01/11/2017

Destin commun

 

Sur le vif - Mercredi 01-11-17 - 04.11h

 

Le socialisme, un dogme ? Je veux bien. Mais pas plus, au fond, que le libéralisme, avec sa sanctification du marché, son rejet de l'État, son indifférence aux solidarités, son obsession de la réussite individuelle.

 

Le socialisme a échoué ? Je veux bien.

 

Le libéralisme aussi.

 

Toute ma vie, j'ai été partisan d'une troisième voie. Conservatrice, sociale, humaniste. Dans l'ordre politique, elle passe par un État fort. Régulateur, solidaire, imaginatif, redistributeur.

 

Un État, non comme Providence. Mais comme construction commune, jamais acquise, toujours recommencée, dans des territoires délimités par des frontières. Avec des lois, une puissante participation du peuple pour les créer, une mémoire partagée, mais aussi des émotions, des valeurs communes.

 

Cela ne passe pas par une universalité planétaire, abstraite. Mais par l'horizon délimité d'un destin commun.

 

En allemand, cela s'appelle Gemeinschaft. En traduction libre, je parlerais d'un trésor et d'une émotion partagés.

 

Les universalistes ne peuvent rien entendre à cela. Je les laisse à leurs Lumières blafardes. À la glaciale surdité de leurs géométries.

 

Pascal Décaillet

 

08:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

31/10/2017

Présomption d'innocence

 

Sur le vif - Mardi 31.10.17 - 12.36h

 

Bon, je ne vais pas me faire des amis, tant pis, j'ai l'habitude.

 

J'affirme ici que la curée contre Tariq Ramadan me donne la nausée. Une fois de plus, un climat de meute, qui n'a rien à voir avec la justice.

 

On attaque un homme sur ses idées. Dans ce domaine, face à Tariq Ramadan, il y a du grain à moudre, j'en conviens.

 

Mais profiter de possibles ennuis judiciaires (je ne me prononce pas sur les affaires, évidemment) pour lui tomber dessus avec une telle vioence, c'est franchement dégueulasse. C'est petit. C'est lâche.

 

Des plaintes ont été déposées ? Eh bien, il y a une catégorie de gens pour s'en occuper. Ça s'appelle des juges. Les affaires doivent être instruites en bonne et due forme, et le cas échéant passer un justice. Cela appartient au monde judiciaire.

 

En attendant, il y a présomption d'innocence. Cela a toujours été ma règle absolue. Cela vaut pour Tariq Ramadan, comme pour n'importe qui.

 

Plus que jamais je hais la meute, l'esprit d'épuration et d'exécution. La dignité de notre débat public mérite mieux.

 

Pascal Décaillet

 

12:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

30/10/2017

La Lumière, les damnés

 

Sur le vif - Lundi 30.10.17 - 09.25h

 

Apocalyptique édito de la RSR, ce matin, qui nous présente les Jeux Olympiques 2026 comme la voie du progrès et de la Lumière (on se serait cru dans la Flûte enchantée), et les sceptiques ou opposants comme d'obscurs ronchons du repli. Des croûteux, noircis d'archaïsmes. D'un côté, la Suisse d'Ogi, de l'autre celle de Blocher. La Suisse de l'Ange, celle de la Bête. Le pays des cimes, celui de l'abîme.

 

Le moment d'acmé de cette Eschatologie : celui où l'éditorialiste, toute sonore encore, sans doute, de sa transcendante conversation d'hier soir (Forum) avec Pierre Maudet, compare la bataille autour de ces Jeux avec celle... du 9 février 2014 ! Avec le traditionnel antagonisme entre la céleste géométrie de l'ouverture et le chaotique fracas de ceux qui, terrés dans leurs racines, oseraient le non. "Ich bin der Geist, der stets verneint" !

 

L'auteur de l'édito doit, toutes affaires cessantes, postuler comme cheffe des éclairages de l'Internationale PLR. Un job planétaire. Avec vue sur la Lune.

 

Les damnés de la terre voteront pour elle.

 

Pascal Décaillet

 

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29/10/2017

Inquisition 2017

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Sur le vif - Dimanche 29.10.17 - 15.47h

 

Les allumés du caniveau, les délateurs en tous genres, les excités du pilori, les hallucinés de la capture d'écran, les hygiénistes, les Savonarole de la morale, tout ce petit monde, qui jouit à arpenter l'espace public à la recherche du moindre dérapage, me donne la nausée.

 

Dénoncer. Capturer. Offrir au public, sur l'estrade. Autodafé. Mise à l'index. L'Inquisition ? Non, Monsieur : la société suisse de fin 2017.

 

Si nous suivons ces surexcités de la chasse aux sorcières, si nous les laissons faire, nous nous acheminons vers un monde de délation généralisée.

