Liberté - Page 2

  • Barenboim, la lueur de l'espérance

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    Sur le vif - Lundi 30.09.19 - 12.53h

     

    Il y a des moments, dans la vie, comme des chocs de lumière. Ainsi, l'apparition de Daniel Barenboim, sur le coup de 12.37h, à Saint-Sulpice, lors de la cérémonie d'adieux à Jacques Chirac. L'incomparable musicien s'est mis au piano. Et il a joué. L'Impromptu Op.142 no 2, en la bémol majeur, de Franz Schubert.

    Immense émotion, parce que c'est Barenboim. Et parce que c'est pour Chirac. Parce que c'était lui, parce que c'était l'autre. D'abord, Daniel Barenboim, né en Argentine il y a bientôt 77 ans, est l'un des plus grands musiciens de notre temps. Un surdoué, dont la connaissance du répertoire est quasiment inégalable.

    Mais toute cette virtuosité, aussi éclatante soit-elle, ne vaudrait rien si Barenboim n'était, par le coeur et l'esprit, l'un des humains les plus ouverts, les plus éclairés, parmi nos contemporains.

    Le voyant surgir dans la nef, s'approcher du clavier, devant le cercueil d'un Président qui avait su porter très haut l'ambition d'une politique fraternelle de la France au Proche-Orient et dans le monde arabe, comment ne pas se souvenir de tout ce que, dans cet ordre, Barenboim lui-même a réalisé ?

    Car l'homme capable de jouer par coeur toutes les sonates du monde, de diriger le Ring, de nous éblouir de tous les éclats de son génie, est avant tout un homme de coeur. Il a fondé un orchestre israélo-palestinien. Il a plaidé pour un Etat de Palestine. Au milieu d'un monde en guerre perpétuelle depuis 1948, il répond au tragique de l'Histoire par la lumière de la musique. Et par la reconnaissance de l'autre, ci-devant ennemi, comme frère en humanité. Il ne dit pas que les guerres s'arrêteront. Il dit que chaque humain en vaut un autre.

    Devant la mort, en cette Église Saint-Sulpice, il fallait la majesté de la musique. Voyant poindre Barenboim à quelques mètres du corps inanimé de Jacques Chirac, nous avons vu naître des étincelles de lumière. Et pensé à ces tout derniers mots des Mémoires de Guerre, "la lueur de l'espérance".

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Préférences

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    Sur le vif - Dimanche 29.09.19 - 13.44h

     

    Toute ma vie, j'ai préféré les combattants aux diplomates.

    Préféré l'Histoire à la sociologie.

    Préféré l'étude des guerres à la description de la vie quotidienne. Pourvu que ce récit soit ancré, comme chez Thucydide, dans un décryptage implacable des causes et des effets.

    Préféré le social, avec la très lente conquête de la justice et de l'égalité, la réhabilitation des plus déshérités, la répartition des richesses, au sociétâââl, que je laisse volontiers aux bobos urbains.

    Préféré les partis issus de la lutte des classes à ceux surgis du cosmos, ou du ciel. Ou, pire que tout, de la morale.

    Préféré l'échelon de la nation, né de la Révolution française, au modèle de l'Empire.

    Préféré l'Histoire singulière de chaque pays, dans sa logique propre de croissance et d'identité, ce qui passe par une connaissance intime de sa langue, de ses écrivains, de sa culture, aux généralités sur les continents.

    Préféré les peuples à leurs prétendues élites.

    Préféré la démocratie directe à la démocratie représentative.

    Préféré les votations aux élections. Parce qu'elles mettent en avant des thèmes et des idées, non des personnes.

    Préféré l'antagonisme, clair et loyal, des idées, créateur d'étincelles, à la recherche à tout prix du compromis.

    Préféré le courage à la lâcheté.

    Préféré la solitude aux cocktails.

    Préféré le verbe articulé aux mots gommeux, à force d'être mâchés.

    Préféré la musique à toute chose. Puis, l'Histoire, la poésie, la politique. Et pas mal d'autres choses, au fond.

    Préféré l'égalité absolue des humains, chacun à mes yeux en valant un autre, à toute conception prétendant ériger une élite, qu'elle soit sociale, ploutocratique, liée à l'importance qu'on aurait dans la société, ou pire ethnique ou raciale. Tout être humain, sans exception, en vaut un autre. Tel est mon credo, depuis toujours.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • John E. Jackson, lisez Lacouture !

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    Sur le vif - Vendredi 27.09.19 - 18.16h

     

    En un demi-siècle de passion historique totale pour de Gaulle, j'ai évidemment tout lu ce qui, en français, a été publié sur lui. Cela occupe plusieurs rayons de ma bibliothèque.

    Je vais évidemment lire le livre de l'historien britannique Julian Jackson : "De Gaulle, une certaine idée de la France", Seuil, 984 pages.

    Mais je n'apprécie absolument pas ce que John E. Jackson suggère, dans l'article que le Temps vient de mettre en ligne, de l'exceptionnelle biographie de Jean Lacouture, publiée en trois volumes dans les années 80. A chaque parution de volume, je me précipitais le matin, à la première heure, à l'ouverture de la librairie !

