25/06/2010

C’est la radio qui nous fait

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Edito du dernier 7-8 de la saison 2009-2010  /  Vendredi 25.06.10

 

Depuis deux ans, dans le 7-8, nous vous proposons ce qu’on appelle une émission de radio. La radio est l’une des passions de ma vie. C’est un art extraordinaire, qui permet à des voix de rencontrer d’autres voix, à des fragments d’âme de s’envoler vers toutes les blessures ou toutes les solitudes du monde.

 

La radio, c’est la vie. Ca n’est rien d’autre que la vie. Avec ses surprises. Ses glissements. Ses actes manqués. Ses lapsus. A vrai dire, nous ne faisons pas de la radio. C’est la radio qui nous fait. La radio qui nous crée, nous façonne. Comme si elle préexistait à notre prétention à en être les artisans, les artistes, les bricoleurs. Car la radio a une âme. Et ce que nous retrouvons, parfois, ce sont quelques haillons perdus de cette âme globale, égarés par miracle.

 

Dans ma vie, j’ai fait toutes les radios. Celle du matin. Celle de midi. Celle du soir. La plus magique est celle du matin. Quand la nuit, doucement, se fond dans le jour. Quand les voix viennent vous réveiller, dans vos lits. La plus magique, c’est maintenant. Le plus magique, c’est notre envie d’en faire et d’en faire encore. Ou de nous laisser faire par elle.

 

Bienvenue à tous dans cette dernière édition de la saison. Ce sont les sons de notre propre radio que nous allons entendre. Des moments de vie. Des moments d’oubli. Des moments d’égarement. Alors, pendant une heure, oui, égarons-nous ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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12/01/2010

Un conte qui s’achève en hiver

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Il était un cinéaste de la parole, un cinéaste du dialogue. Un homme qui (comme Musset, ou Marivaux) nous montrait la situation amoureuse.

Dans ses films, guère de mouvements. Une jeune femme, tellement bien filmée, et tellement belle, avec un ou plusieurs jeunes hommes. Et puis, une autre jeune femme, souvent amie, celle qui surgit, parfois celle pour qui on trahit. Eric Rohmer, c’était cela, presque rien que cela. Et c’était un cinéma magique. Pour l’amour de la parole, mais aussi pour celui de la lumière, sur les visages.

Chez Rohmer, on souffrait d’amour, on se confiait (comme Phèdre se confie à Oenone), on flirtait parfois avec les limites de la désespérance. Mais personne, au fond, ne mourait jamais. Il y avait toujours un moment où le film nous rappelait qu’il était un film.

Chez Rohmer, on ne mourait jamais. Lui non plus, ne mourra pas. Dans l’histoire du cinéma.

 

Pascal Décaillet

 

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27/04/2009

Macha, la voix des voix

Une voix.

Juste une voix. Quelque part dans la nuit. Entre minuit et deux heures du matin. Rauque, fumeuse, corsée de vécu, patinée de la douleur des temps, c’était une voix-cicatrice.

Dans l’encre de la nuit, elle vous parlait. A l’autre bout du fil, des types cassés, des nanas disjonctées, toutes les saloperies de la vie qui vous remontaient. Et toi, au volant ou dans ton lit, tu écoutais. Elle parlait à l’autre évidemment, l’arraché du bout des ondes, mais, au fond, elle te parlait à toi, aussi. C’était là sa puissance. Là, le miracle.

Macha Béranger, qui nous a quittés hier à l’âge de 67 ans, des suites d’une longue maladie, était une très grande dame de la radio. Justement parce qu’elle n’était pas une dame. Mais juste une voix, furtive et profonde comme l’âme de la nuit. Pendant trente ans, sur France Inter, qui n’a pas été foutue de la garder, il y a trois ans, elle a été l’honneur de ce métier, l’honneur de la chaîne.

En hommage, ce mot de Léo Ferré, dans un poème qui s’appelle « Richard » : « Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit, près d’une machine à sous. Avec leurs problèmes d’hommes. Simplement des problèmes de mélancolie ».

