31/08/2009

Merci, M. Broulis !

 

Tribune de Genève - Lundi 31.08.09


Monsieur le Président du gouvernement vaudois, j’aimerais vous dire merci. Vous n’avez peut-être pas deux langues, mais vous avez une parole. Vous n’avez peut-être pas lu Goethe, mais vos Années d’apprentissage compteront double.

Vous incarnez, au pays de Druey et des pères fondateurs, une certaine idée du radicalisme, attachée à l’Etat, proche des gens, républicaine, ayant avec l’Argent un autre rapport que celui de la servilité. L’individu, la responsabilité, oui, mais pour mieux rejaillir sur l’intérêt de l’ensemble. Surtout, vous êtes un homme simple, sans arrogance. Et je crois que les Suisses, au plus haut niveau, auraient aimé cela.

Vous êtes Vaudois, et pourtant le Valaisan de Genève que je suis reconnaît en vous quelque chose à partager, dans l’ordre de l’aventure commune des êtres. Vaudois, vous avez, en compagnie de MM Hiler et Longchamp, jeté des ponts avec notre canton, projetant vos visions sur l’ensemble de l’arc lémanique. Constructeur, vous l’auriez aussi été à Berne.

A vous, mais aussi à Martine Brunschwig Graf qui sort de cette campagne grandie et sereine, je veux dire mon estime. Avec vos qualités humaines et politiques, l’un et l’autre, vous avez essayé. Il y avait plus de coups à prendre que de lauriers à glaner. Vous l’avez fait. Pour le reste, le destin a parlé. Mais était-ce là, vraiment, son ultime parole ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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30/08/2009

Hors du sérail, point de salut

 

Dimanche 30.08.09 - 16.25h

 

La démocratie suisse sent le renfermé. Un mode électoral du gouvernement fédéral qui n’a pas changé depuis l’époque des sentiers muletiers et des diligences. Un exécutif dépourvu de toute cohérence idéologique, où se côtoient la gauche bobo zurichoise (celle des galeries d’art contemporain et des sushis) et la droite nationaliste (celle de la proximité charnelle, à la culotte, dans l’étincelant périmètre de la sciure), sans que cette ahurissante contiguïté n’étonne grand monde. Des conseillers fédéraux qui décident eux-mêmes, en pleine législature, quand ils partent, n’y étant acculés ni par un scandale ni par la maladie. Non, juste la convenance. Des trous, des p’tits trous. Alors on écope, on colmate, on tâche de remplir, on pare au plus pressé, on n’étonne le monde que par la savoureuse complexité de la combinazione. Seule vraie reine : la coulisse.

Ainsi, cet étrange pouvoir donné aux « groupes » de l’Assemblée fédérale. Que cette dernière élise le Conseil fédéral, est une chose. A modifier, certes, nous plaidons depuis tant d’années en ce sens, mais enfin pour l’heure, c’est ainsi. Mais au nom de quoi les groupes, en amont du plénum, s’arrogent-ils la toute-puissance de décréter qui peut rester candidat et qui ne l’est plus ? Nous avons, en Suisse, des partis politiques, ils ne sont pas illégaux. Pourquoi les candidats doivent-ils être ceux du groupe, et non ceux du parti ? Pourquoi ce bétonnage préliminaire, qui ferme à ce point le jeu ?

Surtout, ces « auditions », à quoi riment-elles ? A l’époque des radios et TV, de l’internet, de l’information de masse, à quelle réelle nécessité cognitive ces examens oraux correspondent-ils ? Ces grands jurés, qui doivent vivre là leur heure de gloire, n’écoutent jamais la moindre émission, ne lisent jamais de journal, ne disposent pas de la toile, pour ne pas savoir exactement qui sont Mme Brunschwig Graf, MM Burkhalter, Lüscher et Broulis ?

Comédie ! Rituel de pouvoir d’un monde parlementaire fermé sur lui-même, privilégiant les siens, la parité (ah, les Pairs), la semblance, et donc excluant ce qui vient du dehors, la différence, quitte à se couper des forces vives de la nation.

Ainsi, on a presque pu croire que Pascal Broulis se présentait à un oral d’allemand. Prépositions à doubles cas, verbes irréguliers, particules modales, le tout sous le regard sourcilleux d’un cénacle qui doit se prendre, un moment, pour le grand juré du Goethe Institut.

Il s’en souviendra, le président du Conseil d’Etat vaudois, de ce petit jeu de fourches caudines. Où on fait sentir à l’Autre qu’il n’est pas de ce monde. Pas du club. Il n’en a d’ailleurs pas les codes, pas les clefs, pas le langage.

Il s’en souviendra, oui. Et le peuple suisse aussi, espérons-le, lorsque cet épisode, au milieu de beaucoup d’autres, sera évoqué pour démontrer à quel point il faut s’attaquer à un changement de fond de l’ensemble du système. Oh, pas tout de suite. Jamais tout de suite, en Suisse. Disons, tiens, dans dix mille ans.

Ca vous convient ?

 

Pascal Décaillet

 

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29/08/2009

Suffrage universel

Samedi 29.08.09 - 09.30h

Depuis près de vingt ans, je plaide pour l’élection du Conseil fédéral par l’ensemble des citoyennes et citoyens de notre pays. Avec, bien sûr, des garanties pour représenter les régions minoritaires. Avec, aussi, une réforme complète de notre système : des gouvernements cohérents, élus par listes, issus d’une vraie bataille d’idées, de visions de société, pendant les élections, que leur camp aurait gagnées. Des gouvernements de gauche. Des gouvernements de droite. Mais pas des gouvernements patchwork, où n’importe qui peut démissionner, par pure convenance, en plein milieu de législature, et où on se contente, au fond depuis 1848, de remplir les trous. Le collège qu’on appelle aujourd’hui « Conseil fédéral » n’est pas un gouvernement : c’est la juxtaposition de sept fiefs, sous l’amicale supervision de cette impuissance impersonnelle qu’on appelle la présidence de la Confédération. Oui, depuis vingt ans, je soutiens cette option-là, conscient qu’elle est encore minoritaire dans notre pays.

Dans la présente série, "Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre?", j’ai passé une partie de l’été à réfléchir à l’étrangeté de notre système et suggérer des pistes de réformes. Correspondant à Berne, puis pendant de longues années de déplacements constants sous la Coupole, j’ai passé de longues heures à en discuter avec des hommes comme Gilles Petitpierre (GE), René Rhinow (BL), ou Fritz Schiesser (GL), des radicaux passionnés d’institutions, dans la pure veine de ceux de 1848. Des esprits libres, sans tabous, avec une veine réformatrice qui stimulait l’esprit.

Dans la sévérité du diagnostic sur le système actuel, il y a l’hypertrophie de pouvoir, en comparaison internationale, donné au parlement : non seulement c’est le corps des 246 qui élit les conseillers fédéraux, mais, pire, ce sont les groupes politiques qui, quelques jours avant, ferment complètement le jeu en imposant au plénum ceux pour qui il doit voter ! Unique au monde. Il y a eu, certes, de Tschudi à Chevallaz, des élus qui n’étaient pas sur le ticket final, mais cela devient rare, le cercle parlementaire étant de plus en plus clos et, paradoxalement à l’époque d’internet, de moins en moins à l'écoute de qui lui est externe, et qu’on pourrait appeler les forces vives de la nation. C’est l’une des clefs de l’éviction, hier soir, de Pascal Broulis.