    John E. Jackson laisse entendre que le triptyque de Lacouture serait aujourd'hui dépassé. Voire (si c'est à cela qu'il fait allusion dans le chapeau de l'article), qu'elle ferait partie des "visions hagiographiques habituelles".

    Quelle méconnaissance ! D'abord, de l'oeuvre monumentale de Lacouture, première véritable somme critique et accomplie, après (en effet) trop d'ouvrages hagiographiques dans les années 70. Avoir lu Lacouture, dans les années 80, fut pour les passionnés d'Histoire une incroyable révélation. La somme d'archives, de correspondances, de documents inédits compulsés, y est époustouflante, on en apprend énormément sur les années de jeunesse, les influences. On y entend des témoins (encore vivants à l'époque, aujourd'hui disparus).

    Bref, Lacouture nous a proposé, il y a 35 ans, un extraordinaire bond en avant dans la connaissance de la vie et de l'oeuvre de Charles de Gaulle. L'ouvrage n'est évidemment pas parfait, mais enfin à ce jour (faute d'avoir encore lu Julian Jackson), il constitue à mes yeux la référence.

    Surtout, Lacouture n'a rien d'hagiographique. Ce journaliste d'exception, que j'ai eu maintes fois l'honneur d'interviewer, avait été, du vivant de Charles de Gaulle, un opposant à la plupart des aspects de sa politique. Le triptyque ne manque pas de relever les limites de l'action publique du Général. Tout au plus est-il écrit, grâce à une magnifique plume et un style boisé comme les vieux vins du Bordelais, avec une empathie de style qui n'est pas à tenir pour de la complaisance.

    En conclusion, je vais évidemment me précipiter sur l'ouvrage de Julian Jackson. Mais j'invite avec ardeur son homonyme, John E. Jackson, à relire les trois volumes de Lacouture publiés dans les années 80 (Le rebelle, le politique, le souverain). Il y trouvera plus de génie et de découvertes que d'hagiographie.

    Mon cher Jean Lacouture, qui nous avez quittés il y a quatre ans et dont j'ai lu et relu absolument tous les livres, de la biographie de Mendès France à celle de Nasser, je pense à vous avec attachement et émotion. Vous étiez un passeur d'exception.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Chirac, tellement vivant, tellement humain

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    Sur le vif - Jeudi 26.09.19 - 14.24h

     

    Je me souviens, comme si c'était hier, du 10 novembre 1970, lendemain du 9. Je rentrais de l'école à midi, j'avais douze ans, 2ème année secondaire, ma mère m'annonçait la mort de Charles de Gaulle.

    Je me souviens du 2 avril 1974. Nous regardions, avec mes parents, "L'Homme de Kiev" aux Dossiers de l'écran. Interruption du film. Annonce de la mort de Pompidou, Président en exercice.

    Je me souviens du 8 janvier 1996, lorsque j'ai appris la mort de François Mitterrand. J'étais à mon bureau, à la RSR, à Lausanne.

    Je me souviens de Jacques Chirac, les deux fois où je l'ai vu physiquement. En 1998 à Zurich, lors de sa visite en Suisse. Et surtout, dans le meeting inoubliable de l'entre-deux-tours à Lyon, en avril 2002. Je présentais Forum en direct sur place, au milieu d'une foule immense, dans un fracas d'enfer, c'était magique.

    Je me souviens qu'avec mon ami Bertrand Ledrappier, suivant de très près le duo Giscard-Chirac entre 74 et 76, nous préférions mille fois l'impétuosité populaire du second à la distance orléaniste du premier.

    Je me souviens de Cochin, l'Appel, le "parti de l'étranger" (1978). J'aimais ça, parce que déjà, je n'aimais pas le parti européen, en France. La liste de Simone Veil (qui l'emportera en 79) ne m'était absolument pas sympathique. Ni la liste, ni (désolé) la personne qui la conduisait.

    Je me souviens de quarante ans de vie politique, sur laquelle tout a été dit. Un homme complexe, protéiforme, caméléon, qui aura tout été, et le contraire de tout. Je veux retenir le radical, façon Troisième République, devenu gaulliste. Mais radical, avant tout. Radical cassoulet, Province, jamais aussi à l'aise qu'avec des paysans, sur le terrain.

    Je me souviens qu'il a été, de 72 à 74, le meilleur ministre de l'Agriculture depuis Sully, qui avait servi Henri IV. Il a aimé et protégé les paysans de France, il les a défendus face à Bruxelles, il manque aujourd'hui, immensément.

    Je me souviens d'un débat, il y a si longtemps, entre lui et Georges Marchais. Il émanait de ce duel une sympathie de l'illustre communiste à son égard.

    Je me souviens de son débat de 88 face à François Mitterrand. "Vous avez parfaitement raison, Monsieur le Premier ministre". D'une réplique, le Prince du verbe l'avait poliment terrassé.

