Liberté - Page 3

  • 19 mai : les leçons d'une complexité

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 07.05.19 - 08.26h

     

    À longueur d'année, j'organise des débats sur les sujets les plus complexes de la vie politique suisse. Toujours, mon souci premier est celui de la clarté : exposer les enjeux en termes simples, compréhensibles par le plus grand nombre. Bannir les mots compliqués, à commencer par le jargon juridique. Parler aux citoyennes et citoyens de ce qui les concerne, dans leur vie quotidienne. Cela s'appelle vulgariser, entendez rendre populaire.

     

    Par ailleurs, vous connaissez mon attachement à la démocratie directe. Que le peuple genevois soit appelé à se prononcer sur onze sujets, que ces derniers soient complexes, cela ne me pose pas problème en soi. Le complexe est fait pour être ramené à l'essentiel du sens, les équations sont faites pour être simplifiées, c'est mon métier que de m'attaquer à cela, comme le font aussi mes consœurs et confrères. Je dirais même que plus c'est difficile, plus c'est excitant. Comme avant d'attaquer une version latine, ou grecque, ou un thème allemand. J'adorais cela, littéralement.

     

    Mais dans le cas du 19 mai, j'enrage. Non que le peuple se prononce, c'est justement là mon credo politique absolu ! Et vous savez que je milite justement pour une extension de la démocratie directe, pour les générations à venir. Mais qu'il se prononce sur la base d'une odieuse complexité, balancée comme une patate chaude par les parlementaires, avant de s'en laver les mains.

     

    Sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), nous votons sur deux projets parfaitement contradictoires, que le Parlement, incapable de trancher, a acceptés l'un et l'autre ! Du coup, la démocratie directe, qui doit justement être le lieu de la clarification, devient hélas celui du report de la complexité à grande échelle.

     

    Le problème de ce paquet du 19 mai provient du fait que la plupart des sujets viennent d'en haut : le Parlement n'arrive pas à se décider, chaque camp perdant attaque chaque camp gagnant par référendum, et la pluie de ces missiles alternés se reporte sur les citoyens.

     

    La grandeur de la démocratie directe, c'est lorsque les sujets, comme dans le cas des initiatives, surgissent d'en bas. Des textes conçus par le peuple, et pour le peuple. Directement programmés pour une campagne populaire, à l'échelle du suffrage universel. Dans ces cas-là, l'impérieuse nécessité de la clarté s'impose. Les initiatives, on les défend ou on les combat, mais au moins on les comprend ! Tandis que là, avec cette pluie de complexité tombée de l'Olympe parlementaire...

     

    La grande leçon de ce galimatias, c'est que le Parlement est de moins en moins capable, à Genève, de produire clarté et simplicité. N'arrivant à trancher, il reporte sur le suffrage universel, par un double référendum d'une rare perversité, le soin de la décision. Cette gesticulation ne grandit pas le législatif genevois, et c'est un euphémisme.

     

    Fort bien. Citoyennes et citoyens, décidons. Nous sommes là pour ça. Et à l'avenir, sachons nous en souvenir. En faisant de plus en plus, par le droit d'initiative, la politique nous-mêmes. En laissant les corps intermédiaires patauger dans la gluante complexité du monde. On voudra bien leur confier la conciergerie des lois, en attendant la ratification suprême par le suffrage universel. Et on leur concédera la bagarre sur les virgules.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • Avec ou sans armes

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 05.05.19 - 14.17h

     

    Le sujet des armes, en Suisse, est très passionnel. J'ai moi-même fait près de 500 jours d'armée, principalement entre 1977 et 1990, et détenu chez moi pendant 23 ans une arme à feu. J'avais autour de moi des fanas des armes, tout comme des types détestant les armes. Dans les deux cas, dans la fascination comme dans le rejet, j'ai perçu quelque chose de physique, de puissant, d'irrationnel.

     

    Je ne vous dirai pas ici ce que je vote, sur ce sujet, le 19 mai. Mes votes sont toujours très politiques, toujours la tête très froide, dans ce qui me paraît être l'intérêt supérieur de notre pays, sa souveraineté, son indépendance. Cela, au-delà des sujets intrinsèquement proposés.

     

    Je vous dirai que je comprends l'attachement passionné aux armes. Je respecte cela. Je connais deux ou trois de ces collectionneurs ou tireurs invétérés, ce sont souvent des gens très doux et très courtois, justement pas des Rambos, ils ont une discipline d'approche de l'arme, il y a quelque chose d'initiatique, très intéressant.

     

    Je les comprends, mais leur dis qu'ils ne servent pas leur cause en laissant parfois poindre, chez certains de leurs représentants, des comportements pouvant être perçus comme hyper-corporatistes, à la limite du prétorien. Nous avons à trancher, le 19 mai, une question politique. Quelque cinq millions de citoyennes ou citoyens sont appelés à se prononcer, ce sont eux les patrons, et non les spécialistes des armes, pas plus d'ailleurs que les ennemis des armes.

     

    Dès lors, il faut laisser le débat se dérouler, dans l'espace public. Laisser parler les profanes aussi bien que les spécialistes, les partisans, les opposants, les partis politiques, les anonymes, bref tout le monde. Une votation populaire fédérale, c'est l'affaire de tous. Ainsi fonctionne notre démocratie suisse. Avec ou sans armes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • L'odieux charabia du bulletin de vote

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 03.05.19 - 15.08h

     

    "Acceptez-vous l'arrêté fédéral du 28 septembre 2018 portant approbation et mise en oeuvre de l'échange de notes entre la Suisse et l'UE concernant la reprise de la directive (UE) 2017/853 modifiant la directive de l'UE sur les armes (Développement de l'acquis de Schengen) ?"

     

    Vous venez de lire, mot pour mot, le texte figurant sur votre bulletin de vote pour le 19 mai 2019.

     

    Je vous le dis tout net, ce charabia, à l'usage du grand public, pour désigner l'un des onze objets soumis au vote à Genève (deux fédéraux, neuf cantonaux), est une honte. Un galimatias d'obscurité. Un triomphe de juridisme. Une renoncement total à l'impératif de clarté, essentiel dans le Pacte républicain.

