23/05/2011

Le Cercle des Trois

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 23.05.11

 

C’est l’histoire d’une fiancée qui se rend à reculons sur l’autel des noces. Revêche. Flétrie. Et son promis aussi, ivre-mort d’enterrer sa vie de garçon. Rien à foutre de cette union, ni l’un ni l’autre, ils s’y pointent juste pour la forme. Ce sont les libéraux et les radicaux genevois. La tragi-comédie se joue à Troinex, demain soir. Ambiance garantie.

 

Dernier coup bas : Pierre Maudet prend froid, le Matin dimanche, comme d’habitude, éternue. Sous la plume d’une consœur d’ordinaire mieux inspirée, le Gala orangé nous démolit l’actuel président des libéraux, Cyril Aellen : témoignages anonymes à charge, stratégie qualifiée de « foireuse », FKB décrite comme ayant atteint « les fins fonds du classement », alors qu’elle est sixième. Bref, de la pure et simple désinformation. Manipulée par qui ?

 

Pierre Maudet, ces derniers mois, n’a eu qu’une stratégie : sauver sa propre peau, au détriment de la droite genevoise. Il a réussi, et maintenant, avec l’aide d’un conseiller d’Etat et de sa Garde Noire, il entend purger les opposants, noyauter les libéraux, régenter le tout par un putsch de grenadiers. Le parti radical genevois, tout le monde le sait, n’est pas dirigé à Versoix, mais par le Cercle des Trois. Tout le monde le sait, très peu le disent. Moi, si. C’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

PS - Ceci est ma dernière chronique publiée dans la Tribune de Genève, après cinquante mois de collaboration.

 

 

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02/05/2011

Simon de Cyrène

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 02.05.11

 

Bien sûr, Rome est un cirque et ce cirque est maxime. Bien sûr, il y a l’éternité de Cinecitta, la constante mise en scène de cette ville unique, le front audacieux des palais, le grand Du Bellay en avait très vite souffert. Bien sûr, une béatification est un show, une piqûre de rappel, « de propaganda fide », trop de faste, trop de télés, c’est Kate et William version Vatican. Catholique, je préfère la sobriété de Cluny. Ou Cîteaux. Ou la solitude d’une madone, au fond d’une chapelle de montagne. En Entremont.

 

Mais l’essentiel, hier à Rome, c’était la mémoire de cet homme-là. Dire qu’il m’a marqué est un bien faible mot. Le christianisme, non par les grands mots, mais par l’exemple. Un être seul, mais au cœur du monde, dans l’acuité de sa souffrance. Karol Wojtyla, c’était une solitude et une résistance. Un homme sur le chemin, dont les dernières années furent de croix, comme tant d’entre nous, face à la maladie, parfois l’abandon. Souffrance au cœur des souffrances. Avec elles. Juste Simon de Cyrène, qui aide à porter. C’est tout.

 

Alors voilà, il est mort il y a six ans, et je resterai simplement fier d’avoir été, quelque part dans la masse du monde, son contemporain. Au-delà de la foi qui est chose privée, et dont je suis d’ailleurs incapable de parler, il y avait la lumière d’un exemple. Le sien. Pas la Lumière blafarde, avec un grand L. Non, juste le lumignon. Auprès de la madone. Celle qui nous sourit.

 

Pascal Décaillet

 

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18/04/2011

Gorge sèche

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 18.04.11

 

La toute petite fille n’attend plus que le signal. Assise, droite, sur le tabouret, l’extrémité des doigts en apesanteur sur le clavier du piano à queue. Pas un souffle. Prête à attaquer. Sur un signe de Pascal Chenu, elle se lance. Dans toutes les auditions du monde, tous les oraux, toutes les émissions en direct, il y a toujours, juste avant, ce vertige de l’angoisse.

