19/07/2018

L'Europe et les marchands du Temple

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 06.04h

 

Les Pères de l'Europe, au début des années cinquante, les Schuman, de Gasperi, Adenauer, étaient des démocrates-chrétiens.

 

Ils étaient porteurs d'une vision, humaniste et émancipatrice, après le choc et le fracas de la guerre, de l'organisation du continent.

 

On peut, bien sûr, on doit même discuter de cette vision. Mais elle avait sa cohérence, sa noblesse, une ambition sociale puisée dans la grande pensée d'un Léon XIII, elle se voulait l'Europe des cœurs et des âmes. Le projet méritait intellectuellement, spirituellement, qu'on fît un bout de chemin avec lui.

 

Ce qui a tout foutu en l'air, depuis trente ans, c'est le dogme ultra-libéral. Le catéchisme du libre-échange. La sanctification de la libre circulation des personnes et des marchandises. Oui, tout cela nous fut imposé d'en haut, comme vérité révélée.

 

On retrouvait la jouissance parfumée du bénitier démocrate-chrétien, mais cette fois, c'était au service oligarchique du profit immédiat, quand il n'était pas spéculé. Cela porte un nom : cela s'appelle le culte du Veau d'or.

 

Adieu Léon XIII, adieu Doctrine sociale, adieu la paix des braves sur les cendres des guerres nationales. Bonjour l'Europe des banquiers, de la circulation sans entraves du Capital, des fermetures d'usines, des délocalisations, du profit de casino, celui qui joue à saute-mouton par dessus les frontières.

 

C'est cette Europe-là, cette idéologie, qui s'effondre. Et qui, aux abois, nous sort un Accord avec le Japon, pour sanctifier une dernière fois le libre-échange, nous prescrire son dogme de l'Infaillibilité. Le chant du cygne de M. Juncker, après le vin de Messe et la quête des Indulgences.

 

Ce qui s'effondre, ça n'est pas l'idée européenne. Ni l'aspiration à faire quelque chose de ce continent que nous aimons, et dont les différentes Histoires nationales nous habitent et nous passionnent.

 

Non. Ce qui s'effondre, c'est la prise en otage de l'idée européenne par les ultra-libéraux. Eux, devront rendre des comptes. Il faut reconstruire le Temple de l'Europe. Mais en commençant par en chasser les marchands.

 

Pascal Décaillet

 

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18/07/2018

Trump est vulgaire. Et alors ?

 

Sur le vif - Mercredi 18.07.18 - 09.43h

 

Trump ne fait pas de la politique comme les autres.

 

Il ne fait pas de la politique comme Obama. Il est moins élégant, moins à l'aise dans un salon. Il se comporte comme un rustre avec la Reine d'Angleterre, là où son prédécesseur avait su se montrer parfaitement bien élevé.

 

Oui, Trump est un peu vulgaire.

 

Et alors ?

 

On va passer toute la législature (déjà trois semestres accomplis, sur huit) à s'en étrangler, comme on l'avait fait pendant la campagne électorale ?

 

Moi aussi, je préfère les personnes bien élevées. Je reconnaissais à Obama, au milieu d'un bilan de politique étrangère quasiment inexistant (à part Cuba et l'Iran), une incontestable classe lorsqu'il apparaissait en public.

 

Mais cette classe d'Obama, c'était juste de l'apparence. Du visuel, pour peaufiner la fabrication d'une icône. C'est sur son bilan qu'il faut le juger.

 

De même, la vulgarité de Trump.

 

Aux trois huitièmes du mandat, l'essentiel n'est certainement pas l'éducation lacunaire du Monsieur au registre des bonnes manières.

 

Non, l'essentiel, c'est que Donald Trump est en train de bouleverser les paradigmes qui ont régi, disons depuis 1945, les rapports entre les nations.

 

Depuis 1945, cela signifie depuis la fin de la guerre. Depuis l'ONU, qui succédait à la calamiteuse Société des Nations, celle d'Adrien Deume, qui taille ses crayons, en s'ennuyant dans son bureau, pendant qu'Ariane...

 

Depuis 1945, cela signifie depuis l'avènement du "multilatéral", entendez la toile tissée mondialement pour faire oublier à la planète qu'il n'y avait désormais que deux patrons, les USA et l'URSS. Cela, pour une bonne quarantaine d'années.

 

Le multilatéral, comme paravent, comme pansement de l'âme, comme baume sur les consciences pour tenter de se convaincre qu'à l'ONU, celle de New York ou celle de Genève, le représentant de la plus oubliée des nations, la plus pauvre, bénéficiait de la même voix que les deux super-puissances, ce que bien entendu personne n'a jamais cru.

 

Ce projet, pourtant, j'aurais pu y croire. Je suis fasciné par le Discours tenu à Brazzaville, en janvier 1944, donc en pleine guerre, par Charles de Gaulle, où sont posés, avec une éloquence hors du commun, les principes du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Anticipation de la décolonisation, mais aussi de de qu'on appellera plus tard le mouvement "des non-alignés". Que ce Discours ait été tenu au cœur de l'Afrique, continent qui m'est cher, est à mes yeux essentiel. Et cela, seize ans avant la première grande vague (1960) de décolonisations.

 

Mais le "multilatéral", hélas, ce ne fut pas du tout cela. Jamais la toile n'a réussi, une seule seconde, à mettre en minorité, encore moins à désavouer, les vrais maîtres du monde : USA + URSS, puis USA tout seuls. A la moindre mise en danger, droit de veto. Ou pire : retrait du financement. Regardez, à Genève, où se trouve l'ONU, et où se trouve la Mission permanente américaine : un jet de pierre. Cette proximité veut tout dire.

 

La réalité des trois premiers huitièmes du (premier ?) mandat de Trump, c'est bel et bien une prise de congé de cette toile d'araignée multilatérale. Pour réhabiliter la seule réalité véritablement mesurable : celle des rapports de forces, des alliances bilatérales modulables et révocables (comme sous Louis XV, à l'époque de la Guerre de Sept Ans, 1756-1763, si complexe et si passionnante), celle des intérêts supérieurs des nations.

 

Ce dessein, jamais Trump ne pourrait l'accomplir s'il n'était profondément voulu par un nombre de plus en plus important de peuples et de personnes. Ce petit monde du multilatéral, des "ONG", où tout se passe en anglais (la langue du Maître), et où rien de concret n'advient jamais, si ce n'est la pointe parfaitement taillée des crayons d'Adrien Deume, n'intéresse en priorité que lui-même.

 

Ainsi, la "Genève internationale" passe beaucoup trop de temps à se contempler dans le miroir du monde, reléguant l'occasion d'aller à la rencontre des Genevois. On semble y vivre en boucle, comme dans un Palais des Glaces. Tiens, celui de Versailles, par exemple, où fut signé le calamiteux Traité de 1919, l'une des causes de la Seconde Guerre mondiale.

