15/01/2011

Libéraux genevois : un parfum nommé « Venin »…

 

Sur le vif - Samedi 15.01.11 - 19.11h

 

A Genève, c’est connu, les libéraux s’aiment entre eux. Torride. Limite charnel. D’ailleurs, « amour », ça se dit « love », et justement, ils se lovent tellement ils s’aiment. Comme des vipères au fond d’un panier. Vous pouvez relire tout Mauriac, Thérèse, le Sagouin, tout Racine aussi, tout Bazin et toutes ses histoires de Folcoches, vous n’aurez jamais le dixième des fureurs intestines, chez les libéraux.

 

Je sais, Frère lecteur, ce que tu penses. Tu te dis que, si j’avance ça, comme ça, un samedi en fin d’après-midi, un de ces jours où l’hiver ressemble à l’été, la trahison à la fidélité, la Tunisie à une démocratie, c’est que j’ai bien quelques miettes de biscuit. Un petit exemple. Ca tombe bien : j’ai.

 

Mercredi dernier, 12 janvier, 11.11h, un député libéral saisit la Commission des finances de trois questions délicieusement assassines sur le fait d’avoir équipé la Police genevoise de téléphones portables iPhone. On sait à quel point le principe des « questions », en technique parlementaire, permet de tenir la dague en se drapant dans l’apparence de la candeur. D’autant que le texte du député rappelle à quel point ces téléphones ne sont pas fiables pour une police.

 

Ce qui est amusant, c’est que les conseillers d’Etat concernés sont Mark Muller pour l’approvisionnement, mais aussi Isabel Rochat, comme ministre de tutelle de la Police, l’un et l’autre libéraux. Honneur, donc, à ce député pour sa très grande distance face à son propre parti.

 

Ca n’est pas tout. Le surlendemain, jeudi 13 janvier, 14.09h, le président du Grand Conseil, qui se trouve être libéral, rend public un communiqué où il s’exprime son mécontentement face au rôle du Conseil d’Etat dans la rédaction de la brochure explicative sur l’amnistie fiscale (votation cantonale du 13 février 2011). Il se trouve, bien sûr par hasard, que l’homme visé, président du Conseil d’Etat, s’appelle Mark Muller. Et qu’il est libéral.

 

Ce même jeudi 13 janvier, 21.16h, mon estimé confrère Marc Moulin nous annonce en ligne, sur le site de la Tribune de Genève, que l’ancien député libéral Jean-Michel Gros prépare un recours auprès de la Chambre administrative de la Cour de justice au sujet de cette brochure. On y apprend aussi que le député Olivier Jornot, auteur du projet d’amnistie, et accessoirement libéral, juge « déloyal » le comportement du Conseil d’Etat dans cette affaire de brochure.

 

Petits meurtres entre amis ? Oui. Chez ces gens-là, on a la lame intestine, l’esprit de famille, le meurtre rituel, l’extase silencieuse. Ce qui serait vraiment fou, c’est que le député libéral ayant posé la question sur les iPhone et le président du Grand Conseil ne soient qu’une même personne. Ce qui tournerait au délire théâtral, c’est que cette seule et unique personne soit, par hasard, régulier compagnon et commensal de Jean-Michel Gros. Par exemple, en début de semaine. Au royaume des vipères, le venin est roi. Au royaume des couleuvres, on avale. Dans l’empire des signes, on ouvre grands les yeux. On retient son souffle. Et on admire.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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13/01/2011

Pierre Maudet à la Culture ?

 

Sur le vif - Jeudi 13.01.11 - 12.14h

 

Pierre Maudet ne s’en cache même plus : il reprendrait très volontiers, en cas de réélection ce printemps, le Département municipal de la Culture, en Ville de Genève, depuis vingt ans aux mains des Verts (Alain Vaissade, puis Patrice Mugny). Un défi, à coup sûr, à la mesure de son envergure, sa vision, sa capacité réformatrice, sa puissance de travail. « Vingt ans après », c’est le titre d’un roman, au reste superbe, c’est aussi le signal de l’alternance nécessaire.

 

Car il y en aura du boulot, avec ou sans Maudet, quel que soit le repreneur. Oh, bien sûr, si on se contente de la propagande émanant de l’entourage du magistrat sortant, on se laisse, sans broncher, enfiler dans les neurones l’image d’un monde « parfaitement géré » (sic !), où tout ne serait qu’ordre et beauté, cosmos, Nirvana, tous beaux, tous gentils, pas un traître sou jeté par le moindre soupirail. Au Musée d’Art et d’Histoire, au Grand Théâtre, entente parfaite, cœurs purs. Galaxie des nimbes. Archanges et séraphins, main dans la main. Nus, avec juste l’épée comme cache-sexe.

 

Il se peut que la réalité soit un peu moins idyllique. Il se peut que l’ambiance, notamment dans les deux établissements cités plus haut, ait parfois davantage enrichi les pharmas productrices de Prozacs et autres antidépresseurs que le débat artistique. Quant à l’aspect financier, le Département de la Culture est doté d’un tel pactole, chaque année, qu’il confère à ses gestionnaires et apparatchiks un pouvoir sans précédent pour nommer, révoquer, copiner, distribuer postes et prébendes, développer un réseau de clientélisme sans pareil. Pour cette raison aussi, l’alternance est souhaitable.

 

Le repreneur, quel qu’il soit, aura un droit, et même un devoir, d’inventaire. Attention ou ouvrant les placards ! Chaque poste, en haut lieu, est-il vraiment justifié par l’intérêt public ? De rafraîchissantes découvertes ne sont pas à exclure. La vie est peine d’enseignements. Sachons les cueillir, l’âme vierge et frémissante, comme la rosée du matin.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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11/01/2011

Roger de Weck et l’hystérie des Lumières

 

Commentaire publié dans les pages "Débats" du quotidien "Le Temps", mardi 11.01.11

 

 

Un beau matin, dans les colonnes du Temps (édition du mardi 4 janvier 2011), Roger de Weck s’est mis à parler des Lumières, avec un grand L, sans doute celles de Diderot et Voltaire, et il a tellement répété ce mot incantatoire qu’en lieu et place des Lumières, c’est un sautillement de cabris qui s’est pressé à nos yeux. Les cabris du général de Gaulle, quand il parlait de l’Europe. Amusant hasard, le nouveau patron de la SSR se trouve être un partisan acharné de l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne : l’Europe, les Lumières, à quoi s’ajoute une dévotion liturgique aux mots « service public », balancés dans le discours comme vertu d’Evangile, arche sainte, inattaquable. Munie de tous les pouvoirs : vous murmurez « service public », et voilà les écrouelles touchées, le mal répudié. Il est vraiment très fort, Roger de Weck. Un magicien.

