14/11/2010

Impôts équitables : Alain Berset m’a convaincu

 

Sur le vif - Dimanche 14.11.10 - 18.11h

 

Pour la première fois de ma vie, je vote oui à une initiative socialiste. Après trois semaines d’intense hésitation, après avoir pesé et soupesé, multiplié les débats, confronté les arguments, il me semble que le texte concernant les « impôts équitables » peut être accepté en vue du seul intérêt qui vaille, celui du pays.

 

Bien sûr, je n’aime guère les planchers artificiels (22% d’impôts à partir de 250'000 francs de revenu imposable ; 5 pour mille à partir de 2 millions de fortune imposable). Bien sûr, l’intrusion de l’arrêté fédéral dans le fédéralisme, donc la souveraineté des cantons, me gêne. Tout cela, longuement, a retenu ma décision.

 

Mais enfin, voilà une initiative qui fait preuve d’intelligence et de pondération. J’ai beau écouter les cris et les haros d’economiesuisse, je ne vois pas dans ce texte des têtes au bout des fourches, ni hargne revancharde des pauvres, ni justice de classe. Et j’avoue que le chantage à quitter le pays des « très riches de Suisse », dans la presse alémanique de ce dimanche, me laisse de marbre.

 

En matière fiscale, je soutiens mordicus la souveraineté de la Suisse. Notamment face à de grands et puissants voisins ne nous faisant la leçon que pour masquer l’échec cuisant de leurs politiques confiscatoires. Mais, si la Suisse veut garder la tête haute face à des voisins qui ne lui feront, dans l’avenir, aucun cadeau, elle a tout intérêt, à l’interne, à corriger des extravagances qui permettent à un Ospel ou un Vasella un tourisme fiscal indécent.

 

C’est le conseiller aux Etats fribourgeois Alain Berset, un homme de poids et d’intelligence sous la Coupole fédérale, qui m’a convaincu. Au moment où le parti socialiste suisse donne (Congrès de Lausanne) d’effarants signaux d’errance et d’aventure (abolition totale de l’armée, urgence à ouvrir des négociations CH-UE), il est paradoxal de saluer, en son sein, ceux qui se comportent encore de façon gouvernementale. Oui, le socialisme de M. Berset me semble plus intéressant, pour l’intérêt supérieur du pays, que celui de MM Levrat ou Sommaruga. Le problème, c’est que ce pragmatisme éclairé apparaît, hélas, comme de plus en plus minoritaire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/11/2010

Slobodan Despot, un homme libre

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Sur le vif - Samedi 13.11.10 - 18.01h

 

C’est un géant étrangement débonnaire, un fou furieux du monde des livres, un promeneur mystique amoureux du Valais. Un homme seul, un homme libre.

 

A 43 ans, Slobodan Despot a déjà plusieurs vies. Les études, puis treize années aux Editions L’Âge d’Homme, aux côtés de Vladimir Dimitrijevic, puis le grand saut pour fonder sa propre maison d’édition, Xenia.

 

Se retrouver seul, décider de lancer sa boîte. Plonger dans le vide. Assumer le risque économique. Investir. Travailler sept jours sur sept. Affronter férocement la concurrence. Tout faire soi-même. Un beau jour, magnifique, engager son premier employé. Se sentir responsable de lui. Crever de trouille qu’un pépin, style santé ou accident, ne vous arrive à vous, le patron, parce que c’est vous, pour le moment, qui êtes au centre. Rénover le matériel, réinvestir, varier les mandats : aucun d’entre eux en doit être prioritaire. Il faut se donner la liberté de pouvoir rompre à tout moment avec un client, sans que votre propre aventure entrepreneuriale soit pour autant mise en danger.

 

Tout cela, Despot a dû le vivre. Il faut imaginer la vie d’un petit éditeur en Suisse romande, demandez à Michel Moret, bourreau de travail, il en sait quelque chose. Mais notre Serbe – et c’est là que je commence à l’admirer un peu plus que la moyenne – est un esprit idéologiquement libre qui ne craint pas les postures minoritaires, ni de se foutre en pétard avec les trois quarts de la République des Assis et des cocktails. Il publie des trucs incroyables, sulfureux, risqués, provocants. Il se fait insulter, étriller, vilipender. Il n’en continue pas moins son chemin, il marche droit.

 

J’aime la solitude, le courage, l’énergie, la liberté de Slobodan Despot. Tellement loin du sirupeux venin des réunions mondaines où jacassent et caquettent les réseaux horizontaux de la Cléricature. Tellement Cyrano, celui des « Non, merci ! ». Seul. Terriblement. Mais debout.

 

Pascal Décaillet

 

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12/11/2010

De quoi se mêle Viviane Reding ?

 

Sur le vif – Vendredi 12.11.10 - 18.39h

 

Vice-présidente de la Commission européenne, la Luxembourgeoise Viviane Reding, de passage en Suisse et interviewée à l’instant par la RSR, vient d’incarner avec un rare talent tout ce que Bruxelles peut avoir de méprisant pour la souveraineté des peuples. Ceux qui font partie de l’Union. Et, bien plus délirant encore : ceux qui, comme la Suisse, ne sont pas du club, et n’ont donc strictement aucun compte à lui rendre.

