07/01/2019

Gilets jaunes et Révolution : réflexions sur une référence

 

Sur le vif - Lundi 07.01.19 - 14.38h

 

Les gilets jaunes convoquent la mémoire de la Révolution française. Ils ont parfaitement raison, c'est une référence de taille. Et ceux qui, de Suisse, ricanent, feraient bien de lire quelques livres. La Révolution est l'une des périodes ayant, depuis quarante ans, le plus nourri mes lectures : s'il fallait n'en recommander qu'une seule - parmi des centaines - ce serait l'Histoire de la Révolution française, par Jules Michelet (1798-1874).

 

Il faut lire ce chef d’œuvre, pour saisir toute l'universalité de ce qui, en en France, fut accompli à partir de 1789. Le chute de la monarchie, la proclamation de la République, les guerres courageuses (et victorieuses !) menées par les Soldats de l'An II contre toutes les têtes couronnées d'Europe, impatientes d'imposer le retour à l'Ancien Régime. Pour moi, l'épisode ne dure pas dix ans, mais vingt-six, jusqu'à Waterloo (18 juin 1815). Et les grandes idées républicaines, après un dix-neuvième siècle chaotique, fait de flux et et de reflux, s'imposeront à partir de 1870, avec juste l'éclipse de Vichy (1940-1944).

 

Il n'y a aucune espèce de grandiloquence, face au mouvement très important des gilets jaunes, à évoquer les références de la Révolution. L'Histoire, certes, ne se répète jamais, tout au plus bégaie-t-elle, ou laisse-t-elle perler quelques bribes de réminiscences. La Révolution elle-même, en parfaite contemporanéité de ses propres événements, n'a cessé de se nourrir de références historiques, puisant notamment dans l'Antiquité, où il était question d'un ordre de pouvoir, secoué par le désordre d'un moment. Les Romains, déjà, puisaient chez les Grecs leurs mythes révolutionnaires. La littérature, toujours, se nourrit d'elle-même. J'ai suivi, en 1978, un passionnant colloque universitaire, interdisciplinaire, sur ce thème. J'y avais fait un exposé sur Thucydide, et la révolte des Cités grecques, dans sa Guerre du Péloponnèse.

 

Il n'est pas excessif de considérer dans les gilets jaunes l'aspiration à un changement de régime. Il ne s'agit pas de prendre congé de la République ! Mais de la faire évoluer, comme cela s'est toujours produit dans les deux derniers siècles. 1848 renoue avec 1792. 1870 avec 1848. 1944 (la Libération) nomme Commissaires de la République les libérateurs régionaux. 1958 (retour de Charles de Gaulle) restaure l'idée (déjà bien présente chez une partie des Révolutionnaires) d'un exécutif fort.

 

Non, les gilets jaunes ne veulent pas détruire la République. Ils veulent, au contraire, sa résurrection. En se battant pour une démocratie directe agissant (comme en Suisse) sur les thèmes, ils embrassent le discours et la pensée d'une partie des Révolutionnaires, ceux qui voulaient le pouvoir au peuple. Déjà dans la dernière décennie du dix-huitième siècle, ces derniers étaient en confrontation directe avec les adeptes de la démocratie représentative, c'est dire si la dialectique de silex entre les uns et les autres est ancienne. Le paysage politique français, ses grandes lames tectoniques, n'ont, malgré la valse des étiquettes, presque pas changé, depuis la Révolution.

 

Je n'ai parlé ici que de l'ordre institutionnel. En attendant d'y revenir, je n'ai pas encore parlé de l'ordre économique, ni social. Ni de l'extraordinaire aptitude d'Emmanuel Macron à jouer (contre son gré !) la caricature de l'Ordre ancien. Ni celle des coteries parisiennes, médiatiques notamment, à jouer les Fermiers généraux, intendants, valets du pouvoir, et autres intermédiaires que l'idéal révolutionnaire, justement, se promettait d'éradiquer.

 

Je reviendrai sur ce sujet des gilets jaunes, qui me passionne. J'ignore si c'est une Révolution. Mais une chose est sûre : nous avons dépassé, depuis un sacré moment, le simple stade de la révolte.

 

Pascal Décaillet

 

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06/01/2019

L'Europe ? Non, l'Allemagne !

 

Sur le vif - Dimanche 06.01.19 - 12.16h

 

Le drapeau européen qui flotte dans les pays d'Europe centrale et orientale, c'est en fait le drapeau allemand, camouflé sous le paravent de la bannière aux douze étoiles.

 

Réunifiée dans des conditions d'une vulgarité inouïe (la DDR, purement et simplement rachetée à coups de milliards par l'Ogre Kohl), l'Allemagne accomplit aujourd'hui pacifiquement le grand dessein où elle a, naguère, échoué par d'autres voies.

 

L'accomplissement de ce dessein a été mis en route, entre 1740 et 1786, par un souverain de génie, le Roi Frédéric II de Prusse. Il se réalise d'aujourd'hui, sans bruit ni fureur, et même avec la bénédiction des bonnes consciences, sous prétexte qu'il fallait à tout prix abattre le communisme, faire reculer l'influence russe en Europe.

 

Commercialement, économiquement, l'Allemagne de 2019 est omniprésente sur les marchés de l'Est. Elle y est revenue silencieusement, par les mêmes couloirs de pénétration que ceux du 22 juin 1941. Et tout le monde applaudit !

 

Et les grands naïfs, incapables de percevoir les mouvements tectoniques de l'Histoire, encore moins la permanence du tragique, s'émerveillent face aux douze étoiles européennes en Europe centrale et orientale. Inaptes à lire, en palimpseste de cette bannière, la réalité de l'influence allemande retrouvée, sur les Marches de l'Est.

 

Un jour, le château de cartes européen s'effondrera. Mais les innombrables points d'appui allemands, installés sous prétexte européen en Europe centrale et orientale, demeureront. L'illusion multilatérale partie en fumée, demeurera la permanence des intérêts nationaux. 

 

Adolescent, en Allemagne, j'étais fasciné par le Chancelier au pouvoir. Il s'appelait Willy Brandt (1969-1974). C'était un social-démocrate. Il avait passé les douze années de Troisième Reich en exil. Il était devenu Maire de Berlin. Chancelier, il s'était agenouillé à Varsovie, devant le Mémorial du Ghetto. Il avait inauguré une politique, géniale à mes yeux, d'ouverture à l'Est, l'Ostpolitik.

 

C'était un homme d'exception. Et son rapport, à lui, avec les voisins immédiats de la République fédérale, à l'Est (à commencer par la DDR), avait une autre tenue, une autre ambition, d'autres horizons intellectuels et culturels, nourris notamment par son ami, l'immense romancier Günter Grass (un Allemand de Dantzig !), que la gloutonnerie vulgaire de Kohl, lorsqu'il a purement et simplement racheté l'Allemagne de l'Est.

