17/12/2011

Le "consensus", ou la permanence des privilèges

 

Sur le vif - Samedi 17.12.11 - 11.39h

 

A Genève, la fin de législature verra se cristalliser ce qui a commencé il y a deux ans: une majorité de pouvoir (PLR, PDC, Verts), qui saura faire front, pour sauvegarder ses prébendes, sur tous les enjeux stratégiques, comme les questions budgétaires. Une opposition des Marges (UDC, MCG, PS, sans compter l'extrême gauche qui, forte de 14%, n'est pas représentée au parlement pour causes de divisions internes).

 

Il y a donc bel et bien un pouvoir, avec ses séides, ses complices, ses courtisans, ses laquais, ses réseaux de copains. Et une opposition. Ou des oppositions. Et si, sur certains points stratégiques précis, elles se coalisaient? Leur capacité à se mettre en commun pour attaquer sera l'un des enjeux de fin 2013.

 

Reste un petit exercice de traduction: lorsque les tenants du pouvoir vous disent "culture du consensus", il faut entendre "On se tient par la barbichette, aussi éloignées soient nos idéologies (cf libéraux et Verts!), pour rester le plus longtemps possible dans les arcanes de la puissance. Celle qui détient le pouvoit de nommer, copiner, dominer".

 

C'est valable à Genève. Ca l'est, encore plus, à Berne. Nous y reviendrons.

 

Pascal Décaillet

 

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16/12/2011

Et un gentil Neuchâtelois au DFAE, un !

 

Sur le vif - Vendredi 16.12.11 - 14.11h

 

C'est fait. Didier Burkhalter quitte le Département fédéral de l'Intérieur, où il faudra se chausser de lunettes remboursées pour dénicher un début de bilan après deux ans, et passe aux Affaires étrangères. Alain Berset, le nouveau venu, hérite, immédiatement en arrivant, de l'un des ministères les plus lourds, mais aussi les plus concernants pour la population, le Département fédéral de l'Intérieur. Personne, depuis vingt ans, n'y a vraiment réussi : ni Flavio Cotti, ni Ruth Dreifuss, ni Pascal Couchepin, ni justement M. Burkhalter.

 

C'est un sacré défi pour le Fribourgeois : ça passe, ou ça casse. A son avantage, on dira que l'opinion publique suisse en a plus que marre de la sacro-sainte concurrence entre les caisses, qui s'est avérée une catastrophe, et réclame un retour de l'Etat. Ce sera justement l'enjeu de l'initiative sur la caisse publique, qu'Alain Berset, de son poste ministériel, devra gérer.

 

Pour le reste, espérons que les Affaires étrangères, qui furent menées de façon active et dynamique (qu'on partage ou non ses choix) par Micheline Calmy-Rey, ne deviennent pas, en Suisse, le Département où l'on roupille. Il ne suffit pas d'être impeccablement habillé, convenable avec tous, soucieux de ne rien déranger, ni personne, pour s'imposer. A cet égard, espérons que nous n'aurons pas à regretter l'ombrageux courage de la dame de Chermignon.

 

On notera enfin, sans vouloir ethniciser l'affaire, un singulier hasard depuis la guerre : c'est le cinquième Neuchâtelois appelé à diriger la diplomatie suisse. Certains d'entre eux, comme Max Petitpierre, furent parmi nos grands conseillers fédéraux. Il y eut aussi Pierre Graber, Pierre Aubert et René Felber. D'une manière générale, pour réussir en Suisse, mieux vaut être un Neuchâtelois consensuel qu'un Vaudois rougeaud, colérique et impétueux. Fût-il génial. Mais le génie, chez nous, c'est juste bon pour les alpages.

 

Pascal Décaillet

 

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14/12/2011

L'ordre règne à Berne

 

Sur le vif - Mercredi 14.12.11 - 17.22h

 

Ce commentaire va peut-être un peu détonner dans le concert de louanges face à l'élection de ce matin, et d'avance je prie les âmes sensibles de bien vouloir me le pardonner.