 

On se souvient déjà de l’ingérence de Mme Reding dans la souveraineté nationale française lors de l’affaire de Nicolas Sarkozy avec les Roms. Et de la comparaison – proprement hallucinante – que la donneuse de leçons de Bruxelles avait cru bon d’établir avec l’Allemagne de la Seconde Guerre mondiale.

 

Mais la coupe a débordé, il y a quelques minutes, lorsque la no 2 de la Commission européenne a doctement expliqué à ces rustauds attardés de Suisses que le mode actuel de leurs relations avec l'UE était caduc et poussiéreux: « Les bilatérales ne sont pas adaptées au monde moderne… Pour être efficace, il ne faut pas des systèmes du 20ème siècle, mais du 21ème… Vous devez être au milieu de la prise de décision, et non pas sur le côté… Ces accords sont statiques, et dépassés déjà au moment où l’encre sèche… ».

 

Madame Reding a peut-être raison, chacun jugera. Le seul problème, c’est que la décision de poursuivre ou non la politique des accords libéraux dépend d’un seul souverain, dont la Luxembourgeoise ne semble pas avoir beaucoup entendu parler. Et qui s’appelle le peuple suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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L’Université de Lausanne se couvre de ridicule

 

Sur le vif - Vendredi 12.11.10 - 09.26h

 

À l’Université de Lausanne, le deuxième parti de Suisse, le parti socialiste (un peu moins de 20% aux dernières élections fédérales), a pu tenir, il y a quelques jours, son Congrès.

 

À la même Université, le premier parti de Suisse, l’UDC (un peu moins de 30% aux dernières élections fédérales), ne pourra pas tenir le sien, le 4 décembre.

 

Ça, ce sont les faits. Un parti qui a droit de Cité dans les murs d’une Alma mater. L’autre, qui ne l’a pas. Un qui est perçu comme acceptable, et même comme souhaitable, par les gens qui régissent cette Université. L’autre, hors des murs, au sens grec, ostracisé. Il représente près d’un Suisse sur trois, mais doit aller siéger dehors.

 

L’Université de Lausanne se couvre de ridicule. Rien, même le plus affinée des arguties, ne pourra justifier cette inégalité de traitement. On a peur de remous ? Pour le Congrès démocratique d’un parti qui n’a jamais dû ses succès qu’à ses victoires dans les urnes ? Je ne sache pas qu’il ait, pour l’heure, franchi ni Rubicon, ni Aar, ni Limmat.

 

Quelques étudiants de gauche menacent de faire du grabuge ? Eh bien qu’on les en empêche, comme il se doit, avec un service d’ordre permettant à la liberté de réunion et d’association, l’une des conquêtes des Lumières, de pouvoir s’opérer. Mais baisser son froc devant ces menaces, quand on incarne une institution qui devrait au contraire porter la liberté, la diversité des idées, c’est simplement pitoyable.

 

Ce matin, sur la RSR, mon confrère Joël Marchetti invitait deux universitaires à débattre de cette affaire. Uli Windisch, réputé à droite. Bernard Voutaz, réputé à gauche. Comme d’habitude, ce fut la gauche qui incarna le camp des censeurs. Le sommet fut atteint lorsque M. Voutaz eut l’incroyable culot de signifier à son adversaire qu’il n’avait jamais eu à craindre d’interdiction professionnelle, à l’Université de Genève.

 

M. Voutaz n’a jamais entendu parler de la lettre de Christian Levrat, patron du PSS, à Charles Beer, dans l’intention très claire de faire virer Windisch ? Oui, M. Voutaz, le Berufsverbot, de si sinistre mémoire, ce sont les socialistes, l’an dernier, qui l’ont tenté, de mille manières, pour faire rouler dans la sciure la tête d’Uli Windisch. Alors de grâce, lorsque vous êtes face à ce dernier, ne venez pas parler d’interdiction professionnelle, il sait exactement ce que c’est.

 

L’Université de Lausanne vient de traiter le premier parti du pays comme s’il s’agissait d’un obscur groupuscule néo-nazi. Et pendant ce temps, les braves gens de Vigousse caricaturent Oskar Freysinger, dans un dessin d’une rare finesse, en kapo envoyant des élèves dans une chambre à gaz. Cela, pour illustrer les thèses de l’UDC sur l’école. Université de Lausanne, humoristes bien pensants, continuez : chacun de vos actes apporte des voix supplémentaires à ce parti. En vue du 28 novembre. En vue, surtout, du mois d’octobre 2011.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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09/11/2010

Les effets spécieux du Conseil d’Etat

 

Sur le vif - Mardi 09.11.10 - 10.54h

 

Sous la plume de mon confrère Christian Bernet, la Tribune de Genève nous en sort une toute bonne, ce matin. Une toute savoureuse. Une toute brumeuse de chez les automnales, avec feuilles mortes qui se ramassent à l’Appel (du 18 juin). Une qui relègue le plus tordu des jésuites, le plus torréfié par les effets les plus éthérés de la casuistique, au rang de simplet de village, benêt, boyet, taguenatzêt, marnozêt. Mais trêve de plaisanteries, n’étant pas socialiste, je ne suis pas là pour faire rire.

 

Donc, dixit la Julie, le Conseil d’Etat estime que l’interdiction de l’affiche MCG n’est en aucun cas une « décision » de sa part. Et, comme il n’y a pas « décision », il ne peut évidemment (sommes-nous bêtes !) y avoir recours. CQFD. Ah, les braves gens !

