Liberté - Page 2

  • La vraie question c'est l'Allemagne, pas l'Europe

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    Sur le vif - Mercredi 17.07.19 - 19.09h

     

    La question n'est pas d'être pour ou contre l'Europe. L'Europe existe, elle est notre continent, nous sommes profondément européens.

    La question n'est pas, non plus, d'être pour ou contre l'Union européenne. L'UE existe, la Suisse n'en est pas membre, la question d'une adhésion n'est pas aujourd'hui à l'ordre du jour. La Suisse existe, l'Union européenne aussi, chacune de ces entités vit sa vie, et nous verrons bien.

    La question fondamentale, pour notre continent, qu'on soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'UE, c'est le déséquilibre croissant engendré par l'émergence, depuis trente ans, d'un pays beaucoup plus fort que tous les autres, l'Allemagne.

    Beaucoup plus fort que le Luxembourg, il le sera toujours. Beaucoup plus fort que la Belgique, que les Pays-Bas, il le sera toujours. Mais, depuis bientôt trente ans, BEAUCOUP PLUS FORT QUE LA FRANCE. C'est cela qui est inquiétant. La thèse, magnifique au demeurant, de la construction d'une Cathédrale par une voûte fondée sur l'équilibre, ne tient plus. Depuis 1989, depuis 1992, l'un des membres fondateurs du Traité de Rome (1957) s'est littéralement envolé. Il a démarré en côte, comme au Tour de France, il a laissé ses concurrents figés sur la route du col.

    Le poids que prend l'Allemagne en Europe n'a pas seulement de quoi inquiéter les 27 autres membres de l'Union européenne. Mais aussi les pays non-membres, comme la Suisse. En matière aérienne, en matière postale, en matière de télécommunications, en matière d'approvisionnement en acier, en automobiles, en matière de banques et d'assurances, pour ne prendre que quelques exemples, le gigantisme économique et commercial de l'Allemagne représente pour notre pays une menace de phagocytage. Nos amis alémaniques en sont, d'ailleurs, bien plus conscients que nous.

    Avec l'Union européenne, la Suisse négocie. Depuis des décennies. Nous verrons ce que cela donnera. Négocier, il y a des diplomates pour cela ; puissent-ils simplement le faire en demeurant aux ordres du politique, et non en fonctionnant en roue libre. Mais les politiques, eux, à commencer par chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays, doivent impérativement garder à l'esprit l'essentiel.

    L'essentiel, ça n'est pas tant notre rapport avec les institutions complexes de l'Union européenne. L'essentiel, c'est la survie, en tant que nation souveraine et indépendante, de notre tout petit pays, riche de son magnifique système politique, de son fédéralisme, de sa démocratie directe, de son respect des différences. Sa survie, non face à Bruxelles, qui n'est pas si dangereuse. Mais sa survie, dans un continent où, Union européenne ou non, son énergique et redoutable voisin du Nord, premier partenaire commercial, prend un ascendant de plus en plus inquiétant. D'autant plus que les esprits prétendument éclairés - à vrai dire aveuglés par un cosmopolitisme béat et vain - se refusent à en prendre acte.

    Je parlais de la Belgique ou des Pays-Bas. Dans une construction européenne devenue incapable de garantir des équilibres promis au départ (Rome, 1957), et où hélas le plus fort dicterait sa loi, notre petit pays, à terme, ne pèserait pas beaucoup plus que ces deux nations amies du Benelux.

    En clair, le citoyen, ou la citoyenne, lucide et sage doit impérativement raisonner en termes stratégiques et réalistes, et non sur les sirènes des grands discours. Cela signifie évaluer le terrain, les rapports de forces. Situer le vrai danger. Ne pas se tromper d'adversaire. Vaste programme, extraordinairement difficile à mettre en œuvre dans une Europe en pleines mutations, où le destin de ceux qui sont à l'intérieur (de l'UE) n'est au fond en rien différent du destin de ceux qui sont dehors (la Suisse, par exemple).

    En plus clair encore : il n'y a pas vraiment de problème européen. Mais il existe, à coup sûr, depuis le prodigieux réveil sous Frédéric II (1740-1786), une question allemande, centrale et déterminante, en Europe.

     

    Pascal Décaillet

     

     
     
     
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  • Un pas de plus vers l'Europe allemande !

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    Sur le vif - Mercredi 17.07.19 - 12.00h

     

    Jamais l'Allemagne, depuis 1945, n'a été aussi puissante en Europe. Et voilà qu'en plus, on nomme une Allemande à la tête de la Commission européenne ! Il y a là un danger : non celui du retour d'un pangermanisme calmé pour un moment, mais celui d'accentuer le déséquilibre souligné ici dans mes derniers papiers : l'émergence d'une super-puissance à l'intérieur de la construction européenne, c'est l'absolu contraire de la volonté des pères fondateurs, lors du Traité de Rome, en 1957.

    Dans cet Âge d'or de l'Europe communautaire, tout était entrepris, en termes de signaux, pour souligner l'équilibre et le respect entre les six membres fondateurs. Ainsi, on distribuait volontiers les postes les plus puissants à des petits pays, comme la Belgique ou les Pays-Bas, qui avaient souffert de la guerre, et vécu dans leur chair l'occupation allemande. Surtout, avec la réconciliation allemande, le couple de Gaulle-Adenauer nous présentait l'amitié retrouvée des deux peuples comme la pierre angulaire d'une Cathédrale. L'image était puissante, émouvante, elle parlait aux cœurs et aux âmes. Le plus important : l'Allemagne de l'époque, en plein miracle économique, était encore, pour longtemps (jusqu'en 1989), un nain politique, et cela rassurait tout le monde.

    Aujourd'hui, le nain est redevenu un géant, totalement décomplexé. Dans les Balkans pendant les années 1990, puis en Europe centrale et orientale, dans les Pays Baltes, en Ukraine, il joue sa propre carte nationale, sous le paravent européen. Face à la Grèce, berceau de notre civilisation, il s'est comporté avec la dernière des vulgarités et des arrogances suzeraines. La Grèce, oui, où les Allemands avaient laissé quelques souvenirs entre 1941 et 1945.

    Le géant est là, c'est un fait, une réalité historique. Le seul pays capable de maintenir l'équilibre, la France, n'a vu que du feu à cette prodigieuse renaissance, un retour en puissance d'autant plus pervers qu'il s'effectue sous les vivats et les applaudissements d'une opinion publique peu rompue, hélas, à une analyse froide et stratégique de l'Histoire. La France n'a rien vu venir, le premier qui en porte l'écrasante responsabilité est François Mitterrand, lorsqu'en pleine guerre des Balkans, lâchant son vieil et fidèle allié serbe, il a, sous l'influence des BHL et des Kouchner, et de leur cosmopolite "droit d'ingérence", embrassé la cause allemande, sous paravent européen.

    Le géant est là, déjà seul au pouvoir au milieu d'une Europe déséquilibrée par sa puissance, et on nomme une Allemande à la tête de la Commission européenne. Les qualités de Mme Ursula von der Leyen ne sont pas en cause, c'est le principe et la fonction qui méritent d'être scrutés. On ne fera pas grief - au départ - à la nouvelle Présidente allemande de la Commission de favoriser son pays en sous-main. Mais assurément, elle est Allemande. Même famille politique que Kohl et Merkel. Sa vision de l'Europe est allemande. Sa Weltanschauung est allemande. Sa manière de penser la construction européenne, autour de l'Allemagne augmentée (cf. mes précédents papiers), est allemande.

