12/03/2017

La désespérante uniformité de la presse romande

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Sur le vif - Dimanche 12.03.17 - 14.05h

 

Ils disent tous la même chose. Ils vomissent sur Trump, sur Poutine, sur Erdogan, ils ont encensé Mme Clinton, Obama. Ils soutiennent les gentils Kurdes sur la place des Nations, comme ils ont embrassé, jusqu’à l’étreinte, la cause albanaise, dans les années 1990. Ils n’en peuvent plus de défendre l’Union européenne, Mme Merkel, et maintenant Macron, figuré comme l’ultime rempart avant la Bête immonde.

 

Ils disent tous la même chose. Depuis deux décennies, ils ont défendu la libre circulation des personnes, en Suisse. Ils ont sanctifié le flux, diabolisé la frontière, ridiculisé comme des arriérés les partisans des nations. Aujourd’hui, le vent tourne, alors ils commencent à se convertir. Ils avaient vingt ans pour le faire, ne l’ont jamais fait. Quand vous écriviez contre la libre circulation, il y a cinq ans, dix ans, comme je l’ai toujours fait, ils vous traitaient de nostalgique, de xénophobe.

 

Ils disent tous la même chose. Depuis plus d’un quart de siècle, ils conspuent l’UDC. Ils ont combattu férocement l’initiative du 9 février 2014, sur l’immigration de masse, ils ont perdu, ils ont multiplié la hargne pour empêcher à tout prix son application. Ils ont réussi : ce que le Parlement nous propose n’est qu’une soupe, un brouet.

 

Ils disent tous la même chose. Ils adorent le Pape François, si gentil, si moderne, dans la douce tiédeur de son aggiornamento. Ils s’agrippent et s’accrochent à la démocratie représentative, exècrent la démocratie directe, n’ont qu’un mot à la bouche : « populiste ».

 

Ils disent tous la même chose. A commencer par les « humoristes », qui n’ont jamais été autant les suppôts du pouvoir, de l’ordre en place. Eux qui devraient exalter les vertus maléfiques de la Marge, les voilà tueurs du premier venu des marginaux. Niveleurs. Régulateurs. Géomètres du bémol. Laissez-moi rire.

 

Ils disent tous la même chose. Ceux qui meurent, ceux qui survivent. Rescapés, miraculés, ils ne tirent nulle leçon des naufrages. Ils répètent. Ils distillent leurs incantations. Ils prient. Ils ne sont plus dans le discours, mais dans la liturgie. Et leurs syllabes, comme fumée de sacrifice, s’épanchent et se répandent. Elles conquièrent, lentement, inexorablement, leur droit imprescriptible à la disparition.

 

Pascal Décaillet

 

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11/03/2017

L'agenda de M. Plenel

 

Sur le vif - Samedi 11.03.17 - 11.27h

 

La France va mal. Jamais les Français n'ont eu autant besoin qu'on leur parle de leurs vrais problèmes : qualité de vie, santé publique, sécurité sociale, emploi, immigration, pouvoir d'achat, sécurité, formation, etc.

 

Jamais ils n'en ont eu autant besoin. Et jamais, dans cette interminable pré-campagne inaugurée par d'inutiles "primaires", on ne leur en a aussi peu parlé ! Là est le vrai scandale, la nauséabonde disparition des thèmes, au profit des faux scandales autour des personnes, flinguer l'un, mitrailler l'autre, un jour une affaire Fillon, demain une affaire Macron, allez savoir.

 

Le seul moment qui, pour moi, fut de lumière et d'intelligence, aura été le débat entre MM Valls et Hamon. J'y ai senti planer l'âme de Pierre Mendès France, il y avait de la vision, de la précision, de la compétence.

 

Fillon ? Je ne partage en rien ses thèses libérales et européennes, encore moins sa volonté de démanteler la fonction publique. Mais j'aurais bien aimé qu'on en parle ! Autrement intéressant, tout de même, que le roman-fleuve sur le putatif emploi fictif de son épouse.

 

Je vais vous le dire franchement : que Mme Fillon ait eu ou non un emploi fictif, JE M'EN FOUS. Les juges s'en saisiront, c'est leur boulot. Mais, si j'étais citoyen français, et si je partageais les idées de Fillon, cette affaire ne pèserait EN RIEN sur mon vote. Je dis bien : EN RIEN. Je n'ai pas étudié l'Histoire, lu des milliers de biographies politiques, de Bismarck à Mazarin, de Guizot à Willy Brandt, pour me laisser impressionner par des "révélations" manipulées par des sources bien intentionnées, et surtout d'un intérêt totalement mineur. Ce qui compte, c'est la capacité du candidat, ou non, à gérer le pays.

 

Résultat : on approche du terme, on n'a pas encore parlé des thèmes ! L'indépendance du pays. Sa souveraineté. Sa grandeur et son rayonnement dans le monde. Son rapport avec l'Europe. Sa monnaie. La survie de ses paysans. Etc. On n'a fait que suivre, comme des moutons, l'agenda de M. Plenel et de ceux qui l'instrumentalisent. Que surgisse, d'ici l'élection, un homme - ou une femme - capable de parler des vrais problèmes, rompre avec ce cirque et laisser monter le sentiment tellurique du peuple, la victoire sera à portée de sa main.

 

Pascal Décaillet

 

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09/03/2017

Cyril et Benoît

 

Commentaire publié dans GHI - 08.03.17

 

En se déclarant hostile, dans une interview à la Tribune de Genève, à la libre circulation des personnes, le conseiller national PLR Benoît Genecand s’en est-il véritablement pris, comme on l’a dit, à l’ADN de son parti ? A-t-il commis le crime d’attaquer l’Arche Sainte, celle qui porte le dogme, intouchable ?

 

A ces questions, la réponse est non. Malgré toutes les orgues de Staline qu’ont pu lui envoyer, en réponse, les caciques de son parti, le principe de libre circulation n’est, en réalité, qu’une acquisition récente, dans l’Histoire de la structure aujourd’hui appelée « PLR ». Le 6 décembre 1992, Jean-Pascal Delamuraz ne défendait en aucune façon la seule libre circulation des personnes, il se battait pour un ensemble, certes complexe, mais avec une part avant tout législative et institutionnelle. Le tout fut, comme on sait, refusé.

 

La vraie libre circulation, votée en soi par le peuple le 21 mai 2000, est beaucoup plus récente. Longtemps, les radicaux furent protectionnistes, Delamuraz a même dû les convaincre de combattre les cartels. Et nos libéraux, en Suisse romande, n’étaient pas des ultras, avides de profit instantané. Il n’y a donc rien, dans l’Histoire et la philosophie politique du PLR, qui puisse permettre d’ancrer la libre circulation dans la profondeur des antécédents. Benoît Genecand, puis le député Cyril Aellen, demandent qu’il y ait « au moins débat ». C’est le moindre de leurs droits. Honneur au courage de ces deux personnalités politiques.

