02/07/2014

L'habit du Général

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 02.07.14
 
 
Une garde à vue, ça n’est pas formellement une arrestation. Et surtout, la personne entendue par la police demeure présumée innocente, c’est très important. Cela vaut pour tout le monde, y compris Nicolas Sarkozy. Nous ne nous prononcerons donc pas sur le fond de l’affaire qui amène un ancien chef d’Etat français dans une telle situation. Surtout qu’à ce niveau, toutes les manipulations sont possibles et imaginables.
 


Mais concernant M. Sarkozy, quelle que soit son implication dans la présente affaire, il faut bien reconnaître qu’il est celui des sept présidents de la Cinquième République qui aura le plus affaibli la fonction. Non par ses choix politiques, ni par son manque d’ardeur à la tâche, mais par toute une série de signaux où l’homme ne s’est pas montré à la hauteur. Désolé de le dire ici, mais M. Hollande, son successeur, qu’il est de bon ton de dénigrer unanimement, a toujours, dans l’exercice de sa fonction présidentielle, affiché la dignité requise. On peut lui coller tant qu’on veut l’image – en effet ridicule – du scootériste allant chez sa maîtresse avec son casque, il était là dans sa vie privée.


 
Taillé pour le fondateur de la Cinquième République, l’un des plus grands hommes de toute l’Histoire de France, le costume est certes trop ample pour n’importe quel successeur, sauf peut-être François Mitterrand, qui l’a porté avec génie. Il oblige ceux qui le portent à incarner l’Etat, sa continuité, son Histoire. Dans cette mission-là, le « casse-toi, pauv’con » n’a évidemment pas sa place. Et cela, garde à vue ou pas garde à vue.
 
 
Pascal Décaillet


 

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11/06/2014

L'enfer, c'est la Suisse

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 11.06.14


 
Prenons un Milanais qui passe le Simplon, pour se rendre à Lyon. Ou un Allemand, qui descend en Provence, via notre pays. Pour ces deux voyageurs, l’enfer c’est la Suisse, En France, en Italie, les autoroutes sont magnifiques. Larges, spacieuses, avec des panneaux qui vous tiennent au courant de tout ce qui se passe, travaux annoncés vingt kilomètres à l’avance, déviations, et même conseils, toujours amicaux et respectueux, sur la nécessité de faire régulièrement des pauses, respecter les vitesses, etc.


 
Oui l’enfer, c’est la Suisse romande. En débouchant sur l’autoroute valaisanne, direction Vaud, notre Lombard fera l’apprentissage des bouchons, sans aucun accompagnement explicatif, il devra payer un franc (ou un euro) pour se soulager. Notre Germain, dès la jonction au-dessus de Vevey, à la fin du toboggan, découvrira, en même temps qu’un paysage de rêve, l’étroitesse des autoroutes des années soixante, la menace écrite et affichée de lui retirer son permis alors qu’il n’a pas encore vraiment roulé, la circulation en accordéon ne lui laissant guère le loisir de dépasser les limites.


 
En France, en Italie, on accueille le voyageur. On l’informe. On l’accompagne. On le traite en adulte. En Suisse, on le menace, avec ce ridicule panneau vaudois affichant le nombre de permis retirés. On l’infantilise. En ne lui offrant que des chaussées étroites et vieillottes. Triste image de notre pays, de sa capacité d’accueil, de son rapport à l’autre. A améliorer, d’urgence.


 
 
Pascal Décaillet

 

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28/05/2014

Surtout, ne souriez pas !

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 28.05.14
 
 
En Suisse romande, il devient plus difficile d’entrer dans un photomaton qu’à un chameau, de passer par le chas de l’aiguille. Vous voulez renouveler un document officiel, comme votre demi-tarif CFF, votre carte de bus, celle d’identité, ou votre permis de conduire ? On vous dit qu’il faut une photographie conforme. Dont acte. Bonne poire, vous vous dirigez vers un appareil qui s’en charge automatiquement.