    On notera, au demeurant, que dans ses fonctions comme Ministre de la Défense de la nation appelée "Allemagne", Mme Ursula von der Leyen ne s'est pas particulièrement opposée aux programmes allemands de réarmement qui, notamment en matière de marine de guerre et de sous-marins, se votent là-bas dans la parfaite indifférence des chers voisins européens. Preuve de plus du double langage de l'Allemagne en Europe : pour la paix, les mots ; pour le réarmement, les actes.

    Quelles que soient, donc, les qualités de la nouvelle Présidente de la Commission, c'est une vision allemande qui va tenir l'Union européenne pendant cinq ans. La vision française : il n'y en a plus ! M. Macron s'affirme comme le chevalier servant de Mme Merkel, il lui court et lui trottine derrière, il est d'accord avec elle sur tout. Il se comporte en charmant vassal de la Chancelière. Son rôle n'est pourtant ni d'être charmant, ni encore moins d'être vassal.

    Qui, pendant ces cinq ans, va oser contrarier la vision allemande de l'Europe ? Qui, pour remettre en cause une extension à l'Est totalement précipitée, gloutonne, taillée sur mesure pour servir les intérêts économiques et commerciaux des grandes entreprises allemandes ? Qui, pour s'élever contre la politique allemande en Ukraine ? Qui, pour exiger une construction européenne où reviennent l'équilibre et le respect mutuel des premières années ? Une chose est sûre : en tout cas pas M. Macron. On imagine déjà le chevalier servant de Mme Merkel inviter la nouvelle Présidente allemande de la Commission sur la piste de danse. Comme aux plus belles heures de la Société des Nations, à l'époque d'Ariane, d'Adrien Deume et de Solal, dans Belle du Seigneur.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La Turquie avec Moscou : et alors ?

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    Sur le vif - Mardi 16.07.19 - 04.34h

     

    C'est bien mal connaître la fascinante Histoire de la Turquie que de s'étrangler à l'idée qu'elle puisse passer une alliance avec la Russie. S'il y eut une anomalie, ce fut bien, dès le départ, sa présence biscornue dans l'OTAN, le club des affidés de Washington.

    Cette grande nation, qu'elle fût byzantine, ottomane ou kémaliste, a toujours eu un tropisme, dans la guerre comme dans la paix, vers le monde cyrillique, ne serait-ce que par les relations entre patriarcats.

    Relation souvent douloureuse, certes. Mais autrement moins artificielle que son ancrage, après la dernière guerre, dans l'amicale des valets de l'Oncle Sam.

    Étudions l'Histoire turque au-delà des idéologies, et de la nature du pouvoir d'un moment. Scrutons-la dans sa continuité nationale. Et nous verrons vite que l'alliance au Nord-Est se justifie bien davantage que la vassalité humiliante à une nation mondialement impérialiste, située des milliers de kilomètres à l'Ouest.

    Et surtout, de grâce, cessons d'appliquer à la Turquie des critères moraux. Dans nos analyses, soyons froids, politiques, et conscients de l'arrière-pays historique.

    Souvenons-nous enfin de la grande Turquie, celle où se signala le jeune Mustafa Kemal, et de sa prodigieuse réponse aux Anglo-Saxons. C'était dans les Dardanelles, en 1915. Et le chef de la catastrophique expédition britannique était un certain... Winston Churchill.

    L'un des innombrables échecs du grand homme, un quart de siècle avant qu'il n'entre dans l'Histoire, lors de la bataille de Londres.

    Ces échecs sanglants, ainsi que sa responsabilité directe dans la boucherie aérienne sur les villes allemandes, entre 1943 et 1945, où des centaines de milliers de civils furent massacrés aveuglement, souvent sans nécessité stratégique immédiate, ce qui fut si longtemps passé sous silence, sont à mettre au bilan - plus que contrasté - de cet homme de légende, dans tous les sens du mot.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'Europe et le Bien : histoire d'un malentendu

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    Dissertation sur la moralisation de l'idée européenne - Lundi 15.07.19 - 11.43h

     

    L'Histoire de l'Europe communautaire, depuis les premiers frémissements, juste après la guerre, pour conjurer la froidure des hivers dans des villes détruites, autour du charbon et de l'acier (CECA), jusqu'à aujourd'hui, c'est celle d'un immense malentendu. Dans les termes. Mais aussi, dans la conception même que les consciences avaient - et ont encore - de cette construction continentale.

    Ce malentendu, au fil des décennies, a perduré. Il ne s'est jamais dissipé. Pire : il s'est considérablement aggravé lors de la deuxième période (cf. mes deux papiers précédents), celle de 1992 (Maastricht) à aujourd'hui, celle des équilibres rompus, du respect oublié, celle de la construction d'un Empire autour de son pays le plus puissant, l'Allemagne. Il n'y aurait évidemment jamais eu 1992, s'il n'y avait eu, trois ans auparavant (9 novembre 1989), la chute du Mur.

    Le malentendu, c'est d'avoir, dans les esprits, associé l'idée européenne à l'idée du Bien. Il faut s'imaginer l'Europe en 1945. Les villes allemandes sont détruites. Certaines, comme Hambourg (1943) et Dresde (1945) l'ont été avec une sauvagerie inimaginable, qui en passant ne relevait pas des Américains, mais des Britanniques. Peut-être avez-vous entendu parler du boucher Harris, nous y reviendrons. Dans le Nord de la France, notamment en Normandie, ça n'est pas mieux. Ne parlons pas de nombreuses villes italiennes, belges, hollandaises, sans oublier bien sûr l'Europe centrale et orientale, ni les Balkans.

    Bref, notre continent est dans un état catastrophique. L'idée de "mettre en commun" le charbon et l'acier, notamment entre l'Allemagne (dont les ressources en matières premières, au milieu des décombres, sont intactes), la France et l'Italie, est une idée géniale. Elle recrée un certain équilibre entre anciens belligérants, permet aux foyers les plus déshérités de se chauffer, répartit le redémarrage industriel sur le continent. Qu'on en ait profité, en passant, pour piquer aux Allemands vaincus leur charbon, ou le leur acheter à vil prix, constitue un élément modérément relevé, jusqu'ici, par l'historiographie officielle de l'Europe.

    Mais la CECA, ça marche. Et lorsque, en 1957, le Traité de Rome, pierre angulaire de la construction européenne, fixe un cap commun à six pays (Allemagne, France, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas), douze ans seulement après l'Année Zéro, et dix-sept ans seulement après la plus grande défaite jamais connue par la France, les esprits s'enthousiasment. On commence à croire à un continent sans guerre, on commence à parler de la fin des nations, on commence à rêver d'une construction néo-carolingienne, solide et crédible, entre les deux blocs qui dominent ce monde de la Guerre froide.

    Alors, du coup, on commence à associer cette construction européenne, qui n'en est à l'époque que dans sa phase économique, au camp du Bien. Les nations n'ayant conduit, après un épisode qu'on peut dater de 1813 (Leipzig) à 1945 (Année Zéro), ou de 1792 à 1945, qu'à la destruction du continent, on se dit qu'on pourrait donner sa chance à un autre modèle, avec délégations de souverainetés à un pouvoir supranational. Le camp du Bien, ce serait la vision continentale. Le camp du Mal, ce serait l'attachement à la nation.

