Liberté - Page 5

  • PDC genevois : mon désaccord, mais aussi mon respect !

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    Sur le vif - Vendredi 23.08.18 - 19.19h

     

    Je vais vous surprendre, mais je salue le PDC genevois dans son soutien à l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne. Oh, j'y suis pour ma part plus opposé que jamais. Mais en abattant cette carte, le PDC propose une option claire, identifiable : il simplifie un ensemble d'équations trop complexes. Au demeurant, il fait acte de courage : un Suisse sur quatre, seulement, est favorable à l'adhésion. Cette fois, on ne peut pas dire que le PDC GE aille dans le sens du vent.

    Je suis la politique européenne de la Suisse depuis plus de trente ans. Je l'ai suivie de très près pendant mes longues années à la RSR, j'ai couvert la votation EEE du 6 décembre 1992, et toutes les autres, notamment sur les bilatérales. Je suis d'encore plus près l'Histoire de l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, CECA, puis Traité de Rome (1957), extension à douze, puis dix-huit, aujourd'hui vingt-huit. J'ai beaucoup écrit sur le poids de l'Allemagne depuis 1989, c'est l'un des thèmes qui m'habitent le plus profondément.

    Citoyen, je combats absolument l'idée d'une adhésion. Mais pas du tout la nécessité d'en parler, de se proclamer pour ou contre, d'en découdre, d'en débattre. Car au fond, l'enjeu de destin est là : dire oui, ou dire non à l'adhésion. L'extrême complexité de nos relations avec Bruxelles, avec toujours cette revendication d'un statut spécial pour la Suisse, posait déjà problème dans l'essence et la nature mêmes du débat EEE de 1992. Pourquoi diable la Suisse n'aurait-elle pas le droit de se poser franchement la seule question qui vaille, celle d'en être, ou de n'en être point ?

    Je pense que la réponse serait non. Je milite à fond pour ce non. Je suis, pour une fois, dans l'opinion majoritaire de mes concitoyens. Mais en aucun cas je ne reprocherais à une formation politique d'avoir le courage de poser la vraie question. Je suis assez souvent minoritaire, dans mon propre pays, pour ne pas saluer ceux qui osent une position qui paraît perdue d'avance.

    Au PDC genevois, je dis donc mon total désaccord. Mais mon respect, pour sa clarté et son courage. Il est parfois nécessaire, en politique, de frôler le suicide pour libérer, dans l'éther, quelques fragments de lumière.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ce cher M. Kouchner au Kosovo

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    Sur le vif - Jeudi 22.08.19 - 16.14h

     

    "Administrateur de l'ONU pour le Kosovo" : derrière ce titre ronflant, prétentieux, laissant entendre que l'impuissance multilatérale pût exercer la moindre influence sur le destin des Balkans, qu'a fait Kouchner ?

    Réponse : il a laissé faire l'OTAN. Il a laissé faire les États-Unis, dont le but, dès le début des guerres balkaniques (1990), et à vrai dire bien avant, était d'avoir enfin une tête de pont dans l'ex-Yougoslavie. Il a laissé faire les services secrets allemands, qui ont soutenu les mouvements pan-albanais pour affaiblir les Serbes. N'y a-t-il vu que du feu ? Qu'a-t-il fait contre les règlements de comptes anti-Serbes, dans les villages ? Qu'a-t-il fait contre le trafic d'organes ?

    Avait-il seulement conscience de tout cela ? A-t-il, au fond de lui-même, alors qu'il était plongé dans les réalités viscérales des Balkans, vraiment cru, une seule seconde, à l'immensité fictive de son titre, à une mission "d'administrateur" qui ne pouvait conduire qu'au paroxysme de la naïveté, ou (plus grave) à une forme de complicité dans le silence ?

    Envoyer Kouchner au Kosovo ! Tant qu'on y était, on aurait pu y déléguer Cohn-Bendit, ou BHL. Envoyé un illuminé du messianisme universaliste français, arrogant et donneur de leçons à l'humanité entière, dans une région du monde dont l'extrême complexité exige de longues années de lectures et d'ascèse historique.

    L'Histoire, M. Kouchner ! L'étude, en profondeur, des faits, sans jugements moraux. L'étude des peuples et des nations, de leur identité construite à travers les siècles, de leurs mythes fondateurs, de leurs écrivains. L'étude de leurs guerres, de leurs traités, de leurs alliances, de leurs trahisons, de leurs contradictions internes. Comme vous aviez étudié la médecine, vous eussiez dû vous plonger dans l'Histoire des Balkans, pas dans la morale à deux dinars !

    Au moment où resurgit - il était temps - le passé de certains dirigeants du Kosovo, caricaturalement épargnés par les services de Mme Del Ponte, qui ne songeait qu'à étriller le Serbe, il est bon de se souvenir de l'épisode de ce cher M. Kouchner, le king de l'ingérence, dans cette région des Balkans dont il ne connaissait manifestement rien de l'Histoire. Juste se faire une pub mondiale, sur un titre totalement bidon.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le sociétâââl ? Non : le SOCIAL !