 
C’est là que les ennuis commencent. D’abord, l’appareil ne rend pas la monnaie. Ça coûte huit francs, vous ne pouvez que mettre un billet de dix, mais pas de monnaie. Ensuite, une voix aimable (je l’ai cherchée en vain, cette dame, à l’intérieur, j’avais deux mots à lui dire) vous signifie une quantité d’interdictions. Streng verboten ! Ne pas sourire. Ne pas fermer les yeux. Ne pas placer son regard sous la ligne, ni dessus. Un peu refroidi, vous vous lancez dans les premiers essais. Peine perdue ! Jamais valable. « Document non conforme ».


 
Vous avez droit à trois essais. Le document n’est jamais conforme. Alors que vous évitez de sourire, vous fixez l’appareil, votre orbite oculaire est parfaitement placée. A la fin, vous imprimez quatre photos “non conformes”. Elles sont pourtant impeccables. Vous avez mis dix francs, l’appareil vous en a retenu deux. Et vous n’avez toujours pas renouvelé votre demi-tarif. Ce nouveau système de photomaton, c’est l’un des plus grands foutages de gueule depuis l’Emprunt russe de 1889. 125 ans, bordel.
 
 
Pascal Décaillet

 

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21/05/2014

Le Camp du Bien

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 21.05.14
 
 
J’étais pour les Gripen, le peuple a dit non, je l’accepte. C’est le lot de notre démocratie : prendre acte de la décision du souverain, plutôt que de pérorer sur un peuple mal informé, qui aurait mal voté, se serait laissé avoir « par les sirènes du populisme ».


 
Je m’incline, mais note deux poids et deux mesures. Ainsi, ces commentateurs enragés, dès le lendemain du vote, exigeant le départ d’Ueli Maurer. Les mêmes, au lendemain du 9 février, réclamaient-ils la démission de Didier Burkhalter ? Non, bien sûr. Parce que M. Burkhalter représente le Bien. Et Ueli Maurer, le Mal. Le premier, on l’épargne. Le second, on le vilipende.


 
Peut-être le Gripen n’était-il pas l’avion adéquat. Peut-être aussi M. Maurer a-t-il raté sa campagne. C’est vrai qu’avant de choisir un avion, nous aurions bien voulu connaître, défendues avec clarté et conviction, la nature de l’ennemi potentiel, et les priorités de notre stratégie. Faute de ces prémisses, l’avion est apparu comme le joujou d’un lobby militaro-industriel éternellement gâté. Dont acte.


 
Mais alors, si l’on exige le départ d’un ministre ayant raté sa campagne, il fallait d’urgence, dès le soir du 9 février, demander la tête de M. Burkhalter. Dès son discours présidentiel du 1er janvier, il s’était engagé personnellement. Avec l’appui du patronat, il avait mis des moyens considérables. Et au final, il a perdu. Mais pour lui, silence et mansuétude. Parce qu’il incarne le camp du Bien.


 
 
Pascal Décaillet

 

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07/05/2014

Marche Blanche : le droit d'être contre

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 07.05.14
 


Le 18 mai, nous votons sur l’initiative dite « de la Marche Blanche », qui entend interdire à vie aux pédophiles (reconnus coupables) de travailler avec des enfants. Je ne me prononce pas ici sur le fond. Chacun d’entre nous votera en conscience. Et nous respecterons le verdict du peuple et des cantons.
 


Mais le climat de la campagne est profondément gênant. Je le dis ici haut et fort, on a le droit d’être contre cette initiative. Et de venir le dire en public, comme le font les partisans. Nous sommes dans une démocratie : on nous propose un texte, on a le droit d’être pour, celui d’être contre, et rien n’est plus détestable que la diabolisation du point de vue opposé.


 
Il n’est pas acceptable que les opposants se voient insultés, ou traités de « complices des pédophiles ». J’ai bien vu, en montant le débat sur Léman Bleu, la difficulté des partisans du non à se dévoiler en public. Comme par hasard, le soir de mon débat, ils étaient tous pris. Je n’aime pas du tout ce genre de climat où un camp terrorise l’autre.