     

    Oh, bien sûr, moi, je comprends. Mais moi, j'ai été correspondant à Berne plusieurs années, chef de la rubrique nationale, producteur d'émissions de grande écoute pendant plus de vingt ans, je connais un peu la musique fédérale.

     

    Mais peut-être nos quelque cinq millions d'électrices et électeurs, en Suisse, n'ont-il pas pas tous cet exact degré de connaissance. Parmi eux, beaucoup (hélas !) ne regardent ni Infrarouge, ni Genève à Chaud, ni le Journal de la TSR, ni celui de Léman Bleu et des TV privées régionales, n'écoutent ni les Matinales, ni le 12.30h, ni Forum à la RSR, ne regardent pas Arena, ne lisent pas trop les pages politiques des journaux.

     

    On peut, bien sûr, se dire qu'ils ont tort, et que, s'ils ne comprennent pas le jargon fédéral, c'est bien fait pour eux, ça sanctionne leur paresse à se renseigner.

     

    Je ne partage pas cette approche. La clarté dans la communication est l'une des mes passions. Et je sais bien que si un message ne passe pas, l'émetteur doit avant tout s'en prendre à lui-même. A-t-il été assez clair ? Synthétique ? Vulgarisateur, dans le meilleur sens du terme ? A-t-il pensé à ceux de nos concitoyens qui ne lisent jamais, peinent avec les mots abstraits ? Ces derniers ne sont-ils pas, pour autant, des Suisses comme les autres ? N'ont-ils pas, comme tous les autres, le droit à la meilleure des informations sur les enjeux ? Le droit de savoir.

     

    Le libellé du bulletin de vote concernant le scrutin sur les armes, que j'ai reproduit ici au premier paragraphe, constitue une honte de communication sans nom. Un scandale. Un chef d’œuvre de la politique de l'entre-soi, au sein d'une cléricature charabiesque et jargonnante. L'exemple absolu de ce qu'il faut bannir.

     

    Citoyennes, citoyens, que la clarté soit notre trésor commun !

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 6 commentaires
  • Trafic immobilisé le dimanche : ça continue !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 02.05.19 - 16.13h

     

    Fantastique ! Pour une fois, le Tour de Romandie n'arrive pas sur la rive droite. Les habitants de cette partie de la ville, nourrissant encore quelque espoir de se déplacer en transport privé, commençaient à se dire qu'ils pourraient, cette année, souffler un peu.

     

    Las ! C'était sans prévoir le cortège "Marche de vie pour Israël", qui partira de la Place des Nations à 13h, avec plusieurs centaines de personnes.

     

    En clair : rive gauche totalement immobilisée par le Tour de Romandie ; rive droite partiellement immobilisée, exactement au même moment, par une manifestation.

     

    Aucun respect pour les automobilistes genevois. Aucune consultation des habitants des quartier touchés. Aucune espèce de coordination, avec vue d'ensemble sur les différentes manifestations autorisées, et un minimum de connexion de neurones.

     

    A Genève, les usagers de véhicules privés sont considérés comme des vaches à lait. Payer, payer, encore payer. Et se faire souffler régulièrement l'usage de la chaussée publique, avec la totale complicité des autorités, par des manifestations sur lesquelles ils ne peuvent jamais se prononcer.

     

    Et le week-end prochain, ce sera le Marathon, et puis ça continuera !

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 5 commentaires
  • Votations du 19 mai : révolte et colère

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.05.19

     

    Traduire en termes simples les aspects souvent complexes de la vie politique suisse. Telle est, depuis 33 ans que je suis entré en journalisme professionnel, ma grande passion. Présenter aux citoyennes et citoyens les enjeux des votations. En fonction de ce qui les concerne, touche leur vie quotidienne, en élaguant tout le fatras des mots juridiques, « motion », « contre-projet », etc. Être au service des citoyens. Être lisible, audible, compréhensible. Nombre de mes confrères et consœurs, dans ce journal comme à Léman Bleu, comme à Radio Lac, au Courrier, à la Tribune de Genève, etc., s’inscrivent dans cette démarche : être clair, simplifier, dégager les grandes lignes, mettre en perspective historique, aller à l’essentiel. Plus un journal est populaire – c’est le cas de celui que vous tenez entre les mains – plus cette ambition doit être impérieuse. C’est le seul moyen pour que la politique soit l’affaire de tous, et non d’une seule cléricature.

     

    Face aux votations du dimanche 19 mai, je ne puis cacher ma colère. Non que nous votions sur les sujets proposés : loin de là, ils sont essentiels ! Mais hélas, je vois venir comme un iceberg le danger de découragement et d’impuissance que va représenter, pour les citoyens, l’abondance de littérature reçue à la maison. Deux grosses enveloppes, nous expliquant en détail les tenants et les aboutissants de onze sujets de votations, deux fédérales et neuf cantonales. Je me mets à la place du citoyen qui ne regarde pas Léman Bleu, n’écoute pas Radio Lac, ne lit pas GHI, ni la TG, ni le Courrier, etc. Il n’a pas pu assister à nos innombrables débats, présentations de sujets, il n’a pas trop le fil continu de la politique dans la tête : en bien je vais vous le dire, ce pauvre homme, cette pauvre femme, va se trouver complètement largué par ce train de votations du 19 mai ! Parce que la brochure, aussi bien préparée soit-elle (le travail de la Chancellerie n’est pas en cause), demeure ce qu’elle est : un tas de pages imprimées. Qui, de nos jours, lit encore des centaines de pages papier ?

     

    Évidemment, on pourrait avoir une lecture optimiste de cette histoire. Se dire qu’au fond, elle prouve la nécessité d’avoir des médiateurs. Des traducteurs. Des simplificateurs (dans le bon sens) de la complexité législative. Certes. Mais alors, comment ne pas nourrir colère et révolte face à une autre catégorie de médiateurs, ou de corps intermédiaires : les parlementaires ? Dans le cas de la votation sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), l’affaire est flagrante : le Grand Conseil a réussi l’exploit d’accepter deux projets de loi parfaitement contradictoires, celui de la gauche, et celui de la droite et du Conseil d’État ! Dès lors, nous voilà, pour la seule CPEG, face à trois votations, l’une par loi, une autre encore pour la question subsidiaire (laquelle préférez-vous, si les deux passent ?). Et une fois qu’on aura tranché ce profond dilemme, il nous restera neuf sujets !