 

Pascal Décaillet

 

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08/03/2017

Liberté de la presse : les fausses pleureuses

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.03.17

 

En pleurant, à n’en plus finir, la disparition d’un hebdomadaire, en craignant comme la peste celle d’un quotidien, en répétant à l’envi que « la diversité de la presse en Suisse romande est menacée », que nous révèlent les accents de Requiem et les trémolos de ces voix d’Apocalypse ? Une véritable sensibilité à la pluralité des opinions, dans notre coin de pays ? Ou plutôt, la peur de voir s’évanouir ceux qui furent si longtemps les relais de leurs points de vue ? Ici, un centre-gauche européiste, né de Mai 68, libertaire dans les affaires de société, plutôt libéral, tendance Blair ou Schröder, dans les choix économiques. Là, un centre-droit, également libéral, libre-échangiste, en pâmoison face à l’organisation multilatérale du monde, avec ses armées de journalistes formés à HEI, cette matrice située à quelques mètres du siège mondial de l’OMC, quelques centaines de mètres de l’ONU.

 

Parlons sérieusement. Pour l’immense majorité des gens, un « bon journal », c’est un journal qui pense comme eux. Un « mauvais journal », c’est celui qui leur dit ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. Ils ont évidemment tort, mais c’est ainsi. A vrai dire, il faut déjà une certaine évolution, une certaine connaissance du métier, pour arriver à faire la part des choses, juger en fonction d’une bienfacture, un niveau de professionnalisme, plutôt que du diapason avec ses idées, à soi. Dans ces conditions, rien de pire, dans la vie d’un journaliste, que le paternalisme des politiques, de droite ou de gauche, qui vous veulent du bien. C’est la pire des choses ! Bien pire, encore, que ceux, au moins francs du collier, qui cherchent par tous les moyens à avoir votre peau. Tous ces esprits protecteurs, providentiels, qui surgissent au lendemain de la fermeture d’un titre, déjà suffisamment triste comme cela, pour vous promettre une improbable résurrection, ou réclamer d’urgence une « aide à la presse, de la part des pouvoirs publics ».

 

Ces belles âmes, si pures, eussent-elles fait preuve du même empressement, pour aider à naître  - ou empêcher de mourir - un journal d’extrême gauche, ou alors de la droite conservatrice, anti-libérale, protectionniste, régulatrice des flux migratoires ? La réponse, évidemment, est non. Ce que veulent conserver ces chers politiciens, c’est la caisse de résonance, pour leurs idées à eux, que peut constituer un titre, une antenne, un site. Ils ne s’intéressent qu’à cela. Ce qu’ils appellent « pluralité », c’est la défense de leurs idées, à eux. Dès que vous déboulez avec une autre vision, ils entreprennent toutes choses pour vous réduire au silence. Les mêmes, qui ne jurent que par la « diversité », se révèlent, à la première occasion, les pires censeurs. Je ne leur accorde, pour ma part, aucune confiance. Je préfère encore le rapport de vie et de mort, assez sain finalement, et en tout cas conforme à mon éthique de la guerre, qu’entretiennent de bons vieux ennemis. Allons, selon l’adage, combattre nos adversaires. Mais par pitié, qu’on nous nous protège des fausses pleureuses. Qu’on nous épargne la sollicitude de nos « amis ».

 

Pascal Décaillet

 

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04/03/2017

Non aux obsédés du marché !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.03.17

 

Pourquoi refusent-ils d’admettre, simplement, qu’ils se sont trompés ? Il y a dix, quinze, vingt ans, ils n’en pouvaient plus de nous administrer la leçon sur les vertus incomparables de l’échange. Libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises. Négociations multilatérales d’accords commerciaux, sous le haut arbitrage de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce, siège mondial à Genève). Disparition des frontières physiques. Abolition des taxes douanières. Liquéfaction progressive des Etats et des nations, pour se fondre dans d’immenses conglomérats, comme l’Union européenne, ayant la taille du continent, pouvant ainsi « rivaliser avec la Chine ». Pour y parvenir, délégation de souveraineté des nations à ces grands ensembles. Il fallait penser grand, global, continental, planétaire.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’on est revenu de cette idéologie. Les nations ne sont pas mortes. Les frontières sont vivement souhaitées par les peuples, demandeurs de contrôles beaucoup plus importants. La régulation des flux migratoires (qui n’est pas une fermeture des frontières) est, de plus en plus, exigée par la base. Les thèmes de la préférence nationale (ou, en Suisse, cantonale) ne sont plus du tout de l’ordre du tabou. L’idée, totalement vilipendée pendant les années 1990 et 2000, de protectionnisme, avance à grands pas. En matière agricole, où le niveau de vie des paysans atteint hélas des seuils catastrophiques, elle apparaît même comme une évidence. Bref, un peu partout dans nos pays, Suisse, France, Angleterre, sonne la fin d’une ère. Peut-être pas du libéralisme, grand mouvement de pensée politique, né des Lumières, parfaitement respectable. Non : plutôt la fin de l’acception « ultra » du terme, cette vague née des années 80, qui prétendait tout emporter sur son passage, pour le seul culte du libre-échange et du profit.

 

Personne ne nie les vertus de l’échange. Le problème, c’est qu’au lieu de le tenir pour ce qu’il est, un moyen d’action, on l’a purement et simplement sanctifié. Jusqu’à favoriser exagérément, dans la politique économique suisse, le commerce extérieur par rapport, notamment, à l’agriculture. On a tout misé sur les uns, quitte à laisser tomber les autres. Car enfin, à quoi riment les paiements directs, s’ils ne s’inscrivent pas dans une volonté politique affirmée de promouvoir nos terroirs, nos produits, notre agriculture ? Pour suivre depuis plus de trente ans le dossier agricole, l’avoir couvert déjà du temps de Delamuraz, je puis affirmer que la Suisse, aujourd’hui, n’a plus de vision claire, offensive, dans ce domaine.

 

De quoi avons-nous besoin ? De quoi, si ce n’est de nous sentir, ensemble, dans des réseaux de solidarités. En allemand, cela porte un beau nom : « Gemeinschaft », « communauté ». Cette intimité du lien entre les humains d’un même lieu, le libéralisme ultra, avec son exaltation de l’échange, et ses rêves mondialisés, a bien failli la casser. A nous de la reconstruire. La politique est une affaire d’hommes et de femmes, unis dans la citoyenneté. Ne la laissons pas aux obsédés du marché.

