Liberté - Page 3

  • Entre cosmos et chaos

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    Sur le vif - Vendredi 06.03.20 - 10.02h

     

    Il y aura toujours un pouvoir. Si ce n'est pas celui des frontières, ce sera celui de l'argent. Si ce n'est pas celui des peuples, ce sera celui des élites. Si ce n'est pas celui de la loi, ce sera celui de la jungle. Si ce n'est pas celui de la solidarité, ce sera celui des égoïsmes. Si ce n'est pas celui de la République, ce sera celui des communautés, des tribus, des factions. Si ce n'est pas celui de la nation, ce sera celui des multinationales, apatrides. Si ça n'est pas celui du verbe, ce sera celui du verbiage. Si ça n'est pas celui du style, ce sera celui de la fange. À nous de choisir, entre cosmos et chaos.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Contrôler les flux !

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    Commentaire publié dans GHI - 04.03.20

     

    Personne, à moins d’être fou, n’a jamais demandé que la Suisse ferme ses frontières. Mais de plus en plus de gens souhaitent une régulation de l’immigration vers la Suisse. Réguler, ça n’est pas arrêter : c’est contrôler les flux, en fonction de critères décidés par soi-même, non par les autres.

     

    Chaque pays, indépendant et souverain, a non seulement le droit, mais aussi le devoir de contrôler son immigration. Chaque pays décide de ce qu’il peut accepter, en quantité, en fonction de ses capacités territoriales, démographiques, économiques. Il n’y a là nulle espèce de xénophobie, c’est juste une protection de ses propres résidents, de la cohésion sociale interne à chaque peuple, qui nécessite sagesse, équilibre, aménagement du territoire, sens de la mesure.

     

    Nous voterons le 17 mai sur une « initiative de limitation », sans doute la plus importante depuis celle du 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Chacun d’entre nous jugera en conscience. Mais une chose est certaine : ni les menaces du patronat, ni celles de centrales syndicales plus attachées à l’internationalisme qu’à la défense des travailleurs suisses, ni la Sainte Alliance des grands partis politiques, ne remplaceront l’intime conviction de chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays. Chacun d’entre nous vote comme il veut. Il n’a aucune leçon à recevoir de personne. Il est seul, face à l’urne. Il représente une part certes infinitésimale de l’ensemble. Mais souveraine. Et indivisible.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Coronavirus : notre immense fragilité d'humains

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.03.20

     

    Nous voilà donc confrontés à une épidémie. Qui d’entre nous, il y a seulement quelques semaines, aurait été capable de le prévoir ? Nous n’avons rien vu venir, juste pensé un moment que le mal se cantonnerait à la Chine. Et là, il est chez nous. Les proportions, à l’heure où j’écris ces lignes, sont encore modestes dans notre pays. Les autorités ont pris des mesures, dont certaines spectaculaires, chacun jugera. Notre pensée première va aux victimes. Celles d’ici, celles d’ailleurs : un humain est un humain, chacun à mes yeux en vaut un autre. Et la mort chinoise, si lointaine pour nous, vient faucher les existences, endeuiller les humains, tout comme la mort d’ici.

     

    Notre deuxième pensée, en importance et en chronologie, doit se diriger vers toutes les personnes, à Genève et ailleurs, qui vont souffrir économiquement des décisions annoncées par le conseiller fédéral Alain Berset. On aime ou non le Salon de l’Auto, je ne m’y suis pour ma part plus rendu depuis au moins quarante ans, mais une chose est sûre : cette manifestation entraîne d’inestimables retombées pour l’économie genevoise, hôtellerie, restauration, sous-traitants, petits boulots pour étudiants, etc. Le manque à gagner sera considérable. A ces habitants de notre canton, qui vont beaucoup perdre à cause d’une mesure de prévention, nous devons dire notre solidarité. Et sans doute les autorités cantonales devront-elles imaginer un mécanisme de compensation.

     

    Pour le reste, la crise que nous traversons amène chacun d’entre nous à se poser l’une des questions les plus fondamentales pour un humain : son rapport à l’autre. Déjà, on nous invite à éviter les foules. Pas trop de mains serrées, encore moins d’accolades, de l’hygiène, de la retenue. Là encore, chacun jugera. Mais cet appel à la distance ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le rapport que toute personne, dans notre communauté humaine, entretient avec l’altérité. La Chine, provenance réputée du mal en question, n’est-ce pas l’autre par excellence, le lointain, le dissemblable ? Le malade, le contaminé, doit-il cesser d’être notre frère, notre sœur, sous prétexte qu’à son corps défendant, il véhiculerait le mal ?

     

    A vrai dire, le coronavirus nous brandit un miroir : celui de notre immense fragilité d’humains. Jetés là, sur cette terre, entre naissance et mort, dans les aléas d’une existence dont nous ne maîtrisons pas grand-chose. Un soir, la foule sentimentale, innombrable et magique. Au matin du lendemain, on nous invite au confinement, peut-être à la solitude. Qui croire ? Et la sagesse, d’où viendrait-elle ? Des illuminations de l’ermite, ou des chaînes de transmission, entre les humains ? Et la joie, celle de cet inoubliable choral de Bach, cette joie appelée à « demeurer », d’où peut-elle surgir, si ce n’est d’une profonde acceptation de l’Autre ?

     

    Si cette crise épidémiologique pouvait, peut-être, susciter en chacun de nous l’une ou l’autre réflexion, on constaterait assez vite que le personnage principal, le seul qui vaille, n’est pas le virus. Mais l’être humain, sur la terre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • PYM : le coup de poignard

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    Sur le vif - Mardi 03.03.20 - 08.37h

     

    Le 17 mai, chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays répondra individuellement, du plus profond de sa conscience, au coup de poignard de Pierre-Yves Maillard contre les travailleurs suisses. Nous verrons bien le résultat.