    Nous sommes là dans une vision de géomètres. Une vision de philosophes des Lumières. Une vision qui met en avant l'idée de progrès. Une vision qui croit à l'amélioration de la nature humaine, avec les générations. Une vision qui a foi dans le triomphe de la Raison. Après le Sturm und Drang, après le Romantisme allemand, après les Frères Grimm, après la Guerre de 1870 et l'horreur de deux Guerres mondiales, il y aurait là comme un retour aux dix-huitième siècle de l'Aufklärung (Lumières) et de la Vernunft (la Raison, celle dont disserte le philosophe Kant). En clair, la camp du Bien, pour écraser à jamais le camp du Mal.

    Le problème, c'est la chute du Mur. Là aussi, on nous serinait la victoire du camp du Bien (le capitalisme occidental) contre le camp du Mal (le communisme planificateur, avec ses queues devant des commerces vides). Pour généraliser le Bien, il fallait donc se réjouir de la chute du Mur, passer par pertes et profits un pays qui s'appelait la DDR, accepter que l'Allemagne se réunifie, c'était tout bonus : on allait, avec une gloutonnerie sans précédent, gommer de la carte un État du monde, passer sous silence ce qu'il avait de positif (éducation, écoles, Universités, système social très avancé pour les plus démunis), on allait laisser l'Ogre Kohl phagocyter tout cela. Et en plus, on applaudissait. Le camp du Bien, comme dans les tableaux représentant Saint-Georges et le Dragon, terrassait le camp du Mal. Pour les esprits manichéens, souvent recrutés dans ceux qui ne se donnent pas la peine de lire les livres d'Histoire, le scénario était idéal.

    Le problème no 2, c'est qu'on laissait se recréer une Allemagne totalement délivrée de ses complexes politiques. J'ai maintes fois, ici même, décrit la politique sournoise - parce que nationale, sous paravent européen - de l'Allemagne de Kohl dans les Balkans, puis de celle de Merkel en Europe centrale et orientale, notamment dans les Pays Baltes et en Ukraine. Là aussi, nos esprits moralistes et manichéens ont associé au Bien tout ce qui venait de l'Allemagne augmentée appelée "Europe", et au Mal ce qui cherchait à en contrarier les desseins devenus franchement dominateurs, notamment face aux Slaves russophones, dans l'affaire ukrainienne.

    Oh, le paroxysme avait déjà été atteint auparavant, dans les Balkans, entre 1990 et 1999 : diabolisation de ce qui avait tenté, depuis 1919, de tenir une Fédération des Slaves du Sud ; exaltation de la reconquête économique, par l'Allemagne et l'Autriche, de leurs Marches d'antan, en Slovénie et en Croatie. Ces années du mensonges, sous couvert de morale et de droit d'ingérence, furent les abominables années BHL et Kouchner.

    Aujourd'hui, dans les consciences continentales, la mythologie du camp du Bien contre le camp du Mal prend un sacré coup dans l'aile. D'en bas, on se rend compte avec quelle perversité l'idée nationale a été diabolisée. A l'inverse, à quel point les véritables enjeux (qui demeurent des rivalités nationales) de la "construction européenne", notamment la puissante renaissance politique de l'Allemagne, l'affaiblissement de la France, ont été passés sous silence. De partout, on se rend compte que le langage tenu n'a pas été un langage de vérité. D'un bout à autre du continent, on prend conscience avec effroi du déficit démocratique dans l'édifice européen.

    La thèse du camp du Bien ne tient plus. Il va falloir trouver autre chose. En commençant par l'essentiel : lire des livres d'Histoire, plutôt que des traités de morale. Laisser parler toutes les voix, tous les témoins, à commencer par ceux qu'on s'était empressé de maudire. Ne laisser aucune communauté s'approprier, par exemple sous prétexte de morale victimaire, le champ historiographique. Bref, constater les faits, dans leur complexité, leurs chocs de paradoxes. Corriger continuellement sa propre vision, en fonction des lectures nouvelles. Laisser le Bien ou le Mal aux moralistes, ou aux théologiens, comme on voudra. Affronter le tragique de l'Histoire sans tabous, les yeux ouverts.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • On ne siffle pas le chef des Armées

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    Sur le vif - Dimanche 14.07.19

     

    Je suis, comme on sait, totalement opposé à la politique menée par Emmanuel Macron. Opposé à son libéralisme économique. Opposé à la relation qu'il entretient avec les puissances financières cosmopolites, qui l'ont tant aidé à se hisser au pouvoir. Opposé à son européisme gravissime, en réalité une relation non avouée de vassalité par rapport à l'Allemagne.

    Opposé, oui. Mais désolé, lors du défilé du 14 Juillet, on ne siffle pas le Président de la République. Quel qu'il soit. Il est le chef des Armées, c'est ainsi, c'est dans la Constitution. En vertu d'une très vieille tradition française, bien antérieure à la Révolution, qui veut que le commandement militaire suprême incombe, non au connétable, mais au souverain. C'est ainsi. C'est la tradition française.

    On peut attaquer tant qu'on veut le chef de l’État dans le débat d'idées. Mais on ne siffle pas le détenteur suprême de l'épée, lorsque défilent devant lui les remarquables troupes de la Nation. Celles qui portent la mémoire de Valmy, Fleurus et Rivoli. Celles dont le sacrifice a tant de fois sauvé le pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La puissance allemande, contre l'équilibre européen

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    Sur le vif - Samedi 13.07.19 - 10.46h

     

    L'Europe communautaire, ça fonctionnait de façon équilibrée et respectueuse, jusqu'à la chute du Mur (9 novembre 1989). Ça fonctionnait, tant que la partie allemande représentée y était l'Allemagne de l'Ouest. En gros, l'équivalent de la Confédération du Rhin sous Napoléon (dont les contours ne devaient rien au hasard), augmentée du Royaume de Bavière, toutes terres dont l'ancrage occidental est séculaire.

    La chute du Mur, qui sur le moment m'a donné un immense vertige, a complètement changé la donne. D'abord, elle a très vite rompu l'équilibre. Il était très clair, pour qui est sensible à l'Histoire, dès la nuit du 9 novembre 1989, que l'Allemagne allait très vite se réunifier (elle l'a fait en 1990). Il était moins clair, hélas, que cette opération n'allait rien être d'autre que le glouton phagocytage de la DDR par les appétits affairistes et capitalistes des géants industriels et commerciaux de l'Ouest.

    Je l'ai dit, je le répète : on a, d'un trait, rayé de la carte un pays membre (au même titre que la RFA) de la communauté des nations. L'Ouest a purement et simplement annexé l'Est. Le glouton Kohl, Rhénan totalement insensible aux réalités de l'Est, notamment à la dignité germanique des Prussiens et des Saxons, s'est comporté comme le valet des Américains et d'un système capitaliste mondial n'ayant plus rien à voir avec le vieux capitalisme rhénan, celui justement de sa région d'origine, à lui.

    Ce géant réunifié, la Prusse définitivement rayée de la carte, et jusqu'à son nom (depuis 1945) jeté aux oubliettes, ce géant devenu de loin la première puissance démographique du continent (alors que les forces, avec la France, étaient équilibrées jusqu'en 1989), allait dès lors entraîner la construction européenne dans sa deuxième grande phase, totalement différente de l'esprit de la première.