 

Pascal Décaillet

 

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03/03/2017

L'homme qui a osé toucher au dogme

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Sur le vif - Vendredi 03.03.17 - 15.45h

 

Depuis des années, ici et ailleurs, dans mes éditos, je plaide contre la libre circulation des personnes. Non pour fermer les frontières, bien entendu, mais pour réguler les flux migratoires. Depuis des années, j’explique les raisons de ma démarche : des vannes trop ouvertes permettent peut-être, dans un premier temps, de faire prospérer une partie de notre économie, mais à terme, c’est le corps social de notre pays qui est blessé, la cohésion atteinte, les équilibres de solidarité, si précieux et si fragiles dans la construction suisse, mis en péril.

 

Et même ce profit à court terme, réalisé dans les années de vaches grasses, à qui a-t-il été utile ? Hélas, à quelques-uns seulement, qui ne se sont pas empressés de redistribuer les gains réalisés. Les fameuses « mesures d’accompagnement », qui ont permis, il y a quinze ans, d’embarquer une gauche bien naïve dans la folle aventure de la libre circulation, personne n’en a vu la couleur. En tout cas pas les plus défavorisés, les travailleurs précaires, les chômeurs. Au Tessin, à Genève, on a vu émerger des mouvements politiques défendant, à juste titre, l’intérêt des résidents. Au niveau suisse, on a enfin commencé à parler de « préférence nationale ». Mais c’était bien tard.

 

La leçon première de toute cette affaire, ce sont ces quinze années de surdité volontaire à une douleur montante, de plus en plus exprimée, jamais écoutée. On l’a vu dans la non-application, totalement scandaleuse, de l’initiative du 9 février 2014, par les Chambres fédérales, aggravée par une totale inexistence du Conseil fédéral dans la conduite politique du dossier. Dans cette surdité, cette insensibilité, ce déni de prise en compte du réel, un parti, en Suisse, devra assumer face à l’Histoire une lourde responsabilité : le PLR. Avec lui, certaines organisations patronales, Economie Suisse, mais pas l’USAM, tellement plus proche du petit et moyen entrepreneur, proche de son travail.

 

C’est dans ces conditions qu’intervient la bombe Benoît Genecand. Ce brillant conseiller national PLR, entré tard en politique, assurément atypique dans son parti, esprit libre et audacieux, explique, dans la Tribune de Genève de ce matin, les raisons de son opposition à la libre circulation des personnes. Dans le parti qui est le sien, c’est une atteinte au dogme. Un peu comme un théologien contestataire allemand, style Hans Küng, qui viendrait tranquillement expliquer au Vatican que, sur telle disposition conciliaire de Nicée ou Latran, ils ont tout faux. Bonjour l’ambiance. Habemus Benedictum. Septimum decimum. Haereticum !

 

Dans la famille PLR, Benoît Genecand n’est pas seul. D’autres langues, sans tarder, ne manqueront pas de se délier. Non pour se convertir à la Révolution prolétarienne, mais parce qu’elles voient bien l’impasse sociale, donc politique, créée par une application aveugle et dogmatique du principe d’ouverture des frontières. Aussi, parce qu’elles sont inspirées par un vrai respect du suffrage universel, et ne sont pas dupes des gesticulations parlementaires, à Berne, pour accoucher de toutes choses, sauf du respect de la volonté populaire du 9 février 2014. Il y a, croyez-moi, rien qu’au PLR genevois, plusieurs importantes figures qui voient les choses comme cela. Dans les jours qui viennent, elles s’exprimeront.

 

Surtout, Benoît Genecand a 100% raison d’empoigner le sujet principal, le seul qui vaille. Cessons de tourner en rond, avec les ineffables « contre-projets du Conseil fédéral à l’initiative RASA », ultimes manœuvres où la Berne fédérale touche le fond. Laissons tout cela, et entamons un vaste débat national, en profondeur, en prenant le temps qu’il faudra, sur le seul vrai thème : la libre circulation des personnes. Moi-même, qui y suis opposé, je ne demande qu’une chose : que le peuple et les cantons, le seul souverain de ce pays, tranchent. S’ils la maintiennent, j’en prendrai acte, et respecterai le suffrage. S’ils l’abolissent, j’en serai profondément heureux, pour les équilibres sociaux internes à la Suisse, auxquels je suis si profondément attaché. Notre pays est une petite fleur fragile. Elle s’accommode mal de déferlements. Elle exige une infinie délicatesse pour faire tenir ensemble, dans le respect et la cohésion, ceux qui, maintenant, l’habitent et construisent son destin.

 

Pascal Décaillet

 

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02/03/2017

L'homme qui nous aime tous

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Sur le vif - Jeudi 02.03.17 - 16.07h

 

Un candidat surgi du néant. Un homme sans passé, qui viendrait se fiancer avec l’avenir. Un homme charmant, en vérité, gendre idéal, tiré à quatre épingles, souriant, charismatique au milieu des foules, télévangéliste : « Je vous aime, je vous aime tous ! ».

 

Un homme qui a d’abord commencé par exister comme officiant de grands-messes, avant même de dévoiler la moindre parcelle de programme. On venait le voir, lui, l’homme, le phénomène, indépendamment de toute espèce d’orientation politique pour l’avenir de la France. D’ailleurs, pourquoi s’embarrasser encore de programmes ?

 

D’où sort cet homme ? On ne sait rien de lui. Son parcours politique est tout récent, tout frais. Il a fait figure d’homme de droite dans un gouvernement de gauche, il a joué les orléanistes sous les lambris de la République, il est parti, il a fait campagne, il nous aime, il nous aime tous.

 

Il a réussi le tour de force, unique dans les annales de la Cinquième, d’occuper avec brio la piste aux étoiles, jusqu’au 2 mars de l’année d’élection, à seulement quelques semaines du premier tour, sans rien dévoiler qui pût, de près ou de loin, ressembler à un programme. Il fallait d’abord assurer la visibilité de l’homme, comme dans la promotion d’un produit, les détails ne viendraient qu’ultérieurement. Il s’est vendu lui-même, comme une crème de beauté. Un élixir. La promesse d’une Aurore Boréale.

 

D’où vient cet homme, de quelles arctiques latitudes ? Il n’a, dans son sillage, ni Fuites, ni Observatoire, ni bruit, ni odeur, ni emplois fictifs, ni Libération de Paris. Ah, si : il a la banque privée, comme Pompidou. Il y aurait appris « la grammaire des affaires ». Sujet, verbe, complément : je vous aime, je vous aime tous.

 

Mais y avait-il un monde avant la grammaire ? D’où sort cet homme ? De quels Limbes, de quelle innocence, feinte ou réelle ? Homme nouveau, Kennedy, Pepsodent, Lecanuet, réformateur, on la connaît la musique. On la connaît, mais elle marche : les tubes s’arrachent, chez le charmeur aux dents blanches.

