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  • Honneur à nos 45 Communes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.06.19

     

    Prenez la photo aérienne, nous l’avons tous en tête : Genève, du Nord-Est au Sud-Ouest, c’est un lac, qui sous le Pont du Mont-Blanc redevient Rhône, une ville, puis la campagne, jusqu’à Chancy. En fait, jusqu’au Fort de l’Ecluse. Genève, c’est une ville, et c’est un canton. Une ville, et 44 autres communes, toutes aussi magnifiques et passionnantes les unes que les autres, si on veut bien les approcher par le biais de l’Histoire, de la culture, la démographie, l’économie locale, la vitalité des associations. Né à Genève, j’ai moi-même passé les trois-quarts de ma vie en Ville, un quart au Petit-Lancy. Depuis treize ans, je suis entrepreneur à Carouge, tout en résidant en Ville de Genève. D’une commune à l’autre, nous allons et venons. Spectacles, concerts, vie associative, chorales, clubs de sport, vie privée ou professionnelle : le Genevois est à la fois urbain et péri-urbain, parfois campagnard, il aime ce canton, chérit sa taille réduite où tout est accessible, peste contre les bouchons. Nous sommes tous, en ce bout du lac, de tendres gueulards, amygdales bronzées, têtes de lard, mais beaucoup plus patriotes qu’il n’y paraît, dans l’attachement affectif au canton. Le Genevois est un héros tragique et romantique, qui aime parader sous les atours du personnage boulevardier.

     

    Les 45 communes ! Parlons-en ! Certaines d’entre elles, comme Vernier, ont davantage d’habitants que certains chefs-lieux cantonaux. Lancy. Onex, Carouge, Thônex, Meyrin sont de véritables villes moyennes, à l’échelle de notre petite Suisse. Ces communes, je les ai vues grandir : j’ai connu Lancy encore presque village, bien avant les multinationales, et Onex bien avant l’Office de la population. La ville s’étire, la banlieue s’urbanise, l’administration cantonale émigre, tout cela sous nos yeux, c’est passionnant. Reste que nous, Genevois, devons absolument défendre la dignité, et même la primauté, de l’échelon communal. Les Français sont passés par Genève, entre 1798 et 1813, ils y ont laissé la trace du jacobinisme. Celui, par exemple, qui suintait, dans la législature précédente, d’un certain Président du Conseil d’Etat, jamais aussi heureux que lorsqu’il pouvait, de sa Tour Baudet, remettre à l’ordre une Commune, un Maire, un Conseiller administratif ayant enfreint le règlement. Au fond, l’éminent magistrat se prenait, sous prétexte « d’autorité de surveillance », pour le Révizor, le célèbre personnage du dramaturge russe Nicolas Gogol, qui faisait trembler les autorités locales, quand on annonçait sa venue.

     

    Nos 45 communes méritent mieux. La commune, en Suisse, est le premier échelon de proximité affective pour les gens. Elle existait avant le canton, qui ne date que de 1815. Aux Maires, Conseillers administratifs et municipaux, Adjoints, personnel des administrations communales, nous devons adresser notre salut et notre reconnaissance. La Constituante n’est pas allée jusqu’au bout dans le chantier canton-communes. Revaloriser nos 45 communes, c’est rendre service à tous. Magnifique ambition !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Liberté d'expression

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    Commentaire publié dans GHI - 05.06.19

     

    J’entends beaucoup de mes confrères répéter à loisir que le journalisme serait « indispensable à la démocratie ». Au risque de casser l’ambiance, je ne partage pas leur point de vue.

     

    Ce qui est nécessaire à la démocratie, ce qui lui est consubstantiel même, c’est la liberté d’expression. Chaque citoyenne, chaque citoyen doit pourvoir dire ce qu’il pense, sans entraves, sans risques de rétorsion. C’est cela qui est essentiel. Mais pas seulement pour les journalistes, ou éditorialistes : pour tous ! Sans exception.

     

    Bien sûr, il y a la loi. Voulue par le peuple, ou par ses représentants, elle fixe des limites à la liberté d’expression. On peut le regretter, mais c’est ainsi. Et, tant qu’une loi existe, on doit la respecter. Mais enfin, à part cette exception quant à la loi, le champ de la liberté d’expression me semble bien assez large pour que nous aspirions tous à le cultiver au maximum. Tous, et pas seulement les journalistes !

     

    Chacun, aujourd’hui, peut tenir un blog. Chacun peut s’ouvrir un compte sur un réseau social. Chacun peut lancer des sujets. Le monde éditorial, l’univers des idées, n’est en aucun cas la chasse gardée d’une corporation. Quant à la « mission d’investigation », sur les affaires d’intérêt public (toute autre doit être bannie), pourquoi diable demeurerait-elle réservée aux journalistes ? Si mon métier entend survive, il faudra qu’il s’invente autre chose que des prés-carrés, ou des privilèges, auxquels il donne désespérément l’impression de s’accrocher.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Suisse-Europe : non à l'Accord-cadre !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.06.19

     

    L’Accord-cadre : ils n’ont plus que ces deux mots à la bouche ! Tout ce que la Suisse officielle compte de décideurs, de patrons, de financiers, tente à tout prix de nous faire avaler l’idée d’un Accord-cadre. Pour ma part, passionné par la question européenne, que je couvre à fond, dans mon métier, depuis trois décennies, comme citoyen je dis non à cet accord providentiel. Pour deux raisons essentielles : il n’est pas à l’avantage de notre pays, et il porte atteinte à notre souveraineté. Deux motifs assez puissants, vous en conviendrez, définis à l’échelle de la nation et de sa survie, et non de la petite épicerie de détail, pour refuser un texte.

     

    De quoi s’agit-il ? Dans la longue Histoire des relations entre la Suisse et l’Europe communautaire, il y a eu plusieurs phases. De 1957 (Traité de Rome, fondateur de la future UE, par les six premiers pays) jusqu’en 1992, les relations étaient pragmatiques, marquées par l’Accord de libre-échange de 1972. On définissait des rapports économiques et commerciaux, on ne parlait pas de politique, encore moins d’identité. La grande date, que j’ai vécue de l’intérieur, comme correspondant à Berne ayant suivi de près Jean-Pascal Delamuraz, ce fut la fameuse votation du 6 décembre 1992 sur l’Espace économique européen (EEE). J’ai personnellement voté oui, mais ce fut non. Et ce fut le début de l’ascension de Christoph Blocher. Depuis l’an 2000, la Suisse a opté pour un régime d’Accords bilatéraux, qui fonctionne, et qui semble convenir à notre corps électoral.

