27/09/2018

Reconnaissance

 

Sur le vif - Jeudi 27.09.18 - 10.59h

 

Immédiatement après Kurt Furgler (1971-1986), Doris Leuthard aura été la grande conseillère fédérale PDC de l'après-guerre. Elle a beaucoup travaillé, beaucoup obtenu, remporté beaucoup de succès. Elle a admirablement servi son pays, en respectant le fragile secret de ses équilibres. Elle mérite notre reconnaissance.

 

Pascal Décaillet

 

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26/09/2018

Sans l'Etat, point de salut !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.09.18

 

Je suis, depuis l’enfance, un fervent partisan de l’Etat. J’ai eu la chance d’être initié très tôt à l’Histoire, celle des guerres, des traités, des alliances, celle des grands hommes, munis de grands desseins. Je me suis mis très vite aux Histoires nationales, celle de la France, celle de l’Allemagne, puis celle, compliquée mais totalement passionnante, de la Suisse, notamment depuis 1798. Lorsque je dis « J’aime l’Etat », il ne s’agit évidemment pas de souhaiter des armadas de fonctionnaires, avec des tampons, derrière des guichets. Ni d’étouffer l’initiative privée. Ni de tout niveler, à l’aide d’une grande machine, grisâtre. Je dois donc m’expliquer sur ce que j’entends, fin 2018, par « Etat », ce que j’en attends pour l’avenir de nos populations.

 

Depuis un demi-siècle, en clair depuis la vague d’individualisme libertaire de Mai 68, l’Etat se voit constamment coller une étiquette péjorative. On souligne ses aspects pesants, souvent bien réels, on le caricature en machine à Tinguely ou en usine à gaz, on dénonce son aspect dispendieux, voire somptuaire, on brocarde son fonctionnement kafkaïen. Bref, on ne veut entrevoir en lui que le côté négatif. C’est un tort, c’est une faute, c’est un comportement scélérat. Parce qu’en présentant les choses ainsi, notamment aux jeunes, dans les écoles, en les incitant à ne rêver que de réussite individuelle, on éradique chez eux tout sens de l’aventure collective. Or, l’être humain est un animal social, nul d’entre nous ne vit en autarcie, nous sommes reliés les uns aux autres. Il convient donc, pour les choses de la politique, d’apprendre à penser collectif.

 

Regardez l’Histoire de Rome. Depuis sa fondation, au huitième siècle av. J.-C., jusqu’à sa chute, au cinquième de notre ère, sous les Rois, sous la République et sous l’Empire, toute l’aventure de cette civilisation est celle de l’Etat. On a cadastré le sol, fixé des lois, mené des armées, tracé des routes, jeté des ponts, creusé des tunnels, irrigué des sols. Sans une volonté puissante, transmise de génération en génération, de se projeter sur un destin collectif à travers les siècles, rien de cette immense entreprise n’aurait été possible. A cet égard, nous sommes tous, aujourd’hui encore sous nos latitude, des fils et des filles de la Louve, celle qui, dans le récit fondateur mythique, aurait allaité Romulus et Rémus.

 

L’Etat que j’appelle de mes vœux ne doit pas être tentaculaire, ni dépensier. Il doit être équilibré, raisonnable, et ciblé sur les tâches où on l’attend vraiment : la sécurité, la santé, l’enseignement, les transports, les assurances sociales. Surtout, on apprécierait que ses différents agents, tiens par exemple les enseignants, le valorisent auprès de leurs interlocuteurs. On aimerait que les profs d’Histoire racontent, nation par nation, ce que fut la grande aventure de l’Etat, face aux féodalités, aux intérêts privés, aux communautarismes, aux corporatismes. Pour cela, évidemment, il faut qu’ils commencent par y croire eux-mêmes. Nous attendrons donc, en tentant de dissimuler notre impatience, que la génération de Mai 68 ait bien voulu passer.

 

Pascal Décaillet

 

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Johann, sors de ce coooooorps !

 

Sur le vif - Mercredi 26.09.18 - 07.43h

 

Hallucinant ! Simonetta Sommaruga, tirant sur la RSR les premières orgues de Staline contre l'initiative d'autodétermination du 25 novembre, avance en priorité le fait que la Suisse est un "pays d'exportations". Imaginez la complexité, dit-elle, si chaque Accord de libre-échange est attaqué en votation populaire.

 

En écoutant cela, je me suis dit : "Johann, sors de ce coooooorps !".

 

Qu'une socialiste, pour combattre le texte de l'UDC, en soit réduite à mimer la rhétorique du grand patronat, des libéraux et des exportateurs de machines-outils (dont le ministre PLR sortant a fait tous les caprices pendant huit ans, tout en négligeant la paysannerie suisse), au nom du sacro-saint "franc sur deux gagné à l'étranger", est tout de même sacrément révélateur.

 

On aurait pu s'attendre à ce que Mme Sommaruga nous parle droits de l'homme. Par exemple, ultime recours à la CEDH, qui peut être salvatrice pour le justiciable victime d'une erreur judiciaire, mais ayant eu sa condamnation confirmée par le TF. Là, il y a un vrai problème, et on peut s'attendre à ce qu'une socialiste pétrie d'humanisme l'évoque.

 

Mais les Accords de libre-échange ! Si c'est cela, l'axe de campagne des opposants, au nom du "pragmatisme" du peuple suisse, et en laissant tomber la question fondamentale de Strasbourg, alors ils ont du souci à se faire.

 

Si même les socialistes deviennent, pour les besoins de la cause, les avocats du lobby des exportateurs (pour lesquels on dirait que toutes les priorités économiques suisses sont construites, y compris celles de la Banque Nationale, au détriment du marché intérieur), alors c'est à désespérer d'avoir, dans notre pays, un débat de fond sur la souveraineté, les relations internationales, les droits ultimes des justiciables.

 

Oui, Johann, sors de ce coooooorps !

 

Pascal Décaillet

 

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25/09/2018

La Suisse a besoin d'un radical

 

Sur le vif - Mardi 25.09.18 - 15.32h

 

Après M. Schneider-Ammann, de quoi la Suisse a-t-elle besoin ? La réponse est claire : au-delà des personnes, et en sachant que le nouvel élu sera un PLR, notre pays a impérativement besoin de retrouver, au sein de cette famille politique, la puissance du souffle radical.

