13/12/2015

Culture en Ville : des priorités, SVP !

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Sur le vif - Dimanche 13.12.15 - 17.26h

 

« Gouverner, c’est choisir », avait dit le seul véritable homme d’Etat de la Quatrième République, Pierre Mendès France. Et choisir, c’est se faire des ennemis. Par exemple, lorsqu’on est magistrat, responsable de la Culture, dans une ville comme Genève, et qu’on tient les cordons de la bourse. L’offre est impressionnante, c’est vrai, mais au fond pourquoi l’est-elle ? Parce que nous serions, à Genève, plus naturellement disposés aux choses de l’art et de l’esprit ? Ou, plus prosaïquement, dans la logique de l’œuf et de la poule, parce que la manne y est répartie plus généreusement qu’ailleurs ? Un peu à tous. La politique de l’arrosoir.

 

Prenez la peine d’observer de près le projet de budget 2016 de la Ville de Genève. Il y règne une grande générosité dans l’ordre de la subvention culturelle. Mais surtout, à l’intérieur de l’enveloppe globale, on est frappé par la multiplication des petits postes. Quelques milliers, voire quelques dizaines de milliers de francs, à chaque fois. Cela n’est certes rien à côté, par exemple, du coût du Grand Théâtre, mais enfin, le tout additionné, on arrive à des sommes importantes. Reconduites d’année en année, sous le lobbying pressant des principaux intéressés, et parce qu’il est préférable de ne pas trop se faire d’ennemis, conserver une clientèle électorale.

 

Cette politique n’est pas la bonne. Gouverner, c’est choisir. Non pas, bien sûr, choisir les programmations à la place des directeurs de théâtres, ni les politiques d’expositions à la place des patrons des musées. Mais établir des choix politiques clairs entre ce que la Ville entend soutenir, et ce que, ma foi, l’enveloppe étant limitée, elle doit se résoudre à laisser au privé. Dans cette optique, il faut accepter de renoncer à des politiques de soutien, pour en favoriser d’autres. Cela fera des jaloux ? Oui. Cela créera des ennemis, des ruminations, des vengeances, des biffages au moment de la réélection ? Oui. Mais gouverner, c’est choisir. Et en assumer les conséquences.

 

Gouverner, c’est choisir. Et pas seulement administrer. Choisir, et pas seulement saupoudrer. Choisir, et parfois déplaire. A cet égard, le magistrat en poste depuis bientôt cinq ans, Sami Kanaan, malgré ses éminentes qualités et sa maîtrise des dossiers, donne l’impression de ne pas suffisamment choisir. On ne peut pas donner à tout le monde, on ne peut pas plaire à tous. Dans la jungle des petites subventions, il n’est pas exclu qu’un ménage s’impose. Opérer des priorités : si le politique s’y dérobe, qui le fera à sa place ?

 

A cela s’ajoute une étrange attitude, hier samedi, face au délibératif. Oh certes, le magistrat avait face à lui une droite élargie (PDC-PLR-UDC-MCG) qui n’était pas disposée à lui faire de cadeaux. Pour l’exécutif, c’est assurément pénible. Mais enfin, c’est le jeu. Et surtout, c’est le reflet de la volonté populaire, au printemps dernier. Dans ces conditions, se braquer constamment face aux élus du peuple, leur faire la morale, leurs asséner de grandes leçons sur leur œuvre de démantèlement, tout cela fait sans doute plaisir au camp du magistrat, qui ne manque pas de l’applaudir, mais ne sert strictement à rien en termes d’efficacité. On a pu avoir l’impression d’un choc frontal mal préparé en amont : en politique, un minimum de ductilité, dans les relations avec l’adversaire, n’est pas inutile.

 

D’un homme qui venait de la haute administration municipale, où il avait, admirablement d’ailleurs, servi un élu princier dans l’art de la politique, on savait que le risque de « rester haut fonctionnaire dans l’âme » existait. Après une première législature d’essai, on s’est dit que la deuxième devait maintenant être celle des choix politiques. Elle ne l’est pas encore clairement. C’est dommage. Pour l’intéressé. Et pour la Ville de Genève.

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/12/2015

Hurler au "populisme" ne résout rien

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Sur le vif - Samedi 12.12.15 - 18.52h

 

Les éditoriaux se multiplient, en Suisse comme en France, pour nous donner les recettes visant à "vaincre le populisme". Toujours, le même argumentaire : les partis qualifiés de "populistes" (dont, en Suisse, l'UDC) seraient nécessairement dans un succès provisoire. Il y aurait bien un moment où tout "rentrerait dans l'ordre".

 

Quel ordre ? Celui des partis qui, jusqu'à peu, avaient pignon sur rue. Et qui, aujourd'hui, l'ont un peu moins. Comme si la vague "populiste" (je reprends leurs termes) n'était qu'une parenthèse. Un vilain cauchemar. Et qu'un beau jour, le moins tard possible selon leurs voeux, l'électorat allait bien se réveiller. Revenir dans le giron. Dans l'ordre d'avant. Celui de ces partis "traditionnels". Bref, la Restauration.

 

Je ne partage pas du tout cette lecture. L'Histoire des partis politiques montre que ces derniers naissent, vivent, et meurent, ainsi que des personnes humaines. Regardez, en France, le Parti Radical, qui a dominé toute la vie politique de la Troisième République. Au point qu'un moment, au tournant des deux siècles (j'ai beaucoup travaillé sur cette période), il n'y avait que lui, on ne voyait que lui. Eh bien, ce magnifique parti est mort deux fois : la première en 1940, au moment de la Défaite. La seconde, en 1958, lors du retour aux affaires de Charles de Gaulle. Oh, il existe bien, aujourd'hui, ici et là, quelque Valoisien esseulé, souvent d'ailleurs de riches personnalités. Mais le parti, comme masse, comme machine de conquête du pouvoir, s'est fracassé.

 

Idem, le MRP, les démocrates-chrétiens français de la Quatrième République. Brillante composante de la Résistance, des hommes-clefs à la Libération, des Présidents du Conseil sous la Quatrième, des Pères de l'Europe. Et aujourd'hui, presque plus rien. D'autres partis sont venus, avec l'Histoire, ils ont balayé ceux d'avant, personne ou presque ne s'en est plaint, le personnel politique s'est reconverti avec une capacité d'adaptation étonnante, et plus personne n'en a parlé.

 

Je ne dis pas ici que les partis "populistes" d'aujourd'hui effaceront les autres. A vrai dire, je n'en sais rien. Mais je ne crois pas une seule seconde à une "rentrée dans l'ordre ancien". Parce que les paramètres qui sous-tendent l'éclosion des partis "populistes" indiquent un profond bouleversement de nos sociétés. En un mot, je pense que la Révolution conservatrice que nous connaissons ne fait que commencer. Pourtant, je ne ne prédis pas, à mon tour, le retour à un ordre ancien. Non, nous allons vers quelque chose de nouveau. Quelque chose d'Autre. Que nul (en tout cas pas moi) n'est capable de prévoir avec exactitude. Il ne s'agit pas de revenir aux temps anciens. Mais les temps nouveaux ne seront sans doute pas aussi "modernes" que ceux dont avait rêvé, dans une Europe opulente et pacifiée, la génération des Glorieuses.

 

Oui, je crois que cet "Autre" vers lequel nous allons sera, pour un sacré bout de temps, imprégné de valeurs plus conservatrices que celles de 1945 à aujourd'hui. Cela, avec ou sans les partis qu'on qualifie aujourd'hui de "populistes". Cette perspective, évidemment, exaspère la génération de Mai 68, elle pulvérise ses grilles de lecture. Alors, ils préfèrent qualifier de "populistes" des mouvements de fond qui leur échappent complètement. Et plus ils usent de ce mot, tellement creux, tellement inapte à l'appréhension des vrais problèmes, plus la réalité leur échappe. Ils vont finir par devenir fous. Non la folie de l'éclair, avec ses fragments de lumière, mais la folie du déni. Celle qui aveugle, celle qui isole.

 

 

Pascal Décaillet

 

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09/12/2015

Tiens, une élection normale !

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Sur le vif - Mercredi 09.12.15 - 14.34h

 

 

Les six conseillers fédéraux sortants réélus sans problème, le septième choisi dans le trio proposé par l’UDC, nous venons d’assister à une forme d’événement que nous avions un peu perdue de vue, depuis deux décennies : une élection normale. Prélude, peut-être, à une législature apaisée, en tout cas sous la Coupole fédérale, entre l’UDC et les autres partis, notamment le PLR, ce que nous annonçons ici depuis des semaines.

 

Une élection normale ? C’est loin d’être toujours le cas ! Et il n’y a pas à mythifier un passé, qui aurait été plus sage : le grand Tschudi, socialiste bâlois élu en 1959, n’était pas le candidat officiel des socialistes (c’était Bringolf) ; le radical vaudois Georges-André Chevallaz, lui aussi, avait grillé la politesse en 1973 au Genevois Henri Schmitt ; le socialiste bâlois Otto Stich à la Zurichoise Lilian Uchtenhagen en 1983; sans parler de la tragi-comédie Brunner-Matthey-Dreifuss en 1993; les exemples sont nombreux.

 

Élection normale : pour la première fois depuis la montée en force de l’aile Blocher, l’Assemblée fédérale fait l’économie d’un psychodrame : en 1999, Christoph Blocher, non élu, cite Plutarque, et nous donne « rendez-vous à Philippes ». En 2003, il ravit la place de Ruth Metzler, en 2007, c’est la conspiration autour de Mme Widmer-Schlumpf, en 2011 la Grisonne est réélue, donc pas de deuxième conseiller fédéral UDC.