 

Passer l’oral. Commenter un passage de Phèdre, la scène de l’aveu, « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue… ». Gorge sèche, jusqu’à la douleur. Serrée. Prête à tout donner. Séduire, convaincre. Partager. La toute petite fille fut fort bonne, vendredi en fin d’après-midi, dans la Salle de répétition de Jaques-Dalcroze. D’autres, comme un garçon prénommé Renaud, éblouissants. S’offrir à la critique. Oser.

 

Celui qui, avant de prendre l’antenne, commenter Rimbaud ou déclarer sa flamme, n’est pas brûlé par la lame surchauffée de la peur, ne sera pas bon. Rite initiatique, oui. Où se jouent fermeture, ouverture, désir et panique, mort et naissance. Il faut passer par là. L’oral, ou l’audition, ou l’entrée en scène, n’ont rien à voir avec l’écrit. Ils sont d’un autre ordre, d’une autre brûlure, d’une autre jouissance. Il faut être un peu fou pour aimer ça. Singulièrement tourné. Entre l’herbe douce et la braise, toujours préférer fouler la seconde. Pour le bonheur du cri.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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11/04/2011

La Sainte Messe

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 11.04.11

 

Ils peuvent se regarder dans la glace, en héros, les gens de la Soupe : à six, à sept, pendant une heure et demie, ils se sont acharnés sur Céline Amaudruz. Face à la mitraille, la jeune présidente de l’UDC genevoise n’a strictement jamais pu commencer une phrase. La durée de vie de sa prise de parole devait être en moyenne de trois secondes, avant de se faire interrompre.

 

Depuis des années, la Soupe est une machine de guerre anti-UDC. Des orgues de Staline, militantes, orientées, dénuées du moindre humour, juste tirer, dans le même sens, toujours. Et au plus haut niveau de la SSR, on ne dit rien. On laisse faire. Soit de l’incompétence crasse, soit une silencieuse complicité, venant des mêmes qui ont refait l’émission Arena pour qu’elle soit moins polarisée. Dans les deux cas, c’est un scandale.

 

Certes, Céline Amaudruz parlait trop vite, respirait à contresens. Mais la violence d’un tel acharnement, on n’en a jamais vu le centième lorsqu’il s’agissait, au Salon du Livre, de recevoir le copain Robert Cramer. Ou lorsqu’on a, face à soi, un Luc Recordon, un Pierre Maudet ou un Dick Marty. Le sénateur tessinois, c’est religieusement qu’on l’a écouté. Parce qu’il représente le Bien. La Morale. Deux poids, deux mesures. Sous le couvert de l’humour, la militance la plus engagée. Flütsch a gagné : même quand il n’est pas là, la bonne parole irradie la Sainte Messe du dimanche.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/04/2011

La puce à l’oreille

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 04.04.11

 

Il y a des mots qui ne veulent rien dire. Par exemple : « Alternative ». Alternance à quoi ? A soi-même, vingt ans aux affaires, désespérément. Ou encore : « Entente ». Oui, ils ont osé garder cette étiquette, alors qu’il n’y a plus, dans la ville de Saussure, ni émetteur, ni récepteur, ni d’ailleurs message. Il n’y a plus ni puce à l’oreille, ni même l’éblouissant bruissement du silence.

 

Pourquoi ne dit-on pas : « la gauche, la droite » ? Ces mots font-ils peur ? En a-t-on honte ? Les politiques d’aujourd’hui  sont-ils trop incultes pour avoir entendu parler de la percée de la Montagne, au printemps 1793 ? N’ont-ils jamais lu Michelet ? Sont-ils trop Verts pour avoir une Histoire ? Trop rose pâle pour avoir entendu parler de Jaurès ? Qui sont-ils, ces libéraux qui n’ont jamais ouvert Tocqueville, ces radicaux ignorants de Fazy, ces PDC incapables de disserter sur Léon XIII, ou le Sillon ?