     

    La politique, ça passe par la clarté. Le contrat avec les citoyens, ça doit reposer sur un pacte simple et lisible. Dans le cas du 19 mai, nous sommes hélas très loin de tout cela.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 3 commentaires
  • Armée : bravo, Benoît Genecand !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Lundi 29.04.19 - 12.12h

     

    Avec mes quelque 500 jours d'armée, principalement entre 1977 et 1990, je ne pense pas pouvoir être soupçonné d'antimilitarisme. Mais je suis en accord total avec Benoît Genecand, lorsqu'il ose mettre en cause l'incroyable liberté de parole, assurément excessive, dont jouit depuis toujours, en Suisse, la Société suisse des officiers, dans le champ politique. Dans un pays comme la France, à forte tradition républicaine, une telle liberté serait inimaginable. Dans la quasi-totalité des autres pays, aussi.

     

    La seule "société" dont un officier doit se sentir membre, c'est l'armée. Et l'armée est un corps de la nation, qui obéit au pouvoir politique, et à nul autre. L'armée n'est pas un corps autonome. Elle fait ce qu'on lui dit de faire. Ce que le chef du Département lui dit de faire. Ce que le Conseil fédéral lui dit de faire. Au final, elle est au service du peuple suisse. Hors de ce service, elle n'a aucune existence propre, n'a pas à en avoir. Ainsi fonctionne l'idée républicaine.

     

    Ensuite, chaque officier, chaque sous-officier, chaque soldat, lorsqu'il a ôté son uniforme, vote strictement comme il veut, en tant que citoyen. Et prend les positions qu'il veut, dans l'espace public.

     

    Mais tant qu'il se proclame "officier", "sous-officier", ou "soldat", en tant que tel, il n'a pas à exprimer ses préférences politiques. Il est là pour exécuter ce que le pouvoir civil lui dit de faire.

     

    Le conseiller Benoît Genecand, dont on peut discuter par ailleurs (mais c'est une autre affaire) le côté imprévisible, atypique, a eu parfaitement raison de mettre le doigt sur une certaine arrogance de tonalité dans les prises de position de la Société suisse des officiers. On peut aller plus loin, si on est républicain et non corporatiste, et oser mettre en cause l'existence même de cette société, jusqu'à son nom. Ce libellé m'a toujours gêné : il laisse entendre une sorte d'Etat dans l'Etat, ou de corporation parallèle, toutes choses dont l'intransigeance d'une âme républicaine peut légitimement se méfier.

     

    Ce que j'écris ici n'entame en rien mon attachement à l'armée suisse, pourvu qu'elle soit au service du peuple, pétrie de conscience de son obéissance au pouvoir civil. Une armée n'est pas un corps en soi. Son existence ou sa dilution, les modalités de son organisation et de son financement, ses missions surtout, tout cela doit être défini par le pouvoir civil. Chez nous, le corps démocratique de ses citoyennes et citoyens. Ce sont eux, au final, les vrais patrons de l'armée suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Le référendum : un droit démocratique !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 28.04.19 - 13.37h

     

    Toute loi votée par le Parlement peut être attaquée par référendum.

     

    Le référendum est un droit constitutionnel du peuple suisse. Le démocratie directe - initiative et référendum - est une institution, au même titre que le Parlement, le Conseil fédéral, le Tribunal fédéral.

     

    Si le référendum obtient le nombre de signatures valables, il doit être soumis au suffrage universel.

     

    Si le suffrage universel accepte le référendum, la loi votée par le Parlement passe à la trappe.

     

    C'est ainsi que fonctionne notre système. Il n'y a pas à qualifier les référendaires, sous des prétextes moraux. Il n'y a pas à les stigmatiser. Il n'y a pas à les insulter. Ce sont juste des concitoyens, qui exercent leurs droits démocratiques.

     

    Il y a, le cas échéant, à les combattre, et tenter de l'emporter, le jour du vote. Ce jour-là, il faut accepter le résultat. Il n'y a pas à qualifier le peuple souverain qui vote. Il n'y a pas à le stigmatiser. Il n'y a pas à l'insulter. Le peuple n'a pas "toujours raison", non. Mais c'est lui qui décide. On peut décider en se trompant, mais on décide.

     

    La politique est une affaire de rapports de forces. Pas de morale.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • La SDN a cent ans - Et alors ?

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 27.04.19 - 16.57h

     

    Demain, 28 avril, la SDN aurait eu cent ans. Autant le dire tout net : il n'y a rien à fêter. La Société des Nations, dont l'installation à Genève fut décidée le 28 avril 1919, n'a légué à l'Histoire que l'immensité de son échec. La tentative multilatérale, sur les décombres épouvantables de la Grande Guerre, n'aura dupé les esprits que pendant quelques-unes des années vingt, autour du Français Aristide Briand et de l'Allemand Gustav Stresemann.

     

    Mais le ver était dans le fruit : la SDN est fille du Traité de Versailles, et Versailles, avec ses conditions totalement inacceptables pour le peuple allemand, fut mère de toutes les errances. Mère de l'immense révolte allemande dont le nazisme naissant fit son fonds de commerce. Mère de toutes les illusions, dont la plus fatale fut la vision multilatérale elle-même, figurant dans les âmes l'émergence d'une organisation planétaire, alors que justement renaissaient les nations. En Italie, en Allemagne, notamment. A Genève, on a rêvé d'un système céleste, quand toute réalité surgissait de la terre.

     

    Il faut reprendre l'année 1919 depuis le début, je m'y emploie depuis quatre décennies. Le début, c'est le 9 novembre 1918, avant-veille de l’Armistice. C'est la Révolution allemande, qui dépose le Kaiser, et entame les pourparlers pour mettre fin à la guerre. Le sol allemand n'est pas touché, la contre-offensive alliée, notamment française et américaine, est certes très sérieuse, mais pas fatale pour l'armée allemande. La guerre, militairement, aurait encore pu durer. Demander l'armistice était une décision politique, celle qui sera qualifiée - et pas seulement par les nazis - de Dolchstoss, le coup de poignard, entendez dans le dos.

