14/01/2019

Rosa Luxemburg : cent ans demain !

 

Sur le vif - Lundi 14.01.19 - 15.43h

 

Point n'est besoin d'être communiste, encore moins Spartakiste, pour admirer le personnage historique de Rosa Luxemburg (1871-1919). Pour ma part, comme vous le savez, je me passionne depuis des décennies pour la Révolution allemande, celle qui a commencé le 9 novembre 1918, l'avant-veille de l'Armistice, et s'est étendue sur une bonne partie de l'année 1919, à certains égards même jusqu'en 1923.

 

Dans les premières semaines de cette Révolution, Rosa Luxemburg, assassinée à Berlin avec Karl Liebknecht le 15 janvier 1919, a joué un rôle majeur. Il faut imaginer ce qu'a été le climat politique dans l'Allemagne vaincue de novembre 1918, et dans les mois qui ont suivi. Nous étions juste un an après la Révolution russe. Des Soviets locaux ont été proclamés dans des villes allemandes, avec des moments de confrontations très durs en Bavière.

 

D'un côté, les Spartakistes. De l'autre, les nationalistes, constitués en Corps-francs. Pour la plupart, des démobilisés de la Grande Guerre, totalement hostiles à l'Armistice, adeptes de la théorie du coup de poignard (Dolchstoss) des politiques sociaux-démocrates contre l'Armée allemande, pas vraiment défaite sur le terrain. D'ailleurs, nulle portion de territoire allemand n'avait été touchée par les combats.

 

C'est dans ce contexte qu'est intervenu, il y aura cent ans demain (15 janvier 1919), la mort de Rosa Luxemburg. Je ne suis pas de son camp, et ne l'aurais certainement pas été à l'époque. Mais c'était une femme d'un immense courage et d'une grande intelligence historique et politique. Nul ne peut comprendre la suite de l'Histoire allemande, notamment les causes de l'avènement du Troisième Reich, quatorze ans plus tard (30 janvier 1933), sans passer par une étude approfondie de la Révolution allemande de novembre 1918.

 

S'il me fallait ne vous recommander que deux livres, deux chefs d’œuvre, ce seraient "November 1918" d'Alfred Döblin (publication intégrale 1949-1950), et "Die Geächteten", d'Ernst von Salomon, "Les Réprouvés" (1930). Il y raconte l'Histoire des Corps-francs.

 

Passionné d'Histoire allemande, j'aurai demain, 15 janvier 2019, une pensée pour Madame Rosa Luxemburg.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/01/2019

Affaire Maudet : une issue, sans tarder !

 

Sur le vif - Dimanche 13.01.19 - 16.16h

 

L'affaire Maudet, sans tarder, doit trouver une issue. Pour la seule raison qu'à n'en plus finir, à l'excès, elle met en avant un homme. On aime ou non cet homme, chacun est libre. On le défend ou on l'attaque. On veut son maintien ou son départ. Mais il devient parfaitement insupportable qu'un seul homme, quelle que soit sa valeur, accapare autour de lui tant d'énergies intellectuelles, dans le champ politique.

 

Insupportable, parce qu'en politique, surtout en Suisse, les idées priment sur les personnes. Les thèmes (mitage du territoire, imposition des entreprises, assurances sociales, primes maladie, remboursement des soins dentaires, retraites, relations CH-UE, etc.) sont un million de fois plus intéressants que le plus intéressant de nos politiciens.

 

Au moment où nos voisins français, à la faveur du mouvement des gilets jaunes, redécouvrent enfin cette primauté des thèmes sur les personnes, avec des revendications précises sur l'invention de nouvelles formes de démocratie directe (le RIC), nous donnons, dans notre Canton de Genève, avec l'affaire Maudet, une piètre image du débat démocratique. Alors que nous, les Suisses, sommes justement cités en exemple, dans toute l'Europe, et notamment en France, pour notre système de démocratie directe.

 

De grâce, il faut, dans un sens ou dans l'autre, régler l'affaire Maudet. Il faut la solder de tout compte. Il faut que ce règlement soit politique. Car le champ de la politique, c'est la politique elle-même, et non les juges. Si le parti de Pierre Maudet n'est pas capable, mardi soir à Uni Dufour, de trouver une issue claire - et non une impasse - à cette affaire, alors, il faudra engager d’autres forces du champ politique.

 

Pour rappel, la politique n'appartient en aucun cas aux seuls élus. Encore moins aux partis. Elle appartient, dans un périmètre donné, à l'ensemble des citoyennes et citoyens. Au moment où, pour le découvrir enfin, nos amis français bravent le froid, l'hiver, les CRS, nous Genevois, soyons dignes de notre démocratie suisse : priorité absolue des thèmes sur les personnes, responsabilité des citoyens. S'il le faut, prise en charge directe, par ces derniers, du destin commun.

 

S'il le faut, oui. Si les partis, les élus, les corps intermédiaires se complaisent dans l'impasse, alors oui : l'issue devra être définie par le suffrage universel. Ce sera peut-être cela, la leçon de l'interminable, l'insupportable affaire Maudet.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Des miliers de vérités humaines

 

Sur le vif - Dimanche 13.01.19 - 00.32h

 

Gilets jaunes : seule l'addition patiente - et critique - des dizaines de milliers de vidéos de portables, diffusées sur les réseaux sociaux, permettrait de donner une idée à peu près correcte des événements.

 

L'addition d'images brutes, non traitées, non montées, non mixées, non mises en scène par un récit, non commentées par une voix off.

 

Surtout, l'addition de vidéos citoyennes. Et non la fabrication de l'image par les TV pro-pouvoir, en tête desquelles l'ahurissante BFMTV. Mais les autres, aussi, toutes celles qui ont reçu consigne du CSA de "calmer les esprits".

 

Dans la passionnante émergence des réseaux sociaux - vous savez ce que j'en pense, et à quel point j'y suis actif - la crise des gilets jaunes aura été un moment majeur.