 

N’y a-t-il plus, à Genève, que Salika Wenger, François Longchamp ou Pierre Maudet avec qui on puisse encore avoir une conversation « de racines » sur l’Histoire des idées ? Ou Pierre Weiss ? Ou Olivier Meuwly ? Ou Philippe Bender, en Valais ? Ce qui tue le crédit du politique, c’est l’inculture de trop de personnages politiques sur la puissance de leurs propres origines. Comment voulez-vous, dans ces conditions de vide référentiel, qu’ils parviennent à nous convaincre ?

 

Pascal Décaillet

 

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28/03/2011

La corde, l’éclusier

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 28.03.11

 

Entre les Bulletins de la Grande Armée, où Bonaparte, d’Italie, faisait savoir à quel point il était génial, et l’inventaire du matériel remis à l’arsenal le dernier vendredi d’un cours de répétition de l’armée suisse, il y un océan qui s’appelle le style. Ou le souffle. D’un côté, la puissance d’une idée. De l’autre, la désespérance de l’énumération, quelque chose comme les notes testamentaires d’un éclusier, sur le point de se pendre. Pour d’étranges raisons, c’est ce dernier mode que le Conseil d’Etat genevois choisit, de plus en plus, pour la rédaction de ses communiqués hebdomadaires.

 

Qu’il pleuve ou qu’il vente, que Tripoli s’embrase, que le Japon disparaisse de la carte, le Conseil d’Etat communique le jeudi. Un monceau de nouvelles sèches, sans mise en perspective, juste alignées, sans la moindre hiérarchie, la première annonce étant souvent la plus insignifiante.

 

Morne catalogue, d’où n’émerge nulle vision, nulle ambition, nulle priorité. Juste la juxtaposition des actes administratifs de sept Départements. Gouverner, ça n’est pas cela. Communiquer, ça n’est pas cela. On a juste l’impression que chaque ministre vivote dans son coin, a passé avec les six autres le pacte de ne pas trop s’emmerder mutuellement. Le règne, souverain, de la barbichette. Je te tiens, tu me tiens. Et le souffle de l’Histoire, ce sera pour une autre vie.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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21/03/2011

Le risque de déplaire

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 21.03.11

 

Pour se la couler douce, sans trop d’emmerdes, dans le monde éditorial genevois, il faut quoi ? Etre avec le pouvoir. Si votre ligne épouse, cahin-caha, celle du centre-droit gouvernemental, ou alors celle des Verts, bref la transversalité triomphante qui régit Genève, vous n’aurez jamais aucun problème. Il faut être, au fond, puissamment centriste, plutôt gauche ou plutôt droite, mais le dogme du Centre comme pivot ne doit pas être transgressé. C’est une forme de dictature du raisonnable. A l’Equerre et au Compas.

 

Si, au contraire, la représentation du monde qui est la vôtre, un quart de siècle de journalisme politique, l’univers de vos lectures, et près de quarante ans de passion pour l’Histoire, vous amènent, pour ce qui vous apparaît comme l’intérêt supérieur du pays, à déplacer un peu le curseur vers l’un des pôles, alors la bien pensance vous tombera dessus. Tel conseiller d’Etat, par spadassins interposés, vous attaquera. Tel patricien fatigué, doué pour la plume comme moi pour l’acrobatie de cirque, vous vomira ses aigreurs. Le microcosme sécrète ses vengeances. Petitement.

 

Prendre la plume, c’est pendre un risque. Celui de déplaire. Avoir des ennemis. Le chroniqueur, l’éditorialiste qui, par peur du conflit, ou pour ménager quelque sirupeuse amitié de cocktail, se dérobera à cette nécessité du risque, a rendez-vous avec l’inexistence. C’est son choix. Pas le mien.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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14/03/2011

Vive la politique

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 14.03.11

 

Depuis hier après-midi, voire tard dans la soirée, ils sont un peu plus de mille, dans les 45 communes du canton, qui vont siéger, pour quatre ans, dans des législatifs communaux. Dans cette chronique, je veux leur rendre hommage. A eux, mais aussi aux candidats non-élus, mais qui se sont battus.

