16/06/2017

Messieurs les Tessinois, tirez les premiers !

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Edito du Giornale del Popolo - Paru en première page de l'édition de ce matin - Vendredi 16.06.17 - Sous le titre : "Stavolta partitte in vantaggio"

 

Conseiller fédéral, démissionnaire au 31 octobre prochain, Didier Burkhalter laissera le souvenir d’un ministre simple et rigoureux, respectueux des gens, toutes choses que les Suisses aiment beaucoup. Une image a fait le tour du monde : celle de ce magistrat suprême d’une démocratie occidentale, attendant sagement son train, sans la moindre escorte, sur un quai de gare. Imaginez M. Macron, Mme Merkel, dans une telle situation. Ne parlons pas de MM Trump ou Poutine ! Cela, cette humilité, cette dignité dans l’exercice de la fonction, est à porter au crédit du conseiller fédéral sortant. Le pouvoir ne lui est pas monté à la tête, cela mérite un vrai bravo.

 

Le legs, c’est une autre affaire. Au Département fédéral de l’intérieur, puis surtout aux Affaires étrangères, Didier Burkhalter n’a pas été un révolutionnaire. On parle souvent, avec une sorte d’extase convenue, de sa présidence de l’OSCE, mais enfin, il faudrait déjà commencer par démontrer que cette organisation sert à quelque chose. Puis, dégager, dans la très difficile question ukrainienne, en quoi la présidence suisse, à part autocélébrer ses propres qualités d’hospitalité diplomatique, a fait avancer les choses. En Ukraine, les fronts fondamentaux, entre russophones attachés à Moscou, et occidentaux souhaitant se rapprocher de l’Union européenne, n’ont pas vraiment bougé. On se gardera donc de tout triomphalisme : on a multiplié les rencontres diplomatiques, on n’a pas fait, pour autant, avancer le dossier. Le politique ne doit-elle pas, avant tout, se jauger à l’aune des résultats ?

 

Reste la succession. Oh, nous avons le temps ! M. Burkhalter a démissionné le 14 juin, son successeur sera élu le 20 septembre par l’Assemblée fédérale, il entrera en fonctions le 1er novembre ! D’ici là, beaucoup d’eau peut couler, sous beaucoup de ponts. Quelques noms, bien sûr, commencent à être articulés : M. Cassis, au Tessin, actuel chef de groupe, fonction stratégique, homme connaissant à fond la machine fédérale (comme Pascal Couchepin, en 1998, lorsqu’il fallait trouver un successeur à Jean-Pascal Delamuraz), parlant les langues, représentant enfin le Tessin après 18 ans (M. Cotti est parti en 1999). Bref, le candidat idéal ! Seulement voilà, vous connaissez tous l’adage : « Qui entre Pape au Conclave en ressort Cardinal » ! Rien de plus tétanisant, donc, dans le système suisse, que cet horrible statut de favori du premier jour. Il faut vivre avec, risquer de tout voir s’effondrer, endurer des coups qui peuvent pleuvoir, pendant trois mois. Bonne chance, M. Cassis !

 

A Genève aussi, d’où j’écris ces lignes, nous avons une locomotive. Un turbo ! Il s'appelle Pierre Maudet, a juste 39 ans, a déjà siégé dix ans dans un exécutif (cinq ans à la Ville de Genève, cinq ans au Canton), il fait tout juste, il est travailleur, intelligent, synthétique, il a de la vision, et même de l’humour. Tout au plus pourrait-on disserter sur l’extrême longueur de ses dents, sujet de thèse pour stomatologue, tant elles rayent le plancher ! L’homme n’a pas peur d’afficher ses ambitions, il n’a pas que des amis. Bref, un tempérament. Et puis, ce matin (jeudi 15), j’écoutais à radio l’excellente conseillère aux Etats saint-galloise Karin Keller-Sutter, à laquelle l’Assemblée fédérale, dans un moment de fatigue sans doute dû à la chaleur, avait cru bon de préférer M. Schneider-Ammann. J’écoutais cette dame d’une rare qualité, et me disais que le système suisse, décidément, avait la singulière spécialité d’écarter les meilleurs.

 

En conclusion, côté succession, il est beaucoup trop tôt pour dire quoi que ce soit de solide. Mais je crois que le Tessin part avec un avantage : 18 ans sans conseiller fédéral, c’est long. Nous sommes un pays à quatre langues, chacune doit être respectée, la diversité est notre richesse, ces facteurs-là sont essentiels. Laissons donc passer quelques jours : il fait beau, il fait chaud, l’été va bientôt nous enrober de torpeur. Il sera bien assez tôt pour revenir parler de politique, ce que je fais toujours avec un immense plaisir pour mes amis du Sud des Alpes.

 

Pascal Décaillet

 

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11/01/2016

UDC : une nouvelle ère commence

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Éditorial publié ce matin en première page du Giornale del Popolo, sous le titre "L'UDC, l'inizio di una nuova era".

 

Toni Brunner, Christoph Blocher : en l’espace de deux jours, deux démissions au sommet de l’UDC suisse. Toni Brunner, le président. Christoph Blocher, officiellement vice- président, mais surtout âme fondatrice, figure tutélaire, l’homme sans qui rien, dans l’ascension du parti ce dernier quart de siècle, n’aurait été possible. Une double déflagration dans le ciel politique suisse de ce début d’année, d’autant moins attendue que le parti obtenait, le 18 octobre dernier, en tutoyant les 30%, son meilleur résultat historique au National.

 

Il est certes toujours préférable, pour des généraux, de se retirer au lendemain d’une victoire qu’à la suite d’une défaite. Mais il y a autre chose, de plus fondamental : l’UDC suisse, premier parti du pays, se trouve à un tournant de son Histoire. Elle entre dans une période nouvelle. Moins fracassante, sans doute, que les temps héroïques des premiers conquérants (Blocher, Maurer, Brunner), mais plus gouvernementale, plus responsable. La parenthèse Widmer-Schlumpf (2007-2015) est maintenant fermée, l’UDC a deux conseillers fédéraux, le nouvel élu (Guy Parmelin) faisait partie du ticket officiel, bref le temps des psychodrames doit laisser la place à celui de la gestion du pays.  

 

On notera tout de même que Toni Brunner, comme son prédécesseur Ueli Maurer, a fort bien fait son boulot : le Saint-Gallois comme le Zurichois (aujourd’hui conseiller fédéral, et nouveau ministre des Finances), ont patiemment prolongé l’œuvre de croissance et de conquête entamée pas Christoph Blocher lors de la campagne du 6 décembre 1992, sur l’Espace Economique Européen. Un quart de siècle d’expansion ! Aujourd’hui, l’UDC est partout. Elle a deux conseillers fédéraux, de deux régions linguistiques différentes, elle domine le National, le parti est incontournable.

 

La succession Brunner, le 23 avril à Langenthal, semble déjà jouée, puisque la direction du parti propose le conseiller national bernois Albert Rösti (le nom ne s’invente pas !) pour succéder au vaillant paysan saint-gallois. Il faudra aussi repourvoir le secrétariat général du parti : Martin Baltisser, lui aussi, s’en va. Plus qu’une valse de personnages dans le palais, c’est bel et bien une page qui se tourne dans l’Histoire de l’UDC.

 

Pour aller où ? La réponse est multiple. Globalement, il faudra gouverner le pays, en phase notamment avec le PLR, mais en sachant qu’entre ces deux partis de droite, malgré de nombreux horizons communs, il y a la dissension fondamentale sur la libre circulation des personnes. Quelle application pour le 9 février 2014 (initiative sur l’immigration de masse) ? Quels rapports avec le patronat ? Quel discours face à l’Union européenne ? Il y a du pain sur la planche !

 

La nouvelle direction du parti devra briller dans l’art de la politique, avec au programmes des exercices d’équilibrisme : demeurer le « parti du peuple » (Volkspartei), avec ses composantes telluriques, colériques, capables de secouer l’establishment, tout en participant de manière compétente et responsable au plus haut niveau de gestion. « Responsable », cela ne signifie pas renoncer à ses valeurs en matière de libre circulation (pourquoi l’UDC devrait-elle reculer, et pas le PLR ?). Non, cela signifie continuer à défendre son point de vue, mais avec des tonalités adaptées à la rhétorique fédérale. A Berne, il faudra se montrer ferme, mais courtois. C’est parfaitement possible.

 

Et puis, d’autres hommes arrivent. Dans toutes les parties du pays. En Suisse romande, des figures conservatrices émergent, dont on va beaucoup parler ces prochaines années. A Berne, mon confrère Roger Koeppel, meilleur élu de l’Histoire suisse le 18 octobre dernier, apparaît déjà comme l’un des hommes forts de l’UDC nouvelle. Ses tonalités à lui, lisibles tous les jeudis dans la Weltwoche, nous ouvrent des horizons intellectuels et culturels qui ne se limitent pas, allez disons-le comme cela, au simple cercle de sciure d’une Fête de lutte. Eh oui, la pensée conservatrice, en Suisse, est en marche. Et ses outils d’approche vont en surprendre plus d’un.  

 

Pascal Décaillet

 

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12/12/2015

Conseil fédéral : la vraie nouvelle de la semaine

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Commentaire publié ce matin dans le Giornale del Popolo - Samedi 12.12.15

 

Guy Parmelin à la Défense, Ueli Maurer aux Finances : la voilà sans doute, la vraie nouvelle de la semaine ! Plus importante, pour l’'évolution de notre politique fédérale ces prochaines années, que l’'élection, mercredi 9 décembre, du Vaudois Guy Parmelin, plutôt que le Zougois Thomas Aeschi ou le Tessinois Norman Gobbi. Car enfin, cette élection-là s’'est opérée à l’'intérieur du trio proposé par l’'UDC, il n’'y a eu cette fois ni psychodrame, ni tragi-comédie, ni pleureuses sur la Place fédérale, ni dame en noir faisant ses adieux, ni Blocher citant Plutarque et donnant (comme en 1999) « rendez-vous à Philippes ». Non, rien de cela : l’'Assemblée fédérale s’'est contentée, en toute bonhomie, d’élire un Vaudois pondéré et respectable, travailleur, compétent sur ses dossiers. Un paysan qui creuse son sillon. On aurait pu se croire dans une élection de naguère, presque d'’avant-guerre, à la Minger, lorsqu’'on allait chercher au fond de nos campagnes les pères tranquilles de la nation.

