18/04/2018

Le MCG n'est pas mort

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.04.18

 

C’est assez incroyable, tout de même, cette jouissance des médias à constater, lors des élections cantonales de ce dimanche 15 avril, un « retour aux partis traditionnels ». On pense principalement au PLR, mais aussi aux socialistes et leurs alliés Verts, grands vainqueurs, c’est vrai, de ce scrutin.

 

Bravo à ces partis, c’est sûr. Mais d’où vient cette fascination des observateurs pour les « partis traditionnels » ? D’où, si ce n’est d’un indécrottable conformisme de pensée, qui voudrait qu’existent, pour l’éternité, toujours les mêmes. Comme si le champ politique n’évoluait pas.

 

La vérité est un peu différente. Si le vote protestataire, émergé depuis 2005, a été réduit cette année, c’est pour deux raisons, bien précises : d’abord, il a été frontalement attaqué par les siens, en suicidaire dissidence ; et puis surtout, le concept amiral de « préférence cantonale » a été, ces dernières années, gentiment récupéré par tous, jusqu’au sein du PLR. On avait déjà piqué l’environnement aux Verts, on a piqué la préférence au MCG.

 

Reste qu’avec onze députés, retrouvant ainsi une taille plus juste, ce parti demeurera, entre 2018 et 2023, la charnière entre la droite et la gauche. Clairement orienté sur des objectifs sociaux et populaires, proches des gens les plus défavorisés et non au service de nababs, le MCG est loin d’être mort. S’il arrive à retrouver sa combativité d’antan, dans la rue et loin des cocktails, il peut même encore avoir de belles années devant lui.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Bienvenue en Maudétie !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.04.18

 

Réélu au premier tour ! Avec un résultat canon : 50'180 voix ! Creusant un écart géant avec le deuxième, Mauro Poggia (43'728) et le troisième, Serge Dal Busco (40'836). La victoire de Pierre Maudet, dimanche 15 avril, est évidemment sans appel. Elle détermine l’homme fort du futur gouvernement genevois, comme nos amis vaudois avaient, assez naturellement, déterminé Pascal Broulis, puis Pierre-Yves Maillard. Reste à savoir, justement, si le principe « d’homme fort » est bien conforme à nos traditions suisses, s’il est viable, en attendant la disgrâce, sur une longue période. Et surtout, s’il est souhaitable. Ces questions-là, et d’autres sur le risque de dérive autoritaire, doivent être posées dès maintenant. Et tant pis si ça froisse l’état de grâce, la passion inconditionnelle des groupies, et tous ceux qui se frottent les mains de voir advenir un Etat PLR, pour y prospérer, entre initiés.

 

Pierre Maudet, je l’ai dit maintes fois ici et ailleurs, est un surdoué de la politique. Intelligent, vif, rapide, malicieux, doté d’un sens aigu de la synthèse, il capte tout, très vite. En plus, en privé, l’homme ne manque pas d’humour, ni d’ailleurs de culture historique, ce qui en fait un interlocuteur très agréable. Mais toute médaille a son revers : très tôt dans sa carrière (que je suis depuis vingt ans), l’homme a compris que le pouvoir ne pouvait s’exercer à moitié. Il l’a compris pour sauver, avec François Longchamp, le parti radical de la déroute, puis conquérir les sièges, à tous les postes de la Ville et du Canton. Cette aptitude au pouvoir fort ne saurait, en soi, lui être reprochée, nous n’allons tout de même pas faire ici l’éloge des mous. Mais elle a ses effets collatéraux : volonté de tout contrôler jusqu’au détail, pratique du fusible jusqu’à l’extase électrique, relais dans la presse genevoise – et lausannoise – avec sa batterie de perroquets et de perruches, toujours prêts à s’extasier des faits et gestes du Prince.

 

L’essentiel, vous le voyez, n’est pas à reprocher à Pierre Maudet, qui connaît à fond les règles de la communication en temps de guerre, mais à l’incroyable obédience qu’il a réussi à susciter dans certaines rédactions. Le problème no 1 de la presse lémanique, aujourd’hui, n’est pas d’être de gauche, ni de droite, mais de s’aligner systématiquement sur les positions du PLR, à commencer par celles de Pierre Maudet. Notre vitalité démocratique à Genève passera, dans les cinq ans qui viennent, par un contre-pouvoir. Il ne s’agit évidemment pas de démolir tout ce qu’entreprendra le ministre, loin de là, mais de garder la tête froide, comme face à n’importe qui, sur le sens politique de ses actions. Et, bien sûr, de se refuser à tout culte de la personnalité, ni attraper des lumbagos à force de prosternations devant l’éclat solaire du souverain. S’il fait de bonnes choses pour Genève, nous le dirons. S’il abuse de son pouvoir pour établir, telle l’universelle araigne (Louis XI), ses réseaux tentaculaires au service de son seul pouvoir, nous le dirons aussi. Excellente législature à tous !

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/04/2018

Le destin de Genève, c'est la République !

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Commentaire publié dans GHI - 11.04.18

 

Cette fois, nous arrivons au bout : ce dimanche 15 avril, après des mois de campagne, ce sera enfin l’heure de vérité pour les candidats au Grand Conseil, et le premier tour de l’élection au Conseil d’Etat (second tour le 6 mai). Comme vous le savez, je me suis impliqué à fond dans ces élections, en me frottant à un très grand nombre de candidats. Cette expérience m’a enrichi, et m’amène à rendre hommage à toute fibre militante, d’où qu’elle vienne. Car notre trésor commun, à Genève, ça n’est pas la gauche, ni la droite, ni un quelconque parti. Non. Notre bien le plus précieux, c’est la République. Prenez ce mot, je vous prie, au sens premier : celui de chose commune. Oui, je crois à la nécessité, au cœur du tumulte de nos vies, d’un espace commun, celui où tous, riches ou pauvres, bien portants ou malades, seuls ou entourés, se sentiraient chez eux. C’est ainsi, depuis l’enfance, que je vois la République, comme une mère souriante, qui nous invite et nous accueille.