 

Trump prend congé du multilatéral, il a contre lui les fonctionnaires du multilatéral, donc l'Appareil, et une myriade de journalistes et d'observateurs formés (notamment à Genève) dans le culte du multilatéral. Intellectuellement, ce petit monde ne peut imaginer une planète sans ces immenses organisations, ces machines à siéger, palabrer, décréter, prendre l'avion, parler anglais, griller des millions de tonnes de kérosène. Avec, comme résultat, du vent.

 

Il a contre lui ce petit monde. Mais il n'est pas exclu qu'il ait AVEC lui, jusqu'au coeur du Vieux Continent européen, le ralliement croissant des âmes. Parce que les peuples sont de plus en plus las de l'impuissance impersonnelle du "multilatéral". Et de plus en plus demandeurs de communautés nationales, avec des contours précis, des valeurs définies, des lieux de mémoire (lire Pierre Nora, Gallimard, Bibliothèque illustrée des Histoires, 3 volumes, 1984-1992), des immigrations contrôlées, et surtout des citoyennes et citoyens qu'on écoute.

 

A cet égard, la "vulgarité" de Trump pourrait bien passer, devant l'Histoire, comme un infini détail, face à la révolution des rapports qu'il aura, peut-être, instaurée entre les nations.

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/07/2018

On ne signe pas avec des fantômes

 

Sur le vif - Samedi 14.07.18 - 08.57h

 

La Suisse, en l'état, ne doit plus rien signer du tout avec l'entité en liquéfaction nommée "Union européenne". Le Conseil fédéral doit jeter au panier ses projets délirants "d'Accord institutionnel", dont personne ne veut. On ne signe pas avec des fantômes.

 

À Bruxelles, le château de cartes s'effondre. Depuis trente ans, on a procédé à l'envers. On a voulu construire d'en haut, juste avec la tête, avec des concepts abstraits de philosophes. On a fait passer les nations pour ringardes, dépassées. On a méprisé la voix des peuples.

 

On a secrété des galaxies de directives. On a grillé des millions de tonnes de kérosène pour balader des dizaines de milliers de ministres, de chefs d’État et de gouvernement, de fonctionnaires, d'un "Sommet" à l'autre. Jamais l'un de ces "Sommets" n'a accouché d'autre chose que du plus chétif des souriceaux.

 

Le château de cartes, pendant la guerre des Balkans, n'a jamais rien réussi. Il s'est juste aligné sur les positions historiques d'une Allemagne en pleine renaissance politique, diabolisant tout ce qui venait d'un camp, pour mieux sanctifier l'autre.

 

Il faudra, un jour, construire l'Europe. C'est notre continent, nous l'aimons. Mais pas comme cela. Pas comme depuis trente ans. Pas avec cette monnaie, qui n'est qu'un nouveau nom du Deutschmark.

 

Non. La nouvelle Europe devra se construire d'en bas. De nos racines à tous. De nos terreaux, nos terroirs. En respectant chaque peuple, chaque nation qui la composeront. Il faudra pour cela du temps, de l'écoute, du respect. Tout ce qui a si cruellement manqué à l'édifice actuel. Celui qui s'écroule.

 

Pascal Décaillet

 

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13/07/2018

M. Trump a-t-il entendu parler de l'Ostpolitik ?

 

Sur le vif - Vendredi 13.07.18 - 10.31h

 

L'attaque de Donald Trump contre l'Allemagne, au sommet de l'OTAN, est extraordinairement révélatrice de la volonté américaine, bien avant Trump, d'étendre son influence à l'Est de l'Europe, sous le paravent apparemment multilatéral de la bannière OTAN, entendez les États-Unis et leurs dominions stratégiques, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Vaincue en 1945, l'Allemagne est divisée en deux. A l'Ouest, capitalisme américain, plan Marshall, injection massive de fonds, intégration à l'OTAN. A l'Est, l'équivalent symétrique, sous influence soviétique : enrôlement de force dans le Pacte de Varsovie, régime communiste, inféodé à Moscou.

 

Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin s'effondre, le régime de la DDR suivra peu après, et l'ogre Kohl, sous prétexte de "réunification", en profitera pour engloutir la partie orientale : injection monstrueuse de capitaux, rachat d'un pays tout entier, oui rachat, pour le mettre sur orbite capitaliste. Il n'y a pas eu de "réunification" : il y a eu phagocytage, pur et simple, de l'Allemagne de l'Est par celle de l'Ouest. En cela, il y a eu rupture de l'équilibre de Yalta (1945) où la ligne de partage entre les deux grands vainqueurs du Reich passait par la ligne de démarcation entre les deux Allemagnes.

 

A partir de ce moment-là, l'Occident a commencé à se croire tout permis, et cela tombait d'autant mieux pour lui que la Russie des années 1990, retrouvant son nom historique après l'éclatement de l'URSS (1991), a été, sous l'emprise de Eltsine, d'une incroyable faiblesse en termes de crédit international. Ce pays, qui avait vaincu le Reich, fait trembler la planète pendant des décennies, ne faisait soudain plus peur à personne.

 

Les Américains en ont profité. Extension de "l'OTAN" (entendez l'influence stratégique des États-Unis) à l'Est, avec des pays comme la Pologne (trop contents de régler avec leurs voisins orientaux des comptes millénaires), irruption sur le théâtre d'opérations ukrainien, soutien aux occidentaux de Kiev contre la très importante minorité russophone.

 

Dans ce domino, la nouvelle Allemagne, celle d'Angela Merkel, sous prétexte "d'OTAN" (décidément, ce sigle n'est qu'un paravent, pour camoufler des ambitions nationales), jouait tranquillement sa carte. Celle d'une Ostpolitik qui n'était hélas plus la grande jonction des âmes voulue par Willy Brandt (1969-1974), l'homme de la génuflexion de Varsovie (décembre 1970), mais celle des ambitions retrouvées sur les Marches de l'Est. Économiques. Commerciales. En attendant de redevenir stratégiques et politiques. Comme Helmut Kohl dans les Balkans, Angela Merkel entend signifier que la politique étrangère allemande, en Europe centrale et orientale, ne se décide à nul autre endroit que Berlin.

 

Que l'Allemagne ait des intérêts économiques et commerciaux en Pologne, dans les Pays Baltes et en Ukraine, qu'elle ait signé un contrat gazier avec la Russie, il n'y a là rien d'autre que les premiers éléments de réalisation concrète, près d'un demi-siècle après le geste sublime de Willy Btrandt devant le Monument du Ghetto de Varsovie, d'une Ostpolitik voulue dès Frédéric II (1740-1786), avec les moyens qui sont d'aujourd'hui. L'étude de l'Histoire allemande indique très clairement ce tropisme vers l'Est comme un élément majeur du destin germanique.