    Pour moi, cet homme naguère brillant, et même "le meilleur de tous" (j'avais titré dans ce sens un édito, il y a une vingtaine d'années), a cessé d'exister, en se posant comme l'allié des ultra-libéraux, libre-échangistes et internationalistes, dans le combat de ce printemps.

    La Suisse doit réguler son immigration. J'ai voté dans ce sens le 9 février 2014. Je le ferai le 17 mai 2020. Parce que mon souci premier est celui de la justice et de la cohésion sociales dans mon pays. Le travail, en priorité, doit être donné aux résidents. C'est aussi simple que cela. Et nous devons penser en priorité aux plus vulnérables d'entre nous, personnes âgées démunies, jeunes sans emploi.

    Les frontières sont là pour protéger, à l'intérieur du pays, les plus faibles, ceux que la mondialisation anéantit. Depuis toujours, et j'ai été bien seul dans ce sens en pleine folie ultra-libérale, il y a vingt ans, je milite pour des économies solidaires et nationales, centrées sur l'épanouissement de l'être humain, non sur le profit de casino.

    Économie nationale : à l'intérieur d'un périmètre donné, où s'exercent et s'articulent des réseaux de solidarité, d'entraide, d'intérêt public, le tout arbitré par des lois démocratiquement votées, l'activité humaine se déploie, au service de tous. Cela s'appelle une nation. Souveraine, solidaire, responsable.

    Ce modèle, auquel je crois de toutes mes forces, réhabilite le local, l'horizon du visible et du palpable, la connaissance et la fréquentation quotidienne des hommes et des femmes pour qui on travaille. Il est à des années-lumière de la spéculation mondialisée, anonyme, glaciale, meurtrière.

    Qu'un homme comme Pierre-Yves Maillard en soit encore à la sanctification conceptuelle de l'internationale des travailleurs, au nom du dogme, et au détriment de la cohésion sociale de son propre pays, me déçoit immensément.

    Les grandes faîtières syndicales, mammouths d'un autre âge, débitent leurs mots d'ordre pour aménager leur propre survie, en se gorgeant d'adhérents sans frontières. Le sort des travailleurs suisses, des chômeurs suisses, des délaissés suisses, serait-il, à leurs yeux d'apparatchiks, à ce point secondaire ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • 45 fiertés, une République

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    Sur le vif - Lundi 02.03.20 - 14.55h

     

    Ce qui doit sortir vainqueur du 15 mars prochain, ça n'est pas la droite, ni la gauche, ni les improbables coagulations centristes dans l'eau trouble du bénitier.

    Non. Ce qui doit gagner, c'est la Commune. Échelon premier, en proximité, en présence, en affection.

    La Commune, à Genève, est largement antérieure au Canton (1815). 45 Histoires passionnantes, où se mêlent l'époque romaine, les sites paléochrétiens, la ferme médiévale, les familles, les découpages, les échanges. La Commune est complexe, peu lisible au premier abord, elle nécessite patience et amour, passion pour la micro-Histoire, qui n'épouse pas toujours les succès et les revers des nations.

    45 Communes, 45 fiertés. Des hommes et des femmes qui s'organisent, à l'horizon du visible. C'est concret, c'est vérifiable, ça touche le voisin, il faut du doigté.

    En couvrant à fond ces municipales 2020, j'ai maintes fois pensé à la Constitution d'Athènes, d'Aristote, et ce passage sur lequel j'étais tombé, il y a si longtemps, en langue grecque, en examen. Il y était question de bornes qu'on arrachait, c'était vif et poignant, réel, c'était une forme de Commune.

    En 1871 aussi, la Commune. Celle de Paris. La guerre, les Prussiens aux portes, la misère, la révolte. Et finalement, les Versaillais, sur ordre de Monsieur Thiers, pour écraser dans le sang ce rêve d'humains.

    A Genève, 45 Communes, non comme des fiefs. Mais comme 45 organes vitaux de notre République. Elles font corps. Ensemble, elles constituent un corps supérieur, qui sans elles n'est rien.

    La Commune figure dans l'identitaire genevois l'ancestralité du passé. Elle pourrait bien, face au jacobinisme et à l'arrogance d'un Etat transformé en surintendant vorace et supérieur, préfigurer un avenir. Plus libre, plus fraternel, réconcilié avec les racines.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Juste avant la mort, le déclin

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    Sur le vif - Dimanche 01.03.20 - 14.06h

     

    La démocratie chrétienne jurassienne est historiquement, philosophiquement, culturellement, l'un des piliers de la démocratie chrétienne suisse. Autant qu'en Valais, autant qu'à Fribourg. Elle a joué, dans le dernier siècle, un rôle fondamental dans la genèse du futur canton, sa construction identitaire, son affirmation dans l'ordre de l'existence, de l'indépendance. Lisez les grands penseurs de l'entre-deux-guerres, lisez les Helvétistes, lisez Gonzague. Imprégnez-vous des racines intellectuelles et morales du mouvement jurassien d'affranchissement.

    Le revers qu'elle subit aujourd'hui marque une étape, dans la politique en Suisse romande. Non que les héritiers suisses du Zentrum bismarckien, ou de la Doctrine sociale de 1891, soient en voie de disparition. Mais de régression, oui. Car perdre, n'est rien. Ni même mourir, si c'est pour renaître, en quelque Pâque de folie et d'espérance. Mais ne plus être, là où l'on fut beaucoup... Subir le désaveu, sur la scène même où l'on porta naguère le sens. Voir s'éclipser la bannière, là où jadis elle fut imprégnée de la plus brûlante des lumières.

