13/08/2011

L'élan brisé de ceux qui se réjouissent trop tôt

 

Sur le vif - Samedi 13.08.11 - 08.44h

 

« L'élan brisé de l'UDC » : c'est le titre, ce matin, de l'éditorial du Temps, les six mots que tous les yeux verront, en première page. Un titre pour dire quoi ? Que, selon le dernier baromètre électoral Gfs/SSR, avec le Temps comme partenaire (sondage dont tout le monde, depuis quelques années, peut apprécier la visionnaire pertinence), l'UDC « marquerait le pas ».

 

À supposer que ce sondage, triomphalement diffusé par les services de M. de Weck, ait une quelconque valeur, allez oui supposons-le, examinons les chiffres : UDC 27,4% d'intentions de vote, soit neuf points devant le deuxième parti (le PS, 18,5) et plus de onze devant le PLR (16,1). « Rupture majeure », claironne l'éditorialiste du Temps.

 

Rupture avec quoi ? Même dans le cas de figure de ce sondage, une fois évacuées les intentions des sondeurs et de leurs propagandistes d'Etat ou de la presse ayant immense pignon sur immense rue, nous sommes exactement dans le cas de figure d'octobre 2007. Une UDC largement devant, des socialistes toujours sous la barre des 20% (aucune sociale démocratie d'Europe ne plonge aussi bas, ce qui ne semble guère troubler le commentateur du Temps), des PDC et PLR qui se chamaillent une somme totale d'environ 30%. Bref, le scénario le plus probable, pour le 23 octobre 2011, est celui d'une continuité : nous serons vraisemblablement dans des grandes masses similaires, à quelques pourcents près, à celles de 2007.

 

Dès lors, il serait intéressant de s'interroger sur le triomphalisme du Temps (dans son titre), sur l'étrange consanguinité qui relie mandants et mandataires, avec ces éternels sondages Gfs/SSR (et ce qu'ils coûtent !), sur l'éventuelle opération de propagande derrière la soi-disant objectivité des chiffres. Ces questions, dans l'univers éditorial de Suisse romande, précisément étouffé par deux ou trois géants, dont les commanditaires du sondage, qui les posera ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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12/08/2011

Glôzu-Salerno : la rencontre

 

Sur le vif - Et dans l'éther - Vendredi 12.08.11 - 10.28h

 

Dans une interview accordée à mon confrère Marc Moulin, pour la Tribune de Genève, le Père Glôzu affirme n'avoir jamais rencontré Sandrine Salerno. De sa vie !

 

Diable.

 

Dans un périmètre aussi confiné que celui de la Vieille Ville, cette affirmation étonne. Ou même, hallucine. Après nous être profondément penchés sur la question, nous sommes en mesure, ce matin, d'élaborer les hypothèses suivantes :

 

 

Hypothèse A

 

Sandrine Salerno ne va jamais au bistrot. Ce qui, dans une perspective anthropologique post-chavannienne, surprend.

 

 

Hypothèse B

 

Atteint, au plus profond de sa cornée, de salernite aiguë (affection ophtalmologique reconnue par la Faculté, suite à plusieurs consultations d'employés du propre Département de la Régente), le Père Glôzu ne parvient hélas pas, physiquement, à voir la politicienne. Ce phénomène de déni n'est certes pas courant, mais a affecté plusieurs généraux en disgrâce de l'armée soviétique, entre 1917 et 1989. Une thérapie ad hoc en maison psychiatrique leur a permis de recouvrer la Vision.

 

 

Hypothèse C

 

Sandrine Salerno va parfois au bistrot. Mais elle exige des cartes ou menus épicènes, ascèse à laquelle le Père Glôzu - et il plaide coupable sur ce point - ne s'est pas encore astreint.

 

 

Hypothèse D


Le Père Glôzu, dans son infinie distraction, confond Sandrine Salerno avec la Maire démocrate-chrétienne de Syracuse. Une femme qu'il cherche à rencontrer depuis des décennies, mais qui refuse les avances du restaurateur, son mari, important responsable de l'organisation locale « Les Amis de Don Corleone », non gouvernementale mais très ancrée, étant férocement jaloux.

 

 

Hypothèse E

 

Sandrine Salerno a peur des rats. Comme ils sont une centaine, en permanence, c'est bien connu, à infester l'antre du Père Glôzu, la magistrate préfère s'abstenir de tout passage dans cet estaminet.

 

 

Hypothèse F

 

Le Père Glôzu et Sandrine Salerno se sont bel et bien rencontrés, en présence de Marc Moulin, qui couvre le secret de l'événement. Il s'agissait d'une histoire de chaufferettes, destinée à nuire à un rival de la socialiste, au sein de l'exécutif genevois. Un dysfonctionnement du dispositif ayant dégagé un gaz amnésique (proche du traitement Z+ de notre hypothèse B, en Russie soviétique), plus personne ne se souvient de cette rencontre. Sauf le journaliste, qui portait un masque à gaz, mais demeure indéfectiblement lié à son serment de discrétion.

 

 

Je vous laisse cocher et distribuer le formulaire. Les résultats du vote seront proclamés d'ici la Sainte Sandrine.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/08/2011

Tito le visionnaire

 

Sur le vif - Mercredi 10.08.11 - 08.22h

 

Décrocher une interview de l'homme d'affaires tessinois Tito Tettamanti, une légende de l'économie suisse qui fut conseiller d'Etat il y a plus de 50 ans, n'est pas chose facile. Mon confrère Romain Clivaz, de la Tribune de Genève et 24 Heures, a réussi ! Il en résulte une page passionnante, tellement atypique dans le champ des idées en Suisse, une vision qui n'épargne personne, et où le plus conservateur n'est pas celui qu'on croit. Je vous laisse découvrir cet entretien dans les journaux concernés, ne vous en cite qu'un extrait :

 

« Les partis traditionnels n'ont pas compris l'évolution. L'ouverture des frontières soulève des questions économiques, de concurrence sur le marché du travail, et identitaires, avec l'intégration des migrants. Les libéraux-radicaux majoritaires ont continué à gérer l'Etat comme avant. Les socialistes ont oublié leurs racines, devenant les défenseurs de la classe moyenne à l'abri: fonctionnaires, enseignants ou encore employés des hôpitaux. Et le PDC a renié ses racines conservatrices. »

 

Dans ce passage, il s'agit du Tessin. Et de la montée (totalement impressionnante) de la Lega. Mais les mêmes propos ne pourraient-ils pas s'appliquer à Genève ? À pas mal de nos régions frontalières ? À l'ensemble de la Suisse ? J'entends déjà certaines bases rédactionnelles hurler au diable suite à cette interview. Et rien que la stridence de cette perspective me fait déborder de plaisir et de délectation. Allez vite lire, ça vaut le coup.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

*** PS Je n'ai pas entendu la revue de presse RSR, ce matin entre 0730h et 0800h, faire état de cette interview. Mais peut-être ai-je mal écouté. Ou me suis-je endormi en écoutant la bonne parole de M. Jean-Christophe Schwaab,

 

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09/08/2011

La montagne

 

Mardi 09.08.11 - 22.09h

 

J'ai toujours aimé la montagne, passionnément. Elle me rappelle la mort. Ou la naissance. Mais je crois que c'est la même chose. Oh, je ne parle plus des glaciers, que j'ai connus avec mon père, mon oncle, guide, mais qui aujourd'hui m'angoissent, à cause de leur bruit. Ni des arêtes stridentes, au lever du jour. Ni même des innombrables nuits en cabane. Magie de Chanrion, le guide qui déboule dans la chambrée à deux heures du matin : « Pour la Ruinette, debout ! », et le charivari des types qui s'équipent en maugréant, dehors déjà le bruit des crampons, et la colonne qui dans le bleu de la nuit, s'éloigne.