 

Vous pouvez prendre tous mes textes, depuis toujours. Nulle trace de racisme. Pas la moindre, jamais.

 

Mais désolé, l'appel à la curée, le marquage au fer rouge d'un nom par la honte, "Name and Shame", ce climat de dénonciations et d'épuration, je ne veux pas être le dernier à le nommer, pour ce qu'il est.

 

Je l'affirme donc très clairement : la dernière trouvaille de la LICRA ne résoudra rien dans le combat que mène cette Ligue contre le racisme. Au contraire, elle l'envenimera. Elle radicalisera les positions. Elle murera la parole dans un silence dangereux.

 

Elle ira, très exactement, à fins contraires des buts recherchés.

 

Pascal Décaillet

 

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27/10/2017

La meute de la 25ème heure

 

Sur le vif - Vendredi 27.10.17 - 12.09h

 

Les gens qui abusent de leur pouvoir - je parle ici dans l'ordre politique - c'est du temps de leur pouvoir qu'il faut les dénoncer. Du temps de leurs abus. Du temps de leur toute puissance, de leur arrogance, avec leurs réseaux, leurs séides, leurs affidés, leurs lieutenants, leurs commis de basses œuvres.

 

Oui, c'est pendant qu'ils commettent leurs abus, pendant qu'ils incarnent le pouvoir en majesté, dans le parfum d'excrément de leur superbe, qu'il faut les dénoncer.

 

Mais tomber sur eux, avec la meute, alors qu'ils déclinent, et que déjà se parsèment les rangs de leurs partisans, non merci. Par pour moi.

 

Pour la meute, oui. L'odieuse meute de la 25ème heure. Mais désolé, pas pour moi.

 

Pascal Décaillet

 

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26/10/2017

La mode régionaliste : dangereuse pour l'Europe

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.10.17

 

Nous suivons tous avec une très grande attention ce qui se passe entre la Catalogne et l’Espagne. C’est une affaire grave, elle touche aux questions de région et de nation, d’autonomie, de solidarités internes dans un pays. Il y a, parmi les lecteurs de cet article, des partisans d’un État indépendant de Catalogne. Il y en a d’autres, qui estiment que l’unité de l’Espagne doit être préservée. Chacun de ces points de vue mérite d’être respecté. Surtout vu de Suisse, un pays qui accueille beaucoup d’Espagnols (Catalans ou autres), et qui doit, selon moi, se garder de prendre parti dans cette crise. Et, au contraire, assurer à tous son estime, son état d’écoute et de dialogue, pourquoi pas ses bons offices.

 

Je ne me prononcerai donc pas sur le cas de la Catalogne, mais je veux dire ici, plus généralement, mon scepticisme de principe quant à cette mode intellectuelle qui voudrait sanctifier tout ce qui respire la région, la décentralisation, l’autonomie, et diaboliser tout ce qui rappelle l’État-nation. La région serait, par essence, bonne, porteuse d’avenir. La nation serait maléfique, archaïque, souillée par le sang des guerres. En Suisse, ce discours s’appuie sur la structure même de notre propre pays, ce fédéralisme, assurément un succès, qui devrait « servir de modèle » aux pays qui nous entourent.

 

La réalité est plus complexe. Que le système suisse soit un succès exceptionnel, c’est certain. Mais chaque nation a son Histoire. La logique de la construction française, ce sont des siècles d’augmentation du pouvoir royal, celui de Paris, contre les grands féodaux, et la Révolution qui, avec le jacobinisme, va encore plus loin dans la centralisation. L’Allemagne, c’est très différent : il faut attendre 1866 pour voir émerger l’unité, les régions demeurant puissantes. L’Italie, l’Espagne, le Royaume Uni, ce sont encore d’autres logiques, d’autres champs de tension entre le centre les périphéries. A la vérité, il n’existe pas de modèle, chaque nation a son Histoire propre.

 

Dans ces conditions, vouloir universaliser le principe de décentralisation, au nom des grands idées de Denis de Rougemont (1906-1985), cet écrivain et penseur suisse qui avait théorisé l’Europe des régions et fondé, à Genève, le Centre européen de la Culture, m’apparaît excessif. Parce que cette démarche enterre un peu vite l’idée de nation, née avec la Révolution française, beaucoup plus libératrice qu’on ne veut bien le présenter, et qui selon moi n’a pas dit son dernier mot. De Milan à Barcelone, la tentation n’est pas faible de couper le cordon avec l’Etat central. En clair, s’affranchir des liens de solidarité avec les régions du sud, plus pauvres. Chacun vivrait son destin, en rotant, bien à son aise, son produit intérieur brut. Telle n’est pas exactement ma conception d’un État, de ses énergies internes, de ses mécanismes de redistribution. Si la région, c’est l’égoïsme, les riches entre eux, les pauvres à l’extérieur, pour ma part, je n’adhère pas. Excellente semaine à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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18/10/2017

Rémy, François, les crises en thème


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Sur le vif - Mercredi 18.10.17 - 14.56h

 

Au risque de froisser une partie de mon lectorat, notamment la délicieuse DRG (droite revancharde en Ville de Genève), j'affirme ici que la "procédure disciplinaire" annoncée tout à l'heure par le Conseil d’État, à l'encontre de Rémy Pagani, frise le ridicule.