 

Hommage, parce que la politique, c’est la vie. Et ça n’est pas toujours drôle, et ce sont d’interminables soirées à siéger, sur des sujets souvent austères, mais qui concernent le bien commun. Rien de plus détestable que le rejet du politique, au nom du prétendu primat de l’économie, ou sous le pitoyable slogan du « tous pourris ».

 

Rien de moins défendable que l’abstention : les trois citoyens sur cinq qui n’ont pas voté n’auront strictement aucun droit à se plaindre, dans les quatre ans qui viennent. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’on n’est pas informé : les journaux (dont la Tribune de Genève), ont multiplié les pages électorales, les radios et TV, privées notamment, comme Radio Cité, One FM, Léman Bleu et d’autres encore, n’ont jamais organisé autant de débats que cette année.

 

Ceux qui sont fatigués de la politique, eh bien qu’ils aillent dormir. De gauche ou de droite, hommes ou femmes, plus de mille élus communaux vont empoigner les dossiers. Bravo à eux de s’engager, et surtout merci.

 

Pascal Décaillet

 

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07/03/2011

Tartare pour Barbares

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 07.03.11

 

Ecrivain suisse résidant dans un petit village de France, Daniel de Roulet est un peu le Don Quichotte de nos Lettres romandes, à cela près qu’il a remplacé les moulins par des chalets. Il est le Chaïm Nissim du lance-roquettes : mais chez lui, pas de centrale nucléaire. Juste des chalets.

 

Uli Windisch a-t-il une tête de chalet ? Quelle archaïque violence barbare a-t-il réveillée chez Dany ? A en juger par la dernière édition de « Tard pour Bar », c’en était au-delà de la caricature : à peine Uli prend-il la parole que Dany le coupe. L’inquisitionne. Le met en demeure. « Êtes-vous, oui ou non, UDC, M. Windisch ? », sur le mode des commissions sénatoriales du regretté McCarthy.

 

Caricature de procès d’intention. « On sait bien que les droits de l’homme ne sont pas votre préoccupation ». Bref, sur le mode du lance-roquets, Dany marque Uli à la culotte, mordille, griffe, égratigne. Et au fond, de façon inespérée pour le sociologue, donne raison à ses thèses sur l’intolérance d’une certaine pensée unique de gauche face à tout ce qui dévie. Uli aurait payé Dany pour tenir ce rôle, il n’en eût pas été mieux.

 

Cela prouve deux choses. Un, qu’il urge de fédérer, quelque part, ce qui ne suinte pas l’uniformité. Deuxio, réhabiliter rapidos la seule question qui vaille, ici-bas, inspirée comme la troublante verticalité de l’alpage : « Ca va, le chalet ? ».

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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28/02/2011

Hic et nunc

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 28.02.11

 

Le latin. Des centaines d’heures, dès l’âge de 12 ans, sur la matière du langage. Une réflexion sur la construction de la phrase, les rapports entre les mots. La découverte de l’origine d’une immense quantité de vocables français, l’évolution de leur sens à travers les âges. Des outils utiles pour tant d’autres langues.

 

Défendre le latin, ça n’est pas s’accrocher au passé. C’est lutter pour une certaine conception de l’enseignement, où prof et élèves, à mille lieues des béatitudes globales, s’interrogent sur l’organisation des mots dans la phrase. Au début, comme la musique, c’est plutôt rugueux. Les premiers chemins sont caillouteux, avec le temps ils s’adoucissent.

 

La possibilité de tenter cette aventure doit être offerte à tous. Elle doit le demeurer dès la première année de l’école secondaire, l’actuelle 7ème. Le latin n’est pas un luxe pour une élite sociale, ne doit surtout pas l’être. La force, la grandeur de l’école républicaine, c’est justement de donner à tous une chance de s’élever vers des sphères insoupçonnées. Le latin en est l’un des moyens, parmi d’autres.

 

Le latin n’appartient pas aux seuls latinistes. Il vaut mieux que la triste solitude des salons bourgeois. Il est une part de nous-mêmes. Il a contribué à nous façonner. Il compte pour beaucoup dans notre bagage génétique. Il n’y a, en lui, rien d’archaïque. Il est présence. Hic et nunc.