La décision du groupe, hier soir, et notamment sa composante la plus surprenante, a dû être le fruit, cet été, d’un important travail interne de conviction. Le Genevois Hugues Hiltpold, hier matin sur Radio Cité, lui qui avait donné des signaux pour Broulis mais ne les donnait plus, rendait hommage au « sens de l’Etat des libéraux genevois sous la Coupole ». Ses sentiments pour Martine Brunschwig Graf étant ce qu’ils sont, il n’en restait plus qu’un, le signal était clair. Ce travail interne, quasiment au corps à corps, des grands électeurs, n’a rien de condamnable. Il demeurera l’une des règles du jeu pour gagner, tant que le système sera ce qu’il est.

Car c’est le système, justement, qu’il faut changer. Une fois élus, les conseillers fédéraux adorent aller à la rencontre du peuple. Prendre des bains de foule. Serrer des mains. Mais à la rencontre de quel peuple, s’il vous plaît ? Juste une « population », avec laquelle il n’ont passé nul contrat, devant laquelle ils n’ont pris nul engagement. Ça n’est pas le peuple citoyen (dèmos), non c’est juste la « Bevölkerung », la chaleur de la masse, la masse alibi, agréable, thermale, revigorante. Parce qu’ils ne sont pas les élus du peuple. Mais juste ceux du parlement. Dans la tragédie antique, ce peuple-là ne serait même pas le chœur, qui chante et qui s’exprime. Non, juste un décor.

Alors, pourquoi s’adressent-ils au peuple, pourquoi prennent-ils si doctement la parole pour Nouvel An, la Journée des Malades ? Ils n’ont, avec ce peuple, qu’un lien indirect, celui de l’élection parlementaire, dont les règles et la logique sont si différentes de celles de l’onction universelle. C’est cela, selon moi, qu’il faut changer. Avec douceur. En entamant une vaste réflexion nationale. En prenant le temps. Sans populisme plébiscitaire ni bonapartisme. En évitant (ce qui sera difficile, je le sais) de laisser instrumentaliser cette cause par un seul parti, qui en ferait sa chose. N’appartient-il pas au fond, aux autres de s’en emparer aussi ?

Vaste programme ! Ce sera pour la génération de mes enfants, pas la mienne. Mais la réflexion s’impose. Parce que le système actuel, de bric et de broc, de trucs et de ficelles, de trocs et de combines, n’est simplement plus satisfaisant.

Une suggestion, enfin, de thèse de doctorat en Histoire, en linguistique ou en sciences politiques : comparer les argumentaires, pour ou contre le suffrage universel, dans la campagne française de 1962 (presque toute la classe politique était contre, le peuple a pourtant massivement été derrière la réforme proposée par Charles de Gaulle) avec l’argumentaire d’aujourd’hui en Suisse. Les points communs. Les divergences, liées à nos Histoires respectives. Ce serait franchement passionnant.

Pascal Décaillet

09:29 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/08/2009

Broulis, la langue, la parole

 

Jeudi 27.08.09 - 12.45h

 

Au début était le verbe, qu’on pourrait aussi appeler la parole. Puis, plus tard, suite à quelque étourderie de verger, vinrent les langues. Il y eut Babel, il y eut deux mille Pentecôtes, il y eut ceux qui parlèrent et puis ceux qui se turent. Et puis, un beau matin, Pascal Couchepin s’en alla.

Et là, il y eut mille feux sur l’un des candidats, Pascal Broulis, surgis de tant d’innocentes cendres, pour dire à quel point ça n’était pas bien de ne pas parler la langue de Brecht et de Rilke.

Et de quantité d’ondes, souvent publiques, se mirent à jaillir mille procès en sorcellerie, Broulis l’unilingue, Broulis le monoglotte, Broulis le sous-doué, le sous-Berlitz. Sous la parure de l’innocence, on a thématisé la chose, multiplié les débats, brocardé son déplacement à Zurich, mardi soir.

Nous nous sommes déjà exprimés, ici, sur la vanité de cette querelle, et Dieu sait pourtant si la langue allemande nous est chère. Nous devons ajouter aujourd’hui que le côté systématique de ces attaques devient un peu pénible. Et mériterait qu’on s’interroge sur les véritables motivations de leurs auteurs.

Car enfin, de quoi s’agit-il ? De trouver à la Suisse un conseiller fédéral. Un successeur à Delamuraz, puis Couchepin. Une stature. Un sens de l’Etat. Un qui sache poser quelques grandes querelles, au-delà des vétilles, du tout-venant. Un qui sache affronter, mais aussi rassembler. Homme ou femme de parole, pour sûr. D’abord la parole, qui est sœur de l’action.

La langue, ça n’est certes pas rien. Mais ça vient après.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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20/08/2009

Le bel été de Christian Levrat

Jeudi 20.08.09 - 07.45h

Ah, le bel été de Christian Levrat ! Insouciant, sifflotant, comme un merle moqueur par un petit matin de canicule.

Présider un parti qui n’est pas directement concerné par le remplacement de Pascal Couchepin, donc se retrouver arbitre, c’est être courtisé par tous. Il y a, dans la vie, des situations plus désagréables. Alors, va pour les apéros, va pour les cacahuètes de Locarno avec Fulvio Pelli. Et puis, le coup suivant, va pour la découverte, sur les ondes publiques, des incroyables convergences du PS avec le PDC en matière d’assurance maladie. C’était hier soir, avec Christophe Darbellay.

À entendre les deux hommes, ce savoureux dialogue de Dom Juan et de Monsieur Dimanche, il n’y aurait qu’ordre et beauté entre les deux partis. Intersections. Visions communes. Confluences. Il y aurait tant à reconstruire, ensemble, sur les décombres de l’ère Couchepin. Tant de lendemains qui chantent. Tant de roses, avec tant de résédas.

C’est fou, la politique, comme ça peut vous déconcerter. Allez, tant qu’on y est, allons-y pour la fusion. Une petite prière sur la tombe de Jaurès. Et quelques roses sur celle de Léon XIII. Et après, pour fêter ça, on va prendre une caisse ensemble. Une bonne caisse. Mais unique, c’est juré.

Pascal Décaillet


07:46 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/08/2009

Monsieur X doit-il être le docteur Berlitz ?

Mercredi 19.08.09 - 09.10h

Celui qui signe cette chronique est germanophile, germanophone, a enseigné l’allemand avant de se lancer dans le journalisme, a été correspondant à Berne, lit tous les jours la presse alémanique, et bien souvent la presse allemande. On ne lui fera donc pas procès de méconnaissance de cette langue et de cette civilisation auxquelles on reproche à Pascal Broulis de rester à ce point étranger.

Mais il vous dit, le signataire de ces lignes, que ce procès à Broulis, si sonore et si longuement instruit hier soir sur les ondes publiques, est à côté de la question.

