11/05/2018

Adrien et ses crayons

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Sur le vif - Vendredi 11.05.18 - 04.49h

 

Au Proche-Orient, il y a un pays qui s'appelle Israël, et qui possède l'arme nucléaire.

 

Dans le monde, il y a une super-puissance, qui s'appelle les États-Unis d'Amérique. Ils possèdent la bombe atomique depuis 1945, et en ont immédiatement fait usage, à deux reprises, contre le Japon. A ce jour, en 73 ans, ils demeurent les seuls à s'être servis de l'arme nucléaire. Leur arsenal atomique est le premier du monde.

 

Israël, les Etats-Unis. Aujourd'hui, plus que jamais alliés contre l'Iran. Eux, on ne leur demande jamais de comptes. On ne leur envoie jamais "d'inspecteurs" ? On trouve, chez eux, normal et justifié, ce que l'on dépeint comme satanique dans la recherche nucléaire iranienne.

 

Deux poids, deux mesures. Une vision du monde, un discours, imposés par le poids des convenances atlantistes et occidentales. L'empire d'une morale au service du Bien, comme dans les plus grands moments de la Guerre froide et du maccarthysme.

 

La vision cosmopolite et mondialiste, celle d'une gouvernance planétaire, n'a rien de neutre, ni de dégagé des intérêts nationaux. Sous le paravent d'une diplomatie multilatérale qui brasse de l'air et dont on a pu mesurer l'efficacité dès 1919, puis dès 1946, elle n'est rien d'autre que la face présentable des appétits de la domination américaine sur le monde. Avec, depuis (presque) jour pour jour 70 ans, un allié indéfectible au Proche-Orient.

 

Pendant ce temps, la Palestine n'a toujours pas d'Etat. Gaza étouffe. La Cisjordanie et Jérusalem-Est, toujours de facto sous occupation. Cela, depuis 51 ans. Dans un mois. Pendant ce demi-siècle, des milliers de tonnes d'air brassés par la "diplomatie internationale". Des millions de litres de kérosène grillés par les émissaires de l'ONU. Mais une seule réalité, noire, archaïque comme la permanence du tragique : celle des intérêts nationaux américains, impérialistes, et celle des intérêts nationaux israéliens. Pour la Palestine, pas d'Etat.

 

La diplomatie mondiale n'existe pas. Elle n'est, depuis le Président Wilson et la Genève de 1919, celle d'Adrien Deume qui taille ses crayons, qu'une fiction pour tenter d'apaiser l'inquiétude des âmes. La seule réalité, intangible, demeure celle des nations.

 

Pascal Décaillet

 

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09/05/2018

La Perse, intangible et millénaire

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Sur le vif - Mercredi 09.05.18 - 07.57h

 

À l'éditorialiste qui, ce matin, ose affirmer que "l'Iran est un danger pour le Moyen-Orient", il faut juste répondre que l'Iran EST au Moyen-Orient. La vieille Perse, depuis des millénaires, inamovible et riche d'une Histoire incomparable, EST l'une des composantes incontournables de cette région du monde.

 

Face à cette réalité historique, les gesticulations et l'arrogance d'un État n'existant que depuis 242 ans, situé à des milliers de kilomètres de l'Orient compliqué, auquel il n'a jamais compris grand chose, ne seront pas plus efficaces qu'elles ne le furent, dans les années 60, face à la volonté d'affranchissement et de souveraineté d'un petit peuple de paysans, appelé Vietnam.

 

Pour l'heure, que je sache, le seul pays à avoir fait usage de l'arme atomique, en 73 ans, s'appelle les Etats-Unis d'Amérique. C'est un fait. Une réalité historique. Août 1945, à deux reprises, sur le Japon. L'un des rares, aujourd'hui, à pouvoir en faire usage à tout moment, c'est encore lui. De quel droit ose-t-il, lui surarmé, distribuer aux autres ses leçons de morale ?

 

Le fauteur de guerre, où est-il ? Dans les populations implantées depuis des millénaires au Moyen-Orient, ou chez les faucons de Washington ? L'Iran, au-delà de savoir s'il est dirigé par le Shah, par Mossadegh ou (depuis 1979) par le régime des mollahs, est, avant toute chose, une grande nation, pétrie d'Histoire et de culture, de sciences, une réalité vécue, sur l'échiquier.

 

C'est la nation, dans l'Iran, qu'il faut considérer, dans ses permanences, la puissance tectonique de sa continuité. Les idéologies passent, les nations demeurent. Les caprices de l'arrogance américaine passent, la présence millénaire de la Perse continuera, pour des siècles ou des millénaires, d'exercer sa puissance d'arbitrage sur l'échiquier du Moyen-Orient.

 

Pour les pays d'Europe, c'est l'occasion ou jamais d'affirmer que leur relation avec l'Iran relève de leur choix souverain, et non d'un alignement sur les États-Unis d'Amérique. On espère que la Suisse, qui n'est pas partie prenante de l'Accord de 2015, trouvera les mots pour affirmer une volonté de solution politique qui passe par le dialogue et la reconnaissance, et non par l'obédience. Si le Conseil fédéral pouvait se montrer plus courageux qu'au printemps 2003, lors de la catastrophique expédition américaine sur l'Irak, notre pays en sortirait grandi. La neutralité, ça n'est pas se taire. Et c'est encore moins s'aligner sur les puissants et l'arrogance, juste parce qu'ils manient les milliards de dollars.

 

Plusieurs millénaires avant la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, la vieille Perse brillait déjà de mille feux. Si elle devait, aujourd'hui, se sentir menacée, la levée en masse serait mue en priorité, comme dans la Russie de 1941, par la défense acharnée de la terre nationale, de la mémoire collective, de la communauté dans l'ordre de l'Histoire. Ces données de fond, intimes et intangibles, bien avant la défense d'un régime.