 

M. Schneider-Ammann est, dans ses fibres les plus profondes, un libéral. Chef d'entreprise, passionné par l'exportation de machines et le fameux "franc sur deux gagné à l'étranger", artisan de nombreux Accords de libre échange, très peu sensible à la cause paysanne, il est libéral dans toute l'acception du terme. Il prône la concurrence internationale, et dans ce monde-là, que le meilleur gagne !

 

C'est son droit. Le nôtre, c'est de souhaiter intensément que le prochain membre alémanique du PLR au Conseil fédéral soit une personnalité incarnant l'Etat, son autorité, sa responsabilité sociale, ses missions de subsidiarité, de mutualité, de répartition des richesses, d'équilibre entre régions favorisées (Triangle d'or, Arc lémanique) et périphériques (agriculture de montagne, etc.).

 

La Suisse a besoin d'un homme d'Etat. Et je serais le premier heureux si cet homme pouvait être... une femme. Je pense évidemment à Mme Keller-Sutter, la meilleure de tous, mais je ne veux pas, dans ce texte-ci, personnaliser trop tôt le débat.

 

Dans la famille PLR, la Suisse a besoin de retrouver l'inspiration profonde de cet immense courant de pensée, dans notre Histoire, depuis 1848, et à vrai dire, par signaux annonciateurs, depuis 1798, qui s'appelle le radicalisme. Le Freisinn !

 

La grande erreur, en septembre 2010, au-delà de la personne parfaitement respectable de M. Schneider-Ammann (je garde un excellent souvenir de son passage à Genève à Chaud), a été de vouloir à tout prix élire un chef d'entreprise. Ah, ce mythe du manager, il avait encore la dent dure après la crise financière !

 

Eh bien non. J'affirme ici, de toutes mes forces, que conduire une entreprise avec succès ne constitue en rien un gage de réussite pour mener l'Etat. Les deux missions sont parfaitement différentes. Surtout dans un pays comme la Suisse, où la recherche des équilibres doit être une priorité constante.

 

Puisqu'il faut un PLR (la formule l'exige), il importe à tout prix que ce soit un radical. Qui apporte avec lui le souffle de l'Histoire, la passion des institutions, la volonté de les réformer, l'amour du pays tout entier, du village le plus reculé d'une vallée latérale valaisanne au campus le plus moderne de nos Universités.

 

Le temps de la grande illusion libérale est révolu. Un partie croissante de l'opinion publique aspire à un retour de l'Etat. Il est essentiel que le prochain conseiller fédéral incarne ces valeurs-là, et non le seul culte de la réussite individuelle, celle des spéculateurs et des déracinés.

 

Pascal Décaillet

 

 

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It's now or never !

 

Sur le vif - Mardi 25.09.18 - 13.42h

 

Bon, eh bien maintenant que nous revoilà à la case départ de septembre 2010, il m'apparaît qu'une bonne dose de radicalisme venu de Suisse orientale, allez disons Saint-Gall, d'intelligence, de culture, de parfaite connaissance des langues, d'une incroyable oreille musicale dans l'oralité du français, de fermeté, d'ouverture, de lumière dans le sens de la synthèse, pourraient enfin rendre à la Suisse quelque service signalé, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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La démocratie passe par la connaissance

 

Sur le vif - Mardi 25.09.18

 

La politique n'est en aucun cas l'affaire des seuls élus. Elle est l'affaire de tous ! Les élus parlementaires sont juste des gens chargés de faire des lois. Et ces lois, si le corps des citoyens les estime mal faites, il peut les contester par référendum, et le suffrage universel tranche.

 

Il faut arrêter de sanctifier l'élection. Nous élisons des hommes et des femmes pour qu'ils fassent des lois. Ils ont ce droit. Celui, aussi, de siéger dans un Parlement, y délibérer, y trancher. Ces droits-là, et strictement aucun autre. Le débat politique ne leur appartient pas.

 

Et nous, le corps des citoyennes et citoyens, entendez au niveau fédéral les Suisses de plus de 18 ans, nous avons le droit de défaire leurs lois par référendums. Et nous avons - bien plus intéressant - celui de déterrer des sujets enfouis par la classe politique, au moyen d'initiatives populaires.

 

L'initiative est, à mes yeux, l'acte le plus saisissant de la démocratie suisse. Il part du peuple pour aller au peuple. Il engage un dialogue direct du peuple avec le peuple. Il est tranché, un beau dimanche, par le peuple et les cantons.

 

Non seulement nous ne devons pas restreindre - comme le suggèrent des professeurs de droit jaloux de leur cléricature - les droits populaires en Suisse, mais j'appelle à ce qu'on les augmente, dans les décennies qui viennent.

 

Il est loin, le temps des diligences, où des notables élus s'en allaient siéger trois semaines dans une Diète nationale, pour revenir ensuite dans leur bourgade ou leur village. Il s'éloigne même, le temps des partis politiques, chapelles d'appartenance à vie sous le même étendard, fanfare radicale par ci, conservatrice par là, festivals de fanfares, luttes de clans, tout cela, d'ici un demi-siècle, un siècle, pourrait bien s'évaporer.

 

L'exceptionnelle progression des moyens d'accès au savoir, aux données, la mise en réseau de ces derniers, vont progressivement changer la manière même de faire de la politique. On pourra beaucoup plus, comme dans l'initiative populaire, agir par objectifs ciblés, pragmatiques, sur un temps assez court (deux ou trois ans par objet), plutôt que passer sa vie à clamer, repu, "Je suis PLR", ou "Je suis PDC", ou "Je suis UDC", ou "Je suis socialiste". Et passer ses soirées à siéger au milieu d'autres comitards. Et passer ses week-ends en réunions de familles politiques, pour la simple jouissance corporatiste de se sentir sous la même bannière. L'être humain est certes un animal social, rien ne l'oblige à se comporter en mouton grégaire.