 

Ces enjeux internes aux équilibres de l'Europe centrale et orientale, Donald Trump en a-t-il connaissance ? Dispose-t-il, tout au moins, de conseillers capables de les lui rappeler, de même que Richard Nixon pouvait compter sur l'Allemand (de naissance) Henry Kissinger, pour lui expliquer la complexité du monde ?

 

Ce qui est sûr, c'est que l'OTAN ne parle plus d'une même voix. Il y a la voix américaine, qui voudrait pour l'éternité demeurer le patron. Et il y a la voix de l'Allemagne. En répondant à M. Trump que les décisions sur les choix politiques à l'Est se prenaient à Berlin, et non à Washington, Angela Merkel a poliment rappelé aux États-Unis d'Amérique que leur passage sur le continent européen, entamé en 1943 (Italie) et 1944 (Normandie) n'était pas éternel. Pas plus, au fond, que le domino appelé "OTAN".

 

Un jour, il se pourrait que les États-Unis quittent l'Europe. Ce jour-là, il faudra faire le compte des forces stratégiques bien réelles, et bien nationales, demeurant opérationnelles sur le vieux continent. Ce sera vite fait : il y aura un peu l'armée française. Et il y aura beaucoup l'armée allemande. Qui ne cesse de se reconstituer depuis 1989 (à vrai dire bien avant). Cela, dans l'indifférence générale des commentateurs.

 

Pascal Décaillet

 

11:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/07/2018

La Bourse, ou la vie ?

 

Sur le vif - Dimanche 08.07.18 - 09.41h

 

Le jour où les Suisses voteront sur l'avenir de nos relations avec l'Union européenne, ou plutôt avec ce qui restera du château de cartes, je doute que la question des "équivalences boursières", reprise comme un mantra par les europhiles, soit d'un très grand poids dans le verdict du souverain.

 

On a voulu nous faire l'Europe des banquiers et des exportateurs, en oubliant totalement les paysans. On a construit un rêve sur l'idée tétanisée de l'échange, de la circulation, de l'hyper-fluidité. On a voulu nous ériger une Europe du mouvement perpétuel.

 

Résultat : on a eu les délocalisations en Inde. Les fermetures d'usines. La spéculation de casino, au mépris des attaches locales, du sentiment de fierté de travailler pour un fleuron du lieu, avec une marque, une enseigne, une bannière. On a pulvérisé l'idée d'économie nationale, au profit d'un grand bazar globalisé. On a saccagé les services publics.

 

Et vous pensez que, le jour venu de la décision populaire, on va convaincre le peuple et les cantons avec l'argument massue des "équivalences boursières" ?

 

Et placer les "équivalences boursières", juste là pour faciliter le profit de quelques-uns, en crédible concurrence avec la souveraineté, l'indépendance, la fierté nationale de notre pays ?

 

Les europhiles ne manquent pas d'air. Mais de souffle, dans leur esprit et dans leur verbe.

 

Pascal Décaillet

 

09:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/07/2018

Les délaissés veulent la nation

 

Sur le vif - Samedi 07.07.18 - 10.00h

 

Les grands conglomérats multinationaux, abstraits et désincarnés, sont voulus par des oligarchies élitaires, à prétention cosmopolite, des gens qui considèrent l'échelon national comme dépassé, limite vulgaire, juste pour des gros ploucs attachés à leurs terres, leurs paysages, enracinés dans leurs appartenances, incapables mentalement d'accéder à la dimension planétaire des choses.

 

Ces élites cosmopolites ont eu comme principale préoccupation, depuis trente ans, de faire circuler sans entraves le Capital. Pour ce dernier, surtout pas de frontières. Pas de taxes. Pas de contrôles. Juste le vol de l'Aigle au-dessus des nations. Du coup, on encourage à mort le Commerce extérieur, on fait circuler les personnes et les marchandises, l'Europe et le monde ne sont plus qu'un vaste marché, où le spéculateur, se déplaçant comme un prédateur céleste d'une proie à l'autre, peut se repaître, tout à loisir.

 

Dans cette logique de casino, il fallait à tout prix abolir l'idée d'économie nationale. La fierté du Lorrain, ayant travaillé toute sa vie dans la sidérurgie, ou de l'ouvrier de la Ruhr, spécialiste des aciéries, devaient impérativement, en termes d'images, passer pour des vertus d'un autre âge. C'est ce virage-là qu'a pris l'Union européenne depuis trente ans.

 

Elle fut tellement imposée aux esprits, avec une telle férule, que la plupart des gens vous définissaient l'Europe comme ontologiquement libérale. Comme si ce libéralisme n'était pas le fruit, comme tout l'est en Histoire (lisons Thucydide, les enchaînements de causes et de conséquences, dans la Guerre du Péloponnèse), de choix politiques et économiques bien précis. Avec, aussi, une finalité parfaitement claire : permettre l'enrichissement de quelques-uns sur le dos du grand nombre.

 

Pour ma part, je crois en l'Europe. J'aime profondément ce continent, qui est le mien, dont j'ai eu la chance de visiter la plupart des pays. Je ne suis nullement opposé à l'établissement d'une collaboration, faite de confiance, de respect et d'amitié, entre les peuples de ce continent. Mais je l'affirme, du plus profond de mes convictions : celle collaboration ne doit pas passer sur le dos des nations. Ces dernières, méprisées par les cosmopolites, sont ardemment voulues par les peuples. Et notamment par les personnes en souffrance. Je pense à nos paysans, que la libéralisation des marchés laisse doucement mourir. Je pense à nos chômeurs. Je ne suis pas sûr que, chez ces compatriotes-là, l'idée abstraite de conglomérat multinational, nouvelle forme de l'Empire, provoque des pâmoisons.

 

Pour ma part, je ne veux pas d'une Europe libérale. En tout cas, pas d'un libéralisme imposé par une clique, venue d'en haut. Je veux une Europe des peuples. Où on commence, comme chez nous en Suisse, par leur donner la parole. Pour l'heure (je ne préjuge nullement du 23ème siècle, tout en Histoire évolue), seul l'échelon national, avec ses lois démocratiquement votées, le contour net, précis et protecteur d'une frontière, le partage si essentiel de la mémoire et de l'émotion, le tissage, depuis des décennies, de réseaux de solidarité, permet d'améliorer la condition de vie de chacun.

 

Cette préférence au local n'empêche nullement de cultiver l'amitié avec ses voisins. Mais dans le respect des souverainetés maintenues. Les plus défavorisés demandent cette souveraineté, cette indépendance, que le cosmopolite veut s'empresser d'abolir. Pour commercer sans entraves.