 

Pascal Décaillet

 

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20/04/2009

Suisse-Iran : l’Histoire jugera

Hier soir, à l’Intercontinental de Genève, le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz, un homme qui incarne beaucoup des valeurs de notre pays (la mesure, la compétence, la force de la raison en politique, la tolérance) a donc rencontré le numéro un iranien, Mahmoud Ahmadinejad, l’homme qui veut détruire Israël et qui nie la Shoah.

Dans cette rencontre, on a parlé énergie. C’est vrai, quand on est un tout petit pays, faut vivre, comme chantait Mouloudji. Ben oui, faut vivre, faut bien vivre, faut bien aller chercher l’énergie là où elle est. A cela, rien à dire.

Soucieux de ne pas passer pour un simple commis-voyageur des intérêts économiques, Monsieur Merz précise, dans le communiqué, que la question des droits de l’homme en Iran a été abordée. Peines corporelles, lapidations, exécutions de mineurs. On en prend acte avec intérêt.

Mais j’ai beau chercher, lire et relire le communiqué, il y a quelque chose qui manque. Rien sur les propos de M. Ahmadinejad concernant la destruction de l’Etat d’Israël. Rien sur la négation de la Shoah. En clair, rien sur le pire du pire, rien sur l’essentiel. En plus clair encore, il y a des choses que le premier des Suisses n’a tout simplement pas osé aborder.

Vivre, bien sûr, vivre. Tenter de survivre. La Suisse, dans son Histoire, n’a jamais rien fait d’autre. Fallait-il, hier soir, privilégier cette option au détriment de l’honneur ? Monsieur Merz a choisi. L’Histoire jugera.

 

Pascal Décaillet

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01/10/2008

Démagogie fumeuse


Edito du 7-8  -  Radio Cité  - Mercredi 01.10.08  -  07.05h

 

Hier matin, 10.38h, nous vous annoncions en primeur, sur cette antenne, la décision du Tribunal fédéral sur la fumée à Genève. Ce matin, la presse en est pleine. Hier soir déjà, les bistrots ne bruissaient que de fumeuses conversations sur le pouvoir des juges et le travail un peu trop rapide du Conseil d’Etat.

Hier, bien sûr, notre Cour suprême était totalement habilitée à statuer, puisqu’il s’agissait d’un règlement, donc d’un texte passible de recours. Et c’est bien là le problème. En politique, en toutes choses, il faut des lois. Avec une onction, une légitimité, soit du parlement, soit du peuple.

Dans l’affaire de la cigarette à Genève, il y a eu, le 24 février, une majorité sans appel du corps électoral genevois, le signal politique était parfaitement clair. Et il méritait, ce signal, d’être ancré proprement dans la législation. Quitte à aller un peu moins vite en besogne. De là à imaginer que cette excessive célérité fût animée par des motifs démagogiques, la pression de l’opinion, il y a un pas. Que nous franchissons sans état d’âme.

Tout cela est un beau gâchis: lorsqu’il s’agit de décisions souveraines du peuple, moins on sollicite les juges, mieux la démocratie se porte. Le Conseil d’Etat, à la fin de l’hiver, a voulu faire un tabac. Il n’aura réussi qu’un écran de fumée.

 

Pascal Décaillet

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30/09/2008

Le PDC genevois et la Trinité

 

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mardi 30.09.08  -  07.05h

 

Hier matin, dans cette émission, les conseillers nationaux Hugues Hiltpold et Christian Lüscher venaient nous annoncer une batterie de mesures, concrètes et précises, pour mieux lutter contre l’insécurité. Un catalogue d’actions sur le plan fédéral et cantonal : mettre fin au système des jours-amende, qui fait sourire les malfrats, instaurer des zones d’exclusion, créer une brigade spéciale, etc.


On partage ou non ces mesures, mais enfin elles sont là, sur la table, on va pouvoir en parler. Et, à la fin, le souverain décidera.

Dans la même journée d’hier, quelques heures plus tard, le PDC genevois se fendait d’un communiqué pour informer qu’il avait, lui aussi, une puissante réflexion sur la sécurité, une commission interne pour y réfléchir, et qu’il dévoilerait son plan de bataille en décembre !

