08/04/2018

Le dogme libéral mérite des contrepoids

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Sur le vif - Dimanche 08.04.18 - 16.33h
 
 
Il est totalement faux d'affirmer que tous les médias, en Suisse, sont de gauche. Friand d'un pensée de gauche bien articulée, républicaine et avec le sens de l'Etat, je serais très heureux d'avoir des journaux qui colporteraient avec fougue et talent ces positions.
 
 
Il est tout aussi faux de prétendre que la presse suisse serait aux mains de l'UDC. Quelques journaux, dans la galaxie Blocher, représentent cette tendance, mais ils sont largement minoritaires.
 
 
Non. L'immense majorité des médias suisses véhiculent la pensée libérale. Ils défendent mordicus la libre circulation des personnes, ont tout fait pour que l'initiative du 9 février 2014 ne soit pas appliquée, ont vécu huit années de pâmoison face à Obama, n'ont cessé de vomir sur Trump, encensent Macron. A Genève, il sont les fidèles relais du PLR, principalement de Pierre Maudet. Toutes choses dont ils ont, je tiens à le souligner, le droit le plus pur : la presse est libre, une fois pour toutes, et il est très bien que chacun affiche la couleur, plutôt que de jouer les eunuques.
 
 
Souhaiter plus de diversité dans la presse suisse, c'est parvenir à équilibrer, dans les années qui viennent, ces innombrables journaux libéraux. Soit en créant de nouveaux supports d'information et de commentaires sur leur gauche. Soit, sur leur droite, côté national et conservateur.
 
 
A Genève, par exemple, le délire pro-croissance, pro-extension de l'aéroport, qui ne cesse de nous faire miroiter un canton à un million d'habitants sous prétexte que cette inflation démographique serait inéluctable, tous ces rêves où l'ultra-libéralisme se mêle à l'appétit du gain pour une toute petite minorité, tout cela, ardemment véhiculé par nos principaux journaux, doit impérativement être équilibré par l'exposition d'une autre vision.
 
 
Cette vision, cette autre pensée pour Genève, passe par un retour à la raison et au bon sens. Un respect absolu des zones agricoles et du métier de paysan. Un développement harmonieux, qui maintienne l'excellente qualité de vie entre Rade, Jura et Salève. Une attention aiguë à l'environnement, aux services publics, aux hôpitaux, aux écoles, à la qualité des relations entre les gens. En économie, un peu plus de soutien au statut d'indépendant, aux PME, un peu moins d’obsession servile pour les seules multinationales.
 
 
Ces idées-là, vous ne les lisez guère dans les éditos de vos grands journaux, chez M. Ruetschi ou son homologue du Temps. A gauche comme à droite, pourtant (oui, une autre droite que libérale, une droite à la fois conservatrice, fraternelle et sociale, ça existe, et depuis la Révolution !), elles gagnent du terrain. Quand auront-elles enfin une plate-forme visible et ambitieuse, pour les défendre et les illustrer ?
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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07/04/2018

La Galerie des Glaces

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Sur le vif - Samedi 07.04.18 - 10.58h

 

Dès qu'un humain dispose de pouvoir, il a tendance à en abuser. C'est valable pour tous, y compris pour un Président du Conseil d'Etat.

 

A propos du titulaire sortant de cette fonction, une remarque : c'est quand il émerge, et qu'il est en phase ascendante de son appétit de pouvoir, qu'il faut signaler publiquement l'arrogance d'un puissant, plutôt que de trottiner derrière lui comme des lapereaux.

 

En clair, je trouve assez lamentable de voir tant d'âmes critiques de la 25ème heure se lâcher aujourd'hui sur François Longchamp, alors qu'ils avaient douze ans et demi pour le faire. Dès la fin de sa première législature, en 2009, et assurément pendant toute la détestable année 2010, les signaux, flagrants, étaient là. A cette époque, les plumes incendiaires d'aujourd'hui faisaient la roue, dans la Cour du Prince.

 

Aujourd'hui, je vais le dire franco de port, un autre personnage s'en vient poindre avec, pour la législature à venir, de véritables risques d'autocratie et de pouvoir personnel : il s'agit de Pierre Maudet.

 

Oh, il sera brillamment réélu, et se taillera une belle part dans la répartition des Départements. Osera-t-il briguer l'Instruction publique ? L'homme est très intelligent, vif, rapide, malicieux, il a de l'humour, c'est toujours un plaisir de discuter avec lui. Il a tout pour réussir. Tout, sauf qu'il a cette démesure dans l'appétit de pouvoir.

 

Et puis, il y a cette hyper-communication. Cette volonté de tout contrôler, au millimètre, dans l'image qu'on donne de soi. Ces relais, dans les médias, où le jeu de sources et de révélations est tellement facile, quand on connaît un peu la musique, à reconstituer. Oui, dans certaines rédactions, à Genève et à Lausanne, Pierre Maudet dispose d'une aimable batterie de perroquets et de perruches pour reproduire son discours.

 

Ceux qui, aujourd'hui, tombent sur François Longchamp après l'avoir encensé dans les heures de gloire, lâcheront aussi, le jour venu, Pierre Maudet. Mais pour l'heure, ils se taisent. Parce que le Phénix est encore dans sa phase ascendante, voire tout en haut. Parce qu'il se profile comme l'homme fort de la prochaine législature. Et parce qu'il est plus confortable de critiquer un astre en déclin que le Roi Soleil en majesté, au milieu de la Galerie des Glaces.

