24/02/2018

Et ça surgit au moins du ventre !

 

Sur le vif - Samedi 24.02.18 - 17.08h

 

La radio est un métier. Il faut y faire ses gammes de longues années, pour apprendre tous les registres de la voix. Le rythme. Les césures. Les silences. Les ruptures de ton. Les éclats. La sourdine. La plénitude. Le murmure.

 

Apprendre tout cela, comme il en va d'un solfège, les premières années de l'apprentissage musical. Travailler avec le ventre, le diaphragme, le souffle, les tripes parfois.

 

Faire des centaines d'émissions. Des milliers, plutôt. Des flashes, des journaux, des revues de presse, des directs sur le terrain, des manifs de paysans sur la Place fédérale, de longues soirées électorales, des élections du Conseil fédéral, en décembre à Berne. Des directs à l'étranger, aux quatre coins du monde, au milieu des foules, sur la chaleur d'un événement.

 

Faire des centaines d'émissions en direct dehors, oui. Et pas en studio. Greffés sur l'événement. Comme le reporter sportif, sur son match.

 

Apprendre à improviser, tout en gardant la rigueur, l'exactitude, la densité de l'information. Mais sans texte pré-écrit. Juste un ou deux mots-clefs. Ou rien. Tout cela, dans un timing donné, à la seconde.

 

Si l'on tient à avoir un texte, alors apprendre à lui donner volume, intensité, souffle et vie. Chaque syllabe, chaque virgule, est un empire, un univers. S'exercer sur les Fables de La Fontaine. Le Héron, par exemple, avec ses "h" aspirés, sa versification virevoltante, suffocante de surprises.

 

Aujourd'hui, sur les ondes radiophoniques publiques, dans certaines chroniques, on balance le premier venu à l'antenne. On croit lui rendre service, en lui épargnant le parcours initiatique de l'apprentissage de l'oralité, comme si l'on pouvait accélérer la fermentation naturelle d'un vin. Hélas, on le tue.

 

Envoyer sur le front des jouvenceaux non-préparés, c'est les flinguer. Il ne s'agit pas d'en vouloir à ces victimes expiatoires, mais bien à l'irresponsabilité de ceux qui leur offrent cet aller-simple vers le casse-pipe.

 

Le jouvenceau, vous l'aurez compris, peut être sexagénaire. Il est, simplement, celui qui ne s'est jamais rompu à l'ascèse radiophonique. Ou qui s'imagine pouvoir échapper à cette dernière. Ainsi, dans les ineffables cénacles de bavards qu'on appelle aujourd'hui "chroniqueurs" (ce qui est un dévoiement du sens de ce mot), la glaçante solitude de celui qui, interrompant la palabre générale, a une minute pour nous lire, les autres soudain tus, son papier d'humeur. C'est ce moment-là le verdict, celui qui fait la différence. Tel roitelet de la presse écrite, qui règne par le syllogisme, soudain se perd et s'évapore, se meurt et balbutie.

 

Parce que pérorer en rond, tout le monde peut. Mais habiter cette minute-là, seul, c'est un peu plus difficile.

 

Mais d'où peut donc venir cette illusion que le premier venu puisse, comme ça, se saisir d'un micro et tenir une émission, ou une chronique, sans la lente, la patiente maturation d'un chemin personnel vers l'oralité ? Les cadres, mexicains dans le fatras de leurs armadas, qui affichent cette insoutenable légèreté en matière de formation, doivent être appelés à en répondre. Quand une bataille est perdue, on limoge le général, pas la soldatesque.

 

Parce qu'une émission (ou, plus difficile, une irruption, c'est cela la vraie chronique) ne se fait pas en se contentant de remuer les lèvres. Mais par un don de soi, généreux et puissant, qui passe par toutes les fibres du corps, tout ce qui génère et produit la voix, et ça surgit au moins du ventre. Une émission, ce sont des fragments d'âme, jetés là.

Ou alors, autant faire autre chose. Tiens, surintendant d'une usine à gaz, par exemple.

 

Pascal Décaillet

 

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23/02/2018

Frères de la Côte

 

Sur le vif - Vendredi 23.02.18 - 11.57h

 

Il existe manifestement, autour de l'aéroport de Genève, une clique d'intérêts qui amène pas mal de monde à se tenir par la barbichette. Pas besoin de vous faire un dessin : on les reconnaît au parfum.

 

Affaire de gros sous, en priorité. Mais pas seulement. Fraternité occulte dans l'ordre de la mégalomanie. Idéologie du Grand Genève, capitale du monde, qui aurait besoin d'une plateforme aéroportuaire en forme de blason de ses voracités planétaires.

 

Dans cette chapelle, ils ne sont pas beaucoup. Mais puissants. Organisés. Disposant des leviers.

 

Dénoncer la démesure de l'expansion de l'aéroport, souligner les nuisances pour la population, c'est immédiatement s'attirer les foudres de ces Frères de la Côte.

 

C'est pourtant faire œuvre citoyenne. Je félicite ceux qui osent s'engager dans cette entreprise. Ils servent le bien commun. Le développement durable et maîtrisé. Je leur apporte ici mon soutien.

 

Pascal Décaillet

 

15:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/02/2018

Elections : le quorum de 7% est trop élevé !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.02.18

 

Notre démocratie suisse passe, entre autres, par des Parlements. Nous avons, à Berne, les Chambres fédérales (Conseil national, Conseil des Etats). Dans nos cantons, des Grands Conseils. Au niveau communal, des délibératifs. Je vous entretiens ici de l’élection du dimanche 15 avril prochain au Grand Conseil : 621 candidats, pour 100 sièges ! Cette élection est régie par une règle appelée « quorum » : pour qu’un parti puisse siéger au Parlement, il doit obtenir 7% des voix. C’est loin d’être si facile ! L’idée de ce quorum élevé est d’éviter l’éparpillement. On cite souvent l’exemple de la Knesset, le Parlement israélien, où une multitude de partis rendent la prise de décision très difficile.