 

Pas de décision. Pas d’affiche, non plus. Pas de recours. Il ne s’est rien passé. Il n’y a d’ailleurs pas, non plus, de Conseil d’Etat. Pas de dictateur en Libye. Pas de garde noire. Il n’y a plus rien. Il n’y a jamais rien eu. Et quand on croise le président du Conseil d’Etat, déguisé en mouton, il répond comme Ulysse : « Mon nom est personne ».

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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08/11/2010

Les caprices de Manuel – Comptine d’automne

 

Sur le vif - Lundi 08.11.10 - 17.21h

 

Bien qu’il y existe, selon Claudel, des maisons pour cela, Manuel Tornare se veut un homme de tolérance. Bon prince, ouvert, humeur enjouée, gai comme un pinson. Le premier, parlant de tout et de rien, de ses chers camarades comme de ses quatre collègues, il se révèle grinçant, tonitruant, sulfureux, moqueur, vinaigré dans le choix de la pique et de la dague. Et c’est très bien ainsi.

 

Très bien, sauf s’il se trouve, à son tour, en situation d’être attaqué. Alors, aussi vite qu’il en faut à la palombe pour se transformer en milan, les griffes de l’homme se mettent à jaillir. Et il saisit son téléphone, Manuel, et il trame, et il ourdit, et il jacasse de venimeux propos. Et là, d’un coup, finie la tolérance. Envolée. Adieu Gide, Claudel, adieu salons mondains, place à l’ire vengeresse. Princière. Acidulée.

 

Et il croit qu’avec la presse, il peut faire valser têtes et bustes ainsi qu’en son empire municipal, ici un courtisan, là un laquais, partout le grand miroir de la servilité. Et si, par mégarde, il n’a pas eu accès à tous les libelles que d’odieux plumitifs ont cru bon de rédiger à son endroit, alors il a droit à de hautes âmes, directement de la Tour Baudet, pour les lui signaler. Entre malmenés, on s’entraide.

 

Le problème, c’est que la presse est libre. Et ne le demeurera que tant qu’elle se battra. Pour sa dimension critique. Contre l’esprit de cour. Contre le sirupeux empire des cocktails. Elle ne s’use, cette liberté-là, que lorsqu’on ne s’en sert pas. Que cela plaise au prince. Ou que cela lui déplaise.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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07/11/2010

La mort de Charles de Gaulle – Je me souviens

 

Dimanche 07.11.10 - 18.28h

 

Il y a quarante ans, le 9 novembre 1970, Charles de Gaulle s’éteignait brutalement d’une rupture d’anévrisme, le soir, chez lui, alors qu’il tentait une réussite aux cartes. Ce que je faisais ce soir-là, je ne m’en souviens pas, et pour cause : ce n’est que le lendemain que le monde apprenait la nouvelle. La journée dont je me souviens comme si c’était hier est donc celle du 10 novembre 1970. J’avais douze ans et quelques mois. J’étais en cinquième (l’équivalent de la huitième), la deuxième année de l’école secondaire.

 

A midi, je rentre de l’école. Ma mère arbore un visage de marbre, celui des mauvais jours, elle me dit qu’un « grand homme vient de nous quitter », je comprends tout de suite de qui il s’agit. Depuis la présidentielle de décembre 1965, première du genre au suffrage universel, je suivais avec passion la politique française : événements de Mai 68, départ de De Gaulle en avril 1969, présidentielle (bien fade !) de 1969 entre Pompidou et Poher, etc. La France s’était donné un nouveau président, homme de valeur, nous savions que de Gaulle s’était retiré, qu’il était allé en Irlande juste après son départ, puis en Espagne (voir Franco !) en 1970.

 

Et moi, de mes douze ans, je me demandais souvent à quoi ce retraité employait ses journées, si ce n’est la rédaction de ses Mémoires. Nous nous disions que, peut-être, l’ermite de Colombey reviendrait une fois encore sauver la France, comme en 40, comme en 58. Hélas, nous étions là dans des années heureuses, les Trente Glorieuses, le plein emploi, et rien de pire que le bonheur pour un homme du destin. Cette France-là, deux ans après 68, ne s’ennuyait même plus, elle s’emmerdait carrément à cent sous l’heure, Pompidou était un gestionnaire du bonheur bourgeois, une sorte de Guizot de « l’Enrichissez-vous », il n’était même pas encore malade, les chocs pétroliers ne pointaient pas encore à l’horizon.

 

Moi, je jouais avec mon ami Bertrand, je lisais « Le Monde » à la Bibliothèque municipale, mais aussi Zola et les Pieds Nickelés. Et l’hiver, j’engloutissais les murs de Tortin et du Mont-Gelé, jusqu’à trois ou quatre fois par jour. Mon héros absolu, en cette année 1970, s’appelait Bernhard Russi, qui avait remporté la descente des championnats du monde, en février, à Val Gardena. A midi, ce 10 novembre, nous avons mangé devant la télévision française (noir blanc), édition spéciale bien entendu, je me souviens très bien de gens, dans les rues de Paris, qui regardaient, à travers la vitrine, la mort de De Gaulle dans des magasins de TV, qui diffusaient les programmes.

