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  • Genève, demeure à taille humaine !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.10.19

     

    Genève est une ville extraordinaire. Et son canton, parfaitement circonscrit par les barrières naturelles que sont le Jura, le Salève, les Voirons, ne l’est pas moins. Une ville, à la fois comme un aboutissement, celui du Rhône surgi du lac, et comme une renaissance : ayant, un temps, confondu son identité avec celle du Léman, le fleuve redevient fleuve, assume son destin de cours d’eau, à travers le Jura, puis Lyon, Valence, Arles, jusqu’à la Camargue. Comme il existe des autels sur les chemins de piété, Genève constitue une étape, dans la procession fluviale. Être natif de cette ville, hors du commun, nous oblige face à l’avenir. Nous devons certes la faire évoluer, c’est la mission des architectes et des urbanistes. Mais en aucun cas nous ne devons la dénaturer.

     

    Prenez n’importe quelle photo aérienne : le miracle de Genève, c’est cet équilibre, qui relève de la pureté trigonométrique, entre le développement de la ville, puis des communes suburbaines, avec les zones vertes, forêts ou campagne. Genève a besoin de densité, et sans doute d’un peu d’élévation (sans sombrer dans le syndrome de Babel), mais aussi de verdure, de respiration. Nous avons besoin d’aimer notre ville, mais nous devons sentir, pour toujours, la providentielle proximité de la vie naturelle. Les oiseaux migrateurs, le long du Rhône. La douceur de nos sous-bois. La vitalité de nos champs, matriciels, nourriciers. Chaque habitant de Genève sera prêt à accepter une ville dense, à condition qu’il se sache à quelques minutes de la campagne. Faute de quoi, la croissance deviendra l’enfer.

     

    Je n’invite pas ici à la décroissance, suis moi-même un petit entrepreneur et sais à quel point tout est fragile. Mais j’invite à une croissance humaine, mesurée, totalement respectueuse de l’environnement, faune et flore, cours d’eau, biotopes. Nulle entreprise humaine se pourra construire sa réussite sur la destruction des équilibres naturels. A cet égard, il convient de se méfier comme de la peste d’une certaine idéologie libérale de la croissance, considérant cette dernière comme une simple courbe mathématique, tendant vers l’infini. Non, la croissance a ses limites ! Elles sont celles de la vie, du respect, de la mise de l’humain (et non du profit) au centre de tout. Si vous en avez le temps, je vous invite un lire un texte majeur, Rerum Novarum (rassurez-vous, il existe en français !), lumineuse Encyclique de Léon XIII, publiée en 1891, sur la nécessité de contenir la modernité. A l’époque, il s’agissait par exemple d’empêcher que les enfants travaillent dans des mines, c’était aussi le combat, magnifique, des socialistes.

     

    Je rêve d’une Genève belle et densifiée, dans la ceinture urbaine, avec le génie et les matériaux des architectes de demain, mais inscrite au milieu d’un écrin de verdure qui doit être considéré comme un sanctuaire. Inventer l’urbanisme des générations à venir, c’est dessiner une ville qui soit la ville, entourée d’une campagne sauvée. Vaste programme, passionnant et tellement stimulant. Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Seniors, avec nous !

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    Commentaire publié dans GHI - 09.10.19

     

    Quelles retraites pour les Suisses, dans les décennies qui viennent ? La question est majeure, c’est l’un des sujets qui préoccupent le plus les habitants de notre pays. J’ai étudié à fond l’Histoire de nos régimes de retraites, avant la Seconde Guerre mondiale, puis dès 1948 (entrée en vigueur de l’AVS), puis au milieu des années 1980 (deuxième pilier obligatoire), puis aujourd’hui, avec la pyramide des âges inversée, et un très grand nombre de rentiers, les natifs du baby-boom, à qui notre société se doit d’attribuer une retraite décente.

     

    Une chose est certaine : le premier pilier, donc l’AVS, véritable fleuron de notre système social suisse, né du besoin d’Etat de l’immédiate après-guerre (débats parlementaires passionnants en 1947), réformé par dix révisions complètes, dont trois sous le remarquable conseiller fédéral Tschudi (PS, BS, 1959-1973), doit faire l’objet de nos attentions prioritaires. C’est lui qu’il s’agit de consolider à fond, car il est mutuel et solidaire, et se fonde sur l’aide entre les générations. L’AVS est un ciment de notre cohésion sociale.

     

    Aucune réforme des retraites, en Suisse, ne pourra faire l’économie d’une consolidation de l’AVS. Les personnes âgées, qui ont fait ce pays avant nous, et nous ont légué un pays prospère, ont droit à une vie décente. J’en profite pour les saluer, toutes, très amicalement. Leurs préoccupations sont les nôtres. Et nous voulons les garder avec nous, dans le corps social de ce pays que nous aimons.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'Apocalypse climatique produit surtout du brouillard !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.10.19

     

    On appelle cela l’arbre qui cache la forêt. Ces mêmes forêts, d’ailleurs, dont on nous annonçait la mort, il y a trois décennies. Je m’en souviens parfaitement, j’étais déjà dans le journalisme politique, au Palais fédéral. Le thème de la « mort des forêts » avait tétanisé une bonne partie des observateurs, fait parler de lui pendant quelques années, puis il s’était totalement dégonflé ! De fait, à l’heure où j’écris ces lignes, en octobre 2019, il me semble qu’il existe encore une ou deux forêts en Suisse, peut-être vous arrive-t-il même de vous y promener.

     

    L’arbre qui cache la forêt, c’est la mise en avant obsessionnelle du thème de l’Apocalypse climatique dans la campagne des élections fédérales du 20 octobre. Non seulement chez les Verts, mais chez beaucoup d’autres partis, dont par exemple le PLR, à la limite du ridicule dans sa conversion de la vingt-cinquième heure à un sujet qui n’apparaissait pas vraiment comme amiral, jusqu’ici, dans sa stratégie politique. Erreur majeure, au demeurant : l’électeur préfère toujours l’original à la copie, la pub du PLR pour le climat apportera des voix aux Verts, et aucune au PLR.

     

    Il ne s’agit pas ici de nier la question climatique. Ni la nécessité de produire des efforts en faveur de l’environnement. Mais demeurer lucides face à l’orchestration d’un tintamarre, cela oui ! Ne pas se laisser prendre à des sirènes de fin du monde dont les chants sont soigneusement mis en musique par un certain parti, comme à l’époque de Fukushima en 2011, à fins électorales. Ce parti en est un comme un autre, prêt comme les autres à se saisir d’une aubaine pour gagner des voix et des sièges, habité comme les autres par le jeu des ambitions, souvent personnelles, l’attrait du pouvoir. Refuser de voir cela, c’est sombrer dans la candeur.

