaide pour sa paroisse.

     

    Je ne commenterai pas cette chronique, son unité de matière et l’épine dorsale de son argument m’ayant un peu échappé, mettons cela sur ma fatigue, et la chaleur. Mais je n’accepte pas les « braves chaînes locales ». Parce qu’il y a, dans cet adjectif, quelque chose de condescendant, et même de méprisant. Surtout lorsqu’il vient d’un grand journaliste, connaissant le poids des mots. L’expression laisse entendre que les chaînes locales seraient, face à la SSR, en quelque sorte inoffensives. En cela, l’auteur de la chronique épouse, avec une obédience et une béatitude qui étonnent, l’argument sans cesse ressassé par les grands pontes de la SSR : leur seule concurrence serait étrangère (les fenêtres publicitaires de M6, Canal +, etc.), et dans ce combat de chefs, les TV régionales, qu’on aime bien au fond, compteraient pour beurre.

     

    Cette vision est non seulement méprisante, mais elle est totalement fausse. Prenons les TV régionales (Canal 9, La Télé, Léman Bleu, entre autres, en Suisse romande). Aujourd’hui, elles sont sans doute chétives face au Mammouth, Mais demain ? Après-demain ? Progressivement libérées, au fil des années, d’un carcan législatif qui leur est un corset, et favorise de façon éhontée la SSR ; gagnant patiemment, toujours au fil des ans, au prix d’un travail de proximité acharné, au quotidien, du crédit et du respect dans leurs zones de diffusion respectives, il n’est pas sûr que leur avenir soit de demeurer éternellement aussi dénuées de danger concurrentiel pour la SSR. D’ailleurs, en certains cantons, tranche par tranche, avec du courage et des moyens incomparablement plus faibles, ce travail de concurrence est en cours. Il n’est jamais gagné, parce que dans ce métier, rien ne l’est, il faut se battre tous les jours de la semaine, sans répit, rénover, réinventer, et peut-être y laisser sa santé. Toute guerre a un prix.

     

    Je n’aime pas « les braves chaînes locales », parce que l’expression vient d’un homme du privé, qui connaît le principe de concurrence, l’extrême difficulté à survivre hors du cocon protégé de la SSR, auquel il a, comme moi, naguère appartenu. Il n’y a pas, mon cher Jacques, que les géants des journaux imprimés (Ringier, Tamedia) face au titan SSR. Il existe une quantité d’autres foyers de créativité. Et je ne parle ici que de mon domaine, l’information. Les gens qui travaillent dans « les braves chaînes locales », je les connais pour les fréquenter tous les soirs, lorsque je quitte le bureau de mon entreprise pour aller faire mon émission. Ils sont courageux, bosseurs, inventifs, entreprenants. Je les apprécie énormément.

     

    Dire « braves chaînes locales », c’est parler de son bureau, quelque part, je ne sais même plus si tu es du côté de Lausanne ou de Zurich. Mais c’est méconnaître la réalité actuelle du terrain, en Suisse romande. Le terrain, c’est une très belle vitalité, avec hélas très peu de moyens, pour ces médias privés. La réalité, c’est que ces TV régionales assument de plus en plus, elles, ce fameux mandat « de service public » dont ne cesse de se targuer la SSR. Elles couvrent, de façon intensive et créative, l’actualité politique, économique, culturelle, scientifique et sportive de leurs zones de diffusion respectives. Elles donnent la parole aux gens, et pas seulement aux puissants. La vraie concurrence, c’est celle-là : la plus-value de plaisir dans l’ordre de la créativité.