 

Non, tout cela est trop loin, me fait trop peur. Comme s'éloigne aussi l'incroyable expédition d'Orny, Trient, les Aiguilles du Tour, j'avais huit ans, deuxième de cordée derrière Raoul : arrivés au sommet, c'était la mer à nos pieds, et la ville et la campagne, et la France et les Italies et la Suisse, et tout cela, comme dans la Bible, était à nous. Revenir à l'enfance, c'est côtoyer la mort. Laissons.

 

La montagne me fait peur, et c'est pourquoi je l'aime. Enfance, compétitions de ski, slaloms, descentes, jambes cassées, plâtre. Debout pour la première benne : 9 heures du matin. Et la glace, et les bosses, et la poudreuse, tout cela me semble si lointain. Ne demeure, ce soir, que les souvenirs de mes idoles : Killy, Russi, Collombin. J'allais les voir, sur place, toujours avec mon père. Ils étaient des dieux. Jamais je ne les renierai.

 

La cinquantaine passée, j'ai revu l'altitude de mes ambitions. Les lattes, à la cave du chalet, depuis longtemps, mais gare à celui qui me défierait de les reprendre. Et les étés, l'ivresse de toute pente. Surtout cette quinzaine d'août, accomplie et déjà mortelle, attente de l'Assomption, sommet de l'année terrestre, mais déjà si proche du terme, du désespoir, du néant. La montagne m'angoisse, Plus elle est belle, plus la mort est là, avec son sourire si accueillant de Madone.

 

Cette année, j'ai passionnément côtoyé les bisses. En souvenir de mes parents. Parce que j'aime l'eau vive, celle qui surgit et se rit de la plaine. En toute source, il y a une Camargue, avec ses oiseaux de feu dans le Rhône couchant. Allons, allons avers la mort. Elle nous attend. Avec son délicieux sourire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Laissons dormir les experts

 

Sur le vif - Mardi 09.08.11 - 09.48h

 

Incroyable, depuis la crise de la dette américaine, le galimatias de paroles « d'experts » de tout poil. Plus nuls les uns que les autres. Experts en obscurité. N'étant capables de prévoir, a posteriori, que ce qui s'est passé. Lumineux, dans l'art d'éclairer un événement qu'ils n'ont pas vu venir. Et on leur donne la parole, docilement, on les écoute pérorer, on confronte les encres noires de leurs clartés. Et ils sont deux, trois, quatre, à s'écouter complaisamment, « nuançant » tout au plus la version du préopinant.

 

La vérité, c'est qu'ils n'ont rien à dire. La crise, ils ne l'ont pas vue venir. Ils n'ont strictement rien vu. Et ils parlent à mesure de leur cécité, par compensation. Et on les fait parler, pour remplir. Rassurer les chaumières. Ils ne sont pas là pour la lumière, mais pour la paix des âmes.

 

Dans la nuit de cette Kabbale, une étoile. Elle s'appelle Myret Zaki. Avant tous, elle avait annoncé l'effondrement, pour cause de dette, du système financier américain. Les « experts », notamment ceux des pages financières de journaux ayant pignon sur rue, lui avaient ri au nez. Aujourd'hui, une fois de plus, cette brillante consoeur a raison. Mais les experts, eux, en boucle, continuent de s'égosiller.

 

Pascal Décaillet

 

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08/08/2011

Glôzu : c'est Syracuse qu'on assassine !

 

Sur le vif - Lundi 08.08.11 - 15.40h

 

Loin de moi, très loin, l'idée de remettre en question la santé mentale des édiles de la Ville de Genève. Que la Grâce se répande sur leurs âmes, oui la Grâce, celle de Calvin, je veux bien leur épargner Claudel, le deuxième pilier de Notre-Dame, certains d'entre eux prendraient cela pour une institution de prévoyance. Je leur fais grâce, aussi, de Port-Royal, qu'ils risqueraient de considérer comme un projet d'agrandissement de la Nautique. Oui, saints, trois fois saints soient ces temporels. Que les ailes de la Prédestination ont commis, avec l'aide discrète du suffrage universel, à leurs nobles tâches.

 

Seulement voilà. Il y avait déjà la Restauration, celle du 31 décembre 1813, avec ses canons. Et puis, il y a l'autre restauration, avec un petit « r », avec ses canons de rouge ou de blanc, ce détestable résidu de catholicisme qui s'appelle la bonne humeur, celle d'avant 1536, celle où l'on rigole et où l'on chante, la foi du tavernier et celle du charbonnier, cela porte un très beau nom, comme une célérité russe : cela s'appelle un bistrot.

 

Niché dans l'ombilic le plus intime de l'officialité calvinienne genevoise, à côté de laquelle la regrettée DDR alignait des airs de furies carnavalesques, se trouve, justement, un bon vieux bistrot, oh plutôt luxueux pour mériter ce nom, mais enfin un endroit où il fait bon se réfugier : Chez Glôzu. Là aussi, je vous passe le personnage, auquel plus de trois décennies de complicité me lient, ses frasques, ses fantasmagories, les numéros de jonglage qu'il annonce et qu'il ne fait jamais, ses travestissements en généraux soviétiques, le velouté de sa voix lorsqu'il chante « Syracuse », le chef-d'œuvre de Bernard Dimey. Un personnage. Une tronche. Un caractère. Une sublime et romanesque tête de lard.

 

Alors voilà, les édiles, moi je trouve bien quand ils s'occupent de Restauration, tous les 31 décembre. Mais je n'ai jamais exactement compris, ni aux Eaux-Vives, ni  à la Perle du Lac, ni chez le général Glôzu, en quoi les affaires de restauration, avec ce petit « r », si modeste et si dérisoirement charnel, devaient relever de leur compétence. Car enfin, si le Verbe se fait Chair, je n'ai pas encore lu qu'il ait prétention à la Chère. À cela s'ajoute que poser son cul sur les bancs d'un estaminet ne confère pas automatiquement le droit d'en assumer la gérance, ni la Régence. Et qu'il faudrait peut-être changer un peu cela. Et que, ma foi, à moins qu'on nous prouve qu'une horde de rats pestiférés et sanguinaires aient envahi la cave, il ne me dérangerait pas qu'on foute une paix royale au Sieur Glôzu.