 

Bien sûr, il y a maintenant trois Romands au Conseil fédéral, et… toujours aucun Tessinois ! De Genève, où j'’écris ces lignes, en amoureux des équilibres profonds sans lesquels notre pays n'’existerait pas, je le regrette sincèrement. Il faudra, d'’ici 2019 au plus tard, que cela soit réparé. Et cela le sera, en puisant dans l’'un des grands partis historiques de ce canton : la démocratie chrétienne ou les radicaux. Mais enfin, pour l’'heure, voilà le bon Guy Parmelin au Conseil fédéral. Et le voilà ministre de la Défense !  

 

N’'en déplaise aux beaux esprits de gauche, qui ironisent déjà sur le caractère léger (et peu chronophage) de cette affectation, c'’est une responsabilité importante qui va incomber au Vaudois. J’'écris ces lignes dans une Genève où le « degré de vigilance » a été élevé, jeudi 10 décembre, par les autorités, suite à des renseignements très précis reçus récemment, et cela nous rappelle que toute société humaine, la Suisse comme n'’importe quelle autre, a le droit et le devoir de se défendre, d'’élaborer une politique de sécurité efficace, moderne, adaptée aux nouvelles menaces. C'’est cela, l’'enjeu de M. Parmelin, et ça n’'est pas rien : il faudra bien autre chose que des chars pour inventer la riposte aux dangers d’'aujourd’hui’ et de demain. A cet égard, se montrer plus audacieux, plus inventif, que M. Maurer ne sera pas inutile.  

 

Et puis, l'’autre nouvelle, évidemment plus importante, c’est Ueli Maurer aux Finances. Pour la première fois depuis que l'’UDC siège au Conseil fédéral (Rudolf Minger, 1929), ce parti dirigera ce Département-là. C’'est un tournant important pour notre politique suisse, dans ce qui a longtemps été un bastion radical. Regardez, d’'ailleurs, comme doucement le curseur se déplace : Guy Parmelin est le premier Vaudois non-radical depuis 1848 (Henri Druey) à accéder au Conseil fédéral ; Ueli Maurer est le premier UDC aux Finances. Oui, le curseur bouge : il était après tout normal, suite au verdict sans appel délivré par le peuple le 18 octobre, non seulement que l’'UDC ait deux conseillers fédéraux, mais qu'’un Département-clef lui soit attribué : les Finances, assurément, en sont un.  

 

Il aura du boulot, M. Maurer, dans un Département qui porte la trace de Mme Widmer-Schlumpf. Une femme compétente dans le domaine financier, ancienne Grande Argentière de son canton, mais dont les options internationales ont été, toutes ces années, violemment contestées par l’'UDC. A eux, maintenant, de faire leurs preuves, sur un terrain miné, difficile à l’'intérieur (réforme de l’'imposition des entreprises), comme bien sûr à l’'étranger (relations avec l'’Union européenne). En résumé, la répartition des Départements, annoncée vendredi 10 décembre, parachève l’œ'oeuvre de « normalisation » entamée l’'avant-veille par le Parlement : nous abordons maintenant une législature dans un climat apaisé. Le demeurera-t-il ? Je n'’en jurerais pas. En politique, il est d’'ailleurs préférable de ne jurer de rien.  

 

Pascal Décaillet  

 

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22/10/2015

EWS : l'heure de l'addition

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Édito publié ce matin, en italien, en première page du Giornale del Popolo - Jeudi 22.10.15


 
29,5% ! Un résultat incroyable. Beaucoup plus fort qu’en 2007, car à l’époque, l’UDC comprenait encore les voix du futur PBD. La Suisse qui vire à droite : toute la barre à tribord, comme on dirait en termes de marine ! Cela, pour des raisons profondes, bien au-delà de la seule « peur des mouvements migratoires » mise en avant par de timides – ou perfides – analystes.
 


C’est un véritable changement de paradigme pour notre pays, une mutation politique, mais aussi sociologique, culturelle même ! Sans doute, cette fois, enfin, l’adieu à Mai 68, à une toute une génération née de cette idéologie. Nous entrons maintenant dans autre chose. Une autre époque, qui rejette autant les rêves libertaires que le libéralisme financier sans entraves. Nous assistons au retour de valeurs traditionnelles. Le retour, aussi, puissant, de l’idée de frontière. Celle qui, à l’intérieur, protège le faible, le fragile, le chômeur, contre la concurrence trop facilement importée de l’étranger par certains employeurs hélas bien peu patriotes, ne voyant que leur profit immédiat.


 
Face à l’étendue de cette mutation, face à l’importance du message délivré par l’électorat le dimanche 18 octobre 2015, je vous dirai franchement que le sort de Mme Widmer-Schlumpf m’est parfaitement égal. Elle peut rester au Conseil fédéral, partir, retourner respirer l’air (tellement plus sain !) des Grisons, cela n’a aucune importance. Et la focalisation des esprits, dans toute la presse suisse, sur le destin de cette dame révèle davantage les préoccupations de sérail de toute une génération de journalistes anti-Blocher, tellement heureux de son départ en décembre 2007, qu’ils ont passé huit ans, dans leurs circuits fermés, en adoration devant une ministre qui ne présente pas, en réalité, tant d’intérêt. Elle a peut-être fait de bonnes choses, et puis peut-être pas : cela n’a aucune importance !


 
Pourquoi ? Parce que tout l’épisode Widmer-Schlumpf est né d’une trahison. A Berne, à l’approche du 12 décembre 2007, le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le PDC Christophe Darbellay ont aiguisé leurs poignards. On est allé chercher, à Coire, une ministre cantonale des Finances qui faisait sans doute du bon boulot, on l’a mise au parfum, elle est partie dans la combine, et au final le putsch anti-Blocher a pu se produire. Eh bien huit ans plus tard, Madame la Grisonne, voici venue l’heure de l’addition. Si, par hasard, elle devait s’avérer salée, je n’en serais, pour ma part, pas exagérément malheureux. Ai-je été assez clair ?


 
Mais il y a maintenant, fin 2015, un tout autre son de cloche que celui de l’automne 2007 : il ne s’agit plus de Christoph Blocher. Elle s’est éloignée, l’ombre du Commandeur ! Au point qu’une nouvelle génération UDC, cella de sa fille Magdalena, par exemple, celle du brillant patron de la Weltwoche, Roger Koeppel, occupe maintenant la scène. Dès lors, l’ambiance entre l’UDC et les autres partis gouvernementaux paraît moins dramatique qu’il y a huit ans. L’UDC a gagné les élections, elle a réalisé son meilleur résultat historique, elle est en force, en puissance. C’est cela qui compte, et non le petit bal des prétendants au Conseil fédéral.


 
Mieux que moi, mes confrères tétanisés pas le sérail de la Coupole fédérale vous diront tout de même qu’il y a un calendrier : 31 octobre, Assemblée générale du PBD, où Mme Widmer-Schlumpf pourrait nous éclairer sur ses intentions. 13 novembre : délai pour les candidatures des sections cantonales UDC pour un éventuel deuxième siège. 20 novembre : décision des groupes des Chambres fédérales. Enfin, mercredi 9 décembre, Jour J : réélection complète, comme tous les quatre ans, du Conseil fédéral.


 
Mais rien de cela n’a de réelle importance. Intéressons-nous aux thèmes ! Le virage à droite du 18 octobre influencera directement l’avenir de nos assurances sociales, celui de nos retraites, nos rapports avec l’Union européenne, notre gestion des flux migratoires, nos décisions sur l’avenir de l’agriculture, de la défense nationale, toutes choses infiniment plus importantes que de savoir « quelle va être la décision de Mme Widmer-Schlumpf ». Ce que l’Histoire politique suisse retiendra de l’automne 2015, c’est le 18 octobre. Avons-nous simplement pris la mesure de ce qui s’est produit ce jour-là ?


 
Pascal Décaillet
 
 

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15/10/2015

2015 - 2019 : respecter la décision du 9 février 2014 !

 

Éditorial paru ce matin en première page du Giornale del Popolo - Jeudi 15.10.15


 
Migrations, avenir des assurances sociales, santé économique et financière du pays, conséquences du 9 février 2014, transition énergétique, tels sont quelques-uns des grands thèmes de la campagne fédérale qui s’achève. Ils seront, évidemment, ceux de la législature 2015-2019. Pour ma part, c’est ma huitième campagne nationale comme journaliste. Je dirais qu’elle s’est correctement déroulée, sans éclats, peut-être aussi, hélas, sans grand relief, car les sujets qui touchent les gens de très près, comme celui de la frontière (au Tessin comme à Genève !), des bouchons dans les rues, du logement, de l’emploi, de la formation, sont davantage cantonaux que fédéraux.
 


Au fond, même si le temps des diligences, ou celui des tout premiers trains, le temps de 1848, nous apparaît comme préhistorique, les Suisses continuent de percevoir la Berne fédérale comme lointaine. L’image reste celle d’un beau Palais, avec son austère molasse grise, sa Coupole, ses Messieurs en costumes (oui, des hommes, surtout !), ses huissiers, ses lustres, ses tapis rouges. Bref, l’officialité. Les Suisses, de Chiasso comme de Coire ou de Sion, aiment et respectent ce décorum, avec sa liturgie, ses officiants, ses rites. Plus que tout, ils aiment suivre à la télévision la réélection du Conseil fédéral, en décembre tous les quatre ans (quelques semaines après les élections législatives), n’ayant en général (mais pas en 2003, ni en 2007 !) d’autre suspense que le nombre de voix que fera chaque candidat ! Heureux pays, dont la quiétude semble émerger des aléas du monde, du tragique de l’Histoire.


 
Heureux, oui, en comparaison internationale ! L’un des plus prospères du monde. Avec une paix sociale, des institutions fortes depuis 1848, une culture politique appréciée par les citoyens, une démocratie directe qui leur donne la parole, un fédéralisme qui respecte les différences. Heureux, mais tout de même inquiet face aux grands défis qui nous attendent. Qu’il habite Lugano ou Genève, Neuchâtel ou Saint-Gall, chaque Suisse voit bien la dimension globale, au moins continentale, des vagues de migrations qui déferlent sur l’Europe. Assurément, la gestion de ces flux sera l’un des enjeux de la législature 2015-2019.


 
D’autant que nous avons à mettre en application une décision du peuple et des cantons : le oui du 9 février 2014 (et le Tessin en sait quelque chose !) à l’initiative contre l’immigration de masse. Tant que le Conseil fédéral n’aura pas expliqué comment il entend mettre en application le verdict souverain du corps électoral, nous serons dans le flou, dans l’incertitude, dans l’impasse. Impérativement, dans les mois qui viennent, le gouvernement doit donner une réponse à cette question capitale. Dans cette réponse, il commettrait une faute politique majeure, s’il devait donner l’impression de contourner une volonté populaire clairement exprimée. Ou encore, de sous-estimer la souffrance sociale de cantons-frontières, comme le Tessin ou Genève.
 