 

Au-delà de l’homme, d’où vient cette candidature ? Qui la soutient, qui la finance ? En France, seulement ? Aux Etats-Unis, dans quelque officine de la Côte-Est ? Dans les milieux d’affaires, ceux qui ont intérêt, à tout prix, à sauvegarder le système de libre circulation du Capital ? Et si cette candidature, d’apparence si fraîche, si spontanée, avait été, en réalité, mûrement préparée, depuis longtemps, pour faire pièce, non à M. Fillon, qu’il s’agissait d’éliminer en premier, mais au vrai danger : celui d’une ascension protectionniste, régulatrice des flux migratoires, opposée à l’Euro, à l’Union européenne ? Emmanuel, promesse boréale de la victoire contre celle qui fait vraiment peur, de New York à Bruxelles.

 

En attendant, il est là. Frais comme un gardon. Il n’a toujours pas vraiment de programme, si ce n’est l’habituel fatras (mais chez la plupart des autres aussi) où tout est évoqué, sauf les intérêts suprêmes de la Nation, qui sont pourtant la seule chose qui compte, à l’Elysée. Mais foin de programme ! Laissons là ces enfantillages. Il s’agit de paraître. Le prochain meeting nous attend, le prochain cirque. Il nous aimera, il nous aimera tous. Pour des Aurores qui chantent.

 

Pascal Décaillet

 

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01/03/2017

Fillon, un homme debout

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Sur le vif - Mercredi 01.03.17 - 15.43h

 

J’ai toujours aimé ceux qui se battent. Seuls contre tous. Face à un destin contraire, à l’inéluctable. Face à ce qu’il faudrait faire si l’on était raisonnable : abandonner, parce que les vents adverses sont trop puissants, se résigner.

 

Je l’ai déjà dit, François Fillon n’est pas mon candidat. A cause de son libéralisme économique et social, et aussi à cause de sa relation à l’Union européenne. Mais pour le reste, quel homme ! Il en a fallu, du courage, aujourd’hui 12.30h, pour monter sur l’estrade, calme et souriant, et nous faire entendre d’une voix claire l’un des plus beaux moments de contre-attaque de l’Histoire de la Cinquième. J’ai pensé, par moments, au 30 mai 1968, retour de Baden-Baden : « Je ne me retirerai pas ». Je doute être le seul de ma génération à avoir, en ce moment précis, fait cette association.

 

Certains diront qu’il est suicidaire. Peut-être. Mais il a choisi le combat, là où l’abandon eût été plus simple. Plus reposant. Dans les moments de crise extrême, la tentation de « laisser faire » est parfois immense. Il a choisi de n’y point céder. Cette attitude politique, au-delà de savoir s’il faut plus ou moins d’Europe, plus ou moins de fonction publique, m’a, à l’instant même où s’envolaient ses paroles, subitement rapproché de cet homme ombrageux et discret, à la détermination farouche.

 

J’ignore absolument ce qui va se passer. J’ignore qui sera au deuxième tour, qui sera Président. Je n’en ai strictement aucune idée. Je ne veux pas brûler les étapes. Il reste de longues semaines d’une campagne qui peut encore rebondir dans tous les sens. Ce qui compte pour moi, aujourd’hui 12.30h, c’est d’avoir vu un homme debout. Un homme en armes. Un homme qui s’apprête à continuer le combat.

 

Monsieur Fillon, les juges se prononceront sur les différentes « affaires » qui vous concernent, vous ou votre entourage. Mais je souhaite, avec une infinie vivacité, que le seul juge de votre destin national soit le corps électoral français. Ces millions de citoyennes et citoyens qui, chacun en conscience, décideront, le jour et l’heure venus, du rôle que vous aurez à jouer pour l’avenir de ce pays.

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/02/2017

Dents blanches et Voie lactée

 

Sur le vif - Mardi 28.02.17 - 09.20h

 

Au milieu d'un vide programmatique plus sidéral que la Voie lactée, Emmanuel Macron, l'homme qui veut faire neuf, ne fait en réalité rien d'autre que réinventer un passé récent, dont on a vu les résultats. Dans un pays deux fois millénaire, sa puissance de projection dans le passé ne dépasse pas le cap des trente ans.

 

Il ne jure que par la sanctification de l'échange, du marché, du libéralisme, de l'Europe. Thèmes des années 1990 !

 

Sur l'identité nationale, sur la frontière, sur la régulation des flux migratoires, sur l'absolue nécessité de réinventer une politique agricole et de soutenir les paysans français, sur la montée en puissance de l'Allemagne, sur la défense nationale, sur les réseaux de solidarité destinés à sauver les plus démunis, il n'a strictement aucun discours.

 

En politique, je n'ai jamais cru, une seule seconde, à l'homme nouveau. Le rénovateur aux dents blanches, qui se rit du passé, que d'ailleurs il ignore. Le vendeur de camelote, aux allures de gendre idéal. Le télévangéliste Pepsodent, qui hurle : "Je vous aime, je vous aime tous !".

 

Tout cela manque de tenue et de retenue. D'intuition du tragique. De lien sacrificiel avec l'Histoire. Tout cela ressemble davantage à la banque privée, mondialisée, qu'à l'intime et secrète profondeur de la France. Tout cela ressemble à un cocktail, entre initiés, dans une villa de luxe de la Côte-Est américaine.

 

Cette candidature a été créée de toutes pièces. Par qui ? Quelles puissances financières ? Avec quels objectifs réels ? Ces questions-là sont autrement plus capitales que la nature putativement fictive des emplois de Madame Fillon.

 

Pascal Décaillet

 

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27/02/2017

Françoise Buffat, les philtres du talent

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Sur le vif - Lundi 27.02.17 - 14.40h

 

Journal de Genève, il y a entre trente et quarante ans, vieil escalier de bois, rue du Général-Dufour, deuxième étage, première porte à droite : l’antre de la magicienne. Les portes grinçaient, les parquets aussi, l’âme de René Payot habitait encore le bureau d’angle, juste un peu plus loin. Au fond, depuis des temps ancestraux, rien n’avait changé. Depuis Fazy, la fondation, 1826 ?

 

La magicienne, c’était Françoise. Bureau minuscule, donnant sur la cour intérieure, partout des livres, des dossiers, des plumes, des crayons. Une machine à écrire. La plupart du temps, la porte était ouverte. On se pointait pour demander conseil, discuter, rire un bon coup, essayer d’en savoir plus sur la stratégie secrète du Conseil d’Etat. Un collège de sept personnes, dont elle était le huitième membre, connaissant mieux que le septuor les dessous cachés de la République. Car la magicienne, la merveilleuse sorcière au rire tonitruant, savait TOUT. Elle ne disait pas tout, mais elle le savait.

