Liberté - Page 2

  • Plus rien ne sera comme avant !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.03.20

     

    Travail à distance, en réseau, grâce aux prodigieux progrès de la technique, travail à domicile, ne plus venir faire ses heures dans un bureau, avec de petits chefs qui vous épient. Mais accomplir une mission précise, sur la base d’objectifs à atteindre. Tout cela, et tant d’autres choses encore, s’invite dans nos vies d’une façon fracassante, à l’occasion de la crise que nous traversons. Une chose est sûre : lorsque la tempête sera passée, notre rapport à tous avec le monde du travail se trouvera profondément modifié par les expériences que nous aurons vécues. Beaucoup d’employés, beaucoup d’entreprises auront appris que le travail peut parfaitement s’opérer, dans de nombreux secteurs (les services, notamment), en totale décentralisation de ceux qui l’accomplissent.

     

    Un modèle va prendre un terrible coup de vieux : celui qui consiste à se lever le matin, encombrer les transports publics ou privés, pour aller tirer ses huit heures dans un lieu appelé « bureau », puis grossir une seconde fois les routes le soir, pour rentrer à la maison. Cette double transhumance quotidienne, inutile et polluante, aura bientôt vécu. Qui s’en plaindra ? Qui, à part l’armada de petits chefs et sous-chefs, de cadres subalternes ou intermédiaires, de bavards de cafétérias, de discutailleurs dans les queues de machines à café ? Chaque entreprise doit savoir exactement pourquoi elle est là, ce qu’elle a à accomplir. Elle ne doit pas s’autonourrir de ses phénomènes internes. Ce qui compte, c’est l’objectif.

     

    Bien sûr, tout dépend des métiers. Je parle ici de ceux, assez nombreux, où une présence physique n’est pas nécessaire, en tout cas pas sur le laborieux continuum d’une journée. L’idée même, née de la Révolution industrielle, et des machines à pointer le matin et le soir dans les usines, de « compter ses heures », est, dans bien des cas, une absurdité, tout juste bonne à servir d’argument, en cas de litige, à des syndicats ou des études d’avocats. Le petit entrepreneur, l’indépendant (dont on parle tant, ces jours), ne « compte pas ses heures » : il accomplit une mission ! Si elle est satisfaisante, on lui renouvellera peut-être sa confiance. Dans le cas contraire, non. C’est plus risqué, mais autrement motivant que de venir traîner ses guêtres au milieu de ses collègues. Beaucoup de tâches peuvent être accomplies à distance, par des personnes seules, compétentes, responsables, fiables.

     

    La terrible crise sanitaire que nous traversons débouchera, si nous savons en tirer les leçons économiques, sur une révolution dans la manière de penser le travail. Puisse-t-elle aussi, certes dans la douleur, nous ouvrir des horizons vers une économie plus juste, plus proche, plus humaine. Au service, non du profit de casino, mais du bien-être des gens. Car enfin, à quoi sert le travail, si c’est pour asservir l’humain, alors qu’il peut l’affranchir, l’épanouir, le rapprocher de l’Autre ? En ces temps difficiles, je vous souhaite à tous une excellente semaine.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Artistes genevois, je ne vous oublie pas !

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    Sur le vif - Mardi 24.03.20 - 15.30h

     

    Une idée me trotte dans la tête, depuis le début de la crise sanitaire que nous traversons : continuer de faire vivre la culture, à Genève. Continuer à la rendre visible, même si toute offre en public est désormais impossible, pour les raisons que nous connaissons.

    Alors, voici : dès ce soir, à l'enseigne des Yeux dans les Yeux (ou parfois de GAC), je vais donner la parole, le plus possible, à nos artistes genevois. Même s'ils n'ont aucune prestation d'actualité à promouvoir, et pour cause ! Rendre visible, non un spectacle, un concert, etc., du moment, mais... l'artiste lui-même ! Cinq ou six minutes pour faire sa connaissance, évoquer son parcours, sa démarche artistique, ses passions.

    J'étendrai cette séquence à des amateurs d'art : je pense déjà à tel avocat cinglé de Wagner, tel passionné de Proust ou Céline, Paul Celan ou Heiner Müller. Les exemples fourmillent.

    Je veux sentir ce que les gens ont dans leur ventre.

    Je pense que ces petites séquences, entre deux débats politiques ou deux données d'informations sur le coronavirus, pourront aider les personnes confinées, ou les malades, ou leurs proches, à garder le moral.

    La culture doit vivre ! Les artistes ne doivent pas disparaître des écrans radar !

    Première séquence, ce soir, les Yeux dans les Yeux, direct 19h : Aimez-vous Mahler ? Invité : Olivier Gurtner. 

    PaD

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  • La politique, plus que jamais !

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    Sur le vif - Mardi 24.03.20 - 10.50h

     

    En aucun cas, l'urgence sanitaire ne doit abolir le débat politique. Au sens le plus fort de ce terme, les grands choix pour la Cité. Le sens, déjà, où l'entendait Aristote, il y a 25 siècles.