 

Pour se représenter la République, il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’aux monuments de la Guerre de 14, ces « Lieux de mémoire » dont parle si remarquablement l’historien Pierre Nora, marmoréens, granitiques, en hommage aux morts. Plus simplement, la République, c’est une bibliothèque municipale, ou cantonale. Que vous ayez ou non les moyens de vous acheter des livres, voilà un espace qui vous les met, par milliers, à disposition. La République, c’est le sourire d’une infirmière, dans un hôpital cantonal, lors d’une veille de nuit. C’est l’amabilité d’un agent de police, qui vous signale de mettre votre ceinture, sans immédiatement vous amender. C’est ce professeur de français, ou d’allemand, ou de maths, qui vous initie si bien à sa matière qu’il crée chez vous une vocation. Car la République, c’est la transmission, la mémoire, la fidélité à des valeurs. La République habite le temps, elle s’inscrit dans la durée, propose des modèles, rappelle le souvenir de ceux qui l’ont servie. En cela, elle est l’exacte antithèse de la table rase dont se prévalait Mai 68.

 

Surtout, la République, ce sont des hommes et des femmes. Sans incarnation, par eux, dans la temporalité du présent, elle ne serait qu’un lointain concept. Les profs, oui. Le personnel hospitalier. Les employés de voirie. Les policiers. Les pompiers. Sans ses serviteurs, l’Etat ne serait rien. Sans hommage à leur action, nulle politique durable ne peut se fonder. Pour ma part, c’est la préservation, et surtout l’amélioration de ce lien entre les humains que je souhaite pour Genève, dans la législature qui va s’ouvrir (2018-2023). C’est autrement plus important, à mes yeux, que de savoir combien le PLR va gagner de sièges, ou (par hypothèse) combien le MCG va en perdre. Ce que l’avenir d’une communauté humaine exige, c’est le souci de l’espace commun, et la volonté inébranlable de le faire passer avant les intérêts privés ou corporatistes. A partir de là, votez comme vous voulez. Vive Genève !

 

Pascal Décaillet

 

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12/04/2018

Amitiés aux Hongrois de Genève !

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Commentaire publié dans GHI - 11.04.18

 

Les Hongrois ont voté, dimanche 8 avril, pour leurs élections législatives. Au parti du Premier ministre Viktor Orban, ils ont très largement accordé leur confiance. L’homme fort de Budapest part donc pour un troisième mandat.

 

Orban gagne les élections, et immédiatement, chez nos éditorialistes de Suisse romande, que se passe-t-il ? On essaye d’abord de minimiser l’ampleur de la victoire, dans la soirée de dimanche. La nuit passée, les chiffres étant là, on nous dit que les Hongrois ont mal voté, qu’ils n’étaient pas informés des vrais enjeux, que ce scrutin éloigne encore un peu plus leur pays de l’Union européenne.

 

Bref, on traite les citoyennes et citoyens de Hongrie, qui sont pourtant adultes et vaccinés, vivent sur place, et connaissent autrement mieux que nous les problèmes de leur pays, comme de parfaits demeurés. Des êtres qui n’auraient rien compris aux intérêts supérieurs de leur propre nation.

 

Quelle arrogance ! Quelle morgue ! Quel mépris ! Qui sommes-nous, pour oser venir faire la leçon au corps électoral souverain d’une nation libre d’Europe ? Quelle connaissance aurions-nous de leurs problèmes, qui seraient meilleure que celle des Hongrois eux-mêmes ? A cette méthode, détestable, j’en propose une autre : j’adresse ici mon amical, mon fraternel salut à tous les Hongrois de Genève, auxquels nous lient 62 ans d’une amitié indéfectible. Je leur dis que leur pays est souverain. Et que, dans tous les cas, nous respectons ses choix.

 

Pascal Décaillet

 

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06/04/2018

La fermentation des esprits

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Commentaire publié dans GHI - 04.04.18

 

Une campagne électorale, c’est un univers qui rappelle le monde de la fermentation. Celle d’un vin, par exemple. Il y a comme un moment où les choses ne sont plus ce qu’elles sont, se mettent à décoller vers un ailleurs. Une forme de métamorphose.

 

Une campagne électorale a quelque chose d’un Carnaval. On sort, on se presse dans la rue, on passe son temps dehors, jamais chez soi. Au milieu de la foule, on s’oublie soi-même. On tutoie, on fraternise, on rit beaucoup, on boit des verres.

 

Dit comme ça, c’est plutôt sympa. Mais sachons nous méfier des illusions. Les meutes qui se mélangent, en quémandant des voix, seront les premières à se reconstituer, le jour venu, pour s’affronter. On se redira « vous », on s’écharpera. Les uns contre les autres, on se remettra à ourdir.

 

Journaliste, j’aime le temps de la campagne. Mais déjà, je vois les temps futurs, où les masques tomberont. Ceux qui, du peuple, auront reçu une parcelle de pouvoir, commenceront à croire en leur puissance. Ceux qui vous cajolaient se mettront à vous ignorer. Ceux qui nous avaient promis monts et merveilles sombreront dans l’amnésie.

 

A quelques jours du scrutin, je veux ici convoquer la mémoire d’un homme. Il s’appelait Pierre Mendès France (1907-1982), il n’est resté au pouvoir que sept mois, en 1954-55. Il a dit ce qu’il ferait. Et il a fait ce qu’il a dit. Autour de cette parole, si précieuse, s’articule la seule chose qui vaille : la confiance.

 

Pascal Décaillet

 

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05/04/2018

La politique : une noble affaire !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.04.18

 

A quelques jours de l’élection (dimanche 15 avril) du Parlement genevois, et du premier tour du Conseil d’Etat, donc du renouvellement pour cinq ans de nos autorités cantonales, je prends ici, une nouvelle fois, la défense acharnée de la politique. Pas la défense de la droite. Ni celle de la gauche. Non, la politique en tant que telle, celle qui place la citoyenne, le citoyen, au centre de tout. La politique, comme espace commun de nos antagonismes. Comme lieu d’explications et, pourquoi pas, d’engueulades bien sonores. Comme langage commun pour la résolution de nos problèmes. La politique, oui, avec des institutions, dont fait intégralement partie la démocratie directe. La politique, pour dessiner ensemble les contours de l’Etat. La politique, pour faire équilibre aux puissances de l’Argent, à la spéculation, aux corporatismes, à l’arrogance des puissants. La politique, au service de la justice sociale et de la redistribution. La politique, contre la loi du plus fort, la jungle.