    Dans d'autres cantons de Suisse romande, pour ne porter son regard que sur l'aile latine des épigones de Léon XIII, un frisson, ce dimanche 1er mars 2020, peut électriser les épidermes. Non celui de la mort. Mais celui du déclin.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Jacobins pète-sec

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    Commentaire publié dans GHI - 26.02.20

     

    Plongé à fond dans les élections municipales du 15 mars prochain, je n’ai jamais autant fréquenté les gens de nos Communes. J’ai déjà, ici, rendu hommage aux candidats. Mais je veux aujourd’hui aller plus loin : nos 45 Communes genevoises ont besoin de plus de considération, plus de liberté, plus d’autonomie, moins d’interventions tatillonnes du Canton, moins de jacobinisme.

     

    Il n’est pas normal que la Commune genevoise, en 2020, ait si peu de pouvoir en comparaison intercantonale, qu’elle puisse être aussi facilement « recadrée » par les juristes ou les fonctionnaires de la Couronne cantonale, qu’un Maire ou un Conseiller administratif puisse être « révoqué », comme s’il était un employé de la fonction publique cantonale.

     

    Sur la Commune, la Constituante n’est pas allée jusqu’au bout de son travail. Cet échelon de proximité, le premier entre tous, dont l’existence historique est bien antérieure à celle du Canton, doit s’affranchir des petits jacobins pète-sec de l’administration cantonale. Pour cela, il nous faudra bien sûr amender la Constitution, par exemple par la voie d’une initiative.

     

    Un Maire, un Adjoint, un Conseiller administratif, un Conseiller municipal sont des élus du peuple. Leur légitimité, là où ils opèrent, ne doit rien avoir à envier à celle d’un élu cantonal. Dans leur Commune, les élus doivent être souverains. C’est cela, l’enjeu premier de la politique communale à Genève pour 2020-2025. Au-delà des noms ou des partis que vous choisirez, en toute liberté, de glisser dans l’urne.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ville de Genève : la Croisière s'amuse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.02.20

     

    C’est un peu comme un Vaisseau fantôme. Un navire à la dérive. Il se laisse porter sur les flots. L’exécutif de la Ville de Genève, qui vit les dernières semaines d’une législature de cinq ans, multiplie les décisions les plus étrangères à son mandat. Il interfère dans la souveraineté française, en entreprenant des démarches officielles contre une autoroute dans le Chablais. Il se mêle de modifier des signaux universels de circulation. Il débaptise les noms de rues. Il se pointe en première ligne de toutes les questions mondiales concernant les droits de l’homme. Il moralise la planète. Il instruit l’univers de la lecture genevoise du cosmos, des lois de la gravitation, pour un peu corrigerait Newton et Einstein, amenderait la pesanteur, rappellerait que Genève est le centre du monde. Comme si nous en avions douté !

     

    On ne lui en veut pas. Ce quintette est sympathique, attachant, juste un peu lourd sur les notes de frais. Il aurait pu nous emmener en taxi sur la Marne ou sur Tobrouk, nous déniaiser à la Coupole, nous vendre du vent au prix du pétrole, nous n’y aurions vu que du feu. Sur les cinq, un seul (Sami Kanaan) se représente, alors déjà les souris dansent. C’est un peu comme une classe d’école, en juin, les derniers jours avant les vacances d’été. Il fait beau, les journées sont longues, on tombe amoureux matin et soir, on se dit que l’éternité est si belle qu’il faut la mordre au plus vite. Alors voilà, dans l’équipe de rêve qui gouverne la Ville depuis cinq ans, la Croisière s’amuse. On a mis la musique sur le pont, on danse, on rit, on défie les étoiles, on a juste oublié de laisser un pilote à la barre. Le cockpit est vide, mais la vie est si belle.

     

    Bien sûr, la nouvelle équipe, dès le 1er juin, reprendra le gouvernail. D’ici là, on s’occupe de tout, sauf du bateau lui-même. Surtout pas de décisions politiques, c’est vulgaire ! Non, des sujets de société, tellement dans l’air du temps. Il faut qu’ils tournent autour du climat, du féminisme, de la mobilité douce. Que certains de ces sujets ne dépendent en rien du rayon d’action de la Ville de Genève, aucune importance ! Il faut savoir s’extraire du champ, sortir du cercle, intimider les géomètres, se laisser guider par les courbes, faire rougir les chiffres. Ainsi, on aura été moderne. Urbain, au-delà des rêves les plus fous du bobo, sur son vélo électrique. S’ingérant dans les affaires françaises, on aura montré la vanité des frontières, l’universalité des rêves, l’archaïsme des nations, l’incroyable ringardise de ceux qui veulent encore y croire. Sur le pont du navire, on aura dansé, virevolté, annoncé la fin des récifs et des tempêtes. Aux successeurs, ceux d’après le 1er juin, entrés dans l’Histoire par le Port Noir, on aura laissé le soin de tout reprendre à zéro. Aller faire un tour dans la salle des machines. Définir un cap. Reprendre en mains l’équipage. Mais ça, ce sera dans une autre vie. Juste après le Déluge.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Bravo, Simon Brandt !

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    Sur le vif - Mardi 25.02.20 - 17.09h

     

    Annoncé ce mardi 17.01h par le Ministère public, le classement partiel de la procédure contre Simon Brandt appelle un commentaire à chaud.

    "Aucun indice, après une analyse approfondie, ne vient confirmer la consultation par Simon Brandt d'une inscription au journal de la police ("main courante")", nous dit textuellement le Parquet.

    En clair, Simon Brandt est exonéré de l'essentiel.

    En clair, fallait-il onze policiers, lors de son interpellation, pour en arriver là ?

    En clair, tous les journaux ayant fait état de cette affaire rocambolesque consacreront-ils autant d'espace au classement de l'affaire ?

    En clair, voilà, comme nous l'avions écrit dans notre commentaire de GHI, un homme droit dans ses bottes, un candidat qui a su tenir sous une pression inimaginable, un type qui n'a pas flanché.

