11/08/2018

Pas de mégalomanie pour la Suisse !

 

Sur le vif - Samedi 11.08.18 - 05.55h

 

La Suisse n'a rien à faire au Conseil de sécurité de l'ONU. Une telle présence, rêvée par quelques mégalomanes, serait de nature à dévoyer le charme secret de notre petit pays : demeurer l'ami de tous, le lieu de résolution des conflits, influent par sa réserve et sa retenue, et surtout pas un gros gueulard dans la cacophonie multilatérale du monde.

 

Pascal Décaillet

 

10:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/08/2018

Soleil noir

 

Sur le vif - Vendredi 10.08.18 - 07.22h

 

Il faudrait, dans la langue, inventer d'autres mots que seulement le mot "noir", qui d'ailleurs est déjà fort beau. Il faudrait pénétrer les nuances de la nuit.

 

Dans le noir, toute sa vie, Pierre Soulages a intensément cherché la lumière. C'est difficile à dire aux gens qui n'ont pas physiquement vu ses tableaux. Nulle reproduction photographique ne restitue l'immédiateté de ce contact, nulle ne la remplace.

 

Face aux noirs de Soulages, l'œil errant du passant est saisi de lumière. Il est pris par la matière. Le goudron, impressionnant. La noix. L'acrylique. Plus le spectateur évolue au milieu des œuvres, plus il regrette la pauvreté de la langue française : le noir, le noir, le noir.

 

Et puis, le corridor des photographies. Pierre Soulages (99 ans le 24 décembre prochain) dans son atelier. L'homme en noir, au milieu de ses outils, de son matériau. Le petit coquillage posé à l'entrée, juste pour dire qu'il travaille.

 

Ici et là, de magnifiques citations du peintre, sur la solitude du spectateur, la quête incessante de la lumière.

 

Bref, allez voir Soulages. C'est à la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny. Après le choc du noir, si riche et si nourrissant pour l'œil et pour l'âme, il y a les mille nuances de verts du jardin, où le feuillu de plaine est roi, sous la maternelle présence des montagnes.

 

Sur le chemin du retour, vous branchez Forum. Quelques minutes passionnantes sur la tragédie du glacier de Giétroz, 16 juin 1818, 16.30h, dans ce Val de Bagnes qui m'est si cher. La mort blanche, subite. Déjà, les noirs de Soulages, solaires, éblouissants, commencent à vous manquer.

 

Pascal Décaillet

 

10:29 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/08/2018

Accords de libre échange : quelle légitimité ?

 

Sur le vif - Jeudi 09.08.18 - 12.37h

 

Il convient de lancer en Suisse un vaste débat national sur cette sourde et malicieuse usurpation de pouvoir, dépourvue de toute légitimité populaire, que sont les "Accords de libre échange".

 

Négociés par une diplomatie du Commerce extérieur peu rouée au contrôle politique, composée de fonctionnaires nullement neutres, mais dûment formatés par les matrices du libéralisme économique, ces contrats ne sont pas la chose du peuple, mais l'élaboration d'une machine. Ils sont au service d'une idéologie très précise, plus exactement d'un dogme : le Salut, par le grand bazar du maximum de marchandises circulant à travers la planète.

 

Où est l'éthique ? Où est le respect du Tiers-Monde, je pense par exemple aux producteurs africains de denrées qui leur sont littéralement pillées, au mépris des intérêts locaux ? Où est la protection des travailleurs suisses ? Le Commerce extérieur est-il, dans notre pays, une Arche Sainte, inattaquable ? Le seul rôle de la Confédération doit-il être celui, à tout prix, de "facilitateur" ?

 

Pendant ce temps, nos paysans vivent des heures extraordinairement difficiles. Dans l'indifférence de Berne, à commencer par celle du ministre de tutelle, tétanisé pas l'exportation de machines-outils !

 

Les "Accords de libre échange" devraient systématiquement passer devant le peuple. Ils ne sont en rien techniques, comme on tente de nous le faire croire. Non, ils sont le fruit d'une idéologie, le produit de la petite cuisine d'une batterie de fonctionnaires au service du catéchisme libéral.

 

La politique, la démocratie directe, le corps des citoyennes et citoyens, hommes et femmes libres et vaccinés de notre pays, doivent se réapproprier un univers qui leur a été dérobé, pour être concocté et malaxé en catimini, dans les officines du Commerce extérieur, à Berne.

 

Pascal Décaillet

 

13:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Syndicats suisses : l'amorce d'un réveil ?

 

Sur le vif - Jeudi 09.08.18 - 06.33h

 

Les syndicats suisses ont parfaitement raison de se montrer intransigeants face à M. Schneider-Ammann sur les mesures d'accompagnement à la libre circulation des personnes.

 

La question fondamentale ne tient pas autour des quatre ou huit jours d'annonce. Non, elle est une stratégie de principe, donc une affaire politique : depuis quand le partenaire d'une négociation annonce-t-il la possibilité d'une concession, avant même d'entrer en discussion ? Nos deux conseillers fédéraux PLR, MM Cassis et Schneider-Ammann, ont-ils perdu la raison ?

