27/02/2017

Françoise Buffat, les philtres du talent

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Sur le vif - Lundi 27.02.17 - 14.40h

 

Journal de Genève, il y a entre trente et quarante ans, vieil escalier de bois, rue du Général-Dufour, deuxième étage, première porte à droite : l’antre de la magicienne. Les portes grinçaient, les parquets aussi, l’âme de René Payot habitait encore le bureau d’angle, juste un peu plus loin. Au fond, depuis des temps ancestraux, rien n’avait changé. Depuis Fazy, la fondation, 1826 ?

 

La magicienne, c’était Françoise. Bureau minuscule, donnant sur la cour intérieure, partout des livres, des dossiers, des plumes, des crayons. Une machine à écrire. La plupart du temps, la porte était ouverte. On se pointait pour demander conseil, discuter, rire un bon coup, essayer d’en savoir plus sur la stratégie secrète du Conseil d’Etat. Un collège de sept personnes, dont elle était le huitième membre, connaissant mieux que le septuor les dessous cachés de la République. Car la magicienne, la merveilleuse sorcière au rire tonitruant, savait TOUT. Elle ne disait pas tout, mais elle le savait.

 

Je l’ai connue en 1976, dès mes premières piges, j’avais 18 ans. Depuis, son magistère n’a fait que croître. La magicienne, pourtant, n’avait d’autres philtres que ceux de son talent : connaissance absolue, cadastrale, du terrain ; intimité des dossiers ; plume audacieuse et précise. Dans l’écriture, ce brin de folie qui invite le lecteur à se précipiter. Sorcière, philtres, breuvages, au milieu des grimoires.

 

Françoise Buffat était une journaliste totale. Plume libérale, elle n’a jamais attaqué des milieux politiques plus cruellement que les libéraux eux-mêmes. Familière de la rue des Granges, elle brocardait comme personne la poussière d’or patricienne, évanescente, façon Restauration, de ces hauteurs perdues. Surtout, il y avait chez elle ce sourire, l’éclat de ce regard, cette immédiate complicité, la rapidité de son esprit, l’immensité de sa mémoire. Intensité de sa présence.

 

Toute sa vie, elle nous aura proposé son regard. Assumant totalement le parti-pris. Enflammant de son verbe la vie politique genevoise. Sur Christian Grobet, conseiller d’Etat socialiste de 1981 à 1993, nous n’étions pas d’accord : elle jouissait de l’incendier ; je soutenais que nous avions affaire à un homme d’Etat, l’un des grands de l’après-guerre, au même titre que Chavanne ou Segond. Les arguments s’échauffaient dans l’échange, nous finissions toujours par éclater de rire. Et le rire, le sien, s’entendait, de l’autre côté de la rue, jusqu’au Victoria Hall.

 

Par la suite, Françoise Buffat a écrit de remarquables livres, dont l’excellent « Suisses et Juifs », avec Sylvie Cohen, paru en pleine crise des fonds en déshérence, en 1998, chez Pierre-Marcel Favre. Françoise était Alsacienne, elle n’avait quitté cette terre (annexée par le Reich en 1940) qu’en 1942 pour venir en Suisse. On peut imaginer ce qu’il fût advenu d’elle, si le malheur avait voulu qu’elle demeurât à Strasbourg.

 

Ma dernière rencontre avec la magicienne aux philtres date d’une soirée magique, début août 2015, à la Salle communale de Saint-Luc (VS), lors d’un époustouflant concert-lecture autour de la correspondance entre Clara et Robert Schumann. J’y étais avec mon épouse. Françoise, avec sa fille Juliette, qui vient de nous quitter elle aussi. Tandis que les Lieder de Schumann illuminaient la salle, le soleil déclinant d’une soirée d’été n’en finissait pas de prendre congé, en face, de l’autre côté de la vallée.

 

Françoise, je te dis au-revoir. Tu resteras pour moi un exemple, dans ce métier de feu et de lumière.

 

Pascal Décaillet

 

*** Photo : Salavatore di Nofli - TG.

 

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24/02/2017

Gauchebdo : merci d'exister !

 

Sur le vif - Vendredi 24.02.17 - 17.53h

 

Toute ma jeunesse, je me suis passionné pour l'Histoire grecque ancienne, c'était même l'une de mes branches à l'Université. Depuis deux ou trois décennies, je dévore tout ce qui a trait à la Grèce moderne : la Seconde Guerre mondiale, la (terrible) Guerre civile qui a suivi, puis les années plus récentes, les colonels (67-74), etc.

 

Eh bien je vais vous dire une chose : il existe, en Suisse, UN SEUL JOURNAL qui nous renseigne impeccablement, en profondeur, sur l'Histoire, la sociologie, la culture (notamment le cinéma) de la Grèce d'aujourd'hui. Ce journal, c'est Gauchebdo. Dans la seule édition du numéro 8, daté d'aujourd'hui (24 février 2017) :

 

1) Un papier d'Anna Spillmann sur la société civile qui s'organise pour compenser "la dégradation catastrophique des services publics".

 

2) Un autre papier sur la Grèce qui scolarise les enfants de réfugiés.

 

3) Un papier de Christophe Chiclet sur la scission en deux, autour de Mai 68, du KKE, le parti communiste grec.

 

Ce qui est remarquable avec Gauchebdo, et qui correspond tellement à tout ce que j'attends d'un journal, c'est qu'il assume avec persévérance, contre vents et marées, contre la facilité des modes médiatiques, le "suivi" d'un thème, en profondeur. En l'espèce, la Grèce !

 

Lire Gauchebdo est, chaque fin de semaine, une bénédiction. On y perçoit de la "résistance". Une prise de maquis, oui. Pas pour aller poser les bombes. Mais pour fuir, par d'audacieux chemins de traverse, les autoroutes promotionnelles des suppléments week-end, de plus en plus illisibles tellement ils sont convenus, des journaux des grands groupes de presse.

 

Une fois de plus, je remercie Gauchebdo d'exister.

 

Pascal Décaillet

 

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Le suicide de la mouche

 

Sur le vif - Vendredi 24.02.17 - 09.49h

 

User d'une "chroniqueuse cachée" pour défendre une thèse plus plate qu'une écluse de Flandre, dénuée du plus timide frisson d'insolence, sur l'avenir électoral du PLR genevois, me semble aussi disproportionné que gratuit.