 

La dignité de la Prusse méritait mieux. Un jour, elle se rappellera à notre bon souvenir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/01/2019

Les Fermiers généraux de l'Ancien Monde

 

Sur le vif - Samedi 05.01.19 - 18.45h

 

Le mouvement des gilets jaunes ne fait que commencer. A peine s'est-il atténué pour les Fêtes, et encore ! Méfions-nous des images du pouvoir, véhiculées par les TV du pouvoir, au premier plan desquelles l'ineffable chaîne continue BFMTV. En vérité, en bien des endroits, notamment en Province, le mouvement n'a strictement connu aucun ralentissement, juste une trêve de Noël.

 

Nous sommes en 2019, les gilets jaunes sont là, plus que jamais. Et plus que jamais, les médias du pouvoir, ou des coteries parisiennes, continuent de s'inviter les uns les autres, entre eux, en intestine connivence, pour condamner, vouer aux gémonies, traiter de fascistes, des hommes et des femmes qui, simplement, infatigablement, nous clament leurs deux revendications principales : de la dignité, de la démocratie.

 

Las ! Entre consanguins, on continue de ne frayer qu'entre soi. Quérir la mille-et-unième interprétation d'éditorialistes parisiens ayant fait, depuis Mai 1968, dont ils sont directement issus, mille-et-une fois le tour des mille-et-un salons de la Ville-Lumière.

 

Comme des guetteurs mélancoliques, ils pourchassent de leurs rêves le moindre "essoufflement" du mouvement. Ah, être le premier à proclamer le début de la fin, la reprise en mains par Macron, la normalisation. Ah, que tout puisse rentrer dans l'ordre !

 

Quel ordre ? Mais le leur, pardi ! Celui qui préside à leurs colloques, dans les allées du pouvoir. L'ordre libéral, de Macron. L'ordre de l'Euro. L'ordre de Bruxelles. L'ordre des médiateurs, qui expliquent au peuple ce qui est bon, juste, moral. L'ordre des élus. L'ordre des clercs, et des cléricatures. L'ordre de la haute finance, qui a soutenu, avec tant d'ardeur, l'actuel Président, lors de sa campagne en 2017. L'ordre multilatéral. Surtout, ne rien changer. Surtout, que les Gueux fassent moins de bruit. Surtout, qu'ils se calment, on ira jusqu'à Grenelle, s'il le faut !

 

Surtout, maintenir l'équilibre cosmique entre les médiateurs et le pouvoir. Surtout, ne pas renier Macron,aussi chancelant soit-il. Car, si Macron s'en va, c'est l'irruption du Nouveau Monde.

 

Et le Nouveau Monde, c'est la peur de leur vie. Accrochés, désespérément, à l'Ancien Régime, dont ils aimeraient, pour l'éternité, demeurer les Fermiers généraux.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/01/2019

Mitage du territoire : bravo les Jeunes Verts !

 

Sur le vif - Vendredi 04.01.19 - 15.45h

 

L'initiative des Jeunes Verts contre le mitage du territoire : voilà un passionnant sujet de votation (10 février 2019).

 

Il touche à l'aménagement de nos espaces, au maintien de surfaces agricoles, à la construction d'un paysage où la nature a encore sa place. Il invite à repenser l'urbain, plus concentré, moins étalé, un peu plus de verticalité, de densité, un peu moins de semi-urbain, dans une semi-campagne.

 

Après la Lex Weber, après Ecopop, revoilà un thème qui invite les Suisses à penser le futur de leur territoire, à donner de la cohérence à l'espace urbain. Revoilà une votation concrète, liée à la terre et au pays. N'oublions jamais : le paysage, c'est l'humain qui le crée. Puisse-t-il y instiller le maximum d'harmonie, éviter le grand n'importe quoi de l'axe Genève-Lausanne depuis les années 60, définir ce qu'est la ville, et ce qu'est la campagne.

 

Oui, dans nos contrées habitées, c'est l'humain qui façonne le paysage : prenez le Valais, les sublimes murettes de vignes, ces étagements de pierres sèches, sur la rive droite du Rhône : elles ne sont pas là par miracle, mais par le travail des hommes et des femmes. N'oublions jamais qu'au 19ème siècle, la Vallée du Rhône n'était encore, en bien des endroits, qu'un marécage insalubre. Il a fallu un grand dessein : celui de la correction du Rhône. Il a fallu de grands hommes, comme Maurice Troillet, conseiller d'Etat de 1913 à 1953.

 

Le paysage est un miracle humain, épousant le miracle de la nature. En la respectant, plutôt qu'en la bétonnant dans la seule vision du profit, il la sublime. Le grand Chappaz, dans ses "Maquereaux des Cimes blanches" (1976), que nous dit-il d'autre, au fond ?

 

Pour ma part, je félicite les Jeunes Verts de lancer le débat. Je vais me passionner pour ce sujet, multiplier les invités et les joutes contradictoires, sur mes plateaux TV. C'est un sujet qui touche au pays profond, à la qualité de vie, au rapport intime entretenu, par chacun de nous, avec les miracles de nos paysages. Un véritable sujet citoyen. Vive la politique !

 

Pascal Décaillet

 

 

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Réseaux sociaux : parions sur l'intelligence !

 

Publié sur mon site FB - Vendredi 04.01.19 - 05.13h

 

Dans la revendication des Gilets jaunes comme dans la construction de la connaissance partagée sur un réseau social, il y a un refus du mandarinat.

 

Il ne s'agit en aucun cas d'un rejet de la compétence, ni de l'excellence. D'ailleurs, nombre d'entre nous, ici même, ont plaisir à partager telle interprétation inoubliable d'un trio de Brahms, tel poème, telle pensée, telle œuvre picturale capable de nous arracher l'âme. Preuve que le réseau, au milieu d'autres formes d'échanges, sait reconnaître et promouvoir l'exception qualitative offerte par d'autres humains.

 

Mais il s'agit d'un refus du mandarinat des corps intermédiaires. Dans ce qu'ils ont, depuis toujours, de plus odieux : la confiscation.

 

Confiscation du débat politique au corps des citoyennes et citoyens. Confiscation de l'œuvre d'art aux non-initiés. Confiscation de la langue et du langage par une caste accédant seule à un sabir.

 

Je l'ai dit, je le répète : il faudra du temps, mais une fois expurgé de son bavardage originel, le réseau social deviendra un instrument redoutable de partage des connaissances, de construction horizontale de l'intelligence collective. Un outil d'émancipation, contre les clercs, par les hommes et les femmes de bonne volonté, désireux de s'instruire.

 

Jouons le jeu : parions sur l'intelligence des humains !

 

Pascal Décaillet

 

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03/01/2019

L'Europe, "avec choeurs" !

