07/01/2012

Pierre Lefranc, indigné millésime 1940

 

Sur le vif - Samedi 07.01.12 - 19.31h

 

Je viens d'apprendre, au 19h de France Inter, le décès de Pierre Lefranc. J'ai lu tous ses livres sur de Gaulle. C'était un homme tellement attaché au Général qu'il avait fini par lui ressembler physiquement! Avant de devenir le Grand Prêtre du Culte, il était entré très tôt dans la Résistance. Il faisait partie de ce groupe de jeunes (même pas 19 ans) qui, le 11 novembre 1940, premier anniversaire de l'Armistice de 1918 dans une France occupée, avait manifesté.... contre les Allemands sur les Champs-Élysées! Franchement, cette manif-là, oui, il fallait un certain cran. Ce jour-là, Lefranc et ses copains étaient des indignés. Des vrais.



Pascal Décaillet

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06/01/2012

"Conseiller d'Etat bis"

 

Sur le vif - Vendredi 06.01.12 - 22.57h

 

« Aberration économique », déclarait il y a peu, à la Tribune de Genève, le secrétaire général adjoint du DSE (Département de la Solidarité et de l'Emploi), pour qualifier l'idée, mise sur la table par Christian Levrat, de quotas, pour lutter contre les effets pervers de la libre circulation sur l'emploi des Suisses. Nous avions souligné ici, à vif, à quel point une telle appréciation relevait du champ politique, et non de celui d'un haut fonctionnaire, fût-il très influent dans son Département.

 

Eh bien le président du parti socialiste suisse, Christian Levrat, partage cet étonnement face à la liberté de parole que s'est octroyée le bras droit du ministre genevois des Affaires sociales : ce soir, en direct dans Forum sur la RSR, il l'a traité de « conseiller d'Etat bis ».

 

Si tous les conseillers d'Etat avaient un bis, cela porterait à quatorze le nombre de ceux qui pourraient, de l'exécutif, s'exprimer publiquement. Un alter, un ego, multipliés par sept. Sept bras droits. Une étrange divinité Shiva, anatomiquement déséquilibrée. Quatorze timbres de voix. Une sacrée cacophonie. Pourquoi ce Département est-il le seul à donner à ce point le sentiment d'être dirigé par un duo ?

 

Pascal Décaillet

 

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Un temps pour les vilains, un temps pour les serfs

 

Sur le vif - Vendredi 06.01.12 - 18.22h

 

Les esprits les moins estourbis l'auront bien compris : l'affaire de l'Onglet, si ce n'est nous donner, fissa, la furieuse envie d'en savourer un à l'échalote, n'est évidemment qu'un leurre. N'importe quel fonctionnement nerveux pas encore totalement victime des ravages de la gentiane des neiges ou de l'étoile absinthe, est parfaitement capable, avec le nouveau système, d'accéder à la galaxie (non, je ne dirai toujours pas plateforme) des blogs de la Tribune de Genève. Faut quand même pas charrier. On est des tordus. Des vachards. Des inaccomplis. Des venimeux. Des torturés de la morsure. Mais pas des débiles.

 

En ce jour où Sarkozy évoque la Pucelle d'Orléans (histoire de ne pas la laisser à la seule Marine), nous reviennent comme mille fumets de Rouen qui nous inciteraient en effet, dans une lecture rapide, à faire de l'Onglet l'ennemi héréditaire. Le Mal absolu. Crécy, Azincourt, Mers el Kebir, des reliques de conserves sur le chemin du Cervin (si, je les ai vues), des souvenirs de sauce à la menthe en guise de souillure sur l'Agneau pascal, toute l'étendue de cette millénaire forfaiture ne doit pas nous inciter à la vengeance. Laissons l'Onglet. Passons la Manche.

 

Et transportons-nous du côté de Zurich. Allez guigner (vos prunelles survivront) le site internet du Tages Anzeiger. Celui de 24 Heures. Celui de la Tribune de Genève. Kif kif, mon frère. Du blanc bonnet, comme le regretté Jacques Duclos n'en aurait jamais rêvé. Du préfabriqué de Mécano pour petit garçon bricoleur. A Zurich, on formate. Chez les Welches, on se contente juste d'assaisonner. Et on livre préchauffé, moutardé, ficelé. Juste couleur locale. Et si les premiers à en avoir gros sur la patate n'étaient pas, sur Genève, mes confrères de la Julie ?