 

Car enfin, si c'est pour enchaîner les gravités démonstratives, à coups de "car" aussi légers qu'un ramassage scolaire, et nous révéler des vérités aussi profondément cryptées que la capacité du Jet d'eau à nous humecter, tant qu'à faire, autant signer.

 

Personne ne vous en voudra, tant votre vitriol est inoffensif. Tout au plus, on vous gratifiera d'un soupir d'impatience. Comme à la réapparition suicidaire de la mouche, à qui on avait pourtant laissé sa chance, en la chassant une première fois, par la fenêtre ouverte.

 

Pascal Décaillet

 

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23/02/2017

Délicieux prédicat

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Commentaire publié dans GHI - 22.02.17

 

En France, M. Fillon n’est pas mon candidat. J’apprécie sa personne, sa retenue, ne me laisse en rien impressionner par les « affaires » sorties sur lui, mais son profil économique et social est beaucoup trop libéral pour moi. Pourtant, il y a eu, dans sa campagne, un moment que j’ai littéralement adoré, celui où il a tourné en dérision l’insupportable jargon de préciosité des pédagos, en dénonçant avec humour le mot « prédicat ». Juste à ce moment, j’ai aimé François Fillon, il m’est apparu comme un esprit libre, bien fait, indépendant, ne craignant pas, en pleine campagne de se mettre à dos une caste.

 

D’ailleurs, qui s’est-il mis à dos ? Les enseignants ? Sans doute pas, qui pourraient bien être les premiers à souffrir de la prétention de quelques spécialistes à « rénover » un mode d’apprentissage de la grammaire qui a magnifiquement fait ses preuves, invite l’élève à décortiquer la phrase, en identifier les dépendances, bref aiguise son esprit critique.

 

Né en 1958, j’ai la chance extrême, par l’école où je suis passé, les maîtres qui furent miens, d’avoir échappé à ce carnage. De sept à onze ans, au primaire, nous avons appris à fond l’analyse grammaticale, avec des compléments d’objet, direct ou indirect, des compléments circonstanciels. Puis, dès onze ans, au secondaire, l’analyse logique, en même temps que nous commencions le latin et l’allemand, avec les terminaisons qui changent en fonction des cas. Tout cet apprentissage était parfaitement construit, s’enchaînait. Il n’y avait ni prédicat, ni pédagos, Il n’y avait, pour moi, que le bonheur d’apprendre.

 

Pascal Décaillet

 

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22/02/2017

Pierre Maudet : 49.3 à l'ombre

 

Sur le vif - Mercredi 22.02.17 - 13.52h

 

Je réfléchis depuis hier midi à cette histoire de régularisation des sans-papiers, qui m'a occupé une bonne partie de la journée. Un élément m'apparaît, avec puissance : qu'on soit pour ou contre, il est inimaginable qu'une telle réforme soit imposée par simple ukase du gouvernement, sans passer par la voie parlementaire, voire (mieux, toujours mieux) celle de la démocratie directe.

 

Sur le prix du sucre, on peut éventuellement gouverner par ordonnances. Mais assurément pas sur un sujet aussi sensible, qui touche à la loi républicaine, au statut d'êtres humains, au thème ultra-sensible de la migration. Toutes choses qui nécessitent un débat citoyen. Où les choses puissent se dire, les arguments s'entrechoquer, les idées se combattre.

 

Sinon, c'est du 49,3, à l'ombre de la démocratie, M. Maudet.

 

Pascal Décaillet

 

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Pour une Economie nationale

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.02.17

 

Impossible de ne pas revenir, cette semaine encore, sur le choc constitué par le refus par trois Suisses sur cinq (59,1%), dimanche 12 février, de RIE III, la réforme de l’imposition des entreprises. Comme déjà dit la semaine dernière, les citoyens n’ont pas dit non à un taux d’imposition unifié, mais à l’arrogance de ceux qui leur hurlaient, sous peine de mort clinique du pays, de voter oui. Maintenant, c’est non, sans appel, il faut en prendre acte, et surtout viser l’avenir : au-delà de savoir à quel taux il faut taxer les multinationales, nous devons surtout définir ensemble la forme d’économie que nous voulons pour le pays. Car l’économie, ça n’est pas l’affaire des seuls patrons, mais la nôtre à tous. Je plaide ici pour qu’elle soit au service de l’humain, de son épanouissement. Je plaide, surtout, pour le retour en force, par la grande porte, d’un concept jugé ringard par les années de mondialisation et d’argent facile : celui d’Economie nationale.

 

Depuis une vingtaine d’années, sur l’autel du libéralisme, on a sacrifié l’idée que l’économie était l’une des forces vives – et pas la moindre – de la nation. On s’est pris à rêver d’un Casino mondialisé, une sorte de Jérusalem Céleste du profit, qui transcenderait les communautés humaines, se rirait des frontières. Aujourd’hui, en Suisse comme ailleurs, nous en revenons. Dans l’histoire de RIE III, la fureur du grand patronat et de leurs affidés libéraux à nous mettre le pistolet sur la tempe a montré une chose : l’importance démesurée prise dans quelques cantons, comme Genève et Vaud, par les multinationales. Il ne s’agit pas d’instruire le procès de ces dernières, qui ont bien voulu s’établir chez nous, et comptent pour beaucoup dans notre manne fiscale. Mais il s’agit sans doute de construire, pour notre pays, un avenir économique où, progressivement, nous devenions moins dépendants de ces superstructures volatiles, qui peuvent délocaliser quand elles veulent.

 

Cela passe par une absolue priorité à nos PME, qui constituent les neuf dixièmes de notre tissu économique suisse. Encourager l’entreprise locale, de proximité, celle qui sert l’intérêt direct de la population, engage en priorité les résidents, tisse un réseau de solidarité entre les habitants de notre pays. Bref, l’impérieuse nécessité d’une politique de la petite et moyenne entreprise, en lien avec la formation, l’apprentissage, donc les pouvoirs publics, s’impose. Si nos PME, à Genève, avaient été plus fortes, mieux soutenues, moins dépendantes (par sous-traitance) des multinationales, le débat sur RIE III n’aurait pas atteint cette flamme passionnelle qui a fini par le dévoyer. Et, peut-être, notre canton, qui ne l’a refusé qu’à 52,3%, aurait-il accepté le projet. Je n’ai pas parlé ici de l’agriculture, affaire nationale par excellence, donc à protéger à tout prix de la sauvagerie de la concurrence mondiale. J’ai juste évoqué l’idée, qui m’est si chère, d’une économie au service de tous. Une économie pour la population. Une économie nationale.