 

L’après-midi, à l’école, je ne m’en souviens pas. Mais le soir, prodigieuse soirée spéciale, toujours à la TV, qui avait évidemment eu le temps de préparer ses archives. Er cette soirée, avec la rétrospective de la vie du grand homme, je l’ai enregistrée sur mon Sonny noir, seulement la partie sonore bien sûr. Et cette cassette-là, qui était orange, j’ai bien dû l’écouter dix sept mille fois dans ma vie de jeune homme. Elle doit être encore quelque part, dans un carton.

 

Le surlendemain, notre professeur de mathématiques, René Ledrappier, un enseignant d’exception, qui était le père de mon ami Bertrand, prenait congé pour aller à Colombey, aux funérailles. Son père à lui, lieutenant de chars, était tombé face aux Allemands lors de la percée des Ardennes, en mai-juin 1940. Je me souviens enfin que, M. Ledrappier s’étant absenté, nous eûmes ce jour-là, pour les mathématiques, un remplaçant prénommé Zénobe.

 

Le week-end suivant, dans une librairie d’Annemasse, mon père, à ma demande, m’offrait, dans la collection bleue de chez Plon, les Mémoires de Guerre. Je lui en suis infiniment reconnaissant. Ce fut l’un des plus beaux de tous mes cadeaux. Ultime souvenir : ma mère m’acheta le numéro spécial de Paris Match, qui ne m’a jamais quitté, ne me quittera jamais, et où se trouve le plus grand article jamais écrit par un journaliste : la description de la journée des funérailles par Jean Cau. Avec cette dernière phrase : « Il est vivant ».

 

Pascal Décaillet

 

 

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L'épicène c'est bien, l'orthographe c'est mieux

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05/11/2010

Quand MM Tornare et Daniélou dérapent

 

Sur le vif - Vendredi 05.11.10 - 16.51h

 

Il y a quelques jours, l’UDC a publié des thèses sur l’école. Il est bien normal que le premier parti de Suisse (près de 30% aux élections fédérales d’octobre 2007) s’intéresse aux questions de formation, à l’avenir de nos enfants, à la place de l’école dans la cité. N’est-ce pas là l’une des premières préoccupations des habitants de notre pays ?

 

Ces thèses, assurément, vont dans un sens conservateur : on ne s’attendait tout de même pas à y trouver l’exaltation du socioconstructivisme, le panégyrique de Bourdieu, la louange des méthodes globales ou des pédagos en sandales. L’UDC est un parti de tradition, elle propage des valeurs de tradition, c’est bien le moins.

 

Ce qui est ahurissant, c’est la violence, dans les débats et les interviews, des adversaires de ce catalogue de propositions. Ici, c’est l’arrogant mépris d’Isabelle Chassot, présidente de la CDIP (Conférence des directeurs de l’Instruction publique, donc tenancière en chef du système actuel). Là, surtout, ce sont, hier matin, les remarques totalement déplacées de deux personnalités : Manuel Tornare, membre de l’exécutif de la Ville de Genève et député ; Jacques Daniélou, président de la Société pédagogique vaudoise.

 

Chacun de ces deux hommes participait, hier matin, à un débat radiophonique. Sur la RSR, Jacques Daniélou affrontait Oskar Freysinger. Sur Radio Cité, Manuel Tornare était opposé à Antoine Bertschy, député UDC et président de la Commission de l’enseignement au Grand Conseil. Et quasiment au même moment, à quelques minutes d’intervalle, MM Tornare et Daniélou, parlant de l’UDC, se sont crus obligés de raviver l’éternelle référence au nazisme. Vous prônez « l’école brune », lance Daniélou à Freysinger, mais aussi « la séparation des races » (celle de l’apartheid, et non de Ramuz), et même, dixit le syndicaliste scolaire, « la purification ethnique ! ».

 

M. Daniélou, qui est un homme de culture, sera le premier, a posteriori, à reconnaître qu’il a dérapé. On peut combattre un parti, même durement, on n’est pas obligé pour autant de convoquer à chaque fois les chemises brunes et le Troisième Reich. Nous aussi, M. Daniélou, avons lu Thomas Mann, ses frères Heinrich et Klaus, nous avons dévoré les grands auteurs allemands des années vingt et trente, nous avons étudié la montée du nazisme, dans la littérature, par l’excès du langage et tout un système de fusibles qui sautent. Dix-mille fois, nous nous sommes récité le sublime « Deutschland, bleiche Mutter » de Brecht. Mais, désolés, l’UDC, ça n’est pas encore exactement le nazisme. C’est un parti conservateur, oui, il aurait pu être celui de Franz Josef Strauss. En aucun cas, celui de Hitler. Donc, soyez gentil, affrontez M. Freysinger avec des arguments, et laissez les chemises brunes dormir dans les poubelles de l’Histoire.

 

Quelques minutes plus tôt, sur Radio Cité, un Manuel Tornare totalement décevant se livrait à peu près au même exercice face à un Antoine Bertschy qu’on aurait aimé un peu plus pugnace. Et Tornare qui moralise, et Tornare qui paternalise, et Tornare qui fait la leçon, et qui colore en brun les arguments de son contradicteur. Un moment très pénible pour tous ceux qui apprécient l’intelligence de l’homme. L’ancien directeur de collège aurait-t-il trop longtemps blanchi sous le harnais de l’instruction genevoise à la mode socialiste pour arriver à saisir l’existence d’autres modes de pensée, en matière scolaire ? Serait-il, finalement, un apparatchik socialiste au milieu des autres ?