 

Sur le fond, ces "mesures d'accompagnement", vaste plaisanterie du début des années 2000 pour faire passer auprès de la gauche le principe ultra-libéral de libre circulation, sont déjà le minimum du minimum - à vrai dire, sous le minimum - pour donner de frêles signaux de protection des travailleurs suisses contre la férocité de l'ouverture des frontières.

 

La réaction des syndicats suisses, bien tardive, constitue peut-être l'amorce du réveil d'une gauche suisse en béatitude internationaliste face au dérèglement systématique de notre cohésion sociale, entrepris par la pensée ultra-libérale, spéculatrice, négatrice d’État et de nation, vassale du profit.

 

Puisse la gauche suisse quitter cette alliance malsaine et insensée avec un courant politique contraire à ses valeurs. Faute de cette rupture de front, elle perdra son âme.

 

Puisse-t-elle retrouver le sens du périmètre national, de la protection des travailleurs suisses, des plus faibles et des plus délaissés à l'intérieur de notre pays. Comme nous l'avons déjà dit ici, si elle renonce à ce combat, d'autres le mèneront pour elle.

 

Pascal Décaillet

 

07:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/08/2018

Gauche suisse : le Grand Sommeil

 

Sur le vif - Lundi 06.08.18 - 05.42h

 

Dans notre commentaire "Le sédentaire admirable", nous avons plaidé ici, vendredi dernier, pour un effort de solidarité nationale envers les paysans suisses victimes de sécheresse.

 

Dans cette affaire, nous n'avons pas entendu la gauche.

 

La solidarité, c'est pourtant sa marque de fabrique. La réserve-t-elle exclusivement à l'Autre, au point d'oublier les nôtres ? N'a-t-elle d'yeux que pour le nomade, jusqu'à délaisser le sédentaire ? Ne vit-elle plus que dans le jeu de miroirs de l'univers urbain ?

 

Cette même gauche, qui au début des années 2000 s'est laissé enfiler la libre circulation, en croyant avec tant de candide piété aux "mesures d'accompagnement".

 

Avec une telle gauche, riche d'un sommeil si tranquille, l'ultra-libéralisme, casseur de cohésion sociale, a de belles heures devant lui.

 

Si la gauche suisse ne défend plus le travailleur suisse, le paysan suisse, la famille suisse, les délaissés de notre pays, ceux que la vie a oubliés, alors d'autres s'en occuperont. Dans une radicalité plus affirmée. À gauche. Ou à droite.

 

Pascal Décaillet

 

09:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/08/2018

Le sédentaire admirable

 

Sur le vif - Vendredi 03.08.18 - 04.34h

 

En plus de se trouver dans une situation extraordinairement difficile à cause de la férocité de l'ouverture des marchés à la concurrence internationale, de nombreux paysans suisses sont maintenant aux abois, avec la sécheresse. Certains d'entre eux doivent abattre leur bétail.

 

Que fait M. Schneider-Ammann ? Ce conseiller fédéral, obsédé par l'exportation industrielle, quelle sensibilité du monde agricole a-t-il ? Se rend-il seulement compte que la paysannerie est le sel et la vie de notre pays, sa matrice ?

 

Et nos partis politiques, ils roupillent ? La Suisse entière doit se mobiliser par solidarité avec nos agriculteurs. C'est bien, Mesdames et Messieurs de la gauche urbaine, de sanctifier le nomade, mais le sédentaire admirable, celui qui depuis des générations gratte une terre, à laquelle il s'agrippe désespérément, pour nous nourrir et façonner nos paysages, ça existe aussi !

 

Pascal Décaillet

 

05:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

31/07/2018

La Suisse et le mystère du monde

 

Sur le vif - Mardi 31.07.18 - 10.35h

 

À la Suisse, je souhaite cohésion sociale, bonheur d'être ensemble, aide aux plus démunis, intégration de tous, qualité du travail accompli, connaissance de nous-mêmes, de notre Histoire plurielle, complexe et passionnante, goût du terroir, respect de nos paysans, qualité de nos écoles, économie au service de l'humain et non du profit, protection de l'environnement et de nos paysages, démocratie directe plus que jamais, respect des décisions du souverain populaire, élus au service du peuple et non de leur carrière.

 

Et puis, de la musique, des concerts à n'en plus finir, le goût de la langue et de l'expression, le temps de la lecture et celui de l'écriture. La contemplation mystique du pays physique. Vivre au milieu de notre faune et de notre flore. Respect des animaux. Des milliers d'heures à les observer.

 

Le petit miracle de notre pays, c'est la sainte fragilité de ses équilibres. La Suisse exige de l'attention, du respect, du travail d'extrême qualité, chacun dans son domaine, de l'ouverture d'esprit.

 

Et peut-être, oui, des antennes sur le mystère du monde.