     

    La vérité, c’est que la mise en avant du thème unique produit avant tout, dans le débat politique suisse, une immense épaisseur de brouillard, qui hélas fait paravent sur les vraies préoccupations de nos compatriotes. Ces dernières sont les primes maladie, la santé, les retraites, la solitude des personnes âgées, la formation et l’emploi des jeunes, la détresse de nos paysans, la strangulation des classes moyennes, le prix des médicaments, celui de l’essence, la surtaxation des PME, le non-remboursement des soins dentaires. Allez dans la rue, discutez avec les gens : c’est de cela, au premier chef, qu’ils vous entretiennent.

     

    Dès lors, à qui profite l’enfumage généralisé par l’exposition excessive du thème climatique ?  A court terme, aux Verts, évidemment : ils obtiendront sans doute des voix, et des sièges supplémentaires, le 20 octobre. Mais, dans une analyse plus structurelle, il n’est pas exclu que les grands gagnants de ce brouillard d’automne soient ceux qui, dans notre économie suisse, tiennent le couteau par le manche. Et qui n’ont, eux, aucun intérêt à une surexposition du malaise social. En clair, les bobos libertaires auront, une nouvelle fois, montré leur capacité à l’alliance objective avec les ultra-libéraux. La cohésion sociale suisse n’en sortira, hélas, pas gagnante.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Prix de l'essence : on veut nous pomper !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.10.19

     

    Jusqu’à l’os ! Nos chers élus aux Chambres fédérales, soumis à réélection le 20 octobre prochain, ont-ils décidé de tondre le peuple de ce pays ? Le 25 septembre, le Conseil des Etats votait une augmentation du prix de l’essence de 10 centimes par litre ! C’est l’un des aspects, encore à confirmer par le National, d’une loi sur le CO2 dont on a tant parlé. 10 centimes le litre ! Qui viennent s’ajouter aux primes maladie, au prix des médicaments, aux loyers, aux impôts. Ça n’est tout simplement plus possible, les gens sont pris à la gorge, ils étouffent. La Chambre des Cantons aurait voulu instaurer, en Suisse, le phénomène des gilets jaunes, le créer de toutes pièces, en programmer des dizaines de milliers dans la rue, elle ne s’y serait pas prise autrement.

     

    Dans quel monde vivent ces parlementaires ? Savent-ils que tous leurs compatriotes n’ont pas la chance d’avoir l’abonnement général des CFF gratuit, qu’ils ne sont pas tous des urbains ni des interurbains, qu’il existe une Suisse périphérique, oubliée des grandes infrastructures, où la voiture est indispensable ? Ont-t-ils par exemple conscience, ces puissants conseillers aux Etats, de l’existence de vallées latérales, comme en Valais, où il faut absolument un véhicule pour aller travailler en plaine ? Ne sont-ils plus là que pour courber l’échine, se plier au vent des modes, crever de trouille face au tintamarre de « l’urgence climatique », duplifier les slogans des Verts ? Où est passé leur esprit de résistance, d’existence propre, de défense de leurs idées à eux, plutôt que copier celles des autres ? Où sont leurs tripes, où est leur bide, où est le courage ? Il ne faudrait plus, sous prétexte du « tout au climat » qui emporte tout sur son passage, que se ranger derrière la bannière à la mode, quitte à pomper jusqu’à la moelle le fric de ceux qui bossent, se lèvent le matin pour aller au boulot, nourrir leur famille ? Oui, ça suffit !

     

    En plus, copier les Verts ne leur servira à rien. Parce que l’électeur, toujours, préfère l’original à la copie. Plus on brasse les thèmes Verts, plus les Verts auront des voix. N’imaginez pas, braves PDC ou PLR, que vous en gagnerez une seule en mimant la campagne de vos adversaires. En politique, il faut parler de soi, de son cœur de cible identitaire : se comporter comme une pie voleuse, qui va piquer les œufs dans d’autres nids, ne sert strictement à rien. Et puis surtout, sur le fond, un peu de vision d’ensemble du pouvoir d’achat du peuple suisse, que diable ! Vous ne voyez pas que les classes moyennes sont en voie d’étouffement ? Vous ne jaugez pas le cumul, avec toutes les autres taxes ? Vous voulez juste plaire à l’opinion rugissante d’un automne ? Mais en faisant cela, vous perdrez tout, jusqu’à votre âme ! Démocrates-chrétiens, parlez-nous de la famille ! Radicaux, parlez-nous de l’Etat ! Socialistes, parlez-nous de la justice ! Mais de grâce, cessez de vous laisser tous tétaniser par l’immense machine de propagande des prophètes de l’Apocalypse ! Il en va du crédit et de la dignité du discours politique, tout simplement. A tous, excellente semaine.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Conseil d'Etat : le courage serait de démissionner en bloc !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.09.19

     

    Le Conseil d’Etat genevois dysfonctionne. Non dans la gestion individuelle, par chaque magistrat, des sept départements. Mais en tant que collège. D’abord, parce qu’il ne dégage aucune priorité, aucune lisibilité. Ensuite, parce que la zizanie interne règne sur des questions aussi majeures que le choix du budget ou la fiscalité des classes moyennes. Mais encore, parce que les bisbilles s’étalent sur la place publique. Enfin, et c’est sans doute là le point le plus douloureux, parce qu’il n’émane de ce septuor aucune dynamique d’ensemble, aucune forme de bonheur à gouverner ensemble. En clair, cet attelage gouvernemental, quelles que soient les qualités intrinsèques des uns ou des autres, est un échec. Il n’émane de lui que discorde et dissensions. Sa capacité d’action, son crédit politique ne sont absolument plus suffisants pour qu’il fasse bouger la République, à une époque, hélas, où cette dernière en a tant besoin.

     

    « Être dans un gouvernement, me disait un jour de décembre 2003, dans le train Berne-Genève, un ancien conseiller d’Etat radical aussi lucide et brillant que vipérin, c’est co-exister avec six personnes que l’on déteste, sans jamais avoir le droit de le montrer ». Eh bien disons qu’avec le gouvernement genevois actuel, seize ans après la parole de Cassandre de l’ancien magistrat, les choses sont au moins claires : on se déteste, et on le montre ! On l’a vu, à la rentrée, avec les règlements de comptes, par presse interposée, entre l’actuel Président du Conseil d’Etat et son prédécesseur, Pierre Maudet. On l’a vu, le 21 septembre, avec un rapport de minorité de Pierre Maudet sur le budget. On l’a vu, le lundi 23 septembre, avec la révélation de la mise en minorité, révélée par l’Agence Decaprod, de la ministre des Finances, Nathalie Fontanet, à six contre un, lors de la fameuse décision du Conseil d’Etat, si controversée, fin août, sur la hausse d’impôts (finalement rejetée par le Parlement).

     

    Dans cette cacophonie, les trois ministres de gauche n’ont rien à se reprocher. Ils tentent, au maximum, d’infléchir l’action gouvernementale dans le sens de leur philosophie politique, c’est de bonne guerre. Le ministre MCG, compétent et travailleur, fait également son boulot. Au sein de l’Entente, Nathalie Fontanet se montre loyale à ses engagements, c’est tout à son honneur. Tous au plus pouvons-nous nous interroger sur la ductilité idéologique du ministre de la Mobilité, qui semble franchement être passé dans le camp de la gauche. Et surtout, à quel jeu joue Pierre Maudet ? Cet homme d’instinct semble préparer un grand coup. Mais pour aller où ? Avec quels soutiens ?