 

Je l'ai dit, je le répète : une fois expurgés de leurs péchés de jeunesse, les réseaux sociaux, avec leur partage horizontal des connaissances, leur complexité plurielle, leur absence de leader et de hiérarchie, constitueront demain le principal vecteur de transmission des informations.

 

Ils changeront non seulement notre rapport au savoir, mais notre relation au pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

11:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/01/2019

Bon vent, Romain !

 

Sur le vif - Samedi 12.01.19 - 18.46h

 

Le passage de mon confrère et ami Romain Clivaz chez Karin Keller-Sutter est une excellente nouvelle pour Mme Keller-Sutter, et une très mauvaise nouvelle pour la RSR. Avec lui, c'est un ultime bastion de liberté intellectuelle et de résistance à la pensée formatée qui prend congé d'une rédaction clairement appauvrie par ce départ.

 

J'écris cela, alors que Romain est PLR, pas moi. Il est économiquement libéral, pas moi. Il est sans doute pour les bilatérales et la libre circulation, pas moi. Mais ces différences - comme celles que je puis avoir avec un Cyril Aellen - n'ont aucune importance, face à l'essentiel : la volonté d'être des hommes libres, des esprits libres, des caractères amis, désireux, chacun à sa manière, de servir le bien public.

 

Bon vent, Romain !

 

Pascal Décaillet

 

19:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/01/2019

La CPEG, le soleil, la pluie

 

Sur le vif - Vendredi 11.01.19 - 14.55h

 

Dans l'affaire de la CPEG, le Parlement a voté deux lois, parfaitement contradictoires. Il a voté pour la pluie. Et il a voté pour le soleil.

 

Du coup, chacune de ces deux lois est attaquée par référendum. Les partisans de la pluie attaquent la loi solaire ; ceux du soleil attaquent la loi pluvieuse.

 

Si chacun de ces référendums obtient les signatures nécessaires, ce sera le peuple qui tranchera. Avec exactement les mêmes débats, les mêmes arguments, la même frontalité antagoniste, qu'en décembre, au sein du Parlement.

 

Exactement les mêmes débats, mais avec plus d'ampleur : des dizaines de milliers de votants, plutôt que cent.

 

Pour ma part, je me réjouis infiniment que le peuple tranche. Je suis, comme vous savez, pour un maximum d'interventions du suffrage universel, sur les grands sujets de fond. L'avenir des retraites des fonctionnaires en est un.

 

Mais enfin, si c'est pour avoir, au sein du peuple, exactement les mêmes débats qu'au Parlement, le vote de ce dernier n'ayant finalement servi à rien, ne serait-il pas plus simple, à l'avenir, je veux dire dans les années, les décennies, les générations qui viennent, de mettre au point un système où le suffrage universel décide directement ?

 

On laissera bien sûr aux parlementaires le soupesage des virgules, la conciergerie et le toilettage législatifs. Et les grands airs à la Cathédrale, au moment des Grandes Orgues.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/01/2019

L'essentiel, c'est le combat

 

Sur le vif - Jeudi 10.01.19 - 15.34h

 

Arrogance déracinée de Macron, qui entend "organiser le débat national". Depuis quand un chef d'Etat, depuis quand un exécutif organisent-ils des débats ? Il veut lancer "Élysée à Chaud" ?

 

Le débat, depuis des semaines, a sacrément commencé ! Il a lieu entre les Français, ceux qui manifestent, et puis tous les autres. Le débat n'attend pas Macron pour s'amorcer.

 

C'est au peuple de France lui-même de mener le grand débat national. Et non aux élites macroniennes, totalement coupées du réel, juste en réseau de connivence et de consanguinité avec les petits marquis du régime, les Cohn-Bendit, les BHL, les BFMTV.

 

Et puis, quoi ? Dans un processus où on s'empare d'un nouveau droit, je ne suis pas sûr (comme dans la vie, en général) que le "débat" soit l'essentiel.

 

L'essentiel, c'est le combat.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/01/2019

Démocratie directe : mon credo, depuis tant d'années !

 

Sur le vif - Mercredi 09.01.19 - 16.44h

 

Depuis de longues années, je dénonce les limites, faiblesses et consanguinités de la démocratie représentative. En parallèle, je dis les mérites de la démocratie directe, notamment l'initiative populaire fédérale, telle que nous la connaissons en Suisse.

 

Depuis de longues années, toujours, j'appelle à un élargissement, pour les générations qui viennent (oh, cela prendra du temps), du champ d'action de la démocratie directe. Les nouveaux outils dont nous commençons à disposer, notamment le partage des connaissances sur les réseaux, nous conduiront à cette évolution.

 

Vouloir davantage de démocratie directe, et assurément (en ce qui me concerne) une démocratie représentative plus modeste, moins personnalisée, orientée sur la fabrication des lois, ne confisquant pas le débat aux citoyens, c'est ma position, depuis très longtemps. Plus de deux décennies.

 

Il n'y a là aucune espèce de combat contre les institutions, pas plus que chez les gilets jaunes. Non : il y a, dans ma démarche, un combat pour une ÉVOLUTION DES INSTITUTIONS. Vers davantage de démocratie directe.

 

Il est donc totalement vain de traiter "d'anti-institutions" ceux qui veulent augmenter les droits populaires. Ils combattent, simplement, à l'intérieur du champ républicain, POUR D'AUTRES INSTITUTIONS, renouvelées.

 

En aucun cas, mon combat n'est celui de la rue. Si vous saviez à quel point, depuis l'âge de 10 ans (Mai 68), je déteste la rue ! Mon combat est profondément institutionnel. Il plaide pour l'institution élargie de la démocratie directe. Et pour un rôle redéfini des élus : qu'ils fassent des lois ; qu'ils contrôlent les exécutifs ; mais ils sont au service du peuple, et non l'inverse. Et surtout, le débat politique ne leur appartient pas.

 

Il appartient à l'ensemble des citoyennes et citoyens, dans le périmètre d'une nation, dans la profondeur historique d'une mémoire, dans leur capacité à inventer un destin commun.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Après, on discutera

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.01.19

 

Le plus fou, c’est de lire, sous des plumes suisses, que la démocratie directe ne serait pas faite pour les Français. Comme si génétiquement, par nature, nos amis d’Outre-Jura se trouvaient inaptes à l’exercice des droits populaires.