Pascal Décaillet

 

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21/02/2011

Figaro ? – La barbe !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 21.02.11



Ils sont bien obédients, mes jeunes confrères, avec le pouvoir en place, dans l’affaire de la police. Et jusqu’à la chronique orangée, hier, de mon ami Rothenbuehler, qui semble juger de si haut et de si loin. A des années-lumière du terrain. A les entendre, Isabel Rochat aurait tout juste, les flics tout faux. Je ne partage absolument pas ce point de vue.

Les policiers, simplement, je les écoute. Depuis un an, on leur balance des noms de code, on les rase avec Figaro, on les illumine avec Phénix, on leur balance des incantations surgies d’un grimoire. Les délinquants, tout au mieux, on les déplace : d’un quartier l’autre, ils émigrent. La réorganisation de la police, qui est un bordel notoire, on la camoufle en Chanson du Mal Aimé, le crime s’en vient, le crime revient, demeure le Phénix qui « s’il meurt un soir, le matin voit sa renaissance ».

Quand on sollicite la parole ministérielle pour désherber un peu ce jargon marketing, on obtient quoi ? « Zustand », « Sollzustand », « processus itératif », bref le charabia d’un souffleur (qui ?), répété sans donner l’impression d’avoir été compris. En politique, c’est l’élu qui doit inventer les mots, et les fonctionnaires qui doivent suivre. Là, c’est le contraire. Face à cette illisibilité du message, le mal-être des flics genevois est parfaitement compréhensible.

Pascal Décaillet


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14/02/2011

Forces de nuisance

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 14.02.11


 

A une faible majorité de 53%, les Genevois ont donc dit non à l’amnistie fiscale. C’était le projet de toute la droite. C’était, aussi, celui du Parlement. Le président radical du Conseil d’Etat, l’an dernier, s’y était, pour d’insondables raisons, opposé. Olivier Jornot parlait hier de « trahison ». Merci, Monsieur l’ex-président.

 

******

 

A une écrasante majorité, samedi à Zurich, les délégués du PLR ont adopté le coup de barre à droite en matière migratoire. Sanctifiée par la presse romande, une poignée « d’humanistes » s’est fait totalement minoriser. Mais on a continué à ne donner la parole qu'aux « humanistes ». Les autres, on ne veut pas les entendre. Merci, les humanistes.

 

*****

 

Au terme d’une excellente législature au National, le libéral Christian Lüscher se porte candidat aux Etats, histoire de reconquérir, pour la droite, au moins l’un des deux sièges détenus par la gauche. Au plus haut niveau du parti radical genevois, qui n’est pas celui de la présidence mais des deux magistrats élus, on s’y oppose férocement. Et on lance ainsi la machine à perdre. Mme Maury Pasquier et M. Cramer ont ainsi de belles années devant eux. Merci, Messieurs du plus haut niveau. Et bonne chance pour la fusion : torpillée par les égos, elle bat tellement de l’aile que plus personne n’y croit.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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07/02/2011

L’arrière-pays

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 07.02.11

 

Il s’appelle Emmanuel Kilchenmann, 30 ans, juriste, économiste, Fribourgeois, vaste culture, il est démocrate-chrétien et il sait exactement pourquoi. L’un des rarissimes, hélas, en Suisse, il est capable de vous parler de « Rerum Novarum », l’encyclique de Léon XIII qui jette, en 1891, les bases de la Doctrine sociale de l’Eglise. Il vous parle de Sangnier et du Sillon, de Mounier, de la revue Esprit. Un jeune homme avec de l’arrière-pays. Bonheur.

 

Au nom de quelle futilité les politiques, aujourd’hui, ont-ils si peu à dire sur les fondements théoriques et philosophiques de leurs partis ? Ils veulent être dans le monde, au sens de Pascal, mais leur mondaine horizontalité de cocktail, le tutoiement généralisé, la gluante et insidieuse toile des réseaux sociaux, font qu’au final ils se ressemblent tous. A quand l’homme vertical, celui qui se singularise, ne cherche pas à se faire aimer, cherche le duel. A quand Cyrano, avec ses « Non, merci » ?