     

    Dans de telles conditions de paralysie politique, le courage serait de démissionner en bloc. Libre à chacun de se représenter. Le peuple trancherait. Bien évidemment, cela ne se produira pas. Chacun tentera au mieux de gérer son département, le nez sur le guidon. Et la faiblesse de l’attelage perdurera, jusqu’au printemps 2023. Ainsi va la politique. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Aimons nos arbres !

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    Commentaire publié dans GHI - 18.09.19

     

    Votre serviteur serait-il lui-même un bobo ? Ce serait quand même le comble, si vous avez pris la peine de lire l’article ci-contre ! Oh, certes, il ne se déplace pas à vélo. Et défend mordicus le trafic privé motorisé en ville. Il est passionné, depuis l’âge de sept ans, par les guerres et les conflits, le tragique de l’Histoire. Il est persuadé de l’immanente noirceur de l’âme humaine, tant que s’exercera le jeu de miroirs du pouvoir. En clair, il ne croit que modérément à l’idée de progrès.

     

    Mais en même temps, comment ne pas aimer passionnément la nature, qui est si belle ? Sentiers valaisans, l’été, à n’en plus finir. Les bisses, les torrents, les lacs de montagne, les gentianes, le silence des vallons. Le reste de l’année, à Genève, une promenade, toujours la même depuis plus de vingt ans, sur les lieux qui furent ceux de son enfance. La même boucle, au millimètre près ! Les mêmes arbres, dont certains plus que centenaires, et parmi les plus beaux qui soient.

     

    Alors, oui ! Oui à la nature. Oui à la protection des paysages. Oui à l’amour inconditionnel des arbres. Oui à leur préservation, leur salut. Ils sont nos compagnons de vie, nos amis. Nous leur parlons, nous les admirons, nous les prenons à témoin. Ils sont nos repères, nos contemporains. Il est parfaitement normal, légitime, de se battre pour sauver des arbres. Être humain, c’est s’inscrire dans la reconnaissance de toute vie. Il n’y a, à cela, nulle sensiblerie. Juste la joie partagée de se reconnaître dans la Création.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le bobo, vous connaissez ? Portrait

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.09.19

     

    Le bobo habite en ville. Le plus près possible du centre. Près de la gare, mais pas trop, c’est mal famé. Le bobo aime la ville, son anonymat, son cocon protecteur, le champ de tous ces possibles qu’il contemple de son vélo, si possible électrique. Car le bobo se meut : pas question de demeurer immobile, ni sédentaire, quand la vie est là, qui vous appelle, avec ses promesses de cocktails, de mojitos, de légumes et céréales métissés, comme un chant recommencé du vaste monde. Le bobo ne dédaigne pas de se mouvoir, pourvu que la mobilité soit douce, silencieuse, conforme aux impératifs de l’urgence climatique. On ne doit entendre que la caresse des pneus, joueuse, sur l’épiderme érectile du macadam. Ne klaxonnez jamais le bobo, son cœur est fragile.

     

    Le bobo n’aime pas la violence. Il condamne le principe de la guerre, tient cette dernière pour une erreur de l’humanité, à corriger au plus vite. Le bobo n’étudie donc ni les conflits, ni l’Histoire, ni les traités, ni les alliances. Du passé, il veut faire table rase. Du haut de son jus de carottes où baigne la fière verticalité d’une tige de céleri, le bobo décrète la fin de l’Histoire, l’avènement d’une humanité nouvelle, délivrée du Mal. Car le bobo aime le Bien. Il entend sauver la nature, la couche d’ozone, réduire son bilan carbone, limiter le nombre de watts auxquels nous aurions droit, chacun, pour une année. Il veut chasser des villes le trafic privé, voitures, motos, scooters, comme autant de suppôts de Satan. Le bobo se bat pour le salut de nos âmes. Si nous avons le mauvais goût de rouler dans une automobile, c’est que nous sommes encore dans les griffes de l’archaïsme, hommes et femmes d’un autre temps, en attente de la délivrance par laquelle le bobo, lui, est passé. Il n’est pas notre ennemi, il nous précède.

     

    Le bobo n’est pas une brute inculte. Tenez, il aime Berlin par exemple. Pendant vingt ans, tout en roulant à vélo en ville, il a pris quarante fois une compagnie à bas coûts pour des week-ends festifs dans la capitale de l’Allemagne. Dans laquelle il a pu se pâmer d’admiration devant le règne du vélocipède. Mais, depuis quelques mois, il a pris conscience que l’avion, c’était mal. Désormais, le bobo prendra le train de nuit, via Bâle et Mannheim. De retour à Genève, il sanctifiera la mobilité douce de la ville prussienne, tout en pestant contre ces insupportables camionnettes de livraisons qui se permettent de venir polluer la cité de Calvin. Car le bobo n’aime pas les livreurs. Ni le bruit des camions. Ni le monde de l’industrie, ni celui des chantiers. Au bleu de travail prolétarien, il préfère le bleu du ciel, au-dessus de l’infini d’une piste cyclable.

     

    Le bobo n’aime pas le bruit, ni le monde des ouvriers. Pour nourrir sa réflexion sur l’écologie politique, il a besoin de silence, d’air pur. Juste le souffle d’une chambre à air, comme un zéphyr de bonheur. Longue vie au bobo, dans une humanité renouvelée, délestée du péché, plein cap sur la félicité, toutes voiles dehors.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Nos jaunes amis

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    Commentaire publié dans GHI - 04.09.19

     

    A longueur de flashes, nos antennes radiophoniques nous abreuvent d’informations sur les manifestations à Hong Kong. Avec un parti-pris immédiatement perceptible pour l’auditeur : un immense capital de sympathie pour ceux qui, là-bas, à des milliers de kilomètres de la Suisse romande, descendent dans la rue pour faire valoir leurs droits. Il n’y en a que pour Hong Kong, et on pourrait, en passant, s’interroger un peu sur les puissances qui, peut-être, seraient derrière ces manifestations.

     

    Le manifestant de Hong Kong est par essence sympathique, puisqu’il remet en cause le méchant régime communiste chinois. De même, tous les Tibétains sont sympathiques, par définition. De même, tous les Kurdes. Tout ce qui est minoritaire, face à un Etat organisé, représente par nature le Bien. Et la machine d’Etat, en face, incarne nécessairement le Mal.