Bien sûr, un conseiller fédéral doit entendre la langue de l’autre. Et si, au départ, ça n’est pas le cas, il doit assurément aller à la rencontre de cette langue, ce que Jean-Pascal Delamuraz avait entrepris, avec cœur et détermination, dès les premiers mois de sa charge. Prendre des cours, éveiller son oreille, aller vers des idiomes et des sonorités qui lui seraient étrangers. Bref, s’atteler à cette aventure, l’une des plus belles, qui s’appelle le chemin vers une langue. Assurément, se contenter systématiquement d’une oreillette dans les commissions et les séances couperait l’élu, non du sens, mais de quelque chose de tellement fort dans le terroir verbal, l’imagerie, la représentation : une langue, ce sont aussi des syllabes, des sons, des couleurs, un rythme, des intonations.

Tout cela, oui. Mais tout cela, Broulis s’y est engagé. C’est un travail de plusieurs mois, et non de quelques jours. Dès lors, lui tomber dessus parce qu’il aurait raté une rencontre avec les Alémaniques relève davantage du procès en sorcellerie que de l’analyse politique. Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin parlent finalement allemand, enfin leur allemand à eux, avec leur accent, mais cet effort, ils l’ont entrepris. C’est cela qu’on attend d’un conseiller fédéral, avoir parcouru un chemin. Point besoin d’être bilingue, mais avoir fait l’effort, sur la durée, d’aller vers l’autre.

Une chose encore : le culot de certains élus, notamment UDC, de Suisse alémanique, lorsqu’ils lancent ce grief à Pascal Broulis. Et le français, eux, ils l’ont, une seule fois dans leur vie, murmuré ?

Ce procès à Pascal Broulis, au final, est aussi injuste que celui, en défaut de latinité, intenté à Urs Schwaller. Chacun de ces deux hommes, et quelques autres aussi parmi les candidats, a la carrure pour devenir conseiller fédéral. Qu’on les juge pour ce qu’ils sont, leurs legs dans les exécutifs cantonaux où ils ont siégé, leurs projets pour la Suisse, mais pas sur des présupposés ethniques indignes de notre débat national.

Il y a ce vers d’Aragon, tellement beau, qui pourrait résumer l’aventure suisse, la lente création de cette rencontre avec l’autre. Celui qui parle une autre langue. Celui qui vient d’ailleurs. Celui vers lequel nous tentons un chemin : « J’arrive où je suis étranger ».

Pascal Décaillet

09:09 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/08/2009

Sur le chemin de Damas, Urs Schwaller trébuche

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Dimanche 16.08.09 - 13.30h

Pauvre Urs Schwaller ! Il avait pourtant tout fait pour remonter la pente. En secret, la nuit, il avait relu Quinte-Curce et Juvénal, revu ses ablatifs pluriels, appris par cœur la liste des empereurs romains, défriché quinze ouvrages savants sur les patois franco-provençaux. Il s’était initié à la cuisine à l’huile, aux différentes sortes d’ails, celui des ours et celui de la Sainte-Victoire. Il avait suivi des cours sur les absides en cul-de-four, les tuiles romaines, les voiles latines, Gonzague de Reynold et Charles-Albert Cingria, relu les Cahiers du Rhône, coupé sa moustache, jeté la vieille collection de casques à pointe qui, allez savoir pourquoi, encombrait son grenier.

Et puis, patratrac, la damassine.

Il avait pensé à tout, sauf à ça. Un confrère (ignoble, évidemment) lui demande ce qu’est la damassine. Et il parle d’une boisson…………… à base d’anis !

Et d’un coup, c’est le grand envol, définitif. Veaux, vaches, cochons, couvées, espérances, bureaux à lambris avec vue sur l’Aar. Plus rien. Nada. Terminado. Envolé. Comme cette étoile dont parle l’Apocalypse, et qui s’appelle « Absinthe ».

Oui, elle est dure, la vie de candidat. Quand on croit tout bien faire, tout juste, jusqu’à rêver dans les deux langues. Et puis, par l’infini détail d’une confusion, tant d’efforts, juste pour des prunes.

Pascal Décaillet



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15/08/2009

Levrat-Pelli : bientôt le PACS ?

Samedi 15.08.09 - 08.10h

Ah, il devait être aigre-doux jusqu’à l’extase, l’apéro Levrat-Pelli sur les bords du lac Majeur ! Deux hommes que tout oppose, et qui soudain se découvrent. Et d’un coup ça n’est plus Locarno, mais l’Afrique humide et touffue de Stanley et Livingstone. Ça n’est plus la Piazza Grande, mais Atlanta en feu, au moment du baiser. Révélation.

À lire encore « Le Temps » de ce matin, la flamme du président des socialistes suisses pour son homologue radical n’a rien perdu de sa puissance : « C’est le miracle des périodes préélectorales… Ce qui m’a surpris, c’est l’ouverture de Fulvio Pelli vis-à-vis d’une grande réforme des assurances sociales ».

Il parle de « miracle », Christian Levrat, l’article paraît le 15 août, l’esquisse d’une larme humecte nos paupières, il faut vite lui offrir un aller-simple pour Lourdes. Beaucoup de ses confrères, dirigeant des partis socialistes ou sociaux-démocrates en Europe, devraient d’ailleurs aussi tenter ce voyage, ça peut servir.

Mais ne nous trompons pas. Le vrai miracle qu’espère Christian Levrat, et auquel il travaille, ça n’est pas le 16 septembre 2009, mais l’automne 2011. Maintenir les deux sièges socialistes au Conseil fédéral, fruits de la formule de 1959. Pour cela, il a besoin d’alliances, et de garanties. Pour celles-ci, il se méfie viscéralement du parti du vent. Pour celles-là, il préfère négocier avec l’Archange qu’avec les Chérubins. Franchement, ça se défend.

C’est de la tactique pure. Mais ça tient la route. Au moment des apéros, il est plutôt d’usage de picorer dans les petits salés. Mais là, une fois n’est pas coutume, quelques douceurs sur la table. Sans aucun doute, des florentins.


Pascal Décaillet

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14/08/2009

Un gouvernement de centre-gauche : en quel honneur ?

Vendredi 14.08.09 - 12.45h

Lisse au point de s’être aboli la moustache, voici donc Urs Schwaller. Chouchou absolu, avec le radical Burkhalter, du sérail parlementaire. Toujours poli, toujours calme, parfaitement bilingue, homme de dossiers, collégial à souhaits. « Jeteur de ponts », se félicite-t-on même, comme si le poste à pourvoir était celui d’ingénieur en génie civil.

À Schwaller, le seul faux procès qu’on ait fait est celui, détestable, de la latinité. Une Inquisition par la génétique que nous avons déjà dénoncée, dans ces colonnes. Valaisan de Genève, je me sentirais parfaitement représenté par le Singinois Schwaller, comme par le semi-Grec Broulis, comme par le Tessinois Pelli, comme par la Fribourgo-genevoise Martine Brunschwig Graf, si l’un d’entre eux était élu au Conseil fédéral. La question ethnique, éternel ferment de division, n’est pas une bonne clef d’entrée dans cette élection-là.