    La première phase, de 1957 à 1989 (on peut pousser jusqu'en 1992, Maastricht), est marquée par l'équilibre (nulle puissance hégémonique n'émerge), et le respect mutuel. La réconciliation entre la France et l'Allemagne, scellée par la Traité de Reims (1963), fonctionne comme la pierre angulaire d'une cathédrale. Il y a quelque chose de beau et de grand dans cet espoir d'une Europe des cœurs et des âmes.

    La deuxième phase, de 89/92 jusqu'à aujourd'hui, c'est celle de l'Allemagne augmentée, que je décris dans mon dernier papier. L'Allemagne de Kohl, qui joue cavalier seul dans les Balkans, d'abord dans l'affaire croate et slovène, puis dans l'affaire Bosniaque, puis (avec ses services secrets) dans l'affaire du Kosovo. La France n'y voit que du feu, laisse son prophète à chemise blanche nous inonder de morale lors de son voyage auto-publicitaire en Bosnie, la France ne fait plus de politique, elle ne jure que par l'humanitaire et le droit d'ingérence. Kouchner en sera le grand bailli.

    Oui, depuis trois décennies, l'Allemagne est totalement décomplexée. Géant économique, elle est redevenue le géant politique en Europe, la France est à la traîne, et l'épisode Macron accentue le sentiment de vassalité de Paris face à Berlin. En Europe centrale et orientale, en Pologne, dans les Pays Baltes, les entreprises allemandes s'installent partout où elles peuvent. En Ukraine, l'Allemagne (qui a laissé là-bas quelques souvenirs, entre 1941 et 1944), joue sans vergogne une carte historique particulièrement dangereuse, sous-estimant la possibilité, un jour, de réaction des Slaves russophones. Une Allemagne décomplexée, sans tabous, apparemment sans mémoire, profitant du paravent européen pour imposer, en réalité, ses propres intérêts nationaux supérieurs.

    Cette deuxième phase de la construction européenne n'a plus rien à voir avec la première. Là où celle-ci était porteuse d'espoir, de respect et d'équilibre, celle-là suinte et respire la captation d'un ensemble par son élément le plus puissant. Exactement ce que craignaient, comme la peste, les pères fondateurs du Traité de Rome, en 1957.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'Europe, c'est l'Allemagne augmentée

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    Sur le vif - Vendredi 12.07.19 - 12.09h

     

    L'Europe, jusqu'à 1992, j'étais plutôt pour. La tentative, sur les décombres de la guerre, de faire parler un autre langage que celui des armes, ne pouvait être rejetée d'un revers de la main.

    Ça n'est pas, contrairement à ce qu'on dit, la construction européenne qui a prémuni notre continent d'une nouvelle guerre, mais l'équilibre des forces, entre Soviétiques et Américains. Mais enfin, dans les balbutiements autour du charbon et de l'acier (CECA), dans le Traité de Rome (1957), et surtout dans la magnifique démarche de réconciliation franco-allemande (de Gaulle-Adenauer, 1963), qui a mis en œuvre les cœurs, il y avait quelque chose de beau, pour ma génération.

    Enfant, adolescent, j'ai passé de longues et superbes périodes en Allemagne, plus enrichissantes que tous les livres. Je réfléchissais à l'Allemagne, à son destin que je savais être toujours en marche. Donc, je réfléchissais à l'Europe. Car l'Allemagne et l'Europe sont inséparables.

    Je viens de passer huit jours en Allemagne, principalement dans le Nord de mon enfance. La vitalité de ce pays est intacte, mais il est vrai que cette fois, je ne me suis pas rendu dans ces régions de l'ex-DDR, en Saxe notamment, où la précarité est hélas au rendez-vous. Mais enfin l'Allemagne vit, sa puissance industrielle est palpable à tous les coins de rue, son poids démographique, son énergie, son aptitude à la réinvention.

    Le miracle économique allemand ne se résume pas aux prodigieuses années d'après-guerre (reconstruction en un temps record, volonté de remonter la pente, énergie d'airain), non, ce miracle, comme tout le mouvement de renaissance des Allemagnes après la destruction totale de 1648 (Guerre de Trente Ans), date de Frédéric II (1740-1786), d'une conception exemplaire de la Révolution industrielle, du génie de l'Université prussienne, avec ses scientifiques, ses ingénieurs, d'un capitalisme rhénan à visage autrement humain que les dérives ultra-libérales anglo-saxonnes. Ce miracle date de Bismarck et de ses lois sociales, puis plus tard de l'énergie mise à se relever du Traité de Versailles, puis, après la guerre, à se relever, tout simplement, du néant.

    Ce qu'on appelle Europe, depuis 1992 (à vrai dire dès la chute du Mur), ça n'est hélas plus du tout le mouvement équilibré de réconciliation des premières décennies de l'Europe communautaire (1957-1992). Non, depuis 1992, depuis l'Acte unique, et surtout depuis la monnaie unique (début des années 2000), ce qu'on appelle Europe, c'est l'Allemagne augmentée.

    L’Allemagne augmentée, c'est l'Allemagne de Kohl et de Merkel, ces chanceliers d'Empire qui rêvent (consciemment ou non) de réinventer, non le pangermanisme prussien, mais une construction beaucoup plus subtile, parce que pacifique en apparence, et bénéficiant des bénédictions de ses voisins : l'augmentation, patiente et silencieuse, de l'influence allemande en Europe, avec le Stempel des gens de Bruxelles. Le Stempel, et même les vivats, les bénédictions, comme dans l'affaire ukrainienne. Le Stempel, avec la complicité dans l'arrogance, comme dans l'affaire grecque. Le Stempel, avec la cécité des autres pays d'Europe face aux objectifs réels de l'Allemagne, qui sont économiques, industriels et commerciaux, dans l'affaire de l'élargissement à l'Est.

    Le phagocytage glouton et précipité, par l'UE, sous volonté allemande, des pays d'Europe centrale et orientale, par exemple les Pays Baltes, répondait en fait à une impérieuse nécessité : laisser aux grandes entreprises allemandes le champ libre pour s'établir sur ces Marches de l'Est vers lesquelles, depuis Frédéric II (ne remontons pas aux Chevaliers Teutoniques), convergent les appétits germaniques. Là où naguère, par d'autres moyens mais par les mêmes chemins, la colonisation allemande de l'Est avait échoué, elle est en train, aujourd'hui, de réussir, grâce au Stempel et au blanc-seing de l'Europe communautaire.

    Là où Willy Brandt (1969-1974), de loin le plus grand chancelier de l'après-guerre, voulait, avec son Ostpolitik et sa bouleversante génuflexion de Varsovie (1970), une démarche des cœurs et des âmes vers l'Est, Kohl et Merkel n'auront offert à l'Histoire que la vulgarité gourmande d'un colonialisme économique éhonté.