 

Au fond, le fossé n’est pas entre la droite et la gauche, même si la géographie de la Convention, la représentation populaire sous la Révolution française, détermine puissamment, depuis plus de deux siècles, notre imaginaire du champ de combat. Non, le vrai gouffre est celui qui sépare ceux qui veulent croire en l’action publique, et ceux qui hélas n’y croient plus. Soit par cynisme, parce que la jungle leur convient. Soit par déception, désillusion : il n’y aurait plus, dans ceux qui aspirent à l’élection, que des arrivistes ou des voyous. Cette thèse du « tous pourris », je la déteste et la récuse de toutes mes forces. Il y a certes, en politique comme ailleurs, des brebis galeuses, mais l’immense majorité sont de braves gens, soucieux d’être utiles, qui sacrifient beaucoup de leur temps à la chose publique. Et je sais de quoi je parle : je viens de donner la parole à 104 d’entre eux, sans compter tous les autres, rencontrés au quotidien depuis plus de trente ans !

 

La politique a toujours existé, mais il y a tout de même un moment de l’Histoire humaine, tellurique, où tout a basculé, du moins dans la représentation de l’exercice du pouvoir : cette série de séismes, sur plusieurs années, c’est évidemment la Révolution française. Si je devais, parmi les milliers de livres qui lui ont été consacrés, ne vous en recommander qu’un, c’est l’Histoire que nous en lègue l’immense Jules Michelet (1798-1874). Oui, un ordre du monde, dans la symbolique, a laissé la place à un autre, même s’il faudra attendre encore près d’un siècle pour que la République s’installe durablement. Lire l’Histoire politique, se renseigner sur la longue conquête du pouvoir par le corps des citoyens, c’est déjà intellectuellement faire de la politique. Suivre une campagne électorale, voter, lancer des initiatives et des référendums (nous avons en Suisse ce rare privilège), participer, donner son avis, c’en est encore un autre mode. Tout cela, la part du cerveau et celle de l’instinct, constitue ce mot magnifique, qui s’appelle l’engagement. N’oubliez pas d’aller voter !

 

Pascal Décaillet

 

 

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31/03/2018

Quatre raisons de rejeter Mai 68

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.03.18

 

Mon opposition à Mai 68 est totale. Elle date des événements (j’allais sur mes dix ans, et les ai suivis de près), n’a cessé de se renforcer en un demi-siècle. Elle est non-négociable. Au moment où les nostalgiques nous agitent, une nouvelle fois, le caléidoscope de la rétrospective, il m’apparaît nécessaire de rappeler les raisons qui m’amènent à un rejet sans appel de ce mouvement, et surtout de l’idéologie qu’il a portée, ensuite, pendant des décennies. Je pourrais en recenser des dizaines, il me faudrait écrire un livre, qui serait un pamphlet d’une rare violence. En attendant, en voici déjà quatre.

 

1)  Mai 68 n’est pas une Révolution

 

Les étudiants, dans les rues, prétendaient explicitement à une Révolution politique, soit au remplacement d’un ordre social par un autre. Ils n’y sont absolument pas parvenus. Dès que les ouvriers ont obtenu, grâce aux Accords de Grenelle, une augmentation inespérée (35%) du salaire minimum, ils ont aussitôt laissé tomber les petits-bourgeois du Quartier latin. Pire : aux élections de juin, un mois plus tard, la France, qui avait pris peur, a envoyé à la Chambre la majorité la plus conservatrice depuis 1919. Ce furent les très tranquilles années Pompidou. Comme Révolution, on fait mieux.

 

 

2) Le désordre libertaire, ça n’est pas la République

 

Je suis fondamentalement républicain, très attaché aux valeurs de la Révolution française. Mais la République, pour atteindre ses idéaux d’égalité des chances, a besoin de l’ordre social. La dialectique entre pensées adverses, excellente en soi, c’est dans les espaces institutionnels prévus à cet effet qu’elle doit s’exercer. Pas dans la rue. Pas en incendiant des voitures. Pas en paralysant le pays.

 

 

3) Mai 68 n’a rien à voir avec la gauche

 

Rien, ou très peu. Les vociférations de rue des étudiants ne sont pas l’expression du vieil antagonisme gauche-droite, porté par la Convention, avec ses Jacobins, ses Montagnards et ses Girondins. D’ailleurs, la gauche ouvrière détestait ces éruptions de petits révoltés. Le reste de la gauche (Mitterrand, et même Mendès France) est passé à côté des événements, tout comme d’ailleurs les droites. Mai 68, c’est un épisode, joyeux et printanier, du vieux mythe parisien des Barricades, celles de 1830, 1848, 1870 et 1944 (Libération de Paris). Beaucoup des leaders de Mai sont devenus, par la suite, des patrons libéraux, fort peu soucieux, pour certains, du bonheur social de leurs employés.

 

 

4) Mai 68 a détruit l’Ecole

 

Que certaines chaires parisiennes fussent, en 1968, aux mains de mandarins tout puissants, c’est exact, et les étudiants n’avaient pas tort de le dénoncer. Mais, au-delà des événements de ce printemps-là, l’esprit de Mai a colporté, pendant des décennies, tout le charivari idéologique qui a fait tant de mal à l’Ecole, et pas seulement en France : méthodes « globales » plutôt qu’analytiques dans l’enseignement des langues, abandon des repères chronologiques en Histoire, obsession des structures, etc. Je pourrais multiplier les exemples. Tout cela est bien court, j’en suis conscient. Il me faudrait écrire un livre, oui. Un pamphlet. En aurai-je l’énergie ? A tous, excellentes Fêtes de Pâques !

 

 

Pascal Décaillet

 

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28/03/2018

Ah, un détail encore...

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Commentaire publié dans GHI - 28.03.18

 

D’où viennent les missiles qui s’abattent subitement, les uns derrière les autres, sur Anne Emery-Torracinta ? La première tentation, tellement facile, consiste à incriminer, sans la moindre preuve, les deux colistiers de la magistrate qui se représente : ils ourdiraient souterrainement pour avoir sa place, étant bien conscients que deux conseillers d’Etat socialistes pour la période 2018-2023, ça n’est pas gagné.

