09/02/2014

Le pays réel

 

Sur le vif - Dimanche 09.02.14 - 16.24h

 

Contre le Conseil fédéral, contre le Président de la Confédération, en campagne dès son discours du Nouvel An, contre la majorité de la classe politique suisse, contre l’immense majorité des médias, et notamment la campagne d’obédience de la SSR, contre la propagande d’enfer du PLR et du patronat, le peuple suisse a parlé. Il ne s’est pas laissé impressionner. Il a écouté sa petite voix intérieure. Et, souverainement, il a tranché.

 

Cette votation restera dans les annales. Non seulement parce qu’elle redéfinit nos critères en matière d’immigration. Mais surtout, parce qu’elle inverse, au sein de la droite suisse, le rapport de forces entre les adeptes du libre-échange absolu et ceux d’un contrôle des flux. Au sein de la gauche, elle redéfinit les forces entre les bobos et les réalistes, à l’instar de nos compatriotes tessinois, livrés de plein fouet aux mouvements migratoires lombards. Du Sud des Alpes, ils nous disent qu’ils sont Suisses. Ils nous disent qu’ils ont une autre ambition qu’être une simple banlieue de Milan. Et nous devrions, nous leurs compagnons de destin à l’intérieur de ce pays que nous aimons, demeurer sourds à leur appel ?

 

Il ne s’agit pas, nous le répétons ici depuis le début, d’une votation contre les étrangers. Ils ont contribué à faire ce pays, et nous aideront encore demain. Nous leur disons notre estime et notre respect. Nous avions juste à choisir, comme l’immense majorité des pays qui nous entourent, à l’issue d’un vaste débat populaire, une certaine régulation, dont le champ d’application demeure à préciser, pour nos flux migratoires. Il n’y a là rien de xénophobe, rien de scélérat. Juste la décision de remettre la politique au milieu du village. Le primat du peuple souverain, et des cantons, face à une jungle laissée, pendant une décennie, à la seule merci de milieux de l’économie dont certains ont trop profité, pratiquant la sous-enchère. Ils en récoltent  aujourd’hui la sanction.

 

Ce 9 février 2014 marque aussi le grand retour d’un homme que trop de monde a cru bon d’enterrer un peu trop vite : il s’appelle Christoph Blocher, il a 73 ans, il fut conseiller fédéral avant d’être éjecté du Collège par un pronunciamiento que nous dénoncions ici le jour même, en décembre 2007.  Ce retour déplaira à nombre de beaux esprits. Tout comme le scrutin d’aujourd’hui. Tout comme le pays réel, lorsqu’il s’oppose au pays légal. Oui, je sais le champ de références historiques de ces deux mots. Je les assume. En demeurant plus que jamais, pour ma part, à l’intérieur d’une démocratie que j’aime et dont je ne souhaite que la vivacité créatrice. Là où les corps intermédiaires s’endorment, que la démocratie directe se réveille.

 

Ce pays réel, il serait souhaitable que les médias s’en soucient un peu plus. Lui prêtent d’avantage l’oreille. Au lieu de le bouder, de haut, là où ne règnent que les mondanités où l’on s’acoquine avec les puissants. Un peu plus de solitude, de courage, dans ce monde des éditorialistes de Suisse romande, n’eût pas été de trop. Oui, ce pays réel, il faudra peut-être lui tracer une voie et lui donner des voix. Ce sera l’une des conséquences de la Suisse recomposée par le scrutin historique de ce dimanche 9 février 2014. Dans cet enjeu, je n’ai pour ma part nulle intention de demeurer inerte.

 

 

Pascal Décaillet

 

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04/02/2014

9 février : ça n'est pas un combat gauche-droite

 

Sur le vif - Mardi 04.02.14 - 17.31h

 

La votation du 9 février « contre l’immigration de masse » n’est pas un combat gauche-droite. Les lignes de fracture sont ailleurs. D’abord, clairement, au sein de la droite, entre l’aile libérale, libre-échangiste, et le courant protectionniste. Et puis, il existe – ou plutôt, il devrait exister, beaucoup plus – une ligne de front interne à la gauche, entre les sociaux-démocrates, avec leurs alliés Verts, et une gauche minoritaire (sauf au Tessin !) sensible à la protection des résidents et ne croyant plus du tout aux promesses de mesures d’accompagnement. Nous parlons ici des appareils de partis, persuadés que le vote de l’électorat profond de la gauche suisse pourrait, dimanche, nous jouer quelques tours.

 

A droite, la ligne de fracture est claire. Entre deux univers parfaitement respectables, les libéraux et les « nationaux ». Deux mondes qui se rejoignent sur la sécurité, les finances publiques, la fiscalité, ce qui est déjà énorme. Mais qui différent sur l’idée de frontière, celle de souveraineté, la protection de l’emploi pour les résidents, le statut spécial de l’agriculture, l’usage de la démocratie directe. Contre la gauche, dans les cantons et au niveau fédéral, ils s’allient la plupart du temps. Mais sur les thèmes où ils divergent, la bataille est toujours très rude. Parce qu’elle engage le pays, son indépendance, son rapport à l’étranger, toutes choses qui remuent les âmes des patriotes que nous sommes tous. Car de gauche ou de droite, libéraux ou protectionnistes, nous sommes tous enfants d’une même matrice. Pour y être nés, ou pour l’avoir choisie, ou pour en avoir un jour été adoptés, peu importe.

 

A l’intérieur de la droite, celui qui gagnera la bataille du 9 février prendra une option sur l’avenir de la politique suisse. C’est le rapport de forces entre ces deux courants d’une même famille qui, pour les années qui viennent, se joue. Cela n’est donc pas rien. En précisant que nulle victoire – dans un sens comme dans l’autre – ne saurait se construire sur l’humiliation de l’adversaire. Le 9 février au soir, il faudra, de part et d’autre, que des mains sachent se tendre à d’autres mains. C’est cela qui a fait notre pays. Cela, dès le lundi 10 février, qui doit demeurer.

