21/12/2017

Glaciales altitudes

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Sur le vif - Jeudi 21.12.17 - 10.04h

 

On nous dit que l'Histoire avance, et voilà que resurgit la question du Südtirol, pardon du Haut-Adige.

 

Voilà, par la querelle sémantique de deux mots, l'un autrichien, l'autre italien, l'immanence du tragique. L'éternel insoluble. Vienne dit Südtirol, Rome dit Alto Adige.

 

Dans l'hiver 1915, des dizaines de milliers de combattants héroïques des deux côtés, en de glaciales altitudes, ont sacrifié leurs vies pour qu'on dise Haut-Adige. Ou Südtirol. Les enfants de l'Empire central, face à ceux de Verdi et de Garibaldi.

 

L'autre soir, à Forum, l'ambassadrice d'Autriche, au demeurant remarquable d'intelligence, a tranquillement dit "Südtirol". Pour parler d'une vallée que je connais si bien : celle de Bolzano, pardon Bozen. Pour ma part je dis Bolzano, parce que l'Italie, la fierté italienne, le sang versé par les Alpini, ces hommes au chapeau à plume qu'on croise encore dans les trains, ça n'est pas rien. Ça mérite le respect.

 

L'autre soir, l'ambassadrice autrichienne a dit "Südtirol". Comme les uns disent "Jura Sud", les autres "Jura bernois". Les uns, Kaliningrad, les autres Königsberg.

 

Elle a dit "Südtirol", et personne, en face, n'a bronché. Il y aurait pourtant eu lieu de saisir cette perche, cette unique occasion de démonter le discours brillant de cette parfaite francophone, cette Metternich au féminin, avec qui on rêverait de déguster un café viennois, entre deux Lieder de Mahler.

 

L'Histoire est immuable et tragique. Mais elle est passionnante, saisissante. Elle est la vie, qui palpite encore en nous, précieuse comme des alluvions d'or. La vie, oui, comme celle de ces hommes, fin 1915, qui défiaient la mort, sur la frontière austro-italienne, en de glaciales altitudes.

 

Pascal Décaillet

 

17:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/12/2017

L'Europe et le boomerang de l'Est

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Sur le vif - Mercredi 20.12.17 - 17.33h

 

En s'élargissant beaucoup trop vite vers l'Est, l'Union européenne, depuis deux décennies, a commis une erreur majeure. Elle s'imaginait que ces pays allaient, en devenant membres d'un Club fondé en 1957 entre six nations d'Europe occidentale, adhérer sans rechigner, le doigt sur la couture du pantalon, aux principes ultra-libéraux de la fin des années 1990. Et que tout le continent, de l'Atlantique à la Vistule, allez disons de Brest à Brest-Litovsk, allait vibrer à l'unisson du capitalisme, du libre-échange, de l'atlantisme. Prêts à communier dans l'idéologie nouvelle, sans frontières.

 

C'était mal connaître l'Histoire des peuples. L'Histoire de la Pologne, ô combien complexe et passionnante. L'Histoire de la Hongrie, qui ne l'est pas moins. Etc.

 

Il n'y pas d'Histoire européenne, cela ne veut rien dire, c'est une considération beaucoup trop globale, sans fondements, juste une vue de l'esprit.

 

Mais il y a une Histoire hongroise. Une Histoire polonaise. Une Histoire allemande, que je m'échine à démêler depuis des décennies, tant elle est difficile en première approche. Une Histoire de France. Une Histoire suisse, passionnante.

 

Chacune de ces Histoires a son cheminement propre. L'Espagne ne s'est pas construite comme l'Italie, ni la Suisse comme la France, ni les Allemagnes comme la Grande-Bretagne. Il n'y a pas, pour l'heure, d'Histoire européenne, c'est vide de sens, mais il y a une mosaïque d'Histoires nationales, dont chacune a sa vie propre, sa logique intérieure.

 

Pour entrer dans tout cela, il ne faut pas trop raisonner d'en haut, ni chercher de grandes leçons de logique, avec des mécanismes universels, mais il faut OBSERVER chaque nation, dans le chemin idiomatique qui est le sien. On ne peut s'occuper de tout ! Pour ma part, depuis plus de quatre décennies, l'Allemagne, la France, la Suisse, les Balkans, le Proche-Orient me suffisent largement.

 

OBSERVER, cela signifie lire. Se renseigner. Dévorer des centaines de bouquins. Visionner des archives. Aller chercher tous les témoignages, pas seulement ceux qui conviennent à une idéologie de départ. Quand je pense que, dans les années 1990, certains "intellectuels", en Suisse romande, me proposaient d'animer des débats sur les guerres balkaniques, mais surtout sans inviter de Serbes ! Vous pouvez imaginer comme je les ai reçus.

 

L'Union européenne s'est élargie trop vite. Elle a construit son immensité sur des présupposés idéologiques, dans un esprit de fin de l'Histoire, de négation des frontières, de marché comme valeur universelle et dominante. Aujourd'hui, face à la Pologne, face à la Hongrie, face à l'Autriche, l'UE reçoit de plein fouet le boomerang de ses vanités d'extension.

 

Ce contre-mouvement, du particulier contre le général, de la Gemeinschaft contre l'universel théorique, de la Nation réinventée contre le conglomérat impérial, ne fait que commencer. Il sera violent. Il y en a pour des années.