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2017

François Bayrou, trop superbe solitaire

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Sur le vif - Mardi 21.02.17 - 15.35h
 
 
J'apprécie énormément François Bayrou, c'est un homme d'intelligence et d'unité, son modèle est le Roi Henri IV, celui qui sut mettre fin aux Guerres de Religion, entrer dans Paris (au prix d'une messe), réconcilier le pays, après d'immenses épreuves. Si l'intime connaissance de ces épreuves vous intéresse, je vous recommande l'un de mes livres préférés, Les Tragiques, d'Agrippa d'Aubigné (1552-1630), un homme que Genève connaît bien.
 
 
J'apprécie Bayrou, et les plus fidèles d'entre mes lecteurs se souviennent que je l'avais soutenu avec ardeur, dans cette magnifique campagne de 2007, où il avait été, vu ses moyens, un héroïque troisième homme. Je ne partage pourtant pas du tout ses thèses européennes, mais l'homme me plaît, la patience avec laquelle il creuse son Sillon, d'aucuns comprendront les raisons philosophiques et littéraires de ma majuscule, à ce mot.
 
 
J'apprécie Bayrou, François Mitterrand avait dit qu'il serait un jour Président, il ne l'a pas dit de beaucoup d'autres, en tout cas pas de Rocard, ni de Jospin.
 
 
J'apprécie Bayrou, il pourrait être un rassembleur, comme l'avait été, naguère, le Roi Henri. Mais hélas, il y a un problème : le Béarnais est un homme seul. Il n'a pas de troupes. Or, le système d'élection du Président de la Cinquième, depuis la réforme de 1962, taillée sur mesure pour Charles de Gaulle, cette machine majoritaire, à deux tours, implique que les candidats aient derrière eux une véritable armée.
 
 
François Mitterrand, le politicien le plus habile de la Cinquième République, avait mis 23 ans à la constituer, cette armée : entre 1958 et 1981. En passant par l'Observatoire (1959), la présidentielle de décembre 1965, la prise à la hussarde du PS à Epinay-sur-Seine, en juin 1971, la présidentielle de 1974, pour enfin construire la superbe victoire du 10 mai 1981. A chaque défaite, ce diable d'homme se renforçait ; au fil des années, ses troupes augmentaient.
 
 
Bayrou, hélas, n'en est pas là. Il partage avec Pierre Mendès France, l'exceptionnel Président du Conseil de juin 1954 à février 1955, un trait de caractère funeste dans une mécanique majoritaire : celui d'être un solitaire ombrageux, persuadé d'être le meilleur, ciselant son indépendance plutôt que de forger une armée. Cela donne de magnifiques individus, idéaux pour biographes et romanciers, mais rarement des vainqueurs de grandes batailles.
 
 
Dans ces conditions, à la fois je souhaiterais vivement que François Bayrou se lance dans l'arène des présidentielles 2017, à la fois je ne le créditerais, hélas, en ce 21 février, que de fort peu de chances. Une telle bataille se prépare des années à l'avance, il faut conquérir les âmes, exercer les troupes au combat. Je crains que le Maire de Pau, qui eût fait une carrière d'exception dans le système proportionnaliste de la Quatrième République, ne puisse conquérir un bastion aussi difficile, dans l'implacable mécanique majoritaire.
 
 
Pascal Décaillet
 

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20/02/2017

Macron : mon chouchou

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Sur le vif - Lundi 20.02.17 - 13.36h

 

Si j'étais Français, le dernier candidat pour lequel je voterais, je dis bien le DERNIER, est Emmanuel Macron.

 

Pour une simple raison : aussi sympathique soit-il, je ne décèle rien en lui qui soit de nature à m'inspirer l'idée de l'Etat, l'idée de la Nation. Quelque chose d'un peu dur, régalien, cadastré. Quelque chose comme un cimetière militaire, du côté de Douaumont. Quelque chose comme la mémoire du tragique, le respect du sang versé, la passion du passé. Et pas juste pour raconter n'importe quoi, avec une insoutenable légèreté, dans cette Algérie dont l'Histoire m'est si chère.

 

Or, ces deux idées, l'Etat et la Nation, m'importent.

 

Parce que, s'il n'y a plus ni Etat ni Nation, alors ne subsisteront qu'élégants marquis d'Ancien Régime, parfumés dans leurs salons de jeux. Et loi de la jungle, loi du plus fort. Casino, mondialisé. Et fardeau, pire encore, pour les plus démunis. Ce qui n'est pas exactement l'idée que, depuis l'âge de sept ans et demi (décembre 1965) je me fais de la France.

 

C'est aussi simple que cela. Je n'ai rien d'autre à dire sur ce candidat.

 

Pascal Décaillet

 

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Pierre Maudet et l'illusion d'une défense européenne

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Sur le vif - Lundi 20.02.17 - 08.25h

 

Quand j'entends Pierre Maudet, ce matin à la RSR, regretter le rejet, en 1954, de la CED, Communauté européenne de défense, et souhaiter explicitement une "défense européenne", je me demande, tout capitaine soit-il, dans quelle représentation stratégique du continent il évolue mentalement.

 

J'ai étudié l'histoire de la CED, qui est passionnante. Gaullistes, mendésistes et communistes, bref la quasi-totalité des partis issus de la Résistance, s'y étaient opposés. Ils voyaient bien, neuf ans après la guerre, que, sous le noble et chatoyant prétexte de créer une défense européenne, on allait avant tout accélérer le réarmement allemand.