     

    Les conditions de paix imposées à l'Allemagne seront tout simplement dantesques. Clemenceau y est pour beaucoup : les inconditionnels du Tigre devraient un peu s'y attarder. Ces conditions imposeront des réparations de guerre, totalement disproportionnées, qui étoufferont le peuple allemand. Il s'agit, dès Versailles, plus dans l'esprit de Clemenceau que dans celui de Wilson, de saigner la bête. La France, le jour venu, entre le 10 mai et le 22 juin 1940, le paiera très cher, lorsque la renaissance de l'armée allemande, alliée au génie du Plan Manstein (lancer une Blitzkrieg à travers les Ardennes), entraînera le pays de Turenne et de Bonaparte, en six semaines, dans la plus grande défaite de son Histoire. Elle ne s'en est jamais remise. Alors que l'Allemagne de 2019 s'est parfaitement remise du 8 mai 1945, défaite d'étape.

     

    La réalité de l'Après-Grande-Guerre, c'est cela. Prise de pouvoir par Mussolini en octobre 1922, par Hitler le 30 janvier 1933, Seconde Guerre mondiale, 50 à 60 millions de morts, une génération seulement après la dévastation de 14-18.

     

    La réalité, c'est cela, et cela seulement. La réalité, c'est cette impossibilité totale, pour la vision multilatérale proclamée dès 1919 par la SDN, à contrecarrer l'immuable permanence du tragique. A Genève, il y avait des centaines d'Adrien Deume, le personnage du Belle du Seigneur, qui ont taillé des milliers de crayons. A Genève, il y a eu des conférences internationales, des résolutions, des mots, toute l'infinité du bavardage. Tout cela, devant l'Histoire, n'aura strictement servi à rien. La SDN fut inutile, prétentieuse, vide de sens, elle n'a rien vu venir, elle a fait semblant.

     

    Demain, la SDN aurait eu cent ans. Il n'y a rien à fêter. Rien à commémorer. Il y a juste à relire Ernst von Salomon, Die Geächeteten, les Réprouvés. Ou Alfred Döblin, November 1918. Ou les poèmes de Gabriele D'Annunzio. Il y a juste à se plonger dans des centaines d'Histoires de la Révolution allemande de 1918/19, de la genèse du fascisme italien, des Ligues en France, du rôle des Anciens Combattants, notamment les Corps-Francs dans l'Allemagne de 1918 à 1923. Il y a juste à se renseigner, infiniment, insatiablement, lire tous les témoignages, ceux des gentils comme ceux des méchants, ceux des bourreaux comme ceux des victimes, ceux des vaincus comme ceux des vainqueurs, ceux des maudits comme ceux des héros.

     

    Il y a juste à lire, lire et lire encore. Construire sa pensée historique sur la confrontation - parfois paradoxale - des témoignages. Mais "fêter" les cent ans de la SDN, qui fit tant de mal par sa candeur et son inexistence, "fêter" juste sous prétexte que cette imposture s'est déroulée à Genève, contribuant à son lustre international, non merci.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • Macron, solitaire et solaire

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 26.04.19 - 15.42h

     

    Sur la forme, Macron est un homme brillant. Hier soir, dans la partie solo de sa conférence de presse, il a excellé. Le verbe est précis, bien choisi. Les attitudes, simples et directes. L'homme, très intelligent, ne cherche pas à se soustraire à la critique des Français : au contraire, il en prend et en assume sa part. A voir, à écouter, la prestation est remarquable. Le grand oral est parfaitement réussi.

     

    Et c'est là que les observateurs de la vie politique - au moins eux - doivent faire preuve d'un minimum d'esprit critique. Ne pas seulement dire : "Le grand oral est réussi", mais se demander, en amont, quelle impérieuse nécessité a bien pu pousser le Prince à se montrer en majesté, face aux miroirs. Et à nous livrer une démonstration de son savoir-parler, son élégance à manier ses avant-bras et ses mains, son savoir-être-en-représentation. Au point qu'en le regardant, on pouvait, sans trop d'efforts, se représenter le Roi-dansant, entendez le jeune Louis XIV, l'un des meilleurs de sa génération dans l'art de mouvoir son corps, devant la Cour ébahie.

     

    Pourquoi, à ce moment, cette monstration de soi-même ? La réponse est extraordinairement simple : parce que nous sommes à un mois des européennes, que cette échéance est capitale pour Macron, et que deux heures de présence télévisuelle, en début de soirée, à son avantage et en position de souverain, ne feront évidemment pas de mal dans ces circonstances, éminemment électorales. Hier soir, on a vu Emmanuel Macron, Emmanuel Macron, et Emmanuel Macron. On n'a pas trop souvenir d'avoir aperçu, par exemple (au hasard), Mme Le Pen.

     

    Occuper le terrain dans l'échéance des européennes, telle était la seule finalité de cette chorégraphie solitaire et solaire. Rassurer la France. Lui montrer qu'elle a un souverain. Il a entendu son message (immense duperie, notamment en concédant un pitoyable droit de "pétition" là où était exigé un nouveau droit constitutionnel). Il reconnaît ses fautes, dans un confiteor que n'eussent renié ni Bossuet ni Fénelon. Il dit : "Je suis là, je suis avec vous, je vous aime et vous comprends".

     

    L'homme a l'intelligence des mots, cette fois c'est sûr, c'était déjà perceptible devant Notre-Dame en feu. Il donne le change. Il a parfaitement saisi les ruses et les ficelles de la communication. C'est bien. Mais au final, cela ne nous assure que d'une chose : ses qualités de beau parleur. Face à l'immensité de la revendication sociale et démocratique exprimée tous les samedis depuis six mois, c'est un peu juste. Mais peut-être suffisant pour passer le seul cap qui vaille aux yeux du Prince en péril : obtenir que ses gens à lui devancent ceux de Mme Le Pen, dans un mois, aux européennes. Si c'est le cas, il pourra souffler, et le répit de l'Ancien Monde sera prolongé de trois ans. Dans le cas contraire, ce sera un peu plus compliqué.