Et puis, il y a les assurances sociales, principalement l’avenir de nos retraites, la question de leur financement. Le paquet Berset est mal parti : à force de vouloir jeter des ponts, ménager la chèvre et le chou, il apparaît comme un bric-à-brac de compromis, on élève d’un an l’âge de la retraites des femmes, on baisse le taux de conversion du deuxième pilier, on compense avec de meilleures rentes AVS, bref on donne l’impression de naviguer à vue. En 1947, notre pays a inventé l’AVS, c’est une étape majeure de notre Histoire nationale, la génération de l’immédiate après-guerre a su nous forger un outil social capable de traverser les décennies. Aujourd’hui, il appartient au politique de relever le défi du vieillissement de la population avec une nouvelle donne, oui un « New Deal » qui ressemble à autre chose qu’à un rafistolage. Il le faudra bien, car la question démographique est centrale dans l’avenir de notre pays.


 
Les autres chantiers, on les connaît : transports routiers et ferroviaires, deuxième tube au Gothard, prise de congé du nucléaire en ayant l’assurance de l’efficacité d’énergies renouvelables, soutien sans faille à nos agriculteurs, optimisation de la qualité de nos produits, encouragement à respecter l’environnement, la qualité de vie animale, autrement que dans des batteries. Enfin, demeurer souverains dans notre politique de sécurité, qui passe évidemment par d’autres outils, en 2015-2019, que seulement par des chars et des canons. Les enjeux ne manquent pas. Puisse la législature à venir nous dessiner une Suisse vivante, fière de ses valeurs, notamment sa culture politique, ouverte au monde. A mes amis tessinois comme à tous mes compatriotes, je dis surtout : n’oubliez pas d’aller voter !

 

Pascal Décaillet

 

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17/06/2015

SSR : le géant commence à tituber

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Edito paru ce matin en première page du Giornale del Popolo, sous le titre "Il Gigante incomincia a titubare" - Mercredi 17.06.15

 

50,08% ! L’un des résultats les plus serrés dans l’Histoire de notre démocratie directe. Ils ont eu chaud, très chaud, les responsables de la SSR, pendant tout l’après-midi de ce dimanche 14 juin. « A la raclette », comme on dit en Valais : c’étaient d’ailleurs les mots du président de la SSR, Raymond Loretan, sur le plateau de mon émission dimanche soir, sur la chaîne privée genevoise Léman Bleu. Mais enfin, la loi passe : il y aura bien réforme du mode de perception de la taxe, un sujet technique que presque tout le monde avait oublié, tant l’essentiel des débats, dans toute la Suisse, s’était porté sur une autre question : pour ou contre la SSR ?

 

La campagne aura été mémorable. Les partisans, d’un bout à l’autre, n’ont cessé de nous répéter l’enjeu réel du scrutin (la réforme de la taxe), mais plus ils s’égosillaient, plus les opposants braquaient leurs projecteurs sur la SSR, trop grosse, trop gourmande, trop de chaînes, trop de bureaucratie, trop à gauche, trop européenne, bref une addition d’excès. Et plus les partisans leur disaient « Ça n’est pas le sujet ! », plus les autres en rajoutaient. Devant l’opinion publique, ils marquaient des points, les opposants, parce que jusqu’à nouvel ordre, on a le droit de discuter de ce qu’on veut. Et puis, si la discussion a dévié, il faut bien croire que cela correspondait à un besoin profond, longtemps retenu, de la population : pouvoir enfin s’exprimer, pas seulement au bistrot mais par la voie des urnes, sur ce Mammouth, gigantesque, pesant, aux appétits démesurés.

 

La campagne a été rude. Du côté des opposants, l’USAM n’a pas ménagé ses adversaires, notamment en Suisse alémanique. Du côté des partisans, d’incroyables arguments ont été utilisés : en Suisse romande, on a traité de « mauvais Romands » les opposants, parce qu’ils affaibliraient la SSR, au bénéfice (comme le Tessin !) de la fameuse « clef de répartition » de la redevance. Rationnellement, l’argument était faux, puisque précisément la SSR ne perdait pas un centime dans cette votation. Mais voilà, le combat n’avait rien de rationnel : petit à petit, les gens ont laissé sortir des années, voire des décennies, de colère rentrée contre un diffuseur public national jugé trop gâté. D’ailleurs, le résultat le plus étonnant est celui du Tessin : 52% de non, alors que votre canton tire beaucoup de bénéfices de la clef de répartition. Donc, au Tessin comme ailleurs, on a voté clairement sur autre chose que sur l’enjeu : pour ou contre la SSR, pour ou contre ses programmes, pour ou contre la Berne fédérale, peut-être. Comme si le scrutin fonctionnait comme révélateur des malaises propres à chaque région. De la même manière, pourquoi diable le Valais a-t-il, seul en Suisse romande, dit non (53,5%) ?

 

Et maintenant ? Eh bien, la transformation du paysage médiatique suisse ne fait que commencer ! Nous sommes en pleine révolution des habitudes de consommation, des supports de réception, des modes de production. Et on vient encore nous parler d’un immense consortium national, une usine à gaz, avec des structures incompréhensibles (l’organisation institutionnelle, parallèle à la hiérarchie professionnelle), un budget démesuré, un géant blessé qui commence à tituber, et dont les faux pas risquent encore de faire bien des dégâts. Car en termes d’image, même avec sa victoire à la Pyrrhus à 50,08%, la SSR a perdu la bataille. Le réformer, la dégraisser, est désormais à l’ordre du jour, sur toutes les lèvres de Suisse, de Chiasso à Schaffhouse, de Sion à Coire !

 

Oui, la bataille des médias ne fait que commencer. La SSR, paraît-il, fait du « service public ». Fort bien ! Et le Giornale del Popolo, il n’en fait pas, en informant jour après jour ses lecteurs ? Et les TV régionales privées, en collant à la proximité de leurs spectateurs ? Et la NZZ, avec ses pages politiques et économiques et culturelles ? Fini, le temps de l’arrogance de la SSR, comme si elle était seule au monde à produire de l’information sérieuse : le géant commence à tituber. Ça n’est pas encore la chute. Mais le temps de l’orgueil et de la superbe est terminé.

 

Pascal Décaillet

 

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05/02/2015

EWS à Singapour : une faute politique

 

Edito du Giornale del Popolo - Publié ce matin en première page, sous le titre " Qui Eveline se gioca la reelezione"

 

Eveline Widmer-Schlumpf aurait voulu créer le chaos, elle ne s’y serait pas prise autrement ! Dans le dossier le plus délicat, le plus brûlant, du Conseil fédéral, la mise en œuvre du oui populaire, le 9 février 2014, à l’initiative sur l’immigration de masse, la Grisonne a eu des mots, à Singapour, qui pourraient se retourner contre elle. Et lui coûter cher, par exemple à l’horizon de décembre prochain, la réélection complète du Conseil fédéral, après les législatives du 18 octobre.

 

Du bout du monde, la conseillère fédérale, devant des politiciens et des représentants de l’économie, a déclaré qu’il fallait une nouvelle votation. Oh, certes, elle et ses services se sont empressés de préciser qu’il s’agissait d’un avis personnel, tout de même, le mal est fait. Car enfin, notre ministre des finances ne s’est pas exprimée sur le sexe des anges, ni sur la hauteur du Cervin, mais sur le sujet le plus douloureux de notre politique intérieure. Il y a, certes, des milieux qui demandent un nouveau vote. Mais jusqu’à nouvel ordre, pas le Conseil fédéral ! Voilà donc qui ressemble, à s’y méprendre, à une rupture de collégialité. Aussitôt, du côté des parlementaires UDC et PDC, on a dit sa colère. Les mots ministériels, lâchés un peu légèrement à des milliers de kilomètres de la molasse bernoise, accréditent la thèse qu’en Suisse, on fait voter le peuple, mais au fond on ne l’écoute pas. Mauvais signal, catastrophique même.

 

Il serait donc agréable d’être une mouche, ou une sorte de libellule d’hiver, et de pouvoir assister incognito à la prochaine séance du Conseil fédéral : on imagine le « débriefing », entre les Sept, du « message de Singapour » ! La présidente de la Confédération, Mme Sommaruga, fera-t-elle la leçon à sa chère collègue ? Reste l’essentiel : le malaise, de plus en plus, dans l’opinion publique suisse, face à la lenteur des autorités à mettre en application l’initiative sur l’immigration de masse. Car enfin, le 9 février 2014, le peuple et les cantons ont été clairs. Ila veulent des contingents. C’est peut-être très dérangeant, comme message, pour toute une Nomenklatura libérale liée au grand patronat, mais c’est comme cela : c’est la volonté du souverain.

 

L’image donnée à Singapour par notre ministre des finances, c’est que la Suisse devrait se soucier prioritairement des intérêts du patronat, avant de prendre en considération le cœur sacré, unique au monde, de sa démocratie : le suffrage universel. Là aussi, signal gravissime : on accrédite la thèse d’une élite, à Berne, ou peut-être aussi à Zurich, préférant sauvegarder des intérêts de classe, plutôt qu’affirmer l’intérêt national, décidé par le peuple et les cantons. La démocratie n’y est pas gagnante. La Grisonne pourrait être appelée, en décembre, à régler l’addition.

 

Pascal Décaillet

 

 

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06/03/2014

Fulvio Pelli : un cérébral plein d'humour

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Édito du Giornale del Popolo - Jeudi 06.03.14

 

Je ne vais tout de même pas, moi journaliste établi à Genève, présenter Fulvio Pelli aux lecteurs tessinois ! Cet homme de 63 ans, qui quitte le Parlement fédéral après 18 années passées sous la Coupole, a été l’une des personnalités marquantes de la politique suisse. D’abord, parce qu’il a été le dernier président du parti radical suisse, le grand vieux parti, celui qui a fait la Suisse moderne. Ensuite, parce qu’il a été le premier président du parti fusionné, le parti libéral-radical suisse. Mais surtout, parce que l’homme a de l’envergure. Assurément, il en impose.

 

Calme, posé, cérébral, non dénué d’humour, parfaitement polyglotte (son français est impeccable, son allemand aussi), il représente, au niveau national, la puissance de volonté et de démonstration de la Raison. Vernunft. Il est, profondément, comme le Valaisan Pascal Couchepin, un homme du Freisinn. Entendez le libre arbitre, la libre conscience, la responsabilité : que de mots latins pour traduire un concept allemand qui, depuis les Lumières du dix-huitième siècle, a marqué l’Histoire politique de l’Europe.

