Commentaires GHI

  • Nos jaunes amis

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    Commentaire publié dans GHI - 04.09.19

     

    A longueur de flashes, nos antennes radiophoniques nous abreuvent d’informations sur les manifestations à Hong Kong. Avec un parti-pris immédiatement perceptible pour l’auditeur : un immense capital de sympathie pour ceux qui, là-bas, à des milliers de kilomètres de la Suisse romande, descendent dans la rue pour faire valoir leurs droits. Il n’y en a que pour Hong Kong, et on pourrait, en passant, s’interroger un peu sur les puissances qui, peut-être, seraient derrière ces manifestations.

     

    Le manifestant de Hong Kong est par essence sympathique, puisqu’il remet en cause le méchant régime communiste chinois. De même, tous les Tibétains sont sympathiques, par définition. De même, tous les Kurdes. Tout ce qui est minoritaire, face à un Etat organisé, représente par nature le Bien. Et la machine d’Etat, en face, incarne nécessairement le Mal.

     

    Pour nos beaux esprits, un manifestant a meilleur temps de battre le pavé dans un ancien Mandat britannique en Chine, que revêtu d’un gilet jaune contre la police macronienne. Parce que Macron, c’est le Bien. Il est convenable, pro-européen, libéral jusqu’à la moelle, ami des banquiers, adversaire de la Bête immonde : le gendre idéal. Oser le défier, sur un rond-point de France, c’est se comporter en gueux, casser l’harmonie de l’image, tout foutre en l’air. Alors voilà, autant le manifestant de Hong Kong est à louer, autant son jaune confrère français est à rejeter. La grille de lecture est sauvée. Le manichéisme, aussi.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • La religion du libre-échange, c'est fini !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.09.19

     

    Ouvrir la Suisse à tous les marchés du monde, permettre à nos industriels d’exporter, multiplier les passerelles commerciales avec l’étranger, c’est la vision qui, depuis des décennies, régit la politique économique de notre pays. Cette conception ne tombe pas du ciel, elle a une Histoire bien précise, avec son enchaînement de causes et d’effets. Après la Seconde Guerre mondiale, et six années de fermeture des frontières, la Suisse, au milieu d’une Europe en ruines, où régnaient la faim, les privations, les tickets de rationnement, et même le manque de charbon pour affronter plusieurs hivers particulièrement froids, a éprouvé le besoin de multiplier les Accords, s’ouvrir, diversifier les partenaires. A l’époque, elle a vu juste : il en allait de sa survie.

     

    Cette stratégie d’ouverture, pendant des dizaines d’années, s’est renforcée. En 1957, c’était le Traité de Rome, avec six pays fondateurs de la Communauté économique européenne, aujourd’hui UE (France, Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas), la Suisse n’en était pas, il a fallu qu’elle se fraye des pistes dans le grand monde, elle a signé des Accords de libre-échange, et là aussi elle a vu juste. Au fond, notre pays s’est comporté comme un petit entrepreneur, ne devant compter que sur son énergie propre, son réseau, pour s’en sortir. C’était l’époque où peu de gens contestaient le bien-fondé de ces Accords : tous comprenaient à quel point ils étaient vitaux.

     

    En 2019, la situation a radicalement changé. La Suisse a multiplié les Accords de libre-échange, les parlementaires se sont souvent contentés d’avaliser le travail de négociations des fonctionnaires, les référendums n’ont pas été saisis, on a laissé faire. Et au final, bien que le peuple eût pu réagir, l’impression dominante est celle d’une politique du fait accompli, d’une absence criante de contrôle démocratique, d’un défaut de vision politique sur certains pays avec qui on signe, en un mot d’une tyrannie du dogme libéral, au détriment de la justice sociale et environnementale. L’Accord, dont on parle tant ces jours, entre la Suisse (via l’AELE) et le Mercosur (Marché commun de l’Amérique latine : Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) constitue une caricature du genre, créant un déséquilibre crasse entre l’intérêt des exportateurs industriels, favorisés, et l’abandon de nos paysans, laissés en proie aux importations massives de viande bovine d’Amérique latine.

     

    Bref, aujourd’hui, le libre-échange ne passe plus. Et la Congrégation pour la doctrine de la foi libérale ne parvient plus à berner les gens, avec son dogme de l’ouverture et ses promesses de miracles. En 2019, en Suisse, les gens veulent des frontières. De la protection. Du respect et de l’aide pour nos paysans. Une conception sociale et environnementale des rapports internationaux. Ils veulent aussi un contrôle démocratique : plus question de passer des Accords en catimini à Berne, comme s’ils n’étaient qu’affaires d’experts et d’entre-soi. En un mot comme en mille, la religion du Salut par le libre-échange, c’est fini.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Citrons pressés

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.08.19

     

    La classe moyenne : nous avions plaidé, ici même, début mai pour qu’on ne l’oublie pas, et qu’on veuille bien cesser de la presser comme un citron. A Genève, la classe moyenne doit devenir le problème no 1 des enjeux politiques et sociaux.

     

    De qui s’agit-il ? On peut se disputer à l’infini sur la fourchette qui définirait la classe moyenne, en fonction du revenu des ménages. Soyons concrets : il existe, à Genève, une majorité silencieuse de gens qui ont travaillé toute leur vie, parfois dur, élevé des enfants, participé à la prospérité générale, et qui n’arrivent pas à mettre un sou de côté. Pendant ce temps, ils voient leurs retraites, ou futures rentes, fondre comme neige au soleil : cela s’appelle, pudiquement, « la baisse des taux de conversion du deuxième pilier ».

     

    Les mêmes gens, qui peut-être ont eu le mauvais goût d’être malades, je veux dire un peu plus qu’un simple refroidissement, n’en peuvent plus de voir leurs primes maladie grimper. Ne parlons pas de la pression fiscale à Genève, qui fait de la classe moyenne, quelque part dans l’échelle entre les assistés et les nababs, l’éternelle vache à lait.

     

    Dans la campagne des élections fédérales du 20 octobre, on va beaucoup vous parler climat, fin du monde, Apocalypse. Peut-être pourrait-on aussi s’occuper, enfin sérieusement, des gens qui travaillent, prennent des risques, inventent. Et leur lâcher un peu la grappe avec les impôts, les primes et les taxes. Pour le Jugement dernier, nous verrons bien.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • Le libéralisme a échoué !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.06.19

     

    Les années d’immédiat après-guerre ont été des années d’État. L’Europe n’était plus que décombres. L’Allemagne, détruite par trois années de bombardements alliés, la ville allemande surtout. L’Italie, le Nord-Ouest de la France (après le Débarquement), la Belgique, les Pays-Bas. Ne parlons pas de toute l’Europe centrale et orientale, Pologne, Ukraine, Russie. Dans une Europe coupée en deux par le Traité de Yalta (1945), à l’Est le communisme, à l’Ouest le capitalisme, il a fallu reconstruire avec des plans d’ensemble, un souci du collectif, une vision d’État.

     

    Dans le système communiste, on a actionné les vertus (plus ou moins efficaces !) du Plan. A l’Ouest, pays par pays, on a dû inventer des systèmes pour assurer les deux besoins les plus fondamentaux des populations : le ravitaillement (des tickets de rationnement ont fonctionné jusqu’à la fin des années quarante), et le chauffage. Ce dernier passant par le charbon, on a lancé la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier), premier pas d’une construction européenne.

     

    Dans ces années d’après-guerre, on avait besoin d’État. Même notre pays, épargné par la guerre, a mis au point le plus beau fleuron de sa sécurité sociale, l’AVS, dans le sillage immédiat de la Seconde Guerre mondiale, en 1947-1948. Dans ces années-là, on ne se risquait pas trop à ne jurer que par le libre-échange, et l’affaiblissement des services publics : on avait bien trop besoin de réseaux de solidarité. C’est beaucoup plus tard, à l’époque de Ronald Reagan (1980-1988) et de Margaret Thatcher (1979-1990), puis surtout dans les très flambantes années 90, que le mirage libéral, le discrédit sur l’État, la mise en valeur extatique de l’individu au détriment du collectif, la remise en cause des nations, des Histoires et des frontières, sont arrivés comme des déferlantes. Nous n’étions pas très nombreux, à l’époque en Suisse romande, à résister à cette idéologie. Les jeunes loups du libéralisme, aux crocs acérés par l’appât de l’argent facile, nous traitaient de ringards. On a vu le résultat.

     

    Le résultat, c’est l’échec du système libéral, considéré comme un dogme, ne jurant que par les vertus magiques du « marché », comptant sur la concurrence comme régulation darwinienne pour la survie des forts, l’effacement des plus faibles. Cette logique, individualiste à l’extrême, incapable de définir un projet collectif, s’est fracassée contre les récifs du réel. Partout en Europe, y compris en Suisse, les peuples réclament un retour du projet commun, donc de l’État. Cela ne signifie pas des armadas de fonctionnaires derrière des guichets, ce temps-là est révolu, mais l’appropriation, par le plus grand nombre, donc le suffrage universel, du destin des pays. Cela passe par l’École, l’éducation citoyenne : donner d’autres valeurs que la simple appartenance à un clan, une marque commerciale, une écurie privée. Vaste programme, mais enthousiasmant : l’être humain y sortira gagnant. A tous, un excellent été !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Je n'écris pas pour mes pairs

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.06.19

     

    Je suis fier d’écrire pour ce journal, qui s’efforce de parler aux gens de ce qui les concerne. Logement, propreté de l’espace public, nuisances, pollution sonore, mobilité, bouchons, vie quotidienne des plus démunis, levée des ordures, santé, primes maladie, alimentation, chantiers, pouvoir d’achat, impôts, crèches, écoles, retraites, EMS, etc. Et je me dis que commenter la vie publique, à Genève comme ailleurs, c’est simplement vivre au milieu de ses contemporains, prendre quelques notes, croquer quelques situations, livrer quelques analyses ou humeurs, qui n’engagent que soi, sans en faire une histoire universelle, ni planétaire. J’encourage d’ailleurs chacun d’entre nous à tenir son journal. S’il veut le faire publiquement, les réseaux sociaux le permettent. Que chacun se lance, il n’y a rien à perdre !

     

    Je ne crois plus du tout à la barrière entre journalistes et profanes. Les nouveaux outils de communication ont prodigieusement accéléré la mise en commun du domaine de l’expression : chacun peut écrire, commenter l’actualité, défendre et illustrer ses idées, faire part de ses lectures, pousser un coup de gueule ou un cri du cœur, nul besoin d’être journaliste pour cela. Oh, bien sûr, il y a encore toute l’armada corporatiste du métier pour vous affirmer le contraire, vous dire que c’est une fonction très compliquée, avec plein de règles, vérifier les sources, etc. Je veux bien. Mais j’y vois avant tout un prodigieux réflexe de prostration défensive, s’agripper sur son pré-carré, prendre de grands airs, justifier d’antiques privilèges : ceux d’être les seuls, on se demande bien pourquoi, à avoir le droit à l’expression publique.

     

    J’apprécie justement GHI, parce que ce journal n’affiche aucune prétention à la morale universelle. Il partage des informations, ou des commentaires, vibre au pouls de ses lecteurs, ne prétend pas leur délivrer, d’en haut, la lumière du monde. Trop de journalistes, hélas, n’écrivent, dans leur horizon d’attente mentale, que pour leurs pairs. Leur inquiétude première est de savoir comment leurs confrères, ou consœurs, vont apprécier leur article. « Que vont-ils penser de moi, que vont-ils en dire en séance de débriefing ? ». Cette attitude-là, c’est le début de la fin. De même qu’un cuisinier travaille pour ceux qui vont goûter ses mets, ou un médecin pour ses patients, celui qui écrit un article ne doit avoir pour seul souci que de s’adresser au plus grand nombre. Les réactions des autres journalistes n’ont strictement aucune importance. On écrit pour tous, pas pour ses seuls semblables.

     

    Quant à cette magnifique profession, que j’exerce depuis 33 ans, et à laquelle j’ai tant donné de mes forces, elle se meurt. Dans vingt ans, trente ans, que restera-t-il du modèle de communication mis en place à l’époque de Balzac, avec des équipes rédactionnelles qui produisent un journal ? La profession disparaît, mais la prise de parole, ou de plume, dans l’intérêt public, se démocratise et devient universelle. Qui, pour s’en plaindre, si ce n’est quelques corporatistes rabougris ? Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Honneur à nos 45 Communes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.06.19

     

    Prenez la photo aérienne, nous l’avons tous en tête : Genève, du Nord-Est au Sud-Ouest, c’est un lac, qui sous le Pont du Mont-Blanc redevient Rhône, une ville, puis la campagne, jusqu’à Chancy. En fait, jusqu’au Fort de l’Ecluse. Genève, c’est une ville, et c’est un canton. Une ville, et 44 autres communes, toutes aussi magnifiques et passionnantes les unes que les autres, si on veut bien les approcher par le biais de l’Histoire, de la culture, la démographie, l’économie locale, la vitalité des associations. Né à Genève, j’ai moi-même passé les trois-quarts de ma vie en Ville, un quart au Petit-Lancy. Depuis treize ans, je suis entrepreneur à Carouge, tout en résidant en Ville de Genève. D’une commune à l’autre, nous allons et venons. Spectacles, concerts, vie associative, chorales, clubs de sport, vie privée ou professionnelle : le Genevois est à la fois urbain et péri-urbain, parfois campagnard, il aime ce canton, chérit sa taille réduite où tout est accessible, peste contre les bouchons. Nous sommes tous, en ce bout du lac, de tendres gueulards, amygdales bronzées, têtes de lard, mais beaucoup plus patriotes qu’il n’y paraît, dans l’attachement affectif au canton. Le Genevois est un héros tragique et romantique, qui aime parader sous les atours du personnage boulevardier.

     

    Les 45 communes ! Parlons-en ! Certaines d’entre elles, comme Vernier, ont davantage d’habitants que certains chefs-lieux cantonaux. Lancy. Onex, Carouge, Thônex, Meyrin sont de véritables villes moyennes, à l’échelle de notre petite Suisse. Ces communes, je les ai vues grandir : j’ai connu Lancy encore presque village, bien avant les multinationales, et Onex bien avant l’Office de la population. La ville s’étire, la banlieue s’urbanise, l’administration cantonale émigre, tout cela sous nos yeux, c’est passionnant. Reste que nous, Genevois, devons absolument défendre la dignité, et même la primauté, de l’échelon communal. Les Français sont passés par Genève, entre 1798 et 1813, ils y ont laissé la trace du jacobinisme. Celui, par exemple, qui suintait, dans la législature précédente, d’un certain Président du Conseil d’Etat, jamais aussi heureux que lorsqu’il pouvait, de sa Tour Baudet, remettre à l’ordre une Commune, un Maire, un Conseiller administratif ayant enfreint le règlement. Au fond, l’éminent magistrat se prenait, sous prétexte « d’autorité de surveillance », pour le Révizor, le célèbre personnage du dramaturge russe Nicolas Gogol, qui faisait trembler les autorités locales, quand on annonçait sa venue.

     

    Nos 45 communes méritent mieux. La commune, en Suisse, est le premier échelon de proximité affective pour les gens. Elle existait avant le canton, qui ne date que de 1815. Aux Maires, Conseillers administratifs et municipaux, Adjoints, personnel des administrations communales, nous devons adresser notre salut et notre reconnaissance. La Constituante n’est pas allée jusqu’au bout dans le chantier canton-communes. Revaloriser nos 45 communes, c’est rendre service à tous. Magnifique ambition !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Liberté d'expression

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    Commentaire publié dans GHI - 05.06.19

     

    J’entends beaucoup de mes confrères répéter à loisir que le journalisme serait « indispensable à la démocratie ». Au risque de casser l’ambiance, je ne partage pas leur point de vue.

     

    Ce qui est nécessaire à la démocratie, ce qui lui est consubstantiel même, c’est la liberté d’expression. Chaque citoyenne, chaque citoyen doit pourvoir dire ce qu’il pense, sans entraves, sans risques de rétorsion. C’est cela qui est essentiel. Mais pas seulement pour les journalistes, ou éditorialistes : pour tous ! Sans exception.

     

    Bien sûr, il y a la loi. Voulue par le peuple, ou par ses représentants, elle fixe des limites à la liberté d’expression. On peut le regretter, mais c’est ainsi. Et, tant qu’une loi existe, on doit la respecter. Mais enfin, à part cette exception quant à la loi, le champ de la liberté d’expression me semble bien assez large pour que nous aspirions tous à le cultiver au maximum. Tous, et pas seulement les journalistes !

     

    Chacun, aujourd’hui, peut tenir un blog. Chacun peut s’ouvrir un compte sur un réseau social. Chacun peut lancer des sujets. Le monde éditorial, l’univers des idées, n’est en aucun cas la chasse gardée d’une corporation. Quant à la « mission d’investigation », sur les affaires d’intérêt public (toute autre doit être bannie), pourquoi diable demeurerait-elle réservée aux journalistes ? Si mon métier entend survive, il faudra qu’il s’invente autre chose que des prés-carrés, ou des privilèges, auxquels il donne désespérément l’impression de s’accrocher.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Suisse-Europe : non à l'Accord-cadre !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.06.19

     

    L’Accord-cadre : ils n’ont plus que ces deux mots à la bouche ! Tout ce que la Suisse officielle compte de décideurs, de patrons, de financiers, tente à tout prix de nous faire avaler l’idée d’un Accord-cadre. Pour ma part, passionné par la question européenne, que je couvre à fond, dans mon métier, depuis trois décennies, comme citoyen je dis non à cet accord providentiel. Pour deux raisons essentielles : il n’est pas à l’avantage de notre pays, et il porte atteinte à notre souveraineté. Deux motifs assez puissants, vous en conviendrez, définis à l’échelle de la nation et de sa survie, et non de la petite épicerie de détail, pour refuser un texte.

     

    De quoi s’agit-il ? Dans la longue Histoire des relations entre la Suisse et l’Europe communautaire, il y a eu plusieurs phases. De 1957 (Traité de Rome, fondateur de la future UE, par les six premiers pays) jusqu’en 1992, les relations étaient pragmatiques, marquées par l’Accord de libre-échange de 1972. On définissait des rapports économiques et commerciaux, on ne parlait pas de politique, encore moins d’identité. La grande date, que j’ai vécue de l’intérieur, comme correspondant à Berne ayant suivi de près Jean-Pascal Delamuraz, ce fut la fameuse votation du 6 décembre 1992 sur l’Espace économique européen (EEE). J’ai personnellement voté oui, mais ce fut non. Et ce fut le début de l’ascension de Christoph Blocher. Depuis l’an 2000, la Suisse a opté pour un régime d’Accords bilatéraux, qui fonctionne, et qui semble convenir à notre corps électoral.

     

    L’Union européenne d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec les Six de 1957, ni même avec les Douze de 1992. Élargie beaucoup trop vite aux Marches de l’Est, définie comme libérale par essence, avec une primauté dogmatique accordée aux forces du marché, elle est devenue un monstre technocratique, une usine à produire des directives. Et surtout, elle n’écoute pas ses peuples. Ce modèle, promis à l’effondrement, n’est pas celui de la Suisse. Respectons nos amis et voisins européens, passons avec eux des accords commerciaux, précis, sectoriels, mais n’entrons en aucun cas dans la logique institutionnelle d’un accord global. Nous n’avons rien à y gagner. Nous y perdrons notre souveraineté. C’est aussi simple que cela.

     

    L’UE cherche à tout prix à nous imposer la signature de cet Accord, dûment négocié par les deux parties. Elle veut généraliser la reprise du droit européen par le droit suisse. En cas de désaccord, la question des juges étrangers se posera, avec la présence d’un juge de l’UE parmi les trois du Tribunal arbitral. L’intervention, au final, de la Cour européenne de justice, érige un modèle judiciaire ne faisant pas partie de la longue tradition de souveraineté de notre pays. Pour ces raisons, comme citoyen, je dis non.

     

    Car nous, les citoyennes et citoyens de ce pays, devons absolument, sur cet enjeu capital, avoir le dernier mot. Pas question que la classe politique passe en force. Le souverain, ici, c’est le suffrage universel. Avec cela, pas question de transiger.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le pire de tout : l'autocensure

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     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.05.19

     

    La censure existe, elle est partout. Seulement voyez-vous, elle ne se niche pas vraiment là où on croit. L’idée d’un commentateur, ou d’un éditorialiste, qui n’oserait pas tout dire parce qu’une force occulte lui maintiendrait un couteau sous la gorge, relève du mythe. L’idée d’un Big Brother, quelque part dans le monde politique ou les puissances financières, qui nous tiendrait sous influence, ne résiste pas non plus à l’examen du réel. Nous sommes dans un pays libre, le droit à l’expression est garanti, ne soyons pas paranos en allant chercher à l’extérieur de nous-mêmes les forces de coercition qui tenteraient de nous réduire au silence.

     

    Pourtant, la censure existe. De nos jours, plus violente que jamais. Et c’est à l’intérieur de chacun de nous-mêmes que nous devons aller la chercher. Car la pire de toutes les pressions, pour taire un sujet ou réprimer l’envie de le traiter, c’est l’autocensure. Les miradors ne nous sont pas externes : ils s’érigent et veillent en chacune de nos âmes. Parce que celui qui prend la plume, ou donne de la voix, s’expose à la mitraille. C’est le sort de ceux qui s’arrachent à la tranchée. Il faut savoir ce que l’on veut : prendre position, ou s’en abstenir. Chacun est libre. Il faut juste connaître les risques, l’état du terrain, la puissance de feu chez l’ennemi. Ensuite, chacun décide : entrer dans la mêlée, ou non.

     

    Oui, la censure existe. Celle que chacun d’entre nous s’applique à lui-même. Chacun de nous, je l’affirme, en commençant bien sûr par m’y inclure, passe volontairement sous silence certains sujets, non par lâcheté (le mot serait trop fort), mais par souci de ménager son petit confort. C’est un tort, dans une fonction où il faudrait que tout puisse être dit, mais c’est ainsi. S’éviter les emmerdes. Ou les brûlures d’estomac. Ou les insomnies. Ou les engueulades à n’en plus finir. Alors, sur certains sujets, on décide soi-même de se la coincer. On se dit qu’on les abordera un jour. Mais pas là, pas maintenant, pas aujourd’hui.

     

    La censure existe, elle fait partie de nous. Tenez, le rôle des pairs, ceux qui exercent le même métier que vous : surtout ne pas les froisser, ne pas se foutre en pétard avec la profession. Ne pas s’attaquer aux modes ambiantes, écrasantes de consensus : le climat, par exemple. On pourrait en citer d’autres. Pourtant, même dans ces domaines, le courage d’une position minoritaire ne nous vaudrait ni la prison, ni l’ostracisme : nous sommes en Suisse. Mais risquer son image auprès de ses pairs, c’est bien là le problème. Trop nombreux, parmi nous, ceux qui écrivent pour leurs seuls semblables, et non pour l’ensemble des femmes et des hommes qui voudraient bien nous lire. Oui, l’autocensure sent le renfermé, la naphtaline. Demeurer dans le cercle. Ne pas froisser la famille. Rester dans le réseau. Phénomène auquel nul n’échappe. C’est cela, l’autocensure, le problème no 1 de ceux qui prennent position dans l’espace public. En chacun de nous, l’ombre intime et secrète d’un mirador.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ces milliards, qui va les payer ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.05.19

     

    Un chèque en blanc. C’est ce que le peuple genevois a décidé de signer, ce dimanche 19 mai, pour les retraites des fonctionnaires du canton. Le seul choix qu’on lui proposait était de trancher entre les milliards de la droite et du Conseil d’Etat, et ceux de la gauche et du MCG. Comme le Parlement, il a dit oui aux deux. Et, dans la petite croix de la question subsidiaire (lequel préférez-vous si les deux passent ?), il a opté pour la seconde solution. Dont acte. Nous sommes des démocrates, nous respectons les décisions populaires. Mais nous sommes aussi des hommes et des femmes libres, avec un esprit indépendant, un cœur ardent, et une farouche révolte contre toute espèce de censure dans la formulation de nos questions. En voici une, toute simple : ces milliards, qui va les payer, où les trouverons-nous ?

     

    A cette question, c’est terrible à dire, mais la classe politique d’aujourd’hui n’a pas la réponse. Dans le débat du Parlement, qui s’est terminé par un non-lieu (l’acceptation de deux lois parfaitement contradictoires), personne n’était capable de garantir les conditions exactes du financement de ce qu’on appelle pudiquement « recapitalisation », entendez faire passer à la caisse le contribuable, pour les retraites des fonctionnaires. On nous a sorti des calendriers de paiement, dans les années et les décennies futures, à coups de centaines de millions cumulés, en sachant fort bien que ces sommes colossales, dans l’état actuel de nos finances et de notre endettement, nous n’en disposons tout simplement pas.

     

    Alors, qui va payer ? La réponse est simple : le contribuable, bien entendu ! Donc, vous et moi. Et dans les contribuables, au premier rang du front, la si tendre chair à canon de la classe moyenne qui travaille. Oui, celle-là même dont nous vous parlions ici, la semaine dernière. Pas les assistés ! Pas les nababs ! Non, tous ceux, entre ces deux couches, qui se lèvent pour aller bosser, parfois durement, gagnent un peu d’argent (c’est la moindre des choses), bossent encore un peu plus pour en gagner davantage, et finalement sont ponctionnés, de façon inconsidérée, sur leur boulot. Sur la sueur de leur front ! Et c’est cela qui ne va plus. Et c’est là que gisent les germes des révoltes de demain.

     

    Exemple : les petits entrepreneurs, les indépendants. Ils bossent dur comme fer. Ils sont en souci toute l’année pour leur boîte. Ils ont peur de tomber malades. Ils vérifient trois fois, en partant, si la porte de leur local de travail est fermée. Ils ont investi, sur leurs fonds propres, dans des locaux, du matériel. Ils n’ont nulle garantie de pouvoir garder leurs mandats. Ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Seuls, ils financent intégralement – et non paritairement – leurs retraites. Les taxes, les impôts, les charges, ils ne connaissent que cela. Et maintenant, comme contribuables, ils devront encore davantage financer les retraites des fonctionnaires. Moi je dis attention : il y a un moment où la marmite va exploser. Ici, nous vous aurons au moins avertis.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Genève : la classe moyenne étouffe !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.05.19

     

    Payer, payer et encore payer. Payer son loyer, dans une ville où ils sont hors de prix. Payer ses primes d’assurance maladie, cauchemar no1 des Suisses. Payer des impôts qui étouffent la classe moyenne laborieuse, à Genève. Payer des assurances dont la plupart sont totalement inutiles, mais voilà, nous, les Suisses, sommes de grands trouillards devant l’Eternel, alors nous payons la rançon de nos peurs. Payer les assurances sociales. Payer pour des retraites dont nous ne sommes pas sûrs, avec la baisse des taux de conversion, de voir la couleur. Payer sur nos revenus, ou nos salaires. Voir le fruit de notre travail passer, filer, s’envoler, s’évaporer. N’avoir qu’un pouvoir d’achat fort limité. Ne rien pouvoir mettre de côté. Tel est le lot, à Genève, de la classe moyenne qui travaille. C’est éreintant. Et passablement désespérant.

     

    Je parle ici des gens qui travaillent. D’un côté, c’est évidemment une chance, et nous devons penser à ceux de nos concitoyens qui cherchent un emploi, et n’en trouvent pas : pour eux, c’est encore une autre paire de manches. Mais le travail, avec un salaire (pour un employé) ou un revenu (pour un indépendant), bref du gain financier à la fin du mois, à quoi sert-il, si c’est pour donner aux gens le sentiment de n’être plus que des vaches à traire ? A quoi sert-il, si c’est juste pour en voir passer la plus grande part, trottiner sous nos yeux, se dérober ? Et s’en aller grossir d’immenses caisses communes, qui vous donnent l’impression, hommes et femmes actifs des classes laborieuses, de ne jamais rien faire pour vous. Et on vient nous parler du CEVA, sans toilettes ! Et on vient nous parler du milliard pour le « fonds de cohésion de l’Union européenne », des eaux usées à traiter en Slovaquie, nous dit-on ! Et on vient nous parler de grands projets mondiaux, avec notre argent !

     

    Dans ce pays que nous aimons, nous ne sommes pas des sujets, mais des citoyennes et des citoyens. L’Etat social, nous le voulons. Ne laisser personne sur le bord du chemin, nous en sommes d’accord. La nécessité de l’impôt, nous ne la discutons pas. Mais c’est une question de curseur, de proportions. Il y a un moment où la conjonction des primes d’assurance maladie et de la fiscalité sur le travail devient simplement étouffante. On impose trop le labeur ! Et il devient urgent, pour la politique, tous partis confondus, de se soucier de cette classe moyenne qui travaille, participe à la prospérité générale, mais ne peut plus s’acheter grand-chose, et encore moins capitaliser. Il y a un moment où ça devient révoltant. Il y a un moment où il faut songer à réduire l’impôt sur le revenu des classes moyennes. Sinon, la marmite à vapeur explosera. Il ne faudra pas venir pleurnicher parce que les gens votent pour des partis extrêmes. Ou parce que des Gilets jaunes envahiront nos rues. Il faut trouver d’autres modes de financement, pour l’Etat, que la ponction constante sur le labeur. Et si on ne les trouve pas, eh bien il faudra diminuer la voilure de l’Etat.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Bienvenue à la religion du climat !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.05.19

     

    En ce printemps où le réchauffement tarde à nous écraser de ses rayons caniculaires, la classe politique, quasiment unanime, n’a plus que trois mots à la bouche : le climat, le climat, et encore le climat. A croire que l’Histoire s’est arrêtée. Elle aurait laissé le tragique au vestiaire, se serait elle-même éclipsée, ainsi que la politique, les rapports sociaux, l’économie, la lutte des classes, les syndicats, le patronat. Tout cela, évaporé ! Il n’y aurait plus ni mémoire ni projection, ni guerres, ni ennemis, ni dominants, ni dominés, ni oppression, ni liberté : il n’y aurait plus que « l’urgence climatique ». Reconnaître son absolue priorité ne relèverait plus d’un choix politique. Mais d’un dogme théologique. La religion du climat est née. Avec son clergé, ses sermons, ses autocritiques, ses confessions, ses grands-messes du samedi, ses enfants de chœur, ses péchés, ses processions de rédemption, son chemin d’Apocalypse, son Salut, ses damnés. A l’école du jugement, il n’y aurait plus que le Dernier.

     

    Tenez, les processions du samedi. Sanctifiés, les jeunes qui défilent « pour le climat ». Encouragés par les autorités. « Ils sont l’avenir, ils nous montrent le chemin » : ce ne sont plus des ados des écoles, non, ce sont des anges et des archanges, des séraphins, leurs trompettes sont musiques du futur, ils nous ouvrent la voie du Salut, les portes du Paradis. Ils sèchent les cours ? Mais comme ils ont raison, les chérubins, c’est pour la bonne cause ! Surtout, pas de sanctions ! Pas de remarques ! Pas d’oppositions ! Rien qui, de la part des adultes, des parents ou des maîtres, pourrait laisser poindre le grief de paraître ringard, d’un autre temps, insensible à la théologie de « l’urgence climatique ».

     

    Les partis politiques ? Tous convertis au discours des Verts. En Suisse, nous avons aujourd’hui les Verts, dont la sainte doctrine constitue le chemin de foi défini et délimité. Mais nous avons aussi les radicaux Verts, les libéraux Verts, les PDC Verts. Il n’y a guère que l’UDC et une partie courageuse de la gauche radicale (celle, d’un autre temps, qui s’accroche encore à la justice sociale, et autres mignardises ringardes), pour oser encore émettre quelques doutes sur l’impérieuse nécessité de la Croisade climatique. Reprendre la Jérusalem céleste, la libérer de l’infidélité polluée, assainir les cieux, préparer la voie des anges. Alors oui, le PLR devient Vert, le PDC n’en peut plus de verdir, les partis du gentil centre-droit se sont convertis, ils ne jurent plus que par le climat, les radicaux en ont oublié l’industrie et le Gothard, la démocratie chrétienne a rangé la Doctrine sociale de Léon XIII sous la poussière des étagères, il n’y a plus que le climat, le climat, et encore le climat.

     

    Dès lors, la politique est mise entre parenthèses. De même, la confrontation rationnelle des arguments. Au frigo ! Et nous, les citoyennes et citoyens, pour qui tombèrent Bastilles et privilèges, redevenus fidèles ou infidèles, obéissants ou hérétiques, sauvés ou damnés. Vive le progrès !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Votations du 19 mai : révolte et colère

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.05.19

     

    Traduire en termes simples les aspects souvent complexes de la vie politique suisse. Telle est, depuis 33 ans que je suis entré en journalisme professionnel, ma grande passion. Présenter aux citoyennes et citoyens les enjeux des votations. En fonction de ce qui les concerne, touche leur vie quotidienne, en élaguant tout le fatras des mots juridiques, « motion », « contre-projet », etc. Être au service des citoyens. Être lisible, audible, compréhensible. Nombre de mes confrères et consœurs, dans ce journal comme à Léman Bleu, comme à Radio Lac, au Courrier, à la Tribune de Genève, etc., s’inscrivent dans cette démarche : être clair, simplifier, dégager les grandes lignes, mettre en perspective historique, aller à l’essentiel. Plus un journal est populaire – c’est le cas de celui que vous tenez entre les mains – plus cette ambition doit être impérieuse. C’est le seul moyen pour que la politique soit l’affaire de tous, et non d’une seule cléricature.

     

    Face aux votations du dimanche 19 mai, je ne puis cacher ma colère. Non que nous votions sur les sujets proposés : loin de là, ils sont essentiels ! Mais hélas, je vois venir comme un iceberg le danger de découragement et d’impuissance que va représenter, pour les citoyens, l’abondance de littérature reçue à la maison. Deux grosses enveloppes, nous expliquant en détail les tenants et les aboutissants de onze sujets de votations, deux fédérales et neuf cantonales. Je me mets à la place du citoyen qui ne regarde pas Léman Bleu, n’écoute pas Radio Lac, ne lit pas GHI, ni la TG, ni le Courrier, etc. Il n’a pas pu assister à nos innombrables débats, présentations de sujets, il n’a pas trop le fil continu de la politique dans la tête : en bien je vais vous le dire, ce pauvre homme, cette pauvre femme, va se trouver complètement largué par ce train de votations du 19 mai ! Parce que la brochure, aussi bien préparée soit-elle (le travail de la Chancellerie n’est pas en cause), demeure ce qu’elle est : un tas de pages imprimées. Qui, de nos jours, lit encore des centaines de pages papier ?

     

    Évidemment, on pourrait avoir une lecture optimiste de cette histoire. Se dire qu’au fond, elle prouve la nécessité d’avoir des médiateurs. Des traducteurs. Des simplificateurs (dans le bon sens) de la complexité législative. Certes. Mais alors, comment ne pas nourrir colère et révolte face à une autre catégorie de médiateurs, ou de corps intermédiaires : les parlementaires ? Dans le cas de la votation sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), l’affaire est flagrante : le Grand Conseil a réussi l’exploit d’accepter deux projets de loi parfaitement contradictoires, celui de la gauche, et celui de la droite et du Conseil d’État ! Dès lors, nous voilà, pour la seule CPEG, face à trois votations, l’une par loi, une autre encore pour la question subsidiaire (laquelle préférez-vous, si les deux passent ?). Et une fois qu’on aura tranché ce profond dilemme, il nous restera neuf sujets !

     

    La politique, ça passe par la clarté. Le contrat avec les citoyens, ça doit reposer sur un pacte simple et lisible. Dans le cas du 19 mai, nous sommes hélas très loin de tout cela.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Quatuor d'Alexandrie

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.04.19

     

    Avec ses 46 membres (deux par canton), le Conseil des Etats, dont j’ai eu l’honneur d’observer sur place, comme correspondant parlementaire à Berne, pendant plusieurs années, les travaux, a la réputation d’une Chambre de notables. Souvent, on y envoie siéger des personnalités politiques en fin de carrière, parfois d’anciens conseillers d’Etat. Longtemps, ce fut le règne des costumes trois-pièces, avec le gilet, des Messieurs d’âge mûr. On y préférait le murmure à l’opprobre. A contempler, c’était un chef d’œuvre de discrétion. Et, souvent, d’efficacité. Une Suisse en miniature.

     

    Mais le règne des notables n’est pas éternel. Parmi les candidats ayant des chances, on notera Lisa Mazzone, jeune et dynamique, courageuse, imaginative. De même (sans prétention exhaustive), la candidate du PDC, Béatrice Hirsch, soucieuse des préoccupations de la classe moyenne, excellente connaisseuse des dossiers de santé.

     

    Bref, le costume trois-pièces n’est pas une obligation absolue pour se faire élire. Et pour vous dire franchement le fond de notre pensée, il nous apparaît comme singulièrement rafraîchissant qu’un vigneron-encaveur comme Willy Cretegny, porteur d’une remarquable conscience environnementale, vienne apporter un souffle d’air qui nous sorte un peu du Quatuor d’Alexandrie, entendez les deux de l’Entente face aux deux de l’Alternative. Nous suivrons de près la campagne Cretegny : rien ne vaut l’irruption d’un brillant outsider pour relever le goût d’un menu électoral.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Chicago-sur-Rhône, c'est non !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.04.19

     

    Un canton entièrement bétonné, de Versoix à Chancy, est-ce là notre vœu pour Genève ? Un canton sans poumons de verdure ? Un canton truffé de tours et d’immeubles, de nouveaux quartiers, ayant grignoté ce qui demeurait de campagne, reliés entre eux par toujours plus de routes, de voies ferrées, de lignes de bus ou de trams ? Un canton-ville, mégalopole, un univers entièrement urbanisé, entre Jura et Salève, Voirons et Fort de l’Écluse ? Un canton avec un aéroport surdimensionné, juste pour satisfaire la démesure de quelques-uns, ceux qui n’en peuvent plus de rêver à une grande plate-forme internationale, une sorte de Chicago-sur-Rhône. Sans avoir ni la beauté de Chicago, ni les dimensions d’arrière-pays de la métropole américaine.

     

    Est-ce cela que nous voulons ? A l’heure où nos autorités, et pas seulement dans les milieux de la droite libérale, nous brandissent plans directeurs et projets d’extension, les citoyennes et citoyens de ce canton doivent définir, eux, le cadre et le modèle de développement pour les générations qui viennent. Il ne s’agit pas de prôner ici la croissance zéro, comme le font les allumés de l’Apocalypse climatique, mais d’inventer une croissance raisonnable, humaine autant qu’humaniste, au service des individus, de leur qualité de vie, profondément respectueuse de l’environnement, sans pour autant brandir le gong de Philippulus le Prophète, celui qui dans l’Etoile mystérieuse nous annonce « Le Châtiment ».

     

    Car il est temps de parler d’environnement, de protection de la nature, de lutte contre gaspillage, de respect des animaux, de préservation des biotopes et des espaces verts, sans pour autant se reconnaître comme un fidèle de la grande chapelle des Verts. Ces derniers n’ont pas le monopole de l’environnement ! D’autres courants, en Suisse, avec un Franz Weber ou un Philippe Roch, ancrés dans des racines spirituelles plus que dans la mécanique de « l’écologie politique », ont été là – ou le sont encore – pour nous indiquer d’autres voies. Sans compter que les Verts, avec leur instrumentalisation de la question climatique à fins électorales (échéances d’octobre 2019, les fédérales), ne nous engagent pas particulièrement à les suivre tête baissée sur le chemin de leurs propres ambitions, leurs propres carrières.

     

    Le canton de Genève a un profond besoin d’équilibre. Entre ville et campagne. Entre industrie, services et agriculture. Entre densité et verdure. On doit, impérativement, continuer de pouvoir y respirer. On doit y aimer nos cours d’eau, avec leur faune, notre lac, nos bois, nos côteaux vinicoles. On doit continuer d’y admirer les oiseaux, ceux qui migrent comme ceux qui nichent. Cette permanence du bonheur n’est possible qu’avec une vision maîtrisée de la croissance. Renoncer à toute démesure, à tout ce qui peut troubler l’équilibre. Ne pas tomber en génuflexion devant le Veau d’or du profit facile. Penser à la qualité de vie de tous, à commencer par celle des plus démunis. Construire l’avenir, sans détruire la vie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Automobilistes, motards et scootéristes, révoltez-vous !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.04.19

     

    Circuler, au volant d’une voiture automobile, au guidon d’une moto ou d’un scooter, va-t-il bientôt être un acte illégal à Genève ? La mode est aux manifs pour le climat, à l’apologie de la mobilité douce. Le vélo et les transports publics sont sanctifiés, les véhicules privés sont diabolisés. Et cela, plus seulement par les Verts : tétanisés par la pensée climatique dominante, certains partis qui, jusqu’ici, défendaient le libre choix du mode de transports (voulu par les Genevois), commencent à virer de bord, et cela jusqu’à leurs représentants au Conseil d’Etat. Craignant de perdre des voix aux prochaines élections, ou de passer pour ringards, ces partis copient les Verts. Ils reprennent leurs thèmes, et vont même jusqu’à emprunter leur vocabulaire : « transfert modal », et autres inventions d’apparatchiks de l’environnement.

     

    Il est temps, à Genève, que les automobilistes, les motards et les scootéristes se réveillent et défendent leurs intérêts. Ils ont, tout comme les cyclistes, comme les piétons, comme les usagers des transports publics, parfaitement le droit d’exister. Ils n’ont pas à se laisser écraser par une idéologie dominante. On n’a pas à se sentir coupable de se mettre au volant d’une voiture, ni au guidon d’un deux-roues motorisé. On n’a pas à se laisser convertir de force à la nouvelle religion du climat, qui nous impose ses dogmes, nous tient sous sa férule, nous édicte le bien et le mal, nous promet Apocalypse et Jugement dernier, nous définit les sauvés et les damnés.

     

    On peut, tout en aimant passionnément la nature, comme c’était le cas d’un Franz Weber, tout en luttant contre le gaspillage, tout en se battant pour la protection des sites, pour le respect des animaux, se déplacer en voiture en milieu urbain si on le juge nécessaire et préférable à d’autres modes de transports. Il appartient à nos autorités, et en premier lieu au ministre de la Mobilité, de prévoir des chaussées accessibles à tous, assurément aux vélos avec des pistes cyclables, mais assurément aussi aux voitures individuelles : cette complémentarité, les Genevois l’ont voulue.

     

    Et c’est tout le contraire qui est en train d’advenir ! A plat ventre devant l’idéologie des Verts, des partis de centre-droit sont en train de lâcher l’automobile en ville. On nous promet comme inéluctable la disparition des voitures sur certains tronçons, on nous prépare un gigantesque bordel, sur la rive droite, avec l’extension de la gare Cornavin. On multiplie les chantiers, toujours au détriment des automobilistes. Surtout, on ne compte plus les gentilles et sympathiques manifestations populaires et sportives pour lesquelles on ferme, purement et simplement, des routes entières, créant ainsi des bouchons gigantesques.

     

    Eh bien cela ne peut simplement plus durer. Tous les modes de transports sont respectables. Parmi eux, les automobiles, les motos et les scooters. Limitations de vitesse, oui. Ostracisme, non ! Et s’il faut se révolter et organiser la riposte, eh bien faisons-le, parce que ça commence à suffire !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Cruellement, Franz Weber va nous manquer !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.04.19

     

    C’était un homme étonnant, affectif, impulsif, un homme d’exception, un homme de cœur. Il aimait la vie, les paysages, la planète. Il aimait les animaux, de toute son âme. Il aimait la dimension sacrée des sites : celui de Delphes, avec son temple d’Apollon, vingt-six siècles d’Histoire, le souvenir de la Pythie, dont les mots ambigus dessinaient les destins. Celui de Lavaux, ce miracle des vignes perchées entre lac et ciel, qu’il a tenu à préserver. Celui de l’Engadine, chère aux grands écrivains allemands. Seul contre tous, avec Brigitte Bardot, il a défendu les bébés phoques. Dans les années 1970, beaucoup riaient de ce combat, parlaient de sensiblerie. Aujourd’hui, tous lui donnent raison. Cette reconnaissance de l’animal comme notre frère dans l’ordre de la création, il en aura été, en Suisse et dans le monde, un merveilleux précurseur.

    Toute sa vie, il nous aura parlé de notre planète comme d’une matrice, non seulement nourricière, mais spirituelle : par cette communauté d’appartenance, nous tenons ensemble. Face à l’incertitude du destin, face au néant, face à la mort, elle nous réchauffe et nous anime. Oui, Franz Weber (1927-2019) aura été l’un de nos plus grands contemporains. A la fois totalement suisse, dans les attaches, les racines, le culte des paysages, et simplement universel. Lorsque j’ai appris son décès, j’ai aussitôt pensé à mon écrivain valaisan préféré, le grand Maurice Chappaz (1916-2009), à la fois de Bagnes et du monde, du Valais et de l’univers, du terroir et de la trace lactée des comètes. Chappaz qui, comme Weber, s’était battu pour la nature : lisez les Maquereaux des cimes blanches, un livre publié en 1976, en pleine période de bétonnage de la montagne.

    Et puis, Franz Weber, à sa manière, m’a toujours fait penser à Jean Ziegler, un autre contemporain que j’admire. Je ne partage pas trop les combats politiques de Ziegler, mais j’admire l’homme, son courage, son engagement, sa prise de risques, son rapport à la nature, à la beauté du monde. Il y a, chez Weber comme chez Ziegler, comme chez Philippe Roch, une puissante dimension spirituelle dans le rapport à la nature. Elle rappelle à la fois les Romantiques allemands et, plus loin dans le temps mais tellement présents par la fulgurance de leurs formules, les présocratiques. D’une manière plus générale, le rapport de Franz Weber à la nature rappelle infiniment le polythéisme des Grecs, chez qui chaque source, chaque colline, chaque bois peut devenir lieu de culte. Et ça n’est évidemment pas pour rien qu’il s’est passionné pour le site de Delphes !

    La première fois que je me suis rendu à Delphes, en 1966, je me suis dit que j’étais arrivé dans la demeure des dieux. Le génie de Franz Weber, c’est de nous avoir montré que cette dimension sacrée se trouvait partout, autour de nous, là où vibrent la vie et la beauté du monde. Partout, face à la langue d’un glacier ou dans le silence d’une clairière. Franz Weber fait partie des quelques Suisses qui resteront dans l’Histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

       

     

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  • Une femme d'action

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    Commentaire publié dans GHI - 03.04.19

     

    Je ne suis pas sûr d’épouser la vision de RFFA (imposition des entreprises), volet cantonal, véhiculée par Nathalie Fontanet, soumise au vote (au milieu d’une foule d’autres sujets) le 19 mai. Je n’aime guère la manière dont les milieux libéraux, sous prétexte de conjurer l’exode des multinationales vers le canton de Vaud, nous mettent le couteau sous la gorge, prétendant que l’Apocalypse nous attend en cas de non.

    Je ne partage sans doute pas la position de notre ministre des Finances. Mais j’admire son énergie, sa volonté d’action, sa lucidité dans le combat. Voilà une conseillère d’Etat qui prend son bâton de pèlerin, parcourt les communes, les associations, la plupart du temps le soir, pour aller convaincre citoyens et citoyennes.

    C’est exactement comme cela qu’il faut faire de la politique. Se porter physiquement vers les gens, aller à leur rencontre, mener bataille. La campagne de Nathalie Fontanet m’en rappelle une autre, que j’ai couverte jour après jour, pendant des mois, lorsque j’étais correspondant au Palais fédéral : celle de Jean-Pascal Delamuraz en vue de la votation du 6 décembre 1992 sur l’Espace économique européen.

    Delamuraz, au final, avait perdu. Mais il s’était battu avec un courage exemplaire, au nom de sa conception de l’intérêt supérieur du pays. Toutes proportions gardées, Nathalie Fontanet mène un combat similaire. On partagera ou non son choix politique, mais on devra bien reconnaître la dimension d’Etat de son combat.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'Entente menacée de surdité

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.04.19

     

    Lorsque la politique est laissée aux partis, le citoyen se trouve spectateur des petits jeux d’alliances ou de mésalliances entre les uns et les autres. Apparentements, ruptures, réconciliations font le bonheur des chroniqueurs, et on parle de tout sauf de l’essentiel : santé, primes maladie, logement, mobilité, emploi, retraites, bref les thèmes, ceux qui concernent vraiment la vie des gens. Dans cette page, depuis des années, j’ai choisi de privilégier les thèmes, sans trop m’attarder sur la petite cuisine des politiciens entre eux, certes beaucoup plus aisée à raconter, mais finalement tellement vaine, car éloignée des soucis des gens. D’autant que mon credo, vous le connaissez : la politique des partis, avec des candidats à des élections, tout ce petit jeu de la démocratie « représentative », va laisser la place, d’ici un siècle ou deux, à une forme de démocratie totale, à inventer au fil des générations, dont la pierre angulaire sera le citoyen ou la citoyenne, et non plus l’homme ou la femme politique. Mais c’est de la musique d’avenir.

     

    En attendant ce jour, considérons tout de même le péril dans lequel se trouve l’Entente, cette alliance genevoise octogénaire (années trente) entre les libéraux, les radicaux et la démocratie chrétienne. Elle est en danger, parce que le PDC, note le Matin dimanche du 31 mars, menace de partir aux élections fédérales du 20 octobre sans s’apparenter avec le PLR. Et ce ne serait que la première étape d’une émancipation menant le PDC vers une nouvelle coalition, bien au centre, par exemple avec le PCD (Parti Citoyen Démocratique, nom genevois du PBD) et les Verts libéraux. Bref, le PDC, parti de la famille, pourrait divorcer du PLR, et se remarier – ou tout au moins fricoter - avec d’autres.

     

    Le PDC genevois a évidemment le droit de faire ce qu’il veut. Mais un examen de la situation révèle tout de même bien des contradictions dans ses appétits stratégiques. Prendre sa liberté, mais pas vraiment pour l’élection au Conseil des Etats***, qui affiche un duo PLR-PDC (Hugues Hiltpold, Béatrice Hirsch). Se payer une aventure avec de nouveaux alliés, vêtus de probité candide et de lin climatique, jeunes et urbains, branchés, étincelants de mode et de thèmes en vogue. Mais, sur le fond, l’économie par exemple, les relations avec le patronat, demeurer tout de même dans le giron nourricier de l’Entente. Le beurre, l’argent du beurre, la crémière, et de surcroît le grand frisson climatique. Que du bonheur, non ?

     

    A la vérité, le comportement du PDC genevois, tout à la jouissance de son vertige centriste, rappelle celui des Saxons, lors de la Bataille de Leipzig, cette fameuse « Bataille des Nations », du 16 au 19 octobre 1813, qui constitue, plus encore que Waterloo, la plus grande défaite de Napoléon. Le 18 octobre, sur le coup de 17h, les Saxons se sont retournés contre l’Empereur. Ce fut décisif, dans le sort du combat. Pendant des années, ils avaient partagé sa gloire, et les avantages de l’alliance. Et puis, d’un coup, ils ont regardé ailleurs. Chaque fois que je passe à Leipzig, je pense à eux. Avec un enthousiasme relativement mesuré. Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

    *** Sur ce point, le président du PLR, Bertrand Reich, a clarifié les choses, sans la moindre ambiguïté, lundi soir sur le plateau de GAC.

     

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  • Climat : l'aubaine

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    Commentaire publié dans GHI - 27.03.19

     

    La percée des Verts, ce dimanche 24 mars, aux élections cantonales zurichoises, donne des ailes à ce parti : porté par le thème de la lutte contre le réchauffement climatique, il se voit déjà pulvériser tous les records, aux élections fédérales du 20 octobre. Avec un groupe parlementaire sérieusement étoffé. Et, pourquoi pas, un conseiller fédéral.

     

    Y parviendront-ils ? Nous verrons. Ce qui est sûr, c’est que l’actuelle focalisation des esprits sur tout ce qui touche au climat va dans le sens des Verts. Quand on voudra bien élaguer un peu, dans la forêt d’arguments sur les gaz à effet de serre, la part de pesanteur morale, plus étouffante encore que le thème lui-même, on sera bien obligé, en vieux routier de l’observation politique, de reconnaître une chose : la grande affaire climatique constitue, pour les Verts, en Suisse comme ailleurs, une formidable aubaine électorale. Comme, en 2011, Fukushima.

     

    Comme citoyen, je veux bien que les Verts profitent de l’aubaine : on prend le vent là où on peut, là où il vient. Je veux bien qu’ils marquent des points sous la Coupole, cet automne. Je veux bien qu’ils entrent au Conseil fédéral. Mais de grâce, qu’ils nous épargnent le coup de la morale. Comme si eux n’étaient pas, à l’image de tous les politiques, mus par l’instinct de l’opportunité, le goût du pouvoir, la récupération des vents. Il est vrai qu’en termes de récupération, les Verts sont rois. Et, paraît-il, exemplaires.

     

    Pascal Décaillet

     

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