 

Pascal Décaillet

 

18:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

La meute, ça n'est pas du journalisme !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.12.17

 

Après quelques semaines dans le rôle du gibier de chasse à courre, Yannick Buttet a donc choisi de démissionner. On l’eût fait à moins. Acculé de toutes parts, jeté en pâture aux hurlements, livré à l’hallali, le conseiller national valaisan a fini par donner à ses persécuteurs ce qu’ils cherchaient à obtenir : sa démission du Parlement fédéral. A peine, d’ailleurs, l’annonçait-il, que les corps de chasse autoproclamés se mettaient déjà à exiger son départ de la Présidence de la Commune de Collombey-Muraz, prouvant ainsi leur dessein d’aller jusqu’au bout dans la destruction d’un homme. Cette hargne, face à une proie, ne relève en aucune manière des missions du journalisme, mais de l’esprit de meute le plus féroce, le plus haïssable, le plus contraire à la définition de l’intérêt public. La profession, assurément, ne sort pas gagnante de ce lamentable épisode de fin d’automne.

 

Car il y a eu meute, et singulière jouissance à en être. Dans l’affaire de Sierre, qui relève strictement de la vie privée, il y a une plainte. Fort bien. On devait attendre qu’elle fût instruite, donnât lieu à un procès, une condamnation, et même patienter jusqu’à ce que cette dernière fût définitive, une fois épuisés les échelons de recours de notre Etat de droit. Dans le volet bernois, nulle plainte, du moins à notre connaissance. En lieu et place, des rumeurs. Des « témoignages anonymes ». Peut-être fondés. Et puis, peut-être pas. Qu’en savons-nous ? Et puis, quoi ! Ces choses-là, si elles sont dénoncées, relèvent de la justice, seule habilitée à enquêter, démêler le vrai du faux, un jour juger, et peut-être condamner. Ce travail est celui des juges. Il ne saurait être, sous prétexte « d’investigation » (mandatée par quelle légitimité ?), celui des médias. Et c’est exactement là, dans le confluent de ces impostures, que commence l’esprit de meute.

 

Dans cette affaire, quelques journalistes, fonctionnant de facto en une sorte de pool (où chacun cite l’autre, amplifiant une affaire par eux-mêmes créée), ont voulu la peau d’un homme. Il y aurait beaucoup à dire sur les véritables motivations de ces chasseurs acharnés : les unes sont internes à la politique valaisanne, les autres sont faites de concessions à l’esprit du temps, notamment une idéologie de guerre entre les sexes, nourrie par quelques extrémistes. Au final, tous les ingrédients d’une conjuration contre un élu, au demeurant remarquable, du peuple suisse. Bien sûr, l’homme avait commis des fautes. Pour Sierre, peut-être une faute contre la loi, nous verrons. Pour Berne, des « fautes morales », autant dire qu’elles laissent la place à des galaxies de subjectivité, tant qu’un juge, sur la base d’une plainte, n’a pas statué. La meute, c’est jouer sur l’opinion avant le droit, privilégier la rumeur sur l’information, tabler sur le « témoignage anonyme », indigne de la transparence républicaine. Dans cette affaire, il y a deux perdants : Yannick Buttet, mais aussi le journalisme en Suisse romande.

 

Pascal Décaillet

 

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19/12/2017

Trop tard, Doris

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Sur le vif - Mardi 19.12.17 - 18.39h

 

Le projet de nouvelle concession de la SSR, lancé aujourd'hui par Doris Leuthard, avec au moins la moitié des moyens alloués à l'information, va dans le bon sens. Depuis une éternité, y compris, à l'époque, à l'interne, je plaide pour l'information avant tout. Pro domo ? Ben oui, je suis journaliste. Soucieux d'intérêt public. Soucieux du pays. De sa cohésion.

 

Le problème, c'est que ce projet arrive beaucoup trop tard. Il suinte la précipitation, pour orienter les esprits à voter non, le 4 mars. Comme l'abaissement de la redevance à 365 francs. Ces mesures de dernière minute, imbibées de panique aux plus hauts étages, ne trompent personne : les gens ne sont pas idiots, ils ne sont pas dupes de ces gesticulations.

 

Dommage, Mme Leuthard. Vous êtes en retard d'au moins une décennie. Dans ce domaine, vous n'avez pas vu venir la tempête. Vos mesures trop tardives ne changeront rien aux métamorphoses apocalyptiques que nous prépare l'année 2018.

 

Pascal Décaillet

 

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Le populiste : l'éternel absent

 

Sur le vif - Mardi 19.12.17 - 11..22h

 

Dans les salons, le populiste, c'est toujours l'autre. On parle des "populistes", comme d'une catégorie nécessairement absente à la bonne société réunie, en ce lieu où, entre soi, on pérore. On part du principe qu'aucun "populiste" n'aurait tout de même eu le culot de venir se glisser là, parmi la bonne société.

 

Or, en Suisse, environ une personne sur trois vote pour un parti qualifié de "populiste". Chaque troisième personne, dans la rue ! Mais dans les salons, on veut croire que ce Tiers-Etat n'est pas représenté dans l'assistance. Alors on continue, entre soi, de parler des "populistes", comme s'ils étaient nécessairement ailleurs.

 

Dès lors, deux possibilités. Soit il y a tout de même des populistes dans la salle, et on les exclut ouvertement, par le mépris, de toute existence possible. Soit il n'y en a effectivement aucun. Et là, il conviendrait peut-être de s'interroger sur la représentativité de cette si délicieuse société où l'on parle entre soi, toutes lèvres pincées, des "populistes".