    L'Europe, aujourd'hui, n'a plus rien à voir avec la construction équilibrée, respectueuse, des pères fondateurs de 1957. L'Europe d'aujourd'hui, c'est l'Allemagne augmentée. L'Allemagne, plus puissante que jamais depuis la défaite d'étape de 1945. L'Allemagne, première puissance économique du continent. Avec des générations de jeunes qui se rendent à Berlin, avec des compagnies à bas coût, pour y passer des week-ends de foire. Insensibles à l'idée qu'ils pourraient profiter de leur séjour dans la capitale historique de la Prusse pour tenter d'y tâter le tragique de l'Histoire. Avec un peu d'attention, une fois passé le vernis cosmopolite, ce tragique y est pourtant constant. Encore faut-il des yeux pour voir, et des âmes pour se souvenir.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Un jour, on redira "la Prusse"

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    Sur le vif - Samedi 29.06.19 - 15.33h

     

    La question des frontières orientales de l'Allemagne n'est absolument pas réglée. Tout au plus fut-elle gelée, en 1945. L'année même où disparut du vocabulaire (oui, le mot fut littéralement radié, jeté aux oubliettes) un nom qui, tôt ou tard, refera parler de lui : la Prusse.

    On peut censurer les mots, quand on impose sa domination de vainqueur. Mais on ne peut modifier un seul millimètre des réalités.

    Ces dernières feignent le sommeil éternel. En fait, elles hibernent. Après un siècle, deux siècles, parfois plus, elles surgissent, imposent leur présence, éclatent de vie. Il faut juste laisser passer les générations, et les pouvoirs du moment.

    La Prusse, la nation prussienne, au sens si allemand du mot "nation", à la fois puissamment identitaire et intégrée à la Confédération allemande, constituent, devant l'Histoire, depuis Frédéric II (1740-1786), et à vrai dire déjà depuis son père, une réalité intangible.

    On peut la débaptiser, la nommer DDR pendant quarante ans (avec la Saxe et la Thuringe), on peut gommer son nom, damner sa mémoire (comme les empereurs romains le faisaient de leurs prédécesseurs), on peut ne parler que du Brandebourg et du Mecklembourg Pré-Poméranie, tout cela ce sont des artifices du moment, du bricolage historiographique pour étouffer la puissance d'une réalité.

    Un jour, j'ignore absolument quand, un jour que je ne vivrai pas, dans un siècle, deux siècles, je n'en ai aucune idée, on se remettra, intellectuellement, politiquement, culturellement, à parler de la Prusse. Et peut-être, ce jour-là, Königsberg, la ville de Kant, capitale historique de la Prusse Orientale, cessera d'être Kaliningrad. Et retrouvera son nom.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La démarche de crabe de l'Histoire

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    Sur le vif - Vendredi 28.06.19 - 18.36h

     

    Il faudra quand même, un jour, envisager l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale, en Europe, autrement que par le seul prisme, ou les seules lunettes, des vainqueurs. Notamment, les vainqueurs anglo-saxons.

    Ce que les vainqueurs nous ont transmis est évidemment très important, il ne s'agit ni de le nier, ni de le sous-estimer. Remettre en cause, par exemple, l'importance stratégique du Débarquement de Normandie (par rapport au Front de l'Est, où l'essentiel, en termes de masses antagonistes, s'est joué), ça n'est en rien diminuer le mérite des Alliés, encore moins le courage des combattants, ni l'apport de cette ouverture d'un front occidental pour accélérer la fin de la guerre.

    Mais enfin, pour poursuivre sur cet exemple, si on veut peut parler des événements de Normandie entre le 6 juin 1944 (Débarquement) et le 26 août de la même année (Libération de Paris), alors il faut tout dire. Tout, et pas seulement l'héroïsme de la percée du premier jour.

    Tout dire, c'est raconter à fond le bombardement de Caen, et celui d'autres villes normandes, martyrisées par voie aérienne. Bombardées certes par les libérateurs, mais pulvérisées quand même. La différence, pour ceux qui sont en-bas, n'est pas toujours perceptible au premier abord.

    Tout dire, c'est ne pas s'arrêter au soir du 6 juin 1944. Mais raconter, pour ceux qui s'intéressent à l'aspect stratégique (nous sommes là dans l'Histoire militaire), l'incroyable résistance des Allemands, une fois les renforts arrivés, notamment dans le bocage. Donc, en face, le sacrifice des Alliés. Bref, une vraie bataille, de plusieurs semaines, très équilibrée, tellement lointaine de l'image d’Épinal des sympathiques soldats américains qui, de leurs jeeps, distribuent chewing-gums, coca et biscuits à des populations enthousiastes.

    Tout dire, c'est raconter comment les soldats allemands, sur place, ont vécu ces semaines de bataille. Qu'ils fussent puissance occupante, depuis quatre ans, ne justifie en rien de taire l'historiographie de leur côté, tout aussi passionnante que celle des Alliés.

    Tout dire, au-delà de cet exemple normand, c'est raconter par exemple les boucheries de l'aviation britannique sur Hambourg (1943) ou sur Dresde (1945), rappeler ce qu'elles avaient de représailles pour venger Coventry (1940), constater à quel point ces vengeances (parmi tant d'autres) furent, désolé de le dire, totalement disproportionnées à ce que la Luftwaffe avait lâché, certes déjà de mesure gigantesque, sur les villes anglaises, même au pire moment du Blitz (1940).

    Tout dire, c'est équilibrer les témoignages. Non dans une optique idéologique, surtout pas. Mais dans un souci constant de recherche de la vérité. Cela passe par l'acceptation, face à chaque nouveau récit, de la lente construction mentale et intellectuelle d'un choc de paradoxes. Un témoignage contrarie le précédent, et puis un autre contrarie le deuxième. C'est seulement en prenant en compte la parole de tous, sans la moindre exception, qu'on arrive progressivement à élargir son champ de conscience historique. Démarche de crabe, paradoxale, jamais achevée.

    Ainsi fonctionne le rapport à l'Histoire. Il ne procède pas de l'idée, ni du monde de la philosophie, encore moins de celui de la logique, mais de l'observation patiente et passionnée d'un réel qui, constamment, se déconstruit et se dérobe.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Versailles : il n'y a rien à fêter

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    Sur le vif - Vendredi 28.06.19 - 10.31h

     

    Signé il y a cent ans aujourd'hui, le Traité de Versailles, totalement injuste et humiliant pour l'Allemagne, dicté par la soif de vengeance d'un Clemenceau déserté par le génie rassembleur qui avait été le sien en 1917 et 1918, est l'une des pires calamités du vingtième siècle.

    J'ai creusé en profondeur la période qui, en Allemagne, s'ouvre avec la Révolution du 9 novembre 1918 (avant-veille de l'Armistice), couvre toute l'année 1919 et s'étend jusqu'au putsch raté de 1923. Versailles est une abomination. C'est la loi des vainqueurs dans toute sa caricature, Clemenceau en étant bien plus responsable que le Président Wilson.

    Versailles est la cause immédiate de la radicalisation des Corps-Francs (lire Ernst von Salomon, Die Geächteten, les Réprouvés) en mouvements politiques, dont évidemment le NDSAP.

    Versailles est la cause directe de l'instillation, aux tréfonds de l'âme allemande, d'une immense colère rentrée. On sait quel homme, pendant toutes les années vingt et jusqu'au 30 janvier 1933, à su incarner cette colère, lui donner des raisons de se transformer en revanche.

    Versailles est l'une des causes, quatorze ans avant, de l'avènement du nazisme. La cause des colères territoriales sur Dantzig. La cause de l'aspiration, par fierté, à un réarmement. Et quel réarmement, le jour venu !