 

Lorsqu'il prend possession d'une terre, de quoi a besoin le suzerain ? De quelques serfs, attachés à la place, pour le servir. De l'un on fera un commis, de l'autre un intendant. Et la machine, avec ses relais, se remettra, comme devant, à tourner. Ce qui arrive aux blogs, ce vent de normalisation, c'est dans ce contexte-là qu'il faut l'inscrire. Il est minuit, docteur Mabut, un nouveau temps se lève, moins riant, moins étourdissant de liberté. Il y a les Seigneuries, là-bas. Et puis il y a, ici, ceux qui, par nature ou par quelque noire passion de la servitude, devancent  leurs désirs. Oui, comme le chantait le grand Ferré, les temps sont difficiles. Disons qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour les souris, un temps pour les matous. Un temps pour les clairons, un temps pour les grognards. Un temps pour les vilains. Et un temps pour les serfs.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2012

Guy, la mémoire, la survivante

 

Sur le vif - Jeudi 05.01.12 - 22.49h

 

J'ignore s'il convient de lire dans toutes les classes de France, comme le demande M. Sarkozy, l'ultime lettre de Guy Môquet à ses parents. Mais je suis sûr d'une chose : ce texte est bouleversant. Voilà un garçon de 17 ans, militant communiste du groupe des otages de Châteaubriant, qui s'en va au peloton d'exécution, le 22 octobre 1941, en réconfortant sa famille.

 

Ce texte, sur l'admirable chaîne « Toute l'Histoire », je viens de l'entendre une nouvelle fois, à l'instant, dans une émission consacrée aux premiers temps de la Résistance française. Il y eut, comme on sait, beaucoup de résistants fin 1944, pas mal déjà en 1943, beaucoup moins en 1942, si peu en 1941. Très jeunes, souvent communistes, ils aimaient leur pays. Ils en ont payé le prix, très fort.

 

L'émission que je viens de voir nous montre une ancienne otage de Châteaubriant, survivante. Elle retourne sur le mémorial des exécutions, soixante ans après. Tous les trois mètres, un poteau. Avec une photo. Elle passe en revue ces camarades de détention qu'elle a tous connus, Certains, comme Guy, étaient amoureux d'elle. Pour chacun, elle a un mot. L'évocation de ce qu'il avait de vivant, de coloré, de talent, ou de rire dans la voix. Dans ce sinistre lieu glacé, elle réinvente leurs vies. Elle n'a, cette survivante, jamais nulle plainte, nulle haine, juste le souci de restaurer la vie, là où plane la mort.

 

Ce soir, je vais relire un peu les « Lieux de Mémoire » de Pierre Nora. La mémoire n'est pas seulement une faculté du cerveau, ce qui est déjà remarquable. Elle est l'une des marques les plus éminentes de la reconnaissance. Et de la civilisation.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le doux silence de l'ordre qui règne

 

Sur le vif - 05.01.12 - 20.41h

 

Oh comme ils ont l'air nombreux, à Berne et ailleurs, dans deux des quatre partis gouvernementaux (PLR + PDC), dans la nomenklatura de la presse redevancée, à pouvoir se frotter les mains, suite à la conférence de presse de M. Hildebrand, et se dire: "Tout cela va bien s'estomper, se calmer".

L'ordre continuera de régner à Berne. Leur ordre. Juste une voix, pour casser cela, encore lui, admirable et droit dans ses bottes en ce début d'année: Christian Levrat. Il ose, lui, pour le moins, articuler les mots de "faute morale". L'affaire n'est évidemment pas finie.


Pascal Décaillet

 

 

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Messieurs les Onglets, tirez les premiers !

 

Sur le vif - Jeudi 05.01.12 - 11.32h

 

Mon éminent confrère Jean François Mabut se fend d'un billet, en forme de mode d'emploi, pour expliquer le nouveau moyen d'accéder aux blogs, depuis le site de la TG. Auparavant, il suffisait de cliquer sur l'onglet « blogs », ce qui me semble, belle marquise, d'amour me font, vos beaux yeux, mourir, le moyen en effet le plus direct d'accéder au désir de l'internaute. Aujourd'hui, cet onglet direct a été tué, au profit d'un onglet « services », contenant, au même titre « qu'immobilier, emploi, concours et décès », l'onglet « blogs ».