 

Cette thèse est-elle plausible ? Pour ma part, je n’y crois guère. Surtout qu’il existe, largement ailleurs qu’au PS, par exemple au sein du PLR, assez de nids de tirailleurs d’où l’on essaye d’atteindre la conseillère d’Etat. Et on ne s’en prive pas : depuis quelques semaines, sous tous les prétextes, les motions, projets de loi ou questions urgentes concernant le DIP fleurissent. Ici, au sujet d’une brochure sur la formation obligatoire, là au sujet de la dyslexie, ou encore des attaques dans les journaux sur sa gestion de la culture.

 

Mais dans cette deuxième source possible des attaques, aucune preuve tangible non plus. Les auteurs des motions attaquent sur le fond, ils en ont parfaitement le droit, c’est le jeu politique. Alors, quoi ? Alors, rien ! Disons qu’il existe un puissant climat de nocivité à Mme Emery-Torracinta, mais que nul complot, pour l’heure, n’est démontrable. Une chose est certaine : cette affaire laissera des traces. Et ne facilitera pas la sérénité, pour entamer la nouvelle législature. Ah, juste un détail encore : le PLR serait-il intéressé à reprendre le DIP ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/03/2018

La nouveauté d'un possible

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Commentaire - GHI - 21.03.18

 

Il y a des listes, plus que d’autres, d’où sortent de belles vibrations. Et dans ces listes électorales, il y a bien sûr, avant toute chose, des personnes. En l’occurrence, des femmes.

 

Une liste avec uniquement des femmes : le principe philosophique ne m’avait jamais plu, je le trouvais sectaire, alors que la République est une et indivisible. Bref, j’étais – et suis encore, au fond – mal disposé, sur le principe.

 

Seulement voilà, il y a les principes, et il y a les personnes. Pour ma grande opération « Visages de Campagne », 104 candidats face à moi, six minutes chacun, j’ai rencontré huit représentantes de la Liste des femmes. Au-delà de savoir si je suis d’accord ou non avec elles, j’ai découvert des univers, des engagements, une joie militante profondément ancrée. Enfin, quelque chose d’assez puissant, à quoi je ne m’attendais pas.

 

Ensuite ? Ensuite, rien ! Je n’appelle ici ni à voter pour cette liste, ni à la rejeter, chacun est libre. Mais j’ai découvert, après des décennies de passion pour la chose politique, la nouveauté d’un possible. Pas avec de grands discours, ni des démonstrations, ni des palabres de salons parisiens. Mais avec la force, parfois saisissante, de huit témoignages.

 

Laisser émerger l’inattendu de la parole, c’est peut-être aussi cela, la mission du journalisme. Alors, à ces dames de passage, je dis simplement merci.

 

Pascal Décaillet

 

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21/03/2018

Anne Emery-Torracinta, magistrate intègre et courageuse

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.03.18

 

C’est toujours comme ça, une campagne électorale : ça commence prudemment, sans trop de bruit, avec des adversaires qui s’observent et s’épient, en affûtant leurs armes. C’est ce qu’on appelle la Drôle de Guerre, comme entre la France et l’Allemagne, entre le 1er septembre 1939 et le 9 mai 1940. Et puis voilà, il faut bien qu’il y ait un 10 mai. Cela change de nom, cela s’appelle la Blitzkrieg, l’offensive-éclair. Elle est violente, massive, dévastatrice. Et surtout surprenante. Évidemment ! On ne va tout de même pas envoyer un bristol à l’ennemi pour lui faire savoir, deux jours avant, qu’on va attaquer ses positions. Pour les élections, on parle de « campagne » : le mot est parfaitement juste, les lois appliquées y sont celles de la guerre. Pour saisir ce qui s’y passe, il faut connaître les grilles de lecture de la guerre, pas celles de la morale. Naïfs et bonnes âmes, s’abstenir.

 

Ministre genevoise de l’Instruction publique depuis quatre ans et demi, la socialiste Anne Emery-Torracinta est une femme réputée pour son intégrité, sa rigueur, son courage. On partage ou non ses options pédagogiques, par exemple son obsession pour « l’école inclusive », mais nul, dans la République, ne peut lui contester ses qualités d’honnêteté, ni la ténacité de son engagement, pendant toute sa vie, en faveur de l’École genevoise. D’abord, comme prof d’Histoire, très appréciée. Puis, comme députée. Puis, comme magistrate.

 

Sans doute a-t-elle commis des erreurs. Sous le feu des attaques, elle a mal communiqué, mal géré la crise. Mais ces nervosités ne doivent aucunement nous faire oublier qu’elle a dirigé correctement, dans les grandes lignes, un Département très difficile, avec toujours un souci d’Etat, et des priorités républicaines. Je demande aux citoyennes et citoyens qui voteront, le 15 avril, de la juger, dans le sens qu’ils voudront, sur ces choses-là, qui sont simplement l’essentiel. Et non sur les seuls échos de la Blitzkrieg que d’aucuns, comme par hasard à quatre semaines des élections, ont jugé bon de lancer sur elle.

 

Bien sûr, les affaires évoquées, impliquant des relations entre profs et élèves, sont importantes. Et doivent être instruites. Pas question, ici, de nier cela. Mais pas question, non plus, de pousser la candeur jusqu’à ne pas voir la prodigieuse aubaine que constituent ces affaires, datant d’ailleurs d’époques antérieures, pour les adversaires politiques de Mme Emery-Torracinta. Nous sommes en période électorale ! Donc, en campagne. Donc, langage et codes de la guerre, Donc, intox permanente. Donc, avantage à celui qui maîtrise la communication. C’est cela, la Blitzkrieg. Cela qui se passe, avec la récupération éhontée, et tellement providentielle, d’affaires judiciaires en cours, pour avoir la peau d’une magistrate honorable et compétente. Une ministre à qui, pour ma part, malgré mon goût relativement limité pour l’école inclusive, j’accorde ma gratitude et ma confiance.

 

Pascal Décaillet

 

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16/03/2018

Candidats, faites-nous aimer la politique !