 

Rien ne me passionne plus que les pistes d'évolution - oh, cela mettra du temps - de la démocratie directe suisse. Davantage de pouvoir au suffrage universel. Mais attention : pas pour une démocratie d'opinion, ou de clics, ou de café du commerce. Non, la démocratie passe par le chemin de connaissance, par l'étude des dossiers, l'autorité sur la matière. Il ne s'agit pas de faire un peuple roi, comme il existe des enfants rois. Il s'agit de parvenir à un peuple mûr, informé, engagé. C'est cela, le secret fragile et magnifique de la citoyenneté partagée.

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/09/2018

Dominique Catton

 

Sur le vif - Lundi 24.09.18 - 09.07h

 

C'était un homme au regard de lumière, avec un sourire qui embrassait la vie. L'un de ceux, ces cinquante dernières années, qui ont le plus fait pour la culture à Genève. La culture pour tous !

 

En nous quittant à l'âge de 75 ans, Dominique Catton laisse un vide que nul ne mesure. Son théâtre Am Stram Gram, fondé par lui en 1974, et porté infatigablement jusqu'en 2012, a donné le goût de la scène à des dizaines de milliers d'enfants, et aussi à leurs parents. C'est un exploit que de capter l'attention des plus petits, une aventure de transmission inégalable, dans la continuité tranquille des générations.

 

Je n'oublierai jamais le moment où Dominique Catton m'avait annoncé, en buvant un verre à l'issue d'un spectacle, qu'il allait monter les Bijoux de la Castafiore, avec l'étourdissant Jean Liermier dans le rôle de Tintin. Pendant des mois, je me suis demandé comment il a allait transmettre le secret si fragile de la ligne claire, d'Hergé. Je suis allé voir la pièce : dans le mouvement comme dans la conception, la ligne claire était là, juste, grave et légère. La réussite était totale.

 

Dominique Catton est arrivé un jour à Genève, et, pendant des décennies, il a tout donné à cette ville, ce canton, ce bout de lac épris de culture, ouvert au monde. Travailleur infatigable, toujours enthousiaste, toujours un regard d'avance sur les spectacles à suivre. Immensément attaché aux comédiens, les mettant en valeur, suivant leur carrière, allant voir les spectacles, imaginant la suite, regard de marin porté sur l'horizon.

 

Il sera difficile d'oublier sa chaleur humaine, l'attention centrale qu'il portait à l'humain, l'intensité de son regard lorsqu'il évoquait un projet. Genève perd un grand artiste. Et un impressionnant faiseur d'artistes. Le vide laissé est immense.

 

Pascal Décaillet

 

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23/09/2018

Une Suisse, deux visions de l'Etat

 

Sur le vif - Dimanche 23.09.18 - 12.49h

 

J'étais fermement partisan des deux initiatives agricoles, je suis cet après-midi dans le camp des perdants, je respecte évidemment la décision du peuple et des cantons.

 

Ce qui se passe, politiquement, en Suisse aujourd'hui, c'est la confirmation - une fois de plus - du fossé entre Suisse alémanique et (une bonne partie de la) Suisse romande, dans le rapport à l’État. On l'a vu maintes fois, ces dernières décennies, en matière de santé publique, d'assurances sociales, notamment.

 

Le vrai fossé, au sein de la Suisse, ça n'est absolument pas la langue, encore moins la religion, ni même la plaine et la montagne, ni même la ville et la campagne. Le vrai fossé, ce sont les différences de perception dans le rapport à l’État.

 

Ces différences, concernant la Suisse alémanique, n'engagent en rien une proximité avec l'Allemagne : contrairement aux idées reçues, notre grand voisin du Nord cultive, depuis Bismarck, un État social fort, et le libéralisme pur et dur n'a jamais, même au plus fort des Glorieuses de l'après-guerre, réussi à s'y installer.

 

Non, les Alémaniques ne sont pas prudents sur le rôle de l’État par ethnie, loin de là. Ils le sont pour d'autres raisons, qui sont à chercher dans la profondeur idiomatique de chacune de leurs Histoires cantonales. Ça n'est pas non plus une affaire entre protestants (qui seraient libéraux) et catholiques (qui seraient sociaux-conservateurs), puisque même les cantons alémaniques catholiques montrent cette réserve face au rôle de l’État.

 

Je n'ai pas parlé ici de l'essentiel : le sort de nos paysans. Je n'en ai pas parlé, parce que je voulais centrer mon propos sur cette question majeure du rapport à l’État. Aux paysans suisses, néanmoins, dont le sort ne sera pas facilité par la décision d'aujourd'hui, je veux dire toute la profondeur de mon attachement, de mon respect et de ma solidarité, à l'intérieur de notre Patrie commune, la Suisse.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/09/2018

Depuis trente ans, l'Allemagne joue solo

 

Sur le vif - Samedi 22.09.18 - 18.58h

 

Dans les trois premières décennies de l'Europe communautaire, entre 1957 (Traité de Rome) et 1989 (chute du Mur), l'Allemagne a parfaitement joué le jeu d'une participation collective au projet européen.

 

Cette grande puissance, abattue le 8 mai 1945, très vite relevée économiquement grâce au plan Marshall (à l'Ouest) et surtout à la volonté de fer du peuple allemand, a mis du temps à ré-émerger politiquement. D'abord, parce que les vainqueurs du Reich ont tout fait pour l'en empêcher. Aussi, parce qu'il a fallu digérer la défaite, accomplir un travail de mémoire, résoudre le problème de la partition du pays en deux. Adolescent, sensible à la DDR, notamment à son projet culturel, j'étais persuadé que, de mon vivant, je ne verrais pas d'autre structure allemande que la dualité BRD-DDR.

 

La chute du Mur, d'un coup, a bouleversé la donne. Voilà, dès 1990, sur les atlas représentant l'Europe, un géant central aux dimensions presque comparables à celles de 1936. Tout au plus, l'excroissance constituée, au Nord-Est, par la Prusse Orientale, mais aussi la Silésie, la Poméranie, n'étaient plus (officiellement) germaniques. Mais enfin, à l'exception de cette patte tendue vers les Pays Baltes, le géant était de retour.