     

    L’Union européenne d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec les Six de 1957, ni même avec les Douze de 1992. Élargie beaucoup trop vite aux Marches de l’Est, définie comme libérale par essence, avec une primauté dogmatique accordée aux forces du marché, elle est devenue un monstre technocratique, une usine à produire des directives. Et surtout, elle n’écoute pas ses peuples. Ce modèle, promis à l’effondrement, n’est pas celui de la Suisse. Respectons nos amis et voisins européens, passons avec eux des accords commerciaux, précis, sectoriels, mais n’entrons en aucun cas dans la logique institutionnelle d’un accord global. Nous n’avons rien à y gagner. Nous y perdrons notre souveraineté. C’est aussi simple que cela.

     

    L’UE cherche à tout prix à nous imposer la signature de cet Accord, dûment négocié par les deux parties. Elle veut généraliser la reprise du droit européen par le droit suisse. En cas de désaccord, la question des juges étrangers se posera, avec la présence d’un juge de l’UE parmi les trois du Tribunal arbitral. L’intervention, au final, de la Cour européenne de justice, érige un modèle judiciaire ne faisant pas partie de la longue tradition de souveraineté de notre pays. Pour ces raisons, comme citoyen, je dis non.

     

    Car nous, les citoyennes et citoyens de ce pays, devons absolument, sur cet enjeu capital, avoir le dernier mot. Pas question que la classe politique passe en force. Le souverain, ici, c’est le suffrage universel. Avec cela, pas question de transiger.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le pire de tout : l'autocensure

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     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.05.19

     

    La censure existe, elle est partout. Seulement voyez-vous, elle ne se niche pas vraiment là où on croit. L’idée d’un commentateur, ou d’un éditorialiste, qui n’oserait pas tout dire parce qu’une force occulte lui maintiendrait un couteau sous la gorge, relève du mythe. L’idée d’un Big Brother, quelque part dans le monde politique ou les puissances financières, qui nous tiendrait sous influence, ne résiste pas non plus à l’examen du réel. Nous sommes dans un pays libre, le droit à l’expression est garanti, ne soyons pas paranos en allant chercher à l’extérieur de nous-mêmes les forces de coercition qui tenteraient de nous réduire au silence.

     

    Pourtant, la censure existe. De nos jours, plus violente que jamais. Et c’est à l’intérieur de chacun de nous-mêmes que nous devons aller la chercher. Car la pire de toutes les pressions, pour taire un sujet ou réprimer l’envie de le traiter, c’est l’autocensure. Les miradors ne nous sont pas externes : ils s’érigent et veillent en chacune de nos âmes. Parce que celui qui prend la plume, ou donne de la voix, s’expose à la mitraille. C’est le sort de ceux qui s’arrachent à la tranchée. Il faut savoir ce que l’on veut : prendre position, ou s’en abstenir. Chacun est libre. Il faut juste connaître les risques, l’état du terrain, la puissance de feu chez l’ennemi. Ensuite, chacun décide : entrer dans la mêlée, ou non.

     

    Oui, la censure existe. Celle que chacun d’entre nous s’applique à lui-même. Chacun de nous, je l’affirme, en commençant bien sûr par m’y inclure, passe volontairement sous silence certains sujets, non par lâcheté (le mot serait trop fort), mais par souci de ménager son petit confort. C’est un tort, dans une fonction où il faudrait que tout puisse être dit, mais c’est ainsi. S’éviter les emmerdes. Ou les brûlures d’estomac. Ou les insomnies. Ou les engueulades à n’en plus finir. Alors, sur certains sujets, on décide soi-même de se la coincer. On se dit qu’on les abordera un jour. Mais pas là, pas maintenant, pas aujourd’hui.

     

    La censure existe, elle fait partie de nous. Tenez, le rôle des pairs, ceux qui exercent le même métier que vous : surtout ne pas les froisser, ne pas se foutre en pétard avec la profession. Ne pas s’attaquer aux modes ambiantes, écrasantes de consensus : le climat, par exemple. On pourrait en citer d’autres. Pourtant, même dans ces domaines, le courage d’une position minoritaire ne nous vaudrait ni la prison, ni l’ostracisme : nous sommes en Suisse. Mais risquer son image auprès de ses pairs, c’est bien là le problème. Trop nombreux, parmi nous, ceux qui écrivent pour leurs seuls semblables, et non pour l’ensemble des femmes et des hommes qui voudraient bien nous lire. Oui, l’autocensure sent le renfermé, la naphtaline. Demeurer dans le cercle. Ne pas froisser la famille. Rester dans le réseau. Phénomène auquel nul n’échappe. C’est cela, l’autocensure, le problème no 1 de ceux qui prennent position dans l’espace public. En chacun de nous, l’ombre intime et secrète d’un mirador.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ces milliards, qui va les payer ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.05.19

     

    Un chèque en blanc. C’est ce que le peuple genevois a décidé de signer, ce dimanche 19 mai, pour les retraites des fonctionnaires du canton. Le seul choix qu’on lui proposait était de trancher entre les milliards de la droite et du Conseil d’Etat, et ceux de la gauche et du MCG. Comme le Parlement, il a dit oui aux deux. Et, dans la petite croix de la question subsidiaire (lequel préférez-vous si les deux passent ?), il a opté pour la seconde solution. Dont acte. Nous sommes des démocrates, nous respectons les décisions populaires. Mais nous sommes aussi des hommes et des femmes libres, avec un esprit indépendant, un cœur ardent, et une farouche révolte contre toute espèce de censure dans la formulation de nos questions. En voici une, toute simple : ces milliards, qui va les payer, où les trouverons-nous ?

     

    A cette question, c’est terrible à dire, mais la classe politique d’aujourd’hui n’a pas la réponse. Dans le débat du Parlement, qui s’est terminé par un non-lieu (l’acceptation de deux lois parfaitement contradictoires), personne n’était capable de garantir les conditions exactes du financement de ce qu’on appelle pudiquement « recapitalisation », entendez faire passer à la caisse le contribuable, pour les retraites des fonctionnaires. On nous a sorti des calendriers de paiement, dans les années et les décennies futures, à coups de centaines de millions cumulés, en sachant fort bien que ces sommes colossales, dans l’état actuel de nos finances et de notre endettement, nous n’en disposons tout simplement pas.

     

    Alors, qui va payer ? La réponse est simple : le contribuable, bien entendu ! Donc, vous et moi. Et dans les contribuables, au premier rang du front, la si tendre chair à canon de la classe moyenne qui travaille. Oui, celle-là même dont nous vous parlions ici, la semaine dernière. Pas les assistés ! Pas les nababs ! Non, tous ceux, entre ces deux couches, qui se lèvent pour aller bosser, parfois durement, gagnent un peu d’argent (c’est la moindre des choses), bossent encore un peu plus pour en gagner davantage, et finalement sont ponctionnés, de façon inconsidérée, sur leur boulot. Sur la sueur de leur front ! Et c’est cela qui ne va plus. Et c’est là que gisent les germes des révoltes de demain.

