10/10/2018

Climat intenable

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.10.18

 

L’affaire Maudet ne m’a jamais intéressé sur le plan juridique. Il y a une instruction, laissons les professionnels de la justice faire leur boulot, nous verrons bien. Cela prendra du temps, et c’est très bien ainsi : la justice n’a pas à précipiter son travail, pour plaire à l’opinion publique.

 

L’affaire Maudet ne m’intéresse pas, non plus, sous l’aspect moral. Je n’ai, pour ma part, et contrairement à ce qui est fort répandu dans le public, jamais attendu d’un ministre qu’il soit « exemplaire », ni qu’il affiche d’autres vertus que sa parfaite compétence à gérer les affaires de la République. En clair, je préfère un brillant commis de l’Etat, n’étant pas parfait sous l’angle de la morale, à une personnalité irréprochable, mais médiocre dans la conduite de la Cité.

 

Mais l’affaire Maudet m’intéresse, au premier chef et au fond uniquement, sous l’angle politique. Dans les conditions d’extrême tension où ce magistrat a mis la République, a-t-il encore le crédit nécessaire pour se maintenir ? Car enfin, les signes sont visibles : les esprits, à commencer par l’intérieur de son parti, le PLR, sont à ce point tétanisés par « l’Affaire », qu’ils se rebiffent pour venir débattre des grands sujets thématiques qui agitent la Cité : Finances, Santé, Logement, etc. Et là, ça commence vraiment à devenir inquiétant : au-delà de savoir si Pierre Maudet est gentil ou méchant, ce qui m’indiffère, je dois constater que les grands débats de fond, à Genève, à cause de cette affaire, sont en panne. Jusqu’à quand ?

 

Pascal Décaillet

 

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Jacques Friedli, salutaire emmerdeur !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.10.18

 

Un jeune homme de 24 ans, franc, loyal, clair et sympathique. Un monolithe de courage, seul contre un appareil. Tel est Jacques Friedli, ancien Conseiller municipal de Bernex, qui a osé, ce samedi 6 octobre, présenter une candidature de combat, au Congrès des socialistes, pour la présidence du parti. Il n’a pas été élu, mais face au vainqueur, Gérard Deshusses, il a réussi l’exploit – il n’y a pas d’autre mot – d’arracher un tiers des voix ! C’est considérable, époustouflant même, pour un candidat de dernière minute, ne disposant pas de la puissance ancestrale des réseaux qui traversent le parti. Avec un tel résultat, les socialistes, s’ils sont intelligents, seront obligés d’entrer en matière sur l’implacable papier de position publié cinq jours avant le Congrès, le lundi 1er octobre, par l’enfant terrible.

 

Le parti socialiste, à Genève, ne se porte pas si mal, et la présidente sortante, Carole-Anne Kast, affiche un bon bilan, avec notamment la reconquête, par Thierry Apothéloz, du deuxième siège au Conseil d’Etat. Mais ce parti, comme tant d’autres, est traversé par des courants qui se combattent, dominé par quelques caciques, qui se partagent postes et prébendes. Cela, Friedli le dit, dans son papier du 1er octobre : « Un parti dont la machine est dirigée par un petit groupe de personnes qui gardent jalousement le pouvoir… Les changements au Comité directeur et à la présidence ressemblent davantage à un jeu de chaises musicales qu’à une élection démocratique ». Le soir même de ce lundi 1er octobre, sur le plateau de Genève à Chaud, le jeune homme dressait un réquisitoire sans appel contre le cumul des mandats, l’oligarchie dans le partage des postes. Bref, de quoi se faire des amis ! De quoi se faire littéralement flinguer par les apparatchiks, le jour du Congrès.

 

Eh bien, il n’en fut rien. Au Congrès, Jacques Friedli a pu s’exprimer. Et il a cartonné (pour un outsider !) au moment du vote. La grande chance du parti, face à cette fronde, est que le vainqueur du jour, Gérard Deshusses, est un homme d’expérience et de sagesse. Il n’a pas polémiqué. Mieux : dimanche soir au Grand Genève à Chaud, en compagnie de sa nouvelle première vice-présidente, Caroline Marti, il a eu des mots bienveillants pour son concurrent. Laissant entendre qu’on avait besoin de lui pour enrichir la dialectique interne du parti. Tactique ou spontanée, cette réaction était la plus intelligente à afficher, et laisse augurer, pour les deux ans qui viennent, une présidence de qualité. En attendant, avec Jacques Friedli, un tempérament politique est né à Genève : la fougue de la jeunesse, le courage de dire les choses, celui d’affronter seul un enchevêtrement de caciques se tenant par la barbichette. Il nous faut, à Genève, toutes options politiques confondues, davantage de Jacques Friedli : la démocratie a parfois besoin de salutaires emmerdeurs pour survivre.

 

Pascal Décaillet

 

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03/10/2018

Serge et le vent

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.10.18

 

Serge Dal Busco, nouveau ministre des Transports à Genève (après avoir géré les Finances, lors de son premier mandat), multiplie les gages donnés à la gauche. Il jure de plus en plus par la « mobilité douce », notamment en milieu urbain. Du côté des partisans de cette dernière, on s’en félicite. Du côté des amis du transport motorisé privé, voitures, motos et scooters, on commence à grincer des dents.

 

Où le nouveau ministre, qui vient de la droite bien sentie, libérale d’inspiration, veut-il en venir ? A-t-il une stratégie cachée ? Une chose est sûre : la conversion de Serge Dal Busco aux thèses des Verts ou de l’ATE (Association Transports et Environnement), voire de Pro Vélo, ne faisait pas partie du scénario prévu dans la campagne électorale du printemps 2018. Et peut, légitimement, décevoir une partie non négligeable de la population, pour laquelle circuler en voiture en ville ne constitue pas encore, a priori, une atteinte à la sécurité de l’Etat.

 

On comprend bien que le nouveau magistrat de tutelle des Transports ait voulu rompre avec la stratégie de son prédécesseur, parfois modérément lisible, faite d’effets d’annonce, voire d’actes de foi (traversée du lac). Mais de là à laisser tomber une partie de son électorat naturel, c’est un pari très risqué. Et une posture qui peut laisser poindre le sentiment qu’on s’en va quérir, sur le bout humecté du doigt, la direction du vent. En politique, rien ne se gagne, jamais, à jouer contre son camp.

 

Pascal Décaillet

 

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Vernier : Ana Roch ou Martin Staub ?