 

Pascal Décaillet

 

11:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/07/2018

Europe : l'imposture libérale

 

Sur le vif - Samedi 28.07.18 - 13.12h

 

La prise en otage de l'idée européenne, dès la chute du Mur (1989), par les idéologues du libre-échange, est la cause majeure de l'effondrement, aujourd'hui, de l'Union européenne.

 

Depuis trois décennies, on nous décrète que l'Europe serait ontologiquement libérale, qu'il n'y aurait d'autre voie de salut que l'ouverture des frontières, le grand bazar de la libre circulation des marchandises et des personnes.

 

Eh bien non. L'Europe continentale n'est en rien libérale par nature. J'ai étudié à fond l'Histoire des deux principaux pays de ce continent, la France et l'Allemagne. Ils ne sont libéraux ni l'un, ni l'autre !

 

Pour la France, c'est chose connue de tous. À part un épisode de libéralisme sous le Second Empire, la France a toujours été un pays dirigiste et planificateur. Déjà bien avant la Révolution jacobine !

 

Quant à l'Allemagne, c'est bien mal connaître les profondeurs de son Histoire que de la tenir pour libérale. C'est Bismarck, oui le grand Bismarck, qui est à l'origine de toutes les grandes lois sociales allemandes, des premières conventions collectives, de la première protection des travailleurs, digne de ce nom, en Europe. Cette tradition sociale a perduré dans la mentalité collective allemande.

 

La grande imposture n'est pas que des libéraux soient libéraux, ils ont évidemment le droit le plus total à défendre le modèle de leur choix.

 

Non. La grande imposture nous vient de la petite clique d'ultras, dérégulateurs, casseurs de services publics nationaux et de cohésion sociale, qui ont imposé, depuis trois décennies, la sauvagerie de leurs vues comme prétendu modèle unique d'organisation de l'Europe.

 

Ces gens-là ont lamentablement échoué. Leur responsabilité, dans la destruction du lien social, est immense. Il faut maintenant, dans tous les pays de notre continent, repartir sur d'autres bases. Respecter l'échelon de la nation. Écouter VRAIMENT les peuples.

 

Vaste programme, mais passionnant défi, sur les décombres de l'ultra-libéralisme, pour lequel l'Europe n'est pas faite. Ni historiquement. Ni philosophiquement. Ni politiquement.

 

Pascal Décaillet

 

20:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Ah, la gentille UCK !

 

Sur le vif - Dimanche 29.07.18 - 14.09h

 

Ah, la gentille UCK ! Pour qui, en 1999, les gentils - et gentilles - reporters de la presse suisse romande avaient les yeux de Chimène.

 

Pendant ce temps, de très rares méchants, dont votre serviteur, s'étant maintes fois rendus sur place, y compris au Kosovo fin 1998, ne cessaient de dire et d'écrire que les guerres balkaniques devaient être analysées sous le biais de l'Histoire et de la démographie, sans jugement moral, sans diaboliser les uns, ni sanctifier les autres.

 

Mais non ! Il fallait chanter les louanges de la gentille UCK !

 

Trafic d'organes ? Vous n'y pensez pas !

 

Instrumentalisation par l'OTAN, et par les services secrets allemands, pour casser à tout prix ce qui restait d'influence serbe dans cette zone des Balkans.

 

Grande Albanie ? Vous n'y songez pas !

 

On la connaît, la chanson. On la connaît, la musique. Vingt ans après, rien n'a changé. L'OTAN s'installe, et jusqu'en Macédoine. C'était prévu. C'était pour cela. C'était parfaitement inclus dans le plan initial.

 

Ah, la gentille UCK !

 

Pascal Décaillet

 

14:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Europe : les errances de la gauche suisse


Sur le vif - Dimanche 29.07.18 - 09.37h

 

Que la droite libérale et dérégulatrice, en Suisse, ait laissé faire la libre circulation, c'est ma foi sa vocation économique et politique. Elle a parfaitement le droit d'exister, et de défendre ses opinions.

 

Que les gentils centristes, d’inspiration chrétienne, aient embrayé derrière, comme des grands, c'est déjà plus étonnant. On ne saurait leur recommander la lecture de l'un des textes politiques les plus éblouissants de la fin du 19ème siècle, l'Encyclique Rerum Novarum, du Pape Léon XIII (1891), qui plaide avec feu pour une économie au service de l'humain, et non du profit. Mais enfin, va pour les gentils centristes. Il se signalent par deux points, après mûre réflexion : ils sont gentils, et ils sont centristes.

 

Mais alors, que la GAUCHE, au début des années 2000, se soit laissé enfiler, au mépris total des travailleurs suisses qu'elle prétend défendre, le grand capharnaüm de l'ouverture des frontières, mère de toutes les sous-enchères salariales, en se disant rassurée par l'immense plaisanterie des "mesures de compensation", là il y a un problème.