     

    Exemple : les petits entrepreneurs, les indépendants. Ils bossent dur comme fer. Ils sont en souci toute l’année pour leur boîte. Ils ont peur de tomber malades. Ils vérifient trois fois, en partant, si la porte de leur local de travail est fermée. Ils ont investi, sur leurs fonds propres, dans des locaux, du matériel. Ils n’ont nulle garantie de pouvoir garder leurs mandats. Ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Seuls, ils financent intégralement – et non paritairement – leurs retraites. Les taxes, les impôts, les charges, ils ne connaissent que cela. Et maintenant, comme contribuables, ils devront encore davantage financer les retraites des fonctionnaires. Moi je dis attention : il y a un moment où la marmite va exploser. Ici, nous vous aurons au moins avertis.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Genève : la classe moyenne étouffe !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.05.19

     

    Payer, payer et encore payer. Payer son loyer, dans une ville où ils sont hors de prix. Payer ses primes d’assurance maladie, cauchemar no1 des Suisses. Payer des impôts qui étouffent la classe moyenne laborieuse, à Genève. Payer des assurances dont la plupart sont totalement inutiles, mais voilà, nous, les Suisses, sommes de grands trouillards devant l’Eternel, alors nous payons la rançon de nos peurs. Payer les assurances sociales. Payer pour des retraites dont nous ne sommes pas sûrs, avec la baisse des taux de conversion, de voir la couleur. Payer sur nos revenus, ou nos salaires. Voir le fruit de notre travail passer, filer, s’envoler, s’évaporer. N’avoir qu’un pouvoir d’achat fort limité. Ne rien pouvoir mettre de côté. Tel est le lot, à Genève, de la classe moyenne qui travaille. C’est éreintant. Et passablement désespérant.

     

    Je parle ici des gens qui travaillent. D’un côté, c’est évidemment une chance, et nous devons penser à ceux de nos concitoyens qui cherchent un emploi, et n’en trouvent pas : pour eux, c’est encore une autre paire de manches. Mais le travail, avec un salaire (pour un employé) ou un revenu (pour un indépendant), bref du gain financier à la fin du mois, à quoi sert-il, si c’est pour donner aux gens le sentiment de n’être plus que des vaches à traire ? A quoi sert-il, si c’est juste pour en voir passer la plus grande part, trottiner sous nos yeux, se dérober ? Et s’en aller grossir d’immenses caisses communes, qui vous donnent l’impression, hommes et femmes actifs des classes laborieuses, de ne jamais rien faire pour vous. Et on vient nous parler du CEVA, sans toilettes ! Et on vient nous parler du milliard pour le « fonds de cohésion de l’Union européenne », des eaux usées à traiter en Slovaquie, nous dit-on ! Et on vient nous parler de grands projets mondiaux, avec notre argent !

     

    Dans ce pays que nous aimons, nous ne sommes pas des sujets, mais des citoyennes et des citoyens. L’Etat social, nous le voulons. Ne laisser personne sur le bord du chemin, nous en sommes d’accord. La nécessité de l’impôt, nous ne la discutons pas. Mais c’est une question de curseur, de proportions. Il y a un moment où la conjonction des primes d’assurance maladie et de la fiscalité sur le travail devient simplement étouffante. On impose trop le labeur ! Et il devient urgent, pour la politique, tous partis confondus, de se soucier de cette classe moyenne qui travaille, participe à la prospérité générale, mais ne peut plus s’acheter grand-chose, et encore moins capitaliser. Il y a un moment où ça devient révoltant. Il y a un moment où il faut songer à réduire l’impôt sur le revenu des classes moyennes. Sinon, la marmite à vapeur explosera. Il ne faudra pas venir pleurnicher parce que les gens votent pour des partis extrêmes. Ou parce que des Gilets jaunes envahiront nos rues. Il faut trouver d’autres modes de financement, pour l’Etat, que la ponction constante sur le labeur. Et si on ne les trouve pas, eh bien il faudra diminuer la voilure de l’Etat.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Bienvenue à la religion du climat !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.05.19

     

    En ce printemps où le réchauffement tarde à nous écraser de ses rayons caniculaires, la classe politique, quasiment unanime, n’a plus que trois mots à la bouche : le climat, le climat, et encore le climat. A croire que l’Histoire s’est arrêtée. Elle aurait laissé le tragique au vestiaire, se serait elle-même éclipsée, ainsi que la politique, les rapports sociaux, l’économie, la lutte des classes, les syndicats, le patronat. Tout cela, évaporé ! Il n’y aurait plus ni mémoire ni projection, ni guerres, ni ennemis, ni dominants, ni dominés, ni oppression, ni liberté : il n’y aurait plus que « l’urgence climatique ». Reconnaître son absolue priorité ne relèverait plus d’un choix politique. Mais d’un dogme théologique. La religion du climat est née. Avec son clergé, ses sermons, ses autocritiques, ses confessions, ses grands-messes du samedi, ses enfants de chœur, ses péchés, ses processions de rédemption, son chemin d’Apocalypse, son Salut, ses damnés. A l’école du jugement, il n’y aurait plus que le Dernier.

     

    Tenez, les processions du samedi. Sanctifiés, les jeunes qui défilent « pour le climat ». Encouragés par les autorités. « Ils sont l’avenir, ils nous montrent le chemin » : ce ne sont plus des ados des écoles, non, ce sont des anges et des archanges, des séraphins, leurs trompettes sont musiques du futur, ils nous ouvrent la voie du Salut, les portes du Paradis. Ils sèchent les cours ? Mais comme ils ont raison, les chérubins, c’est pour la bonne cause ! Surtout, pas de sanctions ! Pas de remarques ! Pas d’oppositions ! Rien qui, de la part des adultes, des parents ou des maîtres, pourrait laisser poindre le grief de paraître ringard, d’un autre temps, insensible à la théologie de « l’urgence climatique ».

     

    Les partis politiques ? Tous convertis au discours des Verts. En Suisse, nous avons aujourd’hui les Verts, dont la sainte doctrine constitue le chemin de foi défini et délimité. Mais nous avons aussi les radicaux Verts, les libéraux Verts, les PDC Verts. Il n’y a guère que l’UDC et une partie courageuse de la gauche radicale (celle, d’un autre temps, qui s’accroche encore à la justice sociale, et autres mignardises ringardes), pour oser encore émettre quelques doutes sur l’impérieuse nécessité de la Croisade climatique. Reprendre la Jérusalem céleste, la libérer de l’infidélité polluée, assainir les cieux, préparer la voie des anges. Alors oui, le PLR devient Vert, le PDC n’en peut plus de verdir, les partis du gentil centre-droit se sont convertis, ils ne jurent plus que par le climat, les radicaux en ont oublié l’industrie et le Gothard, la démocratie chrétienne a rangé la Doctrine sociale de Léon XIII sous la poussière des étagères, il n’y a plus que le climat, le climat, et encore le climat.