 

Et qu'on le laisse faire son boulot, qu'il sait si bien faire. Comme un Seigneur des bas étages. Au royaume du caniveau, les poussières d'étoile sont reines. Souveraines. Comme sur les épaulettes d'un général soviétique. J'ai dit.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Adrien Genecand, l'un des meilleurs

 

Sur le vif - Lundi 08.08.11 - 12.02h

 

C'est l'un des élus les plus prometteurs de la classe politique genevoise qui s'est fait sauvagement tabasser, en pleine ville de Genève, dans la nuit de vendredi à samedi. Un épisode que nous rapporte le Matin d'aujourd'hui, avec deux photos d'Adrien Genecand, paupières tuméfiées, les yeux au beurre noir. Photos qui m'ont soulevé le cœur, d'abord parce que toute violence physique est détestable, aussi parce que j'ai des enfants, un peu plus jeunes, qui sortent parfois le soir, alors oui, le récit de cette agression me fout la trouille.

 

Du fond du cœur, je souhaite à Adrien Genecand de se remettre le plus vite possible, physiquement, mais surtout psychologiquement, de ce traumatisme, car c'en est un. J'en profite pour dire un mot de ce jeune politicien de 24 ans, exemplaire en toutes choses, co-président des Jeunes libéraux radicaux, verbe précis, argumentation percutante, toujours calme et respectueux dans les débats. Il fait partie, avec Nantermod, Murat Julian Alder, Alexandre Chevalier, et quelques autres, de la brillante relève de la famille libérale radicale. À cette école de pensée, qui se veut héritière des Lumières, de l'Aufklärung, de la « disputatio » intellectuelle, il a puisé la volonté d'argumenter, encore et toujours, pour convaincre. Avec des mots. Et jamais, justement, avec les poings.

 

La dignité avec laquelle ce jeune homme évoque sa mésaventure dans le Matin (« J'ai surtout conscience de la chance que j'ai, en étant comblé aussi bien au niveau professionnel que familial ») constitue, pour la jeunesse comme pour nous tous, un véritable exemple. Il faut que ce garçon se remette très vite, et retrouve toute sa place dans une scène politique où il aura, dans les années qui viennent, beaucoup à apporter.

 

Pascal Décaillet

 

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07/08/2011

Les snobinards de la Piazza Grande

 

Sur le vif - Dimanche 07.08.11 - 11.07h

 

Amateur de cinéma, je n'ai rien contre le Festival de Locarno. Mais viscéralement, depuis une bonne vingtaine d'années, je ne supporte pas la manière dont la presse, année après année, nous en parle. Toujours la même image, toujours le même angle, toujours le même reflet. Toujours le même film, au fond. La sublimation du mondain. L'extase par l'ostentation du cocktail. On fait savoir, chaque mois d'août, aux sept millions de Suisses qui n'y vont pas et s'en foutent complètement, à quel point les quelques dizaines de snobinards qui s'y pavanent sont contents d'y être. C'est comme ces pages people, que j'ai toujours vomies, où l'on estime d'utilité publique de nous montrer des types en nœud papillon s'empiffrer de petits-fours, coupe de champagne à la main droite. La gauche étant généralement occupée à peloter les fesses d'une bien belle dame, généralement pas la leur.

 

Locarno est un festival de films. On y présente une sélection de nouveautés, c'est très bien. Ces films, j'apprécierais assez qu'on nous en parle. Pas seulement raconter l'histoire, mais tenir un discours cinématographique un peu crédible, décortiquer la forme, parler du style, de l'image. Certains confrères le font encore, hommage à eux. Mais tout cela, au final, est totalement éclipsé par le kitsch et le mondain, les images du monde désertées par le moindre point de vue. Résultat : les braves sept millions qui n'y vont jamais n'ont que l'heur de contempler la grappe - éternellement la même - de ceux qui s'y pressent. On nous fait savoir qu'on s'amuse bien sur les bords du lac Majeur. C'est magnifique. Tant mieux pour eux.

 

À cela s'ajoute le thème, incroyablement barbant pour le grand public, et pourtant repris chaque année, du mode de financement du cinéma suisse. Les pro- ou anti-Nicolas Bideau, la différence entre lui et son successeur, la colère des producteurs (antienne qui confine au pléonasme : ces gens-là ne sont jamais contents), le pari sur le nombre de visites en salle, toutes choses qui n'intéressent que le petit cercle de professionnels du cinéma, et ne méritent en aucun cas vingt minutes d'ouverture dans les grandes émissions d'information des médias publics. Qu'on nous parle des FILMS, bordel, qu'on donne la parole aux critiques de cinéma qui les ont visionnés pour nous. Mais de grâce, qu'on nous foute la paix avec la politique du cinéma, avec les buveurs de champagne sur la Piazza Grande, avec le foin des politiques de tout poil pour se montrer, à quelques semaines des élections fédérales.

 

Au paradis du cinéma, cette sublime invention, qu'on nous propose un meilleur film que l'éternel recommencement, si triste, du mondain. Avec toujours les mêmes figurants. La même trame. Le même scénario. Le même vide. La même absence de grandeur et d'émotion. Série B, série Z. Néant. Non, pire : pour évoquer l'un des plus grands films de l'Histoire du cinéma, l'un de ceux, en tout cas, qui m'ont le plus bouleversé : Mépris.

 

Pascal Décaillet

 

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02/08/2011

Pierre Weiss : la grêle après la vendange

 

Sur le vif - Mardi 02.08.11 - 10.22h

 

Je pourrais prendre pour moi, à la virgule près, les propos de Pierre Weiss dans son discours du 1er Août dans la commune d'Avusy (GE), de même que ses réponses au Temps, dans l'interview publiée ce matin. Le député genevois, également vice-président du PLR suisse, et candidat au National, y plaide pour un « Schengen + », application plus stricte de l'accord approuvé par le peuple suisse. Qui passerait, notamment, par un renforcement de l'effectif des gardes-frontière.

 

Non, je n'ai rien à redire sur le fond. Je suis d'accord, comme sans doute une grande majorité de la population, avec Pierre Weiss. Le tout petit problème, c'est qu'il arrive beaucoup trop tard. Trop tard, pour être crédible quand on vient de ce parti-là. Trop tard, quand on s'appelle Pierre Weiss, et qu'on a passé les dernières années à prendre de haut, à Genève, les deux partis (MCG, UDC) qui tenaient, contre tous, ce discours. Trop tard, quand on vient d'un parti cantonal dont la ministre responsable de la sécurité peine à régler la situation, et à convaincre de son autorité. Oui, sur le thème de la frontière, Pierre Weiss a raison. Mais il arrive comme la grêle après la vendange. Malgré mon amitié pour cet excellent politicien, homme de valeurs et de fidélité, je me dois, ici, de le dire.

 

Pendant des années, l'univers politique de Pierre Weiss (libéraux, mais aussi radicaux) a traité de façon incroyablement hautaine, à Genève, les partis de la marge non-gouvernementale qui pointaient du doigt l'insécurité transfrontalière, réclamaient une nouvelle orientation des missions des gardes-frontières (profession à laquelle je rends ici hommage), et surtout des hausses d'effectifs. Pendant des années, on leur disait qu'ils stigmatisaient. Maintenant, on se range à leurs idées. C'est très bien, et il faut toujours rendre hommage à ceux qui savent évoluer. Mais qu'ils ne viennent pas, à moins de trois mois des élections, s'approprier la paternité du thème. Ils n'en ont jamais eu le leadership : ils ne font que suivre.