 

Je l’ai connue en 1976, dès mes premières piges, j’avais 18 ans. Depuis, son magistère n’a fait que croître. La magicienne, pourtant, n’avait d’autres philtres que ceux de son talent : connaissance absolue, cadastrale, du terrain ; intimité des dossiers ; plume audacieuse et précise. Dans l’écriture, ce brin de folie qui invite le lecteur à se précipiter. Sorcière, philtres, breuvages, au milieu des grimoires.

 

Françoise Buffat était une journaliste totale. Plume libérale, elle n’a jamais attaqué des milieux politiques plus cruellement que les libéraux eux-mêmes. Familière de la rue des Granges, elle brocardait comme personne la poussière d’or patricienne, évanescente, façon Restauration, de ces hauteurs perdues. Surtout, il y avait chez elle ce sourire, l’éclat de ce regard, cette immédiate complicité, la rapidité de son esprit, l’immensité de sa mémoire. Intensité de sa présence.

 

Toute sa vie, elle nous aura proposé son regard. Assumant totalement le parti-pris. Enflammant de son verbe la vie politique genevoise. Sur Christian Grobet, conseiller d’Etat socialiste de 1981 à 1993, nous n’étions pas d’accord : elle jouissait de l’incendier ; je soutenais que nous avions affaire à un homme d’Etat, l’un des grands de l’après-guerre, au même titre que Chavanne ou Segond. Les arguments s’échauffaient dans l’échange, nous finissions toujours par éclater de rire. Et le rire, le sien, s’entendait, de l’autre côté de la rue, jusqu’au Victoria Hall.

 

Par la suite, Françoise Buffat a écrit de remarquables livres, dont l’excellent « Suisses et Juifs », avec Sylvie Cohen, paru en pleine crise des fonds en déshérence, en 1998, chez Pierre-Marcel Favre. Françoise était Alsacienne, elle n’avait quitté cette terre (annexée par le Reich en 1940) qu’en 1942 pour venir en Suisse. On peut imaginer ce qu’il fût advenu d’elle, si le malheur avait voulu qu’elle demeurât à Strasbourg.

 

Ma dernière rencontre avec la magicienne aux philtres date d’une soirée magique, début août 2015, à la Salle communale de Saint-Luc (VS), lors d’un époustouflant concert-lecture autour de la correspondance entre Clara et Robert Schumann. J’y étais avec mon épouse. Françoise, avec sa fille Juliette, qui vient de nous quitter elle aussi. Tandis que les Lieder de Schumann illuminaient la salle, le soleil déclinant d’une soirée d’été n’en finissait pas de prendre congé, en face, de l’autre côté de la vallée.

 

Françoise, je te dis au-revoir. Tu resteras pour moi un exemple, dans ce métier de feu et de lumière.

 

Pascal Décaillet

 

*** Photo : Salavatore di Nofli - TG.

 

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24/02/2017

Gauchebdo : merci d'exister !

 

Sur le vif - Vendredi 24.02.17 - 17.53h

 

Toute ma jeunesse, je me suis passionné pour l'Histoire grecque ancienne, c'était même l'une de mes branches à l'Université. Depuis deux ou trois décennies, je dévore tout ce qui a trait à la Grèce moderne : la Seconde Guerre mondiale, la (terrible) Guerre civile qui a suivi, puis les années plus récentes, les colonels (67-74), etc.

 

Eh bien je vais vous dire une chose : il existe, en Suisse, UN SEUL JOURNAL qui nous renseigne impeccablement, en profondeur, sur l'Histoire, la sociologie, la culture (notamment le cinéma) de la Grèce d'aujourd'hui. Ce journal, c'est Gauchebdo. Dans la seule édition du numéro 8, daté d'aujourd'hui (24 février 2017) :

 

1) Un papier d'Anna Spillmann sur la société civile qui s'organise pour compenser "la dégradation catastrophique des services publics".

 

2) Un autre papier sur la Grèce qui scolarise les enfants de réfugiés.

 

3) Un papier de Christophe Chiclet sur la scission en deux, autour de Mai 68, du KKE, le parti communiste grec.

 

Ce qui est remarquable avec Gauchebdo, et qui correspond tellement à tout ce que j'attends d'un journal, c'est qu'il assume avec persévérance, contre vents et marées, contre la facilité des modes médiatiques, le "suivi" d'un thème, en profondeur. En l'espèce, la Grèce !

 

Lire Gauchebdo est, chaque fin de semaine, une bénédiction. On y perçoit de la "résistance". Une prise de maquis, oui. Pas pour aller poser les bombes. Mais pour fuir, par d'audacieux chemins de traverse, les autoroutes promotionnelles des suppléments week-end, de plus en plus illisibles tellement ils sont convenus, des journaux des grands groupes de presse.

 

Une fois de plus, je remercie Gauchebdo d'exister.

 

Pascal Décaillet

 

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Le suicide de la mouche

 

Sur le vif - Vendredi 24.02.17 - 09.49h

 

User d'une "chroniqueuse cachée" pour défendre une thèse plus plate qu'une écluse de Flandre, dénuée du plus timide frisson d'insolence, sur l'avenir électoral du PLR genevois, me semble aussi disproportionné que gratuit.

 

Car enfin, si c'est pour enchaîner les gravités démonstratives, à coups de "car" aussi légers qu'un ramassage scolaire, et nous révéler des vérités aussi profondément cryptées que la capacité du Jet d'eau à nous humecter, tant qu'à faire, autant signer.

 

Personne ne vous en voudra, tant votre vitriol est inoffensif. Tout au plus, on vous gratifiera d'un soupir d'impatience. Comme à la réapparition suicidaire de la mouche, à qui on avait pourtant laissé sa chance, en la chassant une première fois, par la fenêtre ouverte.

 

Pascal Décaillet

 

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23/02/2017

Délicieux prédicat

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Commentaire publié dans GHI - 22.02.17

 

En France, M. Fillon n’est pas mon candidat. J’apprécie sa personne, sa retenue, ne me laisse en rien impressionner par les « affaires » sorties sur lui, mais son profil économique et social est beaucoup trop libéral pour moi. Pourtant, il y a eu, dans sa campagne, un moment que j’ai littéralement adoré, celui où il a tourné en dérision l’insupportable jargon de préciosité des pédagos, en dénonçant avec humour le mot « prédicat ». Juste à ce moment, j’ai aimé François Fillon, il m’est apparu comme un esprit libre, bien fait, indépendant, ne craignant pas, en pleine campagne de se mettre à dos une caste.

 

D’ailleurs, qui s’est-il mis à dos ? Les enseignants ? Sans doute pas, qui pourraient bien être les premiers à souffrir de la prétention de quelques spécialistes à « rénover » un mode d’apprentissage de la grammaire qui a magnifiquement fait ses preuves, invite l’élève à décortiquer la phrase, en identifier les dépendances, bref aiguise son esprit critique.