     

    Pour nos beaux esprits, un manifestant a meilleur temps de battre le pavé dans un ancien Mandat britannique en Chine, que revêtu d’un gilet jaune contre la police macronienne. Parce que Macron, c’est le Bien. Il est convenable, pro-européen, libéral jusqu’à la moelle, ami des banquiers, adversaire de la Bête immonde : le gendre idéal. Oser le défier, sur un rond-point de France, c’est se comporter en gueux, casser l’harmonie de l’image, tout foutre en l’air. Alors voilà, autant le manifestant de Hong Kong est à louer, autant son jaune confrère français est à rejeter. La grille de lecture est sauvée. Le manichéisme, aussi.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • La religion du libre-échange, c'est fini !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.09.19

     

    Ouvrir la Suisse à tous les marchés du monde, permettre à nos industriels d’exporter, multiplier les passerelles commerciales avec l’étranger, c’est la vision qui, depuis des décennies, régit la politique économique de notre pays. Cette conception ne tombe pas du ciel, elle a une Histoire bien précise, avec son enchaînement de causes et d’effets. Après la Seconde Guerre mondiale, et six années de fermeture des frontières, la Suisse, au milieu d’une Europe en ruines, où régnaient la faim, les privations, les tickets de rationnement, et même le manque de charbon pour affronter plusieurs hivers particulièrement froids, a éprouvé le besoin de multiplier les Accords, s’ouvrir, diversifier les partenaires. A l’époque, elle a vu juste : il en allait de sa survie.

     

    Cette stratégie d’ouverture, pendant des dizaines d’années, s’est renforcée. En 1957, c’était le Traité de Rome, avec six pays fondateurs de la Communauté économique européenne, aujourd’hui UE (France, Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas), la Suisse n’en était pas, il a fallu qu’elle se fraye des pistes dans le grand monde, elle a signé des Accords de libre-échange, et là aussi elle a vu juste. Au fond, notre pays s’est comporté comme un petit entrepreneur, ne devant compter que sur son énergie propre, son réseau, pour s’en sortir. C’était l’époque où peu de gens contestaient le bien-fondé de ces Accords : tous comprenaient à quel point ils étaient vitaux.

     

    En 2019, la situation a radicalement changé. La Suisse a multiplié les Accords de libre-échange, les parlementaires se sont souvent contentés d’avaliser le travail de négociations des fonctionnaires, les référendums n’ont pas été saisis, on a laissé faire. Et au final, bien que le peuple eût pu réagir, l’impression dominante est celle d’une politique du fait accompli, d’une absence criante de contrôle démocratique, d’un défaut de vision politique sur certains pays avec qui on signe, en un mot d’une tyrannie du dogme libéral, au détriment de la justice sociale et environnementale. L’Accord, dont on parle tant ces jours, entre la Suisse (via l’AELE) et le Mercosur (Marché commun de l’Amérique latine : Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) constitue une caricature du genre, créant un déséquilibre crasse entre l’intérêt des exportateurs industriels, favorisés, et l’abandon de nos paysans, laissés en proie aux importations massives de viande bovine d’Amérique latine.

     

    Bref, aujourd’hui, le libre-échange ne passe plus. Et la Congrégation pour la doctrine de la foi libérale ne parvient plus à berner les gens, avec son dogme de l’ouverture et ses promesses de miracles. En 2019, en Suisse, les gens veulent des frontières. De la protection. Du respect et de l’aide pour nos paysans. Une conception sociale et environnementale des rapports internationaux. Ils veulent aussi un contrôle démocratique : plus question de passer des Accords en catimini à Berne, comme s’ils n’étaient qu’affaires d’experts et d’entre-soi. En un mot comme en mille, la religion du Salut par le libre-échange, c’est fini.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Citrons pressés

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.08.19

     

    La classe moyenne : nous avions plaidé, ici même, début mai pour qu’on ne l’oublie pas, et qu’on veuille bien cesser de la presser comme un citron. A Genève, la classe moyenne doit devenir le problème no 1 des enjeux politiques et sociaux.

     

    De qui s’agit-il ? On peut se disputer à l’infini sur la fourchette qui définirait la classe moyenne, en fonction du revenu des ménages. Soyons concrets : il existe, à Genève, une majorité silencieuse de gens qui ont travaillé toute leur vie, parfois dur, élevé des enfants, participé à la prospérité générale, et qui n’arrivent pas à mettre un sou de côté. Pendant ce temps, ils voient leurs retraites, ou futures rentes, fondre comme neige au soleil : cela s’appelle, pudiquement, « la baisse des taux de conversion du deuxième pilier ».

     

    Les mêmes gens, qui peut-être ont eu le mauvais goût d’être malades, je veux dire un peu plus qu’un simple refroidissement, n’en peuvent plus de voir leurs primes maladie grimper. Ne parlons pas de la pression fiscale à Genève, qui fait de la classe moyenne, quelque part dans l’échelle entre les assistés et les nababs, l’éternelle vache à lait.

     

    Dans la campagne des élections fédérales du 20 octobre, on va beaucoup vous parler climat, fin du monde, Apocalypse. Peut-être pourrait-on aussi s’occuper, enfin sérieusement, des gens qui travaillent, prennent des risques, inventent. Et leur lâcher un peu la grappe avec les impôts, les primes et les taxes. Pour le Jugement dernier, nous verrons bien.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • Le libéralisme a échoué !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.06.19

     

    Les années d’immédiat après-guerre ont été des années d’État. L’Europe n’était plus que décombres. L’Allemagne, détruite par trois années de bombardements alliés, la ville allemande surtout. L’Italie, le Nord-Ouest de la France (après le Débarquement), la Belgique, les Pays-Bas. Ne parlons pas de toute l’Europe centrale et orientale, Pologne, Ukraine, Russie. Dans une Europe coupée en deux par le Traité de Yalta (1945), à l’Est le communisme, à l’Ouest le capitalisme, il a fallu reconstruire avec des plans d’ensemble, un souci du collectif, une vision d’État.

     

    Dans le système communiste, on a actionné les vertus (plus ou moins efficaces !) du Plan. A l’Ouest, pays par pays, on a dû inventer des systèmes pour assurer les deux besoins les plus fondamentaux des populations : le ravitaillement (des tickets de rationnement ont fonctionné jusqu’à la fin des années quarante), et le chauffage. Ce dernier passant par le charbon, on a lancé la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier), premier pas d’une construction européenne.

     

    Dans ces années d’après-guerre, on avait besoin d’État. Même notre pays, épargné par la guerre, a mis au point le plus beau fleuron de sa sécurité sociale, l’AVS, dans le sillage immédiat de la Seconde Guerre mondiale, en 1947-1948. Dans ces années-là, on ne se risquait pas trop à ne jurer que par le libre-échange, et l’affaiblissement des services publics : on avait bien trop besoin de réseaux de solidarité. C’est beaucoup plus tard, à l’époque de Ronald Reagan (1980-1988) et de Margaret Thatcher (1979-1990), puis surtout dans les très flambantes années 90, que le mirage libéral, le discrédit sur l’État, la mise en valeur extatique de l’individu au détriment du collectif, la remise en cause des nations, des Histoires et des frontières, sont arrivés comme des déferlantes. Nous n’étions pas très nombreux, à l’époque en Suisse romande, à résister à cette idéologie. Les jeunes loups du libéralisme, aux crocs acérés par l’appât de l’argent facile, nous traitaient de ringards. On a vu le résultat.