 

Pascal Décaillet

 

16:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

17/12/2017

Ils ont fini par avoir sa peau

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Sur le vif - Dimanche 17.12.17 - 19.16h

 

On l’a appris ce soir, sur le coup de 18.52h : Yannick Buttet tire la prise. Il démissionne du Conseil national. Soumis à une pression médiatique sans précédent, celle d’une véritable meute affamée de sa peau, et qui a fini par l’obtenir, l’homme, juste avant Noël, sans doute épuisé nerveusement, a préféré quitter le terrain. C’est sa décision. Elle lui appartient. Qui d’entre nous, face à une telle pression, une telle hargne, aurait pu tenir ?

 

Pour ma part, toute cette affaire, depuis le début, me donne la nausée. Il y a eu un cas, très précis, celui de la scène de Sierre, où une plainte a été déposée. Fort bien : on aurait pu attendre qu'elle fût instruite, non ? Le reste, les « affaires bernoises » ce sont des « témoignages anonymes » : le rôle de la presse, celui du journalisme politique, n’était pas de les colporter avec une telle facilité, une telle automaticité, une telle sanctification idéologique du rôle de la victime. Tout cela, sans qu’il n’y ait eu ni plainte (à notre connaissance), ni instruction, ni procès, ni condamnation définitive, après épuisement des recours prévus dans notre Etat de droit.

 

Ce qui a fait craquer l’homme, ça n’est pas le droit. C’est la pression de certains médias. La pression, aussi, d’une idéologie, tellement porteuse, tellement à la mode depuis quelques années, que nul n’ose lui résister, quitte à aller plus vite que le droit, plus vite que la justice, plus vite que la musique.

 

Toute cette affaire me dégoûte. Et contribue à me détourner, encore un peu plus, de certains milieux, certaines méthodes, dans un métier qui est le mien depuis 32 ans. Et que je continuerai, jusqu’au bout, à pratiquer comme un journaliste politique, soucieux d’intérêt public. Et non de s’engouffrer dans la première meute venue, pourvu qu’elle soit de rage et de puissance, de hurlements, de stridence et de lacérations.

 

Pascal Décaillet

 

19:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Imprimer |  Facebook | |

Cadets et grognards

 

Sur le vif - Dimanche 17.12.17 - 16.32h

 

C'est fou, le nombre de gens intarissables sur le journalisme, avant même d'avoir seulement commencé à exercer ce métier. Commenceront-ils jamais, d'ailleurs, par les temps qui courent ?

 

Intarissables sur le service public, sans y avoir jamais travaillé. Jamais conçu une émission de grande écoute, pour en faire quelque chose de rassembleur, dans l'espace citoyen. Jamais porté cette émission, jour après jour, de longues années. Jamais sacrifié leurs jours, leurs nuits, leur santé peut-être, au service de l'intérêt supérieur d'une production.

 

Intarissables, aussi, sur l'univers du privé, sans avoir jamais créé une entreprise. Rempli une fiche de salaire. Investi dans des locaux, du matériel, des projets. Eu peur, pour l'avenir.

 

Intarissables. Il savent tout sur tout. Donnent leur avis, tous azimuts. Font la leçon. Ont la science infuse. Même pas encore cadets, ils voudraient nous tenir le discours du grognard.

 

Mais enfin, quelle a été leur preuve par l'acte ? Qu'ont-ils FAIT (du verbe FAIRE, et pas du verbe pérorer), de nature à donner à leur discours du crédit, de l'autorité ?

 

Quelle connaissance ont-ils, sur la longueur, des mécanismes du journalisme, de la presse, de l'audiovisuel sur le théâtre d'opérations de la Suisse romande ?

 

Connaissent-ils le terrain ? Connaissent-ils les hommes, les forces et les faiblesses de chacun ? Sont-ils renseignés sur la réalité des choses ? Quels combats ont-ils menés ? Quelles victoires ont-ils remportées ? Sont-ils tombés ? Se sont-ils relevés ? Connaissent-ils seulement l'odeur de la poudre ?

 

Quelles cicatrices, quelles blessures, portent-ils de ce métier magnifique, qu'ils ne connaissent tout simplement pas ?

 

Pascal Décaillet

 

17:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/12/2017

Le Parlement n'est pas une cour d'école !

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Sur le vif - Mercredi 13.12.17 - 15.47h

 

Si vraiment, ce matin, chacun des 246 parlementaires de notre Confédération a reçu, sur son bureau, une circulaire lui expliquant, comme à des élèves de 15 ans, la différence entre "flirt" et "harcèlement", c'est que notre Parlement cherche à pulvériser, dans l'ordre de l'infantilisation et celui du ridicule, tous les murs du son imaginables.

 

Nous, les citoyennes et citoyens, pourquoi envoyons-nous des gens siéger sous la Coupole ? Réponse : pour qu'ils fassent des lois. Punkt, Schluss. Si ces lois nous déplaisent, attaquons-les par référendum. Le souverain, en dernière lecture, c'est le corps électoral tout entier, près de cinq millions de Suisses et Suissesses, ça n'est pas le Parlement.

 

Nous les envoyons siéger pour qu'ils fabriquent des lois. Ce qui se passe entre eux, de bon ou de mauvais, de remarquable ou de répréhensible, de l'ordre de l'élévation de l'âme ou de la grosse lourdeur que je suis le premier à détester, tout cela doit nous laisser parfaitement indifférents.