Vernier 2018.JPG
 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.10.18

 

Rien de plus magique qu’une élection complémentaire, avec deux candidats. Parce que dans le duo, se cisèlent et se détourent avec précision et clarté les profils des antagonistes. Pas de salades, pas de cuisine politicarde : on vote pour l’un ou pour l’autre, il faut trancher, et puis basta ! Cette saveur de second tour d’une présidentielle française, les habitants de Vernier vont pouvoir la goûter tout à loisir, d’ici au dimanche 14 octobre, date de l’élection du successeur de Thierry Apothéloz à l’exécutif de la Ville. Avec, je l’affirme tout net, deux candidats de valeur : Ana Roch, présidente du MCG, et Martin Staub, avocat, chargé de conserver le siège socialiste du sortant. J’ai eu l’occasion, en direct dans le Grand Genève à Chaud du dimanche 30 septembre, à 19h, de les réunir pour un débat : ce fut un échange entre deux personnes de qualité.

 

Succéder à Thierry Apothéloz, devenu conseiller d’Etat, n’est pas chose facile. En quinze ans au sein de la Mairie, l’infatigable militant socialiste a laissé dans la Commune une trace, un sillon qui feront nécessairement référence, ce qui est d’ailleurs un piège pour M. Staub : il n’est jamais très excitant d’empoigner une campagne en se disant qu’on incarne la continuité. Le discours sur la rupture, lui, est plus facile. D’autant que les deux champions du 14 octobre proviennent, justement, des deux partis qui incarnent le plus, à Vernier, la volonté de proximité sociale : avec 14 conseillers municipaux (sur 37) pour les socialistes, et 11 pour le MCG, nous avons, dans cette complémentaire, un choc frontal entre les deux formations les plus importantes, de loin, de Vernier. Avec cette priorité à l’action sociale, dans une commune qui en a sacrément besoin (le taux de chômage est le plus élevé du canton), les deux candidats chassent sur les mêmes terres, sur la même « part de marché » : la compétition n’en est que plus vive. Nul ne peut en prévoir le vainqueur.

 

Avec ses 35'000 habitants, Vernier est la cinquième ville de Suisse romande (derrière Genève, Lausanne, La Chaux-de-Fonds et Fribourg), et bien sûr la deuxième du canton. C’est une commune passionnante, très décentralisée (Lignon, Châtelaine, Libellules, Avanchets, Vernier Village), et politiquement un véritable laboratoire pour le canton. C’est pourquoi les états-majors, le 14 octobre, auront les yeux rivés sur l’évolution des fronts à Vernier. D’autant que cette complémentaire pourrait bien être la dernière, sauf accident, dans une grande commune, avant les municipales du printemps 2020.

 

Aux Verniolanes et Verniolans, donc, sous les yeux du reste de Genève, de faire leur choix entre deux députés, l’une cheffe d’entreprise, présidente de club de foot (FC Avanchets), très ancrée dans la vie associative, l’autre avocat, ancien président du Conseil municipal, également immergé dans la vie communale. Chez ces deux candidats, pas d’esbroufe. Des deux côtés, la compétence est au rendez-vous. Reste à entrevoir le petit rien qui fera la différence. La politique, c’est aussi cette magie de l’imprévisible, cruelle et frivole, qui fait son charme.

 

Pascal Décaillet

 

 

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26/09/2018

Sans l'Etat, point de salut !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.09.18

 

Je suis, depuis l’enfance, un fervent partisan de l’Etat. J’ai eu la chance d’être initié très tôt à l’Histoire, celle des guerres, des traités, des alliances, celle des grands hommes, munis de grands desseins. Je me suis mis très vite aux Histoires nationales, celle de la France, celle de l’Allemagne, puis celle, compliquée mais totalement passionnante, de la Suisse, notamment depuis 1798. Lorsque je dis « J’aime l’Etat », il ne s’agit évidemment pas de souhaiter des armadas de fonctionnaires, avec des tampons, derrière des guichets. Ni d’étouffer l’initiative privée. Ni de tout niveler, à l’aide d’une grande machine, grisâtre. Je dois donc m’expliquer sur ce que j’entends, fin 2018, par « Etat », ce que j’en attends pour l’avenir de nos populations.

 

Depuis un demi-siècle, en clair depuis la vague d’individualisme libertaire de Mai 68, l’Etat se voit constamment coller une étiquette péjorative. On souligne ses aspects pesants, souvent bien réels, on le caricature en machine à Tinguely ou en usine à gaz, on dénonce son aspect dispendieux, voire somptuaire, on brocarde son fonctionnement kafkaïen. Bref, on ne veut entrevoir en lui que le côté négatif. C’est un tort, c’est une faute, c’est un comportement scélérat. Parce qu’en présentant les choses ainsi, notamment aux jeunes, dans les écoles, en les incitant à ne rêver que de réussite individuelle, on éradique chez eux tout sens de l’aventure collective. Or, l’être humain est un animal social, nul d’entre nous ne vit en autarcie, nous sommes reliés les uns aux autres. Il convient donc, pour les choses de la politique, d’apprendre à penser collectif.

 

Regardez l’Histoire de Rome. Depuis sa fondation, au huitième siècle av. J.-C., jusqu’à sa chute, au cinquième de notre ère, sous les Rois, sous la République et sous l’Empire, toute l’aventure de cette civilisation est celle de l’Etat. On a cadastré le sol, fixé des lois, mené des armées, tracé des routes, jeté des ponts, creusé des tunnels, irrigué des sols. Sans une volonté puissante, transmise de génération en génération, de se projeter sur un destin collectif à travers les siècles, rien de cette immense entreprise n’aurait été possible. A cet égard, nous sommes tous, aujourd’hui encore sous nos latitude, des fils et des filles de la Louve, celle qui, dans le récit fondateur mythique, aurait allaité Romulus et Rémus.

 

L’Etat que j’appelle de mes vœux ne doit pas être tentaculaire, ni dépensier. Il doit être équilibré, raisonnable, et ciblé sur les tâches où on l’attend vraiment : la sécurité, la santé, l’enseignement, les transports, les assurances sociales. Surtout, on apprécierait que ses différents agents, tiens par exemple les enseignants, le valorisent auprès de leurs interlocuteurs. On aimerait que les profs d’Histoire racontent, nation par nation, ce que fut la grande aventure de l’Etat, face aux féodalités, aux intérêts privés, aux communautarismes, aux corporatismes. Pour cela, évidemment, il faut qu’ils commencent par y croire eux-mêmes. Nous attendrons donc, en tentant de dissimuler notre impatience, que la génération de Mai 68 ait bien voulu passer.