    Je me souviens du Discours du Vel d'Hiv, en 95.

    Je me souviens - pour toujours - de son amitié profonde pour le monde arabe, de sa connaissance de l'Orient compliqué, de son amour des langues orientales, de son respect pour les peuples opprimés, de la manière dont il avait engueulé, en Vieille Ville de Jérusalem, les gorilles israéliens qui voulaient l'empêcher d'approcher la foule palestinienne.

    Je me souviens de son NON catégorique à l'opération folle, insensée, des Américains contre l'Irak, en 2003. Ce jour-là, nous avions retrouvé la grande politique arabe de Charles de Gaulle, proche des peuples, contre les oligarchies.

    Je me souviens, et pourrais me souvenir sur des kilomètres encore. Il n'avait ni le génie de Charles de Gaulle, ni la majesté de François Mitterrand, mais c'était un pur-sang de la politique, totalement habité par le démon de l'action. Un affectif, jamais plus heureux qu'au milieu des foules, l'homme qui a serré des millions de mains.

    Je me souviendrai toujours de Jacques Chirac, comme de Charles de Gaulle et François Mitterrand. Il a servi la France. Il a su conquérir une très grande affection chez ses compatriotes. Un très grand nombre de Français, au moment où j'achève d'écrire ces lignes, sont émus. Ils ne pleurent peut-être pas un père, comme de Gaulle en novembre 1970. Mais une sorte de grand frère, voyou, adoré, flambeur, joueur, parfois maladroit. Mais tellement vivant. Tellement humain.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Les vraies préoccupations des Suisses

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    Sur le vif - Jeudi 26.09.19 - 10.38h

     

    Les plus précaires, en Suisse ? Ils ne parlent pas beaucoup climat, croyez-moi. Mais primes maladie, santé, retraites, emploi, prix de l'essence, prix des médicaments, loyers, taxes, solitude des seniors. Et aussi, ne vous en déplaise, contrôle des flux migratoires.

    Méfions-nous de l'immense effet d'amplification du sujet-aubaine pour les Verts en vue du 20 octobre, le sujet-tintamarre, le sujet-propagande, orchestré de façon obsédante, comme s'il était le thème de préoccupation no 1 de nos compatriotes.

    Il ne l'est pas. Il est certes à traiter, mais usurpe éhontément sa place dans la hiérarchie. Tout en haut, dans les soucis des Suisses, il y a l'impérieuse nécessité de vivre dignement. La première urgence, pour les gens, est SOCIALE, elle n'est pas climatique.

    Avoir travaillé toute sa vie, payé des primes, ses impôts, et ne pas avoir de retraite décente, c'est cela qui est dégueulasse, cela qui doit être corrigé. Travailler comme un fou, et ne pas pouvoir mettre un sou de côté, parce qu'on nous pompe et nous tond de partout, c'est cela qui rend la classe moyenne folle de rage.

    Le climat ? Le climat oui, bien sûr. Il ne s'agit pas de nier le problème. Mais de considérer sa place réelle dans la hiérarchie des préoccupations des citoyennes et citoyens de ce pays. A cet égard, il convient d'identifier comme tel le véritable matraquage verbal dont nous sommes victimes, depuis des mois.

    Le 20 octobre, le peuple suisse votera. On crédite des Verts de 10% des voix. Fort bien. Mais cela signifie que 90% du corps électoral ne votera pas pour les Verts. Et quand bien même ils feraient 15%, il y aurait encore 85% contre eux.

    J'invite mes concitoyennes et concitoyens à garder la tête froide. Non pas nier la nécessité de s'occuper du climat. Mais refuser, avec la dernière énergie, l'ambiance de matraquage et de propagande orchestrée autour de ce thème.

    Ai-je été assez clair ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Jeunes candidats : ouverts et prometteurs !

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    Sur le vif - Mercredi 25.09.19 - 16.01h

     

    Tous partis confondus, les jeunes candidats et candidates sont excellents, dans la campagne fédérale. Ils privilégient les arguments, savent écouter ceux de l'adversaire, ne le diabolisent pas, dialoguent. Et, après les débats, se comportent avec beaucoup d'empathie les uns avec les autres.

    Ils sont conscients que la grande fracture, aujourd'hui, ne se situe pas entre la droite et la gauche, mais entre la grande famille de ceux qui veulent encore croire à la politique, et ceux qui hélas y ont renoncé. Cette foi commune dans l'action publique crée des liens, qui transcendent les clivages idéologiques. Cela, je le sens très fortement chez les jeunes.

    J'ignore si l'Apocalypse climatique nous emportera. Mais je sais que la relève politique, à Genève, est assurée. Les politiciens et politiciennes efficaces de demain, et même ceux d'après-demain, je peux déjà vous donner leurs noms aujourd'hui, pour me tenir beaucoup à leur écoute.

    Je félicite cette génération montante. Elle n'a rien à envier aux précédentes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Jusqu'à l'os !