     

    Dès lors, la politique est mise entre parenthèses. De même, la confrontation rationnelle des arguments. Au frigo ! Et nous, les citoyennes et citoyens, pour qui tombèrent Bastilles et privilèges, redevenus fidèles ou infidèles, obéissants ou hérétiques, sauvés ou damnés. Vive le progrès !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Votations du 19 mai : révolte et colère

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.05.19

     

    Traduire en termes simples les aspects souvent complexes de la vie politique suisse. Telle est, depuis 33 ans que je suis entré en journalisme professionnel, ma grande passion. Présenter aux citoyennes et citoyens les enjeux des votations. En fonction de ce qui les concerne, touche leur vie quotidienne, en élaguant tout le fatras des mots juridiques, « motion », « contre-projet », etc. Être au service des citoyens. Être lisible, audible, compréhensible. Nombre de mes confrères et consœurs, dans ce journal comme à Léman Bleu, comme à Radio Lac, au Courrier, à la Tribune de Genève, etc., s’inscrivent dans cette démarche : être clair, simplifier, dégager les grandes lignes, mettre en perspective historique, aller à l’essentiel. Plus un journal est populaire – c’est le cas de celui que vous tenez entre les mains – plus cette ambition doit être impérieuse. C’est le seul moyen pour que la politique soit l’affaire de tous, et non d’une seule cléricature.

     

    Face aux votations du dimanche 19 mai, je ne puis cacher ma colère. Non que nous votions sur les sujets proposés : loin de là, ils sont essentiels ! Mais hélas, je vois venir comme un iceberg le danger de découragement et d’impuissance que va représenter, pour les citoyens, l’abondance de littérature reçue à la maison. Deux grosses enveloppes, nous expliquant en détail les tenants et les aboutissants de onze sujets de votations, deux fédérales et neuf cantonales. Je me mets à la place du citoyen qui ne regarde pas Léman Bleu, n’écoute pas Radio Lac, ne lit pas GHI, ni la TG, ni le Courrier, etc. Il n’a pas pu assister à nos innombrables débats, présentations de sujets, il n’a pas trop le fil continu de la politique dans la tête : en bien je vais vous le dire, ce pauvre homme, cette pauvre femme, va se trouver complètement largué par ce train de votations du 19 mai ! Parce que la brochure, aussi bien préparée soit-elle (le travail de la Chancellerie n’est pas en cause), demeure ce qu’elle est : un tas de pages imprimées. Qui, de nos jours, lit encore des centaines de pages papier ?

     

    Évidemment, on pourrait avoir une lecture optimiste de cette histoire. Se dire qu’au fond, elle prouve la nécessité d’avoir des médiateurs. Des traducteurs. Des simplificateurs (dans le bon sens) de la complexité législative. Certes. Mais alors, comment ne pas nourrir colère et révolte face à une autre catégorie de médiateurs, ou de corps intermédiaires : les parlementaires ? Dans le cas de la votation sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), l’affaire est flagrante : le Grand Conseil a réussi l’exploit d’accepter deux projets de loi parfaitement contradictoires, celui de la gauche, et celui de la droite et du Conseil d’État ! Dès lors, nous voilà, pour la seule CPEG, face à trois votations, l’une par loi, une autre encore pour la question subsidiaire (laquelle préférez-vous, si les deux passent ?). Et une fois qu’on aura tranché ce profond dilemme, il nous restera neuf sujets !

     

    La politique, ça passe par la clarté. Le contrat avec les citoyens, ça doit reposer sur un pacte simple et lisible. Dans le cas du 19 mai, nous sommes hélas très loin de tout cela.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Quatuor d'Alexandrie

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.04.19

     

    Avec ses 46 membres (deux par canton), le Conseil des Etats, dont j’ai eu l’honneur d’observer sur place, comme correspondant parlementaire à Berne, pendant plusieurs années, les travaux, a la réputation d’une Chambre de notables. Souvent, on y envoie siéger des personnalités politiques en fin de carrière, parfois d’anciens conseillers d’Etat. Longtemps, ce fut le règne des costumes trois-pièces, avec le gilet, des Messieurs d’âge mûr. On y préférait le murmure à l’opprobre. A contempler, c’était un chef d’œuvre de discrétion. Et, souvent, d’efficacité. Une Suisse en miniature.

     

    Mais le règne des notables n’est pas éternel. Parmi les candidats ayant des chances, on notera Lisa Mazzone, jeune et dynamique, courageuse, imaginative. De même (sans prétention exhaustive), la candidate du PDC, Béatrice Hirsch, soucieuse des préoccupations de la classe moyenne, excellente connaisseuse des dossiers de santé.

     

    Bref, le costume trois-pièces n’est pas une obligation absolue pour se faire élire. Et pour vous dire franchement le fond de notre pensée, il nous apparaît comme singulièrement rafraîchissant qu’un vigneron-encaveur comme Willy Cretegny, porteur d’une remarquable conscience environnementale, vienne apporter un souffle d’air qui nous sorte un peu du Quatuor d’Alexandrie, entendez les deux de l’Entente face aux deux de l’Alternative. Nous suivrons de près la campagne Cretegny : rien ne vaut l’irruption d’un brillant outsider pour relever le goût d’un menu électoral.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Chicago-sur-Rhône, c'est non !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.04.19

     

    Un canton entièrement bétonné, de Versoix à Chancy, est-ce là notre vœu pour Genève ? Un canton sans poumons de verdure ? Un canton truffé de tours et d’immeubles, de nouveaux quartiers, ayant grignoté ce qui demeurait de campagne, reliés entre eux par toujours plus de routes, de voies ferrées, de lignes de bus ou de trams ? Un canton-ville, mégalopole, un univers entièrement urbanisé, entre Jura et Salève, Voirons et Fort de l’Écluse ? Un canton avec un aéroport surdimensionné, juste pour satisfaire la démesure de quelques-uns, ceux qui n’en peuvent plus de rêver à une grande plate-forme internationale, une sorte de Chicago-sur-Rhône. Sans avoir ni la beauté de Chicago, ni les dimensions d’arrière-pays de la métropole américaine.

     

    Est-ce cela que nous voulons ? A l’heure où nos autorités, et pas seulement dans les milieux de la droite libérale, nous brandissent plans directeurs et projets d’extension, les citoyennes et citoyens de ce canton doivent définir, eux, le cadre et le modèle de développement pour les générations qui viennent. Il ne s’agit pas de prôner ici la croissance zéro, comme le font les allumés de l’Apocalypse climatique, mais d’inventer une croissance raisonnable, humaine autant qu’humaniste, au service des individus, de leur qualité de vie, profondément respectueuse de l’environnement, sans pour autant brandir le gong de Philippulus le Prophète, celui qui dans l’Etoile mystérieuse nous annonce « Le Châtiment ».