 

Pascal Décaillet

 

17:31 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/02/2014

Mesures d'accompagnement : l'Arlésienne de la droite libérale

 

Sur le vif - Lundi 03.02.14 - 13.14h

 

A quelques jours du verdict du peuple et des cantons, le camp du non semble pris de panique. Il a d’ailleurs tort, car rien n’est joué, ni dans un sens ni dans l’autre, et je serais totalement incapable de vous livrer le moindre pronostic. Il panique, un peu à cause de la deuxième vague de sondages, mais surtout parce qu’il commence à se rendre compte de la faiblesse et des limites de son argumentaire. Passons sur le grief de « xénophobie », nous l’avons maintes fois démonté, il est hors-sujet, et les leaders du camp du non le savent très bien. Lisons le texte : il s’agit de contrôler les flux migratoires, nulle déconsidération de l’étranger en tant que tel ne s’y trouve. Mais venons-en à cette rengaine qui n'en peut plus de nous brandir l'épouvantail d'une « fermeture des frontières ». Où ont-ils lu cela ? Nulle fermeture, juste une régulation.

 

Les citoyennes et citoyens de notre pays sont des gens parfaitement intelligents. Ils savent lire. Ils font la différence entre fermeture et régulation. Ensuite, on peut contester le principe même de régulation, notamment l’idée de contingents, et c’est précisément sur cela qu’aurait dû porter le débat. Il n’y est venu que fort tard, une fois évaporés dans l’éther les premiers argumentaires, qui n’avaient simplement pas la solidité nécessaire pour tenir. Oui, les opposants se sont trompés de campagne. Oui, ils ont englouti des millions à mauvais escient. Beaucoup d’entre eux, à qui je parle, le reconnaissent d’ailleurs.

 

L’opposition de gauche s’étant évanouie (vous allez voir, le nombre de gens de gauche qui vont voter oui, et pas seulement au Tessin), demeure la seule vraie ligne de force du camp du non : le PLR, avec ses alliés les patrons, ou plutôt un certain patronat, parce qu’il sera, dans les analyses VOX, diablement intéressant de jauger le vote des tenanciers de PME, et même du gros des troupes de l’USAM. Le grand patronat, donc, celui qui met les millions dans les pages complètes de vos journaux, ainsi que le Conseil fédéral, ainsi que les conseillers d’Etat PLR, ne cessent de nous dire que dès le lundi 10 février à 8 heures du matin, ils se mettront au boulot pour les mesures d’accompagnement. Et là, ça va barder ! On va voir ce qu’on va voir ! Pierre Maudet, premier flic de Genève et bizarrement aussi ministre de l’Economie, nous promet, tambour battant, un contrôle généralisé de toutes nos entreprises.

 

Je ne doute pas de la sincérité de Pierre Maudet. Mais ce camp du oui, celui de la droite patronale, la droite de l’Argent, on a quand même envie de lui dire que les mesures d’accompagnement, ça fait dix ans qu’ils pouvaient s’en occuper. Depuis l’entrée en vigueur des bilatérales ! Or, le collègue de parti et de Conseil d’Etat de Pierre Maudet, le PLR François Longchamp, qui fut six ans (de 2005 à 2012) aux Affaires sociales, qu’a-t-il concrètement fait dans ce domaine ? A la vérité, ce conseiller d’Etat a soutenu à fond l’idéologie du libre-échange, la libre circulation sans entraves, sans compter l’apologie du Grand Genève. Alors, venir maintenant nous promettre des contrôles draconiens, dès le 10 février, sur le marché du travail, désolé Messieurs, mais c’est un peu tard. Les syndicats, la gauche, mais aussi la droite protectionniste, les réclament depuis une décennie. Pendant ces dix ans, vous n’avez pas bougé. Vous avez, tout au plus, fait semblant. Il faudra sans doute, le 9 février, en payer le prix.

 

Pascal Décaillet

 

13:14 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/02/2014

9 février : l'auto-goal de Mme Calmy-Rey

 

Sur le vif - Dimanche 02.02.14 - 14.53h

 

Je me souviens comme d'hier de ce 18 mai 1992. J'étais correspondant de la RSR au Palais fédéral. Nous avions à l'époque nos bureaux juste sous la Coupole du Palais fédéral, donc en trente secondes nous étions au Conseil national ou au Conseil des Etats, pour discuter avec les politiques. Je me souviens du nom de mon confrère de DRS qui avait sorti le scoop à l'émission "Rendez-vous am Mittag": il s'appelait Ruedi Maeder.



Le scoop, c'était la demande d'adhésion de la Suisse à ce qu'on appelait encore la Communauté européenne. A six mois de la votation du siècle, celle sur laquelle nous étions déjà tous, l'Espace économique européen (6 décembre 1992) !



Si le Conseil fédéral avait voulu saper la votation sur l'EEE, il ne s'y serait pas pris autrement. Deux semaines avant ce 18 mai 1992, je m'étais rendu à Porto, avec Delamuraz et toute une cohorte de gens, pour le paraphe officiel de l'EEE. Les esprits étaient bien tournés, y compris en Suisse, en faveur de l'Accord. Nous pensions que la confirmation par le peuple, le 6 décembre suivant, ne serait qu'une formalité. Nous eûmes tort.



Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'en demandant l'adhésion à six mois de la votation sur l'EEE, le Conseil fédéral de l'époque a commis une erreur stratégique majeure. Il a braqué tous ceux qui, favorables à un Accord strictement économique, ne voulaient pas entendre parler d'une entrée de la Suisse dans la Communauté européenne. Du coup, ils ont voté non à l'un pour éviter qu'on ne se précipite vers l'autre.



En ce dimanche 2 février 2014, vingt-deux ans plus tard, en lisant les propos de Micheline Calmy-Rey dans le Matin dimanche, où elle envisage la piste de l'adhésion à une semaine d'une votation très fragile pour les deux camps, très serrée, où il est question de nos relations avec Bruxelles, je ne puis exclure qu'elle commette un auto-goal aussi phénoménal que celui du Conseil fédéral, ce 18 mai 1992.

 

Comme partisan du oui, je l'en remercie très chaleureusement.