 
Il était insupportable, dans la campagne du 9 février, de voir traiter de « xénophobes » ceux qui voulaient juste réguler les flux d’immigration. Il l’est tout autant, sinon plus, d’assister à l’incroyable intolérance d’un camp par rapport à l’autre. Nous sommes dans une démocratie. On a le droit d’être pour. Le droit d’être contre. Et on respecte l’adversaire.
 


 
Pascal Décaillet

 

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23/04/2014

Magnifique emmerdeur

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Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 23.04.14

 

Rien ne m’énerve plus que Jean Ziegler, si ce n’est les gens qui passent leur temps à dire du mal de Jean Ziegler. Cet homme, que je connais et que j’interviewe depuis plus de trente ans, je dis qu’il est un salutaire emmerdeur, un dérangeur nécessaire, l’éruption de nos mauvaises consciences, avec des tonnes de lave et l’incandescence du volcan.

 

Bien sûr, il est insupportable. Il en fait trop, théâtralise à outrance, exagère le propos, cherche à nous faire oublier ses amitiés avec des dictateurs. Mais voilà, c’est Ziegler, il vient de fêter ses 80 ans, et c’est sans doute un peu tard pour le refaire. D’ailleurs, on ne refait jamais les gens : ils sont ce qu’ils sont, à prendre intégralement, avec leurs qualités, leurs défauts.

 

Ziegler m’a toujours fait penser à Franz Weber. L’homme des saintes colères, mais l’homme d’une foi entière, bouillante, émue, profondément amoureuse du monde. Chez l’un, c’est le combat pour la justice. Chez l’autre, le combat pour la planète. Chez l’un et l’autre, l’adhésion bouleversée à l’immense chaleur du mystère du monde. Chez ces deux hommes, colériques et un peu cinglés, je perçois de splendides contemporains, de vrais compatriotes. Critiques, imprécateurs, fous de vivre et d’exister. Il en faudrait beaucoup plus, des hommes comme eux, dans le champ si raisonnable de notre petite Suisse.

 

 

Pascal Décaillet

 

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16/04/2014

Nos amis danois

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Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 16.04.14
 
 
La Suisse est un pays délicieux. Le président se rend en Ukraine, on l’accueille avec les honneurs, à un détail près : on lui flanque, pour la photo officielle, le drapeau danois à la place du suisse. Oh, les couleurs sont les mêmes. Et, lorsque la bannière est repliée, à l’abri des vents glacés venus de Sibérie, un observateur distrait peut s’y méprendre. Et puis, franchement, les Ukrainiens, ces temps, ont d’autres soucis que l’exactitude dans l’ordre de l’héraldique.

 
Didier Burkhalter s’en est-il rendu compte ? A-t-il fait semblant de ne rien voir ? Qu’aurions-nous fait, à sa place ? Déclenché un incident diplomatique ? Repris l’avion sur le champ ? Demandé la tête du chef du protocole ? Délicate situation. D’autant que personne ne sait exactement ce que le président de la Confédération est allé faire à Kiev.

 
Cette fameuse OSCE, que la Suisse préside pour un an, et qui a montré dans les Balkans (je l’ai vue à l’œuvre, sur place) sa redoutable efficacité dans l’ordre de l’inaction, qui ose croire, sans s’étouffer d’un gigantesque éclat de rire, qu’elle puisse jouer le moindre rôle dans le déchirement de ce pays entre ses marches orientales russophiles et son appel de l’occident vers l’Europe ?

 
Dans ces conditions, le meilleur moyen de sceller l’inefficace et l’inutile n’était-il pas, au fond, de les faire endosser par nos amis danois ? Monsieur le chef du protocole ukrainien, vous êtes finalement un homme averti et délicat.
 
 
Pascal Décaillet

 

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09/04/2014

Un monde en soie

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 09.04.14
 
 
Les Japonais photographient tout et n’importe quoi. Ils passent plus de temps à fixer un objectif qu’à humer l’air du monde. Mais au moins, ils braquent leur appareil vers l’extérieur. Un monument. Une gare. Un caillou. Voire rien.
 