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Commentaire publié dans GHI - 14.03.18

 

Prenez la masse des gens, dans la rue. Dans les trams. Dans les grandes surfaces. Combien, parmi eux, s’intéressent-ils vraiment à la politique ? Un sur trois ? Un sur cinq ? Je n’en sais strictement rien. Mais je suis sûr d’une chose : nous, les journalistes politiques, avons avec les candidats, de tous bords évidemment, une mission en commun, donner à un maximum de personnes le goût de la chose publique. Soit pour s’y lancer, comme acteurs. Soit, au moins, pour maîtriser au mieux les enjeux, lors de votations ou d’élections. Car la vraie fracture, aujourd’hui, n’est pas tant entre la droite et la gauche, qu’entre ceux qui croient en la politique, et les autres. Pour ma part, je considère de mon devoir de rendre la politique attrayante, appétissante, accessible à tous. Et non de la laisser gésir dans une tour d’ivoire, entre initiés, avec leurs mots complexes, leurs rites, leurs petits arrangements, entre gens du même monde.

 

Pourquoi ? Mais parce que nous sommes en Suisse ! Le pays de la démocratie directe. Donner la parole à l’ensemble d’un corps électoral (plutôt qu’aux seuls parlementaires), le principe est génial, mais à une seule condition : que nos citoyennes, nos citoyens, soient dûment formés à la culture politique. Le rôle de l’école est primordial, et, même si des progrès ont été accomplis ces dernières années, doit aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui dans l’enseignement de l’Histoire, y compris nationale, et même locale, et dans celui de l’éducation citoyenne. En 2018, la formation, à Genève, est obligatoire jusqu’à 18 ans. C’est précisément l’âge où l’on devient citoyen, avec le droit de vote. Eh bien il est inadmissible qu’à cet âge, on puisse, par défaut d’y avoir été initié dans l’institution scolaire, ignorer les grands mécanismes de notre pays, et de notre canton : démocratie directe, initiatives, référendums, fédéralisme, identification des trois échelons de législatifs et d’exécutifs, etc. C’est le devoir de l’école que d’enseigner cela.

 

Et puis, lors d’une campagne électorale (nous y sommes en plein, avec l’élection du Grand Conseil et le premier tour du Conseil d’Etat, le 15 avril), c’est le devoir de chaque candidat de nous faire aimer la politique. Oui, la politique toute entière, dans son principe, son essence. Car chaque candidat, en plus d’être le représentant de son parti, incarne aux yeux du public l’action politique, dans son ensemble. Peu importe, à mes yeux, qu’il soit de gauche ou de droite, homme ou femme : ce que je lui demande, c’est d’avoir du talent, de l’énergie, de la puissance de communication, une sincérité militante, au service de la Cité. Oui, chaque candidat au Grand Conseil, et bien sûr au Conseil d’Etat, doit se considérer comme un ambassadeur de la chose publique, afin que cette dernière l’emporte contre les clans, les féodalités, les puissances financières, les réseaux, les corporations d’intérêts. Cela n’est pas une affaire de la droite contre la gauche. Mais de la République, qui nous est si chère, face à la jungle et au néant.

 

Pascal Décaillet

 

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14/03/2018

Tristes missiles

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.03.18

 

Il nous reste un peu plus de quatre semaines : c’est la dernière ligne droite pour la campagne électorale du 15 avril, Grand Conseil et premier tour du Conseil d’Etat. C’est le moment où la Drôle de Guerre, celle où chacun s’observe et s’épie en silence, laisse la place aux attaques. Et même aux missiles.

 

L’enjeu est simple : comme dans un jeu de quilles, il s’agit, pour certains partis, de faire tomber un conseiller d’Etat sortant, pour prendre sa place. Sur le fond, la démarche est parfaitement légitime : c’est à cela que sert une campagne électorale.

 

Oui. Mais il y a la manière. D’un côté comme de l’autre, on a trop tiré en rafales, entendez sans précision, en direction, selon l’humeur, de M. Poggia, ou de M. Dal Busco. On a eu tort. Ce sont des hommes solides, ils ne seront pas si faciles à atteindre. D’une manière générale, les sortants, cette fois, sont mieux implantés qu’à l’automne 2013, où deux points faibles étaient clairement identifiables.

 

Et puis, il y a les coups sous la ceinture. Par exemple, l’attaque en règle contre Mme Emery-Torracinta, en lien avec les ennuis judiciaires de Tariq Ramadan. A cinq semaines de l’échéance électorale ! On ne se prononcera pas ici sur le fond. On se contentera de ne pas être dupe de toute la dimension de récupération politique, pour nuire à une magistrate qui n’est peut-être pas la première impliquée, d’une affaire qui charrie tant d’émotions, et tant de jugements sommaires. Tristes missiles.

 

Pascal Décaillet

 

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07/03/2018

La Louve de Rome

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Commentaire - GHI - 07.02.18

 

Sommes-nous bien sûrs d’avoir pris la mesure de ce qui vient d’advenir en Italie ? Dans ce pays majeur de notre continent, fondateur au milieu des années cinquante de la Communauté européenne, devenue plus tard Union, pilier de la coopération entre les puissances du Vieux monde, les forces de l’anti-système sont désormais majoritaires. Notamment le Mouvement 5 étoiles, qui devient le premier parti de la Péninsule avec 32% des voix. Mais aussi la Ligue. C’est un bouleversement sans précédent, depuis la Guerre, au Sud des Alpes. Tous les paramètres valables depuis la République, née de l’immédiate après-guerre, s’effondrent. Un autre monde politique italien surgit.

 

Il était certes déjà loin, le temps de Don Camillo et Peppone, celui où le monde politique italien, surgi des décombres du fascisme et de la reconstruction du pays, était un gâteau partagé entre communistes et démocrates-chrétiens. Il y a eu les années de braise, puis Berlusconi, il y a eu le désordre, l’illisible, rendant parfois algébrique le décryptage d’un univers politique complexe, à nul autre pareil.

 

Oui. Mais cette fois, c’est autre chose. L’un des six pays fondateurs de l’Europe voit triompher les forces eurosceptiques et revenir au premier plan une démarche anti-système qui n’avait jamais eu autant d’importance depuis 1945, disons au moins 1943. A Bruxelles, chez M. Juncker, on a du souci à se faire : ça n’est pas un nouveau venu lointain des Marches orientales qui bascule. C’est un pilier majeur de l’Europe. Majeur, et matriciel, comme la Louve de Rome.