 

Si des parlementaires estiment que certains de leurs collègues ont transgressé la loi (qui doit être, en République, notre seule norme), ils peuvent évidemment déposer plainte, c'est le droit de tout citoyen. Si cette plainte n'est pas classée, qu'elle est instruite, aboutit à un procès, puis à une condamnation définitive, alors oui, l'intéressé doit démissionner. Non parce qu'il est un gros lourdaud. Mais, tout simplement, parce qu'il a enfreint l'une des lois de notre pays. Alors que, justement, il est censé les fabriquer.

 

Pour ma part, comme je l'ai écrit dans d'autres textes, tant que la personne n'est pas condamnée par la justice, elle peut continuer - si elle le souhaite - à exercer ses fonctions.

 

Quant à distribuer à 246 personnes adultes, vaccinées, choisies par les citoyens de 26 cantons pour les représenter au plus haut niveau de notre pays, une circulaire relevant de la cour d'école, il y a là, de la part du Parlement, une précipitation à s'agenouiller devant la pression médiatique, tout simplement hallucinante.

 

Qu'ils fassent des lois, au mieux. Le reste ne relève pas du journalisme politique. Mais du potin. Ou de la délation.

 

 

Pascal Décaillet

 

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La vie privée, ça existe, bordel !


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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.12.17

 

Je dois être un homme d’une autre époque. Pour moi, les mots « vie privée » ont un sens. Et la séparation, drastique, entre existence intime, justement, et action publique. Ainsi, les politiques, les élus : autant je suis favorable à un exercice critique intransigeant de leurs actes, dans l’exercice de leurs fonctions, autant leur vie privée m’est indifférente. Je vais plus loin, et suis conscient d’être minoritaire sur ce plan : il m’est assez égal de savoir que tel ou tel aurait « fauté » sur le plan de la morale (définie par qui ?), ou des convenances, s’il s’avère excellent dans l’exercice de son mandat. Ouvrons les livres d’Histoire, les biographies des grands hommes : pouvez-vous m’en citer un seul dont la vie privée fût parfaite ? Quelle importance ? On ne le juge pas à cette aune-là, tout simplement.

 

Je dis que je dois être d’une autre époque, parce qu’aujourd’hui, sans doute sous influence américaine, nos médias ne font plus la moindre différence entre vie privée et vie publique. Sous prétexte « d’exemplarité » (dans quelle Constitution, quelle Charte fondamentale, quelle loi, ce concept est-il inscrit ?) des élus, il faudrait que ces derniers soient parfaits. Des anges. Sans la moindre aspérité. Oui, cela nous vient des Etats-Unis, d’un certain puritanisme qui, de longue date, à vrai dire dès les premiers colons, sévit Outre-Atlantique. Et cela nous a été importé ces dernières années. Homme d’un ancien temps, je conteste absolument l’opportunité de cette importation. Je continuerai, jusqu’au bout, à juger les hommes et les femmes politiques en fonction de leurs résultats, non de ce qu’ils sont sur le plan privé.

 

Cette volonté de résistance à l’esprit du temps m’a amené à ne pas accabler Mark Muller, pas plus que Valérie Garbani, ni Yannick Buttet. Bien sûr, s’il y a plainte pénale, que cette dernière est reçue, instruite, donne lieu à un procès, et qu’il y a un jour condamnation, l’élu devra se retirer : non parce qu’il aurait enfreint la morale, mais la loi. Eh oui, la loi, la codification qui nous est commune, que nous devons tous respecter. Mais à mes yeux, tant qu’il n’y a pas condamnation, la personne peut rester. Je me sais minoritaire à penser cela, mais l’exprime néanmoins.

 

Et puis, il y a les réseaux sociaux. Le poids, de plus en plus insupportable, de la délation. Pour un rien, on dénonce. On jette l’anathème. On confond l’information avec la rumeur. On salit. Jusque dans la presse, on donne crédit à des accusation anonymes. On va jusqu’à sanctifier la catégorie « victime », sans que la justice, seule habilitée à statuer, n’ait été saisie, sans qu’une affaire ait simplement été instruite, sans qu’il y ait eu procès, encore moins condamnation. Alors, on juge, à l’emporte-pièce. En fonction de la morale ambiante, celle du moment. Sous la pression de groupes, lobbys ou corporatismes qui font régner une véritable terreur, et vouent à la damnation ceux qui ne vont pas dans leur sens. Je suis peut-être un homme d’une autre époque, mais cette dérive-là, je la rejette, de toutes mes forces.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/12/2017

La meute

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.12.17

 

L’une des fonctions essentielles du journalisme, c’est de faire apparaître, au mieux de ce qu’on peut, quelques parcelles de vérité. Contre quoi ? Mais contre le mensonge, pardi ! Ou, tout au moins, la dissimulation, l’omission, les petites cachotteries, pratiquées par le pouvoir.

 

Le pouvoir politique, seulement ? Non : tous les pouvoirs du monde ! Dès qu’une personne commence à en disposer, elle est naturellement amenée à en abuser. Et à dissimuler ces abus, sous le tapis. Face à cela, dire les choses, telles qu’elles sont, est salutaire. C’est l’une des missions de la presse.

 

Mais cela, en aucun cas, ne justifie l’esprit de meute. L’acharnement. Le piétinement d’un élu, pour des motifs externes à son action politique, pour le faire craquer. C’est, hélas, exactement ce qui se produit dans l’affaire Buttet.