 

Soit. Mais à Genève, il faut le dire, ce quorum de 7% est trop élevé : il favorise les bons vieux partis issus du 19ème siècle, bien ancrés, bien horizontaux dans leurs alliances, et ne laisse quasiment aucune chance aux nouvelles listes. Ça n’est pas exactement le but d’une élection démocratique ! Cette dernière, désormais tous les cinq ans pour le Grand Conseil genevois, présuppose qu’on mette à zéro tous les compteurs, qu’on accorde la même attention à toutes les listes, sans se croire obligé de ricaner (je le précisais ici la semaine dernière) face aux nouveaux. Pour qu’il y ait renouvellement, ce qui est indispensable pour avoir un peu d’air frais, il faut que les partis ne siégeant pas encore au Parlement aient exactement les mêmes chances que les vieux briscards, qui blanchissent sous le harnais. On en est loin.

 

Car briscards il y a. Des super-malins, croyez-moi. Implantés jusqu’à la moelle dans le réseau des conseils d’administration des grandes régies (Services industriels, HUG, Aéroport, etc.), dans l’appareil de leur parti, et – pour les plus impayables d’entre eux – dans le Bureau du Grand Conseil, calculant l’année où ils accéderont enfin à la Présidence. Ceux-là, tous partis confondus, se tiennent par la barbichette. Oui, il existe une amicale des anciens, du moins certains d’entre eux, les vieux routards, roublards, rusés, madrés, consacrant l’essentiel de leur énergie à se maintenir sous les lambris du pouvoir. Quand on voit cela, on a juste une envie : ouvrir la fenêtre. Laisser siffler le vent du changement, à gauche comme à droite. Donner leur chance à des partis, certes candides et jouvenceaux, mais qui arrivent avec d’autres visions, d’autres paramètres.

 

Pour cela, la seule solution, c’est un quorum plus bas. Je plaide, pour ma part, pour une barre placée entre 3% et 5%. Sinon, rien ne changera, jamais. Et on aura toujours les mêmes comitards, avec leur obsession des réseaux et des chapelles, leur incrustation dans tout ce que Genève compte de fondations et d’associations, sur les bancs du Parlement. Cette Genève des copains et des compagnons, des amicales et de la consanguinité, il est temps qu’elle cède la place à une Genève plus ouverte, plus audacieuse, plus surprenante. Pour cela, il faut laisser une chance aux nouveaux. Il faut, pour l’élection de 2023, abaisser le quorum.

 

Pascal Décaillet

 

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16/02/2018

Quorum : 7% c'est trop !

 

Sur le vif - Vendredi 16.02.18 - 16.29h

 

Pour moi, c'est très clair : il faut abaisser le quorum (actuellement 7%) à Genève. Cette barre, placée beaucoup trop haut, privilégie pour l'éternité les bons vieux partis, bien installés, avec leurs ancrages historiques dans les communes et les familles, leur clientélisme, leur implantation dans tous les réseaux de la République, leurs innombrables petits copains à la tête des régies du Grand État (HUG, SIG, TPG, etc.), leur immersion dans la multitude des Fondations, etc. Sans compter, bien sûr, leurs moyens financiers.

 

Il existe, à Genève, toutes tendances confondues, de gauche, de droite et d'ailleurs, de nouveaux partis, de nouvelles listes, riches d'énergie et de personnes, que ce quorum en forme de prime (bien imméritée) aux sortants empêchera d'accéder au Parlement cantonal. Il faudra bien, sans trop tarder, et même si la question s'est posée récemment à la Constituante, modifier les règles.

 

Parce que le statu quo, c'est l'éternité au pouvoir pour ceux qui, depuis la guerre, ont pignon sur rue. Ils ont certes, parmi eux, de brillants éléments. Mais il en existe aussi sur les listes nouvelles. Il faudrait mélanger tous ces talents. Pour cela, il faut donner organiquement une chance aux outsiders d'entrer au Grand Conseil. La seule solution, c'est l'abaissement du quorum.

 

Je plaide pour un quorum entre 3% et 5%.

 

Pascal Décaillet

 

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Classes moyennes

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Commentaire publié dans GHI - 14.02.18

 

Immergé comme jamais au milieu des candidats aux élections cantonales, je puis vous affirmer une chose : le souci numéro un, à Genève, est celui de la cohésion sociale. Il précède tous les autres, et doit nous occuper en priorité.

 

A Genève, l’économie ne se porte pas si mal, mais la répartition des richesses n’est pas assurée comme il le faudrait. Les classes moyennes, notamment, sont étranglées par les primes maladie, les loyers, et aussi la fiscalité. Les PME étouffent sous la paperasse. Les habitants sont surassurés. Les petits entrepreneurs ploient sous les charges. La différence entre chiffre d’affaires et bénéfice est immense : il conviendrait que tous la connaissent, ce qui ne semblait guère le cas, lors d’un débat récent à la RTS.

 

La justice sociale passe évidemment par l’aide aux plus démunis. Il n’est pas question de laisser des frères humains sur le bord du chemin. Mais elle passe aussi par les classes moyennes. Ce sont ces dernières, à Genève, qui payent le prix fort. Le pouvoir d’achat s'épuise, l’acquisition d’un logement devient une chimère. La paupérisation des ménages est une réalité.

 

A partir de là, lorsque vous voterez, songez, tous partis confondus, à envoyer au Grand Conseil des profils d’hommes et de femmes nourris de réflexion, non sur la seule réussite individuelle, mais sur ce qui cimente la communauté. Pour moi, cela passe par un mot : la solidarité. Hors de ce concept, point de salut. La politique exige une vision d’ensemble. Si le seul enrichissement vous intéresse, allez spéculer à New York. Ici, nous avons mieux à faire.

 

Pascal Décaillet

 

15:27 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/02/2018

Elections : osez les nouvelles listes !

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Commentaire publié dans GHI - 14.02.18

 

Le dimanche 15 avril, le corps électoral genevois renouvellera, pour cinq ans, le Grand Conseil. Il s’agit du législatif de notre Canton, il compte 100 députés, qui font les lois, mais aussi doivent contrôler l’action du gouvernement et de l’administration. Dans un pays comme la Suisse, où les Parlements sont importants, ça n’est pas rien d’être un élu. Il y en a de bons, de moins bons, des actifs et des passifs, des calmes et des rugissants, ils sont le reflet de ce que nous sommes. Apparemment, ce job fait envie : à ce jour, le Service des votations compte 621 candidats (un record) sur 13 listes. Les sept partis déjà représentés au Grand Conseil, et six autres, dont certains parfaitement nouveaux. C’est de ces derniers que j’entends vous entretenir ici.