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    Sur le vif - Jeudi 22.08.19 - 10.34h

     

    En fin de législature, Mme Fontanet, dont je pense le plus grand bien, ne sera pas jugée sur ses grandes déclarations, idéales pour lustrer le blason, sur les valeurs sociétâââles. Mais sur la mission qui est sienne : sa capacité à réduire la pression fiscale qui étouffe la classe moyenne à Genève.

    Si cette classe moyenne se trouve, au final, tondue pour compenser les cadeaux aux multinationales, alors ce ne sera plus le sociétâââl qui incendiera les esprits à Genève. Mais une authentique, une bonne vieille Révolution SOCIALE. Dont le parti de Mme Fontanet pourrait être, en passant, amené à souffrir considérablement.

    Dans nos sociétés bourgeoises, depuis 1789, ça n'est pas le prolétariat qui conduit les Révolutions. Mais les classes moyennes.

    Le societâââl, c'est le paravent des bobos pour simuler l'universalisme, et bien ignorer les souffrances locales. Les blessures SOCIALES d'ici et de maintenant. Hic et nunc.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le miraculeux paravent des bobos

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    Sur le vif - Mercredi 21.08.19 - 15.57h

     

    Genève construit l'avenir de sa fiscalité sur une alliance objective entre la défense des assistés et celle des personnes très aisées. On l'a bien vu, ce petit jeu, autour de la réforme de la fiscalité des entreprises.

    Prise en tenaille entre ces deux extrêmes de l'échelle, il y a toute l'étendue de la classe moyenne. Laborieuse. Salariée ou indépendante. Soumise à une pression fiscale sans précédent. Ne parlons pas des primes maladie ! Ni des loyers !

    C'est cette classe moyenne qui est pressée, tondue. Elle ne fait que payer, payer, et encore payer.

    C'est cette classe moyenne, celle qui travaille dur et n'arrive pas à faire d'économies, dont le monde politique genevois doit sérieusement commencer à s'occuper. Peu importe que les bonnes idées viennent de gauche ou de droite. Mais elles doivent être jetées dans l'arène, dès cet automne électoral, même s'il s'agira de thèmes fédéraux.

    Le sort de cette classe moyenne, qui n'en peut plus, est sociologiquement beaucoup plus important que les thèmes d'Apocalypse ou "de société", ceux qui dévorent tout l'espace depuis le début de l'année.

    Et si ces thèmes, tout planétaires, bibliques, messianiques soient-ils, n'étaient qu'une fantastique diversion à la réalité concrète de la paupérisation des gens qui travaillent ? Le miraculeux paravent des bobos. On l'aurait cyniquement conçu ainsi, on ne s'y serait pas pris autrement.

    On veut nous faire croire que l'urgence est sociétâââle. Alors qu'elle est, plus simplement et plus prosaïquement, SOCIALE.

    En clair, parlons d'ici et de maintenant. Pour la fin du monde, on verra.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Classe moyenne, vache à lait !

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    Sur le vif - Mercredi 21.08.19 - 14.33h

     

    Conseil d'Etat : une limitation de la déduction fiscale des primes maladie qui va peser encore plus sur la classe moyenne, vache à lait absolue de notre gouvernement. Entre les assistés et les nababs, il y a la masse de ceux qui bossent, peuvent de moins en moins déduire, et ne servent qu'à remplir les caisses de l'Etat. Quant aux complémentaires, figurez-vous que certains en ont peut-être méchamment besoin ! Très mauvais signal, pour une rentrée politique.

    Et ça n'est vraiment pas, vous le savez bien, un ennemi de la mission sociale de l'Etat, encore moins un adepte du libéralisme, qui signe ces lignes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Toutes hystéries atténuées

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    Sur le vif - Mercredi 21.08.19 - 10.25h

     

    Les deux grandes modes de pensée qui, cette année, étranglent et tétanisent nos belles âmes en Suisse, jetant dans les rues pleureuses et danseurs de pluie, pourraient parfaitement, d'ici peu, se trouver reléguées, dans la hiérarchie des consciences, à un plan subalterne.

    Reléguées par qui ? Par le très conventionnel tragique de l'Histoire. Le même que nous décrivent si bien Thucydide, Machiavel et Clausewitz. Ni Apocalypse climatique, ni révolution des mœurs. Non. Juste la récurrence éternelle des rapports de forces entre communautés rivales. À des milliers de lieues de l'universalisme et du cosmopolitisme, juste la noirceur des racines de la terre. Juste l'éternité d'ébène du pouvoir.

    Alors, toutes hystéries atténuées, reprendra l'archaïque démarche du crabe.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Missiles du Bien, missiles du Mal

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    Sur le vif - Mardi 20.08.19 - 17.02h

     

    Lorsque la Corée du Nord balance un missile, tout le monde s'étrangle. Lorsque les États-Unis, depuis l'île de Saint-Nicolas, au large de la Californie, tirent le premier missile de portée intermédiaire depuis la Guerre froide, nul de nos beaux esprits ne s'en émeut.