 

Sur le vif - Jeudi 03.01.19 - 06.05h

 

Vous voulez faire l'Europe ? Commencez par apprendre les langues continentales européennes !

 

L'allemand. L'italien. Le grec. Le russe. Imprégnons-nous de nos millénaires d'Histoire et de culture. Enthousiasmons-nous pour notre continent ! Visitons-le. Laissons venir à nous ses langues, ses musiques.

 

Valorisons l'allemand, l'italien, dans nos écoles suisses. Valorisons le romanche, aux sonorités si belles, oui le romanche, langue nationale, partie intégrante de notre pays.

 

N'ayons pas peur d'être Européens. Pas la machinerie technocratique de Bruxelles. Non : l'Europe des peuples ! L'Europe des langues. L'Europe des cultures. L'Europe de Bela Bartok, de Dvorak, de Grieg, de Sibelius. L'Europe des cœurs. L'Europe de Schiller et celle de Beethoven, réunies dans un Hymne, qui touche au sublime.

 

Après 35 premières années plutôt réussies (1957-1992), l'Europe de Bruxelles nous a donné un dernier quart de siècle catastrophique : idéologie ultra-libérale, mépris des peuples et des nations, incapacité de régler la question balkanique, prédominance excessive de l'Allemagne, inexistence politique totale, inefficacité, primat de la technocratie.

 

Cette Europe-là est un échec. Elle ne survivra pas au réveil des peuples. Il faudra, dans les générations qui viennent, construire autre chose. En partant de la souveraineté reconnue de chaque nation, et surtout pas en la gommant. En plaçant, au centre de tout, les valeurs humanistes de l'éducation et de la connaissance partagée.

 

Cette Europe-là ne viendra pas du sommet, mais de la base. Elle ne procédera pas d'un modèle unique, mais d'une reconnaissance des pluralités. Elle sera une Europe des cœurs, plutôt qu'une construction cérébrale. Une Europe des langues continentales, plutôt que de l'uniformisation par l'anglais. Une Europe de l'exigence culturelle, qui placera la connaissance et l'intelligence collective au plus haut niveau.

 

L'Europe de Beethoven et de Schiller est devant nous. Elle est notre accomplissement, notre destin. Quand j'entends M. Juncker, je n'ai envie de rien. Quand j'écoute, pour la dix-millième fois, le final de la Neuvième Symphonie, "avec chœurs", alors mon âme bouleversée dit oui à l'Europe. À cette Europe-là.

 

PaD

 

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02/01/2019

L'ONU, Moloch Technicolor de l'après-guerre

 

Sur le vif - Mercredi 02.01.19 - 15.32h

 

L'édifice multilatéral, tel qu'il a sécrété sa toile depuis les premiers mois de l'après-guerre (1945-1946), qu'a-t-il apporté de concret ? Les grandes organisations, comme l'ONU, furent-elles jamais capables d'empêcher la moindre guerre ? Ont-elles jamais réussi à limiter le pouvoir des puissants (au premier plan desquels, les États-Unis d'Amérique), à améliorer le sort des plus faibles ?

 

Je ne parle pas ici de l'international humanitaire, comme le CICR, ni de l'international médical (OMS), ni de ce qui touche à la nature, à la météorologie (OMM), au monde du travail (BIT). Non, je parle bien de l'international politique : l'ONU, qui émerge juste après la Seconde Guerre mondiale, reprend la rengaine de la SDN, née au lendemain de la Première. Elle en cumule tous les défauts, l'arrogance planétaire, l'universalisme artificiel, et surtout l'implacable inefficacité. Combien de fois, sous couvert de l'ONU, des expéditions militaires furent, en réalité, des croisades des États-Unis ?

 

Je ne parle pas ici, non plus, de l'international économique (OMC), ni financier (FMI), face auxquels des mot encore plus sévères - j'y reviendrai - s'imposent. Non, je me cantonne aux prétentions monstrueuses de l'international politique.

 

La vérité, c'est que ces puissantes aspirations de gouvernance mondiale, nées des décombres de 1945, imprégnées d'un internationalisme béat, céleste, déraciné, se heurtent aux réalités : celles des nations, fruits de l'Histoire ; celles des peuples, qui aspirent à disposer d'eux-mêmes, chacun dans un périmètre proche et accessible, délimité par des horizons précis, protégé par des frontières, garantes des cohésions sociales à l'interne.

 

Oui, le Moloch mondialiste de l'immédiat après-guerre, à vrai dire tellement américain, tellement Technicolor, tellement hollywoodien, tellement Pentecôtiste dans sa quête de l'avènement du dernier jour, bref cette immense toile onusienne, avec ses dépendances et sous-dépendances, tout cela se fracasse sur la vérité des hommes et des femmes qui, sur cette terre, veulent être citoyens et citoyennes. Ce qui passe par le stade de la nation. Celui de la proximité. Celui de la reconnaissance dans une mémoire collective, un fil narratif historique, une relation avec les morts, les ancêtres. Une projection commune sur l'avenir. De tout cela, le monstre multilatéral de l'après-guerre, ONU en tête, s'est montré parfaitement incapable.

 

Pascal Décaillet

 

 

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01/01/2019

2019, l'Année des peuples !

 

Sur le vif - Mardi 01.01.19 - 12.14h

 

Les vœux d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron sont des vœux de répit pour l'Ancien Monde. Pitoyables de cécité face aux aspirations montantes des peuples. On dirait les vœux condescendants de la Noblesse et du Clergé au Tiers État, avec un amical tapotement sur l'épaule des Gueux.

 

La Chancelière prône le multilatéralisme, le Président encense l'Europe. Aucun des deux ne parle de la souveraineté du peuple, ni de la cohésion sociale de sa propre nation. Aucun des deux, d'ailleurs, ne parle de nation. Comme si la nation allemande, génialement préfigurée par les Discours de Fichte en 1807 à Berlin, n'existait pas. Comme si la nation française, celle de la Révolution, des Soldats de l'An II, de tant de batailles et de tant de sacrifices, n'était qu'un leurre.

 

Angela Merkel, Emmanuel Macron, sont les phares en extinction d'un monde qui s'en va. Partout en Europe, les peuples se réveillent, comme en 1848. Partout, ils veulent prendre en mains les destinées de leurs nations respectives. Par des procédés de démocratie directe qu'il appartiendra à chaque pays d'inventer, selon son génie propre, celui de son Histoire, de son parcours, en puisant dans ses racines, et surtout pas dans un universalisme abstrait.

 

Cela, c'est l'Europe qui advient. Nous le verrons dès les élections européennes de mai 2019. Face à la puissance tellurique de cette naissance, Angela Merkel et Emmanuel Macron se cramponnent désespérément à l'Ancien Monde, à l'Ancien Régime. Ils en sont encore aux vieilles matrices de pensée de l'après-guerre, avec la bonne vieille démocratie représentative, les bons vieux corps intermédiaires, les bons vieux médiateurs.