 

Depuis plus de vingt ans, déjà lorsque j'étais correspondant parlementaire à Berne, je plaide pour l'élection du Conseil fédéral au suffrage universel. Quatre millions d'électeurs potentiels, évidemment bien informés, et même deux millions pour une participation à 50%, ou même un million six cent mille pour une participation à 40%, me semblent ancrer davantage de légitimité que la combinazione de 246 parlementaires. Cette position qui est mienne, la pantalonnade de ce matin n'a fait que la renforcer.

 

L'ordre règne à Berne. Vous pouvez circuler, il n'y a plus rien à voir. L'emmerdeur, le dérangeur, le vilain petit canard, on la enfoui, bien profond, sous le tas de fumier. On fait comme s'il était mort. Comme si le cauchemar était fini. Comme si on allait enfin pouvoir revivre l'âge d'or des vertes années, les années d'avant le 6 décembre 1992, avant le phénomène de l'UDC blocherienne. Enfin, entre gens convenables ! Comme avant. Comme à l'époque, follement excitante, des Cotti et des Koller, des coteries sans colère. Entre soi !

 

Un certain parti, le 23 octobre dernier, a obtenu 26% des voix. C'est loin devant le deuxième (20%), très loin devant le troisième (14%), à quelques années-lumière du quatrième (12%). On parle de concordance. On prétend, mensongèrement, qu'on lui reconnaît son droit à deux sièges. Par derrière, de façon programmée, préméditée, construite, on ourdit pour qu'il n'en soit rien. Et la coalition des perdants du 23 octobre, PLR et PDC, s'arrange pour que les siens soient reconduits, la seule chose qui compte pour eux, le tout sous couvert de morale, comme le 12 décembre 2007. Et les naïfs y croient ! Et le résultat, c'est que le premier parti du pays (26%) n'a plus qu'un conseiller fédéral, alors que le troisième (14%) continue d'en avoir deux, au demeurant deux ministres sans puissance, ni vision, ni format.

 

Une fois de plus, c'est son propre crédit de grand électeur que le parlement affaiblit. L'opinion publique n'est pas dupe. Et le jour où elle devra se prononcer sur l'élection du Conseil fédéral par le peuple, elle saura se souvenir de ce mercredi 14 décembre 2011.

 

Pascal Décaillet

 

 

17:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (48) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/12/2011

Bravo, Romain Clivaz !

 

Sur le vif - Lundi 12.12.11 - 07.55h

 

Ah, mais c'est Roger, tout là-haut, qui va être fâché! EXCELLENT édito, ce matin 07.38h à la RSR, de Romain Clivaz sur Eveline Widmer-Schlumpf: "Les partis contre le peuple". Une dame dont le seul génie politique est de parvenir à survivre au Conseil fédéral. Et qui ne représente qu'elle-même.

 

Des conciliabules parlementaires qui n'auront qu'un résultat: faire monter, dans l'opinion publique, l'idée de l'élection du Conseil fédéral par le peuple. Bravo, Romain! Le bon sens du Haut-Plateau l'emporte sur les moutonnières litanies, au sein du Mammouth, pour nous chanter les louanges de la Grisonne.

 

Pascal Décaillet

 

07:55 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (33) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/12/2011

Le chemin perdu

 

Sur le vif - Samedi 10.12.11 - 17.24h

 

Décembre, toujours décembre. Tous les quatre ans, les élections fédérales se déroulent l'avant-dernier week-end d'octobre. Et la réélection complète du Conseil fédéral, mi-décembre. Et ça commence toujours à 8h pile, avec la clochette du président. Et les tours de scrutin durent toujours vingt minutes, le temps pour les scrutateurs de dépouiller les 246 bulletins.

 

Et lorsqu'il y a un violent admirable face à un consensuel à solutions, c'est toujours le consensuel à solutions qui passe. Et le parti du violent admirable gronde. Menace de se retirer du Conseil fédéral. Au final, choisit toujours de rester. Et le consensuel à solutions patauge davantage dans l'algèbre des inconnues que dans dans la ligne claire de la solution. Et les partis dits "raisonnables", entendez les partis au pouvoir, se félicitent du consensuel à solutions: de leurs coulisses, ils peuvent manigancer tranquilles, le pouvoir exécutif ne les gêne pas trop. Et le violent admirable retourne dans son canton, écrit un livre, goûte à la vie, et finalement s'apaise.