 

Pour ma part, je suis un homme seul. Je dis les choses telles que je les analyse et les pense, telles que je les perçois. Et je puis déjà vous affirmer que la voracité démesurée de pouvoir de Pierre Maudet constituera le problème no 1 de la future équipe gouvernementale. Après quelques mois d'état de grâce, les signaux de pouvoir autocratique resurgiront. En allant vers 2023, ils ne feront que croître.

 

Pascal Décaillet

 

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06/04/2018

A voté !

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Sur le vif - Vendredi 06.04.18 - 15.45j

 

Bon, ben voilà. J'ai pris la liste du Conseil d'Etat, et j'ai coché sept noms, sur les 31 proposés. Parmi ces sept, il y a les trois qui ont été le plus attaqués dans des campagnes de presse dont je repère parfaitement les sources.

 

Puis, j'ai pris la liste du Grand Conseil. Feuille vierge. J'ai inscrit, à la main, au crayon, cinquante noms, de sept partis différents. Comme il me reste cinquante suffrages, et que je ne veux pas les jeter au Rhône, j'ai inscrit en haut le nom d'un parti.

 

C'est l'une des manières de faire, parmi des dizaines d'autres. Chacun est libre. Inscrire ces 57 noms, sans me presser, en réfléchissant bien, m'a pris moins de quarante minutes.

 

Quarante minutes, une fois tous les cinq ans. Chacun de nous peut bien donner cela à notre démocratie, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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La fermentation des esprits

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Commentaire publié dans GHI - 04.04.18

 

Une campagne électorale, c’est un univers qui rappelle le monde de la fermentation. Celle d’un vin, par exemple. Il y a comme un moment où les choses ne sont plus ce qu’elles sont, se mettent à décoller vers un ailleurs. Une forme de métamorphose.

 

Une campagne électorale a quelque chose d’un Carnaval. On sort, on se presse dans la rue, on passe son temps dehors, jamais chez soi. Au milieu de la foule, on s’oublie soi-même. On tutoie, on fraternise, on rit beaucoup, on boit des verres.

 

Dit comme ça, c’est plutôt sympa. Mais sachons nous méfier des illusions. Les meutes qui se mélangent, en quémandant des voix, seront les premières à se reconstituer, le jour venu, pour s’affronter. On se redira « vous », on s’écharpera. Les uns contre les autres, on se remettra à ourdir.

 

Journaliste, j’aime le temps de la campagne. Mais déjà, je vois les temps futurs, où les masques tomberont. Ceux qui, du peuple, auront reçu une parcelle de pouvoir, commenceront à croire en leur puissance. Ceux qui vous cajolaient se mettront à vous ignorer. Ceux qui nous avaient promis monts et merveilles sombreront dans l’amnésie.

 

A quelques jours du scrutin, je veux ici convoquer la mémoire d’un homme. Il s’appelait Pierre Mendès France (1907-1982), il n’est resté au pouvoir que sept mois, en 1954-55. Il a dit ce qu’il ferait. Et il a fait ce qu’il a dit. Autour de cette parole, si précieuse, s’articule la seule chose qui vaille : la confiance.

 

Pascal Décaillet

 

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05/04/2018

Lausanne et les requins du microcosme

 

Sur le vif - Jeudi 05.04.18 - 18.02h

 

Hallucinant d'entendre la titreuse de Forum nous raconter que la campagne électorale genevoise "a plus mis en avant les attaques personnelles que le débat d'idées" !

 

Qui nous relate, nous décrit et nous met en scène une campagne électorale ? Qui, d'autres que les médias ? C'est leur rôle, leur responsabilité.

 

Que la RSR, avec d'autres, ait choisi - ELLE - de mettre en avant les attaques personnelles, ou de matraquer à répétition tel(le) magistrat(e), faisant servilement le jeu d'officines adverses, c'est son affaire.

 

D'autres médias, au contraire, ont constamment, depuis Noël, fait le choix de parler - et faire parler leurs invités - de la seule chose qui vaille en politique : le débat de fond ! Santé, logement, mobilité, fiscalité, etc.

 

Une campagne, c'est ce qu'on en fait ! Si certains médias, notamment du côté de Lausanne, ont passé leur temps à se précipiter sur des "affaires", relayant bien fidèlement des sources tellement faciles (croyez-moi) à identifier, qu'ils ne viennent pas prétendre que cette basse vision de la chose publique fût prédominante sur les grands sujets qui, manifestement, touchent et concernent au plus près la population genevoise.

 

C'est LEUR choix, LEUR responsabilité, d'avoir couvert la campagne ainsi. Ca n'est pas de la faute du monde politique qui, de mon point de vue, s'est dans les grandes lignes correctement comporté.

 

C'est mon deuxième coup de colère en quatre jours contre la couverture lausanno-centrée du débat électoral genevois. Il existe, Dieu merci, des journalistes, à Genève, notamment à Léman Bleu (mais aussi, entre autres, à Radio Lac, GHI, ou Tout l'Immobilier) pour qui les soucis du grand nombre l'emportent largement sur les règlements de comptes de quelques requins du microcosme.