 

Tout cela va exploser. Un autre monde surgit. Partout en Europe, dans les décennies qui viennent, progressivement, nation par nation, le poids de la démocratie directe va l'emporter sur la combinazione de la démocratie représentative. Des instruments nouveaux seront peu à peu inventés, permettant au suffrage universel d'influer davantage sur le destin des nations. Les thèmes, petit à petit, l'emporteront sur les personnes, les votations l'emporteront sur les élections.

 

Pour la Suisse, même si 2019 est une année d'élections fédérales (20 octobre), je souhaite que nous parlions mille fois plus des thèmes que des personnes. Tenez, commençons par l'excellente initiative des Jeunes Verts sur le mitage du territoire : voilà un sujet de votation (10 février) qui promet de passionnants débats sur notre rapport au sol, à l'agriculture, aux espaces verts, au paysage : c'est autrement intéressant que de savoir si on va élire Monsieur X ou Madame Y !

 

Avec les candidats aux Chambres fédérales, soyons durs et exigeants : demandons-leur, à chacun, ce qu'ils ont de si génial à apporter au pays, et au fond de quel droit, en vertu de quelles qualités magiques ou supérieures, ils prétendent nous "représenter". Discernons s'ils roulent vraiment pour l'intérêt supérieur de la Suisse, ou plutôt pour eux-mêmes, dans le jeu de pouvoirs des ambitions.

 

Dans tous les cas, rappelons-leur qu'en cas d'élection, ils seront au service du peuple, et non à Berne pour constituer une caste consanguine, copains entre eux, tutoyeurs, partageurs d'intérêts, tout ce qui ruine et dévaste le crédit de la démocratie représentative. Rappelons-leur aussi, avec la dernière énergie, qu'une initiative acceptée par le peuple et les cantons doit être mise en application avec diligence, fidélité à la volonté du souverain, et non dans un esprit de dévoiement et de contorsions.

 

2019 sera une année difficile, mais politiquement passionnante. N'écoutons ni Mme Merkel, ni M. Macron, hérauts de l'Ancien Monde. Écoutons la voix des peuples d'Europe, en plein réveil. Oui, comme en 1848. Excellente Année à tous !

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/12/2018

Meilleurs voeux aux internautes !

 

Publié sur mon site FB - Dimanche 30.12.18 - 17.56h

 

Vous le savez déjà : je suis un partisan fervent des réseaux sociaux. J'estime qu'avec un peu moins de bavardage et de vie privée, et un peu plus de souci de l'espace public (tous domaines confondus), ils deviendront, dans les années et les décennies qui viennent, les principaux vecteurs de transmission des connaissances. Je l'ai déjà dit, maintes fois.

 

Sur un réseau social, nul n'est intelligent tout seul, dans son coin. Nul n'est exact tout seul, non plus : je peux vous parler du sujet le plus pointu de l'Histoire allemande (l'une des mes grandes passions), sur la Révolution de Novembre 1918 ou la bataille de Leipzig (octobre 1813), si je commets la moindre erreur factuelle, elle me sera tôt au tard signalée par un contact FB, je corrigerai, mon texte initial en sera renforcé dans son crédit, et c'est très bien ainsi.

 

Le réseau social ne fonctionne pas sur la verticalité, avec un mandarin tout en haut, et la piétaille en bas. Non, il mise sur l'intelligence collective d'hommes et femmes de bonne volonté. Ensemble, horizontalement, dans l'adjonction, la juxtaposition, ou la contradiction, ou la mise au point permanente, on construit, patiemment, un savoir. Franchement, c'est plutôt génial, comme principe.

 

Ainsi conçu, le réseau social va devenir, j'en suis persuadé, un instrument de fabrication, et de mise en commun, des connaissances. L'Encyclopédie du 21ème siècle ! Pour cela, il devra s'expurger de ses péchés originels, et tendre à l'amélioration de la condition humaine par l'extension du savoir. S'il y parvient, il sera libérateur. Comme l'a été l'imprimerie, à l'époque de Gutenberg. Comme l'a été la prodigieuse traduction de la Bible en allemand par Luther, autour de 1522. Comme l'a été le Dictionnaire des Frères Grimm.

 

Pour ma part, sur ce réseau social, oui celui-ci, où je m'exprime à l'instant, je me sens très à l'aise. Et je découvre une foule d'informations et de commentaires intéressants. Et je supporte de moins en moins les critiques des gens d'en haut, qui diabolisent le réseau sous prétexte des excès ou dérapages qui, certes bien réels, nuisent pour l'heure à son crédit. Nous tous, ici, sommes des hommes et des femmes de bonne volonté, désireux de s'instruire et d'étendre le champ de leurs connaissances. A tous ceux-là, qui me lisent ici, ou sur mon blog, j'adresse mes meilleurs voeux pour 2019 !

 

Pascal Décaillet

 

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26/12/2018

Mes voeux pour Genève en 2019

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.12.18

 

Je suis né à Genève il y a six décennies, j’y ai passé (à part mes années bernoises, au Palais fédéral) l’essentiel de ma vie. C’est la seule ville au monde, avec peut-être Rome, où je me sens totalement bien. Chez moi, au milieu du monde qui défile. Depuis un quart de siècle, à la belle saison, je fais toujours exactement la même promenade, dans les lieux de mon enfance, entre le quartier de Sécheron, les parcs au bord du lac, le Jardin Botanique, le Château de Penthes, le quartier international. Environ quatre kilomètres, au milieu d’arbres sublimes, et des espèces végétales magnifiquement entretenues, à travers les âges, par nos grands botanistes. La serre tropicale, tiède et humide, riche des variétés lointaines de la planète, Cathédrale de vie et de méditation.

 

Bref, comme beaucoup d’entre vous, j’aime Genève. D’une passion à la fois sensuelle et spirituelle. Et je souhaite son bien. Alors, pour la nouvelle Année, voici un ou deux vœux. D’abord, il importe à tout prix que ce bout de lac, où resurgit le Rhône, demeure un lieu de curiosité, de connaissance et de culture. Nous avons, dans ces domaines, à Genève, une exceptionnelle vitalité. Musique, art choral, théâtre, danse, cinéma, arts visuels, musées : il y en a pour tous les goûts. Comment gérer une telle richesse humaine ? Comment rendre accessible à tous, et non à une seule élite, les trésors de notre vie culturelle ? Au-delà, comment promouvoir, avec une passion sans cesse renouvelée, les chemins de la connaissance ? Puisse l’Ecole genevoise se souvenir que sa mission première est cognitive : transmettre, éveiller les enthousiasmes, passer les flambeaux. Quoi de plus bouleversant que ce lien entre les générations, celui dont parle si bien Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine ?