     

    Mais une chose est sûre : hier soir, tactiquement, il aura tout fait, jusqu'à un temps d'exposition éhonté de sa propre personne en majesté, pour mettre toutes chances de son côté. C'est cela qu'il fallait dire sur cette conférence de presse. Avant de disserter sur son contenu, il fallait, oui, s'interroger sur l'urgente nécessité d'une mise en scène du souverain, dans la grâce de ses gestes, et l'élévation de sa parole.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires
  • Quatuor d'Alexandrie

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.04.19

     

    Avec ses 46 membres (deux par canton), le Conseil des Etats, dont j’ai eu l’honneur d’observer sur place, comme correspondant parlementaire à Berne, pendant plusieurs années, les travaux, a la réputation d’une Chambre de notables. Souvent, on y envoie siéger des personnalités politiques en fin de carrière, parfois d’anciens conseillers d’Etat. Longtemps, ce fut le règne des costumes trois-pièces, avec le gilet, des Messieurs d’âge mûr. On y préférait le murmure à l’opprobre. A contempler, c’était un chef d’œuvre de discrétion. Et, souvent, d’efficacité. Une Suisse en miniature.

     

    Mais le règne des notables n’est pas éternel. Parmi les candidats ayant des chances, on notera Lisa Mazzone, jeune et dynamique, courageuse, imaginative. De même (sans prétention exhaustive), la candidate du PDC, Béatrice Hirsch, soucieuse des préoccupations de la classe moyenne, excellente connaisseuse des dossiers de santé.

     

    Bref, le costume trois-pièces n’est pas une obligation absolue pour se faire élire. Et pour vous dire franchement le fond de notre pensée, il nous apparaît comme singulièrement rafraîchissant qu’un vigneron-encaveur comme Willy Cretegny, porteur d’une remarquable conscience environnementale, vienne apporter un souffle d’air qui nous sorte un peu du Quatuor d’Alexandrie, entendez les deux de l’Entente face aux deux de l’Alternative. Nous suivrons de près la campagne Cretegny : rien ne vaut l’irruption d’un brillant outsider pour relever le goût d’un menu électoral.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 0 commentaire
  • L'Alinéa, où souffle l'esprit !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 25.04.19 - 16.47h

     

    J'ai longtemps pensé que la meilleure librairie du Département des Bouches-du-Rhône était Actes Sud, de Françoise Nyssen, au bord du Rhône, dans Arles, "où sont les Alyscans".

     

    Je ne connaissais pas encore "L'Alinéa", à Martigues. Aussi proche du Miroir aux Oiseaux, et des canaux entre Étang de Berre et Méditerranée, qu'Actes Sud, en Arles, jouxte le large Rhône, non loin du terme.

     

    Ce qui m'a fasciné, dans "L'Alinéa", n'est pas tant la taille de la librairie que l'extraordinaire rigueur intellectuelle et éditoriale qui prévaut au choix des livres.

     

    En absolue priorité de cette observation, je pense au rayon Histoire contemporaine, toujours le premier à éveiller mon flair et mes appétits.

     

    Celui de cette librairie-là est d'exception : Histoire de France, depuis la Révolution notamment ; Histoire coloniale ; Histoire extraordinairement fouillée des mouvements anti-coloniaux, ceux d'Indochine et surtout ceux d'Algérie, entre 1830 et 1962. Histoire du FLN, dans toutes ses composantes diverses, et parfois rivales. Histoire du Proche-Orient, du Maghreb, de l'Afrique sub-saharienne, très grande sensibilité éditoriale au monde arabe, à la question palestinienne. Histoire du parti communiste français, de 1920 à nos jours. Histoire des mouvements anti-coloniaux en Métropole. Histoire de la Provence, avec une perspective autrement moins folklorique que celle des Santons ou des chantres régionalistes locaux.

     

    La librairie L'Alinéa, à Martigues, est l'un des lieux de France où souffle l'esprit. De toute mon âme, avide de lectures nouvelles et inédites, contrariant les interprétations précédentes, pour créer (par la dialectique) l'infinie richesse d'une pensée paradoxale, seul moyen de construire un rapport vivant à l'Histoire, je vous recommande cet endroit de vie, de silence et de plénitude.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 0 commentaire
  • Chicago-sur-Rhône, c'est non !

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.04.19

     

    Un canton entièrement bétonné, de Versoix à Chancy, est-ce là notre vœu pour Genève ? Un canton sans poumons de verdure ? Un canton truffé de tours et d’immeubles, de nouveaux quartiers, ayant grignoté ce qui demeurait de campagne, reliés entre eux par toujours plus de routes, de voies ferrées, de lignes de bus ou de trams ? Un canton-ville, mégalopole, un univers entièrement urbanisé, entre Jura et Salève, Voirons et Fort de l’Écluse ? Un canton avec un aéroport surdimensionné, juste pour satisfaire la démesure de quelques-uns, ceux qui n’en peuvent plus de rêver à une grande plate-forme internationale, une sorte de Chicago-sur-Rhône. Sans avoir ni la beauté de Chicago, ni les dimensions d’arrière-pays de la métropole américaine.

     

    Est-ce cela que nous voulons ? A l’heure où nos autorités, et pas seulement dans les milieux de la droite libérale, nous brandissent plans directeurs et projets d’extension, les citoyennes et citoyens de ce canton doivent définir, eux, le cadre et le modèle de développement pour les générations qui viennent. Il ne s’agit pas de prôner ici la croissance zéro, comme le font les allumés de l’Apocalypse climatique, mais d’inventer une croissance raisonnable, humaine autant qu’humaniste, au service des individus, de leur qualité de vie, profondément respectueuse de l’environnement, sans pour autant brandir le gong de Philippulus le Prophète, celui qui dans l’Etoile mystérieuse nous annonce « Le Châtiment ».

     

    Car il est temps de parler d’environnement, de protection de la nature, de lutte contre gaspillage, de respect des animaux, de préservation des biotopes et des espaces verts, sans pour autant se reconnaître comme un fidèle de la grande chapelle des Verts. Ces derniers n’ont pas le monopole de l’environnement ! D’autres courants, en Suisse, avec un Franz Weber ou un Philippe Roch, ancrés dans des racines spirituelles plus que dans la mécanique de « l’écologie politique », ont été là – ou le sont encore – pour nous indiquer d’autres voies. Sans compter que les Verts, avec leur instrumentalisation de la question climatique à fins électorales (échéances d’octobre 2019, les fédérales), ne nous engagent pas particulièrement à les suivre tête baissée sur le chemin de leurs propres ambitions, leurs propres carrières.