 

Je commence à en avoir assez de cette manière de faire du journalisme. Je veux, pour ma part, pratiquer mon métier dans la Cité, au milieu de la Cité, dans la perspective historique, culturelle et sociale de la Cité. Et, à ma manière, comme à celle des quelques confrères et consœurs que j'apprécie, au service de la Cité.

 

Ces quelques lignes vont me valoir des ennemis supplémentaires ? Si vous saviez comme je m'en fous !

 

Pascal Décaillet

 

 

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La politique : une noble affaire !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.04.18

 

A quelques jours de l’élection (dimanche 15 avril) du Parlement genevois, et du premier tour du Conseil d’Etat, donc du renouvellement pour cinq ans de nos autorités cantonales, je prends ici, une nouvelle fois, la défense acharnée de la politique. Pas la défense de la droite. Ni celle de la gauche. Non, la politique en tant que telle, celle qui place la citoyenne, le citoyen, au centre de tout. La politique, comme espace commun de nos antagonismes. Comme lieu d’explications et, pourquoi pas, d’engueulades bien sonores. Comme langage commun pour la résolution de nos problèmes. La politique, oui, avec des institutions, dont fait intégralement partie la démocratie directe. La politique, pour dessiner ensemble les contours de l’Etat. La politique, pour faire équilibre aux puissances de l’Argent, à la spéculation, aux corporatismes, à l’arrogance des puissants. La politique, au service de la justice sociale et de la redistribution. La politique, contre la loi du plus fort, la jungle.

 

Au fond, le fossé n’est pas entre la droite et la gauche, même si la géographie de la Convention, la représentation populaire sous la Révolution française, détermine puissamment, depuis plus de deux siècles, notre imaginaire du champ de combat. Non, le vrai gouffre est celui qui sépare ceux qui veulent croire en l’action publique, et ceux qui hélas n’y croient plus. Soit par cynisme, parce que la jungle leur convient. Soit par déception, désillusion : il n’y aurait plus, dans ceux qui aspirent à l’élection, que des arrivistes ou des voyous. Cette thèse du « tous pourris », je la déteste et la récuse de toutes mes forces. Il y a certes, en politique comme ailleurs, des brebis galeuses, mais l’immense majorité sont de braves gens, soucieux d’être utiles, qui sacrifient beaucoup de leur temps à la chose publique. Et je sais de quoi je parle : je viens de donner la parole à 104 d’entre eux, sans compter tous les autres, rencontrés au quotidien depuis plus de trente ans !

 

La politique a toujours existé, mais il y a tout de même un moment de l’Histoire humaine, tellurique, où tout a basculé, du moins dans la représentation de l’exercice du pouvoir : cette série de séismes, sur plusieurs années, c’est évidemment la Révolution française. Si je devais, parmi les milliers de livres qui lui ont été consacrés, ne vous en recommander qu’un, c’est l’Histoire que nous en lègue l’immense Jules Michelet (1798-1874). Oui, un ordre du monde, dans la symbolique, a laissé la place à un autre, même s’il faudra attendre encore près d’un siècle pour que la République s’installe durablement. Lire l’Histoire politique, se renseigner sur la longue conquête du pouvoir par le corps des citoyens, c’est déjà intellectuellement faire de la politique. Suivre une campagne électorale, voter, lancer des initiatives et des référendums (nous avons en Suisse ce rare privilège), participer, donner son avis, c’en est encore un autre mode. Tout cela, la part du cerveau et celle de l’instinct, constitue ce mot magnifique, qui s’appelle l’engagement. N’oubliez pas d’aller voter !

 

Pascal Décaillet

 

 

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31/03/2018

Quatre raisons de rejeter Mai 68

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.03.18

 

Mon opposition à Mai 68 est totale. Elle date des événements (j’allais sur mes dix ans, et les ai suivis de près), n’a cessé de se renforcer en un demi-siècle. Elle est non-négociable. Au moment où les nostalgiques nous agitent, une nouvelle fois, le caléidoscope de la rétrospective, il m’apparaît nécessaire de rappeler les raisons qui m’amènent à un rejet sans appel de ce mouvement, et surtout de l’idéologie qu’il a portée, ensuite, pendant des décennies. Je pourrais en recenser des dizaines, il me faudrait écrire un livre, qui serait un pamphlet d’une rare violence. En attendant, en voici déjà quatre.

 

1)  Mai 68 n’est pas une Révolution

 

Les étudiants, dans les rues, prétendaient explicitement à une Révolution politique, soit au remplacement d’un ordre social par un autre. Ils n’y sont absolument pas parvenus. Dès que les ouvriers ont obtenu, grâce aux Accords de Grenelle, une augmentation inespérée (35%) du salaire minimum, ils ont aussitôt laissé tomber les petits-bourgeois du Quartier latin. Pire : aux élections de juin, un mois plus tard, la France, qui avait pris peur, a envoyé à la Chambre la majorité la plus conservatrice depuis 1919. Ce furent les très tranquilles années Pompidou. Comme Révolution, on fait mieux.