 

Lorsque les références au nazisme auront enfin laissé la place à la confrontation démocratique des idées, on se rendra compte qu’il y a des propositions intéressantes dans le catalogue de l’UDC. Une chose est sûre : le premier parti de Suisse ne fait que commencer à empoigner cette question-là. Moteur de la droite, il possède la masse critique pour en faire un enjeu national. Il y en a pour des années. Qui pourraient être celles, en Suisse, d’une révolution conservatrice.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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03/11/2010

Le Conseil d’Etat bafoue la séparation des pouvoirs

 

Sur le vif - Mercredi 03.11.10 - 16.42h

 

Suite à la récusation du juge Delieutraz, le Conseil d’Etat genevois vient de publier, sous la signature de François Longchamp, un communiqué déplorant l’interruption du procès. Déjà, ce titre « Le Conseil d’Etat déplore », où un exécutif vient fourrer son nez dans une décision de justice, est pour le moins étonnant.

 

Mais le cinquième paragraphe de ce communiqué, lui, constitue clairement une atteinte au principe fondamental de séparation des pouvoirs : « Le Conseil d’Etat entend que le pouvoir judiciaire agisse avec détermination afin que le procès des anciens dirigeants de la BCGe et des réviseurs se tienne ».

 

A François Longchamp, toujours fier de se réclamer des Lumières, on se réjouira d’offrir sans tarder un exemplaire de « L’Esprit des lois ». Et un rappel des trois grands ordres, bien distincts, qui fondent une démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2010

Et si on abolissait Carlo Sommaruga ?

 

Sur le vif - Mardi 02.11.10 - 10.56h

 

On savait, depuis Mallarmé, qu’il fallait abolir les bibelots d’inanité sonore. On a aussi aboli l’esclavage, la peine de mort, René Longet tente jour après jour d’abolir la rhétorique, Romain de Sainte Marie parvient à abolir l’ennui, Nicolas Sarkozy a aboli la dignité présidentielle, c’est dire la puissance de dissolution dont les humains sont capables.

 

Depuis ce week-end, le parti socialiste suisse, gouvernemental depuis 1943, qui donna à notre pays de grands hommes comme Hans Peter Tschudi, a cédé à ses pires sirènes, ses pires tentations historiques, celle de la candeur pacifiste par exemple. Il se refera peut-être une santé auprès de ses militants, mais il perd désormais toute crédibilité gouvernementale. Il n’a plus rien à faire au Conseil fédéral.

 

En abolissant le droit de la Suisse à se forger une forme (certes à réinventer) de défense, le PSS s’abolit lui-même comme parti responsable. Les électeurs jugeront.

 

Quant à Carlo Sommaruga, pour qui il faut abolir l’armée « au plus vite » (l’armée suisse, bien sûr, par celle des guérilleros qu’il soutient de par le monde), on devrait lui offrir un petit traité d’autodissolution. S’abolir soi-même, n’est-ce pas le stade ultime du parti de la rose ? N’avoir vécu, faute du Grand Soir, que l’espace d’un matin.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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01/11/2010

Les socialistes genevois veulent faire désormais dans l'humour - Le nouveau look de René Longet

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Les socialistes suisses et la très grande pauvreté de la presse en Suisse romande

 

Sur le vif - Lundi 01.11.10 - 11.06h

 

En inscrivant à son programme l’abolition pure et simple de toute forme de défense nationale, le parti socialiste suisse (cf notre texte d’hier, 15.39h) s’est clairement disqualifié comme parti gouvernemental. Depuis des décennies, le consensus autour de l’existence d’une armée (certes à réformer !) constituait l’un des rares socles communs aux quatre partis représentés au Conseil fédéral (UDC, radicaux, PDC, socialistes).

 

Ensuite, on pouvait discuter, y compris avec une très grande audace réformatrice : conscription obligatoire ou non, armée professionnelle, réduction des effectifs, fin des chars, armes à l’arsenal, définition moderne du danger, etc. etc.). Mais la nécessité, pour notre pays, d’assumer lui-même sa sécurité était partagée par l’ensemble de la coalition gouvernementale. Aujourd’hui, le PSS casse cela. Il se met lui-même hors-jeu.

 

J’ai moi-même accompli quelque 500 jours d’armée, n’ai jamais été ni fana du treillis, ni antimilitariste. Comme l’immense majorité de mes concitoyens, j’ai fait mon boulot, regretté les heures perdues, souhaité une modernisation qui n’est intervenue qu’une fois l’âge, pour moi, passé. Pendant toute l’année 1990, j’ai siégé dans la commission Schoch (du nom d’Otto Schoch, ancien conseiller aux Etats, PRD, AR, un homme remarquable), visant à réformer l’armée suisse. Tous ceux avec qui j’ai travaillé, de Martin Kilias à Uli Windisch, de Francine Jeanprêtre à Eugen David, vous confirmeront que nos ambitions réformatrices n’ont, hélas, pas été suivies d’effets. Les esprits n’étaient pas mûrs.