 

D'abord, le système ne va pas. Il faut le changer. Au nom de son "autorité de tutelle", qui en passant nie le statut premier de la Commune dans l'Histoire suisse et fleure le jacobinisme importé entre 1798 et 1813, le Conseil d’État jouit, de toutes ses fibres, lorsqu'il peut taper sur les doigts d'un Conseiller administratif, de surcroît un Maire. Les membres du Conseil d'Etat sont tous issus d'un parti politique. Le Président provient du parti qui, en Ville, veut le plus la peau de M. Pagani. On a beau dire qu'il s'efforcera d'être neutre. On a des doutes.

 

De Veyrier à la Ville de Genève, rien de plus détestable, dans le système actuel, que ces leçons de politique du gouvernement cantonal à celui d'une Commune. Vous me direz que c'est le système, justement, il est en vigueur, on ne change pas les règles du jeu en cours. C'est vrai. Mais il faut voir comme on l'applique. Sous les apparences de neutralité, quels règlements de comptes politiques ? Car il s'agit bien d'élus, tous teintés d'une certaine couleur, qui statuent sur un autre élu, également teinté. Ça n'est, tout simplement, pas sérieux.

 

Seul avantage de ce système : occuper un peu le Président du gouvernement cantonal, entre deux inaugurations de crises en thème et deux cocktails avec la Genève internationâââle.

 

Voilà. J'ai dit. J'ai sans doute déplu. Je ne retrancherai pas une virgule.

 

Pascal Décaillet

 

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L'Afrique a beaucoup à nous apporter !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.10.17

 

Je suis partisan, comme on sait, d’une régulation des flux migratoires. La Suisse doit garder la main, en fonction des décisions qui lui sont propres, sur l’immigration. Elle doit la garder quantitativement, ce que font d’ailleurs la plupart des pays, à commencer souvent par les premiers à nous faire la leçon. Mais, une fois cet impératif numérique posé, dans le but de conserver notre cohésion sociale, j’estime que les migrants admis en Suisse doivent absolument être intégrés. Ils doivent, c’est certain, observer nos lois et se plier à nos coutumes. En contrepartie, il se pourrait qu’ils aient beaucoup à nous apporter. Beaucoup plus que nous ne l’imaginons. Nous ne pouvons accueillir « toute la misère du monde » (Rocard), mais ceux qui sont chez nous et montrent de la motivation à s’intégrer, nous devons valoriser ce qu’ils sont, leur Histoire, leur identité, leurs parcours. C’est particulièrement valable pour les personnes issues du continent africain.

 

On pourrait, par exemple, cesser de les appeler uniquement « Africains », ce qui réduit à une appartenance continentale beaucoup trop vaste une incroyable richesse d’ethnies et de nations. Cette Histoire africaine, qui la connaît ? Nous avons certes entendu parler du lointain royaume de Tombouctou, surtout si nous avons lu les magnifiques récits de l’explorateur français René Caillé (1799-1838). Nous avons quelques idées des aventures coloniales, celles des Portugais, des Français, des Anglais, des Belges, déjà moins celles des Allemands ou des Italiens. Noua connaissons quelques grandes figures des combats pour l’indépendance : le président-poète sénégalais Senghor, l’Ivoirien Houphouët-Boigny, le Kenyan Jomo Kenyatta. Nous connaissons quelques musiques, quelques œuvres d’art. Mais, dans les grandes lignes, notre vision est incroyablement limitée. Notre ignorance, immense.

 

Il se trouve qu’à Genève, nous avons des communautés africaines. Indépendamment du statut juridique des uns et des autres (expatrié, diplomate, requérant, etc.), ou du droit de tel ou tel à demeurer longtemps sur notre territoire, il ne me semblerait pas superflu d’entamer avec ces personnes un dialogue portant sur la langue et sur la culture, sur l’Histoire et les origines. Nous leur apprendrions la Suisse, cette petite fleur fragile. De leur côté, ils nous parleraient de leurs pays. Une part immense d’entre eux partage avec nous un trésor inestimable : celui de la langue française, celle de La Fontaine et Verlaine, mais aussi celle de Senghor. En un mot, je propose que notre contact avec ces hôtes africains de Genève prenne quelque élévation. Nous serions très vite étonnés de découvrir l’ampleur de ce qui nous rassemble, tellement plus importante que ce qui nous sépare. Je rêve, avec l’Afrique, d’un partage des connaissances, d’une hauteur d’ambition dans le dialogue. Quelles que soient nos positions politiques. C’est valable pour ce continent, comme pour tous les autres. La culture, l’Histoire, la mise en commun de la langue, nous avons là des outils puissants. Pour bâtir des ponts.