 

Ici même, il y a quelques mois, j'ai rendu hommage au Conseil d'Etat genevois, lorsqu'il a enfin énoncé la nécessité d'une préférence pour les résidents, lors du retour à l'emploi. Là aussi, je rends hommage à Pierre Weiss. Je lui dis simplement : « Pierre, c'est bien, mais ça n'est pas votre thème. Vous n'en êtes pas l'initiateur, pas le père. Juste le récupérateur, à l'approche de l'automne électoral ».

 

Pascal Décaillet

 

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29/07/2011

La diva et le parachute

 

Sur le vif - Vendredi 29.07.11 - 13.56h

 

Donc, le Conseil d'Etat genevois a quand même fini par octroyer un parachute (sorry, Anne, je sais que tu n'aimes pas ce mot) de 100.000 francs, sur deux ans, à la directrice sortante de la Comédie.

 

Anne Bisang, dont je répète qu'elle n'est pas en cause et qu'elle a bien raison, comme n'importe quel artiste, de solliciter des subventions, est une personnalité de gauche. Clairement sympathisante, même, du parti socialiste, sur les listes duquel elle avait failli se présenter au National.

 

On peut donc imaginer que les trois conseillers d'Etat de gauche aient voté pour le parachute. Il reste qu'un magistrat de droite a bien dû se rallier.

 

Vous ne voyez pas lequel ?

 

Pascal Décaillet

 

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Un jour, Christophe Darbellay devra sacrifier Mme Widmer-Schlumpf

 

Sur le vif - Vendredi 29.07.11 - 11.18h

 

J'ai lu le Blick d'hier, et ne comprends absolument pas l'insistance de Christophe Darbellay à s'accrocher  à la présence d'Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral. Ou plutôt si, je la comprends : pour d'évidentes raisons tactiques ! Le président du PDC suisse veut garder avec lui le PBD, ce parti né de la crise du 12 décembre 2007, il espère pouvoir constituer, avec cet allié et d'autres, un groupe parlementaire plus important que ses éternels adversaires du PLR au lendemain des élections fédérales. Il ne va donc pas commettre l'erreur, en pleine campagne, de dégommer la conseillère fédérale de ce parti. Admettons. Encore faut-il attendre le verdict du peuple, au soir du 23 octobre, et nul ne peut le prévoir.

 

Être un brillant tacticien est une chose, on a en a compté des dizaines, justement du côté du MRP (le centre-charnière, d'inspiration démocrate-chrétienne) sous la Quatrième République française. Les gazettes de l'époque, qui s'amoncellent dans mes caves et greniers, ne parlaient que d'eux, les Pfimlin, les Teitgen, les Bidault, les Pleven. Qui, aujourd'hui, se souvient d'eux ? À quoi bon la tactique (certes indispensable), si elle n'est au service d'une vision supérieure de l'Etat ?

 

Cette vision, je sais que Christophe Darbellay la possède. Mais il doit faire attention aux signaux qu'il donne à sa propre famille politique, la droite suisse. Oui, la droite. La bonne vieille droite, qui commence au PDC et se termine à l'UDC. Il y a, en Suisse, une gauche. Et il y a une droite. Et ceux qui se proclament « centristes », observons l'ensemble de leurs votes. Et l'on constatera très vite que, sur la plupart des sujets, une fois passées leurs jérémiades moralisantes, ils finissent par voter beaucoup plus à droite qu'on ne croirait. Il faudra bien, un jour, que l'on torde un peu le coup à cette mythologie du centre. Relisez absolument les remontrances de Pompidou à son Premier ministre Chaban-Delmas, au lendemain du discours (oh, brillantissime) de ce dernier, le 16 septembre 1969, sur la « Nouvelle Société », un petit chef-d'œuvre signé Simon Nora et Jacques Delors. Chaban y multipliait les gages à la gauche. Pompidou lui a juste dit : « On ne trahit pas son électorat ». Or, l'électorat de Christophe Darbellay, dans les profondeurs du Valais, je ne suis pas sûr qu'il soit exagérément « centriste ».

 

Signaux internes à la droite : s'accrocher désespérément à une conseillère fédérale arrivée à son poste par le seul jeu de la trahison interne, incarnant d'ailleurs le coup du 13 décembre, c'est se mettre à dos une partie considérable - et pas seulement UDC - de la droite suisse. C'est consacrer une logique de coulisses parlementaires qui, d'année en année, ruine le crédit du Parlement comme grand électeur. Il serait intéressant que Christophe Darbellay songe un jour à rompre avec ce passé, rompre avec cette dame, avec tout ce que sa présence au Conseil fédéral rappelle et signifie. Rompre avec l'apologie du pronunciamiento du 12 décembre 2007, qui fut une inutile brisure au sein d'une droite suisse que les électeurs, en octobre de la même année, venaient pourtant de plébisciter comme jamais.

 

Ce jour-là, Christophe Darbellay avait choisi de sacrifier Blocher. Bientôt, pour survivre, il devra sans doute sacrifier Mme Widmer-Schlumpf. Ainsi va la politique, infidèle et cruelle. Avec ses griffes, impitoyables, de jeune tigresse.

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/07/2011

Double appartenance

 

Sur le vif - Jeudi 28.07.11 - 19.24h

 

Guy Mettan a eu mille fois raison d'utiliser, à l'instant sur la RSR, le mot « double appartenance » pour parler des Valaisans de Genève. Ces milliers de Valaisans (combien sont-ils exactement ?) dont les parents, ou les grands-parents, ou eux-mêmes sont venus s'installer dans la ville de Calvin. Depuis, en tout cas, la seconde partie du dix-neuvième siècle, avec de puissantes poussées migratoires à la fin de chacune des deux Guerres mondiales.

 

Double appartenance, oui. Les Valaisans de Genève aiment leur canton d'origine, d'un amour parfois plus intransigeant encore que certains indigènes. Et ils aiment profondément Genève. Comme les Jurassiens, les Fribourgeois de Genève, aiment Genève. Comme les Italiens, les Espagnols, les Albanais de Genève, aiment Genève. Oui, les identités sont cumulables, il n'y a nul reniement de l'un à s'éprendre aussi de l'autre.

 

Oui, il y a la magie d'un lien direct entre le Valais et Genève, ne me demandez pas lequel, je serais incapable de vous l'expliquer. Toute ma famille est Valaisanne, une branche d'Orsières, l'autre de Salvan, tous mes ancêtres, à perte de vue, sur les arbres généalogiques. Je les aime, je me sens leur héritier, et pourtant j'aime Genève. Même si chaque entrée en Entremont, ou du côté du Trient, ou dans les splendeurs du Haut Val de Bagnes, me serre intensément le cœur.

 

Catholique, je n'ai jamais ressenti à Genève le moindre ostracisme. Ni le moindre mépris. Les quelques protestants de « la haute » que j'ai pu fréquenter, à commencer par mon professeur, Olivier Reverdin, me sont toujours apparus d'une infinie délicatesse quant à la pluralité confédérée de leur ville. Il y a, de Gletsch aux Saintes Maries de la Mer, un petit miracle qui s'appelle le Rhône. J'ai toujours cru à la loi des fleuves et des bassins, d'extraordinaires géographes et poètes en ont si bien parlé.