 

En commençant par une chose : rien de plus détestable que de ricaner face aux nouveaux. Une élection est une mise à zéro des compteurs, les citoyennes et citoyens votent pour qui ils veulent. S’ils entendent reconduire les sortants, c’est leur droit. S’ils veulent du sang nouveau, libre à eux. La plupart d’entre nous panachent : ils reconduisent les députés qui leur semblent le mériter, dégagent les paresseux, et mélangent tout ce beau monde avec une dose de nouveaux. Parce qu’on en prend pour cinq ans, et qu’il n’y a aucune raison d’envoyer toujours les mêmes pour nous représenter. Aucune, non plus, de maintenir pour l’éternité les partis sortants. Pour ma part, toutes formations confondues, je choisis soigneusement et sévèrement les gens pour qui je vote, sans hasard ni blanc-seing.

 

Comme vous le savez, en plus de mes émissions habituelles, je me livre à six minutes d’interview face à 104 candidats (8 par liste). Cela s’appelle « Visages de Campagne », c’est une immense opération citoyenne de Léman Bleu, je suis très fier d’y participer, et cela me permet d’approcher en profondeur la sociologie des candidats, de tous bords. Eh bien croyez-moi, je suis impressionné par l’enthousiasme civique des nouvelles listes. Que ce soit « La Liste pour Genève », républicaine, défendant la laïcité, ou encore « La Liste », avec uniquement des femmes, ou encore GEM, le PBD, les Verts libéraux, ou même « Egalité Equité », chacune de ces nouvelles formations mérite notre respect et notre attention. Ricaner, sous le seul prétexte qu’elles « n’y arriveront jamais », à cause du quorum (7%), et finalement se contenter des valeurs sûres, issues de partis hérités du 19ème siècle, c’est ne rien comprendre à l’essence même du renouvellement démocratique.

 

Car enfin, les libéraux ont bien commencé un jour, avec Benjamin Constant. Les radicaux, avec James Fazy. Les socialistes, avec la Révolution industrielle. La démocratie chrétienne, avec Léon XIII, le père de la Doctrine sociale de l’Eglise. Etc. Donc, il a bien fallu, un jour, que des citoyennes et des citoyens, parmi nos ancêtres, décident de rompre avec le train-train des installés. Et d’accorder leur confiance à des nouveaux. Choisissez en conscience. Et surtout, mes félicitations aux 621 qui osent l’aventure de se porter candidats.

 

Pascal Décaillet

 

   

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08/02/2018

Orgues de Staline

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Commentaire publié dans GHI - 07.02.18

 

Tirer à boulets rouges sur le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Telle est, depuis quelques jours, l’occupation principale au PLR. Démolir le bilan du magistrat, principalement à la Santé, mais aussi dans l’Action sociale. Il aurait fait tout faux, se serait montré incapable de lutter contre la hausse des primes maladie, aurait éhontément favorisé les HUG, au détriment des cliniques privées.

 

A ces missiles, répétés comme des orgues de Staline, une seule clef de lecture, bien sûr : l’approche des élections. Quelques caciques, au PLR, un matin autour d’un café, tiens un vendredi par exemple, ou le soir autour d’un bon cigare, ont dû, dans la géométrique puissance de leurs cogitations, percevoir le ministre MCG comme un maillon faible, donc allez on l’attaque, on met le paquet.

 

Je veux bien. Et c’est de bonne guerre. Mais c’est mal amené, beaucoup trop visible, repérable comme un troupeau d’éléphants à l’entrée d’une loge de théâtre. Il y a sans doute plein de choses à dire sur le bilan de M. Poggia, comme par exemple sur ceux de MM Longchamp ou Maudet. Mais enfin, on permettra au profane que je suis, ne suivant que de très loin la politique genevoise, de voir en ce magistrat un homme compétent, intelligent, avec du sens politique, une rare capacité de travail. Et l’ambition, dans le domaine de la Santé, de placer l’Etat au-dessus des intérêts privés.

 

Quant au PLR, un esprit chagrin pourrait lui reprocher de trottiner un peu servilement derrière le lobby des cliniques privées. Voyez, à ce petit jeu, tout peut se retourner. La vie politique, décidément, n’est pas toujours facile.

 

Pascal Décaillet

 

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07/02/2018

Elections : faites confiance aux jeunes !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.02.18

 

Je n’ai, de toute ma vie, jamais articulé ma réflexion politique autour de l’axe des générations. Jamais, même à l’âge de dix ans, en mai 1968, je n’ai utilisé l’expression « Les jeunes sont comme ceci, comme cela… ». D’ailleurs, en ce printemps d’éruption libertaire, dont on va bientôt marquer le cinquantenaire, je me sentais paradoxalement moins jeune que mes aînés qui manifestaient dans les rues de Paris ! Ils détestaient de Gaulle, je l’adorais. Ils voulaient faire table rase du passé, j’étais déjà complètement tourné vers l’Histoire. Donc, j’invite le lecteur à se méfier de toute parole globale concernant les jeunes. Ni pour dire qu’ils sont géniaux. Ni pour affirmer le contraire, dans le mode « C’était mieux avant ». La vérité, c’est qu’il y a exactement, chez les jeunes, la même proportion de gens de valeur que chez les vieux, et c’est tant mieux. Tout au plus, dans l’immense entreprise qui m’amène, en cette période pré-électorale, à rencontrer un nombre considérable de candidats, je suis amené à percevoir, dans la nouvelle génération, quelques inflexions qui méritent d’être relevées.

 

Prenez Aude, Diane, Virna, Elena et Nicolas, cinq jeunes candidats, de cinq partis différents, qui étaient réunis, ce dimanche 4 février, sur le plateau du Grand Genève à chaud. Cinq visions, certes, avec des différences bien marquées, notamment un duel sur la propriété privée entre la candidate PLR et celle d’Ensemble à Gauche. Sur le fond, ce duel est le même que celui tenu il y a trente ou cinquante ans par leurs aînés. Il confirme la permanence d’un noyau dur, celui du choc idéologique autour de la lutte des classes. Mais ce qui change, infiniment, c’est la tonalité. Les jeunes d’aujourd’hui ont appris à s’affronter avec respect. Ils n’assènent pas, ils argumentent. Ils ne hurlent pas, ils calibrent la durée en fonction du timing imparti, et modulent la voix, en sachant très bien que le micro sature dès qu’on exagère le volume. Bref, bien mieux que certains de leurs aînés, ils maîtrisent les lois élémentaires de la communication politique.