 

Né en 1958, j’ai la chance extrême, par l’école où je suis passé, les maîtres qui furent miens, d’avoir échappé à ce carnage. De sept à onze ans, au primaire, nous avons appris à fond l’analyse grammaticale, avec des compléments d’objet, direct ou indirect, des compléments circonstanciels. Puis, dès onze ans, au secondaire, l’analyse logique, en même temps que nous commencions le latin et l’allemand, avec les terminaisons qui changent en fonction des cas. Tout cet apprentissage était parfaitement construit, s’enchaînait. Il n’y avait ni prédicat, ni pédagos, Il n’y avait, pour moi, que le bonheur d’apprendre.

 

Pascal Décaillet

 

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22/02/2017

Pierre Maudet : 49.3 à l'ombre

 

Sur le vif - Mercredi 22.02.17 - 13.52h

 

Je réfléchis depuis hier midi à cette histoire de régularisation des sans-papiers, qui m'a occupé une bonne partie de la journée. Un élément m'apparaît, avec puissance : qu'on soit pour ou contre, il est inimaginable qu'une telle réforme soit imposée par simple ukase du gouvernement, sans passer par la voie parlementaire, voire (mieux, toujours mieux) celle de la démocratie directe.

 

Sur le prix du sucre, on peut éventuellement gouverner par ordonnances. Mais assurément pas sur un sujet aussi sensible, qui touche à la loi républicaine, au statut d'êtres humains, au thème ultra-sensible de la migration. Toutes choses qui nécessitent un débat citoyen. Où les choses puissent se dire, les arguments s'entrechoquer, les idées se combattre.

 

Sinon, c'est du 49,3, à l'ombre de la démocratie, M. Maudet.

 

Pascal Décaillet

 

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Pour une Economie nationale

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.02.17

 

Impossible de ne pas revenir, cette semaine encore, sur le choc constitué par le refus par trois Suisses sur cinq (59,1%), dimanche 12 février, de RIE III, la réforme de l’imposition des entreprises. Comme déjà dit la semaine dernière, les citoyens n’ont pas dit non à un taux d’imposition unifié, mais à l’arrogance de ceux qui leur hurlaient, sous peine de mort clinique du pays, de voter oui. Maintenant, c’est non, sans appel, il faut en prendre acte, et surtout viser l’avenir : au-delà de savoir à quel taux il faut taxer les multinationales, nous devons surtout définir ensemble la forme d’économie que nous voulons pour le pays. Car l’économie, ça n’est pas l’affaire des seuls patrons, mais la nôtre à tous. Je plaide ici pour qu’elle soit au service de l’humain, de son épanouissement. Je plaide, surtout, pour le retour en force, par la grande porte, d’un concept jugé ringard par les années de mondialisation et d’argent facile : celui d’Economie nationale.

 

Depuis une vingtaine d’années, sur l’autel du libéralisme, on a sacrifié l’idée que l’économie était l’une des forces vives – et pas la moindre – de la nation. On s’est pris à rêver d’un Casino mondialisé, une sorte de Jérusalem Céleste du profit, qui transcenderait les communautés humaines, se rirait des frontières. Aujourd’hui, en Suisse comme ailleurs, nous en revenons. Dans l’histoire de RIE III, la fureur du grand patronat et de leurs affidés libéraux à nous mettre le pistolet sur la tempe a montré une chose : l’importance démesurée prise dans quelques cantons, comme Genève et Vaud, par les multinationales. Il ne s’agit pas d’instruire le procès de ces dernières, qui ont bien voulu s’établir chez nous, et comptent pour beaucoup dans notre manne fiscale. Mais il s’agit sans doute de construire, pour notre pays, un avenir économique où, progressivement, nous devenions moins dépendants de ces superstructures volatiles, qui peuvent délocaliser quand elles veulent.

 

Cela passe par une absolue priorité à nos PME, qui constituent les neuf dixièmes de notre tissu économique suisse. Encourager l’entreprise locale, de proximité, celle qui sert l’intérêt direct de la population, engage en priorité les résidents, tisse un réseau de solidarité entre les habitants de notre pays. Bref, l’impérieuse nécessité d’une politique de la petite et moyenne entreprise, en lien avec la formation, l’apprentissage, donc les pouvoirs publics, s’impose. Si nos PME, à Genève, avaient été plus fortes, mieux soutenues, moins dépendantes (par sous-traitance) des multinationales, le débat sur RIE III n’aurait pas atteint cette flamme passionnelle qui a fini par le dévoyer. Et, peut-être, notre canton, qui ne l’a refusé qu’à 52,3%, aurait-il accepté le projet. Je n’ai pas parlé ici de l’agriculture, affaire nationale par excellence, donc à protéger à tout prix de la sauvagerie de la concurrence mondiale. J’ai juste évoqué l’idée, qui m’est si chère, d’une économie au service de tous. Une économie pour la population. Une économie nationale.

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2017

François Bayrou, trop superbe solitaire

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Sur le vif - Mardi 21.02.17 - 15.35h
 
 
J'apprécie énormément François Bayrou, c'est un homme d'intelligence et d'unité, son modèle est le Roi Henri IV, celui qui sut mettre fin aux Guerres de Religion, entrer dans Paris (au prix d'une messe), réconcilier le pays, après d'immenses épreuves. Si l'intime connaissance de ces épreuves vous intéresse, je vous recommande l'un de mes livres préférés, Les Tragiques, d'Agrippa d'Aubigné (1552-1630), un homme que Genève connaît bien.
 
 
J'apprécie Bayrou, et les plus fidèles d'entre mes lecteurs se souviennent que je l'avais soutenu avec ardeur, dans cette magnifique campagne de 2007, où il avait été, vu ses moyens, un héroïque troisième homme. Je ne partage pourtant pas du tout ses thèses européennes, mais l'homme me plaît, la patience avec laquelle il creuse son Sillon, d'aucuns comprendront les raisons philosophiques et littéraires de ma majuscule, à ce mot.
 
 
J'apprécie Bayrou, François Mitterrand avait dit qu'il serait un jour Président, il ne l'a pas dit de beaucoup d'autres, en tout cas pas de Rocard, ni de Jospin.
 
 
J'apprécie Bayrou, il pourrait être un rassembleur, comme l'avait été, naguère, le Roi Henri. Mais hélas, il y a un problème : le Béarnais est un homme seul. Il n'a pas de troupes. Or, le système d'élection du Président de la Cinquième, depuis la réforme de 1962, taillée sur mesure pour Charles de Gaulle, cette machine majoritaire, à deux tours, implique que les candidats aient derrière eux une véritable armée.
 