     

    Le résultat, c’est l’échec du système libéral, considéré comme un dogme, ne jurant que par les vertus magiques du « marché », comptant sur la concurrence comme régulation darwinienne pour la survie des forts, l’effacement des plus faibles. Cette logique, individualiste à l’extrême, incapable de définir un projet collectif, s’est fracassée contre les récifs du réel. Partout en Europe, y compris en Suisse, les peuples réclament un retour du projet commun, donc de l’État. Cela ne signifie pas des armadas de fonctionnaires derrière des guichets, ce temps-là est révolu, mais l’appropriation, par le plus grand nombre, donc le suffrage universel, du destin des pays. Cela passe par l’École, l’éducation citoyenne : donner d’autres valeurs que la simple appartenance à un clan, une marque commerciale, une écurie privée. Vaste programme, mais enthousiasmant : l’être humain y sortira gagnant. A tous, un excellent été !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Je n'écris pas pour mes pairs

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.06.19

     

    Je suis fier d’écrire pour ce journal, qui s’efforce de parler aux gens de ce qui les concerne. Logement, propreté de l’espace public, nuisances, pollution sonore, mobilité, bouchons, vie quotidienne des plus démunis, levée des ordures, santé, primes maladie, alimentation, chantiers, pouvoir d’achat, impôts, crèches, écoles, retraites, EMS, etc. Et je me dis que commenter la vie publique, à Genève comme ailleurs, c’est simplement vivre au milieu de ses contemporains, prendre quelques notes, croquer quelques situations, livrer quelques analyses ou humeurs, qui n’engagent que soi, sans en faire une histoire universelle, ni planétaire. J’encourage d’ailleurs chacun d’entre nous à tenir son journal. S’il veut le faire publiquement, les réseaux sociaux le permettent. Que chacun se lance, il n’y a rien à perdre !

     

    Je ne crois plus du tout à la barrière entre journalistes et profanes. Les nouveaux outils de communication ont prodigieusement accéléré la mise en commun du domaine de l’expression : chacun peut écrire, commenter l’actualité, défendre et illustrer ses idées, faire part de ses lectures, pousser un coup de gueule ou un cri du cœur, nul besoin d’être journaliste pour cela. Oh, bien sûr, il y a encore toute l’armada corporatiste du métier pour vous affirmer le contraire, vous dire que c’est une fonction très compliquée, avec plein de règles, vérifier les sources, etc. Je veux bien. Mais j’y vois avant tout un prodigieux réflexe de prostration défensive, s’agripper sur son pré-carré, prendre de grands airs, justifier d’antiques privilèges : ceux d’être les seuls, on se demande bien pourquoi, à avoir le droit à l’expression publique.

     

    J’apprécie justement GHI, parce que ce journal n’affiche aucune prétention à la morale universelle. Il partage des informations, ou des commentaires, vibre au pouls de ses lecteurs, ne prétend pas leur délivrer, d’en haut, la lumière du monde. Trop de journalistes, hélas, n’écrivent, dans leur horizon d’attente mentale, que pour leurs pairs. Leur inquiétude première est de savoir comment leurs confrères, ou consœurs, vont apprécier leur article. « Que vont-ils penser de moi, que vont-ils en dire en séance de débriefing ? ». Cette attitude-là, c’est le début de la fin. De même qu’un cuisinier travaille pour ceux qui vont goûter ses mets, ou un médecin pour ses patients, celui qui écrit un article ne doit avoir pour seul souci que de s’adresser au plus grand nombre. Les réactions des autres journalistes n’ont strictement aucune importance. On écrit pour tous, pas pour ses seuls semblables.

     

    Quant à cette magnifique profession, que j’exerce depuis 33 ans, et à laquelle j’ai tant donné de mes forces, elle se meurt. Dans vingt ans, trente ans, que restera-t-il du modèle de communication mis en place à l’époque de Balzac, avec des équipes rédactionnelles qui produisent un journal ? La profession disparaît, mais la prise de parole, ou de plume, dans l’intérêt public, se démocratise et devient universelle. Qui, pour s’en plaindre, si ce n’est quelques corporatistes rabougris ? Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Honneur à nos 45 Communes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.06.19

     

    Prenez la photo aérienne, nous l’avons tous en tête : Genève, du Nord-Est au Sud-Ouest, c’est un lac, qui sous le Pont du Mont-Blanc redevient Rhône, une ville, puis la campagne, jusqu’à Chancy. En fait, jusqu’au Fort de l’Ecluse. Genève, c’est une ville, et c’est un canton. Une ville, et 44 autres communes, toutes aussi magnifiques et passionnantes les unes que les autres, si on veut bien les approcher par le biais de l’Histoire, de la culture, la démographie, l’économie locale, la vitalité des associations. Né à Genève, j’ai moi-même passé les trois-quarts de ma vie en Ville, un quart au Petit-Lancy. Depuis treize ans, je suis entrepreneur à Carouge, tout en résidant en Ville de Genève. D’une commune à l’autre, nous allons et venons. Spectacles, concerts, vie associative, chorales, clubs de sport, vie privée ou professionnelle : le Genevois est à la fois urbain et péri-urbain, parfois campagnard, il aime ce canton, chérit sa taille réduite où tout est accessible, peste contre les bouchons. Nous sommes tous, en ce bout du lac, de tendres gueulards, amygdales bronzées, têtes de lard, mais beaucoup plus patriotes qu’il n’y paraît, dans l’attachement affectif au canton. Le Genevois est un héros tragique et romantique, qui aime parader sous les atours du personnage boulevardier.

     

    Les 45 communes ! Parlons-en ! Certaines d’entre elles, comme Vernier, ont davantage d’habitants que certains chefs-lieux cantonaux. Lancy. Onex, Carouge, Thônex, Meyrin sont de véritables villes moyennes, à l’échelle de notre petite Suisse. Ces communes, je les ai vues grandir : j’ai connu Lancy encore presque village, bien avant les multinationales, et Onex bien avant l’Office de la population. La ville s’étire, la banlieue s’urbanise, l’administration cantonale émigre, tout cela sous nos yeux, c’est passionnant. Reste que nous, Genevois, devons absolument défendre la dignité, et même la primauté, de l’échelon communal. Les Français sont passés par Genève, entre 1798 et 1813, ils y ont laissé la trace du jacobinisme. Celui, par exemple, qui suintait, dans la législature précédente, d’un certain Président du Conseil d’Etat, jamais aussi heureux que lorsqu’il pouvait, de sa Tour Baudet, remettre à l’ordre une Commune, un Maire, un Conseiller administratif ayant enfreint le règlement. Au fond, l’éminent magistrat se prenait, sous prétexte « d’autorité de surveillance », pour le Révizor, le célèbre personnage du dramaturge russe Nicolas Gogol, qui faisait trembler les autorités locales, quand on annonçait sa venue.