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    Sur le vif - Mercredi 25.09.19 - 13.58h

     

    Prix des carburants : + 10 centimes par litre ! Décision insensée des Etats ! Jamais la classe moyenne, déjà tondue jusqu'à l'os, ne pourra absorber une telle augmentation. Pointer qui a voté quoi. S'en souvenir le 20 octobre. Sur le plan politique, entreprendre toutes choses pour s'opposer à cette décision.

    La Suisse ne se compose pas que de bobos ouatés, chantres et apôtres de la "mobilité douce", et autres sérénades en vogue. Mais de petits artisans, d'indépendants, de commerçants, de livreurs, d'habitants des régions périphériques, des fonds de vallées latérales, de paysans, d'ouvriers, qui ont absolument besoin d'un véhicule privé pour se rendre au travail. Et sont bien contents d'avoir une voiture familiale pour des vacances dûment méritées !

    Cette Suisse-là n'a pas la chance d'avoir l'abonnement général 1ère classe remboursé pour aller siéger aux Chambres fédérales.

    Cette Suisse-là, laborieuse et tondue, oubliée, méprisée, jusqu'à quand se taira-t-elle ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Suisse-Iran : le dialogue des intelligences

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    Sur le vif - Mercredi 25.09.19 - 04.19h

     

    La rencontre, dans un grand hôtel de New York, entre Ueli Maurer et le Président iranien Hassan Rohani, constitue un excellent signal pour notre diplomatie suisse.

    Au moment où les Etats-Unis se préparent, sous la pression des lobbys que l'on sait, à lancer une nouvelle expédition militaire mortifère et insensée au Moyen Orient, notre petit pays, ami et respecté de tous dans cette région du monde, joue la meilleure de ses cartes : le maintien du contact, le respect d'interlocuteurs diabolisés par l'assourdissante propagande de l'Oncle Sam, le dialogue des intelligences.

    Surtout, Berne doit faire savoir aux Américains que leur croisade contre la Perse sera une sale guerre. Elle embraserait une nouvelle fois l'Orient compliqué, pourrait faire réagir les Russes, dévasterait les fragiles équilibres.

    Même l'éternel protégé de Washington au Proche Orient, depuis 1948, seule vraie raison de cette intervention américaine, n'en sortirait pas gagnant, à terme, une nouvelle coalition des haines arabo-persiques contre lui étant déjà prévisible, en cas de désolation américaine semée dans la région.

    Quant à la Suisse, elle n'est certes qu'un minuscule pays sur l'échiquier mondial. Et c'est justement pour cela qu'elle doit mener, dans sa diplomatie, une grande politique, avec ses intelligences et ses valeurs.

    Cette grande politique sera, en cas de guerre américaine contre l'Iran, d'oser condamner sans appel une telle action. Au printemps 2003, lors de l'expédition montée de toutes pièces contre l'Irak, la Suisse n'avait eu, hélas, ni cette clarté, ni ce courage.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Conseil d'Etat : le courage serait de démissionner en bloc !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.09.19

     

    Le Conseil d’Etat genevois dysfonctionne. Non dans la gestion individuelle, par chaque magistrat, des sept départements. Mais en tant que collège. D’abord, parce qu’il ne dégage aucune priorité, aucune lisibilité. Ensuite, parce que la zizanie interne règne sur des questions aussi majeures que le choix du budget ou la fiscalité des classes moyennes. Mais encore, parce que les bisbilles s’étalent sur la place publique. Enfin, et c’est sans doute là le point le plus douloureux, parce qu’il n’émane de ce septuor aucune dynamique d’ensemble, aucune forme de bonheur à gouverner ensemble. En clair, cet attelage gouvernemental, quelles que soient les qualités intrinsèques des uns ou des autres, est un échec. Il n’émane de lui que discorde et dissensions. Sa capacité d’action, son crédit politique ne sont absolument plus suffisants pour qu’il fasse bouger la République, à une époque, hélas, où cette dernière en a tant besoin.

     

    « Être dans un gouvernement, me disait un jour de décembre 2003, dans le train Berne-Genève, un ancien conseiller d’Etat radical aussi lucide et brillant que vipérin, c’est co-exister avec six personnes que l’on déteste, sans jamais avoir le droit de le montrer ». Eh bien disons qu’avec le gouvernement genevois actuel, seize ans après la parole de Cassandre de l’ancien magistrat, les choses sont au moins claires : on se déteste, et on le montre ! On l’a vu, à la rentrée, avec les règlements de comptes, par presse interposée, entre l’actuel Président du Conseil d’Etat et son prédécesseur, Pierre Maudet. On l’a vu, le 21 septembre, avec un rapport de minorité de Pierre Maudet sur le budget. On l’a vu, le lundi 23 septembre, avec la révélation de la mise en minorité, révélée par l’Agence Decaprod, de la ministre des Finances, Nathalie Fontanet, à six contre un, lors de la fameuse décision du Conseil d’Etat, si controversée, fin août, sur la hausse d’impôts (finalement rejetée par le Parlement).