 

 

2) Le désordre libertaire, ça n’est pas la République

 

Je suis fondamentalement républicain, très attaché aux valeurs de la Révolution française. Mais la République, pour atteindre ses idéaux d’égalité des chances, a besoin de l’ordre social. La dialectique entre pensées adverses, excellente en soi, c’est dans les espaces institutionnels prévus à cet effet qu’elle doit s’exercer. Pas dans la rue. Pas en incendiant des voitures. Pas en paralysant le pays.

 

 

3) Mai 68 n’a rien à voir avec la gauche

 

Rien, ou très peu. Les vociférations de rue des étudiants ne sont pas l’expression du vieil antagonisme gauche-droite, porté par la Convention, avec ses Jacobins, ses Montagnards et ses Girondins. D’ailleurs, la gauche ouvrière détestait ces éruptions de petits révoltés. Le reste de la gauche (Mitterrand, et même Mendès France) est passé à côté des événements, tout comme d’ailleurs les droites. Mai 68, c’est un épisode, joyeux et printanier, du vieux mythe parisien des Barricades, celles de 1830, 1848, 1870 et 1944 (Libération de Paris). Beaucoup des leaders de Mai sont devenus, par la suite, des patrons libéraux, fort peu soucieux, pour certains, du bonheur social de leurs employés.

 

 

4) Mai 68 a détruit l’Ecole

 

Que certaines chaires parisiennes fussent, en 1968, aux mains de mandarins tout puissants, c’est exact, et les étudiants n’avaient pas tort de le dénoncer. Mais, au-delà des événements de ce printemps-là, l’esprit de Mai a colporté, pendant des décennies, tout le charivari idéologique qui a fait tant de mal à l’Ecole, et pas seulement en France : méthodes « globales » plutôt qu’analytiques dans l’enseignement des langues, abandon des repères chronologiques en Histoire, obsession des structures, etc. Je pourrais multiplier les exemples. Tout cela est bien court, j’en suis conscient. Il me faudrait écrire un livre, oui. Un pamphlet. En aurai-je l’énergie ? A tous, excellentes Fêtes de Pâques !

 

 

Pascal Décaillet

 

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29/03/2018

Le Passage

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Sur le vif - Jeudi 29.03.18 - 08.01h

 

Cette élection 2018, je l'aurai vécue d'en bas, avec ces 104 candidats de Visages de Campagne. Au milieu d'eux, et de plein d'autres. En phase avec la réalité de leurs préoccupations. Loin des états-majors.

 

Passionné de politique depuis décembre 1965, lecteur de milliers de livres d'Histoire (France, Allemagne, Suisse, Balkans, Proche-Orient), habité par le destin allemand depuis Luther jusqu'à nos jours, dont j'espère bien parachever un jour l'Histoire politique, littéraire et musicale, je viens d'apprendre beaucoup, en quelques semaines, sur l'engagement citoyen.

 

Je n'oublierai pas ces 104 rencontres, qui s'ajoutent aux milliers d'autres, depuis des années, devant des micros ou des caméras.

 

Il ne faut pas croire que j'en sors indemne. La parole humaine, échangée avec confiance, c'est un chemin vers le salut. Martin Luther, l'homme qui a réinventé la langue allemande en traduisant la Bible autour de 1522, travaillant sur le sens de chaque mot, que nous dit-il d'autre, au fond ?

 

La parole nous marque. En nous, elle s'imprime. L'autre événement universel, juste avant Luther, n'est-il pas justement Gutenberg ?

 

Il me faut maintenant livrer d'autres combats.

 

À trois jours d'un moment de lumière et de libération, que l'Ancien Testament nous décrit déjà comme un "Passage", et qui représente pour moi l'une des clefs du mystère de la vie, je vous adresse mon salut.

 

Pascal Décaillet

 

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28/03/2018

Ah, un détail encore...

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Commentaire publié dans GHI - 28.03.18

 

D’où viennent les missiles qui s’abattent subitement, les uns derrière les autres, sur Anne Emery-Torracinta ? La première tentation, tellement facile, consiste à incriminer, sans la moindre preuve, les deux colistiers de la magistrate qui se représente : ils ourdiraient souterrainement pour avoir sa place, étant bien conscients que deux conseillers d’Etat socialistes pour la période 2018-2023, ça n’est pas gagné.

 

Cette thèse est-elle plausible ? Pour ma part, je n’y crois guère. Surtout qu’il existe, largement ailleurs qu’au PS, par exemple au sein du PLR, assez de nids de tirailleurs d’où l’on essaye d’atteindre la conseillère d’Etat. Et on ne s’en prive pas : depuis quelques semaines, sous tous les prétextes, les motions, projets de loi ou questions urgentes concernant le DIP fleurissent. Ici, au sujet d’une brochure sur la formation obligatoire, là au sujet de la dyslexie, ou encore des attaques dans les journaux sur sa gestion de la culture.

 

Mais dans cette deuxième source possible des attaques, aucune preuve tangible non plus. Les auteurs des motions attaquent sur le fond, ils en ont parfaitement le droit, c’est le jeu politique. Alors, quoi ? Alors, rien ! Disons qu’il existe un puissant climat de nocivité à Mme Emery-Torracinta, mais que nul complot, pour l’heure, n’est démontrable. Une chose est certaine : cette affaire laissera des traces. Et ne facilitera pas la sérénité, pour entamer la nouvelle législature. Ah, juste un détail encore : le PLR serait-il intéressé à reprendre le DIP ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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27/03/2018

Lucidité, SVP !