 

Pascal Décaillet

 

14:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Imprimer |  Facebook | |

9 février : le Manuel des Castors Juniors

images?q=tbn:ANd9GcQ0pliMq8MVBYG59X5a5QHgpuLRCag11OPFeVj9bd8EL4sL9C1K 

Sur le vif - Dimanche 02.02.14 - 10.45h

 

Et ça continue ! L'édito du Matin dimanche obéit exactement aux consignes de bricolage que nous dévoilons et décryptons ici depuis des semaines: il commence par nous dire à quel point l'immigration massive pose un problème à notre pays. En termes de démographie galopante, étouffante même, de voies de communication bondées, de logement, et même de paysage. Mais immédiatement, dans une seconde partie, il nous dit qu'il ne faut surtout pas voter cette initiative.



Ils auront, pendant toute la campagne, tous éditorialisé de la même manière. Même structure. Même grammaire des arguments. Même formel. Il y a un manuel du gentil commentateur, chez Tamedia ou Ringier ? Comme chez les Castors Juniors ? Avec thèse, antithèse, synthèse, et un sirop pour ceux qui appliquant au mieux la formule, feront le plus plaisir à leurs patrons ?



Et ici, nous n'aurons cessé de leur répondre: puisque vous partagez le diagnostic, et que ces flux migratoires excessifs depuis dix ans vous inquiètent sérieusement, plutôt que de vous contorsionner à n'en plus finir, faites-vous du bien. Respirez un bon coup. Emplissez vos poumons d'air frais. Détendez-vous. Et votez oui.

 

Pascal Décaillet

 

10:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

31/01/2014

Presse romande : une uniformité hallucinante

Vendredi 31.01.14 - 19.22h

 

J'ai plaisir à vous proposer, ci-dessous, le lien de l'interview que j'ai donnée à mes confrères du site en ligne "Les Observateurs". Je vous en souhaite une bonne écoute.

 

http://www.lesobservateurs.ch/2014/01/31/pascal-decaillet...

 

19:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

9 février : les fruits du mirage

 

Sur le vif - Vendredi 31.01.14 - 13.03h

 

Plus le grand patronat et ses affidés nous répètent (ils ne savent dire que cela) que les bilatérales ont dopé la croissance, moins les gens les écoutent. Pour une raison simple: s'il est vrai que cette dernière décennie fut de belle conjoncture, le grand public aimerait bien savoir à qui ces années de vaches grasses ont profité en priorité. Aux grands patrons, c'est sûr. A leurs valets, sans doute aussi. Mais la répartition de cette richesse a-t-elle vraiment atteint les strates les plus modestes de la population ?



A la vérité, on a privatisé les bénéfices, comme toujours. Ce fameux boom migratoire, on l'a utilisé pour s'enrichir en haut lieu. On a commis l'IMMENSE erreur de faire du profit sans faire du social. On a mondialisé les rêves d'enrichissement, là où il fallait se soucier d'ECONOMIE NATIONALE et de répartition des richesses. On a rêvé d'une jouissance spéculative sans entraves, en foulant au pied des frontières auxquelles la population est infiniment plus attachée qu'on ne le croit. Il y a, dans les contours d'un pays, jusqu'à sa forme, une puissance sentimentale et un lien viscéral qu'on aurait tort de sous-estimer.



Aujourd'hui, la frontière se rappelle à notre bon souvenir. Tout comme, à l'intérieur d'un pays qu'ils aiment, les oubliés de cette "croissance des bilatérales". Parce qu'ils auraient bien aimé toucher, eux aussi, quelques modestes dividendes de cet eldorado passager. Les fruits du mirage, en quelque sorte.



Et si on réinventait, à l'intérieur de nos frontières, tout en maintenant d'excellentes relations avec nos voisins, l'idée de fraternité nationale ? Elle passe par un Etat fort, des assurances sociales publiques et efficaces. Elle n'appartient ni à la seule gauche, ni à la droite. Elle devrait être notre trésor commun. Lorsque nous aurons donné une leçon à l'arrogance et au Veau d'Or de l'Argent facile.

 

On pourrait y penser à partir du lundi 10 février, au réveil.

 

Pascal Décaillet

 

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Nos âmes rebelles

 
Sur le vif - Vendredi 31.01.14 - 10.24h
 
 
"J'appelle les Suisses à voter avec leur tête, et pas avec leurs tripes." - Johann Schneider-Ammann.

Ne craignez rien, Monsieur le Conseiller fédéral. Nous voterons juste avec nos coeurs de patriotes et nos âmes rebelles.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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30/01/2014

9 février : la campagne ratée des opposants

 

Sur le vif - Jeudi 30.01.14 - 16.12h

 

Ils ont mis des millions, une dizaine nous dit-on, et pourtant le oui monte. Ils ont tout essayé : diabolisé les partisans, dit des choses fausses sur le texte de l’initiative, tenté d’introduire la morale là où elle n’a pas lieu d’être. Et pourtant, c’est la tendance inverse à leurs idées qui progresse. Jusqu’à gagner ? Mystère. Mais elle progresse, c’est sûr. Plus ils ont noirci, insulté même parfois, les initiants, plus le oui est monté. Comme si le oui, à l’instar de ce qui se passe en judo, s’était nourri de leurs attaques, de leur énergie. Comme si le camp des initiants, rompu depuis des années à se retrouver seul contre tous, avait eu comme stratégie de laisser venir la cohorte des attaquants, parce qu’elle serait de nature à se discréditer elle-même. Si c’est cela, c’est génial.