 

Pascal Décaillet

 

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06/07/2018

La fin de l'Histoire, c'est fini

 

Sur le vif - Vendredi 06.07.18 - 12.22h

 

Au début, de quoi s'agissait-il ? Mettre en commun, sur les décombres de la guerre, le charbon et l'acier. Les faire circuler sans entraves, dans des années d'après-guerre extraordinairement difficiles, où les principaux problèmes, pour les vainqueurs autant que pour les vaincus, étaient le ravitaillement et le chauffage. En France, les gens ont eu très froid, l'hiver, jusqu'au tout début des années cinquante. Les témoignages, sur le sujet, sont innombrables.

 

C'est cette CECA, cette Communauté européenne du Charbon et de l'Acier, qui fut la première esquisse de collaboration, dans une Europe en ruines, entre des peuples qui s'étaient combattus. Pour être franc, il s'agissait surtout, pour les "vainqueurs" (concernant la France, les guillemets s'imposent), de se servir à bas prix des ressources inépuisables du charbon allemand, en provenance, notamment, de la Ruhr. Enfant, j'ai visité ces immenses domaines du charbonnage et de l'acier : c'est, depuis Bismarck, le poumon industriel de l'Europe.

 

Et puis, en 1957, il y a eu le Traité de Rome. France, Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas. On a commencé à parler de Marché commun, c'était avant tout économique. L'Allemagne n'était encore qu'un nain politique, divisé en deux, la partie occidentale n'étant pas moins inféodée à la pensée capitaliste américaine que la partie orientale ne l'était au dogme communiste. Le Marché commun fonctionnait, facilitait les échanges, on ne s'en plaignait pas, sauf (déjà !) dans le monde paysan.

 

La prétention à une Europe politique n'est venue que beaucoup plus tard. Ni dans les années 70, ni même dans les années 80, mais au début des années 90, dans le sillage immédiat de la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). Sous l'impulsion de Jacques Delors, Président de la Commission européenne, mais aussi avec la puissante volonté d'Helmut Kohl et François Mitterrand. Monnaie unique (votée en 1992, réalisée dix ans plus tard). Extension aux pays d'Europe centrale et orientale. Délégation de compétences nationales vers Bruxelles. Des six pays initiaux de 1957, on est monté à vingt-huit !

 

Ce qui m'a toujours impressionné, dans cette phase d'extension, celle des trente dernières années, c'est la mentalité de "fin de l'Histoire" qu'on essayait à tout prix de nous imposer. Nous avions, dès l'âge de sept ans, appris l'Histoire des peuples, pays par pays, avec leur lente construction, leurs guerres, leurs batailles, leurs souffrances collectives, leurs Traités, leur rapport à la langue, à la culture nationale. Et tout à coup, des esprits éthérés (et franchement peu au parfum des réalités historiques) exigeaient de chacune de ces nations qu'elles fissent, sans attendre, le deuil de tout ce qui les avait constituées !

 

Comment pouvait-on, par exemple, exiger cela d'un pays comme la France ? Mille ans d'Histoire, pour constituer, contre vents et marées, d'abord avec les rois puis (mieux encore) avec la République, cette nation de bronze et d'airain dont Pierre Nora, dans ses "Lieux de Mémoire" (NRF) parle avec tant de pertinence et de talent ? Abdiquer tout cela, le jeter aux orties, en faire le deuil, pour n'être plus qu'une partie dans un tout. Non, la France n'est pas faite pour l'Empire. Elle a justement consacré mille ans de son Histoire à les combattre de toutes ses forces, ces Empires, à commencer par celui des Habsbourg et de la Maison d'Autriche.

 

Aujourd'hui, l'arroseur est arrosé. La fin de l'Histoire, c'est fini. Parce que l'entité nationale, un peu partout, revient. Elle n'est nullement imposée d'en haut, mais réclamée par les peuples et les patriotes, souvent d'ailleurs par les personnes les plus défavorisées. Quand il ne reste plus rien, demeurent la Patrie, la chaleur d'un sentiment d'appartenance, l'émotion d'être engagé dans une communauté nationale. Il n'y a là rien de belliqueux, nulle supériorité par rapport aux voisins, nul rejet de l'Autre, c'est tout au moins la conception que j'en ai. A mes yeux, tous les humains sont égaux, je suis ouvert à toutes leurs cultures, mais cela ne m'empêche pas de commencer par connaître mes racines, mon ancrage, mon environnement premier.

 

La fin de l'Histoire a été une monstrueuse erreur. Une vision intellectuelle, abstraite, désincarnée. Pour construire, ensemble, quelque chose de puissant et de durable, dans ce continent que nous aimons, nous ne devons pas partir de chimères technocratiques, mais de la profondeur de chacune de nos réalités nationales. Nier l'échelon de la nation, vouloir jouer à saute-mouton sur lui, c'est s'exposer, par mouvement de balancier, à la fureur des peuples. C'est exactement cela qui arrive au château de cartes européen, il est en train de s'effondrer.

 

Il nous faut construire l'Europe, oui. Mais autrement. En partant des nations. Sans les abolir. Sans les mépriser. En partant de l'Histoire, donc en commençant par l'étudier. En partant du matériau de la langue, ou plutôt des langues. En plaçant, au coeur de tout, le projet culturel et social. Une Europe qui parle aux âmes et aux consciences. Pas seulement aux chiffres du Commerce extérieur.

 

Pascal Décaillet

 

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05/07/2018

Être contre la libre circulation

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Sur le vif - Jeudi 05.07.18 - 13.34h
 
 
Être contre la libre circulation, ça n'est en aucun cas être partisan de l'immobilité. Encore moins, de la paralysie. Ni de la fermeture des frontières. Ni d'une quelconque animosité envers les nations qui nous entourent.
 
 
Être contre la libre circulation, c'est vouloir, à la place du grand bazar mis en place depuis une quinzaine d'années, une circulation CONTRÔLÉE des personnes, sur le marché du travail. Chaque pays étant totalement souverain de déterminer quels quotas de travailleurs étrangers il entend intégrer dans son économie. Pour les régimes parlementaires, ce seront des décisions du Parlement. Pour les régimes de démocratie directe, comme la Suisse, ce sera bien souvent, in fine, une décision du peuple.
 
 
Être contre la libre circulation n'implique strictement aucun rejet de l'étranger, en tant que tel. Je considère, pour ma part, que chaque être humain de cette terre en vaut un autre, et jamais sous ma plume, vous n'aurez lu une quelconque stigmatisation d'un peuple, ou d'une ethnie, en tant que tels. JAMAIS.
 
 
Simplement, je crois aux nations, et non aux vastes conglomérats abstraits, mis sur pied par de grands théoriciens, peut-être de puissants philosophes, comme paraît-il M. Macron, mais en aucun cas des historiens. Car l'approche historique, concrète et empirique, implique des milliers de lectures pour s'imbiber du trajet, dans la durée, de chaque nation. Il existe une Histoire de la France, une Histoire de l'Allemagne (diablement complexe !), une Histoire de la Suisse (plurielle et passionnante), une Histoire de l'Italie. Il n'existe pas d'Histoire de l'Europe, c'est juste une construction intellectuelle, par des esprits qui s'imaginent avoir dépassé l'Histoire.
 