Car la vraie question est politique. Certains de mes confrères, ce matin, s’émerveillent de l’hypothèse, avec Schwaller, d’un gouvernement de centre-gauche. Un lendemain qui chante. Orientation qui serait en effet prise, à lire les déclarations du sénateur fribourgeois sur le nombre d’ouvertures possibles avec les socialistes et les Verts. Promesses d’autant plus paradoxales, d’ailleurs, lorsqu’on entend la socialiste Maria Roth-Bernasconi avancer sa flamme soudaine pour l’univers radical, faire l’éloge (à juste titre) du Delamuraz des dernières années, celui de la loi sur le travail, bref nous laisser entendre que l’apéro Pelli-Levrat, à Locarno, n’était pas juste pour la jouissance salée des cacahuètes. Et elle nous rappelle, cette même MRB, à quel point les PDC de Suisse centrale, sur les questions de société, sont conservateurs. Ce qui n’est pas faux.

Outre celui de la cohérence, un gouvernement de centre-gauche se heurterait avant tout à la question de la légitimité. Le centre-gauche au pouvoir, dans le gouvernement fédéral suisse, en quel honneur, s’il vous plaît ? Aux dernières élections, celles d’octobre 2007, les forces cumulées de droite (UDC, radicaux, libéraux, PDC, divers droite) l’ont emporté de près de deux tiers sur les forces cumulées de gauche (socialistes, Verts, divers gauche). C‘est le vœu, le signal du peuple suisse. Et on vient nous parler, en milieu de législature, de faire basculer à gauche l’axe du gouvernement !

On peut le faire, bien sûr. On alléguera que la composition de l’exécutif n’est pas liée à une représentation proportionnelle des forces du parlement. On viendra découvrir les vertus d’une coalition politique face aux vices, soudain décriés, de la simple arithmétique. Bref, on inventera mille justifications pour les besoins de la cause.

Mais le peuple n’aime pas cela. Et il ne serait pas dupe. Aux prochaines élections fédérales (octobre 2011), il sanctionnerait ce tour de passe-passe. Bien sûr, j’entends déjà les voix, si chères, qui, au soir de ce scrutin, condamneront ce pauvre peuple qui, décidément, n’entend rien à rien, vote mal, vote faux. Et qui a tant besoin, l’innocent enfant, de « pédagogie » pour que les esprits éclairés le conduisent enfin sur le bon chemin.


Pascal Décaillet

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13/08/2009

Incroyable surprise : Urs Schwaller est candidat !

Jeudi 13.08.09 - 12.05h

Ils finissent tous, un jour ou l’autre, par se déclarer candidats.

Et nous savions, dès le début, qu’ils finiraient tous par le faire.

Et ils savaient que nous le savions.

Et ils nous ont quand même joué, tout l’été, la comédie-de-celui-qui-se-tâte. « C’est si important, vous comprenez, je dois consulter ma famille, mon parti, mes oncles, mes tantes, ma secrétaire, ma fanfare ».

Et au final, les voilà tous.

Deux membres d’un même parti cantonal, le parti libéral genevois.

Deux membres d’un même parti cantonal, le PDC fribourgeois.

Et quelques autres, dont un marionnettiste donnant de premiers signes de Parkinson, et que son parti ne semble pas considérer, au point qu’il l’aurait voulu lui, comme le Messie.

À part ça, la vie est belle, la montagne sublime, la Combe d’Orny demeure un paradis, et le 16 septembre, l’air de rien, est encore bien loin.

Pascal Décaillet



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11/08/2009

Non, il ne s’agit pas d’élire un ministre de la Santé !

Mardi 11.08.09 - 19h

Monsieur X, ou Madame Y, le 16 septembre, héritera-t-il du Département de Pascal Couchepin ? Sans doute, bien sûr, tant on imagine mal l’un des six autres se précipiter sur le casse-tête des assurances-maladie.

Sans doute, mais au fond nous n’en savons rien. Le débat du 16 septembre ne consiste en aucune manière à trouver un ministre de la Santé, mais à élire un conseiller fédéral. Titulaire du septième du pouvoir exécutif. Responsable collégial de l’ensemble des décisions du gouvernement. Un esprit ouvert, ample, ayant parfaitement le droit – et même le devoir – de s’occuper des Départements des autres, d’y fourrer un peu son nez, de demander à l’interne des explications. En cela, un conseiller fédéral est beaucoup plus qu’un ministre : il est le gouvernement, divisé par sept. Enfin, c’est du moins cela que devrait être notre exécutif, plutôt que la juxtaposition de sept fiefs, où règne l’accord tacite : « Je te fous la paix, tu me fous la paix ».

Il est donc, dans la logique de nos institutions, faux de faire porter le débat du 16 septembre uniquement sur l’avenir de la santé, de la culture et des assurances sociales en Suisse. L’enjeu est beaucoup plus large : trouver l’homme ou la femme qui, par sa stature, sa culture, l’ampleur de sa vision, la richesse de ses horizons, pourra le mieux contribuer, sur l’ensemble des dossiers, à faire avancer notre pays. Une fois le nouveau conseiller fédéral élu, le collège se réunira et se répartira les Départements. Rien n’empêche un remaniement, une redistribution des compétences, encore moins la reprise du DFI par l’un des six restants, fût-il amateur de défis ou candidat au suicide.

À cet égard, étranges sont les déclarations que vient de faire Urs Schwaller (dont on apprécie tout de même qu’il ait recouvré l’usage de la parole) à la RSR, en mettant l’accent sur « les 15% annuels de hausse des primes maladie à éviter ». Le sans-doute-futur-candidat-du-PDC, chouchou absolu (avec Didier Burkhalter) du sérail médiatique parlementaire, a donné une image bien sectorielle de ce que doit être une ambition gouvernementale. Et manqué une occasion de prendre un peu d’altitude. Peut-être un petit 4000, avec départ de la cabane à 2 heures du matin, en compagnie de son président de parti, aiderait-il le sénateur fribourgeois à découvrir, quelque part près des étoiles, le vertige de l’Alpe.

Pascal Décaillet

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Et si le groupe osait le putsch ?

Mardi 11.08.09 - 13h

Fulvio Pelli tient le parti libéral-radical suisse. D’une main experte et précise. Il en est à la fois le marionnettiste, la figure principale, visible et invisible, le mécanicien, le réparateur, il actionne tant de fils en même temps, sans s’emberlificoter, que sa dextérité émerveille. Il eût fait, à coup sûr, un neurochirurgien d’exception. Ou un félidé de race, quelque part sur une colline.

Il tient le parti. Mais tient-il le groupe ?

Le groupe, oui. L’ensemble des élus libéraux-radicaux des Chambres fédérales. Cette instance qui devra désigner, d’ici quelques jours, un ou deux candidats parmi les quatre officiels et le joker, qu’on appellera le Sauveur. Ce groupe, dont il n’est pas le chef, et où il ne sera, comme conseiller national, qu’un votant parmi les autres.

À ce groupe, il dit : « Surtout, faites comme vous voulez, ne vous préoccupez pas de moi, faites comme si je n’étais pas là, les enfants. Simplement, sachez que, si vous avez besoin de lui, Papa est là. Mais Papa préférerait ne pas intervenir. Il ne le fera qu’en cas d’extrême urgence, si vous deviez considérer comme capitale son entrée en scène ».