 

Nous défendons ici, vous l’avez compris, le camp du oui. Nous étions bien seul ces derniers mois, et même encore il y a quinze jours, lors de la première vague de « sondages » Gfs-SSR. Nous avons commencé par démonter les arguments d’une gauche qui, à part au Tessin, n’a rien compris aux enjeux de cette initiative, monte dans la barque du grand patronat pour mieux se faire jeter dans l’eau glacée le 9 février au soir. Si c’est oui, ils auront tout perdu. Si c’est non, les patrons remettront aux calendes grecques les mesures d’accompagnement. Cette gauche qui, oubliant la défense des salariés suisses, s’est mise à parler de xénophobie, alors qu’il n’en est rien, creuse elle-même sa tombe par errance stratégique majeure. « La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers », stipule l’initiative, on est pour, on est contre, mais la xénophobie n’a sémantiquement rien à voir avec cela. La xénophobie est étymologiquement une peur de l’étranger, par extension elle en est le rejet, ou la déconsidération, toutes choses en effet condamnables. Là, il est juste question de gestion autonome et de régulation.

 

Autre cliché récurrent chez les opposants, ils seraient les dépositaires du discours « rationnel », les initiants étant évidemment prisonniers de « l’émotionnel ». Objectivement, dans le cas présent, c’est faux. Rien d’émotionnel dans le texte, qui propose une technique de régulation. Avec laquelle on peut être d’accord ou non. Mais une technique, c’est tout. Franchement, dans cette campagne, l’insulte, l’opprobre, la violence des arguments, je les ai plutôt trouvés chez certains opposants. Les initiants sont, dans leur écrasante majorité, demeurés calmes. Insensibles aux insultes. Concentrés sur le texte de l’initiative, les objectifs à atteindre.

 

Enfin, tous ces millions. Ils sont ceux du grand patronat, qu’on appelle bizarrement « Économie suisse », comme si un maçon, un manœuvre, un petit entrepreneur indépendant, un paysan de montagne, une caissière n’étaient, eux tous aussi, « l’économie ». Ils ont, littéralement, inondé les journaux d’annonces. Ils ont diabolisé l’initiative. Ils nous ont fait croire qu’il n’y avait pas de plan B, donc pas de choix. Cette mise sous pression insupportable, les citoyennes et citoyens de notre pays détestent cela. S’il y a vote, chacun a le droit de voter A ou de voter B. Sans qu’on l’insulte. Sans qu’on le noircisse. Sans qu’on l’humilie. Et c’est exactement à cause de cette arrogance contre-productive des opposants que le oui, ces deux dernières semaines, a pris l’ascenseur.

 

Ces gens-là, avec tous leurs millions et tout leur matraquage, sont en train de rater leur campagne. Ils n’ont mis en œuvre que la masse, comme la cavalerie à Eylau, mais sans avoir à leur tête le génie stratégique d’un Murat. Ils ont manqué cruellement de définition de la cible, d’intelligence, de talent. Cela les fera-t-il perdre ? Impossible à dire, il reste dix jours. Mais ce constat de leur arrogance et de leur faiblesse, il fallait aujourd’hui le dresser.

 

Pascal Décaillet

 

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Jouissance de la Chaire

 

Sur le vif - Jeudi 30.01.14 - 11.15h



Pour les siècles des siècles, la liturgie de la TG, face aux initiatives UDC, est, telle la Mer de Valéry, toujours recommencée. Et se termine, en Offrande, par l'édito bien en chaire de Pierre Ruetschi, ensanglantant l'autel jusques aux confins de la page 2, nous exhortant à voter non. Allez, je pourrais déjà vous composer son oraison sur Ecopop, à paraître dans quelques mois. Jouissance du Missel. Extase du prévisible.

Ite, Missa est.

 

Pascal Décaillet

 

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28/01/2014

Amour, nature, politique

 

Sur le vif - Mardi 28.01.14 - 17.43h

 

De grâce, qu'on cesse de nous parler "d'alliance contre nature", au Parlement fédéral, lorsque l'UDC et le PS mettent en minorité les PLR-PDC.

Dans un Parlement, il s'agit d'obtenir des majorités numériques. Statuer sur leur pureté naturelle est bien aléatoire. Surtout en politique suisse, où n'existent pas vraiment des fronts préétablis au sein des partis gouvernementaux ou représentés au Parlement.

Et d'autant plus quand on connaît, depuis le Sonderbund, l'Histoire du PDC et des radicaux. Mariage de raison, peut-être, sur des objets précis. Mais parler d'amours naturelles, cela présuppose que l'amour soit dans la nature. Et la nature, dans l'amour.

Bref, parler "d'alliance contre nature", c'est le cri du perdant d'un moment. C'est cela, et rien que cela.

 

Pascal Décaillet

17:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Il fait si chaud sous les jupes du convenable

 

Sur le vif - Mardi 28.01.14 - 09.47h

 

« Inquiets, nos lecteurs ne suivent toutefois pas l’UDC » : ce titre à la grande opération de propagande qu’on camoufle derrière le mot « sondage », il est tellement « Tribune de Genève » que nous aurions pu parier depuis des semaines sur son libellé. Tellement prévisibles, les agneaux !

 

Tout l’esprit, toute l’idéologie de ce journal sont là : combattre par tous les moyens le premier parti du pays et tout ce qui émane de lui, soutenir avec vassalité le PLR et le PDC, comme par hasard la majorité du pouvoir exécutif à Genève, ceux qui tiennent sans partage les organisations patronales, les cordons de la bourse, les annonces dans les journaux. Une fois de plus, se ranger derrière l’officialité au pouvoir, sous les jupes du convenable et du raisonnable, se boucher le nez dès que surgit un signal tellurique de changement, jailli du peuple.

 

Oui, tout est dans ce titre. Tout un condensé de cette rhétorique des opposants, que nous démontons ici depuis des semaines : il y a lieu d’être inquiet, nous répètent-ils, les problèmes pointés sont les bons, mais surtout ne votons pas l’initiative. Je suis malade, j’ai sous la main le bon médicament, alors bien sûr je le balance à la poubelle. Logique, non ?

 

S’ensuit une double page démonstrative, aussi propagandiste que les méthodes de la SSR lorsqu’elle publie les « sondages » de Claude Longchamp, lesquels se plantent régulièrement lors de ce genre d’initiative.