 

Jamais les blogs hébergés par la Tribune de Genève ne se sont aussi bien portés. Des plumes insoupçonnées, des tempéraments d'écriture, en surgissent. Des gens dont on n'aurait jamais entendu parler sans ce formidable moyen d'expression. Non seulement le commentaire en émerge, dans toute sa palette, mais souvent, plus basiquement, l'information : oui, on apprend des choses en fréquentant ce monde. Par exemple, avec le chasseur d'images Haykel Ezzedine.

 

Par sa diversité, sa réactivité, sa rapidité, son intervactivité, cet univers (j'évite le mot plateforme, qui fait prospection pétrolière) est devenu un exceptionnel vecteur de la liberté d'opinion à Genève. Il relègue, bien sûr, les courriers de lecteurs des journaux papier, où il faut des jours avant d'être publié, au paléolithique. Il défriche, précède, invente : c'est ce qui, dès le début de mon expérience, il y a quatre ans, m'avait attiré. Journaliste, j'aime innover, créer de nouvelles émissions, m'adapter aux nouveaux vecteurs que nous offre le génie de la science. Cette passion, je l'ai en commun avec Jean-François Mabut, infatigable tête chercheuse en l'espèce. Ainsi, ayant boudé Facebook les premières années, j'y ai trouvé tout récemment un terrain de dialectique, voire de duels, qui me semblent, dans leur concision et leur nécessité de densité, au service de la langue et du propos. Cette nuit encore, avec mon confrère Benoît Couchepin, fin fleuret, j'ai croisé le fer avec plaisir et, malgré l'antagonisme absolu de nos positions, un solide respect mutuel.

 

Mais las ! L'onglet « blogs » a disparu, et les textes rédactionnels de ces centaines de personnes qui convergent sous cette appellation se trouvent désormais relégués avec l'immobilier et les décès. Aurait-on, en très haut lieu de la Tribune de Genève, délicatement, discrètement, signé l'arrêt de mort des blogs ? À quand le faire-part ? En page toute voisine : celle des décès.

 

À la vérité, il y a conflit de générations et conflit d'intérêts. Celui de générations : tout plongé que je suis dans l'univers d'internet, je suis frappé par le nombre de gens (par exemple un ancien maire devenu conseiller national) ne faisant référence qu'à mes écrits sur papier. Ils considèrent encore, à tort, l'univers éditorial d'internet comme un joujou, un gadget. Conflit d'intérêts : et si les huiles de la Tribune de Genève, dépassées par le succès des blogs, leur liberté de ton incomparable avec le carcan de la Tribune papier (où, Dieu merci, émergent quelques esprits libres, comme Olivier Francey), entraient dans une période de repli protectionniste (oui, je sais, j'y suis favorable en politique, bonjour Philippe). Pédale douce sur les blogs, pour sauver le navire du papier. Amusante hypothèse, non ?

 

Hypothèse, et singulière coïncidence : tout ce que la Tribune de Genève compte d'anciens rédacteurs en chef recyclés dans d'éminentes fonctions régulatrices ou moralisantes, débattait, juste avant Noël, au demeurant entre eux (c'est plus simple) de l'opportunité de mieux cadrer le monde des blogs. Incomparables dans la posture du Grand Prêtre, ils laissaient entendre que l'heure était grave, que des mesures allaient être prises. D'avance, on en tremble.

 

Savent-ils, ces doctes gens, que la libre parole, l'alacrité d'une plume, la sonorité d'une syllabe, ne dépendront jamais des vecteurs ? La fonction critique - pas seulement celle du journaliste, celle de tous - viendra toujours se nicher là où on ne l'attend pas. C'est précisément sa fonction. Sa fragilité. Sa vertu. Et parfois, on l'espère, son utilité. Excellente Année 2012 à tous !

 

Pascal Décaillet

 

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Christoph et les oies blanches

 

Sur le vif - Jeudi 05.01.12 - 00.54h

 

Dans notre pays, la Suisse, le président de la Banque nationale est soupçonné de délit d'initié. C'est énorme. Et, vu sa fonction, c'est gravissime, si les reproches se voient confirmés. Or, depuis que l'affaire a éclaté, dans nos médias, que voit-on, qu'entend-on ? Qu'il y aurait en Suisse un immonde personnage. Et que ce dernier ne serait pas M. Hildebrand, mais un conseiller national nommé Christoph Blocher. Parce que révélant l'affaire, il aurait trahi un « secret de fonction ».