    Lorsque l'Iran fait avancer sa recherche sur le nucléaire, c'est le tollé. Et personne pour rappeler que, jusqu'à nouvel ordre, la seule puissance ayant largué deux bombes atomiques sur des civils s'appelle les États-Unis d'Amérique. C'était en août 1945.

    Alors, quoi ? Alors, la dimension multilatérale, entre les nations, n'existe tout simplement pas. Elle n'est qu'un paravent, une fiction. Un cache-sexe, créé (avec l'ONU) juste après 1945 pour donner l'illusion d'une contrepoids à l'impérialisme américain.

    Encore y a-t-il eu, jusqu'à la chute du Mur (1989), l'antidote du bloc de l'Est. Mais depuis trente ans, il n'y a plus rien. Rien d'autre que la domination américaine, avec ses arsenaux stratégiques, sur la planète. Rien d'autre que l'obédience, sous prétexte de "conventions multilatérales", de l'écrasante majorité des observateurs politiques.

    Les mêmes, si prompts à condamner la Corée du Nord, vouer l'Iran à tous les diables. Et, en même temps, exonérer les États-Unis, sous prétexte que représentant "l'ordre libéral" et la "démocratie", ils seraient par avance lavés de toute faute dans l'ordre du surarmement et de la volonté de toute puissance, sur la Terre.

    Deux poids, deux mesures. Et un hallucinant alignement des prétendus experts sur le pouvoir. Ce même pouvoir qui les publie, les nourrit, les stipendie.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'Oural, M. Macron !

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    Sur le vif - Mardi 20.08.19 - 10.09h

     

    Comment Macron peut-il sérieusement, sans le moins du monde être contrarié par quiconque, déclarer que l'Europe s'étend jusqu'à Vladivostok ?

    C'est la Russie, oui l'immense Russie, qui s'étend jusqu'à la mer du Japon. Mais toute personne, ayant étudié un minimum d'Histoire (énorme point faible de l'actuel locataire de l'Elysée) et de géographie, sait que la Russie se compose d'une partie européenne, jusqu'à l'Oural, puis d'une partie asiatique, jusqu'à Vladivostok.

    L'intention du discours est pourtant à saluer. Macron reconnaît l'importance capitale de la relation franco-russe, et lui rend hommage. Ça nous change un peu des génuflexions atlantistes et du culte cosmopolite du Veau d'or.

    Mais diable ! Ses lacunes historiques (l'ayant conduit à proférer une énormité sur la colonisation) étant ce qu'elles sont, on pourrait tout au moins souhaiter qu'un conseiller avisé - loin de tout esprit courtisan - lui corrige un peu ses discours.

    Quant à l'étendue de l'Europe historique, pourquoi ne pas reprendre le mot simple et juste de Charles de Gaulle : "De l'Atlantique à l'Oural" ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Macron-Poutine : l'Histoire au rendez-vous

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    Sur le vif - Lundi 19.08.19 - 14.12h

     

    Au moment où Macron reçoit Poutine, il est temps de rappeler la profondeur historique, la qualité et la nécessité des relations entre la France et la Russie. Au fil des siècles, malgré quelques exceptions (on pense évidemment à la Campagne de 1812), c'est l'alliance et l'amitié, les efforts de compréhension mutuelle entre ces deux grandes nations, qui prédominent.

    Un homme, plus que tout autre, l'a compris : Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, lorsqu'il rend visite à Staline en décembre 1944. Il faut lire ce qu'il en dit, et tous les livres qui furent consacrés à cette rencontre : il est parfaitement égal à de Gaulle que Staline soit communiste ; ça n'est nullement l'option idéologique qui l'intéresse, mais la dimension nationale des rapports de forces. A cinq mois de l'issue de la guerre, c'est le Tsar, l'homme fort, celui qui s'apprête à lancer l'offensive finale sur Berlin, que le Connétable vient humer, flairer. Il dira plus tard (à Jacky Kennedy !) que le Géorgien est l'homme d'Etat qui l'a le plus impressionné.

    Aujourd'hui comme hier, la France et la Russie ont beaucoup à se dire, et tant à échanger. Ces deux peuples, au fond, s'admirent et se respectent. Emmanuel Macron, dont la perception diachronique des événements n'est pas exactement le point fort, a-t-il ces choses-là en tête ? Saura-t-il dialoguer avec le Maître de Moscou avec la largeur de vue, la dimension historique, le réalisme et le cynisme nécessaires ? Comprend-il qu'une alliance durable avec la Russie comporte infiniment plus d'avantages, dans les équilibres du continent, que la prétendue communauté d'intérêts de "l'Occident", cache-sexe de la soumission à l'impérialisme américain et à une vision ultra-libérale n'ayant rien à voir avec les valeurs ancestrales de l'Europe, où le rôle de l'Etat, facteur de civilisation, est premier. Cela remonte à Rome !