 
À l’inverse, les selfies. Fatigués de porter la misère du monde, d’aucuns n’ont plus d’autre urgence que de se photographier eux-mêmes. Il faut avoir le bras long, le poignet souple, l’âme délicieusement suicidaire : il s’agit, au propre, de retourner l’arme contre soi. Il paraît qu’on y survit. Je n’en suis pas si sûr.
 
 
Le selfie présente des avantages. Plus besoin d’interpeller un passant pour se faire prendre devant la Tour Eiffel. L’image, au final, n’a pas toujours la qualité des autoportraits de Rembrandt, mais qu’importe, on aura pris du temps pour s’occuper de soi.
 
 
En politique aussi, le selfie fait rage. Certains partis ne s’expriment plus que pour eux-mêmes. À la seule intention de leurs sympathisants. On évite ainsi la trivialité de l’affrontement, tout juste bonne pour les Gueux. On reste entre soi, dans un monde en soie.
 
 
Rien n’existe plus que les délices virevoltantes du miroir. On s’aime. On se contemple. On se congratule. On danse, sur l’orchestre, dans un palais des glaces. Figé, dans l’éternité béate. En attendant l’iceberg.
 
 


Pascal Décaillet



 

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26/03/2014

Pape sans Palais

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 26.03.14
 
 
Olivier Py, le nouveau directeur du Festival d’Avignon, est un grand du théâtre. Certaines de ses mises en scène sont visionnaires. Mais ces qualités-là, éminentes sur le plan artistique, ne qualifient pas nécessairement pour un jugement politique pertinent. Preuve, la déclaration proprement ahurissante de Py, lundi 24 mars : « Si le Front National l’emporte en Avignon, le Festival n’aura aucune autre solution que de partir ».
 
 
Partir, pourquoi ? Parce qu’une majorité républicaine, dans un processus parfaitement démocratique, aurait choisi d’élire une équipe qui ne convient pas à M. Py ? Singulière posture, déjà parce qu’elle dévoile un lien bien étroit entre le Festival et l’autorité politique, quelle qu’elle soit. Surtout, parce qu’elle fait dépendre la pérennité d’une institution légendaire, au rayonnement mondial, de l’humeur d’un directeur face à un changement politique décidé par le peuple.
 
 
Pire : Olivier Py se comporte comme si le Festival lui appartenait. Si la nouvelle Mairie ne lui convient pas, qu’il quitte, lui, l’institution. Au nom de quoi irait-il l’arracher au Palais des Papes, dans un improbable exil ne justifiant que son mouvement d’humeur personnel ? Non seulement cette déclaration intempestive fleure l’arrogance, mais politiquement, elle ira à fins contraires : le corps électoral d’Avignon votera, dimanche 30 mars, pour qui il voudra, FN ou pas. Nul mentor, fût-il un génie de la scène, ne pourra se substituer à la puissance de sa conviction citoyenne


Pascal Décaillet
 

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19/03/2014

Des spots éclairés

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 19.03.14


Lorsqu’un doctorant en science politique, en 2143, consacrera sa thèse aux décisions les plus stupides jamais imposées au peuple suisse, il mettra sans doute en excellente place l’obligation de rouler de jour avec les phares allumés. Le truc le plus vain, le plus inutile, le plus gaspilleur que les automobilistes aient eu à appliquer.


 
Pour ma part, je suis bonne poire. Si une loi est en vigueur, je l’applique. Ou alors, je me bats pour qu’elle change. J’ai donc, dès le 1er janvier, laissé mes phares, et ma foi à cette saison, c’était plutôt nécessaire. Mais voilà, en cette fin d’hiver si belle qu’elle ressemble au printemps, nous sommes déjà tous à nous interroger sur l’utilité de cette mesure.


 
D’abord, parce qu’en plein soleil, les phares ne se voient tout simplement pas. Les motards, à juste titre, se plaignent d’être défavorisés. À tout allumer, on n’éclaire ni ne signale plus rien. Plus s’égrènent les jours, en direction de la belle saison, plus nous sommes des milliers à contempler la totale inutilité d’une décision macérée là-haut, quelque part, sans doute du côté de Berne.