 

Tant que la gauche, en Suisse, au nom de l'irénisme d'une fraternité planétaire, demeurera majoritairement noyautée par des internationalistes, soit anciens trotskystes, soit libéraux blairiens, méprisant les uns comme les autres la dimension nationale et l'absolue primauté des travailleurs indigènes, elle fera le jeu des libéraux, et même des ultras. On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, que montent, dans l'estime de la population, les approches plus radicales. Celles de gauche, comme celles de droite.

 

Pascal Décaillet

 

09:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/07/2018

Vivre et laisser mûrir

 

Sur le vif - Vendredi 27.07.18 - 09.38h

 

Les politiques protectionnistes en Europe, avec contrôle des flux migratoires, dans les années qui viennent, n'auront pas besoin d'être mises en place par les seuls partis qui, aujourd'hui, les prônent.

 

Non, elles seront pratiquées par les mêmes milieux qui, aujourd'hui aux affaires, les combattent.

 

Parce que, d'ici là, elles auront pénétré ces milieux, par instillation.

 

Ainsi, à Genève, le concept de "préférence cantonale", encore pestiféré il y a dix ans, s'est-il tout naturellement installé dans les consciences. Aujourd'hui, il est considéré comme la norme.

 

Idem, la notion de "préférence indigène", désormais en vigueur au niveau fédéral.

 

C'est le génie de la Suisse, depuis 1848 : les idées nouvelles commencent par déranger les partis au pouvoir. Mais ces derniers, avec le temps, sont assez habiles pour les assimiler, allant même parfois jusqu'à en revendiquer la paternité. C'est ainsi que le Parti radical, pendant un siècle et demi, a pu asseoir sa domination et son influence sur le pays.

 

En politique, il faut souvent laisser faire le temps, ami précieux, discret et silencieux. Si c'était le titre d'un film, cela pourrait être "Vivre et laisser mûrir".

 

Pascal Décaillet

 

 

19:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les noires profondeurs de la Perse

 
 
Vendredi 27.07.18 - 08.17h

En France, la liberté d'expression n'existe plus. Il y a des choses qu'on ne peut plus dire, des idées qu'on ne peut plus défendre. Dès que vous tentez de les émettre, une armada de régulateurs vous tombent dessus.

 

Ils défendent l'orthodoxie de la pensée. Il faut sanctifier l'Europe, même en faillite, et faire passer la nation pour un archaïsme. Il faut gommer l'Histoire, éradiquer la mémoire, vouloir du passé faire table rase.

 

Il faut sublimer le nomade, mépriser le sédentaire. Il faut déifier l'Autre, en s'ignorant soi-même. Interdire de lire des écrivains qu'on n'a soi-même pas lus. Respecter la liste de ce qui est lisible, convenable, ne pas s'en détourner, jamais.

 

Il faut être dans le rang. Régulateurs en chef de toute déviance à cet ordre établi de la pensée, quelques figures du Palais des glaces parisien. Ils sont marquis, admis au Coucher du Roi, courtisans du pouvoir en place, sécateurs de têtes qui dépassent. Ils nivellent, normalisent. Ils urbanisent la pensée.

 

Bien heureusement, ces choses-là n'adviennent qu'en France. Ou peut-être, aussi, en Perse. Dans notre bonne Suisse romande, chacun sait que la liberté d'expression est totale. Nul communautarisme, jamais, ne tente de l'étouffer.

 

Nul courant dominant. Nulle coterie professionnelle. Nul réseau de géomètres. Nulle Olympe, pour décréter le bien.

 

Heureux sommes-nous de n'être point en France. Ou pire : dans les noires profondeurs de la Perse.

 

Pascal Décaillet

 

10:36 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/07/2018

Macron et la vertigineuse moraine de l'éternité

 

Sur le vif - Mercredi 25.07.18 - 21.45h

 

L'affaire Benalla ne sonne pas la fin de la Macronie. Le temps de cinq ans, ce répit de l'Ancien Monde avant de passer aux choses sérieuses, s'accomplira, sauf événement majeur ou imprévu.

 

Mais cette affaire sonne la fin de ce que l'orléaniste de l’Élysée a cru bon de considérer comme son état de grâce prolongé. Il ne lui aurait pas déplu que cette prolongation durât jusqu'à la vertigineuse moraine de l'éternité.

 

Seulement voilà, l'Histoire n'est pas un conte de fées. Les Français ne sont pas insensibles aux monarques, mais ils ont, de tout temps, détesté les favoris. Mignons du Roi Henri III, dépenses de la Pompadour, arrogance de la Du Barry. Ils ne répugnent pas, loin de là, à l'exercice solitaire du pouvoir (Philippe le Bel, Louis XI, Louis XIV, Napoléon, de Gaulle), mais à condition que l'homme seul soit un homme grand. Tutoyant le destin.

 

Nous ne sommes pas exactement dans ce cas de figure.

 

Pascal Décaillet

 

22:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

France : la fausse résurrection de l'Assemblée

 

Sur le vif - Mercredi 25.07.18 - 11.20h

 

Le ministre français de l'Intérieur, ministre d’État, obligé de passer un Grand Oral face à la représentation nationale. Après lui, toute une série de hauts fonctionnaires régaliens, et même un homme du Président, son directeur de cabinet.