 

Sur le vif - Mardi 27.03.18 - 06.37h

 

Campagne TG contre Anne Emery-Torracinta : qui est derrière ?

 

Qui a intérêt à dynamiter le DIP, pour mieux arriver en sauveur, dans quelques semaines, et le reprendre en mains ?

 

Telles sont les vraies questions politiques du moment.

 

La politique doit être lue et décryptée, en campagne électorale, en fonction des lois de la guerre, dans toute leur férocité. Et non en gardant naïvement le nez sur les providentielles "affaires" qui, comme par hasard, surgissent les unes derrière les autres, en orgues de Staline, toujours pointées dans la même direction, à l'approche de l'échéance.

 

Se refuser à cette métalecture, c'est faire le jeu des torpilleurs.

 

Pascal Décaillet

 

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24/03/2018

Mai 68 : Cantique de la Nostalgie

 

Sur le vif - Samedi 24.03.18 - 11.18h

 

La complaisance avec laquelle les médias, un demi-siècle après, nous parlent de Mai 68, sans la moindre dimension critique face à ce mouvement, nous prouve, mieux que tout, à quel point les ultimes reliques de l'esprit de Mai s'accrochent encore à ceux qui détiennent le pouvoir dans nos journaux.

 

L'idée même que puisse exister une lecture critique de Mai 68 (qui, de son côté, nous aboyait son droit à la critique universelle), semble totalement échapper à ces éternels nostalgiques d'une jeunesse déjà si lointaine.

 

Personne pour parler de l'échec politique immédiat du mouvement de Mai, qui prétendait pourtant au statut révolutionnaire, mais n'aura été que l'incantation éruptive - et rêvée - d'un printemps.

 

Une Révolution, ce n'est pas cela. C'est le renversement, confirmé sur la durée, des forces sociales. Au final, pour des années, Mai 68 n'a fait, au contraire, que renforcer la droite économique et patronale en France : ce furent, de 69 à 74, les très tranquilles années Pompidou, l'ex-banquier de chez Rothschild, s'empressant de jeter aux orties les remarquables projets gaullistes de participation dans les entreprises (Louis Vallon, René Capitant, etc.).

 

Ces choses-là, dans les rétrospectives du demi-centenaire, qui les dit ? Aurons-nous droit, jusqu'à l'éternité, à l'interminable Cantique de la Nostalgie, celui d'une génération désespérément agrippée aux illusions perdues de sa jeunesse ?

 

Pascal Décaillet

 

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22/03/2018

Le Mépris

 

Sur le vif - Jeudi 22.03.18 - 05.41h

 

Ici, l'insoutenable légèreté de la Chancellerie. Là, l'arrogance du Conseil d'Etat, son mépris de la démocratie directe, dans l'affaire du Plaza.

 

Dans les deux cas, on joue avec la démocratie, donc avec le peuple souverain. Celui qui élit, celui qui tranche.

 

Dans les deux cas, on se coupe du réel. On ferme les yeux, on se bouche les oreilles.

 

Plaza : s'il fallait tout résumer par le titre d'un film, ce serait l'un des plus beaux de l'Histoire du cinéma, Jean-Luc Godard, "Le Mépris".

 

Moi-même, je suis sur les rotules, après les 104 interviews des Visages de Campagne. Comme citoyen et comme journaliste professionnel, oui à ce double titre, j'en veux à ce Conseil d'Etat, et surtout à son président, de leur arrogance et de leur frivolité de tour d'ivoire.

 

Misère hautaine. Sans même le vol de gerfauts du poète.

 

Fatigue et colère.

 

Une campagne, c'est la lente et régulière montée à l'autel du corps des citoyennes et des citoyens. Une procession laïque vers l'acte, indivisible, du vote. En mépris de cela, nos hauteurs célestes nous balancent des échantillons de Monopoly. Comme si c'était fictif !

 

Et ils osent encore nous entourlouper, en prenant les grands airs mondains de ceux qui savent, avec leur "Genève internationale" !

 

Leur planète n'est pas la nôtre.

 

Pascal Décaillet

 

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La nouveauté d'un possible

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Commentaire - GHI - 21.03.18

 

Il y a des listes, plus que d’autres, d’où sortent de belles vibrations. Et dans ces listes électorales, il y a bien sûr, avant toute chose, des personnes. En l’occurrence, des femmes.

 

Une liste avec uniquement des femmes : le principe philosophique ne m’avait jamais plu, je le trouvais sectaire, alors que la République est une et indivisible. Bref, j’étais – et suis encore, au fond – mal disposé, sur le principe.

 

Seulement voilà, il y a les principes, et il y a les personnes. Pour ma grande opération « Visages de Campagne », 104 candidats face à moi, six minutes chacun, j’ai rencontré huit représentantes de la Liste des femmes. Au-delà de savoir si je suis d’accord ou non avec elles, j’ai découvert des univers, des engagements, une joie militante profondément ancrée. Enfin, quelque chose d’assez puissant, à quoi je ne m’attendais pas.