 

Mais qui sommes-nous, les Suisses, pour venir décréter que le suffrage universel, sur des objets thématiques, conviendrait davantage, en soi, à un peuple, plutôt qu’à un autre ? Et qui serions-nous, pour administrer des leçons de démocratie à un voisin qui, à la fin du dix-huitième siècle, a donné au monde une universelle leçon d’affranchissement ? Pas seulement en congédiant la monarchie, mais en jetant des bases républicaines dont tant de pays, dans le monde, se sont inspirés.

 

A la vérité, ceux qui proclament l’inaptitude foncière des Français à cet exercice, sont les mêmes qui, chez nous, combattent la démocratie directe. La plupart du temps, ce sont des élus, dans des Parlements cantonaux ou aux Chambres fédérales. Par corporatisme consanguin, ils défendent bec et ongles la démocratie représentative, aussi essoufflée soit cette dernière. En Suisse, ils n’ont toujours pas admis que la démocratie directe était partie prenante de notre système, non comme anomalie, mais comme institution.

 

A ces gens-là, confiscateurs de démocratie, la seule réponse à donner est la vitalité citoyenne. La politique nous appartient, à tous. Et certainement pas aux seuls élus ! Qu’ils commencent déjà à appliquer correctement les initiatives votées par le peuple. Après, on discutera.

 

Pascal Décaillet

 

13:41 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Suisses, applaudissons les Gilets jaunes !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.01.19

 

Nous les Suisses, avons une chance extraordinaire, que tant de voisins nous envient : grâce à notre démocratie directe, nous pouvons, quatre fois par an, nous prononcer sur le fond de la politique : les thèmes. Exemple : le dimanche 10 février, nous voterons sur un sujet majeur, l’initiative des Jeunes Verts sur le mitage du territoire. Un enjeu passionnant, qui charrie tout notre rapport à la ville et à la campagne, à l’aménagement de nos paysages, à l’agriculture, etc. Nous voterons, pourquoi ? Parce qu’à la base, un petit comité d’hommes et de femmes – les Jeunes Verts – a décidé qu’il était essentiel pour le pays de lancer ce sujet, avec un vaste débat national, des arguments, des idées contradictoires, et un beau dimanche, le verdict. C’est cela, notre démocratie suisse, cela qui est si précieux : pouvoir, nous les citoyennes et citoyens, nous attaquer directement aux thèmes.

 

Regardez nos amis français : la principale revendication des gilets jaunes (à part le pouvoir d’achat) est d’accéder à une forme d’expression directe du suffrage universel sur les thèmes. Ils appellent cela le référendum d’initiative citoyenne (le RIC), et c’est, dans les grandes lignes, l’équivalent de notre initiative populaire fédérale, en Suisse. En clair, des dizaines de milliers de Français bravent l’hiver, le froid, les CRS, pour obtenir, notamment, davantage de démocratie. Sur le fond, et bien sûr en condamnant les violences et débordements, la démarche est absolument admirable : elle est courageuse, imaginative, offensive, d’intérêt public, elle vise à une élévation du niveau de démocratie en France.

 

Nous les Suisses, cette démocratie dont rêvent les gilets jaunes, nous l’avons. Parce que d’autres, dans notre Histoire nationale, bien plus conflictuelle que son image d’Epinal, les ont conquis, ces droits ! Eh bien, nos amis français, dont les ancêtres en ont conquis d’autres, également admirables, se battent aujourd’hui pour obtenir des droits comparables à ceux de notre démocratie directe. Nous, Suisses, quel que soit notre positionnement politique, cela devrait nous parler, non ? Pour ma part, j’admire les gilets jaunes. J’admire leur courage, leur détermination, leur endurance, leur opiniâtreté. Je les admire, parce qu’ils ouvrent des voies pour une France plus démocratique, où la base serait écoutée, où le peuple deviendrait, comme chez nous, un acteur de la vie politique.

 

Un acteur, et non un sujet. C’est le principe même de cet immense moment de l’Histoire humaine qui, à partir de 1789, s’est appelé la Révolution française. Aujourd’hui aussi, certaines féodalités doivent tomber, et pas seulement en France ! Les corps intermédiaires ont pris trop d’importance, ils confisquent tant de droits, que le suffrage universel pourrait assumer directement. Il ne s’agit pas de créer une démocratie d’opinion, où un simple clic suffirait à décider. Non : il s’agit, dans les années et les générations qui viennent, de donner au plus grand nombre la possibilité, par des voies institutionnelles (et non par la rue !) de peser sur le destin des nations. A tous, excellente Année 2019 !

 

Pascal Décaillet

 

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08/01/2019

Des sujets ? Non, des citoyens !

 

Sur le vif - Mardi 08.01.18 - 10.05h

 

Gilets jaunes : nous avons dépassé depuis longtemps le stade de la simple jacquerie.

 

La thèse de la jacquerie, on peut la suivre tant qu'il ne s'agit que de pouvoir d'achat, revendication d'ailleurs parfaitement légitime.

 

Mais en parallèle, il y a l'immense aspiration à de nouvelles formes d'expression démocratique.

 

Nous n'avons donc absolument pas affaire à de simples SUJETS signifiant leur colère à leur maître, prêts à se laisser calmer par le miracle d'un Grenelle. Mais à des CITOYENNES ET CITOYENS, debout, frontalement érigés face au dernier représentant de l'ordre ancien. Pour lui signifier, qu'il le veuille ou non, l'inéluctable avènement d'un nouveau monde.

 

Ils ne sont pas pressés. Le temps est avec eux. L'Histoire est avec eux. Partout en Europe, gronde la voix des peuples. Partout, dans les décennies qui viennent, la démocratie directe va monter en puissance, la démocratie représentative (issue du temps des diligences) va perdre du terrain. Elle en aura trop fait, dans l'ordre du consanguin, pour se régénérer.