Hypothèse : et si le groupe, tout bien réfléchi, décidait de se passer de Papa ? Un ticket double, mais sans lui. Vous imaginez la tête de Papa, l’effondrement de son crédit, la ruine de sa stratégie ?

Alors, bien sûr, tout le calcul de Papa, qui voit (avec Machiavel) la politique comme un rapport de forces, c’est d’être, de facto, à ce point indispensable à la victoire que le groupe n’oserait jamais se passer de lui. Parce qu’il aurait, lui, les voix de l’UDC. Parce qu’il a préparé ses réseaux depuis des années. Et puis, enfin, parce qu’il est le père, et que le parricide, ça n’est pas bien.

Ça n’est pas bien, le parricide, mais c’est très courant en politique. Rien de plus dangereux qu’un enfant, rien de pire qu’un fidèle, rien de plus atroce qu’un proche : les premiers, ils chercheront à vous étouffer. C’est triste, mais c’est ainsi. Et la lutte pour le pouvoir s’avère un miroir d’une extraordinaire cruauté. Il faut juste le savoir. Et dire les choses telles qu’elles sont.

Cela dit, pas grand souci pour Papa. L’hypothèse est très peu probable. Tout devrait rentrer dans l’ordre. Et l’heure de Brutus et Cassius, sans doute, remise à une date ultérieure.

Pascal Décaillet

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10/08/2009

Incroyable surprise : Fulvio Pelli est candidat !

Lundi 10.08.09 - 16h

Nous sommes le 10 août. C’était le délai. Et Fulvio Pelli est au rendez-vous. Après le temps des chérubins, voici venu celui des ténors. C’est la deuxième partie de la campagne qui commence.

La section tessinoise du PLR propulse Fulvio Pelli. Et ce dernier, délicieusement vêtu de probité candide, se déclare prêt à partir au combat "si le groupe PLR des Chambres estime cette candidature capitale".

Vous imaginez, vous, le groupe ne pas tenir pour "capitale" la candidature du président national du parti!? Vous l'imaginez, le désaveu? Seule inconnue, à moins d'un séisme: l'Archange sera-t-il seul, ou porté par un Chérubin? Juste pour la route. La voie royale. Lactée, comme la robe de traîne du destin.

Le Machiavel transalpin est donc candidat, Comme dans n'importe quelle autre démocratie du monde, un chef de parti (a fortiori celui du poste laissé vacant) est candidat à gouverner le pays. C'est la chose la plus simple, la plus naturelle du monde. Il n'y a qu'en Suisse où on laisse entendre qu'existeraient, quelque part, des perles inconnues, des pépites d'or, dont personne n'aurait jamais entendu parler, qui n'auraient jamais signalé leur talent politique, et qu'on laisserait à des "commissions électorales" le soin d'aller dénicher. Après une intense prospection. Le mythe de l'outsider, aussi vain que celui de la "société civile", dans le premier gouvernement Rocard de 1988. La politique est affaire de professionnels. La connaissance du terrain, des hommes, le décryptage du jeu des ambitions, y tiennent une part essentielle.

Le mythe du bel inconnu. Alors que les chefs naturels sont là, disponibles. Piaffant. Crevant d'envie. Se coupant les joues d'impatience, en se rasant. Mais n'ayant le droit, en vertu d'un étrange cérémonial initiatique, de se dévoiler qu'en dernier. C'est cela, cette hypocrisie-là, qui doit changer. Dire son appétit de pouvoir, quand on est compétent et ambitieux, dès le début d'une campagne, n'est absolument pas une honte en politique. Cela clarifie le contrat avec l'opinion publique.

A cet égard, encore une fois, hommage à ceux qui, bien avant le Florentin, et dans son propre parti, ont osé se lancer. C'est courageux, parce qu'il y a plus de coups à prendre que de lauriers à récolter, dans ce genre d'aventure. Et il n'y aura, le 16 septembre, qu'un seul élu.

Et l'ultime duel pourrait bien être, comme ne cesse de le répéter Christophe Darbellay, « Pelli contre X ».

Hypothèse d’une équation : X = CD ?


Pascal Décaillet

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Les ellipses de Philippe Bender

Lundi 10.08.09 - 15h

Retour sur l’intervention de l’historien radical valaisan Philippe Bender, hier soir à la RSR, invité pour étayer la thèse de la proximité d’idées entre radicaux et socialistes, dans l’Histoire de notre pays. Ils seraient frères, au fond, ces deux partis, dans l’ordre de la Jeune Suisse, les premiers seraient la matrice républicaine des seconds, tout ce bel ensemble ayant été, hélas, freiné par l’obscurantisme de la Vieille Suisse, catholique et conservatrice, cette bande de montagnards périphériques et obscurantistes, insensibles à la pensée articulée, à la grâce des Lumières.

Toute cette démonstration, pour quoi ? Pour justifier l’apéro siroté, quelques heures auparavant, par Fulvio Pelli et Christian Levrat, sur une terrasse mondaine (pardonnez le pléonasme) de Locarno. Le nouvel axe du monde, enfin de la Suisse, serait désormais radical-socialiste, ou ne serait pas. L’aube du 16 septembre, aux doigts de rose, elle aussi, serait rad-soc.

Le brio de Philippe Bender n’est pas en cause, l’immensité de son érudition historique non plus, comme nous l’avons souligné dans notre note d’hier, 18.55h. Mais deux éléments essentiels rendent cette intervention, hélas, incomplète, au point de nous induire en erreur.

1) Qui est-il, cet homme qui nous parle ?

Un historien ? Oui, bien sûr, l’un des meilleurs du Valais romand sur le dix-neuvième siècle. Mais diable, Philippe Bender est aussi, et avant tout, un militant radical de la première heure, fils d’Arthur, frère de Léonard, un passionné absolu de cette famille politique. Cela, pour le moins, aurait dû être mentionné.

2) Les ellipses

Philippe Bender, hier soir, nous a entretenus des événements de 1847 et 1848, le Sonderbund et le premier Etat fédéral. Il a rappelé, à juste titre, la dimension sociale, institutionnelle et laïque du radicalisme de cette époque. Il a laissé entendre, comme il le fait toujours, que le mouvement catholique conservateur (écarté du Conseil fédéral de 1848 à 1891, jusqu’à Joseph Zemp) n’avait été qu’un frein à la Suisse du progrès et des idées nouvelles. Un frein, « jusqu’à Vatican II », a-t-il osé avancer. Donc jusqu’au Concile initié au début des années 1960 par Jean XXIII, puis parachevé par son successeur Paul VI !

Le moins qu’on puisse dire, et mettons cela sur le manque de temps de l’intervention radiophonique d’hier soir, c’est que Philippe Bender pratique l’ellipse. En ne prononçant pas le nom du pape Léon XIII (1878-1903), l’homme de « Rerum novarum » (l’Encyclique de 1891 donnant naissance à la Doctrine sociale de l’Eglise), notre grand prêtre du radicalisme canal historique saute à pieds joints sur ce qui fut la grande réconciliation entre l’Eglise et la République. En France, mais aussi en Suisse romande.