     

    Dans cette cacophonie, les trois ministres de gauche n’ont rien à se reprocher. Ils tentent, au maximum, d’infléchir l’action gouvernementale dans le sens de leur philosophie politique, c’est de bonne guerre. Le ministre MCG, compétent et travailleur, fait également son boulot. Au sein de l’Entente, Nathalie Fontanet se montre loyale à ses engagements, c’est tout à son honneur. Tous au plus pouvons-nous nous interroger sur la ductilité idéologique du ministre de la Mobilité, qui semble franchement être passé dans le camp de la gauche. Et surtout, à quel jeu joue Pierre Maudet ? Cet homme d’instinct semble préparer un grand coup. Mais pour aller où ? Avec quels soutiens ?

     

    Dans de telles conditions de paralysie politique, le courage serait de démissionner en bloc. Libre à chacun de se représenter. Le peuple trancherait. Bien évidemment, cela ne se produira pas. Chacun tentera au mieux de gérer son département, le nez sur le guidon. Et la faiblesse de l’attelage perdurera, jusqu’au printemps 2023. Ainsi va la politique. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La politique oui, la théologie non !

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    Sur le vif - Mardi 24.09.19 - 15.08h

     

    Voir, sous mes yeux, se dégonfler des modes auxquelles j'ai toujours refusé de participer, malgré l'infernal tintamarre orchestré autour d'elles, constitue l'un de mes motifs de satisfaction.

    Dans la vie, il faut assurément avoir des convictions, et les défendre avec courage, parfois férocement. Mais chacun d'entre nous doit puiser, sans concession, au plus profond de soi, pour les trouver. Et non par mimétisme, ou psittacisme, du courant majoritaire d'un moment. Rien de pire que les modes ! Rien de plus révulsant, pour un esprit libre, que ces laves en fusion, qui se déversent. Il faudrait suivre, ou mourir. En être, ou ne pas être. Adhérer, ou disparaître.

    Comment jugera-t-on, dans vingt ans, l'hystérie climatique de cette année 2019 ? Je ne mets pas en cause la nécessité de protéger la planète, ni de réduire les émissions de gaz. Non, j'incrimine le chantage à l'Apocalypse, la prise en otage du débat politique par une théologie du Bien. La mise en avant d'un dogme, sans appel ni réfutation possibles, sauf à se faire traiter d'hérétique.

    Ce terrorisme intellectuel, je le réfute. Discuter, oui. Avancer des arguments, et pourquoi pas s'engueuler, entre citoyennes et citoyens adultes et vaccinés. Mais accepter de se faire dicter une vérité révélée, c'est non. Tout simplement non.

    Être citoyen, c'est parfois dire oui. Et, en toute liberté, savoir aussi dire non.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'essence, les bobos, l'existence

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    Sur le vif - Lundi 23.09.19 - 17.07h

     

    Ils sont bien gentils, les bobos vélocipédistes, de vouloir augmenter le prix de l'essence. Mais il y a, dans notre société suisse, des centaines de milliers de gens qui, justement, ne font pas partie des bobos vélocipédistes.

    Cette majorité silencieuse, laborieuse, a besoin de son véhicule privé pour se mouvoir. Pour aller au travail, par exemple. Quand elle part en vacances, elle est bien contente d'avoir une voiture familiale, c'est beaucoup moins cher que le train, à plusieurs, c'est infiniment plus pratique pour aller où on veut. A la campagne, à la mer, à la montagne. On se sent très libre, dans une voiture. Et, quand on a travaillé dur toute l'année pour se payer des vacances, on est bien content d'en avoir une.

    Et puis, il y a tous ces gens, les petits indépendants, les artisans, les livreurs, qui ont impérativement besoin de leur voiture, ou camionnette, pour gagner leur vie.

    Et puis, il y a la Suisse périphérique. Pas celle des grands centres urbains, comme Zurich ou Genève, où fleurissent les bobos vélocipédistes, mais celle des vallées latérales, des villages de campagne, des petites localités. Ces gens-là, ils ont besoin d'une voiture, et ne seront pas très contents, la classe moyenne étant déjà strangulée, d'une augmentation du prix de l'essence.

    Voilà, c'est ainsi, c'est la vie. Il y a les bobos vélocipédistes. Et puis il y a l'écrasante majorité des gens. Qui ne sont ni bobos. Ni vélocipédistes.

    Jusqu'à quand cette majorité a-t-elle l'intention de demeurer silencieuse ? Et de se faire tondre, pour satisfaire la morale à deux sous des bobos vélocipédistes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le sociétââââl ? - Non, le SOCIAL !

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    Sur le vif - Lundi 23.09.19 - 13.46h

     

    Les questions sociétââââles, dont on ne cesse de nous bassiner dans les salons urbains, sont le paravent des bobos aux vrais problèmes de fond, de structure lourde, que nous avons à trancher. Ces vrais thèmes, essentiels eux, sont les primes maladie, la santé, les retraites, l'emploi des jeunes, l'apprentissage, le statut des seniors, l'étranglement fiscal des classes moyennes, l'avenir de nos paysans. Et, n'en déplaise aux bobos, l'immigration incontrôlée.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le député Bläsi fait son boulot !