 

Pendant ce temps, les petites coteries parisiennes, celles des BHL et des Cohn-Bendit, celles de l'ineffable BFMTV, celles qui s'agrippent et s'agglutinent au pouvoir, attirées par ce dernier comme des éphémères sur un réverbère, n'en peuvent plus de nous jouer le registre de la morale, celui des conventions et bonnes manières, parce que le bruit de la rue les incommode.

 

Surtout, ils crèvent de trouille. Ils savent que la chute de Macron ouvrirait la porte à autre chose. Un "autre", totalement imprévisible. Angoissant. Vertigineux.

 

La porte ouverte, aussi, en matière européenne, dans les droits populaires, dans la réaffirmation de la souveraineté nationale, à une partie du programme de la rivale d'Emmanuel Macron au second tour 2017. Celle qui avait certes perdu. Mais n'avait jamais, en valeur absolue, réuni tant de millions de voix pour son mouvement.

 

Un jour ou l'autre, le fantôme de ces voix méprisées viendra se rappeler à notre bon souvenir. Il a même méchamment commencé.

 

La France a besoin de retrouver le fil narratif de son roman national.

 

Elle a besoin de souveraineté. De justice sociale, à l'interne. De démocratie directe. Pour avoir allègrement ignoré, voire bafoué, ces aspirations fondamentales, Macron est condamné, non au sort de Louis XVI en 1793, mais assurément à celui de Charles X en 1830. Ou de Louis-Philippe, en 1848.

 

 

Pascal Décaillet

 

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07/01/2019

Gilets jaunes et Révolution : réflexions sur une référence

 

Sur le vif - Lundi 07.01.19 - 14.38h

 

Les gilets jaunes convoquent la mémoire de la Révolution française. Ils ont parfaitement raison, c'est une référence de taille. Et ceux qui, de Suisse, ricanent, feraient bien de lire quelques livres. La Révolution est l'une des périodes ayant, depuis quarante ans, le plus nourri mes lectures : s'il fallait n'en recommander qu'une seule - parmi des centaines - ce serait l'Histoire de la Révolution française, par Jules Michelet (1798-1874).

 

Il faut lire ce chef d’œuvre, pour saisir toute l'universalité de ce qui, en en France, fut accompli à partir de 1789. Le chute de la monarchie, la proclamation de la République, les guerres courageuses (et victorieuses !) menées par les Soldats de l'An II contre toutes les têtes couronnées d'Europe, impatientes d'imposer le retour à l'Ancien Régime. Pour moi, l'épisode ne dure pas dix ans, mais vingt-six, jusqu'à Waterloo (18 juin 1815). Et les grandes idées républicaines, après un dix-neuvième siècle chaotique, fait de flux et et de reflux, s'imposeront à partir de 1870, avec juste l'éclipse de Vichy (1940-1944).

 

Il n'y a aucune espèce de grandiloquence, face au mouvement très important des gilets jaunes, à évoquer les références de la Révolution. L'Histoire, certes, ne se répète jamais, tout au plus bégaie-t-elle, ou laisse-t-elle perler quelques bribes de réminiscences. La Révolution elle-même, en parfaite contemporanéité de ses propres événements, n'a cessé de se nourrir de références historiques, puisant notamment dans l'Antiquité, où il était question d'un ordre de pouvoir, secoué par le désordre d'un moment. Les Romains, déjà, puisaient chez les Grecs leurs mythes révolutionnaires. La littérature, toujours, se nourrit d'elle-même. J'ai suivi, en 1978, un passionnant colloque universitaire, interdisciplinaire, sur ce thème. J'y avais fait un exposé sur Thucydide, et la révolte des Cités grecques, dans sa Guerre du Péloponnèse.

 

Il n'est pas excessif de considérer dans les gilets jaunes l'aspiration à un changement de régime. Il ne s'agit pas de prendre congé de la République ! Mais de la faire évoluer, comme cela s'est toujours produit dans les deux derniers siècles. 1848 renoue avec 1792. 1870 avec 1848. 1944 (la Libération) nomme Commissaires de la République les libérateurs régionaux. 1958 (retour de Charles de Gaulle) restaure l'idée (déjà bien présente chez une partie des Révolutionnaires) d'un exécutif fort.

 

Non, les gilets jaunes ne veulent pas détruire la République. Ils veulent, au contraire, sa résurrection. En se battant pour une démocratie directe agissant (comme en Suisse) sur les thèmes, ils embrassent le discours et la pensée d'une partie des Révolutionnaires, ceux qui voulaient le pouvoir au peuple. Déjà dans la dernière décennie du dix-huitième siècle, ces derniers étaient en confrontation directe avec les adeptes de la démocratie représentative, c'est dire si la dialectique de silex entre les uns et les autres est ancienne. Le paysage politique français, ses grandes lames tectoniques, n'ont, malgré la valse des étiquettes, presque pas changé, depuis la Révolution.

 

Je n'ai parlé ici que de l'ordre institutionnel. En attendant d'y revenir, je n'ai pas encore parlé de l'ordre économique, ni social. Ni de l'extraordinaire aptitude d'Emmanuel Macron à jouer (contre son gré !) la caricature de l'Ordre ancien. Ni celle des coteries parisiennes, médiatiques notamment, à jouer les Fermiers généraux, intendants, valets du pouvoir, et autres intermédiaires que l'idéal révolutionnaire, justement, se promettait d'éradiquer.

 

Je reviendrai sur ce sujet des gilets jaunes, qui me passionne. J'ignore si c'est une Révolution. Mais une chose est sûre : nous avons dépassé, depuis un sacré moment, le simple stade de la révolte.

 

Pascal Décaillet

 

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06/01/2019

L'Europe ? Non, l'Allemagne !

 

Sur le vif - Dimanche 06.01.19 - 12.16h

 

Le drapeau européen qui flotte dans les pays d'Europe centrale et orientale, c'est en fait le drapeau allemand, camouflé sous le paravent de la bannière aux douze étoiles.