     

    Car il est temps de parler d’environnement, de protection de la nature, de lutte contre gaspillage, de respect des animaux, de préservation des biotopes et des espaces verts, sans pour autant se reconnaître comme un fidèle de la grande chapelle des Verts. Ces derniers n’ont pas le monopole de l’environnement ! D’autres courants, en Suisse, avec un Franz Weber ou un Philippe Roch, ancrés dans des racines spirituelles plus que dans la mécanique de « l’écologie politique », ont été là – ou le sont encore – pour nous indiquer d’autres voies. Sans compter que les Verts, avec leur instrumentalisation de la question climatique à fins électorales (échéances d’octobre 2019, les fédérales), ne nous engagent pas particulièrement à les suivre tête baissée sur le chemin de leurs propres ambitions, leurs propres carrières.

     

    Le canton de Genève a un profond besoin d’équilibre. Entre ville et campagne. Entre industrie, services et agriculture. Entre densité et verdure. On doit, impérativement, continuer de pouvoir y respirer. On doit y aimer nos cours d’eau, avec leur faune, notre lac, nos bois, nos côteaux vinicoles. On doit continuer d’y admirer les oiseaux, ceux qui migrent comme ceux qui nichent. Cette permanence du bonheur n’est possible qu’avec une vision maîtrisée de la croissance. Renoncer à toute démesure, à tout ce qui peut troubler l’équilibre. Ne pas tomber en génuflexion devant le Veau d’or du profit facile. Penser à la qualité de vie de tous, à commencer par celle des plus démunis. Construire l’avenir, sans détruire la vie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Automobilistes, motards et scootéristes, révoltez-vous !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.04.19

     

    Circuler, au volant d’une voiture automobile, au guidon d’une moto ou d’un scooter, va-t-il bientôt être un acte illégal à Genève ? La mode est aux manifs pour le climat, à l’apologie de la mobilité douce. Le vélo et les transports publics sont sanctifiés, les véhicules privés sont diabolisés. Et cela, plus seulement par les Verts : tétanisés par la pensée climatique dominante, certains partis qui, jusqu’ici, défendaient le libre choix du mode de transports (voulu par les Genevois), commencent à virer de bord, et cela jusqu’à leurs représentants au Conseil d’Etat. Craignant de perdre des voix aux prochaines élections, ou de passer pour ringards, ces partis copient les Verts. Ils reprennent leurs thèmes, et vont même jusqu’à emprunter leur vocabulaire : « transfert modal », et autres inventions d’apparatchiks de l’environnement.

     

    Il est temps, à Genève, que les automobilistes, les motards et les scootéristes se réveillent et défendent leurs intérêts. Ils ont, tout comme les cyclistes, comme les piétons, comme les usagers des transports publics, parfaitement le droit d’exister. Ils n’ont pas à se laisser écraser par une idéologie dominante. On n’a pas à se sentir coupable de se mettre au volant d’une voiture, ni au guidon d’un deux-roues motorisé. On n’a pas à se laisser convertir de force à la nouvelle religion du climat, qui nous impose ses dogmes, nous tient sous sa férule, nous édicte le bien et le mal, nous promet Apocalypse et Jugement dernier, nous définit les sauvés et les damnés.

     

    On peut, tout en aimant passionnément la nature, comme c’était le cas d’un Franz Weber, tout en luttant contre le gaspillage, tout en se battant pour la protection des sites, pour le respect des animaux, se déplacer en voiture en milieu urbain si on le juge nécessaire et préférable à d’autres modes de transports. Il appartient à nos autorités, et en premier lieu au ministre de la Mobilité, de prévoir des chaussées accessibles à tous, assurément aux vélos avec des pistes cyclables, mais assurément aussi aux voitures individuelles : cette complémentarité, les Genevois l’ont voulue.

     

    Et c’est tout le contraire qui est en train d’advenir ! A plat ventre devant l’idéologie des Verts, des partis de centre-droit sont en train de lâcher l’automobile en ville. On nous promet comme inéluctable la disparition des voitures sur certains tronçons, on nous prépare un gigantesque bordel, sur la rive droite, avec l’extension de la gare Cornavin. On multiplie les chantiers, toujours au détriment des automobilistes. Surtout, on ne compte plus les gentilles et sympathiques manifestations populaires et sportives pour lesquelles on ferme, purement et simplement, des routes entières, créant ainsi des bouchons gigantesques.

     

    Eh bien cela ne peut simplement plus durer. Tous les modes de transports sont respectables. Parmi eux, les automobiles, les motos et les scooters. Limitations de vitesse, oui. Ostracisme, non ! Et s’il faut se révolter et organiser la riposte, eh bien faisons-le, parce que ça commence à suffire !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Cruellement, Franz Weber va nous manquer !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.04.19

     

    C’était un homme étonnant, affectif, impulsif, un homme d’exception, un homme de cœur. Il aimait la vie, les paysages, la planète. Il aimait les animaux, de toute son âme. Il aimait la dimension sacrée des sites : celui de Delphes, avec son temple d’Apollon, vingt-six siècles d’Histoire, le souvenir de la Pythie, dont les mots ambigus dessinaient les destins. Celui de Lavaux, ce miracle des vignes perchées entre lac et ciel, qu’il a tenu à préserver. Celui de l’Engadine, chère aux grands écrivains allemands. Seul contre tous, avec Brigitte Bardot, il a défendu les bébés phoques. Dans les années 1970, beaucoup riaient de ce combat, parlaient de sensiblerie. Aujourd’hui, tous lui donnent raison. Cette reconnaissance de l’animal comme notre frère dans l’ordre de la création, il en aura été, en Suisse et dans le monde, un merveilleux précurseur.

    Toute sa vie, il nous aura parlé de notre planète comme d’une matrice, non seulement nourricière, mais spirituelle : par cette communauté d’appartenance, nous tenons ensemble. Face à l’incertitude du destin, face au néant, face à la mort, elle nous réchauffe et nous anime. Oui, Franz Weber (1927-2019) aura été l’un de nos plus grands contemporains. A la fois totalement suisse, dans les attaches, les racines, le culte des paysages, et simplement universel. Lorsque j’ai appris son décès, j’ai aussitôt pensé à mon écrivain valaisan préféré, le grand Maurice Chappaz (1916-2009), à la fois de Bagnes et du monde, du Valais et de l’univers, du terroir et de la trace lactée des comètes. Chappaz qui, comme Weber, s’était battu pour la nature : lisez les Maquereaux des cimes blanches, un livre publié en 1976, en pleine période de bétonnage de la montagne.

    Et puis, Franz Weber, à sa manière, m’a toujours fait penser à Jean Ziegler, un autre contemporain que j’admire. Je ne partage pas trop les combats politiques de Ziegler, mais j’admire l’homme, son courage, son engagement, sa prise de risques, son rapport à la nature, à la beauté du monde. Il y a, chez Weber comme chez Ziegler, comme chez Philippe Roch, une puissante dimension spirituelle dans le rapport à la nature. Elle rappelle à la fois les Romantiques allemands et, plus loin dans le temps mais tellement présents par la fulgurance de leurs formules, les présocratiques. D’une manière plus générale, le rapport de Franz Weber à la nature rappelle infiniment le polythéisme des Grecs, chez qui chaque source, chaque colline, chaque bois peut devenir lieu de culte. Et ça n’est évidemment pas pour rien qu’il s’est passionné pour le site de Delphes !