 

Les idéologies passent, les nations demeurent.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/05/2018

Mai 68, l'anti-Révolution

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Sur le vif - Vendredi 04.05.18 - 11.50h

 

Il faut arrêter de parler de "Révolution" au sujet de Mai 68.

 

1789 est une Révolution. 1830, aussi. De même, 1848. 1917, bien sûr. Et le 9 novembre 1918, en Allemagne, scandaleusement ignorée dans les écoles, alors qu'elle est majeure, et porte les germes de la Contre-Révolution de 1933. Pourquoi les profs d'allemand ne font-ils pas lire le génial "November 1918", d'Alfred Döblin, à leurs élèves ?

 

Mai 68 n'a absolument rien d'une Révolution. Les étudiants voulaient renverser l'ordre établi, ils ont non seulement échoué, mais, la France ayant eu peur, elle a, en juin, conduit à la Chambre, pour cinq ans, une majorité de la peur, conservatrice. Celle de Pompidou, tellement éloignée du virage social justement entamé par de Gaulle, dont Mai 68 a ruiné les espoirs. Aujourd'hui, qui connaît encore le gaullisme social, celui de Louis Vallon et René Capitant ?

 

Le révolutionnaire, devant l'Histoire, c'est de Gaulle, ce moine-soldat, ombrageux, incorruptible, haï par les puissances de l'Argent, celles qui avaient fait de très bonnes affaires, entre 1940 et 1944.

 

Après, on nous parle de Révolution des mœurs, de sujets "de société", voire liés à la sexualité. Je veux bien. Mais toutes ces choses-là, propres à l'évolution des mentalités dans les années 60, étaient déjà dans l'air depuis quelques années. Cette évolution, avec ou sans les éruptions libertaires du Quartier Latin, se serait de toute manière produite. Entamée au milieu des années 60, elle déploie ses effets jusqu'à la fin des années 70, en gros jusqu'à Mme Thatcher.

 

Une Révolution, relisez Marx (200 ans demain !) ou Engels, lisez aussi la Guerre du Péloponnèse, de Thucydide, présuppose le renversement institutionnel d'une société par une autre. Les excitations estudiantines de Mai 68 n'ont obtenu que la France de Pompidou, le vieux renard prudent de la Banque Rothschild. Pompidou, le matou matois que Mauriac, dans une fulgurance de plume, avait en 1963 surnommé Raminagrobis. Bref, la France de Guizot. Comme Révolution, on fait mieux.

 

Pascal Décaillet

 

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02/05/2018

Autorité

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Sur le vif - Mercredi 02.05.18 - 10.04h

 

Homme ou femme, jeune ou vieux, gauche ou droite, rien de cela ne m'importe. J'ai besoin qu'un candidat au Conseil d'Etat ait autorité sur sa propre prise de parole.

 

Autorité, au sens d'auteur. Ce qu'il dit ne doit pas donner l'impression de lui avoir été soufflé par un autre. Car, s'il est élu, le souffleur, parmi ses pairs, demeurera.

 

Autorité, au sens d'augmentation du champ du possible. Un ministre doit se projeter en avant, nous ouvrir un avenir.

 

Autorité, au sens de courage. Pierre Mendès France, à peine investi par la Chambre le 18 juin 1954, se donne un mois, pas un jour de plus, pour trouver une issue à la question indochinoise. Faute de quoi, il annonce qu'il partira. Un mois après, il signe les Accords de Genève.

 

Autorité, au sens de solitude. Celui qui a besoin d'un souffleur n'est jamais seul sur scène. Dans l'intensité du monologue, il ne saura puiser en lui-même la justesse du ton.

 

Nous devons élire des auteurs. Des inventeurs. Des défricheurs.

 

Le reste n'est que politique politicienne, propagande des officines et des états-majors de partis, intérêts corporatistes.

 

La République a besoin d'autorité. Elle a besoin d'auteurs.

 

Pour les duplicateurs, il existe des machines a photocopier.

 

Pascal Décaillet

 

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01/05/2018

L'immuable complicité du silence

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Sur le vif - Mardi 01.05.18 - 09.52h

 

Mai 68 : strictement aucun recul dans les médias. Sous prétexte de commémorer, on encense, on idéalise. On continue d'inviter en boucle Daniel Cohn-Bendit. Face à lui, nul recul, nulle question critique, nulle remise en cause. La presse de 2018 demeure totalement inféodée à l'idéologie qui sanctifie le beau mois de Mai, prétend en faire une référence majeure de l'Histoire de France. Au même titre que 1936, ou la Libération.

 

Sur l'échec politique du mouvement, qui par réaction (élections de juin 68) a précipité à la Chambre, pour cinq ans, la députation la plus conservatrice depuis 1919, rien.

 

Sur la totale ignorance des manifestants face à l'homme qu'ils combattaient, le plus libérateur et le plus émancipateur du vingtième siècle en France, simplement âgé de 77 ans, rien. Pas un mot.

 

Sur l'ignominie de certains slogans, comme "CRS-SS !", rien. Assimiler, pour la seule efficacité sifflante de l'allitération, des Compagnies républicaines de sécurité, troupes de maintien de l'ordre d'un État de droit parfaitement démocratique, aux hommes de Heinrich Himmler, bravo l'amalgame.

 

Ce dernier n'a fonctionné impunément qu'en vertu de l'état d'amnésie dans lequel était encore la France, non sur l'occupant allemand de 40-44, mais sur son propre rôle, dans la Collaboration. Et le plus fou, c'est que l'homme qui, dès le premier jour, s'était levé pour combattre le régime de Vichy , se trouve être le même que les petits bourgeois révoltés du Quartier Latin veulent virer, 28 ans plus tard.