    Tels sont les vrais enjeux de la rencontre du Fort de Brégançon. Tel est l'horizon d'attente où il est convient de les placer. La qualité des relations entre la France et la Russie est à entrevoir dans l'immense galerie de l'Histoire. Puisse-t-on nous épargner les peccadilles, les épiphénomènes et le grenier aux accessoires.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Frères d'armes

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    Sur le vif - Dimanche 18.08.19 - 07.26h

     

    Je suis, comme on sait, totalement opposé à la vision politique de Macron. Mais l'hommage aux soldats africains tombés pour la France, dans tant de batailles où tous les sangs se sont mêlés, était juste et nécessaire.

    Qui, aujourd'hui, enseigne encore l'Histoire de ceux qu'on appelait - par extension - les tirailleurs sénégalais, en vérité surgis d'innombrables pays d'Afrique ? Leur dévouement, leur héroïsme. Leur fusion dans une communauté d'âmes combattantes. Leur comportement exemplaire dans la Campagne d'Italie, dans le Débarquement de Provence, et plus généralement dans les deux guerres mondiales.

    Allez dans les cimetières militaires, en Italie. Regardez les tombes. Regardez les noms. Regardez les âges.

    Ces Africains, frères d'armes des combattants français (parmi lesquels d'innombrables Pieds-Noirs), sont tombés dans la même mêlée. La Campagne d'Italie (1943-1945), face à une résistance allemande exceptionnelle, chef d'œuvre de stratégie défensive (celle du Maréchal Kesselring, avec sa Ligne Gothique), fut d'une âpreté et d'une douleur aujourd'hui ignorées.

    Aux survivants africains de ces combats, il y eut encore quinze ans à vivre pour connaître les Indépendances, lors de la grande vague de décolonisation de 1960. Aux Algériens, deux ans de plus. Le début d'une autre Histoire. Mais rien n'effacera jamais la fusion des âmes et des destins, lors des années précédentes.

    Dire l'Histoire, rappeler simplement ce qui fut, donner tous les témoignages, ne rien laisser de côté, vivre et accepter les chocs paradoxaux de la construction d'une pensée historique, c'est progresser sur le chemin de lucidité.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Plaza : où est l'Etat ?

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    Sur le vif - Mercredi 07.08.19 - 11.04h

     

    Honneur et reconnaissance à la Fondation Wilsdorf, qui sauve le Plaza, ce qui est une excellente nouvelle, annoncée par la Tribune de Genève.

    Mais pour l'Etat, quel échec ! Quelle faillite ! Quel pataquès dans la gestion !

    Les collectivités publiques, à commencer par les principaux édiles responsables du dossier, auront failli dans la tâche républicaine amirale d'avoir pour la culture une vision, une philosophie d'action, une énergie, une stratégie de mise en œuvre. Tout au plus, des mots, vides, volatiles, désespérément légers, abandonnés au vent du renoncement.

    Tout le rapport de Genève, Ville ou Canton, à l'ambition et à la politique culturelles, est à réinventer.

    Aux commandes, il ne faut plus des apothicaires du juridisme. Mais des âmes. Généreuses, passionnées, combatives. Des sources de vie.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Toûno 2019 : musiques et syllabes, butineuses de sens !

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    Sur le vif - Mercredi 07.08.19 - 01.20h

     

    Comme toutes les années, je recommande absolument à ceux qui - par aventure - passeraient quelques jours en Valais de se rendre à l'admirable Festival du Toûno, à Saint-Luc. Nous en revenons à l'instant (deux souris, puis un renard sur notre trajet nocturne retour, comme pour prolonger un peu le Pays des Merveilles), et la magie littérature/musique, comme lors des éditions précédentes, fonctionne à plein.

    Ce soir, cela tournait autour de l'auteur fribourgeois Jean-François Haas, d'un éblouissant Quatuor avec piano, opus 67, de Schumann, et d'une incroyable variation de thèmes, en musique contemporaine, sur la Claire Fontaine.

    Ce qui frappe, d'année en année, dans ce festival, c'est la richesse humaine, sur scène comme dans le public, l'attention extrême portée à la découverte musicale, le frottement fusionnel entre parole et musique, quelque chose de puissant et de familial dans la rencontre.

    Au Toûno, pas de gigantisme. Pas de Veau d'or qui aurait tout dévoré. Juste la passion des sons, des instruments, de la voix humaine, et des syllabes, butineuses de sens.

    Il y a, dans le Toûno, comme une intimité demeurée. Inviolée par l'Argent Roi. Alors que s'envolent les sons et les voix, un orage frappe, la foudre illumine le décor, la montagne est là, tout autour, signale sa présence.

    La montagne, hôte et personnage, esprit des lieux.

    Foncez-y ! Notamment pour les arias des Noces de Figaro, jeudi soir, en l’Église de Vissoie.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le cadavre brandi, comme dans le Cid

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    Sur le vif - Lundi 29.07.19 - 14.41h

     

    Pour la France, il ne saurait exister de "guerre de 39-45". C'est une fiction, une reconstruction.