 

Comme je l'ai dit maintes fois ici, si les villes allemandes étaient détruites en 1945, l'armement, lui, ne l'était pas tant que cela. Et l'encadrement de la toute nouvelle Bundeswehr, dès 1949, fut constitué à partir de celui... de la Wehrmacht. Tout esprit un peu initié savait, en 1954, à quelle vitesse pouvait se reconstituer l'armée allemande, si on lui donnait les moyens institutionnels que le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949 lui refusait.

 

Bref, à l'issue d'un débat dantesque, la CED finit par être refusée, à l'Assemblée, par 319 voix contre 264, le 30 août 1954, sous le gouvernement du seul véritable homme d'Etat de la Quatrième République, Pierre Mendès France.

 

Retour à Pierre Maudet. Nous sommes dans l'Europe de 2017. L'improbable conglomérat nommé "Union européenne" est en voie de douce liquéfaction. Stratégiquement, une puissance, en toute discrétion, ne cesse de se renforcer : l'Allemagne. Ce week-end, elle annonçait fièrement qu'elle serait l'élève modèle de "l'OTAN" (autre fantôme programmé) en appliquant les 2% de son PIB à ses dépenses militaires. Juste avant Noël, elle a modifié le Grundgesetz en s'autorisant désormais des actions offensives. Juste avant Noël, elle a voté la construction de trois bâtiments de guerre, pour la marine, qui feront parler d'eux d'ici une quinzaine d'années.

 

Et Pierre Maudet, à la RSR, vient rêver à haute voix d'une "défense européenne". Pour devenir les satellites de l'armée allemande ? Assurer servilement son intendance ? Dans quelle représentation cérébrale de l'Europe Pierre Maudet vit-il ? Ne voit-il pas le retour, en matière stratégique, des intérêts fondamentaux des nations ? Pourquoi, au nom de quelle idéologie supranationale, se refuse-t-il à prendre acte de ce fait ? Est-il aveuglé par les démons de candeur et de cécité du NOMES ?

 

Il ne saurait exister de "défense européenne", pour la simple raison qu'il n'existe pas "d'Europe" institutionnelle crédible. Une force de frappe ne peut pas émaner d'un ectoplasme où règne l'impuissance impersonnelle. Non, elle doit être le bras armé d'un Etat soudé, cohérent, d'un peuple qui se reconnaît dans une communauté, "Gemeinschaft".

 

En Europe occidentale, depuis vingt ans, tout le monde démilitarise, sauf... l'Allemagne. Parler aujourd'hui de "défense européenne", c'est tomber exactement dans le même leurre, le même panneau, que les naïfs partisans de la CED, lors du débat homérique de 1954.

 

Pascal Décaillet

 

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19/02/2017

Investigation, ou délation ?

 

Sur le vif - Dimanche 19.02.17 - 18.46h

 

Si j'étais Français, François Fillon ne serait pas mon candidat. A cause de ses positions économiques et sociales, beaucoup trop libérales pour moi, ce que je notais déjà, ici même, lors de sa victoire à la primaire, le 30 novembre 2016, dans un commentaire intitulé "Ça n'était qu'une primaire de la droite". Alors que tout le monde le voyait déjà à l’Élysée. Le libéralisme, carrément ultra en l'espèce, est ce qui me sépare de Fillon. Pour le reste, je l'apprécie beaucoup. Notamment lorsqu'il assassine jouissivement le "prédicat", ce jargon de ridicule préciosité des pédagos.

 

Mais soyons clairs : si je partageais les thèses de François Fillon au point de le vouloir comme Président, je l'encouragerais à aller jusqu'au bout, malgré la meute. Et ne le jugerais en aucune manière en fonction des "affaires" sorties par Mediapart. On sait trop - je sais trop - dans ces cas-là, tout ce que ces casseroles jaillissant comme par hasard en pleine campagne peuvent avoir de programmé, d'instrumentalisé. A cet égard, on commence un peu trop, chez le moraliste-en-chef Edwy Plenel, à confondre "journalisme d'investigation" avec pure et simple délation.

 

Je vais plus loin : la parfaite rectitude morale d'un candidat ne m'intéresse pas trop. Seule compte, pour moi, son aptitude à gérer le pays. Dans la tempête, on envoie au gouvernail le meilleur pilote, on ne lui demande pas son certificat de bonnes vies et moeurs. Ni même un document attestant qu'il ne s'est jamais contredit.

 

Cette position, qui est mienne depuis toujours, me vaut de régulières engueulades avec mes amis américains, beaucoup plus rigoristes. Je ne le suis pas. La morale ne m'intéresse guère en politique. La capacité, la compétence, si, en absolues priorités.

 

Pascal Décaillet

 

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Corps et vie, dans un destin commun

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Sur le vif - Dimanche 19.02.17 - 15.38h

 

Il est temps qu’émerge, en Suisse romande, le courant à la fois conservateur et social dans lequel un nombre non-négligeable de nos compatriotes pourraient, je crois, être appelés à se reconnaître. Chacun dans sa sensibilité, ses nuances, ses différences. Le temps des antiques bannières est passé, où l’on entrait en parti comme en religion, dans un esprit de paroisse et de famille, appliquant sans sourciller les mots d’ordre de l’appareil, demeurant jusqu’à son dernier souffle dans la chapelle. Nous sommes des hommes et des femmes libres, des citoyens, nous votons pour qui nous voulons, nous répondons souverainement « oui » ou « non » aux objets de votations, sans avoir à nous en justifier, sauf si nous le souhaitons.

 

Je dois m’expliquer sur le mot « conservateur ». Il ne s’agit pas, dans mon esprit, de se figurer le monde à travers le tableau « L’Angélus », de Jean-François Millet, au demeurant sublime, ni de vouloir la résurrection d’un Âge d’Or n’ayant au fond jamais existé. Alors que Millet peignait ce superbe et vertical moment d’immobilité paysanne, en plein Second Empire, entre 1857 et 1859, les premiers ravages de la Révolution industrielle faisaient mourir à trente ou quarante ans les travailleurs des mines, dans lesquelles œuvraient des enfants.