 

Ils s'en sont pris, juste parce qu'il était vieux, rugueux, marmoréen, à l'homme qui avait dit non à la défaite, résisté, rétabli la République, donné le droit de vote aux femmes, restauré l'Etat, promulgué les grandes lois sociales de la Libération, puis à son retour, réglé la question algérienne, réconcilié la France avec l'Allemagne, conduit son pays dans une ère de prospérité sans précédent. Le révolutionnaire, c'était lui.

 

J'avais dix ans. J'ai immédiatement pris le parti du Général. Je finissais mon avant-dernière année primaire. J'adorais l'école. Je ne comprenais pas pourquoi mes aînés vomissaient un système qui me convenait parfaitement.

 

Dans les médias d'aujourd'hui, nul recul critique. Nul exercice de la conscience historique. Face à Mai 68, c'est l'éloge obligatoire. Daniel Cohn-Bendit, avec ses illusions cosmopolites et supranationales, encore et toujours sur les plateaux. Et face à lui, l'immuable complicité du silence.

 

Pascal Décaillet

 

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27/04/2018

Un homme d'Etat

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Sur le vif - Vendredi 27.04.18 - 18.39h
 
 
Ma première rencontre avec Christian Grobet date de 1978. J'avais vingt ans, je rédigeais des piges pour le Journal de Genève, qui m'avait envoyé couvrir une causerie, aux Pâquis, sur "le rôle des partis politiques". Le représentant des socialistes était le député Grobet.
 
 
Quelques années plus tard, journaliste à plein temps au même Journal de Genève, j'ai tant de fois couverts ses conférences de presse sur les différents chantiers qu'il ouvrait pour le canton.
 
 
Christian Grobet fut, de 1981 à 1993, un grand conseiller d'Etat. Ses positions politiques, ses choix, on les partage ou non, bien sûr. Mais en toutes choses, il roulait pour l'Etat, il avait en lui la dimension d'Etat. Il y a eu André Chavanne, il y a eu Christian Grobet, il y a eu Guy-Olivier Segond.
 
 
Après une carrière politique exceptionnelle, entamée en 1967 sur les bancs du Conseil municipal, cette figure de notre République tire sa révérence, tout au moins de la politique élective.
 
 
Pour l'avoir connu dans ses années d'ascension, puis de plénitude dans le pouvoir ou dans l'opposition, pour avoir observé ces quarante ans (depuis 1978, pour ma part) de militantisme, de rectitude, de service à la République, je rappelle ici ce que j'ai maintes fois dit : voilà une très grande figure, une vie entière consacrée aux choses de la Cité. En trois mots comme en mille, cela s'appelle un homme d'Etat.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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25/04/2018

Tropisme du Levant

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Sur le vif - Mercredi 25.04.18 - 16.42h

 

Je n'utilise jamais le mot "l'Occident". Ce dernier présuppose une agrégation d'identité, de valeurs, de culture, entre nos pays d'Europe et le monde anglo-saxon, principalement les États-Unis d'Amérique. Et cette communauté serait plus importante que ce qui nous relie à l'Orient. Je n'en crois rien.

 

L'Orient, ça commence avec les Balkans. Puis surtout la Grèce, dont j'ai commencé à étudier la langue en 1971. Puis la Bulgarie, la Turquie, le Proche et le Moyen-Orient. On peut aller ainsi jusqu'à l'Iran, voire jusqu'à l'Indus, comme Alexandre.

 

Je suis allé maintes fois en Grèce, et pas seulement sur les sites touristiques. J'arrive à comprendre ce que raconte le journal Ta Nea, j'ai la chance de lire Homère dans le texte.

 

Je suis allé souvent dans les Balkans, au Proche-Orient, en Afrique du Nord. Je m'y sens bien. Comme en Italie. On y respire l'Histoire, les strates de civilisation, les guerres et les traités, les arts, la richesse plurielle des religions.

 

Le ville que je préfère, plus encore que Rome, c'est Jérusalem, la Vieille Ville surtout, du côté de la Porte de Damas. Chrétiens, Juifs, Musulmans, millénaires d'Histoire, couvents arméniens, inscriptions syriaques, géorgiennes, coptes : l'immensité du monde, à livre ouvert.

 

Dans ces conditions, sans avoir rien contre le Nouveau Monde, je ne vois pas pourquoi je m'afficherais particulièrement d'une appartenance à "l'Occident", alors que tout (à part ma fascination pour l'Allemagne) me porte, ou plutôt me transporte, vers l'Orient compliqué.

 

Dire "l'Occident", c'est accepter comme fait accompli la vision de coupure du monde en deux que certains, notamment du côté américain, veulent nous imposer. On se souvient de l'ahurissant "conflit de civilisations" de l'entourage de George Bush Junior, pour nous faire avaler en 2003 la pilule de la catastrophique expédition militaire en Irak.

 

A mes amis de Grèce, de Turquie, du Proche-Orient, de l'Iran, et tous les autres, j'adresse mon fraternel salut.

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/04/2018

Le vrai révolutionnaire, c'est de Gaulle !

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Sur le vif - Mardi 24.04.18 - 08.22h

 

En tentant de se révolter contre les seuls signaux de l'autorité républicaine, contre tout ce qui ressemblait à cette dernière, à commencer par l'homme qui l'incarnait - et avec quelle classe - au plus haut niveau, Mai 68 a été l'allié objectif des libéraux et du patronat.