 

Un autre élément me frappe : l’appartenance à un parti est de moins en moins perçue comme l’allégeance à vie à un clan, ou à une chapelle, qui exigerait de se tenir entre soi et de ne surtout pas frayer avec l’adversaire. Don Camillo et Peppone, c’est fini : aujourd’hui, les plus féroces antagonistes s’appréhendent, hors-débat, avec amitié et courtoisie. Ils font parfaitement la différence entre ring politique et vie de tous les jours. Ils partagent leurs préoccupations, discutent beaucoup, bref ne font pas de la bagarre idéologique l’alpha et l’oméga de leur existence. Pour avoir connu, dans la Genève des années 70, quelques moments assez violents dans les échanges, je puis vous assurer que la petite musique apaisée des jeunes fait du bien. D’autant qu’en matière de compétences, de qualité de formation, de connaissance des langues, nombre d’entre eux n’ont rien à nous envier. Bref, la relève est là. Avec ses armes, ses outils de compréhension du monde, elle sera en mesure d’affronter l’avenir. Je lui fais, pour ma part, pleine confiance.

 

Pascal Décaillet

 

*** Sur l'image, de gauche à droite : Elena (MCG), Virna (UDC), Diane (PLR), Aude (Ensemble à Gauche) et Nicolas (PDC). GRAND GAC du dimanche 04.02.18.

 

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01/02/2018

Révolution permanente

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Commentaire publié dans GHI - 31.01.18

 

Le mépris avec lequel les médias traditionnels parlent des réseaux sociaux rappelle exactement celui des journaux et de la radio face à l’apparition de la télévision, il y a soixante ans, et celui des mêmes journaux lors de l’avènement de la radio, il y a presque cent ans. Tout comme il rappelle le mépris des écrivains pour les journalistes des premières gazettes à grand tirage, à l’époque de Balzac, et de ses « Illusions perdues ».

 

En gros, ce mépris camoufle une peur : celle de perdre un pouvoir. Se trouver dessaisi du monopole de la transmission de l’information, du droit à la mettre en forme, l’analyser, la commenter. De Théophraste Renaudot, l’inventeur de la première « Gazette » au dix-septième siècle, à ce titre le père du journalisme, jusqu’à nos jours, ce processus de dépossession est advenu maintes fois, du papier vers l’onde acoustique, de cette dernière vers l’onde visuelle, puis de tout ce beau monde vers l’ère numérique. Chaque fois, un maître-mot : la peur.

 

Eh bien, ils ont tort, les médias traditionnels. Les réseaux sociaux constituent un nouveau monde, que nul ne pourra effacer d’une chiquenaude. Une fois expurgés de leur maladie infantile, faite de bavardage et de vie privée, ils pourront devenir de vrais supports d’information, interactifs, fiables et vivants. Face à cela, les autres doivent se redéfinir. Il y a de place pour tous : la TV n’a pas tué la radio, qui n’a pas tué les journaux. Chacun peut survivre. A condition de constamment se réinventer. Ce métier n’est rien d’autre qu’une révolution permanente.

 

Pascal Décaillet

 

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31/01/2018

Le journalisme sera local, ou ne sera pas

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.01.18

 

Rendre compte de ce qui se passe autour de nous. Pas au Japon. Pas en Papouasie. Non, juste là, quelque part entre Salève et Jura. Dans la géométrique beauté de ce triangle, entre jet d’eau et Fort de l’Écluse. Là où nous respirons. Là où nous vivons. Là où on peut nous voir, nous toucher, nous entendre. Critiquer des gens, des hommes de pouvoir par exemple, qu’on peut être amené à rencontrer, dans la rue, le jour de parution de l’article. Se faire des ennemis, non au Paraguay, mais ici, bien visibles, avec pignon sur rue, pouvoir de vengeance et de nuisance, capacité à vous dégommer, vous déboulonner, avoir votre peau. Mais aussi, reconnaître le talent, les vertus, les bienfaits de ceux qui sont là, autour de vous, tiens les artistes par exemple. Connaître le terrain, dans ses moindres aspérités. Cela se fait dans ce journal. Et chez d’autres aussi, parmi nos confrères. Cela porte un très beau nom : cela s’appelle le journalisme local.

 

Lorsque j’ai commencé au Journal de Genève, il y a très longtemps, la rubrique reine était l’Internationale. Elle ouvrait systématiquement la une, faisait l’objet du plus grand nombre d’analyses ou d’éditos. On y pénétrait comme dans un sanctuaire, sur la pointe des pieds. Il y régnait un parfum de chancelleries, avec son bruissement de nouvelles pour initiés. Plus éloignés se tenaient les horizons du discours, plus noble était réputé le commentaire. Trois décennies après, ou même quatre, cette hiérarchie a complètement changé. Faire du journalisme local, au plus proche des préoccupations des gens, est aujourd’hui reconnu comme vital, apprécié. Cette proximité est encore plus puissante dans un théâtre d’opérations comme celui de Genève : dans ce bassin d’un demi-million d’habitants, tant de gens se connaissent, cela crée le sentiment d’appartenir à une famille, ou tout au moins à une communauté dramaturgique où chaque personnage serait identifiable. Seule une ville-canton permet ce genre de petit miracle.

 

En vieillissant dans le métier, je me suis rendu compte que la seule vraie richesse était celle des hommes et des femmes que nous avons autour de nous. Chaque individu est un univers. Tendez-lui un micro, en prenant la peine de l’écouter, il en sortira toujours quelque chose de précieux. Point besoin de lointaine Amazonie, la rencontre commence ici et maintenant. C’est aussi cela l’approche locale, comme le pratique le journal que vous avez entre les mains : parole et visibilité pour tous, visage aux anonymes, micro tendu aux sans-voix. Plus que d’autres, le journalisme local permet la dimension humaniste du métier, celle qui restitue l’intrinsèque puissance de l’individu, chacun unique face à la masse de l’univers. Alors oui, je dis « Vivent les localiers ! », vivent ceux qui vont voir, au plus près de nos préoccupations. Le public nous en est reconnaissant : il apprécie la compétence sur le terrain, la connaissance des hommes et des femmes, la cartographie au quotidien de ce qui nous entoure, et détermine le champ de nos consciences.