 

Cette inversion des responsabilités - la mise en avant de l'une (dont je ne prétends pas qu'elle soit inexistante) pour mieux camoufler l'autre, ou l'alléger, ou l'esquiver, est incroyablement révélatrice de la pensée unique de l'immense majorité de la presse suisse face à tout ce qui concerne Christoph Blocher. Il faut qu'il soit le diable, il le faut rhétoriquement, sémantiquement, presque littérairement. Même lorsque le diable, hélas pour sa légende noire, ça n'est pas lui.

 

Car enfin, cette surexcitation des éditorialistes sur la « violation » dont serait coupable l'ignoble Blocher en rappelle une autre : l'antienne, mille fois ramenée, lorsqu'il était aux affaires (2003-2007) de ne point respecter la loi, « l'Etat de droit ». Argument qui servit de prétexte, le 12 décembre 2007, pour avoir sa peau. Et qui a tant réjoui son rival, Pascal Couchepin.

 

Et personne, ou si peu, ne se pose la question suivante : entre la « violation » du secret de fonction, et un président de Banque nationale qui aurait profité de ses informations pour spéculer sur des monnaies, où se situe l'échelle de gravité ? Réponse : de façon écrasante, elle se situe à la charge de M. Hildebrand.

 

Mais nos oies blanches, soudain puristes de la forme juridique, préfèrent inverser. Et ainsi, selon les journaux, on nous parle « d'affaire Bocher-Hildebrand », voire « d'affaire Blocher ». Pour conclure, une question : ces cris effarouchés, nos belles âmes les auraient-elles poussés si la révélation de l'affaire n'émanait pas de leur pire ennemi, leur absolue bête noire, mais d'un conseiller national lambda, venant d'un gentil parti ? Allez, disons comme ça, à tout hasard, un élu propre sur soi, bien rasé, convenable, bien silencieux et bien discret, du PDC ?

 

Pascal Décaillet

 

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04/01/2012

Un haut fonctionnaire qui sort de son rôle

 

Sur le vif - Mercredi 04.01.12 - 11.22h

 

Hallucinantes, les réactions de susceptibilité genevoises aux propos de Christian Levrat, le patron du parti socialiste suisse, sur la nécessité de renforcer les mesures d'accompagnement pour limiter les effets dévastateurs des bilatérales sur l'emploi des Suisses. Notamment, dixit Levrat, en région frontalière. On pense à Bâle, l'Arc jurassien. Mais tout le monde a très bien entendu que Levrat faisait allusion, avant tout, au Tessin et à Genève.

 

Deux cantons où ces questions sont thématisées, depuis des années, par des partis de la Marge (Lega, MCG). Et où il y a donc un électorat immense à reconquérir. Levrat l'a compris. Le parti socialiste genevois, dont a pu croire un moment, ces dernières semaines, qu'il s'était ressaisi, n'y a, lui, rien compris. À lire MM Longet et Sommaruga, dans la Tribune de Genève, on retrouve l'archaïque discours socialo-conservateur : surtout ne rien changer.

 

Mais la réaction la plus ébouriffante vient d'un haut fonctionnaire genevois. Toujours le même. Le grand spécialiste dans l'art de sortir de son rôle, et tenir le type de discours qui ne peut appartenir qu'au politique. Le discours du magistrat élu, qu'on imagine en villégiature. Cet homme, au demeurant brillant, c'est le secrétaire général adjoint du DSE (Département de la Solidarité et de l'Emploi). Interrogé par Olivier Francey, il sort allégrement de sa réserve, dans la TG de ce matin, en qualifiant « d'aberration économique » l'une des idées avancées par Christian Levrat. Il ne se contente pas, comme le voudrait son rôle, de nous énumérer en quoi Genève fait bien son boulot, mais il s'immisce, une nouvelle fois, dans des jugements de politique générale, du ressort du politique.