 

Non. Être conservateur, ça n’est pas rêver le retour du passé. Ce qu’il faut « conserver », c’est le corps social. La cohésion, au sein du pays. Celle pour laquelle nos ancêtres se sont tant battus, nous léguant dès la fin du 19ème siècle les premières Caisses mutuelles (sur le modèle social bismarckien, totalement en avance sur le reste de l’Europe), puis en 1948 l’AVS, puis les différents modèles d’assurances accident, ou maladie, mais aussi la protection des travailleurs, sur les chantiers ou dans les usines, l’aide à la paysannerie, la démocratisation des études, etc.

 

C’est cette Suisse en mouvement dans laquelle je crois, née de 1848, mais tout autant de la réconciliation de 1891, la proportionnelle de 1919, la Paix du Travail de 1937, le vote des femmes de 1971, bref ce qui a fait bouger le pays. Ce que je veux « conserver » n’est donc certainement pas l’immobilité, même celle, merveilleusement figée, des deux paysans de Millet, mais au contraire la saine et fructueuse dialectique du mouvement. C’est là qu’intervient la démocratie, surtout directe, celle qui permet au plus grand nombre de débattre, s’engueuler dans de saintes et magnifiques colères, et finalement, un beau dimanche, trancher. Ce que je veux « conserver », c’est la puissance créatrice de ce mouvement : on est quand même, me semble-t-il, avec cette définition, assez loin de celui qui contemple nos belles montagnes, en attendant que quelque chose se passe.

 

Je dis « conservateur », mais je dis aussi « social ». Mes racines idéologiques personnelles ne sont pas celles de la gauche marxiste, ni des démonstrations glacées du matérialisme dialectique. Elles viennent d’ailleurs, notamment de la Doctrine sociale de 1891, à laquelle je fais souvent référence. Parce qu’au fond, je crois qu’entre humains, c’est l’essentiel qu’il faut préserver : la vie sur terre, le partage, la communication, la culture, la reconnaissance commune d’un passé, de traditions, avec ce qu’il implique d’incessant travail de mémoire. C’est là qu’intervient l’Histoire, qui sans cesse remet en question nos certitudes, corrige et équilibre les témoignages, réinvente la vie. Le passé n’est pas derrière nous, comme une matière inerte. Non, il est devant nous, il nous attend, il exige de nous le travail d’introspection, de lecture des archives, pour tenter de lui restituer corps et vie.

 

Ce qui m’intéresse, c’est qu’ensemble, malgré nos désaccords, nous soyons corps et vie, justement. Engueulons-nous, c’est vital, la démocratie n’a jamais été la torpeur. Assumons nos opinions, nos positions. Fuyons la fausse neutralité des eunuques. Existons, que diable, tant que le souffle de vie nous est prêté.

 

J’écris sur le conservatisme social, parce qu’il existe, de M. Fillon à certains Américains, de tel potentat zurichois à tel éditorialiste, un autre courant, qu’on peut qualifier de conservatisme libéral. Ce dernier n’est absolument pas le mien. Pour la bonne et simple raison que, s’il existe au fond de mon tempérament un solide tempérament conservateur, peut-être d’essence littéraire autant que politique, il n’existe en revanche rien de libéral. Enfin rien, dans le sens « ultra » de ce mot, celui qui nie l’Etat, se désintéresse du corps social, méprise la frontière au nom du Capital mondialisé.

 

Voilà. J’ai tenté ici de donner quelques précisions. Je ne pense pas, en Suisse romande, parmi deux millions d’âmes, être le seul à percevoir les choses ainsi. Peut-être, entre ceux qui, peu ou prou, partageraient cette vision, ne serait-il pas inutile de se mettre à échanger, dialoguer. Non pas se fédérer sous une même bannière, je n’ai pas l’âme partisane, mais créer un lieu où nos énergies puissent parfois vibrer ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

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18/02/2017

La "Conférence de Munich", ça vous dit quelque chose ?

 

Sur le vif - Samedi 18.02.17 - 18.14h

 

En matière de stratégie, il ne faut pas trop écouter ce que racontent les gens, mais considérer les faits. Qui maîtrise le terrain ? Avec quel armement ? Pour appliquer quelle stratégie ? Le reste, ce sont des bavardages.

 

Dans cet esprit, ce qui se passe à la "Conférence de Munich" (le nom ne s'invente pas !) se révèle une Journée des Dupes dont le grand gagnant n'est ni "l'Union européenne" (entité inexistante sur le plan stratégique), ni les Etats-Unis, mais, une fois de plus, l'Allemagne.

 

Que vient dire Mike Pence, vice-président américain, de la part de Donald Trump, au vieux continent ? Que les Etats-Unis "n'abandonneront pas" l'Europe, à condition que chaque membre de l'OTAN veuille bien s'acquitter des fameux 2% du PIB destinés à la défense nationale.

 

La première qui a dit oui, histoire de se montrer bonne élève, est Mme Merkel. Elle recueille, pour cela, applaudissements et bénédiction générale.

 

Le problème, c'est que les 2% du PIB allemand (monumental, en comparaison des autres membres) destinés à la Bundeswehr, ne s'intégreront dans les forces de l'OTAN que... si l'OTAN continue d'exister. Or, rien n'est moins sûr : le règne de M. Trump pourrait être celui d'un retrait progressif des forces américaines sur un continent européen où elles sont posé le pied le 6 juin 1944. Et, le 10 juillet 1943, sur sol sicilien.

 

La vraie nouvelle de la "Conférence de Munich" d'aujourd'hui, c'est que l'Allemagne, dans l'indifférence générale, confirme au monde l'augmentation de son budget militaire. Juste avant Noël, elle votait l'acquisition de trois bâtiments de guerre qui, d'ici dix ou quinze ans, permettront à la Kriegsmarine de remplacer la Royal Navy dans la maîtrise des mers Baltique et du Nord.

 

Juste avant Noël, toujours, l'Allemagne de Mme Merkel, toujours dans l'indifférence générale, modifiait le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949, se permettant désormais la possibilité d'intervenir de façon offensive sur les théâtres d'opérations choisis par elle. Faut-il rappeler que, dans ce domaine, l'action offensive, la tradition militaire allemande bénéficie d'un "savoir-faire" (pour user d'un euphémisme) que nul ne peut lui envier, sur le continent européen ? Notamment sur les Marches de l'Est.

 

Voilà. J'ai donné ici quelques faits, tous vérifiables. Je n'annonce rien, ne prévois rien, ne conclus rien. Je constate des faits. Au lieu de réagir aux discours.