     

    Et puis, il faudra bien vite s’habituer à cesser de parler de « TV », de « radios », avec des grilles de programmes. Tout cela est en voie d’être révolu. Les batailles de demain se joueront – c’est déjà parti – sur d’autres supports, tout le monde le sait. L’avenir pourrait bien appartenir à de petites unités de production, musclées, sans graisse, sans lourdeurs organiques, juste orientées sur la création, la production. Allez disons, pour reprendre le si beau mot de René Char, « le désir demeuré désir », dans l’ordre d’un métier épuisant, mais tellement gratifiant.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Quelques notes à propos des Ports Francs

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    Sur le vif - Mercredi 03.06.15 - 10.00h

     

    N'envisager l'affaire des Ports Francs que sous l'angle de l'épisode judiciaire de M. Bouvier à Monaco, c'est jouer le jeu du Conseil d'Etat. Celui d'un paravent : mettre en évidence un comportement, potentiellement délictueux (il appartiendra à la justice d'en décider), pour camoufler un déficit autrement structurel : la très grande tolérance de nos autorités, singulièrement dans la dernière décennie, face à cette institution. On aurait voulu laisser l'entrepôt se transformer en coffre-fort, on ne s'y serait pas pris autrement.


    Faut-il rappeler que les Ports Francs sont, à 87%, aux mains de l'Etat ? A ce titre, tout ce qui leur est lié est d'intérêt public, et il est normal que le corps des citoyens sache ce qui s'y passe.


    Ensuite, il y a la providentielle valse des responsables. On fait sauter la présidente comme un fusible, on la remplace par un homme qui vient d'avoir été huit ans ministre des Finances à Genève. On se donne des airs de Nettoyeur des Écuries d'Augias.


    Avec M. Maudet, c'est toujours le même scénario, que ce soit dans l'ordre policier, pénitentiaire, ou économique : 1) fusible, 2) Augias. On nous permettra de ne pas être dupe de cette stratégie de communication, et de chercher la vérité sur ce qui a pu se passer - ou justement, ne pas se passer - à l'époque du prédécesseur de M. Maudet comme ministre de tutelle des Ports Francs.

     

    On nous dit que les effectifs sont insuffisants, pour les contrôles, et qu'il faut aller les chercher à Berne, puisqu'il s'agit de l'Administration fédérale des douanes, donc du Département fédéral des Finances. C'est exact. Mais enfin, les autorités genevoises se sont-elles particulièrement démenées, ces dix dernières années, pour tirer la sonnette d'alarme auprès de la Confédération, et le faire savoir ?

     

    En vérité, l'affaire juridique monégasque de M. Bouvier a fonctionné comme un détonateur. Il s'agit sans doute de s'intéresser à cette affaire elle-même intrinsèquement. Mais, supplémentairement à cela, une vaste réflexion politique s'impose sur la réforme des Ports Francs, vers davantage de transparence et de traçabilité des marchandises. Cette entreprise de rénovation appartient à M. Hiler, mais pas seulement. Tout cela devra se faire sous contrôle politique.

     

    Il existe un Parlement, une Commission de l’Économie. Laisser le Conseil d'Etat arranger ses propres bidons avec un ancien collègue, aussi brillant soit ce dernier, ne suffit pas. Le contrôle des Ports Francs doit venir des citoyens, et de leurs représentants. C'est précisément à cela que sert un Parlement.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • M. Sarkozy et la mer, toujours recommencée

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     Sur le vif - Samedi 30.05.15 - 17.40h

     

    Les Républicains. C’est un mot magnifique. Rassembleur. Le seul qui vaille. En un peu plus de deux siècles d’Histoire de la droite française, il me peine que ce soit Sarkozy qui se pare de ce mot, mais après tout tant mieux pour lui, les autres avaient tout loisir de le faire avant.

     

    Je n’aime pas M. Sarkozy, vous le savez. Sur les sept présidents de la Cinquième, c’est celui que j’ai trouvé le moins à la hauteur de la fonction. Je dis la fonction, pas la compétence. Je reconnais son énergie, sa force de travail, il a fait ce qu’il a pu dans une période difficile. Ce que je n’aime pas, ce sont les signes orléanistes qu’il a délivrés, cette impression de génuflexion devant les forces de l’Argent : pour moi, à ce niveau-là, dans l’exigence de cette symbolique-là, ça ne pouvait pas passer, ça ne passe pas.