 

Réunifiée dans des conditions d'une vulgarité inouïe (la DDR, purement et simplement rachetée à coups de milliards par l'Ogre Kohl), l'Allemagne accomplit aujourd'hui pacifiquement le grand dessein où elle a, naguère, échoué par d'autres voies.

 

L'accomplissement de ce dessein a été mis en route, entre 1740 et 1786, par un souverain de génie, le Roi Frédéric II de Prusse. Il se réalise d'aujourd'hui, sans bruit ni fureur, et même avec la bénédiction des bonnes consciences, sous prétexte qu'il fallait à tout prix abattre le communisme, faire reculer l'influence russe en Europe.

 

Commercialement, économiquement, l'Allemagne de 2019 est omniprésente sur les marchés de l'Est. Elle y est revenue silencieusement, par les mêmes couloirs de pénétration que ceux du 22 juin 1941. Et tout le monde applaudit !

 

Et les grands naïfs, incapables de percevoir les mouvements tectoniques de l'Histoire, encore moins la permanence du tragique, s'émerveillent face aux douze étoiles européennes en Europe centrale et orientale. Inaptes à lire, en palimpseste de cette bannière, la réalité de l'influence allemande retrouvée, sur les Marches de l'Est.

 

Un jour, le château de cartes européen s'effondrera. Mais les innombrables points d'appui allemands, installés sous prétexte européen en Europe centrale et orientale, demeureront. L'illusion multilatérale partie en fumée, demeurera la permanence des intérêts nationaux. 

 

Adolescent, en Allemagne, j'étais fasciné par le Chancelier au pouvoir. Il s'appelait Willy Brandt (1969-1974). C'était un social-démocrate. Il avait passé les douze années de Troisième Reich en exil. Il était devenu Maire de Berlin. Chancelier, il s'était agenouillé à Varsovie, devant le Mémorial du Ghetto. Il avait inauguré une politique, géniale à mes yeux, d'ouverture à l'Est, l'Ostpolitik.

 

C'était un homme d'exception. Et son rapport, à lui, avec les voisins immédiats de la République fédérale, à l'Est (à commencer par la DDR), avait une autre tenue, une autre ambition, d'autres horizons intellectuels et culturels, nourris notamment par son ami, l'immense romancier Günter Grass (un Allemand de Dantzig !), que la gloutonnerie vulgaire de Kohl, lorsqu'il a purement et simplement racheté l'Allemagne de l'Est.

 

La dignité de la Prusse méritait mieux. Un jour, elle se rappellera à notre bon souvenir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/01/2019

Les Fermiers généraux de l'Ancien Monde

 

Sur le vif - Samedi 05.01.19 - 18.45h

 

Le mouvement des gilets jaunes ne fait que commencer. A peine s'est-il atténué pour les Fêtes, et encore ! Méfions-nous des images du pouvoir, véhiculées par les TV du pouvoir, au premier plan desquelles l'ineffable chaîne continue BFMTV. En vérité, en bien des endroits, notamment en Province, le mouvement n'a strictement connu aucun ralentissement, juste une trêve de Noël.

 

Nous sommes en 2019, les gilets jaunes sont là, plus que jamais. Et plus que jamais, les médias du pouvoir, ou des coteries parisiennes, continuent de s'inviter les uns les autres, entre eux, en intestine connivence, pour condamner, vouer aux gémonies, traiter de fascistes, des hommes et des femmes qui, simplement, infatigablement, nous clament leurs deux revendications principales : de la dignité, de la démocratie.

 

Las ! Entre consanguins, on continue de ne frayer qu'entre soi. Quérir la mille-et-unième interprétation d'éditorialistes parisiens ayant fait, depuis Mai 1968, dont ils sont directement issus, mille-et-une fois le tour des mille-et-un salons de la Ville-Lumière.

 

Comme des guetteurs mélancoliques, ils pourchassent de leurs rêves le moindre "essoufflement" du mouvement. Ah, être le premier à proclamer le début de la fin, la reprise en mains par Macron, la normalisation. Ah, que tout puisse rentrer dans l'ordre !

 

Quel ordre ? Mais le leur, pardi ! Celui qui préside à leurs colloques, dans les allées du pouvoir. L'ordre libéral, de Macron. L'ordre de l'Euro. L'ordre de Bruxelles. L'ordre des médiateurs, qui expliquent au peuple ce qui est bon, juste, moral. L'ordre des élus. L'ordre des clercs, et des cléricatures. L'ordre de la haute finance, qui a soutenu, avec tant d'ardeur, l'actuel Président, lors de sa campagne en 2017. L'ordre multilatéral. Surtout, ne rien changer. Surtout, que les Gueux fassent moins de bruit. Surtout, qu'ils se calment, on ira jusqu'à Grenelle, s'il le faut !

 

Surtout, maintenir l'équilibre cosmique entre les médiateurs et le pouvoir. Surtout, ne pas renier Macron,aussi chancelant soit-il. Car, si Macron s'en va, c'est l'irruption du Nouveau Monde.

 

Et le Nouveau Monde, c'est la peur de leur vie. Accrochés, désespérément, à l'Ancien Régime, dont ils aimeraient, pour l'éternité, demeurer les Fermiers généraux.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/01/2019

Mitage du territoire : bravo les Jeunes Verts !

 

Sur le vif - Vendredi 04.01.19 - 15.45h

 

L'initiative des Jeunes Verts contre le mitage du territoire : voilà un passionnant sujet de votation (10 février 2019).

 

Il touche à l'aménagement de nos espaces, au maintien de surfaces agricoles, à la construction d'un paysage où la nature a encore sa place. Il invite à repenser l'urbain, plus concentré, moins étalé, un peu plus de verticalité, de densité, un peu moins de semi-urbain, dans une semi-campagne.

 

Après la Lex Weber, après Ecopop, revoilà un thème qui invite les Suisses à penser le futur de leur territoire, à donner de la cohérence à l'espace urbain. Revoilà une votation concrète, liée à la terre et au pays. N'oublions jamais : le paysage, c'est l'humain qui le crée. Puisse-t-il y instiller le maximum d'harmonie, éviter le grand n'importe quoi de l'axe Genève-Lausanne depuis les années 60, définir ce qu'est la ville, et ce qu'est la campagne.