    La première fois que je me suis rendu à Delphes, en 1966, je me suis dit que j’étais arrivé dans la demeure des dieux. Le génie de Franz Weber, c’est de nous avoir montré que cette dimension sacrée se trouvait partout, autour de nous, là où vibrent la vie et la beauté du monde. Partout, face à la langue d’un glacier ou dans le silence d’une clairière. Franz Weber fait partie des quelques Suisses qui resteront dans l’Histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

       

     

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  • Une femme d'action

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    Commentaire publié dans GHI - 03.04.19

     

    Je ne suis pas sûr d’épouser la vision de RFFA (imposition des entreprises), volet cantonal, véhiculée par Nathalie Fontanet, soumise au vote (au milieu d’une foule d’autres sujets) le 19 mai. Je n’aime guère la manière dont les milieux libéraux, sous prétexte de conjurer l’exode des multinationales vers le canton de Vaud, nous mettent le couteau sous la gorge, prétendant que l’Apocalypse nous attend en cas de non.

    Je ne partage sans doute pas la position de notre ministre des Finances. Mais j’admire son énergie, sa volonté d’action, sa lucidité dans le combat. Voilà une conseillère d’Etat qui prend son bâton de pèlerin, parcourt les communes, les associations, la plupart du temps le soir, pour aller convaincre citoyens et citoyennes.

    C’est exactement comme cela qu’il faut faire de la politique. Se porter physiquement vers les gens, aller à leur rencontre, mener bataille. La campagne de Nathalie Fontanet m’en rappelle une autre, que j’ai couverte jour après jour, pendant des mois, lorsque j’étais correspondant au Palais fédéral : celle de Jean-Pascal Delamuraz en vue de la votation du 6 décembre 1992 sur l’Espace économique européen.

    Delamuraz, au final, avait perdu. Mais il s’était battu avec un courage exemplaire, au nom de sa conception de l’intérêt supérieur du pays. Toutes proportions gardées, Nathalie Fontanet mène un combat similaire. On partagera ou non son choix politique, mais on devra bien reconnaître la dimension d’Etat de son combat.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'Entente menacée de surdité

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.04.19

     

    Lorsque la politique est laissée aux partis, le citoyen se trouve spectateur des petits jeux d’alliances ou de mésalliances entre les uns et les autres. Apparentements, ruptures, réconciliations font le bonheur des chroniqueurs, et on parle de tout sauf de l’essentiel : santé, primes maladie, logement, mobilité, emploi, retraites, bref les thèmes, ceux qui concernent vraiment la vie des gens. Dans cette page, depuis des années, j’ai choisi de privilégier les thèmes, sans trop m’attarder sur la petite cuisine des politiciens entre eux, certes beaucoup plus aisée à raconter, mais finalement tellement vaine, car éloignée des soucis des gens. D’autant que mon credo, vous le connaissez : la politique des partis, avec des candidats à des élections, tout ce petit jeu de la démocratie « représentative », va laisser la place, d’ici un siècle ou deux, à une forme de démocratie totale, à inventer au fil des générations, dont la pierre angulaire sera le citoyen ou la citoyenne, et non plus l’homme ou la femme politique. Mais c’est de la musique d’avenir.

     

    En attendant ce jour, considérons tout de même le péril dans lequel se trouve l’Entente, cette alliance genevoise octogénaire (années trente) entre les libéraux, les radicaux et la démocratie chrétienne. Elle est en danger, parce que le PDC, note le Matin dimanche du 31 mars, menace de partir aux élections fédérales du 20 octobre sans s’apparenter avec le PLR. Et ce ne serait que la première étape d’une émancipation menant le PDC vers une nouvelle coalition, bien au centre, par exemple avec le PCD (Parti Citoyen Démocratique, nom genevois du PBD) et les Verts libéraux. Bref, le PDC, parti de la famille, pourrait divorcer du PLR, et se remarier – ou tout au moins fricoter - avec d’autres.

     

    Le PDC genevois a évidemment le droit de faire ce qu’il veut. Mais un examen de la situation révèle tout de même bien des contradictions dans ses appétits stratégiques. Prendre sa liberté, mais pas vraiment pour l’élection au Conseil des Etats***, qui affiche un duo PLR-PDC (Hugues Hiltpold, Béatrice Hirsch). Se payer une aventure avec de nouveaux alliés, vêtus de probité candide et de lin climatique, jeunes et urbains, branchés, étincelants de mode et de thèmes en vogue. Mais, sur le fond, l’économie par exemple, les relations avec le patronat, demeurer tout de même dans le giron nourricier de l’Entente. Le beurre, l’argent du beurre, la crémière, et de surcroît le grand frisson climatique. Que du bonheur, non ?

     

    A la vérité, le comportement du PDC genevois, tout à la jouissance de son vertige centriste, rappelle celui des Saxons, lors de la Bataille de Leipzig, cette fameuse « Bataille des Nations », du 16 au 19 octobre 1813, qui constitue, plus encore que Waterloo, la plus grande défaite de Napoléon. Le 18 octobre, sur le coup de 17h, les Saxons se sont retournés contre l’Empereur. Ce fut décisif, dans le sort du combat. Pendant des années, ils avaient partagé sa gloire, et les avantages de l’alliance. Et puis, d’un coup, ils ont regardé ailleurs. Chaque fois que je passe à Leipzig, je pense à eux. Avec un enthousiasme relativement mesuré. Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

    *** Sur ce point, le président du PLR, Bertrand Reich, a clarifié les choses, sans la moindre ambiguïté, lundi soir sur le plateau de GAC.

     

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  • Climat : l'aubaine

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    Commentaire publié dans GHI - 27.03.19

     

    La percée des Verts, ce dimanche 24 mars, aux élections cantonales zurichoises, donne des ailes à ce parti : porté par le thème de la lutte contre le réchauffement climatique, il se voit déjà pulvériser tous les records, aux élections fédérales du 20 octobre. Avec un groupe parlementaire sérieusement étoffé. Et, pourquoi pas, un conseiller fédéral.

     

    Y parviendront-ils ? Nous verrons. Ce qui est sûr, c’est que l’actuelle focalisation des esprits sur tout ce qui touche au climat va dans le sens des Verts. Quand on voudra bien élaguer un peu, dans la forêt d’arguments sur les gaz à effet de serre, la part de pesanteur morale, plus étouffante encore que le thème lui-même, on sera bien obligé, en vieux routier de l’observation politique, de reconnaître une chose : la grande affaire climatique constitue, pour les Verts, en Suisse comme ailleurs, une formidable aubaine électorale. Comme, en 2011, Fukushima.