    Versailles porte en son sein, vingt ans avant, les germes de la Seconde Guerre mondiale. Ce Traité a été signé dans une candeur de monde nouveau et multilatéral, dans l'ignorance totale de la réalité des nations.

    Versailles est une honte. Cent ans après, il n'y a rien à fêter.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Fin de l'enfance

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    Sur le vif - Mercredi 26.06.19 - 15.21h

     

    Lorsque Georges Pompidou est entré en fonction, le jour de mes onze ans (20 juin 1969), alors que j'accomplissais mes ultimes journées d'école primaire, et que je m'apprêtais à découvrir en juillet les merveilles de l'Islam andalou, nous nous sommes dit, ma mère et moi : "Il est sûrement très bien, mais plus rien ne sera comme avant".

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le libéralisme a échoué !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.06.19

     

    Les années d’immédiat après-guerre ont été des années d’État. L’Europe n’était plus que décombres. L’Allemagne, détruite par trois années de bombardements alliés, la ville allemande surtout. L’Italie, le Nord-Ouest de la France (après le Débarquement), la Belgique, les Pays-Bas. Ne parlons pas de toute l’Europe centrale et orientale, Pologne, Ukraine, Russie. Dans une Europe coupée en deux par le Traité de Yalta (1945), à l’Est le communisme, à l’Ouest le capitalisme, il a fallu reconstruire avec des plans d’ensemble, un souci du collectif, une vision d’État.

     

    Dans le système communiste, on a actionné les vertus (plus ou moins efficaces !) du Plan. A l’Ouest, pays par pays, on a dû inventer des systèmes pour assurer les deux besoins les plus fondamentaux des populations : le ravitaillement (des tickets de rationnement ont fonctionné jusqu’à la fin des années quarante), et le chauffage. Ce dernier passant par le charbon, on a lancé la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier), premier pas d’une construction européenne.

     

    Dans ces années d’après-guerre, on avait besoin d’État. Même notre pays, épargné par la guerre, a mis au point le plus beau fleuron de sa sécurité sociale, l’AVS, dans le sillage immédiat de la Seconde Guerre mondiale, en 1947-1948. Dans ces années-là, on ne se risquait pas trop à ne jurer que par le libre-échange, et l’affaiblissement des services publics : on avait bien trop besoin de réseaux de solidarité. C’est beaucoup plus tard, à l’époque de Ronald Reagan (1980-1988) et de Margaret Thatcher (1979-1990), puis surtout dans les très flambantes années 90, que le mirage libéral, le discrédit sur l’État, la mise en valeur extatique de l’individu au détriment du collectif, la remise en cause des nations, des Histoires et des frontières, sont arrivés comme des déferlantes. Nous n’étions pas très nombreux, à l’époque en Suisse romande, à résister à cette idéologie. Les jeunes loups du libéralisme, aux crocs acérés par l’appât de l’argent facile, nous traitaient de ringards. On a vu le résultat.

     

    Le résultat, c’est l’échec du système libéral, considéré comme un dogme, ne jurant que par les vertus magiques du « marché », comptant sur la concurrence comme régulation darwinienne pour la survie des forts, l’effacement des plus faibles. Cette logique, individualiste à l’extrême, incapable de définir un projet collectif, s’est fracassée contre les récifs du réel. Partout en Europe, y compris en Suisse, les peuples réclament un retour du projet commun, donc de l’État. Cela ne signifie pas des armadas de fonctionnaires derrière des guichets, ce temps-là est révolu, mais l’appropriation, par le plus grand nombre, donc le suffrage universel, du destin des pays. Cela passe par l’École, l’éducation citoyenne : donner d’autres valeurs que la simple appartenance à un clan, une marque commerciale, une écurie privée. Vaste programme, mais enthousiasmant : l’être humain y sortira gagnant. A tous, un excellent été !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'odieux "plan de paix" américain

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    Sur le vif - Dimanche 23.06.19 - 13.59h

     

    En général, lorsque les États-Unis arrivent avec un "plan de paix", c'est qu'ils préparent la guerre. La première puissance du monde, impérialiste depuis la Seconde Guerre mondiale, a pour usage de camoufler ses intentions belliqueuses en feignant, au dernier moment, la concorde. Nul observateur sensé n'en est dupe.

    Surtout, cette arrogance. Oser l'expression "plan de paix", alors que tout est mis en oeuvre, depuis des années (bien avant Trump), par des milieux bellicistes très précis à New York et Washington, pour aller, une nouvelle fois, semer la mort et la désolation sur le Moyen-Orient. Les mêmes milieux qui veulent la guerre, feignent la paix ! Pharisienne duplicité.

    Cerise sur le gâteau : on s'arrange pour que le "volet économique du plan de paix" sorte sur la place publique en plein état d'alerte de la pré-guerre. Comme par hasard, on fait miroiter aux Palestiniens (qu'on ignore royalement depuis 71 ans) 50 milliards providentiels pour "doubler leur PIB en une décennie".

    La manœuvre est d'une grossièreté qui ne trompe personne. Comme d'habitude, les vieux renards de la Côte-Est tentent de diviser la très complexe composition politique des forces palestiniennes, d'un côté l'Autorité, avec son Président, Mahmoud Abbas (qui rejette le plan) ; de l'autre, le Hezbollah chiite et pro-iranien au Liban ; A Gaza, le Hamas.

    Acheter la Palestine en élevant le niveau de vie dans les Territoires. Au milieu des années 70, lors de discussions enflammées d'étudiants sur le Proche-Orient, l'argument était très en vogue dans les milieux pro-israéliens, je m'en souviens comme si c'était hier. Déjà à l'époque, je me permettais de rétorquer que nulle élévation du PIB, jamais, ne remplacerait l'aspiration légitime et essentielle de ce peuple meurtri depuis 1948, et plus encore depuis 1967 : celle d'avoir un Etat souverain. Un Etat, pas l'aumône !

    Tant que les Palestiniens n'auront pas d'Etat - comme Israël a eu le sien en 1948 - rien de durable ne sera possible au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Faute de jouer cette carte-là, la seule qui vaille, parce qu'elle est à hauteur de dignité humaine, les milieux bellicistes américains, qui prennent Trump en otage avec leurs pressions, ne sèmeront que la haine, la guerre, la désolation. Et, pour longtemps, la soif de vengeance.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Conservateur ?

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    Sur le vif - Samedi 22.06.19 - 15.14h

     

    Conservateur ? Oui, sans doute ! Mais un conservateur profondément social et populaire, détestant les inégalités, l'arrogance des puissants, considérant que chaque humain, dans le fragile miracle de son existence, en vaut un autre. La parole du dernier des oubliés m'importe tout autant que celle de ceux qui détiennent le pouvoir.

    Conservateur ? Oui, mais républicain, immensément attaché à l'Etat, à son rôle d'arbitre et de correcteur des inégalités, à sa mission sociale, au service des plus démunis. Sur ce plan, soyons clairs, je suis un homme de gauche. Il n'est rien dont je sois plus éloigné que les conservateurs libéraux, inféodés aux puissances de la spéculation. Fasciné depuis des décennies par la figure de Léon XIII, et de Rerum Novarum (1891), je ne puis dissocier mon conservatisme d'une aspiration à l'équilibre, à l'amélioration des conditions du travail, et de la vie des humains sur la Terre.