    La France, avec l'Angleterre, a déclaré la guerre à l'Allemagne le 2 septembre 1939, suite à l'invasion de la Pologne. En vertu du vieux Traité d'alliance franco-polonais. "Mourir pour Dantzig", vous connaissez la chanson.

    Du 2 septembre 1939 au 9 mai 1940, ce furent plus de huit mois de "Drôle de Guerre". La France et l'Allemagne, officiellement en guerre, mais (hormis l'affaire de Narvik), pas de réels combats. Autour de la Ligne Maginot, on se scrute, on s'observe, des patrouilles nocturnes échangent des coups de feu, c'est tout.

    Le 10 mai 1940, c'est la Blitzkrieg. L'une des plus foudroyantes manœuvres offensives de tous les temps. Pays-Bas, Belgique, puis passage de la Meuse, puis mouvement sur l'Ouest, direction Dunkerque : l'armée française, contrairement à une légende tenace, s'est plutôt bien battue, elle a fait ce qu'elle a pu. Mais elle avait face à elle le génie de la guerre de mouvement.

    Le 22 juin 1940, c'est l'Armistice. Demandé par la France. La scène, très pénible, du wagon de Rethondes, en Forêt de Compiègne. Le même qu'en 1918 !

    Il faut bien comprendre une chose : contrairement à la grande légende gaullienne (que, dès le début de l'adolescence, j'ai longtemps tenue pour mienne), affirmant que "par la France libre, la France combattante n'a jamais cessé d'exister", l'Armistice du 22 juin 1940 met bel et bien fin à la guerre franco-allemande. C'est la fin d'une guerre, la troisième en 70 ans : les Allemands avaient gagné la première partie (1870), les Français avaient gagné la revanche (1918), les Allemands gagnaient la belle.

    Il n'existe pas, pour la France, de "guerre de 39-45". Il existe une guerre de 39-40, qui s'est soldée par un Armistice en bonne et due forme, sollicité par le perdant, qui d'ailleurs a réussi à sauvegarder sa Marine (c'est Churchill qui la détruira à Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940 !), et à préserver (jusqu'en novembre 42) une Zone libre, au Sud de la Loire : ça n'était pas gagné d'avance, les Allemands auraient parfaitement pu pousser jusqu'à la Méditerranée.

    Cet Armistice a été dûment signé par les deux parties. Il n'est pas tellement plus dur, pour la France totalement vaincue, que le Traité de Versailles ne n'avait été, en 1919, pour une Allemagne nullement touchée sur son territoire.

    Bref, la légalité, c'était l'Armistice.

    Il est fort facile, a posteriori, de considérer que tout le monde aurait dû voir les choses comme de Gaulle, avec sa "guerre qui continue", fin juin 1940. Mais qui était-il, ce Général de Brigade à titre temporaire, à ce moment-là ? Un parfait inconnu du grand public ! L'homme à qui les Français ont fait confiance, l'homme qu'ils ont longtemps adulé, ça n'était pas le jeune Général, mais le vieux Maréchal. Il a fallu attendre l'été 44 pour que l'opinion publique se retourne vraiment.

    Il y a donc une guerre de 39-40, troisième du genre en 70 ans, perdue par la France. Une défaite immense ! "L’Étrange Défaite", dont parle le génial historien Marc Bloch. Puis, à partir de la Libération (fin août 44), jusqu'à la Capitulation du Reich (8 mai 1945), la France officielle est à nouveau en guerre contre l'Allemagne. Et elle sera (de façon fort supplétive) dans le rang des vainqueurs. Mais en aucun cas cette présence "du bon côté", en mai 45, ne peut, ni ne doit historiquement effacer l'événement principal : l'ampleur inimaginable, morale avant même que d'être militaire, de la défaite de juin 1940.

    La France, notre grand voisin et ami, dont l'Histoire m'est si chère, s'est-elle jamais remise de "l’Étrange Défaite" de 1940 ? Pour ma part, je pense que non. Tout au plus le génie du verbe et de la Geste gaullienne a-t-il réussi à brandir son cadavre, comme dans la légende du Cid. Mais en juin 1940, quelque chose, pour toujours, s'est évanoui.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Béglé multiplié par 246

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    Sur le vif - Lundi 29.07.19 - 10.55h

     

    Si chaque élu aux Chambres fédérales avait le dixième de l'énergie de Claude Béglé, le dixième de sa curiosité, de son réseau, de ses antennes, de son ouverture au monde, de sa capacité à dialoguer, de ses connaissances linguistiques, de sa puissance de travail, oui, si notre Parlement, c'était Béglé multiplié par 246, notre pays ne se porterait pas trop mal.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Plus européen que la Suisse, tu meurs !

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    Sur le vif - Samedi 27.07.19 - 17.34h

     

    Minoritaire, la Suisse ? Vous plaisantez ! De la Baltique au Sud de la Sicile, deux des langues parlées en Suisse, l'allemand et l'italien, sont parlées. Deux de nos langues nationales, pour longer l'éperon central du continent européen !

    Des rivages les plus occidentaux de la Bretagne, avancés dans l'Atlantique, jusqu'aux bords de l'Oder, à la frontière entre Prusse et Pologne, deux de nos langues nationales : le français et l'allemand.