 

Le ministre en villégiature a bien de la chance d'avoir un tel bras droit. Plus besoin d'inventer le discours politique, il surgit tout seul. Le même fonctionnaire avait, il y a juste un an, qualifié d'acte de flibuste la grève de l'aéroport. L'impression, année après année, se conforte donc, d'un Département dirigé non par un élu, mais bel et bien par un tandem.

 

Pascal Décaillet

 

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03/01/2012

Ministre, ou porte-parole du patronat ?

 

Sur le vif - Mardi 03.01.12 - 18.43h

 

J'ai toujours éprouvé une certaine admiration pour le conseiller d'État vaudois Philippe Leuba. Mais là, je suis franchement déçu par son intervention, à l'instant, à la RSR. Thème: les récents propos de Christian Levrat sur les régions frontalières. Je m'imaginais que M. Leuba, ce grand serviteur de l'État, aurait un autre discours, plus républicain, que la seule "mise au service des employeurs des forces nécessaires". J'ai eu le sentiment d'entendre un porte-parole du patronat. Le propos n'était pas assez ministériel.

 

Pascal Décaillet

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Christian Levrat et la mathématique d'ombre des bilatérales

 

Sur le vif - Mardi 03.01.12 - 00.40h

 

Christian Levrat. Président du deuxième parti de Suisse, derrière l'UDC. Patron du PS. Il vient d'affirmer que les mesures d'accompagnement pour la libre circulation des personnes étaient insuffisantes dans les régions frontalières, comme Genève, le Tessin, l'Arc jurassien, et Bâle. Le Fribourgeois reconnaît enfin ce qui n'aura été jusqu'ici que l'infatigable combat local de certaines Marges. La parade des Gueux face à l'establishment. Lequel, aujourd'hui encore, alors qu'il se rallie enfin à leurs thèses, leur en nie, avec une glaciale arrogance, toute paternité.

 

La Suisse, au plus haut niveau, commence à comprendre que l'application dogmatique de la libre circulation, entre un petit pays de sept millions d'habitants et un univers environnant qui en compte plusieurs centaines, ne peut guère laisser la moindre chance au premier, contre l'empire et l'emprise du second. Ce qui se meurt doucement, ce ne sont pas les Accords bilatéraux entre la Suisse et l'UE. Mais l'idée qu'il faille les appliquer de façon cérébrale, cristalline, sans clauses de sauvegarde, au nom d'un internationalisme éthéré, coupé de la solidarité nationale. Mathématique d'ombre. Version libérale du Grand Soir, au nom d'aveuglantes Lumières. Oui, 2012 sera l'année du retour à une certaine forme de protectionnisme. Il n'y a nul lieu de s'en plaindre. Bien au contraire.

 

Il ne s'agit en aucun cas de fermer nos frontières. Ni d'abandonner les échanges. Mais de tenir compte des immenses frustrations, sur place, d'une partie de la population qui se sent comme abandonnée par ces Accords, trahie par ses élites, exilée en son propre pays. Au nom d'une mécanique internationaliste à laquelle elle n'entend rien. Et dont elle n'a rien à faire. C'est aussi simple que cela. De gauche comme de droite, les plus avertis de nos politiques commencent à en prendre la mesure. Le mouvement, dans l'année 2012, pendra de l'ampleur. Bonjour les conversions. Sur le chemin ce Damas, il y aura du beau linge. Avec costumes et cravates, avec leurs Lions et leurs Rotarys, vous allez les voir se retourner, dans les mois qui viennent. Pour demander l'assouplissement d'un dogme dont ils étaient, hier encore, les grands prêtres.

 

Le diapason tendu par Levrat ira-t-il tinter jusqu'aux oreilles du Conseil fédéral? Incitera-t-il certains ministres de cantons frontaliers à un peu moins d'arrogance et un peu plus d'écoute de la population ? Une chose est sûre : le ton est donné. Le retour à certaines préférences locales n'est plus tabou. Le thème est à l'ordre du jour. Au calendrier politique de l'année 2012.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/12/2011

Vos gueules, les Mouettes !