 

Aujourd’hui, l’armée suisse se porte mal. Parce que nul – en tout cas pas l’actuel ministre de la Défense, complètement dépassé – n’arrive à lui fixer une mission précise, crédible, identifiable par le grand public. On reconnaît que le temps de la guerre frontale est révolu, mais on maintient les chars, on demande de nouveaux avions de combat sans expliquer à quoi ils servent, on envoie les soldats damer les pistes de ski, ce qui est un pur scandale, la conciergerie de la neige n’étant pas le rôle d’une armée. Au parlement fédéral, d’étranges alliances, entre la gauche et l’UDC, font capoter les projets. Au final, plus personne n’y comprend rien, ce qui doit être totalement démoralisant pour les jeunes gens qui, à 20 ans, arrivent sous les drapeaux.

 

Malgré tout cela, l’abolition pure et simple serait folie. Pourquoi ? Mais parce que l’Histoire est tragique, parce que nul ne sait ce que demain nous réserve, parce que nulle paix, nulle prospérité, nulle quiétude, ne sont éternelles. Parce que le retour de la barbarie, du langage de la force, est toujours possible. Surtout, parce que nulle communauté humaine, si elle souhaite demeurer debout, ne peut renoncer à assumer elle-même sa sécurité. Si elle la délègue à un autre, elle lui en sera redevable. Cela, même les sociaux-démocrates l’ont compris. Il n’y a eu que l’ahurissant Congrès de Lausanne pour le briser. Les socialistes, de facto, ne sont plus un parti gouvernemental.

 

Un dernier point concerne la presse en Suisse romande. Ce matin, dans vos éditoriaux (en tout cas ceux de l’arc lémanique), on découvrira, au mieux, de prudentes analyses, bien gentilles, bien douces, bien timorées, pour nous expliquer le « repositionnement » des socialistes. On trouve même ça plutôt bien, en vue des élections d’octobre 2011. Mais ces mêmes éditorialistes, qui n’ont cessé de fustiger le « double langage », gouvernement-opposition, de l’UDC, là, face au PSS, perdent soudain tout ce qu’ils avaient de voix, de verve, de sens critique, de venin. Décidément, l’univers éditorial romand est bien sage et bien fade. Il demeure écrasé par un gentil consensus de centre-gauche. La vision conservatrice du monde, pourtant de plus en plus portée par l’opinion publique, n’y a pas sa place. Mais c’est une autre affaire. Sur laquelle nous aurons, dans ces colonnes, l’occasion de revenir.

 

Pascal Décaillet

 

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31/10/2010

Le parti de l’étranger

 

Sur le vif - Dimanche 31.10.10 - 15.39h

 

Ce week-end à Lausanne, le parti socialiste suisse est officiellement devenu ce qu’il était déjà, dans les faits, depuis longtemps : le parti de l’étranger. Définitivement, un parti hors-sol, totalement déconnecté des préoccupations du peuple suisse. Un parti qui renoue avec le pire de son idéologie : un pacifisme béat, un européanisme mouton.

 

Il ne s’agit pas ici de défendre l’armée de grand-papa, ni celle des chars, ni celle des colonels membres de conseils d’administration, ni celle, à tout prix, de la conscription obligatoire. Mais la Suisse a besoin d’une armée, certes réformée de fond en comble, moins nombreuse, plus efficace. Mais une armée quand même ! Tous les pays de cette terre en ont une. Tous ont le droit – et le devoir, s’ils veulent survivre – d’assurer eux-mêmes leur sécurité. La déléguer à un tiers, c’est le renoncement, le déclin, la satellisation. Cela, à peu près tout le monde en convient, à commencer par la quasi-totalité des partis socialistes ou sociaux-démocrates du monde. Tous, sauf les socialistes suisses.

 

En acceptant par 253 voix contre 159, au Congrès de Lausanne, l’amendement du PS St-Gall Ville demandant l’abolition de l’armée, en inscrivant cette aberration à leur programme, les socialistes cessent de facto d’être un parti gouvernemental, ils rompent avec un socle commun fondamental – l’un des rares – du collège exécutif fédéral. Ils se laissent emporter par la grande tentation – et la funeste erreur – du Jaurès d’avant 1914, celle du pacifisme à tout prix. Oh certes, Dieu merci, la Suisse de 1910 n’est pas la France de ces années-là, nous n’avons ni Alsace, ni Lorraine à récupérer, ni contentieux territorial avec nos voisins, et c’est tant mieux. Mais d’autres formes de menaces existent, plus diffuses, par exemple le danger terroriste. Ne pas s’en rendre compte serait criminel.

 

Ainsi donc, les régiments d’honneur, sur les tarmacs, devront désormais saluer, lorsque Mmes Calmy-Rey ou Sommaruga s’y rendront pour accueillir des hôtes étrangers, des ministres émanant d’un parti qui veut détruire l’armée. Non, cela n’est plus possible, en assumant une telle position, les socialistes ne peuvent plus rester au Conseil fédéral. Les trois autres partis qui y sont représentés auront-ils le courage de s’unir pour les pousser dehors ? Les éditorialistes, si prompts à dénoncer le double jeu gouvernement-opposition de l’UDC, auront-ils la cohérence d’appliquer la même condamnation aux socialistes ?