 

Pascal Décaillet

 

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19/09/2018

L'Ange gardien

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.09.18

 

Jeudi 13 septembre, réuni in corpore, le Conseil d’Etat annonce la dégradation de Pierre Maudet. Il n’est plus Président, c’est Antonio Hodgers qui le remplace. Il n’est le plus le ministre de tutelle de la Police, c’est Mauro Poggia qui assumera cette fonction. M. Maudet reste conseiller d’Etat, mais son territoire se voit réduit comme peau de chagrin. A la conférence de presse, l’ambiance est lourde, on sent que les deux jours de discussions, pour en arriver là, ont été très tendus. Il n’est pas sûr que l’intéressé ait proposé lui-même ces changements. Il règne un climat de coup de majesté, voire de putsch interne.

 

Et c’est là, à l’issue de cette séance difficile, où pesait le silence précédant les orages, que se produit une scène qui pourrait nous réconcilier avec la nature humaine. Pierre Maudet quitte la salle. Les caméras le suivent, descendant la rue de l’Hôtel-de-Ville. Ce sont des moments, dans la vie, où l’on peut légitimement se sentir très seul.

 

Eh bien seul, il ne l’est pas. Il existe une dame, avec beaucoup de classe dans les moments difficiles (on l’avait vu, lors de l’affaire du verre d’eau), qui l’accompagne. Dans la pire séquence de la vie politique de Pierre Maudet, une certaine Nathalie Fontanet est là. A ses côtés. Elle ne l’abandonne pas.

 

Cette présence, qui rappelle celle de Jean-Pascal Delamuraz près d’Elisabeth Kopp, lorsque la conseillère fédérale démissionnaire avait quitté le Palais fédéral, porte un nom, magnifique : cela s’appelle un Ange gardien.

 

Pascal Décaillet

 

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Affaire Maudet : le tango des moralistes

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.09.18

 

D’abord, il y a tous ces cris de pleureuses autour du mot « mensonge ». Certes, Pierre Maudet a menti, c’est une réalité, tout le monde est d’accord. C’est assurément une faute politique majeure (nous allons voir pourquoi), il devra en répondre, peut-être en quittant la scène. Le dénouement, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’en ai pas la moindre idée. Parce que nous sommes, comme au théâtre, dans la partie de l’action dramatique où l’obscur s’ajoute à l’obscur, des péripéties tentent de l’emporter sur le sujet principal, des personnages secondaires envahissent la scène. C’est comme dans Shakespeare : il y a toujours un moment, vers le milieu de la pièce, où plus personne n’y comprend rien. L’auteur, pour mieux préparer la clarification du dernier acte, accentue, juste avant, la nuit de l’incompréhension.

 

Le mensonge. En politique, il est chose courante. Banale. On ment par exagérations pour parvenir au pouvoir, on ment pour s’y maintenir, on ment quand on s’y cramponne. On ment par action, par omission, on ment comme on respire, juste pour survivre. S’il fallait se mettre à traquer le mensonge dans le discours politique, il ne resterait plus grand monde.

 

Pourtant, l’homme ou la femme de pouvoir ne doit pas mentir, je l’affirme, car cela constitue une faute politique. Non parce que mentir est mal, ou méchant, tout cela relève du vocabulaire de la morale, que pour ma part je bannis dans l’analyse politique. Mais parce que mentir est de nature à ruiner le crédit auprès des gens qu’on a autour de soi : les collègues de l’exécutif, le Parlement, sa propre famille politique. Et bien sûr, avant tout, le corps des citoyennes et citoyens qui vous a élu. Or, sans confiance, rien n’est possible. Un ministre sans crédit doit partir. Non parce que c’est mal. Mais parce qu’il ne dispose plus des moyens d’action pour mettre en œuvre une politique.

 

Maintenant, il y a l’hypocrisie des pleureuses. Comme dans les funérailles méditerranéennes, elles ne pleurent pas par tristesse, mais par intérêt. En Sicile, on les paye : on rétribue une fonction. De même, les cris d’orfraies, venus notamment de la gauche, pour s’étrangler d’indignation face au « mensonge », de quelles gorges jaillissent-ils ? Mais de celles, bien sûr, qui ont le plus intérêt à une démission du ministre, donc une élection complémentaire, donc ravir le siège, donc faire basculer (pour quatre ans et demi de législature restante, c’est considérable) une majorité politique. Au profit d’une autre. Vous commencez à saisir ?

 

Ce tango des moralistes ne doit pas duper le citoyen. Il fait partie du jeu, il faut juste en être conscient, le prendre pour ce qu’il est : une savante chorégraphie de l’hypocrisie, une prise en otage des mots pour servir des intérêts concurrents à celui du ministre en cause. Quelle que soit votre position sur l’Affaire Maudet, je vous invite à beaucoup de rigueur dans le décodage des prises de parole. La citoyenneté active, ça passe aussi par l’exercice de cette distance. A la semaine prochaine !

 

Pascal Décaillet

 

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13/09/2018

Saint-Simon sur Rhône

 

Commentaire publié dans GHI - 12.09.18

 

S’il est, parmi des milliers d’autres, un livre révélateur sur la nature du pouvoir, c’est bien les Mémoires de Saint-Simon. Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755), nous raconte Versailles et ses coulisses, les complots, les clans, les courtisans, avec une distance de plume qui force l’admiration.

 

Par exemple, sur de longues pages, il nous décrit les dernières années, les derniers mois, les dernières semaines de Louis XIV, qui meurt à Versailles le 1er septembre 1715, après un règne de 72 ans ! Tant qu’il est vivant, même rongé par la maladie, amputé, le Roi demeure le Roi, jusqu’à son dernier souffle. Le Dauphin légitime est un enfant de cinq ans, le futur Louis XV, son arrière-petit-fils. Et c’est bien lui qui montera sur le trône, même si, dans les derniers mois de Louis XIV, d’autres plans s’échafaudent, jusque dans le Testament du vieux Roi.

 

Le génie de Saint-Simon, c’est de nous dépeindre la sublime, l’incomparable hypocrisie de ces courtisans qui, tout en faisant semblant de demeurer fidèles au Roi qui se meurt, n’en omettent pas moins de considérer toutes les hypothèses de recomposition du pouvoir, une fois sonné le glas du souverain.

 

Certaines pages sont saisissantes. La nature humaine, dans son état le plus réel, ses ambitions les plus noires, son absence de scrupules la plus terrifiante. Le tout, sous une plume dans la musique de laquelle sonne le Grand Siècle. On aimerait entendre ces Mémoires, avec en intermèdes la musique du plus grand musicien français, Jean-Philippe Rameau. C’est d’actualité, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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12/09/2018

Pierre et les vautours

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.09.18

 

Genève vit des heures difficiles. Pierre Maudet est dans la tourmente, va-t-il démissionner ? Entre le moment où j’écris ces lignes et celui où vous les lirez dans le journal, tout est possible. C’est une affaire majeure, parce qu’elle ne touche pas un médiocre, ni un oiseau de passage dans le ciel politique, mais sans doute – même ses pires ennemis le reconnaissent – l’un des plus grands talents politiques de notre canton. On peut lui reprocher mille choses, je ne m’en suis jamais privé ici du temps de son pouvoir, mais pas son aptitude à se mouvoir dans le monde de la politique. Il l’a voulu très tôt dans sa vie, il a tout fait pour y parvenir, il a brillé, brûlé les étapes, calciné ses adversaires. Et le voilà, tel Icare, fils de Dédale, avec les ailes qui fondent dans la proximité du soleil. Oui, il y a quelque chose, dans toute cette affaire, qui respire l’essence des mythes grecs, celle du tragique.