 

Le tout, en direct sur les écrans TV. Le pouvoir, acculé à répondre sous serment aux élus du peuple. Ces derniers, membres de la Commission des lois, ne se privant évidemment pas de l'aubaine pour se mettre en avant devant des millions de téléspectateurs, et accessoirement devant leurs électeurs.

 

Je me demande si un quelconque réalisateur de fiction aurait été capable de faire mieux. Ces scènes en direct, avec des députés qui se prennent pour des Fouquier-Tinville, un ministre d’État dans le plus extrême des embarras, les chuchotements et conciliabules des souffleurs, les réponses rédigées avant même que la question ne fût posée, tout cela constitue un scénario qui tient en haleine. Ça tombe bien : le Mondial est fini.

 

Professeurs d'Histoire, ou d'éducation aux médias, vous devez d'urgence, dès la rentrée, reprendre les archives de ces auditions, les diffuser à vos élèves, les décortiquer, les analyser. En termes de pouvoir, de dissimulation, d'habileté ou de faiblesse dans l'ordre des mots, ces quelques heures valent tous les livres.

 

Au demeurant, dans une culture politique suisse où l'on fait tant mystère des séances de commissions parlementaires, et où l'exigence du plus grand silence est évidemment compensée, comme chez Archimède, par la fluidité des fuites, je suis désolé de dire que la France nous donne une leçon. Dans certains cas, qui impliquent la confiance dans les plus hautes autorités de l’État (c'est cela, l'enjeu réel, et non la castagne de la Contrescarpe), pourquoi diable les auditions d'une commission d'enquête parlementaire ne seraient-elles pas publiques ?

 

La richesse d'enseignements, pour les citoyennes et citoyens, sur les mécanismes du pouvoir, y est immense. Faire lire aux élèves Thucydide, Machiavel ou Clausewitz, c'est bien. Exercer leur appréciation critique de ces séances à vif, qui sont d'aujourd'hui et non d'antiques Sorbonnes, c'est encore mille fois mieux.

 

Reste une remarque, sur laquelle nous reviendrons : la petite vengeance, de jouissance bien rentrée et bien serrée, d'une Assemblée humiliée depuis 1958, donne l'impression de regain de pouvoir d'un législatif que la Cinquième République (et c'est un gaulliste convaincu qui signe ces lignes) a relégué au statut du Chambre d'enregistrement. Eh bien, ne nous y fions pas trop. Si motion de censure il y a, elle sera balayée par la majorité de Marcheurs (entendez de suiveurs du Président) élue en juin 2017.

 

Le pouvoir contre-attaquera, il a d'ailleurs déjà commencé hier avec une excellente prestation du Premier ministre à l'heure des questions. Oui, Édouard Philippe a été bon. Il ne s'est pas laissé démonter. Il a montré de l'humour, de la répartie, de l'intelligence. Il a même remis à sa place Mélenchon, en lui retournant avec brio quelque considération sur la vertu dans l’État. Bref, la Macronie n'est pas morte. L'Assemblée n'est pas ressuscitée. La France, qui n'est plus un régime parlementaire depuis exactement 60 ans, ne va pas le redevenir d'un coup de baguette magique.

 

A la minute même de l'élection de Macron, en mai 2017, nous avions titré, ici même, "Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde". Hélas, il faudra bien, sauf événement majeur, que ce temps de cinq ans s'accomplisse. Et les successeurs de cet orléaniste sans épine dorsale ne seront pas les actuels pleureurs de l'Assemblée. C'est à une révolution plus radicale que la France doit d'attendre. Mais c'est une autre affaire. Nous en reparlerons.

 

Pascal Décaillet

 

12:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/07/2018

Barenboim et le scintillement de nos âmes

 

Sur le vif - Mardi 24.07.18 - 20.30h

 

"Israël défini dans la loi comme un État-nation juif, c'est une forme d'apartheid".

 

Apartheid. Ce mot, que nous avancions ici le 19 juillet, le jour où Israël a décrété cette loi, et éradiqué l'arabe comme l'une des langues nationales, malgré plus d'un million et demi d'Arabes israéliens, c'est l'un des plus prestigieux citoyens israéliens qui l'emploie désormais, dans le journal Haaretz.

 

Cet homme, 75 ans, l'un de nos plus saisissants contemporains, l'un des plus merveilleux humanistes et aussi l'un des plus grands musiciens vivants, c'est un certain Daniel Barenboim.

 

On nous permettra, lorsque nous pensons à Israël, d'évoquer en priorité, dans notre esprit et dans le scintillement de nos âmes, cette figure de lumière. Et bien plus loin, hélas, dans l'échelle de notre estime, ceux qui défendent la politique des faucons et des colons. En Israël. Et aussi, par exemple, Outre-Atlantique.