Donc, braves gens, des Pâquis ou d’ailleurs, dormez tranquilles. N’ayez aucune crainte. L’insécurité, c’est bien connu, n’est qu’un sentiment subjectif. Une invention de quelques paranos timorés. Elle n’existe que dans les consciences fragiles. N’ayez crainte, le PDC, d’ici décembre, poursuit sa réflexion. Et ma foi ,si sa puissante commission n’aboutit pas avant Noël, il restera toujours Pâques. Ou, peut-être, la Trinité.

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29/09/2008

Les yeux révolver


 

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi 29.09.08  - 07.05h

 

Il avait les yeux révolver, le regard qui tue, sans doute l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma. Quand la caméra fixait ses yeux, c’était le ciel et la mer, la promesse de milliers d’aubes. Paul Newman, qui vient de nous quitter à l’âge de 83 ans, ne crevait pas l’écran : il le pulvérisait.

Mais qu’est-ce qu’un bel homme, au cinéma, s’il n’est transcendé par le miracle du jeu d’acteur ? Avant d’être un visage de rêve, Paul Newman était un très grand comédien. L’Actor’s Studio, Brando, auquel on le compare parfois, et le mythe des Amériques par lui sans cesse réinventé.

Jouer la désinvolture, séduire sans se forcer, devenir le plus grand tricheur de cartes de l’histoire du cinéma, réinventer l’histoire du Kid, écrire et réécrire toujours le rêve américain, ou parfois son cauchemar, avec le génie de ses écrivains rebelles.

Au Paradis, c’est connu, on s’emmerde un peu. Alors, Paul, peut-être pourriez-vous y introduire le jeu de cartes, le whisky, l’amour des femmes, la folie de séduire, et de séduire encore. Vivre, quoi. Oui, vivre. Même quand on est mort.

 

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22/09/2008

La Suisse avec Hans-Rudolf Merz

 

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi 22.09.08  - 07.05h

 

Ce matin, toute la Suisse est en pensée avec Hans-Rudolf Merz. Atteint gravement dans sa santé, et, dans le meilleur des cas, absent du gouvernement pour plusieurs semaines, le ministre des Finances est un homme unanimement reconnu pour sa compétence et pour la qualité de son style politique.

Les Suisses partagent ou non ses options, mais respectent l’homme. Dans un collège où l’on s’invective par presse dominicale interposée, ou bien où l’on téléguide les attaques par des spadassins, voilà un homme qui s’est toujours interdit ce genre de comportement.

Cultivé, polyglotte, aimant son pays, Hans-Rudolf Merz serait le Président de la Confédération idéal pour 2009. Dans la pure lignée de son prédécesseur, Kaspar Villiger, l’Appenzellois allie la compétence à la discrétion. Les Suisses aiment cela.

Va-t-il pouvoir assumer, l’an prochain, cette charge suprême ? Va-t-il simplement pouvoir garder ses fonctions de conseiller fédéral ? Ce matin, au lendemain d’une opération difficile, c’est l’incertitude. Oui, ce matin, nous sommes tous en pensée avec Monsieur Merz.

 

Pascal Décaillet

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19/09/2008

De quoi se mêle Julien Dray ?


Edito du 7-8  -  Radio Cité - Vendredi 19.09.08  -  07.05h

 

Député de l’Essonne, porte-parole du parti socialiste français, Julien Dray nous avait habitués à davantage de rigueur intellectuelle. Au dernier jour du voyage du pape en France, il a qualifié d’intégristes les propos de Benoît XVI à Lourdes, tout en regrettant, en bon laïcard ultra (de ceux que seule la France est capable, depuis 1905, de sécréter), que le Président de la République ait accueilli avec tant d’amitié un dignitaire religieux.

Monsieur Dray doit choisir. S’il se tient à sa ligne de séparation absolue, idéale, géométrique, fait foin de tout le passé chrétien de la France, son apport culturel autant que cultuel, alors OK, il peut grogner sur Sarkozy face au pape. Grognements rituels, au fond très conformistes, mais enfin c’est son droit.