 

Qu’a fait Icare ? Il a voulu voler trop haut. Il se disait qu’il allait impunément se confondre dans l’empire du soleil, on connaît la suite. Ce que paye Pierre Maudet, dans toute cette affaire, ça n’est pas son étrange virée familiale sous les dunes, avec tous les fantasmes narratifs de cet orientalisme. C’est, évidemment, d’avoir caché la vérité. Voire, pire (si cela est avéré par la justice), d’avoir procédé, avec sa garde rapprochée, au montage d’une contre-vérité. Cela, c’est le premier reproche, accablant parce qu’il est de nature à rompre la confiance. Mais au fond, le vrai grief, dans les strates plus ou moins conscientes des âmes, pourrait bien être d’une autre nature. Ses ennemis en veulent à Maudet d’être Maudet. Vingt ans que l’hyper-voracité de ce cannibale politique les exaspère. Vingt ans qu’il leur fait de l’ombre. Vingt ans qu’il leur file de l’urticaire. Alors, vous pensez bien, si l’homme est à terre, quelle aubaine pour les vautours !

 

Les vautours, parlons-en. En aucun cas je ne reprocherais à un adversaire politique de Pierre Maudet, par exemple un homme de gauche, qui l’aurait toujours combattu sur ses choix, de profiter de l’hallali, en guettant l’occasion d’une élection complémentaire. Non. Mais le problème, voyez-vous, c’est qu’au plus fort de la meute, et avec les plus sonores des hurlements, il y a des gens qui, il n’y a pas si longtemps, attrapaient des lumbagos à force de prosternations devant le Prince. Pendant qu’ici, dans ce journal, tout en respectant parfaitement la personne, nous mettions en cause le système de gouvernement, notamment dans notre article « Bienvenue en Maudétie ! » (GHI du 18 avril 2018), les petits courtisans nous tombaient dessus, parce que nous n’avions rien compris à la modernité, « l’innovation », la réorganisation de la police, l’avenir radieux de la Suisse dans l’Europe. Eh bien, parmi ces mêmes marquis du Grand Coucher du Roi, il en est aujourd’hui qui exigent pour lui la corde et la potence. Toute cette histoire, sur qui nous en apprend-elle le plus ? Sur le Prince déchu ? Ou sur l’infinie noirceur de l’âme humaine ? A tous, excellente semaine.

 

Pascal Décaillet

 

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06/09/2018

L'asticot libertaire

 

Commentaire publié dans GHI - 05.09.18

 

Emmanuel Macron vient de friser le code. Il n’a pas mordu sur la double ligne, car il s’en est retenu au dernier moment, mais il en a eu l’intention. Le seul fait que le Président français ait pu, une seule seconde, ENVISAGER de nommer Daniel Cohn-Bendit ministre, devrait lui valoir un retrait de permis jusqu’à la fin de législature.

 

Pourquoi ? Parce que l’éternel agitateur de Mai 68 ne croit tout simplement ni aux nations, ni à la République. Il a d’autres valeurs, ce qui est son droit, comme la sanctification extatique de la liberté individuelle. Cohn-Bendit n’est pas un républicain, c’est un libertaire. L’idée même de l’Etat, qu’il n’imagine que dans sa forme coercitive, lui est fort lointaine.

 

Dans ces conditions, il peut évidemment vivre sa vie, donner son avis, hurler dans des manifestations, donner des interviews, écrire des bouquins, enfin tout ce qu’il veut. Mais le nommer ministre serait insensé. Parce qu’un ministre, c’est un homme ou une femme qui doit croire en la dimension d’Etat, y compris dans sa composante dure, régalienne. Croire en la République.

 

Et c’est aussi, un ministre, quelqu’un qui doit croire en la nation. Celle qu’il sert, en l’espèce. Or, notre asticot libertaire ne cesse de déclarer que l’échelon national est dépassé, qu’il faut penser Europe, oublier les vulgaires clivages des frontières. Qu’il aille donc, tout à ses nuits d’ivresse poétique, parachever ses rêves de reprendre la Sorbonne. Et qu’il laisse les gens d’Etat servir la nation, ce qui est leur mission première.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/07/2018

En 2050, tout ira mieux !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.07.18

 

Ils ont osé ! Après nous avoir brandi, pendant des années, l’horizon 2030 comme l’indépassable Nirvana de nos rêves les plus fous, voilà que le Conseil d’Etat, contenant tout de même les cinq septièmes de l’équipe précédente, a eu le culot, juste avant la pause estivale, de pousser la plaisanterie vingt ans plus loin, avec le puissant concept « Genève, 2050 » ! Il y a quelques mois encore, au lieu de gouverner au présent, pour les bons vieux soucis 2018 de nos concitoyens, on repoussait tout d’une douzaine d’années. A peine les élections passées, on dégage en touche sur… 32 ans ! On veut montrer qu’on sait se servir d’une longue-vue : l’Amiral Nelson, à Trafalgar. Voir loin, quand on gouverne, c’est sans doute une vertu. Mais voir près, en contact intime avec les souffrances et les préoccupations des gens d’ici et d’aujourd’hui, ceux qui sont sur le même bateau, ce serait peut-être pas mal, non plus, non ?

 

Cette petite plaisanterie, concoctée par sept personnes, dont cinq étaient déjà dans la grande illusion 2030 de l’équipe précédente. Dans ces cinq, il est très facile d’entrevoir de quels puissants esprits, toujours prompts à nous administrer les plus savantes leçons sur l’innovation, le numérique, le long terme, le Grand Genève, a pu oser émaner cet ahurissant concept 2050, cette limite des rêves repoussée de vingt ans, comme on « rachète un crédit » en s’endettant davantage. Oui, il y a, dans la démarche, l’emphase du charlatan, le panier à fariboles du marchand de miracles, la syllabe étoilée du vain prédicateur.