 

Oui, dans nos contrées habitées, c'est l'humain qui façonne le paysage : prenez le Valais, les sublimes murettes de vignes, ces étagements de pierres sèches, sur la rive droite du Rhône : elles ne sont pas là par miracle, mais par le travail des hommes et des femmes. N'oublions jamais qu'au 19ème siècle, la Vallée du Rhône n'était encore, en bien des endroits, qu'un marécage insalubre. Il a fallu un grand dessein : celui de la correction du Rhône. Il a fallu de grands hommes, comme Maurice Troillet, conseiller d'Etat de 1913 à 1953.

 

Le paysage est un miracle humain, épousant le miracle de la nature. En la respectant, plutôt qu'en la bétonnant dans la seule vision du profit, il la sublime. Le grand Chappaz, dans ses "Maquereaux des Cimes blanches" (1976), que nous dit-il d'autre, au fond ?

 

Pour ma part, je félicite les Jeunes Verts de lancer le débat. Je vais me passionner pour ce sujet, multiplier les invités et les joutes contradictoires, sur mes plateaux TV. C'est un sujet qui touche au pays profond, à la qualité de vie, au rapport intime entretenu, par chacun de nous, avec les miracles de nos paysages. Un véritable sujet citoyen. Vive la politique !

 

Pascal Décaillet

 

 

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Réseaux sociaux : parions sur l'intelligence !

 

Publié sur mon site FB - Vendredi 04.01.19 - 05.13h

 

Dans la revendication des Gilets jaunes comme dans la construction de la connaissance partagée sur un réseau social, il y a un refus du mandarinat.

 

Il ne s'agit en aucun cas d'un rejet de la compétence, ni de l'excellence. D'ailleurs, nombre d'entre nous, ici même, ont plaisir à partager telle interprétation inoubliable d'un trio de Brahms, tel poème, telle pensée, telle œuvre picturale capable de nous arracher l'âme. Preuve que le réseau, au milieu d'autres formes d'échanges, sait reconnaître et promouvoir l'exception qualitative offerte par d'autres humains.

 

Mais il s'agit d'un refus du mandarinat des corps intermédiaires. Dans ce qu'ils ont, depuis toujours, de plus odieux : la confiscation.

 

Confiscation du débat politique au corps des citoyennes et citoyens. Confiscation de l'œuvre d'art aux non-initiés. Confiscation de la langue et du langage par une caste accédant seule à un sabir.

 

Je l'ai dit, je le répète : il faudra du temps, mais une fois expurgé de son bavardage originel, le réseau social deviendra un instrument redoutable de partage des connaissances, de construction horizontale de l'intelligence collective. Un outil d'émancipation, contre les clercs, par les hommes et les femmes de bonne volonté, désireux de s'instruire.

 

Jouons le jeu : parions sur l'intelligence des humains !

 

Pascal Décaillet

 

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03/01/2019

L'Europe, "avec choeurs" !

 

Sur le vif - Jeudi 03.01.19 - 06.05h

 

Vous voulez faire l'Europe ? Commencez par apprendre les langues continentales européennes !

 

L'allemand. L'italien. Le grec. Le russe. Imprégnons-nous de nos millénaires d'Histoire et de culture. Enthousiasmons-nous pour notre continent ! Visitons-le. Laissons venir à nous ses langues, ses musiques.

 

Valorisons l'allemand, l'italien, dans nos écoles suisses. Valorisons le romanche, aux sonorités si belles, oui le romanche, langue nationale, partie intégrante de notre pays.

 

N'ayons pas peur d'être Européens. Pas la machinerie technocratique de Bruxelles. Non : l'Europe des peuples ! L'Europe des langues. L'Europe des cultures. L'Europe de Bela Bartok, de Dvorak, de Grieg, de Sibelius. L'Europe des cœurs. L'Europe de Schiller et celle de Beethoven, réunies dans un Hymne, qui touche au sublime.

 

Après 35 premières années plutôt réussies (1957-1992), l'Europe de Bruxelles nous a donné un dernier quart de siècle catastrophique : idéologie ultra-libérale, mépris des peuples et des nations, incapacité de régler la question balkanique, prédominance excessive de l'Allemagne, inexistence politique totale, inefficacité, primat de la technocratie.

 

Cette Europe-là est un échec. Elle ne survivra pas au réveil des peuples. Il faudra, dans les générations qui viennent, construire autre chose. En partant de la souveraineté reconnue de chaque nation, et surtout pas en la gommant. En plaçant, au centre de tout, les valeurs humanistes de l'éducation et de la connaissance partagée.

 

Cette Europe-là ne viendra pas du sommet, mais de la base. Elle ne procédera pas d'un modèle unique, mais d'une reconnaissance des pluralités. Elle sera une Europe des cœurs, plutôt qu'une construction cérébrale. Une Europe des langues continentales, plutôt que de l'uniformisation par l'anglais. Une Europe de l'exigence culturelle, qui placera la connaissance et l'intelligence collective au plus haut niveau.

 

L'Europe de Beethoven et de Schiller est devant nous. Elle est notre accomplissement, notre destin. Quand j'entends M. Juncker, je n'ai envie de rien. Quand j'écoute, pour la dix-millième fois, le final de la Neuvième Symphonie, "avec chœurs", alors mon âme bouleversée dit oui à l'Europe. À cette Europe-là.

 

PaD

 

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02/01/2019

L'ONU, Moloch Technicolor de l'après-guerre

 

Sur le vif - Mercredi 02.01.19 - 15.32h

 

L'édifice multilatéral, tel qu'il a sécrété sa toile depuis les premiers mois de l'après-guerre (1945-1946), qu'a-t-il apporté de concret ? Les grandes organisations, comme l'ONU, furent-elles jamais capables d'empêcher la moindre guerre ? Ont-elles jamais réussi à limiter le pouvoir des puissants (au premier plan desquels, les États-Unis d'Amérique), à améliorer le sort des plus faibles ?