    Au coeur du continent, à la croisée de ses langues, de ses religions, de ses philosophies, la Suisse.

    Il n'y a pas de pays plus européen que la Suisse. Toutes les grandes secousses historiques du continent, toutes ses grandes structurations, furent aussi les nôtres : la romanisation, la christianisation, la féodalité, l'imprimerie, l'humanisme, la Réforme, la Contre-Réforme, les Traités de Westphalie (1648), les Lumières, la Révolution française, l'épopée napoléonienne, la Restauration, le Printemps des Peuples en 1848, le Kulturkampf, la Révolution industrielle.

    Certes, au vingtième siècle, la Suisse n'a pas eu à s'impliquer dans les deux conflits mondiaux. Ce qui a pu donner l'impression d'une insularité heureuse. Mais c'est une illusion : si la Suisse doit impérativement demeurer souveraine et indépendante, cela ne signifie nullement qu'elle puisse agir comme si elle n'était pas intrinsèquement européenne. Peut-être l'un des pays les plus européens !

    La Suisse peut parfaitement demeurer hors de l'Union européenne, négocier âprement le statut de ses relations avec Bruxelles, défendre ses intérêts supérieurs. Elle le peut, et selon moi, elle le doit. Mais en aucun cas elle ne peut nier la profondeur historique, philosophique, de son enracinement dans l'identité européenne.

    Observons l'Europe. Voyageons-y. Visitons-la. Apprenons ses langues, tiens mon prochain grand chantier sera le grec moderne. Pénétrons-nous de sa culture. Prouvons à nos frères et soeurs du continent qu'on peut se sentir immensément européen, jusqu'au bout des ongles, jusqu'aux tréfonds de l'âme, sans être partie prenante de cette structure provisoire, évolutive, soumise à tant d'imprévisibles mutations, qu'on appelle, administrativement, l'Union européenne.

    Ne méprisons pas ceux qui en font partie, ils résultent d'autres Histoires, l'universel n'existe pas, tout surgit des particularismes locaux.

    Ne les méprisons pas. Mais à l'inverse, ne les sublimons pas de cette appartenance. Que chacun vive sa vie. Que chacun aille son chemin. Le nôtre n'est ni meilleur ni pire qu'un autre. Mais il est le nôtre, et nous l'aimons.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Pierre Péan, confrère de lumière

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    Sur le vif - Vendredi 26.07.19 - 11.15h

     

    Un confrère rare et précieux, un exemple. Pierre Péan (1938-2019), qui vient de nous quitter hier à l'âge de 81 ans, aura écrit en lettres de noblesse, en lettres d'or, le mot "enquête". Il aura pratiqué à fond, en prenant le risque de se faire des ennemis mortels (ce qui ne manqua pas), la recherche de la vérité.

    Et pourtant, il ne se proclamait pas "journaliste d'investigation", il se méfiait même de l'acception véhiculée aujourd'hui par ces mots. Il préférait le terme "journaliste d'initiative". Par sa puissance de travail, son courage, la force infinie de sa solitude, il a transformé plusieurs fois ses "initiatives" personnelles de départ en œuvres de vérité et de lumière. En défaisant des légendes dorées. En refusant les vérités imposées par le pouvoir. Bref, en résistant.

    J'ai lu plusieurs livres de Péan, mais celui que j'ai tant de fois relu, à fond, c'est évidemment "Une jeunesse française, François Mitterrand, 1934-1947", paru en 1994 chez Fayard. Alors que Mitterrand, pour un an, était encore au pouvoir ! Sur la couverture, le futur Président serre la main, le 15 octobre 1942, à Philippe Pétain, Maréchal de France, chef de l’État français.

    Il faut lire et relire ce livre, même s'il n'est pas facile (Péan n'a pas les étincelantes qualités littéraires d'un Lacouture, ne prétend d'ailleurs en rien faire oeuvre d'écrivain), il faut le lire, et surtout ne pas se contenter de la photo. Car la photo, même si elle est parfaitement authentique, ne résume en rien l'extraordinaire complexité de l'évolution, pendant la guerre, du prisonnier de guerre évadé François Mitterrand, de Vichy vers la Résistance. Il fut un homme de Vichy, décoré de la francisque (ce qui était connu de tous), ET il fut aussi, en 43-44, un authentique résistant. Il fut l'un, et tout naturellement, il fut l'autre. C'est cette évolution, à travers la gestion d'un mouvement d'aide aux prisonniers de guerre, donc d'un véritable réseau, que Péan nous décrit avec génie.

    Dans ce livre sur la jeunesse de Mitterrand, qu'a fait Péan ? Il a pris, un beau jour, en pleine euphorie mitterrandienne où la statue du Commandeur paraissait inattaquable, l'INITIATIVE, non de chercher à abattre le héros statufié (le livre n'est absolument pas à charge, comme le prétendent ceux qui ne l'ont pas lu), mais de procéder à une enquête d'une exceptionnelle méticulosité sur chaque jour (reconstituable) de la vie de l'homme, avant et pendant les années de guerre.