    Contre vents et marées, tout en respectant parfaitement les consignes de sécurité, je veux, là où je suis, dans les fonctions qui sont les miennes, continuer de faire vivre le débat politique. Celui sur les grands choix pour la gestion de crise. Et surtout celui sur les grands choix, économiques et sociaux, de l'après-crise.

    Des débats avec moins de monde qu'avant : respect des directives. Mais des débats, où puissent se déployer les forces vives de notre univers politique. Où puissent se concevoir, en totale liberté des âmes et des consciences, les projections pour l'avenir, les conceptions diverses de l'intérêt supérieur de l'Etat.

    Je ne suis pas virologue, ni médecin. Ni spécialiste humanitaire. Je suis, depuis l'enfance, un esprit profondément politique. J'ai toujours mis, dans mes préoccupations, les affaires publiques au plus haut niveau, je ne m'intéresse pas à la vie privée, ni aux modes. Pourquoi diable devrais-je renier la vocation de toute une vie, au moment où, plus que jamais, nous avons besoin de politique, au sens le plus noble de ce mot ?

    Le sens noble, c'est celui d'Aristote. Celui de Thucydide, lorsqu'il nous décrypte les vrais ressorts de la Guerre du Péloponnèse. Celui de Tocqueville. Celui de Jules Michelet, quand il nous raconte la Révolution française. Celui de Marc Bloch, avec son ouvrage prodigieux "L'Etrange Défaite", l'un de mes livres de chevet : les six semaines, entre le 10 mai et le 22 juin 1940, où la France s'effondre. Défaite morale, bien avant que d'être militaire, nous dit en substance l'auteur.

    Cette crise nous offre une occasion : celle de réinventer la politique, en la dégageant des meutes consanguines, pour la hisser vers ce qu'elle a de supérieur : le combat de tous, pour l'intérêt de tous.

     

    Pascal Décaillet

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  • Torpeur, jamais !

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    Sur le vif - Lundi 23.03.20 - 14.19h

     

    Qu'un bonhomme de mon style, prétorien dans l'âme, bonapartiste, exécutif jusqu'au fond de la moelle, entrepreneur depuis 14 ans, aimant décider et décider seul, puisse éventuellement se réjouir de la mise en congé des Parlements, il y aurait là une certaine logique. La "divine surprise" (je sais parfaitement à qui j'emprunte l'expression, et n'ai nul besoin qu'on me le rappelle) face à un système parlementaire dont il a, toute sa vie, dénoncé les lenteurs, la consanguinité, l'entre-soi.

    Eh bien justement, le bonhomme en question, votre serviteur, ne le fait pas. Au contraire, depuis quelques jours, il dénonce cette mise en veilleuse, appelle les parlementaires à se ressaisir, s'arranger pour siéger avec des moyens modernes, à distance. Rien ne justifie l'auto-dissolution soudaine d'un premier pouvoir qui fait la fierté de notre pays. On ne sauve pas une nation en gouvernant par arrêtés, directives, ordonnances. Même le Clemenceau de 1917/1918, au sommet de son énergie, affrontait la Chambre, ne serait-ce que pour lui dire : "Je fais la guerre !".

    Mais le plus fou, c'est qu'il se trouve, parmi les gens qui trouvent normale cette auto-castration du législatif, des parlementaires, et... des journalistes ! Les premiers sont membres d'un corps qu'il s'agirait de placer en léthargie. Les seconds, critiques du pouvoir par beau temps, se métamorphosent, à la vitesse de la lumière, en suppôts des exécutifs, à la première tempête.

    Pour ma part, je suis un citoyen et un petit entrepreneur. Je n'ai aucune intention d'abdiquer la moindre parcelle de ma faculté de décision dans ces deux domaines. Et l'énergie que j'y mettrai sera, au final, utile à tous, par un système de redistribution et de solidarité dont nous avons, plus que jamais, besoin.

    Respect des directives, oui. Torpeur, jamais !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Régime de crise, crise du régime

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    Sur le vif - Lundi 23.03.20 - 07.49h

     

    Le Parlement fédéral veut siéger. Et il a raison ! En aucun cas, sous prétexte de crise, nos législatifs, aux trois niveaux de notre Confédération, ne doivent disparaître des radars.

    En leur absence, les exécutifs prennent très vite leurs aises, à force d'ordonnances, directives et arrêtés. Ils bénéficient du soutien d'une partie de l'opinion publique, et même de celui - autrement plus surprenant - d'une partie de la presse, comme cet éditorial ahurissant du Nouvelliste, qui appelait samedi les gens à se la coincer, purement et simplement. Elle doit s'évaporer à la première tempête venue, la fonction critique des citoyens ?

    La Suisse a besoin, en ces temps très difficiles, de ses trois pouvoirs institutionnels : l'exécutif, le législatif, le judiciaire. On peut comprendre que ces deux derniers fonctionnent au ralenti, privilégiant l'essentiel et remettant à plus tard l'accessoire. Mais pas qu'ils disparaissent !

    Nous devons assurément respecter les consignes de nos autorités. Mais nul d'entre nous n'est tenu de renoncer à son esprit critique. Toute citoyenne, tout citoyen de ce pays a le droit de faire connaître son point de vue. Il peut désapprouver les mesures, s'il les juge par exemple excessives, mais doit les appliquer. C'est cela, l'essence même de la République, cela au millimètre près, cette tension dialectique entre discipline collective et liberté de pensée. Aucune crise, sous aucun prétexte, n'a à remettre en question le second élément.