 

Sur le vif - Vendredi 30.12.11 - 20.04h

 

"Vos gueules, les Mouettes!". C'est à peu près la seule chose que j'aie retenue d'un débat, sur une histoire d'hôpital à Neuchâtel, tout à l'heure à la RSR. Je serais incapable de vous résumer l'enjeu. Mais j'entends encore "Vos gueules, les Mouettes", dans la voix incomparable de Gil Baillod. Sanguin, gueulard, détestant la langue de bois, ce journaliste d'exception, dans le paysage romand, manque cruellement, aujourd'hui. Et pas seulement dans l'horizon neuchâtelois.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le Président qui aimait Saint Hubert

 

Sur le vif - Vendredi 30.12.11 - 16.50h

 

D'une très belle plume, alerte comme brise du large, salée comme pré de Vendée, le Président du Grand Conseil genevois vole au secours de deux conseillères d'Etat, « Isabel » et Michèle » (je cite son blog), malmenées selon lui par de méchants chasseurs. Il leur conseille, dans une conclusion churchillienne, de « tenir bon ». Laissons la sueur, aux Gueux de la Marge. Ne rêvons que du sang et des larmes. Le sel, encore le sel. Trop beau.

 

S'exprime-t-il comme premier personnage de notre ordre législatif ? Si oui, est-ce bien son rôle de prodiguer des conseils à l'exécutif ? Le régime de séparation ne lui impose-t-il pas, face aux membres du gouvernement, la seule posture de l'indifférence ? Ou alors, comme député, ne devrait-il pas, justement, prêter une oreille attentive aux critiques sur des ministres que sa Chambre a charge de contrôler ? Via, par exemple, la Commission de gestion. Mais bon, ne pinaillons pas. Laissons Montesquieu. L'essentiel n'est pas là.

 

Alors, il est où ? Dans le singulier soupçon que laisse planer  Monsieur le Président du Grand Conseil : les venimeux disciples de Saint Hubert sonneraient le cor en persécution de ces deux femmes, parce qu'elles seraient femmes. Chasseurs, et en plus machistes. Rustauds des sous-bois. Ongles noirs. Haleines de vagabonds. Ils seraient à la Cynégétique ce que le charognard est à l'art de la dégustation. Ah, les salauds, pour paraphraser le grand Bruant, un gars de la Marge.

 

La position présidentielle pose problème. Je ne connais pas le cas de « Michèle », hormis un certain désordre orangé, dans les transports, qu'on espère passager. Je ne me suis quasiment jamais exprimé sur cette ministre. Il est vrai, en revanche, que j'exerce, avec une vivacité que j'admets et que j'assume, un certain esprit critique sur « Isabel » (je cite le blog présidentiel), Madame Rochat, ministre genevoise de la Police. Notre Fouché. Dans ces critiques, jamais, je dis bien jamais, je n'ai mis en avant sa condition de femme. Le sexe des ministres ne m'intéresse pas.

 

Mais leur équation républicaine, oui. Madame Rochat, au demeurant la plus aimable des personnes, a-t-elle imposé son autorité à l'administration ? Aux corps constitués ? A la police ? A l'opinion publique ? Je n'en suis, hélas, pas sûr. Dans mes éditos, je le dis. Et quelques confrères, avec moi. Il n y a là nulle chasse à courre. Nulle marche de Saint Hubert. Nul hallali. Juste, l'expression démocratique d'une opinion. Si la presse a un rôle, c'est celui-là. Ensuite, on aime ou non, je comprends très bien qu'on déteste, la presse qui cherche à se faire aimer, ou à tutoyer dans des cocktails, est déjà morte, avant que d'être.

 

Ces choses-là, le Président du Grand Conseil, homme de culture et de tolérance, devrait, me semble-t-il, y être sensible. Dans son texte, dont je souligne encore une fois la qualité, il invoque la liberté de la presse. Nul besoin d'article constitutionnel pour la garantir. Non. Juste l'exercer, jour après jour. Elle ne s'use, c'est bien connu, que lorsqu'on ne s'en sert pas.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Oui à un minimum de protectionnisme

 

Sur le vif - Vendredi 30.12.11 - 10.52h

 

« Préférer des chômeurs genevois, est-ce légal ? », demande, dans la Tribune de Genève, mon excellent confrère Olivier Francey. Si c'est légal, nous le verrons bien. Ce qui est sûr, c'est que c'est une excellente décision du Conseil d'Etat, l'une des meilleures prises cette année. Nous l'avions d'ailleurs saluée comme telle, ici même, quelques minutes après son annonce.