 

Avec ses incessantes courbettes, dans le récent contentieux fiscal, à nos chers voisins européens qui ne voulaient que récupérer des milliards venus chez nous à cause de leur politique confiscatoire, avec son exigence (au même Congrès de Lausanne) de lancer sans tarder des négociations d’adhésion à l’UE (cadet des soucis des Suisses), avec l’adieu officiel à des armes dont la Suisse n’a pas à rougir, le parti socialiste est devenu le parti de l’étranger. Le parti de la défaite et du renoncement. Il n’a absolument plus sa place au Conseil fédéral.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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28/10/2010

Faites l’amour, avec Olga ou Romain !

 

Sur le vif - Jeudi 28.10.10 - 16.22h

 

Ils arborent le sourire, aiment la vie, la rue, l’action, l’événement. Ils ne siègent pas, ils sont debout. Les murs, ils les font voler en éclats. Les radiateurs, ils les fuient, parce que la chaleur, ça engourdit. La politique, ils vont la vivre dehors, comme on court la gueuse, ils fondent vers les gens, leur parlent, les touchent. Et même, ce matin, place du Molard, ils leur faisaient des câlins et leur distribuaient des préservatifs !

 

Ils s’appellent Romain de Sainte Marie (quelle puissance, dans ce nom) et Olga Baranova, ils sont un peu cinglés, débordent d’imagination. Ils sont jeunes socialistes. Oui, vous m’avez bien entendu : ils sont socialistes et ne donnent pas envie de se pendre, ni d’écouter la prière aux agonisants. Ils donnent juste envie de vivre, de rire, ils transmettent de l’affect et pas seulement des idées. On dira que ce sont des populistes de gauche, eh bien va pour ce populisme-là, pour ma part je prends !

 

Des câlins ! Ils vont vers les gens, et les embrassent ! Tout cela, pour militer contre l’ouverture prolongée des commerces (votation cantonale du 28 novembre). « Faites l’amour, pas les magasins ! ». C’est simple, clair, antinomique comme la glace et le feu, tout le monde comprend, nul besoin de principales, de subordonnées, d’enchevêtrement démonstratif, nul besoin de regrets, de tristesse, de pleureuses. Juste prendre la vie, là où elle est. Et la vivre.

 

Bravo, les jeunes socialistes ! Vous ne siégez pas, vous êtes debout. Restez, toute votre vie, dans cette position. C’est la seule qui vaille.

 

Pascal Décaillet

 

 

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26/10/2010

François Longchamp plus libyen que la Libye !

 

Sur le vif - Mardi 26.10.10 - 13.56h

 

Comme nous le pressentions dès le début, le président du Conseil d’Etat genevois, dans l’affaire de l’affiche MCG, s’est montré plus royaliste que le roi, plus libyen que la Libye, plus kadhafiste que le dictateur de Tripoli lui-même.

 

Dans un courrier recommandé adressé hier, 25 octobre 2010, à l’attention de M. Thomas Harnischberg, chef du service droit, inspection et tâches spéciales au Département fédéral de justice et police, le Ministère public de la Confédération, sous la signature de Laurence Boillat, procureure fédérale suppléante (cf notre dernière contribution), écrit ceci : « Il convient de rappeler que, dans les cas d’outrages aux Etats étrangers selon l’article 296 CP, le Conseil fédéral n’ordonne la poursuite que si la demande en est faite par le gouvernement de l’Etat étranger. A la connaissance du MPC, l’Etat libyen n’a, à ce jour, formulé aucune demande en ce sens ».

 

Donc, François Longchamp aura, dans cette affaire, agité unilatéralement, et par angoisse anticipée, une demande de censure sans que l’Etat libyen ne se soit officiellement manifesté. Le peuple genevois, le peuple suisse, humiliés pendant des mois par les caprices du dictateur, apprécieront.

 

Pascal Décaillet

 

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L’étrange précipitation du Ministère public de la Confédération

 

Sur le vif - Mardi 26.10.10 - 11.43h

 

Pour une fois dans leur vie, ils ont agi comme l’éclair. Plus rapides que leur ombre. Saisi le jeudi 21 octobre par le Conseil d’Etat genevois dans l’affaire de l’affiche MCG représentant le dictateur libyen Kadhafi, le Ministère public de la Confédération décrétait le lendemain même, vendredi 22 octobre, sous la signature de Laurence Boillat, procureure fédérale suppléante, le séquestre de cette affiche.

 

Quelle célérité, Madame Boillat ! Chapeau. Jamais vu ça. Une nuit de réflexion, à Berne, et paf, le séquestre. Jusqu’ici, le Ministère public de la Confédération (instance dont Christoph Blocher a payé de son poste le culot d’en avoir mis en question le fonctionnement) était réputé, au-delà des frontières, pour la lourdeur et la lenteur de ses procédures.

 

Question : si la dénonciation avait émané, non du Conseil d’Etat genevois, mais d’un simple quidam, vous ou moi, et avait porté sur l’outrage à un autre chef d’Etat que le bienfaiteur du désert, des infirmières bulgares, des otages suisses et des passagers de Lockerbie, combien de temps la procédure du MPC aurait-elle duré ?

 

Dans cette affaire, où la séparation des pouvoirs s’évanouit d’un coup au profit d'une raison d’Etat sur laquelle on aimerait au moins quelques précisions, les « autorités », au sens large, au reste scandaleusement confondues les unes avec les autres, se foutent du monde.