 

Ainsi va la vie politique suisse. Comme une horlogerie toujours recommencée. Même pas besoin de remonter les montres. Juste le chemin de ronde: le chemin perdu.

 

Pascal Décaillet

 

17:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les Alémaniques ne sont pas nos ennemis!

 

Sur le vif - Samedi 10.12.11 - 11.35h

 

Méfions-nous de l'abus de l'argument "ethnique", lors d'une élection au Conseil fédéral. Je préfère mille fois être représenté par un Schaffhousois compétent que par un Romand médiocre. Nos compatriotes alémaniques, et d'ailleurs aussi tessinois, sont des gens tout aussi cultivés, ouverts sur l'extérieur, sensibles à l'équilibre suisse, que nous. Pour avoir vécu en Suisse alémanique, je l'affirme sans hésitation.

 

Bien sûr, il faut une clef de répartition, mais brandir, comme le fait ce matin le Temps à propos d'Hansjörg Walter, le cliché de la brute alémanique qui n'entend rien à la Suisse romande, c'est manquer de confiance dans le génie suisse.

 

Le Saint-Gallois Furgler, le Bâlois Tschudi font partie intégrante de notre Histoire. Y compris comme Romands. Une figure intégratrice doit venir de quelque part, puissamment. De là, transcender sa provenance pour jeter des ponts, augmenter le champ du possible. C'est cela, pour ma part, que j'attends d'un conseiller fédéral. Pour le boulot de technocrate, au demeurant respectable, le statut de haut fonctionnaire suffit largement.

 

Pascal Décaillet

 

11:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/12/2011

Marre des raisonnables

 

Sur le vif - Vendredi 09.12.11 - 18.24h

 

Insupportables, toutes ces analyses doctes, raisonnables et pondérées des correspondants fédéraux qui nous donnent comme inéluctable la victoire de Berset sur Maillard, sous le simple prétexte qu'il passe mieux dans le microcosme. Ils ne sont pas élus pour passer dans le microcosme! Mais pour tenter de grandes choses. Au service de l'ensemble de la population. Quitte à se griller. Quitte à se calciner les ailes. Quitte à chuter. Être grand, parce qu'on va jusqu'au bout de son combat. Tschudi, Furgler, Delamuraz. Et, pourquoi pas, Pierre-Yves Maillard !

 

Pascal Décaillet

 

 

 

18:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/12/2011

Quand les Verts voient rouge

 

Sur le vif - Jeudi 08.12.11 - 16.26h

 

Amusant communiqué des Verts. Ils nous annoncent que Thierry Durand, leur conseiller administratif à Plan-les-Ouates, a été condamné à 30 jours-amendes avec sursis pour falsification électorale. Ils disent à l'intéressé que c'est pas bien. Et froncent le sourcil: "Les Verts apprécient la franchise et les regrets exprimés par Thierry Durand, mais (en gras) avertissent l'intéressé qu'ils ne sauraient tolérer la répétition de tels actes". Autrement dit, si M. Durand devait recommencer une falsification électorale, alors là, les Verts se mettraient vraiment à voir rouge. Ça fout la trouille, non?

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le ruisseau dans la forêt - Conte de l'Avent

 

Jeudi 08.12.11 - 14.39h

 

Au fond d'un vallon, un ruisseau à l'onde claire. A l'horizon, nul héron. Mais Eric Stauffer et le ministre genevois des Affaires sociales, ayant sur l'épaule gauche un perroquet multicolore.

 

Stauffer : « Ceci est une frontière ».

 

Le ministre : « Mais non. Ceci est un ruisseau. Vous voyez des frontières partout, mon rustre ami».

 

Stauffer : « Ceci est une frontière, je maintiens ».

 

Le ministre : « Vous vous enfoncez. Les bornes, de nos jours, n'existent plus que dans les têtes des nostalgiques et des incultes ».