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    Sur le vif - Lundi 23.09.19 - 12.33h

     

    Le député Thomas Bläsi a parfaitement le droit d'interroger le fonctionnement d'un service de l'Etat, et d'exiger des explications du magistrat concerné.

    Le député Thomas Bläsi est un fouineur, l'un des meilleurs parmi les élus. Il a non seulement le droit, mais aussi le DEVOIR de l'être : l'une des missions amirales du Parlement, c'est de contrôler l'activité du gouvernement, et de l'administration.

    Le député Thomas Bläsi ne s'en laisse pas conter. Quand il interpelle l'exécutif, c'est pour avoir une RÉPONSE, pas un simili de langue de bois en contreplaqué.

    Le député Thomas Bläsi, comme ses 99 confrères et consœurs, n'est pas au service d'un parti. Ni d'une faction. Ni d'une chapelle. Ni d'une confrérie de l'ombre. IL EST AU SERVICE DU PEUPLE.

    Tout magistrat interpellé par une question de parlementaire, celle du député Thomas Bläsi comme celle de l'un des 99 autres, doit répondre de façon précise, honnête, détaillée, sans faire part de la moindre humeur - ni même du moindre qualificatif personnel - sur la personne qui dépose la question. Ainsi fonctionne notre système, où le Parlement est le premier pouvoir, qui contrôle le gouvernement.

    Le député Thomas Bläsi, en posant des questions qui dérangent, rend service à la population. Cette attitude mérite le respect. On aimerait que tous, parmi ses 99 collègues, fassent preuve de la même curiosité critique face aux dysfonctionnements d'un exécutif qui n'en est pas avare.

    Les députés ne sont pas là pour être les groupies d'un ministre, et surtout pas de celui qui serait de leur parti ! Ceux qui n'ont pas saisi cela n'ont tout simplement rien compris à la fonction d'un Parlement, au sein d'une démocratie.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'Allemagne, c'est nous

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    Sur le vif - Lundi 23.09.19 - 08.00h

     

    La pauvreté de masse en Allemagne, dont parle ce matin la Tribune de Genève, constitue l'un des thèmes majeurs du destin de l'Europe. Un sujet autrement capital, pour notre propre avenir, que toutes les questions sociétâââles dont on nous bassine à n'en plus finir.

    L'Allemagne, c'est la première puissance en Europe. Depuis Frédéric II, roi de Prusse (1740-1786), elle ne fait que monter en force sur le continent. Le 8 mai 1945 n'a été qu'une défaite d'étape, dont le pays s'est remis à une vitesse exceptionnelle.

    Si l'Allemagne est saine, dans son corps social, comme elle le fut au moment des lois bismarckiennes, l'Europe entière peut en être gagnante.

    Si, en revanche, elle laisse prospérer en son sein la gangrène des inégalités, si elle laisse une génération, une catégorie sociale, sur le bord du chemin, si elle les met à l'écart, les laisse sombrer dans la pauvreté ou la misère, c'est l'explosion. Avec conséquences dévastatrices, en Allemagne et hors de l'Allemagne.

    L'Europe a donc tout intérêt à ce que l'Allemagne s'occupe en priorité des Allemands. De ses seniors, dont certains vivent dans une précarité épouvantable. De ses jeunes, pour qu'ils soient formés, et trouvent un emploi. De ses chômeurs, notamment en Saxe, en Prusse, où ils sont totalement délaissés.

    En jugeant bon de jouer, à l'automne 2015, la carte de visite cosmopolite contre les intérêts supérieurs de la cohésion sociale allemande, toute à son lustre de vouloir plaire au monde, Mme Merkel a perdu l'appui et la confiance d'une quantité de ses compatriotes.

    Cette absolue nécessité de la cohésion sociale, vous la trouverez définie chez tous les grands penseurs politiques allemands. Vous la trouverez chez Luther, qui place le chemin spirituel au centre de la vie. Vous la trouverez chez Fichte, dans ses Discours à la Nation allemande (1807, sous occupation française). Vous la trouverez à la fois dans la pensée de l'Aufklärung (Lumières), et dans celle qui, en réaction, prône le retour aux valeurs ancestrales de la Gemeinschaft germanique.

    Oui, nous avons tous intérêt, en Europe, à ce que l'Allemagne s'occupe en priorité des siens. Le destin de ce pays majeur est au fond le nôtre. Qu'une guerre sociale, comme en 1918/19, embrase ce pays, et le feu nous parviendra. L'Allemagne, c'est nous.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Crever l'abcès

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    Sur le vif - Dimanche 22.09.19 - 09.54h

     

    Genève : le collège gouvernemental présente de tels dysfonctionnements internes, dévastateurs de son autorité, qu'il devrait, dans l'intérêt supérieur de l’État, remettre son mandat dans les mains du peuple. Cela sereinement, sans psychodrame, ni précipitation.

    Libre à chacun de se représenter, le souverain saura faire la part des choses. Confirmer sa confiance, ou non.