 

Bravo à Pierre Maudet, le Maire, d'honorer les Valaisans de Genève, aux Bastions, le 1er Août prochain. On dit qu'ils sont plus nombreux qu'en ville de Sion. J'ai la chance de faire partie de ceux d'entre eux qui ont un point d'attache dans le Vieux Pays, d'où j'écris ces lignes. Mais peu importent les bornes. Il n'y a, au fond, ni départ ni retour. Ni exil, ni royaume. Il n'y a que la richesse d'un cœur d'homme, ou de femme, à s'ouvrir à deux identités. La première et la dernière. Celle d'où l'on vient. Celle où l'on vit. Celle où l'on meurt. Celle où l'on aime.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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Candidats, un peu de culture sur vos partis, SVP !

 

Sur le vif - Jeudi 28.07.11 - 12.42h

 

Journaliste politique, j'ai toujours adoré les périodes électorales. Elles prêtent à la déraison, la démesure. Elles fermentent. Révèlent les caractères. Âgé de 45 ans au moment des législatives de mars 1978 (où tout le monde donnait la gauche gagnante, et voyait Mitterrand devenir Premier ministre de Giscard), le phénoménal Jacques Chirac a sauvé et la droite et Giscard (qu'il détestait déjà), en serrant un million de mains pendant la campagne ! Physiquement, ça fait mal : la main est un savant réseau de nerfs, de muscles et de cartilages qu'on ne peut pas impunément maltraiter. Bien que catholique, j'ai toujours détesté les carnavals. Mais j'ai toujours adoré les bonnes vieilles campagnes électorales républicaines. Elles ont le goût, incomparable, du cassoulet. J'aurais tellement aimé vivre celles des radicaux ou des socialistes, dans d'improbables villages du Sud-Ouest, sous la Troisième République. Ou les ultimes meetings de Mitterrand, toujours à Toulouse, l'avant-veille du second tour.

 

Il y a quatre ans, septembre-octobre 2007, en direct sur le plateau de « Genève à chaud », sur Léman Bleu, j'ai reçu, l'un après l'autre, les 97 candidats genevois au Conseil national ! Ils avaient chacun quelques minutes pour convaincre, et devaient répondre, à la fin, à un petit quizz sur l'Histoire et les grandes orientations de philosophie politique de leur parti. Le meilleur, de très loin, à ce petit jeu fut l'UDC Eric Leyvraz, vigneron à Satigny, véritable encyclopédie, incollable. Le moins bon fut.....

 

J'ai l'intention, cette année, de reconduire cette expérience du quizz. Pas seulement pour la petite note de détente (c'est un quizz souriant, of course) après le questionnement politique. Mais aussi parce que je suis sincèrement persuadé que ceux qui se lancent en politique, aujourd'hui, ne connaissent pas suffisamment l'Histoire politique suisse, celle de leur canton, celle de la Confédération. Ils peinent à citer les grands hommes, et pourtant nous en avons eus. Ils méconnaissent de façon crasse le dix-neuvième siècle, période constitutive de notre univers politique. Ils manquent d'arguments historiques et philosophiques. Donnent souvent l'impression d'être un peu là par hasard. Ou par accointement familial. Ou par copinage Facebook. Je les encourage donc, dès maintenant, à se renseigner sur l'Histoire de leurs partis, l'Histoire genevoise, ou vaudoise, ou valaisanne, l'Histoire suisse, qui est proprement passionnante. De remarquables ouvrages, ces dernières années, dépoussiérés de l'éternelle mythologie de Guillaume Tell, ont été consacrés à ces sujets. Pensons, par exemple, au boulot titanesque d'un Olivier Meuwly.

 

Je le dis tout net : je ne supporte pas d'avoir face à moi un démocrate-chrétien ignorant du Kulturkampf, de Léon XIII, du Sillon, ou même de la Revue Esprit. Idem, un radical n'ayant jamais entendu parler de James Fazy, ou Druey, ou Joseph Barman. Ou n'ayant pas lu au moins quelques livres sur le radicalisme sous la Troisième République, la loi de 1905, l'Affaire Dreyfus, etc. Ou un libéral ignorant de Tocqueville. Ou un socialiste ne connaissant ni Jaurès, ni Blum, ni Mendès, ni Mitterrand, ni Olof Palme, ni Kreisky, ni Willy Brandt, ni notre admirable Tschudi, ni André Chavanne. Je parle ici des partis qui ont une Histoire. Je pourrais donc évidemment ajouter l'UDC, avec la grande figure agrarienne d'un Minger. Et puis ? Et puis, je crois bien que c'est tout.

 

Pour parler net, j'en ai marre de l'inculture. J'aime, quand je parle avec un politique, laisser rouler la conversation sur d'autres choses, plus ancestrales, plus fondatrices, que le seul projet de loi du moment. J'aime pouvoir évoquer de grandes figures. Un jeune homme, récemment, m'a ébloui par son univers de références sur son propre parti : le PDC fribourgeois Emmanuel Kilchenmann. Mais il y en a aussi chez les socialistes (Grégoire Carasso), chez les radicaux (Murat Julian Alder, Philippe Nantermod, et plein d'autres). Je perçois moins cette épaisseur dans certains partis monothématiques, trop récents pour avoir une Histoire.

 

Soyons clairs : il ne s'agit pas d'érudition. Il ne s'agit pas de singes savants. Il s'agit juste, quand on choisit, par exemple, d'adhérer à un parti dont l'étiquette est aussi lourde de références que « démocrate-chrétien » de savoir au moins, un minimum, d'où est issue cette mouvance en Suisse ou en Europe. Avoir tout de même un peu entendu parler du Zentrum bismarckien, ou d'Adenauer, ou de la Democrazia Cristiana d'après-guerre. Savoir qui furent Kurt Furgler ou Maurice Troillet. S'être un peu frotté aux 43 années d'opposition, et de rude combat, des catholiques conservateurs, en Suisse, entre 1848 et 1891. Il existe, pour cela, d'excellents livres. Nos Histoires cantonales, notamment, par quantité d'admirables mémoires et thèses, ont été puissamment revisitées, ces dernières années, par de jeunes chercheurs. Pourquoi les secrétariats des partis politiques, toutes tendances confondues, ne proposent-ils pas ce genre d'ouvrages à leurs jeunes (ou moins jeunes) adhérents ? Ces secrétariats, je le dis, sont aujourd'hui trop gestionnaires, pas assez agitateurs d'idées.

 

Je ne propose pas des examens d'entrée dans les partis, il y aurait là comme un élitisme censitaire contraire à l'indispensable variété de représentation de la population. Mais enfin, si j'étais secrétaire de parti (ce qu'à Dieu, rassurez-vous, ne plaise), je peux vous dire que j'aurais, avec chaque postulant, un sacré entretien de départ sur ce qu'il a dans le ventre. Évidemment, nul aujourd'hui ne s'y prête, trop content de faire gonfler la liste des nouveaux adhérents.