 
Être contre la libre circulation, c'est revendiquer pour chaque nation, qui s'est forgée elle-même, souvent dans la plus extrême des douleurs, le droit à la souveraineté, le droit à l'indépendance, le droit à l'autodétermination dans la rédaction de ses lois, le droit d'avoir des coutumes et de les défendre. Tout cela, en aucun cas contre les autres nations ; il faut cultiver l'amitié entre les peuples. Mais pour affirmer, chacune d'entre elles, ses valeurs, son existence, la verticalité de sa fierté d'être. Telle est, depuis l'enfance, contre vents et marées, ma conception des nations.
 
 
Inutile de vous dire à quel point la lecture, dans mon jeune âge, des Discours à la Nation allemande de Fichte, prononcés en 1807, dans une Prusse occupée par les armées françaises, a contribué à forger ma conception des nations. Tout comme l'Histoire de la Révolution française de Jules Michelet, et tant d'ouvrages sur les multiples facettes de notre Histoire suisse. Car notre pays, s'il est une Confédération dans son organisation interne, et ce fédéralisme nous est précieux, est bel et bien une nation aux yeux de l'extérieur. Dans les rapports de négociations, c'est ainsi, du moins, qu'il doit se comporter.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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Séguin : l'homme qui avait vu juste

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Sur le vif - Jeudi 05.07.18 - 09.57h
 
 
Rarement, face à l'Histoire, un homme n'aura eu autant raison que Philippe Séguin, ce magnifique gaulliste social et colérique, face à François Mitterrand, alias Dieu, dans leur débat sur le Traité de Maastricht, le 3 septembre 1992, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, devant vingt millions de téléspectateurs.
 
 
Correspondant au Palais fédéral, j'étais moi-même, à cette époque, en train de sillonner la Suisse dans tous les sens, pour couvrir la campagne du 6 décembre, sur l'Espace économique européen. J'avais néanmoins pu voir le débat Séguin-Mitterrand. Passablement subjugué (je le suis depuis 1965) par le second, j'avais néanmoins été impressionné par le courage du premier : oser affronter le Prince, qui avait pour lui la quasi-totalité des médias, plus serviles que jamais.
 
 
Séguin avait été un peu trop poli, à limite de l'onctuosité. Sans doute était-il, lui aussi, en grande émotion à l'idée de s'opposer en public au monarque. Mais il l'avait fait. Il avait plaidé pour la France, l'idée qu'il s'en faisait, il avait exposé sa conception ombrageuse, sourcilleuse, magnifique de l'indépendance de son pays. Et il avait expliqué que cette souveraineté passait par le droit de frapper sa propre monnaie. Et non de s'aligner sur le cours du Deutschemark, car c'était cela l'enjeu !
 
 
C'était l'époque où Mitterrand, sur toute la ligne, se faisait avoir par l'Allemagne. Sur les Balkans. Sur la monnaie unique. Ca n'était plus la beauté de la Réconciliation de Gaulle-Adenauer, ni de l'amitié Schmidt-Giscard, ni même de sa propre main tenue, à Verdun, dans celle d'Helmut Kohl. Non, c'était en train de tourner, de devenir l'acceptation, par la France, d'une Allemagne forte et prédominante, sur la scène européenne. Trois ans seulement après la chute du Mur.
 
 
Dans ce climat d'euro-béatitude, entretenu à grands frais par la propagande Mitterrand, Philippe Séguin avait eu le courage de dire NON. Deux semaines plus tard, la moitié de l'électorat français était avec lui. Une moitié juste trop petite face à... l'autre moitié : Maastricht passait d'extrême justesse.
 
 
Aujourd'hui, je me souviens de Philippe Séguin. Je parlais souvent de lui avec mon ami Pierre-Alexandre Joye, hélas lui aussi disparu. Les souvenirs n'encombrent aucunement nos vies : au contraire, ils leur donnent sens, chaleur et lumière.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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04/07/2018

La Suisse, l'Europe, et la triste jouissance des juristes

 

Sur le vif - Mercredi 04.07.18 - 19.43h

 

Sur les relations CH-UE, le Conseil fédéral a décidé aujourd'hui de... ne rien décider. On demeure flou sur les contours d'un "Accord institutionnel" que personne ne nous a jamais demandé de dessiner. On cherche un front uni dans un marais disparate. On s'invente, au sein du collège, des querelles internes qui n'intéressent que les sémanticiens du bruissement. Le couple Cassis-Berset fait penser à de talentueux duettistes de cirque, ils mettent l'ambiance, attirent l'attention, et on se dit que par cette chaleur, ils pourraient tout autant vendre les glaces à l'entracte.

 

Face à une Union européenne qui se liquéfie, son pays le plus puissant (l'Allemagne) étant en permanente crise politique depuis des mois, et nulle solution continentale n'étant apte à régler les flux migratoires, pourquoi diable la Suisse, qui n'en est pas membre, devrait-elle à tout prix se démener pour un "Accord-cadre", ou un "Accord institutionnel", dont les désespérantes syllabes ne font jouir que la tristesse solitaire de quelques juristes ?

 

L'Union européenne se défait, elle n'a d'ailleurs jamais existé, sinon comme une fiction d'ordre multilatéral, servant de paravent au renouveau, depuis 1989, de la puissance politique allemande. Elle se dilue, s'abolit, le château de cartes s'effondre, et en Suisse, la doxa journalistique du Palais fédéral prend des airs de Vicaires de la Rédemption lorsqu'il s'agit des méandres de "l'Accord-cadre", ou de "l''Accord institutionnel". Comme si le destin de l'Europe, ou celui de la Suisse, dépendaient de ce lionceau de papier, déjà promis à l'oubli, avant même que d'être.

 

L'avenir du continent européen, pour les années qui viennent, c'est le retour des nations. Plus ces dernières sont petites, fragiles, ce qui est le cas de notre pays, plus elles devront défendre avec une inflexible rigueur leurs intérêts supérieurs. En Suisse, nous avons à défendre notre souveraineté, notre démocratie directe, qui nous est si précieuse, la richesse de notre fédéralisme. A quoi j'ajoute sans hésiter notre cohésion sociale, fruit de plusieurs décennies, depuis la Guerre surtout, allez disons depuis l'AVS (1948), de patiente édification de réseaux de solidarité et de mutualité, au bénéfice des plus faibles.

 

Face à cela, la recherche d'un "Accord-cadre", ou d'un "Accord institutionnel" avec une Union européenne promise à l'éclatement et aux lambeaux, chaque citoyenne, chaque citoyen aura à faire son choix. Pour ma part, c'est fait.