 

Le plus fou, c’est qu’ils s’imaginent que l’artifice va nous emballer. Que la Genevoise, le Genevois, toujours en appétit de belles paroles, n’aurait de cesse de mordre à l’hameçon. C’est considérer les citoyens de ce canton comme une clientèle passante, captive, apte à adhérer à la première promesse, et puis la deuxième, et deux mille autres encore. On les a bassinés cinq ans avec 2030, ils ont voté, ils en ont réélu cinq, alors va pour 2050 ! C’est considérer le corps électoral comme un banc de poissons, hagard, sans autre destin que celui du filet.

 

A ces beaux parleurs, il convient aux citoyens et citoyennes que nous sommes de donner une réponse. Leur montrer que nous ne sommes pas dupes de la ficelle 2050, pas plus que nous ne le fûmes de 2030. Leur signifier notre aptitude au décodage du discours, surtout lorsque ce dernier confine à l’enfumage. Exiger de nos élus au Grand Conseil, qui sont les représentants du peuple, qu’ils exercent à fond leur tâche de contrôle du gouvernement et de l’administration. Utiliser à fond la démocratie directe, initiatives et référendums, pour assumer nous-mêmes notre part à la vie politique du canton. Prouver, par l’exigence et par la vigilance, que nous ne sommes pas des proies du verbe facile, mais des consciences civiques, Avec des cerveaux. De la mémoire historique. De la vertu critique. Et que 2050, nous n’avons rien contre. Mais que nous aimerions, juste avant, en savoir un peu plus sur 2018. D’ici là, bel été à tous : dans la joie réinventée du présent qui s’étire.

 

Pascal Décaillet

 

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29/06/2018

Nos fragiles équilibres

 

Commentaire publié dans GHI - 27.06.18

 

Nos deux conseillers fédéraux PLR ont-ils encore le sens de l’Etat ? Ont-ils bien intégré que le champ de leur action s’inscrivait, non dans une démarche privée, style « gestion de l’entreprise Suisse », mais dans une entreprise d’Etat, au nom d’une mémoire, d’une collectivité et d’un avenir nationaux, dont ils auront à rendre compte, face à l’Histoire ?

 

MM Cassis et Schneider-Ammann sont assurément des ministres compétents, intelligents, et désireux de bien faire. Mais entre les propos du premier sur les mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes (cf GHI de la semaine dernière), et les positions ultra-libérales du second sur l’agriculture, on peut se demander où est passé ce très grand courant de pensée, qui a fait la Suisse moderne, et qui s’appelait le radicalisme.

 

La pensée radicale, celle d’un Delamuraz par exemple, place la dimension d’Etat au centre de tout. Non pour se substituer à l’économie, mais pour donner à cette dernière les conditions-cadres, et aussi les règles du jeu. Surtout, ne jamais oublier que les dirigeants sont au service du peuple suisse, ils sont garants de sa cohésion sociale, sensibles à la solidarité qui a construit notre pays.

 

Or, autant dans les propos de M. Cassis sur les mesures d’accompagnement que dans la volonté de M. Schneider-Ammann d’ouvrir l’agriculture suisse aux vents féroces de la concurrence mondiale, il y a des moments où l’on donne l’impression de jouer avec les équilibres, profonds et fragiles, de notre pays. C’est peut-être le rôle d’un financier mondialisé. Je doute que ce soit celui d’un conseiller fédéral.

 

Pascal Décaillet

 

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27/06/2018

Genève internationale : oui, mais laquelle ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.06.18

 

Genève est une ville internationale. Elle ne l’est pas par nature, ne l’a pas toujours été, mais elle en est une, c’est le fruit de l’Histoire, notamment depuis le dix-neuvième siècle. En soi, c’est une chance extraordinaire. Je suis né et j’habite encore dans le quartier des Nations, j’adore m’y promener, toujours la même boucle, féérique, depuis des décennies. Il est magique de se dire qu’on arpente la deuxième ville de Suisse, et qu’on voit défiler sous nos yeux des représentants du monde entier, dans toute sa diversité. Souvenirs du Président Wilson, de Clemenceau, Lloyd George, le Négus, Mendès France, Churchill, la résistance algérienne du FLN, on pourrait multiplier à l’infini. J’ai moi-même couvert l’Assemblée générale décentralisée à Genève de l’ONU, qui accueillait en 1988 Yasser Arafat. Oui, la dimension internationale de Genève est magique.

 

Mais il y a tant à faire pour en changer l’image. Genève accueille des organisations internationales, des Missions permanentes, fort bien. Mais il faut dire une chose : tout ce petit monde, aussi respectable soit-il, est perçu par les Genevois comme une galaxie à part. On les voit, on les croise, on les salue à peine (eux non plus, d’ailleurs), chacun vit dans un univers séparé. Les regards, le plus souvent, s’évitent, sauf heureusement entre voisins d’immeuble, où on prend le temps de se connaître. Eh bien j’affirme ici qu’il est temps de changer l’image de la Genève internationale. Pour cela, il faut, de part et d’autre (les Genevois, les internationaux), cheminer sur les voies de la connaissance. Ne perdons pas notre temps à nous appesantir sur l’aspect technocratique de la mission de beaucoup de ces gens. Valorisons au contraire la richesse de leurs origines, mettons-la en miroir de la nôtre, échangeons, dialoguons.

 

Cela passe par la culture. Quand on commencera à parler des pays d’Afrique, par exemple, rappelons leur Histoire, la variété de leurs langues et de leurs coutumes, qui vont de l’Empire de Tombouctou aux ultimes confins du Fleuve Niger, ou du Zambèze, ou des Grands Lacs, alors là, oui, pourront surgir des étincelles de reconnaissance mutuelle. Je rends ici hommage à mon confrère Gorgui Ndoye, journaliste sénégalais, mais surtout porteur d’une conscience panafricaine qui mérite d’être relevée, interrogée, discutée. Alors oui, allons-y pour la Genève internationale, et cette présence planétaire dans ce petit coin de terre, entre Lac, Jura et Salève. Mais entamons avec les gens de tous pays un dialogue de la connaissance. Pour beaucoup de pays d’Afrique (je reviens à ce continent), nous avons une langue commune, le français. Ils nous ont légué des auteurs, comme Senghor, qui figurent au Panthéon de nos poètes.

 

C’est de là, de ce trésor commun, celui des mots, des arts, de la musique, que doit partir la grande entreprise de reconnaissance mutuelle. Parce que, désolé, se contenter de rapporter au jour le jour les décisions technocratiques et souvent ennuyeuses de leurs Organisations internationales, ça n’est pas suffisant pour le chemin de connaissance qui sied, entre frères humains, égaux, sur la planète.

 

Pascal Décaillet

 

*** Image : les Manuscrits de Tombouctou.

 

 

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21/06/2018

L'armée des ombres


 

Commentaire publié dans GHI - 20.06.18

 

Qui sont-ils, que font-ils toute la journée ? Qui sont ces secrétaires généraux adjoints qui foisonnent dans les Départements ? Travaillent-ils, comme leur patron, le Conseiller d’Etat qui en a fait serment, dans l’intérêt supérieur de la collectivité ? Ou plutôt, en catimini, dans l’intérêt suprême… de leur magistrat ?