 

Élection normale : l’heureux élu, Guy Parmelin, n’est autre que le premier conseiller fédéral vaudois non-radical depuis Henri Druey, dans la toute première équipe de 1848. Il est aussi le premier UDC romand à occuper un tel poste. C’est important, pour la progression du curseur, au sein des familles de droite, dans notre vie politique suisse. Cela parachève l’ancrage de l’UDC en Suisse romande, lui donnera des relais, permettra d’éviter l’immense erreur de la lecture ethnique : « UDC = Suisse alémanique ». En clair, comme parti national, ayant été capable de présenter des candidats dans trois régions linguistiques de notre pays, l’UDC s’affirme non seulement comme le premier parti du pays, mais commence à étendre ses réseaux avec un œcuménisme qui rappelle les très riches heures du Grand Vieux Parti.

 

Élection normale : nous sortons de l’ère d’une double opposition qui a trop longtemps plombé les esprits. La première, sémantique, fondamentale, sur le degré d’ouverture du pays, entre Jean-Pascal Delamuraz et Christoph Blocher, scellée par le verdict du 6 décembre 1992. La seconde, chaotique, clochemerlesque, entre deux coqs de combat, Pascal Couchepin et Christoph Blocher.

 

Élection normale : à supposer qu’en plus de ce pas franchi, le PLR et l’UDC parviennent, dans la législature 2015-2019, à entrer ensemble, par des concessions mutuelles, dans le fond du dossier de la mise en application du 9 février 2014, alors, comme ils sont d’accord sur quasiment tout le reste, nous aurions là le début d’une normalisation fructueuse, au sein de ces deux grands courants de la droite suisse. Une telle perspective fait blêmir de peur la gauche : elle pourrait en effet la mettre en minorité, sur les principaux sujets de législature fédérale, pour les quatre ans qui viennent.

 

En attendant, même si le nouvel élu n’est pas Merlin l’Enchanteur, souhaitons-lui bonne chance. Il en aura besoin.

 


Pascal Décaillet

 

 

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06/12/2015

UDC - PLR : un adverbe pour la réconciliation

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Sur le vif - Dimanche 06.12.15 - 17.09h

 

« Unilatéralement ». C’est l’adverbe qui a frappé, vendredi, tout observateur avisé de la politique suisse, je l’ai déjà relevé dans mon commentaire, le jour même. L’idée que le Conseil fédéral puisse, le cas échéant (si aucun accord « à l’amiable » n’intervient avec Bruxelles), mettre en œuvre « unilatéralement » une politique migratoire suisse, choisie par la Suisse, dans l’intérêt supérieur de la Suisse, fait du bien à entendre de la part de M. Burkhalter, qu’on a connu, disons, plus prudent et plus gentiment multilatéral dans ses tonalités.

 

Cet adverbe est à double usage. Externe : il signifie à l’Union européenne que la Suisse en a assez de se faire mettre sous pression par une instance dont elle n’est même pas membre. Il pose notre pays, face à l’Europe, comme ce qu’il est : un Etat souverain, qui définit lui-même ses orientations politiques, y compris dans le registre migratoire. Et puis aussi, bien sûr, une finalité interne : « unilatéralement », c’est un mot qui sonne plus UDC que PLR, le Conseil fédéral fait de la politique, il tient compte du message délivré par le peuple lors des élections fédérales, le 18 octobre dernier. Il aurait tort de ne point le faire : on ne construit de bonne politique qu’à partir des réalités.

 

« Unilatéralement » : et si nous avions là l’adverbe qui pourrait marquer un début de réconciliation, voire de rapprochement, entre les deux grandes composantes de la droite suisse, l’UDC et le PLR ? Car enfin, il faut être bien jouvenceau, bien novice, dans l’observation de la vie politique de notre pays, pour ne vouloir voir qu’antagonismes entre ces deux partis. Le faire, c’est se rendre captif des psychodrames de caractères des deux coqs de la législature 2003-2007 qu’étaient, dans la même basse-cour, Christoph Blocher et Pascal Couchepin. Ou encore, pour prendre un antagonisme autrement plus sérieux, plus fondamental, demeurer prisonnier du fabuleux combat des chefs de 1992, entre Jean-Pascal Delamuraz (un homme d’Etat) et Christoph Blocher. Conflit tranché, dans le sens qu’on sait, par le peuple et les cantons, il y a 23 ans, jour pour jour.

 

J’invite le lecteur à chausser d’autres lunettes pour considérer, depuis 1929 (Minger, premier UDC au Conseil fédéral) jusqu’à aujourd’hui, plus de 85 ans de coexistence Radicaux-UDC au sein du gouvernement de notre pays. On y trouvera infiniment plus de convergences que de différences. Bien sûr, le parti de Minger est plus proche du secteur primaire, agricole notamment, il veut davantage cadrer et diriger la condition économique de nos paysans, jusqu’au protectionnisme. De leur côté, les radicaux poussent à fond, depuis 1848, les secteurs de l’industrie d’exportation. Le rapport à la patrie n’est pas le même, non plus : émotif, instinctif, chez les uns (UDC), éclairé par les Lumières de la Raison (Vernunft) chez les autres (radicaux), partisans du Freisinn, ce mot très fort de la philosophie politique allemande, qui nous renvoie à la fois au libre arbitre et à la responsabilité individuelle.

 

Mais enfin, avant que les relations PLR-UDC ne se détériorent à partir du titanesque combat de 1992, ces deux partis, avec aussi le PDC, se complétaient admirablement pour composer, dans leur diversité, les gammes de couleurs de la droite suisse. Aujourd’hui encore, à part la question, certes fondamentale, de notre politique migratoire, le champ qui réunit UDC et PLR est infiniment plus vaste que celui qui les sépare. Dans ce contexte, l’usage de l’adverbe « unilatéralement », par le Conseil fédéral vendredi, peut être interprété comme une amorce de main tendue aux vainqueurs du 18 octobre 2015. De la part de M. Burkhalter, c’est habile : c’est avec cette majorité-là, nettement renforcée du côté de la droite souverainiste, qu’il faudra vivre pendant quatre ans.

 

Je répète enfin ce que j’ai annoncé ici avant-hier, juste après la conférence du Conseil fédéral : je ne ferai pas partie des ultras qui, parce que le gouvernement emprunte (assez maladroitement) à la droite économique et patronale, le mot « clause de sauvegarde », refuseraient impulsivement la main que je crois ici tendue. Parce que les enjeux ne sont pas seulement ceux d’une solution à trouver, au sein de la droite suisse, à l’affaire du 9 février 2014. Non, ils vont beaucoup plus loin : en instaurant, peut-être, après l’ère des psychodrames Blocher, une RELATION APAISÉE entre PLR et UDC, une nouvelle tonalité de dialogue, on se dit que cet adverbe, décidément, pourrait marquer un tournant. En filigrane de l’élection de mercredi matin, bien au-delà de savoir qui sera élu, dans le trio ou hors du trio, c’est bien là, l’enjeu structurel des prochaines années : apaiser, normaliser les relations entre deux grands partis de la droite suisse. Qui sont assurément différents, et le resteront. Mais ont sans doute mieux à faire que de se chercher noise à longueur d’année, pour le plus grand bonheur d’un adversaire commun qui s’en frotte les mains.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/12/2015

C'est quoi, Papa, une "clause de sauvegarde" ?

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Sur le vif - Vendredi 04.12.15 - 16.40h

 

D’abord, parlons français. Et soyons clairs. « Clause de sauvegarde », pour 99% des gens, c’est du jargon. Donc, ils ne comprennent pas. Soyons clairs, et le Conseil fédéral, aujourd’hui, le mérite : ce qu’il a annoncé, comme suite à donner au 9 février 2014, il n’a pas à en rougir, ni à le camoufler derrière une terminologie juridique.

 

Une clause de sauvegarde, cela signifie que dans certains cas, une partie peut ne pas respecter un accord. Parce que des éléments d’exception seraient intervenus, mettant en péril des points fondamentaux. C’est un langage d’assureurs. Ou de juristes. Mais ça n’est pas le langage de la population.

 

Soyons clairs, parce que l’affaire du 9 février n’appartient ni aux juristes, ni aux clercs, ni à quelques hauts fonctionnaires de l’Administration fédérale, ni au Secrétaire d’Etat, ni à M. Burkhalter. Elle nous appartient à tous, nous les quelque cinq millions de citoyennes ou citoyens de ce pays. Parce qu’elle est liée à une initiative populaire, qui a fait l’objet d’un vaste débat dans le pays, et qui a été tranché, par un oui du peuple et des cantons.

 

Par respect pour le corps électoral de ce pays, ceux qui ont voté oui, mais aussi ceux qui ont voté non, bref, tous ceux qui ont fait l’effort de s’intéresser au sujet, et ont voté le 9 février 2014, nos autorités d’application nous doivent la clarté.

 

Le message du Conseil fédéral, cet après-midi, où il esquisse les suites à donner à la décision populaire, est-il clair ? Il aurait sans doute pu l’être davantage, mais franchement, il en émerge un ou deux éléments politiques forts, aisément discernables, c’est cela qui compte.