 

Vernunft, Freisinn. Oui je sais, amis tessinois, il est paradoxal qu’il me faille aller chercher dans la terminologie allemande les mots qui me semblent justes pour évoquer Pelli. Au fond, il pourrait être, comme Couchepin, un radical zurichois. Pas nécessairement dans le sens négatif, affairiste, de la Bahnhofstrasse, mais enfin c’est un radical qui n’a pas peur – comme certains Romands – de l’économie. Les conseils d’administration ne l’effraient pas. Il connaît les questions d’argent, et ne rougit pas à les évoquer. Pour autant, on ne saurait cantonner Pelli à cette seule dimension : il se hisse sans problème au niveau de l’Etat et des intérêts supérieurs du pays.

 

Les Romands ont apprécié Fulvio Pelli dans ses années de présidence. On souriait de son côté toujours très cérébral, très rationnel. On a pu pasticher son discours très conceptuel, aux antipodes de l’immédiateté émotionnelle de l’image. Je crois que Fulvio Pelli est l’homme le moins porté sur le populisme qu’il m’ait été donné de connaître. Assurément, son successeur, Philipp Müller, a un langage plus simple, plus direct, plus proche du grand public.

 

Comme journaliste romand, j’aimerais dire ici son immense disponibilité. Entre 2008 et 2010, j’animais à Genève, en plus de mon émission TV du soir, une heure de Matinales sur Radio Cité, une antenne locale. Un matin sur trois, toujours de bonne humeur, Fulvio Pelli venait en découdre en direct (en duplex) avec son meilleur ennemi, le Valaisan Christophe Darbellay, président du PDC suisse. Il savait bien que l’audience était confidentielle, mais venait quand même, et je crois que c’était par amour du jeu rhétorique. Car cet avocat aime les mots. Et les manie avec élégance. Et ces duos entre anciens adversaires du Sonderbund ont donné d’inénarrables moments de radio.

 

Moi journaliste de Genève, je me sens avec ce Tessinois un trésor commun : d’abord le pays lui-même, cette citoyenneté partagée ; mais aussi la passion du discours politique, les grandes références qui ont fondé le radicalisme suisse : Freisinn, Vernunft. Responsabilité. Engagement. Je souhaite au jeune retraité des Chambres fédérales de belles années dans son canton. Il l’a représenté avec beaucoup de présence sous la Coupole fédérale. Il ne m’aurait pas déplu qu’en 2009, il parvînt au plus haut niveau de responsabilité de ce pays.

 

Pascal Décaillet

 

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30/12/2013

La Suisse en 2013 : pays prospère, démocratie vivante

 

Édito paru ce matin en première page du Giornale del Popolo - Titre en italien : Paese prospero, democrazia in salute - Lundi 30.12.13


 
Comment la Suisse s’est-elle portée en 2013 ? Fermons les yeux, faisons le vide, laissons remonter, en vrac, quelques souvenirs. Et disons-le tout net : sans tremper dans le mythe du « peuple heureux », nous n’avons tout de même pas trop à nous plaindre ! Nous avons certes des problèmes, mais enfin globalement, la Suisse demeure, au milieu du continent européen, un pays prospère, envié, attirant une forte immigration pour y trouver du travail, affichant l’un des taux de chômage (3%) les plus faibles du monde. C’est, aussi, un pays où quatre communautés linguistiques (à vrai dire beaucoup plus, prenons par exemple les albanophones) vivent en paix les unes avec les autres. Un système politique où, par la démocratie directe (initiatives ou référendums), la base peut s’exprimer et corriger la politique des élus. Un pays où l’on se respecte. Et où les trains ont plutôt tendance à arriver à l’heure. Loin de moi l’idée de vous figer le tableau en une sorte de paysage idéal de train électrique, mais il fallait tout de même commencer par là, avant de recenser l’un ou l’autre bémol.
 


Prenons l’immigration. Elle est, c’est vrai, très forte. Et nous aurons, le 9 février, à nous prononcer sur le sujet. Chacun votera en conscience. Mais enfin, à la base, un pays vers lequel on se précipite, c’est plutôt meilleur signe que le contraire. Nous fûmes, notamment dans la seconde partie du dix-neuvième siècle, terre d’émigration. Des Tessinois, des Valaisans, des Fribourgeois, et tant d’autres compatriotes, n'ayant plus de travail, sont allés chercher vers les Amériques, ou dans la Mitidja algérienne, ce qu’ils ne trouvaient plus au pays. Et même encore pendant que les radicaux lançaient la Suisse moderne, avec le percement du Gotthard, les voies ferrées, le capitalisme industriel, les oubliés de ce pays allaient quérir d’autres horizons. Comment ne pas penser à eux en lisant l’éblouissante première page de « L’Amérique » de Kafka, dans cet allemand si sublime, avec ce traveling sur le port de New York, et ce rêve de liberté dans les yeux de l’immigrant ?
 


La Suisse demeure un pays prospère, mais ne doit en aucun cas se reposer sur ses lauriers. Économiquement, la bataille est rude pour rester concurrentiel, maintenir notre capacité d’exportations, innover dans de nouveaux pôles de recherche et d’excellence, améliorer notre système de santé en tâchant d’en baisser les coûts. N’oublions jamais notre agriculture : nous l’avons voulue proche de l’environnement, respectueuse du bétail, orientée vers des produits de haute qualité : ce choix citoyen a un prix. Il implique un certain protectionnisme, non pour renouer avec le Plan Wahlen, mais simplement pour que nos paysans puissent survivre.


 
Sur le plan politique, les signaux de 2013 ne sont pas simples à décrypter. Dans la foulée du succès de la Lega aux élections tessinoises de 2011, les partis conservateurs, prônant la préférence aux résidents, ont marqué des points. Victoire d’Oskar Freysinger en Valais, d’Yvan Perrin à Neuchâtel (deux cantons où l’UDC n’avait jamais eu de conseiller d’Etat). Victoire du MCG à Genève, avec 20 députés sur 100, et l’arrivée au gouvernement de Mauro Poggia. Au fond, la Suisse latine, aujourd’hui, s’avère tout aussi conservatrice que les Alémaniques, elle traduit juste la tendance par d’autres sensibilités, d’autres étiquettes. Mais elle commence, dans des scrutins majoritaires, à envoyer des UDC dans les Conseils d’Etat.


 
Pourtant, lors des votations fédérales, le peuple demeure souverain, pragmatique, et ne se laisse toujours pas réduire, sur la longueur, à une seule grille de lecture, qui nous permettrait de conclure : « Il est plus à gauche, ou plus à droite ». Il refuse nettement  (9 juin) l’élection du Conseil fédéral par le peuple, donc sur ce point désavoue l’UDC. Il maintient sa confiance (22 septembre) à notre système d’armée de milice, avec le principe d’obligation de servir. Il avait dit oui à Minder, mais refuse, le 24 novembre, d’aller trop loin avec l’initiative 1 :12. Il balaye (24 novembre) le vignette à 100 francs, parce qu’il a bien senti que le paquet était mal ficelé, mal justifié. Quelles que soient nos sensibilités politiques, comment ne pas rendre hommage à la sagesse, la précision de perception des enjeux de ce peuple citoyen, rompu de longue date à un exercice fin et lucide de la démocratie directe ? Le peuple est le souverain de ce pays : pour ma part, je me félicite d’avoir un souverain aussi éclairé. De loin pas toujours d’accord avec ses décisions, mais, sur la longueur, beaucoup d’intelligence et d’équilibre.
 


Un mot enfin, très bref, sur notre politique étrangère. L’air de rien, pendant que nous avons tous le nez plongé dans nos affaires intérieures, c’est à Genève que tentent de se régler les dossiers du nucléaire iranien et du drame que traverse la Syrie. A Genève, et nulle part ailleurs. Nous les Suisses, nous avons à en être fiers : notre pays est minuscule, il est fragile. Mais, s’il voit grand, il peut nous porter très loin. A tous les lecteurs du Giornale del Popolo, j’adresse mes meilleurs vœux pour 2014.


 
Pascal Décaillet

 

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07/09/2013

Les 125 ans d'un grand parti


Édito publié ce matin en première page du Giornale del Popolo 


 
Le parti socialiste suisse, qui va fêter ses 125 ans cet automne, est un grand parti de notre pays, dont il a largement contribué à écrire l’Histoire. Son trajet, depuis sa création, le 21 octobre 1888, à Berne, par la Conférence ouvrière suisse, épouse au fond le destin de la nation, ses moments de bonheur et de prospérité, comme les années Tschudi avec son tempo réformateur de l’AVS, mais aussi les périodes de division et d’immenses tensions, comme la grève générale de novembre 1918. Parti gouvernemental au niveau fédéral depuis 1943, deux représentants depuis 1959, présent dans tous les combats, nous ayant donné de grandes figures. Oui, nous devons beaucoup à cette famille politique.
 


Quand on scrute l’Histoire politique suisse, on a toujours l’impression que tout se cristallise dans la seconde partie du dix-neuvième siècle, cette période folle entre le Sonderbund (1847), immédiatement suivi par la naissance de la Suisse moderne (1848) et la Grande Guerre (1914). C’est là que se créent, au niveau national, nos partis politiques, mais aussi nos grands journaux, là que se préparent les fronts du vingtième siècle.


 
Le parti socialiste suisse est né d’un centralisme fédéral. Il est créé d’en haut. Ce qui n’est le cas ni chez les radicaux, ni chez les catholiques conservateurs, qu’on appellera beaucoup plus tard (1971) le PDC. Nous avions expliqué ici même, pour les 100 ans du PDC suisse, à quel point il avait fallu, dans le Congrès fondateur de Lucerne, fédérer des traditions cantonales incroyablement disparates, n’ayant au fond en commun que la souche catholique et la volonté de revanche du Sonderbund.


 
Chez les socialistes suisses de la fin du dix-neuvième siècle, on accepte d’autant mieux l’idée unitaire qu’on est très minoritaire : premier élu au National en 1890, dix-huit élus en 1911, avec pour la première fois un groupe parlementaire. Accueil de Lénine en pleine Première Guerre mondiale, refus du budget militaire en 1917, Comité d’Olten en 1918 et appel à la grève générale. Cette grève, du 12 au 14 novembre, dans l’immédiate foulée de l’Armistice et sur contexte de Révolution allemande, est l’un des événements majeurs de notre destin national. La bourgeoisie, traumatisée par l’idée d’une Suisse aux mains des Soviets, a tenté pendant des décennies d’en étouffer l’historiographie. Elle a évidemment eu tort : la vérité revient toujours.


 
Toujours est-il que les premières élections à la proportionnelle en 1919  (l’une des revendications du Comité d’Olten) permettent aux socialistes de doubler leur représentation au National : ils passent de 20 à 41 sièges. Pas encore mûrs pour être gouvernementaux, mais assurément appelés à se glisser dans le cercle des responsabilités, l’élaboration des lois : c’est ainsi, dans l’Histoire suisse, qu’en douceur, avec le temps, les partis issus de la marge et de la protestation, entrent dans le système. Cette faculté de récupération des oppositions est un trait de génie de notre culture politique.