    Rappelez-vous le sticker : j'avais condamné comme inutile (à mes yeux) cette vignette, mais m'étais précipité pour l'acheter. On respecte les lois, mais on s'exprime.

    Quant aux Parlements de notre pays, ils disposent largement des moyens de faire leur travail sans que les députés ne s'agglutinent physiquement les uns aux autres ! Ils en disposaient déjà depuis des années, comme nous l'avons maintes fois souligné ici, bien avant cette crise. Le temps des diligences et des antiques Diètes est révolu, il faut révolutionner les modalités mêmes du travail parlementaire.

    Il n'est pas question que la Suisse, sous prétexte de crise sanitaire majeure, ne fonctionne plus qu'avec des exécutifs. Déjà, ces derniers s'accommodent fort bien de la vacance parlementaire. Déjà, ils prennent goût aux arrêtés, aux ordonnances, aux directives. Nous, Suisses, devons nous montrer très attentifs à ce que le régime de crise ne tourne pas gentiment en une crise du régime.

     

    Pascal Décaillet

     

     
     
     
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  • Cela s'appelle la présence

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    Sur le vif - Dimanche 22.03.20 - 10.38h

     

    Une Cathédrale plus nue et plus sobre que jamais. Juste quelques humains, distants les uns des autres. Seuls, au milieu du vide.

    Des mots remarquables, du Pasteur, sur les activités de guérisseur de Jésus, l'ambiguïté des miracles, les aveugles et ceux qui voient.

    Un organiste habité, qui chante en jouant. Quelques chanteurs (dont la remarquable Géraldine Cloux), au fond de l'autel. Le violon de Bianca Favez.

    Un Culte, sans les fidèles. Quelques fleurs, pas trop. Le bleu du vitrail, dans l'ocre pâle de la pierre.

    L'immensité du vide.

    Et pourtant, par le verbe et par la musique, par la distance et par le chant, par l'austère majesté des lieux, une incroyable puissance de l'invisible.

    Cela porte un nom. Cela s'appelle la présence.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le sel du tragique et le sucre de canne

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    Sur le vif - Samedi 21.03.20 - 17.06h

     

    Dans la crise que nous traversons, une seule entité politique survit : la nation. Chacune d'entre elles, la Suisse, la France, l'Italie, etc., fait ce qu'elle peut, prend les décisions qu'elle croit justes, mobilise les énergies, tente au mieux d'affronter la tempête. Chacune de ces nations, dans le monde, mérite le respect, pour les efforts immenses qu'elle entreprend.

    La nation se bat, le multinational a totalement disparu des radars. Un exemple : l'impuissance totale de l'Union européenne à exister dans cette affaire. On ne l'entend plus, ou alors par de sourds borborygmes. Elle ne signifie plus, elle gesticule. Elle ne se singularise plus, elle tente tout au plus de mimer les différentes autorités nationales.

    Cette liquéfaction d'instances multilatérales dont on nous promettait le salut, et qui ont littéralement disparu des écrans radar, était prévisible. Mais la célérité avec laquelle elles se sont effondrées dépasse les prévisions des plus pessimistes sur l'opportunité même de leur existence. Face à cette crise sanitaire majeure, l'Union européenne n'existe plus, ne parlons pas de l'ONU, tout ce petit monde a volé en éclats, comme la SDN à la fin des années trente. Ne reste plus que chaque nation, souveraine et combative, pour faire au mieux.

    Pour notre part, depuis des décennies, nous n'avons jamais dit autre chose. La seule unité de référence, aujourd'hui, dans laquelle puissent avec efficacité s'organiser la solidarité, la cohésion sociale, la réinvention d'un destin, se situe à l'intérieur des frontières nationales. Le reste, c'est du vent. Du rêve de beau temps. Des discours d'entre-deux-guerres. Du sucre de canne, dans les cocktails de la "Genève internationale".

    Il faudra, très vite, en tirer les conséquences. Sur notre politique de sécurité, qui a plus que jamais sa raison d'être. Sur notre souveraineté alimentaire. Sur la relance, puissante, solidaire et patriotique, d'une économie nationale. Pour l'heure, respect des directives, solidarité avec tous, communion avec ceux qui souffrent. Sur ce dernier point, c'est bien l'un des seuls, soyons universels : un humain est un humain, chacun en vaut un autre. C'est du moins là, depuis l'aube de mon enfance, et les valeurs que j'ai reçues, ma vision du monde, et mon credo.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Alors, nous renaîtrons

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    Sur le vif - Samedi 21.03.20

     

    Il est temps que la SSR mette en ligne, en accès total, aisé et gratuit, la totalité de ses archives, radio et TV. Il y a là des trésors inestimables.