 

Pascal Décaillet

 

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17/10/2017

Et si Gavroche était notaire...

 

Sur le pouce - Mardi 17.10.17 - 12.00h

 

Les socialistes déposent une motion pour faire baisser les tarifs des notaires.

 

Selon nos informations, d'autres textes du PS sont en préparation, concernant :

 

1) La baisse du cours de l'esturgeon.

2) La baisse des primes RC pour véhicules 4/4 neufs.

3) La baisse du prix des places de voiliers dans le Petit-Lac.

4) La baisse des taxes sur l'envol de jets privés en dehors des heures d'ouverture de l'aéroport.

5) La baisse du taux de mercure dans les vernis de luxe utilisés chez les manucures de la Vieille Ville.

6) Une réduction sur l'achat de l'oeuvre complète d’Émile Zola, reliée or.

7) La carte d'adhésion au PS.

 

Je vous laisse. J'ai ma partie de chasse.

 

Pascal Décaillet

 

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16/10/2017

Autriche : merci Angela !

 

Sur le vif - Lundi 16.10.17 - 08.20h

 

Ce qui se passe en Autriche n'est rien d'autre que la conséquence de la politique migratoire insensée menée, il y a deux ans, par le grand voisin du Nord, l'Allemagne de Mme Merkel.

 

En créant une politique d'incroyable aspiration des flux migratoires, la Chancelière a multiplié les dizaines de milliers de migrants transitant par l'Autriche : il n'y a pas 36 lieux de passage pour pénétrer sur sol allemand, quand on provient des couloirs balkaniques !

 

Mme Merkel est la cause directe de la montée du Parti de la Liberté en Autriche, qui sera sans doute dans la coalition de gouvernement avec le jeune vainqueur conservateur. Tout comme elle est la cause directe, nous l'avons déjà souligné ici, de l'ascension de l'AfD, dans son propre pays.

 

Sa politique hallucinante d'ouverture des frontières en 2015 constitue, nous ne cessons de le répéter depuis deux ans, l'une des grandes fautes politiques de l’Histoire allemande, depuis 1945.

 

Pascal Décaillet

 

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15/10/2017

Trump et l'Iran : une faute majeure

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Sur le vif - Dimanche 15.10.17 - 14.38h
 
 
Il est très clair que Donald Trump, en traitant l'Accord sur le nucléaire iranien comme il le fait, commet une erreur politique majeure, sans doute même une faute.
 
 
En huit ans d'une Présidence d'une rare inactivité sur le plan de la politique étrangère, et assurément inexistante sur le terrain du Proche et du Moyen-Orient, son prédécesseur, M. Obama, avait tout de même obtenu deux succès diplomatiques de taille : Cuba et, justement, l'Iran. On pouvait se prendre à espérer que, plus de 35 ans après la Révolution islamique, cet incontournable acteur de la scène politique du Moyen-Orient reprît la place qui doit être la sienne sur la scène des nations.
 
 
En dénonçant l'Accord nucléaire, vraie percée, porteuse d'espoir, à quels champs d'influence internes à la politique américaine, à quels lobbys de son propre pays Donald Trump cherche-t-il à donner des gages ?
 
 
Veut-il la guerre avec l'Iran ? Après deux décennies d'échecs totaux de ses prédécesseurs dans leurs tentatives de s'ingérer dans l'Orient compliqué, en l'espèce dans le monde arabe, veut-il retourner maintenant les armes contre la vieille civilisation perse, arbitre séculaire, millénaire, des équilibres de la région ?
 
 
A ce monde, que peuvent comprendre les États-Unis d'Amérique ? Qu'ont apporté ses prédécesseurs, MM Obama, Bush Junior, Clinton, Bush Senior, si ce n'est au mieux de l'impuissance, au pire des torrents de sang et de larmes ? Ne faut-il pas remonter à Richard Nixon, et son Secrétaire d’État Kissinger, pour trouver un peu de cohérence et de compétence dans l'ambition politique sur la scène du Proche et du Moyen-Orient ? Et si, justement, certains lobbys américains l'avaient fait payer très cher à Nixon, cette politique-là, en suragitant en 1974 l'aubaine du Watergate ?
 
 
En élisant Donald Trump plutôt que Mme Clinton, les Américains ont au moins évité de sombrer dans le bellicisme et le tout-aux-marchands d'armes. Cela, tout au moins, était porteur d'espoir. Mais là, avec ce comportement de va-t-en-guerre face à Téhéran, là où il faudrait justement laisser donner les subtilités de la diplomatie, Trump se fourvoie.
 