 
Dans les années suivantes, l’ascension continue. Très bon résultat aux élections fédérales de 1931, refus du Front commun avec les communistes en 1933, prise du pouvoir (démocratique !) à Genève la même année, autour de Léon Nicole (exclu du parti en 1939), victoire aux élections de 1943, et cette même année, premier conseiller fédéral, le Zurichois Ernst Nobs. À partir de là, à part quelques années d’absence au milieu des années 50 suite à la démission de Max Weber, les socialistes seront toujours au cœur du pouvoir, passant à deux conseillers fédéraux en 1959, dont l’immense Tschudi (1959-1973), que j’ai eu l’honneur d’interviewer à Bâle, chez lui, pour ses 80 ans, et qui a tant fait pour nos assurances sociales.


 
La suite, on la connaît, c’est une Histoire qui nous est plus proche, beaucoup d’entre nous l’ont même vécue : psychodrame de 1983 suite à la non-élection d’une femme, la Zurichoise Lilian Uchtenhagen, à laquelle l’Assemblée fédérale préfère le Soleurois Otto Stich, menaces de quitter le Conseil fédéral, finalement le parti choisit d’y rester. Trente ans après, toujours deux conseillers fédéraux, la Bernoise Simonetta Sommaruga et le Fribourgeois Alain Berset.


 
Je n’ai esquissé, ici, que quelques repères dans l’Histoire du parti national, n’entrant pas dans les diversités cantonales (les Tessinois en savent quelque chose !), tentant tout au plus de montrer la remarquable trajectoire d’intégration de ce parti au cœur de notre vie politique et de nos institutions. Assurément, le parti socialiste suisse sera encore de longues années avec nous. Avec des hauts et des bas, des querelles internes, de grandes personnalités à Berne, dans nos villes et nos cantons. Souhaitons-lui un excellent anniversaire. Enrichissons-nous de sa présence, dans la nécessaire dialectique qu’exige notre démocratie.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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24/08/2013

La Suisse a-t-elle une politique européenne ?

 

Édito publié ce matin en une du Giornale del Popolo - Samedi 24.08.13


 
La question est simple : la Suisse a-t-elle un ministre des Affaires étrangères ? Réponse : oui, il s’appelle Didier Burkhalter, et s’est montré très actif cette semaine, en inaugurant la traditionnelle Conférence des Ambassadeurs, et surtout en tentant, mercredi, de donner un nouveau souffle à notre politique européenne. La Suisse a donc un ministre, magnifique. Mais a-t-elle pour autant une politique étrangère, notamment en matière européenne ? Là, la réponse est beaucoup plus complexe, et va chercher dans les limites d’un homme dont nul ne nie la sincérité de son attachement au pays, mais dont le charisme et la puissance de persuasion n’apparaissent pas comme les qualités premières. C’est dommage, parce que le rôle d’un ministre n’est pas seulement de peaufiner le travail en cabinet, mais de convaincre à grande échelle : Delamuraz, par exemple, avait cette fibre.


 
Ainsi, mercredi soir, à la Radio Suisse Romande, Didier Burkhalter apparaissait comme un homme pointilleux et précis, habile même peut-être, mais toujours aussi étriqué et décevant lorsqu’il définissait le champ à convaincre, ce que les spécialistes appellent l’horizon d’attente : cet espace, défini au plus large, n’est jamais donné comme étant le peuple suisse, pourtant souverain, mais au mieux c’est la Commission de politique extérieure du National ! Toujours, dans la tête du conseiller fédéral, cette hyper-représentation du Parlement, comme si ce dernier n’était que le seul théâtre d’opérations de notre politique. Un cercle fermé, caucasien comme chez Brecht, tracé à la craie, avec son éternel jeu de miroirs, mais dont la Suisse profonde, celle des millions d’électeurs et citoyens, se trouve coupée. On dirait que M. Burkhalter ne vit et n’existe que dans ce décor-là, celui des commissions parlementaires, au mieux le plénum, le tout sous la molasse sacrée de la Berne fédérale.


 
Mercredi toutefois, Didier Burkhalter a tenté de convaincre sur une échelle plus large. Il a dévoilé les intentions du Conseil fédéral en matière européenne : poursuivre la voie bilatérale, avec un mandat de négociation Berne-Bruxelles sur la question institutionnelle. Surtout, le ministre veut ignorer le débat qui a enflammé une partie de la classe politique suisse cet été, notamment du côté de l’UDC et du PDC : la question des juges étrangers. Pour rappel, les négociateurs du DFAE, à commencer par le secrétaire d’Etat Yves Rossier, sont entrés en matière pour que la Cour européenne de justice puisse être instance d’arbitrage, entre la Suisse et l’Europe, sur l’application des bilatérales. Tollé dans une bonne partie de la droite du pays, tous partis confondus, je dis bien tous.


 
Toujours mercredi soir à la RSR, le ministre s’embrouillait dans les arguments techniques pour tenter de nous convaincre que l’avis de la Cour européenne ne serait pas final. Assurément, l’argutie ne portera pas : la question des juges étrangers, qu’on remonte ou non à 1291 (je refuse pour ma part de m’ancrer dans une mythologie aussi lointaine), est très sensible au cœur et au patriotisme des Suisses. Elle ne passera pas. Sous-estimer la puissance de ce symbole, de la part d’un ministre, est une erreur, et le président du PDC suisse, Christophe Darbellay, a eu parfaitement raison de défendre l’indépendance et la souveraineté de notre pays. Il l’a fait dans un langage clair, calme, résolu, qui conforte sa position d’adversaire de M. Burkhalter, au sein de la famille de droite. La Suisse sait désormais, sur les questions de souveraineté, qu’elle peut compter sur un autre parti que l’UDC. Et d’ailleurs aussi, à titre plus ou moins avoué, sur d’innombrables membres du propre parti de M. Burkhalter !


 
Le pire, c’est qu’à l’issue de l’exercice, destiné à nous montrer à quel point M. Burkhalter avait le soutien du Conseil fédéral, on n’en sait toujours pas plus sur l’avenir de notre politique européenne ! Le contenu du mandat de négociation n’est pas public, on sait juste que la voie bilatérale va se poursuivre. Mais franchement, qui en aurait douté ? Au final, un ministre assurément respectable, mais qui devra prendre, dans les mois qui viennent, la dimension nationale de sa mission de conviction et de communication. Ça n’est pas le domaine où il excelle le plus. Allez, disons-le comme cela, pour terminer sur un euphémisme. Belle fin d’été à tous !


 
Pascal Décaillet

 

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27/05/2013

Election par le peuple : osons le oui !

 

Edito publié en première page du Giornale del Popolo - Lundi 27.05.13


 
La Suisse est un pays merveilleux. Ainsi, ici même, le plaidoyer d’un Valaisan de Genève, ayant travaillé à Berne, pour convaincre ses amis tessinois de ne pas avoir peur de voter oui à l’élection du Conseil fédéral par le peuple, le 9 juin prochain. Oh, je sais, beaucoup de Tessinois sont sceptiques : ils craignent pour la représentation de la Suisse italienne. Et préféreront sans doute garder un système qui leur a permis, depuis 1848, d’avoir souvent l’un des leurs au gouvernement de la Confédération. La même réserve existe en Suisse romande. Elle est légitime, je n’essaye pas de m’en cacher.


 
Mais avant de parler des minorités, voyons plus grand, parlons de notre pays : la Suisse. C’est d’elle qu’il s’agit, après tout, notre Suisse fédérale, cette mise en commun de nos destins depuis 1848. Il s’agit du gouvernement de la Suisse ! Au milieu du 19ème siècle, lorsqu’a émergé l’Etat fédéral, dans une Europe en pleine tourmente, le vrai pouvoir était dans les cantons. Nos conseillers fédéraux des premiers temps relevaient, dans la tête des Suisses, d’un échelon administratif, lointain, on ne les connaissait tout simplement pas. Alors, pour élire ce comité de Sages, on a fait confiance aux parlementaires fédéraux. Eux, au moins, se rendaient à Berne plusieurs fois par année, connaissaient les papables des autres cantons, pouvaient voter en connaissance de cause.


 
Et puis, comme ce système a plutôt bien marché, donné aux pays de grands hommes (comme le Tessinois Motta), est allé de pair avec une exceptionnelle élévation de nos niveaux de vie, nous a préservés de deux guerres mondiales, garanti depuis 1937 la paix sociale, façonné dès 1948 un excellent système de retraites, on s’est dit qu’au fond, il n’y avait pas grande raison d’en changer. Deux fois pourtant, en 1900 et 1942, l’élection au suffrage universelle fut soumise au peuple et aux cantons, mais deux fois, balayée. A noter qu’à l’époque, c’était la gauche qui voulait changer le système. Mais, aussitôt intégrée au Conseil fédéral avec le premier socialiste, Ernst Nobs, en 1943, elle a trouvé que le système indirect avait du bon. A noter, encore, que le 4 novembre 1900, l’initiative, certes refusée au niveau fédéral, était acceptée par le Tessin (50,5%), Fribourg (72,9%), le Valais (59,9%), et nombre de cantons catholiques, bref une opposition qui ressemblait furieusement aux ultimes alluvions du Sonderbund.
 


Nous sommes aujourd’hui en 2013. Par internet, nous savons immédiatement ce qui se passe, partout dans le monde. Par les médias, nous connaissons les grandes figures de la politique suisse : le Zurichois Blocher, le Vaudois Maillard, la Saint-Galloise Keller-Sutter, le Tessinois Lombardi, le Valaisan Darbellay, etc. A noter que la plupart de ces personnes (et les Tessinois sont les plus brillants dans ce domaine) s’expriment dans deux, voire trois langues nationales. Nos problèmes sont devenus nationaux. J’estime infiniment plus légitime, pour un conseiller fédéral, d’être élu par quatre millions de citoyens que par 246 parlementaires. L’onction de cette immédiateté lui donnera une légitimité beaucoup plus puissante que le seul jeu de miroirs du sérail parlementaire. Le candidat devra aller à la rencontre du pays profond, il aura pour horizon d’attente, pour théâtre d’opérations, le pays tout entier.