 

Ensuite ? Ensuite, rien ! Je n’appelle ici ni à voter pour cette liste, ni à la rejeter, chacun est libre. Mais j’ai découvert, après des décennies de passion pour la chose politique, la nouveauté d’un possible. Pas avec de grands discours, ni des démonstrations, ni des palabres de salons parisiens. Mais avec la force, parfois saisissante, de huit témoignages.

 

Laisser émerger l’inattendu de la parole, c’est peut-être aussi cela, la mission du journalisme. Alors, à ces dames de passage, je dis simplement merci.

 

Pascal Décaillet

 

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21/03/2018

Juristes de la Couronne

 

Sur le vif - Mercredi 21.03.18 - 15.08h

 

En déclarant nulle l'initiative "Le Plaza ne doit pas mourir", le Conseil d'Etat affiche une nouvelle fois son total mépris d'un processus parfaitement régulier d'exercice de la démocratie directe, dans le Canton de Genève.

 

Cette initiative a eu les signatures (11'316). C'est aux citoyennes et citoyens de se prononcer. Pas aux juristes de la Couronne.

 

Par les temps qui courent, avec les errances de la Chancellerie, et la très laborieuse fin de législature que nous vivons, le Conseil d'Etat serait plus avisé de s'invalider lui-même.

 

Pascal Décaillet

 

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Anne Emery-Torracinta, magistrate intègre et courageuse

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.03.18

 

C’est toujours comme ça, une campagne électorale : ça commence prudemment, sans trop de bruit, avec des adversaires qui s’observent et s’épient, en affûtant leurs armes. C’est ce qu’on appelle la Drôle de Guerre, comme entre la France et l’Allemagne, entre le 1er septembre 1939 et le 9 mai 1940. Et puis voilà, il faut bien qu’il y ait un 10 mai. Cela change de nom, cela s’appelle la Blitzkrieg, l’offensive-éclair. Elle est violente, massive, dévastatrice. Et surtout surprenante. Évidemment ! On ne va tout de même pas envoyer un bristol à l’ennemi pour lui faire savoir, deux jours avant, qu’on va attaquer ses positions. Pour les élections, on parle de « campagne » : le mot est parfaitement juste, les lois appliquées y sont celles de la guerre. Pour saisir ce qui s’y passe, il faut connaître les grilles de lecture de la guerre, pas celles de la morale. Naïfs et bonnes âmes, s’abstenir.

 

Ministre genevoise de l’Instruction publique depuis quatre ans et demi, la socialiste Anne Emery-Torracinta est une femme réputée pour son intégrité, sa rigueur, son courage. On partage ou non ses options pédagogiques, par exemple son obsession pour « l’école inclusive », mais nul, dans la République, ne peut lui contester ses qualités d’honnêteté, ni la ténacité de son engagement, pendant toute sa vie, en faveur de l’École genevoise. D’abord, comme prof d’Histoire, très appréciée. Puis, comme députée. Puis, comme magistrate.

 

Sans doute a-t-elle commis des erreurs. Sous le feu des attaques, elle a mal communiqué, mal géré la crise. Mais ces nervosités ne doivent aucunement nous faire oublier qu’elle a dirigé correctement, dans les grandes lignes, un Département très difficile, avec toujours un souci d’Etat, et des priorités républicaines. Je demande aux citoyennes et citoyens qui voteront, le 15 avril, de la juger, dans le sens qu’ils voudront, sur ces choses-là, qui sont simplement l’essentiel. Et non sur les seuls échos de la Blitzkrieg que d’aucuns, comme par hasard à quatre semaines des élections, ont jugé bon de lancer sur elle.

 

Bien sûr, les affaires évoquées, impliquant des relations entre profs et élèves, sont importantes. Et doivent être instruites. Pas question, ici, de nier cela. Mais pas question, non plus, de pousser la candeur jusqu’à ne pas voir la prodigieuse aubaine que constituent ces affaires, datant d’ailleurs d’époques antérieures, pour les adversaires politiques de Mme Emery-Torracinta. Nous sommes en période électorale ! Donc, en campagne. Donc, langage et codes de la guerre, Donc, intox permanente. Donc, avantage à celui qui maîtrise la communication. C’est cela, la Blitzkrieg. Cela qui se passe, avec la récupération éhontée, et tellement providentielle, d’affaires judiciaires en cours, pour avoir la peau d’une magistrate honorable et compétente. Une ministre à qui, pour ma part, malgré mon goût relativement limité pour l’école inclusive, j’accorde ma gratitude et ma confiance.

 

Pascal Décaillet

 

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18/03/2018

Alors, ils ont ciblé AET...

 

Sur le vif - Dimanche 18.03.18 - 11.26h

 

Ils ont d'abord tenté de cibler Mauro Poggia. Sans grand succès. L'homme est habile, solide, compétent.

 

Ils ont ensuite tenté de cibler Serge Dal Busco. Mais l'homme est charpenté, intègre, opiniâtre.

 

Alors, ils se sont dit, à cinq semaines du Jour J, qu'ils pourraient peut-être orienter leurs missiles sur Anne Emery-Torracinta. Parce qu'il leur faut bien gagner un siège, ils sont là pour ça.