 

Que voteront les Suisses le 9 février ? À la vérité, nous n’en savons strictement rien. C’est dans l’ultime ligne droite, donc juste maintenant, que tout se joue. Face aux divisions de Panzers du grand patronat, avec leurs millions engloutis dans la campagne, les pages complètes d’annonces dans les journaux, les services de propagande du Conseil fédéral dont l’administration a camouflé le vrai problème de la pression migratoire en Suisse, nos concitoyens sont des hommes et des femmes libres.

 

Ils voteront ce qu’ils voudront. Telle est la puissance de notre système suisse, où l’intime conviction du citoyen, ou de la citoyenne, ne s’en laisse conter par personne. Telle est la beauté de notre démocratie : les propagandes font fureur, c’est le jeu, mais le souverain vote en conscience. Pour notre part, quelle que soit l’issue du verdict, nous l’accepterons. Dans tous les cas, le problème d’un excès des flux migratoires sur la Suisse demeurera : il faudra bien, un jour ou l’autre, lui trouver des solutions.

 

En attendant, laissons dormir les sondages : ils sont à la démocratie ce que néant est à la vie : juste un désir de non-être et de dilution du réel, comme un cauchemar d’hiver. Il fait si chaud, à la rude saison, sous les jupes du convenable.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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27/01/2014

Oui avec le coeur, non avec la tête

 

Sur le vif - Lundi 27.01.14 - 10.16h

 

Oui, la Suisse a largement sous-estimé la vague migratoire de ces dernières années, oui il y a problème, mais surtout n’en profitez pas, bande de garnements, pour voter oui le 9 février : voilà ce qu’à sa manière – un rien plus ampoulée – nous dit ce matin le Temps, le journal dont la survie est défendue par toute l’officialité libérale suisse ainsi que les traditionnelles cigales hallucinées des cocktails. Le journal des patrons. Le journal « de l’économie ». Le journal des gens convenables.

 

Cette rhétorique des opposants, je la décortique ici depuis des semaines : donner (presque) entièrement raison aux initiants sur le diagnostic, mais surtout ne pas leur en donner acte le 9 février. Puisqu’ils sont le diable. Cet argumentaire de sophistes, la quintessence nous en est offerte par mon confère Sylvain Besson, dans l’éditorial du Temps, ce matin : « L’immigration européenne se poursuivra. Dans un pays aussi exigu que la Suisse, les limites de cette croissance se feront sentir tôt ou tard. Le problème n’est pas de la stopper, mais de l’encadrer pour que ceux qui habitent la Suisse aujourd’hui continuent de s’y sentir bien. »

 

« Le problème n’est pas de la stopper, mais de l’encadrer ». Mais, Cher Confère, c’est EXACTEMENT, LITTÉRALEMENT ce que propose l’initiative. Lisons-en le texte : il n’est pas écrit une seule seconde qu’il s’agisse de fermeture des frontières, mais de régulation des flux migratoires. RE-GU-LA-TION. Tout pays en a le droit. Nos voisins, d’ailleurs, ne s’en privent pas. Les opposants sont comme le Cancre de Prévert : ils disent non avec la tête, mais ils disent oui avec le cœur.

 

Alors, puisqu’il s’agit « d’encadrer » les flux migratoires (80'000 personnes par an) « pour que ceux qui habitent la Suisse d’aujourd’hui continuent de s’y sentir bien », il existe le 9 février une solution plus droite, plus claire, plus simple et infiniment moins contorsionnée que les postures rhétoriques des opposants : voter oui.

 

 

Pascal Décaillet

 

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20/01/2014

9 février : ils disent tous la même chose !

 

Sur le vif - Lundi 20.01.14 - 10.40h

 

Dans le Matin, dans le Temps, dans la Tribune de Genève, exactement la même rhétorique. Trois journaux, une seule ligne: celle du Conseil fédéral, du PLR et du patronat. La similitude des arguments est tellement hallucinante qu'elle devrait constituer un cas d'école, à étudier dans les cours de journalisme.


Dans ces trois journaux, dont deux sont aux mains des mêmes maîtres, et le troisième un peu aussi, que nous dit-on ? Qu'il ne faut surtout pas voter l'initiative de l'UDC, mais qu'elle soulève les bonnes questions. Il ne faut surtout pas la voter, mais il est vrai que la Suisse a un problème avec son immigration. Surtout pas la voter, mais le problème désigné par l'UDC est réel. Surtout pas la voter, mais le Conseil fédéral a tardé à prendre des mesures de compensation en faveur des résidents sur le marché du travail. Surtout pas la voter, mais nos autorités devront aller encore beaucoup plus loin.



Trois journaux, une seule et même vision. Trois journaux, la même doxa. Trois journaux au service des mêmes milieux. Trois journaux qui n'osent surtout pas s'en prendre au Conseil fédéral, ni au grand patronat. Trois journaux qui nous disent exactement la même chose. Et Nicolas Dufour, dans le Temps, qui se permet, d'une chiquenaude, de traiter de "mesquinerie" la position des partisans. Ils ont raison, mon bon Monsieur, mais ils ne faut surtout pas voter pour eux, car ils sont fondamentalement mesquins. Mais nous, qui sommes des esprits supérieurs, que rien ne peut ravaler à la mesquinerie, nous devons comprendre ce qu'il y a de bon chez ces brutes, sans pour autant leur donner raison.



Eh bien moi je dis qu'il y en a marre. Marre de cette grisâtre uniformité de la presse en Suisse romande. Et, tandis qu'une formidable Nickellerie Pédestre, emmenée par un ancien conseiller d'Etat genevois, nous promet de sauver le Temps (traduisez, le maintenir en mains bien obédientes, bien patronales et bien libérales), l'heure sonne, au contraire, à la genèse en Suisse romande d'un journal traduisant d'autres valeurs que celle de l'alignement, d'autres postures que celle de la génuflexion, d'autres modèles que celui de l'argent facile et de la spéculation. Et, pourquoi pas, se mettre un peu à l'écoute - la vraie, pas la simulée, M. Dufour - des Gueux et des Mesquins, des Oubliés et des Laissés pour compte.