 

Il faut voir l'Histoire politique. Aux législatives de mars 67, la droite ne l'emporte que d'un cheveu sur la gauche, après une nuit d'incertitude. De Gaulle, qui n'a jamais été un homme de la droite économique, encore moins de la droite financière (dont toutes les lectures de sa jeunesse lui avaient appris à se méfier), garde Pompidou, mais relance le grand mouvement du gaullisme social, issu de la Libération, du Sillon, de Mounier, de toute une tradition très française fondée sur l'esprit de participation, notamment dans les entreprises. Des hommes comme Louis Vallon ou René Capitant, hélas aujourd'hui un peu oubliés, incarnent ce remarquable mouvement de pensée, que j'ai eu l'occasion d'étudier de très près.

 

Le gaullisme social, Pompidou n'en veut pas. L'ancien directeur de la Banque Rothschild n'est pas de ce monde-là. Il le prouvera très clairement, entre 69 et 74, comme Président, allant jusqu'à recadrer sèchement son Premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas, après son fameux discours d'investiture sur la Nouvelle Société (1969), un petit bijou rédigé par Simon Nora et un certain... Jacques Delors.

 

Mai 68, par l'extrême violence de rue, les images, dans toute la France, de voitures brûlées, de guerre civile, n'aura réussi, sur le moment, qu'à provoquer une chose : la peur, dans la France profonde. Cette même France qui, aux élections de juin, par réaction, conduira à la Chambre la plus massive majorité de droite, bleu horizon, depuis 1919.

 

Cette Chambre 68-73, très conservatrice, sera celle, dès juin 69, du Président Pompidou. Fini, le gaullisme social. Finis, les espoirs d'une refonte du système par lui-même. Le grand patronat triomphe, la grande banque française aussi, sous Pompidou l'ordre règne.

 

De Gaulle n'était absolument pas un homme de la droite libérale. Il détestait les puissances de l'Argent. En lecteur, dans ses jeunes années, de Barrès et Péguy, et bien sûr aussi de Maurras (tout en gardant ses distances), il avait pour la France une autre ambition que le seul "Enrichissez-vous" de Guizot. La France de Charles de Gaulle, c'est celle de Vézelay autant que celle de Valmy.

 

Cet homme d'exception avait, en 1945, donné le droit de vote aux femmes, créé la Sécurité sociale, nationalisé le Crédit, la Banque de France, la Régie Renault, les houillères, les charbonnages. De retour aux affaires, il avait donné à la France une nouvelle Constitution, l'indépendance à l'Algérie et aux pays d'Afrique Noire. Il avait engagé la France sur la voie de l'indépendance, et prôné (dès son discours de Brazzaville, en 1944) le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Combattant des deux guerres, il avait réconcilié la France avec l'Allemagne.

 

Aucun de ses prédécesseurs, ni de ses successeurs, ne peut se prévaloir du dixième de son legs. Face à l'Histoire, le vrai révolutionnaire, c'est lui. Pour n'en avoir rien su, ni voulu savoir, pour n'avoir voulu voir en lui que la part d'autorité qui les empêchait de jouir sans entraves, les petits bourgeois révoltés du Quartier latin n'auront été, au final, que les alliés objectifs d'un capitalisme que Charles de Gaulle, moine-soldat, détestait. Libertaires, ils furent les complices des libéraux.

 

Libertaires et libéraux ultra ont un point commun : ils détestent l'Etat.

 

Rejetons toute commémoration hagiographique des événements de Mai, dénuée de distance critique et historique. Nous y sommes hélas en plein, comme un maelström de propagande. A chacun de nous d'y résister, par les outils essentiels que constituent la connaissance historique, l'exercice de la critique, l'immensité solitaire de nos lectures, la liberté de l'esprit.

 

Pascal Décaillet

 

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21/04/2018

Déconnexion, non merci !

 

Sur le vif - Samedi 21.04.18 - 18.07h

 

"Droit à la déconnexion" : non merci, ça ne m'intéresse pas ! Je puis comprendre que des employés le revendiquent, mais un petit entrepreneur indépendant, qui fait tout lui-même et est toujours en très grande inquiétude que tout se passe bien, n'a strictement aucune envie d'être "déconnecté".

 

Entrepreneur depuis douze ans, avec des locaux à moi, une comptabilité d'indépendant à tenir avec précision, le souci d'accomplir impeccablement les mandats qu'on veut bien me confier, comment voulez-vous que je "déconnecte" ?

 

Au contraire : rester connecté, toujours et partout, me convient parfaitement. Être en relation, par mail, avec les futurs invités de mes émissions, à toute heure et tous les jours de la semaine. Avec mes innombrables contacts aussi, qui sont pour moi de précieuses sources de renseignements. Puiser sur la toile dans la documentation pour préparer les interviews. Avoir en permanence un œil sur l'agenda. Lire des centaines d'articles sur internet, visionner tout autant d'émissions ou d'archives historiques. Pouvoir à tout moment décocher, comme avec une sarbacane, un commentaire ou un édito sur l'actu. Vivre intensément en état de journalisme. Tout cela me sied. Je n'ai aucune envie de "déconnecter".

 

Être indépendant, c'est avoir toujours un peu la trouille au bide. C'est avoir choisi, un jour, une situation sociale, statutaire, professionnelle, et au fond humaine, qui à la fois vous ravit et vous déstabilise. Parce qu'on ne sait absolument pas de quoi l'avenir sera fait. J'aime passionnément ma petite entreprise, mon indépendance, j'aime me faire du souci pour tout cela. Ca ronge, de l'intérieur, c'est le prix à payer. Comment voulez-vous, dans ces conditions de constante inquiétude, impliquant la vivacité demeurée d'un état d'hyper-conscience sur les événements, qu'on accepte le principe de "déconnexion" ?

 

Des circonstances extérieures se chargeront bien, un jour, de nous "déconnecter". Mais, tant qu'on est vivant, en état (et surtout en désir) de livrer bataille, il faut demeurer sur le terrain. Et combattre.