 

L’essentiel, c’est que le gouvernement de notre pays, face à une situation difficile et tendue (à l’intérieur du pays comme avec l’Union européenne), nous dit ce qu’il veut faire. Surtout, il nous dit qu’il le fera de toute façon, soit en vertu d’un « accord à l’amiable » avec Bruxelles, soit unilatéralement. Citoyen de ce pays, attaché à sa souveraineté, cet adverbe, « unilatéralement », me plaît. Venant de la part de M. Burkhalter, qui fait preuve ici de ductilité et d’intelligence, il inaugure une nouvelle ère terminologique : on ne parle plus de « négociations » avec l’UE, on veut bien un « accord à l’amiable ». Mais s’il n’y en a pas, la Suisse appliquera « unilatéralement », sur la gestion des flux migratoires, ce que son souverain (le peuple et les cantons) lui a demandé, le 9 février 2014, d’appliquer.

 

Un langage nouveau, oui, de la part du Conseil fédéral. On sent que le 18 octobre 2015 est passé par là. Et que par rapport à l’opinion publique suisse, il ne sert à rien de contourner, jouer au plus fin. Sans doute, du côté des partisans de l’initiative du 9 février 2014, certains ultras regretteront, dans les heures ou les minutes qui vont suivre, que le gouvernement n’aille pas encore plus franchement dans leur sens. Ou qu’il reprenne servilement un vocabulaire, « clause de sauvegarde », imposé par un patronat suisse qui, en effet, a tout récemment utilisé ces mots-là.

 

De ces ultras, je ne veux pas faire partie. En disant, fort clairement, qu’avec ou sans « l’accord à l’amiable », il élaborera, ENTRE SUISSES, les termes permettant à notre pays de gérer les flux migratoires en respectant la volonté populaire du 9 février 2014, le Conseil fédéral inaugure un nouveau langage. Ou, tout au moins, comme dans un jeu d’orgues, il donne à son discours une nouvelle tonalité. Oui, la possibilité qu’il agisse « unilatéralement » me plaît. J’aime l’entendre. Cela correspond à toute la conception qui, depuis toujours, est mienne, quant à la souveraineté des nations. Mais aussi, ma méfiance viscérale du supranational. Comme je ne suis apparemment pas le seul citoyen de ce pays à voir les choses ainsi, je me sens, aujourd’hui, en tout cas dans l’ordre des mots, un peu mieux compris par le gouvernement de mon pays.

 

Pascal Décaillet

 

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29/11/2015

Palavie, ou la langue retrouvée

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Sur le vif - Dimanche 29.11.15 - 16.52h

 

C’est l’histoire d’un enfant muet, déraciné, qui ne retrouve sa langue qu’à la fin. Il s’appelle Nadji, il est Algérien, exilé en Suisse, avec sa mère, qui l’a rebaptisé « Jean-Paul ». Mais comme il rejette ce prénom, il sera « Pas Jean-Paul », fils de « Pas-la-Mère », dans « Pas la Vie ». C’est cela, l’histoire écrite par Valérie Poirier, qui confirme ici ses talents de plume : l’histoire d’un fils avec sa mère. Ou plutôt sans sa mère, soit pour cause de mort et qu’il doit disperser ses cendres (sous un cyprès, en pleine forêt de sapins, en altitude !), soit (pire) lorsque vivante, exilée avec lui, elle l’abandonne le soir pour courir les amants. Un texte sur la mère et l’absence de la mère. Quelle mère ?

 

J’ai pensé, hier soir, au Théâtre du Grütli, à ce superbe livre de Jules Roy, « Adieu ma mère, adieu mon cœur », l’un des plus beaux sur le déracinement des Pieds Noirs. Je m’attendais à une pièce sur l’exil, j’ai davantage découvert une plongée dans la complexité du roman familial. Lequel ? Le leur, à la mère (superbement incarnée par Marie Druc) et à ce fiston délaissé, « Pas Jean-Paul » (Frédéric Landenberg). Le leur, mais aussi le nôtre à tous : qu’est-ce qu’un fils, qu’est-ce qu’une mère ? L’écriture de Valérie Poirier oscille entre humour et désespoir, drôlerie et nostalgie, avec de saisissantes percées de lumière, lorsque est évoqué le pays, celui des racines, l’Algérie. Elle en rajoute, la mère, mythifie ses jeunes années, se décrit comme ayant été, là-bas, une grande dame, son père à elle, à Oran, aurait travaillé dans des ministères. Elle baratine, mais ça lui fait du bien. Jusqu’à ce que tout ce fatras s’en vienne fondre, comme un rimmel. Et là, dans les scènes finales, elle n’est jamais aussi juste, Arlette, la mère, que dégrisée.

 

Je m’attendais à une pièce sur l’exil, ce fut un texte sur la langue. Celle qu’on perd, qu’on oublie, celle qu’on retrouve, celle qu’on garde pour soi comme forme de résistance. « Il est muet, l’enfant », se gausse l’un des amants d’Arlette (David Marchetto). Et le silence de « Pas Jean-Paul » aura (presque) raison des efforts de Madame Giauque, la logopédiste (Anne-Shlomit Deonna). Oui, le texte de Valérie Poirier tourne autour de la parole et du silence, du pays perdu et du pays retrouvé, de l’exil et de la Terre promise. Il y a un désert à traverser, je crois qu’il s’appelle l’enfance.

 

La mise en scène est signée Julien George. Il y aussi Hélène Hudovernic, François Florey et Nicole Bachmann. Les acteurs sont magnifiques. Le texte, troublant, énigmatique. C’est au Théâtre du Grütli jusqu’au 5 décembre.

 


Pascal Décaillet

 

 

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26/11/2015

Serge Dal Busco : rigueur et détermination

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.11.15

 

Dans l’actuel bras-de-fer entre gouvernement et Grand Conseil autour du projet de budget 2016, un homme mérite notre respect : Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé des Finances. Attaqué de toutes parts. Pour toutes sortes de motifs, dont aucun n’est justifié.  

 

D’abord, on l’accuse de ne pas écouter suffisamment les députés. C’est faux. M. Dal Busco assume son rôle de conseiller d’Etat, suit l’objectif fixé par le collège, avance. On ne va tout de même pas reprocher à un ministre sa fibre exécutive ! La ductilité, la combinazione, c’est pour les parlementaires, le maintien d’un cap, c’est pour le magistrat.  

 

Ensuite, il y a cette insupportable comparaison, récurrente, avec David Hiler. Faut-il rappeler que le ministre Vert a traversé, en matière de conjoncture, de fort belles années, alors que son successeur doit essuyer la tempête ? Faut-il rappeler l’état de la caisse de pension du personnel de l’Etat, son coût pour des décennies, les milliards de dettes en plus ? Tout cela, que je sache, est largement antérieur à l’actuel ministre des Finances. Ce dernier, irréprochable de collégialité (y compris par rapport aux équipes précédentes), en assume le legs, dans la totalité. Il ne bronche pas.  

 

Alors oui, respect pour un conseiller d’Etat qui ne passe peut-être pas le plus clair de son temps à chercher à plaire aux parlementaires, ou à boire des verres avec eux. Mais qui fait son boulot. Et tient la ligne. Par les temps qui courent, il faut du cran pour ne pas craquer. Et il en a. Je lui dis bravo.  

 

Pascal Décaillet

 

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21/11/2015

Le pouvoir à Genève : oligarchique et familial

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Sur le vif - Samedi 21.11.15 - 18.47h

 

Il faudra bien, quand même, écrire un jour un livre sur la nature et la structure du pouvoir à Genève. Je vous le dis tout de suite : c’est complexe. Je doute qu’il existe, dans notre ville, dans notre canton, une personne qui exercerait, seule, un pouvoir phénoménal. Il y eut certes James Fazy, mais c’était il y a longtemps. Il y eut aussi, dans mes premières années au Journal de Genève, il y a trente ans, Christian Grobet. Fils d’ingénieur, je dois être l’un des rares, dans ma profession, à savoir lire un plan de chantier. Et j’aimais, en ces vertes années, monter chez ce grand homme, au septième étage de la rue David-Dufour : nous n’étions que quatre ou cinq, il déployait ses plans, tel un général à la veille de la bataille, il était à la fois Dieu tout puissant et simple contremaître. Précis, lucide. Incroyablement concret. Oui, j’aimais. Il y eut sans doute, aussi, Guy-Olivier Segond. Et quelques autres. Pas beaucoup.

 

J’ignore si les choses sont différentes ailleurs (mon seul point de comparaison, vraiment professionnel, est la Berne fédérale), mais il me semble que le secret du pouvoir à Genève, c’est d’être partagé avec beaucoup de dilution, de subtilité, comme si des voiles d’opacité devaient atténuer notre perception du réel. C’est l’article de ma consœur Sophie Davaris, dans la Tribune de Genève de ce matin, qui m’a ramené à ce sujet, toujours rampant dans mes préoccupations. Il y est question des HUG, qui auraient mandaté, pour des travaux externes, des gens un peu trop proches de leurs dirigeants, voire l’entreprise de certains de leurs dirigeants stratégiques, elle-même. Légalement, cela pose la question de l’attribution des marchés publics, régie par une loi. Pour ma part, je laisserai cet aspect aux juristes, et reviens à mes perpétuels étonnements face à la structure du pouvoir à Genève : plurielle, décentralisée, associative. Et assurément oligarchique, car on y retrouve, un peu partout, les mêmes personnes.

 

Car le pouvoir genevois, ça n’est pas seulement le Conseil d’Etat. Ni le Grand Conseil. Ni les Mairies, les Conseils municipaux. Ni l’administration, avec ses hautes-fonctionnaires. Ni les pontes des banques, des assurances, du négoce du grain, des multinationales. C’est tout cela un peu, certes. Mais ce sont aussi quelques dizaines (pas plus) de Conseils de fondation, ou d’administration de grandes régies (HUG, TPG, SIG, etc.), qui assurent le pilotage d’importants navires, dotés de beaucoup d’argent, financés par les contribuables, ou usagers, que nous sommes.