 

Allez, disons-le: un journal à la fois conservateur et profondément social, aimant les gens, fuyant les mondanités, joyeux et populaire, où la plume serait reine, l'audace encouragée. Un condensé de noires solitudes et de désespérances, avec entre les auteurs un seul lien: celui du regard assumé, et de l'écriture souveraine.

 

Pascal Décaillet

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19/01/2014

Merci, Viviane ! Nous vous aimons !

 

Sur le vif - Dimanche 19.01.14 - 16.02h

 

Votation du 9 février sur l'immigration de masse: à ce jour, il manquait encore un petit déclic pour galvaniser le camp du oui.


Avec l'intervention, toute de morgue et d'arrogance, de la Commissaire européenne Viviane Reding, c'est maintenant chose faite. On voit comment l'Union européenne traite les choix souverains des nations. Le corps électoral du 9 février, en Suisse, appréciera.



Merci Viviane. Et surtout, continuez. C'est comme cela que nous vous aimons.

 

Pascal Décaillet

 

16:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/01/2014

Nous sommes tous des Tessinois

 

Sur le vif - Samedi 18.01.14 - 17.42h

 

Genève s’intéresse au Tessin, et le Tessin s’intéresse à Genève. Avant-hier, je donnais une interview à mes amis du Giornale del Popolo, dont je suis chroniqueur politique depuis des années, sur les possibles similitudes entre les deux cantons dans le vote du 9 février prochain sur l’immigration de masse. Si je prévois un oui très large au Tessin, il me semble tout de même que Genève refusera l’initiative. Et puis, ce matin, très bonne page 3 dans la Tribune de Genève (et 24 Heures), sur la situation du Tessin, soumis à une pression migratoire très violente de la part de la Lombardie : soixante mille frontaliers, soit un travailleur sur quatre, et un taux de chômage de 4,9%. Ça ne vous rappelle rien ?

 

 

Le Genevois qui lit cette page 3, il pense à qui ? Aux Tessinois ? Oui, sûrement. Mais évidemment, par effet de miroir, comment pourrait-il ne pas songer à lui-même ? Pression migratoire, frontière, chômage, voilà des mots qui lui parlent. Bien sûr, nous ne votons pas le 9 février sur l’idée de frontière, enfin pas officiellement. Nous votons sur une régulation des flux migratoires. Nous ne votons pas sur les frontaliers, mais bien sur les personnes qui viennent s’établir en Suisse : quelque 80'000 par an depuis l’entrée en vigueur des bilatérales. C’est beaucoup.

 

 

Nous ne votons pas sur la frontière, mais le grand retour de cette notion que des générations de libéraux-libertaires, tout occupés à la mondialisation, ont voulu diluer, occupera puissamment les esprits. Oui, le Tessin et Genève figurent dans les cantons exposés. En termes de front, on appelle cela la première ligne. Comme par hasard, c’est au Tessin et à Genève que prospèrent des partis, Lega ou MCG, thématisant la notion de frontière.

 

 

Je continue de penser que Genève rejettera l’initiative, et n’émets aucun pronostic sur le résultat final suisse. Parce que notre gauche à nous, avant tout les Verts mais aussi une partie des socialistes, demeure bizarrement acquise au libre-échangisme sans entraves. Que ce principe n’ait enrichi que les plus puissants, généré une sous-enchère éhontée (et qu’ils devraient être les premiers à condamner) ne semble pas les rebuter. Comme s’ils demeuraient envoûtés par un libéralisme ultra qui a fait faillite, et dont une partie croissante de la droite se détourne. Au Tessin, on est moins bobo :Verts et socialistes soutiennent l’initiative.

 

 

Genève et le Tessin : beaucoup de points communs. Il sera passionnant, au soir du 9 février, d’observer, canton par canton, et même district par district, comment la Suisse aura voté. Genevois et Tessinois seront sous les projecteurs. Comme ils sont, aujourd’hui, en première ligne du front migratoire.

 

 

Pascal Décaillet

 

17:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

Mehr Demokratie in ARENA als in INFRAROUGE

 

KOMMENTAR - Pascal Décaillet - Samstag, den 18.01.14 - 15.09 Uhr



Ich habe gerade die Arena Sendung von gestern abend angesehen, über die Abstimmung vom 9. Februar (Massenmigration). Bundesrätin Simonetta Sommaruga und Walliser Regierungsrat Jean-Michel Cina im Lager der Gegner. Gegenüber: Schaffhauser Ständerat Thomas Minder (ja, DER Minder) und SVP Fraktionschef Adrian Amstutz. Viele Leute im Hintergrund, unter denen meine Kollegin Ariane Dayer. Frau Sommaruga war nicht allein, nicht königlich gestellt, wie Herr Burkhalter in Infrarouge: sie war mitten in der Debatte, was ganz normal ist. Sie war eine, unter anderen. Vasall vor der Macht ist man wahrscheinlich weniger bei DRS als bei den Welschen. Es herrscht mehr Demokratie in ARENA als in INFRAROUGE.



Die Debatte ist klar und interessant gewesen, Frau Sommaruga verteidigt die Stellung des Bundesrats mit Respekt und Klasse. Aber einen unvergleichbaren Vorteil haben die Pro-Initiative: sie erwähnen, und erwähnen noch (jedesmal wenn sie das Wort haben) den Vorrang der völkischen Entscheidung, in der Schweiz, über administrative Verträge mit UE. Zuerst das Volk, erinnert noch und noch Amstutz, dann das Parlament, endlich die Exekutive.



In diesem Sinne betrachte ich sie als Sieger. Dem Volke haben sie direkt gesprochen. Dem Volke, und nicht nur der politischen Klasse. Dem Volke, in seiner Souveränität. Dem Volke, in seinem Stolz. Dem Volke, als Entscheider unseres Schicksals. Schon überzeugt war ich ja vorher, Sie hatten das durschschauen können, wenn Sie mich manchmal, hier oder anderswo, lesen.

 

Manchmal werde ich hier, wenn ich über ein bisschen Zeit verfüge, einige Zeilen für meine deutschsprachigen Freunde schreiben. Wenn sie mir natürlich die Armut meiner Ausdrücke verzeihen möchten.