 

Kilchenmann, lui, ira loin. Grenadier, capitaine, il ira loin tout simplement parce qu’il sait d’où il vient. Parce qu’il a des racines, il portera des floraisons. Il se fera des ennemis, se frottera, multipliera les cicatrices. Mais il aura au moins vécu. Debout. Au milieu des armes et des livres. Les seules choses qui vaillent, au fond. Avec la solitude, la musique, l’amour et la prière. Les sourires de cocktails, on s’en fout.

 

Pascal Décaillet

 

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31/01/2011

La sardine de l’Algarve

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 31.01.11

 

 

Christian Lüscher s’est lancé, il a devancé tout le monde, il dit qu’il est le seul à pouvoir gagner, et il a raison. Si quelqu’un, dans la famille de droite, est capable de ravir à la gauche l’un des deux sièges des Etats, c’est lui. Et sans doute lui seul.

 

On pouvait douter, il y a quatre ans, des chances de réussite à Berne de ce Golden Boy de la politique genevoise. Mais sous la Coupole, là où tant d’autres s’éteignent, il s’est révélé. En matière financière, fiscale, ses positions sont claires, identifiables. A mille lieues des levantines, et finalement inaudibles, nuances d’un Fulvio Pelli. Ou de l’obsession monothématique de certains radicaux sur la laïcité.

 

Il a même assuré ses arrières. Il obtient déjà le soutien de Christophe Darbellay, ce qui pourrait faire tiquer le PDC genevois, en l’espèce grillé comme une sardine de l’Algarve. Il inaugure une campagne de « droite élargie », seule recette de victoire, à Genève, pour une Entente ne rassemblant que deux électeurs sur cinq.

 

« Droite élargie », cela fait peur à qui ? Mais à la gauche, pardi ! Qui nous ressort toute la vieille batterie poussiéreuse de leçons de morale, l’Allemagne de fin 1932 par ci, Thomas Mann par là, et les âmes qu’on vend au diable, et le Dr Faust, et Méphisto. Et plus elle parle, la gauche, pour faire la morale, plus elle donne raison à la droite de « s’élargir ».

 

Pascal Décaillet

 

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24/01/2011

La marge, les gueux

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 24.01.11

 

Qui détient le pouvoir exécutif à Genève ? Réponse : cinq partis acoquinés, n’ayant aucun rapport entre eux, un grand écart allant des libéraux aux socialistes, juste un équipage de fortune, jeté là par le hasard et l’opportunisme de se partager postes et prébendes.

 

Ce pouvoir, qui en est écarté ? Réponse : la gauche de la gauche (près de 14% d’un électorat hélas pour lui divisé), le MCG, l’UDC. Près de deux Genevois sur cinq. Il y a donc, d’un côté, les détenteurs d’un pouvoir, que nous nommerons « les transversaux », s’épargnant plus qu’ils ne se combattent, se félicitant de se cirer mutuellement les pompes dans les cocktails. De l’autre, la marge, que nous nommerons « opposition ».

 

Etrange système : avec 17 sièges au Parlement, Eric Stauffer n’est pas conseiller d’Etat. Avec seulement 11, François Longchamp l’est. Il l’est comment ? Mais par alliances, pardi, en s’appuyant sur d’autres. C’est, ma foi, le jeu, dans la règle actuelle.

 

Ce qui choque, ça n’est pas que les transversaux gouvernent. C’est la hargne, l’arrogance, la morgue avec laquelle certains d’entre eux traitent les gueux de la marge. Ils voudraient tellement pouvoir régler leurs petites affaires entre eux. Faire taire. Censurer. Il n’est pas certain que ce soit là le vœu de la population. Elle aura, sous peu, l’occasion de le montrer.