 

Je ne parle pas ici de l'international humanitaire, comme le CICR, ni de l'international médical (OMS), ni de ce qui touche à la nature, à la météorologie (OMM), au monde du travail (BIT). Non, je parle bien de l'international politique : l'ONU, qui émerge juste après la Seconde Guerre mondiale, reprend la rengaine de la SDN, née au lendemain de la Première. Elle en cumule tous les défauts, l'arrogance planétaire, l'universalisme artificiel, et surtout l'implacable inefficacité. Combien de fois, sous couvert de l'ONU, des expéditions militaires furent, en réalité, des croisades des États-Unis ?

 

Je ne parle pas ici, non plus, de l'international économique (OMC), ni financier (FMI), face auxquels des mot encore plus sévères - j'y reviendrai - s'imposent. Non, je me cantonne aux prétentions monstrueuses de l'international politique.

 

La vérité, c'est que ces puissantes aspirations de gouvernance mondiale, nées des décombres de 1945, imprégnées d'un internationalisme béat, céleste, déraciné, se heurtent aux réalités : celles des nations, fruits de l'Histoire ; celles des peuples, qui aspirent à disposer d'eux-mêmes, chacun dans un périmètre proche et accessible, délimité par des horizons précis, protégé par des frontières, garantes des cohésions sociales à l'interne.

 

Oui, le Moloch mondialiste de l'immédiat après-guerre, à vrai dire tellement américain, tellement Technicolor, tellement hollywoodien, tellement Pentecôtiste dans sa quête de l'avènement du dernier jour, bref cette immense toile onusienne, avec ses dépendances et sous-dépendances, tout cela se fracasse sur la vérité des hommes et des femmes qui, sur cette terre, veulent être citoyens et citoyennes. Ce qui passe par le stade de la nation. Celui de la proximité. Celui de la reconnaissance dans une mémoire collective, un fil narratif historique, une relation avec les morts, les ancêtres. Une projection commune sur l'avenir. De tout cela, le monstre multilatéral de l'après-guerre, ONU en tête, s'est montré parfaitement incapable.

 

Pascal Décaillet

 

 

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01/01/2019

2019, l'Année des peuples !

 

Sur le vif - Mardi 01.01.19 - 12.14h

 

Les vœux d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron sont des vœux de répit pour l'Ancien Monde. Pitoyables de cécité face aux aspirations montantes des peuples. On dirait les vœux condescendants de la Noblesse et du Clergé au Tiers État, avec un amical tapotement sur l'épaule des Gueux.

 

La Chancelière prône le multilatéralisme, le Président encense l'Europe. Aucun des deux ne parle de la souveraineté du peuple, ni de la cohésion sociale de sa propre nation. Aucun des deux, d'ailleurs, ne parle de nation. Comme si la nation allemande, génialement préfigurée par les Discours de Fichte en 1807 à Berlin, n'existait pas. Comme si la nation française, celle de la Révolution, des Soldats de l'An II, de tant de batailles et de tant de sacrifices, n'était qu'un leurre.

 

Angela Merkel, Emmanuel Macron, sont les phares en extinction d'un monde qui s'en va. Partout en Europe, les peuples se réveillent, comme en 1848. Partout, ils veulent prendre en mains les destinées de leurs nations respectives. Par des procédés de démocratie directe qu'il appartiendra à chaque pays d'inventer, selon son génie propre, celui de son Histoire, de son parcours, en puisant dans ses racines, et surtout pas dans un universalisme abstrait.

 

Cela, c'est l'Europe qui advient. Nous le verrons dès les élections européennes de mai 2019. Face à la puissance tellurique de cette naissance, Angela Merkel et Emmanuel Macron se cramponnent désespérément à l'Ancien Monde, à l'Ancien Régime. Ils en sont encore aux vieilles matrices de pensée de l'après-guerre, avec la bonne vieille démocratie représentative, les bons vieux corps intermédiaires, les bons vieux médiateurs.

 

Tout cela va exploser. Un autre monde surgit. Partout en Europe, dans les décennies qui viennent, progressivement, nation par nation, le poids de la démocratie directe va l'emporter sur la combinazione de la démocratie représentative. Des instruments nouveaux seront peu à peu inventés, permettant au suffrage universel d'influer davantage sur le destin des nations. Les thèmes, petit à petit, l'emporteront sur les personnes, les votations l'emporteront sur les élections.

 

Pour la Suisse, même si 2019 est une année d'élections fédérales (20 octobre), je souhaite que nous parlions mille fois plus des thèmes que des personnes. Tenez, commençons par l'excellente initiative des Jeunes Verts sur le mitage du territoire : voilà un sujet de votation (10 février) qui promet de passionnants débats sur notre rapport au sol, à l'agriculture, aux espaces verts, au paysage : c'est autrement intéressant que de savoir si on va élire Monsieur X ou Madame Y !

 

Avec les candidats aux Chambres fédérales, soyons durs et exigeants : demandons-leur, à chacun, ce qu'ils ont de si génial à apporter au pays, et au fond de quel droit, en vertu de quelles qualités magiques ou supérieures, ils prétendent nous "représenter". Discernons s'ils roulent vraiment pour l'intérêt supérieur de la Suisse, ou plutôt pour eux-mêmes, dans le jeu de pouvoirs des ambitions.

 

Dans tous les cas, rappelons-leur qu'en cas d'élection, ils seront au service du peuple, et non à Berne pour constituer une caste consanguine, copains entre eux, tutoyeurs, partageurs d'intérêts, tout ce qui ruine et dévaste le crédit de la démocratie représentative. Rappelons-leur aussi, avec la dernière énergie, qu'une initiative acceptée par le peuple et les cantons doit être mise en application avec diligence, fidélité à la volonté du souverain, et non dans un esprit de dévoiement et de contorsions.

 

2019 sera une année difficile, mais politiquement passionnante. N'écoutons ni Mme Merkel, ni M. Macron, hérauts de l'Ancien Monde. Écoutons la voix des peuples d'Europe, en plein réveil. Oui, comme en 1848. Excellente Année à tous !