     

    Nos 45 communes méritent mieux. La commune, en Suisse, est le premier échelon de proximité affective pour les gens. Elle existait avant le canton, qui ne date que de 1815. Aux Maires, Conseillers administratifs et municipaux, Adjoints, personnel des administrations communales, nous devons adresser notre salut et notre reconnaissance. La Constituante n’est pas allée jusqu’au bout dans le chantier canton-communes. Revaloriser nos 45 communes, c’est rendre service à tous. Magnifique ambition !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Liberté d'expression

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    Commentaire publié dans GHI - 05.06.19

     

    J’entends beaucoup de mes confrères répéter à loisir que le journalisme serait « indispensable à la démocratie ». Au risque de casser l’ambiance, je ne partage pas leur point de vue.

     

    Ce qui est nécessaire à la démocratie, ce qui lui est consubstantiel même, c’est la liberté d’expression. Chaque citoyenne, chaque citoyen doit pourvoir dire ce qu’il pense, sans entraves, sans risques de rétorsion. C’est cela qui est essentiel. Mais pas seulement pour les journalistes, ou éditorialistes : pour tous ! Sans exception.

     

    Bien sûr, il y a la loi. Voulue par le peuple, ou par ses représentants, elle fixe des limites à la liberté d’expression. On peut le regretter, mais c’est ainsi. Et, tant qu’une loi existe, on doit la respecter. Mais enfin, à part cette exception quant à la loi, le champ de la liberté d’expression me semble bien assez large pour que nous aspirions tous à le cultiver au maximum. Tous, et pas seulement les journalistes !

     

    Chacun, aujourd’hui, peut tenir un blog. Chacun peut s’ouvrir un compte sur un réseau social. Chacun peut lancer des sujets. Le monde éditorial, l’univers des idées, n’est en aucun cas la chasse gardée d’une corporation. Quant à la « mission d’investigation », sur les affaires d’intérêt public (toute autre doit être bannie), pourquoi diable demeurerait-elle réservée aux journalistes ? Si mon métier entend survive, il faudra qu’il s’invente autre chose que des prés-carrés, ou des privilèges, auxquels il donne désespérément l’impression de s’accrocher.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Suisse-Europe : non à l'Accord-cadre !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.06.19

     

    L’Accord-cadre : ils n’ont plus que ces deux mots à la bouche ! Tout ce que la Suisse officielle compte de décideurs, de patrons, de financiers, tente à tout prix de nous faire avaler l’idée d’un Accord-cadre. Pour ma part, passionné par la question européenne, que je couvre à fond, dans mon métier, depuis trois décennies, comme citoyen je dis non à cet accord providentiel. Pour deux raisons essentielles : il n’est pas à l’avantage de notre pays, et il porte atteinte à notre souveraineté. Deux motifs assez puissants, vous en conviendrez, définis à l’échelle de la nation et de sa survie, et non de la petite épicerie de détail, pour refuser un texte.

     

    De quoi s’agit-il ? Dans la longue Histoire des relations entre la Suisse et l’Europe communautaire, il y a eu plusieurs phases. De 1957 (Traité de Rome, fondateur de la future UE, par les six premiers pays) jusqu’en 1992, les relations étaient pragmatiques, marquées par l’Accord de libre-échange de 1972. On définissait des rapports économiques et commerciaux, on ne parlait pas de politique, encore moins d’identité. La grande date, que j’ai vécue de l’intérieur, comme correspondant à Berne ayant suivi de près Jean-Pascal Delamuraz, ce fut la fameuse votation du 6 décembre 1992 sur l’Espace économique européen (EEE). J’ai personnellement voté oui, mais ce fut non. Et ce fut le début de l’ascension de Christoph Blocher. Depuis l’an 2000, la Suisse a opté pour un régime d’Accords bilatéraux, qui fonctionne, et qui semble convenir à notre corps électoral.

     

    L’Union européenne d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec les Six de 1957, ni même avec les Douze de 1992. Élargie beaucoup trop vite aux Marches de l’Est, définie comme libérale par essence, avec une primauté dogmatique accordée aux forces du marché, elle est devenue un monstre technocratique, une usine à produire des directives. Et surtout, elle n’écoute pas ses peuples. Ce modèle, promis à l’effondrement, n’est pas celui de la Suisse. Respectons nos amis et voisins européens, passons avec eux des accords commerciaux, précis, sectoriels, mais n’entrons en aucun cas dans la logique institutionnelle d’un accord global. Nous n’avons rien à y gagner. Nous y perdrons notre souveraineté. C’est aussi simple que cela.

     

    L’UE cherche à tout prix à nous imposer la signature de cet Accord, dûment négocié par les deux parties. Elle veut généraliser la reprise du droit européen par le droit suisse. En cas de désaccord, la question des juges étrangers se posera, avec la présence d’un juge de l’UE parmi les trois du Tribunal arbitral. L’intervention, au final, de la Cour européenne de justice, érige un modèle judiciaire ne faisant pas partie de la longue tradition de souveraineté de notre pays. Pour ces raisons, comme citoyen, je dis non.

     

    Car nous, les citoyennes et citoyens de ce pays, devons absolument, sur cet enjeu capital, avoir le dernier mot. Pas question que la classe politique passe en force. Le souverain, ici, c’est le suffrage universel. Avec cela, pas question de transiger.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le pire de tout : l'autocensure

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     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.05.19

     

    La censure existe, elle est partout. Seulement voyez-vous, elle ne se niche pas vraiment là où on croit. L’idée d’un commentateur, ou d’un éditorialiste, qui n’oserait pas tout dire parce qu’une force occulte lui maintiendrait un couteau sous la gorge, relève du mythe. L’idée d’un Big Brother, quelque part dans le monde politique ou les puissances financières, qui nous tiendrait sous influence, ne résiste pas non plus à l’examen du réel. Nous sommes dans un pays libre, le droit à l’expression est garanti, ne soyons pas paranos en allant chercher à l’extérieur de nous-mêmes les forces de coercition qui tenteraient de nous réduire au silence.

     

    Pourtant, la censure existe. De nos jours, plus violente que jamais. Et c’est à l’intérieur de chacun de nous-mêmes que nous devons aller la chercher. Car la pire de toutes les pressions, pour taire un sujet ou réprimer l’envie de le traiter, c’est l’autocensure. Les miradors ne nous sont pas externes : ils s’érigent et veillent en chacune de nos âmes. Parce que celui qui prend la plume, ou donne de la voix, s’expose à la mitraille. C’est le sort de ceux qui s’arrachent à la tranchée. Il faut savoir ce que l’on veut : prendre position, ou s’en abstenir. Chacun est libre. Il faut juste connaître les risques, l’état du terrain, la puissance de feu chez l’ennemi. Ensuite, chacun décide : entrer dans la mêlée, ou non.

     

    Oui, la censure existe. Celle que chacun d’entre nous s’applique à lui-même. Chacun de nous, je l’affirme, en commençant bien sûr par m’y inclure, passe volontairement sous silence certains sujets, non par lâcheté (le mot serait trop fort), mais par souci de ménager son petit confort. C’est un tort, dans une fonction où il faudrait que tout puisse être dit, mais c’est ainsi. S’éviter les emmerdes. Ou les brûlures d’estomac. Ou les insomnies. Ou les engueulades à n’en plus finir. Alors, sur certains sujets, on décide soi-même de se la coincer. On se dit qu’on les abordera un jour. Mais pas là, pas maintenant, pas aujourd’hui.