Mais alors, les affaires internes à une Eglise, les choix entre les courants conservateurs ou progressistes de cette dernière, ne le concernent absolument pas. Sans compter – mais mettons cela sur l’éducation sans doute ultra-laïque du député – que qualifier Benoît XVI d’intégriste, donc le mettre au même niveau que Mgr Lefèbvre et les gens d’Ecône, c’est ignorer complètement la grande faille théologique qui réside encore entre Rome et quelques irrédentistes.

Bref, Monsieur Dray, quand on se veut le grand champion de la laïcité, on rouspète quand le pape arrive, c’est le jeu. Mais on laisse les catholiques régler entre eux le destin de leur Eglise.

 

Pascal Décaillet

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17/09/2008

La grande armée des muets


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mercredi 17.09.08  -  07.05h

 

On aime ou non Eric Stauffer, on peut certes passer son temps à le taxer de populiste, il se trouve que cet homme-là détient, de temps en temps, ce qu’on appelle une information. Laquelle, à coup sûr, mérite d’être vingt fois vérifiée, décortiquée, raffinée de son état brut. Mais laquelle, souvent, c’est ainsi, fonctionne comme révélatrice de dysfonctionnements dans la République et Canton de Genève. Ce genre d’informations, le président du MCG les sort au grand public. Là où la grande fraternité des muets les retient, voire les cache.

Dans la saga des Services industriels de Genève, le trublion se comporte, depuis de longs mois, comme un redoutable dénicheur d’affaires. Son réseau d’indicateurs est remarquablement tissé : dans ce pays des mille sources, où jaillit l’eau vive autant que le miasme, l’observateur politique doit évidemment faire son choix. Avec la plus grande rigueur. Tout reprendre serait une faute. Hausser les épaules, et ne rien faire, sous prétexte que Monsieur Stauffer est populiste, en serait une autre. N’est-ce pas finalement par son action que le salaire du président des SIG a fini par être drastiquement réduit ?

D’une affaire l’autre, perpétuellement sur la défensive, toujours en retard d’une réaction là où Stauffer les devance de sept lieues, l’actuel conseil d’administration des SIG est-il encore en mesure d’accomplir sa tâche ? Sa crédibilité est-elle encore suffisante ? Le silence dont se drape le ministre de tutelle est-il vertu ou rétention ? Ces questions, les gens se les posent. Ils sont utilisateurs (on aurait surtout envie de dire : clients captifs) de cette grande entreprise de service public. Mais ils sont aussi citoyens. Ils ont le droit de savoir ce qui s’y passe. Quels que soient les réseaux de silence et de protection d’une classe politique unanimement représentée dans la plus haute instance de l’entreprise. Et où tout le monde se tient par la barbichette.

Pascal Décaillet 

 

 

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15/09/2008

Le diamant intransigeant


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi 15.09.08  -  07.05h

 

Parmi tous ceux qui ont fait l’Histoire de la Suisse depuis la guerre, il est celui que je regrette le plus de n’avoir jamais rencontré, ni interviewé. Il était un homme d’un bloc, d’une matière, d’un combat, toute sa vie entièrement tournée vers un objectif. Roland Béguelin, qui nous quittait il y a quinze ans, et dont nous nous réjouissons, sur cette antenne, de recevoir le biographe, Vincent Philippe, était un croisé de sa cause. La cause du Jura.

Je me souviens de lui sur les ondes, son verbe étincelant, la perfection de son français, ses fougues, ses colères, son art d’habiter la parole. « Diamant intransigeant », disait l’autre jour son biographe, à la Radio Suisse Romande : on ne peut mieux résumer cet homme, précieux comme un Croisé, volcanique. Il était la plume, il était l’épée, il a été, très longtemps, à l’ère des grands combats, la voix du Jura.


Les lectures de jeunesse de Béguelin sont bien éloignées de celles d’un homme de gauche, bien qu’il fût socialiste, par la suite. Il y avait chez lui un combat ethnique, un appel à la Louve romaine, parfois, oui, contre la culture germanique, ce qui, aujourd’hui, choque. Mais il fallait ce canton, il fallait percer, convaincre. Il fallait une avant-garde, lumineuse et courageuse. Ce fut le rôle de Béguelin. Quinze ans après sa mort, hommage à lui.