 

Du côté de certains médias, dits de « service public », il y a eu un moment où on a cessé d’informer, pour pratiquer la chasse. En sonnant l’hallali. Contre un élu, on a lancé la meute. Une fois lâchée, plus possible de l’arrêter. Elle se nourrit de ses propres hurlements. Tant qu’elle n’a pas sa proie, elle est incontrôlable.

 

Avec le recul, en analysant cette affaire, on établira la façon dont elle aura été montée en épingle. Scénarisée. Comme une partie de chasse, oui. Je ne suis pas sûr que cette conception du journalisme rende service à ses auteurs. Dans une période, si j’ai bien compris, où on s’apprête à leur demander des comptes sur leur pratique du métier.

 

Pascal Décaillet

 

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06/12/2017

Ne faites pas cela, M. Trump !

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Sur le vif - Mercredi 06.12.17 - 13.50h

 

En s'apprêtant, d'ici quelques heures, à reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, Donald Trump va commettre une faute politique de tout premier plan, depuis qu'il est aux affaires.

 

Une faute, par rapport aux autres acteurs du Proche et du Moyen Orient. Le monde arabe. Mais aussi le monde perse. Faut-il rappeler que la Mosquée al-Aqsa est l'un des quatre lieux saints de l'Islam ?

 

Ville "trois fois sainte", confluent du judaïsme, du christianisme et de l'Islam, Jérusalem appartient, par sa nature incomparable, au patrimoine de toute l'humanité. Ces trois religions doivent pouvoir s'y exercer en paix, l'une à côté de l'autre. Il faudrait idéalement, pour atteindre cela, une zone démilitarisée. Le moins qu'on puisse dire est qu'on en est assez loin.

 

A Jérusalem, Israël a sa place, qui est grande et ne saurait être niée. Mais la Palestine aussi, en tant qu’État, libre, souverain, indépendant, dans des frontières antérieures à celle de 1967, donc avec autorité sur la partie orientale de la ville. Et les couvents chrétiens, principalement là-bas de rite oriental, syriaque, arménien, géorgien, copte, doivent pouvoir y exercer toute la richesse de leur spiritualité.

 

Comment pouvez-vous atteindre un tel but, en reconnaissant cette ville unique au monde comme la capitale de l'un des États en conflit ? La gifle, pour le monde arabe et musulman, tout autour, mais aussi pour un monde persan en pleine renaissance de ses capacités, serait dévastatrice.

 

Aucun amoureux du Proche-Orient (j'en fais partie) ne peut souhaiter une telle décision américaine. Au demeurant, d'aucuns se demanderaient si, dans ces conditions d'obédience à certains groupes de pression, il n'eût pas été plus simple de voter pour l'original. Entendez pour Mme Clinton.

 

Pascal Décaillet

 

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25 ans après : je vous raconte mon 6 décembre

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.12.17

 

6 décembre 1992 : il y a juste 25 ans, le peuple et les cantons disaient non à l’Espace économique européen (EEE). Du côté du peuple, un non de justesse, avec un clivage ville-campagne, très marqué. Du côté des cantons, une Suisse alémanique qui disait non, ainsi que le Tessin. Une Suisse romande, avec les deux Bâle, donc pour être précis une Suisse occidentale, qui disait oui, mais se trouvait minorisée. En 32 ans de journalisme politique, la campagne EEE a été la plus importante que j’aie eue à traiter, celle où les enjeux apparaissaient comme les plus vitaux. Correspondant, à l’époque, au Palais fédéral, je l’ai couverte à fond, dans toutes les régions du pays, suivant à la trace un homme d’Etat inoubliable, Jean-Pascal Delamuraz, ainsi que le valeureux combattant Adolf Ogi. Et voyant poindre, de l’autre côté, l’ombre d’un Commandeur qui allait dicter la politique suisse pendant le quart de siècle à venir : un certain Christoph Blocher. Que je connaissais déjà, depuis 1986.

 

Je le dis tout net : j’étais partisan de l’EEE. Dans mes commentaires, je défendais cette position, très franchement. Etais-je, comme beaucoup de correspondants parlementaires, sous l’emprise de Jean-Pascal Delamuraz, de son verbe, de son charme, de ses formules, de son humour ? La réponse, sans doute, est oui. Un quart de siècle plus tard, je mesure, non sans dimension critique à mon propre égard, à quel point nous, les Romands, avions tendance à reproduire le discours de ce diable d’homme, et… à sous-estimer la verticalité tellurique du non. Nous avons eu tort, c’est certain. Nous allions, en quelque sorte, à Waterloo, sans nous imaginer pouvoir y rencontrer Blücher, le redoutable Maréchal Vorwärts, ce Prussien de 73 ans qui allait décider de la victoire, au soir du 18 juin 1815. Blücher, Blocher, ça sonne un peu la même chose, non ?

 

Oui, nous étions partis la fleur au fusil, comme de jeunes soldats qui sifflotent, dans l’innocence de ce qui les attend. Le 1er mai 1992, sept mois avant, j’avais couvert, à Porto, la cérémonie de signature de l’Accord EEE, en présence de toutes les huiles de la Communauté européenne et de l’AELE (Association européenne de libre-échange). Il faisait beau. La délégation suisse était de bonne humeur. Il nous semblait, à tous, que la ratification par le peuple et les cantons, quelques mois plus tard, ne serait qu’une formalité. Pauvres de nous ! Epris de modernisme continental, nous avions juste totalement sous-estimé le poids de la Vieille Suisse, mais aussi la volonté inébranlable d’une majorité de nos compatriotes de demeurer un pays souverain, même si l’Accord EEE ne mettait pas, officiellement, en cause ce point. Bref, Berne était allé trop vite, le taureau Delamuraz en tête. Plus vite que la musique !