 

Leur rôle est-il clairement défini, dans un cahier des charges ? Le Parlement, qui détient la haute main sur l’exécutif et l’administration, a-t-il son mot à dire sur la nature de leurs fonctions ? S’en soucie-il ? Détourne-t-il la tête, ayant déjà assez à faire pour contrôler les ministres ?

 

Ces secrétaires généraux adjoints, à qui rendent-ils des comptes ? A l’Etat, aux députés, au peuple souverain ? Ou seulement, dans la tiédeur des conciliabules, à leur patron, le Conseiller d’Etat ? Se gardent-ils tous d’abuser, dans leurs contacts avec les autres fonctionnaires, de la position de proximité dont ils jouissent avec le Prince ? Se prennent-ils pour de puissants conseillers, sentent-ils la pourpre cardinalice romaine monter, comme un flux de désir, au fond de leurs artères ?

 

Se défendent-ils, dans les différentes missions qui leur sont confiées, d’influencer, de faire peur ? De menacer ? Se prennent-ils parfois pour le Prince ? Délivrent-ils leur âme du poison du pouvoir ? Hument-ils, en leur for, quelque parfum d’éternité ? Se rêvent-ils en marbre, au détour d’une crypte ? Pensent-ils parfois au Jugement dernier ? Croient-ils au mal, aux archanges ? Ont-ils encore peur de la mort ? Ou le goût du pouvoir les a-t-il, à jamais, ensorcelés ?

 

Pascal Décaillet

 

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20/06/2018

Ignazio Cassis : premiers faux pas

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.06.18

 

Un homme affable, mesuré, intelligent. Un polyglotte, cultivé, connaissant à fond les rouages de la Suisse. Mais un ministre des Affaires étrangères dont deux signaux récemment donnés ont de quoi inquiéter. Tel apparaît Ignazio Cassis, pour peu qu’on puisse juger d’un nouveau conseiller fédéral après quelques mois seulement. Faut-il rappeler que Jean-Pascal Delamuraz avait commencé sa carrière à la Défense, où il n’avait pas fait grand-chose, sinon rien, avant d’entrer dans l’Histoire lorsqu’il fut porté, même finalement perdant, par le dossier européen ? Oui, bien sûr, c’est trop tôt pour trancher. Mais pas pour dire notre retenue sur deux déclarations récentes, où il y eut selon nous erreur.

 

La première bévue, c’est le Proche-Orient. Sur le fond, le ministre suisse des Affaires étrangères a évidemment le droit de remettre en cause une Agence de l’ONU, chargée des réfugiés palestiniens. En politique, il ne saurait exister de tabous, et le chef du DFAE a raison de combattre la langue de bois, comme le fit naguère une Micheline Calmy-Rey. Mais en même temps, il doit réfléchir aux messages qu’il donne. Délivrer une appréciation hostile à l’aide aux Palestiniens, alors que ces derniers sont en train de traverser l’une de leurs pires périodes depuis 1948, n’était pas la posture politique la plus opportune. Donald Trump est en train, sans doute pour assurer sa réélection en 2020, de donner à Israël des gages sans précédent de soutien, et cela est à lire dans la perspective de la préparation d’une guerre contre l’Iran. Second effet dévastateur de la déclaration Cassis : elle intervenait au moment même des événements sanglants de Gaza. Lâcher le faible quand il gît au sol n’est pas ce qu’on attend du chef de la diplomatie suisse. Ni du message que notre pays doit porter au monde.

 

Deuxième dossier où M. Cassis s’est fourvoyé, les relations Suisse-Europe. On n’attend certes pas d’un ministre PLR qu’il appelle à la Révolution prolétarienne, ni à la prise du Palais d’hiver, mais tout de même, il doit avoir le souci, comme ses six collègues, de la préservation du corps social en Suisse. Il y a, dans notre pays, des gens qui ont de la peine à joindre les deux bouts. Certains d’entre eux ont perdu leur travail, n’en ont jamais retrouvé, et je doute qu’ils aient pour les flux migratoires, créés par la libre circulation des personnes, les yeux de Chimène. En déclarant, à l’emporte-pièce, que les mesures d’accompagnement ne sont pas un tabou, M. Cassis s’attaque à l’édifice, déjà bien fragile, mis sur pied pour atténuer les souffrances des plus faibles sur le marché suisse du travail, face à la férocité de la concurrence européenne. Soit il ne s’en rend pas compte, soit il est vraiment de cette philosophie ultra-libérale, qu’on espérait oubliée après sa domination absolue, au cap du millénaire. Dans les deux cas, il y a lieu de s’inquiéter. Défriser les habitudes, c’est bien. Mais si possible, en préservant les intérêts supérieurs du pays. Et sans commettre de faux pas.

 

Pascal Décaillet

 

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13/06/2018

Les députés DOIVENT contrôler le Conseil d'Etat !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.06.18

 
A quoi sert un Parlement ? Dans les grandes lignes, à deux choses : faire des lois, et contrôler l’activité du gouvernement et de l’administration. Prenez l’Histoire de l’institution parlementaire, depuis la Révolution française : elle s’inscrit dans cette double mission, au reste déjà entamée sous l’Ancien Régime, alors que le mot « Parlement » faisait plutôt référence, en France, à des Chambres judiciaires régionales, souvent frondeuses face au pouvoir de Paris, et constituant ainsi une amorce de contre-pouvoir. En Suisse, nous avons 26 Parlements cantonaux, et un Parlement fédéral, lui-même composé de deux Chambres (le National, les États), nous avons une Histoire complexe et décentralisée, mais aujourd’hui, les missions de tous ces Parlements sont les mêmes. Faire des lois. Et contrôler l’exécutif.

 

La première de ces deux tâches fonctionne très bien. Trop, peut-être même : d’aucuns, à juste titre, condamnent l’inflation législative des élus, née de la volonté de se mettre en valeur en inondant le plénum de motions ou projets de loi. Beaucoup, parmi les citoyens, considèrent que nous avons trop de lois, sur le plan cantonal comme fédéral. Trop de loi tue la loi ! Mais la seconde des missions, contrôler le gouvernement, combien de députés l’assument-ils vraiment ? Combien d’entre eux ont-ils seulement intégré, dans leur conscience et leur culture politique, que cette activité de contrôle ne relevait en rien du facultatif, encore moins d’un luxe, mais d’un impératif et d’un devoir ? Et qu’ils devaient les appliquer à TOUS les ministres, y compris ceux de leur parti. Trop d’élus s’imaginent qu’ils doivent être les groupies de leur représentant à l’exécutif. Eh bien désolé de le leur dire comme cela, mais ils n’ont rien compris à leur cahier des charges.