Pascal Décaillet

 

15:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/01/2014

9 février : il suffit de voter oui

 

Sur le vif - Jeudi 16.01.14 - 17.40h

 

Un sondage Gfs-SSR dont la légendaire crédibilité ne nous arrachera, tout au mieux, qu’un sardonique éclat de rire. Un matraquage hallucinant des milieux patronaux, que bizarrement dans notre pays on appelle « les milieux de l’économie », comme si un ouvrier, une caissière, un paysan de montagne, un petit indépendant ne participaient pas pleinement, eux aussi, à notre économie nationale. Des dizaines de millions jetés dans la campagne du non. Un président de la Confédération ayant annoncé dès le 1er janvier qu’il serait le commis-voyageur en chef des opposants, menant la charge tambour battant, Matinales par ci, Infrarouge par-là, et ayant de surcroît le culot de déclarer qu’il ne faisait pas campagne. On pensait que tout cela suffirait à définir la machine de guerre du non à l’initiative « contre l’immigration de masse », sur laquelle nous votons le 9 février.

 

Eh bien non. Cela ne suffisait pas. Il aura encore fallu qu’hier, un Conseil fédéral bien nerveux vînt nous fourguer in extremis, à trois semaines du verdict du peuple et des cantons, des mesures d’accompagnement qu’il aurait dû nous annoncer depuis des années, si la dérive néo-libérale et la sanctification de la libre circulation absolue, conçue comme un dogme, ne l’avaient à ce point, et depuis si longtemps, aveuglé.

 

Depuis le départ de Jean-Pascal Delamuraz (1998), le dernier grand radical, le dernier de cette famille qui fût de tempérament à se soucier en priorité de l’intérêt supérieur de l’Etat, des petites gens, de notre cohésion sociale et nationale, oui le dernier radical qui ne fût point en génuflexion devant les forces de l’Argent, le Conseil fédéral donne l’impression de n’agir qu’au service d’une économie mondialisée, où la spéculation de quelques-uns, hélas, l’emporte sur l’intérêt de tous.

 

On nous dit que la libre circulation, depuis dix ans, est un facteur de croissance. Admettons-le. Mais qui, en priorité, dans ce pays, en a profité ? Ces 80'000 nouveaux migrants par an, qui ont-ils, avant tout, enrichi ? Voter oui le 9 février, ça n’est en aucun cas fermer la porte à l’immigration. Encore moins, déconsidérer l’étranger dans une démarche de nature xénophobe. C’est juste instaurer, au service de tous, un minimum de régulation pour éviter, un jour, l’explosion par le surplus. J’ignore absolument quel résultat obtiendra l’initiative le 9 février. J’ignore si elle passera. Mais une chose est sûre : quel que soit le résultat, la Suisse devra empoigner, dans les années qui viennent, la question migratoire. Si ce n’est par des contingents (la solution de l’UDC), cela pourrait être par une typologie plus sévère des choix d’accueil, en fonction des besoins sur le marché du travail.

 

« Il ne suffit pas de voter non », titrait récemment un éditorialiste à Genève. Je suis bien d’accord avec lui : on pourrait parfaitement, par  exemple, pousser le souci de l’intérêt supérieur de notre population résidente jusqu’à voter oui.

 

Pascal Décaillet

17:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/01/2014

Didier Burkhalter : les mots de trop

 
Sur le vif - Mardi 14.01.14 - 09.27h

 

« Le Conseil fédéral ne fait pas campagne, nous expliquons les enjeux ». Invité ce matin de la RSR, le président de la Confédération, répondant à une question parfaitement légitime de mon confrère Simon Matthey-Doret, a osé. Il a eu le culot, à 07.40h, de nous faire le coup de la campagne neutre et explicative, vieille légende éculée depuis des décennies, depuis le Delamuraz du 6 décembre 1992, depuis l’Ogi de la campagne pour les tunnels alpins (1992 aussi). Il a eu le culot de nous dire cela, un matin de grande écoute de janvier 2014, et nous, citoyens, devrions demeurer sans réagir !

 

Soyons clairs. Le président de la Confédération n’est pas un eunuque. Il a parfaitement le droit, comme ses six collègues, d’entrer dans l’arène lors d’une campagne de votation. Delamuraz l’a fait, il a tout donné, jusqu’à une partie de sa santé, il a sillonné la Suisse d’un bout à l’autre pour convaincre ses compatriotes de dire oui à l’Espace économique européen. Ne parlons pas d’Ogi, la même année, qui s’est transformé en infatigable commis-voyageur du Gothard et du Lötschberg, et il a gagné. Je ne vois, pour ma part, aucun inconvénient à ce que le Conseil fédéral, face à une initiative qui finalement remet en cause sa politique, fasse campagne pour défendre son point de vue.

 

Et vous faites campagne, M. Burkhalter. Plus que tout autre. Dès le le premier jour de l’année, dans vos vœux, vous avez annoncé la couleur. A l’émission Infrarouge, qui vous a servi la soupe pendant plus d’une heure, vous avez mené bataille. Ce matin encore, à la RSR, vous étiez le porte-flambeau du non à l’initiative contre l’immigration de masse. Je ne vous en veux pas de vous battre pour une cause à laquelle vous croyez, c’est pour moi l’une des fonctions les plus nobles de l’être humain. Mais je vous en veux infiniment de le nier, de vous draper dans cette pseudo neutralité explicative. Même les prêtres en chaire de la ma jeunesse, au moment de l’exégèse du texte biblique, ne nous cachaient pas que l’explication allait dans le sens d’une propagation de la foi. Ils le savaient, nous le savions, il n’y avait nulle duperie.