 

Pascal Décaillet

 

18:33 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le jardin de l'Oncle Hô

 

Sur le vif - Samedi 18.02.17 - 15.23h

 

Tous les samedis, entre 14.30h et 16h, je lis Gauchebdo. C'est peu dire que le numéro 7, daté d'hier, 17 février 2017, est de nature à ravir toute âme éprise de liberté intellectuelle, et pour qui le style n'est pas l'ultime préoccupation.

 

Pour ne prendre que quelques exemples, il y a cette reprise de l'article de Rosa Moussaoui, dans l'Humanité, sur Aulnay-sous-Bois, autour de "l'affaire Théo". Une page entière de sociologie urbaine, d'écoute, d'intelligence.

 

Il y a aussi une belle philippique de Sylvain Thévoz (ce garçon doit comprendre que sa vocation est d'écrire) sur le Musée d'Ethnographie de Genève, où il plaide pour des expositions plus concernantes, pas seulement faites pour "égayer un dimanche pluvieux".

 

Il y a, avant toute chose, une lumineuse dernière page, signée Pierre Jeanneret, intitulée "Mille ans de poésie vietnamienne", avec une incroyable photo d'Hô Chi Minh, attablé devant une table d'écriture en 1957, plume dans la main droite, cigarette dans la gauche. Quelque part, dans un jardin.

 

D'un journal, j'attends qu'il me surprenne. Qu'il me déroute. Me conduise sur des chemins que, le matin même, je n'imaginais même pas. Gauchebdo, je l'ai dit maintes fois dit et le répète, accomplit pour moi toutes ces fonctions. Semaine après semaine, comme le Nouvel Observateur de mon adolescence, je l'attends.

 

Pascal Décaillet

 

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Faîtière arrogante et lustrée

 

Sur le vif - Samedi 18.02.17 - 11.13h

 

La première chose que je ne supporte pas, dans EconomieSuisse, c'est ce nom. Il s'agit du patronat, voire du grand patronat de ce pays. Pourquoi ne s'intitulent-ils pas "Grand patronat suisse", ou un truc du genre, un peu franc du collier, au lieu de s'approprier le mot "économie" ? Le plus modeste des salariés, ou des petits entrepreneurs, ou des apprentis-fromagers, la moins bien payée des caissières participent tout autant à "l'économie" que la faîtière des grands patrons. Il y participent bien plus, assurément, que les apparatchiks salariés propagandistes de cette faîtière.

 

La deuxième chose que je n'aime pas dans EconomieSuisse, après leur lamentable défaite de dimanche, c'est qu'ils recommencent à nous mettre le couteau sous la gorge en disant qu'il faut une nouvelle réforme de la fiscalité des entreprises, "le plus vite possible". Non Madame, la Suisse prendra le temps qu'il faudra, et vos histoires d'OCDE et de listes noires ne nous impressionnent pas.

 

La troisième chose que je déteste dans EconomieSuisse, c'est le libellé lui-même de ce nom, cette raison sociale qui ne correspond à aucune grammaire, aucune orthographe, pourtant servilement reprise par les journalistes économiques, les mêmes qui disent "UBS" ou "Crédit Suisse", sans l'article : esclaves de l'effet marketing d'un logo ! Depuis quand n'y aurait-il pas d'espace entre un nom et un adjectif ? Depuis quand l'adjectif prend-il une majuscule ? On se croirait sorti, tout frais et tout sonore encore, tout ébaubi, tout abruti, de l’École de Mme Vallaud-Belkacem.

 

Bref, Mesdames et Messieurs de cette faîtière arrogante et lustrée, vous avez pas mal de chemin devant vous pour reconquérir un peu de crédit auprès du peuple suisse.

 

Pascal Décaillet

 

14:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/02/2017

Soubrettes des libéraux

 

Sur le vif - Mardi 14.02.17 - 10.36h

 

Dès l'annonce du vote sur RIE III, dimanche en début d'après-midi, j'ai posé, ici et ailleurs, la question du vrai vote UDC et PDC sur cette affaire. Un sondage Tamedia, sorti des urnes, publié par la TG, confirme que la question, pour le moins, se pose.

 

RIE III n'était même pas une affaire PLR, c'était une affaire LIBÉRALE. Les tonalités d'arrogance de la campagne, c'est des LIBÉRAUX qu'elles sont venues. Libéraux genevois, vaudois, zurichois, bref ce savoureux mélange de superbe patricienne et de Bahnhofstrasse. A cela, s'est ajoutée l'aile libérale de l'UDC, assez lointaine de mes horizons personnels, et c'est exactement pour cela qu'hier, j'ai publié mon commentaire "Conservateur, social, républicain".

 

Pour cela, aussi, que dès dimanche midi, j'ai posé la question du PDC. Rappelant la Doctrine sociale comme fondement de la philosophie politique de ce parti. Regrettant qu'à Genève, d'aucuns aient préféré jouer la soubrette des libéraux, plutôt que d'affirmer l'identité propre de la démocratie chrétienne : l'économie au service de l'humain, l'économie pour tous, l'économie de proximité.

 

On a eu l'impression, hélas, que même dans ce parti, certains se comportaient dans la campagne comme les porte-parole des multinationales. Comme si ces dernières n'avaient pas les moyens de s'en offrir. Plus ils nous mettaient le pistolet sur la tempe, plus nous en étions excédés.

 

Il va vraiment falloir, maintenant, nous parler autrement. J'y reviens demain dans mon commentaire de GHI, écrit hier. J'y rappelle que nous sommes des citoyens, pas des sujets.

 

Le 12 février 2017, le peuple suisse n'a pas dit non au principe d'une harmonisation des taux d'imposition. Il a dit non à l'extrême arrogance d'une caste, qui a cru pouvoir convaincre avec des aboiements.

 

Pascal Décaillet

 

14:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/02/2017

Conservateur, social, républicain

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Sur le vif - Lundi 13.02.17 - 15.01h

 

D'aucuns se prétendent conservateurs libéraux. J'en prends acte. Pour ma part, il y a oxymore, ou tout au moins paradoxe, entre ces deux mots.