 

Une page entière du Temps, mardi dernier, pour dessiner, au compas et à l’équerre, une vision théorique, métallique, désincarnée, du monde des médias en Suisse. Manichéenne, aussi, tant suinte, sous la plume de l’admirateur des Lumières, la haine de tout ce qui viendrait du privé, la diabolisation de la publicité, le sentiment d’arrogance et de supériorité du Mammouth dûment engraissé par la redevance, face à la fragile constellation des petits, moins gâtés, devant infiniment plus se battre pour survivre. Venant d’un homme qui a dirigé des journaux aussi prestigieux que « Die Zeit » ou le « Tages Anzeiger », dont je ne sache pas qu’ils fussent issus de fonds publics, on appréciera l’opportune souplesse de la reconversion, tout chemin de Damas ayant son épisode de « Lumière », ça se tient.

 

Citées cinq fois dans la seule première colonne, les Lumières nous éblouissent à toutes les sauces : elles seraient non seulement à l’origine du débat démocratique, mais même à celle de la satire ! Laquelle, c’est bien connu, n’existait ni dans l’Antiquité, ni au Moyen Âge, ni à l’époque de Molière, qui a commis l’imprudence de naître un siècle trop tôt. Proposer, dans le même texte, l’apologie de la satire et celle de « la force tranquille des bons arguments », nous promet de passionnants débats, sous le règne éclairé de M. de Weck, sur la définition du bon argument, ce qui relève du bon goût et de l’outrecuidance, ce qui profile la ligne jaune dans la géométrie du bien penser. En démolissant, la semaine dernière, au micro de mon confrère Simon Matthey-Doret, le matin à la RSR, MM Sarkozy et Berlusconi, en estimant heureux que la Hongrie soit dans l’Union européenne, le nouveau patron de la SSR a d’ailleurs inventé un nouveau concept, rafraîchissant, de la part du premier commis d’une radiotélévision d’Etat : celui de neutralité pour le moins engagée.

 

En clair, le texte de Roger de Weck inspire une inquiétude majeure : celle que, sous couvert de bons sentiments, jetés sur le chemin comme autant de vertus théologales, sous couvert d’objectivité, le service dit « public », en Suisse, soit sournoisement pris en otage par une idéologie comme une autre. On connaît le profil politique du nouveau patron de la SSR, sa dévotion à l’Union européenne, son mépris envers le parti choisi par les Suisses comme premier aux dernières élections fédérales, toutes choses qui relèvent de son droit le plus absolu comme citoyen, mais qui ne sont pas trop censées se ressentir dans l’exercice de ses fonctions. Ainsi, ce combat contre la « polarisation » dans les débats : mais enfin, M. de Weck, si la Suisse est appelée, dans les vingt ans qui viennent, à se polariser, et peut-être le centre-droit à doucement s’estomper, au nom de quoi la SSR devrait-elle se parer, unilatéralement, de la mission de contrer cette réalité politique ? Exemple : la soupe qu’on est en train de faire d’Arena, à Zurich, en vérité pour diminuer le pouvoir d’influence d’un parti jugé (par qui, et de quel droit ?) plus digne de la nuit que de la Lumière.

 

Pour le reste, la Sainte Ecriture de M. de Weck reprend l’étrange dogme de la SSR seule capable, en Suisse, de proposer des services de qualité. Je suppose que cet homme de culture lit tous les jours le Temps, ou la NZZ, ce que je fais en tout cas pour ma part, et ces journaux, financés par le seul secteur privé, m’en apprennent au moins autant, sur la politique, l’économie, la culture, en Suisse, que bien des émissions de la SSR. Et tiens, nous nous réjouissons que l’homme des Lumières nous explique en quoi la diffusion de séries américaines, par exemple sur la TSR, doit émarger d’un organe financé par la redevance. Quant aux stations de radio et de TV privées, que manifestement M. de Weck ne connaît pas, je vous invite quand vous voudrez à comparer leur coût horaire (par exemple dans les émissions d’informations et de débats) avec ceux du Mammouth.

 

A lire le nouveau patron de la SSR, on demeure confondu par la somme d’énergie n’ayant au fond pour dessein, à l’instar de certaines constructions de Tinguely, que de sauver la raison d’être de la machine elle-même. Non ce qu’elle produit, mais l’outil en soi. Face à ce manifeste de survie, que doivent faire les médias privés, radio, TV, et (très bientôt !) sites internet multimédias ? Réponse : se battre. Montrer qu’ils peuvent faire aussi bien avec infiniment moins. Etre les meilleurs dans l’information de proximité, les débats citoyens, mais aussi la promotion de la culture, la vie sportive, associative. Et surtout, continuer de travailler dans la joie et l’enthousiasme, à quelques milliers de lieues marines des appareils et de leurs lourdeurs. La seule preuve, au fond, dans ce métier, est la preuve par l’acte. Aux grands desseins théoriques, ceux du compas et de l’équerre, il n’est pas vain d’opposer l’infatigable labeur de la fourmi. Loin des Lumières. Mais dans l’éblouissante obscurité de son artisanat. A jamais recommencé.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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08/01/2011

François Mitterrand – La grâce d’un homme

 

Sur le vif - Samedi 08.01.11 - 18.00h

 

Il y a juste quinze ans, François Mitterrand s’éteignait. Mon ami d’enfance, Bertrand Ledrappier, s’est rendu aujourd’hui au cimetière de Jarnac, où se sont pressés, de Martine Aubry à Ségolène Royal,  le ban et l’arrière-ban des héritiers putatifs, présomptifs, ceux qui croyaient au ciel, ceux qui n’y croyaient pas, ceux qu’irradia la grâce du Sphinx, ceux qui firent semblant. Ils étaient là, agrippés à la robe de traîne de l’Histoire, le regard figé sur 2012.

 

François Mitterrand était un homme d’exception. Je ne l’ai vu qu’une fois, en mai 1991, dans les jardins de la Villa Ciani, à Lugano, pour l’interviewer. Son charme avait opéré, sans égal. Cet homme est entré dans ma vie en décembre 1965, je ne le connaissais pas auparavant, bien qu’il fût déjà illustre, mais enfin j’avais sept ans et demi, et surtout c’est cette élection-là, première du genre au suffrage universel, qui propulse ce vieux briscard de la Quatrième dans tous les foyers munis d’un poste de télé. Le nôtre était noir et blanc, mettait une bonne minute à s’allumer, le même temps à s’éteindre. Les hôtes habituels en étaient Zorro et Thierry la Fronde. Mais là, en lieu et place de ces êtres de légende, nous eûmes droit aux spots de la campagne électorale. Lecanuet, Tixier-Vignancourt, Barbu, Marcilhacy, Mitterrand, et… de Gaulle, pour se succéder à lui-même.

 

Mes souvenirs de 1965 sont trop diffus. De la campagne de 1974, ma mémoire est extraordinairement précise, ne parlons pas de celle de 1981, qui sera celle de la victoire. Tant que de Gaulle était vivant, je n’aimais pas François Mitterrand. Je le considérais comme un imposteur, exactement ce à quoi m’avait conditionné l’ORTF, aux ordres du pouvoir. Même sous Pompidou, je n’imaginais pas que ce Rastignac pût devenir jamais un homme d’Etat. En 1974, j’allais vers mes seize ans, mon candidat était Chaban, hélas troisième, je me suis (à tort) désintéressé du deuxième tour.