 

Genève est un lieu de paradoxes. Un esprit peu attentif pourrait n’y voir qu’une ville de dimension provinciale, à l’instar de grosses bourgades françaises, aussi peuplées que Genève, sans la chance d’avoir son rayonnement. Mais dans l’échelle des valeurs, où est la capitale, où est la province ? Qui définit l’essentiel ? La taille urbaine a-t-elle, au fond, le moindre privilège, si c’est, dans l’absolu, pour aboutir à d’anonymes mégalopoles, où suinte l’ennui ? Et l’habitant d’une ville moyenne doit-il à tout prix rêver de la grande capitale lointaine, avec son métro, ses heures de déplacement, ces trajets qui éreintent, ces visages éteints, désertés par le sourire ?

 

Au début, j’ai parlé de Rome. Je pense si souvent au grand poète Joachim Du Bellay (1522-1560), et à ce sublime sonnet, dans les Regrets, « Heureux qui comme Ulysse », où il s’ennuie, dans la Ville éternelle, de son Petit Liré, en Anjou. Face au monde, Genève sera toujours pour moi le Petit Liré. Nous devons nous battre, ce sera là mon dernier vœu, pour que la qualité de la vie y demeure précieuse, à taille humaine, dans la contemplation du lac, du Salève, du Jura, des Voirons, du Mont-Blanc et puis celle du Môle. Ce sont nos repères, nous y tenons. Ils sont le périmètre de notre bonheur.  A tous, je souhaite une excellente Année 2019 !

 

Pascal Décaillet

 

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23/12/2018

La bonne question - La bonne réponse

 

Sur le vif - Dimanche 23.12.18 - 15.24h

 

"Les populistes posent les bonnes questions. Mais donnent les mauvaises réponses". Depuis un quart de siècle, on nous sert cette phrase, qu'il faudrait accepter comme formule de grimoire.

 

Sur les flux migratoires, en Suisse, il y a eu deux phases. Celle où les libéraux, associés à la gauche immigrationniste, traitaient de xénophobes, voire de racistes, ceux qui se permettaient de prôner une régulation. Alors que ces derniers, en tout cas l'écrasante majorité d'entre eux, n'étaient ni xénophobes, ni racistes.

 

Deuxième phase : après le 9 février 2014, les libéraux, libre-échangistes, toujours associés à une gauche internationaliste, ont à peu près compris que traiter les partisans de la régulation, à longueur de journées, de noms d'oiseaux, liés au rejet de l'Autre, ne servait pas à grand chose. Alors, ils nous ont déterré ce vieux slogan : "Ils posent les bonnes questions, mais donnent les mauvaises réponses". Comme si eux, dans leur coin, détenaient la clef de la bonne réponse, à donner à la bonne question. Ils en ont profité pour ne strictement rien faire, et laisser Berne, Conseil fédéral et Parlement, dévoyer la volonté de contingents, clairement exprimée le 9 février 2014.

 

Je vous propose, pour changer un peu, d'entrer joyeusement dans la troisième phase : établir, par l'argument, en toute fraternité citoyenne, sans la moindre haine ni le moindre rejet, que ces gens, qui sur l'immigration posent de bonnes questions, eh bien donnent AUSSI parfois de bonnes réponses.

 

Pas toujours. Nul, en politique, n'a toujours raison. Mais souvent, oui, ayant posé la bonne question, ils donnent AUSSI la bonne réponse. A vrai dire, beaucoup souvent qu'on ne l'imagine.

 

Pour être un peu plus clair, je propose d'entrer dans une phase (la troisième, oui !) où on ne lâche plus rien. On ne se laisse pas impressionner par les courbes de croissance de la droite libre-échangiste, ni par les leçons de morale de la gauche internationaliste. On formule une pensée, en fonction de notre vision historique, de la présence vivante de nos lectures, et de notre conception de l'intérêt supérieur de la nation. On assume ses choix. Et, dans le champ éditorial, on fait la seule chose digne d'un homme d'honneur, qui croit en ses idées : on se bat.

 

Pascal Décaillet

 

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Duhamel Brothers

 

Sur le vif - Dimanche 23.12.18 - 11.11h

 

Vous ne les compterez plus, dans les semaines et les mois qui viennent, les interventions, dans vos journaux, du ban et de l'arrière-ban des puissants penseurs français - ceux qui se succèdent depuis plus de quarante ans sur les plateaux TV - pour vous affirmer que l'aspiration des gilets jaunes à une forme de démocratie directe est une "fausse bonne idée".

 

Elle pourrait être bonne pour la Suisse, allez reconnaissons qu'elle l'est. Mais en tout cas pas pour la France : vous pensez, le référendum s'associe immédiatement à un plébiscite, l'image de Louis-Napoléon, alias "Le Petit", surgit dans les mémoires. On nous parle même, ce matin, dans la presse dominicale orangée, avec une nuance à toute épreuve, des fantômes d'Hitler et Mussolini.

 

Eh bien, ma foi, voilà des plumes et des voix qui semblent avoir une profonde estime pour le peuple de France ! A les lire, à les entendre, ce peuple ne constituerait rien d'autre qu'une masse manipulable : vous lui confiez un référendum, c'est en fait un sénatus-consulte du Prince, un plébiscite pour lui dire, par thème interposé, qu'on l'aime ou qu'on le déteste. Le peuple, étant par nature aveugle et stupide, sera dupe de la supercherie, se laissera embarquer, la démocratie thématique passera à la poubelle, on aura juste activé la démarche plébiscitaire, celle qui légitime des régimes forts, confirme le caractère allemand de la Sarre, par exemple.

 

On peut en discuter, sur le fond. Et en effet, la France devra se montrer très inventive pour mettre au point des mécanismes de démocratie directe qui répondent à son génie propre, à son Histoire, radicalement différente du fédéralisme suisse. Mais la manière dont ces têtes pensantes, Frères Duhamel et Compagnie, éradiquent d'emblée toute chance de réussite pour un essai de démocratie directe thématique en France (voter sur des sujets, et pas seulement pour élire des personnes), en dit infiniment long sur la mentalité d'élite de ces stars de plateaux TV, profondément acoquinées avec tout ce que la vie parisienne compte de pouvoirs, de gauche comme de droite.

 

La vérité, c'est eux. La connaissance, c'est eux. La vision sur les nécessités du peuple, c'est eux. Le peuple, à leurs yeux, n'est qu'une bête à cornes, une brute pompière, tout juste bonne à payer ses taxes et ses impôts, s'abrutir le soir devant des émissions faciles, mettre deux heures pour aller au travail et en revenir, en voulant bien payer sans rechigner la surtaxe pour faire bien, à Paris, dans l'image mondiale qu'on donne dans la lutte pour le climat.