 

Pascal Décaillet

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12/09/2008

Mille morts par jour, pendant quatre ans


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Vendredi 12.09.08  -  07.05h

 

La France, en Afghanistan, a perdu des hommes, dans une embuscade. Elle les pleure. Les familles demandent des explications. Elles se rendent même sur place, pour tenter de comprendre ce qui s’est passé.

Sur la douleur des familles, rien à redire. Mais sur un certain climat d’émotion autour de cet événement, entretenu par les médias, dont le 20h de TF1, il convient peut-être de rappeler un ou deux points.

Le principe d’une guerre, c’est de tuer l’ennemi, ou de se faire tuer par lui. La France a choisi de faire la guerre en Afghanistan, et sans doute ce choix est-il à saluer. Elle envoie donc ses soldats sur l’un des terrains de guerre les plus difficiles de la planète, où celui qui maîtrise le terrain (les Russes en savent quelque chose) est gagnant d’avance.

Dans ces opérations d’une difficulté extrême, la France tend des embuscades aux talibans. Et, ma foi, les talibans tendent des embuscades aux Français. C’est très dur, c’est un jeu de vie et de mort : c’est précisément ce qu’on appelle la guerre.

Entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918, la France a perdu, en moyenne, mille morts par jour. Nulle famille du pays ne fut épargnée par le deuil. La saignée démographique fut terrible, et fut l’une des causes majeures de la défaite de 1940.

Aujourd’hui, pour dix morts d’une armée devenue professionnelle, sur un terrain extérieur, on réclame des commissions d’enquête. N’a-t-on pas oublié, tout simplement, que l’Histoire était tragique, que le mal faisait partie de la vie. Et que la notion de progrès, face à ces fondamentaux, était bien relative.

 

Pascal Décaillet

 

 

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11/09/2008

Jours fériés : et si on ouvrait un peu le jeu ?


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Jeudi 11.09.08  -  07.05h

 

C’est aujourd’hui le Jeûne genevois. Genève a congé. Comme un dimanche, ou presque. Genève a congé, mais nul, hormis quelques érudits, ne sait exactement pourquoi. Ce jeûne, cette action de grâce, d’où viennent-ils, quel sens ont-ils ? Pourquoi le rite demeure-t-il, dans nos calendriers ?

C’est le problème avec beaucoup de nos jours fériés. Le 15 août, les Valaisans ont congé. Combien d’entre eux sont-ils capables de nous tenir un discours sur l’Assomption de la Vierge Marie ? Bien des gens la confondent avec l’Ascension, celle du Christ. Fêtée quarante jours après Pâques. Il est vrai que l’homonymie ne facilite pas les choses. Ne parlons pas de la Fête-Dieu, congé dans les cantons catholiques, Corpus Christi en latin : magnifique, certes, avec ses cortèges, son rituel, mais qui en décèle encore le sens ?

La plupart de nos jours fériés viennent du christianisme. Dès lors, serait-ce perdre notre âme que d’ouvrir, par exemple, deux fêtes par an à d’autres importantes communautés religieuses de Suisse ? Par exemple, le début du Ramadan pour les Musulmans, Rosh Hashana ou Yom Kippour pour les Juifs ? La Suisse n’en serait pas pour autant, dès le lendemain, couverte de minarets ni de synagogues, l’empreinte chrétienne, par son histoire, resterait très présente, et la Suisse aurait donné un signe d’ouverture.

A cet égard, une très belle image : celle de Pascal Couchepin partageant, avec des Musulmans, il y a quelques jours, un moment du Ramadan. Un signal fort, à mille lieues de certaines initiatives qui sont à l’errance ce que les plus hautes tours – ou les plus hauts minarets – sont au Ciel.

 

Pascal Décaillet

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10/09/2008

L'éternel Gaillot


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mercredi 10.09.08  -  07.05h

 

Il y a, en France, des millions et des millions de catholiques. Parmi eux, beaucoup de croyants, et pas mal de pratiquants, le mythe des « églises vides » étant, la plupart du temps, colporté par ceux qui n’y mettent jamais les pieds.