 

Pascal Décaillet

 

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17/04/2018

Du vent et des illusions

 

Sur le vif - Mardi 17.04.18 - 09.39h

 

L'esprit de normalisation qui règne chez les éditorialistes, depuis l'élection de dimanche à Genève, n'est rien d'autre qu'un trompe-l'œil.

 

D'abord, étonnant, tout de même, cette jouissance des observateurs à l'idée qu'après une parenthèse de fébrilité, tout rentrerait enfin dans l'ordre. Comme si la politique, délivrée des antagonismes et des questions qui fâchent, ne devait être que l'équilibre paisible d'un château de cartes.

 

Surtout, c'est un leurre. Les questions cruellement posées en 2005, 2009 et 2013 demeurent. Flux transfrontaliers. Emploi local précarisé. Les coûts pour accéder aux soins médicaux. Le manque de logements. La difficulté de circuler.

 

Pour s'attaquer à tout cela, le corps électoral a choisi de donner une nouvelle chance aux "partis traditionnels". Mais comment la TG ose-t-elle clamer que la frange protestataire "mord la poussière", alors que le MCG, avec ses onze députés, fera clairement office de parti charnière au Parlement ? L'UDC, Ensemble à Gauche, jusqu'à nouvel ordre, ont décroché le quorum.

 

Le MCG a été attaqué de l'intérieur par une dissidence qui lui a fait perdre plusieurs sièges. Quant à ses thèmes de prédilection, comme la préférence cantonale, ils ont purement et simplement été récupérés par les autres partis. La puissance des "partis traditionnels", depuis la fin du 19ème siècle, c'est de se nourrir doucement des oppositions, en les intégrant.

 

Le MCG, s'il sait gérer sa défaite et se concentrer sur l'essentiel, peut faire beaucoup mieux avec onze députés cohérents et en ordre de bataille, qu'avec un groupe pléthorique de vingt personnes, où les ferments de dispersion étaient visibles - pour qui sait lire - dès le premier jour de la législature.

 

Reste que le canton ne veut pas étouffer. Les rêves délirants de croissance, avec flux migratoires, gains faciles pour le patronat, agrandissement démesuré de l'aéroport, ne sont sûrement pas ceux de la population.

 

Le Grand Conseil 2018-2023, nous dit-on, sera "plus clair". Mais en quoi, je vous prie, un Parlement doit-il être "clair" ? Le gouvernement doit l'être, c'est sûr, mais la députation, c'est la représentation populaire, dans sa diversité, ses contradictions, sa richesse. Que des confrères, journalistes politiques, se réjouissent de l'avènement d'une Chambre d'enregistrement, toute aux ordres d'un Pierre Maudet, est de nature à surprendre.

 

Dans cinq ans, nos enfants auront-ils des logements, du travail, du pouvoir d'achat ? Seront-ils, comme nous aujourd'hui, étranglés par les primes maladie ? Pourront-ils se déplacer convenablement dans l'espace urbain ? Les Lyonnais viendront-ils embarquer, pour leurs vols à bas coût, à Cointrin ? Cette législature aura-t-elle un peu permis d'avancer ? Ou n'aura-a-t-elle, comme celle qui se meurt, levé que du vent et des illusions ?

 

Pascal Décaillet

 

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Rhinocéros

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Sur le vif - Mardi 17.04.18 - 12.48h

 

A Genève, c'est le patronat qui pousse à fond, depuis des semaines, pour sécuriser l'élection des quatre candidats de l'Entente. Il lui est égal de savoir qui sera le quatrième élu, ce qui compte c'est de sauver le soldat, à tout prix. Si ce quatrième de l'Entente était un rhinocéros, le patronat le soutiendrait.

 

L'enjeu, c'est la réforme de l'imposition des entreprises. Garder le taux promis aux multinationales. Pour cela, il faut évidemment une majorité de l'Entente au Conseil d'Etat. Le reste passe loin derrière, jusqu'à la longueur de la corne du rhinocéros.

 

Rétrospectivement, on comprend mieux certaines attaques contre des magistrat(e)s sortant(e)s, dans la campagne du premier tour. L'enjeu n'a jamais été M. Ramadan, ni les affaires de plaintes contre lui, ni même l'histoire de la secrétaire du DIP. Tout cela est aussi indifférent que la peau épaisse du rhinocéros.

 

Non. Ce qui comptait, dans ces attaques, n'a jamais été le DIP. Mais affaiblir à tout prix la gauche, en tentant de faire tomber une sortante. Pour que l'Entente conserve la majorité. A cause de l'imposition des entreprises.

 

Même, au besoin, avec un rhinocéros.

 

Pascal Décaillet

 

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14/04/2018

La France que nous aimons

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Sur le vif - Samedi 14.04.18 - 07.57h

 

La France n'a strictement rien à faire dans cette aventure. Deux siècles de politique arabe, intelligente et complexe, reposant sur la connaissance et le dialogue, ruinés par l'obédience atlantiste de Macron.

 

La politique étrangère de la France doit se décider à Paris, pas à Washington, encore moins à New York. Que Mme May joue les caniches de la Maison Blanche, comme en 2003 Tony Blair, est une chose. Mais Paris !

 

La France que nous aimons est fière et souveraine, elle n'a ni maître ni suzerain, elle détermine et conduit seule sa politique étrangère. Elle entretient avec le monde arabe, au-delà des idéologies, des rapports profonds de connaissance et d'amitié.

 

Ce matin, l'ombre de quelques hommes s'en vient aiguiser notre noire colère : Bonaparte et Champollion en 1798, Mendès France, les grands négociateurs français des Accord d'Evian (1962), de Gaulle bien sûr, et même encore MM Chirac et Villepin, en 2003.