 

Pascal Décaillet

 

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25/01/2018

Occasion ratée

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Commentaire publié dans GHI - 24.01.18

 

La Suisse, à ma connaissance n’est pas le 51ème État américain. Elle ne fait pas, non plus, partie du Royaume-Uni. Ni du Commonwealth. On y parle quatre magnifique langues, surgies de notre Histoire : le français, l’allemand, l’italien, le romanche. C’est dans ces langues que le génie suisse s’exprime. Si vous êtes un personnage officiel de notre pays, vous avez de la chance : vous avez le choix, où que vous soyez en Suisse, entre quatre langues pour prendre la parole.

 

Bref, je n’ai pas aimé du tout entendre notre Président de la Confédération (contre lequel je n’ai rien, loin de là) s’exprimer en anglais dans son discours à Davos. Oh, il le parle fort bien. Mais il parle encore mieux le français, sa langue maternelle, ou l’allemand, qu’il maîtrise parfaitement, sans doute aussi a-t-il d’excellentes notions d’italien. Plus que tout autre, par sa culture personnelle, et sa richesse de connaissances sur ce qui touche la Suisse, Alain Berset avait, à Davos, une occasion : celle de délivrer, dans l’une de nos langues nationales, un message puissant face à l’aréopage cosmopolite de ce Forum.

 

Si j’avais été à sa place, j’aurais même dit quelques mots en romanche, cette langue superbe jaillie des entrailles rhétiques des Grisons. Histoire de bien leur montrer, à tous ces anglophones planétaires, à quel point la Suisse est belle et variée, respectueuse de ce qui est petit. Ancrée dans ses traditions, aussi, pour justement se projeter vers l’Autre. Oui, une occasion ratée. Au profit, hélas, d’une allégeance.

 

Pascal Décaillet

 

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24/01/2018

La politique, ça s'apprend dès l'école !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.01.18

 

En Suisse, c’est à partir de l’âge de 18 ans qu’on peut voter. Mais c’est bien en amont qu’il faut initier les jeunes à décortiquer le langage politique ! Comment imaginer, en 2018, dans un monde envahi par les messages, submergé d’invitations à voter pour X ou Y, que subitement, un jeune soit irradié, le jour de ses 18 ans, par les lumières de la compréhension politique ? Comment le serait-il, à moins d’un parcours personnel (ce qui est rare), si, dans les années précédentes, il n’a pas été initié à une lecture critique de ce que le monde politique pourra lui délivrer, toute sa vie, comme propagande ? Ce travail passionnant, aux confins de l’Histoire et de la linguistique, le seul acteur qui peut l’entreprendre à une grande échelle, de façon égalitaire, citoyenne, c’est l’école. Quelle école ? Mais celle de la République, l’école pour tous, celle qui est réputée nous donner des clefs pour nous aider à affronter la vie.

 

Ce travail d’initiation, il faut qu’il soit vivant, plaisant, excitant. Il doit faire de l’élève un acteur, et non juste un récepteur à qui on inculquerait, comme à une oie gavée, les notions de base sur le Grand Conseil, le Conseil d’Etat, le National, les Etats, le Conseil fédéral, etc. Beaucoup d’enseignants le font déjà, avec des débats citoyens, comme dans les parlements de jeunes, sur des thèmes d’actualité. Les élèves y tiennent des rôles, prennent position, apprennent à argumenter en écoutant l’adversaire, ce qui est loin d’être si facile.

 

Tout cela, c’est très bien. Mais il faut aller beaucoup plus loin : la parole médiatique, celle des journaux, des sites, des radios, des TV, doit être abordée de façon critique. Pour cela, il faut prendre le temps d’écouter des émissions, ou les visionner, démonter les mécanismes du langage, analyser le discours. Non pour condamner tel intervenant, mais simplement pour comprendre comment le langage, notamment l’oralité, fonctionne. Ces ateliers, qui existent déjà, doivent se multiplier : ça n’est pas un luxe, mais une absolue priorité pour former les citoyens de demain.

 

Il se n’agit pas de « faire de la politique à l’école ». Mais de faire de l’école le lieu privilégié où l’on acquiert les outils de compréhension du langage politique. Le sens critique, ça s’apprend. Ça s’aiguise. Et cet apprentissage, mené par des profs enthousiastes et éveillés, dans des ateliers et surtout pas dans des cours, doit avoir les vertus d’une mise en appétit. Ces lieux de vie, autour du langage, où la parole se capte avec un micro, puis s’écoute à plusieurs, doivent mettre en jeu le rapport de chacun avec l’expression orale. Chacun doit y être respecté. La formation doit se faire dans l’esprit d’un humanisme révélateur des qualités individuelles. Il faut qu’on s’y engage, qu’on y mette du sien, qu’on s’y engueule un peu, qu’on y éclate parfois de rire. Comme dans la vie. Oui, je rêve que l’école consacre beaucoup plus de temps à former des citoyennes et des citoyens. Et pas seulement des consommateurs. Ou des clients.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/01/2018

En être, ou ne pas être

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Commentaire publié dans GHI - 17.01.18

 

Il y a, dans le Forum de Davos, quelque chose de fascinant. Non qu’il existe, il en a bien sûr le droit. Non qu’il concentre, l’espace de quelques jours, une galaxie de pointures rappelant les plus étincelants bottiers de Milan. Non qu’il rayonne, depuis tant d’années, par une singulière légitimité auto-proclamée, dépassant de loin celle de toute réunion privée, ou mondaine, sur la planète. Rien de tout cela, non, non, non.

 

Ce qui stupéfie, c’est l’empressement des politiques, au plus haut niveau de la Confédération, à vouloir à tout prix paraître dans ce cliquetis qui brille et virevolte. En être, ou ne pas être ! A cet égard, il était particulièrement choquant d’entendre, sur une onde publique, un confrère déclarer que notre Président, Alain Berset, allait tout faire pour obtenir un entretien avec Donald Trump.