 

A partir de 1989, à vrai dire surtout 1990 et 1991, Kohl a franchement joué solo. Avec la Monnaie unique (copie conforme du Deutschemark), Maastricht, les investissements colossaux en Pologne et en Tchéquie, sans compter la Slovénie et la Croatie, détachées à dessein de la Fédération des Slaves du Sud pour revenir dans le giron économique germanique, le Rhénan Helmut Kohl a recommencé, dans l'indifférence générale (voire sous les vivats) à mener une politique proprement allemande.

 

Aucun de ses prédécesseurs, ni Adenauer, ni Erhard, ni Kiesinger, ni l'immense Willy Brandt, ni l'excellent Helmut Schmidt, ne l'avaient fait avant lui. Schröder a continué. Mme Merkel aussi, jusqu'en Ukraine.

 

Aujourd'hui, l'Allemagne de Mme Merkel ne se comporte absolument plus comme l'un des gentils 27 membres de l'Union. Elle se comporte (on l' a vu avec la Grèce) avec le paternalisme de Saint-Empire du suzerain. Un suzerain aimable, pacifique, juste dominateur sur le plan économique et financier, imposant sa stratégie commerciale sur les Marches de l'Est. Avec la politique ukrainienne de Mme Merkel, nous sommes à des milliers de lieues des géniales intuitions de l'Ostpolitik des équipes de Willy Brandt (1969-1974) : nous sommes, aujourd'hui, dans un rapport de domination et de gloutonnerie du monde germanique sur une partie du monde slave.

 

Depuis trente ans, il m'apparaît qu'il n'existe guère de question européenne, tant cette dernière est impalpable, évanescente. Mais qu'il existe bel et bien, en revanche, la passionnante et difficile question allemande. Cela, dans l'accomplissement d'un destin et d'un dessein collectifs entamés, entre 1740 et 1786, par le Roi de Prusse Frédéric II, l'homme qui a réveillé les consciences allemandes en Europe, un siècle après la dévastation totale du pays, en 1648.

 

Le destin allemand est en marche. Depuis trente ans, il chemine sous la bannière européenne. Bientôt, il n'en aura même plus besoin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Choisir

 

Sur le vif - Samedi 22.09.18 - 10.14h

 

L'attachement aux identités nationales n'a nul besoin de renaître. Il a toujours été là ! Il a juste été contenu, étouffé, censuré, depuis des décennies, par le mondialisme cosmopolite.

 

Il appartient maintenant à chacun de nous de choisir s'il veut la spéculation planétaire et déracinée, ou l'engagement au sein d'un périmètre, même modeste, où s'exercent la citoyenneté active, émancipatrice, responsable.

 

Dans ce périmètre, communauté de mémoire et d'émotions, souvenir des morts, expérience commune, avenir inventé ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

 

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21/09/2018

L'Europe se meurt, l'Allemagne vit !

 

Sur le vif - Vendredi 21,00.18 - 15.15h

 

15.15h - J'ai cru en l'Europe jusqu'à la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). A partir de ce moment, évidemment capital dans son Histoire, l'Allemagne n'a absolument plus joué le jeu du Traité de Rome (1957), et celui des équilibres entre les pays membres.

 

Sous l'impulsion du Rhénan Helmut Kohl, a elle cessé d'être le nain politique de l'après-guerre, pour très vite redevenir un géant de la Mitteleuropa. Il n'y a pas eu de réunification : il y a eu absorption, pure et simple, de la DDR par le capitalisme de l'Ouest. Ce dernier en rêvait depuis 45 ans : en 1990, il a pu exaucer ses voeux.

 

Un capitalisme sauvage, un libéralisme financier n'ayant rien à voir avec la tradition économique et sociale de la vieille Allemagne bismarckienne, ont été imposés de force aux Länder de l'ex-DDR. Le mot "DDR" a été aboli, alors que le mot "BRD" (l'Allemagne de l'Ouest) a été conservé, pour baptiser l'ensemble "réunifié" !

 

Tout, dans ce procédé, suintait la précipitation, la gloutonnerie, la vulgarité d'un enrichissement rapide pour quelques-uns, ceux qui pouvaient faire des affaires avec la Treuhand, la société chargée de racheter l'Allemagne de l'Est. Comme on rachète, pour un franc, une friche industrielle.

 

En politique étrangère, Kohl a immédiatement donné des signes d'affranchissement par rapport à la gentille Allemagne en rédemption des années 1949-1989. Son terrain, ce furent les Balkans. Il manque encore une grande Histoire, en langue française, du rôle des capitaux allemands, des services secrets allemands, en liaison avec l'OTAN, dans le démembrement de l'ex-Yougoslavie, par exemple dans les événements du Kosovo, en 1999. Mitterrand, sur le terrain balkanique, de 1991 à 1995, s'est fait proprement avoir par son ami Helmut.

 

Après Kohl, il y a eu Schröder, et maintenant Mme Merkel. Omniprésente. Dans l'affaire grecque, elle s'est comportée avec l'arrogance suzeraine d'un Empereur du Saint-Empire. Comme la cheffe de l'Europe ! En Ukraine, dans les Pays-Baltes, en Macédoine, elle avance ses pions. Pendant que la politique étrangère française en Europe roupille, celle de l'Allemagne, jouant sa propre carte nationale, est partout.

 

Il n'y a plus d'Europe. Il y a l'Allemagne. Qui saisit le paravent européen comme bannière de ses propres manœuvres nationales.

 

Pascal Décaillet

 

 

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La nation, ça n'est pas le nationalisme !

 

Sur le vif - Vendredi 21.09.18 - 08.57h

 

L'extraordinaire escroquerie intellectuelle des partisans du grand conglomérat multilatéral européen consiste à entretenir volontairement la confusion entre nation et nationalisme.

 

Sous prétexte que les deux guerres mondiales furent des guerres nationales, ils ont répandu l'idée qu'en abolissant la nation, en obligeant cette dernière à déléguer ses prérogatives à l'empire européen, supranational, évidemment gentil, bien intentionné et pacifique, on résoudrait, devant l'Histoire, le problème des guerres.