 

Or, dans ces Conseils d’administration, ou de fondation, qui retrouve-t-on ? Réponse : toujours les mêmes ! Genève n’a pas son pareil pour distribuer les fauteuils à une petite clique tournante de personnes, qui trottinent, clopin-clopant, d’un Conseil à l’autre, d’une présidence à l’autre. On peut être président de l’un et vice-président de l’autre. On se connaît. On se tutoie. On mange ensemble. On neutralise ses antagonismes politiques par des excursions communes. On s’adoube. On se reconnaît. On s’observe. On se ménage. Tout cela est très associatif, très partagé, un rien bonhomme dans le paraître. Mais ne nous y trompons pas : si peu de gens, individuellement (un ou deux, quand même), exercent un vrai pouvoir, l’ensemble de la structure, dans sa subtilité plurielle, son partage associatif, ses réseaux d’intérêts, constitue bel et bien un redoutable pouvoir.

 

C’est cela, la vraie leçon de l’affaire des HUG. Ou d’autres régies, bien sûr. Ne parlons pas des Conseils de fondation des grandes institutions culturelles, où gravitent aussi toujours les mêmes, ici un généreux mécène, avec eux les représentants des partis, sans oublier les anciens. Ah, les anciens : Genève est sans comparaison dans l’art de dorer d’ultimes lumières le blason de ceux qui, ayant servi, peinent à se résoudre à disparaître. Alors, on les recycle. On les achète, un peu. On les garde avec soi. En compensation, ils s’interdiront de critiquer le pouvoir en place. Et feront bénéficier des mille feux de leur expérience ceux qui leur versent leurs jetons de présence.

 

C’est un peu cela, le pouvoir à Genève. Je laisse à chacun de vous le soin, si ça vous amuse, de coller, ici ou là, comme dans un puzzle, quelques noms sur quelques cases. Très vite, vous verrez qu’il n’y a, pour les postes-clefs, pas tant de noms. Toujours les mêmes. Ils ne sont pas élus par les citoyens que nous sommes. Mais adoubés, entre eux. Comme des Conseils de Sages. Ou de médiévales Bourgeoisies, survivant aux institutions républicaines. Rassurez-vous, rien d’illégal. Juste quelque chose d’infiniment familial. Qui respire le Sud. Mais hélas, pas toujours en été.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/11/2015

Ticket UDC : zigzag Zoug !

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Sur le vif - Vendredi 20.11.15 . 20.25h

 

Un Alémanique, Un Romand, un représentant de la Suisse italienne : qui dit mieux ? Le Zougois Thomas Aeschi, le Vaudois Guy Parmelin, le Tessinois Norman Gobbi. Après les candidatures des années de soufre et de rupture (Blocher en 1999, Blocher en 2003, Blocher en 2007), voici que l’UDC, parti qui vient de triompher au Conseil national (18 octobre 2015), nous invente la perfection d’une triple candidature isocèle. Du raisonnable pur sucre ! On dirait un ticket radical des toutes grandes années, celles où il fallait soupeser le catholique et le protestant, le Vaudois à nuque raide, le Zurichois Bahnhofstrasse, l’urbain et le vilain, le montagnard et l’homme du Plateau, le visionnaire et le raisonnable : Vernunft, pardi !

 

Il y aurait à dire sur le choix romand. Assurément, le groupe UDC, aujourd’hui à Berne, peu amateur de farces, s’est pourtant rabattu sur Maître Patelin. L’autre était-il jugé trop fou ? Il est vrai que sous la Coupole, la folie ne se déguste que parcimonieusement. De toute manière, comme je l’ai déjà écrit, le Romand aura fort peu de chances : il y en a déjà deux au Conseil fédéral, MM Burkhalter et Berset, on voit mal en quel honneur il en faudrait en troisième. Pas facile, non plus (mais on peut toujours se tromper), de donner beaucoup de chances au Tessinois Norman Gobbi : malgré ses qualités, il est tout de même perçu comme l’homme de la Lega, passé miraculeusement à l’UDC comme Henri, roi de Navarre, avait un jour troqué sa religion, au prix d’une messe, pour entrer triomphalement dans Paris, et, le temps, d’un règne exceptionnel, refaire la France.

 

Alors ? Alors Thomas Aeschi ! Ce soir, le Zougois, qui serait le premier du genre après Philipp Etter (1934-1959) et Hans Hürlimann (1974-1982), apparaît comme le favori. Sera-t-il élu ? Impossible à dire ! Pour avoir couvert en direct, pendant deux décennies, les élections au Conseil fédéral, je puis affirmer que, jusqu’au dernier moment (disons jusqu’à 4 heures du matin, le Jour J), tout demeure possible. Y compris l’élection d’un candidat non-officiel. C’est parfaitement possible. Ce fut le cas, en 1959, du grand Hanspeter Tschudi (1959-1973), contre Walther Bringolf, jugé trop à gauche. Ce fut le cas, en 1973, de Georges-André Chevallaz contre le Genevois Henri Schmitt. Ce scénario existe parfaitement dans la liturgie de l’Assemblée fédérale.

 

Le verdict, ce sera le 9 décembre. Jusqu’au dernier moment, tout sera possible. Ainsi va la vie fédérale. Mais enfin, pour le moment, en cette soirée du vendredi 20 novembre 2015, nous retiendrons en priorité la perfection isocèle du triangle proposé. Presque trop sage ! Elle symbolise le retour au calme après les candidatures de combat. Ce soir, l’UDC devient un parti comme un autre. Suisse, triangulaire, responsable. Non, je n’ai pas dit « ennuyeux ». Allez, disons juste « patelin ». Pour la route.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/11/2015

Emissions religieuses : le flambeau est à prendre

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Sur le vif - Jeudi 19.11.15 - 16.28h

 

Il ne s’agit pas ici de défendre un pré carré. De plaider pour les catholiques. Ou pour les protestants. Ou pour les juifs. Ou pour qui vous voudrez. Il s’agit de savoir si le géant de l’audiovisuel suisse, financé par la redevance, disposant d’un budget qui demeure incroyablement confortable, avec un nombre exorbitant de chaînes radio et TV dans toute la Suisse, entend encore assumer cette fameuse mission de service public, par lui-même rabâchée comme blason.

 

Les émissions dites « religieuses » à la RTS ont considérablement évolué ces dernières décennies. Quand j’étais enfant – nous les écoutions assidument – elles étaient vraiment la voix des différentes paroisses, principalement catholiques ou protestantes. Chacun y plaidait pro domo, c’était d’ailleurs présenté comme tel, on les écoutait comme on va à la messe, ou au culte. Et puis d’autres, bien sûr, ne les écoutaient pas : chacun fait ce qu’il veut du bouton de son transistor ou de son poste TV.

 

Mais depuis, quel changement ! Pendant toutes mes années à la RSR, j’ai vu ces émissions évoluer. Ce qu’elles ont perdu en vocation missionnaire, en parfum d’encens, elles l’ont infiniment compensé en curiosité, en ouverture, en pluralité, en rigueur d’information. Bref, de « porte-parole » des différentes communautés religieuses, elles sont progressivement devenues de remarquables émissions d’information, ouvertes, pointues, renseignées, sur les différents courants spirituels, philosophiques, de la planète. Ainsi, par exemple « Hautes Fréquences », le dimanche soir, en radio. En clair, en quelques décennies, ces émissions sont passées du stade du catéchisme à celui de l’information sur le « fait religieux », dont on parle tant pour les écoles. Qui s’en plaindra ?

 

Pressée par des besoins financiers, la RTS s’apprête à les supprimer. Elle a tort. Sur le fond, comme sur le signal. La mission de la SSR est de refléter la Suisse dans toute sa pluralité, ses composantes, sa savoureuse et magnifique complexité. Les différentes facettes de l’engagement spirituel en font partie. Au même titre que la vie politique, sociale, culturelle, économique, sportive, etc. Vous connaissez ma passion pour l’Histoire suisse, à laquelle j’ai consacré, à la RSR justement, tant de séries : je souhaite bonne chance à toute personne entendant empoigner l’Histoire de notre pays en prétendant faire l’impasse sur la Réforme, les Guerres de Religion, les grands conflits confessionnels du dix-neuvième, l’invention du radicalisme et du Freisinn, celle (en réaction) de la démocratie chrétienne, le Sonderbund, le Kulturkampf, etc. etc. etc. Et je ne parle ici que de questions internes au christianisme. Nous avons, dans notre pays, d’importantes communautés juives, musulmanes, et autres : elles constituent une part inaltérable de notre construction commune.

 

Et puis, nous avons des athées, des agnostiques. Nous avons des philosophes, des historiens des religions (dont une école remarquable, depuis des décennies, à Genève, celle des Rudhardt et des Borgeaud), qui constituent un pôle d’excellence dans la réflexion sur ces questions. Nous avons, à Genève, Lausanne et Neuchâtel, la grande tradition des penseurs issus de la Réforme. Nous avons, à Fribourg, une école dominicaine de pointe, nous avons les Revue Choisir, Nova & Vetera (fondée par le futur Cardinal Journet). Nous avons des pôles d’étude sur l’islam, le judaïsme, les religions antiques. Sur tout ce superbe faisceau d’énergies, il faudrait soudain faire silence ? Pour ma part, je dis non.