    Que François Mitterrand ait été, jusqu'à fin 42, l'un des hommes de Vichy, n'était en rien un secret. Tout au plus le principal intéressé, ministre à trente ans en 1946, puis onze fois ministre sous la Quatrième (1946-1958), dont une fois à l'Intérieur, dans le gouvernement d'un homme d'exception (Pierre Mendès France, 54-55), s'était-il bien gardé de mettre en évidence cet aspect de son passé, préférant se réclamer de ses deux années de résistance. C'était de bonne guerre, mais nul n'était dupe.

    Péan, lui, n'entre jamais dans la polémique. Il ne dit jamais "Mitterrand est vichyste", ou "Mitterrand est résistant". Il se contente, après des années de recherche, d'archéologie biographique, de témoignages originaux (son point commun avec Lacouture), de reconstituer le puzzle. Sans jamais se réclamer du concept de "journalisme d'investigation". Il ne se définit d'ailleurs jamais lui-même, n'entre pas dans les polémiques, il travaille et propose, un beau jour, les résultats de son labeur.

    Le résultat, c'est l'une des lectures les plus fines, les plus intelligentes, les plus nuancées, les plus dépourvues de manichéisme, de cette incroyable période vécue par la France entre juin 1940 et août 1944, suite à une défaite (celle de 40) qui demeure sans conteste la plus terrible de toute son Histoire. Parce qu'elle fut, comme l'a admirablement montré l'historien Marc Bloch, une défaite morale, avant même que d'être militaire.

    Lire ce livre de Péan sur Mitterrand n'aboutit absolument pas, contrairement à ce qu'affirment ceux qui se sont contentés de la photo de couverture, à une démolition du personnage. Loin de là ! Scrutant Vichy, Péan ne dit jamais "blanc", il ne dit jamais "noir". Il avance, toujours soucieux des faits, dans une immense zone grise. Jamais il ne juge moralement. Jamais il ne condamne par l'anachronisme, comme le font aujourd'hui tant de justiciers en chemise blanche.

    Monsieur Péan, vous avez été un grand journaliste et un admirable chercheur de vérité. Avoir eu comme ennemis des BHL et des Kouchner vous honore. Le "droit d'ingérence", vous, vous l'avez pratiqué dans le silence, la solitude, le labeur infini de celui qui, contre les préjugés, réunit les pièces pour faire avancer la vérité.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Discuter ? Non : combattre !

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    Sur le vif - Jeudi 25.07.19 - 14.30h

     

    Admirables commentateurs politiques de Suisse romande ! Depuis trois ans, ils n'ont de cesse de reprocher à Boris Johnson d'être favorable au Brexit.

    En d'autres termes, ils lui reprochent d'être... en phase avec la majorité du peuple britannique, lorsqu'elle s'est prononcée sur le sujet !

    Il reprochent à un homme politique britannique d'exprimer le point de vue majoritaire du peuple.

    En Suisse, après le 9 février 2014, exactement les mêmes commentateurs reprochaient à certains de leurs confrères d'avoir défendu le OUI à l'initiative sur l'immigration de masse. Ils leur reprochaient d'avoir exprimé un point de vue politique correspondant à la majorité du peuple et des cantons de notre pays.

    Cela signifie quoi ? Que selon ces commentateurs, il existe une position, intrinsèque et inaliénable, du Bien. Que le Royaume-Uni demeure dans l'Union européenne (ce qui n'est en rien une affaire morale, comme je l'ai longuement exprimé ici, hier, dans mon dernier billet), serait le Bien. Qu'il choisisse d'en sortir, serait le Mal.

    De même, en Suisse, considérer comme nécessaire une régulation des flux migratoires, serait le Mal. La position contraire, serait le Bien.

    Avec ces commentateurs politiques-là, qui nous inondent de morale depuis des décennies, nous définissent le supranational comme le Bien, et la nation souveraine comme le Mal, n'en peuvent plus d'instiller leur quotient de théologie dans l'observation politique, le temps n'est plus à la discussion. Mais au combat.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers !

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    Dissertation historique sur le sens profond du Brexit - Mercredi 24.07.19 - 15.36h

     

    Les trois années, totalement perdues, de Theresa May, furent trois ans de répit pour l'Ancien Monde.

    Trois années à compliquer au maximum l'écheveau, pour ne surtout pas appliquer la volonté du peuple. Trois années de déni. Dans ce roman-fleuve des "négociations" entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, pour trouver une porte de sortie, les responsabilités sont partagées. Peut-être même sont-elles plus graves, plus lourdes, du côté de Londres qu'à Bruxelles.

    La question première, concernant le Royaume-Uni et l'Europe, n'était pas tant de savoir s'il était opportun qu'il en sortît. Mais, beaucoup plus fondamentalement, s'il était judicieux, en 1972, qu'il y entrât. De Gaulle s'y était opposé. Le pré-macronien Pompidou, très peu concerné par l'axe franco-allemand (contrairement à de Gaulle, Giscard, Mitterrand), avait laissé faire. Pompidou-Macron, voilà un vrai rapprochement possible, y compris dans les relations avec la grande finance cosmopolite.