 
J’ajoute une chose : Valaisan de Genève, il m’est parfaitement égal qu’il y ait des Valaisans ou des Genevois au Conseil fédéral. Il s’agit d’une instance suisse. Dans le Bâlois Tschudi, le Saint-Gallois Furgler, les Vaudois Delamuraz, trois grands hommes, j’ai toujours reconnu MES conseillers fédéraux. Non par l’origine cantonale. Mais justement parce que différents de moi, ils me parlaient et me touchaient quand même. Osons l’élection par le peuple. Osons la Suisse. Osons donner un nouvel élan à ce fabuleux pays. Il a besoin d’audace, d’amour et de modernité. Besoin de nos énergies. Besoin de nous.


 
Pascal Décaillet
 
 

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05/01/2013

La Suisse en 2012 : un pays attaqué, mais en bonne santé !

 

Edito publié aujourd'hui dans le Giornale del Popolo, sous le titre "Paese sotto attaco, ma in salute" - Samedi 05.01.13

 

La première bonne nouvelle, en forme de bilan de l’année 2012, c’est l’incapacité totale de nos amis les Mayas à émettre la moindre prévision correcte : à l’heure où j’écris ces lignes, début 2013, la Suisse, le monde, la planète, sont encore là, et la fin des temps est remise à une date ultérieure ! L’autre bonne nouvelle, c’est que la Suisse, malgré les incroyables pressions qui pèsent sur elle de la part de ses chers voisins, se porte finalement plutôt bien : notre taux national de chômage, autour de 3%, est sans comparaison avec ceux des pays qui nous entourent. Il fallait tout de même commencer par dire cela, avant d’en venir à l’examen de détail de nos préoccupations. Qui restent, toujours en comparaison internationale, les soucis d’un pays riche, prospère, où le niveau de vie, celui de formation, la santé publique, la sécurité, la qualité d’existence demeurent très enviés, loin à la ronde.

 

 

Venons-en à 2012. De même que le vingtième siècle a commencé en 1914, il se pourrait bien que l’année 2012 ait vu son véritable début politique…  le 12 mars ! Ce dimanche-là, le peuple (50,6%) et une majorité de cantons (12 + 3 demi-cantons) acceptaient l’initiative de Franz Weber « pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires ». C’était une bombe. Révélant au pays l’importance, pour nos compatriotes, d’un aménagement du territoire mieux contrôlé qu’aujourd’hui. Des cantons comme Zurich, Berne, Genève acceptaient le texte. Le Tessin le rejetait à 54%, tout comme le Valais, canton touristique, à près de 74% ! Une Suisse véritablement coupée en deux, non sur la barrière des langues, mais sur la plaine et la montagne, les grands centres économiques face aux régions périphériques. Une césure dont on n’a pas fini de parler, et qu’il sera très intéressant d’observer le 3 mars 2013, dans deux mois, lors de la votation fédérale sur l’aménagement du territoire. Oui, les Suisses aiment la qualité de leurs paysages, veulent avoir leur mot à dire sur les questions d’urbanisme, n’ont aucune envie de voir leur pays transformé en une immense cité-dortoir, où il n’y aurait plus ni ville, ni campagne.

 

 

L’autre leçon de 2012, c’est que notre pays ne peut pas compter sur grand monde d’autre que sur lui-même ! Finie, la Suisse aimée et câlinée pas ses voisins, voici maintenant le temps d’une Suisse attaquée, de partout, avec une fureur de plus en plus forte, autour de son système fiscal. Nos voisins allemands, français, mais aussi les Britanniques, les Américains, l’Union européenne nous font procès de notre laxisme, et de notre très grande «réceptivité » à l’évasion fiscale venue de leurs propres pays. Et le ton n’est plus du tout à la politesse : la Suisse est houspillée, vilipendée, mise sous pression. Il n’est pas sûr, face à cette véritable guerre lancée contre nous, que nous ayons pu compter, avec la présidente de la Confédération 2012, sur le meilleur appui, le meilleur stratège, la plus farouche détermination à défendre le pays.

 

 

Oui, Mme Widmer-Schlumpf a posé problème. Non, ses négociateurs ne furent pas les meilleurs de notre Histoire. Non, il n’est pas compréhensible qu’elle donne l’impression, fin 2012, d’entrer en matière sur l’échange automatique d’informations, alors qu’elle n’en a reçu nul mandat, de personne. A tel point que même le président du PLR suisse, Philipp Müller, s’est énervé en fin d’année, attaquant avec beaucoup de violence la présidente. Dans ce conflit, début 2013, rien n’est résolu : les pressions de nos voisins vont continuer, le débat interne aussi, les uns accusant les autres de trahison. Nous montrons hélas beaucoup de faiblesse dans la gestion de cette crise.

 

 

Au final, un pays en bonne santé économique. Dont les institutions fonctionnent. Dont la dette est beaucoup moins vertigineuse que celle de nos voisins, ceux qui justement nous font la leçon. Un pays dont la cohésion sociale, elle aussi, se porte plutôt bien, sans doute grâce au tissu de conventions collectives datant de la paix du travail (1937). Mais un pays attaqué. Un pays qui doit définir ses valeurs, démocratiquement, mais ensuite les défendre avec beaucoup plus d’unité qu’aujourd’hui. Un pays qui doit se battre pour demeurer compétitif. Un pays ni meilleur, ni pire que les autres. Mais c’est le nôtre. Il est petit, il est fragile, il n’a pas à rougir de ce qu’il est. Peut-être devrions-nous davantage lui montrer que nous l’aimons.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/12/2012

6 décembre 1992: la Raison contre le Sentiment


Edito paru ce matin dans le Giornale del Popolo - Lundi 03.12.12
 
 
« Dimanche noir ». J’entends encore, comme si c’était hier, les mots terribles, les mots glaçants de Jean-Pascal Delamuraz, en fin d’après-midi, ce dimanche 6 décembre 1992. J’étais correspondant parlementaire à Berne, j’avais couvert, avec mes collègues de la RSR, la plus formidable campagne de la Suisse de l’après-guerre. Je ne suis pas sûr d’en revivre une de cette dimension : nous avions l’impression, sans doute exagérément d’ailleurs, que la Suisse avait rendez-vous avec son destin.


 
Au printemps, j’avais accompagné Jean-Pascal Delamuraz à Porto, pour la signature de l’EEE. Il y avait Jacques Delors, Genscher, Roland Dumas, il faisait beau, nous avions l’impression que tout allait aller tout seul, que la ratification populaire, six mois plus tard, ne serait qu’une formalité. Terrible erreur ! Occupés à regarder le vaste monde, nous avions simplement oublié le fantôme du Commandeur : la Suisse, la Vieille Suisse, le pays profond. Le 6 décembre, à 15.22h, il s’est poliment rappelé à notre bon souvenir. Pendant les deux derniers mois de campagne, septembre et octobre, j’avais suivi Delamuraz un peu partout, mais aussi Blocher, et je me suis bien rendu compte, à mesure qu’approchait l’échéance, que ça allait être beaucoup plus difficile que prévu. Et pour la majorité du peuple, et pour celle des cantons. Les derniers jours, à partir du 1er décembre, nous ne nous faisions déjà presque plus d’illusions.


 
Quelque chose, dans la deuxième partie de l’automne, avait tourné. La puissance de la Raison (Vernunft), incarnée par la rhétorique exceptionnelle d’un Delamuraz, avait trouvé face à elle l’intensité du sentiment (Gefühl), génialement servie par Blocher. L’un nous parlait de l’extérieur, de l’Europe, de la grandeur du continent, du métissage, de l’échange. L’autre, simplement, nous parlait de nous. De l’intimité de notre appartenance au pays. Il le faisait dans la langue des gens, avec la force de l’image, la drôlerie des intonations, les mots de la fureur, de la colère. La Suisse romande, dans sa majorité, méprisait cela, parlait de populisme, n’éprouvait que mépris pour ces paysans reculés. Le 6 décembre, 15.22h, le verdict est tombé. Je le sais : c’est moi, à la RSR, qui ai fait à chaud le premier commentaire. J’étais – sans doute sous l’influence de Delamuraz – fervent partisan de l’Accord. Pour moi, comme pour la plupart de mes collègues romands, ce fut comme une douche glacée.


 
Et ce jour-là, pas question d’invoquer la « solidarité latine ». Avec ses 61,5% de non, le Tessin votait comme la majorité du pays. Il n’y avait, aux côtés des cantons romands, que les deux Bâle. Mais aussi, phénomène très intéressant, pas mal de villes alémaniques. La césure n’était pas seulement celle de la Sarine. Elle répondait à une autre lecture, plus subtile, de nos différences internes. Des thèses de doctorat, sur le sujet, se sont multipliées.


 
Vingt ans après, quid ? Jean-Pascal Delamuraz, que je continue, malgré cet échec, de tenir pour l’homme d’Etat le plus important que j’aie côtoyé, nous a quittés en 1998, beaucoup trop jeune. Christoph Blocher a conquis le pouvoir, réalisé la plus grande progression de l’après-guerre. Aujourd’hui, il est moins en avant, mais n’est pas mort ! La Suisse s’est engagée dans les bilatérales, et elle a eu raison. A plusieurs reprises, le peuple a légitimé cette méthode, moins spectaculaire, plus pragmatique, plus suisse. On le sait aujourd’hui, l’idée européenne en Suisse (et d’ailleurs en Europe !) s’est effondrée. L’Union s’est agrandie trop vite, le déficit démocratique de l’institution est flagrant. Les Suisses ne veulent pas entendre parler d’adhésion. Et sans doute seraient-ils aussi très sceptiques s’ils devaient voter sur l’idée, avancée par Christophe Darbellay, d’un EEE bis.


 
La suite, nul d’entre nous ne peut vraiment l’imaginer. L’ouverture à l’Europe peut disparaître, comme elle peut renaître. Demeure, pour moi, le souvenir d’une campagne inoubliable. Delamuraz contre Blocher ! La Raison contre le Sentiment. J’ai plus appris, pendant ces quelques mois de 1992, que pendant les années qui avaient précédé. Cette campagne aura été, pour toujours, fondatrice de ma passion pour la savoureuse complexité de la politique suisse.


 
Pascal Décaillet

 

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31/08/2012

Avec Christian Varone

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 31.08.12

 

Un homme seul. Il a certes sa famille, ses amis, d’innombrables messages de sympathie. Et, au sein de sa formation politique, son clan de partisans. Mais dans la vie, et surtout dans la difficulté, on est toujours seul. Je mesure ce que doit éprouver Christian Varone, le poids du lâchage et de la trahison, la mielleuse délicatesse des défections, ceux qui s’en vont, vous savez, sur la pointe des pieds, sans faire de bruit. Ceux, prétendument de votre camp, qui vous traitent ici même de « page blanche », ou n’attribuent votre mérite, votre vertu, qu’à la « bienveillance du camp majoritaire ». Comme si, depuis 75 ans, cette compatibilité n’avait été un élément déterminant pour faire élire les grands magistrats radicaux de ce canton.