 

J'ai sans doute, dans mon rapport à la politique, des éléments qu'on peut qualifier de conservateurs. Je ne les nie pas. Mais je n'en ai assurément aucun qui puisse se rattacher au libéralisme économique. C'est un grand mouvement de pensée, que je respecte, mais que je combats. Ils sont pour le libre échange, moi pas. Pour la libre circulation, moi pas.

 

Ils sont contre l'Etat, je suis pour, et même pour un Etat fort, ce qui ne signifie évidemment pas tentaculaire, encore moins pléthorique dans le nombre de ses fonctionnaires. En matière de défense nationale, de sécurité des personnes et des biens, d'éducation, de santé publique, de grandes assurances sociales, de soutien à l'agriculture et à l'industrie, je veux l'Etat. En matière d'énergie, aussi, de grandes infrastructures.

 

Ils sont pour le dogme de libre concurrence. Je suis pour limiter cette dernière dans certains domaines, comme l'agriculture, afin de préserver nos producteurs locaux. C'est une forme de protectionnisme, j'en conviens, je l'assume. Je me bats depuis des décennies pour cela, j'ai traversé, fort seul, les années 1990 et 2000, en plaidant pour ces choses-là, alors que d'innombrables, autour, nous chantaient les miracles du capitalisme financier, mondialisé.

 

Ils se disent conservateurs libéraux. On les trouve aux Etats-Unis, en France avec M. Fillon, dans une certaine partie de l'UDC. Pour ma part, je suis un conservateur social. Attaché à la valeur du travail, comme l'a toujours été mon père, qui aurait fêté aujourd'hui, 13 février, ses 97 ans. Attaché, aussi, à la cohésion du pays, à une juste répartition des richesses. A une attention aux plus démunis. Prenez les arguments des conservateurs catholiques, vaincus et minoritaires depuis novembre 1847, en Suisse, entre 1848 et 1891. Vous y trouverez, face au progrès industriel incarné par les radicaux, face à la montée en puissance des pouvoirs financiers dans notre pays, certaines inflexions qui pourraient, peut-être, se faire entendre dans mon discours.

 

Prenez l'inoubliable Encyclique "Rerum Novarum", réponse à la condition ouvrière et aux méfait sociaux de la Révolution industrielle, oui prenez-le, ce texte lumineux de 1891, rédigé par Léon XIII, le Pape du Ralliement à la République, et vous accéderez à l'une ou l'autre source, non négligeable, des flux de philosophie politique qui me traversent. Il y est dit, constamment, que l'économie doit être au service de l'humain, de son épanouissement, et non l'humain au service de l'économie. Le travail doit nous libérer, pas nous asservir.

 

Ils se disent conservateurs libéraux. Moi, je suis un conservateur social. Patriote. Et passionnément républicain.

 

Pascal Décaillet

 

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12/02/2017

RIE III : le glas de l'arrogance

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Sur le vif - Dimanche 12.02.17 - 14.41h

 

RIE III, refusée au niveau national, refusée à Genève. Depuis des semaines, des mois, sur ce blog, nous dénoncions, dans la campagne, la politique du pistolet sur la tempe. Le chantage à l’absence de Plan B. Surtout, l’arrogance de certains élus, dans la droite d’idéologie libérale, qui ne cessent, depuis des décennies, du haut de leur complet-cravate, de nous enseigner l’économie, comme s’ils étaient les seuls à la comprendre. Comme si le petit peuple, celui qui se lève pour aller travailler, contribue de toute sa sueur à la vitalité des entreprises, n’était pas le mieux placé pour saisir ce qu’est le travail, le mérite, l’inventivité, ce que vaut l’argent, une fiche de salaire, une contribution sociale.

 

Alors, ce petit peuple, sous prétexte que l’OCDE a édicté de nouvelles règles pour harmoniser les taux d’imposition, on lui a flanqué une arme chargée sur la partie temporale de la tête, on lui a hurlé pendant des mois qu’il devait à tout prix voter oui, que sinon ce serait la catastrophe. Ce petit peuple, on a passé des mois à lui faire la leçon. On lui a expliqué, doctement, les mécanismes de l’économie, comme s’il n’était pas capable, par son expérience professionnelle, y compris dans les fonctions les plus modestes, de les comprendre par lui-même. On lui a imposé une théologie de la vérité économique. Il fallait avaler le dogme, ou mourir. Le peuple a refusé le dogme, et il a parfaitement survécu.

 

A Genève comme dans la métropole lémanique, comme à Zurich ou à Bâle, où ces enjeux de multinationales sont bien réels (ailleurs, ils sont perçus comme lointains), il va falloir maintenant réinventer le modèle économique, ce qui n’a guère été fait ces dernières décennies. Si les multinationales, à Genève, ont pris un tel poids, c’est peut-être qu’en haut lieu, on a investi de façon totalement exagérée dans cette forme de profit facile, mais dénué de toute garantie de longévité. Dénué de toute assurance d’emploi durable pour nos résidents.

 

A cet égard, s’il n’était guère étonnant de voir les libéraux s’engouffrer dans ce modèle, donc dans la défense extatique de RIE III, il le fut bien davantage de voir la docilité du PDC à les suivre le doigt sur la couture du pantalon, et même celle d’une partie d’une droite que, pour notre part, nous voulions croire non libérale, protectionniste, attachée aux petites gens. Il y a eu là comme le mirage d’un ralliement généralisé dont il sera passionnant, rétrospectivement, de démêler l’histoire.

 

Prenons Genève. La grande leçon de cet échec, c’est qu’il faut maintenant orienter les décennies qui nous attendent sur une absolue primauté à nos PME. Le temps des petits et moyens entrepreneurs a sonné. Le temps de les respecter. De les encourager. De leur donner la parole. De leur faciliter la tâche administrative. De valoriser ceux qui forment des apprentis. L’obsession de quelques leaders de droite libérale, avec hélas leurs affidés PDC et d’ailleurs, pour les multinationales, c’est terminé. En tout cas, qu’ils ne s’avisent plus de venir nous faire la leçon. Le peuple veut un autre modèle économique. Plus proche des gens. Plus diversifié. Moins arrogant. Moins tenu par les actionnaires et les milieux financiers. Inventer ce nouveau modèle, c’est le défi des années qui nous attendent. Avec ou sans les multinationales.