     

    Le canton de Genève a un profond besoin d’équilibre. Entre ville et campagne. Entre industrie, services et agriculture. Entre densité et verdure. On doit, impérativement, continuer de pouvoir y respirer. On doit y aimer nos cours d’eau, avec leur faune, notre lac, nos bois, nos côteaux vinicoles. On doit continuer d’y admirer les oiseaux, ceux qui migrent comme ceux qui nichent. Cette permanence du bonheur n’est possible qu’avec une vision maîtrisée de la croissance. Renoncer à toute démesure, à tout ce qui peut troubler l’équilibre. Ne pas tomber en génuflexion devant le Veau d’or du profit facile. Penser à la qualité de vie de tous, à commencer par celle des plus démunis. Construire l’avenir, sans détruire la vie.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 1 commentaire
  • Ô vous, mère perdue !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 18.04.19 - 12.28h

     

    C'est fou, cette précipitation de tant de belles âmes, suite à l'incendie de Notre Dame, à préciser immédiatement que "cet édifice dépasse le catholicisme", "dépasse la chrétienté", "dépasse la question religieuse", etc.

     

    Non qu'ils aient tort. L'attachement à Notre-Dame frappe en effet par son côté universel, croyants ou non, chrétiens ou non, Français ou non. Il y a là quelque chose de puissant, de patrimonial au sens très affectif. Quelque chose d'irrationnel qui "dépasse" bel et bien la seule dévotion.

     

    Mais pourquoi s'empresser, systématiquement, de le préciser ? Nous savons bien qu'une merveille comme Notre-Dame transcende le seul catholicisme, tout comme le Mur des Lamentations transcende (à mes yeux, qui l'ont contemplé à trois reprises) le seul judaïsme, tout comme la Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas (que j'ai eu le privilège de visiter dans mon enfance) transcende le seul Islam. Tout cela, nous le savons.

     

    Mais la précipitation à spécifier. Comme si la "dimension catholique", ou plus largement la "dimension chrétienne" d'une Cathédrale se devait d'être immédiatement relativisée. Comme s'il fallait aussitôt la placer dans un contexte plus large, dans une géométrie plus englobante. En faire la pièce d'une Grande Horlogerie.

     

    Et puis ce mot, "dépasser". Comme s'il fallait, toutes affaires cessantes, prendre de vitesse le phénomène spirituel. Sans tenter, pour le moins, de le considérer dans sa valeur intrinsèque. Dire "Notre-Dame est chrétienne", mais aussitôt passer à autre chose. Surtout ne pas s'attarder sur la nature religieuse de l'édifice. Au mieux, on en tiendra compte pour en décrypter les signes patrimoniaux.

     

    C'est une vision. Je ne suis pas sûr, simplement, que ce fût celle des bâtisseurs. Ni celle des millions d'âmes qui, pendant des siècles, sont venues en ces lieux comme on vient à une mère perdue, et qu'on voudrait tant retrouver.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 9 commentaires
  • Automobilistes, motards et scootéristes, révoltez-vous !

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.04.19

     

    Circuler, au volant d’une voiture automobile, au guidon d’une moto ou d’un scooter, va-t-il bientôt être un acte illégal à Genève ? La mode est aux manifs pour le climat, à l’apologie de la mobilité douce. Le vélo et les transports publics sont sanctifiés, les véhicules privés sont diabolisés. Et cela, plus seulement par les Verts : tétanisés par la pensée climatique dominante, certains partis qui, jusqu’ici, défendaient le libre choix du mode de transports (voulu par les Genevois), commencent à virer de bord, et cela jusqu’à leurs représentants au Conseil d’Etat. Craignant de perdre des voix aux prochaines élections, ou de passer pour ringards, ces partis copient les Verts. Ils reprennent leurs thèmes, et vont même jusqu’à emprunter leur vocabulaire : « transfert modal », et autres inventions d’apparatchiks de l’environnement.

     

    Il est temps, à Genève, que les automobilistes, les motards et les scootéristes se réveillent et défendent leurs intérêts. Ils ont, tout comme les cyclistes, comme les piétons, comme les usagers des transports publics, parfaitement le droit d’exister. Ils n’ont pas à se laisser écraser par une idéologie dominante. On n’a pas à se sentir coupable de se mettre au volant d’une voiture, ni au guidon d’un deux-roues motorisé. On n’a pas à se laisser convertir de force à la nouvelle religion du climat, qui nous impose ses dogmes, nous tient sous sa férule, nous édicte le bien et le mal, nous promet Apocalypse et Jugement dernier, nous définit les sauvés et les damnés.

     

    On peut, tout en aimant passionnément la nature, comme c’était le cas d’un Franz Weber, tout en luttant contre le gaspillage, tout en se battant pour la protection des sites, pour le respect des animaux, se déplacer en voiture en milieu urbain si on le juge nécessaire et préférable à d’autres modes de transports. Il appartient à nos autorités, et en premier lieu au ministre de la Mobilité, de prévoir des chaussées accessibles à tous, assurément aux vélos avec des pistes cyclables, mais assurément aussi aux voitures individuelles : cette complémentarité, les Genevois l’ont voulue.

     

    Et c’est tout le contraire qui est en train d’advenir ! A plat ventre devant l’idéologie des Verts, des partis de centre-droit sont en train de lâcher l’automobile en ville. On nous promet comme inéluctable la disparition des voitures sur certains tronçons, on nous prépare un gigantesque bordel, sur la rive droite, avec l’extension de la gare Cornavin. On multiplie les chantiers, toujours au détriment des automobilistes. Surtout, on ne compte plus les gentilles et sympathiques manifestations populaires et sportives pour lesquelles on ferme, purement et simplement, des routes entières, créant ainsi des bouchons gigantesques.

     

    Eh bien cela ne peut simplement plus durer. Tous les modes de transports sont respectables. Parmi eux, les automobiles, les motos et les scooters. Limitations de vitesse, oui. Ostracisme, non ! Et s’il faut se révolter et organiser la riposte, eh bien faisons-le, parce que ça commence à suffire !

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 7 commentaires
  • La pierre angulaire

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 16.04.19 - 09.28h

     

    J'ignore ce qu'Emmanuel Macron avait prévu de dire à 20h. Mais une chose est certaine : ce qu'il a dit, quelques heures plus tard, devant Notre-Dame, a été exceptionnel de justesse, de sensibilité, de rassemblement. Ces quelques mots, moi qui suis un adversaire acharné de ses choix politiques, m'ont touché droit au cœur. En cette nuit de feu, il a assumé totalement la continuité millénaire de la France. Ça n'était pas Macron qui parlait, c'était le Président.