 
Reste à établir à quelles sirènes, dans son propre pays, il a cédé.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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13/10/2017

Les translucides de la 25ème heure

 

Sur le vif - Vendredi 13.10.17 - 10.34h

 

Les puissants éditorialistes qui, enfin cet automne, commencent à appréhender la vraie personnalité - profondément autocratique, orléaniste, arrogante - d'Emmanuel Macron, que faisaient-ils ce printemps, au moment de l'élection ? Ils n'étaient que louanges et pâmoison face à la jeunesse, la beauté, la capacité de séduction de l'homme providentiel.

 

Ces translucides de la 25ème heure ont toujours trois guerres de retard. Macron, avec un peu de jugement politique, avec les outils de l'analyse du discours, du scepticisme et de l'Histoire, il était parfaitement possible de discerner son être réel en pleine Blitzkrieg de sa candidature. Encore fallait-il le vouloir. Accepter le contre-courant. Décrypter au-delà des apparences.

 

Ce qui perd le métier, c'est le métier lui-même.

 

Pascal Décaillet

 

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11/10/2017

Méphisto, il est où ?

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Commentaire - GHI - Mercredi 11.10.17

 

Je me suis toujours battu pour un journalisme qui dise les choses, de façon simple et réelle, telles qu’elles sont. Le pouvoir, lui, d’où qu’il vienne, quelle que soit sa couleur, cherchera toujours, au contraire, à vous faire répéter, comme un perroquet, les mots incantatoires de sa propagande. Les conférences de presse, les communiqués sont les instruments dont il dispose pour imposer son vocabulaire. A tout confrère, toute consœur, je recommande circonspection et méfiance.

 

Ainsi, le mot à la mode : « recapitalisation ». Fort laid, mais ça n’est pas le plus grave. Surtout, un euphémisme, froidement choisi par le pouvoir politique pour donner l’impression de quelque chose de bienveillant. Si on « recapitalise », c’est bien qu’on injecte de l’argent, comme une piqûre de sang nouveau, régénératrice, bienvenue. Et on réussit à positiver les choses. Nous serions le Docteur Faust, la « recapitalisation » serait notre seconde jeunesse. Mais Méphisto, il est où ?

 

La vérité, plus crue, c’est que tous ces milliards qu’on va mettre en quarante ans, c’est le contribuable qui va les payer. Encore lui ! Cette dimension sacrificielle, pour assurer les retraites de la fonction publique, n’est guère lisible, hélas, dans le mot « recapitalisation ». Dans le choix des vocables, plus la réalité est dure à encaisser, plus l’autorité nous sert des mots doux. Un peu comme la dernière cigarette d’un condamné : elle fait des volutes, pour mieux masquer la lame fatale. Méfiez-vous des mots !

 

Pascal Décaillet

 

*** Photo : l'inoubliable acteur allemand Gustav Gründgens (1899-1963), dans Mephisto, le rôle de sa vie. Lire absolument le livre "Mephisto", de Klaus Mann (1906-1949).

 

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Genève internationale : un peu de modestie s'impose !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.10.17

 

Il est d’usage, au bout du lac, lorsqu’on évoque la « Genève internationââââle », non seulement de bien laisser traîner la dernière syllabe, pour accentuer la dimension galactique du dossier, mais surtout de prendre un air pénétré, profondément docte, l’air de celui qui sait, qui mesure toute l’impérieuse nécessité de ce secteur-clef. Contrairement aux autres, les gros lardons qui n’ont rien compris.

 

Je fais partie des gros lardons. Je ne remets pas en cause une vocation internationale née dès 1863, lors de la création de la Croix-Rouge, et abritant aujourd’hui une quarantaine d’organisations, dont l’ONU, le HCR, le CICR, l’OMC, l’OMS, assurément de premier ordre. Mais je me suis toujours permis, au risque d’irriter les huiles et les apparatchiks, de replacer tout ce petit monde face à la seule chose qui compte : la finalité de leurs propres ambitions. En clair : toutes ces nobles institutions ont-elles, face à l’Histoire, toujours eu l’efficacité qu’on veut bien leur prêter ?

 

A cette question, la réponse est clairement non. L’échec le plus retentissant, il faut aller le chercher dans la plus célèbre de ces organisations, la SDN. Lancée sur les ruines de la Grande Guerre, avec comme gourou le Président américain Wilson, la Société des Nations, si sublimement décrite par Albert Cohen dans « Belle du Seigneur » (vous savez, Adrien Deume qui taille ses crayons), malgré de belles heures à l’époque du Français Aristide Briand et de l’Allemand Gustav Stresemann (les années vingt), s’est finalement liquéfiée lorsque le tragique de l’Histoire a surgi des entrailles de la terre. La SDN n’a pu empêcher ni le fascisme italien, ni le nazisme, ni l’impérialisme japonais. Sa dimension multilatérale n’était qu’un leurre. La leçon est capitale.