    C'est l'Histoire, vivante et palpitante, que chaque citoyenne, chaque citoyen de ce pays doit pouvoir exhumer à tout moment, par un système de recherches universellement accessible, simple, clair, à la portée de tous. Pourquoi ces trésors devraient-ils dormir dans des caves ? Nous payons la redevance. Nous avons le droit d'accéder, chacun de nous, à cette partie de nos vies, celle de nos parents, nos grands-parents. C'est la mémoire de notre pays !

    De même, il est urgent que la bibliothèque universelle soit accessible sur internet. Le livre doit quitter l'Université, il doit être lisible par tous, sans formalités, et à tout moment !

    Et par pitié, épargnez-nous les commentaires sur l'aspect sensuel et olfactif du papier. Je suis le premier d'accord : j'ai passé une partie de ma jeunesse à humer avec jouissance de vieux livres, de littérature grecque ou allemande, sur de vieux rayons. On est trop sérieux, quand on a dix-huit ans.

    Mais nous sommes en mars 2020 ! Nous sommes confinés. Nous sommes des millions de solitudes éclatées, juxtaposées. Nous avons besoin des forces de l'esprit, besoin de l'écriture et de la parole vivante. Besoin, plus que jamais, de la puissance de feu du verbe. Alors, incendiés par la musique et par la danse des mots, nous renaîtrons.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les rêveurs du clavier solitaire

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    Sur le vif - Vendredi 20.03.20 - 17.50h

     

    N'en déplaise à l'armada des petits délateurs, des épurateurs en herbe, des auxiliaires autoproclamés de justice et de police, et des surexcités du clavier solitaire, le Conseil fédéral a pris aujourd'hui les bonnes décisions. Il s'est montré ferme, solidaire, confiant dans le peuple suisse. Il a agi à la hauteur qui doit être sienne : celle de l'Etat .

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le virus et Beethoven

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    Commentaire publié dans GHI - 18.03.20

     

    Le danger, lorsque nous sommes confrontés à une crise majeure, du type de celle que nous traversons, c’est de la transformer en thème unique, voire obsessionnel, de conversation. Rien ne nous y oblige ! Il faut certes en parler, avec tout le sérieux requis, informer au mieux la population, répondre aux questions des gens, transmettre les consignes. Mais par pitié, rien ne nous interdit de parler d’autre chose !

     

    Dimanche soir, après avoir couvert avec mes collègues les élections municipales, j’ai écouté la Missa solemnis, de Beethoven, sur Mezzo. Puis, une extraordinaire interview du chef d’orchestre, René Jacobs, sur les circonstances de l’écriture de cette Messe par l’un des deux ou trois plus grands compositeurs de l’Histoire humaine. C’était d’une précision, d’une érudition musicologique, à couper le souffle. Et ça nous prouvait qu’un grand chef, ça n’est pas seulement des choix de tempo, mais une vie entière de culture musicale.

     

    Pourquoi je vous raconte cela ? Parce que Beethoven et René Jacobs, après une journée passée dans le cambouis du concret, m’ont incroyablement lavé l’esprit. Parce qu’il y a le virus, c’est vrai, et qu’il faut en parler, et appliquer les directives. Mais aussi, parce qu’il existe, à côté du virus, avant et après le virus, un homme qui s’appelle Beethoven, cet esprit constamment en mouvement, qui a fait progresser le génie humain à des galaxies de la force de frappe du virus. Alors, s’il faut parler de l’un, parlons aussi de l’autre ! Et nous verrons bien qui gagnera. Bon courage à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Le Printemps des exécutifs

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    Sur le vif - Mercredi 18.03.20 - 16.08h

     

    Vous avez remarqué ? A quelle vitesse, depuis le début de la crise sanitaire - assurément majeure - que nous traversons, tous les Parlements de notre pays se sont mis en congé ! Chambres fédérales, Grands Conseils cantonaux, délibératifs municipaux, plénums et commissions. On se croirait le 10 juillet 40, dans une célèbre station thermale de l'Allier.

    C'est absolument saisissant : le système parlementaire suisse, premier pouvoir de ce pays, fleuron et fierté des lecteurs de Montesquieu, des partisans des Lumières, des professeurs de droit, des donneurs de leçons contre la démocratie directe, tout cela liquidé, jusqu'à nouvel ordre.

    Provisoire ? Oui, bien sûr. Mais tout de même ! Voilà des décennies qu'on nous fait la morale sur l'équilibre des trois pouvoirs, l'impérieuse nécessité de contrôle des Parlements, on nous fait l'éloge de leur lenteur, de leur indépendance, on nous les décrit comme des "antidotes au populisme". Et voilà qu'un virus arrive, nécessitant des décisions claires et fermes des gouvernements, et le pouvoir législatif, comme neige au soleil, s'en vient fondre et disparaître.

    Les exécutifs ? Ils font bien leur boulot, jusqu'à maintenant. MM Berset (au niveau fédéral) et Hodgers (au niveau cantonal genevois) inspirent confiance, prennent des décisions de Salut public, et c'est très bien ainsi.

    Mais quand on observe la politique, il faut toujours prendre un temps d'avance. Cette manière de travailler, sans s'encombrer des parlementaires, nos gouvernants pourraient bien y prendre goût. Messages diffusés directement à la population, sans médiateurs, postures d'Union sacrée digne de Clemenceau en 1917, ou Churchill 40, ou de Gaulle 58 (les précédents se pressent au portillon), absence totale de critique, petits délateurs zélés pour en rajouter, plus royalistes que le roi, sur les réseaux sociaux, tout cela pourrait bien, après la crise, laisser des traces.