 

Les députés, qui sont-ils, si ce n’est les représentants du peuple ? Leur Collège, qu’on appelle dans les cantons le « Grand Conseil », ne doit strictement rien au gouvernement, n’a aucun compte à lui rendre, c’est même l’inverse. Alors, de grâce, laissons travailler en paix les députés, comme MM Thomas Bläsi ou Bertrand Buchs, qui ont des choses à nous dire en matière de critique du gouvernement : ILS SONT LÀ POUR CA ! Ils ont été élus pour exercer ce contre-pouvoir, au service du peuple, pour lutter contre l’arbitraire des ministres, repérer les abus de pouvoir, c’est leur boulot, leur job ! Que les ministres mis en cause, ou leurs officines, essayent de les faire taire, c’est ma foi le jeu. Mais que d’autres députés, bien moins actifs qu’eux dans la mission de contrôle, se permettent de venir leur faire la leçon, là nous devons réagir ! Nous, les citoyennes et citoyens de ce canton, nous voulons des élus actifs, dynamiques, courageux, fouineurs, et surtout sachant résister aux pressions. A MM Bläsi et Buchs, qui ont pris des risques en faisant leur boulot, je dis bravo. A leurs pairs qui leur tombent dessus, je dis : « Changez de métier. Et allez directement cirer les bottes des puissants ».

 

Pascal Décaillet

 

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06/06/2018

Saint-Pierre : un discours pour rien

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.06.18

 

Le discours triste et sec d’un homme qui pense à autre chose. Le catalogue, impeccable et ennuyeux, de sept intentions gouvernementales juxtaposées, sans beaucoup de lien entre elles. Un homme en chaire, sans le moindre sourire, qui procède à une énumération, entendez la part la plus fastidieuse de la rhétorique, celle où les mots défilent au pas. Je pensais Pierre Maudet meilleur dans l’ordre de l’oralité, capable de surprises, de ruptures de rythme, de pointes d’humour (il l’est, dans la vie), de variations dans les tonalités. Là, nous eûmes une sorte de lecteur contre son gré, juste l’officiant d’une parole qui ne serait pas sienne, mais collective. Comme si le verbe, âme et principe du monde, pouvait surgir d’autres entrailles que de l’individu.

 

Alors, quoi ? Que s’est-il passé ? L’homme, attaqué politiquement, le jour même, par quatre partis du Grand Conseil sur sa petite virée en jet privé, avait-il l’esprit ailleurs ? C’est fort possible. Mais en rhétorique, peu importent les causes, seul compte l’effet. Celui qui prétend, de la chaire d’une Cathédrale où prêcha Calvin, s’adresser au public, n’a pas droit à l’erreur. Chaque faille l’expose au Jugement dernier. C’est comme l’art du micro, qui amplifie la faiblesse autant que la vertu des voix. Après tout, nul d’entre nous n’est obligé de se mettre en situation de devoir prendre la parole dans ce lieu où, pendant des siècles, l’austérité fut sanctifiée, la démesure prohibée, le péché vilipendé. Nul d’entre nous, jamais, n’est obligé de s’approcher d’un micro.

 

Je n’analyse pas ici le fond du discours, qui définit fidèlement les ambitions du collège pour cinq ans. Avec une telle égalité des parts laissée à chacun qu’il y manque juste l’essentiel : le souffle d’un style. Ce dernier, n’en déplaise aux pédagogues du collectif, ne peut surgir que de l’univers intérieur d’un individu : on n’écrit jamais rien de bon à quatre mains, encore moins à quatorze. Et celui qui parle, toujours, s’approprie. Le rhétoricien est capteur, pirate, il saisit au vol, ramène à lui : l’oralité est, par essence, le domaine où rien ne se partage, si ce n’est justement la parole libérée du locuteur.

 

Alors certes, il y eut tout ce qu’il fallait, un peu de Léman Express, un zeste de formation obligatoire jusqu’à 18 ans, quelques miettes sur l’excellence hospitalière : les six collègues ont dû être contents, nul ne fut oublié, sauf que le résultat rhétorique fut un échec. D’autant plus étonnant que Pierre Maudet est, d’ordinaire, plutôt bon à l’oral, mais il faut que ça vienne de lui, de sa révolte, de ses entrailles, comme à la magnifique époque de la rue du Stand, et non de l’ennui mortel d’un exercice imposé.

 

Cet échec, dans l’ordre du discours, ne préjuge de rien. Pierre Maudet peut devenir un très bon Président. Il pourra, en d’autres circonstances, retrouver sa verve. Il aura son nom dans l’Histoire, dans les dictionnaires, sans doute sa rue. Il aura juste peiné, en ce lieu et en ce moment-là, à réveiller Calvin et les grands prédicateurs. On y survit, assurément. On survit à tout. Ou presque.

 

Pascal Décaillet

 

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31/05/2018

Les joujoux, les poux

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Commentaire publié dans GHI - 30.05.18

 

En politique, tout a un sens, à commencer par les mots. Ainsi, le nom des Départements : celui de l’Instruction publique devient « Formation et Jeunesse ». Il garde sa titulaire, Anne Emery-Torracinta, mais change bizarrement de nom, tout en perdant la culture et le sport.

 

Ce nouveau nom est malvenu. Non que « Formation et Jeunesse » ne constituent pas un beau duo, ni une belle ambition, où l’étude se mêle à l’apprentissage. Mais franchement, les puissants penseurs qui ont cru bon de renoncer à une charge historique, intellectuelle et affective aussi lourde que les mots « Instruction publique », ont fait preuve de légèreté.

 

Pourquoi ? Mais parce que les mots ont un sens, justement ! Ces deux-là nous rappellent les figures de Jules Ferry, le père de l’école gratuite et obligatoire en France, et d’André Chavanne, 24 ans conseiller d’Etat à Genève (1961-1985), l’homme de la démocratisation des études. Deux références, dont l’une qui fleure les pupitres à encrier (que votre serviteur connut encore, à ses débuts), la craie sur les tableaux noirs, les fleuves avec leurs affluents, les dates des Traités, la jouissance de la grammaire, complexe, truffée d’exceptions, avec ses joujoux et ses poux.

 

Nous flottons, me sifflerez-vous, dans l’ordre du symbole. Oui. Eh bien, soyons symboliques ! Reconnaissons aux mots le poids qui est le leur. Entrons dans l’avenir, bien sûr, mais avec le fumet et l’encens d’un passé sans lequel nous ne serions rien. Désolé, mais « Instruction publique », c’était mieux.