 

Sans compter Jean Lacouture, génial biographe de Nasser, prodigieux connaisseur de deux siècles d'Histoire et de réseaux franco-arabes, en Afrique du Nord comme au Proche-Orient. Jean Lacouture, que j'ai eu si souvent l'honneur d'interviewer.

 

Ce matin, je repense à mon article "Ma Colère", publié dans la Revue Choisir, chez mes amis jésuites, au printemps 2003, le jour de la catastrophique expédition américaine sur l'Irak, mère de tant de malheurs.

 

La France que nous aimons ne s'aligne pas servilement sur la cause des puissants. Elle a sa voix propre. M. Macron, en emboîtant le pas des faucons américains et de leur 51ème Etat, vous venez de commettre une faute politique. Avoir été l'assistant d'un philosophe ne saurait vous dispenser d'ouvrir des livres d'Histoire.

 

Pascal Décaillet

 

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12/04/2018

Les tweets et l'Orient compliqué

 

Sur le vif - Jeudi 12.04.18 - 08.13h

 

Les États-Unis d'Amérique n'ont strictement rien à faire dans un Orient compliqué auquel ils n'entendent rien, si ce n'est soutenir inconditionnellement le même acteur, depuis exactement 70 ans.

 

Si l'Europe existait, c'est cela qu'elle devrait leur dire, avec une fermeté d'acier. Dans cette Europe, il y a une nation, qui s'appelle la France. Sous Mendès France, sous de Gaulle, sous Chirac encore, elle entretenait avec le monde arabe une longue et fidèle tradition de relations, avec une vraie diplomatie, reposant sur l'intelligence, la connaissance historique et la culture. Une relation vieille de plus de deux siècles : j'en parlais avec M. Boutros-Ghali, que j'ai eu plusieurs fois l'honneur d'interviewer, on peut la remonter à l'expédition d’Égypte de Bonaparte, en 1798.

 

Puisse la France ne pas suivre aveuglément Washington et ses faucons, toujours les mêmes, toujours au service du même lobby, dans l'aventure militaire qui se profile hélas comme imminente.

 

Quant à la Russie, elle entretient avec le Proche-Orient des liens autrement plus fondés et séculaires que ceux des États-Unis, puissance transatlantique, située à des milliers de kilomètres d'un théâtre d'opérations dont elle méconnaît crassement les équations historiques et culturelles.

 

Washington - ou plutôt New York - ne s'intéresse à cette région du monde que pour soutenir sans faille le 51ème État américain. C'est un peu juste, comme vision, au milieu d'un monde arabe aux mille racines, avec son infinité de feuillages entremêlés, auxquels les missiles ne changeront rien.

 

Pascal Décaillet

 

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11/04/2018

Soixante-huitards, passez votre chemin !

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Sur le vif - Mercredi 11.04.18 - 09.23h

 

C'était à prévoir, mais déjà ça dépasse tout : à l'approche du cinquantenaire de Mai 68, la vieille garde - encore vivante - des nostalgiques remplace évocation par célébration, substitue le panégyrique à l'Histoire, bref elle fait ce qu'elle a toujours fait : elle rêve à voix haute.

 

Profitez bien, mes agneaux : c'est la dernière fois. Dans dix ans, pour le soixantième, le vent de l'Histoire aura passé. Ces leviers de pouvoir, pour régir les consciences, auxquels vous vous accrochez avec tant de véhémence, désespérée, vous les aurez lâchés. On ne pourra pas, indéfiniment, nous balancer l'infâme Cohn-Bendit sur les plateaux TV, comme cela, avec tant de mielleuse complaisance, se fait encore aujourd'hui.

 

Soixante-huitards, passez enfin votre chemin. Laissez-nous, sans vous, renouer, par la culture, le lien avec les ancêtres, et le transmettre à nos enfants. Laissez-nous, face à nos monuments aux morts, la mémoire de nos aïeux, la part meurtrie de nos rêves à nous, qui ne sont simplement pas les vôtres. Laissez-nous avec la Grèce antique, l'Allemagne du Sturm und Drang, le Dictionnaire des Frères Grimm, la Bible de Luther, le Lübeck de Thomas Mann, les inflexions souabes de Hölderlin et Brecht, lorsqu'ils s'attaquent à Sophocle.

 

Laissez-nous face au mystère de la musique. Laissez-nous, pétris de vie et de mort, face à Haendel, Rameau, Beethoven, Brahms, Wagner ou Bartók.

 

Laissez-nous, dans l'usage de la grammaire, la connaissance des repères, l'exercice et l'empire de la mémoire.

 

Et vous, soixante-huitards, passez votre chemin. Célébrez, entre vous, ce demi-siècle, dans l'encens de vos illusions. Vous, qui avez voulu casser toute transmission, faire table rase du passé, laissez-nous transmettre, laissez-nous communier dans l'universelle mémoire des hommes et des femmes.

 

Et surtout, s'il vous plaît, passez votre chemin.

 

Pascal Décaillet

 

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09/04/2018

Jamais la moindre frite

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Sur le vif - Lundi 09.04.18 - 15.49h

 

Bien évidemment, les Hongrois sont des brutes épaisses. Ils ont mal voté, n'ont rien compris aux enjeux de leur propre nation. Oui, il faut se faire à cette pénible idée : les Hongrois n'entendent rien aux affaires hongroises !

 

Pour ces gens, incapables de se déterminer dans le sens qui conviendrait à Bruxelles et aux médias d'Europe occidentale, ne faudrait-il pas envisager une forme - pédagogique, mais ferme - de rééducation ?

 

Par exemple, chaque citoyen magyar ayant commis l'incroyable faute de goût de voter Orban pourrait être astreint à un stage bénévole d'un an, au stand frites du Bâtiment des Communautés Européennes, à Bruxelles.