 

Les partis politiques sont, depuis la Révolution française, une noble et grande chose. Il est essentiel que les aspirations des uns et des autres puissent se fédérer en quelques grands courants, pas trop, sinon c'est l'atomisation, l'individualisation, la dilution des repères, des frontières. Or, la démocratie, ça n'est pas le « tous d'accord », encore moins le « tous copains ». Non, c'est la confrontation des idées. Par la dialectique. Par l'argument. Par la rencontre avec la population. La gauche, ça existe, elle a même donné, au vingtième siècle, certaines des plus grandes figures de l'Histoire européenne. La droite, idem. Le centre, j'ai un peu plus de peine à lui percevoir une identité propre. Mais enfin, que tous ces grands courants s'interpellent et se combattent, en connaissance de leurs valeurs respectives, de leurs Histoires, c'est cela la grandeur du combat politique. Les passerelles, c'est tout à la fin, une fois qu'on s'est battu. Les poser d'emblée comme nécessaires, c'est abdiquer ses valeurs avant même d'avoir livré bataille.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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27/07/2011

Ficelles et manigances, épisode 2011

 

Sur le vif - Mercredi 27.07.11 - 13.03h

 

C'est de nouveau la charrue avant les bœufs ! Le peuple ne votera que dans trois mois (le dimanche 23 octobre) pour les élections fédérales, et déjà, ici et là, on trame, on ourdit, on vaticine, pour savoir s'il faut maintenir ou non, le 14 décembre (réélection complète du Conseil fédéral), Eveline Widmer-Schlumpf, dégommer ou non l'un des deux conseillers fédéraux du PLR. Dans un intéressant papier du Temps, ce matin, Bernard Wuthrich évoque ces ficelles et manigances.

 

En Suisse, l'élection exécutive, hélas, procède du Parlement. Partisan, depuis toujours, de l'élection par le peuple, je le regrette, mais enfin c'est ainsi, et tant que le système n'est pas changé, il s'agit évidemment de le respecter. Pour l'heure, la composition du Conseil fédéral relève d'une bonne dose d'arithmétique. Là aussi, on souhaiterait un changement, de vraies plateformes politiques, avec un programme de législature, penchant à droite (tous, sauf les socialistes) ou à gauche (tous, sauf l'UDC), mais manifestement ça ne sera pas pour cette fois. Ca n'est jamais pour cette fois ! Donc, la cuisine mathématique demeurera. Donc, rien ne sert de spéculer sur la composition du Conseil fédéral, le 14 décembre prochain, sans avoir le rapport de forces législatif voulu par le peuple le 23 octobre. Que va-t-il voter ? Franchement, je n'en sais rien.

 

Voilà pour le côté prématuré. Mais il y a pire. Si vraiment, comme l'articulent d'avertis commentateurs, certains chefs de parti en sont déjà à des projections d'apothicaires sur le maintien ou le renvoi de Mme Widmer-Schlumpf, l'exécution d'un PLR, c'est vraiment que la caste parlementaire, en Suisse, tient à se discréditer davantage encore. Le pronunciamiento du 12 décembre 2007 vibre encore dans bien des mémoires. Les erreurs de casting, lors des successions Couchepin puis Merz, aussi. Le coup de la souris grise qu'on porte au pouvoir, parce qu'elle incarne les subtilités de la technique parlementaire, certes un homme très bien, mais qu'avons-nous à faire des « hommes bien », s'ils ne communiquent pas quelque chose de fort à la population ? Dans l'autre cas, renvoyer chez elle Mme Keller-Sutter, la meilleure de tous, parce que sa tête dépasse, dévoile une peur du Parlement face à tout ce qui lui est étranger. Quatrième République, dans le pire sens du terme ! Que le Parlement fasse des lois, qu'il contrôle sévèrement le Conseil fédéral et l'administration, qu'il se montre sourcilleux face aux abus de pouvoir, tout cela oui, c'est sa mission, sa noblesse. Mais désolé, l'élection du gouvernement, cet archaïsme du milieu du dix-neuvième siècle, ne doit, à terme, plus être de son ressort.

 

Alors, qui vaticine ? Les socialistes, je n'en sais rien. Les Verts, je n'en sais rien, ils essaient simplement de placer l'un des leurs au Conseil fédéral, ce qui est de bonne guerre. L'UDC, je n'en sais rien. Pour le reste, suivez mon regard. Contemplez ce centre-droit qui fit la Suisse, et aujourd'hui, ne fait plus grand-chose d'autre que tirer dans ses propres pattes. Mme Widmer-Schlumpf n'est pas nécessaire à la Suisse. Sa légitimité à son poste, issue de la combinazione du 12 décembre 2007, est pour le moins douteuse. À l'UDC, elle incarne la trahison. À gauche, elle incarne une politique parfois pire encore que celle de l'UDC. Quant aux deux conseillers fédéraux du PLR, on cherche en eux, avec beaucoup d'intérêt, un quelconque souffle d'Etat ou de grandeur. La  vraie politique, comme d'ailleurs dans n'importe quel pays du monde, lorsqu'on a affaire à un casting aussi peu convaincant, ne serait-elle celle du grand coup de sac ?

 

Mais que les tenants de l'épicerie, du savant château de cartes où rien ne bouge, ne s'inquiètent pas. Le système actuel, aussi absurde soit-il, perdurera sans problème. Le jour où il s'effondrera, ce sera sans doute d'un coup. Par exemple, sous une pression venue de l'extérieur. Comme en 1848. Comme en 1919. Pour les grandes réformes, nous sommes, hélas, un pays de suiveurs.

 

Pascal Décailet

 

 

 

 

 

 

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26/07/2011

Couchepin-Nantermod : le sage et le pur-sang

 

Sur le vif - Mardi 26.07.11 - 19.01h

 

Entre radicaux valaisans, on s'entraide. Très clairement, tout à l'heure, dans sa chronique sur la RSR, en dialogue avec Philippe Revaz, l'ancien conseiller fédéral a soutenu la croisade du surdoué de Morgins (devenue celle du PLR, mais avec résistances internes) contre le prix unique du livre. Couchepin, qui est pourtant un grand lecteur et qu'on ne soupçonnera pas de poujadisme culturel, voit, dans la forme « d'exception » que constituerait un tel prix unique en système libéral, une peur de la concurrence, mauvaise conseillère. Je crois pour ma part qu'il a raison.

 

Au-delà de cette querelle, certes difficile à trancher, et où on trouve des deux côtés de bons arguments, on notera le petit coup de pouce, en pleine période électorale, à l'un des jeunes espoirs les plus énergiques, les plus déterminés, du PLR en Valais. Philippe Nantermod est né dans la marmite. La politique, c'est sa vie. Il a du courage, du verbe, des arguments, et surtout une formidable envie d'en découdre. Jamais il n'insulte. Avec les mots, il se bat. Un pur-sang dont on espère vivement voir très vite (pourquoi pas en cours de législature, voire... dès le début !) bénéficier le Conseil national.

 

Pascal Décaillet

 

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25/07/2011

Oslo : les petits ayatollahs de la petite Suisse

 

Sur le vif - Lundi 25.07.11 - 19.30h

 

Je l'ai dit dans mon texte précédent, la Suisse est multiculturelle, c'est dans sa nature, son Histoire, je plaide pour qu'elle le demeure. Mais sur un point, il faut être parfaitement clair : demander de contrôler l'immigration, comme le fait aujourd'hui l'UDC avec sa nouvelle initiative, relève du débat démocratique. Je ne voterai certainement pas cette initiative, comme j'ai rejeté celle sur les minarets, mais il n'y a strictement rien à dire, faute à s'ériger en ayatollahs de la censure, à ce que ce thème émerge dans l'espace public. Si le texte obtient les signatures, nous aurons un grand débat national sur le sujet, il y aura des pour, il y aura des contre, et un beau dimanche, le peuple et les cantons trancheront. Cela s'appelle la démocratie.