     

    La censure existe, elle fait partie de nous. Tenez, le rôle des pairs, ceux qui exercent le même métier que vous : surtout ne pas les froisser, ne pas se foutre en pétard avec la profession. Ne pas s’attaquer aux modes ambiantes, écrasantes de consensus : le climat, par exemple. On pourrait en citer d’autres. Pourtant, même dans ces domaines, le courage d’une position minoritaire ne nous vaudrait ni la prison, ni l’ostracisme : nous sommes en Suisse. Mais risquer son image auprès de ses pairs, c’est bien là le problème. Trop nombreux, parmi nous, ceux qui écrivent pour leurs seuls semblables, et non pour l’ensemble des femmes et des hommes qui voudraient bien nous lire. Oui, l’autocensure sent le renfermé, la naphtaline. Demeurer dans le cercle. Ne pas froisser la famille. Rester dans le réseau. Phénomène auquel nul n’échappe. C’est cela, l’autocensure, le problème no 1 de ceux qui prennent position dans l’espace public. En chacun de nous, l’ombre intime et secrète d’un mirador.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ces milliards, qui va les payer ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.05.19

     

    Un chèque en blanc. C’est ce que le peuple genevois a décidé de signer, ce dimanche 19 mai, pour les retraites des fonctionnaires du canton. Le seul choix qu’on lui proposait était de trancher entre les milliards de la droite et du Conseil d’Etat, et ceux de la gauche et du MCG. Comme le Parlement, il a dit oui aux deux. Et, dans la petite croix de la question subsidiaire (lequel préférez-vous si les deux passent ?), il a opté pour la seconde solution. Dont acte. Nous sommes des démocrates, nous respectons les décisions populaires. Mais nous sommes aussi des hommes et des femmes libres, avec un esprit indépendant, un cœur ardent, et une farouche révolte contre toute espèce de censure dans la formulation de nos questions. En voici une, toute simple : ces milliards, qui va les payer, où les trouverons-nous ?

     

    A cette question, c’est terrible à dire, mais la classe politique d’aujourd’hui n’a pas la réponse. Dans le débat du Parlement, qui s’est terminé par un non-lieu (l’acceptation de deux lois parfaitement contradictoires), personne n’était capable de garantir les conditions exactes du financement de ce qu’on appelle pudiquement « recapitalisation », entendez faire passer à la caisse le contribuable, pour les retraites des fonctionnaires. On nous a sorti des calendriers de paiement, dans les années et les décennies futures, à coups de centaines de millions cumulés, en sachant fort bien que ces sommes colossales, dans l’état actuel de nos finances et de notre endettement, nous n’en disposons tout simplement pas.

     

    Alors, qui va payer ? La réponse est simple : le contribuable, bien entendu ! Donc, vous et moi. Et dans les contribuables, au premier rang du front, la si tendre chair à canon de la classe moyenne qui travaille. Oui, celle-là même dont nous vous parlions ici, la semaine dernière. Pas les assistés ! Pas les nababs ! Non, tous ceux, entre ces deux couches, qui se lèvent pour aller bosser, parfois durement, gagnent un peu d’argent (c’est la moindre des choses), bossent encore un peu plus pour en gagner davantage, et finalement sont ponctionnés, de façon inconsidérée, sur leur boulot. Sur la sueur de leur front ! Et c’est cela qui ne va plus. Et c’est là que gisent les germes des révoltes de demain.

     

    Exemple : les petits entrepreneurs, les indépendants. Ils bossent dur comme fer. Ils sont en souci toute l’année pour leur boîte. Ils ont peur de tomber malades. Ils vérifient trois fois, en partant, si la porte de leur local de travail est fermée. Ils ont investi, sur leurs fonds propres, dans des locaux, du matériel. Ils n’ont nulle garantie de pouvoir garder leurs mandats. Ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Seuls, ils financent intégralement – et non paritairement – leurs retraites. Les taxes, les impôts, les charges, ils ne connaissent que cela. Et maintenant, comme contribuables, ils devront encore davantage financer les retraites des fonctionnaires. Moi je dis attention : il y a un moment où la marmite va exploser. Ici, nous vous aurons au moins avertis.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Genève : la classe moyenne étouffe !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.05.19

     

    Payer, payer et encore payer. Payer son loyer, dans une ville où ils sont hors de prix. Payer ses primes d’assurance maladie, cauchemar no1 des Suisses. Payer des impôts qui étouffent la classe moyenne laborieuse, à Genève. Payer des assurances dont la plupart sont totalement inutiles, mais voilà, nous, les Suisses, sommes de grands trouillards devant l’Eternel, alors nous payons la rançon de nos peurs. Payer les assurances sociales. Payer pour des retraites dont nous ne sommes pas sûrs, avec la baisse des taux de conversion, de voir la couleur. Payer sur nos revenus, ou nos salaires. Voir le fruit de notre travail passer, filer, s’envoler, s’évaporer. N’avoir qu’un pouvoir d’achat fort limité. Ne rien pouvoir mettre de côté. Tel est le lot, à Genève, de la classe moyenne qui travaille. C’est éreintant. Et passablement désespérant.

     

    Je parle ici des gens qui travaillent. D’un côté, c’est évidemment une chance, et nous devons penser à ceux de nos concitoyens qui cherchent un emploi, et n’en trouvent pas : pour eux, c’est encore une autre paire de manches. Mais le travail, avec un salaire (pour un employé) ou un revenu (pour un indépendant), bref du gain financier à la fin du mois, à quoi sert-il, si c’est pour donner aux gens le sentiment de n’être plus que des vaches à traire ? A quoi sert-il, si c’est juste pour en voir passer la plus grande part, trottiner sous nos yeux, se dérober ? Et s’en aller grossir d’immenses caisses communes, qui vous donnent l’impression, hommes et femmes actifs des classes laborieuses, de ne jamais rien faire pour vous. Et on vient nous parler du CEVA, sans toilettes ! Et on vient nous parler du milliard pour le « fonds de cohésion de l’Union européenne », des eaux usées à traiter en Slovaquie, nous dit-on ! Et on vient nous parler de grands projets mondiaux, avec notre argent !