 

Comme des millions de personnes, quelque chose, de l’ordre d’un lent et irréversible retournement, s’est produit en moi pendant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981). Très vite, les signaux orléanistes du locataire de l’Elysée, son détestable culte de la jeunesse, ses références au monde de l’argent, m’ont éloigné de ce nouveau pouvoir, avec lequel je reconnais avoir été, plus tard, très sévère, sans doute exagérément, le bilan de VGE n’étant certes pas le pire de la Cinquième République. Mais enfin, ce régime-là avait été fondé, en 1958, par une sorte de moine-soldat hors de toutes les catégories, que n’impressionnaient ni l’argent, ni les pouvoirs intermédiaires, ni la mode, ni le monde des puissants. Georges Pompidou (1969-1974) ne lui avait pas trop mal succédé. Là, avec ce svelte Guizot en voiture de sport, ça tournait à la catastrophe.

 

De quand date ma conversion à François Mitterrand ? Sans doute de la fin, déjà, de l’année 1974, ou alors tout début 1975. Elle a été conditionnée par plusieurs facteurs : mon rejet de Giscard, l’idée géniale de mes parents de m’abonner au Nouvel Observateur (quel hebdomadaire, en ce temps-là, quelle intelligence, avec Maurice Clavel à la chronique TV, Giesbert à la politique, Julliard à l’économie, Jean-Louis Bory au cinéma, et bien sûr les éditos de Jean Daniel !), et aussi par deux interventions décisives de François Mitterrand sur le petit écran.

 

La première (oui, c’est ce soir-là que je crois avoir basculé) fut la présence du Premier secrétaire du PS dans l’émission « Apostrophes », de Bernard Pivot. Il y parla de Chateaubriand, et, je crois, de Jules Renard et de Chardonne. Il ne dit pas un mot du socialisme, s’exprima fort bien sur la littérature, qui était ma grande passion, en un mot m’époustoufla. Au même moment, mon professeur de français, le Père Pierre Pascal, nous recommanda de lire « La Paille et le Grain », qui venait de sortir, ce que je fis immédiatement. A coup sûr, un style. Une sobriété, une simplicité, dans la pure tradition française, une sensualité de terroir, très éloignée des périodes majestueuses (et parfois sublimes) des « Mémoires de Guerre ». En lisant ce petit livre, je crois que je suis devenu mitterrandien. Pas socialiste : mit-ter-ran-dien.

 

L’autre intervention télévisée du chef de l’opposition, en plein règne de Giscard, est moins connue, et fut génialement ciblée : cet après-midi-là, je devais être en congé, ou peut-être malade, bref je me suis retrouvé avec ma mère à regarder « Aujourd’hui Madame », l’émission d’Armand Jammot qui, sur le coup de quinze heures, s’adressait aux femmes au foyer. Invité : François Mitterrand. Et là, que découvrons-nous ? Un homme simple, charmant et charmeur, très à l’aise avec les femmes, n’ayant surtout pas oublié qu’elles constituaient la moitié de l’électorat ! Exercice réussi, au-delà de toute mesure. Le diable d’homme nous avait eus.

 

Bref, sous Giscard, Mitterrand monte. Il a pour lui un hebdomadaire (le Nouvel Obs), un extraordinaire réseau (le parti socialiste, qu’il avait conquis à la hussarde en 1971, à Epinay), l’unanimité (d’ailleurs excessive) des intellectuels, son meilleur allié étant au fond Giscard lui-même, qui s’enfonce. Le 10 mai 1981, à 20h, je fais partie de ceux qui laissent éclater leur joie.

 

Ensuite ?

 

Ensuite, il y eut quatorze ans de régime. Ca, c’est une autre histoire. Je voulais juste raconter ce soir la conversion d’un adolescent. Mais une chose est sûre : quels qu’aient pu être les erreurs, les errances, les abus de pouvoir des années 1981-1995, jamais je ne regretterai d’avoir aimé et admiré cet homme. Aussi trouble fût-il, et Dieu sait si Péan l’a montré. Aussi obscur, ambigu, tout ce qu’on voudra dans l’ordre du mal. Mais il avait pour lui le génie de la politique et celui du verbe. Il aura accompagné ma jeunesse. J’ai lu tous ses livres, et tous les livres sur lui, qui encombrent mes bibliothèques. Il incarne la France que j’aime. Il aimait son pays. Il lui ressemblait. Ce soir, pendant que mon ami Bertrand est à Jarnac, je pense, oui un peu, à François Mitterrand.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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03/01/2011

Maurice Troillet, indicateur du Confédéré !

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Sur le vif - Lundi 03.01.11 - 18.56h

 

Incroyable révélation, à l’instant, sur les ondes de la RSR. Adolphe Ribordy, rédacteur en chef du « Confédéré » (le grand journal radical valaisan, qui fête ses 150 ans), nous apprend que le plus célèbre des conservateurs, Maurice Troillet (1880-1961), recordman absolu de longévité au Conseil d’Etat (quatre décennies), fut un moment… l’une des sources du journal !

 

Pendant quelques années, où il avait été minorisé, le Bagnard a donné des renseignements au célèbre journaliste André Marcel, autre légende de ces années où le Valais n’en pouvait plus de jouer et rejouer le Sonderbund, fanfare radicale par ci, concurrente conservatrice par là, église de Lourtier jugée trop moderne, Chorgue*** amendé pour n’être point allé à la messe, Supersaxo et la Judée hantant déjà la plume de Chappaz.

 

Maurice Troillet indicateur du « Confédéré », c’est un peu comme si on apprenait que le général de Gaulle, en direct de Londres, refilait de petits scoops à la Gazette de Vichy, ou le Maréchal aux feuilles de la Résistance, ou Pie IX à Bismarck, ou l’entourage de Pascal Couchepin à… Adolphe Ribordy. Tout cela pour la modique somme de un franc.

 

Symbolique, of course,

 

Cela dit, qu’on partage ou non son combat, longue vie au « Confédéré ». Longue vie à tout journal qui se bat pour ses idées. Et vive Maurice Troillet !

 

Pascal Décaillet

 

*** Habitant de Troistorrents

 

 

 

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01/01/2011

Mitterrand, l’Algérie, la guillotine

 

Sut le vif - Samedi 01.01.11 - 22.02h

 

J’avais moins de 23 ans lors de la première élection de François Mitterrand à la présidence de la République française, le 10 mai 1981. J’étais favorable à cette élection, surtout par rejet de l’orléanisme giscardien. Jamais je ne regretterai ce choix. Avec ses défauts, son passé trouble, l’incessante reconstruction de sa propre histoire, François Mitterrand demeure néanmoins, avec de Gaulle, l’une des deux grandes figures de la Cinquième République.

 

Comme toutes les personnes qui ont vécu cette campagne de 1981, je me souviens de ce moment très fort où le candidat Mitterrand, 64 ans, face à Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, se déclare adversaire de la peine de mort. Nous avions tous trouvé cela courageux, car l’opinion publique française demeurait favorable à la peine capitale. Le président élu tiendra d’ailleurs parole, avec Robert Badinter et la loi d’abolition.