 

Peu importe, au fond, la querelle en paternité. De toute façon, le jour venu, l'électeur sait toujours préférer l'original à la copie. Peu importe la querelle en dénomination : « préférence cantonale, préférence aux chômeurs ». Peu importe, même, le peu d'effet que l'application de cette directive risque d'avoir sur les chiffres du chômage : il ne faut, évidemment, pas trop se faire d'illusions.

 

Peu importe tout cela. Ce qui compte, c'est le signal donné par le Conseil d'Etat. La reconnaissance, enfin, d'une certaine nécessité protectionniste en matière d'emploi. Il ne s'agit ni de fermer les frontières, ni de stigmatiser nos amis français, encore moins de s'interdire de recourir à leurs services. Il s'agit juste d'admettre qu'une politique, et notamment en matière sociale, doit s'appliquer en priorité dans un périmètre donné, qui est celui d'une citoyenneté.

 

Si cela contrarie le dogme, exercé dans l'absolu, de la libre circulation, eh bien c'est peut-être sur ce dogme qu'il faudra un jour revenir. Mais cela se fera au niveau national. En attendant, le gouvernement genevois a donné un signal. Il était temps. Il s'agit, pour l'heure, de lui en être reconnaissant.

 

Pascal Décaillet

 

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L'abdication orangée du destin

 

Sur le vif - Vendredi 30.12.11 - 10.16h

 

Stupidissime billet du Matin, en page 2, à propos de François Bayrou: "Sa schizophrénie ne s'arrange pas". L'insupportable légèreté de ce journal non plus, qui se range toujours derrière les puissants, les pouvoirs déjà en place, ne laisse jamais nulle place aux Marges. Le journal du pouvoir, des possédants. Le journal qui s'incline devant le fait accompli. L'abdication orangée du destin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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29/12/2011

Isabel Rochat n'est pas Louis XVI

 

Sur le vif - Jeudi 29.12.11 - 18.37h

 

Si on essaye, à chaud, de décoder, décrypter, dévider le fil de la pensée d'Isabel Rochat, dans l'intervention qu'elle vient de faire à la RSR, on se heurte à quatre éléments :

 

1)  Une perle : « Les moments de tension engendrent des moments de tension ». C'est beau, récurrent, digne du Credo, « engendré, non pas créé ». Paternel, comme un nuage.

 

2) Ce qu'elle devait absolument dire : « Je ne nie pas les souffrances des policiers ». Elle l'a dit, c'est bien.

 

3) Contrairement à Louis XVI, la ministre ne pratique pas, même à ses heures perdues, la serrurerie : « Je n'ai rien verrouillé ».

 

4) Très clairement, elle charge Monica Bonfanti, voire la flingue : « Ca n'est pas au Conseil d'Etat de régler les problèmes d'horaires de la police. C'est à la hiérarchie de la police ».

 

Voilà. C'étaient les très riches heures d'Isabel la Cathodique.

 

Pascal Décaillet

 

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Flibuste, 3

 

Sur le vif - Jeudi 29.12.11 - 10.40h

 

«Le président du syndicat crée des querelles stériles pour dynamiter les efforts des partenaires. Il n'est pas content car le département règle les problèmes. Or, dans sa conception des choses, les problèmes lui donnent une légitimité ». Ces mots très durs, dans la Tribune de Genève, face à Christian Antonietti, le président de l'Union du Personnel du Corps de Police (UPCP), viennent de qui ? Du président du Conseil d'Etat ? De la magistrate en charge du Département ? Non. De Laurent Paoliello, porte-parole de Madame Rochat. Laquelle étant, paraît-il, en vacances.

 

De deux choses, l'une. Ou bien, c'est bel et bien la parole ministérielle qu'a portée M. Paoliello, et là on admettra qu'il n'est qu'un vecteur, et c'est à sa patronne d'endosser ce jugement fort méprisant sur l'essence (par nature nuisible, lit-on) d'une activité syndicale. Dans ce cas-là, Madame Rochat aura à assumer ces mots, devra en répondre.

 

Ou bien, comme dans certains cas de « flibuste », il y a juste un an, le porte-parole, prenant ses aises en période de vacances, serait allé, de lui-même, un peu trop loin. Dans ce deuxième cas, il importe à la ministre de faire savoir publiquement que ses mots à elle n'auraient pas été ceux-là.