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/12/2018

Meilleurs voeux aux internautes !

 

Publié sur mon site FB - Dimanche 30.12.18 - 17.56h

 

Vous le savez déjà : je suis un partisan fervent des réseaux sociaux. J'estime qu'avec un peu moins de bavardage et de vie privée, et un peu plus de souci de l'espace public (tous domaines confondus), ils deviendront, dans les années et les décennies qui viennent, les principaux vecteurs de transmission des connaissances. Je l'ai déjà dit, maintes fois.

 

Sur un réseau social, nul n'est intelligent tout seul, dans son coin. Nul n'est exact tout seul, non plus : je peux vous parler du sujet le plus pointu de l'Histoire allemande (l'une des mes grandes passions), sur la Révolution de Novembre 1918 ou la bataille de Leipzig (octobre 1813), si je commets la moindre erreur factuelle, elle me sera tôt au tard signalée par un contact FB, je corrigerai, mon texte initial en sera renforcé dans son crédit, et c'est très bien ainsi.

 

Le réseau social ne fonctionne pas sur la verticalité, avec un mandarin tout en haut, et la piétaille en bas. Non, il mise sur l'intelligence collective d'hommes et femmes de bonne volonté. Ensemble, horizontalement, dans l'adjonction, la juxtaposition, ou la contradiction, ou la mise au point permanente, on construit, patiemment, un savoir. Franchement, c'est plutôt génial, comme principe.

 

Ainsi conçu, le réseau social va devenir, j'en suis persuadé, un instrument de fabrication, et de mise en commun, des connaissances. L'Encyclopédie du 21ème siècle ! Pour cela, il devra s'expurger de ses péchés originels, et tendre à l'amélioration de la condition humaine par l'extension du savoir. S'il y parvient, il sera libérateur. Comme l'a été l'imprimerie, à l'époque de Gutenberg. Comme l'a été la prodigieuse traduction de la Bible en allemand par Luther, autour de 1522. Comme l'a été le Dictionnaire des Frères Grimm.

 

Pour ma part, sur ce réseau social, oui celui-ci, où je m'exprime à l'instant, je me sens très à l'aise. Et je découvre une foule d'informations et de commentaires intéressants. Et je supporte de moins en moins les critiques des gens d'en haut, qui diabolisent le réseau sous prétexte des excès ou dérapages qui, certes bien réels, nuisent pour l'heure à son crédit. Nous tous, ici, sommes des hommes et des femmes de bonne volonté, désireux de s'instruire et d'étendre le champ de leurs connaissances. A tous ceux-là, qui me lisent ici, ou sur mon blog, j'adresse mes meilleurs voeux pour 2019 !

 

Pascal Décaillet

 

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26/12/2018

Mes voeux pour Genève en 2019

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.12.18

 

Je suis né à Genève il y a six décennies, j’y ai passé (à part mes années bernoises, au Palais fédéral) l’essentiel de ma vie. C’est la seule ville au monde, avec peut-être Rome, où je me sens totalement bien. Chez moi, au milieu du monde qui défile. Depuis un quart de siècle, à la belle saison, je fais toujours exactement la même promenade, dans les lieux de mon enfance, entre le quartier de Sécheron, les parcs au bord du lac, le Jardin Botanique, le Château de Penthes, le quartier international. Environ quatre kilomètres, au milieu d’arbres sublimes, et des espèces végétales magnifiquement entretenues, à travers les âges, par nos grands botanistes. La serre tropicale, tiède et humide, riche des variétés lointaines de la planète, Cathédrale de vie et de méditation.

 

Bref, comme beaucoup d’entre vous, j’aime Genève. D’une passion à la fois sensuelle et spirituelle. Et je souhaite son bien. Alors, pour la nouvelle Année, voici un ou deux vœux. D’abord, il importe à tout prix que ce bout de lac, où resurgit le Rhône, demeure un lieu de curiosité, de connaissance et de culture. Nous avons, dans ces domaines, à Genève, une exceptionnelle vitalité. Musique, art choral, théâtre, danse, cinéma, arts visuels, musées : il y en a pour tous les goûts. Comment gérer une telle richesse humaine ? Comment rendre accessible à tous, et non à une seule élite, les trésors de notre vie culturelle ? Au-delà, comment promouvoir, avec une passion sans cesse renouvelée, les chemins de la connaissance ? Puisse l’Ecole genevoise se souvenir que sa mission première est cognitive : transmettre, éveiller les enthousiasmes, passer les flambeaux. Quoi de plus bouleversant que ce lien entre les générations, celui dont parle si bien Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine ?

 

Genève est un lieu de paradoxes. Un esprit peu attentif pourrait n’y voir qu’une ville de dimension provinciale, à l’instar de grosses bourgades françaises, aussi peuplées que Genève, sans la chance d’avoir son rayonnement. Mais dans l’échelle des valeurs, où est la capitale, où est la province ? Qui définit l’essentiel ? La taille urbaine a-t-elle, au fond, le moindre privilège, si c’est, dans l’absolu, pour aboutir à d’anonymes mégalopoles, où suinte l’ennui ? Et l’habitant d’une ville moyenne doit-il à tout prix rêver de la grande capitale lointaine, avec son métro, ses heures de déplacement, ces trajets qui éreintent, ces visages éteints, désertés par le sourire ?

 

Au début, j’ai parlé de Rome. Je pense si souvent au grand poète Joachim Du Bellay (1522-1560), et à ce sublime sonnet, dans les Regrets, « Heureux qui comme Ulysse », où il s’ennuie, dans la Ville éternelle, de son Petit Liré, en Anjou. Face au monde, Genève sera toujours pour moi le Petit Liré. Nous devons nous battre, ce sera là mon dernier vœu, pour que la qualité de la vie y demeure précieuse, à taille humaine, dans la contemplation du lac, du Salève, du Jura, des Voirons, du Mont-Blanc et puis celle du Môle. Ce sont nos repères, nous y tenons. Ils sont le périmètre de notre bonheur.  A tous, je souhaite une excellente Année 2019 !

 

Pascal Décaillet

 

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