 

Ils sont descendus dans leur arsenal. Rassembler toutes les munitions prévues contre cette magistrate, pour le jour où une offensive serait nécessaire.

 

Ils ont lancé l'attaque en s'appuyant sur les saintes "investigations" (comme si ce mot exonérait de toute responsabilité, autorisait tous les coups) de leur Pravda bleutée, sur une affaire judiciaire en cours.

 

Politiquement, c'est aussi simple que cela. Une affaire de pouvoir et de meurtre politique, à l'approche d'une élection. C'est cela, totalement cela, et seulement cela. Le reste, c'est de l'encens pour les bonnes âmes.

 

Je suis un journaliste politique. Pas un journaliste "de société". Encore moins un moraliste. On me permettra donc d'accorder mon attention première aux mécanismes de récupération politique.

 

Je ne m'intéresse pas trop aux affaires judiciaires. Sauf lorsque, par pure opportunisme, elles sont récupérés par des officines politiques pour avoir la peau d'une partie adverse.

 

J'espère que le corps électoral, le 15 avril, ne sera pas dupe. Et saura juger la ministre genevoise de l'Instruction publique sur son action, dans le domaine scolaire et celui de la transmission des connaissances, à la tête du Département.

 

Qu'elle n'ait maîtrisé, sous le feu des attaques, ni la communication, ni la gestion de crise, c'est certain. Mais c'est une femme intègre, dévouée à la grande et noble cause de l’École, qu'elle a servie toute sa vie, sans relâche. Jugeons-la, dans le sens qu'on voudra, le 15 avril, sur ces choses-là.

 

Ne laissons pas nos esprits se faire dévier, et uniquement accaparer, par une affaire tellement providentielle, surgie, montée, orchestrée, comme par hasard dans l'ultime ligne droite d'une élection.

 

Par qui ? Et dans quel but ?

 

Pascal Décaillet

 

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16/03/2018

Candidats, faites-nous aimer la politique !

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Commentaire publié dans GHI - 14.03.18

 

Prenez la masse des gens, dans la rue. Dans les trams. Dans les grandes surfaces. Combien, parmi eux, s’intéressent-ils vraiment à la politique ? Un sur trois ? Un sur cinq ? Je n’en sais strictement rien. Mais je suis sûr d’une chose : nous, les journalistes politiques, avons avec les candidats, de tous bords évidemment, une mission en commun, donner à un maximum de personnes le goût de la chose publique. Soit pour s’y lancer, comme acteurs. Soit, au moins, pour maîtriser au mieux les enjeux, lors de votations ou d’élections. Car la vraie fracture, aujourd’hui, n’est pas tant entre la droite et la gauche, qu’entre ceux qui croient en la politique, et les autres. Pour ma part, je considère de mon devoir de rendre la politique attrayante, appétissante, accessible à tous. Et non de la laisser gésir dans une tour d’ivoire, entre initiés, avec leurs mots complexes, leurs rites, leurs petits arrangements, entre gens du même monde.

 

Pourquoi ? Mais parce que nous sommes en Suisse ! Le pays de la démocratie directe. Donner la parole à l’ensemble d’un corps électoral (plutôt qu’aux seuls parlementaires), le principe est génial, mais à une seule condition : que nos citoyennes, nos citoyens, soient dûment formés à la culture politique. Le rôle de l’école est primordial, et, même si des progrès ont été accomplis ces dernières années, doit aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui dans l’enseignement de l’Histoire, y compris nationale, et même locale, et dans celui de l’éducation citoyenne. En 2018, la formation, à Genève, est obligatoire jusqu’à 18 ans. C’est précisément l’âge où l’on devient citoyen, avec le droit de vote. Eh bien il est inadmissible qu’à cet âge, on puisse, par défaut d’y avoir été initié dans l’institution scolaire, ignorer les grands mécanismes de notre pays, et de notre canton : démocratie directe, initiatives, référendums, fédéralisme, identification des trois échelons de législatifs et d’exécutifs, etc. C’est le devoir de l’école que d’enseigner cela.

 

Et puis, lors d’une campagne électorale (nous y sommes en plein, avec l’élection du Grand Conseil et le premier tour du Conseil d’Etat, le 15 avril), c’est le devoir de chaque candidat de nous faire aimer la politique. Oui, la politique toute entière, dans son principe, son essence. Car chaque candidat, en plus d’être le représentant de son parti, incarne aux yeux du public l’action politique, dans son ensemble. Peu importe, à mes yeux, qu’il soit de gauche ou de droite, homme ou femme : ce que je lui demande, c’est d’avoir du talent, de l’énergie, de la puissance de communication, une sincérité militante, au service de la Cité. Oui, chaque candidat au Grand Conseil, et bien sûr au Conseil d’Etat, doit se considérer comme un ambassadeur de la chose publique, afin que cette dernière l’emporte contre les clans, les féodalités, les puissances financières, les réseaux, les corporations d’intérêts. Cela n’est pas une affaire de la droite contre la gauche. Mais de la République, qui nous est si chère, face à la jungle et au néant.