 

25 ans après, beaucoup me disent qu’au fond, les Suisses ont eu raison, le 6 décembre 1992, de voter non. C’est peut-être vrai. Mais cette campagne hors-normes a été celle de toutes les énergies de ma jeunesse. En suivant, à la trace, un homme que je ne suis pas prêt d’oublier, parce qu’il incarnait la passion joyeuse de l’Etat, frémissante comme le souffle de la vie : Jean-Pascal Delamuraz.

 

Pascal Décaillet

 

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05/12/2017

La lyre d'Orphée

 

Sur le vif - Mardi 05.12.17 - 14.30h

 

Il y avait tout de même, avec Jean d'Ormesson, quelque chose de singulier.

 

Tout le monde le connaissait. Tout le monde l'adorait. Tout le monde l'écoutait - je dis bien "l'écoutait" - avec enchantement. Il faut dire qu'il parlait merveilleusement. Je dis bien "il parlait".

 

Bref, tout le monde reconnaît comme "écrivain" (et je ne nie pas, une seule seconde, qu'il le fût), un homme que l'on connaissait principalement pour... le son de sa voix.

 

Sur tous ces gens, combien ont-ils vraiment lu ses livres ?

 

Certains, bien sûr. Ou même beaucoup, je veux bien. Mais évidemment pas tous.

 

Voilà donc un diable d'homme qui écrivait des livres. Et auquel tous donnaient quittance d'être "un grand écrivain". Non pour avoir lu ses ouvrages... Mais pour avoir été envoûtés par le son de sa voix.

 

Il y a, dans ce destin, comme un hommage lointain à la lyre d'Orphée.

 

Pascal Décaillet

 

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02/12/2017

Le Roi du Bar

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 Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.11.17

 

Vous passez chez votre tailleur, vous lui commandez deux ou trois costumes. Sur mesure. Idem, chez votre bottier. Un saut chez le parfumeur. Une fois que tout est prêt, vous vous pointez au premier cocktail venu, si possible dans le monde de la finance. Et, au moment où s’entrechoquent les coupes de champagne, le regard tourné vers l’Ouest, vous prononcez, de l’extrême Finistère de vos lèvres, le mot « innovation ».

 

L’effet, vous verrez, sera garanti. Les plus belles invitées se presseront vers vous, les journalistes économiques et financiers vous prêteront une oreille attentive, les chroniqueurs mondains noteront chacune de vos paroles, les paparazzi vous mitrailleront. Vous serez le roi du bar, le King du cocktail. Elvis, à Memphis.

 

Le lendemain, la presse financière proposera votre portrait, sous le titre délicieux : « Innovation : Arthur Dupont se lance ! ». Votre téléphone se mettra à sonner, en continu. Vous n’arriverez plus à répondre à votre courrier électronique. Sur les réseaux sociaux, on saura tout des choix d’Arthur, la vie privée d’Arthur, les petits plats d’Arthur. Le Temps vous appellera, pour un portrait « décalé ». La presse dominicale orangée vous consacrera une triple page, « L’homme qui pense autrement ».

 

Vous n’aurez rien eu à faire. Vous n’aurez créé aucun emploi, encore. Vous aurez juste, au bon moment, murmuré, dans le couchant, le mot suprême. Celui qui blanchit le désir et sanctifie les âmes.

 

Pascal Décaillet

 

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01/12/2017

Le feu

 

Sur le vif - Vendredi 01.12.17 - 06.42h

 

Dans quelques années, des spécialistes de l'Histoire des médias examineront la manière dont la presse aura traité les questions dites de "harcèlement", aujourd'hui.

 

Ils y verront un phénomène de brasier. Une étincelle. Un bidon d'essence. Le feu, qui emporte tout sur son passage, pendant quelques jours. Les médias qui perdent toute distance, se nourrissent les uns les autres, se transmettent le feu, prêchent, moralisent, appellent à la démission. Remplacent le sens critique par l'esprit de meute.

 

Au final, un conformisme. Face à la mode de pensée d'un moment. Avec ses chasses aux sorcières, ses ayatollahs, ses procureurs, exigeant des têtes.

 

L'information, dans notre pays, mérite mieux que ce feu propagé, pulsionnel, mimétique, grégaire. Elle exige distance, recul, exercice de la critique, lucidité face à la facilité des modes. Solitude, loin des chapelles rédactionnelles, où règnent les obligations d'adhérer. Nous en sommes très loin.

 

Je le disais hier, déjà : la presse romande secrète elle-même le poison qui finira par l'emporter.

 

Pascal Décaillet

 

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30/11/2017

L'honneur d'un homme

 

Sur le vif - Jeudi 30.11.17 - 08.18h

 

Jeter en pâture un conseiller national sur la seule base d'une plainte, avant même que cette dernière ne soit instruite, sans qu'il y ait le moindre procès, ni la moindre condamnation, dans une affaire n'ayant rien à voir avec la vie publique de l'intéressé.

 

Céder à l'ignoble climat de délation généralisée qui nous infeste depuis quelques semaines, et que pour ma part, je ne cesse de dénoncer.