 

Je dis non comme citoyen. Je dis non comme auditeur, téléspectateur, lecteur. Je dis non, au titre des antennes de nos consciences. Je dis non, au nom de l’ouverture. Ces émissions, la SSR ne veut plus les assumer ? Soit ! Eh bien il appartient dès aujourd’hui au monde du privé de ne pas demeurer inerte. Montrer, comme il le fait si bien des années pour la politique, qu’il est, lui aussi, parfaitement capable de produire, sur ces questions-là, du « service public ». Je dis cela, et entame dès aujourd’hui une réflexion, comme entrepreneur, sur la part que je pourrais apporter dans ce domaine. Parmi d’autres, bien sûr. En partage, en partenariat avec d’autres. Après tout, nous avons sous la main les compétences. Nous avons le réseau. Nous avons, immensément, l’envie. A partir de là, attaquons. Nous ne laisserons pas tomber la réflexion sur les questions spirituelles, au sens large. Nous ne tomberons pas dans le piège de les évacuer pour des raisons économiques. Au contraire, nous allons ouvrir un chantier. Ne pas le faire, ce serait laisser aux orties une part constituante de notre identité suisse. Dans sa pluralité. Dans la mutualité du respect. Dans la petite magie, toujours si fragile, et justement fascinante, de ce pays que nous aimons.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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15/11/2015

La Suisse doit se protéger. Elle en a le devoir.

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Sur le vif - Dimanche 15.11.15 - 16.27h

 

Vendredi soir à Paris, une nouvelle étape a été franchie : on ne cible plus une profession, un acte (caricaturiste), une communauté (juive), non, on commet des meurtres de masse, là où se presse naturellement la foule : une salle de spectacle, un match de football. Le signal est clair : on monte d’un degré dans l’ampleur de l’attaque, et d’ailleurs le nombre de morts est multiplié par dix, par rapport aux attentats de janvier. Alors, terrorisme ou « actes de guerre » ? Franchement, peu importe la nomenclature. Ce qui compte, c’est l’élévation d’un degré dans la conception des attentats, les moyens mis en œuvre, la logistique, la coordination, les transmissions. Le France a affaire à une série d’attaques stratégiquement pensées, avec des buts très clairs. Paniquer la population n’est pas le moindre d’entre eux.

 

Seulement voilà. Il se trouve que la France est un grand pays, et une grande nation. Dans les moments difficiles, ceux où le corps du pays se retrouve meurtri, déchiré, nos voisins ont maintes fois montré, dans l’Histoire, qu’ils savaient faire front. Il y eut, vendredi soir, 129 morts. Il y en eut, entre 1914 et 1918, une moyenne de mille par jour pendant quatre ans, plusieurs milliers lors de pics d’horreur, comme l’offensive sanglante et finalement inutile de Nivelle, au Chemin des Dames. Il y eut la Seconde Guerre mondiale, six semaines d’absolu cauchemar entre le 10 mai et le 22 juin 1040, puis quatre années d’Occupation, les fusillés, les déportés, puis l’Epuration, puis deux guerres coloniales, l’Indochine et l’Algérie. Lors de ce dernier conflit, sur la fin, au moment des attentats de l’OAS, la peur, la mort, étaient partout. Oui, nos amis français savent que signifie la souffrance, le sang, le sacrifice. Et font preuve, depuis vendredi soir, comme en janvier dernier, d’une remarquable tenue dans l’adversité.

 

Et la Suisse ? Sommes-nous exposés ? Nous ne sommes certes pas impliqués, comme la France, dans l’affaire syrienne. Mais notre type de société, fondé sur un Etat de droit, le respect mutuel, la cohabitation des différentes communautés et religions, est, dans les grandes lignes, le même que celui de la France. Rien ne nous garantit que nous ne pourrions pas, nous aussi, un jour, devenir des cibles. Face à cette éventualité, il appartient à nos pouvoirs publics d’entreprendre toutes choses pour réduire le risque au maximum. Pierre Maudet, hier dans notre émission spéciale, a tenu un discours compétent et responsable. Oui, « l’image de l’ennemi » (comme on me le disait toujours, naguère, dans mes 500 jours d’armée) a totalement changé. Oui, les efforts d’adaptation de toutes nos forces de sécurité, coordonnées, doivent s’adapter, plus vite encore, mieux encore, à cette nouvelle adversité. Non, la guerre de demain ne viendra pas d’une invasion de régiments de chars sur le Plateau, par l’entrée nord-est de Saint-Gall. Oui, elle surviendra autrement, de façon perverse, imprévisible, sporadique, comme seule une guérilla peut en avoir le secret.

 

A cela s’ajoute le risque d’un ennemi de l’intérieur. Même si nous ne sommes ni dans les banlieues françaises, ni dans le communautarisme belge ou anglo-saxon. Face à ces menaces, il est très clair que les autorités suisses doivent disposer des moyens de leur action. La loi sur le renseignement, acceptée par le Parlement mais attaquée en référendum, constitue le socle minimum de ces moyens. Si les « services » d’un pays ne peuvent même pas procéder par écoutes téléphoniques lorsqu’il y a soupçon d’actes terroristes, alors autant fermer la boutique tout de suite. J’ai connu l’affaire des fiches, je l’ai vécue au début de mes années comme correspondant au Palais fédéral, je veux bien qu’elle ait constitué un traumatisme pour certains, mais là, la loi sur le renseignement n’a strictement rien à voir, elle doit impérativement être acceptée en votation.

 

Reste la frontière. La revoilà ! Cette frontière que des rêveurs, des mondialistes, des utopistes globalisants ont tout fait pour abolir, voilà qu’elle resurgit naturellement, s’impose comme élément de protection de notre communauté nationale. Oui, il faut rétablir et renforcer les contrôles aux frontières, il faut le faire avec la plus grande rigueur. C’est l’un des éléments essentiels de notre dispositif de sécurité. Tout cela, il va falloir l’entreprendre sur une longue durée. Les dangers qui nous guettent ne vont pas s’évaporer par miracle à l’issue des douze jours d’état d’urgence de M. Hollande. Ils pèsent sur nous pour des mois, des années, que sais-je ? En termes de sécurité nationale, nous devons nous montrer fermes, unis, déterminés. Dans nos appréciations des événements, regardons les faits, le terrain tel qu’il est, n’écoutons pas trop les paroles.

 

Pascal Décaillet

 

 

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11/11/2015

Schmidt et l'Amérique : quelques lumières

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Sur le vif - Mercredi 11.11.15 - 10.27h

 

J'ai réfléchi cette nuit à la très grande proximité d'Helmut Schmidt avec le monde anglo-saxon, principalement les Etats-Unis. Connaissant très bien le personnage, ayant à peu près lu tout ce qu'il a écrit, je puis affirmer que cette proximité ne procède pas d'une quelconque obédience atlantiste, encore moins d'une béatitude pour le Nouveau Monde.

 

Simplement, Schmidt, dans la droite ligne de Bismarck, construit l'Allemagne de son temps non à partir de rêves, mais des réalités qu'il a sous la main. Officier de DCA de la Wehrmacht, ayant combattu toute la guerre, dont une partie sur le front de l'Est, décoré de la Croix de Fer, tombé aux mains des Britanniques au moment où son pays est en ruines, et pour des décennies au ban des nations, il sait ce que reconstruire veut dire. Il a connu l'Allemagne, Année Zéro : il a connu le NEANT !

 

Or, dans un premier temps, comment vouliez-vous reconstruire, en RFA, sans passer par l'alliance (celle de la raison, si ce n'est du coeur) avec l'Américain ? Ce dernier a certes bombardé vos villes, avec le Britannique, pendant trois ans, nuit et jour, il n'en est pas moins celui qui va vous aider, financièrement surtout, à refaire le pays. J'étais en Allemagne, dans ces années-là, les années Brandt, les années Schmidt, et moi-même je m'étonnais de la bienveillance des Allemands face aux Américains. Les gens parlaient d'eux comme d'un parapluie, pour les protéger. C'était la Guerre froide.

 

Un autre élément, plus culturel, explique ce qui lie Schmidt aux Etats-Unis : sa parfaite connaissance de la langue anglaise, sa lecture de la littérature américaine, ses réseaux personnels là-bas. Je me suis longtemps dit que cela s'expliquait par le côté hambourgeois, le miracle de ce esprit hanséatique qui ouvre à l'Allemagne les chemins du Grand Large. Du coup, j'ai pensé à Thomas Mann (les Buddenbrooks), et surtout à son frère Heinrich (Zwischen den Rassen). Assurément, un enfant de Hambourg, qui passe sa jeunesse, dans les années vingt et trente, à lire la littérature, jouer du piano et faire des régates, ne peut avoir la même Weltanschauung qu'un fils de paysan, à la même époque, dans la Haute-Bavière, ou un fils de mineur en Silésie.

 

Helmut Schmidt a construit sa relation avec l'Ouest comme l'un des outils de son travail de rénovation de l'Allemagne. Le grand Willy Brandt, natif d'une autre ville hanséatique, celle de Thomas Mann (Lübeck), était naturellement tourné vers l'Est, et son Ostpolitik fut le virage génial de l'Allemagne des années 69-74. Schmidt, lui, a utilisé sa connaissance intellectuelle de la culture anglo-saxonne comme organe de reconstruction. Tel Bismarck, il dissociait parfaitement la fin (refaire l'Allemagne) des moyens (paraître inféodé à Washington).

 

En vertu de tout cela, on peut affirmer que le manque, crasse, de reconnaissance de l'oeuvre de Schmidt, chez nos observateurs qui en général connaissent fort mal l'Allemagne, au profit d'un Helmut Kohl qui a récolté les fruits du labeur de son prédécesseur, doit être relevé. Et dénoncé. Les années Brandt et Schmidt, les années 69-82, sont de très grandes années, où s'est accompli, en pleine Guerre froide, un considérable travail souterrain pour préparer, le jour venu, le retour de l'Allemagne au premier plan des nations. C'est cela, le legs de Schmidt. Il fallait une fois le dire.