 

Vous êtes, M. Burkhalter, le chef du camp du non. Le chef d’un camp qui a pour lui le grand patronat, avec ses moyens titanesques, l’immense majorité de la classe politique suisse, le quasi-totalité des médias, à part la Weltwoche, votre serviteur et quelques autres. Vous avez décidé, au napalm, de gagner cette votation. C’est votre droit. N’ayant jamais reproché à Jean-Pascal Delamuraz, dont j’ai suivi la campagne de 1992 au jour le jour, d’entrer dans l’arène, je ne vous adresserai nul grief pour cela. Mais de grâce, Monsieur le Président, ne prenez pas les auditeurs de la RSR pour des idiots. Vous faites campagne, vous êtes un combattant, un belligérant dans cette affaire. Soyez gentils, ne nous faites plus jamais, d’ici au 9 février, le coup de la gentille explication objective et asexuée. Nous avons, vous et moi, fait pas mal d'armée. Nous savons que les couleurs doivent être affichées. Nul combattant ne se camoufle, en armes, dans l'ambulance à croix rouge.

 

Pascal Décaillet

 

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11/01/2014

9 février : et si la gauche votait oui ?

 

Sur le vif - Samedi 11.01.14 - 17.22h

 

Quelle Suisse la gauche veut-elle pour les deux ou trois décennies qui nous attendent ? Face à la poussée migratoire sur le marché du travail, les forces qui se veulent « progressistes », vont-elles défendre les travailleurs de notre pays ou se cramponner à un discours de type moral, totalement déplacé face à l’enjeu du scrutin ? Certains socialistes, certains Verts même (allez, rêvons) tenteront-ils de comprendre pourquoi leurs camarades de parti, au Tessin, soutiennent l’initiative « contre l’immigration de masse », sur laquelle nous votons le 9 février ? Ou se contenteront-ils de traiter de retardés leurs collègues du Sud des Alpes ?

 

La gauche de ce pays va-t-elle, comme un seul homme, sous le seul prétexte que l’initiative vient de l’UDC, donc frappée du sceau de la malédiction, se conduire en alliée d’un libre-échangisme pur et dur qu’elle a passé une bonne partie de son Histoire à combattre ? Ces questions ne sont pas résolues. Elles ne le seront que dans quatre semaines et un jour. Mais recèlent l’une des inconnues d’évolution de l’opinion publique d’ici le 9 février. L’autre, à droite, ce sera la réaction de l’électoral PLR de souche radicale et populaire aux propos, hier, de leur président national de parti, l'Argovien Philipp Müller. Car la quasi-unanimité, tout à l’heure à Schwanden (GL) de l’Assemblée des délégués ne reflète pas nécessairement le sentiment profond de la base. Soucieux d’unité de matière, nous y reviendrons.

 

Mais la gauche ! Que va-t-elle voter, dans le secret de l’urne ? Hier soir à Forum, invité parmi d’autres à commenter le dernier en date des ineffables sondages Gfs-SSR, Christian Levrat, le patron du parti socialiste suisse, a utilisé à deux reprises l’expression « retour à la Suisse des baraques » pour stigmatiser le principe de contingents contenu dans le texte. Terminologie dûment préméditée pour créer, chez ceux (comme votre serviteur) assez âgés pour en avoir la mémoire, l’épouvante face au retour de l’époque des saisonniers, logés parfois près des chantiers, ne bénéficiant pas du regroupement familial, ne rejoignant leurs familles que trois mois par an. Cette Suisse-là, je l’ai connue, mon père était ingénieur, il était d’ailleurs fermement opposé à l’initiative Schwarzenbach de juin 1970. Mais, de la part de M. Levrat, quel amalgame ! En l’écoutant hier, je me demandais qui, dans ce pays, tentait de faire peur à qui, et avec quelles ficelles. Tant qu’on y était, on aurait pu remonter à Zola et aux grandes grèves du Nord.

 

Une partie de la gauche nous brandit l’étendard de la xénophobie. C’est une imposture, que nous avons démontée dans notre texte précédent, paru dans le Nouvelliste et publié dans ce blog. Bien sûr que la Suisse a besoin d’immigration. Bien sûr que la mixité nous a façonnés. Bien sûr que le mélange des langues et des cultures nous a enrichis. Mais où, je vous prie, dans le texte du 9 février, serait-il question d’y renoncer ? Carrefour au centre de l’Europe, la Suisse aura toujours affaire avec les étrangers, et c’est très bien ainsi. Pourquoi nous fait-on croire qu’il s’agirait de fermer le robinet, là où il est juste question d’en régler un peu la puissance. Ré-gu-la-tion !

 

Vouloir ce contrôle, ça n’est en aucun cas rejeter l’Autre, ni entrer dans une phase de « repli », ni nous « recroqueviller », c’est réinstaurer le contrôle citoyen, donc la volonté politique, sur un flux aujourd’hui non maîtrisé. C’est prendre pari pour les années qui viennent, pour une Suisse toujours ouverte aux échanges, toujours accueillante, mais édictant juste, comme l’immense majorité de ses voisins, quelques règles pour éviter, d’ici dix ou vingt ans, une démographie étouffante. N’est-ce pas notre droit, notre devoir même, d’anticiper aujourd’hui les problèmes de demain ?

 

Alors, hommes et femmes de gauche, comment allez-vous voter ? Juste sur un slogan moral déplacé, celui de « xénophobie », ou avec votre fibre de défense des places de travail pour les résidents de ce pays ? Le rôle historique de la gauche est-il de soutenir servilement les intérêts de libre échange absolu d’un grand patronat dont l’ambition citoyenne n’apparaît pas comme l’impératif premier ? Une fois qu’ils l’auront sauvée, leur libre circulation, au soir du 9 février, vous croyez qu’ils vont vous les donner, vos « mécanismes d’accompagnement » visant à corriger les excès ? Pour ma part, je crois qu’ils s’empresseront de retourner à leurs chères affaires. Et, pour certains d’entre eux, à leur sous-enchère salariale sans entraves. Et là, vous la gauche, vous aurez tout perdu. Vous n’aurez plus le crédit de votre base ouvrière, qui a d’ailleurs émigré vers d’autres horizons. Et vous n’aurez plus d’alliés pour renverser la situation. Vous pourrez demeurer le parti des bobos. Mais la puissance tellurique, jaillie d’en bas, de représentants des plus précaires, vous l’aurez perdue. A vous de voir. A vous de juger.

 

Pascal Décaillet

 

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