 

Escroquerie. La nation date de la Révolution française. Je crois savoir qu'il y a eu quelques guerres, sur la planète, avant 1789. Les Rois de France faisaient la guerre, Louis XIV a même reconnu (sur son lit de mort) l'avoir trop aimée. Les Rois d'Angleterre faisaient la guerre. Le Saint-Empire faisait la guerre, depuis mille ans. Rome, de sa fondation à son écroulement, sur près de mille ans d'existence, a passé son temps à faire la guerre.

 

Il y a toujours eu des guerres, il y en aura toujours. Il y en a eu avant l'époque des nations, pendant l'époque des nations, il y en aura après l'époque des nations. La guerre est consubstantielle à la nature humaine.

 

Quant à la construction européenne, il faut évidemment tordre le coup à l'idée qu'elle aurait "empêché la guerre sur le continent". Cette absence de conflit n'est pas due aux gens de Bruxelles, mais au parfait équilibre des forces de dévastation, depuis Yalta (1945), entre le bloc de l'Est et celui de l'Ouest, les deux vainqueurs du Reich.

 

Oserais-je rappeler, par ailleurs, que le continent européen a vu se dérouler une guerre particulièrement brutale, de 1990 à 1999, dans les Balkans, guerre à laquelle les gesticulations de Bruxelles n'ont jamais trouvé la moindre solution. Et pour cause ! Ce conflit balkanique a été voulu, organisé, planifié, par l'Allemagne d'Helmut Kohl et par l'OTAN, dans le dessein très précis d'affaiblir la position historique des Slaves du Sud, principalement les Serbes, pour créer une brèche économique et stratégique dans cette partie de l'Europe. Pour y parvenir, une énorme machine de propagande fut mise en œuvre, diabolisant le Serbe, sanctifiant ses adversaires. Les belles âmes de nos intellectuels parisiens en chemise blanche n'avaient plus qu'à suivre.

 

La nation, ça n'est pas le nationalisme. Pas plus que l'empire n'est l'impérialisme. La nation, c'est la communauté d'appartenance, intellectuelle mais aussi affective, c'est le partage des lois et celui de la mémoire, c'est le souvenir des morts, à l'intérieur d'un certain périmètre lentement dessiné par la juste et précise gravité de l'Histoire. C'est aussi un projet commun, des émotions vécues ensemble. La part de l'instinct, n'en déplaise aux géomètres et aux ratiocineurs, y tient une place majeure. La nation n'exclut pas l'Autre, en aucun cas. Mais elle lui demande, à l'intérieur du périmètre, de respecter sa loi. On est loin, très loin, du nationalisme guerrier, conquérant, dévastateur, méprisant pour toute forme d'altérité.

 

La nation n'est absolument pas unitaire par essence. La France l'est, depuis la Révolution, par le poids du jacobinisme. Mais un pays peut parfaitement se trouver confédéral, décentralisé à l'intérieur, mais national et unifié lorsqu'il se présente face à l'étranger.

 

Depuis plus d'un demi-siècle, les européistes entretiennent volontairement, soit par mauvaise foi soit par ignorance de l'Histoire, la confusion entre nation et nationalisme. Il convenait, une fois, de leur répondre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/09/2018

Mai 2019 : le retour des nations

 

Sur le vif - Jeudi 20.09.18 - 09.45h

 

L'enjeu des élections européennes, en mai 2019, sera simple, clair et décisif. Pour la première fois, il aura un véritable intérêt. Il ne s'agira pas, au printemps prochain, d'ajuster un curseur fictif entre social-libéralisme et libéralisme social, bref entre Dupondt de centre-gauche ou centre-droite. Non, il s'agira de se prononcer sur l'état de délabrement de l'Union européenne elle-même, ce fantôme errant des illusions multilatérales, continentales et supranationales de la seconde partie du vingtième siècle.

 

Tout cela a commencé, dans une immédiate après-guerre encore très précaire économiquement, avec des hivers sans chauffage dans certains ménages parisiens, avec encore des tickets de ravitaillement, bref des conditions de vie quotidienne encore pires, parfois, que pendant la guerre elle-même, jusqu'au début des années 50.

 

Tout cela, donc, a commencé par l'idée de s'approprier à très bas prix le charbon allemand. L'Allemagne, en 1945, était détruite (plus exactement : ses grandes villes étaient détruites), mais ses charbonnages, les plus fournis d'Europe, ne l'étaient absolument pas. Pas plus que ses houillères, ses aciéries. Bref, le pays vaincu demeurait ce qu'il n'avait cessé d'être (en progressant constamment) depuis le grand Frédéric II de Prusse (1740-1786) : le poumon économique de l'Europe.

 

Alors, pour se servir du charbon du pays vaincu, on a inventé le CECA, la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier, première esquisse de ce qui allait devenir au Traité de Rome (1957) la Communauté européenne, puis, beaucoup plus tard, l'Union européenne. On n'a pas inventé cela pour "faire la paix en Europe" (ça, c'est la légitimation donnée a posteriori, la paix étant due en réalité à l'équilibre de la terreur entre USA et URSS). On a inventé cela pour se servir du charbon allemand !

 

Et l'Allemagne de l'époque, la si gentille Allemagne du si gentil démocrate-chrétien rhénan Konrad Adenauer, cette Allemagne qui avait deux ou trois choses à se faire pardonner, a joué le jeu. Du charbon, il lui en restait assez pour elle, même après l'avoir "mis en commun" avec la France, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg. Ainsi, l'Allemagne en quête de rédemption pouvait dire : "Voyez comme nous avons changé, nous sommes désormais avec vous, nous partageons nos ressources".

 

Il s'en est suivi l'idée que le monde des nations, qui datait de la Révolution française, du Consulat, de l'Empire, et (pour l'idée nationale allemande, de la réaction des intellectuels prussiens, autour de Fichte, dès la fin 1807, à l'occupation napoléonienne), appartenait désormais au passé, et qu'il allait laisser la place à une organisation continentale, à l'intérieur de laquelle les ennemis féroces d'hier seraient désormais copains. Mitterrand qui prend la main de Kohl à Verdun, quarante ans après avoir serré celle du... vainqueur de Verdun.