 

Pascal Décaillet

 

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10/11/2015

Helmut Schmidt : un très grand Allemand nous quitte

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Sur le vif - 10.11.15 - 16.37h

 

Hambourg, 25 mars 1999 : à quelques heures du début des bombardements de l’OTAN sur la Serbie, l’ancien chancelier Helmut Schmidt (1974-1982), cinquième de la République fédérale à porter ce titre, 80 ans, nous reçoit, mon confrère Pierre-André Stauffer de l’Hebdo, et moi, dans son bureau, au sommet de la tour de « Die Zeit », dont il est l’éditeur. Vue sur le port. Sa ville natale, splendide. Hanséatique. L’une de mes villes allemandes préférées.

 

Pendant 90 minutes, au milieu d’une incroyable tabagie, alternant les Menthol et les prises de tabac à sniffer (une vielle habitude d’adolescent marin, ici à Hambourg, nous dit-il), cet homme d’exception, successeur de Willy Brandt (dont il a été le ministre) à la Chancellerie, prédécesseur de Kohl, n’ayant rien à envier à ce dernier, nous promène, avec son allemand qui sent la mer du Nord, dans le prodigieux dédale de l’Histoire de son pays au vingtième siècle, celle qu’évoque Günter Grass dans son livre « Mein Jahrhundert ». Mais Grass est peintre, l’un des plus grands, Schmidt est acteur. Ce siècle allemand, il a contribué à le faire.

 

L’homme qui vient de nous quitter, à presque 97 ans, était né à Hambourg le 23 décembre 1918, un mois et douze jours après l’Armistice, un mois et quatorze jours, surtout, après le début de la Révolution allemande, celle du 9 novembre, celle dont parle Döblin dans son roman « November 1918 ». Il grandit dans la ville hanséatique, fait toute la Seconde Guerre mondiale comme officier de DCA, est décoré de la Croix de Fer, prisonnier des Britanniques en 1945, s’inscrit au SPD (le parti social-démocrate) en 1946, entame une prodigieuse carrière politique, d’abord dans le Land de Hambourg, puis au niveau fédéral (Défense, Finances), avant les huit années de pouvoir suprême.

 

Helmut Schmidt était un Européen convaincu. Mais pas une Europe du cœur, comme son successeur le Rhénan Helmut Kohl. Non, juste une Europe de la raison, avait-il tenu à nous préciser en ce jour de mars 1999, pour que le continent atteigne une dimension critique suffisante pour affronter les grands blocs. On connaît son amitié légendaire avec Valéry Giscard d’Estaing, ils furent, au même titre que de Gaulle-Adenauer et Kohl-Mitterrand, l’un des grands couples de la construction européenne. En 2001, je les avais revus, MM Schmidt et Giscard, à la Fondation Jean-Monnet de Lausanne, j’avais pu mesurer la proximité qui les liait.

 

Ce que les gens, aujourd’hui, connaissent peu en Suisse romande, c’est l’immensité de l’intelligence politique de l’homme qui nous quitte aujourd’hui. Dans la droite ligne de Bismarck, il construit le destin allemand sur le long terme, sans états d’âme, jouant des alliances pour le seul intérêt supérieur de la nation qui lui est confiée. Simplement, ses années de Chancellerie, 1974-1982, sont celles où l’Allemagne, redevenue géant économique, n’a pas encore droit à occuper la même taille en politique. Avec les vainqueurs occidentaux de la Seconde Guerre mondiale, Américains principalement, Schmidt, parfait anglophone, s’entend à merveille. Mais il serait faux de ne voir là qu’une obédience atlantiste : l’homme, patiemment, guette l’heure de son pays. Ce sera son successeur, le Rhénan Helmut Kohl, qui l’entendra sonner, le 9 novembre 1989. Et son prédécesseur, l’immense Willy Brandt, qui aura ce jour-là le mot juste : « Jetzt kann zusammenwachsen, was zusammengehört ».

 

Je ne puis en dire beaucoup plus pour l’heure, mon émission spéciale sur la grève de la fonction publique genevoise m’attend. Mais je tenais, à chaud, à rendre un premier hommage à cet homme tellement allemand, avec sa discipline de fer, son incroyable liberté de parole (il en a usé jusqu’au bout), sa culture historique, sa virtuosité de piano (il avait hésité à en faire son métier). Helmut Schmidt, comme Willy Brandt, est un chancelier profondément allemand. Je crois que Kohl, et même Adenauer, sont des chanceliers européens, au sens le plus noble de ce mot. Mais Schmidt était, dans toutes les fibres, un chancelier allemand. Connaissant à fond l’Histoire de son pays, en tout cas depuis Frédéric II, son équation (comme Willy Brandt) avec la question de l’Est, son intégration provisoire au système atlantique, sa nécessité d’un dialogue constant avec la France. Pour le reste, un esprit totalement libre, un provocateur. L’un des très grands Allemands du vingtième siècle, oui, lui qui naît en pleine Révolution allemande, et qui meurt au moment où Mme Merkel ne sait pas comment se sortir, mise sous pression par le Ministre-Président de Bavière, de la question des réfugiés.

 

Le Grand Refuge, Schmidt l’avait connu, à l’âge de 27 ans : alors que, officier de la Wehrmacht, il tombait aux mains des Britanniques, au moins 12 millions d’Allemands des pays de l’Est, fuyant l’Armée Rouge, déboulaient dans une « mère patrie » en ruines. A partir de là, il a fallu reconstruire. Nous perdons aujourd’hui un incomparable constructeur.

 

 

Pascal Décaillet

 

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08/11/2015

La droite la plus bête du monde

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Sur le vif - Dimanche 08.11.15 - 16.47h

 

Singulière machine que celle du système majoritaire ! Une mécanique pour élire des personnalités, plutôt que des représentants de partis. En reconduisant le duo de gauche pour quatre ans, le corps électoral d’un canton où la droite marque des points (elle l’a encore fait, il y a trois semaines, au National), a-t-il vraiment voté pour une politique socialiste et pour une politique Verte aux Etats ? N’a-t-il pas plutôt accordé sa confiance à une dynamique d’union et de victoire, derrière deux candidats loyaux et en parfait ordre de bataille ? Et du coup, refusé son soutien à un candidat, Benoît Genecand, dont personne ne nie les qualités individuelles (il est l’une des révélations de son parti à Genève, et pour un bout de temps), mais qui incarne, bien malgré lui, la droite de la désunion, celle de la discorde, celle de la pitoyable tragi-comédie du café de 10h le lundi 19 octobre, la droite la plus bête du monde ?

 

En attendant, l’acte est commis. Les Verts, parti qui ne cesse de s’affaiblir depuis des années, au Grand Conseil (2013), au National (2015), parti qui a subi au niveau fédéral une impressionnante défaite le 18 octobre, parti qui a prouvé hier, en Assemblée générale où il s’est permis d’ouvrir le champagne, sa totale incapacité à la moindre autocritique, oui ce parti-là réussit à placer l’un des siens, pour la troisième fois consécutive, à la Chambre des Cantons. Trois semaines après avoir perdu l’un de ses deux sièges au National.

 

Nous voilà partis pour quatre années supplémentaires de malentendus entre la délégation genevoise aux Etats et les tendances profondes de l’électorat genevois. Je veux bien que l’homme soit redoutablement habile, roublard, rusé comme un syndic radical vaudois des années Chaudet, je veux bien qu’il ait réussi, ces trois dernières semaines, à faire oublier son étiquette au profit de sa personne, le résultat est là : quatre ans de décalage, dûment légitimés par l’électorat. Il était permis (mais on ne refait pas l’Histoire) de rêver pour Genève d’une autre représentation à la Chambre des Cantons, avec au moins un représentant pour une droite qui monte, a gagné les élections au Grand Conseil, au Municipal de la Ville, et même au National, où elle a pris un siège. Eh bien non : ce sera, encore et toujours, Robert Cramer.

 

Assurément, les discordances affichées à droite y sont pour beaucoup. En premier lieu, le ton avec lequel le PDC ne cesse de traiter un tiers de l’électorat genevois. Cela n’ira pas sans règlements de comptes, nous verrons. En attendant, la gauche rigole. Quand on a, face à soi, la droite la plus bête du monde, on ne va tout de même pas se mettre à pleurer, non ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/11/2015

Dolomites, 1915 : reportage bouleversant

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Sur le vif - Mardi 03.11.15 - 15.17h

 

Avant-hier dimanche, série de reportages historiques sur les combats, en 1915-1916, entre Italiens (qui venaient d'entrer en guerre, l'Intervento du 23 mai 1915) et Autrichiens, dans la région des Dolomites. La guerre de position, en haute montagne, pour quelques centaines de mètres carrés de terrain escarpé, à un point qu'on n'imagine pas.


Ce reportage m'a énormément appris. Ces hommes, des deux côtés, qui se faisaient la guerre dans les régiments alpins, d'un côté ceux de l'Italie, de l'autre ceux de François-Joseph en sa dernière année de règne (1848-1916), se connaissaient avant la guerre. Nombre d'entre eux étaient guides de montagne, ils avaient les uns pour les autres respect et proximité. Au fond, des deux côtés des Dolomites, ils vivaient la même vie. Celle de mes grands-parents. Celle de tous mes ancêtres maternels à Orsières, ou paternels à Salvan.