    Le Royaume-Uni est une très grande nation, nul ne le nie, et son comportement pendant la Bataille de Londres, en 1940, l'a prouvé avec éclat. Mais ça n'est pas une nation du CONTINENT EUROPÉEN. Si vous prenez la peine d'examiner toutes les alliances, tous les renversements, depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763), vous verrez aisément à quel point chaque engagement britannique dans un conflit vise exclusivement (et il n'y a nul grief à leur en faire) à sauvegarder les intérêts économiques, commerciaux et stratégiques majeurs du Royaume-Uni dans son rapport de forces face au continent. J'y reviens en détails quand vous voudrez, et nous aurons là, par exemple, l'une des clefs d'explication de l'incroyable sauvagerie de la Royal Air Force pour rayer de la carte le port (concurrent de Londres) de Hambourg, en 1943. On songera, aussi, à Churchill profitant, au passage, de se débarrasser de la Royale, la Flotte française, à Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940.

    Bref, Londres a toujours joué solo, c'est ainsi. La grande histoire de la construction européenne, c'est la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Elle fut réelle, vint des cœurs et des âmes, aurait pu être entamée bien avant s'il n'y avait eu l'ignominie (pour le peuple allemand) du Traité de Versailles (1919). Elle fut portée par un homme immense (Charles de Gaulle) et un admirable Allemand (Konrad Adenauer), puis par les très beaux couples Schmidt-Giscard, et Kohl-Mitterrand. C'est autour de cet axe, avec d'abord les trois pays du Benelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas), puis d'autres nations continentales, que tout l'édifice s'est construit. Il y avait, dans cette première période de l'Europe communautaire, quelque chose de beau et de grand, je l'ai déjà souligné ici.

    Mais très franchement, que venait fabriquer le Royaume-Uni dans cette galère ? Son Histoire est différente, ses intérêts supérieurs aussi, son ancrage avec le Nouveau Monde (depuis le 14 août 1941, en tout cas, la Charte de l'Atlantique), ses objectifs maritimes et commerciaux, son rapport au libéralisme, au libre-échange, tant d'éléments qui font des Britanniques un peuple certes européen, mais "un peu à part" : la question, déjà, se posait lors de la Guerre de Sept Ans.

    Theresa May, c'est trois années perdues. Pour Londres, mais aussi pour Bruxelles, qui se serait bien passée de la gestion interminable d'un divorce. Dans cette affaire lamentable, une partie de la classe politique, mais aussi médiatique, britannique, porte une lourde responsabilité. Elle a bafoué le système du référendum, n'a voulu écouter le peuple qu'à moitié, ou pas du tout, a très vite parlé de "revoter", a donné au monde un signal catastrophique de déconnexion d'une cléricature face au suffrage universel. Trois années catastrophiques pour l'image de cette grande nation sur la planète.

    Puisse Boris Johnson mettre en œuvre la volonté populaire de 2016. Puisse-t-il trouver, avec Bruxelles, un accord dans l'honneur et le respect mutuel, où personne ne perdrait la face. Puisse le Royaume-Uni mettre un point final à 47 ans d'une expérience qui, face à la grandeur de son destin, n'aura pas été concluante. Hors de l'Union européenne, les Britanniques demeureront un grand peuple, ami et respecté. Il y a une vie d'Européen sans appartenir à l'UE. Je connais d'assez près un petit pays, quadrilingue, au coeur du continent, qui en fait tous les jours la bienfaisante expérience.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Boris Johnson : c'est parti pour la curée !

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    Sur le vif - Mercredi 24.07.19 - 07.10h

     

    "Doté d'une réputation de menteur invétéré", "autre homme à la toison jaune" : le journal de 7h RSR insulte Boris Johnson, l'attaque sur son physique.

    On est reparti exactement pour le même langage, les mêmes travers lexicaux, la même agressivité primaire, les mêmes procès d'intention que contre Donald Trump, il y a trois ans.

    "Homme à la toison jaune" : la chroniqueuse d'un journal de révérence, la veille de l'élection de Trump, traitait le candidat républicain de "peroxydé".

    On a les attaques qu'on peut, le registre verbal qu'on peut, l'humour qu'on peut, le rapport avec les mots qu'on peut, la culture historique et politique qu'on peut, la distance avec les modes médiatiques qu'on peut.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Why ?

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    Sur le vif - Mardi 23.07.19 - 22.52h

     

    Mais pourquoi diable Boris Johnson n'est-il pas devenu immédiatement Premier ministre, aussitôt le Brexit voté par le peuple du Royaume-Uni ?

    Pourquoi ces trois années perdues, ces trois ans de tragi-comédie, humiliante, vaine, inutile, avec l'impuissante Theresa May ?

    Trois ans à tout emberlificoter.

    Trois ans à tout manigancer, pour ne surtout pas respecter la décision du peuple.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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