    Conservateur ? Oui, s'il faut protéger la nature, le patrimoine, les biotopes. Sans entrer dans l'idéologie Verte, dont certaines composantes politiques ne sont absolument pas les miennes, je dis absolument oui à la lutte pour la planète.

    Conservateur ? Mon conservatisme est européen, je dirais même, pour être précis, qu'il est français quant à l'attachement aux valeurs de la République, italien pour la préservation des valeurs sociales, allemand de type bismarckien pour la construction dialectique d'un Etat social. Je n'ai rien à voir avec les conservateurs américains, ni anglo-saxons en général, ni d'ailleurs zurichois.

    Conservateur ? Il est un plan sur lequel je le suis rudement : celui de la culture. Oh, certainement pas pour prôner la supériorité des ancêtres sur les modernes. Mais pour défendre absolument les chemins de la connaissance, leur longueur, leur âpreté, ce qu'ils exigent de patience et d'obstination. Nul violoniste ne fait l'économie de longues années de solfège, nul helléniste ne passera par pertes et profits les verbes irréguliers, ni les inflexions dialectales. Nul germaniste ne fera l'économie de la traduction de la Bible par Luther. Seule la tradition, écrit Péguy, est révolutionnaire.

    Conservateur ? Oui, pour la primauté des valeurs de l'esprit, celle du verbe, le secret transcendant de la musique, le cheminement vers une langue, la contemplation des oeuvres, le questionnement des humains au-delà de leurs apparences, au-delà des cravates et des costumes des puissants, au-delà de la morgue du paraître, au-delà de la triste inanité du mondain. Alors oui, conservateur, pour vous déplaire. Ou peut-être, aussi, pour vous servir.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • USA - Iran : les bellicistes auront à répondre face à l'Histoire

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    Sur le vif - Vendredi 21.06.19 - 18.29h

     

    Si les États-Unis d'Amérique, se risquant une nouvelle fois à intervenir dans une région du monde à laquelle ils ne connaissent rien, et surtout où ils n'ont strictement rien à faire (pas plus qu'ils n'avaient à s'occuper, au début des années 60, de la Cochinchine et du Tonkin), se lancent dans la folie d'une agression militaire contre l'Iran, alors certains, en Amérique, prennent rendez-vous avec le jugement de l'Histoire.

    Qui ? Tout d'abord Donald Trump, dont le revirement de dernière minute mérite d'être étudié, et dont il n'est pas certain qu'au fond de lui-même, il veuille cette guerre.

    Mais surtout, les milieux qui, aux États-Unis, poussent depuis des années à une telle action guerrière. Il y a John Bolton, le conseiller militaire à la Maison Blanche, mais il y a aussi les Évangéliques conservateurs pro-Israël, dont la grille de lecture de l'Histoire demeure ancrée dans le fondamentalisme et le manichéisme. Et puis, plus généralement, il y a les milieux, notamment sur la Côte Est, qui soutiennent la politique d'Israël. Y compris l'action coloniale de ce pays, depuis 1967, à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza. Ces gens-là verraient bien l'Iran affaibli pour quelques décennies.

    Le problème, c'est qu'une guerre USA-Iran porte en elle les germes d'un conflit beaucoup plus étendu. Non seulement au Proche-Orient et au Moyen-Orient, mais dans le monde. Il y a aussi, autour de Trump, des gens qui le lui rappellent. D'où les hésitations du locataire de la Maison Blanche.

    Le problème no 2, c'est que l'Iran, civilisation plusieurs fois millénaire, serre les rangs, avec un incroyable patriotisme, chaque fois que le pays est en danger. Ce que défendent alors les Persans, ça n'est pas le régime du moment (que représentent quarante ans, face à l'incroyable Histoire de cette nation ?), mais la continuité de la patrie, à travers les siècles. On peinera à trouver beaucoup d'invasions réussies de la Perse, depuis Alexandre le Grand. Et même l'islamisation, au septième siècle, ne s'est pas opérée contre les intérêts fondamentaux du pays.

    L'hésitation de Trump est capitale. Nous en ignorons les causes exactes, mais elle révèle un hiatus entre le Président (certes grand bluffeur devant l’Éternel, mais jusqu'ici beaucoup plus économe en actes guerriers que son prédécesseur Obama), et l'incroyable pression des milieux bellicistes.

    Ces faucons, en cas de guerre, dont on peut imaginer l'horreur et l'extension, auront, le jour venu, à répondre de leurs actes. Leur responsabilité criminelle ne devra être atténuée ni par le politiquement correct, ni par la chimère d'une solidarité "occidentale". Le Moyen-Orient, je l'écrivais déjà au printemps 2003 lors de l'invasion américaine de l'Irak, c'est notre matrice de civilisation. Je n'ai pas tous les jours cette impression avec ce qui nous vient du Nouveau Monde.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Allemagne, Ukraine, paravents

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    Sur le vif - Mercredi 19.06.19 - 15.35h

     

    Les couloirs de pénétration Allemagne-Ukraine, via la Pologne, sont exactement les mêmes qu'il y a 78 ans. Aujourd'hui, ce sont les grands groupes économiques allemands qui étendent leurs tentacules sur les Marches de l'Est. Avec la bénédiction générale du reste de l'Europe, à commencer par celle de la France, et de Macron, tout à sa philosophie des miroirs, mais incapable de la moindre perception historique des événements.

    C'est l'Allemagne de Mme Merkel, avec l'aide américaine, qui a tout fait pour diviser l'Ukraine, renforcer le très sympathique régime pro-européen, affaiblir et discréditer à tout prix la partie pro-russe du pays. Exactement les mêmes divisions, naguère, dans les terribles circonstances que nous savons, avaient été créées. Exactement les mêmes ! A l'époque, c'était la poudre qui parlait. Aujourd'hui, ce sont les capitaux.

    C'est cela qui se produit, cela qui est exact, cela qui constitue une réalité géopolitique. Le reste, ce sont des paravents.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Je n'écris pas pour mes pairs

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.06.19

     

    Je suis fier d’écrire pour ce journal, qui s’efforce de parler aux gens de ce qui les concerne. Logement, propreté de l’espace public, nuisances, pollution sonore, mobilité, bouchons, vie quotidienne des plus démunis, levée des ordures, santé, primes maladie, alimentation, chantiers, pouvoir d’achat, impôts, crèches, écoles, retraites, EMS, etc. Et je me dis que commenter la vie publique, à Genève comme ailleurs, c’est simplement vivre au milieu de ses contemporains, prendre quelques notes, croquer quelques situations, livrer quelques analyses ou humeurs, qui n’engagent que soi, sans en faire une histoire universelle, ni planétaire. J’encourage d’ailleurs chacun d’entre nous à tenir son journal. S’il veut le faire publiquement, les réseaux sociaux le permettent. Que chacun se lance, il n’y a rien à perdre !

     

    Je ne crois plus du tout à la barrière entre journalistes et profanes. Les nouveaux outils de communication ont prodigieusement accéléré la mise en commun du domaine de l’expression : chacun peut écrire, commenter l’actualité, défendre et illustrer ses idées, faire part de ses lectures, pousser un coup de gueule ou un cri du cœur, nul besoin d’être journaliste pour cela. Oh, bien sûr, il y a encore toute l’armada corporatiste du métier pour vous affirmer le contraire, vous dire que c’est une fonction très compliquée, avec plein de règles, vérifier les sources, etc. Je veux bien. Mais j’y vois avant tout un prodigieux réflexe de prostration défensive, s’agripper sur son pré-carré, prendre de grands airs, justifier d’antiques privilèges : ceux d’être les seuls, on se demande bien pourquoi, à avoir le droit à l’expression publique.