 
Comment a-t-on pu laisser d’éthérés théoriciens statuer à ce point à rebours du bon sens ? La décision politique doit se déployer au service de la population. Là, pour l’heure, le citoyen automobiliste ne perçoit que la dérision d’une contrainte. Par des esprits éteints.
 
 


Pascal Décaillet


 

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05/03/2014

Le pain, la parole

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 05.03.14


 
Le syndic de Lausanne a pris la décision d’une très importante cure d’amaigrissement. En soi, une démarche totalement privée. Mais il a choisi d’en parler. Et son entretien avec Darius Rochebin, dans « Pardonnez-moi », est bouleversant. On découvre un autre homme, toujours aussi brillant mais délivré de ses pesanteurs. Ramené à lui-même, expurgé. De l’évolution de ses costumes, dans lesquels il nage, du choix des aliments, de la sévérité librement consentie du régime, il parle avec une simplicité qui nous touche tous. Le thème du surpoids est universel.


 
Du coup, le surhomme devient homme. Le géant débonnaire commence à nous ressembler. Peur de la mort, mais aussi bonheur de retrouver la mobilité : de la Palud à la Riponne, nous dit-il, je n’aurai plus besoin de faire des arrêts. Et plus il parle, ce frère en humanité, plus on se dit que plus jamais on ne fera de blague sur les gros. Parce que l’obésité, toute efficace soit-elle dans l’ordre de la moquerie, est une maladie. Profonde. Qui mérite notre sympathie, notre aide, davantage que nos quolibets.


 
Daniel Brélaz a doublement raison. De suivre le régime, pour son salut. Mais aussi d’en parler. C’est un entretien très fort, simple, universel. L’homme ne vit pas que de pain. Mais de la parole. Celle du syndic, dans cette émission, a eu la vertu de nous traverser l’âme. La chose est rare. Et mérite d’être signalée.


 
  Pascal Décaillet

 

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28/02/2014

Le Choeur des Pleureuses

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Coup de Griffe - Lausanne Cités - 26.02.14


 
En journalisme comme pour la tenue vestimentaire des cardinaux chez Fellini, il y a des modes. La toute dernière, depuis le 9 février, fait un tabac : inviter Patrick Aebischer, le patron de l’EPFL, sur un plateau TV, dans un studio radio ou un journal, et pleurer un bon coup avec lui. Gémir sur ces abrutis de citoyens suisses qui n’ont rien compris à l’enjeu de la votation, se sont comportés comme des bergers repliés sur leurs montagnes, ruinent les programmes de recherches.


 
Dans l’émission, il faudra dire au moins cinq fois le mot « repli ». Pour bien souligner l’obscure sauvagerie de cette Suisse de la fermeture face aux Lumières de la Ville. Oui, on se fera le chantre des villes, leur pluralité bigarrée, la richesse de leurs campus. Et chaque fois qu’on dira « ville », on dira « ouverture ». Pour bien associer le tissu urbain, par exemple le Grand Lausanne, ou le Grand Genève, ou le Grand Zurich, aux valeurs de progrès. Et comme grand prêtre de cette Suisse qui gagne, l’icône Aebischer.


 
Comme dans le défilé des ecclésiastiques, chez Fellini (Roma), l’image sera urbaine et rutilante, le geste précieux, avec ce zeste d’impatience qui fait le charme des boulevards. Il se faudra se montrer citadin et princier, ouvert au monde, œcuménique comme la terre habitée. Pour bien prouver à quel point ces manants de citoyens, ces gueux, ces vilains, ont mal voté.
 


 
Pascal Décaillet

 

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22/02/2014

Le glas des bobos

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - 19.02.14
 
 
Les lignes de fracture du 9 février ne se réduisent ni à l’antagonisme droite-gauche, ni à un conflit ethnique entre Romands et Alémaniques. Elles sont d’un autre ordre. Régions favorisées, contrées délaissées. Villes, campagne. Plaine, montagne. La droite protectionniste l’a emporté sur la droite libérale et libertaire, celle qui nous prônait depuis deux décennies l’abolition de toute frontière, le recul de l’Etat, pour mieux pouvoir commercer et s’enrichir sans entraves. Ce renversement de forces laissera des traces et déterminera nos prochaines années politiques, en Suisse.