 

Ou comme grille-saucisses au Parlement européen, à Strasbourg.

 

Au retour, chacun de ces êtres métamorphosés viendrait colporter la Bonne Nouvelle européenne, sur les rivages hirsutes du Danube. Dans un pays qui n'a produit que Liszt et Bartók. Et jamais la moindre frite.

 

Pascal Décaillet

 

15:49 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/04/2018

Le dogme libéral mérite des contrepoids

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Sur le vif - Dimanche 08.04.18 - 16.33h
 
 
Il est totalement faux d'affirmer que tous les médias, en Suisse, sont de gauche. Friand d'un pensée de gauche bien articulée, républicaine et avec le sens de l'Etat, je serais très heureux d'avoir des journaux qui colporteraient avec fougue et talent ces positions.
 
 
Il est tout aussi faux de prétendre que la presse suisse serait aux mains de l'UDC. Quelques journaux, dans la galaxie Blocher, représentent cette tendance, mais ils sont largement minoritaires.
 
 
Non. L'immense majorité des médias suisses véhiculent la pensée libérale. Ils défendent mordicus la libre circulation des personnes, ont tout fait pour que l'initiative du 9 février 2014 ne soit pas appliquée, ont vécu huit années de pâmoison face à Obama, n'ont cessé de vomir sur Trump, encensent Macron. A Genève, il sont les fidèles relais du PLR, principalement de Pierre Maudet. Toutes choses dont ils ont, je tiens à le souligner, le droit le plus pur : la presse est libre, une fois pour toutes, et il est très bien que chacun affiche la couleur, plutôt que de jouer les eunuques.
 
 
Souhaiter plus de diversité dans la presse suisse, c'est parvenir à équilibrer, dans les années qui viennent, ces innombrables journaux libéraux. Soit en créant de nouveaux supports d'information et de commentaires sur leur gauche. Soit, sur leur droite, côté national et conservateur.
 
 
A Genève, par exemple, le délire pro-croissance, pro-extension de l'aéroport, qui ne cesse de nous faire miroiter un canton à un million d'habitants sous prétexte que cette inflation démographique serait inéluctable, tous ces rêves où l'ultra-libéralisme se mêle à l'appétit du gain pour une toute petite minorité, tout cela, ardemment véhiculé par nos principaux journaux, doit impérativement être équilibré par l'exposition d'une autre vision.
 
 
Cette vision, cette autre pensée pour Genève, passe par un retour à la raison et au bon sens. Un respect absolu des zones agricoles et du métier de paysan. Un développement harmonieux, qui maintienne l'excellente qualité de vie entre Rade, Jura et Salève. Une attention aiguë à l'environnement, aux services publics, aux hôpitaux, aux écoles, à la qualité des relations entre les gens. En économie, un peu plus de soutien au statut d'indépendant, aux PME, un peu moins d’obsession servile pour les seules multinationales.
 
 
Ces idées-là, vous ne les lisez guère dans les éditos de vos grands journaux, chez M. Ruetschi ou son homologue du Temps. A gauche comme à droite, pourtant (oui, une autre droite que libérale, une droite à la fois conservatrice, fraternelle et sociale, ça existe, et depuis la Révolution !), elles gagnent du terrain. Quand auront-elles enfin une plate-forme visible et ambitieuse, pour les défendre et les illustrer ?
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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07/04/2018

La Galerie des Glaces

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Sur le vif - Samedi 07.04.18 - 10.58h

 

Dès qu'un humain dispose de pouvoir, il a tendance à en abuser. C'est valable pour tous, y compris pour un Président du Conseil d'Etat.

 

A propos du titulaire sortant de cette fonction, une remarque : c'est quand il émerge, et qu'il est en phase ascendante de son appétit de pouvoir, qu'il faut signaler publiquement l'arrogance d'un puissant, plutôt que de trottiner derrière lui comme des lapereaux.

 

En clair, je trouve assez lamentable de voir tant d'âmes critiques de la 25ème heure se lâcher aujourd'hui sur François Longchamp, alors qu'ils avaient douze ans et demi pour le faire. Dès la fin de sa première législature, en 2009, et assurément pendant toute la détestable année 2010, les signaux, flagrants, étaient là. A cette époque, les plumes incendiaires d'aujourd'hui faisaient la roue, dans la Cour du Prince.

 

Aujourd'hui, je vais le dire franco de port, un autre personnage s'en vient poindre avec, pour la législature à venir, de véritables risques d'autocratie et de pouvoir personnel : il s'agit de Pierre Maudet.

 

Oh, il sera brillamment réélu, et se taillera une belle part dans la répartition des Départements. Osera-t-il briguer l'Instruction publique ? L'homme est très intelligent, vif, rapide, malicieux, il a de l'humour, c'est toujours un plaisir de discuter avec lui. Il a tout pour réussir. Tout, sauf qu'il a cette démesure dans l'appétit de pouvoir.

 

Et puis, il y a cette hyper-communication. Cette volonté de tout contrôler, au millimètre, dans l'image qu'on donne de soi. Ces relais, dans les médias, où le jeu de sources et de révélations est tellement facile, quand on connaît un peu la musique, à reconstituer. Oui, dans certaines rédactions, à Genève et à Lausanne, Pierre Maudet dispose d'une aimable batterie de perroquets et de perruches pour reproduire son discours.

 

Ceux qui, aujourd'hui, tombent sur François Longchamp après l'avoir encensé dans les heures de gloire, lâcheront aussi, le jour venu, Pierre Maudet. Mais pour l'heure, ils se taisent. Parce que le Phénix est encore dans sa phase ascendante, voire tout en haut. Parce qu'il se profile comme l'homme fort de la prochaine législature. Et parce qu'il est plus confortable de critiquer un astre en déclin que le Roi Soleil en majesté, au milieu de la Galerie des Glaces.