 

Pascal Décaillet

 

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Un jour, les digues sauteront

 

Sur le vif - Mercredi 04.07.18 - 07.58h

 

La "Grande Coalition", mise en place depuis quelques mois par Mme Merkel, n'est qu'un vaste capharnaüm, composé d'éléments totalement disparates, n'ayant rien à faire ensemble.

 

La CSU de Seehofer, la CDU et le SPD sont en désaccord profond sur la plupart des grandes questions politiques, à commencer par la gestion des flux migratoires. Cela, nous le relevions ici même, le jour de l'annonce de cet improbable assemblage, de bric et de broc, sans cohérence ni vision commune.

 

De quoi s'agissait-il ? De sauver la peau de Mme Merkel, qui n'arrivait pas à trouver de majorité pour gouverner, et voulait à tout prix fermer les yeux face au seul véritable événement politique des dernières élections, la montée de l'AfD. Alors, on a constitué cet équipage de fortune, juste pour ne pas voir l'essentiel, faire comme si l'AfD n'existait pas, entre gens "convenables". Dans l'intime jouissance de l'entre-soi, on a gesticulé.

 

En Allemagne comme en France, quelques mois, quelques années, de répit pour l'Ancien Monde. On colmate, mais un jour les digues sauteront. Un mouvement puissant est en train de monter en Europe. Il demande des nations souveraines, des frontières protectrices pour les plus faibles, notamment sur le marché du travail, des politiques nationales de protection pour les paysans, une régulation drastique des flux migratoires. Et surtout, la voix des peuples qu'on écoute.

 

On peut fermer les yeux, feindre de ne rien voir, rien n'y changera : un jour ou l'autre, les digues sauteront.

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/07/2018

Alain Berset : les mots justes

 

Sur le vif - Mardi 03.07.18 - 12.38h

 

Alain Berset a eu les mots justes, à l'instant à Berne, en présence du Président iranien, sur le retrait, par les Etats-Unis, de l'Accord nucléaire. Il a condamné ce retrait, et il a très bien fait.

 

Quant à la Suisse, elle entretient avec l'Iran, sur les plans économique et politique, les relations qu'elle veut. Elle n'a d'ordres ni de leçons à recevoir de personne. Surtout pas des États-Unis d'Amérique. Encore moins de leurs alliés, qui poussent à la guerre contre Téhéran.

 

On aimerait que notre ministre des Affaires étrangères, M. Cassis, sache montrer cette indépendance et cette souveraineté, par rapport à tous les groupes de pression, internes et externes, sur la question du Proche-Orient, je dis bien tous.

 

Pascal Décaillet

 

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Le problème s'appelle Angela Merkel

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Sur le vif - Mardi 03.07.18 - 10.24h

 

On voit mal le SPD accepter tel quel, ce soir, l'accord CDU-CSU, donc Merkel-Seehofer, intervenu cette nuit, sur la gestion des flux migratoires.

 

Ce parti, qui fut celui de l'immense Chancelier Willy Brandt (1969-1974), puis de l'excellent Helmut Schmidt (1974-1982), n'est plus que l'ombre de lui-même. Son résultat, aux dernières élections, a été catastrophique : il est comparable à l'effondrement des socialistes français en 2017.

 

Mais voilà, le SPD fait partie de la coalition. Avec la seule CSU bavaroise, Mme Merkel ne peut pas gouverner. Sans cette dernière, donc avec le seul SPD, non plus. C'est ce soir que l'on éprouvera toute la dimension de bricolage de fortune de cette coalition, ce château de cartes tellement fragile, juste édifié pour sauver la peau de la Chancelière, qui accomplit sa législature de trop.

 

Si le SPD accepte le compromis, il sauve la coalition (jusqu'à la prochaine crise, qui ne manquera pas), mais trahit ses idéaux en matière de politique migratoire. Mme Merkel, l'éternelle Sauvée des Eaux, obtiendrait un nouveau sursis.

 

S'il le refuse, il doit quitter une coalition où il n'a, de toute façon, et dès la première heure, strictement rien à faire. Il a lamentablement perdu les élections, n'a même plus la primauté à gauche, on a juste concocté cet assemblage hétéroclite pour conjurer la montée foudroyante de l'AfD.

 

S'il refuse le compromis, mais demeure toute de même dans la coalition, c'est la CSU qui quittera le gouvernement. Et Hosrt Seehofer, plus taureau de Bavière que jamais, deviendra le chef naturel de l'opposition à la Chancelière. Sur le thème qui a toujours été le sien : celui des flux migratoires.

 

Dans tous les cas de figure, éclate au grand jour la forfaiture initiale que fut cette coalition disparate et privée de sens politique, juste là pour sauver une femme qui, désespérément, s'accroche au pouvoir.

 

Le problème no 1 de l'Allemagne, ça n'est ni M. Seehofer, ni le SPD qui ne représente plus rien, c'est Mme Merkel, avec ses bricolages de survie, biscornus et politiquement illisibles. Il est hautement souhaitable qu'elle ne termine pas la législature.

 

Pascal Décaillet

 

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29/06/2018

Sans musique, pas d'Allemagne


 

Sur le vif - Vendredi 29.06.18 - 18.17h

 

Il y a eu un moment, au milieu des années 1770, dans le monde germanophone (les Allemagnes, mais aussi à Vienne), où, tout doucement, contre la mode ambiante, écrasante de convenance, on s'est mis à représenter des opéras dont le livret n'était plus en italien, mais en allemand.

 

Dit comme cela, ça n'a l'air de rien. Mais c'est un tournant considérable. Avec le Sturm und Drang, ce grand mouvement d'art et de pensée qui prend congé de l'Aufklärung (les Lumières) pour redécouvrir les trésors de la langue et de la culture allemandes, c'est quelque chose d'infiniment nouveau qui surgit dans l'Histoire germanique. Quelque de chose de puissant, de comparable à la traduction de la Bible en allemand par Luther, 250 ans plus tôt, en 1522.

 

Vous savez que je travaille beaucoup sur le sujet, qui m'occupe à vrai dire depuis 40 ans. J'en ai déjà dit quelques mots dans certains des 24 épisodes déjà publiés de ma Série Allemagne, en 2015, notamment mon chapitre sur les Frères Grimm : c'est postérieur, mais c'est directement dans le sillage.

 

C'est dans cet esprit, littéraire et musical, historique aussi, que je vous invite à aller voir le Roméo et Juliette de Georg Anton Benda (1722-1795), un Singspiel présenté pour la première fois à Gotha, en Thuringe, le 25 septembre 1776. Ce sera, avec l'Opéra de Chambre de Genève, les 10, 11, 13 et 14 juillet, 20.30h, à l'Alhambra.