 
Mais il serait fou d’oublier ce qui s’est passé à gauche. Christian Levrat est un homme intelligent : derrière ses rodomontades de l’après-9-février, il ne s’exonérera pas d’une autocritique. Et se rendra compte à quel point la non-campagne de la gauche, ou pire l’alignement de cette dernière sur les thèses du grand patronat auront des conséquences dévastatrices pour sa famille politique. Ne parlons pas ici des Verts, dont l’illisibilité est désormais totale dans le pays : personne ne sait plus qui ils sont, ni où ils vont.


 
À gauche, c’est le glas des bobos. Ceux des villes, douillets, qui n’ont rien vu venir, et se sont fait voler l’électorat ouvrier, populaire et défavorisé par l’UDC. Et cela pourrait bien sonner le retour d’une gauche de la gauche qui, elle, ne n’en est jamais laissé conter. Parce qu’elle n’a, elle, jamais perdu contact avec le réel.


 
Pascal Décaillet
 

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12/02/2014

Honte de quoi ?

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 12.02.14
 
 
Dimanche 9 février, le peuple suisse a tranché. À l’issue d’un vaste débat populaire, il a livré son verdict. Il y a ceux qui s’en réjouissent et ceux qui le déplorent, c’est la loi de notre démocratie. Chacun doit respecter l’autre. Le vainqueur ne doit pas triompher face au perdant. Mais ce dernier, de son côté, doit au moins prendre acte du résultat. En reconnaître la légitimité.
 


On peut être en joie ou en colère, c’est selon. Mais au nom de quoi faudrait-il, comme le suggérait le lundi 10 février la manchette d’un quotidien orangé, avoir « honte de notre pays ». Pourquoi honte ? Honte de quoi ! Passons sur la méthode qui consiste à aller chercher un brave restaurateur en Ajoie, dont les deux sommelières sont françaises, et d’extrapoler son sentiment sur l’ensemble de la Suisse romande.
 


Oui, passons sur ce tripatouillage de l’opinion publique. Et demeurons sur le fond : honte de quoi ? Nous avons un système démocratique, unique au monde, et que le monde nous envie. Ce système a parfaitement fonctionné. Après des semaines de campagne, le souverain a pris sa décision. Elle réjouit les uns, exaspère les autres. Mais elle est totalement légitime, et ne constitue en rien une violation du droit. Au contraire, elle dit le droit ! Toute honte bue, jusqu’à la lie, construisons ensemble l’avenir de ce pays. Et laissons aux adeptes du Divin Marquis l’extase du fouet, par soi-même administré.
 
 


Pascal Décaillet

 

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05/02/2014

Folie des grandeurs

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 05.02.14


 
« Diffuser les Jeux Olympiques n’est pas rentable », pleurniche dans le Temps du mardi 4 février un apparatchik de la SSR. Pas rentable : on s’en doute ! Mais on aimerait surtout savoir ce qui les oblige à cette massive débauche de moyens, si ce n’est leur folie des grandeurs. La Suisse est un tout petit pays, nous ne sommes ni la Russie, ni les Etats-Unis. Nous brillons certes dans certaines disciplines d’hiver, comme le ski alpin, le ski nordique et quelques autres. Mais pourquoi vouloir tout couvrir, alors que les images des compétitions sont parfaitement accessibles sur les canaux sportifs mondiaux ?


 
Combien la SSR va-t-elle engloutir dans les Jeux de Sotchi ? Combien de personnes envoie-t-elle sur place ? Qui va payer ? La redevance, c’est-à-dire nous tous ? Des parrainages, mais alors voilà des méthodes de médias privés ? La publicité ? Les sociétés de membres (SRT) qui constituent la SSR ont-elles été consultées ? Faut-il absolument que toutes les compétitions de Sotchi soient commentées par des voix maison de la SSR ? Si oui, pour quelle valeur ajoutée ?
 