Vendredi, le pape viendra en France. A 12.45h, à l’Elysée, il rencontrera Nicolas Sarkozy. Nous aurons le privilège de nous entretenir, sur cette antenne, avec un homme qui participera à cette rencontre, le magnifique philosophe et spécialiste de la pensée juive, Maurice-Ruben Hayoun. Un homme, aussi, qui entretient une correspondance, en allemand, avec le pape Ratzinger.

A l’avant-veille de ce voyage, sur les têtes de pages de certains de nos quotidiens, à qui avons-nous droit ? – A Mgr Gaillot, pardi ! L’éternel évêque contestataire, naguère en charge du diocèse d’Evreux. Avec, en gros, ce titre : « Mgr Gaillot : Je n’attends rien de la venue du pape ».

Cette fois, c’est Gaillot. D’habitude, chaque fois qu’on parle du pape – celui-ci ou son prédécesseur – c’est l’éternel contestataire de Tübingen que l’on convoque, Hans Küng.

Que Gaillot, Küng s’expriment, c’est bien leur droit le plus total. Et, à coup sûr, ils ont des choses à dire. Eux, ne sont pas en cause. On les appelle, ils répondent.

Le problème, c’est l’automatisme, le conformisme de carnet d’adresses de certains journalistes. Dès qu’on parle de l’évêque de Rome, il convient naturellement, par essence, d’en dire du mal. Alors, on appelle Gaillot, on appelle Küng. On respire bien fort. Persuadé d’être un grand résistant à cette très méchante Eglise qui, c’est bien connu, pratique encore l’Inquisition.

Pour ma part, je souhaiterais simplement la bienvenue à Benoît XVI en France. Je n’ai pas dit, « Fille aînée de l’Eglise ». Je peux dire tout autant « patrie des droits de l’homme », pays de liberté qui nous a tant donné.

 

Excellente journée à tous. Et, si c’est la fin du monde, à bientôt, ailleurs.

 

Pascal Décaillet

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09/09/2008

Le King


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mardi 09.09.08  -  07.05h

 
Il a gagné. Il est assis par terre, les avant-bras tendus vers le ciel, il hurle, il expurge tous ces mois de tension, il exorcise l’adversité. Il a gagné, il est redevenu le roi. Le King.

A New York, Roger Federer nous a donné une leçon. Il nous dit : « Dans la vie, il faut se battre, se battre, et se battre encore ». Ne jamais baisser les bras. Que viennent les revers, les défaites, que s’en aillent les faux amis, qu’exulte la criticature, qu’importe. Un champion de cette espèce n’a pas d’état d’âme. Il ne se plaint pas. Il se bat. Et c’est tout.

Roger Federer est un champion de toute grande race. Lâché, ce printemps et cet été, par une bonne partie des observateurs, il a continué son chemin. A terre, il s’est relevé, il est reparti au combat. Ce qui ne tue pas renforce. Sa victoire de New York, cette nuit, est l’une des plus belles de sa carrière. Elle n’est pas seulement une victoire contre Andy Murray. Elle est une victoire sur lui-même. Contre la fatalité. Contre la facilité. Une étape de son destin. Et elle est, pour nous tous, que nous nous intéressions ou non au tennis, une magnifique leçon.

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05/09/2008

La rue qui divise


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Vendredi 05.09.08  -  07.05h

 
Le nom de Gabrielle Perret-Gentil vous dit-il quelque chose ? Moi, rien. Comme celui d’Emilie Gourd, d’ailleurs, avant qu’on ne lui donne le nom d’une école, ne me disait rien. C’est ainsi : la culture des grandes figures du féminisme ne fait pas partie de mes passions.

Gabrielle Perret-Gentil est, nous rappelle la Tribune de Genève de ce matin, une pionnière de l’avortement. Une précurseure, avec un « e » à la fin, je vous prie, du droit d’interruption de grossesse. Fort bien. La chose, en Suisse, a été légalement tranchée, elle a force de loi, le peuple souverain a voté, il n’est pas question de le contester.

Faut-il pour autant lui donner une rue ? La question divise, puisque le Conseil d’Etat vient de renvoyer sa copie à la Commission cantonale de nomenclature, qui avait pourtant émis un préavis favorable. Alors, côté féministe, on rugit, on vocifère. Rémy Pagani lui-même, du haut de sa hauteur, parle de scandale. Une mobilisation, ajoute la Tribune, s’organise pour que ce projet aboutisse.