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2011

Jouvencelle candeur

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 17.01.11

 

Le départ de Martine Brunschwig Graf, à la fin de la législature, fragilise une délégation genevoise dont elle est, avec son collègue libéral Christian Luscher, mais aussi le socialiste Carlo Sommaruga, l’une des personnalités compétentes et influentes. Un tout petit cru, ce « Onze genevois » 2007-2011, à mille lieues, par exemple, d’une députation fribourgeoise hors normes, avec ses Berset, ses Schwaller, ses Rime et ses Levrat.

 

A Berne, il faut envoyer des politiciens, pas des compassionnels. Ni des rêveurs. Il faut choisir des gens ayant, depuis des années, montré quelque intérêt pour ce qui se passe au-delà de la Versoix. Des gens avec une vision suisse, un sens du pays, de son Histoire, la connaissance d’au moins une autre langue nationale, ne tombant pas des nues quand on leur parle de 1798, 1848, ou 1919. Toutes ces conditions, MBG les remplissait. Elle aura, pendant huit ans, utilement servi la Suisse, sous la Coupole.

 

Puisse la délégation 2011-2015 nous épargner l’impression d’amateurisme, ou de jouvencelle candeur, donnée aujourd’hui par certains, de gauche comme de droite. Le Conseil national n’est pas un club de copains sympas, ni de foot. C’est l’un des organes majeurs de notre Confédération. Il y faut les plus compétents. Oui, tout simplement, les meilleurs. Quelles que soient vos sensibilités, pensez-y en composant votre casting d’octobre prochain.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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10/01/2011

Noëlla

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 10.01.11

 

Quelque part à l’orée d’un grand parc, vivait une très vieille dame. Elle s’y trouve depuis 52 ans, mais ce matin, 9h, elle doit déménager. Expulsée. Elle a 91 ans, jouit d’une forme intellectuelle hors du commun, s’appelle Noëlla Rouget. La Tribune, d’ailleurs, a raconté son histoire.

 

Je n’écris pas ces lignes pour juger le propriétaire. Ni pour prétendre qu’avoir passé 14 mois à Ravensbrück (c’est le cas de Noëlla) donnerait des passe-droits. Non. Je pense simplement à elle, je la revois avec Danielle Mitterrand, il y a quelques mois, sur le plateau de « Genève à chaud ». Impressionnante de lucidité. Le témoignage, dans toute sa puissance. Sans haine. Juste le récit.

 

L’épaisseur brutale de l’ordre, Noëlla connaît un peu. En tout cas depuis ce jour de juin 1943 où la Gestapo l’arrêtait à Angers, pour actes de résistance. A quoi pensera-t-elle, aujourd’hui, pendant ce transfert vers un appartement plus petit ? Elle seule le sait. Cela, intimement, lui appartient.

 

Revivra-t-elle la douceur angevine ? L’horreur des camps ? Les merveilleux moments passés dans les classes, à partager avec des élèves ? Pensera-t-elle au bien ? Au mal ? Au fil incertain de la vie, la vie qui passe, la vie qui va ? Nous serons quelques-uns, Noëlla, à penser à vous. Et à d’autres, aussi, qui sont parties. Nous ne jugerons pas. Nous serons simplement là. Quelque part.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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20/12/2010

Hector en deuil

Hector.jpg

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 20.12.10

 

Elle était la Grèce sans la poussière, avait la grâce de celle qui éclaire, non pour éblouir, juste révéler. Qui, au fond, depuis la guerre, nous aura aussi bien parlé de la Grèce antique ? Vernant ? Detienne ? Oui, bien sûr. Et puis elle, cette dame qui nous quittés hier, sans famille, sans enfants, aveugle, à l’âge de 97 ans : Jacqueline de Romilly.

 

Sur une œuvre aussi immense, que conseiller à nos lecteurs ? Je retiendrai trois livres. Pour ceux qui aiment l’Histoire, sa traduction de la Guerre du Péloponnèse, de Thucydide, l’auteur dont elle aura été l’une des plus grandes spécialistes, dès sa thèse en 1947.