Il est grand temps que les budgets sportifs du Mammouth soient passés au crible d’un audit très serré. Sans complaisance. Il en va de notre argent. Car ce sympathique prélèvement qu’on appelle la redevance n’est rien d’autre qu’un impôt déguisé.
 
 
Pascal Décaillet

 

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29/01/2014

L'économie, c'est nous

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 29.01.14
 
 
J’ai toujours détesté l’expression « les milieux économiques ». En Suisse, pour d’étranges raisons, on l’utilise pour qualifier le grand patronat. Dont l’organisation faîtière s’appelle d’ailleurs « Économie suisse ». Ces libellés sont des impostures. Les relayer servilement, c’est se faire le vassal des puissants et des possédants. Les mots ne sont jamais gratuits. D’ailleurs, chez ces gens-là, Monsieur, rien n’est gratuit.
 


Je n’ai rien contre les patrons. Il en faut pour diriger les entreprises. Mais au nom de quoi constitueraient-ils à eux seuls l’ensemble de « l’économie » de notre pays ? Un tout petit patron de PME, qui se bat pour payer ses salaires et les assurances sociales de ses employés, il est « l’économie », tout autant qu’un nabab de la finance. Une femme de ménage, un conducteur de tram, un manœuvre sur un chantier, un paysan de montagne, ils sont « l’économie » de ce pays.
 


Les patrons ne sont pas « l’économie ». Ils y jouent certes un rôle majeur, mais ils n’ont pas à s’identifier à elle. En cela, l’expression même « Économie suisse » pour qualifier le grand patronat en dit long sur la volonté de tout s’approprier, même les mots. C’est leur droit. Le nôtre, c’est de dire non. Vous avez l’argent, le pouvoir, l’arrogance. Vous n’aurez ni notre verbe, ni notre langue. Vous me permettrez donc de continuer à vous appeler « le grand patronat ».


 
 
Pascal Décaillet

 

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11/12/2013

Kamasutra byzantin

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 11.12.13
 
 
« Directive transversale sur l’élaboration de directives transversales ». Kamasutra ? Non : Chancellerie de la République et Canton de Genève ! Ce délicieux petit bijou de jargon bureaucratique illustre à merveille jusqu’où peuvent aller nos chers fonctionnaires, cantonaux ou fédéraux, lorsqu’ils évoluent en roue libre, hors des sentiers que doit leur tracer le politique.


 
Servir l’Etat est une noble tâche. La plupart s’y emploient avec courage et détermination. Mais tous doivent garder à l’esprit une idée maîtresse : le fonctionnaire travaille au service de la population, et non le contraire. Son activité doit être orientée vers des objectifs d’utilité publique, et fuir la tentation de tourner en rond. Lorsque l’Etat ne s’intéresse plus qu’à lui-même, c’est Byzance, dans le très mauvais sens du terme.


 
L’affaire de la « directive transversale », c’est le serpent qui se mord la queue. Le fonctionnaire qui se regarde dans un miroir. Il appartient à ceux qui les dirigent, l’autorité politique élue, de leur fixer des caps enthousiasmants, au service du public, avec des objectifs clairs, et de pourchasser tout excès bureaucratique. Aimer l’Etat, c’est le vouloir simple et efficace. La directive transversale ne sert pas l’Etat, elle le dévoie et le ridiculise. En cela, elle fait le jeu de ses ennemis, libéraux ou libertaires, qui voudraient tant le dissoudre et n’en faire qu’à leur guise.
 


Pascal Décaillet


 

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12/09/2013

La haine - Quelle haine ?

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - 12.09.13
 

Il y a, en Suisse, trois grandes familles politiques. La gauche. La droite PLR-PDC. Et puis, une autre droite, nationale ou populaire, voyez j’évite bien de dire nationaliste et populiste, regroupée sous la bannière de l’UDC. Mais avec d’autres visages protestataires : MCG à Genève, Lega au Tessin.
 
Cette troisième famille constitue entre un quart et un tiers de l’électorat. Une personne sur quatre, voire sur trois, que vous croisez dans la rue ! Que vous l’aimiez ou non, elle existe, elle est là, et pour un sacré bout de temps. N’imaginez pas qu’elle ne relèverait que d’une parenthèse, d’un cauchemar passager.
 