 

Combien étions-nous, regardant en direct l’émission « Cartes sur table » du 16 mars 1981, où Mitterrand se proclame « en conscience contre la peine de mort », « ce à quoi j’adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation », à savoir que le même homme, un quart de siècle plus tôt, ministre de la Justice du gouvernement de gauche de Guy Mollet, avait laissé sans états d’âme 45 condamnés à mort monter sur l’échafaud ?

 

Les faits, pourtant, étaient parfaitement connus. Tout le monde savait qu’après avoir été ministre de l’Intérieur de Mendès France (1954-1955), le jeune surdoué des cabinets de la Quatrième était devenu Garde des Sceaux de Guy Mollet (1956-1957). Tout le monde savait, ou plutôt tout le monde pouvait savoir, en 1981, que ce ministère avait été très répressif en matière algérienne, que la guillotine n’avait cessé de s’abattre sur le cou des hommes du FLN, que Mitterrand, dans l’immense majorité des cas, avait donné son préavis contre les grâces. La décision suprême étant du ressort du président de la République, René Coty.

 

Tout le monde pouvait savoir. Mais, par un mécanisme d’oubli collectif, personne ne jugeait bon de le rappeler. Ni la gauche, bien sûr, ni une droite guère moins compromise dans d’autres épisodes de la tragédie algérienne, ni même une extrême droite constituée en partie de rapatriés n’ayant pas grands griefs, en cette espèce précise, à adresser au Garde des Sceaux des mois terribles de la bataille d’Alger. Ni même, plus surprenant, la fameuse « deuxième gauche », celle d’un Michel Rocard ou d’une Gilles Martinet, que Mitterrand a d’ailleurs toujours détestée, et dont on connaît les combats humanistes du temps même de la guerre d’Algérie.

 

Personne. Il ne s’est trouvé personne pour rappeler que la grande âme parlant « en conscience » le 16 mars 1981 n’avait pas éprouvé trop d’embarras, un quart de siècle plus tôt, à laisser agir allègrement les bois qu’on dit « de justice » dont parle si génialement Léo Ferré dans sa chanson « Ni Dieu, ni maître ».

 

Le vrai scandale n’est pas que François Mitterrand, entre 1956 et 1981, ait changé d’avis. Tout humain a le droit d’évoluer. Il n’est même pas que le chevalier blanc de « Cartes sur table » ne juge pas indispensable de rappeler son rôle de 1956, disons que ce genre d’omission – assez énorme, tout de même – peut faire partie du jeu politique. Non, le vrai scandale est le silence, à ce moment-là, de ceux qui savaient, notamment une certaine presse, qui auraient pu, pour le moins, remettre les choses dans leur contexte historique. L’excellent Franz-Olivier Giesbert était d’ailleurs, en ce temps-là, en pleine brouille avec Mitterrand, pour avoir osé évoquer, en 1977, l’affaire de la francisque et surtout son passé de Garde des Sceaux en 56-57. Une disgrâce qui durera dix ans.

 

Tout cela, pour quoi ? Pour dire à quel point j’ai apprécié la lecture du remarquable « François Mitterrand et la guerre d’Algérie », que viennent de sortir François Malye, journaliste au Point, et l’historien Benjamin Stora, spécialiste de cette Algérie qui l’a vu naître. Une enquête serrée, passionnante d’un bout à l’autre, sur les seize mois de François Mitterrand comme Garde des Sceaux du gouvernement de Guy Mollet, le plus long cabinet de la Quatrième République (1er février 1956 – 21 mai 1957).

 

Âmes sensibles, s’abstenir. À commencer par ceux qui croient que le Mitterrand de ces temps-là est un homme de gauche. Ou encore, qu’il éprouve une quelconque sympathie pour la cause indépendantiste algérienne. Ou alors, que la guillotine le révulserait au fond de lui, au nom des « adhésions spirituelles, la croyance, le souci de civilisation » qu’il invoquera 25 ans plus tard.

 

Non, le Mitterrand du 13, place Vendôme ne montre pas le moindre état d’âme dans l’usage de la guillotine contre des gens qu’il considère non comme des combattants (sans quoi ces derniers eussent été fusillés), mais bel et bien comme des terroristes, semant la mort dans trois départements français : l’Algérois, l’Oranais, le Constantinois. Oui, c’est cela aujourd’hui qui frappe, cela qui révulse : non tellement l’usage de la peine capitale (dans la loi, les mœurs, en ce milieu des années cinquante), mais la sourde, la terrible récurrence de cette lame qui tombe, celle destinée aux criminels, non aux résistants. Les Allemands eux-mêmes, après tout, moins de quinze ans plus tôt, fusillaient les maquisards : ils les exécutaient debout. Les hommes du FLN n’auront pas eu cet honneur.

 

Alors ? Alors quoi ? Redéfinir à la baisse son admiration pour François Mitterrand ? Cela ne sera pas mon cas. Admirateur de Machiavel et de Bismarck, de Richelieu et de Gabriele D’annunzio, je n’ai, pour ma part, jamais confondu la politique avec la morale. Mais replacer l’homme dans son contexte, mieux établir la part de construction de sa propre image, avec ce que cela implique de corrections, d’omissions. François Mauriac, qui l’aimait beaucoup, avait dit de lui, dès le début des années cinquante, qu’il était un personnage de roman. C’est peut-être la clef de toute l’affaire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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31/12/2010

Mes voeux pour la Suisse de 2011: quelques étincelles de synthèse

 

Sur le vif - Vendredi 31 décembre 2010 - 16.59h

 

La Suisse que nous devons construire ensemble, en 2011 et dans les années qui suivent, c’est la synthèse fraternelle de toutes les Suisses qui ont façonné, par strates, par éboulements, par reconstructions, la fragile et subtile épaisseur de notre Histoire. Cette Histoire, il faut avant tout la lire, beaucoup se renseigner, l’envisager sous l’angle des idées, de l’économie, des flux migratoires. L’Histoire de nos techniques, de nos industries, si déterminantes dans notre chemin (fort récent) vers la prospérité.

 

Il faut aussi lire nos écrivains, dévorer les collections de vieux journaux, région par région, langue par langue, canton par canton, et parfois (je pense au Valais) district par district. Histoire délicieusement complexe : nous n’avons pas eu quarante rois, puis la République, mais quelque chose de beaucoup plus disséminé, et pourtant toujours en intime résonance avec ce qui furent les grandes querelles de l’Europe : Réforme, Révolution française, Lumières (Aufklärung) puis romantisme, ne parlons pas du Kulturkampf. Bien sûr que la Suisse est un pays européen, baigné d’Europe, ou plutôt baignant l’Europe.

 

On peut affirmer cela, et en même temps émettre les plus grands doutes sur l’actuelle machinerie appelée « Union européenne », qui est une tentative d’Empire comme un autre, juste sans empereur, seulement la technocratie des intendants. Dire non à cette construction-là, ça n’est en aucun cas nier la dimension européenne de la Suisse, encore moins appeler à la fermeture, au Réduit. Trois Suisses sur quatre, au demeurant, partagent cette vision.