    Pour ma part, à ce candidat sérieux, soucieux du bien public, connaissant à fond ses dossiers, imaginatif quant aux réformes à adopter pour la Ville, je dis simplement : BRAVO, SIMON !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Syndicats : la trahison des clercs

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    Sur le vif - Mardi 25.02.20 - 12.59h

     

    Pourquoi les syndicats se réjouissent-ils de l'immigration massive, générée par la libre circulation, en provenance de l'Union européenne ? Réponse : les travailleurs étrangers se syndiquent, ce qui est évidemment leur droit le plus strict. Du coup, les syndicats recueillent de nombreux nouveaux adhérents. Et la machine se nourrit d'elle-même ! Le souci numéro un des syndicats se polarise ainsi davantage sur leur propre survie que sur leur finalité essentielle : défendre les travailleurs suisses.

    Il faut en finir, en Suisse, avec les grandes faîtières, qu'elles soient syndicales ou patronales. Nous sommes un pays fédéraliste. L'unité de référence, c'est le Canton, pas la Confédération. S'il faut des syndicats, que ce soit en profonde immersion, en totale proximité avec le tissu économique local.

    La trahison des clercs, pour reprendre le titre du livre sublime de Julien Benda (1927), c'est celle de cet ancien syndicaliste de choc, brillant conseiller national il y a vingt ans, hélas transfiguré ensuite par l'exercice vaudois du pouvoir, avec sa part d'éternelle quiétude, et aujourd'hui apparatchik en chef d'une faîtière ayant passé un pacte tacite avec le patronat libre-échangiste. C'est cela, la réalité, cela la vérité, cela la triste métamorphose d'un homme, lorsque les mécanismes de conciliation s'imposent comme conditions de survie de sa propre machine.

    La trahison des clercs, face à la libre circulation, est partout. Comme elle était omniprésente dans les semaines ayant précédé le 9 février 2014. Le souverain, le 17 mai prochain, tranchera, j'ignore dans quel sens. Mais je sais qu'en politique, nul engagement durable ne peut se fonder sur le reniement de ses propres valeurs.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Trahison syndicale

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    Sur le vif - Lundi 24.02.20 - 15.23h

     

    Depuis vingt ans, la position des syndicats suisses sur la libre circulation est incompréhensible. A partir d'aujourd'hui, 24 février 2020, et des mots de Pierre-Yves Maillard sur les enjeux de l'initiative du 17 mai prochain, "Pour une immigration modérée", cette position, tournée clairement contre les travailleurs suisses, devient intenable. Et, à bien des égards, scélérate. Entre l'internationalisme idéologique et la protection des résidents, les syndicats ont fait leur choix. Devant l'Histoire, il faudra qu'ils l'assument.

    Il y a juste vingt ans, lors de la campagne sur les bilatérales, nos braves syndicats, benoîtement ouverts à la mondialisation du travail, se sont faits complètement avoir par le patronat ultra-libéral de l'époque. Au nom de l'internationalisme, ils ont donné leur blanc-seing à un déferlement démographique sans précédent sur notre pays, dont on connaît les conséquences : sous-enchère salariale, engagement de travailleurs européens à la place des Suisses, engouffrement dans une croissance non-contrôlée. Un programme juste pensé pour les années de surchauffe, devenant catastrophique dès que cette dernière se tasse un peu. Et les premiers à en faire les frais, ce sont les travailleuses et les travailleurs, les chômeuses et les chômeurs de notre pays.

    Et voilà qu'aujourd'hui, vingt ans après, l'homme qui a incarné avec le plus de fougue, le plus de talent, le combat social en Suisse, après une période d'embourgeoisement au Conseil d'Etat vaudois, vient s'afficher en allié objectif de l'aile la plus dérégulatrice du patronat suisse, celle qui avait tant donné de la voix au début des années 2000, à l'époque du Livre blanc, et dont on espérait qu'elle fût morte. Elle ne l'est pas ! Ses vassaux, non plus !

    Les syndicats suisses étaient à un carrefour de leur destin. Se cramponner, au nom des matrices idéologiques archaïques de leurs cadres, à un internationalisme du travail dont plus personne ne veut en Europe, ou bien redevenir ce qu'ils avaient un jour été : les défenseurs du travail suisse. Ils ont fait leur choix. A nous, citoyennes et citoyens de ce pays, hommes et femmes libres et vaccinés, fatigués de toutes ces structures faîtières, syndicales autant que patronales, de faire le nôtre. Tiens, par exemple le 17 mai prochain.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Brandebourg-sur-Rhône

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    Sur le vif - Dimanche 23.02.20 - 09.05h

     

    Il y a la rigueur absolue des Six Concertos Brandebourgeois, chef d'œuvre d'un compositeur de 36 ans, mathématique de lumière, variation vers l'infini, les notes qui se ressemblent et pourtant diffèrent, les cordes et les vents qui s'élèvent vers la complexité biblique des étoiles.

    À première écoute, les Brandebourgeois, c'est la musique de la structure. On rêve de l'écouter dans une friche industrielle de Saxe ou de Prusse, ou dans les lumières d'une usine nocturne, une sucrerie de novembre, par exemple, qui tourne 24 heures sur 24.

    Et puis, il y a Anne Teresa de Keersmaker. La magie d'une troupe. Des hommes et des femmes en noir, sur la scène. Ils n'ornent pas la musique de Bach. Ils n'ajoutent pas. Ils n'illustrent pas. Non, ils se fondent dans la partition. Ils SONT la succession des notes. Ils incarnent, avec leurs corps d'humains, ce chant recommencé de la structure.

    Ils l'incorporent, et justement ils en dévoilent l'âme. Tantôt groupes, tantôt grappes, jamais uniformes, jamais prévisibles, eux aussi ils varient. Plus on les regarde, plus on écoute la magie singulière de chaque instrument, telle flûte miraculeuse, par exemple, dont le velouté apaise les récurrences algébriques des cordes. Bach serait-il l'inventeur ancestral de l'algorithme ?