 

Pour ceux qui ne connaissent rien à la Grèce et voudraient y entrer doucement, il faut absolument découvrir les « Petites leçons sur le grec ancien », chef-d’œuvre d’initiation, de malice, de pédagogie, écrits par une dame de 95 ans (Stock, 2008) pour ceux qui suivent : la Passeuse, dans toute sa splendeur.

 

Enfin, dans l’océan de ses essais, comment oublier « Hector », publié en 1997 aux Editions de Fallois ? Un livre éblouissant sur le « perdant », le Troyen, le doux qui aimait les chevaux et périra sous le glaive d’Achille. Un récit étonnant, inattendu, sous la plume d’une très grande dame qui, après avoir été interdite d’enseignement par Vichy en raison de ses origines juives, deviendra l’une des lumières de l’intelligence française dans le monde.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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13/12/2010

Zombies en sandales

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 13.12.10

 

La gauche municipale, en Ville de Genève, a-t-elle décidé de faire la campagne de Pierre Maudet ? En imposant, dans le débat budgétaire, la création de dix postes « d’agents de sécurité préventive », autant dire de zombies en sandales, l’angélisme de gauche torpille plus de trois ans de remarquable travail du magistrat radical pour rendre un peu plus crédibles ceux qu’on a longtemps appelés les « gardiens de la paix ».

 

Angélisme, mais aussi arrogance, autisme, surdité. Enferrée dans ses vingt ans de pouvoir absolu, la gauche n’écoute plus personne. Ni l’opposition, qu’elle tente de museler, ni surtout les préoccupations des gens : à l’heure où se multiplient braquages et agressions, parler d’agents préventifs a quelque chose de complètement déconnecté du réel. Monsieur Pagani a beau tenter un putsch interne sur la police municipale, il ne fera croire à personne, venant d’où il vient, qu’il est plus crédible que Pierre Maudet sur la question.

 

La leçon de tout cela ? Elle doit être donnée par le peuple, le dimanche 13 mars 2011. Non seulement en changeant les hommes et les femmes. Mais aussi en donnant sa chance à une majorité nouvelle. Il n’est écrit nulle part, dans nul grimoire inéluctable, qu’une ville comme Genève doive être à jamais soumise à quelques satrapes de l’idéologie. Tout règne a une fin.

 

Pascal Décaillet

 

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09/12/2010

Le chardon, l’ortie

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 09.12.10

 

Au royaume du vote secret, les médiocres sont rois. La vengeance y est petite, la lâcheté, sudoripare. Que Micheline Calmy-Rey ne soit pas facile à vivre, que son caractère soit paré de la grâce du chardon et de l’ortie, c’est possible. Mais c’est une ministre de qualité, vraie patriote, immense travailleuse. C’est peu dire qu’elle ne méritait pas le soufflet de bassesse des rampants.

 

Sale caractère ? Et alors ! Du caractère, au moins, du vrai, âpre à l’ouvrage, comme dans le sillon rugueux d’un verger de montagne. A mille lieues des souris grises, des passe-murailles, des éteignoirs. Le monde politique a justement besoin de sales tronches, trempées, tenaces, qui crochent et qui s’agrippent : Couchepin, Blocher. Des emmerdeurs.

 

On peut discuter des options diplomatiques du DFAE, (feindre de) s’émouvoir de telle ou telle fuite, déplorer le degré zéro d’humour, au reste reconnu comme tel, de la ministre. Mais l’escouade punitive sur la présidence, juste l’élire mais mal, c’est le onzième sous-sol de la politique.

 

Je souhaite à Micheline Calmy-Rey une belle année présidentielle, comme le fut son premier passage à cette fonction. Je lui souhaite de rester ce qu’elle est : une dame qui sert son pays. Avec des hauts et des bas. Mais le regard droit. Je lui affirme ici le respect et l’estime que j’ai toujours voués aux êtres de courage.

 

Pascal Décaillet

 

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