     

    Pourtant, je ne lui en veux absolument pas de lancer « Les Républicains ». La dénomination était apparemment vacante, il s’en est emparé, il a bien raison. C’est mille fois mieux qu’UMP, mieux que RPR, mieux qu’UDR, UNR, et même mieux que RPF. Voyez, je remonte en ma mémoire, jusqu’à ce jour de 1947 où Charles de Gaulle avait cru bon de se lancer en politique politicienne, je ne suis pas sûr que ce fût son meilleur rôle.

     

    Mais enfin, « Les Républicains », ça a de la gueule ! Il faut remonter aux Radicaux, ce très grand parti qui avait été, entre autres, celui de Clemenceau, le parti-roi de la Troisième (1870-1940), pour trouver une appellation aussi simple et belle, charpentée dans son idéologie, ancrée dans l’Histoire. D’ailleurs, en France comme en Suisse romande, les Radicaux, au début du dix-neuvième siècle, pendant qu’ils rasaient les murs sous la Restauration, on les appelait « Les Républicains ».

     

    Curieux, d’ailleurs, à quel point la droite républicaine française, si riche d’Histoire depuis 1792, a toujours, beaucoup plus que la gauche, peiné à se fixer sur un nom. Alors qu’en face, il y a depuis plus d’un siècle « les socialistes », comme il y eut longtemps « les communistes », des noms simples et parlants, les multiples familles de droite, qu’elles fussent orléanistes ou bonapartistes, ont multiplié les changements d’étiquettes, les sigles à coucher dehors, hélas souvent pour servir de chapelle – ou d’écurie – à un homme fort : de Gaulle lance le RPF en 1947, Chirac fonde le RPR en 1976, on nomme, on débaptise, à la vérité on ne fait que changer d’appellations, sur des grands courants qui, eux, n’ont guère changé depuis 1792. Le Jacobin contre la Gironde, le Montagnard contre le Modéré, quelque part le Marais, etc.

     

    On rêverait que la nouvelle appellation d’aujourd’hui corresponde à une nouvelle donne. Sans remonter à Jemappes ni Fleurus, encore moins Valmy, qui d’entre nous n’aspire à une flamme républicaine ravivée chez nos amis français ? Autour de quelques fondamentaux, comme par exemple l’Ecole, l’Education, la Culture partagée, la Transmission, la Connaissance. Lorsque la France ranime la République, par Jules Ferry au début des années 1880, par Clemenceau dès 1917, par Charles de Gaulle entre 1944 et 1946, par Mendès France en 1954-55, à nouveau par le Général en 1958, alors oui, nous les voisins de ce grand pays ami, tout en demeurant nous-mêmes, nous sentons comme un souffle puissant traverser l’Histoire.

     

    Il n’est pas sûr, hélas, que ce nom magnifique, marmoréen comme une statue dans le carré des morts, rassembleur, transcendant les clivages, ne constitue pas, pour M. Sarkozy, un costume un peu trop grand. Le costume, par exemple, de Charles de Gaulle. Lorsqu’il descendait les Champs-Élysées, en ce jour de fin août 1944, et qu’il disait « C’est la mer ! ».

     

    Oui, la mer, M. Sarkozy. La mer de Paul Valéry, toujours recommencée.

     

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Candidature Loretan : bienvenue, M. Passepartout !

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    Sur le vif - Vendredi 29.05.15 - 16.07h

     

    Raymond Loretan, 60 ans, sera donc le candidat du PDC genevois au Conseil des Etats. Dans la stratégie de la droite genevoise pour tenter d’attaquer le bastion de gauche à la Chambre des Cantons, c’est un bon choix : je connais M. Loretan depuis de longues années, nous étions à Berne en même temps, lui comme conseiller personnel de M. Koller puis comme secrétaire général du PDC suisse, moi comme correspondant parlementaire. C’est un homme de valeur, intelligent, polyglotte, connaissant très bien la Suisse : sous les lambris des Etats, il serait parfaitement à son aise.