 

La mise en place de cette illusion a fonctionné, peu ou prou, jusqu'à la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). A partir de là, comme je l'ai souvent exposé dernièrement, l'Allemagne a recommencé à jouer sur le continent sa propre carte nationale. Elle l'a jouée dans la Monnaie unique, dans Maastricht, et surtout dans les Balkans. Avec Mme Merkel, elle la joue en Grèce, en Macédoine, et jusqu'en Ukraine.

 

Entre-temps, les peuples se sont réveillés. La violence des flux migratoires, notamment ceux de l'automne 2015, ont amené les pays de première ligne, l'Italie, l'Autriche, la Hongrie, et jusqu'à la Bavière de Horst Seehofer, à opter pour des choix nationaux impliquant une régulation drastique des flux. Qu'aurions-nous fait, à leur place ?

 

En vertu de tout cela, les élections européennes de mai 2015 sonneront l'heure de vérité. Le vrai choix, ce sera la continuation de l'illusion et de l'acte de foi dans le château de cartes qui s'effondre. Et, en face, le retour à la réalité tenace des identités nationales.

 

Ce ne seront pas des élections européennes. Ce seront des élections pour ou contre l'usine à gaz appelée "Union européenne".

 

Pascal Décaillet

 

10:23 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/09/2018

L'Ange gardien

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.09.18

 

Jeudi 13 septembre, réuni in corpore, le Conseil d’Etat annonce la dégradation de Pierre Maudet. Il n’est plus Président, c’est Antonio Hodgers qui le remplace. Il n’est le plus le ministre de tutelle de la Police, c’est Mauro Poggia qui assumera cette fonction. M. Maudet reste conseiller d’Etat, mais son territoire se voit réduit comme peau de chagrin. A la conférence de presse, l’ambiance est lourde, on sent que les deux jours de discussions, pour en arriver là, ont été très tendus. Il n’est pas sûr que l’intéressé ait proposé lui-même ces changements. Il règne un climat de coup de majesté, voire de putsch interne.

 

Et c’est là, à l’issue de cette séance difficile, où pesait le silence précédant les orages, que se produit une scène qui pourrait nous réconcilier avec la nature humaine. Pierre Maudet quitte la salle. Les caméras le suivent, descendant la rue de l’Hôtel-de-Ville. Ce sont des moments, dans la vie, où l’on peut légitimement se sentir très seul.

 

Eh bien seul, il ne l’est pas. Il existe une dame, avec beaucoup de classe dans les moments difficiles (on l’avait vu, lors de l’affaire du verre d’eau), qui l’accompagne. Dans la pire séquence de la vie politique de Pierre Maudet, une certaine Nathalie Fontanet est là. A ses côtés. Elle ne l’abandonne pas.

 

Cette présence, qui rappelle celle de Jean-Pascal Delamuraz près d’Elisabeth Kopp, lorsque la conseillère fédérale démissionnaire avait quitté le Palais fédéral, porte un nom, magnifique : cela s’appelle un Ange gardien.

 

Pascal Décaillet

 

15:45 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Affaire Maudet : le tango des moralistes

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.09.18

 

D’abord, il y a tous ces cris de pleureuses autour du mot « mensonge ». Certes, Pierre Maudet a menti, c’est une réalité, tout le monde est d’accord. C’est assurément une faute politique majeure (nous allons voir pourquoi), il devra en répondre, peut-être en quittant la scène. Le dénouement, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’en ai pas la moindre idée. Parce que nous sommes, comme au théâtre, dans la partie de l’action dramatique où l’obscur s’ajoute à l’obscur, des péripéties tentent de l’emporter sur le sujet principal, des personnages secondaires envahissent la scène. C’est comme dans Shakespeare : il y a toujours un moment, vers le milieu de la pièce, où plus personne n’y comprend rien. L’auteur, pour mieux préparer la clarification du dernier acte, accentue, juste avant, la nuit de l’incompréhension.

 

Le mensonge. En politique, il est chose courante. Banale. On ment par exagérations pour parvenir au pouvoir, on ment pour s’y maintenir, on ment quand on s’y cramponne. On ment par action, par omission, on ment comme on respire, juste pour survivre. S’il fallait se mettre à traquer le mensonge dans le discours politique, il ne resterait plus grand monde.

 

Pourtant, l’homme ou la femme de pouvoir ne doit pas mentir, je l’affirme, car cela constitue une faute politique. Non parce que mentir est mal, ou méchant, tout cela relève du vocabulaire de la morale, que pour ma part je bannis dans l’analyse politique. Mais parce que mentir est de nature à ruiner le crédit auprès des gens qu’on a autour de soi : les collègues de l’exécutif, le Parlement, sa propre famille politique. Et bien sûr, avant tout, le corps des citoyennes et citoyens qui vous a élu. Or, sans confiance, rien n’est possible. Un ministre sans crédit doit partir. Non parce que c’est mal. Mais parce qu’il ne dispose plus des moyens d’action pour mettre en œuvre une politique.

 

Maintenant, il y a l’hypocrisie des pleureuses. Comme dans les funérailles méditerranéennes, elles ne pleurent pas par tristesse, mais par intérêt. En Sicile, on les paye : on rétribue une fonction. De même, les cris d’orfraies, venus notamment de la gauche, pour s’étrangler d’indignation face au « mensonge », de quelles gorges jaillissent-ils ? Mais de celles, bien sûr, qui ont le plus intérêt à une démission du ministre, donc une élection complémentaire, donc ravir le siège, donc faire basculer (pour quatre ans et demi de législature restante, c’est considérable) une majorité politique. Au profit d’une autre. Vous commencez à saisir ?

 

Ce tango des moralistes ne doit pas duper le citoyen. Il fait partie du jeu, il faut juste en être conscient, le prendre pour ce qu’il est : une savante chorégraphie de l’hypocrisie, une prise en otage des mots pour servir des intérêts concurrents à celui du ministre en cause. Quelle que soit votre position sur l’Affaire Maudet, je vous invite à beaucoup de rigueur dans le décodage des prises de parole. La citoyenneté active, ça passe aussi par l’exercice de cette distance. A la semaine prochaine !

 

Pascal Décaillet

 

09:43 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Mort d'un géant au regard bleu

 

Sur le vif - Mercredi 19.09.18 - 08.33h

 

J'avais déjà vu pas mal de pièces de théâtre avant 1973, dont un éblouissant Götz von Berlichingen, de Goethe, en juillet 1971, à Nuremberg.