La question, pourtant, mérite d’être posée. Et les autorités compétentes ont parfaitement le droit de prendre leur temps, quelles que soient les pressions communautaristes, dans cette affaire. L’avortement, en Suisse, est certes légal, dans certaines conditions. Mais il divise encore, et il convient de respecter ceux pour qui il continue de poser un problème. Bref, la figure d’une « pionnière », en l’espèce, n’apparaît pas comme la plus rassembleuse.

On peut donc comprendre que les autorités hésitent. Elles ont à prendre leur décision en toute sérénité, en toute souveraineté. Elles n’ont pas à se laisser impressionner par les revendications sectorielles, les hurlements, les clameurs. Le nom d’une rue, ça doit être quelque chose dans lequel tout le monde se reconnaît. Pas quelque chose qui divise.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/09/2008

La duchesse de Berry

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Jeudi 04.09.08  -  07.05h

 
Et alors quoi ? Il paraîtrait qu’il ne faudrait pas attaquer les femmes en politique. Les femmes qui exercent un pouvoir. C’est ce que j’ai cru entendre, l’un de ces matins, de la part d’une éminente directrice de théâtre, dans un billet sur une radio publique.

Les méthodes d’une magistrate de la Ville de Genève avec son personnel, ses cadres supérieurs ou moyens ? Une tonalité d’arrogance, et même cassante, nous confirment de nombreuses sources. Mails il ne faudrait pas en parler.

Plutôt que de donner son point de vue, il faudrait laisser faire les images du monde. Un sourire, dans un journal dominical, une interview franchement pas trop dérangeante. Et ce Livre d’Or, ces très grandes heures de la duchesse de Berry, il faudrait le laisser passer, sans le tempérer d’une vision critique, en fonction de ce qu’on sait, de ce qu’on a pu établir, au fil des mois, en recoupant les témoignages.

Que la personne critiquée soit une femme ne joue strictement pour rien dans l’affaire. Ce que nous tentons de dévoiler, ce sont les mécanismes du pouvoir. Hommes, femmes, gauche, droite, aucune importance. Tout pouvoir doit être décodé. Ou alors, nous renonçons à une part cardinale de notre mission.

 

Pascal Décaillet

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03/09/2008

Maudet à Solutré


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mercredi 03.09.08  -  07.05h

 

Il y a des photos qui en disent plus que toutes les démonstrations : deux hommes, marchant côte-à-côte, hier matin, à Zimmerwald, dans le canton de Berne : Pascal Couchepin, Pierre Maudet. Sur les traces de Lénine et Trotski, ce qui ne manque pas d’un certain sel.

On dira qu’il était question de jeunesse, dans le message présidentiel, et que Maudet préside la Commission fédérale de la jeunesse. Certes. Mais, sur sept millions de compatriotes, c’est Pierre Maudet que Pascal Couchepin a choisi pour cheminer avec lui, dans son pèlerinage annuel, son Solutré, son petit Liré, devant des dizaines de photographes. Si ça n’est pas l’adoubement d’un dauphin, ça y ressemble méchamment.

Se flanquer d’un homme de trente ans qui n’est que membre du gouvernement de la Ville de Genève. Là où d’autres, qui rêveraient de succession, sont conseiller aux Etats à Neuchâtel, ancienne conseillère d’Etat genevoise, président tessinois du parti radical, tous ayant dûment blanchi sous le harnais, et regardant d’un œil particulièrement torve ce blanc-bec, ce freluquet, qui ravit toutes les vedettes.

Et ils ont raison de se faire du souci. Peut-être pas pour ce coup-là. Mais quiconque connaît Pierre Maudet, quiconque l’a rencontré, ne serait-ce qu’une fois, sait que cet homme, dans la politique suisse, ira très loin. Comme Christophe Darbellay. Comme Pierre-Yves Maillard. Ceux-là sont habités, beaucoup plus que d’autres, par le démon politique.