 

Pour ma part, je suis un homme seul. Je dis les choses telles que je les analyse et les pense, telles que je les perçois. Et je puis déjà vous affirmer que la voracité démesurée de pouvoir de Pierre Maudet constituera le problème no 1 de la future équipe gouvernementale. Après quelques mois d'état de grâce, les signaux de pouvoir autocratique resurgiront. En allant vers 2023, ils ne feront que croître.

 

Pascal Décaillet

 

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06/04/2018

A voté !

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Sur le vif - Vendredi 06.04.18 - 15.45j

 

Bon, ben voilà. J'ai pris la liste du Conseil d'Etat, et j'ai coché sept noms, sur les 31 proposés. Parmi ces sept, il y a les trois qui ont été le plus attaqués dans des campagnes de presse dont je repère parfaitement les sources.

 

Puis, j'ai pris la liste du Grand Conseil. Feuille vierge. J'ai inscrit, à la main, au crayon, cinquante noms, de sept partis différents. Comme il me reste cinquante suffrages, et que je ne veux pas les jeter au Rhône, j'ai inscrit en haut le nom d'un parti.

 

C'est l'une des manières de faire, parmi des dizaines d'autres. Chacun est libre. Inscrire ces 57 noms, sans me presser, en réfléchissant bien, m'a pris moins de quarante minutes.

 

Quarante minutes, une fois tous les cinq ans. Chacun de nous peut bien donner cela à notre démocratie, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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05/04/2018

Lausanne et les requins du microcosme

 

Sur le vif - Jeudi 05.04.18 - 18.02h

 

Hallucinant d'entendre la titreuse de Forum nous raconter que la campagne électorale genevoise "a plus mis en avant les attaques personnelles que le débat d'idées" !

 

Qui nous relate, nous décrit et nous met en scène une campagne électorale ? Qui, d'autres que les médias ? C'est leur rôle, leur responsabilité.

 

Que la RSR, avec d'autres, ait choisi - ELLE - de mettre en avant les attaques personnelles, ou de matraquer à répétition tel(le) magistrat(e), faisant servilement le jeu d'officines adverses, c'est son affaire.

 

D'autres médias, au contraire, ont constamment, depuis Noël, fait le choix de parler - et faire parler leurs invités - de la seule chose qui vaille en politique : le débat de fond ! Santé, logement, mobilité, fiscalité, etc.

 

Une campagne, c'est ce qu'on en fait ! Si certains médias, notamment du côté de Lausanne, ont passé leur temps à se précipiter sur des "affaires", relayant bien fidèlement des sources tellement faciles (croyez-moi) à identifier, qu'ils ne viennent pas prétendre que cette basse vision de la chose publique fût prédominante sur les grands sujets qui, manifestement, touchent et concernent au plus près la population genevoise.

 

C'est LEUR choix, LEUR responsabilité, d'avoir couvert la campagne ainsi. Ca n'est pas de la faute du monde politique qui, de mon point de vue, s'est dans les grandes lignes correctement comporté.

 

C'est mon deuxième coup de colère en quatre jours contre la couverture lausanno-centrée du débat électoral genevois. Il existe, Dieu merci, des journalistes, à Genève, notamment à Léman Bleu (mais aussi, entre autres, à Radio Lac, GHI, ou Tout l'Immobilier) pour qui les soucis du grand nombre l'emportent largement sur les règlements de comptes de quelques requins du microcosme.

 

Je commence à en avoir assez de cette manière de faire du journalisme. Je veux, pour ma part, pratiquer mon métier dans la Cité, au milieu de la Cité, dans la perspective historique, culturelle et sociale de la Cité. Et, à ma manière, comme à celle des quelques confrères et consœurs que j'apprécie, au service de la Cité.

 

Ces quelques lignes vont me valoir des ennemis supplémentaires ? Si vous saviez comme je m'en fous !

 

Pascal Décaillet

 

 

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29/03/2018

Le Passage

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Sur le vif - Jeudi 29.03.18 - 08.01h

 

Cette élection 2018, je l'aurai vécue d'en bas, avec ces 104 candidats de Visages de Campagne. Au milieu d'eux, et de plein d'autres. En phase avec la réalité de leurs préoccupations. Loin des états-majors.

 

Passionné de politique depuis décembre 1965, lecteur de milliers de livres d'Histoire (France, Allemagne, Suisse, Balkans, Proche-Orient), habité par le destin allemand depuis Luther jusqu'à nos jours, dont j'espère bien parachever un jour l'Histoire politique, littéraire et musicale, je viens d'apprendre beaucoup, en quelques semaines, sur l'engagement citoyen.

 

Je n'oublierai pas ces 104 rencontres, qui s'ajoutent aux milliers d'autres, depuis des années, devant des micros ou des caméras.

 

Il ne faut pas croire que j'en sors indemne. La parole humaine, échangée avec confiance, c'est un chemin vers le salut. Martin Luther, l'homme qui a réinventé la langue allemande en traduisant la Bible autour de 1522, travaillant sur le sens de chaque mot, que nous dit-il d'autre, au fond ?

 

La parole nous marque. En nous, elle s'imprime. L'autre événement universel, juste avant Luther, n'est-il pas justement Gutenberg ?

 

Il me faut maintenant livrer d'autres combats.

 

À trois jours d'un moment de lumière et de libération, que l'Ancien Testament nous décrit déjà comme un "Passage", et qui représente pour moi l'une des clefs du mystère de la vie, je vous adresse mon salut.

 

Pascal Décaillet

 

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