 

Page blanche ! L’image est belle, elle a la moiteur blême de la main qui tient la dague. J’ignore tout de cette candeur, mais je sais, lorsqu’il a fallu gérer l’affaire du tunnel de Sierre, là où nous tous aurions flanché, qu’on ne se souciait guère de savoir si la page était blanche ou grise. Parce qu’on avait face à nous la rudesse d’un courage, la trempe d’un caractère. Une attention infinie, aussi, à la dimension du tragique, la rupture de tous ces destins, ce malheur qui fait chavirer les âmes. Ça n’est certes pas un blanc-seing pour devenir ministre, mais enfin je ne sache pas non plus que ça détermine le contraire, ni de subtils distinguos sur « la main ferme » et « la main heureuse ». En un mot comme en mille, lorsqu’il fallait être là, Christian Varone le fut.

 

Le 6 septembre, à Conthey, le PLR fera son choix. Je ne suis pas sûr qu’il ait absolument besoin des « Lumières de la Raison » pour se déterminer. Laissons chacun de ces militants écouter le fond de son cœur, la petite voix de l’intérieur qui se passera bien de l’Appel aux Equerres pour dessiner la géométrie de la décision. Si cette instance devait élire Christian Varone comme candidat, alors tout deviendrait possible. Pourquoi ? Mais parce que l’autre instance, finale, la seule qui vaille, le peuple valaisan du printemps 2013, je peux vous dire qu’elle donnera avec une souveraine majesté sa réponse à tout cet océan de miasmes et de salissures qui, de l’interne bien plus que de Turquie, aura sévi en cet été caniculaire. Parce qu’il s’agit d’élire un conseiller d’Etat. Et que la seule instance apte à le faire, est le corps électoral. Pas la justice turque. Pas l’ambassade turque. Pas la presse satirique. Pas les éditorialistes. Pas vous. Pas moi. Non : le peuple en armes, non celui qui fait du bruit, mais celui qui vote.

 

Et ce peuple électeur, nul n’a de leçon à lui donner. Si M. Varone est candidat, seul le peuple jugera. Il l’élira. Ou ne l’élira pas. Mais foin des juges, foin des censeurs, foin des moralistes de la 25ème heure. Il y aura le peuple. Il y aura une décision. Cela s’appelle, tout simplement, la démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

 

08/08/2012

Présidente de la Confédération... ou du Conseil fédéral ?

 

Commentaire publié ce matin en une du Giornale del Popolo - Mercredi 08.08.12


 

Un bilan de sept mois, c'est original, inédit. On peut gloser sur le premier semestre de l'année présidentielle, ou sur l'année elle-même, mais sept mois... Eveline Widmer-Schlumpf, présidente 2012 de la Confédération, serait-elle en panne ? Aurait-elle besoin de lustrer un peu son blason, à quelques jours d'une intervention SSR du 1er août dont le moins qu'on puisse dire - en restant poli - est qu'elle n'a pas galvanisé les foules. En langue française, ce fut même catastrophique. Alors oui, quelques annonces intéressantes, hier à Berne, comme cette invitation lancée au président François Hollande. Mais surtout, pour nous, peuple suisse, l'occasion de nous interroger sur cette présidence.

 

D'abord, Mme Widmer-Schlumpf, comme conseillère fédérale, apparaît beaucoup plus légitime depuis décembre 2011 que lors de la législature précédente. Elle a été réélue, avec aisance, dans un scrutin qui, cette fois, ne sentait pas la combinazione, comme en 2007, lorsqu'il s'agissait d'évincer Blocher. Légitime comme conseillère fédérale, et donc aussi comme présidente. Elle est maintenant, un ministre comme les autres. Ses interventions sont intelligentes, précises, mesurées. Comme présidente, elle a le souci du pays, de son unité dans la diversité : les habitants des Grisons, comme de la Suisse italienne, sont habités par l'impérieuse nécessité de ces équilibres, les lecteurs de ce journal le savent bien.

 

Un ton présidentiel, donc. Comme les Suisses l'aiment. C'est-à-dire sans élever la voix, sans se draper dans des postures supérieures, sans se hausser au niveau de l'homme ou de la femme providentiels. De ce côté-là, bravo. Reste à savoir si cette femme travailleuse mais discrète est vraiment présidente de la Confédération, ou plutôt, seulement, présidente... du Conseil fédéral. Ça n'est pas la même chose ! Nul doute que Mme Widmer-Schlumpf fasse fort bien son boulot de prima inter pares, au sein des sept. Et c'est, en effet, une partie capitale de sa fonction. Mais on pourrait, pour l'intérêt du pays, en rêver une autre : une présidente qui irait, bien davantage, au contact du pays profond. Dans le style, toutes proportions gardées, d'Adolf Ogi : un président apprécié et populaire.

 

Là, nous touchons aux limites. De Suisse romande (et vous, en Suisse italienne ?), on a vraiment l'impression d'une ministre qui ne vit que pour convaincre le cercle très fermé de la Berne fédérale. Hier encore, elle rappelait la complexité des dossiers dont elle est chargée, ce qui est un bilan de Département, pas de présidence. Élue par le Parlement (et dans quelles circonstances, la première fois !), cette conseillère fédérale ne semble avoir pour horizon, pour théâtre d'opérations, que le Palais fédéral. Dommage. Parce qu'une présidence de la Confédération, ça doit être autre chose. Les Suisses doivent sentir la puissance d'une personnalité, le lien intime qui les unirait à un combat pour le pays. Je pense, en écrivant ces lignes, à Jean-Pascal Delamuraz. Ce type de lien, l'actuelle présidente ne l'a pas. Elle ne cherche pas à l'avoir.

 

Reste - mais c'est une autre affaire - à dresser le bilan de son Département. Là, les Suisses la jugeront sur son intransigeance à les défendre. On sait que de nombreuses voix, notamment à droite, se montrent de plus en plus sévères en évoquant les concessions de la Suisse à l'étranger. Par exemple, en matière de fiscalité. En attendant, souhaitons que Mme Widmer-Schlumpf, pour les cinq mois qui lui restent, vienne davantage voir les Suisses, sur le terrain. Car la politique n'est pas seulement gestion au jour le jour. Mais elle aussi incarnation.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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17/01/2011

Il direttore illuminato della SSR

 

Edito publié en première page du Giornale del Popolo - Lundi 17.01.11 - Un grand merci à mon ami et confrère Claudio Mesoniat, rédacteur en chef, pour la traduction - La version allemande sera publiée sous peu.


Un bel giorno, sulle colonne di alcuni quotidiani svizzeri (era il 4 gennaio scorso), Roger de Weck si è messo a parlare di Lumi, con la L maiuscola, insomma quelli di Diderot e Voltaire, ripetendo a tal punto questa parola incantatoria che al posto dei Lumi è un saltellare di capretti che si è parato ai nostri occhi. I capretti del generale de Gaulle, quando parlava dell’Europa. Caso divertente, il nuovo patron della SSR si trova ad essere un partigiano accanito dell’entrata della Svizzera nell’Unione europea: l’Europa, i Lumi, cui va ad aggiungersi una devozione liturgica alle parole “servizio pubblico”, cullate nel discorso come virtù evangeliche, arca santa, inattaccabile. Dotata di tutti i poteri: voi mormorate “servizio pubblico” ed ecco la lebbra toccata, il male ripudiato. È davvero molto forte Roger de Weck. Un mago.

Paginate intere di giornale per disegnare, col compasso e la squadra, una visione teorica, metallica, disincarnata del mondo dei media in Svizzera. Manichea, anche, tanto trasuda, sotto la penna dell’ammiratore dei Lumi, l’odio per tutto ciò che verrebbe dal privato, la demonizzazione della pubblicità, il sentimento di arroganza e di superiorità del Mammut debitamente ingrassato dal canone, di fronte alla fragile costellazione dei piccoli, meno viziati, che devono battersi infinitamente di più per sopravvivere. Da parte di un uomo che ha diretto giornali prestigiosi come “Die Zeit” o il “Tages Anzieger”, dei quali mi sfugge che fossero alimentati da fondi pubblici, si tratta di una giravolta di cui si apprezzerà l’opportuna “souplesse” (ogni via di Damasco, d’altronde ha il suo episodio di “Luce”).

I Lumi, citati cinque volte nella sola prima colonna, ci abbagliano in tutte le salse: sarebbero all’origine non solo del dibattito democratico, ma anche della satira! La quale, com’è noto, non esisteva né nell’Antichità né nel Medioevo, e neppure all’epoca di Molière, che commise l’imprudenza di nascere un secolo in anticipo. Proporre, nello stesso testo, l’apologia della satira e quella della «forza tranquilla dei buoni argomenti», ci promette dibattiti appassionanti -sotto il regno illuminato di monsieur de Weck- sulla definizione del “buon argomento”, tra buon gusto e tracotanza, là dove sta la linea gialla nella geometria del pensare corretto. Demolendo, qualche giorno fa, ai microfoni della radio romanda, Sarkozi e Berlusconi, stimando una fortuna che l’Ungheria sia nell’Unione europea, il nuovo capo della SSR ha d’altra parte inventato un nuovo concetto, rinfrescante, del ruolo del primo funzionario di una radiotelevisione di Stato: quello di una neutralità per lo meno... impegnata.

Senza ironia, il testo di Roger de Weck mi inquieta soprattutto su un punto: che, sotto la copertura dei buoni sentimenti, seminati sul cammino come altrettante virtù teologali, con veste di oggettività, il servizio detto “pubblico”, in Svizzera, sia sornionamente fatto ostaggio di un’ideologia piuttosto che di un’altra. È noto il profilo politico del nuovo patron della SSR, la sua devozione all’Unione europea, il suo disprezzo per il partito più votato dagli svizzeri alle ultime elezioni federali, tutte cose che rientrano nel suo diritto più assoluto in quanto cittadino, ma che sarebbe meglio non facessero capolino nell’esercizio delle sue funzioni. Lo stesso vale per la lotta contro la «polarizzazione» nei dibattiti: ma insomma, signor de Weck, se la Svizzera fosse chiamata nei prossimi vent’anni a polarizzarsi, e magari il centro-destra a sfumarsi dolcemente, in nome di cosa la SSR dovrebbe assumersi, unilateralmente, la missione di contrastare questa realtà politica? Esempio: la zuppa in cui si sta trasformando “Arena”, a Zurigo, in realtà per diminuire il potere d’influenza di un partito giudicato (da chi, e con quale diritto?) più degno della notte che dei Lumi.