    Cette réflexion citoyenne d'un homme libre et indépendant s'adresse à l'exécutif, pas au Grand Conseil, ce dernier n'ayant pas failli à sa tâche, et pouvant servir le Canton jusqu'au printemps 2023.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Comment osez-vous ?

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    Sur le vif - Jeudi 19.09.19 - 15.58h

     

    Comment le Cartel ose-t-il encore se plaindre, suite au projet de budget 2020 ? Alors que renflouer la CPEG, en conservant un mode de répartition des cotisations incroyablement favorable aux employés, donc incroyablement onéreux pour les contribuables, va vider les poches de la classe moyenne genevoise, déjà pressée comme un citron.

    Mesdames et Messieurs les défenseurs professionnels des fonctionnaires, pensez un peu aux gens du privé ! Pensez aux contribuables indépendants, qui doivent financer eux-mêmes la totalité de leurs retraites ! Comment osez-vous ? Mais comment osez-vous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Aimons nos arbres !

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    Commentaire publié dans GHI - 18.09.19

     

    Votre serviteur serait-il lui-même un bobo ? Ce serait quand même le comble, si vous avez pris la peine de lire l’article ci-contre ! Oh, certes, il ne se déplace pas à vélo. Et défend mordicus le trafic privé motorisé en ville. Il est passionné, depuis l’âge de sept ans, par les guerres et les conflits, le tragique de l’Histoire. Il est persuadé de l’immanente noirceur de l’âme humaine, tant que s’exercera le jeu de miroirs du pouvoir. En clair, il ne croit que modérément à l’idée de progrès.

     

    Mais en même temps, comment ne pas aimer passionnément la nature, qui est si belle ? Sentiers valaisans, l’été, à n’en plus finir. Les bisses, les torrents, les lacs de montagne, les gentianes, le silence des vallons. Le reste de l’année, à Genève, une promenade, toujours la même depuis plus de vingt ans, sur les lieux qui furent ceux de son enfance. La même boucle, au millimètre près ! Les mêmes arbres, dont certains plus que centenaires, et parmi les plus beaux qui soient.

     

    Alors, oui ! Oui à la nature. Oui à la protection des paysages. Oui à l’amour inconditionnel des arbres. Oui à leur préservation, leur salut. Ils sont nos compagnons de vie, nos amis. Nous leur parlons, nous les admirons, nous les prenons à témoin. Ils sont nos repères, nos contemporains. Il est parfaitement normal, légitime, de se battre pour sauver des arbres. Être humain, c’est s’inscrire dans la reconnaissance de toute vie. Il n’y a, à cela, nulle sensiblerie. Juste la joie partagée de se reconnaître dans la Création.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Les faucons nous prennent pour des vrais cons

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    Sur le vif - Jeudi 19.09.19 - 07.05h

     

    Insupportables, les pressions des conservateurs américains sur Donald Trump pour pousser à tout prix à une guerre contre l'Iran. Trump hésite encore, mais jusqu'à quand ?

    Insupportable, oui, et depuis toujours, cette alliance entre les évangéliques fondamentalistes et les milieux qui, traditionnellement, soutiennent l'éternel protégé des Etats-Unis au Proche-Orient, depuis 1948.

    Insupportable, parce que ces faucons deviennent nerveux. Deux événements récents sont de nature à les affaiblir : le départ de John Bolton, et surtout le résultat décevant de Netanyahu aux élections israéliennes.

    Alors, tout ce petit monde belliciste de la Côte Est commence à perdre les nerfs : il faudrait, selon eux, agir le plus vite possible contre Téhéran. Alors, comme à la grande époque de Colin Powell et de sa petite fiole bidon, on invente des raisons. On monte, de toutes pièces, des prétextes pour diaboliser l'Iran. Digne des gardes-frontière polonais, début septembre 39 ! En clair, les faucons nous prennent pour des vrais cons.

    Nous avons affaire à des menteurs. Nous avons affaire à des manipulateurs mondiaux. Nous avons affaire à des cyniques. Nous avons affaire à des dissimulateurs de leurs desseins réels. En aucun cas la Suisse, notre petit pays apprécié de tous au Moyen-Orient, ne doit s'aligner sur ces semeurs de guerre et de désolation. En aucun cas, elle ne doit abandonner l'Iran, le dialogue économique, politique et intellectuel avec les intelligences de la Perse.

    La Suisse est un tout petit pays. Mais elle a l'occasion, dans cette affaire, de montrer de la grandeur diplomatique et la puissance de son ouverture à un monde arabo-persique qui constitue, n'en déplaise aux ignares, l'une des matrices de notre civilisation.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Adipeux, cigareux, d'un autre âge !

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    Sur le vif - Mercredi 18.09.19 - 13.29h

     

    Le type qui, en septembre 2019, dicte encore des lettres à sa secrétaire, parce qu'il n'est pas foutu d'utiliser un clavier, et gérer lui-même son courrier, est un profond inadapté, qui se fera rattraper un jour ou l'autre par la marche de l'Histoire.