 

Née sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU est-elle vraiment plus efficace ? Il doit être permis, tout au moins, d’en discuter. Comme d’analyser sans concessions la puissance de son lien avec le monde atlantique, États-Unis en tête. Tout cela, pour dire quoi ? Non que ces organisations soient inutiles : par exemple, qui niera les efforts de l’OMS pour harmoniser les politiques de santé dans le monde ? Mais enfin, quand on en parle, de Genève, un minimum de mesure, de modestie, s’impose. Et puis, le petit monde international vit, hélas, beaucoup trop entre soi, dans une sorte de ghetto : on aimerait tellement que la richesse des tous ces apports, venus de la planète entière, se mêle davantage à la vie des Genevois. Cet objectif-là, majeur, n’est absolument pas atteint.

 

Je terminerai par un lumineux contre-exemple : celui de mon confrère, le journaliste sénégalais Gorgui Ndoye. De Genève, il nous parle, avec une remarquable conscience panafricaine, de tous les aspects de son continent. Il se mêle constamment à la vie genevoise, vibre avec la population lors d’événements locaux, partage avec nous la splendeur terrestre de la langue française. Celle de Racine. Celle de Rimbaud. Et aussi, celle de Senghor. Merci, Gorgui ! Et vive l’échange, lorsqu’il touche à l’essentiel, loin du cliquetis des cocktails.

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/10/2017

Tous copains ? - Non, merci !

 

Sur le vif - Lundi 09.10.17 - 11.29h

 

Après avoir profondément méprisé les radios et TV privées, se rendant du coup aveugle au remarquable travail de proximité de ces dernières, voilà que la SSR ne jure plus que par la collaboration, la synergie. Tous copains !

 

Face au danger suprême, tous seraient, tout à coup, dans le même bateau. Face à No Billag, il faudrait impérativement, sous peine de mort pour tous, faire front commun. Ne surtout rien laisser perler qui puisse indiquer une divergence, une concurrence (dans l'ancrage sur un terrain, par exemple, la proximité avec les gens). Désormais, tous copains !

 

Pendant ses longues décennies de vaches grasses, où l'argent coulait comme le lait et le miel, la SSR prenait d'incroyablement haut les radios et TV privées de notre pays. Que Léman Bleu à Genève, Canal 9 en Valais, la Télé pour Vaud-Fribourg, etc. pour les autres cantons, au prix d'efforts inimaginables en comparaison des moyens, aient réussi à se hisser à un niveau local d'information estimable, et d'animation citoyenne vivante, la SSR, toute à soi, omettait d'en prendre acte. Et aujourd'hui, alors qu'elle est en danger, elle va quémander des alliés que, hier encore, elle piétinait d'indifférence.

 

Face à l'incroyable vulgarité de ces appels du pied, face à cette fraternité de la 25ème heure, chaque entreprise de médias, chaque chaîne, est parfaitement libre de réagir comme elle l'entend. Je ne juge personne, surtout pas un entrepreneur qui doit prendre des responsabilités de survie. Je puis comprendre qu'on dise oui, et espérer que certains disent non.

 

Quant à moi, petit entrepreneur totalement indépendant depuis bientôt douze ans, entretenant les meilleures relations, de respect et d'amitié, avec les entreprises qui veulent bien me confier des mandats, j'ai simplement l'habitude, en homme libre, de dire ce que je pense.

 

C'est, ici, chose faite.

 

Pascal Décaillet

 

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08/10/2017

Ministre de la propagande

 

Sur le vif - Dimanche 08.10.17 - 09.50h

 

Entré en fonction il y a juste une semaine, le nouveau directeur de la SSR frappe par son omniprésence dans les médias. On ne voit et n'entend que lui. Le discours, comme un rouleau compresseur, est et sera toujours le même : il faut refuser "No Billag", il n'y a pas de plan B.

 

Le récepteur du message est prié de prendre acte, sèchement et sans s'attarder à la disputatio, de cette obligation morale. La citoyenne, le citoyen, est appelé à voter juste, l'option contraire nous précipitant dans un "désert médiatique". La SSR, ou le chaos. Le tout, ou le rien. Le cosmos, ou le néant.

 

Rendons tout de même hommage à Gilles Marchand : cette Blitzkrieg médiatique permet au Mammouth de réaliser une petite économie. En fondant deux postes en un seul : celui de directeur général de la SSR et celui de ministre de la propagande de la SSR.