 
François Mitterrand, le politicien le plus habile de la Cinquième République, avait mis 23 ans à la constituer, cette armée : entre 1958 et 1981. En passant par l'Observatoire (1959), la présidentielle de décembre 1965, la prise à la hussarde du PS à Epinay-sur-Seine, en juin 1971, la présidentielle de 1974, pour enfin construire la superbe victoire du 10 mai 1981. A chaque défaite, ce diable d'homme se renforçait ; au fil des années, ses troupes augmentaient.
 
 
Bayrou, hélas, n'en est pas là. Il partage avec Pierre Mendès France, l'exceptionnel Président du Conseil de juin 1954 à février 1955, un trait de caractère funeste dans une mécanique majoritaire : celui d'être un solitaire ombrageux, persuadé d'être le meilleur, ciselant son indépendance plutôt que de forger une armée. Cela donne de magnifiques individus, idéaux pour biographes et romanciers, mais rarement des vainqueurs de grandes batailles.
 
 
Dans ces conditions, à la fois je souhaiterais vivement que François Bayrou se lance dans l'arène des présidentielles 2017, à la fois je ne le créditerais, hélas, en ce 21 février, que de fort peu de chances. Une telle bataille se prépare des années à l'avance, il faut conquérir les âmes, exercer les troupes au combat. Je crains que le Maire de Pau, qui eût fait une carrière d'exception dans le système proportionnaliste de la Quatrième République, ne puisse conquérir un bastion aussi difficile, dans l'implacable mécanique majoritaire.
 
 
Pascal Décaillet
 

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20/02/2017

Macron : mon chouchou

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Sur le vif - Lundi 20.02.17 - 13.36h

 

Si j'étais Français, le dernier candidat pour lequel je voterais, je dis bien le DERNIER, est Emmanuel Macron.

 

Pour une simple raison : aussi sympathique soit-il, je ne décèle rien en lui qui soit de nature à m'inspirer l'idée de l'Etat, l'idée de la Nation. Quelque chose d'un peu dur, régalien, cadastré. Quelque chose comme un cimetière militaire, du côté de Douaumont. Quelque chose comme la mémoire du tragique, le respect du sang versé, la passion du passé. Et pas juste pour raconter n'importe quoi, avec une insoutenable légèreté, dans cette Algérie dont l'Histoire m'est si chère.

 

Or, ces deux idées, l'Etat et la Nation, m'importent.

 

Parce que, s'il n'y a plus ni Etat ni Nation, alors ne subsisteront qu'élégants marquis d'Ancien Régime, parfumés dans leurs salons de jeux. Et loi de la jungle, loi du plus fort. Casino, mondialisé. Et fardeau, pire encore, pour les plus démunis. Ce qui n'est pas exactement l'idée que, depuis l'âge de sept ans et demi (décembre 1965) je me fais de la France.

 

C'est aussi simple que cela. Je n'ai rien d'autre à dire sur ce candidat.

 

Pascal Décaillet

 

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Pierre Maudet et l'illusion d'une défense européenne

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Sur le vif - Lundi 20.02.17 - 08.25h

 

Quand j'entends Pierre Maudet, ce matin à la RSR, regretter le rejet, en 1954, de la CED, Communauté européenne de défense, et souhaiter explicitement une "défense européenne", je me demande, tout capitaine soit-il, dans quelle représentation stratégique du continent il évolue mentalement.

 

J'ai étudié l'histoire de la CED, qui est passionnante. Gaullistes, mendésistes et communistes, bref la quasi-totalité des partis issus de la Résistance, s'y étaient opposés. Ils voyaient bien, neuf ans après la guerre, que, sous le noble et chatoyant prétexte de créer une défense européenne, on allait avant tout accélérer le réarmement allemand.

 

Comme je l'ai dit maintes fois ici, si les villes allemandes étaient détruites en 1945, l'armement, lui, ne l'était pas tant que cela. Et l'encadrement de la toute nouvelle Bundeswehr, dès 1949, fut constitué à partir de celui... de la Wehrmacht. Tout esprit un peu initié savait, en 1954, à quelle vitesse pouvait se reconstituer l'armée allemande, si on lui donnait les moyens institutionnels que le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949 lui refusait.

 

Bref, à l'issue d'un débat dantesque, la CED finit par être refusée, à l'Assemblée, par 319 voix contre 264, le 30 août 1954, sous le gouvernement du seul véritable homme d'Etat de la Quatrième République, Pierre Mendès France.

 

Retour à Pierre Maudet. Nous sommes dans l'Europe de 2017. L'improbable conglomérat nommé "Union européenne" est en voie de douce liquéfaction. Stratégiquement, une puissance, en toute discrétion, ne cesse de se renforcer : l'Allemagne. Ce week-end, elle annonçait fièrement qu'elle serait l'élève modèle de "l'OTAN" (autre fantôme programmé) en appliquant les 2% de son PIB à ses dépenses militaires. Juste avant Noël, elle a modifié le Grundgesetz en s'autorisant désormais des actions offensives. Juste avant Noël, elle a voté la construction de trois bâtiments de guerre, pour la marine, qui feront parler d'eux d'ici une quinzaine d'années.

 

Et Pierre Maudet, à la RSR, vient rêver à haute voix d'une "défense européenne". Pour devenir les satellites de l'armée allemande ? Assurer servilement son intendance ? Dans quelle représentation cérébrale de l'Europe Pierre Maudet vit-il ? Ne voit-il pas le retour, en matière stratégique, des intérêts fondamentaux des nations ? Pourquoi, au nom de quelle idéologie supranationale, se refuse-t-il à prendre acte de ce fait ? Est-il aveuglé par les démons de candeur et de cécité du NOMES ?

 

Il ne saurait exister de "défense européenne", pour la simple raison qu'il n'existe pas "d'Europe" institutionnelle crédible. Une force de frappe ne peut pas émaner d'un ectoplasme où règne l'impuissance impersonnelle. Non, elle doit être le bras armé d'un Etat soudé, cohérent, d'un peuple qui se reconnaît dans une communauté, "Gemeinschaft".

 

En Europe occidentale, depuis vingt ans, tout le monde démilitarise, sauf... l'Allemagne. Parler aujourd'hui de "défense européenne", c'est tomber exactement dans le même leurre, le même panneau, que les naïfs partisans de la CED, lors du débat homérique de 1954.

 

Pascal Décaillet

 

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19/02/2017

Investigation, ou délation ?

 

Sur le vif - Dimanche 19.02.17 - 18.46h

 

Si j'étais Français, François Fillon ne serait pas mon candidat. A cause de ses positions économiques et sociales, beaucoup trop libérales pour moi, ce que je notais déjà, ici même, lors de sa victoire à la primaire, le 30 novembre 2016, dans un commentaire intitulé "Ça n'était qu'une primaire de la droite". Alors que tout le monde le voyait déjà à l’Élysée. Le libéralisme, carrément ultra en l'espèce, est ce qui me sépare de Fillon. Pour le reste, je l'apprécie beaucoup. Notamment lorsqu'il assassine jouissivement le "prédicat", ce jargon de ridicule préciosité des pédagos.