     

    Donc, M. Loretan a parfaitement le droit d’aspirer à siéger au Stöckli, et le PDC genevois, celui de l’envoyer dans ce combat. Mais il se trouve qu’il est aussi président de la SSR. Et que nous sommes à dix-sept jours d’une votation très importante concernant cette institution. Peut-on, pendant ces dix-sept jours de campagne, demeurer à la tête de la SSR, en s’étant dévoilé comme candidat ? La question se pose. M. Loretan remet certes son mandat le 22 juin, dont acte. Disons qu’il aurait pu – ou dû – le remettre avec effet immédiat, pour clarifier les choses.

     

    Mais l’important n’est pas là. Ce qui frappe, c’est à quel point cette double casquette pendant dix-sept jours, président et candidat d’un parti aux Chambres fédérales, semble sans problème passer la rampe dans l’opinion, dès lors qu’il s’agit du PDC. Car enfin, imaginez que, dans n’importe quel canton suisse, tiens disons Zurich, le président en exercice de la SSR se fût porté candidat UDC aux Etats. Je vous l’affirme : dans les minutes qui suivaient, un concert de protestations s’élevait, pour demander sa démission immédiate de l’institution. Je dis cela pour l’UDC, mais il est bien possible que si notre homme avait été socialiste, ou même PLR, les voix auraient aussi grincé.

     

    Seulement voilà, le PDC, c’est le parti Passepartout, pour reprendre le nom de ce sympathique héros de Jules Verne. Être PDC, dans la tête des gens, c’est presque comme si on ne faisait pas de politique. C’est tellement centriste, gentil, accommodant, poli et policé, ça fait tellement partie du paysage institutionnel, que ça passe. Partout.

     

    Pourtant, le PDC suisse est un parti comme un autre. Son Histoire (sur laquelle, comme vous savez, j’ai pas mal écrit, notamment les années de résistance des catholiques conservateurs, entre 1848 et 1891) est passionnante. C’est un vrai parti, avec de belles figures, une idéologie politique bien précise. Bref, le PDC est un parti, autant que l’UDC. Autant que les socialistes. Autant que le PLR. Il se partage d’ailleurs le pouvoir avec un d’entre eux depuis 1891, deux d'entre eux depuis 1930, trois d'entre eux depuis 1943.

     

    Le problème, ça n’est donc pas la candidature de M. Loretan. C’est l’aspect passe-partout de son parti, cette capacité à passer entre les gouttes de la critique : tout ce qui vient du PDC semble normal. Voilà donc la candidature passe-partout de M. Passepartout. Quelque part, dans cet éther de notre ciel politique qui semble – sans doute par le fruit d’un miracle – échapper par nature à toute turbulence. Comme les deux héros de Jules Verne, quelque part dans le ciel du monde, dans la douce tiédeur de leur Montgolfière.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Voir Annemasse et jouir

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    Sur le vif - Mercredi 27.05.15 - 16.26h

     

    Officiellement, la future liaison ferroviaire appelée « CEVA » a une fonction : relier Cornavin à Annemasse, en passant par les Eaux-Vives, non sans avoir tournicoté aux quatre coins de Genève. Officieusement, ce chantier gigantesque, aubaine pour les gens du gros œuvre, en a une autre, que nous avons personnellement plaisir à souligner ici depuis des années : avoir servi de catalyseur aux partis gouvernementaux pour faire réélire les leurs aux élections cantonales de l’automne 2009. Pour être dans le coup, il fallait être Pro-CEVA. Les anti-CEVA, c’était la Marge.