 

Pascal Décaillet

 

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02/10/2017

Extase biblique

 

Sur le vif - Lundi 02.10.17 - 16.02h

 

Pour résumer d'un mot, tiré du Livre de Josué, le bilan des autorités sur les trois journées que nous venons de vivre, notamment celle de vendredi, nous dirons que Genève, où tout n'est qu'ordre et beauté, et où coulent le lait et le miel, c'est le Pays de Kanaan.

 

Pascal Décaillet

 

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01/10/2017

Robert Ducret : chaleur et lumière

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Sur le vif - Dimanche 01.10.17 - 16.48h

 

Robert Ducret : pour moi, quarante ans de souvenirs politiques à Genève. La mémoire d’un homme magnifique, simple, convivial. L’éternité d’un sourire. Le regard combattant et malicieux, sous la paupière complexe. La saveur d’un humain, chez qui le contact personnel précédait toute chose : les idéologies, les formats de pensée préconçus. Un instinct politique rare. Je n’ai jamais caché qu’il m’a toujours fait penser à l’autre grand homme suisse dont j’ai la nostalgie : Jean-Pascal Delamuraz, son ami, mais aussi son rival vainqueur dans la course au Conseil fédéral, le 7 décembre 1983. Le jour de la non-élection de Lilian Uchtenhagen.

 

« Il y en a qui sont de la gauche caviar, pour ma part je suis plutôt radical cassoulet », m’avait lancé Pascal Couchepin, un jour de 1991, alors qu’il présidait le groupe radical des Chambres fédérales. Cassoulet ! Quelque part, oui, entre Berne et Toulouse, au-delà de Denges et Denezy, dans les ultimes sursauts de l’Arve avant ses noces avec le Rhône, il y a une cité, de magie et d’Histoire mêlées, qu’on appelle Carouge. Les rois de Sardaigne y sont chez eux, les maisons y sont basses et belles, on se croirait ailleurs. Pour comprendre Robert Ducret, il faut avoir passé un peu de temps à Carouge : il y a fait toute sa vie, neuf décennies (1927-2017) d’action, d’engagement, de passion citoyenne. A tous les échelons de notre pays : conseiller municipal dès 1955, député dès 1965, conseiller d’État dès 1977, conseiller aux États dès 1983. Contre Delamuraz, qui avait construit sa candidature depuis des années, il n’avait aucune chance. Mais, je le dis sans hésiter : s’il avait été élu, il aurait été, tout comme le Vaudois, un grand conseiller fédéral.

 

Ces vingt dernières années, autant à Forum (RSR) qu’à Genève à chaud (lancée en septembre 2006), il m’a fait si souvent l’amitié d’accepter mes invitations. Je lui téléphonais, il répondait immédiatement (après deux sonneries !), et disait toujours oui, sans vaciller : « Écoute, je viens, mais alors là, je vais les astiquer ! ». Il venait, comme un vieux matou débonnaire, attendait sagement son tour, sur une chaise, « astiquait », murmurait quelques mots bien sentis sur les usages qui se perdent, n’attaquait jamais les personnes, laissait poindre l’intensité de son désir politique, « demeuré désir ».

 

Ministre des Finances, il a servi Genève avec rigueur et dévouement. Conseiller aux États, il a défendu avec passion la place du Canton dans la Confédération. Ami fidèle, il a toujours été là lorsqu’on le sollicitait pour témoigner à Genève à chaud : expertise sur la flambée du prix du baril de pétrole le 21 mai 2008 ; spécial succession Couchepin le 15 juin 2009, au soir de l’annonce de la démission ; débat sur l’acceptation, par le peuple et les cantons, de l’initiative sur le renvoi des criminels étrangers, le lundi 29 octobre 2010 ; octroi (à lui-même, à l’âge de 87 ans), du Mérite carougeois, le 14 janvier 2014 ; présence chaleureuse à la Brasserie des Tours, lors de notre émission électorale dans le cadre des municipales, le 5 mars 2015. Pour ne prendre que quelques exemples.

 

Dans tous ces cas, jamais je n’avais l’impression de recevoir un octogénaire fatigué. Comme avec mon ami Duchosal, ce qui passait, sur le plateau, c’étaient la flamme, la passion, la paisible et fervente fureur de vivre.

 

A sa famille, ses proches, j’adresse toute ma sympathie. Genève perd un homme de chaleur et de lumière. Un très grand serviteur de sa ville, de son canton, et de notre pays.

 

 

Pascal Décaillet

 

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29/09/2017

Prise d'otages

 

Sur le vif - Vendredi 29.09.17 - 12.40h

 

Bon. Le scootériste rusé que je suis, connaissant sa ville par coeur depuis bientôt six décennies, a pu, à peu près, s'en sortir. Je ne parle donc pas ici pour mon cas personnel.

 

Mais, désolé, aussi sublime soit la manifestation dite des "Géants" (je ne mets pas ici en cause sa qualité), il faut dire les choses comme elles sont : on prend l'ensemble d'une communauté urbaine en otage.