 

Pascal Décaillet 

 

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Une campagne joyeuse : la clef du succès !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.03.18

 

J’observe la politique depuis décembre 1965. J’avais sept ans et demi, c’était la présidentielle française, première du genre au suffrage universel. Nous avions la télévision, ils passaient le soir des spots de campagne, hagards, surgis du 19ème siècle, regards figés face caméra : il y avait Mitterrand, Lecanuet, Barbu, Tixier-Vignancour, je ne comprenais pas grand-chose à ce que racontaient ces Messieurs en noir et blanc qui surgissaient le soir dans notre salon, mais j’adorais. Dès le second tour, opposant de Gaulle à Mitterrand (sans débat, hélas, entre les deux), j’avais déjà beaucoup mieux saisi les enjeux : le maintien au pouvoir du sortant, dont je commençais à percevoir la densité historique, face à un brillant challenger. En l’espace de quelques semaines, j’avais grandi, passant de l’ignorance totale du fait politique à une véritable passion pour la captation des attentions d’un électorat. Toute ma passion politique, celle d’aujourd’hui, patiemment développée pendant un demi-siècle, vient de là, décembre 1965.

 

Plongé dans la campagne électorale genevoise des 15 avril et 6 mai prochains, j’observe, je scrute, je hume. Totalement immergé au milieu des candidats au Grand Conseil (ils sont 104 à passer à « Visages de Campagne », sur Léman Bleu) et au Conseil d’Etat, j’ai dépassé depuis longtemps la simple approche idéologique. Je préfère contempler la totalité de la personne. Hors de cet humanisme, qui vous amène à pénétrer dans la logique de combat et d’existence de chaque candidat, point de salut. Il y a évidemment des gens très bien dans tous les partis, oui tous, de la gauche la plus radicale à la droite la plus dure. Ce qu’il faut, c’est tenter de saisir le secret de chaque chemin.

 

Et puis, dire une chose, très fort. La politique, ça doit bien sûr être très sérieux sur le fond, mais ça ne doit surtout pas être ennuyeux ! Surtout dans une campagne électorale. Car enfin, ce qu’on délivre aux gens, ça n’est pas seulement un programme, une idéologie, mais aussi des vibrations. Comme un bonheur d’être là, battre le pavé, rencontrer, toucher, transmettre. C’est la dimension physique de la politique. Si vous êtes dépourvu de ce sens du contact, vous pouvez être aussi brillant que vous voulez, vous n’y arriverez pas. Au fond, il faut aimer les gens. Passer vraiment du temps avec eux. Se charger de leurs énergies. C’est pourquoi, malgré les réseaux sociaux, les médias et tout ce que vous voudrez, rien ne remplacera jamais le contact humain, direct. La plupart, aujourd’hui, l’ont d’ailleurs bien compris, n’oubliant ni les stands ni les marchés. On y rencontre des hommes et des femmes, des vrais.

 

On cite souvent l’exemple de Jacques Chirac, 45 ans, déjà ancien Premier ministre de Giscard, lors de la campagne législative de mars 1978. Il avait, dit-on, serré un million de mains. Et il l’avait gagnée, cette campagne. En buvant du rouge, et en mangeant du saucisson. C’est aussi cela, une campagne. Joyeux, excessif, festif. Comme un air de Carnaval. Où la parole est reine, et la joie de vire, souveraine. Bonne continuation à tous !

 

Pascal Décaillet

 

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01/03/2018

Croissance maîtrisée

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Commentaire publié dans GHI - 28.02.18

 

Nous avons, à Genève, un bel aéroport, dont nous avons lieu d’être fiers. Il a traversé le vingtième siècle, contribué à la prospérité et à la notoriété de notre canton. Il est proche de la ville, facilement accessible. Beaucoup d’atouts, c’est vrai.

 

Mais le site de Cointrin n’est pas extensible à souhait. Coincé le long de la frontière, près des zones habitables, il offre hélas un fort potentiel de nuisances, sonores notamment, aux riverains. Genève n’est pas New York, ni Chicago. C’est une ville de taille très moyenne, et c’est justement pour cela, par l’aspect humain de ses dimensions, qu’il fait si bon y vivre. Nous devons garder, en toutes choses, le sens de la mesure.

 

Le développement de l’aéroport, lui aussi, doit se plier à cette règle. Depuis une décennie, en très haut lieu, on a trop rêvé d’un immense aéroport international, avec des extensions totalement exagérées. Il n’est, par exemple, par normal que les Lyonnais friands de déplacement inter-villes à bas prix viennent prendre leur avion à Genève.

 

Surtout, la croissance de l’aéroport doit faire l’objet d’un contrôle démocratique. Pas question qu’un cénacle de décideurs économiques se substitue au verdict des citoyennes et citoyens de ce canton. Il n’en va pas seulement de l’avenir de nos transports. Mais de la santé des riverains. De la qualité de vie à Genève. Bref, du bien commun et de l’intérêt public. Ne les laissons pas dans les griffes de quelques bétonneurs.

 

Pascal Décaillet

 

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28/02/2018

Conseil d'Etat sortant : aucun jeu collectif !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.02.18

 

Sept personnages, parfaitement juxtaposés. Sept ministres, chacun gérant son Département. Sept destins, individuellement jetés dans l’arène publique. Sept bilans, certains corrects, d’autres moins, chacun jugera. Sept humains, mais pas de septuor. Aucun mouvement d’ensemble, dans ce Conseil d’Etat sortant, 2013-2018. Certes pas d’échec flagrant, comme il y en eut dans l’équipe précédente. Pas vraiment de fausse note. Pas d’engueulades internes majeures, ni de ruades. Pas d’esclandre. Pas de bruit, ni de fureur. Non, juste la coexistence de sept silences. Chacun, pour soi, a plaidé, donné de la voix. Mais qui, pour parler au nom de tous ? Quel discours d’ensemble, pour quelle action collective, quelle vision ?