    Oui, ces danseuses et danseurs humanisent. Ils simplifient. Dissolvent les équations. Chassent les inconnues. Ramènent à l'essentiel. Du coup le spectateur, l'auditeur, le fidèle de passage, embarqué dans cette Cathédrale sans images, se dit que tout est simple. Dans un monde sans un mot, le voilà seul, face au Verbe.

    Ces gens qui dansent, avec une telle présence, ne sont pas avec Bach, ni autour de lui. Ils sont en lui. Dans l'infini mystère de son génie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Citernes : agir, vite !

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    Commentaire publié dans GHI - 19.02.20

     

    Qui, à Genève, ne connaît les citernes de Vernier ? Il suffit de passer par l’autoroute de contournement, à votre droite direction France, pour frôler ces immenses réservoirs, qui occupent le paysage depuis des décennies. On savait déjà qu’ils n’étaient pas là pour l’embellir. On sait depuis quelques jours, grâce au Temps, qu’un projet d’attentat les visait.

     

    Il suffit de joindre ces deux mots, « citernes », « attentat », pour imaginer le pire. La zone habitée est proche, mais aussi le réseau routier, des bureaux, et surtout l’aéroport. On n’est ni en plein désert, ni en rase campagne, ni même (comme dans les années soixante) en périphérie industrielle. Non, les citernes, avec le développement des cinquante dernières années, sont maintenant au cœur d’un tissu urbain, ou tout au moins périurbain.

     

    Un homme politique verniolan, courageux et solitaire, lance l’alarme depuis longtemps. Stéphane Valente, homme de cœur et d’engagement, avait même entrepris, il y a quelques années, une grève de la faim pour que Vernier puisse se débarrasser de ses citernes. Sur le moment, dans sa commune et au niveau cantonal, on avait entendu quelques engagements, assez vagues. Et puis, plus rien.

     

    Nous sommes en février 2020. Les citernes sont toujours là. On nous dit que leur déménagement serait fort complexe et prendrait de longues années, tant d’échelons (y compris fédéraux) étant concernés. On veut bien. Mais il faut maintenant que Genève agisse, et vite. On ne peut traîner, lorsque des vies humaines pourraient être en jeu.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Robert le Diable

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    Sur le vif  Jeudi 20.02.20 - 22.40h

     

    Je serai franc, ce que j'ai (vous en conviendrez) toujours été ici. La nomination de Robert Cramer à la présidence de la Fondation PAV me reste en travers de la gorge. Et peu m'importe que la classe politique genevoise, cramérisée à l'extrême depuis trois décennies, rivalise en hommages et en courbettes. Moi, pas.

    Robert Cramer, d'où sort-il ? Réponse : de deux éternités. Une éternité au Conseil d’État, suivie d'une autre éternité, au Conseil des États. L'éternité c'est long, surtout lorsqu'elle se dédouble. Deux fois l'infini, ça donne toujours l'infini, face à l'éternité de son miroir.

    Il m'est parfaitement égal que Robert le Diable soit habile, roué jusqu'à la moelle, connaisse le terroir et les hommes, il n'en demeure pas moins que sa nomination sonne comme un désespérant signal d'incapacité du Conseil d’État à sortir de son chapeau autre chose que l'éternité blanche du même lapin, toujours recommencée. La Mer, de Valéry, où la nouvelle vague ressemble à l'ancienne, à s'y méprendre.

    Le Canton de Vaud a eu longtemps son État radical, le Valais son État PDC, voici que Genève entre dans l’État Vert. Où un magistrat Vert délègue sa responsabilité à son prédécesseur, son double, Vert également. On est parti pour des années de petits arrangements entre Verts, sur fond de terrains valant des centaines de millions, avec monnaies d'échange, barbichettes drues, tous poils érigés, par lesquelles on se tient, entre petits hommes Verts, sur la planète Verte.

    Cette duplication providentielle ne me dit rien qui vaille. Elle porte en elle les risques de l'entre-soi, déjà si présents dans ces ineffables "Fondations", dépourvues de toute légitimité démocratique, dont Genève a le secret. Je n'intente ici aucun procès à M. Cramer. Mais à la lassitude coupable qui a conduit, de la part du Conseil d’État, à le choisir. Il faudra un jour s'interroger sur le tout petit nombre d'indéracinables qui, dans la sérénité inaltérable de leur carrière, trottinent, tels de joyeux souriceaux, d'une "Fondation" à l'autre. Sautillant dans les recoins douillets de l'éternité.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Jean Daniel, l'homme aux mille lumières

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    Sur le vif - Jeudi 20.02.20 - 09.53h

     

    A Jean Daniel (1920-2020), né la même année que mes parents, et qui vient de nous quitter à l'âge de presque cent ans, je veux rendre ici un hommage de reconnaissance filiale.

    Adolescent, j'étais avide de journaux. Nous en avions bien quelques-uns à la maison : mes parents étaient abonnés au Nouvelliste, à la Tribune de Genève, aux Feuilles d'Avis Officielles du Valais et de Genève, ainsi qu'à quelques revues spécialisées d'ingénieurs, que lisait mon père. Il y avait aussi le bulletin du CAS, dont il fut membre toute sa vie.

    Pour moi, c'était un peu juste. Alors, dès que j'avais un moment, je filais à la Bibliothèque municipale. Journal de Genève, Monde, journaux allemands, hebdomadaires, etc. Pour mes quinze ans, mes parents m'ont offert un abonnement au Nouvel Observateur, journal qui me fascinait depuis un certain temps. Je l'ai gardé de longues années. J'ai grandi avec cette équipe rédactionnelle d'une rare sensibilité, dirigée par cet homme d'exception : Jean Daniel. J'attendais le mercredi, devant la boîte aux lettres, avec impatience. Il me fallait physiquement ce journal, le toucher, le humer, le lire d'un bout à l'autre.