 

L'Histoire de la musique allemande est intimement liée à l'Histoire allemande, tout court, de Bach à Hindemith, en passant bien sûr par Beethoven, Brahms, Wagner et Richard Strauss. Et tous les autres. Passionné, depuis bientôt un demi-siècle, d'Histoire allemande, je le suis autant par l'Histoire musicologique, fascinante, du monde germanique. Sans musique, comme une seconde nature, intime et aimante, présente et maternelle, pas d'Allemagne.

 

Pascal Décaillet

 


 

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Bruxelles : l'extase du temps perdu

 

Sur le vif - Vendredi 29.06.18 - 08.04h

 

Le château de cartes chancelant nommé "Union européenne" ne dispose absolument pas des moyens politiques de mettre en œuvre concrètement les puissantes décisions abstraites prises en catastrophe à Bruxelles, sur la gestion des flux migratoires.

 

Nulle politique ne peut venir d'en haut, de l'intellect bricolé d'une cléricature. Elle doit surgir d'en bas. Elle doit remporter l'adhésion des cœurs et des âmes. C'est pour cela qu'il faut écouter la voix des peuples.

 

Le but de Bruxelles n'était pas de trouver une solution à la crise migratoire, mais de sauver la peau de Mme Merkel, qui incarne les plus graves erreurs commises, il y a trois ans, dans ce domaine. Elle a, pour longtemps, hypothéqué le destin de l'Allemagne, en jouant avec la cohésion sociale du pays.

 

Alors, les vassaux, à Bruxelles, ont goupillé une solution de fortune, purement intellectuelle et abstraite, pour donner un répit à leur suzeraine de Saint-Empire.

 

C'est du temps perdu. Laisser Mme Merkel au pouvoir, c'est du temps perdu. Avoir élu M. Macron en 2017, c'est du temps perdu, juste cinq ans de répit pour l'Ancien Monde. On bricole des expédients de fortune pour se sauver soi-même, sauver un château de cartes promis à l'effondrement.

 

Il eût été plus simple de tenir cette conférence à Munich.

 

Pascal Décaillet

 

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28/06/2018

Malheur aux Gueux sédentaires !

 

Sur le vif - Jeudi 28.06.18 - 07.53h

 

Les propos d'Ignazio Cassis sur les mesures d'accompagnement auront pour conséquence d'entraîner une partie de la gauche suisse dans le camp des opposants à la libre circulation.

 

Pour ma part, je n'ai JAMAIS compris comment la gauche pouvait être favorable à ce grand bazar échangiste, destructeur de cohésion sociale à l'intérieur des nations constituées par l'Histoire, ayant construit patiemment leurs réseaux de solidarité interne, leurs services publics, leurs appareils législatifs de protection des plus faibles. Et tout à coup, en laissant déferler des masses externes, on saccage ces équilibres, déjà si fragiles !

 

Prenez un magasin de philatélie, par un jour de bise noire. Ouvrez les fenêtres, juste pour voir. L'effet sera le même.

 

Pour une partie de la gauche, la grande illusion d'une fraternité mondialisée existe encore. On y sublime l'altérité. Plus vous venez d'ailleurs, plus vous aurez grâce à leurs yeux. Malheur aux Gueux sédentaires, dont les ancêtres, pendant des siècles, ont fait vivre nos cantons et notre pays. Les vertus suprêmes de "mixité" et de "métissage" n'auront ni l'heur, ni la grâce, d'illuminer leur blason.

 

Un grand merci à M. Cassis, s'il peut, à son corps défendant, ouvrir les yeux de cette gauche, et l'exorciser de son extase mondialiste. La ramener sur le seul terrain qui vaille : celui du combat pour la solidarité, non dans une béatitude planétaire, mais nation par nation.

 

Pascal Décaillet

 

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27/06/2018

Cela s'appelle la politique

 

Sur le vif - Mercredi 27.06.18 - 08.08h

 

La préférence indigène entre en vigueur en Suisse dans quatre jours. Il y a encore quelques années, elle était une option inimaginable dans notre pays. Nous n'étions que quelques-uns, au niveau cantonal et national, à en défendre l'idée.

 

Le dogme libéral et libre-échangiste régnait en maître absolu. Il régentait les consciences, formatait les éditorialistes. Il fallait à tout prix que le marché du travail fût ouvert, sans entraves, à tous, pour légitimer le principe sacré de libre circulation des personnes, réputé sanctifiant pour la vitalité de notre économie. Le libre-échangisme était devenu l'opium des élites mondialisées.

 

Le résultat, on l'a vu : les bénéfices de ce grand casino des personnes et des biens n'ont profité qu'à une minorité, notamment dans le sacro-saint commerce extérieur, sur l'autel duquel on a strangulé notre monnaie. Cette prospérité n'a pas été répartie sur l'ensemble du tissu social de notre pays. Des patrons ont pratiqué la sous-enchère, avec une main d'œuvre étrangère peu regardante sur les salaires. On a trop souvent oublié les demandeurs d'emploi qui résidaient déjà dans notre pays. On a laissé mourir notre agriculture.

 

Ce libéralisme du profit immédiat est une impasse. On commence enfin à s'en rendre compte ! Il est temps de revenir à l'économie au service de l'humain. Ca passe par des communautés nationales définies, délimitées par des frontières protectrices pour les plus faibles. Avec des lois, démocratiquement votées. Des peuples qu'on écoute. Des souffrances sociales dont on tient compte. Cela porte un très beau nom, lorsqu'il échappe à la combinazione des partis et aux basses manœuvres des ambitions individuelles : cela s'appelle la politique.

 

Pascal Décaillet

 

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25/06/2018

Le grand bazar cosmopolite

 

Sur le vif - Dimanche 25.06.18 - 08.24

 

Le libre-échangisme commercial, tel qu'il prévaut depuis vingt-cinq ans en Europe, n'est en aucun cas une fatalité. Ni, comme on nous l'assène à coups de massue, la voie naturelle vers une prospérité étendue et partagée.

 

Tout cela, c'est l'appareil lexical de la propagande ultra-libérale, sa liturgie. En vérité, la philosophie du libre-échange est un choix politique très précis. Le génie de ses partisans est de nous l'avoir administré comme un dogme.

 

Les dogmes ne sont pas morts. Au 19ème siècle, on en proclamait sur l'infaillibilité du Pape, ou sur l'Immaculée Conception. Aujourd'hui, on édicte et propage le dogme de l'infaillibilité du libre-échange. On prend une position économique, et on nous l'impose comme la seule voie possible. Cela, depuis le 9 novembre 1989, la chute du Mur de Berlin.

 

Le libre-échangisme est un choix, bien précis. Il a un dieu : la Marché. Il a un Veau d'or : la libre concurrence internationale. Il sublime le commerce extérieur, affame l'agriculteur, abolit les réglementations douanières qui, jusque là, protégeaient justement les plus faibles, les plus déshérités.