 

En République, il n'y a pas de dogme. Il y a des choix souverains des différentes communautés humaines, Etats, cantons, Länder, qui se donnent des règles, les modifient d'ailleurs au cours de l'Histoire. Je dis : « L'apport des étrangers a été, en tout cas depuis 1848, une chance historique pour la Suisse », ce que d'ailleurs n'importe quel observateur de notre Histoire économique, mais aussi intellectuelle, culturelle, peut constater. C'est mon opinion, mais ça n'est pas un dogme. Si, en votation populaire, une majorité légitime du corps électoral en juge autrement, il faudra bien l'accepter. Le multiculturalisme n'a pas à être asséné comme une obligation incontournable. Ses partisans doivent démontrer - et ils auront pour cela de réels arguments, et je les soutiendrai - en quoi l'apport migratoire a été un enrichissement.

 

Cette volonté de s'inscrire dans un échange dialectique, le moins qu'on puisse dire est qu'on ne la perçoit guère, depuis l'attentat d'Oslo, de la part de véritables Fouquier Tinvile de gauche, n'ayant comme obsession que de créer le plus immédiat rapprochement possible entre l'acte du tueur norvégien et les thèses d'un parti suisse qui s'appelle l'UDC. Le discours de ce parti serait l'irrémédiable prémisse conduisant, tout au bout, à l'acte du tueur norvégien. Ben voyons ! Elle est pas simple, la vie ?

 

A cela s'ajoute l'obsessionnelle posture du service dit « public » à thématiser ce rapprochement. Hier, 18h, on invite Oskar Freysinger dans la jouissive perspective de le confondre. Ce soir, même heure, on veut absolument faire admettre à Guy Parmelin que la concomitance entre le dépôt de l'initiative de son parti et la tragédie d'Oslo générerait un « malaise ». On multiplie les « experts », d'autant plus diserts qu'il n'ont pas grand chose, voire franchement rien, à dire. On a peur du vide. On remplit comme on peut.

 

Hallucinante est, depuis quelques heures, l'intolérance de ces milieux d'une certaine gauche, à vrai dire fort radicale, les premiers à se poser en missionnaires de la Leçon. Ils ont tort. Le public est plus sage qu'on ne croit, sait très bien déceler des tentatives de récupération plus grosses que des câbles de téléphérique. L'immense majorité du peuple suisse est révulsée par l'acte d'Oslo, et aussi par le discours de haine de son auteur. Une majorité, aussi, saura se prémunir de ces ayatollahs, ces maîtres de la censure, ceux qui veulent faire taire, profiter de l'aubaine pour affaiblir un adversaire qu'ils ont toujours haï. Leur tentative de récupération est tellement visible, leur inaptitude au débat démocratique, tellement criante. Ils n'ont, ces gens-là, aucune leçon de démocratie à donner au peuple suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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Oslo-Nanterre: la vie contre la mort

 

Lundi 25.07.11 - 11.54h

 

La Norvège est en deuil, nous sommes tous en pensée avec elle. L'attentat d'Oslo est inqualifiable, les motivations de son auteur, aussi. À partir de là, que dire de plus, qui soit sensé, éclairant sur cette horreur, ne relève pas du remplissage, ni du traditionnel cortège « d'experts », l'un sur l'extrême droite en Europe, l'autre sur les néo-nazis en Scandinavie, un troisième sur le « fondamentalisme chrétien » ?

 

Cette volonté de remplir, tout de suite étiqueter, révèle notre ignorance. En quoi les métastases fantasmatiques d'un Norvégien isolé doivent-elles nous interroger sur autre chose que sa propre folie ? Le malheur fait partie de l'Histoire humaine, le tragique aussi. Jamais nous ne pourrons les éradiquer.

 

Je me suis trouvé, le soir même de la tuerie de Nanterre (27 mars 2002), dans la chambre mortuaire. Il y avait là des conseillers municipaux, des élus du peuple, assassinés, en pleine séance, par un forcené. Le peuple de Nanterre, en masse, était venu leur rendre hommage, bouleversé, mais fier d'appartenir à cette commune, plus décidé que jamais (comme les Norvégiens, aujourd'hui), à continuer de vivre son destin commun. La folie des assassins est terrible, mais en aucun cas nous ne devons sous-estimer la puissante volonté des survivants de ne pas se laisser impressionner.

 

La Suisse, comme la Norvège, est multiculturelle. Elle a choisi de l'être, en tout cas depuis le milieu du dix-neuvième siècle. Elle a, assurément, fait le bon choix : les strates d'étrangers, au fil des décennies, ont construit ce pays avec nous, elles se sont intégrées. La Suisse, en aucun cas, ne saurait se référer à une race pure, un noyau dur qui aurait résisté aux métissages. Sa pluralité est dans sa nature. Cela est valable pour les langues, pour les religions, pour la liberté de culte, le respect de ceux qui croient, ou d'ailleurs ne croient pas.

 

Il y a très longtemps, avec ma famille, je suis allé en Norvège, jusqu'au Cap Nord. Voyage féerique, soleil de minuit, nous nous disions que ce pays modeste et tranquille ressemblait au nôtre. Cette similitude, aujourd'hui, me semble dépasser très largement celle des paysages : il s'agit d'une démocratie meurtrie dans sa chair. Elle n'a pas, sous prétexte de la folie d'un homme, à rougir de ce qu'elle est, ni surtout de s'être ouvert aux autres peuples du monde. Pas plus que les survivants de Nanterre, arpentant la chambre mortuaire au soir du 27 septembre 2002, à deux pas du Théâtre des Amandiers, où Chéreau mille fois réinventa la vie, n'avaient à rougir d'être ce qu'ils étaient : une communauté humaine désireuse, simplement, de vivre ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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22/07/2011

Comment dit-on « lampiste » en genevois ?

 

Sur le vif - Vendredi 22.07.11 - 15.07h

 

Marc Fues, ancien directeur de la Banque Cantonale de Genève, condamné à 180 jours-amendes pour faux dans les titres. René Curti, son adjoint, à 120 jours. Dominique Ducret, l'ancien président, acquitté. Les deux réviseurs aussi. Ce verdict appelle les six commentaires suivants :

 

1) Il est heureux que ce procès aboutisse à un épilogue.

 

2) En chargeant MM Fues et Curti, c'est clairement l'échelon de commandement opérationnel, et lui seul, qui est reconnu coupable. On aurait plaisir à savoir pourquoi.

 

3) En acquittant les échelons de contrôle (interne à l'entreprise, par la présidence du conseil d'administration, et externe par les réviseurs), les juges entendent-ils que ces échelons n'étaient pas au courant de ce qui s'est passé ? Si c'est le cas, ça n'est peut-être pas pénal, mais il faudra, à l'avenir, se passer de confier à ces Messieurs des responsabilités de gestion de cette envergure.