 

Pascal Décaillet

 

 

20:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/07/2018

Macron, la politique mêmement

 
Sur le vif - Lundi 23.07.18 - 23.50h
 
 
Emmanuel Macron, dans sa campagne 2017, nous annonçait vouloir faire de la politique autrement. Tout le monde sait maintenant - nous le relevions pour notre part dès la campagne présidentielle - qu'il ne fait pas de la politique autrement. Mais qu'il fait de la politique mêmement. Entendez qu'il en fait comme tous les autres.
 
Homme, parmi les hommes. Assoiffé de pouvoir et de miroirs, parmi les assoiffés. Sarkozy, en pire. Un arriviste de passage, encroûté dans l'antique noirceur des scénarios de duperie et de domination. Un Jupiter foudroyé par le banal. Un routinier de l'orléanisme. Un Rastignac, sans le génie de Balzac.
 
Un super-malin. Il a, non sans appuis financiers dont il faudra bien que les historiens démêlent les origines, pulvérisé la campagne de François Fillon. Il a laissé les socialistes vérifier leurs options métaphysiques sur la jouissance philosophique du suicide, il a joué l'homme nouveau, il nous a fait le coup de Kennedy et de Giscard, les gens ont marché. Pas nous. Reprenez tous nos textes du printemps 2017.
 
Il ne pouvait pas "faire de la politique autrement", pas plus que Kennedy ni Giscard, pour la simple raison que la politique, lorsqu'elle charrie des rapports de forces et de pouvoirs, n'est jamais "autre", mais toujours désespérément semblable à elle-même. Il faut faire lire à tous les élèves le Jules César de Plutarque, puis leur faire visionner le discours de Marc-Antoine, pour charger Brutus et Cassius, dans la version inoubliable de Marlon Brando, dans le film de Joseph Mankiewicz (1953), tiré de la tragédie de Shakespeare. On en retiendra le paroxysme de l'immuable, la permanence des ambitions, l'éternité d'ébène du pouvoir.
 
A la tête de la France, pour quatre ans encore, un petit malin qui a profité, en 2017, de l'auto-pulvérisation d'une vieille classe politique essoufflée, à gauche comme à droite, pour se faire une place au royaume du Soleil, dans la Galerie des Glaces. Un homme sans culture politique, sans amour de la politique, habité même par une profonde détestation des politiciens. Le contraire d'un Mitterrand ou d'un Chirac, blanchis sous le harnais des circonscriptions, des élections régionales, des millions de mains à serrer. Monter de la Province vers Paris, oui, mais en y revenant sans cesse.
 
Aujourd'hui, l'homme qui méprise les politiciens les a tous contre lui. De la gauche à la droite, c'est une coalition des oppositions qui, prenant prétexte de l'affaire de son Favori, exige du Président qu'il s'explique. Les fusibles sauteront, jusqu'à priver de Lumière la place Beauvau. Et la bonne vieille classe politique, celle que Macron avait cru anéantir en la foudroyant, lors de son élection en 2017, viendra lui rappeler qu'en politique, l'entêtement enraciné du "mêmement" l'emportera toujours sur l’aléatoire volatile et prétentieux, trompeur surtout, de "l'autrement".
 
 
Pascal Décaillet
 
 

23:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/07/2018

Feue la Cathédrale européenne

 
Sur le vif - Dimanche 22.07.18 - 14.13h
 

Il n'y a pas d'aventure européenne, pas plus qu'il n'existe de "construction européenne". Derrière ces mots, gargarisés à l'envi, nul concept réel, nul principe de réalité. Juste une incantation, sur une base abstraite, pour se faire plaisir.

 

Il n'existe pas de "construction européenne". Mais il existe l'inusable vitalité des nations. Par exemple, la nation française, depuis la Révolution. Ou encore, la nation allemande, plus complexe, principalement née de l'esprit de résistance à l'occupation française de la Prusse, entre 1806 (Iéna) et 1813 (Leipzig). Née aussi du Sturm und Drang, en réaction à l'Aufklärung (les Lumières, version allemande). Née aussi du Romantisme, littéraire et musical. Née, encore, de l'extraordinaire travail des Frères Grimm sur l'origine des mots germaniques.

 

Face à ces réalités-là, qui charrient tant de strates profondes, en philosophie politique, en littérature, en lexicologie, en travail sur le langage, en réflexion sur la vraie nature de ce qui nous porte, inutile de dire que les braves technocrates de Bruxelles, avec leurs directives, ne pèsent pas lourd. Ils sont au service de gens qui, depuis un demi-siècle (1968), et surtout depuis une trentaine d'années (chute du Mur, 1989), ont tout entrepris pour gommer cette réflexion-là, l'éradiquer.