 

Choquant, parce que le Président des Etats-Unis a choisi de venir sur territoire suisse. A ce titre, c’est à lui, comme n’importe quel autre chef d’Etat, d’annoncer sa venue à M. Berset, et de solliciter un entretien, même de simple courtoisie, avec lui.

 

Mais l’inverse, Alain Berset accourant vers Donald Trump au milieu des pingouins dans les cocktails, voilà qui confirme Davos comme un îlot entre ploutocrates, indifférents aux nations et aux convenances, agissant, partout sur la planète, comme bon leur semble. Parce qu’ils seraient au-dessus des lois. Nous, les Suisses, sommes citoyennes et citoyens d’un tout petit pays. Mais tous, nous tenons à son honneur, surtout face aux géants, dans le concert des nations.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/01/2018

Être conservateur

 

Sur le vif - Jeudi 18.01.18 - 15.03h

 

Être conservateur, pour moi, ça n'est pas revenir au passé. Je l'ai déjà écrit ici : j'étais enfant dans les années soixante, elles me laissent certes une profonde nostalgie, mais je ne prétends pas pour autant qu'elles aient été meilleures qu'aujourd'hui.

 

Sur ce qui me passionne, en tout cas, l'acquisition des connaissances, les passerelles entre les différents domaines, il n'y a pas photo : enfant, puis ado, je passais mes jeudis et samedis à la Bibliothèque municipale, je dévorais les journaux et les encyclopédies. Aujourd'hui, tout cela, chacun d'entre nous l'accomplit face à son écran : internet est une invention absolument géniale pour tout esprit un peu curieux ! A cet égard, par exemple, pas question de refuser le progrès.

 

Non. Être conservateur, pour moi, ça n'est pas une marche arrière vers le passé. Mais, assurément, c'est le connaître. Dans toute sa complexité. En écoutant toutes les voix de nos ancêtres, celles des vaincus comme celles des vainqueurs, celles des maudits comme celles des sanctifiés. Rien de moins idéologique que la démarche historique : comprendre les événements d'Algérie (1954-1962), par exemple, en se passionnant tout autant pour la vision des générations de colons, entre 1830 et 1962, que pour celle des différentes factions de la Résistance algérienne, depuis l'Emir Abdel Kader jusqu'aux Accords d'Evian, en passant par les grandes figures de Messali Hadj et de Ferhat Abbas.

 

Être conservateur, c'est prendre acte du passé. Le monde n'a pas commencé avec nous. Il existe de puissants antécédents à notre irruption, il y a des chaînes de causes et de conséquences : tout cela, il faut l'étudier, en profondeur.

 

Lorsque les guerres des Balkans ont éclaté, en 1990, il y avait ceux, très rares, qui avaient étudié de près l'Histoire complexe et passionnante de cette région. Et puis, en face, la masse de ceux qui n' y connaissaient rien, et n'ont jugé ces guerres que sur les présupposés moraux que nous balançaient les intellectuels parisiens à chemise blanche, immaculée. Celui qui connaît l'Histoire se méfiera des jugements moraux. Il usera d'autres clefs de lecture.

 

Être conservateur, ça n'est pas refuser le présent : ce serait folie. Mais vouloir le vivre en respectant certaines valeurs qui vous semblent essentielles. L'humain, au centre de tout. Son épanouissement. La définition, par les communautés humaines, de projets collectifs, la seule réussite individuelle n'étant qu'un leurre. Le refus de l'économie spéculative, de casino. La présence de frontières, non pour isoler ni pour couper, mais pour définir les lieux d'appartenance. Le respect de l'environnement et des paysages. L'accès à la culture, pour tous. La lecture, à voix haute, dès les petites classes de l'école, des grands textes, avec la ponctuation bien marquée par la respiration. Avec le rythme, les silences, la mise en valeur de chaque syllabe, au bon endroit. Des lieux pour la musique, qui est au fond ma passion première : n'appelle-t-on pas cela un "Conservatoire" ?

 

Le Conservatoire, tiens musical par exemple, que doit-il nous transmettre ? Les compositeurs du passé, certes. Mais aussi, ceux d'aujourd'hui ! Toute musique est contemporaine. Et là, dans cet exemple, il s'agit tout autant de faire connaître, en les "conservant", les créations les plus audacieuses, les plus récentes, avec ce qu'elles impliquent de transgression pour nos oreilles, que les chefs d’œuvre de Brahms ou de Haendel.

 

Être conservateur, ça n'est pas aimer la poussière. C'est prendre la peine, délicatement, de souffler sur elle pour partager l'éclat de vie que les modernistes voudraient donner pour mort. Être conservateur, c'est cheminer vers l'idée, totalement révolutionnaire en soi, transgressive, insensée, de résurrection.

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2018

Cyril Aellen, meilleur élu : amplement mérité !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.01.18

 

Nous l’avons, ici même, il y a près de sept ans, repéré comme l’un des plus grands espoirs de la politique genevoise. Après avoir été, fort jeune, le dernier président du parti libéral genevois, il a traversé le désert, nous l’avons soutenu. Et puis, à la fin de la précédente législature, il a accédé au Grand Conseil. Immédiatement, il y a montré des qualités reconnues par tous, ceux de son bord comme ses adversaires : intelligence, clairvoyance, lisibilité. Sur le fond, un libéral plutôt dur. Sur la forme, un immense respect dans le dialogue, une écoute des arguments adverses, ne serait-ce que pour mieux les démonter. Bref, Cyril Aellen est le meilleur. Ce que nous affirmons, dans ces colonnes, depuis des années, ce sont maintenant ses pairs qui l’établissent : le député PLR, spécialiste notamment des Finances, est élu, par les siens, meilleur député de la législature 2013-2018, dans un classement annoncé lundi 15 janvier par la Tribune de Genève.

 

J’ai la chance de bien connaître Cyril Aellen. L’homme impressionne par son côté direct, franc et loyal, soutenu par la rectitude du regard, la clarté du verbe. Dans l’exercice de l’interview, la réponse est courte, charpentée sur l’essentiel, sans langue de bois, ni fioritures. Cela signifie que notre homme croit à la valeur intrinsèque de l’argument, parie sur l’intelligence du récepteur, sans chercher à l’entourlouper dans d’inutiles circonvolutions. A cet égard, il rappelle un autre député PLR, le philosophe Jean Romain, sans doute aussi un certain Pascal Couchepin, lui-même disciple de Mendès France. Cette mise en valeur, sobre et simple, de la démonstration, constitue un atout majeur de la méthode Aellen. Jamais la moindre attaque personnelle. Jamais d’écart. Juste la précision ciselée du propos.