 

En l’espèce, il y a trois autorités bien distinctes. Le Conseil d’Etat genevois, qui veut censurer l’affiche. L’exécutif fédéral, à Berne, qui le veut aussi. Le Ministère public de la Confédération, qui s’empresse immédiatement d’aller dans leur sens, à l’issue d’une très courte nuit, le lendemain même des démarches.

 

Il y a, dans tout cela, quelque chose qui pue. Quelque chose de pourri. Et les grands airs de donneur de leçons de François Longchamp n’y pourront rien changer. Cela s’appelle censure. On compte sur la majorité de l’opinion, celle des équilibres et des barbichettes par lesquelles on se tient, pour faire passer la pilule. Que le Ministère public de la Confédération soutienne ce tour de passe-passe avec une fulgurance chronologique qu’on ne lui a jamais connue en d’autres circonstances, achève de décrédibiliser cette institution. Et donne raison, a posteriori, à un ancien conseiller fédéral qui avait eu la fatale témérité d’aller y fourrer son nez.

 

Pascal Décaillet

 

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25/10/2010

Chef d'Etat très souvent outragé - Que fait M. Longchamp ?

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22:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Garde noire, nuits blanches

 

Sur le vif - Lundi 25.10.10 - 09.06h

 

Ce matin, sur Radio Cité, pour donner la réplique à Soli Pardo, non pas François Longchamp, mais sa Garde noire. Réplique ? Pas exactement : il n’y eut pas débat, mais succession de prises de parole.

 

La Garde noire, c’est le secrétaire général adjoint du Département. Je ne dirai pas son nom, car je dois protéger sa personnalité. C’est ce que m’a aimablement demandé, un jour, son supérieur, le secrétaire général tout court, un homme totalement inconnu au bataillon, disons le chaînon invisible entre le magistrat élu et l’adjoint de l’adjoint.

 

Et c’est cela qui me titille. Le secrétaire général tout court, qui est supérieur au secrétaire général adjoint, strictement personne ne le connaît, il ne monte jamais au front. Si ce n’est, par lettre courtoise, pour appeler à la protection de la personnalité (évidemment en grand danger) du secrétaire général adjoint, alias la Garde noire. Une aspirine ?

 

Le secrétaire général adjoint est un homme de valeur. Dont il s’agit de protéger la personnalité. Des fois qu’elle exploserait en vol. Donc, pour résumer, il y a un conseiller d’Etat, qui monte au front quand ça l’arrange, un secrétaire général totalement inconnu au bataillon, et un secrétaire général adjoint, alias la Garde noire, qui affronte très volontiers micros et caméras. Mais dont il ne faut pas parler. Car il faut protéger sa personnalité.

 

C’est comme si je vous disais : « Je ne suis hélas pas disponible, mais voyez avec l’adjoint de mon adjoint. Car mon adjoint tout court est trop inconnu au bataillon. L’adjoint de mon adjoint, lui, faites-lui confiance, il connaît tous les dossiers ». Alors, va pour l’adjoint au carré, sauf que du coup, l’adjoint tout court vous invite à respecter la personnalité de l’adjoint de l’adjoint. Alias la Garde noire.

 

Pas simple, le Département Longchamp. Dans ce jeu de cagoules, masques et bergamasques, le marivaudage (qui n’est pas sans séduction) le dispute au culte de l’ombre. Peut-être est-ce là l’une des tâches de l’adjoint de l’adjoint, qui a en fait plus de pouvoir que l’adjoint tout court. Et dont il s’agit de maintenir le nom secret. Car il faut protéger sa personnalité.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

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22/10/2010

Kadhafi veut détruire la Suisse

 

Sur le vif - Vendredi 22.10.10 - 15.05h

 

La Suisse doit être rayée de la carte, et ses régions linguistiques réparties entre voisins. C’était, le 3 septembre 2009, le dessein du colonel Kadhafi, la requête devant être déposée 12 jours plus tard devant l’Assemblée générale de l’ONU.

 

Quelques semaines plus tôt, en juillet 2009, lors du G8, Kadhafi déclarait que la Suisse était « une mafia mondiale, et non un Etat ». Et il ajoutait : « La Suisse est formée d’une communauté italienne qui doit retourner (sic !) en Italie, d’une communauté allemande qui doit retourner (sic !) en Allemagne, d’une communauté française qui doit retourner (sic !) en France.

 

Tout cela s’appelle vouloir détruire la Suisse. Le colonel lui-même, qui a sans doute le courage de ses opinions, ne le renierait pas. C’est un fait, très clair.

 

« Il veut détruire la Suisse », ce sont précisément les cinq seuls mots mis en légende à la photo de Kadhafi, noyée dans une mise en page qui relève du fatras, sur l’affiche du MCG.

 

« Il veut détruire la Suisse », c’est exact. C’est un fait. Le dire ne relève ni du Code pénal, encore moins d’un quelconque article 296. Cela relève d’une appréciation sémantiquement exacte des propos du colonel, en juillet 2009 lors du G8, puis le 3 septembre de la même année en prévision de l’Assemblée générale de l’ONU.

 

Oui, le colonel Kadhafi veut détruire la Suisse.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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