Ce Tiers-État, il faut voir comme on en parle. Avec quelle haine, quels excès : tous les électeurs de ces partis, à en croire la gauche bien pensante et la droite de bénitier, ne seraient que xénophobes, racistes, fascistes. Alors que l’immense majorité d’entre eux ne sont rien de tout cela.
 
Ces électeurs, qui sont-ils ? Des compatriotes ayant fait le choix d’une politique en effet conservatrice, ce qui jusqu’à nouvel ordre ne relève pas du Code pénal. Attachés à la souveraineté du pays, ce qui n’est pas un crime. Défenseurs du patrimoine et souvent du paysage, désireux d’un minimum de régulation des flux migratoires, ce qui est une option parfaitement défendable. On partage leurs idées ou on les combat, nous sommes en démocratie. Mais commencer par les insulter, c’est le degré zéro de la politique.
 
 
Pascal Décaillet

 

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26/06/2013

Les ectoplasmes

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - 26.06.13
 
 
Rien de pire que les planétaires, les mondialistes. Formés à HEI, les Hautes études internationales, en anglais ou en espagnol, perfectionnés aux Etats-Unis, frayant et fricotant dans le petit monde international, ces Suisse se permettent, au nom de leur vision céleste, de contempler leur propre pays de haut, du ciel, ou de Sirius, avec la longue-vue des savants. Ils nous regardent, nous, leurs compatriotes, comme un entomologiste contemple un insecte. 


Nous leur serions extérieurs. Cette nation qui est nôtre, nous a pétris, et dont ils sont autant que nous surgis, ils la renient. Il faudrait tout accepter, la Lex Americana, l’adhésion à l’Union européenne, les pressions de Washington et Bruxelles, Paris ou Berlin. Dire oui, parce que ce serait inéluctable. La marche du monde, disent-ils. Ils ne pensent qu’au monde, ne raisonnent que global, et nous les nationaux, accrochés à notre parcelle de terre, serions les archaïques, les dépassés.


Ces déracinés de l’âme n’ont aucune leçon à nous donner. Ils ont voulu sauter l’échelon de la patrie, pour une adhésion directe à la planète ? C’est leur droit. Le nôtre, c’est d’aimer notre pays, ce qui est d’ailleurs le meilleur commencement pour aimer un jour le monde. En étant soi-même. Et non des ectoplasmes.

 

Pascal Décaillet


 

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05/06/2013

La confiance : non, merci !

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 05.06.13
 
 
La confiance. Les opposants à l’élection du Conseil fédéral par le peuple, donc les vainqueurs, je m’y résigne, du dimanche 9 juin, nous font de grandes démonstrations sur le principe de confiance dans l’élection indirecte. Nous élisons 246 parlementaires. Et nous leur faisons confiance pour élire, à leur tour et en notre nom, le gouvernement du pays. Je veux bien, sur le principe. Même si déléguer à 246 ce que les moyens modernes permettent de décider à quatre millions relève du temps des diligences. Mais enfin OK, allons-y pour la confiance.
 


Mais cette confiance, qu’en ont-ils fait, les parlementaires ? En préférant Alain Berset à Pierre-Yves Maillard, Johann Schneider-Ammann à Karin Keller-Sutter, en élisant un Burkhalter, ils ont avant tout pris garde à couper toute tête pouvant dépasser, évincer tout caractère fort pouvant affronter le pouvoir du Parlement. Alors, ils nous ont choisi d’adorables souris grises, ne dérangeant personne, laissant reine la cléricature parlementaire. Surtout pas d’homme fort, vous pensez ! Brumaire !


 
Et puis, dans la nuit du 12 décembre 2007, cette improbable troïka de comploteurs, pour virer celui qui venait de gagner les élections, c’est digne de confiance, cela ? J’en ai vécues, des nuits des longs couteaux. Je l’ai vue à l’œuvre, la combinazione. Alors, pour l’argumentaire du contre, tout ce que vous voulez. Mais la confiance, non merci.


 
Pascal Décaillet
 


 

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