 

Cyril Aellen est, profondément, un libéral. Au sens de la responsabilité individuelle. Cela m’a maintes fois amené, dans des discussions passionnantes avec lui, à l’affronter sur le rôle de l’Etat (capital à mes yeux, moindre aux siens), l’étendue de ce qui doit être régulé. Sur ce point, oui, nous divergeons. Mais quel plaisir, toujours, de confronter ses arguments aux siens, dans une recherche commune de l’intérêt public. Car cet avocat, à cet égard entrepreneur, ne saurait en aucune manière réduire la réussite humaine à l’aventure individuelle : il croit en la politique, en sa capacité de changer les choses. Nous sommes, avec lui, à des années-lumière du capitalisme de casino, avec ses boursicoteurs allumés comme des cigales par le cours de l’action. Dans le rapport de Cyril Aellen à la responsabilité individuelle, il y a toute la profondeur d’une origine rurale, on oserait presque dire « agrarienne ». Il y a, aussi, les lumières de l’héritage protestant. Bref, voilà un homme sur qui Genève peut compter. Sa première place, comme la deuxième de Jocelyne Haller et la troisième de Sophie Forster Carbonnier, est totalement méritée. Il est bon, parfois en politique, de parler aussi de ce qui se porte bien. En l’espèce, l’excellence, au service du bien commun.

 

Pascal Décaillet

 

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14/01/2018

Vanité des étendards

 

Sur le vif - Dimanche 14.01.18 - 18.22h

 

Longtemps passionné par l'Histoire des partis politiques (en Suisse, en France, en Allemagne), illuminé par les études d'Olivier Meuwly sur les sources et l'évolution du radicalisme en Suisse, je crois de moins en moins aux bons vieux partis, avec leurs fidèles membres, leurs grands-messes, leurs assemblées de délégués, comme relais du débat démocratique.

 

Oh, pour quelques décennies, ils seront sans doute encore là. Mais la politique change ! La démocratie directe, à commencer par la pratique de l'initiative populaire, fonctionne beaucoup plus par regroupements d'énergies autour d'un objectif, que par l'adhésion de toute une vie à telle paroisse, telle chapelle, avec ses médailles reconnaissantes pour trente, quarante ans de sociétariat.

 

Et puis, il y a les réseaux sociaux. Aujourd'hui, ile ne remplacent pas les partis. Mais demain ? Après-demain ? Sortis de l'âge du poste à galène (cf mon dernier texte sur le sujet), ils vont constituer, dans les années qui viennent, un mode de partage et d'acquisition des connaissances, de fédération des énergies dans tel ou tel combat ponctuel, qui pourrait bien rendre caduques les bonnes vieilles réunions hebdomadaires de comitards, avec leurs banderoles qu'on sort dans les grandes occasions, comme d'autres sortent la Madone pour la Fête-Dieu, leurs Cènes de la vie partisane, leurs petites trahisons, leurs Judas, leurs Passions à la petite semaine.

 

De quoi sont nés les partis ? De la liberté de réunion et d'association issue de la Révolution française. De la nécessité, aux aurores de la République, de se fédérer sous une bannière, la Gironde ou la Montagne, le Club des Jacobins. Dans les villages, défiler dans une même fanfare, avec son lieu de répétition à quelques dizaines de mètres de la fanfare rivale. Et puis, se réunir, boire des verres, monter des coups. Héroïque époque, avec ses grognards, sa geste et sa légende.

 

Tout cela, oui. Mais aujourd'hui ? Demain ?

 

Les partis ne sont pas morts, loin de là. Mais déjà, j'entrevois le temps où la politique se fera autrement que par batailles rangées sous la couleur des étendards. Gestion par objectifs, comme dans les initiatives ! Il n'est, au fond, exigé de personne, sauf dans un surmoi où le rêve le dispute à la folie, de passer sa vie dans le même parti, privilégiant ainsi la cimentation paroissiale, et la permanence du clan, à l'intérêt supérieur d'une communauté humaine.

 

Un jour, la politique se fera sans les partis. Mais rassurez-vous, pas tout de suite. Je vous laisse. J'ai mon Stamm.

 

Pascal Décaillet

 

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L'intérêt supérieur du public

 

Sur le vif - Dimanche 14.01.18 - 10.05h

 

Pendant mes premières années au Journal de Genève, puis mes 17 ans à la RSR, puis mes 12 ans comme entrepreneur indépendant, je n'ai jamais varié d'un iota dans ma manière de faire du journalisme. Selon que je travaille pour un média public ou privé.

 

Dans les deux cas de figure, j'ai toujours exercé mon métier en m'adressant à des citoyennes et des citoyens, sur des sujets jugés par moi comme relevant de l'intérêt collectif. La politique. Mais aussi la culture. A des citoyens, et jamais à des "clients" !

 

À GAC, ces derniers mois, nous avons fait des émissions spéciales sur le soufisme en Égypte suite aux attentats du Sinaï, sur Boko Haram et les horreurs commises dans le Sahel, sur l'islamisme meurtrier dans la corne de l'Afrique (suite aux attentats de Mogadiscio), sur les multiples visages du Liban, sur l'Iran, sur la politique américaine au Moyen Orient, sur l'indépendantisme catalan. Sur la crise de l'industrie lourde à Genève. Nous avons présenté des artistes, des musiciens, des chefs d'orchestre, des metteurs en scène, de passage à Genève. Tout cela, en plus de la couverture intensive de l'actualité politique genevoise, et fédérale aussi.

 

Où est la berlusconisation ?

 

Mes confrères et consœurs de Léman Bleu, œuvrant pour d'autres émissions de la chaîne, travaillent tous, avec passion, dans le même état d'esprit : au service du public, de l'information, de la proximité. Je pense pouvoir dire la même chose des gens de La Télé, de Canal 9, etc.

 

En quoi, parce que c'est privé, est-ce de moindre exigence, dans l'ordre de l'intérêt supérieur du public et de l'ouverture à l'autre, que si c'était public ?