 

Il n'y a pas, en Ville de Genève, que des bobos urbains, circulant à pied ou à vélo. Il y a, tous les jours, des dizaines de milliers de personnes, peu importe leur origine, qui viennent au travail avec un véhicule privé, à moteur, qui en ont parfaitement le droit, n'ont absolument aucune leçon de morale à recevoir. Et qui, au moment où j'écris ces lignes, sont captifs de l'enfer d'immobilité créé par la circonstance.

 

Cela n'est pas acceptable. D'avance, je dispense les commentateurs de venir nous faire la leçon sur le génie de la manifestation dite des "Géants", face auquel toute volonté de rouspétance, vertu genevoise, devrait se dissoudre.

 

Non. Il y a déjà beaucoup trop, à longueur d'année, de blocages totaux de la circulation pour toutes sortes de manifestations, sportives, caritatives, festives, dont je ne suis pas sûr qu'elles soient vraiment agréées par une majorité de la population qui les subissent.

 

Les autorités, municipales ou cantonales, qui nous auront mis, ce week-end, dans ce pétrin, dans cette pétrification de tout espoir de mobilité, auront, le jour venu, à en répondre.

 

Ma proposition, simple et claire, pour l'avenir : plus aucune plaisanterie de ce genre sans consultation préalable des populations concernées.

 

Pascal Décaillet

 

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28/09/2017

Primes maladie : la soif de justice l'emportera

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Sur le vif - Jeudi 28.09.17 - 16.59h

 

Chaque année le même cirque, la même ritournelle. Depuis plus de vingt ans. Chaque année, ce jour, au début de l’automne, où les Suisses ont la rage : Dies irae. Pendant 48 heures, on s’excite, on menace de lever la Matze, monter à Berne, bousculer l’ordre politique, novembre 1918, la sédition dans la chair. Juste à fleur de peau. Et c’est là, justement, le problème.

 

Les Caisses savent parfaitement que le désir de Révolution, en Suisse, dure rarement plus de 48 heures, que tout se tasse, tout s’éteint, tout passe oui, et tout lasse. Le jeudi soir, on gueule, le vendredi encore un peu, le week-end on promène le chien, le lundi on est les premiers au boulot. Braves Suisses. Qui, même précarisés par leurs primes, n’en mangent pas moins pain et brioche, comme dirait l’Autrichienne, superbe, à sa fenêtre.

 

J’ai couvert l’ensemble des travaux des Chambres relatifs à la LAMal, au début des années 1990. J’ai organisé tellement de débats, laissé s’épandre tant de colères, vu se bricoler tant de modèles. Mais chaque année, c’est la même chose. L’année prochaine ?

 

Pour ma part, dans ce dossier capital pour la vie des gens, comme l’est celui des retraites, je n’attends plus grand-chose de notre « démocratie participative », à Berne. Oh, des gens de bonne volonté, compétents, précis dans la confection des lois, je ne disconviens de rien de tout cela. Tout au plus serai-je le premier à signer l’initiative, lancée demain à Berne, qui veut interdire aux élus fédéraux de siéger dans les conseils d’administration des Caisses.

 

Non. Les modèles alternatifs doivent venir d’en bas. Du peuple. Celui qui a le droit de vote (les autres sont les bienvenus pour le remue-méninges). C’est maintenant, comme dans l’affaire des retraites, la démocratie directe qui doit prendre le relais. Non pour faire des miracles, ne rêvons pas. Mais pour lancer, non dans la seule molasse bernoise, mais sur l’ensemble du pays, de vastes débats nationaux sur les modèles de réformes.

 

Vous me direz que nous les avons eus, ces débats, sur la Caisse unique, puis publique. C’est vrai. Et dans ces deux cas, le partisan de l’Etat que j’ai toujours été se trouvait dans le camp des perdants. Mais il faut remettre plusieurs métiers sur plusieurs ouvrages. Caisses cantonales, régionales, séparation des intérêts sous la Coupole, etc. Si le corps des citoyennes et citoyens de ce pays ne fait pas de la décennie qui vient celle du combat, alors à Berne, rien ne bougera.

 

Une initiative ne passe, on le sait, que rarement, en Suisse. C’est un combat de très longue haleine, qui passe par des défaites, des dimanches soir de larmes après les votations. Un combat qui exige patience, ténacité. Mais, à ce jour, c’est le seul qui vaille. Je salue les comités d’initiatives qui montent à Berne demain. Je signerai leurs textes. Nous discuterons, nous nous engueulerons. Et puis, un jour, j’ignore absolument quand, un modèle venu d’en bas, jailli de la sourde colère du peuple, mais aussi de sa soif de justice et d’égalité, finira par l’emporter.

 

Vive notre démocratie suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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