     

    J’apprécie justement GHI, parce que ce journal n’affiche aucune prétention à la morale universelle. Il partage des informations, ou des commentaires, vibre au pouls de ses lecteurs, ne prétend pas leur délivrer, d’en haut, la lumière du monde. Trop de journalistes, hélas, n’écrivent, dans leur horizon d’attente mentale, que pour leurs pairs. Leur inquiétude première est de savoir comment leurs confrères, ou consœurs, vont apprécier leur article. « Que vont-ils penser de moi, que vont-ils en dire en séance de débriefing ? ». Cette attitude-là, c’est le début de la fin. De même qu’un cuisinier travaille pour ceux qui vont goûter ses mets, ou un médecin pour ses patients, celui qui écrit un article ne doit avoir pour seul souci que de s’adresser au plus grand nombre. Les réactions des autres journalistes n’ont strictement aucune importance. On écrit pour tous, pas pour ses seuls semblables.

     

    Quant à cette magnifique profession, que j’exerce depuis 33 ans, et à laquelle j’ai tant donné de mes forces, elle se meurt. Dans vingt ans, trente ans, que restera-t-il du modèle de communication mis en place à l’époque de Balzac, avec des équipes rédactionnelles qui produisent un journal ? La profession disparaît, mais la prise de parole, ou de plume, dans l’intérêt public, se démocratise et devient universelle. Qui, pour s’en plaindre, si ce n’est quelques corporatistes rabougris ? Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Mme Merkel, Présidente de la Commission ? Une folie !

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    Sur le vif - Mardi 18.06.19 - 15.01h

     

    Imaginer, ne serait-ce qu'une seule seconde, que Mme Merkel puisse devenir Présidente de la Commission européenne, et de surcroît estimer cela souhaitable, relève de l'inconscience quant à la nature des humains, des nations qui composent notre continent, et du jeu d'apparences et de réalités derrière le conglomérat appelé "Union européenne".

    Sans la France ni l'Allemagne, il n'y aurait certes jamais eu de construction européenne, après la guerre. Ces deux pays, les plus forts de la partie centrale du continent, sont assurément les piliers de l'Europe. Sans leur réconciliation, sans de Gaulle et Adenauer, puis d'autres couples, comme Schmidt-Giscard, ou Kohl-Mitterrand, rien n'aurait pu se faire.

    Il ne s'agit donc pas de rejeter l'idée d'une Présidente allemande de la Commission, sous le seul prétexte qu'elle serait allemande. Delors, après tout, était bien français.

    Le problème, ça n'est pas l'identité germanique de Mme Merkel, ni même son identité première, d'ailleurs, qui est prussienne, mais je vous emmène déjà là sur d'autres voies, plus internes aux équilibres historiques entre les Allemagnes. Il n'existe pas de malédiction allemande sur l'Europe, pas plus que de malédiction française, ni aucune autre d'ailleurs. Il ne saurait exister de génétique obscure qui conduirait le destin des nations.

    Le problème, c'est Mme Merkel elle-même. Depuis le 22 novembre 2005, donc depuis plus de treize ans (on touche au record de longévité d'Adenauer), elle est Chancelière fédérale de l'Allemagne. Pendant treize ans, elle a orienté une politique, exercé des choix, joué à fond de son influence sur l'Europe. Nous n'avons donc pas particulièrement affaire à une petite nouvelle.

    Quelle Chancelière, en matière européenne, fut Angela Merkel ? La réponse est très simple : dans l'immédiat sillage d'Helmut Kohl (et Schröder n'avait pas beaucoup dérogé), elle a profondément accru l'influence allemande sur le continent. Détruite en 1945, redevenu géant économique très vite (milieu des années 50), l'Allemagne a mis du temps à se reconstituer, en Europe, comme géant politique.

    Avec la chute du Mur (1989), l’absorption gloutonne de la DDR par Kohl (1990), la carte germanique jouée pendant dix ans dans les guerres balkaniques (1990-2000), l'extension à l'Est, la prédation des entreprises allemandes sur l'Europe centrale et orientale, la prise de position de Mme Merkel sur la question ukrainienne, plus rien en Europe ne se fait sans l'Allemagne. Et combien de fois, jusque dans l'affaire grecque, la Chancelière ne s'est-elle pas déjà comportée, avec une arrogance inouïe, comme patronne de l'Europe, ce que j'appelle souvent une "Chancelière d'Empire" ?

    Et c'est à cette femme-là, qui n'a cessé de jouer la carte nationale allemande sous paravent européen, de défendre les intérêts stratégiques, économiques, fondamentaux de l'Allemagne, sous couvert de multilatéralisme continental, qu'il faudrait confier les rênes de la Commission ? Dangereux, non parce qu'elle est Allemande. Mais parce qu'elle est elle-même. Mme Merkel est Mme Merkel, cette Chancelière au jeu caché, qui pendant treize ans, feignant l'Europe, a si bien présidé à la renaissance de la puissance allemande sur le continent.

    Et quand on pense qu'un Macron, Président de la République française, successeur de quarante rois et de toutes les fiertés républicaines, garant de l'indépendance et de la souveraineté de son pays, vient allègrement, avec cette candeur sucrée des inconscients, imaginer l'hypothèse de Mme Merkel à la tête de la Commission de Bruxelles. Mais cet homme, décidément, serait-il dénué du plus élémentaire des arrière-pays historiques ?

    Encore trois ans de répit pour l'Ancien Monde.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Hommes-grenouilles polonais

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    Sur le vif - Mardi 18.06.19 - 09.12h

     

    L'attaque des deux pétroliers par les Iraniens est aussi crédible que l'agression de citoyens allemands par des gardes-frontière polonais, le 1er septembre 1939.

    Vous reprendrez bien une petite fiole de Colin Powell ? Et, pour le dessert, quelques armes de destruction massive ?

    Allez, faisons avancer le dossier. Et reconnaissons enfin que ces pétroliers, en mer d'Oman, ont été attaqués, à la nage, par des gardes-frontière polonais. Ils avaient, comme d'habitude, un peu trop bu. Et voulaient s'essayer à marcher sur les eaux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Un homme, face à l'Histoire

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    Sur le vif - Lundi 17.06.19 - 11.29h

     

    Les grandes figures de la seconde partie du vingtième siècle, c'est chez les Non-Alignés qu'on les trouve. Au premier plan d'entre eux, Gamal Abdel Nasser.

    J'ai beaucoup lu, en quarante ans, sur cet homme, à peu près tout ce qu'on peut lire en langue française. La conscience qu'il avait de la Nation égyptienne, et, au-delà de cette dernière, de l'ensemble du concept de Nation arabe, son sens de l'Histoire, son intelligence tactique face aux grands mouvements tectoniques de la société égyptienne, dont bien sûr les différentes composantes religieuses, sa passion de l'Etat, en font à mes yeux un géant.

    Cela, au-delà de ses succès (Suez, 1956) et de ses échecs (1967), de ses immenses qualités et de ses inévitables défauts. Au-delà de la péripétie, Nasser est, comme de Gaulle, comme Willy Brandt, un homme de l'Histoire. Un homme, face à l'Histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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