    Dès 1974, je me suis mis à détester Giscard, exagérément d'ailleurs, je le reconnais rétrospectivement. Et à souhaiter, contre ce modèle libéral et ces accents orléanistes, l'arrivée de François Mitterrand à l'Elysée. J'étais contre la peine de mort, pour les nationalisations (eh oui !), pour la culture dans les banlieues, pour la justice sociale. Être abonné au Nouvel Obs, dans les années 70, jusqu'au 10 mai 1981, c'était prendre connaissance d'une autre France que celle de Giscard, accéder à d'autres voix, lire d'autres plumes, rêver d'un autre avenir.

    A vrai dire, l'équipe de Jean Daniel était davantage rocardienne que mitterrandienne, elle le fut en tout cas jusqu'au Congrès socialiste de Metz (1979), qui régla l'affaire en faveur du futur Président. L'homme de Jean Daniel, l'homme de sa vie, le modèle en politique, c'était Pierre Mendès France, éblouissant Président du Conseil en 54/55, mais solitaire, incapable de rassembler un puissant mouvement autour de sa personne : dans la logique de la Cinquième, il n'avait aucune chance.

    J'aimais les éditos de Jean Daniel. Pour leur humanité. La chaleur de sa plume, moins démonstrative que celle d'un Jacques Julliard. Il ne voulait pas, à tout prix, avoir raison : il voulait témoigner, dire cette part de sensibilité, de vécu historique qu'il avait en lui, enracinée. Il y avait dans son style le soleil de l'Afrique du Nord, la passion des peuples libres, le combat pour la décolonisation. Et puis, tout en avant, le bonheur intense d'avoir aimé, fréquenté, des hommes et des femmes, penseurs, écrivains, artistes, poètes, qu'il avait rencontrés, tout au long de sa vie.

    Aujourd'hui où cet homme nous quitte, ayant vécu si longtemps, traversé le siècle, porté le témoignage, des rivages de l'Afrique du Nord jusqu'à la densité cosmique de Paris, en passant par Camus, ou par le combat infatigable pour la paix au Proche-Orient, je veux dire que Jean Daniel, témoin des mille lumières, pétri de culture et d'humanité, aura été, parmi d'autres, l'un des phares de mes jeunes années. Hommage et reconnaissance, oui.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Quel impair, parmi mes pairs ?

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    Sur le vif - Mercredi 19.02.20 - 15.10h

     

    Je suis allé à mes Promotions civiques l'année de mes vingt ans, en 1978. A l'époque, on appelait ainsi les "Promotions citoyennes" d'aujourd'hui, et la majorité, pour voter, n'était pas encore à dix-huit ans. Je garde le souvenir d'une cérémonie plutôt neutre, limite austère, où on nous avait, sans tambours ni trompettes, ni salamalecs, souhaité la bienvenue dans le corps électoral.

    A vrai dire, je n'attendais rien de ce rituel. J'étais passionné de politique depuis l'âge de sept ans et demi (décembre 1965), j'étais en deuxième année d'Uni, j'avais déjà fait l'armée, je lisais depuis de longues années les pages politiques de tonnes de journaux, bref je n'avais pas particulièrement besoin que des aînés me reçoivent avec paternalisme dans le cercle des citoyens. Mon opinion, je tenais à me la faire tout seul, en jeune homme libre, adulte et vacciné, je n'éprouvais pas le besoin de me faire guider dans la Cité par des parrains, ni par un quelconque Virgile, me faisant les honneurs des Enfers.

    Une chose est sûre : je n'aurais absolument pas apprécié que les apparatchiks politiques conduisant la cérémonie eussent profité de mon jeune âge pour tenter de m'endoctriner dans leur bord politique, quel qu'il fût d'ailleurs. Si cela avait été le cas, j'aurais quitté les lieux de façon ostentatoire, en claquant la porte. J'avais déjà un caractère un peu ombrageux.

    Je me suis imaginé, hier soir, dans la peau de ces garçons et ces filles de dix-huit ans, invités aux mêmes rites, s'y prêtant de bonne grâce, et littéralement pris en otages par la liturgie de l'environnement et du climat. Avec le choeur et son coryphée, avec Esther Alder, avec le ministre cantonal Vert, avec le chimiste céleste Jacques Dubochet. Bref, la Congrégation in corpore, joyeuse et cosmique, avec ses Anges et ses Archanges, ses Séraphins et ses Lampions.

    A la place de ces jeunes, qu'aurais-je fait ? Quelle rébellion aurais-je affichée ? Quelle explosion de mes volcans internes aurais-je laissé poindre ? Quelle impolitesse crasse aurais-je commise ? Quel impair, au milieu de mes pairs ?

    Je vous souhaite une suite de journée aussi douce que la sagesse de l'âge. Si la chose est possible.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Vie privée, sanctuaire inviolable !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.02.20

     

    J’ai toujours été un défenseur acharné du respect de la vie privée. Celle des politiques, mais pas seulement ! Toute vie privée, de tout humain. Plus précisément : toute part de vie, que tel humain souhaite garder privée. Dans l’ordre politique, je répète depuis trente ans que la vie privée ne nous regarde pas. Nos élus, nous devons les juger sur leur action publique : ont-ils tenu leurs promesses électorales, ont-ils été capables de réformer, faire avancer une situation, débloquer des contentieux, bref servir le bien public ? A partir de là, leurs choix personnels, familiaux, leurs préférences sexuelles, tout cela les regarde, et doit laisser parfaitement indifférents les citoyennes et citoyens que nous sommes. A condition, bien sûr, que la loi soit respectée. La loi, en République, doit être notre seul critère, pas la morale.