    Fallait-il que le pouvoir législatif, d'un coup d'un seul, prît aussi abruptement congé de notre ordre politique ? A cette question, la réponse est non. Que les Parlements en plénum, et même en commissions, ne se réunissent plus physiquement, nous en sommes parfaitement d'accord. Mais enfin, nous sommes en mars 2020 ! D'extraordinaires moyens techniques, comme celui sur lequel je m'exprime ici, rendent parfaitement possibles, à distance, les débats, les votes, les décisions. Dès lors, d'où vient cette précipitation du monde parlementaire à s'auto-dissoudre, pour une période indéterminée ?

    Car enfin, nous ne sommes pas dans un système jacobin. Ni bonapartiste. Ni plébiscitaire, au sens du Second Empire, ou des sénatus-consultes de l'Italie des années vingt et trente. Nous sommes en Suisse ! Le pays des pouvoirs équilibrés ! Exécutifs, législatifs, judiciaires. Sans compter le plus important : celui du peuple souverain.

    A entendre nombre de politiciens eux-mêmes, il faudrait tout mettre au congélateur : Parlements, démocratie directe, justice. Tout, sauf... le pouvoir total donné aux exécutifs !

    Cette posture, je la conteste. Il faut assurément appliquer toutes les consignes des autorités dans la crise que nous traversons. Il faut serrer les coudes, être solidaires. Mais les autres pouvoirs, même au ralenti, et assurément en respectant à fond les consignes sanitaires, ne doivent pas mentalement se sentir en congé. La survie des humains est évidemment primordiale. Mais celle de notre démocratie complexe, inventive, contradictoire, ne relève pas du luxe. Elle est la condition première d'une autre survie : celle de notre pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Solitaires ? Oui, mais solidaires !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.03.20

     

    La crise que nous traversons place chacun d’entre nous dans une situation totalement inédite. Nul, il y a encore trois semaines, n’aurait pu en prévoir l’ampleur. Voilà qu’on nous appelle à demeurer chez nous, le plus possible. Limiter les déplacements. Nous tenir à distance les uns des autres. Ecoles fermées, cinémas, théâtres, salles de concerts. Pas de rassemblements. Faire nos courses, mais sans nous précipiter pour faire des réserves, comme si nous étions en pleine guerre. On sait que les hôpitaux font le maximum, produisent un travail admirable, avec un personnel qui lutte contre la fatigue. A ces gens, nous devons penser en priorité. Ceux qui sont malades, ceux qui les soignent.

     

    Appelés à être solitaires, nous sommes pourtant investis du devoir de nous montrer solidaires. Les deux mots se ressemblent, cela me frappe depuis des décennies. On pourrait y voir un paradoxe. Et pourtant ! Beaucoup d’entre nous, peut-être une majorité, sont des hommes et des femmes seuls, et cela bien avant la crise actuelle. Seuls chez eux. Seuls face à leur écran. Seuls dans leur tête. Mais la solitude, en aucune manière, ne signifie désintérêt, ni absence d’empathie, pour l’autre. A l’inverse, on peut être grégaire, toujours dans des grappes humaines, ou dans des foules, sans pour autant se sentir en communion avec son semblable. Méfions-nous des apparences.

     

    On nous invite à rester chez nous, ne pas frayer physiquement, pendant un certain temps, avec d’autres humains. Soit. Mais la vie est là, la vie oui, dans sa totalité, visible et invisible. La communauté des humains ne se réduit pas à leur capacité à produire de la foule, mais à sentir, en soi, ce qui nous relie en profondeur. Nous ne pouvons pas trop nous voir, nous toucher, pendant une période. Mais enfin, nous pouvons nous parler, nous écrire, nous entraider pour des choses très pratiques. Jusqu’à nouvel ordre, le virus n’a rien à voir avec celui des ordinateurs : nous avons là, tout de même, un prodigieux outil de communication à distance, nous aurions tort de nous en priver.

     

    De même, les réseaux sociaux. Je suis, vous le savez, un partisan très vif de ces nouveaux outils de communication. On peut les utiliser pour le pire : étalage de vie privée, curiosité malsaine, délation, effets de meute. Mais ils peuvent, tout autant, servir au meilleur : informer les gens, écrire et découvrir des textes, partager des émotions culturelles, ouvrir le débat. Notre solitude est donc toute relative ! Et autrement nourrie que celle d’un confiné du dix-neuvième siècle ! Pour ma part, et pour reprendre un mot célèbre – et magnifique – de François Mitterrand, je crois aux forces de l’esprit. Il a pu m’arriver, il y a une quinzaine d’années, de ne pas être, pendant de longs mois, au sommet de ma force physique : je ne me suis jamais senti aussi entouré d’humanité, visible ou invisible, qu’en cette période. Je souhaite à chacun d’entre nous le courage, la force morale, et aussi la capacité d’humour et de dérision pour traverser ces temps particuliers. De grâce, ne baissons pas les bras !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Bien sûr qu'il faut maintenir le deuxième tour !