     

    Dans ce pays que nous aimons, nous ne sommes pas des sujets, mais des citoyennes et des citoyens. L’Etat social, nous le voulons. Ne laisser personne sur le bord du chemin, nous en sommes d’accord. La nécessité de l’impôt, nous ne la discutons pas. Mais c’est une question de curseur, de proportions. Il y a un moment où la conjonction des primes d’assurance maladie et de la fiscalité sur le travail devient simplement étouffante. On impose trop le labeur ! Et il devient urgent, pour la politique, tous partis confondus, de se soucier de cette classe moyenne qui travaille, participe à la prospérité générale, mais ne peut plus s’acheter grand-chose, et encore moins capitaliser. Il y a un moment où ça devient révoltant. Il y a un moment où il faut songer à réduire l’impôt sur le revenu des classes moyennes. Sinon, la marmite à vapeur explosera. Il ne faudra pas venir pleurnicher parce que les gens votent pour des partis extrêmes. Ou parce que des Gilets jaunes envahiront nos rues. Il faut trouver d’autres modes de financement, pour l’Etat, que la ponction constante sur le labeur. Et si on ne les trouve pas, eh bien il faudra diminuer la voilure de l’Etat.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Bienvenue à la religion du climat !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.05.19

     

    En ce printemps où le réchauffement tarde à nous écraser de ses rayons caniculaires, la classe politique, quasiment unanime, n’a plus que trois mots à la bouche : le climat, le climat, et encore le climat. A croire que l’Histoire s’est arrêtée. Elle aurait laissé le tragique au vestiaire, se serait elle-même éclipsée, ainsi que la politique, les rapports sociaux, l’économie, la lutte des classes, les syndicats, le patronat. Tout cela, évaporé ! Il n’y aurait plus ni mémoire ni projection, ni guerres, ni ennemis, ni dominants, ni dominés, ni oppression, ni liberté : il n’y aurait plus que « l’urgence climatique ». Reconnaître son absolue priorité ne relèverait plus d’un choix politique. Mais d’un dogme théologique. La religion du climat est née. Avec son clergé, ses sermons, ses autocritiques, ses confessions, ses grands-messes du samedi, ses enfants de chœur, ses péchés, ses processions de rédemption, son chemin d’Apocalypse, son Salut, ses damnés. A l’école du jugement, il n’y aurait plus que le Dernier.

     

    Tenez, les processions du samedi. Sanctifiés, les jeunes qui défilent « pour le climat ». Encouragés par les autorités. « Ils sont l’avenir, ils nous montrent le chemin » : ce ne sont plus des ados des écoles, non, ce sont des anges et des archanges, des séraphins, leurs trompettes sont musiques du futur, ils nous ouvrent la voie du Salut, les portes du Paradis. Ils sèchent les cours ? Mais comme ils ont raison, les chérubins, c’est pour la bonne cause ! Surtout, pas de sanctions ! Pas de remarques ! Pas d’oppositions ! Rien qui, de la part des adultes, des parents ou des maîtres, pourrait laisser poindre le grief de paraître ringard, d’un autre temps, insensible à la théologie de « l’urgence climatique ».

     

    Les partis politiques ? Tous convertis au discours des Verts. En Suisse, nous avons aujourd’hui les Verts, dont la sainte doctrine constitue le chemin de foi défini et délimité. Mais nous avons aussi les radicaux Verts, les libéraux Verts, les PDC Verts. Il n’y a guère que l’UDC et une partie courageuse de la gauche radicale (celle, d’un autre temps, qui s’accroche encore à la justice sociale, et autres mignardises ringardes), pour oser encore émettre quelques doutes sur l’impérieuse nécessité de la Croisade climatique. Reprendre la Jérusalem céleste, la libérer de l’infidélité polluée, assainir les cieux, préparer la voie des anges. Alors oui, le PLR devient Vert, le PDC n’en peut plus de verdir, les partis du gentil centre-droit se sont convertis, ils ne jurent plus que par le climat, les radicaux en ont oublié l’industrie et le Gothard, la démocratie chrétienne a rangé la Doctrine sociale de Léon XIII sous la poussière des étagères, il n’y a plus que le climat, le climat, et encore le climat.

     

    Dès lors, la politique est mise entre parenthèses. De même, la confrontation rationnelle des arguments. Au frigo ! Et nous, les citoyennes et citoyens, pour qui tombèrent Bastilles et privilèges, redevenus fidèles ou infidèles, obéissants ou hérétiques, sauvés ou damnés. Vive le progrès !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Votations du 19 mai : révolte et colère

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.05.19

     

    Traduire en termes simples les aspects souvent complexes de la vie politique suisse. Telle est, depuis 33 ans que je suis entré en journalisme professionnel, ma grande passion. Présenter aux citoyennes et citoyens les enjeux des votations. En fonction de ce qui les concerne, touche leur vie quotidienne, en élaguant tout le fatras des mots juridiques, « motion », « contre-projet », etc. Être au service des citoyens. Être lisible, audible, compréhensible. Nombre de mes confrères et consœurs, dans ce journal comme à Léman Bleu, comme à Radio Lac, au Courrier, à la Tribune de Genève, etc., s’inscrivent dans cette démarche : être clair, simplifier, dégager les grandes lignes, mettre en perspective historique, aller à l’essentiel. Plus un journal est populaire – c’est le cas de celui que vous tenez entre les mains – plus cette ambition doit être impérieuse. C’est le seul moyen pour que la politique soit l’affaire de tous, et non d’une seule cléricature.

     

    Face aux votations du dimanche 19 mai, je ne puis cacher ma colère. Non que nous votions sur les sujets proposés : loin de là, ils sont essentiels ! Mais hélas, je vois venir comme un iceberg le danger de découragement et d’impuissance que va représenter, pour les citoyens, l’abondance de littérature reçue à la maison. Deux grosses enveloppes, nous expliquant en détail les tenants et les aboutissants de onze sujets de votations, deux fédérales et neuf cantonales. Je me mets à la place du citoyen qui ne regarde pas Léman Bleu, n’écoute pas Radio Lac, ne lit pas GHI, ni la TG, ni le Courrier, etc. Il n’a pas pu assister à nos innombrables débats, présentations de sujets, il n’a pas trop le fil continu de la politique dans la tête : en bien je vais vous le dire, ce pauvre homme, cette pauvre femme, va se trouver complètement largué par ce train de votations du 19 mai ! Parce que la brochure, aussi bien préparée soit-elle (le travail de la Chancellerie n’est pas en cause), demeure ce qu’elle est : un tas de pages imprimées. Qui, de nos jours, lit encore des centaines de pages papier ?

     

    Évidemment, on pourrait avoir une lecture optimiste de cette histoire. Se dire qu’au fond, elle prouve la nécessité d’avoir des médiateurs. Des traducteurs. Des simplificateurs (dans le bon sens) de la complexité législative. Certes. Mais alors, comment ne pas nourrir colère et révolte face à une autre catégorie de médiateurs, ou de corps intermédiaires : les parlementaires ? Dans le cas de la votation sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), l’affaire est flagrante : le Grand Conseil a réussi l’exploit d’accepter deux projets de loi parfaitement contradictoires, celui de la gauche, et celui de la droite et du Conseil d’État ! Dès lors, nous voilà, pour la seule CPEG, face à trois votations, l’une par loi, une autre encore pour la question subsidiaire (laquelle préférez-vous, si les deux passent ?). Et une fois qu’on aura tranché ce profond dilemme, il nous restera neuf sujets !

     

    La politique, ça passe par la clarté. Le contrat avec les citoyens, ça doit reposer sur un pacte simple et lisible. Dans le cas du 19 mai, nous sommes hélas très loin de tout cela.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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