 

 

Mes vœux pour 2011, et pour la postérité, sont ceux de la synthèse. Les qualités de la Vieille Suisse (pour laquelle se sont illustrés certains de mes ancêtres), mais aussi celles de la Jeune Suisse, ce formidable courant radical du milieu du dix-neuvième siècle. Depuis longtemps (1891), cette hache de guerre est enterrée, et le pouvoir du vingtième siècle fut celui des génies additionnés des anciens adversaires du Sonderbund. Hélas pour eux, ces antiques héros ne totalisent plus, aujourd’hui, même en mêlant leurs forces, qu’un tiers de l’électorat suisse. Un autre tiers à la gauche. Un autre, enfin, à un profond courant conservateur qui n’a sans doute pas fini de faire parler de lui.

 

Synthèse, oui. Notre petit pays est celui des villes comme celui des campagnes, celui de la plaine et celui de la montagne, celui des sédentaires et celui des nomades, il est le pays des enracinés, mais il doit être aussi celui des passants. Ceux qui nous ont fait croire, dans notre jeunesse, à l’Histoire d’un peuple heureux (je ne parle pas ici du très beau livre de Denis de Rougemont) nous ont menti : l’Histoire suisse est aussi conflictuelle, aussi dialectique, que celle des pays d’Europe qui nous entourent. Il n’y eut guère que les trois décennies d’après-guerre, ce confort douillet des Glorieuses, ce non-dit sur la Seconde Guerre mondiale, pour nous bercer de l’irénisme d’un peuple de bergers tranquilles et solidaires. La Suisse ne l’est pas. Tout simplement, parce qu’aucun peuple ne l’est.

 

Le génie suisse s’est construit par additions, mais sans faire l’économie de la dialectique, ni des antagonismes. D’abord, on pose ses valeurs, on brandit ses étendards. On se bat. Ensuite, on discute. Et on finit par assimiler. Ces vieux catholiques chamailleurs d’après-1848, il aura fallu le grand courant de Léon XIII, l’esprit du Ralliement (en Suisse comme en France) pour les intégrer dans une logique enfin républicaine, qui ne soit plus celle du splendide isolement (Pie IX), mais celle de la construction commune. Le socialisme, qui faisait peur au début du vingtième siècle, parti gouvernemental depuis 1943, encore plus depuis 1959, fait totalement partie, depuis longtemps, du paysage. Les émigrés italiens des années cinquante et soixante sont aujourd’hui totalement intégrés à notre citoyenneté nationale. Demain, les enfants de l’immigration albanaise, ou serbe, le seront.

 

La synthèse, ça n’est pas la mollesse. Ça n’est pas vouloir être d’accord dès le départ. Non, c’est avoir des valeurs, se battre, faire trancher le souverain, accepter son verdict. Et ne pas l’insulter parce qu’il aurait mal voté. La synthèse, c’est aussi avoir un peu confiance dans la sagesse, sur le long terme, de ce corps électoral très élargi qu’on appelle le suffrage universel suisse. Non qu’il ait toujours raison. Mais, sur la durée, il dessine, corrige, reprend, équilibre. Et finalement, ne façonne pas si mal que cela notre destin national.


De mes hauteurs valaisannes, à tous les lecteurs de ce blog, j’adresse mes vœux les plus sincères pour une très belle année 2011. Qu’elle soit celle de l’engagement, du courage, et qu’elle nous invente quelques étincelles de synthèse.

 

Oui, disons quelques étincelles. Pour commencer.

 

Pascal Décaillet

 

 

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26/12/2010

La vieille dame, la loi, l’appartement vide

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Sur le vif - Dimanche 26.12.10 - 17.51h

 

Virée par son propriétaire, Noëlla Rouget a moins de trois semaines pour quitter l’appartement qu’elle occupe depuis 52 ans. Le 15 janvier 2011, il faudra que les locaux soient vidés, et Noëlla Rouget dehors.

 

Noëlla Rouget est une dame très âgée, et pas tout à fait comme les autres. La police, elle connaît. La Gestapo, le 23 juin 1943, l’arrête à Angers, pour actes de résistance, avant de l’envoyer, via Compiègne, à Ravensbrück. Elle y restera plus de 14 mois, n’en sortira que le 4 avril 1945, pesant 32 kilos et souffrant de tumeurs tuberculeuses. Grand Officier de l’Ordre National du Mérite, cette dame d’exception multiplie les rencontres avec les jeunes, pour que l’oubli ne l’emporte pas. J’ai moi-même eu le très grand honneur de la recevoir, le 18 février 2010, sur le plateau de « Genève à chaud », en compagnie de Danielle Mitterrand.

 

Alors voilà. Sans doute le propriétaire a-t-il ses raisons. Sans doute la loi est-elle avec lui. Je vous laisse simplement avec l’image d'une Noëlla Rouget tournant le dos, d’ici mi-janvier, à plus d’un demi-siècle de sa vie. Je vous laisse en conclure ce que vous voudrez. Moi, je n’en ai simplement pas la force.

 

Pascal Décaillet

 

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24/12/2010

Il y a moins d'une heure, les anges sont passés

 

Sur le vif - Vendredi 24.12.10 - 19.02h

 

La vie était encore là, banale comme une nuit de décembre, humide, insalubre. Tous, nous nous préparions à ce moment d’intimité qui s’appelle le Réveillon. C’était il y a une cinquantaine de minutes. Tous, en accomplissant les mêmes gestes, année après année, nous allons vers Noël, avec l’éternité de nos incertitudes.

 

Et puis, soudain, il y a eu la voix de Brigitte Hool.

 

En direct du studio de Sion, cette magnifique soprano était l’invitée de la RSR. Elle a dit quelques mots, répondu à deux ou trois questions. Et puis, très simplement, a capella, elle a chanté.

 

Elle a chanté quoi ? La plus simple des chansons. La seule qu’osent fredonner, à minuit, ceux qui ne chantent jamais : « Les Anges, dans nos campagnes ». Et pendant une petite minute, il n’y eut plus que sa voix, sa voix seule, sa voix simple et sublime.

 

Et quelque chose passa, plus léger que l’enfance. Doux comme l’amorce d’une annonce. Et ce fut tout. Mais ce fut immense.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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20/12/2010

Pas de juges étrangers

 

Sur le vif - Dimanche 19.12.10 - 18.40h

 

Maire de Strasbourg et sénateur français du Bas-Rhin, Roland Ries, 65 ans, qu’on vient d’entendre sur les ondes de la RSR, semble ignorer l’un des principes fondateurs de notre petit pays : pas de juges étrangers. Des accords, des traités, tout cela oui, mais signés par nous, à égalité de dignité avec le partenaire, et non sous la coupe d’une instance supérieure. Nos plus grands diplomates, qu’ils fussent radicaux (Max Petitpierre) ou socialistes, ont toujours appliqué ce principe, constamment rappelé dans la lecture (passionnante) des « Documents diplomatiques suisses ».

 

Que propose M. Ries ? Constatant que l’exercice des bilatérales est en bout de course (ce qui est loin d’être démontré, et ressemble plutôt à une rengaine en forme de pression sur la tempe de la part de nos chers partenaires de l’UE), l’Alsacien envisage une « instance supérieure et indépendante » chargée de mettre d’accord les deux partenaires (CH et UE) pour aboutir à une nouvelle forme de relations. Ce qu’on peine à saisir, c’est en quoi cette réflexion sur l’évolution des rapports aurait besoin d’une instance arbitrale, alors qu’elle repose, depuis toujours, sur l’une des forces de notre diplomatie : la négociation.