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    Sur le vif - Mardi 17.03.20 - 15.01h

     

    Non, non et non, il ne faut pas reporter le deuxième tour des élections municipales, à Genève ! Les autorités ont maintenu cet acte final de notre processus électoral, et elles ont eu raison. Le premier tour s'est parfaitement déroulé, les débats ont été innombrables (principalement sur les ondes de Léman Bleu, mais aussi ailleurs). De nouveaux visages, de nouvelles voix, ont pu émerger. Les thèmes ont été traités à fond. Le peuple s'est prononcé. Il faut maintenant aller jusqu'au bout.

    Je déteste le discours du style "Quelle importance, ces votations, face au coronavirus ?". Bien sûr que la lutte contre l'épidémie est absolument prioritaire, nous sommes tous d'accord. Mais cette dévalorisation, sous prétexte d'impératif sanitaire suprême, de notre vie citoyenne, de nos institutions, d'une démarche électorale en cours, n'est pas acceptable.

    Les Maires, ça n'est pas rien ! Les Conseils administratifs, ça n'est pas rien ! Ce deuxième tour a un sens ! Il s'agit d'élire les exécutifs des Communes pour cinq ans ! Alors désolé, les éternels ennemis de la politique, ceux qui haussent les épaules quand on leur parle de vie citoyenne, ceux qui n'ont jamais cru aux valeurs de la République, ceux qui prônent le "tous pourris", je vous crie ici mon désaccord total. Pour ma part, je préfère être gouverné par des élus du peuple, aux trois échelons de notre Confédération, que par la ploutocratie financière, par les faîtières du patronat ou celles des syndicats, par les multinationales, ou par un ordre cosmopolite mondial.

    Les Communes constituent une force vivante de notre corps citoyen. Nous devons, malgré les circonstances très difficiles que nous traversons, et que je ne sous-estime en rien, aller jusqu'au bout d'un processus électoral engagé. Notre démocratie ne doit pas baisser les bras. Elle n'est pas dérisoire. Elle n'est pas juste un jouet de beau temps. Nous l'aimons. Elle aussi, nous voulons qu'elle vive.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • A tous, courage !

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    Sur le vif - Dimanche 15.03.20 - 15.08h

     

    A toutes celles et ceux qui ont fait vivre la Commune, dans le sens le plus noble de ce mot, en se portant candidats dans l'une des 45 élections de notre Canton, j'adresse mes remerciements. Certains sont élus, d'autres non, c'est la vie. Mais tous ont animé la citoyenneté, c'est cela l'essentiel.

    Pour ma part, avec mes confrères et consœurs, je me suis plongé comme jamais dans ces élections. J'ai découvert des visages, des voix, des idées, des enthousiasmes. La politique, ce sont des hommes et des femmes, des énergies vitales, des forces de projection dans l'avenir. Les jeunes, notamment, tous partis confondus, m'ont impressionné par leur maturité, leurs tonalités.

    Toutes ces femmes, tous ces hommes, élus ou non aujourd'hui, ne méritaient pas que l'attention du public pour la vie citoyenne fût à ce point pulvérisée par un élément totalement externe, imprévisible, le coronavirus. Je mentirais si je cachais qu'en ce dimanche, ma tête est ailleurs. Toutes nos têtes le sont !

    Contre ce sentiment, légitime aujourd'hui, sous le choc de la situation que nous vivons, je veux lutter de toutes mes forces. En 34 ans de journalisme professionnel, j'ai toujours placé la politique, la Cité, les affaires publiques, au premier rang de mes préoccupations. Cela ne changera pas.

    Et puis, tout de même, un temps viendra où ce virus prendra le large. Ce jour-là, riches des leçons que nous aurons tirées de la crise, nous aurons, pour nous administrer dans les Communes, les gens qui sortent des urnes aujourd'hui.

    En attendant, c'est vrai, la vie citoyenne, cela doit être, en absolue priorité, notre combat contre la pandémie. Appelés à être solitaires, nous devrons nous montrer solidaires. C'est le thème de mon commentaire, à paraître mercredi dans GHI.

    A tous, courage !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Conseil d'Etat et coronavirus : clair et précis !

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    Sur le vif - Mercredi 11.03.20 - 15.14h

     

    Face à la crise que nous traversons, le Conseil d'Etat est venu in corpore pour informer la population. Il a délivré des informations claires, bien ventilées d'un membre à l'autre du collège, le tout bien orchestré par le Président.

    Chacun de nous aura son avis sur ces mesures. Il les trouvera suffisantes ou excessives. Mais l'essentiel est là : le gouvernement de la République et Canton de Genève fait face. Il prend des décisions, les communique, demeure calme, mais déterminé. C'est exactement ce dont la population a besoin.

    Il aura ainsi fallu une crise pour que l'exécutif cantonal, comme aimanté par la nécessité supérieure, retrouve cohérence et cohésion.