 

J'avais vu des pièces, mais aucune n'avait encore produit sur moi ce fameux "déclic", celui qui emporte un adolescent dans une passion. Déclic que j'avais éprouvé en musique, lors de ma découverte de Richard Wagner.

 

Et puis, là, 1973. Comédie de Genève. Le Misanthrope. Dans le rôle d'Alceste : Jean Piat. J'étais au deuxième rang, face aux feux d'intensité de ce regard bleu. Je venais surtout voir l'homme que j'avais déjà tant admiré dans Lagardère, puis les Rois Maudits.

 

Mais là, Alceste a tout dépassé. Oui, le feu. Un mélange d’instinct et d'intelligence, rarement égalables chez un acteur. Jean Piat, au service d'un personnage unique du théâtre français, dont je suis tombé éperdument amoureux.

 

Alceste : la fougue, la sincérité, le courage, le mépris total de la mondanité, l'amour fou, possessif, la jalousie. Bref, un homme, dans toute sa vérité, toute sa splendeur

.

Je suis tombé amoureux du personnage d'Alceste, c'est grâce au génie de Jean Piat. La grâce son incarnation du personnage. Les vibrations de sa présence. Magie de l'acteur, génie de l'artiste. Incomparable présence de cet homme qui, quelques années plus tôt, avait tant impressionné de Gaulle, dans Cyrano.

 

Le théâtre français perd un géant au regard bleu. Inoubliable.

 

Pascal Décaillet

 

 

08:51 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/09/2018

L'Europe s'évapore, l'Allemagne renaît

 

Sur le vif - Mardi 18.09.18 - 15.53h

 

Je retrouve une dissertation, rédigée en allemand, à Munich, en juillet 1974, où je dis le plus grand bien de la construction européenne. J'ai juste seize ans, j'approche de la Maturité, je souhaite l'amitié la plus profonde entre la France et l'Allemagne.

 

J'ai cru dans le projet européen jusqu'à la chute du Mur, le 9 novembre 1989. Cet événement considérable, je l'ai passé, le jour même, à traduire, pour les journaux RSR, le discours de Willy Brandt (sublime), celui de Kohl, celui de Genscher. Au fond de moi, et je suis évidemment prêt à m'expliquer sur ce point, la chute du Mur n'était pas une bonne nouvelle.

 

D'abord, je n'ai jamais été un adversaire de la DDR. Je respectais cette moité de l'Allemagne, passée en mai 1945 sous influence soviétique, alors que l'autre partie était sous influence capitaliste, américaine principalement. Je m'étais passionné pour la vie culturelle, littéraire notamment, de l'Allemagne de l'Est, je ne renie rien à cette période de ma vie.

 

Surtout, il m'était très vite apparu que le catholique rhénan Helmut Kohl n'ambitionnait pas tant de refaire l'Allemagne que de refaire l'Empire.

 

Quel Empire ? Mais le Saint, Romain, Germanique ! Défait par Napoléon en 1806, suite la victoire d'Iéna. L'Empire, c'est une conception de l'Europe où les pays travaillent ensemble, mais sous une tutelle commune. C'est le contraire même de l'idée de nation, telle que la Révolution française la lance dès 1789, à vrai dire dès les victoires militaires de Soldats de l'An II (1792) : l'idée nationale - qui m'est chère - présuppose que rien , aucune tutelle, aucune suzeraineté, ne prédomine sur la Nation souveraine.

 

L'Empire, Kohl a immédiatement eu l'instinct de le recréer. La chute du Mur lui permet de reforger un axe germanique dominant dans la Mitteleuropa. Surtout, l’ogre rhénan, qui jure agir au nom de "l'Europe", utilise en fait la machine de Bruxelles pour, en douceur, placer le continent sous tutelle allemande. Ce sera la Monnaie unique, version rénovée du Deutschemark. Ce sera Maastricht (1992). Ce sera, avant toute chose, l'incroyable politique d'ingérence allemande dans le affaires balkaniques, la diabolisation médiatisée du Serbe, la sanctification de tous les autres. François Mitterrand, hélas, finira par jouer ce jeu, sous prétexte de politique "européenne". Dans les Balkans, Mitterrand s'est fait proprement doubler par Kohl.

 

Aujourd'hui, 44 ans après ma dissertation munichoise, je ne vois plus d'Europe. Parce qu'elle s'évapore. Mais je vois, bel et bien, la réalité nationale allemande, plaçant ses pions dans les Balkans, en Macédoine, au Kosovo, en Slovénie, en Croatie, mais aussi en Pologne, dans les Pays Baltes, et jusqu'en Ukraine. Cela, toujours sous le couvert "européen".

 

Il n'y a pas d'Europe, aujourd'hui, cela n'existe pas. Mais il y a la solide, la tenace permanence des nations. Au premier plan, la renaissance politique de l'Allemagne. Et le déploiement de son action, dans l'indifférence générale, voire sous les applaudissements, sur l'ensemble du continent européen.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Chemnitz, la DDR, la Gemeinschaft

 

Sur le vif - Mardi 18.09.18 - 08.25h

 

J'ai connu l'Allemagne au temps de la DDR, j'ai fréquenté des Allemands de l'Est, j'avais même demandé, il y a 40 ans, à passer un semestre à l'Université d’Iéna, ce qui ne fut pas possible.

 

J'ai parcouru la Prusse (Mecklembourg, notamment), la Saxe et la Thuringue. Je me souviens du temps où Chemnitz s'appelait Karl-Marx-Stadt. Et ma mère avait vécu en Allemagne à l'époque où Chemnitz... s'appelait déjà Chemnitz, et pas encore Karl-Marx-Stadt !

 

J'ai étudié les grands auteurs de l'Allemagne de l'Est. Je n'ai, de ma vie, jamais émis un seul mot négatif sur la DDR. J'aurais dû, bien sûr, puisqu'il y avait la Stasi. Mais des éléments intimes, que personne ne peut comprendre, m'ont amené à toujours considérer les quarante années de DDR avec une bienveillance qui, je le sais, étonne ici et aujourd'hui. C'est ainsi.