 

Il ne fallait surtout plus parler d'Histoire nationale, surtout pas étudier - ou faire lire à ses élèves - les Discours à la Nation allemande de Fichte (1807), dont je parle si souvent ici, encore moins l'Histoire de la Révolution française de Jules Michelet. Il fallait liquider les chronologies, tout réduire à des "thèmes", dépourvus du moindre ancrage dans l'échelle temporelle, privilégier les "sujets de société" (le véritable enjeu de Mai 68) sur l'Histoire politique, celle des batailles, des guerres, des Traités, des rapports de forces. Celle qui, à l'instar de Thucydide (Guerre du Péloponnèse, 5ème siècle avant JC), constate, cherche les causes, les relie aux conséquences, décrypte le discours, rétablit les enjeux profonds.

 

L'éclosion de "l'idée européenne" chemine en étonnante contemporanéité avec les idées de Mai 68. On ne parle plus des nations, on ne constate plus les faits dans un enchaînement de causes et de conséquences. En lieu et place, on décrète des "droits", on moralise, on saute à pieds joints dans le piège émotionnel, dans celui de "l'indignation", on guette le moindre "dérapage" sur un réseau social pour hurler au retour des années noires, dénoncer, clouer au pilori. Et puis, quand on a encore un peu de force entre deux étranglements "d'indignation", on vénère l'Europe, parce que tout de même, l'Europe c'est le Bien, les Nations c'est le Mal. Pas belle, la vie ? Simple, éblouissante, comme une jouissance enfin délivrée de l'archaïsme des entraves.

 

Le problème, c'est que l'Europe n'existe pas. Je ne parle pas de notre continent, magnifique et aimé, du Cap Nord à Palerme, "de l'Atlantique à l'Oural". Non, je parle de CETTE EUROPE-LÀ. Cette horlogerie intellectuelle, conçue - au mieux - par des esprits croyant à la primauté de la philosophie sur le constat historique. Car là se trouve la vraie ligne de fracture intellectuelle : entre les raisonneurs, qui veulent toujours tout démontrer, et ceux qui observent patiemment, nation par nation, le réel. Les premiers, dans la Lumière de leur cosmopolitisme, croient aux lois universelles. Les seconds, plus instinctifs, tentent de défricher la vie intime de chaque terroir.

 

L'Europe n'existe pas. Mais le destin allemand, par exemple, relancé dès le milieu du 18ème siècle par le grand Frédéric II de Prusse, cela existe. Bien tangible. Avec des revers, comme mai 1945. Mais surtout avec une perpétuelle renaissance. Comme par hasard, c'est au moment de la chute du Mur, 1989, là où tout redevient possible pour le destin allemand, et notamment toutes les fulgurantes préfigurations de Fichte (1807), que "l'idée européenne", jusque là fort acceptable pour faciliter les échanges économiques, ne devient plus qu'un paravent pour cacher la renaissance allemande.

 

Qu'Helmut Kohl ait joué ce jeu-là, il a ma foi utilisé la carte nationale, sous prétexte européen. Qu'un François Mitterrand ait accepté ce principe, jusqu'à le surjouer, est une toute autre affaire. En matière balkanique, en matière monétaire, on pouvait attendre de la France une autre voie, une autre voix aussi, que celles de l'alignement sur Berlin.

 

A partir de ce moment-là, celui de la Monnaie unique et du démembrement de l'ex-Yougoslavie sur la seule acceptation des exigences historiques de l'Allemagne, on ne pouvait plus parler sérieusement de "construction européenne". Mais de victoire des intérêts supérieurs de la nation allemande, au détriment non seulement de la France, mais de toute prétention à l'équilibre à l'intérieur de Feue la Cathédrale européenne.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:13 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/07/2018

Israël : la langue arabe, ça existe !

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 18.25h

 

L'hébreu, désormais seule langue officielle en Israël. L'arabe relégué, alors qu'il existe des centaines de milliers d'Arabes israéliens, et qu'Israël occupe depuis 1967 des Territoires arabophones. Funeste décision ! Prise par n'importe quel autre pays, elle eût attiré les foudres, on eût parlé d'apartheid, exigé des sanctions.

 

Surtout, cette décision n'intervient pas à n'importe quel moment. Depuis quelques mois, Israël se croit tout permis face au monde arabe, à commencer par les Arabes qui résident à l'intérieur de ses frontières. Le principal responsable, c'est Donald Trump, avec sa catastrophique décision (sur le plan symbolique) de transférer à Jérusalem l'ambassade américaine.

 

J'avais, ici même, immédiatement souligné les aspects dangereux de ce transfert. Le Président américain prépare déjà sa réélection de 2020. Il a besoin des suffrages des communautés qui, dans l'électorat américain, soutiennent mordicus Israël. Parmi elles, les Évangéliques. Alors, comme toujours, il force le trait. Mais là, sa méconnaissance de l'Orient compliqué l'amène à totalement sous-estiment les conséquences, à terme.

 

Israël se croit tout permis, parce que Trump prépare une guerre contre l'Iran. Sur l'échiquier du Proche-Orient, il aura besoin de son allié de toujours.