    La suite, nul ne la connaît. Mais à ce stade, hélas peut-être initial, l'exemple est donné. Il était important qu'il le fût. A partir de là, chacun d'entre nous est libre d'être d'accord ou non, de le dire. Les consciences s'expriment, les responsables agissent, ainsi fonctionne la République.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le Nil, l'Amazone

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.03.20

     

    Le 1er novembre 1974, j’avais seize ans, je suis allé voir Georges Marchais, le tonitruant Premier Secrétaire du Parti communiste français, dans un meeting à Plainpalais. Soirée inoubliable, mon premier contact avec le Parti du Travail, qui fêtait ses trente ans, et recevait l’illustre Français. Discours interminables, autant de Jean Vincent, notre communiste suisse aux dons d’orateur remarquables, que de Marchais lui-même. Discours-fleuves : le Nil, l’Amazone.

     

    Ce qui m’avait frappé, c’étaient les échauffourées entre jeunes, à l’entrée du meeting. Quelques droitistes aux ergots de jeunes coqs étaient venus défier les jeunes communistes, des noms d’oiseaux avaient été échangés, j’avais pu me faufiler pour pénétrer dans la salle, on avait frôlé l’échange de coups. La gauche dure, contre la droite dure : un frisson d’années 30, avec les ombres fugaces d’Oltramare et de Léon Nicole.

     

    Aujourd’hui, les jeunes ont changé. Je fréquente de très près la jeunesse politique genevoise, tous partis confondus. J’ai déjà dit, et je répète, que globalement, ces garçons et ces filles m’impressionnent par leur maturité, leurs tonalités. Ils ne sont pas là pour casser l’équipe adverse, mais pour construire, avec eux, dans une ambiance remarquable de respect mutuel, la société de demain. Ils disent leurs désaccords, mais n’attaquent pas les personnes. Au centre, ils placent le contenu, le projet politique. A cette jeunesse qui pourrait nous en apprendre, je dis bravo.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Coronavirus : sortons Pierre Maudet de sa quarantaine !

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    Sur le vif - Mardi 10.03.20 - 15.27h

     

    On pense ce qu'on veut de Pierre Maudet. Mais il est là. Il a décidé, à tort ou à raison, de se maintenir. Il est là, il est ministre du gouvernement genevois, il s'occupe d'économie, il est jeune, dynamique, très intelligent, et quelque chose me dit que l'idée de se racheter est peut-être de nature à le poursuivre.

    Alors, quoi ? Alors, nous sommes en crise, celle du coronavirus. Nul d'entre nous ne l'avait prévue, mais elle est là, c'est un fait. Un autre élément factuel, c'est que nous avons, au Conseil d'Etat, un homme en pleine force de l'âge, placé par ses six collègues en quarantaine politique, et que face à la crise, c'est un véritable gâchis.

    De grâce, ne venez pas refaire ici le procès Maudet. Nous sommes le 10 mars 2020, notre économie genevoise court un risque de paralysie, ou tout au moins de puissante récession, le politique doit se mobiliser pour trouver des solutions. Peu importe qu'elles soient de gauche ou de droite, pourvu qu'elles soient salvatrices.

    Je lance ici une idée. Pourquoi le magistrat en quarantaine ne serait-il pas appelé à tenir, sur mandat de son collège, voire du Grand Conseil, un rôle signalé face à cette crise, au service de la République, dans l'intérêt supérieur du Canton ? Il a, par exemple, le sens de la logistique, la faculté de fédérer des énergies, pourquoi ne pas s'en servir ?

    Depuis qu'il est en quarantaine, Pierre Maudet s'occupe vaguement de promotion économique, sans que personne ne sache exactement à quoi il passe ses journées. Pour un tel tempérament, doté d'une telle lucidité intellectuelle, c'est peut-être un peu dommage pour Genève, non ?

    Et si Genève confiait à Maudet un mandat, cadré et précis, où il ne s'agirait pas de brasser de l'air, mais de coordonner l'aide aux entreprises meurtries ? Et, plus généralement, d'amener l'économie genevoise à se repenser, moins de mondialisation, moins de multinationales, plus de proximité, plus de solidarité, plus d'échanges circulaires.

    Voilà. L'idée est lancée. Nous avons, à Genève, un ministre qui tourne en rond et perd son temps. Il se trouve doté d'une énergie et de qualités intellectuelles au-dessus de la moyenne. Il serait dommage de ne pas en profiter.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le réseau social, notre grande chance !

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    Publié sur mon site FB - Mardi 10.03.20 - 10.17h

     

    Je suis, depuis des années, un défenseur des réseaux sociaux. En cela, je suis en phase avec mes actes : je suis actif ici même, j'utilise ce réseau comme outil professionnel, j'y publie des commentaires, des éditos, j'y tiens depuis longtemps mon journal politique et culturel, je prends à témoin le lecteur de mes longues recherches, complexes, sur l'Histoire allemande. Bref, je serais sacrément ingrat et hypocrite, si je reniais ce prodigieux vecteur, pour en dire du mal.

    Bien sûr, il y a des choses que je déteste. La vie privée, la délation, les meutes de moralisateurs. Ces petites saloperies de l'âme humaine n'ont en rien été inventées par le réseau social, elles existaient avant, portées par d'autres organes. Je donne souvent l'exemple des premiers postes à galène : les conversations privées qui s'y tenaient ne devaient sans doute pas toujours être transcendantes, et puis tout cela est devenu la radio, le plus exceptionnel lien entre les humains jamais inventé, celui qui passe par la voix, révélatrice de l'âme.