 

Eh bien, les Frères Duhamel & Co se trompent lourdement. Le peuple de France n'est en rien constitué d'imbéciles. C'est un grand peuple, patriote, attaché à une nation deux fois séculaire, celle-là même qui, proclamée République en 1792 au moment de Valmy, a osé défier, avec ses Soldats de l'An II, l'Europe entière des têtes couronnées. Le peuple des combats, dans toutes les guerres. Le peuple des souffrances. Mais muni d'une conscience nationale qui, aujourd'hui, a immensément faim et soif d'une démocratie nouvelle, élargie. Pouvoir voter directement sur des sujets ! Qui seront, je suis prêt à le parier, principalement des sujets régionaux et locaux. Mais aussi, sur la continuation de l'appartenance à l'Union européenne. Mais encore, sur l'Euro. Ou encore, sur la régulation des flux migratoires.

 

C'est précisément cela que nos chères élites cosmopolites, les BHL et les Cohn-Bendit, et tous les penseurs mondialistes des salons parisiens, et les Duhamel Brothers, ne veulent à aucun prix. Parce que la vérité, c'est eux qui la détiennent, dans leur Temple. Pourquoi, mais pourquoi diable, iraient-ils la partager avec les Gueux ?

 

Pascal Décaillet

 

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22/12/2018

Non, Sire, c'est une naissance !

 

Sur le vif - Samedi 22.12.18 - 18.16h

 

Ce qui se passe en France, avec les gilets jaunes, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, n'a rien d'une parenthèse. Les équipes au pouvoir dans les autres pays, à commencer par Macron, adoreraient que tout cela ne soit qu'un interlude, fugace. Une percée lumineuse du cauchemar, juste avant le réveil.

 

Non. Ce qui se produit en France, en Italie, dans beaucoup de Länder allemands, est un commencement. Il se passe, en Europe, quelque chose de l'ordre d'une naissance. Celle, comparable au printemps des peuples en 1848, d'un nouveau rapport à la démocratie.

 

Nous ne sommes pas dans des révolutions fascistes, comme voudraient tant nous le faire croire les tenants de l'Ancien Régime, doucement en train de s'effondrer. Nous sommes dans des révolutions démocratiques.

 

Nous avons affaire à des peuples qui aspirent à prendre davantage en mains le destin de leurs pays. Davantage de démocratie directe, à inventer nation par nation, selon le génie de chacune. N'ayons pas, nous Suisses, l'arrogance ni la prétention d'exporter notre système : il est idiomatique à notre Histoire, et d'ailleurs rien ne s'exporte, c'est justement cela, croire en l'âme de chaque nation. Et croire au droit de chaque peuple à disposer de lui-même.

 

Davantage de démocratie directe, non pour écraser la démocratie représentative, mais pour entrer avec elle dans l'étincelante dialectique de la concurrence. En Suisse, nous connaissons cela. En quoi faudrait-il craindre la force des idées ?

 

Les citoyennes, les citoyens d'Europe, aspirent à aller davantage aux urnes sur des thèmes, un peu moins pour élire des "représentants", qu'ils ne voient que tous les quatre ou cinq ans, et qui, entre-temps, vivent dans la consanguinité parlementaire.

 

Le peuples d'Europe veulent en découdre directement avec les thèmes. En Suisse, nous connaissons cela. Eh bien, que chacun de ces peuples, s'il le veut, invente le chemin qui lui permettra de conquérir ce pouvoir extraordinaire.

 

Nous avons, autour de nous, à commencer par notre grand voisin la France, des peuples qui rêvent d'une démocratie plus vivante, plus juste, plus efficace qu'aujourd'hui. Nous n'avons, me semble-t-il, qu'à nous en féliciter !

 

Quant aux petits marquis de l'Ancien Régime finissant, les BHL et les Cohn-Bendit, laissons-les vomir sur ce printemps des peuples. Vomir : ils ne savent faire que cela, dès que le bruissement des consciences vient déranger la parfaite ordonnance cosmopolite de leurs géométries mentales.

 

Nous avons, nous tous, beaucoup mieux à faire : passionnons-nous pour ce réveil démocratique. En respectant chaque nation, dans sa nature et sa différence. Et en offrant notre amitié à tout ce qui peut augmenter le pouvoir des peuples sur la destinée des pays.

 

Pascal Décaillet

 

18:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Non à la libre-circulation

 

Sur le vif - Samedi 22.12.18 - 10.40h

 

Il y a quinze ans, vingt ans, nous étions quelques-uns à prôner le protectionnisme, la préférence locale et nationale, on nous répondait en sanctifiant la libre-circulation.

 

Aujourd'hui, après quinze ans, vingt ans, d'un combat acharné, la préférence locale, nationale, s'est imposée dans les esprits.

 

Reste la libre-circulation. Elle dévaste la cohésion sociale des nations européennes. En Suisse, elle n'a profité qu'à quelques-uns. Ce profit n'a absolument pas été redistribué à l'ensemble de la population.

 

Les plus précaires d'entre nous ont été touchés par la férocité de cette concurrence importée. La gauche, les syndicats, à qui on promettait des "mesures d'accompagnement", comme on jette des miettes à des oiseaux, se sont laissés avoir, comme jamais.

 

Le peuple et les cantons, le 9 février 2014, ont accepté le principe de contingents, pour réguler les flux migratoires. Les corps intermédiaires en ont dévoyé la mise en application. Il faudrait encore leur faire confiance ?

 

Dans les années qui viennent, nous devons nous attaquer à la racine. Tout en entretenant les meilleures relations, de respect et d'amitié, avec les peuples d'Europe, nous devons renoncer à cette idéologie ultra-libérale de la libre-circulation. Elle n'enrichit qu'une minorité, qui spécule sur elle avec la dernière des usures, et elle lacère l'essentiel pour le destin de notre pays : la cohésion sociale entre les Suisses.

 

Nous voulons une Europe des peuples. Pas une Europe des spéculateurs.

 

Pascal Décaillet

 

 

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21/12/2018

Pourquoi Macron a peur de la proportionnelle

 

Sur le vif - Vendredi 21.12.18 - 10.56h

 

Pourquoi Macron a-t-il si peur de la proportionnelle ? Pour une raison simple : au second tour de la présidentielle de 2017, il a certes gagné. Mais il n'était tout de même pas aveugle au point de ne pas voir l'explosion du nombre de voix - EN VALEUR ABSOLUE - de sa rivale.

 

Les législatives, depuis l'erreur majeure qui s'appelle le quinquennat, n'ont plus aucun intérêt. Em associant le temps parlementaire au temps présidentiel (donc en supprimant le génial décalage 5 ans, 7 ans, qui précédait), on élit un Président, puis dans la foulée, on lui donne logiquement, six semaines plus tard, les moyens de son action. Le législatif n'est donc plus qu'une annexe de l’Élysée, une écurie du Château.