 

Pascal Décaillet

 

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12/01/2018

Eloge des réseaux sociaux

 

Sur le vif - Vendredi 12.01.18 - 12.55h

 

Les réseaux sociaux, j'y crois dur comme fer. Ils peuvent devenir le vecteur d'informations et de partage citoyen de demain. La possibilité, pour chacun, de contribuer à une forme d'intelligence collective, constitue une avancée majeure. Je plaide ici contre la cléricature longuement détenue par ma profession, c'est ainsi, c'est le sens de l'Histoire.

 

Seulement voilà. Pour que les réseaux accèdent au stade de médias, il faudrait qu'ils s'activent à sortir de leur maladie infantile : mélange total entre vie privée et publique, fausses nouvelles (ne le nions pas, tout de même), primat de l'éruptif sur le réflexif, etc.

 

Maladie infantile : je fais souvent la comparaison avec les premiers postes à galène, apparus au début du vingtième siècle, ancêtres de la radio.

 

Quelques originaux avaient chez eux un émetteur TSF. Ils s'en servaient pour des conversations privées, entre eux, sans le moindre intérêt collectif. Et puis, un jour, avec exactement la même technique, on a commencé à inventer la radio, au tout début des années 1920. Et puis, un autre jour encore, ces radios ont commencé à faire de l'information.

 

Comme les structures coûtaient très cher, et que l'enjeu était une aubaine pour toutes sortes de propagandes (et pas seulement dans les régimes totalitaires), ce sont les Etats qui ont géré les radios, puis (dès le début des années 50) les TV. Cela s'est appelé l'ORTF. Cela s'est appelé la BBC. Cela s'est appelé la RAI. Cela s'est appelé la SSR. Elle était loin, très loin, l'époque individualiste des conversations farfelues, sur les postes à galène.

 

Les réseaux sociaux, comme les premiers postes à galène, doivent évoluer vers les notions d'intérêt collectif et de service public. Ils doivent à tout prix conserver le génie de liberté d'expression et d'universalité des auteurs qui constitue, aujourd'hui, leur puissance d'attraction. Oui, un média pour tous, et non pour les seuls clercs. Mais cheminant, au fil des ans, de la carte postale purement privée, vers une aventure plus collective, plus orientée sur la recherche de l'intérêt commun. Cela, tout en laissant la parole à tous.

 

Les médias traditionnels peuvent se contorsionner tant qu'ils le veulent, se draper dans leur rôle de gardiens du Temple, ils ne freineront pas l'émergence des réseaux. Pas plus que les journaux, il y a un siècle, n'ont empêché l'avènement de la radio. Ni la radio, celui de la TV. Ni tout cela, l'arrivée d'Internet en 1995.

 

Nous en sommes encore au poste à galène. À l'ère infantile. Mais les réseaux vont évoluer, dans les années qui viennent. A cet égard, la responsabilité individuelle de chaque contributeur est en cause. A chacun d'entre nous de décider quelle pierre - ou quelle fenêtre - il entend apporter à cette passionnante architecture collective.

 

Pascal Décaillet

 

 

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11/01/2018

Ecrire pour tous

 

Sur le vif - Jeudi 11.01.18 - 10.49h

 

Lorsque je m'exprime, dans un commentaire politique, ici ou ailleurs, je ne le fais JAMAIS à l'attention de mes seuls pairs. Ni d'un parti. Ni de la droite. Ni de la gauche. Ni d'une quelconque faction.

 

Lorsque j'écris, c'est pour tous. Toutes les citoyennes. Tous les citoyens. Toutes les tranches d'âge. Toutes les nationalités. Toutes les conditions sociales, avec un grand respect pour les plus modestes, les plus délaissées. Toutes les religions, ou absences de religion, sans JAMAIS en stigmatiser aucune.

 

Toutes les personnes qui veulent bien - et je les en remercie - prendre deux ou trois minutes pour me lire.

 

Trop de journalistes, tétanisés par l'ambiance de Jugement dernier de certaines séances de rédaction, n'écrivent, ou ne prennent la parole, que pour plaire à leurs pairs. Ou à l'armée de séraphins de leurs hiérarchies.

 

Cette forme d'angoisse face aux semblables ne produit que de l'autocensure et de la complaisance. Elle est négatrice de liberté, castratrice , étouffante. Elle suinte le cercle fermé, sans la moindre fenêtre ouverte sur la vraie vie, celle qui palpite en-dehors de nos consciences.

 

Pascal Décaillet

 

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Prends garde à toi !

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Commentaire publié dans GHI - 10.01.18

 

Celui qui veut monter Carmen est libre. Tout créateur est libre. Il a le droit de faire de Carmen un homme, d’en faire à la fin la tueuse plutôt que la victime, de placer l’action en Norvège plutôt qu’en Espagne, aucun problème. Ainsi fonctionnent les variantes : tout étudiant s’étant frotté aux mythes grecs, avec leur infinité de possibles, le sait bien.

 

Simplement, si on touche la moindre virgule au texte de Mérimée, ou la moindre note à la musique de Bizet, ça n’est plus ce Carmen-là. Mais une autre, qui a parfaitement le droit d’être. Toute œuvre est adaptation, toute nouvelle lecture passe par une forme de transgression. Toute nouvelle variante passe par la petite mort de l’auteur initial, ou tout au moins du précédent.

 

D’ailleurs, qu’est-ce qu’un auteur initial ? Ni Molière ni Mozart ne sont celui de Dom Juan, ni Hölderlin ni Brecht ne sont ceux d’Antigone, et sans doute pas même Sophocle. Versions antérieures, orales, perdues, retrouvées dans des légendes balkaniques. Infinité du prisme : c’est cela, la troublante fragilité du mythe.

 

Donc, oui, on peut revisiter la fin de Carmen comme on l’entend. Il ne faut juste plus la présenter comme celle créée le 3 mars 1875 à l’Opéra-Comique. Et, il faut, surtout, se montrer artistiquement à la hauteur de la dénaturation. En l’assumant. En lui donnant du sens. Et pas seulement, pour faire plaisir au vent des modes. Et là, toi le metteur en scène, si tu transgresses cela, alors oui, prends garde à toi !

 

Pascal Décaillet

 

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