 

Le libre-échangisme sanctifie la transaction financière, l'exonère de tout contrôle d'Etat, accentue les inégalités, dissout la mission régulatrice des nations. Il construit un grand bazar cosmopolite, où l'usure est souveraine, la spéculation impunie. Les marchands ont repris le contrôle du Temple.

 

Le libre-échangisme se rit des peuples, des Etats, des nations. Les repères politiques, ceux de la mémoire et des émotions partagées, ne l'intéressent pas. On spécule sur une marchandise, on en dilue les traces, on la fait circuler au plus offrant, sans entraves.

 

Et avec la marchandise, on fait circuler les hommes et les femmes. On abat les frontières, on laisse déferler les masses sur des communautés humaines organisées depuis des siècles, avec des règles, des protections sociales conquises de haute lutte, au service des plus faibles. La fragilité de leurs équilibres, on la saccage. On la piétine.

 

Ces édifices de solidarité sociale, de mutualité, qui faisaient la fierté de nos pays, on les ratiboise. Il faut laisser la place au grand marché cosmopolite, la nouvelle religion. Universelle, apostolique.

 

Le libre-échangisme ne relève ni du hasard, ni de l'inéluctable. Mais d'un choix politique, parfaitement précis, traçable, identifiable. Il pourra donc être détruit, le jour venu, par la masse supérieure d'un choix contraire. Celui qui, sans abolir l'échange ni l'ouverture, rétablit comme unité de base la notion de communauté nationale. Avec, à l'intérieur de cette dernière, la cohésion sociale, l'attention aux plus faibles, la solidarité. Toutes ces valeurs que le Marché sanctifié tente, avec une inouïe vulgarité, de nous faucher.

 

Pascal Décaillet

 

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23/06/2018

La vieille ficelle de l'homme nouveau

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Sur le vif - Samedi 23.06.18 - 10.46h

 

L'immense escroquerie de Macron, lors de la présidentielle 2017, a été de nous sortir la vieille ficelle de "l'homme nouveau". Comme Giscard, en 1974, avec sa "société libérale avancée".

 

Pour qui sait lire la politique, pour qui s'est frotté à l'Histoire, il ne saurait exister d'hommes nouveaux. Tout politicien, même jeune, même flamboyant, recèle en lui les archétypes de la captation du pouvoir. C'est dans Plutarque, dont je vous recommande absolument la lecture (Pléiade). C'est dans Shakespeare, notamment "Jules César". C'est Kennedy, en 60. C'est Giscard en 74. Et c'est Macron, en 2017.

 

Le discours sur "l'homme nouveau" est tellement vieux en politique qu'il résume en lui l'éternité de l'archaïsme. Rien de plus éculé que la modernité.

 

La vérité, c'est que Macron entre, comme tous les autres, dans des typologies parfaitement identifiables, pour qui a consacré une partie de sa vie à les étudier.

 

Économiquement, c'est un libéral, tradition Tardieu et un peu Giscard. C'est un libre-échangiste, proche d'une école anglo-saxonne peu répandue en France. Il y en eut quelques-uns, sous le Second Empire, puis vers le milieu de l’Entre-deux-guerres.

 

Dans les rapports avec l'Europe, c'est un MRP, entendez un démocrate-chrétien français de la Quatrième République, on pense à des hommes comme Schuman ou Pleven. À certains égards, Jacques Delors.

 

Dans le rapport aux choses de l'Argent et à la majesté de sa posture, c'est un orléaniste. La branche cousine des Bourbons, celle qui fit des affaires, ou encouragea qu'on en fît.

 

Tout cela, toute cette configuration qui finit bien par affleurer, relève d'options que Macron a totalement le droit d'embrasser. Simplement, il n'est pas un homme nouveau. Il incarne les feux de l'Ancien Monde. Ses choix, dans la géographie et la géométrie politiques, sont repérables, traçables, identifiables.

 

Il n'existe jamais d'hommes nouveaux. Juste des hommes plus jeunes, qui prennent leur place sur l'échiquier. Pour nous rejouer l'ancestrale noirceur du pouvoir. Dans cette partition, toujours recommencée comme une suite de Bach, rien ne change, jamais.

 

Pascal Décaillet

 

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22/06/2018

Macron, conservateur de l'Ordre libéral

 

Sur le vif - Vendredi 22.06.18 - 14.53h

 

Très vite, dans la campagne présidentielle de 2017, il m'est apparu que le concept de nouveauté, dont se targuait tant le candidat Macron, n'était qu'une apparence. Cet homme n'est ni un révolutionnaire, ni même un novateur. Au contraire, il a été le candidat de la conservation de l'Ordre libéral. Le candidat de l'Ancien Monde.

 

Dans la campagne, il a joué sur quoi ? Son aisance, sa jeunesse, sa belle allure, toutes choses que nul ne lui conteste. Il est tombé au meilleur moment, celui où tous les appareils qui avaient régi la Cinquième République se suicidaient allègrement sous ses yeux : les gaullistes et les socialistes, au premier chef. Mieux : sa rivale du second tour s'est, elle aussi, suicidée face à lui, lors du débat, où elle été simplement calamiteuse.

 

Un homme, beau et souriant, moderne, au milieu des décombres et des suicides. Oui, il a pulvérisé tout le monde, c'est assurément très bien joué. Mais qu'il ne vienne pas se présenter comme le Président du changement.

 

Face à une Union européenne en ruines, totalement incapable de donner une réponse à la pression des flux migratoires, Macron continue de s'en tenir aux paradigmes des années 1990, à l'époque de Jacques Delors et de l'européanisme triomphant. Il ne voit pas - ou feint d'ignorer - le retour des nations. Il a, dit-on, une solide formation philosophique : il aurait mieux fait de lire des livres d'Histoire, nation par nation, c'est plus concret pour le préparer à un job comme le sien.

 

Face à une Italie qui réaffirme l'échelon national et marque sa volonté de contrôler drastiquement les flux migratoires, il a commencé par insulter le nouveau gouvernement, en lui brandissant des poncifs moraux : catastrophique posture du Président-philosophe face à un pays qui fait ce qu'il peut dans la gestion du réel.

 

Face à l'Allemagne, il continue de croire en Mme Merkel, personnage du passé, figure dépassée par une crise migratoire à laquelle elle n'a pas su donner les bonnes réponses.

 

Le Président Macron est un homme du passé. Un défenseur de la vision multilatérale des rapports entre les nations. Un tenant de l'Ordre libéral, et surtout libre-échangiste, qui étouffe l'Europe et une partie du monde depuis trois décennies. Un orléaniste, charmant et souriant, présentant bien, faisant bonne figure. Sur le fond, un démanteleur de services publics, un conservateur des acquis pour les nantis. Un libéral. La France méritait une autre vision. Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde. Cinq ans de perdus.

 

Pascal Décaillet

 

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