 

Si vous ajoutez cela à la liquéfaction totale des partis traditionnels en ce printemps 2017, vous aboutissez à une situation unique. Elle a permis à Macron de créer, à son effigie, et même en reprenant ses initiales, un mouvement totalement artificiel, jouant sur les ambitions nationales de notables locaux, des Homais jaillis de leurs officines, des Rastignac aux dents étincelantes, en un mot l'actuelle bande de godillots, Maréchal Ferrand en tête, servant à l'Assemblée de vicaires législatifs à l’Élysée.

 

Mais si Macron devait dissoudre... Alors là, même dans le système actuel, adieu les godillots ! Et si en plus, une nouvelle élection devait se produire à la proportionnelle, alors là, bonjour la France profonde, la France des colères, la France des jacqueries, la France des gilets jaunes.

 

Dans cette hypothèse, une Assemblée enfin représentative permettrait assurément aux millions de voix ayant voté, au second tour de la présidentielle 2017, pour la rivale d'Emmanuel Macron, de faire leur grande entrée au Palais-Bourbon. Ou tout au moins leur grand retour, depuis 1956, l'année de la percée poujadiste.

 

Tout cela, Macron le sait. On peut donc imaginer qu'il préférera créer un dérivatif du côté de la démocratie directe (quitte à le faire fort mal, précipitamment), plutôt que de réformer en profondeur un mode de scrutin qui lui a permis, en 2017, le parfait artifice de son avènement.

 

Pascal Décaillet

 

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20/12/2018

Le Ying et le Yang

 

Commentaire publié dans GHI - 19.12.18

 

Ce vendredi 14 décembre, le Grand Conseil genevois a fait très fort. Dans son immense sagesse, il a accepté deux projets de loi, sur l’avenir de la CPEG (Caisse de pension des employés de l’Etat de Genève), parfaitement contradictoires ! Il a dit noir et il a dit blanc, il a dit une chose et son contraire, il a dit oui au Ying, a dit oui au Yang.

 

Nos députés ont, à la fois, accepté le projet de la gauche et du MCG, qui conserve, pour les rentiers, la primauté des prestations, et celui du Conseil d’Etat qui, avec la droite, introduit la primauté des cotisations. Pour ne prendre que l’une des différences majeures qui font de ces deux projets de loi des éléments antagonistes, inconciliables.

 

Comment les élus en sont-ils arrivés là ? Quel rôle a joué l’abstention des Verts, sur le projet du Conseil d’Etat ? Surtout, comment le Canton va-t-il trouver une issue à cet imbroglio, sans faire perdre la face à l’une des parties ?

 

Cette gesticulation parlementaire donne, de la part de la démocratie représentative genevoise, un signal d’impuissance. Si les autorités, récemment élues pour cinq ans, ne sont pas capables de trouver une solution, en début de législature, à une question aussi majeure que celle des retraites des fonctionnaires, alors il faudra que Genève songe à étendre et approfondir ses mécanismes de démocratie directe. De façon à donner au peuple la voix prépondérante. Pas seulement pour réagir à ce qu’on lui propose (référendums). Mais pour inventer par lui-même (initiatives) la possibilité du salut.

 

Pascal Décaillet

 

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19/12/2018

La politique doit être claire et lisible !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.12.18

 

La politique, c’est l’art de gérer la Cité. La démocratie, c’est le pouvoir au peuple. La capacité, pour ce dernier, d’actionner les leviers de décision. La démocratie représentative, c’est le peuple qui délègue sa confiance à des élus, dans des Parlements par exemple. La démocratie directe, c’est le suffrage universel qui prend directement des décisions. Soit par référendum (en opposition à une loi votée par un Parlement). Soit, beaucoup mieux, par voie d’initiative : un comité de citoyens lance une idée forte pour modifier la Constitution, il récolte des signatures, et un jour le peuple vote. En Suisse, nous avons un mélange de démocratie représentative (puisque nous élisons des gens) et de démocratie directe. La dialectique, souvent antagoniste, entre ces deux systèmes, étincelante comme le choc de deux silex, est passionnante.

 

Dans un pays comme la Suisse, où la démocratie directe est si présente, dans les trois échelons de notre vie politique (Commune, Canton, Confédération), il absolument nécessaire que les enjeux soient clairs. La politique est certes une chose complexe. Mais cela ne doit en aucun cas nous empêcher d’en présenter les thèmes de façon claire, lisible, compréhensible par tous. Lorsqu’un sujet est proposé au suffrage universel, il doit être immédiatement perceptible par l’ensemble de la population. Les mots doivent être simples, le jargon juridique doit être impérativement expurgé : la Suisse n’est pas une immense Faculté de droit, elle est une nation citoyenne, où tout le monde doit pouvoir comprendre, d’un coup, les tenants et les aboutissants d’une votation.

 

En termes de clarté, la démocratie directe est supérieure à la démocratie représentative. Les initiatives, voulues au départ par un petit nombre, puis proposées au suffrage universel, ont, la plupart du temps, des titres clairs et percutants. On les aime ou on les déteste, on les soutient ou on les combat, mais enfin on les comprend ! Je n’en dirai pas autant des puissants compromis parlementaires, ces fameux « paquets » où les élus législatifs, dans un pur esprit de maquignonnage où tout le monde se tient par la barbichette, nous concoctent des mélanges de sens, totalement incompréhensibles par le grand public. Exemple 1 : le paquet fédéral où on mêle le destin de l’imposition des entreprises à celui de l’AVS. Exemple 2 : le paquet du Conseil d’Etat genevois où on mêle la même imposition aux subsides versés aux gens pour payer leurs primes d’assurance maladie. Dans les deux cas, nous avons affaire à des confusions scélérates quant au fond, et illisibles quant à la forme.

 

La politique doit être claire. Si le monde parlementaire, en Suisse, n’est plus capable d’accoucher d’autre chose que d’obscures équations, alors il devra céder la place à une extension des droits populaires. Un système lisible, audible, loyal sur les enjeux. Un système pour le peuple et par le peuple. Et non au service des corps intermédiaires.

 

Pascal Décaillet

 

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Un enfant capricieux de la modernité

 

Sur le vif - Mercredi 19.12.18 - 07.05h

 

En mars 1986, Mitterrand a dû cohabiter avec Chirac. En 1993, avec Balladur. En 1997, Chirac a dû cohabiter avec Jospin.

 

Si Macron dissout l'Assemblée, la bande de godillots qui y siège, sous son label, depuis juin 2017, sera chassée. Il y aura une nouvelle majorité, dans laquelle Macron devra choisir le Premier ministre. Cohabitation, donc.