 

Pascal Décaillet

 

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30/05/2018

Thierry Apothéloz : l'espoir d'un nouveau Contrat social

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.05.18

 

De Vernier au centre-ville de Genève, il se déplace à vélo. Thierry Apothéloz, l’éternel cycliste, n’a pas l’intention, m’a-t-il confié tout récemment dans les coulisses de Genève à Chaud, de changer de mode de locomotion à partir du 1er juin 2018, sous le futile prétexte qu’il devient conseiller d’Etat. Du côté du Bourg-de-Four et de la Grand-Rue, les Genevois s’habitueront donc à voir déambuler cet émule de Charles-Albert Cingria, l’un de nos plus grands écrivains, indissociable, lui aussi, de sa petite reine. C’est vrai qu’on imaginait difficilement le militant verniolan sortir d’une limousine noire, avec le chauffeur qui touche sa casquette en guise de salut, en lui tenant la porte.

 

Thierry Apothéloz est un homme du peuple. Il a fait toutes ses campagnes sur ce thème, se revendique comme un petit gars des Avanchets ou du Lignon, n’essaye pas de fleurir son curriculum, il est comme il est. Puisse-t-il le demeurer ! Ça n’est pas gagné, parce que le pouvoir vous envoûte et vous embaume, il vous parfume de mille roses, vous fait croire à l’éternité. Résister à ces sirènes est très difficile. Nul d’entre nous ne peut jurer de ce qu’il pourrait devenir, le jour où le cercle des courtisans lui brandirait l’éclat de la majesté. Et pour Thierry Apothéloz, cela va être capital de demeurer en sa simplicité, car c’est la marque de fabrique que les Genevois, ceux qui l’ont élu, apprécient en lui.

 

Chargé d’une partie du social (étrangement dépecé entre Mauro Poggia et lui), mais aussi de la culture et du sport, le nouveau conseiller d’Etat hérite de ce qu’il voulait. Il retrouve, au niveau cantonal, le dicastère qu’il a si longtemps mené à l’échelon de la deuxième ville du canton, Vernier, 35'000 habitants. C’est dire qu’il connaît la musique. Puisse-t-il, magistrat cantonal, se souvenir de ses quinze ans à l’exécutif verniolan, mais aussi de ses années à la tête des Communes genevoises. Puisse-t-il défendre la Commune, son autorité, sa petite magie de proximité, face aux appétits de jacobinisme cantonal, particulièrement flagrants dans la législature sortante.

 

Puisse-t-il, surtout, trouver des majorités pour faire avancer Genève vers un nouveau Contrat social. Ce lieu du bout du lac, qui vit naître Jean-Jacques Rousseau, que serait-il sans le souci permanent d’inclure chacun de ses habitants dans l’aventure collective ? Puisse Thierry Apothéloz sortir l’aide sociale de son image de Mont-de-Piété, et l’affirmer comme un service de l’Etat, exigeant et moderne, ouvert, confiant dans la capacité des hommes et des femmes à relancer leur destin. C’est cela, l’enjeu majeur, au-delà des chiffres et des structures. Pour cela, il faut de l’invention, de l’imagination, et avant tout une sacrée dose d’humanisme. Ces qualités, j’ai cru depuis longtemps les percevoir chez Thierry Apothéloz. Il doit réussir, parce que la cohésion sociale est une condition sine qua non à l’épanouissement du canton tout entier. Non un luxe, mais une nécessité vitale, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

 

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23/05/2018

Jean Romain, humaniste et républicain

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.05.18

 

La Présidence du Grand Conseil, ça n’est pas toujours un cadeau. Le rôle d’un député c’est de parler, prendre position, croiser le fer. Et là, justement, celui que ses pairs ont, pour un an, élu au perchoir, doit se la coincer. Sur le fond des débats, il ne peut dire ce qu’il pense. Tout au plus a-t-il le droit d’arbitrer, mesurer le temps de parole, faire la police. Et aussi, hors de l’enceinte, tenir son rôle en inaugurant des tonnes de chrysanthèmes. Quelque chose, au fond, de très honorant, et en même temps d’incroyablement frustrant. Comme un grand joueur de foot à qui on dirait : « Pour un an, tu seras arbitre ». J’ai regardé attentivement, depuis des années, le visage de chaque Président de notre Parlement cantonal, au moment où il siège au perchoir : toujours, quel que soit l’homme ou le parti, ce singulier mélange de dignité et de tristesse. On a quand même l’impression que l’éminent personnage, du haut de sa chaire arbitrale, se dit qu’il pourrait être ailleurs, dans sa vigne ou sur sa piste de pétanque, sur ses pâturages ou les rives du lac. Dire que la fonction rend jovial serait exagéré.

 

Et c’est là qu’intervient Jean Romain. Elu ce mardi 15 mai, brillamment (81 voix), pour déclarer, pendant un an, « Il vous reste dix secondes, votre temps est écoulé, vous n’avez pas la parole, nous sommes en procédure de vote, pas d’opposition, adopté », etc. Chez cet homme de verbe et d’intelligence, un an pour arborer sa sagesse tout en mangeant son chapeau, écouter pérorer des bretteurs moins saillants, soupirer en son for, avaler sa barbe, vitupérer l’époque, proclamer la pause, saluer les personnalités de la tribune, un an ! Son boulot, il le fera bien. Puisse-t-il, en plus de la perfection horlogère qu’implique la conduite des débats, y laisser poindre, juste pour l’étincelle, quelques fragments de lumière dans la nuit arctique de la loi en gestation. Quelques pointes d’humanisme. Quelques comètes d’humour. Juste pour nous rappeler qu’il est Jean Romain, professeur de philosophie à la retraite, essayiste, écrivain, amoureux des lettres et de la pensée, et non Jules Tartempion, simple passant.

 

Pour le reste, Genève peut se féliciter d’avoir, pour un an, un humaniste et un républicain au perchoir de son Parlement. Humaniste, par sa culture, son goût de la chose écrite, son attachement à la Grèce ancienne, sa passion pour les mots. Républicain, car Jean Romain est viscéralement un radical. Il aime l’Etat, n’en rejette pas l’idée comme archaïque, il a le sens de l’institution, il n’a rien à voir avec les têtes brûlées ultra-libérales qui ont fait tant de mal (ça va mieux maintenant) autour de l’an 2000. Un rien d’atavisme, que vous me pardonnerez, me conduira, comme pour Guy Mettan, à saluer son origine valaisanne, le sens de l’image et de la formule, la chaleur de la sève au cœur de chaque artère. Bref, à mon ami Jean Romain, qui porte haut la mémoire et l’exigence, je souhaite une excellente année présidentielle.

 

Pascal Décaillet

 

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