 

Pire : le maire de Strasbourg reconnaît lui-même l’exercice comme périlleux, l’Union européenne ayant tendance à nommer des commissions qui, sous couvert d’être neutres, sont sous sa coupe. Surtout, l’opinion publique suisse ne comprendrait absolument pas, aujourd’hui et suite aux années de pressions que nos chers voisins et partenaires viennent d’exercer sur nous en matière de fiscalité, que le principe de rapports de force et de confrontations d’intelligences (la négociation) cède la place à une douteuse mise sous tutelle.

 

La Suisse est un tout petit pays de sept millions d’habitants, l’Union européenne est un géant. Le seul moyen de discuter avec un géant, c’est de rester très sûr de ce qu’on veut, avec une conscience de nos valeurs, de ce que nous voulons maintenir (démocratie directe, fédéralisme). Et en se souvenant que la petite Suisse, tout en se voulant en paix et dans les meilleures relations avec le reste du monde, a survécu, dans sa souveraineté, grâce à la stricte observance d’un principe cardinal : pas de juges étrangers.

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/12/2010

Rémy et son nègre

 

Sur le vif - Mardi 14.12.10 - 16.43h

 

Selon nos gorges aux abyssales profondeurs, le mystérieux « juriste masqué » qui aurait rédigé la tentative de putsch de Rémy Pagani en forme de « nouveau règlement de la police municipale » pourrait être – ou avoir été – un important Monsieur de la République.

 

Allez, je vous donne quelques indices : bientôt 70 ans, sale caractère, excellente forme physique, avocat, amis des locataires, ami des vieux.

 

Certains murmurent même qu’il aurait passé une douzaine d’années au Conseil d’Etat. Entre jadis et naguère.

 

Mais allez croire ce que racontent les gens !

 

Pascal Décaillet

 

16:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Pierre-André Stauffer : mémoire et émotion

 

Mardi 14.12.10 - 11.57h

 

Intense émotion, ce matin, à la lecture de la page 29 du Temps : la mort de Pierre-André Stauffer. Emotion qui me ramène il y a presque trente ans, les débuts de l’Hebdo, et tout à coup une plume – d’exception – qui nous raconte la politique suisse. A travers les chroniques bernoises de Pierre-André Stauffer, nous découvrons que notre pays a une Histoire, conflictuelle, savoureuse, des tronches, des têtes de lard, mille rivalités de coulisses et de couloirs.

 

Stauffer nous parle de Berne, et la grise molasse se transmue en Versailles de Saint-Simon, et nous, qui ne vibrions en ces temps-là que pour la politique française, les premiers pas de Mitterrand à l’Elysée, voilà qu’à la lecture passionnée du « Nouvel Observateur » le mercredi, nous ajoutons, tous les jeudis, celle d’un magazine qui nous parle de la Suisse et des Suisses. Et, dans ce magazine, l’incroyable plume de Pierre-André Stauffer.

 

Je l’ai, beaucoup plus tard, connu et côtoyé, immensément apprécié, avec sa titanesque timidité, l’océan de ses angoisses face à l’article à naître, et puis, une fois dans l’œuvre, son génie des mots. Il y a tant de gens qui se croient écrivains sous le seul prétexte qu’ils publient des livres ou font les raisonneurs. Lui, était une plume, d’alluvions autant que d’étincelles, la terre, la boue, le feu, des éclats de lumière. Juste pour raconter la politique suisse. Celle de notre pays.

 

Pierre-André Stauffer laisse orphelins les journalistes de Suisse romande. D’autres, dans les jours qui viennent, lui rendront des hommages beaucoup plus nourris que celui-ci, je sais la tristesse qui doit être celle des gens de l’Hebdo, notamment l’équipe fondatrice, dont il était. Celle de sa famille, ses proches, tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer. Je n’oublierai jamais mes voyages avec lui, à Paris ou à Hambourg, où nous avions longuement interviewé l’ancien chancelier Helmut Schmidt. Je n’oublierai jamais mes premières lectures de ses chroniques bernoises, il y a trente ans. C’est lui qui, un jour, m’a donné le goût de la politique suisse.

 

Pascal Décaillet

 

11:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/12/2010

Au royaume des borgnes, les flibustiers sont rois

 

Sur le vif - Lundi 13.12.10 - 15.35h

 

Il a dit « flibuste ».

 

Sami Kanaan, candidat socialiste à l’exécutif de la Ville de Genève, qualifie « d’acte de flibuste, irresponsable sur le fond et sur la forme », la tentative de putsch de Rémy Pagani sur la police municipale.

 

Il a dit « flibuste ».

 

Et cela va lui valoir un procès.

 

Avec M. Pagani ? – Non !

 

Mais avec la Garde noire de l’ancien président du Conseil d’Etat, alors là oui, il y a des risques.

 

Procès en diffamation ?

 

Nenni – Procès en droits d’auteur.

 

Au royaume des pirates, le premier prédateur tient à l’œil (souvent unique, d’ailleurs), le second qui lui chaparderait sa proie.

 

François, Chevalier de Hadoque, en sait quelque chose.

 

Pascal Décaillet

 

15:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/12/2010

Les très riches idées de l'Oncle Fulvio

 

Sur le vif - Dimanche 12.12.10 - 18.35h

 

Dans la presse alémanique de ce dimanche, le président du parti libéral-radical suisse, Fulvio Pelli, évoque l’idée que les conseillers fédéraux de son parti, les rugissantes locomotives Didier Burkhalter et Johann Schneider-Ammann, jouent un rôle moteur dans la campagne des élections fédérales d’’octobre 2011.

 

C’est une bonne idée. Pour la victoire définitive des adversaires du PLR et l’effondrement sans retour du grand vieux parti. Celui qui a fait la Suisse. A l’époque où il était encore capable de proposer de grands hommes, de grandes figures, la majesté d’un Verbe. C’était hier.

 

Pascal Décaillet

 

18:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/12/2010

Hiboux, joujoux, Papous

 

Sur le vif - Jeudi 09.12.10 - 16.02h

 

La très grande force du Conseil d’Etat genevois, dans sa composition actuelle, c’est son sens des priorités. « Gouverner, c’est choisir », l’adage de Mendès France fait fureur au milieu de ces sept personnages en quête de hauteur.

 

Nous l’allons montrer à l’instant : dans le communiqué publié en milieu de journée, recensant les très riches décisions de nos Altesses, il est stipulé, presque tout au sommet du document, ceci : « Le gouvernement a octroyé un montant total de 100'000 francs pour l’année 2010 à la Fondation du Centre pour le dialogue humanitaire, pour financer un projet en vue de la préparation d’une médiation en Papouasie ».