 

4) L'Etat de Genève, celui des années 2010-2011, était-il vraiment habilité à jouer - et, à certains moments, surjouer - la « partie plaignante » ?

 

5) L'échelon de contrôle politique, via les différents conseillers - et conseillères - d'Etat impliqués, au fil du temps, dans cette affaire, est-il définitivement à exonérer de toute responsabilité ?

 

 

6) Comment dit-on « lampiste » en dialecte genevois ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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21/07/2011

La Suisse a besoin de Christophe Darbellay

 

Sur le vif - Jeudi 21.07.11 - 12.27h

 

C'est toujours comme ça : il suffit que la presse dominicale alémanique (en l'occurrence, d'inspiration radicale) esquisse un zéphyr d'éternuement pour qu'une armada de suiveurs nous offrent un festival de coryza des consciences. Dernier exemple en date : les prétendues rumeurs sur un retrait de Christophe Darbellay, après les élections fédérales. Sur la nature, et surtout les origines, y compris Catacombesques, de ces rumeurs, lire l'excellent papier d'Yves Petitgnat, dans le Temps de ce matin.

 

Mais l'essentiel n'est pas là. Il n'est pas dans le charivari interne d'une démocratie chrétienne suisse où dagues acérées et chevalières empoisonnées ont toujours fait partie, bien avant le sabre, ne parlons pas du goupillon, de l'attirail de base. C'est vrai en Valais. C'est aussi vrai chez les âmes pures de Suisse centrale. C'est très vrai en Ville de Genève. C'est éclatant de vérité, notamment ces temps, du côté de Fribourg. Je n'en dirai pas plus.

 

Oui, Christophe Darbellay a des ennemis à l'interne. Quel chef n'en a pas ? Oui, son talent, son aisance dans les médias, l'aura de sa personne, tout cela suscite la jalousie. C'est la vie. Ça fait partie de la politique, du jeu. Jusque-là, rien de grave. Rien, sauf l'essentiel. Et l'essentiel, c'est quoi ? Mais enfin, ouvrez les yeux : l'essentiel, c'est que ce Flandrin des glaciers, taquineur de chamois, homme d'altière solitude sur le plus escarpé des sentiers, est de loin, et sans comparaison, le meilleur étendard de son parti, donc de l'une des composantes historiques de la droite suisse, pour les années qui viennent.

 

À part Doris Leuthard, juste avant lui, vous souvenez-vous du moindre président du PDC suisse ces dernières décennies ? Oui : Carlo Schmid. Mais à part ce génial Appenzellois, dont la place aurait dû être au Conseil fédéral, qui ? La grande armée des taxis vides, qui s'arrêtent devant le Palais fédérale, et dont personne ne sort ! Une bande de tièdes ! Et là, tout à coup, depuis 2006, un type qui existe. Un Valaisan qui porte le verbe, brandit le fanion, croit en la politique, se jette en avant. Parfaitement à l'aise à Arena, Forum, Infrarouge, Genève à chaud, au Grand Oral, mais tout autant en inalpes et désalpes, fêtes fédérales et cantonales, festivals de fanfares, foires agricoles, comices, cochonnailles d'automne : bref une incroyable envie de vivre. C'est sans doute cela qui rend jaloux.

 

J'ai eu, avec Christophe Darbellay, un désaccord majeur, qui demeure, mais sur lequel nous avons eu une explication : le coup du 12 décembre 2007 contre Christoph Blocher. Pronunciamiento que le Valaisan n'a pas fini de payer, peut-être même les salves de ces jours sont-elles une partie de la facture. Pour moi, il fallait que la droite suisse soit unie, je l'ai considérée en l'espèce comme trahie, les lecteurs connaissent depuis quatre ans mon point de vue. Mais à part ce point de litige, et quoi qu'on puisse penser des revirements, il y a chez Christophe Darbellay un très heureux, un très rare mélange de tradition et d'ouverture, de terroir et d'universel, de fermeté et d'humanisme. Bref, le Valaisan réussit l'une des chimies les plus complexes, depuis 1891, de la politique suisse : incarner, dans sa diversité, ses contrastes, ses contradictions mêmes, le charme pluriel de la démocratie chrétienne.

 

Le pari, d'avance, n'était pas gagné. Des jaunes aux noirs, des urbains de la Ville de Genève aux paysans de Suisse centrale ou des vallées latérales du Valais, de la Doctrine sociale de l'Eglise aux raideurs quasi théocratiques de certains hameaux, il est vaste, il est riche, il est fertile, le terreau de cette grande famille politique née de la résistance, dans les douleurs du Kulturkampf, à l'omnipuissance radicale des années 1848-1891. Cette synthèse, par la richesse et la flamboyance de sa personne, Christophe Darbellay l'incarne mieux que tout autre. Sa famille politique a besoin de lui. La Suisse aussi. Sauf à se défier, pour les siècles des siècles, de toute tête qui dépasse, tout verbe qui fait mouche, de toute personne qui, par son incroyable envie de vie et d'aventure, nous délivre un instant des aigres, des pisse-froid, des éteignoirs, des souris grises. De ces ronds-de-cuir qui, pour peu que le chanvre soit sous la main, donnent juste envie de se pendre.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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18/07/2011

Crochez, Malvine !

 

Sur le vif - Lundi 18.0.11 - 18.56h

 

Moins de deux minutes. C'est  le temps de parole que vient de laisser la RSR à celle qu'on nous promettait être la perle rare de la liste PDC du Valais romand, aux élections fédérales. Elle s'appelle Malvine Moulin, vient de Vollèges, 34 ans, mère de deux enfants,  active au comité d'Agritourisme, à Berne. Et elle a l'air, comme ça, à en juger par le peu de mots qu'on a bien voulu lui laisser articuler, fort sympathique.

 

Malvine Moulin, seule femme sur la liste PDC, est-elle un alibi ? Je n'ai pas la réponse à cette question, et ça n'est pas son apparition-éclair sur un service dit public qui offre son antenne quasiment tous les jours à certain conseiller national socialiste genevois, qui me permettra de me forger un quelconque jugement. C'est dommage. Parce qu'à ce jeu de l'interview, le nouveau venu, l'inconnu, devrait pouvoir bénéficier, justement, d'une petite prime temporelle, par rapport aux vieux briscards, destinée à lui donner sa chance. Pierre Maudet, Philippe Nantermod, Emmanuel Kilchenmann, Romain de Sainte Marie, Murat Julian Alder, parmi tant d'autres, l'ont eue un jour, cette première chance. Surdoués, ils ont transformé l'essai au-delà de toutes les espérances. Ça n'est évidemment pas le cas de tous.

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Malvine Moulin n'a pas eu droit à cette première chance. Quand on lance quelqu'un dans le circuit médiatique, on lui laisse tout de même plus de deux misérables minutes. A vrai dire, je ne suis pas sûr du tout que la dame de Vollèges soit une femme alibi. Tiens, justement, si j'étais elle, je me jetterais corps et âme dans la campagne. Oui, justement parce que c'est très difficile. Parce que certains médias officiels vous méprisent. Et parce c'est le peuple, le 23 octobre, qui vous élit. En l'espèce, le peuple valaisan. C'est à lui qu'il faut parler. Et il comprend, lui, le langage du cœur et du courage.

 

Pascal Décaillet

 

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