     

    C'est exactement pour cela, pour des moments d'une telle intensité, que la France a besoin d'un chef d’État très fort. Pour transcender les clivages. Incarner l'unité nationale. Relisez le Discours de Bayeux, prononcé par Charles de Gaulle au début de sa traversée du désert, le 16 juin 1946. Il y définit la nécessité d'un personnage central, qui soit pour l'édifice national une pierre angulaire.

     

    Pierre angulaire : deux mots, exactement, de bâtisseurs de Cathédrale.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Un peu de brioche, et un report du Déluge !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 13.04.19 - 18.30h

     

    Macron est un très mauvais Président, mais c'est un excellent instinctif pour remporter une élection. En ce printemps 2019, un seul objectif, pour lui : gagner les européennes. Entendez battre le parti de Mme Le Pen. Toute sa stratégie, toutes ses décisions, s'orientent vers ce but. Car il joue sa survie.

     

    Non qu'en soi, le nombre de députés européens issus du parti de godillots de Macron ait la moindre importance, et le Président le sait parfaitement : c'est un homme intelligent tactiquement. On se dit d'ailleurs que si les "Marcheurs" sont appelés à exercer à Strasbourg la même influence - proche de zéro - qu'ils ont au Palais-Bourbon, où ils ne sont que les portevoix du Prince, le destin de l'Europe n'en sera que modérément marqué.

     

    Mais l'élection européenne de mai est un test de politique intérieure. Si les godillots l'emportent sur les nationaux, le répit de l'Ancien Monde sera prolongé, pour un certain temps. Dans l'hypothèse contraire, des temps difficiles s'annoncent pour le Petit Prince orléaniste de l'Elysée.

     

    L'élection européenne est la seule chose, ces temps, qui intéresse Macron. Et il a raison : il sait que l'enjeu est de taille. Et c'est exactement pour cela, en fonction du calendrier de ce scrutin, que le Président a mis sur pied cette faramineuse rigolade du "grand débat". Pour noyer le poisson !

     

    Face au mouvement des Gilets jaunes, dont émanent deux revendications parfaitement claires et lisibles (justice sociale et démocratie directe), il a répondu, comme nous l'avons déjà souligné ici, par une mise en scène de sa propre personne, en majesté. Il nous brandit deux millions de revendications, alors qu'il en existe deux, depuis six mois, depuis le début du mouvement, lisibles, traçables, totalement perceptibles et compréhensibles.

     

    Les revendications des Français n'intéressent pas ce Président, il vient ces derniers mois d'en administrer une preuve éclatante. Ce qui compte pour lui, c'est se maintenir au pouvoir. Pour y parvenir, il doit absolument remporter les européennes, un scrutin en soi sans importance (qui croit encore en l'Union européenne, qui a jamais cru au Parlement de Strasbourg ?), mais capital pour la politique intérieure française.

     

    Passer le cap de ces élections en battant le parti national, anti-européen, favorable au retour des frontières et à un référendum sur une sortie de la France de l'Union, tel est le seul objectif de Macron. Les Gilets jaunes ne l'intéressent pas. Leurs deux revendications historiques, il s'en contrefout. Son but, c'est de se maintenir à l'Elysée. Un peu de brioche, encore, et un report du Déluge.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • A Genève, entre 2013 et 2018, on a circulé !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 12.04.19 - 16.26h

     

    Quand il n'y a pas la Manif pour le climat, il y a la Course des ponts (après-demain, dimanche), ou "Toutes en moto". Quand il n'y a pas "Toutes en moto", il y a le Marathon, ou le Semi-marathon, ou le Triathlon. Quand il n'y a pas le Triathlon, il y a la Course de l'Escalade, puis le Cortège de l'Escalade. Puis à nouveau la Manif pour le climat. Puis, chaque dernier vendredi du mois, la Critical Mass. Puis à nouveau la Manif pour le climat. Puis le Cortège du 1er Mai. Puis la Grève des femmes du 14 juin. Puis une partie des Quais bloqués (on se demande pourquoi !), pour l'Hommage aux morts du 11 novembre. Puis à nouveau la manif pour le climat. Puis à nouveau la Critical Mass.

     

    A chaque fois, MM Dal Busco et Poggia donnent généreusement les autorisations. A chaque fois, la circulation est bloquée pendant, parfois, des heures. A chaque fois, c'est l'automobiliste genevois qui est pris en otage de festivités dont il ne faut surtout pas contrarier le sens, ni l'esprit. A chaque fois, on se plie dans le sens du vent. Sans compter les interminables travaux de réfection des chaussées, installation de matériel phono-absorbant. Sans compter les Géants, qui ont totalement bloqué la ville.

     

    Alors, M. Dal Busco, que je respecte et apprécie comme un homme d'Etat honnête et rigoureux (je ne disconviens pas de ce jugement), je vous dis que les automobilistes genevois, qui sont aussi citoyens et citoyennes de Genève, contribuables de Genève, commencent à en avoir plus que marre ! On a l'impression que vous vous couchez devant la première demande de manifestation venue, vous lui faites tous ses caprices, vous lui laissez toute la place sur la chaussée publique, destinée à l'origine au trafic routier, vous n'osez contrarier aucune revendication à la mode.

     

    Alors oui, les automobilistes genevois en ont marre. On peut dire ce qu'on veut de M. Barthassat, ironiser sur son côté fantasque, atypique, matamore, vibrionnant. Mais désolé, à Genève, entre 2013 et 2018, on a mieux circulé qu'avant. Et mieux circulé qu'aujourd'hui.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • CEVA : le tarif

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 11.04.19 - 00.04h

     

    Pour moi, c'est très simple : si, d'ici cet automne, chaque gare du CEVA n'est pas pourvue de toilettes absolument impeccables, gratuites, propres, régulièrement entretenues, accessibles à toutes les catégories d'usagers, alors c'est boycott de l'inauguration par la population genevoise. Et boycott du CEVA.

    On s'en est passé pendant deux mille ans. On pourra bien attendre un peu.

    Quant aux pisse-froid des CFF, on les emmerde.