 

Chez les Papous, c’est connu, on peut aller faire beaucoup de choses. Par exemple, de la médiation. Nous n’y avions, à ce jour, pas pensé. Sommes-nous bêtes ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

16:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/12/2010

Micheline, les cabris, les souris

 

Sur le vif - Mercredi 08.12.10 - 14.08h

 

Ils sont tout heureux, tout piaffants, comme des cabris dans l’émoi de leur première laine. Ils ont « donné une leçon » à Micheline Calmy-Rey. Leçon de choses ? Tu parles ! Basse vengeance, encre noire d’un pronunciamiento qui discrédite, un peu plus encore, le parlement comme instance d’élection de l’exécutif. Tout heureux d’avoir humilié une ministre qui ne leur a jamais plu, et c’est  bien ça le drame du Conseil fédéral : devoir plaire au parlement !

 

Micheline Calmy-Rey ne plaît pas aux 246, soit. Mais la Suisse est faite de sept millions d’hommes et de femmes, et beaucoup d’entre eux, sans pour autant partager ses options, reconnaissent le courage de notre ministre des Affaires étrangères, sa ténacité, son engagement pour le pays. Il ne s’agit pas ici de défendre le socialisme, ni l’irénisme de la vision multinationale. Non, il s’agit de défendre une femme, une ardeur, un caractère, et tant mieux si c’est un sale caractère, ce sont les seuls qui vaillent.

 

Parce que les souris grises, qui plaisent tant au parlement, pour ne pas trop le déranger, les Burkhalter et quelques autres, ces gens-là les grands électeurs n’iront jamais leur chercher noise. Ceux qu’on sanctionne, ce sont ceux qui existent. Bravo, Madame Calmy-Rey, d’exister. Le reste, on s’en fout.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

14:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/12/2010

Demain, Micheline Calmy-Rey doit être présidente

 

Sur le vif - Mardi 07.12.10 - 16.38h

 

On aime ou non Micheline Calmy-Rey, on apprécie ou non ses options, mais une chose est sûre : c’est une femme courageuse, elle aime son pays et entreprend ce qu’elle croit être le mieux pour le défendre. Dans le système actuel (qui doit être réformé, mais c’est une autre affaire), il n’y a donc strictement aucune raison de ne pas élire la socialiste à la présidence de la Confédération.

 

Elle serait, nous rappelle le Temps de ce matin, « la mal aimée du parlement ». Et alors ? Mal aimée de 246 personnes, là où il y en a 7 millions ! Bien sûr, le parlement est souverain pour l’élire, ne pas l’élire, mal l’élire, la punir mesquinement, lui faire payer le pataquès (dans l’affaire libyenne) de tout un système. C’est son droit, oui, en attendant que cela change. Car cela changera, tout ce système de Diètes d’Empire, de suffrage indirect, favorisant la combinazione, le pronunciamiento, survalorisant le législatif, déroulant des tapis rouges aux souris grises, renvoyant à la maison une Karin Keller-Sutter. Tout cela, oui, doit passer.

 

Mais la réforme du mode d’élection, c’est pour après-demain. Pour demain, le vrai demain, mercredi 8 décembre, rien ne justifierait de casser un tournus qui, en attendant mieux, assure les équilibres. Au demeurant, Micheline Calmy-Rey a déjà été présidente une fois, je l’ai suivie de près, et n’ai rien trouvé à redire à la dignité avec laquelle elle assumait sa fonction, soucieuse de la pluralité suisse, ayant un mot pour tous.

 

Et puis, surtout : ne pas élire Mme Calmy-Rey, ce serait porter à la présidence Mme Widmer-Schlumpf. Comme une dans une grande Cène où Judas figurerait au milieu du tableau. Faire ça, un 8 décembre, non merci !

 

Pascal Décaillet

 

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L'inconnu de Lübeck

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A l’occasion du 40ème anniversaire, aujourd’hui, de la génuflexion de Willy Brandt devant le monument aux morts de Varsovie, je republie, ici, ma chronique du 6 mai 2004 dans la revue « Choisir ». Willy Brandt est, avec de Gaulle, Mendès France et Mitterrand, l’homme d’Etat européen du vingtième siècle qui m’a le plus impressionné.

 


L’inconnu de Lübeck

 

 

Il y a juste trente ans, le 6 mai 1974, Willy Brandt, le plus énigmatique, mais aussi à coup sûr le plus grand chancelier allemand du vingtième siècle, envoyait au président de la République une lettre de démission de treize lignes, écrite à la main : « J’assume la responsabilité politique de l’affaire Guillaume ». Brandt quittait la chancellerie, laissant la place à un autre grand homme, Helmut Schmidt. Il allait encore vivre dix-huit ans, présider son parti, et même l’Internationale socialiste, vivre deux décennies en vieux sage ayant tutoyé l’Histoire, cerné d’honneurs et de louanges, mais Brandt au pouvoir, cette aventure allemande de l’après-guerre, se terminait ainsi d’un coup, bêtement, suite à une histoire d’espionnage entre Allemands que plus personne, de nos jours, ne pourrait imaginer.

 

Willy Brandt, homme du nord né à Lübeck, le 18 décembre 1913, d’une mère de dix-neuf ans qui ne lui révèlera qu’en 1947 la véritable de son père, et mort le 8 octobre 1992, aura donc connu l’Allemagne impériale, traversé la Grande Guerre, la République de Weimar, le Troisième Reich (en exil en Scandinavie), les années de désolation et de reconstruction, la scission en deux de sa patrie, avant de connaître enfin, peu avant sa mort, plus heureux que Moïse, la chute d’un Mur qu’il avait toujours haï, les yeux embués en cette ville de Berlin dont il avait été, de 1957 à 1966, le maire éblouissant. Avant d’être un grand homme d’Etat, celui de l’Ostpolitik et de la génuflexion de Varsovie, avant d’être ce vieillard fatigué et sublime regardant d’écrouler le Mur aux côtés de Kohl et Genscher, en cette nuit du 9 novembre 1989, avant tout cela, Willy Brandt c’est d’abord, comme Mitterrand, le charme étrange et romanesque d’un destin.

 

La politique, aujourd’hui, n’aime plus guère les aventuriers. Elle préfère les technocrates. C’est dommage. Que serait l’Italie sans Garibaldi et le tumulte de son parcours ? Il faut lire la vie des grands hommes, à la Plutarque, si on veut saisir les véritables enjeux de leurs paris politiques. L’enfant Louis XIV traumatisé par la Fronde, le jeune Léon Blum et l’affaire Dreyfus, les rapports terribles de Frédéric II avec son père. Pour cela, il faut accepter de lire des biographies, ce genre passionnant, longtemps et scandaleusement méprisé par les historiens de la mouvance de Mai 68, ceux qui préfèrent les structures aux hommes, la matière à l’esprit, la coupe synchronique, désincarnée, au fil magique d’une vie.