     

    Si vous étiez Pro-CEVA, un tapis jonché de fleurs parfumées vous était déroulé pour la législature 2009-2013, tiens la présidence du Grand Conseil, par exemple. Si vous étiez du Bois, du Bâtiment, si vous arboriez le Tablier de Constructeur, c’étaient quatre années magnifiques qui vous attendaient : les honneurs, les courbettes, les adoubements, les compliments. Si, par malheur, vous faisiez partie en 2009 des opposants à ce projet, alors vous alliez avoir 48 mois pour le payer. On allait vous traiter de pisse-vinaigre et de peine-à-jouir, de gâche-métier, de Gueux. Oui, toute cette législature 2009-2013, avec des Verts si prompts à collaborer avec le Bourgeois, tellement heureux de leur importance « dans les Commissions », au « Bureau », sans parler du « Perchoir », ultime achèvement des carrières arrangeantes et silencieuses, tout cela aura encensé le Pro-CEVA, ostracisé l’Anti.

     

    Alors voilà, aujourd’hui, c’est l’air de rien, en sifflotant, par Pravda Bleue interposée, qu’on nous murmure, sous un titre d’une complicité pulvérisant le mur du ridicule, l’existence d’un dépassement de crédit de 40 millions. « Pour éviter les ratés, style Bel-Air ou Cornavin ». Certes, un esprit aventureusement sceptique pourrait se risquer à objecter que le réaménagement de ces places, on aurait éventuellement pu l’intégrer dans la réflexion d’avant la votation de 2009. Mais bien sûr, immédiatement, ledit esprit se verrait taxé de rabat-joie, mauvais coucheur, perdant de pacotille.

     

    Donc, nous ne dirons rien. Nous nous tairons. Et puis, pour notre part, avouons-le : nous nous réjouissons tellement de ce jour, béni entre tous, où nous pourrons prendre le train de Cornavin, pour tenter l’immortel voyage de nous rendre en Annemasse. Ce jour-là. Il n’y aura plus ni Marge, ni Gueux, ni Tablier d’honneur, ni Murailles de Fraternité. Non, il n’y aura plus que l’extase de l’ultime voyage. Un aller-simple nous suffira. Le retour, ce sera pour une autre vie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Tous esclaves, tous Hébreux !

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    Sur le vif - Lundi 26.05.15 - 16.11h

     

     

    Quelqu'un pourrait-il gentiment expliquer aux huiles du DIP que le Chœur des Esclaves, dans Verdi, n'est pas - du moins à notre connaissance - composé d'esclaves professionnels, mais de choristes qui jouent les esclaves, entonnent un air d'esclaves, écrit sur une partition?

     

     

    De même, il n'est pas dit que pour chanter dans le Chœur des Hébreux, l'appartenance à la religion juive soit obligatoire.

     

    Ou encore, les Pèlerins qui entrent dans le Wartburg, chez Wagner, ne font pas chaque jour, entre deux représentations, le trajet de Rome à pied.

     

    Je doute également que la Traviata meure vraiment chaque soir sur scène.

     

    Donc, poliment leur dire que chanter une prière chez Britten, ça n'est pas encore prier.

     

    Cela s'appelle une fiction. Cela s'appelle une démarche artistique. Cela s'appelle une distance. Cela s'appelle de l'art.

     

    Ignorer cela, au plus haut niveau de quel Département ? Hélas, hélas, hélas : celui-là même, justement, dont on attendrait qu'il sensibilise les élèves à ce qu'est un rôle, une représentation, une mise en scène.

     

    Parce que les initier à cela, c'est justement les arracher à l'enfantine cruauté d'une nature qui nous fait prendre les sorcières des films pour de vraies sorcières, les bandits pour des bandits. Riche de cette initiation, on décapitera moins l'infidèle. On brûlera moins les livres. Et peut-être, allez rêvons, on se laissera moins tétaniser par une petite clique qui, à Genève, est entrée en laïcité comme d'autres en religion.

     

    Pascal Décaillet

     

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