     

    Comme citoyen, je veux bien que les Verts profitent de l’aubaine : on prend le vent là où on peut, là où il vient. Je veux bien qu’ils marquent des points sous la Coupole, cet automne. Je veux bien qu’ils entrent au Conseil fédéral. Mais de grâce, qu’ils nous épargnent le coup de la morale. Comme si eux n’étaient pas, à l’image de tous les politiques, mus par l’instinct de l’opportunité, le goût du pouvoir, la récupération des vents. Il est vrai qu’en termes de récupération, les Verts sont rois. Et, paraît-il, exemplaires.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Notes de frais : l'arrogance du Conseil d'Etat

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.03.19

     

    Orgueil, superbe et arrogance : les trois visages affichés, ce mercredi 20 mars, par le gouvernement de la République et Canton de Genève. Un sommet, dans l’ordre du comportement princier, qui fera date. On pensait que les attitudes hautaines avaient été l’apanage du Président du Conseil d’Etat dans la législature précédente, on s’est peut-être trompé : l’équipe actuelle ne fait pas mieux. Ce 20 mars donc, notre collège gouvernemental, qui fait l’objet des attentions de la Commission de contrôle de gestion du Parlement pour faire la lumière sur ses notes de frais, a cru habile de contre-attaquer en venant faire la leçon juridique à la République entière. Oubliant - ou plutôt omettant – un détail : dans toute cette affaire, c’est lui, le Conseil d’Etat, et nul autre, qui est audité. Lui qui est ausculté. Lui qui doit produire les pièces nécessaires à la vérité. Il n’est pas là comme juge, ni comme ministre, mais comme partie sous enquête.

     

    Dans ce dossier, il y a trois forces en présence. Le Conseil d’Etat, autorité exécutive du Canton ; le Parlement, premier pouvoir, autorité législative, via sa Commission de contrôle de gestion ; la Cour des Comptes, organe voulu par le peuple souverain, pour mettre son nez là où ça fait mal, dans la gestion des affaires publiques. Inutile de dire que peu de magistrats, ou de hauts fonctionnaires, se montrent particulièrement réjouis lorsque François Paychère, Président de la Cour des Comptes, ou ses collègues viennent renifler dans leurs affaires.

     

    Là où les choses se compliquent (mais rassurez-vous, ça demeure parfaitement compréhensible !), c’est que dans l’affaire des notes de frais des conseillers d’Etat, la Commission de contrôle de gestion du Parlement a mandaté la Cour des Comptes, la jugeant plus professionnelle que de simples députés pour une investigation dans des colonnes de chiffres, ce dont tout le monde conviendra. Et c’est cela que le Conseil d’Etat ne peut pas supporter, ce qui nous a valu le 20 mars ses grandes leçons juridiques, tout juste bonnes à montrer à quel point il était sur la défensive. Aurait-il des choses à cacher ?

     

    A cette arrogance du Prince, il convient de résister. D’abord, saluer l’opiniâtreté de la Commission du Parlement, présidée par le PLR Yvan Zweifel : on espère que la volonté de lumière y est unanime, tous partis confondus, et que nul député ne se déroberait à son devoir de contrôle pour protéger un ministre de son camp. Un tel comportement serait indigne du pouvoir parlementaire. Saluer, aussi, le professionnalisme de la Cour des Comptes, qui depuis des années rend service à la transparence républicaine. Enfin, rappeler au Conseil d’Etat que le mépris ne saurait tenir lieu de méthode gouvernementale, pas plus que prendre les gens pour des naïfs. Nous avons connu, entre 2013 et 2018, de pénibles moments d’arrogance exécutive. Nous espérions un changement. Puissions-nous ne pas nous être trompés.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Pédale douce, SVP !

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    Commentaire publié dans GHI - 20.03.19

     

    L’affaire a éclaté comme un coup de tonnerre : sur le volet cantonal de RFFA (réforme de l’imposition des entreprises, votation du 19 mai), les socialistes genevois ont changé d’avis. En Assemblée générale, ils ont finalement dit non.

     

    Ce volet cantonal, c’est un taux unifié à 13,99% pour l’imposition des entreprises du canton, mais aussi des compensations sociales, dûment négociées entre la droite et la gauche, notamment entre PLR et PS : 186 millions pour aider les gens à payer leurs primes maladie, 18 millions pour les crèches. Du coup, le compromis ayant volé en éclats, la droite libérale est tombée à bras raccourcis sur les socialistes, les accusant de tous les maux. Elle a tort, immensément.

     

    D’abord, chaque parti est libre de ses positions. Les libéraux n’ont pas à dicter à la base socialiste ses choix. Libre, aussi, de changer d’avis, parce qu’il juge qu’on lui met le pistolet sur la tempe, en termes de pression temporelle. Et puis surtout, la droite libérale (pas tous : un homme comme Cyril Aellen demeure parfaitement digne et mesuré dans ses tonalités, la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet aussi) n’est absolument pas qualifiée pour dicter le tempo dans le canton. Nous assistons à un retour du besoin d’Etat, la population ne considère plus les multinationales comme des vaches sacrées, intouchables, les mentalités changent.

     

    Si les partisans de ce volet cantonal de RFFA veulent gagner le dimanche 19 mai, ils ont sérieusement intérêt à mettre la pédale douce sur leur tons menaçants. Et à respecter le suffrage universel, seul souverain.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • MCG : la guerre civile

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.03.19

     

    Le MCG : un parti en pleine crise. Un parti divisé, où règnent les clans et les règlements de comptes. Un parti qui part dans tous les sens, au mépris de sa lisibilité politique et de son crédit. Un parti qui a perdu de sa flamme et de sa gouaille, perdu son goût, son fumet giboyeux, ses accents de quartiers populaires, et jusqu’à ses irruptions pétaradantes, comme dans le Grand Guignol, le catch ou le théâtre de boulevard, celui où claquent les portes, avec des voleurs sous le lit, des amants dans les armoires, des cadavres dans les placards. Le MCG vient de se choisir un nouveau président, Francisco Valentin. C’est un homme très bien, respecté. Mais son travail, pour remettre à flots un parti miné par les luttes intestines, est immense. Sera-t-il seulement possible ?

     

    Fondé en 2005, le MCG appartient à l’Histoire de Genève, il aura son nom dans les livres. D’abord, parce qu’il a soulevé, n’en déplaise à tous ses détracteurs et tous les ricaneurs de l’époque, de vrais problèmes, auxquels les citoyens ont été profondément sensibles. Au moment où entrait en vigueur la libre circulation des personnes, avec des promesses de mesures d’accompagnement qui n’ont jamais été tenues, et où la gauche syndicale s’est faite proprement duper, le MCG a été, en Suisse, avec au Tessin la Lega, le premier parti à poser la question de la nature frontalière d’un canton. Et à exiger, pour la politique genevoise, des mesures appropriées à l’irruption de dizaines de milliers de personnes de France voisine sur notre marché de l’emploi. Côté libéral, et affidés, on lui a ri au nez. On ne jurait que par le miracle du libre-échange. On a eu tort.