Pire : on avait l’impression, hier soir, que le vingtième siècle n’avait pas existé. Que le courant catholique conservateur ne serait pas, au fil des décennies, devenu, un peu partout en Europe, la démocratie chrétienne. Que ni Marc Sangnier, ni le Sillon, n’auraient existé. Que la grande famille qu’on appelle (depuis 1971 seulement, au niveau fédéral) « PDC » n’aurait pas derrière elle près de 120 ans d’une collaboration extraordinairement fructueuse aux affaires fédérales. Avec de grands hommes qui ont fait la Suisse, à commencer par Kurt Furgler. Avec une présence continue dans l’élaboration de toutes les grandes lois sociales qui ont fait la charpente de notre pays.

Ce que, surtout, Bender omet de recenser, c’est le nombre de lois qui n’auraient jamais vu le jour sans l’axe radical-PDC, dans l’Histoire suisse. Bien sûr, les socialistes ont aussi contribué à faire ce pays, notamment à partir de 1943 (Ernest Nobs au CF), et aussi le PAB devenu UDC. Mais l’axe radical-PDC a très souvent été, au niveau fédéral, le levier central pour aboutir à des solutions. Aujourd’hui encore, ces deux grandes familles politiques partagent au moins 90% de leurs options. Entre la gauche (socialistes et Verts) et l’UDC, le grand espace libéral-radical-PDC constitue la troisième grande option. Elle devrait à terme, oublier ses divisions, oublier le Sonderbund, et construire un avenir commun.

« À terme », cela signifie une fois que sera réglée, dans un sens ou dans l’autre, l’affaire du 16 septembre. La dernière qui suinte encore, à ce point, le Sonderbund. Le Chant du Cygne, on l’espère, de ceux que l’atavisme empêche de dépasser cette omniprésente référence.

Pascal Décaillet

14:58 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/08/2009

Ah, j’y suis : Monsieur X sera rad-soc !

Dimanche 09.08.09 - 18.55h

Surréaliste moment, à la RSR, où vient de planer, de 18h à 18.30h, l’ombre du regretté Edouard Herriot (1872-1957), maire de Lyon pendant un demi-siècle, et surtout quintessence mystique, jusqu’à l’incarnation, sous la Troisième République, du radical-socialisme, à la française. C’est comme s’il avait été là, Herriot, avec son feutre mou et son Cartel des Gauches, son marteau de président de l’Assemblée, sa redingote noire, sa thèse (remarquable !) sur Madame Récamier.

Donc, au soir de ce 9 août, à la faveur d’une conversation, sur une terrasse de Locarno, entre Fulvio Pelli et Christian Levrat, voilà qu’on nous brandit, comme un ostensoir laïque, l’univers des rad-soc. Et qu’on appelle en renfort le Grand Prêtre absolu du radicalisme valaisan, canal historique, tendance Martigny-Fully, Philippe Bender. Brillant, comme toujours, époustouflant d’érudition, juste dommage qu’on le présente seulement comme historien, sans préciser la nature atavique ce son ancrage idéologique, le combat de toute sa vie. Et voilà notre Bender qui pérore, montre et démontre, défend et illustre la thèse de la très grande proximité, au fond, entre radicaux et socialistes, dans l’Histoire suisse. Des partis frères. L’Amour fou.

Et c’est parti pour le radicalisme du dix-neuvième comme « matrice de tous les courants politiques suisses (le socialisme n’arrive que dans les années 1870, 1880, ndlr), à l’exception des catholiques conservateurs, futur PDC ». CQFD. Et Bender, on le laisse parler, sans lui renvoyer le miroir que, peut-être, le génie de ses propos pourrait bien davantage être dicté par la peur de perdre le deuxième siège que par le simple plaisir (certes immense, pour ceux qui l’écoutent) de donner un cours d’Histoire. Et nous voilà, auditeurs, enivrés de cette nouvelle thèse, cette nouvelle alliance, cette nouvelle arche sainte de notre architecture politique : le radical-socialisme.

Il est encore loin, le 16 septembre. Mais une chose est sûre : Edouard Herriot, incarnation de la République parlementaire, avec ses souplesses et l’infinie richesse de ses conciliabules de couloirs, ce mercredi-là, oui, nous penserons très fort à lui.

Pascal Décaillet

18:55 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Monsieur X doit-il provenir du sérail fédéral ?

Dimanche 09.08.09 - 11.20h

De quoi s’agit-il, le 16 septembre ? D’élire l’un des sept membres du Conseil fédéral. Qui viendra se greffer, par le caprice d’une vacance en cours de législature, sur les six restants. En attendant deux autres départs bien possibles avant l’automne 2011, donc deux autres arrivants, et vogue la galère, et que se perpétue ce jeu de bric et de broc, où le hasard forme les équipes, les rafistole en cours de route, où nulle cohérence ne règne, où l’on écope avec des seaux, parce qu’il commence gentiment à prendre l’eau, le frêle esquif. Tout le théâtre de cet été, où les grands acteurs attendent la fin du cinquième acte pour entrer en scène, aura au moins servi à illustrer la nécessité de changer de système. Ce qui devra bien advenir une fois. Disons, dans dix mille ans.

En attendant ce jour, une question : Monsieur X ou Madame Y doivent-ils, à tout prix, être des parlementaires fédéraux ? Réponse : bien sûr que non ! Selon la Constitution, tout citoyen suisse ayant le droit de vote peut devenir conseiller fédéral. Soit quelque quatre millions de personnes. À cet égard, il est bien étrange, et bien révélateur de la nature parlementaire de notre régime, que l’instance suprême de désignation des candidats soient les groupes parlementaires. Les groupes, et non les partis politiques, qui représentent tout de même, par le mécanisme de leurs assemblées générales (on pourrait même imaginer une consultation de la base), un éventail beaucoup plus large. Cette perversité du système, cette hypertrophie de la caste parlementaire, donne non seulement au collège des 246 le pouvoir d’élire les conseillers fédéraux, mais, en amont de cela, celui, aussi, de désigner lui-même ceux parmi lesquels il devra choisir ! Aucun pays au monde, à ma connaissance, ne délègue à ses parlementaires autant de puissance.

Conséquence 1 : un théâtre d’opérations à huis clos. Une dramaturgie en cercle fermé. Il ne s’agit en aucun cas de convaincre quatre millions d’électeurs, mais juste 124. Donc, point trop besoin d’arriver avec de puissants programmes de gouvernement, des axes de cohérence, des engagements mendésistes face à l’opinion publique. Non, juste décrocher, le jour venu, à l’issue d’ultimes conciliabules et pronunciamientos, 124 voix. C’est cela, l’actuel système suisse d’élection au Conseil fédéral.

Conséquence 2 : nécessairement, dans un tel système, l’amicale des grands électeurs aura tendance, plus ou moins consciemment, à se co-opter elle-même. C’est qu’on se connaît, dans ce petit monde, où la buvette est reine, le tutoiement de règle, les promesses de postes faciles. Là aussi, nous touchons à une limite : on se co-optera, on s’adoubera à l’interne, on se distribuera les onctions, et pendant, ce temps, on laissera de côté les forces vives du pays qui n’appartiendraient pas au Cercle.