 

C'est aussi simple que cela. Aussi parfaitement repérable qu'une embarcation de flibustiers, par beau temps, depuis le mât d'artimon.

 

Pascal Décaillet

 

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23/12/2011

La question qui tue

 

Sur le vif - Vendredi 23.12.11 - 11.06h

 

"Un travailleur français domicilié en France qui perd son emploi et qui s'annonce à l'Office Cantonal de l'Emploi est-il considéré comme chômeur et bénéficie-t-il dès lors de la priorité qui doit être contrôlée par la commission ad hoc au même titre qu'un résident? Oui ou non." - Question posée, il y a une heure, par Mauro Poggia, député MCG et conseiller national, à la Garde Noire du ministre genevois des Affaires sociales. La réponse ne vous intéresse pas? Moi, si.

 

On se donne combien de minutes avant d'avoir la première morsure, ici même, de leur habituel cerbère?

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/12/2011

Avez-vous déjà gavé un Mammouth ?

 

Sur le vif - Jeudi 22.12.11 - 12.28h

 

Les conseillers aux États, qui ont tellement besoin de la visibilité que leur offre le Mammouth, viennent de refuser sèchement, sans débat, l'idée de réduire à 200 francs (contre les 463 actuels) l'impôt déguisé de Ferme générale qu'on appelle pudiquement "redevance". Ils osent invoquer la pluralité des programmes!

Comme si cette diversité, précisément, ne pouvait s'exercer qu'en gavant le service dit "public", et en asphyxiant toute tentative privée. La Chambre des Cantons dévoile une cruelle méconnaissance du terrain des médias: beaucoup de TV privées offrent davantage de débats politiques et citoyens que la SSR. Mais cela, nos douillets sénateurs refusent de l'entrevoir.

 

Pascal Décaillet

 

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L'âne qui miaulait - Conte du solstice


Une décision du Conseil d'Etat, datant d'hier, nous amène à re-publier notre Conte d'Automne du 18.11.11. Animalement vôtre.

 

Bon allez, supposons. Un âne, au milieu d'un pré. A quelques mètres de l'animal, Eric Stauffer et le ministre genevois des Affaires sociales.

Stauffer : « Ceci est un âne ».

 

Le ministre : « Mais non. Ceci est un chat. Vous êtes un âne, mon ami ».

 

Stauffer : « Ceci est un âne, je maintiens ».

 

Le ministre : « Vous vous enfoncez. Vous voyez des ânes partout ».

 

Stauffer : « Dans le cas présent, j'affirme et répète qu'il s'agit d'un âne ».

 

Un quotidien bleu : « Epatant, le délicieux petit chaton que vient de repérer notre ministre, dont il convient de rappeler ici toute l'excellence en nomenclature systématique du règne animal. Il a certes de grandes oreilles, mais c'est un chat, soyons-en sûrs ! ».

 

Stauffer : « Je dis et maintiens que c'est un âne ».

 

L'âne (car c'en est un) : « Mais qu'ont-ils tous à me contempler ? ».

 

Le ministre, deux ans plus tard : « A la réflexion, le chaton pourrait, vu sous un certain angle, être perçu comme ressemblant en effet à un âne ».

 

Stauffer : « A la bonne heure ! ».

 

Le quotidien bleu : « Honneur à notre ministre, qui a, le tout premier, su reconnaître l'âne, sous de fallacieuses allures félines ! »

 

L'âne : « Miaou ! ».

 

Le cabinet du ministre : « Hi Han ! Hi Han ! ».

 

Medeiros : « Ouarf, Ouarf ! ».

 

Les mémés des Eaux-Vives : « Hosannah ! In excelsis ! ».

 

Rideau.

 

 

 

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L'âne qui miaulait: faut-il une suite?

 

Sur le vif - Jeudi 22.12.11 - 09.22h

 

Le ministre des Affaires sociales, à Genève, refuse obstinément de parler de "préférence cantonale", pour commenter sa décision d'étendre au "Grand État" (SIG, HUG, TPG, etc.) la directive enjoignant de recourir d'abord aux chômeurs, avant de demander un permis de travail (par exemple pour une personne frontalière). Montrez un âne au ministre. Il continuera de vous dire: "Ceci est un chat".

 

Pascal Décaillet

 

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