Dans le quintet où il sévit, ce temps, en attendant son heure, Maudet s’applique à régler des questions très concrètes. Il paye ses galons, comme on dit dans un langage qu’il connaît bien. Mais que le costume de conseiller administratif de la Ville de Genève devienne assez vite un peu étroit pour lui, cela, déjà aujourd’hui, éclate aux yeux.

Cela, depuis longtemps, Pascal Couchepin l’a senti. Parce que la politique, ça n’est pas seulement affaire de raison et de labeur. La politique, c’est aussi une affaire d’instinct.

 

Pascal Décaillet 

 

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02/09/2008

Page blanche

Edito du 7- 8  -  Radio Cité  -  Mardi 02.09.08  -  07.05h

 

D’abord, il y a cette page blanche. Cette formidable chance que vous donne l’Histoire : coucher sur le papier quelques grandes lignes qui devraient guider, sur plusieurs générations, une communauté humaine. C’est cela, une Constituante : avant que d’être juridique, c’est une projection de rêves et de désirs pour le vivre ensemble d’une société.

Bien sûr, cela marche mieux lorsqu’on est porté par le vent de l’Histoire : la Révolution française, ou, par exemple, la création du canton du Jura. Lorsqu’on nous prend à froid, sans qu’il y ait péril en la demeure, comme c’est le cas à Genève, l’exercice peut paraître gratuit. Ou trop stratosphérique pour vraiment toucher les gens.

C’est pour cela que nous avons voulu, tous les matins à 07.50h, une séquence vivante. Avec des gens qui arrivent préparés, les idées claires, et qui ont vraiment une ambition pour Genève. Tous les vendredis, Audrey Breguet viendra nous résumer les idées émergentes, toutes listes confondues, de la semaine. Et puis, nous, dès ce matin, nous allons faire un petit tour des personnalités ayant joué un rôle important dans une Constituante. Et nous ouvrons les feux, dans un instant, avec François Lachat, l’un des pères du canton du Jura.

Bien sûr, sur les listes, il y a trop de monde. Il y d’ailleurs trop de listes. Trop d’adjonctions de corporatismes, qui profitent de l’aubaine pour se profiler. Trop de candidats de passages, toutes listes confondues, qui sont juste là pour se faire un nom. Mais qu’importe, pensons à la parabole : le bon grain et l’ivraie, c’est dans la Bible, un bouquin que je vous recommande. Qui a été écrit, lui, par des gens inspirés. Souhaitons le même destin à notre future Constitution.

 

Pascal Décaillet

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01/09/2008

Poches sous les yeux


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi  01.09.08  -  07.05h

 

Ils ont des poches sous les yeux, le regard vide, ils ont passé la moitié de la nuit sur leur ordinateur, se sont levés au dernier moment pour filer à l’école, n’ont pas pris le temps de déjeuner. Ces enfants-là, ces ados, il y en a beaucoup, il y en a trop.

Et les profs commencent à en avoir marre. Ils aimeraient au moins pouvoir dispenser leurs cours devant des humains à peu près réveillés, des consciences capables de recevoir un message, et aussi d’en émettre. Plutôt que devant des veaux.

A cet égard, l’idée lancée par le brillant conseiller d’Etat chargé de l’Instruction publique bernoise, Bernhard Pulver, est, à coup sûr, à creuser. Renvoyer les parents à leurs responsabilités. Le faire en toute amitié, sur la base d’un partenariat, dont les termes, davantage qu’aujourd’hui, pourraient être fixés par écrit. Ensuite, faut-il les menacer d’amendes s’ils ne viennent pas aux réunions de parents, on peut en discuter. Mais au moins leur rappeler qu’ils ont, dans le système scolaire, leur part de responsabilité.

Car enfin, que les méthodes d’apprentissage soient globales ou classiques, que la géographie nous enseigne le climat plutôt que les capitales, que l’Histoire s’occupe des grands mouvements de fond ou des batailles et des traités, de tout cela on peut discuter. Mais une chose est sûre : l’école est en droit d’attendre des élèves qu’ils arrivent en classe réceptifs, ouverts, et pas assommés par des jeux vidéo ou des blogs nocturnes.

 

Pascal Décaillet

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