 

S'il ne dissout pas, alors il ouvre, pour une période indéterminée, une page totalement nouvelle sous la Cinquième : un Président qui doit cohabiter avec... le peuple !

 

Dans ce second cas, les corps intermédiaires volent en éclats. À commencer par l'Assemblée : les godillots de juin 2017 demeurent au Palais-Bourbon, mais n'ont définitivement plus aucun pouvoir. Ils regardent passer les missiles entre le peuple et le Prince. Pendant trois ans et demi !

 

À titre personnel, cette situation très plébiscitaire ne me déplaira pas. Mais alors, à quoi bon Mirabeau, à quoi bon juin 1789, à quoi bon le Jeu de Paume, à quoi bon la volonté du peuple et la force des baïonnettes ?

 

En mai 2017, les Français ont choisi Macron. Ils ont choisi d'envoyer au pouvoir suprême un ancien associé de la Banque Rothschild, un arrogant ultra-libéral, soutenu par la finance internationale et cosmopolite, totalement dépourvu de culture historique et politique. Un enfant capricieux de la modernité. Un Président à contresens, aveugle et sourd aux mouvements de libération des peuples en Europe, méprisant envers l'expérience italienne, accroché à la déclinante Mme Merkel, et aux douze étoiles en extinction de l'Union européenne.

 

Ils ont aujourd'hui la rançon de leur erreur. "Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde", écrivais-je, ici même, à la minute de l'élection, donc au second tour à 20h. Je n'imaginais pas que ce répit ne durerait que 18 mois.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/12/2018

Que l'esprit, Monsieur le Président, vous accompagne !

 

Sur le vif - Mardi 18.12.18 - 15.56h

 

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

 

Le 16 juillet dernier, vous avez eu des mots, envers la Suisse, qui ont choqué une bonne partie de mes concitoyens. Vous n'étiez pas encore le quatrième personnage de l'Etat (vous l'êtes devenu le 12 septembre), mais enfin vous étiez député français, à la tribune de la Chambre, ce qui n'est pas rien.

 

Vous vous en prenez au système suisse de démocratie directe, estimant que les thèmes de votations "sont souvent le fait de quelques cliques affairistes et de quelques lobbyistes".

 

Ce que vous dites n'est pas entièrement faux : il peut exister un risque de dévoiement de nos droits populaires par les forces de l'Argent. Nous, les Suisses, viscéralement attachés à ces droits, sommes parfaitement conscients de cette possibilité de dérive : il n'est pas normal, par exemple, qu'un milliardaire puisse "s'acheter des voix", par clientélisme, dans les récoltes de signatures.

 

Ce qui est dévastateur, Monsieur le Président, n'est pas la réserve que vous avez émise sur notre démocratie directe, mais c'est que vous la réduisiez à cela. Connaissez-vous le système suisse ? Avez-vous entendu parler de l'immense aventure de notre État fédéral, depuis 1848 ? Savez-vous comment a pu naître notre démocratie directe, le droit de référendum, mais aussi les initiatives depuis 1891, le triple échelon Commune, Canton, Confédération, la dialectique étincelante entre la voix du suffrage universel et notre démocratie représentative ? Tout cela crée, dans notre pays, une vitalité de l'expression politique, souvent par l'antagonisme, que beaucoup nous envient.

 

Vous ne trouverez pas en moi, Monsieur le Président, un ennemi de la France. J'aime ce pays, j'en suis passionnément les joutes politiques depuis décembre 1965, un certain second tour dont les adversaires s'appelaient Charles de Gaulle et François Mitterrand. Vous reconnaîtrez qu'il y a pire, comme duo de finalistes, pour se mettre en appétit dans une carrière de commentateur politique. J'aime la France, j'en étudie l'Histoire depuis des décennies, et, si je suis un Suisse fondamentalement attaché à la démocratie directe de son pays, je me garderai bien de l'exporter vers la France : ce serait faire preuve du même paternalisme dont nous détestons les effets, en sens inverse.

 

Sans doute pourtant, Monsieur le Président, avec une forme de démocratie directe (à inventer par la France, selon son génie propre), votre pays n'eût pas connu la crise des gilets jaunes. Car ce qui, chez vous, s'exprime, faute de mieux, par la vocifération de rue, se canalise en Suisse dans les voies du démos : nos droits populaires sont parfaitement constitutionnels, ils ne relèvent pas de l'anomalie, mais de la norme de notre fonctionnement. Maintes fois, ils servent de soupapes pour éviter l'explosion sociale. Il sont, à bien des égards, les garants de notre cohésion sociale.

 

J'aime la France, j'aime la Suisse. Et puis, incidemment, j'aime aussi l'Allemagne. Je respecte vos institutions, votre Histoire m'habite, j'en connais tous les contours, notamment depuis ce jour de juin 1789 où un certain Mirabeau, évoquant à la fois la volonté du peuple et la force des baïonnettes, a posé la première pierre de l'institution remarquable que vous présidez aujourd'hui. Entre la France et la Suisse, entre vous et nous, il n'y pas de place pour l'insulte, ni dans un sens, ni dans l'autre. Il n'y a de place que pour le respect mutuel, la connaissance partagée, la curiosité sans cesse renouvelée.

 

Je vous adresse, Monsieur le Président, ainsi qu'à vous 576 collègues, mes meilleurs voeux pour les Fêtes de fin d'année. Que l'esprit, avec ou sans capitale, vous accompagne.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Bien l'bonjour du soupirail !

 

Sur le vif - Mardi 18.12.18

 

Il y a des gens qui croient que les réseaux sociaux ne sont qu'une parenthèse, qu'ils s'écrouleront, et qu'on en reviendra à la bonne vieille époque où le père de famille, rentrant chez lui au soir d'une belle et méritante journée de travail, retrouvera son fauteuil, sa pipe et ses pantoufles, pour lire son édition papier du journal, imprimé la veille au soir.

 

Il y a des gens qui croient que la démocratie directe, ce truc de gueux surgis du soupirail, s'estompera, et rendra ses lettres de noblesse à la bonne vieille démocratie représentative, où des "élus", investis de la "confiance", partiront en calèche siéger en des Diètes lointaines. Où ils seront intelligents, à la place des citoyens. Et la nuit, dans des palaces avec vue sur la Vierge, le Moine et l'Ogre, feront entre eux de beaux enfants.

 

Il y a des gens qui croient que les mouvements "populistes" ne sont qu'un cauchemar de passage. Au réveil, tout rentrera dans l'ordre : les bons vieux partis issus du dix-neuvième, la politique transversale des compromis, la combinazione parlementaire, tout cela reprendra ses droits à l'éternité.

 

Il y a, aussi, des gens qui croient au Père Noël. C'est de saison. Je leur adresse mon salut. Et poursuis mon chemin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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