 

Le perroquet : « Gicle, inculte ! Gicle, inculte ! ».

 

Stauffer : « Dans le cas présent, j'affirme et répète qu'il s'agit d'une frontière».

 

Un quotidien bleu : « Epatant, le délicieux petit ruisseau que vient de repérer notre ministre, qui ruisselle au milieu de rien, et n'a rien d'une frontière !».

 

Stauffer : « Je dis et maintiens que c'est une frontière ».


Le garde-barrière à la retraite : « Mais pourquoi diable ont-ils arraché toutes mes bornes ? ».

 

 

*****************************************************************

 

 

Le ministre, deux ans plus tard : « A la réflexion, le ruisseau pourrait, vu sous un certain angle, être perçu comme ressemblant à une frontière ».

 

Le perroquet : « Rrrrontière ! Rrrrrrontière !!!!! »

 

Stauffer : « A la bonne heure ! ».

 

Le quotidien bleu : « Honneur à notre ministre, qui a, le tout premier, su reconnaître le frontière,  qui épouse, comme l'atteste le cadastre, le lit de cet insignifiant ruisseau !»

 

Le garde-barrière à la retraite : « Ça valait bien la peine de les arracher, mes bornes, pour les replanter au même endroit ! ».

 

Le cabinet du ministre : « Ah, prenez garde, barrière ! ».

 

Medeiros : « Des Roms, des Roms ! ».

 

Le perroquet : « A Rome, A Rome ! ».

 

Stauffer : « A Naples, A Naples ! ».

 

Le ministre: "Il n'y a jamais eu de ruisseau. Jamais d'eau. Juste l'âme, chancelante, d'un héron".


Le perroquet : « D'un nez rond ! D'un Néron ! D'un Néron ! ».

 

Rideau.

 

 

 

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Dominique Louis, magnifique serviteur de l'Etat

 

Sur le vif - Jeudi 08.12.11 - 11.02h

 

A lire, ce matin, le beau portrait, en page 40 de la Tribune de Genève, de l'un des plus remarquables serviteurs de l'État: Dominique Louis. Cet homme de foi, de don de soi et d'engagement va bientôt prendre sa retraite. Je le connais depuis si longtemps, à vrai dire depuis l'époque où, magnifique capitaine, il commandait, avec une classe et une civilité peu coutumières dans l'armée suisse, une compagnie du régiment d'infanterie 3. Cela fait une trentaine d'années, sous la neige du Val de Travers. Je l'avais vu. Je m'étais simplement dit: "Celui-ci est un homme". Le Canton de Genève ne retrouvera pas de sitôt un serviteur aussi loyal et aussi brillant, tout à la fois.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/12/2011

Un Allemand dans le siècle

 

Lundi 05.12.11 - 09.02h

 

Prodigieux Helmut Schmidt! J'ai écouté hier soir, sur une chaîne allemande, l'intégralité de son discours face à son parti, le SPD, sur la situation en Europe. 93 ans le 23 décembre prochain, l'ancien chancelier SDP d'Allemagne fédérale (1974-1982) s'exprime dans une chaise roulante, mais avec une lucidité et une énergie phénoménales. Né quelques semaines après la Révolution allemande de novembre 1918, officier de DCA pendant toute la Seconde Guerre mondiale, cet Allemand d'exception a traversé le siècle.

 

En avril 1999, avec mon regretté confrère Pierre-André Stauffer, j'étais allé l'interviewer chez lui, à Hambourg, au sommet de la tour de "Die Zeit", avec vue sur le port. Pendant deux heures d'une incroyable intensité, avec son accent hanséatique, en fumant et en chiquant, il nous avait raconté le siècle. Souvenir saisissant. Inoubliable.

 

Pascal Décaillet

 

09:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/12/2011

Angela 1ère

 

Sur le vif - Dimanche 04.12.11 - 14.24h

 

Chancelière d'Allemagne fédérale, ce qui n'est déjà pas un petit pouvoir, Angela Merkel, en donnant à ses voisins et partenaires de l'UE des diktats sur la manière dont ils doivent gérer leurs budgets et diriger leurs politiques, se comporte comme la patronne de l'Europe. Relent de Saint-Empire, où un primus inter pares, par des Princes électeurs, détenait l'ultime arbitrage.