 

Vous me direz que ce fatras, c’est le lot de toute équipe gouvernementale suisse, par essence disparate. Je vous répondrai non, pas cette fois justement, pas avec cette équipe-là. C’est le premier collège exécutif d’après la Constituante : aux affaires pour cinq ans, avec le même Président pendant toute la législature. De cette importante réforme, on nous a fait miroiter monts et merveilles, châteaux en Espagne : on nous promettait enfin la cohérence, l’action d’ensemble, la coordination, chacun des sept tirant à la même corde. Ce ne fut pas cela. Ce ne fut pas non plus le contraire, qui serait quelque chose comme la foire d’empoigne, le tir aux pigeons, le Radeau de la Méduse. Non, ce fut juste quelque chose entre deux, donnant une impression d’aplani et de sourdine : surtout pas d’éclat ! On y a chuchoté, murmuré, comme en quelque chapelle, pour ne point déranger les Vêpres.

 

Les bilans individuels ? Chacun a fait ce qu’il a pu, il faut leur rendre cet hommage. Il n’y a, au final, ni brillant premier, ni cancre. Mais il n’y pas de bilan collectif. Même les questions financières, transversales par définition et gérées avec beaucoup d’opiniâtreté par le Grand Argentier, qui a l’étoffe d’un homme d’Etat, demeurent en suspens entre les deux législatures. Nous sommes donc, sans qu’il y ait grand grief à en tirer, dans l’ordre de l’inabouti. Idem pour la santé, le logement, la mobilité. A l’économie, on a surtout fait beaucoup de communication. A l’instruction publique, on a géré avec patience. Bref, chacun a fait son possible. Aucun ne mérite à tout prix d’être réélu. Ni, pour autant, d’être écarté. Sept destins, avec un peu d’ennui.

 

La législature suivante sera-t-elle plus flamboyante ? Nous n’en savons rien. Si c’est juste pour changer un Président austère par un Président hyper-communicateur, tirant à lui toute couverture, quitte à mettre la République dans de beaux draps, je ne suis pas sûr que l’exercice soit promis à une réussite folle. A la vérité, la Constituante a échoué. Entre le maintien du bon vieux septuor égalitaire, d’où nulle tête n’émerge, et l’instauration d’un vrai chef de gouvernement, elle n’a pas tranché. Il en résulte un singulier marécage. Propice, peut-être, au chant uniforme des batraciens. Pour le frémissement de l’Histoire, nous irons voir ailleurs.

 

Pascal Décaillet

 

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25/02/2018

Le Diable de Moscou

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Commentaire publié dans GHI - 21.02.18

 

« Le Président de la Douma (Parlement russe) est persona non grata dans l’Union européenne. Alors, que vient-il faire en Suisse ? ». Cette phrase hallucinante, notamment ce « alors », a été prononcée ce lundi 19 février dans les titres du Journal de 12.30h, sur la Première.

 

Hallucinant, oui. D’abord, la Suisse, à notre connaissance, n’est pas membre de l’Union européenne, et nous doutons qu’elle soit amenée à y adhérer dans les dix ou quinze années qui viennent. Donc, au nom de quoi Berne devrait-elle se sentir liée par une fatwa de Bruxelles frappant l’un des personnages les plus importants de Russie ? Soyons clairs : la Suisse est un pays souverain, elle reçoit qui elle veut, quand elle veut.

 

Et puis, il y a cette perpétuelle diabolisation, dans les milieux bien-pensants de l’Union européenne, de tout ce qui touche, peu ou prou, à la Russie. Parce que le Président de la Douma serait « un proche de Poutine », il incarnerait le camp du Mal. Il ne faudrait surtout pas le recevoir, avoir le moindre contact avec lui, le toucher.

 

Candide vision. Qui rappelle les heures les plus blêmes de la Guerre froide. Propagande orchestrée non seulement par l’UE, mais par l’OTAN. Comme sur les Serbes pendant les années 1990, on jette l’anathème sur un camp, toujours le même. Là, c’est la Russie. Que les propagandistes professionnels agissent ainsi, c’est ma foi leur métier. Mais peut-être, de la part de journalistes suisses, pourrait-on espérer un peu de nuances, de clairvoyance, et d’arrière-pays historique.

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2018

Elections : le quorum de 7% est trop élevé !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.02.18

 

Notre démocratie suisse passe, entre autres, par des Parlements. Nous avons, à Berne, les Chambres fédérales (Conseil national, Conseil des Etats). Dans nos cantons, des Grands Conseils. Au niveau communal, des délibératifs. Je vous entretiens ici de l’élection du dimanche 15 avril prochain au Grand Conseil : 621 candidats, pour 100 sièges ! Cette élection est régie par une règle appelée « quorum » : pour qu’un parti puisse siéger au Parlement, il doit obtenir 7% des voix. C’est loin d’être si facile ! L’idée de ce quorum élevé est d’éviter l’éparpillement. On cite souvent l’exemple de la Knesset, le Parlement israélien, où une multitude de partis rendent la prise de décision très difficile.

 

Soit. Mais à Genève, il faut le dire, ce quorum de 7% est trop élevé : il favorise les bons vieux partis issus du 19ème siècle, bien ancrés, bien horizontaux dans leurs alliances, et ne laisse quasiment aucune chance aux nouvelles listes. Ça n’est pas exactement le but d’une élection démocratique ! Cette dernière, désormais tous les cinq ans pour le Grand Conseil genevois, présuppose qu’on mette à zéro tous les compteurs, qu’on accorde la même attention à toutes les listes, sans se croire obligé de ricaner (je le précisais ici la semaine dernière) face aux nouveaux. Pour qu’il y ait renouvellement, ce qui est indispensable pour avoir un peu d’air frais, il faut que les partis ne siégeant pas encore au Parlement aient exactement les mêmes chances que les vieux briscards, qui blanchissent sous le harnais. On en est loin.