 

Et la revue de presse RSR qui en surajoute en ouvrant avec ce sujet, avec cette pseudo-neutralité de ceux qui ne font que citer : "C'est pas moi qui le dis, c'est le journal !". Comme si le choix des sujets, dans une revue de presse, n'était pas un acte sémantique de première responsabilité. Et le feu, mis aux poudres.

 

Il est où, le pire des harcèlements ? Il est où, le tintamarre ? Ils sont où, les Tartuffes ? Elle est où, la plus dégueulasse des injustices ? Celle qui porte atteinte, en s'engouffrant dans cette mode si facile de la chasse aux sorcières, à l'honneur d'un homme ?

 

Désolé, mais les faits relatés n'ont aucune espèce d'intérêt public. Ils n'engagent en rien la capacité de l'homme à exercer ses fonctions de conseiller national, au service du pays, ce qui est d'une dimension hautement supérieure à ses éventuels écarts dans l'ordre de la bienséance, de la convenance, ou de la vague de morale ambiante, propice à l'immonde floraison des délations.

 

Que ce genre d'affaire, d'ordre strictement privé, se règle en privé ! Il n'y a strictement, de mon point de vue, aucun intérêt public à en faire état. Ensuite, si elle aboutit un jour à une condamnation définitive par les seuls habilités à statuer, les juges (et non les moralistes), nous verrons. Mais nous n'en sommes pas là.

 

La presse romande sécrète elle-même le poison qui finira par lui être fatal.

 

Pascal Décaillet

 

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29/11/2017

Pour la vérité, enfin, dans les Balkans

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.11.17

 

L’Histoire des Balkans est, depuis plus de trente ans, donc déjà bien avant l’éclatement de l’ex-Yougoslavie (1991), l’une de mes passions. Elle est complexe, terriblement. Elle se mêle avec intimité à l’Histoire des langues, des alphabets (cyrillique ou latin), des religions (catholicisme, orthodoxie, Islam). Elle révèle les grandes fractures des derniers millénaires : entre l’Empire romain d’Orient et celui d’Occident, puis entre Empire ottoman et austro-hongrois.

 

Au milieu des années 80, on sentait bien que le fragile équilibre construit par Tito, libérateur du pays en 1944-45, puis homme fort, ne tarderait pas à s’écrouler. Dès la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, les choses étaient claires : l’Allemagne d’Helmut Kohl allait provoquer la réunification, redevenir une puissance politique, donc jouer dans les Balkans (avec l’Autriche, ancienne puissance tutélaire) un rôle majeur. La suite, on la connaît : indépendances proclamées en Croatie et en Slovénie, immédiatement soutenues par l’Allemagne et l’Autriche (1991), puis par les instances européennes ; guerre sanglante et tragique en Bosnie, dans laquelle intervient l’horreur de Srebrenica, Accords de Dayton en 1995 (qui ne règlent rien devant l’Histoire), puis guerre au Kosovo, avec afflux de réfugiés, en 1999.

 

Au cours de ces événements, le Général Ratko Mladic, commandant militaire des Serbes de Bosnie, qui vient d’être condamné à perpétuité, à La Haye, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), a, assurément, commis le pire. Notamment, à Srebrenica. Cela, il ne s’agit en aucun cas de le nier. Mais cela ne doit pas nous interdire une réflexion sur les crimes commis, non seulement côté serbe, mais par l’ensemble des forces en conflit. Avez-vous entendu parler, par exemple, de l’Opération Tempête, commise par les Croates, contre les Serbes de Krajina, au cours de l’été 1995 ? Oh certes, on rappellera que le TPIY a d’abord condamné son chef, le Général croate Ante Gotovina, en 2011 (avant qu’il ne fût… acquitté en appel en 2012). Mais enfin, on ne peut s’empêcher de remarquer que les gens de de La Haye ont montré, tout au long de son existence, davantage de zèle à pourchasser les Serbes que les autres.

 

Autre exemple : l’Armée de libération du Kosovo, adulée par une partie de la presse romande à la fin des années 1990, et ses exactions, notamment en matière de trafic d’organes. Face à ces gens-là, la « justice internationale » de La Haye a-t-elle montré la même inflexibilité que face aux Serbes ? La réponse, clairement, est non. On nous permettra donc, sans pour autant défendre M. Mladic, d’émettre les plus grands doutes sur l’impartialité des juges et du Ministère public de La Haye, sur leur indépendance par rapport au camp des puissants, à commencer par l’OTAN, les États-Unis. Sans oublier le rôle de l’Allemagne de M. Kohl, qui reste à écrire. On attend énormément, dans ce domaine, des historiens. La balle est dans leur camp. A eux, au fil des années, de rétablir les équilibres, de faire enfin apparaître la vérité.

 

Pascal Décaillet

 

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28/11/2017

Manu l'Africain

 

Sur le vif - Mardi 28.11.17 - 14.12h

 

Je viens d'écouter le discours d'Emmanuel Macron à Ouagadougou, en prélude de sa tournée africaine. Il dit beaucoup de choses intéressantes, humanistes, autour du continent africain, et de la nécessité du lien avec nos pays.

 

Oui. Mais la manière dont il l'énonce, la mise en scène autour de son discours, le paternalisme impossible à dissimuler, tout cela laisse percevoir que, quel que soit le Président français, sa couleur politique, son idéologie, et même peut-être sa sincérité, la Françafrique n'est pas morte.