Cette structure, en 1806, fut abolie. A quelques reprises dans le siècle et demi qui a suivi, le monde germanique a tenté de la réinstaller. Les socialistes français, à commencer par Montebourg, ont parfaitement raison de le rappeler. Il n'y a là nulle germanophobie, nulle résurgences de haines d'antan. Il y a juste un rappel de la souveraineté française. Au-delà, de la souveraineté des nations, jusqu'à nouvel ordre, lequel n'adviendrait que par la volonté des peuples. Pas par l'imposition des suzerains. L'Ancien Régime, c'est fini. La République souveraine, laïque, la nation voulue et constituée par le peuple, tout cela a encore beaucoup d'avenir.

 

Pascal Décaillet

 

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La relève

 

Sur le vif - Dimanche 04.12.11 - 12.08h

 

Mathias Reynard, socialiste valaisan de 24 ans, le plus jeune élu du National, que nous avons reçu il a quelques semaines à "Genève à chaud", confirme dans "La Soupe" que la politique suisse a une relève. Compétent, ouvert, et en prime sympathique. Vivement que Nantermod, Kilchenmann, Romain de Sainte Marie, Murat Julian Alder le rejoignent un jour sous la Coupole! On a besoin de types avec des idées et du caractère.

 

Pascal Décaillet

 

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Feuilles mortes

 

Sur le vif - Dimanche 04.12.11 - 10.12h

 

Deux conseillers fédéraux UDC le 14 décembre: tout le monde, ou presque, est d'accord, si on maintient la clef de répartition de deux ministres pour les trois premiers partis (UDC, PSS, puis PLR ou PDC-PBD en fonction de la gonflette qu'on pourrait nous annoncer demain). Fort bien! Mais pourquoi partir de l'idée qu'il faudrait M. Rime OU M. Zuppiger? Pourquoi pas M. Rime ET M. Zuppiger? Ce qui impliquerait un détail, qui exigerait du Parlement une décision non plus sur le dosage culinaire, mais sur un bilan de compétence: virer Maurer.

 

Pascal Décaillet

 

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03/12/2011

Pierre Ronget : un archonte au Grand Conseil

 

Sur le vif - Samedi 03.12.11 - 14.39h

 

C'est un homme profondément aimable et d'une rare culture qui s'apprête à faire son entrée, en remplacement d'Olivier Jornot, au Grand Conseil. Pierre Ronget a 67 ans, et ça n'est sans doute pas à cet âge qu'il s'apprête à « entamer une carrière de dictateur ». Membre de l'exécutif de Vernier, la deuxième ville du canton de Genève, il s'était fait quelques ennemis, ce printemps, à l'intérieur de son parti, pour avoir pactisé avec la gauche, histoire de barrer la route au MCG. On apprécie ou non. Mais une chose est sûre : il serait infiniment dommage de réduire Pierre Ronget à cet épisode où peut-être, en effet, le déterminisme de la finalité l'a emporté sur le noyau dur de l'idéologie.

 

Je connais Pierre Ronget depuis plus de trois décennies, et de très chaleureux souvenirs liés à la langue grecque, la liturgie orthodoxe (l'une de ses passions), la musique, me lient à lui. Il est un ou deux domaines où nul, à Genève, ne me semble pouvoir rivaliser avec ce doux érudit, libéral par la passion de l'humain, en aucun cas par affairisme, mot d'ailleurs injustement étiqueté à Olivier Jornot. Il ne faut vraiment rien connaître à la grande Histoire de la droite, ou plutôt des droites, dans nos pays (France, Suisse romande, Italie), pour confondre celle de l'Argent, qui n'est d'ailleurs pas scélérate à tout prix, avec celle des valeurs esthétiques et morales.