     

    Prenons l’affaire Griveaux. Il ne s’agit pas, comme on a pu le lire, d’un « scandale sexuel ». Ce qu’a fait cet homme, à notre connaissance, n’est pas illégal. Non, le vrai scandale est qu’une vidéo à caractère strictement privé ait pu se trouver duplifiée des milliers de fois dans l’espace public, et que cette horreur ait poussé un candidat à la Mairie de Paris à se retirer de la compétition. Je ne suis pas citoyen de la Ville de Paris, mais, si je l’étais, je ne jugerais ce candidat que sur son aptitude, à mes yeux, à faire avancer la Ville-lumière : mobilité, logement, finances, chantiers culturels, grands projets, etc. Le reste me serait parfaitement égal. Je tenais déjà ce discours lors de l’affaire Mark Muller, qui pour moi n’en était pas une, n’aurait jamais dû en être une.

     

    A des années-lumière de M. Griveaux, je vais vous parler d’un autre homme, l’un de ceux que j’admire le plus dans l’Histoire contemporaine de la France. Il s’appelle Pierre Mendès France (1907-1982), il a été Président du Conseil entre le 18 juin 1954 et le 5 février 1955 : moins de huit mois ! Pendant cette période, courte et intense, cet homme austère, au physique peu flamboyant, au charisme discret, orateur moyen, s’est imposé, par sa rigueur et son imagination, comme l’un des plus grands dirigeants d’un gouvernement français, depuis la Révolution. De cet homme, croyez-moi, je sais tout, ayant tout lu sur lui. Tout, sauf une chose : je ne connais quasiment rien de sa vie privée ! D’abord, parce que lui-même en faisait très peu état. Aussi, parce que l’action publique m’intéresse autrement que la vie familiale, ou sexuelle, de tel ou tel. Cet homme, je l’admire parce que, dans son discours d’investiture, le 18 juin 1954, il a pris des engagements précis, concernant notamment la Guerre d’Indochine. Et, au jour près, il les a tenus. Voilà, chers amis, ce qui doit nous intéresser suprêmement dans la politique : la capacité d’un homme, ou d’une femme, ou d’une équipe, à tenir parole, emporter ce sentiment si rare qu’on en vient à le quérir désespérément : notre confiance. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Affaire Crypto : un peu de contexte, par pitié !

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    Sur le vif - Lundi 17.02.20 - 15.22h

     

    L'affaire Crypto, qui défraye la chronique depuis quelques jours, mérite d'être placée dans son contexte politique et historique. Démarche qui ne s'oppose en rien à la recherche absolue de la vérité : que s'est-il passé, qui savait, qui a caché quoi, etc. ?

    Mais toujours en Histoire, la restitution du contexte s'impose. Il faut être naïf pour découvrir aujourd'hui que la Suisse, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a fait un bout de chemin, en termes de renseignements, avec les Américains. Moins connu, et pourtant capital : la Suisse, depuis au moins un siècle et demi, donc depuis l'époque bismarckienne, en a fait un autre, de bout de chemin, avec les Allemands. Et cela, de manière CONTINUE - je dis bien CONTINUE - pendant tout le vingtième siècle.

    CONTINUE, cela signifie que les services suisses, pour des raisons politiques, économiques, pour des motifs de commerce extérieur, ou encore par nécessité de collaborer techniquement, entretiennent depuis un siècle et demi des relations étroites avec les Allemands. Avec l'Allemagne impériale, de 1871 à 1918. Avec la République de Weimar, de 1918 à 1933. Avec le Troisième Reich, de 1933 à 1945. Puis, avec l'Allemagne fédérale, qui porte ce nom depuis 1949. L'Allemagne est le premier partenaire commercial de la Suisse, ça crée des liens, plus forts que les discours.

    Dès lors, la question politique première n'est pas celle de notre collaboration avec l'Allemagne occidentale et avec les États-Unis depuis la Guerre, mais qu'on ait osé, pendant ces années-là, nous parler de neutralité ! Sur le plan économique et commercial, la Suisse n'est pas neutre. Je le regrette, pour ma part, je préférerais qu'elle le soit, mais elle ne l'est pas. De 1945 à 1989, elle a, de facto, et malgré toutes ses postures rhétoriques, fait partie économiquement du bloc de l'Ouest. Là aussi, je le regrette infiniment, mais c'est une réalité, c'est ainsi.

    Oh oui, j'aurais préféré que mon pays entretînt plus tôt (entendez avant 1989, chute du Mur) des liens avec l'Allemagne de l'Est, par exemple. Il y avait, face à ce pays passionnant, un autre discours à produire que l'anticommunisme primaire de l'époque, entretenu par ces fameux colonels radicaux à nuque raide, au civil banquiers de haut niveau, commis de basses oeuvres de la Bahnhofstrasse pour engager la Suisse, avec leur conception uniquement économique du Freisinn, dans l'ordre capitaliste mondial.

    Ce sont ces gens-là dont on reparle aujourd'hui. Eh bien, au risque de beaucoup vous étonner, ce sont ces gens-là que Kaspar Villiger, arrivé au Conseil fédéral début 1989 suite à l'affaire Kopp, a remis à l'ordre. J'ai vécu cela de très près, croyez-moi. Je tenais à le dire, à l'heure où cet ancien conseiller fédéral, qui demeure à mes yeux un modèle d'intégrité, se voit soudain la cible de tous les missiles, la plupart étant lancés par des gens qui n'y connaissent rien.

    Car enfin, ne soyons pas dupes : la curée générale, aujourd'hui, sur le PLR, parti qui n'a franchement plus grand chose à voir avec les colonels à nuque raide des années d'avant-89, ressemble davantage à une magistrale aubaine pour se débarrasser d'une formation politique concurrente, qu'à une quelconque recherche de la vérité. Et ça n'est pas, je crois, un homme ayant particulièrement épargné le PLR, ces dernières années, qui signe ces lignes.