 

Depuis Charles de Gaulle, l'homme de l'éclatant Discours de Brazzaville (30 janvier 1944), sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, jusqu'à Emmanuel Macron, en passant par le très africain François Mitterrand (ministre de l'Outre-Mer en 1951, crois-je me souvenir), la visite d'un responsable français en Afrique continue de parachever à l'infini l'aimable déplacement du colon, venu saluer les foules, et relever les compteurs.

 

Pascal Décaillet

 

14:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/11/2017

Ceux qui se retroussent les manches

 

Sur le vif - Lundi 27.11.17 - 12.20h

 

"Start-up", "innovation"... Je ne suis jamais tombé, une seule seconde, dans cette mystique lustrée de la modernité. Ces mots m'agacent, depuis toujours. Ils relèvent plus de l'incantation que du réel.

 

Mon père (1920-2007), mon grand-père paternel (décédé en 1941) étaient entrepreneurs. Mon père était, en plus, ingénieur, il a passé sa vie à construire des ponts, des tunnels, des galeries dans la montagne, des maisons. Moi-même, à mon minuscule niveau, je suis, depuis douze ans, entrepreneur. Cela signifie, principalement, que je suis mon propre patron, j'assume le risque économique, j'ai investi dans des locaux, du matériel, comme des dizaines de milliers de responsables de PME, en Suisse. Je prends le risque : tout peut s'écrouler, à tout moment.

 

Je ne dis pas qu'il ne faut pas innover. Je dis que je n'aime pas la facilité liturgique du mot "innovation". Je ne dis pas qu'il ne faut pas démarrer (je l'ai fait, le 6 juin 2006, au Registre du Commerce), je dis que le mot anglais "start-up" m'emmerde. Ensuite, chacun fait ce qu'il veut, utilise le vocabulaire qu'il veut. N'étant pas pour le langage inclusif, je ne vais évidemment pas plaider pour l'exclusif.

 

La vérité, je vais vous la dire. Le monde du travail me passionne, depuis l'aube de mes jours. Il y a des gens, tous métiers confondus, qui arrivent dans leur atelier, leur cuisine, leur pâtisserie, leur usine, leur bureau, sur leur chantier, peu importe, et qui se retroussent les manches. Et ils se mettent au boulot. Et ils bossent dur, toute leur vie. Et ils se montrent inventifs, réformateurs, parce qu'ils savent très bien qu'ils faut s'adapter, pour survivre.

 

Ce sont ces gens-là que j'admire. A commencer par les plus modestes d'entre eux. Ceux qui, malgré l'ingratitude du salaire, ou du revenu, considèrent, au fond d'eux-mêmes, que rien ne vaut un travail bien fait. Des délais respectés. Du professionnalisme dans le geste. Ce sont ces gens-là, depuis le commis de cuisine jusqu'à l'aide-infirmière, qui font avancer une société.

 

Ceux-là font leur boulot, toute l'année, toute leur vie. Sans nous bassiner avec le mot "innovation". Qu'il me soit permis, ici, de leur rendre hommage.

 

Pascal Décaillet

 

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26/11/2017

Parole et Silence

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Sur le vif - Dimanche 26.11.17 - 14.15h

 

Depuis toujours, je m'intéresse à l'Histoire, à la langue, à la musique. Sur ce qui touche à ces domaines, je puis me montrer fort disert. Comprendre, techniquement, la révolution induite par le "clavier bien tempéré", à l'époque de Bach, me passionne totalement, par exemple. Ou comment fonctionne la récurrence d'un leitmotiv, chez Wagner.

 

Tout autant, il est quantité de thèmes qui m'indiffèrent. Notamment, ce qu'il est convenu d'appeler, depuis un demi-siècle, les "sujets de société". Je n'en nie pas la pertinence. Mais n'ai rien à dire sur eux.

 

Depuis des décennies, je me passionne pour l'Histoire de France, celle de l'Allemagne, pour nos 26 Histoires cantonales suisses, pour celle de l'Algérie, de l'Afrique du Nord en général, du Proche-Orient, de la Grèce, des Balkans. Pour l'Histoire militaire, notamment la Guerre à l'Est, entre le 22 juin 1941 et le 8 mai 1945. Pour les grandes batailles du passé, par exemple celles de la Révolution, du Consulat et de l'Empire.

 

Depuis l'enfance, je brûle de capter le fil conducteur du destin allemand. En tout cas depuis Frédéric II, jusqu'à nos jours. C'est l'un des enjeux majeurs de ma vie intérieure.

 

Tout autant, l'Histoire des religions me passionne. Celles issues du Proche-Orient, au premier plan. Mais aussi de la Grèce, de Rome. Je peux, au Musée étrusque de Volterra, ou à celui de la Villa Giulia, à Rome, passer des heures à rêver devant un vase à figures rouges, qui nous raconte une scène mythologique. Laissant errer mon esprit, je me récite Homère.

 

Mais il est quinze mille autres sujets, régulièrement débattus à longueur de journées sur nos antennes, dans nos journaux, sur les réseaux sociaux, sur lesquels je n'ai strictement... rien à dire ! Du coup, je m'abstiens, totalement.

 

J'invite chacun de nous à délimiter exactement les sujets où il se sent capable d'intervenir. En prenant soin de mettre à l'écart ceux sur lesquels il n'a, simplement, rien à dire.

 

A tout cela, rien de grave. Rien, ni personne ne nous oblige à donner notre avis sur tout. Soyons conscients de nos zones de compétences. Et, pour le reste, sachons nous abstenir.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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