 

Donc, le Grand Conseil genevois va s'enrichir d'un homme aux multiples inflexions culturelles, avec un champ de références ouvert. Cet humaniste, qui dirige un chœur liturgique à l'Eglise orthodoxe, porte le beau titre d'archonte. Ses compétences, ses capacités d'écoute et d'intelligence, il saura très vite, j'en suis sûr, les montrer à ses 99 collègues. Quant à la dimension du savoir et des références, disons que nous passerons de Quinte-Curce à Byzance. Ça n'est pas tous les jours qu'on a ce privilège.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Céline et la vulgarité du monde

 

Sur le vif - Samedi 03.12.11 - 09.33h

 

D'un papier de l'Hebdo, particulièrement machiste et détestable, publié il y a neuf jours, traitant Céline Amaudruz de "blonde", aux allusions grivoises de la page 2, à prétention humoristique, de la Feuille d'Avis Officiels bleue et payante, ce matin, certains de mes confrères ne se couvrent pas de gloire. Ces allusions anatomiques, les adresseraient-ils à un homme? Ou à une femme socialiste? Ou Verte? Ou PDC? Donnons-nous rendez-vous dans deux ans, mi-législature: et considérons le chemin qu'aura parcouru à Berne cette politicienne courageuse qui, contre vents, marées et agressions, va son chemin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/12/2011

Chiennes de la Sonde

 

Sur le vif - Vendredi 02.12.11 - 16.20h

 

Formidable nouvelle: la SSR continuera de publier les sondages GfS ! C'est sympa, parce que ça donne beaucoup de sous (de nos redevances) aux sondeurs. Beaucoup de sondes dans les choux. Beaucoup d'ondes dans l'égout. Beaucoup de coûts pour le monde. Ça sublime l'erreur, ça magnifie l'errance, ça dilate la trop glaciale vérité mathématique. Ça frelate l'opinion. Ça dévie, ça distorsionne. Surtout, ça nous fait tellement rire. Elle est chienne, la vie, mais si belle.

 

Pascal Décaillet

 

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01/12/2011

Christa Wolf, Cassandre allemande

 

Jeudi 01.12.11 - 15.55h

 

J'apprends à l'instant. avec beaucoup de tristesse, le décès de Christa Wolf. Je re-publie ici le texte que j'avais rédigé dans l'Hebdo du 1er juin 2000 sur cet immense auteur, auquel nul germaniste ne peut demeurer indifférent. Je pense à ceux qui m'ont ouvert à la littérature allemande: Bernard Böschenstein, principalement. Bon après-midi à tous.

 

 

C'était au printemps 1987, au Théâtre de Poche de Genève. Qui de nous, même parmi les plus germanophiles, avait seulement entendu parler de Christa Wolf? C'était une première mondiale, sous la direction de Martine Paschoud, la femme qui nous aura ouvert les yeux sur les créateurs de langue allemande les plus contemporains: Heiner Müller, Thomas Bernhard, Matthias Zschokke, Thomas Hürlimann. Des Allemands de l'Est, des Autrichiens, des Suisses... Mais Christa Wolf restait pour nous un mystère, jusqu'à ce soir de 1987 où nous vîmes «Cassandre». Une polyphonie de voix féminines, celles d'Hélène Firla, Heidi Kipfer, Catherine Sumi, Germaine Tournier.

 

Le monologue de Cassandre: l'un des plus beaux récits de l'Antiquité revisité, six ans avant la chute du Mur (1983), en pleine période de SS-20 et de Pershings, par une écrivaine est-allemande de génie. Ce texte est un choc, cette prémonition de la logique de guerre n'est ni de Troie ni de Mycènes, mais de toutes les époques, c'est-à-dire d'aujourd'hui. Il aurait pu, tout autant, se prononcer en janvier 1991, juste avant l'agression du Yankee Bush contre l'Irak (suivie d'une décennie d'embargo où meurent des enfants), ou en avril 1999, avant celle du Yankee Clinton contre la Yougoslavie. Etre dans son époque, viscéralement, tout en feignant d'y échapper par un recours aux mythes grecs, c'est, depuis Goethe et Kleist, l'une des grandes spécialités de la littérature allemande: c'est dans cette filiation, portée à son sommet par l'«Antigone» de Brecht, que s'inscrit Christa Wolf. Une étoile, en cette nuit printanière de 1987, était née à nos coeurs.