C’est cela, le régime parlementaire. C’était cela, la Quatrième République. Longtemps, en Suisse, il faut reconnaître que ce système a plutôt bien fonctionné. Aujourd’hui, par le théâtre d’été qu’il offre lui-même, il étale ses limites et ses insuffisances. Changer, oui. Dans dix mille ans.

Pascal Décaillet

11:19 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/08/2009

« Monsieur de Buman a eu la gentillesse de m’informer »

Samedi 08.08.09 - 11h

Il est des chocs de syllabes, dans la vie, comme des jets de neutrons: « Monsieur de Buman, hier soir, sur le coup de 23h, a eu la gentillesse de m’informer de sa candidature au Conseil fédéral ». Christophe Darbellay, en direct hier matin à la RSR.

La gentillesse !

Il a osé, le président du PDC suisse, ce mot qui ne trompe personne, tant la noirceur des sentiments que se vouent ces deux hommes est notoire. Faut-il parler de haine ? Ou ce mot, trop racinien, et au fond évoquant trop la passion, est-il encore trop chétif, trop fluet ? Cette guerre, tissée des rancœurs de l’un et de la montagnarde superbe de l’autre, nourrie de sourdes jalousies et de coups de Jarnac, cet antagonisme viscéral de deux êtres que tout oppose, tout cela se résumera, devant l’Histoire, par la dérision d’une formule : « la gentillesse de m’informer ».

Point n’était besoin d’être grand clerc, hier matin, pour saisir que Darbellay avait été pris de court par la rapidité d’une manœuvre interne. C’est une histoire de Grouchy et de Blücher, celui qu’on attendait, ou plutôt qu’on faisait semblant d’attendre, ce Monsieur Schwaller, tellement bilingue qu’il en a perdu l’usage de ses deux langues au point de devenir muet, et puis l’autre, celui auquel personne n’avait pensé, mais qui, dans l’ombre, n’avait cessé d’affûter ses dagues. « La commission électorale m’a approché », susurre le prince noir, innocent comme une nuit sans lune.

Dominique de Buman ! L’Eminence. Cousin, quelque part sur l’arbre, de Pascal Couchepin. Le vieil ennemi, détesté. Et voilà, par la « gentillesse » d’un coup de fil à 23h, qu’il s’extirpe des nimbes, rappelle sa présence, son existence, la suzeraineté de ses droits, les très riches étendues de ses terrains de chasse, la légitimité de ses prétentions. Et Darbellay, à l’autre bout du fil, qui devait poliment opiner : « Bien sûr, Dominique, c’est ton droit, tout le monde a le droit d’être candidat, je comprends… Mais non, tu ne me réveillais pas… Allez, à bientôt, bonne chance… Et surtout, merci d’avoir eu la gentillesse de m’informer… ».

Ah, c’est vrai qu’il est gentil, l’Eminence. Pressentant sans doute que la stratégie de reconquête (annoncer une ambition, dès le premier jour, mais sans lui donner immédiatement un chef et une incarnation) avait mené son parti au bord du précipice, il a eu la délicatesse de faire le premier pas en avant. Le suicide, comme arme suprême de guerre. Le grand saut, se perdre soi-même, pour nuire encore un peu plus à son ennemi interne. La verticalité, sans la plébéienne facilité de l’élastique. Chez ces gens-là, Monsieur, on sait mourir. Chapeau.

« Gentil », cela veut dire « noble », non ?

Pascal Décaillet

































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07/08/2009

Monsieur X serait-il Bossu ?

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Hier donc, l’Oracle de Sainte-Croix, en son fief et après une royale attente, a fini par délivrer sa Parole. Suivi, quelques heures plus tard, d’une Eminence fribourgeoise un peu lasse de se tapir, depuis quelques années, dans l’ombre de son très solaire président de parti. À coup sûr, ce dernier aura été ravi de l’initiative de ce second qu’il chérit, comme on sait, à un point qui pourrait presque friser les Amitiés particulières. Nous voilà donc, au matin de ce 7 août, avec deux candidatures supplémentaires. Gageons qu’elles ne seront pas les dernières. Quel été, mes amis ! Ne serait-il pas plus simple, au fond, de tous nous porter candidats, oui tous, les sept millions d’habitants de ce beau pays, et hop, tous au Paradis, comme dans la chanson!

Reste la grande question, qu’on nous pardonnera de ramener avec un brin d’insistance depuis des semaines : pourquoi la course à l’exécutif suprême, dans le système suisse, doit-elle à tout prix s’accompagner de ce jeu de masques et bergamasques, désirs voilés, aveux reportés, cette forme de Carte du Tendre, où ne manqueraient que la douceur des ruisseaux et la trace timide de l’herbe fauchée, à la pointe des escarpins ?

Nous avons des partis politiques, avec de vrais chefs, qui s’appellent Pelli, Darbellay, l’un et l’autre intérieurement torréfiés par le feu du désir fédéral. Il serait parfaitement naturel, comme dans n’importe quelle démocratie du monde, que ces hommes-là, dès le début, se lancent. Chez nous, non. On se masque. On envoie des seconds au sacrifice. On jouit même à contempler leur lente montée sur l’autel. Et là, nul Archange, surtout pas, pour retenir, in extremis, le bras du destin.

Candidat au Conseil fédéral, voilà donc une posture qui rappelle celle du Chevalier de Lagardère, lorsque, déguisé en Bossu, camouflant ses desseins, il arpente l’entourage du Prince de Gonzague. Trompant tout le monde, se jouant des naïvetés, profitant de ses apparences de vulnérabilité pour assoupir les méfiances. On joue les uns contre les autres. On laisse aller, dague au poing, ses gens de maison. On lance des lièvres, des lapereaux. On s’envoie des billets. On laisse gésir des mouchoirs, sur l’herbe tendre, juste un peu de rosée. L’orgasme, par la dissimulation.

Alors, en attendant le 16 septembre, qui est encore bien loin, une suggestion : allez donc voir le Bossu, le vrai, à Dorénaz (VS), interprété dès ce soir par Pierre Jacquemoud, et toute la troupe du Théâtre du Dé, l’une des plus entreprenantes de la scène valaisanne. Il y aura des masques et des épées. Il y aura l’étincelle des combats. Il y aura Aurore, Gonzague et son petit Peyrolles. Et au moins, franchement, nous saurons, là, que nous sommes au théâtre. Donc dans la vraie vie.

Pascal Décaillet

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31/07/2009

Le PDC a-t-il perdu la partie ?

Vendredi 31.07.09 - 09.30h

La journée d’hier, en montagne, était très belle, Christophe Darbellay devait donc être vraiment très inatteignable pour que la parole stratégique du PDC suisse fût déléguée à la Fribourgeoise Thérèse Meyer, dont les louables contorsions, sur le coup de 18h, n’auront eu d’égal que la prude innocence de son verbe.

Ici c’était Thérèse Meyer, là le conseiller aux Etats lucernois Konrad Graber, là encore (dans la NZZ d’hier) un autre sénateur, l’Uranais Hansheiri Inderkum. Diable, ouvrirait-on enfin le soupirail, au PDC ? Aurait-on laissé dans l’ombre, ces dernières années, d’insoupçonnées créatures, qu’un providentiel rai de lumière, hier, aurait invité à tenter, comme dans les tranchées, le hasard d’une sortie ? Après tout, elle est généreuse, la Sainte Famille, ayant même laissé Cina (Jean-Michel) rêver de prendre un siège. Une option bleue comme une orange, délicatement déposée sur un lit froid.