Le reportage est désespérant. Au sommet de la montagne, une guerre de position plus immobile encore que celle des tranchées, à Verdun ou dans la Somme. On s'enterre dans la roche, on creuse des kilomètres de galeries, mais pas à la dynamite à cause du bruit qui vous fait repérer, on laisse le minimum de fenêtres dans la paroi pour placer une mitrailleuse. Et puis, pendant des semaines, des mois, on attend.



Cette étape de la guerre, malgré l'héroïsme des uns et des autres, n'a servi à rien. Ce que les Italiens ont gagné, ou préservé, ils ont dû le restituer aux Autrichiens après le désastre de Caporetto, en 1917. Et puis, après l'Armistice de 1918, ce sont des accords politiques qui leur ont finalement rendu ces régions.


Ce reportage, visionné avant-hier soir, me poursuit depuis 48 heures. Des hommes incroyablement courageux, réunis dans une connaissance intime de la montagne, menant une guerre oubliée de nos jours, peu connue, sauf j'imagine en Italie et en Autriche. Une guerre d'apparence inutile. Mais des hommes, tout de même, qui se sont battus dans les conditions épouvantables de l'hiver 1915-1916, l'un des plus glaciaux du siècle.



Désormais, chaque fois qu'en Italie, je croiserai un Chasseur alpin (vous savez, avec la belle plume au chapeau), je penserai à ces hommes-là.



Et puis, pendant tout le reportage, diffusé au soir de la Toussaint, à quelques heures du Jour des Morts, j'ai pensé à mon père. Jeune ingénieur, en 1942, c'est lui qui a construit le Fort d'Artillerie de Champex. En préparation du même type de guerre que celle de 1915. Dieu merci, elle ne s'est pas produite.

 


L'Histoire m'habite, jour et nuit.

 

 

Pascal Décaillet

 

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31/10/2015

Le diable est-il collégial ?

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Sur le vif - Samedi 31.10.15 - 18.48h

 

Les journalistes SSR, les journalistes Ringier, les journalistes Tamedia, ainsi que 95% de mes chers confrères de ce pays, s’égosillent à nous brosser hargneusement le portrait-robot du deuxième conseiller fédéral UDC, à partir du 9 décembre prochain. A les lire, ou les entendre, ce futur élu doit certes venir des rangs de l’UDC (ils sont déjà bien gentils d’en convenir), mais à un détail près : sur le fond, il doit être tout, sauf UDC !

 

Ils ne cessent de nous répéter, ces chers éditorialistes, que la perle rare doit être « collégiale ». Argument singulier. Car enfin, que la personne soit « collégiale » ou non, c’est l’affaire de qui ? Du collège ! C’est un critère totalement interne au fonctionnement du septuor, lequel, croyez-moi, relève d’une chimie tellement aléatoire qu’elle ne dépend jamais d’un seul facteur.

 

L’argument « Blocher pas collégial » a été lancé, placé sur orbite marketing, rabâché en boucle, dans la législature 2003-2007, par l’entourage d’un conseiller fédéral radical valaisan pour qui il y avait, dans la cour, un coq de trop. C’était cela, tout le monde le sait, le vrai problème. Il fallait cet échauffement des esprits, pendant des mois, en amont du 12 décembre 2007, pour donner une assise de justification à l’éviction du Zurichois.

 

Oh certes, Blocher n’était pas un homme facile au sein du collège. Mais enfin, vous pensez que Couchepin en était un ? Ou Mme Calmy-Rey ? Ou, plus tôt, Mme Dreifuss ? Ou Jean-Pascal Delamuraz, admirable, quand il combattait la loi sur le travail, qu’il jugeait trop libérale ? Ou M. Stich ? Et puis, dans tous les cas, cette histoire de « collégialité », c’est une affaire interne à la chimie du collège : les proportions que l’argument prend chez les commentateurs trahit en fait leur haine totale, qu’ils feraient mieux d’avouer franchement, du premier parti de Suisse.

 

Du coup, sous le prétexte de « collégialité », la grande masse des commentateurs du pays n’en peut plus d’exiger, pistolet sur la tempe du parti qui vient de sortir premier des élections (donc, de recevoir un signal fortement positif de l’électorat), que l’heureux élu du 9 décembre soit tout, sauf UDC. Il faudrait qu’il soit ouvert à la libre circulation, alors que le credo de son parti dit exactement le contraire. Il faudrait qu’il se montre souple, arrangeant, sur la mise en application du 9 février 2014, alors qu’il provient du parti qui a remporté cette votation. Il faudrait, en un mot, qu’il abdique le sens de son engagement politique jusqu’ici, et s’aligne immédiatement sur les positions des cinq non-UDC du Conseil fédéral.

 

Cette exigence, face à un parti qui vient de remporter un résultat historique aux élections, est tout simplement surréaliste. Elle révèle, dans l’univers médiatique suisse, une mortifère tendance au déni volontaire de réalité. Une preuve de plus que le champ journalistique du pays doit, lui aussi, évoluer. En laissant vivre, éclore et s’exprimer, en Suisse romande notamment, une ligne de pensée capable de traduire les préoccupations du tiers de l’électorat pour qui le vote conservateur n’est pas nécessairement le diable. D’ailleurs, le diable est-il collégial ? Vaste question, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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29/10/2015

EWS : la récré est finie

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Sur le vif - Jeudi 29.10.15 - 15.47h

 

Huit ans pour ça ? Huit ans c’est long, l’équivalent de deux mandats complets d’un président américain. Huit ans, à cause du coup de force de quelques-uns, le pronunciamiento d’une poignée de chefs de parti, qui avaient ourdi, et d’ailleurs s’en étaient ouvertement vantés. Huit ans d’une anomalie dans la composition du notre Conseil fédéral. La formule du 17 décembre 1959, ce grand jour qui vit arriver Tschudi, c’est deux conseillers fédéraux pour les trois premiers partis, un seul pour le quatrième. C’est cela, et non la contorsion. Cela, et non l’atteinte à l’esprit.

 

Mme Widmer-Schlumpf fut-elle tout de même une bonne conseillère fédérale ? L’important n’est pas là. Il réside dans le parfum de trahison des origines, largement de quoi entacher d’un péché originel la légitimité de la Grisonne. Elle est la seule conseillère fédérale, depuis des décennies, que je ne connais pas. Je ne l’ai jamais rencontrée, jamais interviewée. Tous les autres, y compris les anciens, je les ai connus. Mémorable moment que ce jour du 12 septembre 1998, celui du 150ème anniversaire de la Suisse moderne, où nous avions reçu, en compagnie d’Uli Windisch (que j’avais invité dans cette émission un peu folle), en direct sur la Place fédérale, tout un après-midi, debout dans la foule, l’intégralité des conseillers fédéraux encore vivants (à part deux, trop malades pour venir), à la retraite ou en exercice. Eux, oui, je les ai tous approchés. Mme Widmer-Schlumpf, jamais.

 

Sur son œuvre ministérielle, je ne me prononce pas ici. Ce qui est sûr, c’est que dans les médias aussi, il y aura un avant et un après-EWS. L’arrivée aux affaires, dans les circonstances qu’on sait, de la parfaite inconnue (mais ô combien consentante) qu’était encore, au matin du 12 décembre 2007, la patronne des Finances grisonnes, a ouvert une ère, de huit ans, celle des journalistes EWS, en pâmoison devant elle. Toute une génération de confrères, principalement sous la Coupole, sanctifiant la ministre, au seul réel motif, non de ce qu’elle était, mais de ce qu’elle représentait : puisqu’elle incarnait la chute de l’homme tant haï, elle ne pouvait être qu’excellente. Reprenez Shakespeare, « Jules César », discours de Marc-Antoine sur Brutus et Cassius, juste après l’assassinat, pensez à Marlon Brando qui l’incarne dans le film inoubliable de Mankiewicz en 1953, vous aurez tout compris. Rien d’autre à dire.

 

Oui, il y a eu, pendant huit ans, toute une cour de journalistes dans la célébration sémantique et rhétorique de Mme EWS. Les mêmes, dans l’après-midi du 18 octobre, refusant de prendre la mesure du message du jour, l’incroyable percée de l’UDC, tellement riche pourtant d’enseignements sociologiques sur l’évolution de notre pays, n’avaient en tête que le destin d’Eveline Widmer-Schlumpf. Moi, je dis que cette génération des journalistes EWS, on en a maintenant soupé. Chez Ringier, c’était même devenu une religion que de défendre la Grisonne. Alors oui, maintenant, la récréation est finie. Il y a une révolution politique à faire au Conseil fédéral, en octroyant enfin à l’UDC les sièges qui sont les siens. Et puis, Mesdames et Messieurs, il y a une révolution médiatique à opérer, en laissant éclore de nouveaux espaces d’expression, où la Suisse conservatrice ne soit pas systématiquement bafouée.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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27/10/2015

Etre Romand n'est pas un but en soi

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Sur le vif - Mardi 27.10.15 - 16.11h

 

J’ai vécu, et couvert en direct, comme journaliste de nombreuses élections au Conseil fédéral. C’est un rituel. Une liturgie. Avec un chapelet d’actions très précises, par exemple les vingt minutes entre deux tours, le temps pour les scrutateurs de compter, le suspense entretenu par le président, nombre de voix reçues, valables, nulles, éparses, etc. J’ai vécu aussi de mémorables Nuits des long Couteaux, la veille, jusque tard, à travers les bars bernois, le Café fédéral, le Schweizerhof, et toujours pour finir le Bellevue.