Per il resto, la Sacra Scrittura di monsieur de Weck riprende lo strano dogma della SSR sola capace, in Svizzera, di proporre dei servizi di qualità. Suppongo che l’uomo di cultura che è de Weck legga tutti i giorni giornali come “Le Temps” o la “NZZ”, cosa che a buon conto io faccio, e questi giornali, finanziati dal solo settore privato mi insegnano, sulla politica, l’economia, la cultura, in Svizzera, almeno tanto quanto molte trasmissioni della SSR. Quanto ai canali radio e tv privati, che manifestamente de Weck non conosce, invito tutti, quando volessero, a confrontare i loro costi orari (per esempio quelli dei programmi di informazione e dei dibattiti) con quelli del Mammut.

Leggendo il nuovo capo della SSR si resta confusi dalla quantità d’energia spesa in fondo con l’unico intento (come certe costruzioni di Tinguely) di salvare la ragion d’essere della macchina stessa. Non ciò che produce, ma lo strumento come tale. Di fronte a questo manifesto di sopravvivenza, cosa devono fare i media privati, radio, tv, e (ben presto!) siti internet? Risposta: battersi. Mostrare che possono fare altrettanto bene con infinitamente meno. Essere i migliori nell’informazione di prossimità, nei dibattiti locali, ma anche nella promozione della cultura, della vita sportiva, associativa. E soprattutto, continuare a lavorare nella gioia e nell’entusiasmo, a qualche migliaio di leghe dagli apparati e dalla loro pesantezza. La sola prova in questo mestiere, in fondo, è la prova dei fatti. Ai grandi disegni teorici, quelli del compasso e della squadra, non è vano opporre l’infaticabile fatica delle formiche. Lontano dai Lumi. Ma nell’illuminante oscurità del loro artigianato. Sempre da ricominciare.

Pascal Décaillet

 

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25/10/2010

La Francophonie ne sert strictement à rien

 

Edito - Giornale del Popolo - Lundi 25.10.10

 

Adossée au lac Léman, face aux sublimes montagnes de Haute-Savoie et du Valais, la ville de Montreux, dans le canton de Vaud, jouit d’un paysage sans pareil. On y déguste aussi d’excellents petits-fours, avec saumon, champagne, langoustines, et l’esturgeon décliné sous toutes ses formes. Lors du Sommet de la Francophonie, qui vient de s’y tenir ce week-end (il s’est achevé dimanche soir), il y en eut donc pour le goût et pour le regard, pour les papilles et pour l’œil. Sans compter la présence de quelques femmes de rêve, robes longues, épaules nues, cernées de smokings et du désir des hommes. C’était Montreux, ce week-end. Le rêve. A un détail près : c’est que la francophonie ne sert strictement à rien.

 

Ou plutôt si. Elle sert à engraisser, précisément, une nébuleuse d’improbables et d’inutiles, la Sainte-Alliance des cocktails, ceux qui jacassent et qui pérorent. Ils ne disent rien. Mais ce néant, ils l’expriment en français, s’il vous plaît. Le français : Dieu sait si nous aimons cette langue, qui est nôtre, nous les Suisses romands, comme les Français, les Belges, les Québécois, les Algériens, les Sénégalais. Mais Dieu sait, aussi, s’il convient de se méfier comme de la peste de ce conglomérat de petits copains, de réseaux de la France post-coloniale, de suppôts du Quai d’Orsay, d’universitaires en fin de carrière, de journalistes qui ne pratiquent plus : oui, c’est cela, la francophonie.

 

Et les pires, ce sont les défenseurs de la langue française. Ils ont de cette dernière une conception figée, fossilisée, paléolithique. Ils voudraient qu’on la parle comme dans des traités de grammaire du dix-neuvième siècle, détestent les apports de l’extérieur, vomissent l’anglicisme, veillent sur la langue comme des Gardes rouges. Oui, c’est aussi cela, la francophonie.

 

En attendant, Montreux aura été, l’espèce d’un week-end (horreur, un mot anglais !), capitale du monde francophone. Et va pouvoir, tout doucement et tant mieux pour elle, pouvoir reprendre le cours normal de son existence.

 

Pascal Décaillet

 

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29/09/2010

La guerre des tranchées a commencé

 

Edito - Giornale del Popolo - Mercredi 29.09.10



Un putsch interne, la gauche ramenée à sa juste place, un président de parti qui pique une crise d’hystérie devant le pays entier, Christophe Darbellay et Doris Leuthard qui se frottent les mains, Fulvio Pelli dont personne ne sait ce qu’il a ourdi exactement : ce lundi 27 septembre 2010 restera, dans l’Histoire fédérale, comme une Journée des dupes. Un magnifique exemple de jeu de masques, avec des gagnants et des perdants, ceux qui pleurent et ceux qui rient, où les marionnettes finissent par remplacer les hommes. Le théâtre politique, à l’état pur.

Le résultat : l’un des plus faramineux remaniements ministériels de l’après-guerre, avec une majorité de nouveaux-venus à la tête des Départements, de méchantes et durables rognes installées entre les chefs de partis, une plainte pénale, la méfiance omniprésente, bref un nouveau gouvernement qui commence très mal. Et tout cela, à un an des élections fédérales ! Les équipes vont-elles, comme dans la Grande Guerre, se mettre à creuser des tranchées sur la Place fédérale ? Le jour, on dormirait. La nuit, on attaquerait, baïonnette au canon. Tout cela, dans l’enivrant parfum du sang qui coule, serait relaté sur des bulletins de guerre, rédigés par la presse dominicale alémanique.

Le plus fou, c’est qu’on a viré Blocher, le 12 décembre 2007, sous le prétexte qu’il nuisait à la collégialité. Mais cette législature 2007-2011, celle de l’après-Blocher, aura été, justement en termes de collège, la plus catastrophique de l’Histoire du gouvernement suisse ! Et l’épisode de lundi, avec les hurlements de Christian Levrat sous la Coupole, ajoute à la combinazione une dose de tragi-comédie, avec du bruit, de la fureur, des larmes. Théâtre, encore et toujours.

Sur le fond, comment ne pas se réjouir de l’arrivée de Doris Leuthard au Département sinistré tenu depuis quinze ans par le plus ancien ministre d’Europe en fonction, Moritz Leuenberger ? Pour la présidente de la Confédération, cette rocade, survenue le lendemain d’une victoire devant le peuple (mais pas au Tessin, ni en Suisse romande), tombe à point nommé. Après l’ère des blocages, on peut espérer qu’arrive celle du mouvement. Un exemple, la SSR : l’Argovienne osera-t-elle s’attaquer au Mammouth ? Exiger davantage de performances. Résister au chantage à la « baisse de prestations ». Mettre les gens au travail, sur les standards des radios et TV privées, comme l’excellente TeleTicino, ou encore Léman Bleu, La Télé, Canal 9 ou TeleZüri. Supprimer Billag, ce résidu de l’ère soviétique, comme le suggère Christophe Darbellay. Remettre les syndicats à leur place. Valoriser l’inventivité, l’imagination. Virer les apparatchiks. Vaste, très vaste programme !

Un mot, enfin, sur Christian Levrat. La crise piquée lundi après-midi, devant tous les micros et toutes les caméras de la Berne fédérale, n’est pas digne d’un président de parti gouvernemental. En politique, on ne vient pas pleurer. Surtout quand on est soi-même un spécialiste de la combinazione. Cela, depuis le réalisateur français Georges Méliès (1861-1938), l’un des pionniers du cinéma muet, porte un nom très parlant : cela s’appelle l’Arroseur arrosé.

Pascal Décaillet





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21/09/2010

Dernière scène avant l’orage

 

Edito Giornale del Popolo - Mardi 21.09.10

 

Un été apathique, un scénario prévisible, une formule magique qui ne devrait pas sauter cette fois, des candidates et candidats compétents, voilà la leçon de l’élection de demain au Conseil fédéral. Une double élection, comme cela fut souvent le cas dans l’Histoire suisse, scénario intelligent, parce qu’il laisse le champ ouvert. Il aura fallu forcer un peu la main à Moritz Leuenberger, mais enfin c’est fait. Et, sauf colossale surprise, ce sont une personnalité radicale et une socialiste qui entreront demain dans le gouvernement suisse. La routine, quoi.

 

Ce qui console de cet aspect mécanisé, c’est la qualité des personnes. Au premier chef, la candidate radicale Karin Keller-Sutter, une star de la politique cantonale, excellente ministre à Saint-Gall, une pensée claire et limpide, au demeurant parfaite francophone. Ca n’est pas un détail : Didier Burkhalter ne parlant que très peu, et surtout sans le moindre panache, il est important, pour les Romands, de sentir la permanence d’une certaine « parole radicale » en langue française à Berne, celle des Chevallaz, Delamuraz ou Couchepin. Paradoxalement, c’est une Saint-Galloise qui serait la mieux placée dans ce rôle ! Une compatriote de feu l’éblouissant francophone Kurt Furgler.

 

Côté socialiste, nous retiendrons Simonetta Sommaruga. Là aussi, en plus de la compétence, une certaine élégance et une certaine classe dans la prise de parole. Du côté des outsiders, l’UDC fribourgeois Jean-François Rime, poids-lourd (100 kg !) du National, parfait dans son rôle de chef d’entreprise attaché à la souveraineté nationale, n’ayant aucune envie de s’en laisser conter par l’Union européenne en matière, par exemple, de fiscalité. A juste 60 ans, l’homme brûle d’en découdre. Il est bien possible qu’on n’ait pas fini d’entendre parler de lui.

 

Les autres candidats, le radical bernois Johann Schneider-Ammann, la socialiste Jacqueline Fehr et l’outsider Verte soleuroise Brigit Wyss ne manquent pas, non plus de qualités. Reste à savoir, avec cette double élection complémentaire en pleine législature, si nous n’assistons pas à l’une des dernières du genre. Etrange gouvernement, tout de même, élu pour quatre ans en décembre 2007, et dont les quatre septièmes démissionnent en cours de mandat ! Très mauvais attelage, à la vérité, incapable de piloter le pays en temps de crise, où les ministres n’ont cessé de régler leurs comptes par presse dominicale alémanique interposée, l’une des équipes les plus faibles depuis la Seconde Guerre mondiale. Virer Blocher, le 12 décembre 2007, pour arriver à un résultat aussi médiocre, y compris en termes de collégialité (c’était le grief suprême contre le tribun zurichois), c’est l’un des grands échecs de notre Histoire politique.

 

La qualité des personnes élues sauf surprise demain, Mme Sommaruga, Mme Fehr, Mme Keller-Sutter, ou M. Schneider-Ammann, compensera-t-elle l’incroyable lacune structurelle d’un système aux soins palliatifs ? Jusqu’à décembre 2011, sans doute. Au-delà, il faudra tout revoir. Sans doute dans la douleur.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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