 

Mais soyons clairs : si je partageais les thèses de François Fillon au point de le vouloir comme Président, je l'encouragerais à aller jusqu'au bout, malgré la meute. Et ne le jugerais en aucune manière en fonction des "affaires" sorties par Mediapart. On sait trop - je sais trop - dans ces cas-là, tout ce que ces casseroles jaillissant comme par hasard en pleine campagne peuvent avoir de programmé, d'instrumentalisé. A cet égard, on commence un peu trop, chez le moraliste-en-chef Edwy Plenel, à confondre "journalisme d'investigation" avec pure et simple délation.

 

Je vais plus loin : la parfaite rectitude morale d'un candidat ne m'intéresse pas trop. Seule compte, pour moi, son aptitude à gérer le pays. Dans la tempête, on envoie au gouvernail le meilleur pilote, on ne lui demande pas son certificat de bonnes vies et moeurs. Ni même un document attestant qu'il ne s'est jamais contredit.

 

Cette position, qui est mienne depuis toujours, me vaut de régulières engueulades avec mes amis américains, beaucoup plus rigoristes. Je ne le suis pas. La morale ne m'intéresse guère en politique. La capacité, la compétence, si, en absolues priorités.

 

Pascal Décaillet

 

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Corps et vie, dans un destin commun

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Sur le vif - Dimanche 19.02.17 - 15.38h

 

Il est temps qu’émerge, en Suisse romande, le courant à la fois conservateur et social dans lequel un nombre non-négligeable de nos compatriotes pourraient, je crois, être appelés à se reconnaître. Chacun dans sa sensibilité, ses nuances, ses différences. Le temps des antiques bannières est passé, où l’on entrait en parti comme en religion, dans un esprit de paroisse et de famille, appliquant sans sourciller les mots d’ordre de l’appareil, demeurant jusqu’à son dernier souffle dans la chapelle. Nous sommes des hommes et des femmes libres, des citoyens, nous votons pour qui nous voulons, nous répondons souverainement « oui » ou « non » aux objets de votations, sans avoir à nous en justifier, sauf si nous le souhaitons.

 

Je dois m’expliquer sur le mot « conservateur ». Il ne s’agit pas, dans mon esprit, de se figurer le monde à travers le tableau « L’Angélus », de Jean-François Millet, au demeurant sublime, ni de vouloir la résurrection d’un Âge d’Or n’ayant au fond jamais existé. Alors que Millet peignait ce superbe et vertical moment d’immobilité paysanne, en plein Second Empire, entre 1857 et 1859, les premiers ravages de la Révolution industrielle faisaient mourir à trente ou quarante ans les travailleurs des mines, dans lesquelles œuvraient des enfants.

 

Non. Être conservateur, ça n’est pas rêver le retour du passé. Ce qu’il faut « conserver », c’est le corps social. La cohésion, au sein du pays. Celle pour laquelle nos ancêtres se sont tant battus, nous léguant dès la fin du 19ème siècle les premières Caisses mutuelles (sur le modèle social bismarckien, totalement en avance sur le reste de l’Europe), puis en 1948 l’AVS, puis les différents modèles d’assurances accident, ou maladie, mais aussi la protection des travailleurs, sur les chantiers ou dans les usines, l’aide à la paysannerie, la démocratisation des études, etc.

 

C’est cette Suisse en mouvement dans laquelle je crois, née de 1848, mais tout autant de la réconciliation de 1891, la proportionnelle de 1919, la Paix du Travail de 1937, le vote des femmes de 1971, bref ce qui a fait bouger le pays. Ce que je veux « conserver » n’est donc certainement pas l’immobilité, même celle, merveilleusement figée, des deux paysans de Millet, mais au contraire la saine et fructueuse dialectique du mouvement. C’est là qu’intervient la démocratie, surtout directe, celle qui permet au plus grand nombre de débattre, s’engueuler dans de saintes et magnifiques colères, et finalement, un beau dimanche, trancher. Ce que je veux « conserver », c’est la puissance créatrice de ce mouvement : on est quand même, me semble-t-il, avec cette définition, assez loin de celui qui contemple nos belles montagnes, en attendant que quelque chose se passe.

 

Je dis « conservateur », mais je dis aussi « social ». Mes racines idéologiques personnelles ne sont pas celles de la gauche marxiste, ni des démonstrations glacées du matérialisme dialectique. Elles viennent d’ailleurs, notamment de la Doctrine sociale de 1891, à laquelle je fais souvent référence. Parce qu’au fond, je crois qu’entre humains, c’est l’essentiel qu’il faut préserver : la vie sur terre, le partage, la communication, la culture, la reconnaissance commune d’un passé, de traditions, avec ce qu’il implique d’incessant travail de mémoire. C’est là qu’intervient l’Histoire, qui sans cesse remet en question nos certitudes, corrige et équilibre les témoignages, réinvente la vie. Le passé n’est pas derrière nous, comme une matière inerte. Non, il est devant nous, il nous attend, il exige de nous le travail d’introspection, de lecture des archives, pour tenter de lui restituer corps et vie.

 

Ce qui m’intéresse, c’est qu’ensemble, malgré nos désaccords, nous soyons corps et vie, justement. Engueulons-nous, c’est vital, la démocratie n’a jamais été la torpeur. Assumons nos opinions, nos positions. Fuyons la fausse neutralité des eunuques. Existons, que diable, tant que le souffle de vie nous est prêté.

 

J’écris sur le conservatisme social, parce qu’il existe, de M. Fillon à certains Américains, de tel potentat zurichois à tel éditorialiste, un autre courant, qu’on peut qualifier de conservatisme libéral. Ce dernier n’est absolument pas le mien. Pour la bonne et simple raison que, s’il existe au fond de mon tempérament un solide tempérament conservateur, peut-être d’essence littéraire autant que politique, il n’existe en revanche rien de libéral. Enfin rien, dans le sens « ultra » de ce mot, celui qui nie l’Etat, se désintéresse du corps social, méprise la frontière au nom du Capital mondialisé.

 

Voilà. J’ai tenté ici de donner quelques précisions. Je ne pense pas, en Suisse romande, parmi deux millions d’âmes, être le seul à percevoir les choses ainsi. Peut-être, entre ceux qui, peu ou prou, partageraient cette vision, ne serait-il pas inutile de se mettre à échanger, dialoguer. Non pas se fédérer sous une même bannière, je n’ai pas l’âme partisane, mais créer un lieu où nos énergies puissent parfois vibrer ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

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