 

Une mythologie, ces petits meurtres de la dernière heure ? Oui, non, c’est selon : assurément le coup monté par Jean-Noël Rey, secrétaire du Groupe socialiste en décembre 1983, contre Lilian Uchtenhagen, et pour placer Otto Stich, était bien réel, et je sais maintenant qu’il fut en effet peaufiné dans les ultimes moments. Et puis, la réélection du Conseil fédéral, c’est toujours en décembre, dans une Vieille Ville de Berne chaleureuse, magnifique, avec décorations de Noël, ambiance de Fêtes. Oui, j’ai aimé ces moments, ils font partie de notre tradition politique fédérale.

 

Une autre coutume, à laquelle je me suis maintes fois prêté comme éditorialiste, c’est qu’un journal, dans un commentaire fracassant de première page, prenne parti pour un candidat. Il est d’usage, et ma foi bien compréhensible, que le quotidien local, celui de tout un canton, soutienne « son » poulain. Il s’affirmera ainsi comme le journal du canton, celui qui en défend les intérêts supérieurs. Admettons.

 

Pour autant, l’édito de 24 Heures de ce matin, également dans la Tribune de Genève, me laisse sur ma faim. Faut-il à tout prix, en 2015, soit 167 ans après l’élection du premier Septuor, attacher tant d’importance à l’origine cantonale d’un candidat au Conseil fédéral, gouvernement de notre pays, chargé de défendre les intérêts vitaux de la Suisse tout entière ? A cette question, au risque de choquer la Romanité de certains, je réponds non.

 

Pourquoi ? Parce que j’estime qu’être Romand n’est pas un but en soi. Il y en a déjà deux au Conseil fédéral, MM Berset et Burkhalter, je ne vois pas exactement l’urgence ethnique d’en ajouter un troisième, il faudrait plutôt s’interroger sur la question de la Suisse italienne. Et puis, voyez-vous, je connais très bien l’Histoire suisse, celle de nos conseillers fédéraux notamment, depuis 1848 : eh bien là aussi, au risque de heurter, je compte sur les doigts d’une main les très grands conseillers fédéraux romands. Et même en tenant compte du prorata de la population, désolé, mille fois pardon, mais je recense beaucoup plus d’hommes d’Etat chez les Suisses alémaniques que chez les Romands. Avec, bien sûr, d’inoubliables exceptions : je pense en premier lieu à Jean-Pascal Delamuraz, avec émotion, nostalgie. C’était un tout grand.

 

Dès lors, l’engagement éditorial de 24 Heures (et, par reprise, la TG) au nom du Vaudois de service, parce qu’il est le régional de l’étape, et pour cela seulement, m’apparaît comme un peu dépassé. Un peu provincial. Dans un enjeu aussi important, il faut une approche nationale. Il faut aller chercher l’intérêt supérieur du pays. Et puis franchement, fin 2015, je trouve carrément ringard de s’imaginer qu’un conseiller fédéral, comme au temps des diligences, « représenterait » son canton. Il n’est d’ailleurs, statutairement, pas là pour ça. Donc, voilà, cet édito ne m’a pas convaincu. J’ignore absolument qui sera élu au Conseil fédéral le 9 décembre. Je souhaite à tout prix, simplement, qu’il s’agisse d’une personnalité puissante, inspirée, cultivée. A partir de là, le canton d’origine m’est parfaitement indifférent. Nous sommes tous Suisses. Tous, filles et fils de ce même pays, dont le charme pluriel façonne le miracle des équilibres. Enrichissons-nous les uns les autres, lisons les auteurs alémaniques, n’oublions jamais la partie italophone. Et, pour une élection au Conseil fédéral, laissons un peu les attachements de clochers.

 

Pascal Décaillet

 

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25/10/2015

La gauche, la morale, l'imitation des Clercs

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Sur le vif - Dimanche 25.10.15 - 18.09h

 

Une partie de la gauche, en Suisse, ne fait plus de politique, elle ne fait plus que de la morale. Sur les migrants, elle nous fait la morale. Sur notre manière de voter, elle nous fait la morale. Sur la notion de frontière, elle nous fait la morale, nous conspuant de ne pas partager sa vision planétaire, ou mondialiste. Sur l’usage que nous faisons de notre liberté d’expression, elle nous fait la morale : si nous abondons dans son sens, c’est bien, si nous plaidons contre ses idées, c’est mal.

 

 

Cette gauche ne livre plus combat, la bonne vieille bataille sociale, ô combien nécessaire, pour que les plus faibles, les plus fragilisés, nos chômeurs, nos personnes âgées, nos malades puissent vivre mieux. Non, elle nous fait la morale. Dépourvue de son ancestralité guerrière, celle de la Grève générale de 1918 ou des grands mouvements de masse, elle n’a plus pour discours que de brandir le Bien. Elle n’est plus combattante, mais cléricale.

 

 

Prenez l’affaire des migrants. Des dizaines de milliers de personnes, venues de Syrie ou d’ailleurs, viennent frapper à nos portes, oh pas seulement celles de la Suisse, celles des pays d’Europe qui nous entourent, l’Allemagne principalement. C’est un phénomène de masse, assurément capital, il s’agit de lui donner une réponse politique. Personne, ou presque, ne prétend qu’il faille rester sourds, et fermer les frontières. Très peu, en revanche, plaident pour l’ouverture totale des vannes, sans discernement, au nom du poids total d’une misère du monde, que nous Suisses (on se demande bien en vertu de quelle singularité, quelle élection) devrions porter en absolue priorité. La réponse sera donc quelque part entre deux. Accueillir oui, le Refuge oui, c’est chez nous une tradition, mais recevoir tout le monde, non.

 

 

Si vous dites cela, qui est de l’ordre du curseur et de la négociation, toutes choses inhérentes à notre manière de faire de la politique en Suisse, la gauche moralisante viendra tout de suite vous faire la leçon. Elle vous traitera d’égoïste, vous brandira les pires heures de la Seconde Guerre Mondiale, le « J » sur les passeports, la circulaire Rothmund, la fermeture des frontières. Elle fera de vous un collabo en puissance, elle vous fera miroiter le risque de devenir un salaud. Cette gauche-là (qui n’est certes pas toute la gauche de Suisse), au lieu d’entrer, par la dialectique, dans le combat pour placer le curseur du nombre d’admissions au mieux de ce qu’elle souhaite, règle le problème dès le départ, en diabolisant ceux qui ne partagent pas son rêve d’ouverture totale. Vous êtes le Mal, elle est le Bien.

 

 

Elle a tort. Parce qu’en Suisse, les gens en ont marre. Ils en ont plus qu’assez. Alors que tout, dans notre Histoire démographique, montre notre très grande ouverture à l’Autre, malgré les théories du début du siècle sur l’Überfremdung, malgré les années Schwarzenbach, et aujourd’hui encore, il faudrait que les gens qui sont déjà ici, ceux de l’intérieur, Suisses ou étrangers peu importe, bref les résidents, se sentent immédiatement coupables de vouloir réguler les phénomènes migratoires (dont l’asile ne représente d’ailleurs qu’une faible proportion). La gauche moralisante a tort : plus on fera aux gens la leçon morale, plus ils se braqueront. Et ils auront la raison : la politique, ça n’est pas la morale. Ca n’est certes pas, non plus, l’absence de morale, ou l’immoralité. Les deux domaines doivent faire l’objet d’une constante dialectique, se nourrir mutuellement d’arguments. Mais non se confondre.

 

 

Pour décidément ne pas comprendre cela, la gauche moralisante ne cesse de perdre des voix. C’est dommage : la Suisse a impérativement besoin de mouvements de pensée qui se mobilisent pour défendre la dignité du travail, celle de ceux qui en cherchent, parfois désespérément, mais aussi celle des laissés pour compte. C’est cela, la grande vocation de la gauche. Et non de nous brandir quotidiennement le Bien. Comme si, le Clergé ayant perdu toute son influence dans nos villes et nos campagnes, il eût à tout prix fallu que de grandes âmes profanes en prissent le relais. C’est un tort, une erreur : la politique n’a besoin ni de prêtres ni de pasteurs, ni de confesseurs ni de pourfendeurs, ni de promesses de salut ou de damnation. Elles a juste besoin de combattants compétents, concrets, constructifs. Ce sont eux, depuis les pères fondateurs radicaux de 1848, qui font avancer notre destin fédéral commun.

 

 

Pascal Décaillet

 

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21/10/2015

Ni "peur", ni "repli", juste l'attachement au pays

 

Sur le vif - Mercredi 21.10.15 - 02.39h

 

Je conteste absolument que la "peur des migrants" soit l'explication principale de la victoire de l'UDC dimanche. Il faut d'ailleurs cesser d'imputer aux "peurs", "crispations", "mouvements de repli", le vote conservateur en Suisse.

 

Il y a quelque chose de beaucoup plus profond : une part importante de nos compatriotes ne veut ni de la gauche, ni surtout de la droite libérale, libre-échangiste à souhait, gommeuse d'identité nationale et de valeurs.

 

Cette droite-là, alliée à certains patrons peu soucieux de notre corps social, immigrationnistes par profit à court terme, adeptes d'une sous-enchère qui n'a absolument pas été contrôlée depuis 2002, régresse face à une autre droite, porteuse d'autres valeurs.

 

Ne sous-estimons en aucun cas l'initiative de Franz Weber, ni celle du 9 février 2014. Sachons en lire les messages : attachement physique, émotif, filial, au paysage du pays, besoin d'équilibre et de régulation des flux migratoires, volonté de conserver une Suisse à taille humaine, où il fasse bon vivre.

 

Il n'y a là rien de xénophobe, aucun abaissement de l'Autre, aucune "peur", aucun "repli". Il y a juste la volonté raisonnée de poursuivre avec simplicité la lente, patiente et magnifique construction de nos ancêtres.

 

Pascal Décaillet

 

 

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