 

Alors, va pour l'hébreu, seule langue officielle. Va pour la langue arabe, jetée aux orties. Imagine-t-on l'humiliation que cela représente pour les citoyens et citoyennes d'Israël, qui se trouvent être des Arabes ? Jusqu'ici, leur langue, bien sûr minoritaire en Israël, était tout de même reconnue comme faisant partie de la communauté culturelle du pays.

 

C'était un héritage du Mandat palestinien, celui qui, entre 1920 et 1948, avait immédiatement précédé l'avènement de l’État d'Israël. Aujourd'hui, c'est fini. Ce qui aurait pu être une grande et noble nation, hélas, s'apparente de plus en plus à une tribu, recentrée sur la seule appartenance religieuse.

 

Pascal Décaillet

 

18:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Plouc ou Messie ?

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 09.58h

 

Tout miser sur la libre circulation, donc l'apport fantasmé de l'altérité, figurée comme la Voie du Salut, c'est faire bien peu de cas des sédentaires. Ceux qui sont déjà là. Ceux qui, pendant des générations, après leurs parents, leurs aïeux, ont choisi de demeurer dans le pays qu'ils aiment. Chacun apportant sa pierre, petite ou grande, pour le construire.

 

Dans la Suisse de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, encore bien pauvre, beaucoup de nos compatriotes ont émigré. En Algérie, en Argentine, au Brésil, etc. Mais beaucoup, aussi, ont fait le choix de rester. Ils ont travaillé dur, gratté des sols arides, accepté les boulots les plus modestes. Il faut aussi penser à eux. De l'intérieur, ils ont fait avancer le pays.

 

Il y a, dans l'idéologie ultra-libérale du flux continu des personnes, chacune interchangeable, comme une funeste négation de la vertu de sédentarité. Celui qui reste serait un plouc. Celui qui transite, un Messie.

 

C'est aussi contre cela que les peuples d'Europe commencent à se révolter, contre cette vision méprisante. Cette sacralisation du mouvement, ce mépris de l'attachement.

 

Non l'attachement du serf, celui qui n'aurait pas le droit de quitter sa terre. Mais l'enracinement de l'homme ou de la femme libre, celui ou celle qui, en toute connaissance de cause, ayant le choix, a opté pour la sédentarité à l'intérieur du pays. Parce qu'il veut participer à l'aventure collective de ce pays-là.

 

Les ultra-libéraux subliment le mouvement perpétuel, le nomadisme. Pour mieux brasser leurs équations de profit. De leur hauteur cosmopolite, ils méprisent l'émotion d'appartenance nationale. Le sédentaire creuse et contemple. Il participe, souvent sans bruit ni fracas, à la qualité de vie améliorée, là où il est.

 

Pascal Décaillet

 

12:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

L'Europe et les marchands du Temple

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 06.04h

 

Les Pères de l'Europe, au début des années cinquante, les Schuman, de Gasperi, Adenauer, étaient des démocrates-chrétiens.

 

Ils étaient porteurs d'une vision, humaniste et émancipatrice, après le choc et le fracas de la guerre, de l'organisation du continent.

 

On peut, bien sûr, on doit même discuter de cette vision. Mais elle avait sa cohérence, sa noblesse, une ambition sociale puisée dans la grande pensée d'un Léon XIII, elle se voulait l'Europe des cœurs et des âmes. Le projet méritait intellectuellement, spirituellement, qu'on fît un bout de chemin avec lui.

 

Ce qui a tout foutu en l'air, depuis trente ans, c'est le dogme ultra-libéral. Le catéchisme du libre-échange. La sanctification de la libre circulation des personnes et des marchandises. Oui, tout cela nous fut imposé d'en haut, comme vérité révélée.

 

On retrouvait la jouissance parfumée du bénitier démocrate-chrétien, mais cette fois, c'était au service oligarchique du profit immédiat, quand il n'était pas spéculé. Cela porte un nom : cela s'appelle le culte du Veau d'or.

 

Adieu Léon XIII, adieu Doctrine sociale, adieu la paix des braves sur les cendres des guerres nationales. Bonjour l'Europe des banquiers, de la circulation sans entraves du Capital, des fermetures d'usines, des délocalisations, du profit de casino, celui qui joue à saute-mouton par dessus les frontières.

 

C'est cette Europe-là, cette idéologie, qui s'effondre. Et qui, aux abois, nous sort un Accord avec le Japon, pour sanctifier une dernière fois le libre-échange, nous prescrire son dogme de l'Infaillibilité. Le chant du cygne de M. Juncker, après le vin de Messe et la quête des Indulgences.

 

Ce qui s'effondre, ça n'est pas l'idée européenne. Ni l'aspiration à faire quelque chose de ce continent que nous aimons, et dont les différentes Histoires nationales nous habitent et nous passionnent.

 

Non. Ce qui s'effondre, c'est la prise en otage de l'idée européenne par les ultra-libéraux. Eux, devront rendre des comptes. Il faut reconstruire le Temple de l'Europe. Mais en commençant par en chasser les marchands.

 

Pascal Décaillet

 

08:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |