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  • Le confinement n'est pas un thème !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.04.20

     

    Désolé si je jette un froid, mais je considère qu’on parle beaucoup trop du confinement. Je ne porte pas, ici, de jugement sur les décisions sanitaires de nos autorités. J’en porte un – et il est sévère – sur les décisions économiques, notamment l’ordre linéaire, sans nuances ni discernement, de fermer des dizaines de milliers d’entreprises, y compris celles où le respect des distances réglementaires ne pose aucun problème. Mais je note une chose : on érige beaucoup trop le confinement en sujet de conversation, de journal intime, de réflexions partagées. Alors qu’à mes yeux, le confinement n’est pas un thème.

     

    Le thème, c’est la situation économique désastreuse dans laquelle nos autorités ont aveuglément jeté la Suisse. Le thème, c’est l’urgente nécessité de se retrousser les manches, pour relever notre pays. Le thème, c’est la survie de nos entreprises, qui étaient encore, voici quelques semaines, parmi les plus compétitives du monde. Le thème, c’est laisser entreprendre les entrepreneurs, les laisser travailler, leur foutre la paix avec la paperasse et les formalités, les laisser vivre, respirer, exister. A commencer par les indépendants, les toutes petites entreprises, deux ou trois personnes, parfois une seule, mais habitées par la fougue. Ce sont ces gens-là qui relèveront notre pays.

     

    L’effet pervers, sur lequel l’Histoire portera un regard sévère, c’est la complaisance opérée par le confinement sur les âmes et les consciences. Lorsqu’on est salarié, et que le salaire tombe à la fin du mois, ou même lorsqu’on est chômeur, avec 80% du salaire pendant deux ans, on peut sans doute mieux prendre son mal en patience, chez soi, que si on est indépendant, privé de tout revenu par décision d’en haut, angoissé pour la suite. Il ne s’agit pas d’ériger une catégorie de notre peuple contre une autre, la solidarité exige l’union. Mais enfin, il ne s’agit pas non plus, pour autant, de taire une ligne de fracture majeure entre deux systèmes de rémunération, deux rapports au monde du travail. C’est peu dire que la seconde catégorie trouvera moins de délices à tenir son journal du confinement, à faire du style sur une situation sans précédent, où chacun, sans l’avoir voulu, se retrouve reclus chez soi.

     

    Alors oui, je viens crier ici que le confinement n’est pas un thème ! Nous devons bien sûr respecter les consignes. Mais rien ne nous empêche, tout en les appliquant, d’exercer notre esprit critique ! Nos autorités, fédérales ou cantonales, nous ont imposé des normes de distance, d’hygiène, de précautions, fort bien. Elles ne nous ont pas interdit de penser ! Ni de nous exprimer, dans l’espace public, pour parler d’autre chose que de notre quotidien de confinés ! Ni d’exprimer des désaccords sur les décisions économiques. Ni d’exhorter nos législatifs, qui roupillent, à reprendre leur boulot, sous une forme ou sous une autre ! En bref, nous avons mieux à faire que raconter nos confinements. Par exemple, entreprendre toutes choses pour reprendre au plus vite le boulot. Histoire de sauver notre pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Toulon, novembre 42

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.04.20

     

    Résumons. Nous avions, il y a encore un mois, l’une des meilleures économies du monde. Nos autorités, pour des raisons que nous ne jugerons pas ici, ont décidé de la foutre en l’air, purement et simplement, et envoyant tout le monde à la maison. Elles vident les caisses des entreprises, laissent fondre les épargnes des individus, mais multiplient les conférences de presse pour nous promettre que tout cela sera compensé, au mieux.

     

    Nous assistons, sans rien pouvoir faire, à un sabordage qui n’est pas sans rappeler celui de la Flotte française à Toulon, en novembre 1942 : pour la bonne cause, on bazarde l’outil du combat, les armes du salut. On le laisse couler, mais on vient aussitôt nous échafauder mille plans, sur mille comètes, pour que tout s’arrange peu ou prou. En attendant, les navires coulés gisent dans les sables, en fond de mer.

     

    Économiquement, la Suisse procède à l’opération la plus surréaliste de son Histoire. Elle appauvrit le peuple, pour mieux venir lui faire l’aumône. Elle paralyse un système incroyablement performant, mais nous tient déjà des discours sur le retour au mouvement. Elle tue, puis nous annonce la résurrection.

     

    La perversité de ce double mouvement, détruire puis panser les plaies, fera l’objet, plus tard, d’une foule de thèses de doctorats, d’études et d’ouvrages. L’Histoire jugera, il est possible qu’elle se montre sévère. Pour l’heure, serrons les coudes. Et surtout, gardons notre esprit critique. Cela, aucun expert de Berne ne pourra nous l’ôter.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Ne sabordons pas l'économie suisse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.04.20

     

    Je m’exprime ici comme citoyen, mais aussi comme petit entrepreneur. Sensible à la fragilité de l’économie, à l’interdépendance entre les secteurs, à la chance que nous avons, en Suisse, d’avoir hérité de nos parents, de nos grands-parents, un pays solide et prospère. Nous sommes un peuple travailleur. Nous sommes des gens fiables. Nous ne comptons pas nos heures. Nous sommes ponctuels. Nous respectons les délais. Nous sommes des citoyens responsables : lorsqu’on nous demande s’il faut une hausse d’impôts, nous sommes capables de répondre oui ! Et nous disons non à une sixième semaine de vacances ! Lorsque je dis « nous », ce ne sont pas seulement les Suisses, mais aussi nos amis étrangers qui vivent et travaillent dans notre pays. Notre pays est respecté, dans le monde, pour son sérieux, la qualité de son travail, son souci de la finition, son respect des horaires, sa qualité d’intendance.

     

    Ces valeurs, qui peuvent faire sourire par beau temps, et même faire le bonheur des chansonniers, avec le bon vieux Suisse maniaque et ponctuel à l’extrême, prennent soudain du relief lorsque nous sommes en crise. Nous nous rendons compte que l’une des causes de notre prospérité, ce sont les qualités individuelles de chaque travailleur, chaque travailleuse de notre pays. Nous ne sommes pas des approximatifs : lorsque tout va bien, ça fait un peu ennuyeux, mais lorsque tout se déglingue, notre souci de précision fait du bien. La qualité d’une économie, c’est avant tout le pacte de confiance entre ses acteurs.

     

    Voilà pourquoi j’enrage. Et nous enrageons tous ! Tout cet édifice de qualité, sabordé en quelques jours par les décisions que nous savons. Elles sont dictées par un impératif sanitaire, que je ne juge pas ici. Je ne suis pas virologue, pas plus que climatologue ; je suis juste un petit entrepreneur, et un citoyen. J’enrage, parce que l’immobilisation de toute une économie, la paralysie dictée d’en haut, par des gens à Berne, de centaines de milliers de personnes qui ne demandaient qu’à travailler, est en train de saborder, sous nos yeux impuissants, l’une des économies les plus compétitives du monde. Saborder le travail de nos pères, de nos mères, de nos ancêtres. Il nous faudra des années pour nous relever ! Quand on a consacré toute sa vie à travailler, je peux vous dire qu’on a les boules : des centaines de milliers d’entre nous ont la rage au cœur !

     

    La priorité est évidemment, aujourd’hui, à la lutte contre le virus. Elle est à la solidarité, à la compassion avec les malades, à l’immense reconnaissance pour le personnel soignant. Mais très vite, il faudra se retrousser les manches. Nous aurons, tous ensemble, à reconstruire l’économie suisse. Puissions-nous le faire sur des bases de justice sociale, de partage, en mettant l’économie au service de l’humain, et non le contraire. Pour ma part, ce travail commence déjà maintenant, en pleine crise. En multipliant les bourses aux idées, en donnant la parole à toutes les bonnes volontés. Nous aurons raison de la crise. Nous reconstruirons l’économie suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Deuxième tour : oui !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.03.20

     

    Bien sûr qu’en pleine crise sanitaire, le second tour (prévu le 5 avril) des élections dans nos Mairies n’est pas la préoccupation no 1 de la population ! Les gens sont confinés. Ils doivent contempler le printemps de chez eux, voir de loin les arbres fleurir, ronger leur frein, nettoyer leurs parquets pour la centième fois, alors ne venez pas trop leur parler de conseillers administratifs, ils savent à peine ce que c’est.

     

    Et pourtant ! La crise, un jour (le plus tôt possible, nous l’espérons tous !), passera. Mais les élus dans nos 45 exécutifs communaux seront en place, dès le 1er juin 2020, pour cinq ans. Aussi dérisoire cette élection puisse-t-elle paraître, en comparaison de ce que nous vivons actuellement, elle doit tout de même avoir lieu, et le Conseil d’Etat a eu raison de la maintenir.

     

    Plus largement, et n’en déplaise à ceux qui ont toujours détesté la politique, les institutions, les lois, la vie de la Cité ne doit en aucun cas s’arrêter. Ralentir, oui. Remettre à plus tard les enjeux moins importants, privilégier l’essentiel. Mais il serait catastrophique de la voir disparaître des radars.

     

    A cet égard, la mise en congé, aux allures d’auto-dissolution temporaire, de nos législatifs, aux trois échelons de notre vie politique suisse (fédéral, cantonal, communal), n’était pas la solution à choisir. Vous allez voir comme les exécutifs vont très vite s’y habituer, multiplier les décisions par ordonnances ou arrêtés, bref se passer des Parlements. Malgré toutes les impulsions prétoriennes qui, parfois, me traversent, je ne pense pas que cela soit conforme aux intérêts supérieurs de notre pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Le virus et Beethoven

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    Commentaire publié dans GHI - 18.03.20

     

    Le danger, lorsque nous sommes confrontés à une crise majeure, du type de celle que nous traversons, c’est de la transformer en thème unique, voire obsessionnel, de conversation. Rien ne nous y oblige ! Il faut certes en parler, avec tout le sérieux requis, informer au mieux la population, répondre aux questions des gens, transmettre les consignes. Mais par pitié, rien ne nous interdit de parler d’autre chose !

     

    Dimanche soir, après avoir couvert avec mes collègues les élections municipales, j’ai écouté la Missa solemnis, de Beethoven, sur Mezzo. Puis, une extraordinaire interview du chef d’orchestre, René Jacobs, sur les circonstances de l’écriture de cette Messe par l’un des deux ou trois plus grands compositeurs de l’Histoire humaine. C’était d’une précision, d’une érudition musicologique, à couper le souffle. Et ça nous prouvait qu’un grand chef, ça n’est pas seulement des choix de tempo, mais une vie entière de culture musicale.

     

    Pourquoi je vous raconte cela ? Parce que Beethoven et René Jacobs, après une journée passée dans le cambouis du concret, m’ont incroyablement lavé l’esprit. Parce qu’il y a le virus, c’est vrai, et qu’il faut en parler, et appliquer les directives. Mais aussi, parce qu’il existe, à côté du virus, avant et après le virus, un homme qui s’appelle Beethoven, cet esprit constamment en mouvement, qui a fait progresser le génie humain à des galaxies de la force de frappe du virus. Alors, s’il faut parler de l’un, parlons aussi de l’autre ! Et nous verrons bien qui gagnera. Bon courage à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Solitaires ? Oui, mais solidaires !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.03.20

     

    La crise que nous traversons place chacun d’entre nous dans une situation totalement inédite. Nul, il y a encore trois semaines, n’aurait pu en prévoir l’ampleur. Voilà qu’on nous appelle à demeurer chez nous, le plus possible. Limiter les déplacements. Nous tenir à distance les uns des autres. Ecoles fermées, cinémas, théâtres, salles de concerts. Pas de rassemblements. Faire nos courses, mais sans nous précipiter pour faire des réserves, comme si nous étions en pleine guerre. On sait que les hôpitaux font le maximum, produisent un travail admirable, avec un personnel qui lutte contre la fatigue. A ces gens, nous devons penser en priorité. Ceux qui sont malades, ceux qui les soignent.

     

    Appelés à être solitaires, nous sommes pourtant investis du devoir de nous montrer solidaires. Les deux mots se ressemblent, cela me frappe depuis des décennies. On pourrait y voir un paradoxe. Et pourtant ! Beaucoup d’entre nous, peut-être une majorité, sont des hommes et des femmes seuls, et cela bien avant la crise actuelle. Seuls chez eux. Seuls face à leur écran. Seuls dans leur tête. Mais la solitude, en aucune manière, ne signifie désintérêt, ni absence d’empathie, pour l’autre. A l’inverse, on peut être grégaire, toujours dans des grappes humaines, ou dans des foules, sans pour autant se sentir en communion avec son semblable. Méfions-nous des apparences.

     

    On nous invite à rester chez nous, ne pas frayer physiquement, pendant un certain temps, avec d’autres humains. Soit. Mais la vie est là, la vie oui, dans sa totalité, visible et invisible. La communauté des humains ne se réduit pas à leur capacité à produire de la foule, mais à sentir, en soi, ce qui nous relie en profondeur. Nous ne pouvons pas trop nous voir, nous toucher, pendant une période. Mais enfin, nous pouvons nous parler, nous écrire, nous entraider pour des choses très pratiques. Jusqu’à nouvel ordre, le virus n’a rien à voir avec celui des ordinateurs : nous avons là, tout de même, un prodigieux outil de communication à distance, nous aurions tort de nous en priver.

     

    De même, les réseaux sociaux. Je suis, vous le savez, un partisan très vif de ces nouveaux outils de communication. On peut les utiliser pour le pire : étalage de vie privée, curiosité malsaine, délation, effets de meute. Mais ils peuvent, tout autant, servir au meilleur : informer les gens, écrire et découvrir des textes, partager des émotions culturelles, ouvrir le débat. Notre solitude est donc toute relative ! Et autrement nourrie que celle d’un confiné du dix-neuvième siècle ! Pour ma part, et pour reprendre un mot célèbre – et magnifique – de François Mitterrand, je crois aux forces de l’esprit. Il a pu m’arriver, il y a une quinzaine d’années, de ne pas être, pendant de longs mois, au sommet de ma force physique : je ne me suis jamais senti aussi entouré d’humanité, visible ou invisible, qu’en cette période. Je souhaite à chacun d’entre nous le courage, la force morale, et aussi la capacité d’humour et de dérision pour traverser ces temps particuliers. De grâce, ne baissons pas les bras !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le Nil, l'Amazone

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.03.20

     

    Le 1er novembre 1974, j’avais seize ans, je suis allé voir Georges Marchais, le tonitruant Premier Secrétaire du Parti communiste français, dans un meeting à Plainpalais. Soirée inoubliable, mon premier contact avec le Parti du Travail, qui fêtait ses trente ans, et recevait l’illustre Français. Discours interminables, autant de Jean Vincent, notre communiste suisse aux dons d’orateur remarquables, que de Marchais lui-même. Discours-fleuves : le Nil, l’Amazone.

     

    Ce qui m’avait frappé, c’étaient les échauffourées entre jeunes, à l’entrée du meeting. Quelques droitistes aux ergots de jeunes coqs étaient venus défier les jeunes communistes, des noms d’oiseaux avaient été échangés, j’avais pu me faufiler pour pénétrer dans la salle, on avait frôlé l’échange de coups. La gauche dure, contre la droite dure : un frisson d’années 30, avec les ombres fugaces d’Oltramare et de Léon Nicole.

     

    Aujourd’hui, les jeunes ont changé. Je fréquente de très près la jeunesse politique genevoise, tous partis confondus. J’ai déjà dit, et je répète, que globalement, ces garçons et ces filles m’impressionnent par leur maturité, leurs tonalités. Ils ne sont pas là pour casser l’équipe adverse, mais pour construire, avec eux, dans une ambiance remarquable de respect mutuel, la société de demain. Ils disent leurs désaccords, mais n’attaquent pas les personnes. Au centre, ils placent le contenu, le projet politique. A cette jeunesse qui pourrait nous en apprendre, je dis bravo.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Contrôler les flux !

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    Commentaire publié dans GHI - 04.03.20

     

    Personne, à moins d’être fou, n’a jamais demandé que la Suisse ferme ses frontières. Mais de plus en plus de gens souhaitent une régulation de l’immigration vers la Suisse. Réguler, ça n’est pas arrêter : c’est contrôler les flux, en fonction de critères décidés par soi-même, non par les autres.

     

    Chaque pays, indépendant et souverain, a non seulement le droit, mais aussi le devoir de contrôler son immigration. Chaque pays décide de ce qu’il peut accepter, en quantité, en fonction de ses capacités territoriales, démographiques, économiques. Il n’y a là nulle espèce de xénophobie, c’est juste une protection de ses propres résidents, de la cohésion sociale interne à chaque peuple, qui nécessite sagesse, équilibre, aménagement du territoire, sens de la mesure.

     

    Nous voterons le 17 mai sur une « initiative de limitation », sans doute la plus importante depuis celle du 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Chacun d’entre nous jugera en conscience. Mais une chose est certaine : ni les menaces du patronat, ni celles de centrales syndicales plus attachées à l’internationalisme qu’à la défense des travailleurs suisses, ni la Sainte Alliance des grands partis politiques, ne remplaceront l’intime conviction de chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays. Chacun d’entre nous vote comme il veut. Il n’a aucune leçon à recevoir de personne. Il est seul, face à l’urne. Il représente une part certes infinitésimale de l’ensemble. Mais souveraine. Et indivisible.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Coronavirus : notre immense fragilité d'humains

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.03.20

     

    Nous voilà donc confrontés à une épidémie. Qui d’entre nous, il y a seulement quelques semaines, aurait été capable de le prévoir ? Nous n’avons rien vu venir, juste pensé un moment que le mal se cantonnerait à la Chine. Et là, il est chez nous. Les proportions, à l’heure où j’écris ces lignes, sont encore modestes dans notre pays. Les autorités ont pris des mesures, dont certaines spectaculaires, chacun jugera. Notre pensée première va aux victimes. Celles d’ici, celles d’ailleurs : un humain est un humain, chacun à mes yeux en vaut un autre. Et la mort chinoise, si lointaine pour nous, vient faucher les existences, endeuiller les humains, tout comme la mort d’ici.

     

    Notre deuxième pensée, en importance et en chronologie, doit se diriger vers toutes les personnes, à Genève et ailleurs, qui vont souffrir économiquement des décisions annoncées par le conseiller fédéral Alain Berset. On aime ou non le Salon de l’Auto, je ne m’y suis pour ma part plus rendu depuis au moins quarante ans, mais une chose est sûre : cette manifestation entraîne d’inestimables retombées pour l’économie genevoise, hôtellerie, restauration, sous-traitants, petits boulots pour étudiants, etc. Le manque à gagner sera considérable. A ces habitants de notre canton, qui vont beaucoup perdre à cause d’une mesure de prévention, nous devons dire notre solidarité. Et sans doute les autorités cantonales devront-elles imaginer un mécanisme de compensation.

     

    Pour le reste, la crise que nous traversons amène chacun d’entre nous à se poser l’une des questions les plus fondamentales pour un humain : son rapport à l’autre. Déjà, on nous invite à éviter les foules. Pas trop de mains serrées, encore moins d’accolades, de l’hygiène, de la retenue. Là encore, chacun jugera. Mais cet appel à la distance ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le rapport que toute personne, dans notre communauté humaine, entretient avec l’altérité. La Chine, provenance réputée du mal en question, n’est-ce pas l’autre par excellence, le lointain, le dissemblable ? Le malade, le contaminé, doit-il cesser d’être notre frère, notre sœur, sous prétexte qu’à son corps défendant, il véhiculerait le mal ?

     

    A vrai dire, le coronavirus nous brandit un miroir : celui de notre immense fragilité d’humains. Jetés là, sur cette terre, entre naissance et mort, dans les aléas d’une existence dont nous ne maîtrisons pas grand-chose. Un soir, la foule sentimentale, innombrable et magique. Au matin du lendemain, on nous invite au confinement, peut-être à la solitude. Qui croire ? Et la sagesse, d’où viendrait-elle ? Des illuminations de l’ermite, ou des chaînes de transmission, entre les humains ? Et la joie, celle de cet inoubliable choral de Bach, cette joie appelée à « demeurer », d’où peut-elle surgir, si ce n’est d’une profonde acceptation de l’Autre ?

     

    Si cette crise épidémiologique pouvait, peut-être, susciter en chacun de nous l’une ou l’autre réflexion, on constaterait assez vite que le personnage principal, le seul qui vaille, n’est pas le virus. Mais l’être humain, sur la terre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Jacobins pète-sec

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    Commentaire publié dans GHI - 26.02.20

     

    Plongé à fond dans les élections municipales du 15 mars prochain, je n’ai jamais autant fréquenté les gens de nos Communes. J’ai déjà, ici, rendu hommage aux candidats. Mais je veux aujourd’hui aller plus loin : nos 45 Communes genevoises ont besoin de plus de considération, plus de liberté, plus d’autonomie, moins d’interventions tatillonnes du Canton, moins de jacobinisme.

     

    Il n’est pas normal que la Commune genevoise, en 2020, ait si peu de pouvoir en comparaison intercantonale, qu’elle puisse être aussi facilement « recadrée » par les juristes ou les fonctionnaires de la Couronne cantonale, qu’un Maire ou un Conseiller administratif puisse être « révoqué », comme s’il était un employé de la fonction publique cantonale.

     

    Sur la Commune, la Constituante n’est pas allée jusqu’au bout de son travail. Cet échelon de proximité, le premier entre tous, dont l’existence historique est bien antérieure à celle du Canton, doit s’affranchir des petits jacobins pète-sec de l’administration cantonale. Pour cela, il nous faudra bien sûr amender la Constitution, par exemple par la voie d’une initiative.

     

    Un Maire, un Adjoint, un Conseiller administratif, un Conseiller municipal sont des élus du peuple. Leur légitimité, là où ils opèrent, ne doit rien avoir à envier à celle d’un élu cantonal. Dans leur Commune, les élus doivent être souverains. C’est cela, l’enjeu premier de la politique communale à Genève pour 2020-2025. Au-delà des noms ou des partis que vous choisirez, en toute liberté, de glisser dans l’urne.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ville de Genève : la Croisière s'amuse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.02.20

     

    C’est un peu comme un Vaisseau fantôme. Un navire à la dérive. Il se laisse porter sur les flots. L’exécutif de la Ville de Genève, qui vit les dernières semaines d’une législature de cinq ans, multiplie les décisions les plus étrangères à son mandat. Il interfère dans la souveraineté française, en entreprenant des démarches officielles contre une autoroute dans le Chablais. Il se mêle de modifier des signaux universels de circulation. Il débaptise les noms de rues. Il se pointe en première ligne de toutes les questions mondiales concernant les droits de l’homme. Il moralise la planète. Il instruit l’univers de la lecture genevoise du cosmos, des lois de la gravitation, pour un peu corrigerait Newton et Einstein, amenderait la pesanteur, rappellerait que Genève est le centre du monde. Comme si nous en avions douté !

     

    On ne lui en veut pas. Ce quintette est sympathique, attachant, juste un peu lourd sur les notes de frais. Il aurait pu nous emmener en taxi sur la Marne ou sur Tobrouk, nous déniaiser à la Coupole, nous vendre du vent au prix du pétrole, nous n’y aurions vu que du feu. Sur les cinq, un seul (Sami Kanaan) se représente, alors déjà les souris dansent. C’est un peu comme une classe d’école, en juin, les derniers jours avant les vacances d’été. Il fait beau, les journées sont longues, on tombe amoureux matin et soir, on se dit que l’éternité est si belle qu’il faut la mordre au plus vite. Alors voilà, dans l’équipe de rêve qui gouverne la Ville depuis cinq ans, la Croisière s’amuse. On a mis la musique sur le pont, on danse, on rit, on défie les étoiles, on a juste oublié de laisser un pilote à la barre. Le cockpit est vide, mais la vie est si belle.

     

    Bien sûr, la nouvelle équipe, dès le 1er juin, reprendra le gouvernail. D’ici là, on s’occupe de tout, sauf du bateau lui-même. Surtout pas de décisions politiques, c’est vulgaire ! Non, des sujets de société, tellement dans l’air du temps. Il faut qu’ils tournent autour du climat, du féminisme, de la mobilité douce. Que certains de ces sujets ne dépendent en rien du rayon d’action de la Ville de Genève, aucune importance ! Il faut savoir s’extraire du champ, sortir du cercle, intimider les géomètres, se laisser guider par les courbes, faire rougir les chiffres. Ainsi, on aura été moderne. Urbain, au-delà des rêves les plus fous du bobo, sur son vélo électrique. S’ingérant dans les affaires françaises, on aura montré la vanité des frontières, l’universalité des rêves, l’archaïsme des nations, l’incroyable ringardise de ceux qui veulent encore y croire. Sur le pont du navire, on aura dansé, virevolté, annoncé la fin des récifs et des tempêtes. Aux successeurs, ceux d’après le 1er juin, entrés dans l’Histoire par le Port Noir, on aura laissé le soin de tout reprendre à zéro. Aller faire un tour dans la salle des machines. Définir un cap. Reprendre en mains l’équipage. Mais ça, ce sera dans une autre vie. Juste après le Déluge.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Citernes : agir, vite !

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    Commentaire publié dans GHI - 19.02.20

     

    Qui, à Genève, ne connaît les citernes de Vernier ? Il suffit de passer par l’autoroute de contournement, à votre droite direction France, pour frôler ces immenses réservoirs, qui occupent le paysage depuis des décennies. On savait déjà qu’ils n’étaient pas là pour l’embellir. On sait depuis quelques jours, grâce au Temps, qu’un projet d’attentat les visait.

     

    Il suffit de joindre ces deux mots, « citernes », « attentat », pour imaginer le pire. La zone habitée est proche, mais aussi le réseau routier, des bureaux, et surtout l’aéroport. On n’est ni en plein désert, ni en rase campagne, ni même (comme dans les années soixante) en périphérie industrielle. Non, les citernes, avec le développement des cinquante dernières années, sont maintenant au cœur d’un tissu urbain, ou tout au moins périurbain.

     

    Un homme politique verniolan, courageux et solitaire, lance l’alarme depuis longtemps. Stéphane Valente, homme de cœur et d’engagement, avait même entrepris, il y a quelques années, une grève de la faim pour que Vernier puisse se débarrasser de ses citernes. Sur le moment, dans sa commune et au niveau cantonal, on avait entendu quelques engagements, assez vagues. Et puis, plus rien.

     

    Nous sommes en février 2020. Les citernes sont toujours là. On nous dit que leur déménagement serait fort complexe et prendrait de longues années, tant d’échelons (y compris fédéraux) étant concernés. On veut bien. Mais il faut maintenant que Genève agisse, et vite. On ne peut traîner, lorsque des vies humaines pourraient être en jeu.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Vie privée, sanctuaire inviolable !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.02.20

     

    J’ai toujours été un défenseur acharné du respect de la vie privée. Celle des politiques, mais pas seulement ! Toute vie privée, de tout humain. Plus précisément : toute part de vie, que tel humain souhaite garder privée. Dans l’ordre politique, je répète depuis trente ans que la vie privée ne nous regarde pas. Nos élus, nous devons les juger sur leur action publique : ont-ils tenu leurs promesses électorales, ont-ils été capables de réformer, faire avancer une situation, débloquer des contentieux, bref servir le bien public ? A partir de là, leurs choix personnels, familiaux, leurs préférences sexuelles, tout cela les regarde, et doit laisser parfaitement indifférents les citoyennes et citoyens que nous sommes. A condition, bien sûr, que la loi soit respectée. La loi, en République, doit être notre seul critère, pas la morale.

     

    Prenons l’affaire Griveaux. Il ne s’agit pas, comme on a pu le lire, d’un « scandale sexuel ». Ce qu’a fait cet homme, à notre connaissance, n’est pas illégal. Non, le vrai scandale est qu’une vidéo à caractère strictement privé ait pu se trouver duplifiée des milliers de fois dans l’espace public, et que cette horreur ait poussé un candidat à la Mairie de Paris à se retirer de la compétition. Je ne suis pas citoyen de la Ville de Paris, mais, si je l’étais, je ne jugerais ce candidat que sur son aptitude, à mes yeux, à faire avancer la Ville-lumière : mobilité, logement, finances, chantiers culturels, grands projets, etc. Le reste me serait parfaitement égal. Je tenais déjà ce discours lors de l’affaire Mark Muller, qui pour moi n’en était pas une, n’aurait jamais dû en être une.

     

    A des années-lumière de M. Griveaux, je vais vous parler d’un autre homme, l’un de ceux que j’admire le plus dans l’Histoire contemporaine de la France. Il s’appelle Pierre Mendès France (1907-1982), il a été Président du Conseil entre le 18 juin 1954 et le 5 février 1955 : moins de huit mois ! Pendant cette période, courte et intense, cet homme austère, au physique peu flamboyant, au charisme discret, orateur moyen, s’est imposé, par sa rigueur et son imagination, comme l’un des plus grands dirigeants d’un gouvernement français, depuis la Révolution. De cet homme, croyez-moi, je sais tout, ayant tout lu sur lui. Tout, sauf une chose : je ne connais quasiment rien de sa vie privée ! D’abord, parce que lui-même en faisait très peu état. Aussi, parce que l’action publique m’intéresse autrement que la vie familiale, ou sexuelle, de tel ou tel. Cet homme, je l’admire parce que, dans son discours d’investiture, le 18 juin 1954, il a pris des engagements précis, concernant notamment la Guerre d’Indochine. Et, au jour près, il les a tenus. Voilà, chers amis, ce qui doit nous intéresser suprêmement dans la politique : la capacité d’un homme, ou d’une femme, ou d’une équipe, à tenir parole, emporter ce sentiment si rare qu’on en vient à le quérir désespérément : notre confiance. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • La Culture, partout !

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    Commentaire publié dans GHI - 12.02.20

     

    Genève, c’est une belle et grande ville, que nous aimons tous. Je ne pourrais m’imaginer vivre ailleurs. Mais Genève, c’est en tout 45 communes, toutes passionnantes ! La culture à Genève, ça n’est pas seulement le Grand Théâtre. C’est aussi la musique à Lancy, animée avec tant de fougue par Michel Bovey. Ou encore, les Spectacles onésiens, dont s’est si admirablement occupée Mme Schnyder-Masmejan. Ou les Concerts du Lignon. Ou les offres remarquables à Meyrin, Carouge, Chêne-Bourg, Thônex, pour ne prendre que quelques exemples. La culture, ce sera peut-être un jour un tout nouveau pôle à Châtelaine, notamment pour la danse, pour lequel se battent Martin Staub et Me Romain Jordan.

     

    Bref, la culture est partout dans le canton, et c’est très bien ainsi. Elle doit l’être encore davantage, principalement dans les communes. Il faut arrêter, quand on parle et on pense culture, de limiter son regard au centre historique et patricien. Pensons à Patrice Chéreau, cet artiste d’exception, et à ce qu’il avait réussi à faire de Nanterre, avec son Théâtre des Amandiers : la culture pour tous ! Et quelle culture : l’un des plus grands dramaturges de France avait fait rayonner de mille feux ce qu’il est convenu d’appeler une « Cité ».

     

    La même chose, le pari de Patrice, dans tout son orgueil et toute son ambition, doit exister dans nos communes genevoises. Plus elle est défavorisée, plus l’horizon culturel doit être là. J’y crois, dur comme fer. Par amour de Genève. Et par passion culturelle.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'immigration : mais parlons-en !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.02.20

     

    Il y a deux semaines, nous évoquions ici la question passionnante et cruciale de la croissance à Genève. Quel type de croissance ? Comment la contrôler ? Comment construire des quartiers humains et vivables, où les gens ne soient pas entassés dans des cités-dortoirs, mais puissent partager leurs existences, pratiquer sports, loisirs, culture, sans se sentir en perpétuelle périphérie d’un centre historique. La question se posait déjà pour les architectes et urbanistes des années 50 et 60, ceux qui ont imaginé, dessiné, puis construit le Lignon, Meyrin, Lancy, Onex, Vernier, les Tours de Carouge, bref ceux qui ont dû donner des réponses concrètes et construites au baby-boom des Trente Glorieuses, ces années de croissance incroyable de l’après-guerre. L’Histoire de ces architectes, ingénieurs, entrepreneurs, est captivante.

     

    J’ai grandi dans cette Genève-là. D’abord, cinq ans et demi, dans la ville historique, au bord du lac, puis seize ans dans un Lancy en pleine expansion. Globalement, cette croissance fut maîtrisée. Rien à voir avec certaines « cités » autour de Paris, Lyon ou Marseille. Mais aujourd’hui, nous devons à nouveau, en profondeur, penser la croissance. M. Hodgers appelle à juste titre à une telle réflexion. Ce ne sera pas facile : à deux reprises, cet automne puis ce dimanche 9 février 2020, le corps électoral a refusé des projets de « déclassements », donc de constructions. Dimanche, c’était dans la région de Cointrin, sur les communes de Meyrin et Vernier. Ces refus, impérativement, doivent être pris en compte. Ils ne signifient pas que le corps électoral ne veut pas construire, mais que la question de la qualité de vie, dans les nouveaux quartiers, est centrale. Nous n’allons tout de même pas nous en plaindre : il s’agit des logements de nos enfants, de nos petits-enfants !

     

    Le futur habitat genevois ne saurait, chacun l’a compris, se contenter d’immeubles-barres. Nous n’en avons pas trop à Genève, tant mieux. Mais, puisque le ministre souhaite une réflexion en profondeur, il ne pourra en aucun cas faire l’économie, dans les états-généraux sur la croissance genevoise, de la question migratoire. Genève n’est pas extensible à souhait, elle doit demeurer un lieu où il fasse bon vivre, avec une proportion raisonnable entre nombre d’habitants et surface disponible. Nos terres agricoles, nos forêts, nos zones naturelles, nos biotopes animaux et végétaux, doivent absolument demeurer. Cela ne sera pas possible sans se poser, avec honnêteté et réalisme, la question de l’immigration. Il ne s’agit pas de fermer les frontières, mais de réguler les flux migratoires en direction de notre canton. Ce thème, l’initiative Ecopop l’avait, en son temps, mis sur la table, peut-être pas comme il fallait, mais sur le fond, elle visait juste, même si elle remuait un tabou. Vouloir faire, dans le nécessaire remue-méninges qui s’impose autour de la croissance, l’économie de la question migratoire, sous prétexte qu’elle dérange, constituerait une erreur historique. De grâce, ne la commettons pas !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Vive la Commune, vivent les Maires !

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    Commentaire publié dans GHI - 05.02.20

     

    Je vais vous dire une chose : il faut vraiment avoir le moral pour siéger dans un Conseil municipal ! Pour ceux qui, dès leur enfance, furent initiés à la politique par les Mémoires de Guerre de Charles de Gaulle, ou la Vie des hommes illustres de Plutarque, ou les récits des combats et des traités, c’est un sacré retour au concret que de suivre les discussions d’un délibératif communal. On y parle cadastre, canalisations, projets de constructions, aménagement des routes, mais aussi finances, centimes additionnels, plans localisés de quartier (les fameux PLQ), police de proximité, service du feu, locaux sportifs, événements culturels. Enfin, tout ce qui touche de près à la vie des gens. C’est moins romantique que les Mémoires d’Outre-Tombe, mais ça dit la vie, la vraie, les soucis des habitants : s’en préoccuper, avec bienveillance et précision, n’est-ce pas la grandeur des élus et édiles communaux ?

     

    Alors oui, je dis « Vive les Communes, vivent les Maires ! ». Nous avons, dans notre Canton, 45 communes : cela fait des centaines d’élus qui s’en occupent, entre les Conseils administratifs (exécutifs) et les Conseil municipaux (délibératifs). Des centaines de personnes qui consacrent du temps, en plénum ou dans les commissions, ou simplement par leur contact au quotidien, à la gestion du bien commun. Je les fréquente de près, ces temps, recevant nombre d’entre eux dans mes émissions sur Léman Bleu, une chaîne qui met le paquet sur la couverture de ces municipales. Eh bien les gens que nous recevons à longueur de semaines, avec mes confrères et consœurs, je vous le dis tout net, sont admirables ! Franchement, pour aller se coltiner, après une journée de boulot, les délibérations d’un Municipal, il faut passionnément aimer la chose publique. Ceux qui s’y lancent ne le font ni pour l’argent (ils n’iraient pas très loin, à part s’ils siègent à l’exécutif de la Ville, ou d’une très grande Commune !), ni pour la gloire. Ils le font, dans l’immense majorité d’entre eux, pour SERVIR.

     

    En voyant défiler ces concitoyens engagés, je me dis qu’au fond, l’enjeu premier n’est pas de savoir s’il faut les choisir à gauche ou à droite. Non, il est d’envoyer dans les Mairies, ou dans les Conseils, ceux d’entre eux qui se sentent le plus habités par cette idée, si haute et si noble, de service. On fait rarement la une des journaux dans les Municipaux, on demeure anonyme, mais on fait avancer la cause commune. Ces élus locaux, discrets et concrets, pourraient donner de grandes leçons à d’autres, ceux qui défrayent la chronique, cherchent la lumière. Alors, à Genève, soutenons la Commune ! Institutionnellement, elle mérite plus de pouvoir, plus d’indépendance du Canton, plus d’intérêt des cœurs et des âmes. Car elle est l’échelon premier : celui où le contact direct est possible, celui où le fruit de la promesse électorale est immédiatement visible. Le 15 mars, n’oubliez pas d’aller voter : nos 45 Communes en valent la peine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • L'homme qui tient bon

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.02.20

     

    Candidat du PLR à l’exécutif de la Ville de Genève, Simon Brandt revient de loin. Juste avant Noël, cet homme a vécu un cauchemar : arrestation par la police, avec un déploiement qui rappelle plutôt l’interpellation des adeptes du grand banditisme. Fouille complète. Interrogatoire serré. Cela, pour une affaire de violation du secret de fonction.

     

    Dans cette affaire, un volet judiciaire, sur lequel nous ne nous prononcerons pas. Mais aussi, évidemment, une résonance politique : Simon Brandt fut longtemps le lieutenant de Pierre Maudet, il prétend ne plus l’être, dont acte. Mais aussi, il est candidat à la Mairie de la deuxième Ville de Suisse, il suscite des jalousies, jusque dans son propre camp.

     

    Juste avant Noël, l’homme était proprement lessivé. Soufflé par ce qui lui était arrivé. On le serait à moins ! Et puis, courant janvier, lentement mais sûrement, nous eûmes à deux reprises le sentiment très net qu’il remontait la pente. Là où d’autres auraient flanché, il a tenu. Il est venu dans les débats, il s’est battu avec brio, il avait retrouvé son mordant.

     

    Un homme qui tient, un homme qui se bat, un homme qui ne capitule pas, mérite non seulement notre respect humain, mais aussi notre admiration politique. Plongé dans une affaire qui rappelle les premières pages du Procès de Kafka, l’homme a traversé la tourmente. Il a tenu. Et il est toujours là. Pour un candidat au stress d’un exécutif, c’est plutôt pas mal, non ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Genève, contrôle ta croissance !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.01.20

     

    « Déclassements », « modifications de zones » : il n’y a bientôt plus un seul dimanche de votations, à Genève, dont le menu ne contienne un de ces mots barbares. Commençons par les traduire : il s’agit de projets de constructions, principalement pour des logements. Le Grand Conseil en a voté le principe. Il y a eu référendum. Donc, nous votons. En soi, c’est très bien : plus le suffrage universel s’exprime, mieux notre communauté humaine se porte. Il vaut mieux, à Genève, décider à plusieurs dizaines de milliers de citoyennes et citoyens, qu’à seulement cent (le Parlement). Reste, bien sûr, à voter en connaissance de cause. Producteur responsable, depuis quatorze ans, de l’émission Genève à chaud, sur Léman Bleu, je multiplie les débats sur ces sujets de proximité, mais je sais à quel point ils sont souvent techniques, le langage des juristes et des urbanistes n’étant pas toujours le plus accessible.

     

    La question essentielle, à Genève, n’est pas de savoir s’il faut construire tel ou tel immeuble, dans tel ou tel quartier. Mais, beaucoup plus fondamentalement, quel rapport notre communauté citoyenne entend entretenir avec la croissance. Le conseiller d’Etat Antonio Hodgers en a pris conscience, il demande une réflexion en profondeur sur le sujet, avant de continuer de foncer dans le mur, eh bien sur ce point il a raison. Car Genève n’est pas extensible à souhait. Né en 1958, je suis un enfant de la croissance. J’ai d’abord vécu en Ville, au bord du lac, plus seize ans à Lancy, où nous fûmes heureux, mais où nous vîmes éclore les immeubles, comme des champignons. Il y avait le baby-boom, il y avait une forte immigration (par nous-même demandée), il fallait bien construire. Parfois, avec intelligence et qualité. Parfois, hélas, avec moins de bonheur. Mais enfin, c’était l’époque, la croissance était dans l’air, et l’Expo Nationale de 1964 (que j’ai eu deux fois l’honneur de visiter en famille) incarnait cette Suisse de la production, de la multiplication.

     

    Le problème, c’est qu’à part en mathématiques, on ne peut croître à l’infini. Genève a des barrières naturelles, qui s’appellent le Salève, le Jura, les Voirons. Elle a une zone agricole, mais aussi une zone forestière, que nous devons absolument conserver, elles sont notre respiration, notre poumon. Dès lors, un jour ou l’autre, la question d’un frein à la croissance, notamment dans les constructions, se posera. Mieux vaut, assurément, l’anticiper, avec une vision prospective qui aille plus loin que l’actuel Plan directeur cantonal. Dans nos réflexions, nous devrons être sans tabou, y compris quant aux flux migratoires, et à leur potentielle régulation. Pour cela, il faut en effet souffler un peu, tout mettre sur la table, écouter les Communes, dégager un consensus. Bref, faire de l’urbanisme avec une autre vision que trois ou quatre référendums annuels sur des projets ponctuels de constructions. Il faut une vision d’ensemble. Cela mérite de s’arrêter. De discuter. Et de prendre le temps. La qualité de notre avenir en dépend.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Sans-culottes

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    Commentaire publié dans GHI - 22.01.20

     

    On ne me soupçonnera pas d’une sympathie excessive pour Emmanuel Macron : je condamne depuis trois ans tout ce qu’il incarne. Son rapport avec le monde de la grande finance internationale, ce qu’il lui doit. Ses options libérales. Son allégeance à l’Allemagne. Sa foi dans une supranationalité européenne qui fait fi de la souveraineté millénaire de son propre pays. Je suis donc, en profondeur, avec des arguments que je suis prêt à développer pendant des heures, un adversaire de ce Président.

     

    Oui, mais voilà. Adversaire de sa politique, pas de l’homme, contre lequel je n’ai rien. Dans le champ public, on combat des idées, pas des personnes. Surtout, on respecte leur vie, leur espace privé, on ne se comporte pas comme des sans-culottes pourchassant l’aristo pour accrocher sa tête au sommet d’une pique. C’est, hélas, ce qu’ont cru bon de faire quelques improbables justiciers de réseaux sociaux, s’en allant traquer le chef de l’Etat français jusque dans un théâtre, où il assistait à la pièce, comme spectateur.

     

    Ce comportement de meute, c’est le déni même de la République. C’est le degré zéro de la révolte, celui qui personnalise, stigmatise, voue à la vindicte. Jamais cela, dans un Etat de droit, ne doit être toléré. Non seulement contre le Président, mais contre quiconque ! L’attaque physique, la vindicte, la mise sous pression par une foule constituent des comportements inacceptables. Le combat – légitime – contre les idées de M. Macron mérite mieux que ces attitudes de va-nu-pieds.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Le pouvoir, qui noircit et corrompt

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.01.20

     

    J’en ai accompagnés, dans mon métier, des gens qui montaient vers le pouvoir ! Souvent, le tout premier, en radio puis en télévision, je leur ai donné la parole. Ils étaient jeunes, ils étaient frais, ils avaient cette gourmandise de la vie, cette voracité à mordre le destin, croquer le fruit défendu, s’émanciper des normes, bousculer l’ordre établi. Celui qui aspire au pouvoir n’a de chances d’y parvenir que s’il incarne le mauvais garçon, doué, frondeur, séduisant, le grand frère qui transgresse, le Grand Meaulnes, sublime héros du roman d’Alain-Fournier, dont le narrateur, juste un peu plus jeune sur les bancs de l’école, est quasiment amoureux. Un homme, en 1994/95, a parfaitement compris ce principe : Jacques Chirac, pourtant la soixantaine entamée, deux fois Premier ministre, Maire de Paris depuis deux décennies, a réussi le tour de force, face à l’orléaniste installé Edouard Balladur, de se faire passer pour un grand escogriffe charmeur, incarnant l’avenir, la justice et l’espoir.

     

    Hélas, le pouvoir un jour finit par arriver. Et c’est le début de la fin. Parce que, de l’intérieur, il vous corrompt, vous corrode, il noircit votre âme, il vous isole, il vous rend sourd aux critiques, il vous amène son lot de courtisans, il anesthésie votre être sensible, il fait de vous une machine. A ce destin, nul n’échappe. Ni hommes, ni femmes, ni jeunes, ni vieux, ni conservateurs, ni progressistes : tous à la même enseigne ! Tous prisonniers de ce même carcan. Tous à gauger dans le jus de cette hypocrisie, où il faudrait demeurer populaires, alors on multiplie les bains de foule, on se fait photographier sur les réseaux sociaux, sympas, humains, copains d’antan, mais en réalité on est seul, de plus en plus dur, on multiplie les scénarios pour survivre dans sa fonction d’homme ou de femme de pouvoir. Nul n’y échappe.

     

    Alors, quoi ? Le père Décaillet, Prussien dans l’âme, républicain rectiligne, serait-il devenu un vieil anar ? Pas vraiment ! Mais face au jeu des ambitions humaines, face la chansonnette et la ritournelle des jeunes loups – et louves – il n’entretient pas la moindre illusion. Dans chacune de ces âmes tendres, il voit déjà poindre les futurs abus de la domination. Car celui qui aspire au pouvoir est déjà entré dans la spirale de la noirceur. Tout au plus demeure-t-il encore, le temps d’accéder aux marches convoitées, dans un rôle qui séduit l’opinion. Mais déjà, il la dévoie. Notre système de démocratie représentative, qui passe par l’élection, donc par une campagne de séduction intense, favorise cette diabolique transformation. Encore une fois, nul n’y échappe, surtout pas ceux – et celles – qui prétendent « faire de la politique autrement » : ils deviennent les pires ! La seule issue : développer un système, heureusement déjà présent chez nous en Suisse, où les thèmes l’emportent sur les personnes, les votations sur les élections, la démocratie directe sur les affiches de campagne personnalisées. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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