    Sur l'affaire elle-même, je n'ai aucun élément d'information. Pour restituer un contexte, convoquer l'Histoire, décrypter les intentions réelles sous les paravents et les masques, je serai toujours votre homme.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Sommes-nous bêtes !

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    Sur le vif - Dimanche 16.02.20 - 07.59h

     

    Le rédacteur en chef du Temps est un grand démocrate. Dans un texte publié hier, consacré à condamner les trolls, il donne comme exemples de ces derniers "les commentaires à la noix sur le féminisme ou le climat".

    Vous voilà avertis. Si vous émettez, sur ces deux sujets, une pensée dissidente à la vérité révélée, celle que le Temps étreint avec une telle ferveur, alors votre discours ne peut être le fruit d'une démarche rationnelle. Mais évidemment d'un troll, sommes-nous bêtes !

    Dans ces deux domaines, il y a la vérité du Temps, face à l'hérésie rampante des trolls. La pensée saine, hygiénique, face à l'opinion malade, dévoyée. La pensée qui doit s'imposer, une et indivisible, face aux ferments de dispersion de la parole diabolique. Le diable : celui qui divise !

    En matière de climat, de féminisme, pour le patron du Temps, tout commentaire contrariant la pensée dominante, tiens celle que véhicule son journal par exemple, est "à la noix".

    Et le contraire des "commentaires à la noix", structuré, lui, par la plus haute et la plus convenable des pensées, celle qui n'omet jamais la révérence devant la mode du moment, vous le trouverez où ? Mais dans le Temps, pardi ! Sommes-nous bêtes !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Attention, avant de tomber sur Kaspar Villiger !

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    Sur le vif - Samedi 15.02.20 - 17.01h

     

    Kaspar Villiger est, avec Jean-Pascal Delamuraz et Adolf Ogi, le conseiller fédéral que j'ai fréquenté au plus près dans mes années à Berne.

    Je suis quasiment "monté" au Palais fédéral, comme journaliste, en même temps que lui comme conseiller fédéral. J'ai suivi, avec une rare proximité, l'ensemble des dossiers concernant la politique suisse de sécurité, ayant appartenu, pendant toute l'année 1990, à la Commission Schoch, chargée de plancher sur la réforme de l'armée. Une Commission extra-parlementaire, dans laquelle nous avons mené une trentaine de journées de réflexion, chaque fois décentralisées dans un lieu différent du pays.

    Je disais souvent, dans mes commentaires, il y a trente ans déjà, que de facto, notre neutralité n'était qu'une apparence. On parlait, à Berne, en haut lieu, de collaboration active avec l'OTAN : pour un pays prétendument neutre, c'était tout de même assez énorme. Le mur de Berlin venait de tomber, la pensée unique capitaliste et atlantiste commençait à déferler sur l'Europe, sans le moindre contrepoids en face, l'URSS s'étant elle-même écroulée en 1991.

    Bref, ce rapprochement avec l'OTAN, je le combattais dans mes éditos. Car l'OTAN, ça n'est plus la neutralité. Pas plus que feu le Pacte de Varsovie n'eût été la neutralité. Personnellement, ayant passé pas mal de temps en Allemagne, et connu sa partie orientale, ayant surtout étudié à fond l'Histoire de la Seconde Guerre mondiale, je n'ai jamais considéré que l'impérialisme américain fût plus reluisant que celui des Soviétiques. Donc pour moi, l'OTAN, c'était non. Et ça le demeure, trente ans après, plus que jamais.

    J'en viens à l'essentiel, qui m'amène à prendre la plume : Kaspar Villiger. Je veux dire ici que cet homme, dans un monde bernois qui n'était - déjà à l'époque - pas avare en pleutreries politiques, a représenté pour moi, avec Delamuraz, le prototype de l'homme intègre. Un homme d'Etat, au sens plein du terme. J'étais en désaccord avec lui sur le moindre rapprochement avec l'OTAN, mais il était un conseiller fédéral remarquable, dans l'ordre du pragmatisme, de l'intelligence et de l'écoute. Il avait le sens de l'Etat, le sens des intérêts supérieurs de la Suisse, comme Delamuraz. C'était l'époque où être radical, à Berne, au plus haut niveau de ce grand vieux parti qui a fait la Suisse, ça voulait encore dire quelque chose de fort, de puissant.

    Alors, voilà. J'ignore évidemment quelle connaissance Kaspar Villiger avait pu avoir, à l'époque, de cette affaire d'espionnage, très grave en effet, qui resurgit. La vérité, bien sûr, doit sortir. Mais je dis ici, très fort, qu'il me paraît a priori un peu facile de tomber à bras raccourcis sur le conseiller fédéral lucernois, sans avoir auparavant acquis une connaissance intime et profonde du dossier.

    Nul, certes, n'est intouchable. Et la vérité historique, toujours, doit prévaloir. Mais la première des présomptions, dans un Etat de droit, est celle de l'innocence. Cet homme de rigueur, limite austérité parfois, que j'ai vu au travail pendant des années, et qui fut un grand serviteur de la Suisse, mérite tout au moins cette prudence et ce respect, dans la manière d'empoigner le dossier.

    Quant à l'essentiel, le fond, soit le rôle des services secrets américains - ET ALLEMANDS - en Europe, depuis la chute du Mur, je suis le premier à les dénoncer depuis trente ans. Pendant toute la décennie des années 90, celle des Guerres balkaniques, je n'ai jamais rien fait d'autre. Au milieu d'un espace éditorial romand dont les plus puissants penseurs se montraient totalement acquis à la prédominance atlantiste sur notre continent. Et ne voyaient que du feu dans le rôle des services secrets américains - ET ALLEMANDS - dans le démembrement dûment prémédité de l'ex-Yougoslavie. C'est dire si je suis le premier à souhaiter transparence et vérité sur cette affaire d'espionnage.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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