 

Il faut aussi regarder les albums de photos. Le collégien Willy Brandt, 1930, debout en pantalon de golf, posant devant un plan d’eau, sans doute un canal de sa ville natale de Lübeck. La beauté de son visage, la retenue de sa posture, le brin de mélancolie de l’ensemble, la force de solitude intérieure d’un regard pourtant porté vers le lointain. Est-ce déjà Willy Brandt, au destin scandinave et futur prix Nobel de la Paix ? Ou n’est-ce, encore, que Herbert Ernst Karl Frahm, son premier nom, celui de son enfance hanséatique, lui qui allait, d’exil en exil, en porter plusieurs, remplaçant une énigme par une autre. Tout est là, oui déjà, dans cette tristesse semi-éclairée, immensément séduisante, de l’inconnu de Lübeck. Enfin, coïncidence ou non, 1930, l’année de cette photographie si troublante, est celle de son adhésion au SPD, le parti social-démocrate : rien, jusqu’à la mort, ne l’en séparera.

 

Willy Brandt : un destin allemand. Il aurait ou être raconté par une nouvelle d’Heinrich Mann, ou incarné dans l’un des innombrables personnages de Günter Grass, son ami. J’irais plus loin : j’irais chercher dans Schiller, celui des jeunes années, le Schiller de Don Carlos et du Sturm und Drang, le ressort exceptionnel de Brandt. Une vie nécessairement en mouvement, mais d’un chemin non-tracé, où l’invisible surpasse le prévisible, le rend futile, dérisoire. Les plans de carrière volontaristes sont pour les personnages de deuxième choix, les grands commis, les grands exécutants. L’homme de caractère, lui, accepte les chemins de traverse, la surprise du vent.

 

Brandt, un destin. Mais aussi un certain sens de la formule, du symbole. A genoux devant le monument aux morts de Varsovie, recueilli au Mémorial de Yad Vashem, ou hagard devant les burins de fortune qui détruisent le Mur, c’est toujours le même homme, le même sens du destin et de l’Histoire. « Jetzt wächst zusammen, was zusammengehört », s’était-il contenté de déclarer en cette nuit allemande du 9 novembre 1989 (Maintenant va pouvoir croître ensemble, ce qui est du même terroir). Et si le combat social-démocrate, tout en étant parfaitement sincère, n’avait été, toute une vie, que le paravent d’un autre enjeu, plus fondamental, plus inavouable : le combat national pour enfin donner un champ d’éclosion à une patrie ravagée, et au fond tant aimée, comme une mère qu’on retrouverait, intacte et prometteuse, au soir de sa propre vie ? La force des grands hommes, Brandt, de Gaulle et les autres, c’est qu’ils nous donnent l’impression, à chaque fois, de recommencer l’Histoire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/12/2010

Quand la radio raconte la radio

 

A propos d’une passionnante émission diffusée aujourd’hui sur Espace 2, autour du travail d’un jeune homme de 22 ans, Maxence Garin.


La radio serait-elle une reine de la nuit ? Face à elle-même, en son miroir, elle interroge ses archives, rallume les voix éteintes, restitue le timbre et le grain. Ainsi, tout à l’heure, de 13.30h à 15.00h, l’émission L’Horloge de Sable, de Christian Ciocca, sur Espace 2, évoquait le mémoire du jeune Maxence Garin, 22 ans, sous l’égide d’Alain Clavien, à l’Université de Fribourg, consacré à une émission qui avait fait scandale le 21 avril 1967, jour du coup d’Etat des colonels en Grèce.


Cette émission, c’est le mythique « Miroir du monde », fondé en avril 1943 par Benjamin Romieux sous le premier nom de « Miroir du temps », et où s’illustrèrent des journalistes aussi éminents que Jacques Matthey-Doret ou mon regretté confrère et ami Christian Sulser. C’était une émission du soir, elle a bercé nos enfances, prenait le temps de nous décoder la politique internationale.


Alors, quoi ? Que se passe-t-il de si scandaleux au soir de ce 21 avril 1967 ? Réponse : rien ! Rien, en tout cas, à nos oreilles d’aujourd’hui. Christian Ciocca ayant eu l’excellente idée de nous rediffuser l’intégralité de l’émission, la première réaction, plus de 43 ans après, est l’admiration devant la capacité de mise en perspective de Jacques Matthey-Doret, à chaud, alors qu’Athènes et la Grèce ne sont sous couvre-feu que depuis quelques heures. Rappel historique, référence à la guerre civile qui s’était déroulée vingt ans auparavant, dissection des champs d’intérêt respectifs, lumière sur les clans, autour du roi Constantin notamment, et même premières interrogations sur un silence (acquiesçant ?) de la bourgeoisie que tous les historiens, plus tard seulement, relèveront, et que décrit avec génie « Un homme », le chef-d’œuvre d’Oriana Fallaci. Tout cela, le jour même du coup d’Etat. Nul scandale, donc, vraiment.


Mais c’était compter sans un autre mythe du journalisme en Suisse romande, André Luisier. Dans son édito du lendemain, l’omnipotent patron du Nouvelliste accuse l’équipe du « Miroir du monde » d’extrémisme de gauche ! L’affaire fera grand bruit, sera relayée par le Conseil d’Etat valaisan (dont Luisier a toujours été le sixième homme), et finalement tranchée en faveur de la RSR. Tout ce contexte, le jeune Maxence Garin le restitue. Vieille rogne de Luisier à l’égard de Romieux, datant d’une guerre d’Algérie ne s’étant terminée que cinq ans auparavant, contexte d’élections législatives internes à la politique suisse, mais aussi guerre froide, rôle des Etats-Unis dans l’alliance stratégique avec la Grèce, etc.


A 22 ans, Maxence Garin possède son sujet. Certes plus à l’aise sur l’histoire du « Miroir du monde » que sur le détail de la politique valaisanne dans les années soixante. Mais peu importe : ce mémoire-là, on brûle de le dévorer.


Pascal Décaillet

 

 

 

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03/12/2010

Le Petit Trianon de notre Petit Conseil

 

Sur le vif - Vendredi 03.12.10 - 18.29h

 

C’est un lieu magique, l’un des plus beaux du canton, un havre de campagne à l’orée de la ville. On y marche, on y court, on s’y promène, on le mérite en gravissant, du Jardin botanique, le chemin de l’Impératrice, rappel de l’ultime passage à Genève de Sissi, avant qu’elle n’y mourût. Le Château de Penthes, qui culmine au domaine du même nom, est un petit chef-d’œuvre d’équilibre et d’harmonie, les arbres y sont séculaires, vieux chênes marmoréens, cèdres, charmilles, bouleaux, pins, et même quelques fruitiers, près de la route de Pregny. Surtout, ce domaine est ouvert à tous, il est un lieu public dans le plus noble sens du terme.

 

Comme les mille feux d’une courtisane, trop de charme ne peut qu’attirer le pouvoir. Est-ce pour cela que le Conseil d’Etat genevois, tout heureux de faire de ce lieu enchanteur un Trianon de sa puissance et de sa majesté, a jugé bon d’en chasser le Musée des Suisses de l’étranger, qui est une part d’Histoire de Genève ? Pour ces quelques fiers lambeaux de tradition, l’exil. Et pour faire place à quoi ? A des cocktails. Dans lesquels nos seigneurs se pavaneraient en compagnie de la multitude du monde. La noblesse du passé, prise en otage par un miroir d’orgueil. Louis XV, la majesté en moins. Juste l’arrogance. Avec vue sur le lac.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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