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/02/2017

Troix voix, un miracle

 

Sur le vif - Vendredi 10.02.17 - 13.58h

 

Saisissant momenBichro_GT_small.jpgt de radio, qui se termine à l'instant sur France Inter, dans la Marche de l'Histoire : Jean Lebrun interroge Tzvetan Todorov sur Germaine Tillion, en 2012. Germaine Tillion (1907-2008), que j'ai eu l'honneur d'interviewer dans les années 90, n'était déjà plus de ce monde. Aujourd'hui, alors que ces trois voix, d'une infinie présence, se mêlent et nous parviennent, c'est Todorov, avec ses "R" si magnifiques, qui vient de nous quitter.

 

Trois voix. Trois voix mariées, le temps d'une émission. Aujourd'hui, deux des trois locuteurs nous ont quittés. Mais les trois voix sont là. La Kabylie des années 30. Le Musée de l'Homme. La Résistance. Ravensbrück. La torture en Algérie. La bataille d'Alger, 1957. Germaine, racontée par Tzvetan. Germaine elle-même, en archives. Tzvetan, évoqué par Lebrun. Trois voix, comme trois chemins, dans le mystère de l'univers.

 

La radio est un miracle.

 

Pascal Décaillet

 

15:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/02/2017

Voir clair

 

Commentaire publié dans GHI - 08.02.17

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Lorsque je vote pour un homme ou une femme politique, candidat à une charge publique, la seule question que je me pose est : « Cette personne est-elle compétente pour le poste ? ». Par « compétence », on entendra « solide, visionnaire, prospective, inventive, novatrice, capable de fédérer, etc. ».

 

C’est la seule, l’unique question qui compte. La vie privée de la personne ne m’intéresse pas. Ni même sa moralité. Il ne s’agit évidemment pas d’élire des crapules, mais, pour ma part, je ne demande pas aux candidats la perfection. Il suffit de regarder l’Histoire : les plus grands hommes sont truffés de défauts, la part de l’obscur y est souvent immense, c’est ainsi.

 

L’essentiel, pour moi, n’est pas de savoir si tel ou tel chef d’Etat, ou de gouvernement, ou ministre, est moralement immaculé, je diffère en cela de mes amis américains, avec lesquels je m’en entretiens souvent. Non, l’essentiel est l’aptitude à la fonction.

 

C’est pourquoi je ne parle jamais des « affaires ». La plus grande sévérité, en revanche, s’impose, chez les observateurs, lorsqu’il s’agit de juger de la pertinence de l’action publique, la réussite ou l’échec d’une politique, la capacité à embrasser les enjeux d’une époque, s’imposer face au poids de l’administration, voir clair, comme dans la bataille.

 

Voir clair, oui : tellement plus important qu’être moralement parfait. Comme si la perfection était de ce monde. Et comme si la morale était pertinente en politique.

 

Pascal Décaillet

 

14:10 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/02/2017

Un homme d'honneur quitte Champ-Dollon

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.02.17

 

Il est assez rare, quand on interroge un enfant dans une cour d’école, sur le métier de ses rêves, qu’il vous sorte : « Je veux être directeur de prison ». Fonction réputée ingrate, difficile, cadre de travail pas franchement rigolo, énormes tensions à gérer, avec les détenus, le personnel, l’autorité politique, l’opinion publique. Bref, les gens reconnaissent qu’il faut bien quelqu’un pour diriger les prisons, mais en tout cas pas eux. Il existe pourtant un homme, à Genève, qui, pendant neuf ans, a assumé cette fonction avec ascèse, intelligence, connaissance du terrain, humanisme. Il s’appelle Constantin Franziskakis. Un remarquable serviteur de l’Etat, apprécié à l’interne, appelé par Pierre Maudet à exercer de nouvelles fonctions, au Secrétariat général du Département. Aspiration vers le haut qui ressemble à une promotion, mais peut, tout autant, être interprétée comme une mise à l’écart du terrain, un placard.

 

J’ai la chance de connaître un peu M. Franziskakis. Je veux d’abord saluer l’homme de culture et d’ouverture, passionné d’Histoire, celle de la Méditerranée comme celle des deux Guerres mondiales. Il y a, chez cet homme, une connaissance du tragique et une passion du sacrifice collectif, qui l’amène à se passionner pour les cimetières militaires, les lieux de mémoire (dont parle si admirablement l’historien Pierre Nora), les fragiles reliques de ce qui emporta le vingtième siècle, des plaines de Pologne à la ligne bleue des Vosges. C’est dans ce cadre, je crois, que le directeur de Champ-Dollon place la mission qui lui est confiée : service de l’Etat, là où on l’appelle, y compris dans le champ pénitentiaire, vers lequel les vocations ne se précipitent pas.

 

A part une visite à un ami objecteur en 1983, je n’ai jamais mis les pieds dans une prison. Mais nous pouvons imaginer la dureté de cet environnement, pour tous : les détenus évidemment, mais aussi les gardiens, dont il faut saluer l’engagement et le dévouement, le personnel administratif, infirmier, etc. Un monde à part, avec sa logique, que le directeur sortant connaît admirablement. Imaginez les neuf années dans lesquelles il a accompli sa mission : pics de surpopulation, tensions entre ethnies, personnel parfois épuisé. C’est presque un miracle, dans ces conditions, que le plus grave ne se soit pas produit. La personnalité du directeur, entre autres facteurs, y a joué un rôle. C’est cela qui compte, cette fibre humaine, ces antennes, bien plus que les relations difficiles avec la hiérarchie, celle qui chapeaute le monde carcéral genevois. Nous sommes dans un secteur tellement fragile, délicat, que la psychologie y tient une place immense. Elle n’exclut pas la fermeté, mais réduit l’arbitraire, tente de placer l’humain au centre.

 

Evacué vers le haut, Constantin Franziskakis s’occupera, entre autres, de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il demeurera dans l’actualité la plus brûlante de nos sociétés. Je souhaite bonne chance à cet homme d’honneur, et espère vivement que Champ-Dollon demeurera un lieu où la dimension humaine sera prise en compte.

 

Pascal Décaillet

 

 

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