 

Car briscards il y a. Des super-malins, croyez-moi. Implantés jusqu’à la moelle dans le réseau des conseils d’administration des grandes régies (Services industriels, HUG, Aéroport, etc.), dans l’appareil de leur parti, et – pour les plus impayables d’entre eux – dans le Bureau du Grand Conseil, calculant l’année où ils accéderont enfin à la Présidence. Ceux-là, tous partis confondus, se tiennent par la barbichette. Oui, il existe une amicale des anciens, du moins certains d’entre eux, les vieux routards, roublards, rusés, madrés, consacrant l’essentiel de leur énergie à se maintenir sous les lambris du pouvoir. Quand on voit cela, on a juste une envie : ouvrir la fenêtre. Laisser siffler le vent du changement, à gauche comme à droite. Donner leur chance à des partis, certes candides et jouvenceaux, mais qui arrivent avec d’autres visions, d’autres paramètres.

 

Pour cela, la seule solution, c’est un quorum plus bas. Je plaide, pour ma part, pour une barre placée entre 3% et 5%. Sinon, rien ne changera, jamais. Et on aura toujours les mêmes comitards, avec leur obsession des réseaux et des chapelles, leur incrustation dans tout ce que Genève compte de fondations et d’associations, sur les bancs du Parlement. Cette Genève des copains et des compagnons, des amicales et de la consanguinité, il est temps qu’elle cède la place à une Genève plus ouverte, plus audacieuse, plus surprenante. Pour cela, il faut laisser une chance aux nouveaux. Il faut, pour l’élection de 2023, abaisser le quorum.

 

Pascal Décaillet

 

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16/02/2018

Classes moyennes

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Commentaire publié dans GHI - 14.02.18

 

Immergé comme jamais au milieu des candidats aux élections cantonales, je puis vous affirmer une chose : le souci numéro un, à Genève, est celui de la cohésion sociale. Il précède tous les autres, et doit nous occuper en priorité.

 

A Genève, l’économie ne se porte pas si mal, mais la répartition des richesses n’est pas assurée comme il le faudrait. Les classes moyennes, notamment, sont étranglées par les primes maladie, les loyers, et aussi la fiscalité. Les PME étouffent sous la paperasse. Les habitants sont surassurés. Les petits entrepreneurs ploient sous les charges. La différence entre chiffre d’affaires et bénéfice est immense : il conviendrait que tous la connaissent, ce qui ne semblait guère le cas, lors d’un débat récent à la RTS.

 

La justice sociale passe évidemment par l’aide aux plus démunis. Il n’est pas question de laisser des frères humains sur le bord du chemin. Mais elle passe aussi par les classes moyennes. Ce sont ces dernières, à Genève, qui payent le prix fort. Le pouvoir d’achat s'épuise, l’acquisition d’un logement devient une chimère. La paupérisation des ménages est une réalité.

 

A partir de là, lorsque vous voterez, songez, tous partis confondus, à envoyer au Grand Conseil des profils d’hommes et de femmes nourris de réflexion, non sur la seule réussite individuelle, mais sur ce qui cimente la communauté. Pour moi, cela passe par un mot : la solidarité. Hors de ce concept, point de salut. La politique exige une vision d’ensemble. Si le seul enrichissement vous intéresse, allez spéculer à New York. Ici, nous avons mieux à faire.

 

Pascal Décaillet

 

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15/02/2018

Elections : osez les nouvelles listes !

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Commentaire publié dans GHI - 14.02.18

 

Le dimanche 15 avril, le corps électoral genevois renouvellera, pour cinq ans, le Grand Conseil. Il s’agit du législatif de notre Canton, il compte 100 députés, qui font les lois, mais aussi doivent contrôler l’action du gouvernement et de l’administration. Dans un pays comme la Suisse, où les Parlements sont importants, ça n’est pas rien d’être un élu. Il y en a de bons, de moins bons, des actifs et des passifs, des calmes et des rugissants, ils sont le reflet de ce que nous sommes. Apparemment, ce job fait envie : à ce jour, le Service des votations compte 621 candidats (un record) sur 13 listes. Les sept partis déjà représentés au Grand Conseil, et six autres, dont certains parfaitement nouveaux. C’est de ces derniers que j’entends vous entretenir ici.

 

En commençant par une chose : rien de plus détestable que de ricaner face aux nouveaux. Une élection est une mise à zéro des compteurs, les citoyennes et citoyens votent pour qui ils veulent. S’ils entendent reconduire les sortants, c’est leur droit. S’ils veulent du sang nouveau, libre à eux. La plupart d’entre nous panachent : ils reconduisent les députés qui leur semblent le mériter, dégagent les paresseux, et mélangent tout ce beau monde avec une dose de nouveaux. Parce qu’on en prend pour cinq ans, et qu’il n’y a aucune raison d’envoyer toujours les mêmes pour nous représenter. Aucune, non plus, de maintenir pour l’éternité les partis sortants. Pour ma part, toutes formations confondues, je choisis soigneusement et sévèrement les gens pour qui je vote, sans hasard ni blanc-seing.

 

Comme vous le savez, en plus de mes émissions habituelles, je me livre à six minutes d’interview face à 104 candidats (8 par liste). Cela s’appelle « Visages de Campagne », c’est une immense opération citoyenne de Léman Bleu, je suis très fier d’y participer, et cela me permet d’approcher en profondeur la sociologie des candidats, de tous bords. Eh bien croyez-moi, je suis impressionné par l’enthousiasme civique des nouvelles listes. Que ce soit « La Liste pour Genève », républicaine, défendant la laïcité, ou encore « La Liste », avec uniquement des femmes, ou encore GEM, le PBD, les Verts libéraux, ou même « Egalité Equité », chacune de ces nouvelles formations mérite notre respect et notre attention. Ricaner, sous le seul prétexte qu’elles « n’y arriveront jamais », à cause du quorum (7%), et finalement se contenter des valeurs sûres, issues de partis hérités du 19ème siècle, c’est ne rien comprendre à l’essence même du renouvellement démocratique.

 

Car enfin, les libéraux ont bien commencé un jour, avec Benjamin Constant. Les radicaux, avec James Fazy. Les socialistes, avec la Révolution industrielle. La démocratie chrétienne, avec Léon XIII, le père de la Doctrine sociale de l’Eglise. Etc. Donc, il a bien fallu, un jour, que des citoyennes et des citoyens, parmi nos ancêtres, décident de rompre avec le train-train des installés. Et d’accorder leur confiance à des nouveaux. Choisissez en conscience. Et surtout, mes félicitations aux 621 qui osent l’aventure de se porter candidats.

 

Pascal Décaillet

 

   

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