     

    Il fallait la voir, l’arrogance de ces fatigues patriciennes, prenant de tellement haut la colère de la rue. On se disait qu’on était éternel, que le MCG n’était qu’un zéphyr passager. Là encore, on a eu tort. 9 députés en 2005, 17 en 2009, 20 en 2013 : l’ascension était fulgurante, le mouvement ne s’est renversé qu’en 2018, suite à des dissensions internes, comme si l’enfant chéri de la victoire avait porté en lui, dès le départ, les germes de sa propre destruction : il y a, dans le destin du MCG, comme une malédiction mythologique, nourrie dans le giron même de la famille.

     

    Aujourd’hui, le MCG n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. Ses héros fondateurs sont allés chercher – avec plus ou moins de bonheur – dans les montagnes du Valais, ou sur les rives du Tage, la promesse, comme Enée, d’un nouveau royaume. Les clans, parfois jusqu’à la haine, ruinent l’unité du parti. Chacun dénonce l’autre, la délation est souveraine. Le nerf de la guerre fait défaut. La cohérence idéologique n’est pas au rendez-vous. L’ordre de bataille, absolument nécessaire pour mener les luttes électorales d’octobre 2019 (fédérales) et du printemps 2020 (municipales), est en liquéfaction. Les alliances ne sont pas garanties. Oui, Monsieur Valentin, vous avez du boulot. On vous souhaite bonne chance. Brandissez-nous des idées, comme en 2005. Et faites-nous grâce des querelles de personnes. Il a va de la survie de votre formation politique.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Relax - Détente

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    Commentaire publié dans GHI - 13.03.19

     

    Bains chauds ? Sauna ? Hammam ? Massages relaxants ? Week-ends à Abu-Dhabi ? Derniers tangos, dans les primes floraisons de l’aube ? La fonction de membre de l’exécutif de la Ville de Genève (ils sont cinq, dont un Maire, tournant chaque année) doit comporter de prodigieux avantages, pour qu’une telle foule, tous partis confondus, se presse au portillon de la « candidature à la candidature ».

     

    Prenons les Verts. En ville, il sera bientôt plus simple de dénombrer les membres de ce parti n’étant pas candidats, que les postulants. A Ensemble à Gauche, ils commencent à sortir du bois, chapelle par chapelle, crypte par crypte, cellule par cellule, annonçant pour les semaines qui viennent l’algébrique complexité des comètes, à l’approche de l’équinoxe.

     

    Une myriade de candidats, pourquoi pas ? Le bon peuple, simplement, s’il considère les équipes sortantes, notamment celle-ci (2015-2020), cherche avec pas mal de désespoir les mirifiques réalisations qui auraient été offertes, en compensation des avantages. Il cherche, et peine à trouver.

     

    Dès lors, le risque est énorme de se dire : « Beaucoup de candidats, peu d’élus. Un tonnerre de promesses, et puis le calme plat. Tant de miroirs brandis, tant d’alouettes prises au piège, si peu de progrès réels pour la Ville ». Ramené au monde de Shakespeare, on pourrait résumer les choses en affirmant que tout commence avec « La Tempête », et que tout, dans ce Finistère du Lac si cher à nos cœurs, se termine avec « Beaucoup de bruit pour rien ».

     

    Pascal Décaillet

     

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  • PLR : sauvé des eaux !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.03.19

     

    Après des mois de turbulences, le PLR genevois a enfin trouvé son nouveau président : c’est l’avocat Bertrand Reich que l’Assemblée du parti a porté à cette charge, jeudi 7 mars à Troinex, avec 257 voix, contre 136 à sa rivale Natacha Buffet-Desfayes. Le résultat est clair, sans appel. Il ne désavoue nullement les qualités, bien réelles, de la perdante, que l’on retrouvera assurément dans l’avenir, mais préfère donner sa chance à un homme libre et indépendant, dépourvu de tout soupçon de mise sous tutelle par le clan Maudet. En cela, l’Assemblée du 7 mars marque une étape signifiante dans la vie du parti : bien souligner, en pleine période de crise (qui n’est ni résolue, ni révolue), l’absolue liberté de manœuvre du PLR face aux éternelles tentations de pressions du ministre en déliquescence, par cabinets noirs interposés.

     

    Cet acte d’affranchissement était salutaire. Depuis des années, certains ministres, notamment radicaux, avaient mis un tel grappin sur le parti, par leur jeu d’influences, leurs commis à des œuvres plus ou moins basses, leurs estafettes plus ou moins douteuses, qu’il fallait couper le cordon. Le comité directeur, juste avant Noël, était allé dans ce sens, désavouant clairement Pierre Maudet. Ce dernier, avec une habileté digne du retour de l’île d’Elbe, avait contre-attaqué en demandant une Assemblée générale, qui lui avait renouvelé sa confiance. Chacun, comme au ping-pong, avait gagné une manche. L’Assemblée de Troinex, ce fut la belle. Les partisans de Pierre Maudet l’ont clairement perdue. Sauront-ils entendre le message, sans s’engager dans un irrédentisme désespéré ?

     

    Le parti a sauvé sa peau, et les conditions de son indépendance, mais sur l’affaire Maudet, rien n’est réglé. Quelles relations le nouveau président entretiendra-t-il avec le conseiller d’Etat ? Le parti exigera-t-il toute la lumière, vraiment, sur les officines chargées de veiller sur la cagnotte radicale, au moment de la fusion ? Certains partisans extrémistes du ministre, ayant révélé depuis des mois, sur les réseaux sociaux, la nature clanique de leur obédience au chef, parfois jusqu’à la violence sectaire, auront-ils l’intelligence de se calmer, ou s’engageront-ils dans les combats de trop, ultimes et dévoyés ? Ces questions-là sont fondamentales. Elles ne pourront être esquivées, sous prétexte de pacification, nécessaire à reconstruire l’unité.

     

    Reste l’essentiel : le fond. Un parti, pour faire quoi ? Défendre quelles valeurs ? Tant le programme de Natacha Buffet-Desfayes (qui devra continuer de nourrir les réflexions à Genève, notamment sur l’apprentissage et la formation) que celui de Bertrand Reich affichaient une salutaire ouverture après les années obsessionnelles autour de la réforme de l’imposition des entreprises. Ces deux programmes nous disaient que l’économie, thème certes central dans l’ADN du parti, ne pouvait s’ériger en sujet unique, et qu’une vision plus générale et plus humaniste était salutaire. Reste à transformer cette vision en réalités, bien palpables. Vaste défi, à coup sûr le plus passionnant, pour le premier parti du canton.

     

    Pascal Décaillet

     

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