    Ai-je été assez clair ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 11 commentaires
  • Genève-Annemasse, Paradis sans odeur !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mercredi 10.04.19 - 15.41h

     

    La nouvelle, dévoilée hier soir par la Tribune de Genève, est proprement hallucinante : les puissants penseurs du CEVA, ceux-là même qui depuis plus d’une décennie nous administrent la morale sur la post-modernité salvatrice de ce futur RER transfrontalier, ont omis d’installer des toilettes dans les gares genevoises !

     

    Ils ont pensé à tout, sauf au besoin le plus essentiel, le plus banal, le plus somatiquement trivial de tout humain, entre zéro et 110 ans : se soulager. Ils ont pensé à nous prendre de haut, en 2009, nous traiter d’archaïques, nous faire la leçon sur l’aspect ringard de la frontière. Ils étaient, eux, la modernité, nous étions le paléolithique. Ils nous ont extorqué près de deux milliards, mais c’était pour la bonne cause : payez, vaches à lait, payez petits indépendants, payez, en plus des primes, des impôts, de toutes les taxes de l’univers, payez pour la sainte porosité entre Genève et Annemasse, première étape sur le chemin du Paradis.

     

    Ils ont pensé à tout. Des structures de luxe, par endroits. La grande leçon sur la ville réinventée, côté Gare des Eaux-Vives, le haut-lieu du théâtre jouxté aux divinités ailées du Commerce. Hermès, le dieu rapide, le dieu qui court, le dieu qui vole, Hermès pour transcender l’espace urbain, nous transporter dans les délices ailées d’un nouveau monde. Face à la puissance de ce rêve, oser douter, en 2009, relevait du sacrilège : on avait sur le dos les députés bétonneurs, ceux du bois, ceux du bâtiment, ceux du métal, ceux du gros-œuvre, ceux du jeudi, ceux de la Sainte Scène du Progrès.

     

    C’était puissant. C’était pensé. C’était conceptuel. Nous n’avions qu’à nous plier. Et payer, payer, payer encore. Ils avaient juste oublié que l’être humain est de chair et de sang, de liquide et d’humeurs mêlées. Et que, plusieurs fois par jour, par exemple en attendant le Train de la Rédemption qui le conduira dans la pure ivresse des premiers faubourgs d’Annemasse, il doit se soulager. Car celui qui boit, pisse. Celui qui vit, pisse. Celui qui revient de son travail, pisse. Celui dont le cœur palpite, pisse. Celui qui rumine des concepts, pisse. Celui qui rêve de lendemains qui chantent, pisse. Celui qui se ronge d’antiques nostalgies, pisse.

     

    Nous tous, humains, nous pissons. Mais cet infime détail, nul Grand Architecte, nul puissant géomètre, nul raisonneur du jeudi ne semble l’avoir intégré dans l’immensité galactique de ses réflexions. Mesdames et Messieurs du CEVA, vous vous êtes abondamment foutus de notre gueule. Vous nous avez abreuvés de concepts. Vous aviez juste oublié que nous étions des humains.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 9 commentaires
  • Cruellement, Franz Weber va nous manquer !

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.04.19

     

    C’était un homme étonnant, affectif, impulsif, un homme d’exception, un homme de cœur. Il aimait la vie, les paysages, la planète. Il aimait les animaux, de toute son âme. Il aimait la dimension sacrée des sites : celui de Delphes, avec son temple d’Apollon, vingt-six siècles d’Histoire, le souvenir de la Pythie, dont les mots ambigus dessinaient les destins. Celui de Lavaux, ce miracle des vignes perchées entre lac et ciel, qu’il a tenu à préserver. Celui de l’Engadine, chère aux grands écrivains allemands. Seul contre tous, avec Brigitte Bardot, il a défendu les bébés phoques. Dans les années 1970, beaucoup riaient de ce combat, parlaient de sensiblerie. Aujourd’hui, tous lui donnent raison. Cette reconnaissance de l’animal comme notre frère dans l’ordre de la création, il en aura été, en Suisse et dans le monde, un merveilleux précurseur.

    Toute sa vie, il nous aura parlé de notre planète comme d’une matrice, non seulement nourricière, mais spirituelle : par cette communauté d’appartenance, nous tenons ensemble. Face à l’incertitude du destin, face au néant, face à la mort, elle nous réchauffe et nous anime. Oui, Franz Weber (1927-2019) aura été l’un de nos plus grands contemporains. A la fois totalement suisse, dans les attaches, les racines, le culte des paysages, et simplement universel. Lorsque j’ai appris son décès, j’ai aussitôt pensé à mon écrivain valaisan préféré, le grand Maurice Chappaz (1916-2009), à la fois de Bagnes et du monde, du Valais et de l’univers, du terroir et de la trace lactée des comètes. Chappaz qui, comme Weber, s’était battu pour la nature : lisez les Maquereaux des cimes blanches, un livre publié en 1976, en pleine période de bétonnage de la montagne.

    Et puis, Franz Weber, à sa manière, m’a toujours fait penser à Jean Ziegler, un autre contemporain que j’admire. Je ne partage pas trop les combats politiques de Ziegler, mais j’admire l’homme, son courage, son engagement, sa prise de risques, son rapport à la nature, à la beauté du monde. Il y a, chez Weber comme chez Ziegler, comme chez Philippe Roch, une puissante dimension spirituelle dans le rapport à la nature. Elle rappelle à la fois les Romantiques allemands et, plus loin dans le temps mais tellement présents par la fulgurance de leurs formules, les présocratiques. D’une manière plus générale, le rapport de Franz Weber à la nature rappelle infiniment le polythéisme des Grecs, chez qui chaque source, chaque colline, chaque bois peut devenir lieu de culte. Et ça n’est évidemment pas pour rien qu’il s’est passionné pour le site de Delphes !

    La première fois que je me suis rendu à Delphes, en 1966, je me suis dit que j’étais arrivé dans la demeure des dieux. Le génie de Franz Weber, c’est de nous avoir montré que cette dimension sacrée se trouvait partout, autour de nous, là où vibrent la vie et la beauté du monde. Partout, face à la langue d’un glacier ou dans le silence d’une clairière. Franz Weber fait partie des quelques Suisses qui resteront dans l’Histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

       

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 8 commentaires