    Pourquoi dicter ? Pourquoi se comporter en adipeux patron des années soixante, arrogant avec son personnel, "Vous passerez dans mon bureau Mademoiselle, j'ai du courrier à dicter", persuadé d'être éternel, dans son pouvoir, sa place dans la société, son rayonnement patriarcal dans sa boîte.

    Dicter, en septembre 2019, non mais allô ! Il se prend pour Napoléon à Wagram, notre grassouillet Centaure à la voix de velours, donnant ses ordres à ses estafettes ? S'il aime l'oralité, qu'il s'en aille lire Verlaine à haute voix au bord du Rhône, ou qu'il s'initie à la parole radiophonique.

    Ce type-là n'a rien compris. Les plus grands décideurs, aujourd'hui, sont des gens qui communiquent eux-mêmes. Ils passent plusieurs heures par jour à trier le courrier, évidemment électronique (qui passe encore par le papier ?), et les messages importants, ils les rédigent eux-mêmes.

    Ce travail-là, loin d'être un luxe, ou un fardeau qu'on devrait déléguer à des subalternes, doit constituer le coeur de l'activité d'un entrepreneur. S'imaginer que la communication, la messagerie, le dialogue avec l'extérieur, sont en 2019 des activités accessoires à la vie de l'entreprise, c'est n'avoir strictement rien compris à l'évolution des métiers.

    Ces adipeux, cigareux, avec leurs costards et leurs grands airs, ne sont pas des entrepreneurs. Ils jouent simplement un rôle d'un autre âge, se pénètrent de l'importance de leur propre paraître, s'envoûtent et se trompent eux-mêmes dans leurs volutes. Ils sont promis à disparition. Le plus tôt sera le mieux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le bobo, vous connaissez ? Portrait

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.09.19

     

    Le bobo habite en ville. Le plus près possible du centre. Près de la gare, mais pas trop, c’est mal famé. Le bobo aime la ville, son anonymat, son cocon protecteur, le champ de tous ces possibles qu’il contemple de son vélo, si possible électrique. Car le bobo se meut : pas question de demeurer immobile, ni sédentaire, quand la vie est là, qui vous appelle, avec ses promesses de cocktails, de mojitos, de légumes et céréales métissés, comme un chant recommencé du vaste monde. Le bobo ne dédaigne pas de se mouvoir, pourvu que la mobilité soit douce, silencieuse, conforme aux impératifs de l’urgence climatique. On ne doit entendre que la caresse des pneus, joueuse, sur l’épiderme érectile du macadam. Ne klaxonnez jamais le bobo, son cœur est fragile.

     

    Le bobo n’aime pas la violence. Il condamne le principe de la guerre, tient cette dernière pour une erreur de l’humanité, à corriger au plus vite. Le bobo n’étudie donc ni les conflits, ni l’Histoire, ni les traités, ni les alliances. Du passé, il veut faire table rase. Du haut de son jus de carottes où baigne la fière verticalité d’une tige de céleri, le bobo décrète la fin de l’Histoire, l’avènement d’une humanité nouvelle, délivrée du Mal. Car le bobo aime le Bien. Il entend sauver la nature, la couche d’ozone, réduire son bilan carbone, limiter le nombre de watts auxquels nous aurions droit, chacun, pour une année. Il veut chasser des villes le trafic privé, voitures, motos, scooters, comme autant de suppôts de Satan. Le bobo se bat pour le salut de nos âmes. Si nous avons le mauvais goût de rouler dans une automobile, c’est que nous sommes encore dans les griffes de l’archaïsme, hommes et femmes d’un autre temps, en attente de la délivrance par laquelle le bobo, lui, est passé. Il n’est pas notre ennemi, il nous précède.

     

    Le bobo n’est pas une brute inculte. Tenez, il aime Berlin par exemple. Pendant vingt ans, tout en roulant à vélo en ville, il a pris quarante fois une compagnie à bas coûts pour des week-ends festifs dans la capitale de l’Allemagne. Dans laquelle il a pu se pâmer d’admiration devant le règne du vélocipède. Mais, depuis quelques mois, il a pris conscience que l’avion, c’était mal. Désormais, le bobo prendra le train de nuit, via Bâle et Mannheim. De retour à Genève, il sanctifiera la mobilité douce de la ville prussienne, tout en pestant contre ces insupportables camionnettes de livraisons qui se permettent de venir polluer la cité de Calvin. Car le bobo n’aime pas les livreurs. Ni le bruit des camions. Ni le monde de l’industrie, ni celui des chantiers. Au bleu de travail prolétarien, il préfère le bleu du ciel, au-dessus de l’infini d’une piste cyclable.

     

    Le bobo n’aime pas le bruit, ni le monde des ouvriers. Pour nourrir sa réflexion sur l’écologie politique, il a besoin de silence, d’air pur. Juste le souffle d’une chambre à air, comme un zéphyr de bonheur. Longue vie au bobo, dans une humanité renouvelée, délestée du péché, plein cap sur la félicité, toutes voiles dehors.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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