Dès le jour de la démission de Pascal Couchepin, le PDC, par la voix de son président, annonçait qu’il allait tenter la reconquête du deuxième siège. C’était, parfaitement, son droit. Mais, dès lors, il a commis une grave erreur : ne pas annoncer tout de suite la couleur, avec un « candidat naturel ». Puissant, impétueux. Si le parti « légitime » à repourvoir le siège (les libéraux-radicaux) peut se permettre, lui, ce subtil été d’attente et de semi-silences, avec des lièvres et des dauphins en embuscade, bref le Saint-Simon de la Succession du Roi, le parti challenger, ou pirate, en revanche, aurait dû briller dès le début par la clarté, la fermeté, l’audace de ses options. Avec un attaquant, identifié, et les troupes derrière lui. Quelque chose comme le Grand Condé, à Rocroi.

Au lieu de cela, le PDC atermoie. Temporise. S’invente des commissions électorales, qui ne sont que paravents au fait qu’à moins d’un miracle, plus grand monde, au sein du parti, n’y croit. Quant à Urs Schwaller, ce ne sont pas les attaques « ethniques » (vivement condamnées dans ces colonnes) qui ruinent doucement ses chances, mais l’extrême prudence de son propre caractère. En politique, le principal ennemi, c’est toujours soi-même.

Reste Christophe Darbellay lui-même. Piégé par sa propre stratégie ? Pas assez reconnu, par une certaine base du parti, pour oser dire, dès la mi-juin : « Je suis candidat », moi-même et nul autre? Après tout, il est le chef, et il est parfaitement normal, dans toutes les démocraties qui nous entourent, que les chefs des partis se portent candidats lors des vacances du pouvoir. Sarkozy, Merkel, n’ont-ils pas dirigé leurs formations, avant d’accéder aux affaires ? D’ailleurs, un fine, le duel le plus crédible, le plus signifiant, ne serait-il pas le choc de ces deux hommes qui s’aiment tant, Pelli et Darbellay ?

Et c’est cela qui ne va pas dans le système suisse. Cette vaine et hypocrite recherche de la soi-disant « perle rare » (avec des commissions électorales qui font penser à des amicales de chercheurs d’or), alors que les vrais leaders existent, sont là depuis des années, et d’ailleurs ne rêvent que de cela. Cette peur de l’homme fort, cette hantise de la tête qui dépasse, ce mythe de la pépite d’or, si précieuse et si rarissime qu’il faille une « commission électorale » pour aller, dans d’obscurs tréfonds, la dénicher.

En se prêtant à ce petit jeu de prudence et d’immobilité masquée, visant à ne froisser personne, le parti challenger a dilapidé tout le sel marin que promettait l’annonce d’abordage du premier jour. Dans cette affaire, il fallait être un peu voyou, un peu mauvais garçon, un peu « le violent admirable ». il fallait être un pirate. Ou un flandrin des glaciers. Au lieu de cela, on s’est doucement laissé empêtrer dans les sables mouvants de la bonne vieille politique suisse. Alors, à moins d’un miracle, ce sera bel et bien une personnalité libérale-radicale qu’élira l’Assemblée fédérale, le 16 septembre. Bref, un légitime. Et la Reconquista serait remise, comme la fin des temps, à des jours ultérieurs.

Pascal Décaillet


09:26 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/07/2009

Ah, jouir dans l’obscurité du conclave ! Jouir !

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Lundi 27.07.09 - 22h

Donc, ils sont 246. Et c’est là le drame. 246, à qui le système permet d’élire un conseiller fédéral. Alors que la Suisse compte sept millions d’habitants, dont quatre millions de citoyennes et citoyens. Mais non, les 246, mon bon Monsieur, pas une âme de plus ! Le cénacle, bien fermé, dans la seule intimité glaçante de ses miroirs. Comme au temps lointain des bonnes vieilles Diètes d’Empire, cette ère délicieusement boueuse des diligences, lorsqu’il fallait des jours et des jours pour se rendre à Berne.

Comme s’il était encore absolument nécessaire, aujourd’hui, de se réunir physiquement, avec la sainte chorégraphie de ce cérémonial, ces huissiers, cette galerie des glaces, ces tours de scrutin de vingt minutes chacun, cette urne qui pourrait presque être funéraire, cette heure de gloire des scrutateurs, leur habit de lumière, visages de marbre, l’air d’avoir avalé mille balais, la hiératique raideur de celui qui officie. Ah, celui qui pourrait tenir la loupe, embraser le bûcher du soleil ! Jouir par la mise à feu, jouir !

C’est cela, oui, tout cela, tellement peu raisonnable et tellement viscéral, à quoi la caste parlementaire s’accroche, elle qui ricane dès qu’on lui parle d’élargir un jour, peut-être, le corps électoral. C’est à cette fonction-là, suprême, qu’elle s’agrippe désespérément : la sève de jouissance, régalienne et salée, de pouvoir représenter, chacun, le 246ème de la souveraineté absolue. Ainsi, les princes électeurs, dans le Saint Empire, lorsqu’ils désignaient l’Empereur. Ainsi, les cardinaux en conclave, avec leurs joues de pourpre à la croisée de leurs désirs, obscurs, inavouables. Même dans l’étreinte d’âmes, vicinale comme la noirceur du Diable, d’un confessionnal. Inassouvis. Aucune rose des vents, jamais, ne pourra orienter la sexualité d’un cardinal.

Alors, de la gauche à la droite, on prend des airs, Monsieur. Oui, des airs, comme dans la marine. De grands airs, mystérieux. Pénétrés. Parce que, chez ces gens-là, on trame, on ourdit, on tisse, on dévide, on fait son prétendant le jour, sa Pénélope la nuit, on aiguise les couteaux, on laisse entendre, on entrevoit. C’est à cela, ce petit jeu d’augure et de Pythie, que les 246 tiennent tant, eux qui ne réformeront jamais le système sans la tempête d’une pression extérieure à leur cénacle.

Pour l’heure, c’est vrai, on ne la voit guère venir, cette pression. Tout au plus une initiative, qui à coup sûr sera rejetée, comme le sont neuf d’entre elles sur dix, depuis 1891.

Alors, quoi, les 246, pour l’éternité ? – Pas sûr. Non, le changement de système, le glissement vers un corps électoral plus élargi, pourrait bien venir du progressif constat, par le peuple suisse, de la malignité des vices signalés, comme en un scanner médical, de l’intérieur même du système actuel. Copinage. Consanguinité. Copains et coquins, fieffés. Jeux de coulisses, Portes qui s’ouvrent et qui claquent, comme chez Feydeau. Le palais des glaces. Avec tous ces bleus qu’on se fait à la figure. Parce que chaque miroir est une impasse, douloureuse comme le hasard. On rêverait d’y croiser l’Aventure. On ne s’y fracasse le front qu’à sa propre image. Désespérante et désespérée. Comme la mort. Pire : comme la vie.

Pascal Décaillet





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