 

Concernant les récents événements de Chemnitz, il faut évidemment les considérer sous l'angle de la colère noire des gens de l'ex-DDR (notamment les Saxons) suite à l'incroyable brutalité de l'annexion par l'Ouest, sous Helmut Kohl. Oui, je dis "annexion" de l'Est par la gloutonnerie du système capitaliste, parce que "réunification" n'est pas le bon mot. Kohl, qui était un Rhénan et n'a jamais aimé les Marches orientales de l'Allemagne, s'est comporté comme un ogre. Les gens de l'Est en ont payé le prix.

 

La Saxe fut annexée, comme les autres Länder de l'ex-DDR, mais la prospérité n'a pas suivi. Dans les populations ouvrières (oui, il existe encore une classe ouvrière en Allemagne !), ou parmi les chômeurs, les délaissés, beaucoup regrettent le cocon protecteur de la DDR. Le phagocytage, par Kohl, s'est fait beaucoup trop vite, trop brutalement, sans le moindre égard pour l'identité saxonne, millénaire, qui avait bien évidemment survécu à la DDR : les identités nationales ont la vie beaucoup plus longue que les idéologies.

 

A cela, l'ogre Kohl n'a rien voulu voir : il se disait que l'implantation forcée du capitalisme emporterait la mise. Il a eu tort : les mécanismes profonds de relation à l'économie n'ont jamais été les mêmes, en Prusse ou en Saxe, que chez les adeptes du capitalisme rhénan, à l'Ouest. Faut-il rappeler ce paradoxe : Karl Marx lui-même était un Rhénan, un homme de l'Ouest. Et pas du tout un Allemand des parties orientales.

 

Pour expliquer Chemnitz 2018, il convient aussi - ce sera l'objet d'un texte ultérieur de ma part - de se référer en profondeur à la notion allemande de "Gemeinschaft". Ce mot, qu'on pourrait traduire par "communauté d'appartenance", s'oppose à celui de "Gesellschaft", la société normée, organisée. La montée, dès les Discours à la Nation allemande, de Fichte (prononcés en pleine occupation française, au nez et à la barbe des soldats napoléoniens, en décembre 1807, à l'Université Humboldt de Berlin) du sentiment profond de "Gemeinschaft", nourri par le Sturm und Drang, le Romantisme, puis l'exceptionnel travail des Frères Grimm sur l'identité germanique, constitue un paramètre fondamental de compréhension du rapport des Allemands avec l'altérité.

 

Les Allemands ne sont pas opposés au Refuge. Ils l'ont prouvé avec éclat, en accueillant et en intégrant, en 1945, 1946, des millions d'Allemands de l'Est (Pologne, Russie, Roumanie, etc.) fuyant la poussée soviétique. Ils les ont accueillis, alors que l'Allemagne, "bleiche Mutter" (Mère blafarde, Brecht), était en ruines ! Mais il se trouve que les demandeurs de Refuge étaient... des Allemands ! Dans le concept de "Gemeinschaft", on considère comme tel tout porteur de la langue germanique, même établi depuis des siècles sur les Marches orientales de l'Europe.

 

A l'automne 2015, Angela Merkel ne pouvait pas ne pas avoir en tête ce précédent de 1945. Mais, outre qu'elle a cédé beaucoup trop vite aux sirènes d'un patronat avide, elle a refusé de prendre en compte la difficulté viscérale, pour un chômeur, un délaissé, un oublié de l'ex-DDR, de voir affluer autour de lui une population extérieure au cercle d'appartenance de la "Gemeinschaft".

 

Pour saisir les événements d'aujourd'hui, dans la complexité des Allemagnes, il faut impérativement en appeler à l'Histoire politique et philosophique du monde germanique, dans sa diversité, son absence de centralisation, son rapport au passé, à ses morts, la très grande difficulté (quoi qu'on ait pu nous faire croire, dans l'Ouest prospère des années 1949-1989) de son rapport à l'altérité.

 

Nier cela, c'est faire preuve de candeur. Et de manque de rigueur dans la recherche de la vérité historique.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/09/2018

La langue arabe et le champ du possible

 

Sur le vif - Dimanche 16.09.18 - 14.22h

 

En quoi l'apprentissage de l'arabe à l'école constituerait-il un problème ? En quoi le chemin vers une langue, qui est (avec le chemin vers la musique) la plus belle itinérance du monde, serait-il à éviter ?

 

L'arabe est une langue magnifique, porteuse de milliers de textes qui ont, au fil des siècles, constitué des civilisations.

 

Pouvoir, dans un choix volontaire parmi d'autres langues, étudier la langue et la civilisation arabes, constitue une possibilité d'enrichissement de son champ linguistique, intellectuel et culturel. Comme l'apprentissage de l'allemand, ou du grec, ou de l'hébreu, ou du turc, ou du persan, ou de n'importe quelle autre langue.

 

Cheminer vers une langue étrangère, c'est ouvrir le champ de son propre possible.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Juges, moralistes, hypocrites

 

Sur le vif - Dimanche 16.09.18 - 11.43h

 

Dans l'Affaire Maudet, l'aspect judiciaire des choses n'a, à mes yeux, aucune espèce d'intérêt.

 

Sera-t-il, dans des mois, à l'issue de maintes et tortueuses procédures, et d'une valse de recours, condamné pour "acceptation d'un avantage" ? En sera-t-il acquitté ? Ça n'est pas sur ces choses-là que se dénouera le scénario dramaturgique actuellement en cours.

 

La justice est un univers. La politique en est un autre. Avec d'autres codes, d'autres langages, d'autres enjeux.

 

Pour l'heure, la seule question qui vaille : a-t-il POLITIQUEMENT la marge de manœuvre de se maintenir ? Donc, la capacité d'action à mettre en œuvre des projets pour le Canton.

 

J'invite le corps des citoyens, dont je fais partie depuis plus de 40 ans à Genève, à appréhender POLITIQUEMENT cette affaire.

 

Laissons les juges dire la justice. Les moralistes, faire la morale. Et les hypocrites, se cacher derrière le paravent de la morale pour conquérir un siège.

 

Pascal Décaillet

 

 

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