    En ces temps difficiles que nous commençons à traverser, le réseau social sera appelé à nous rendre de fiers services. Pour une certaine durée (que nul ne peut jauger), nous voilà appelés à éviter les rassemblements, privilégier la solitude aux grandes foules. Soit. Dans ce contexte, il se pourrait bien que la juxtaposition de millions d'humains, chacun seul devant son écran d'ordinateur, soit un peu moins vilipendée par les beaux esprits et les jaloux (ceux qui veulent encore sauver les anciens modèles), et soit enfin reconnue comme le mode de communication présent et futur, pour un sacré bout de temps.

    Car enfin, la toile nous permet le contact. Elle nous relie à l'autre. Mais aussi, avec un peu de métier dans son usage, à l'ensemble des connaissances du monde. Il y a pire, comme invention.

    Sur ce réseau, où nous sommes, j'ai vu éclore des plumes insoupçonnées, venant de parfaits inconnus. J'ai découvert des âmes belles et ouvertes, des énergies, des forces de vie. Il y a bien sûr, aussi, l'exact contraire de tout cela : rien ne nous oblige à le fréquenter.

    Alors oui, une fois de plus, moi l'enfant de milliers de livres et de dizaines de milliers de journaux papiers, moi surgi de l'ancienne civilisation, je clame ici les qualités extraordinaires du réseau social. C'est un outil, rien de plus. On peut s'en servir pour bavarder, ou pour dénoncer son voisin, c'est là le pire usage. Et on peut, tout autant, accéder au meilleur : se soucier les uns des autres, se lire, s'écrire, tenir chacun son journal, proposer son univers, personnel, subjectif. Je ne sache pas que toutes ces merveilles eussent été possibles il y a encore vingt ans. Elles étaient réservées aux clercs. Ces mêmes élites qui, aujourd'hui, n'en revenant pas que le monopole de la parole leur ait échappé, déversent à longueur de journées, de séminaires, de colloques sur l'étude du journalisme, leur haine contre une révolution de communication qui, enfin, met un terme à leurs privilèges.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Soleil noir

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    Sur le vif - 07.03.20 - 11.01h

     

    Bien plus que notre résistance au virus, c'est notre capacité à nous comporter en humains, dans toute la dimension individuelle, sociale et spirituelle du mot, qui est testée ces jours.

    A ce défi majeur, ne répondons pas avec la froideur de laboratoire de l'hygiéniste. Mais avec le clair-obscur assumé de nos doutes et de nos adhésions, la conscience révoltée de nos finitudes, l'affirmation du sens.

    En affichant la fierté de nos liens, la fidélité à nos compagnons de route, l'intransigeance de notre verbe. Comme un soleil noir, au milieu du chaos.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Gérontophobie : saloperies de directives !

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    Sur le vif - Vendredi 06.03.20 - 15.51h

     

    Fantastique ! On demande expressément aux personnes de plus de 65 ans de "réduire au minimum leurs visites dans les EMS et les hôpitaux" !

    Ca signifie quoi, cette gérontophobie ? Si tu as plus de 65 ans, tu évites "au maximum" de fréquenter un hôpital ! Alors tu fais quoi, si tu es malade ? Tu restes chez toi, seul, à pourrir ? Tu te drapes de silence ? Tu attends la mort, dans ton superbe isolement ? Tu évites de contacter ton médecin, de peur de déranger, d'être de trop ? Mais tes primes, bien sûr, tu continues à les payer, en bonne poire, bien mûre, prête à la chute finale !

    Et puis, quoi, "éviter au maximum" les EMS ? Mais bordel, les pensionnaires, ce sont avant tout des gens de leur génération qui viennent leur rendre visite. Leurs vieux amis. Ceux de leur âge, qui ont grandi avec eux, fréquenté les mêmes écoles, ceux qui se sont naguère aimés, qui furent amants, jaloux, réconciliés, ceux qui avec eux ont vu le monde changer, contemporains, comme le décrit si bien Annie Ernaux, dans "Les Années".

    Alors non, il faudrait que les vieux aient la délicatesse d'éviter de fréquenter d'autres vieux. Il faudrait qu'ils aient la sagesse de demeurer chez eux, raser les murs en faisant leurs courses, en dehors des heures de pointe, surtout n'approcher personne, ne saluer personne.

    Saloperies de directives. L'hygiène, oui. La discipline collective, oui. Les précautions d'usage, oui. Mais pousser le bouchon, dans un communiqué qui eût faire rougir le Camus de la Peste, jusqu'à ostraciser de la Cité la personne âgée, déjà scandaleusement mise à l'écart par notre société de profit, là il faut réagir ! Et les courageux, qui ont édicté ces directives, ils n'ont pas, eux, la plus élémentaire des hygiènes : celle de signer.

    La précaution, oui. La mise à l'écart, froide et sans âme, de toute une catégorie de population, c'est NON, NON, et NON !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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