 

Avec «Ici même et autre part», revoilà Christa Wolf. Une vingtaine de brefs récits, comme une promenade dans l'histoire allemande de ce siècle dont l'auteur, née en 1929, aura vécu les moments les plus douloureux. On ne peut s'empêcher de penser au dernier livre de Günter Grass («Mon siècle»), mais là, chez Wolf, nulle chronologie, nul fil du temps, seulement le cours du récit. Retours sur «Cassandre» et sur «Médée», hommages à Grass et Böll, et surtout à Heiner Müller, sous la forme d'un superbe texte, d'une page et demie seulement, rédigé au moment où Christa Wolf apprend son décès («Nommer une perte», page 87): «La bataille qu'il déplaçait au dehors, la portant sur la scène en de monstrueux événements, elle faisait rage aussi dans son corps, qui finit par céder.»

 

Professeurs d'allemand, niveau matu, s'il vous plaît, faites lire Christa Wolf et Heiner Müller à vos élèves. Dites-leur que l'Allemagne de l'Est, phagocytée à coups de capitaux par l'euphorie kohlienne, ça n'était pas seulement la Stasi, mais aussi une certaine idée de la culture, encouragée par l'Etat. Avec, sans doute, ce que cela put avoir de pire. Mais aussi, avec le Berliner Ensemble, Brecht, Heiner Müller, Christa Wolf, qui sont parmi les plus grands, non pas de l'Est, mais de la littérature allemande, tout court.

 

Pascal Décaillet

 

*** «Ici même, autre part». De Christa Wolf. Traduit de l'allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein. Fayard. 205 pages

 

 

 

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Aube fatale

 

Sur le vif - Jeudi 01.12.11 - 09.07h

 

Je demande ici l'instauration d'un peloton d'exécution, commandé par le capitaine Maudet, pour Sandrine Salerno. L'infâme a eu l'outrecuidance de donner à Hervé Loichemol, directeur de la Comédie, son avis sur Cantat. Aux tambours, pour le roulement final, il y aura toutes les grands âmes cagoulées de la République. Parfumées. Poudrées. Grenadiers d'Empire, vêtus du noir colback. Raides. Tiens disons même roides. Nuques en érection. Sublimes de silence. En attendant l'éclat salvateur: "Sandrine a expié". Rideau.

 

Pascal Décaillet

 

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30/11/2011

Indignés : bravo, Maudet !

 

Sur le vif - Mercredi 30.11.11 - 16.01h

 

C'est une excellente décision, claire et courageuse, que vient de prendre le Maire de Genève, Pierre Maudet, à propos des « Indignés », qui campent aux Bastions. Voilà un mois et demi que ce mouvement a pris possession de ce parc du centre-ville, près de l'Université. Une occupation tout simplement illicite, si on veut bien - pardonnez l'infâme vulgarité de la démarche - se placer dans la perspective du respect des lois.

 

Pierre Maudet ne condamne pas le mouvement, ne se prononce pas sur ses objectifs, il demande simplement le respect de certaines règles. La Course de l'Escalade approche : elle implique d'élémentaires mesures d'hygiène et de sécurité publiques. Par exemple, Maudet demande aux « Indignés » de se redimensionner dans un périmètre limité, et de retirer leurs baraquements et tentes inutilisés.

 

Alignés sur la mode du temps (surtout ne pas se mettre à dos ce mouvement tellement tendance), ses quatre collègues de gauche continuent d'autoriser l'occupation du terrain, « sans restriction de périmètre, ni de durée ». Dans ces conditions, Pierre Maudet se dessaisit du dossier. Il fait prévaloir le respect de l'Etat de droit. Il a mille fois raison. Il renvoie ses chers collègues à leurs responsabilités. Il y a des moments où la collégialité, je ne vous dis pas ce qu'on en fait, mais vous l'aurez aisément deviné. Bravo, Monsieur le Maire. L'immense majorité de l'opinion publique est avec vous.

 

Pascal Décaillet

 

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