 

Pascal Décaillet

 

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15/03/2018

Entreprendre

 

Sur le vif - Jeudi 15.03.18 - 13.25h

 

En page 3 de la TG, mon confrère Roland Rossier décrit avec beaucoup de justesse le parcours du combattant que constitue la création d'une entreprise. Oh, pas seulement l'inscription au Registre du Commerce, cela n'est rien, mais la lente et patiente affirmation de son indépendance, le choix de la forme juridique, le combat avec les assurances, les obstacles multiples à franchir.

 

Ce chemin d'initiation, je l'ai vécu, il y a exactement douze ans (printemps 2006), alors que j'avais déjà vingt ans d'expérience comme journaliste professionnel. Il est passionnant, riche d'enseignements sur l'essentiel, éprouvant pour le caractère.

 

Et puis, s'inscrire n'est rien. Il faut tenir. Un an, cinq ans, dix ans. Le plupart de ces fameuses "start-ups", dont les ménestrels de "l'innovation" (la plupart eux-mêmes salariés, n'ayant jamais rempli une fiche de paye, ni établi un bilan annuel) nous chantent les louanges à longueur d'année, meurent aussi vite qu'elles ont surgi. Pourquoi ne le disent-il pas ? Pourquoi montrent-ils autant d'ébahissement devant les premiers jours, sans rendre hommage à ceux qui, à force de ténacité, ont su durer ?

 

Après douze ans comme entrepreneur, dont neuf comme employeur, douze ans avec des locaux à moi, douze bilans, douze comptes d'exploitation, des centaines de petits tracas à régler soi-même (parce que personne ne le fera à votre place), un sentiment puissant d'indépendance incluant le vertige de la solitude, j'estime, pour ma part, savoir de quoi je parle lorsque je prononce les mots "entrepreneur" ou "entreprise".

 

Car même un grand directeur, avec des centaines d'employés, s'il est salarié, n'est pas vraiment entrepreneur. L'entrepreneur, c'est celui qui assume le risque économique, le risque de disparition. Mais qui se bat quand même. Un petit cordonnier, seul avec un apprenti au fond de son échoppe, est sans doute plus entrepreneur qu'un chantre salarié du patronat.

 

Cela, en marge de la belle page de Roland Rossier, à titre de témoignage, je voulais quand même le dire. Comme entrepreneur. Responsable de la même entreprise, étonné moi-même par sa durabilité, loin du fracas des modes et du snobisme des "start-ups", depuis douze ans.

 

Pascal Décaillet

 

14:23 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/03/2018

Tristes missiles

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.03.18

 

Il nous reste un peu plus de quatre semaines : c’est la dernière ligne droite pour la campagne électorale du 15 avril, Grand Conseil et premier tour du Conseil d’Etat. C’est le moment où la Drôle de Guerre, celle où chacun s’observe et s’épie en silence, laisse la place aux attaques. Et même aux missiles.

 

L’enjeu est simple : comme dans un jeu de quilles, il s’agit, pour certains partis, de faire tomber un conseiller d’Etat sortant, pour prendre sa place. Sur le fond, la démarche est parfaitement légitime : c’est à cela que sert une campagne électorale.

 

Oui. Mais il y a la manière. D’un côté comme de l’autre, on a trop tiré en rafales, entendez sans précision, en direction, selon l’humeur, de M. Poggia, ou de M. Dal Busco. On a eu tort. Ce sont des hommes solides, ils ne seront pas si faciles à atteindre. D’une manière générale, les sortants, cette fois, sont mieux implantés qu’à l’automne 2013, où deux points faibles étaient clairement identifiables.

 

Et puis, il y a les coups sous la ceinture. Par exemple, l’attaque en règle contre Mme Emery-Torracinta, en lien avec les ennuis judiciaires de Tariq Ramadan. A cinq semaines de l’échéance électorale ! On ne se prononcera pas ici sur le fond. On se contentera de ne pas être dupe de toute la dimension de récupération politique, pour nuire à une magistrate qui n’est peut-être pas la première impliquée, d’une affaire qui charrie tant d’émotions, et tant de jugements sommaires. Tristes missiles.

 

Pascal Décaillet

 

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13/03/2018

L'âge du Capitaine, on s'en fout !

 

Sur le vif - Mardi 13.03.18 - 14.58h

 

Mais depuis quand un Parlement a-t-il besoin d'un "capitaine" ? Où sont-ils allés chercher cela ? Chez quel Montesquieu ? En quelle Lettre persane ?

 

Un Parlement n'est pas un gouvernement. Ca n'est pas une petite équipe, réduite, dense, opérationnelle, avec en effet nécessité d'un patron. Pour un an, ou pour cinq, peu importe.

 

Le Parlement, c'est le reflet des volontés d'actions citoyennes, pour une législature. Nécessairement antagonistes ! Ils sont là pour ferrailler, et même avec une certaine rudesse, c'est cela la vie démocratique. Vous croyez que les débats étaient gentils et consensuels, sous la Révolution ? A la Constituante ? A la Convention ? Puis, sous la Troisième République ? Ou au Reichstag, à l'époque de Bismarck ?

 

Il est parfaitement normal qu'on s'engueule (sur les sujets, pas sur les personnes) dans l'enceinte d'un Parlement. On est là pour ça ! Mais toujours avec le verbe, SVP. Pas avec des gestes, encore moins des coups.

 

Un Parlement n'a pas à avoir de "capitaine". Il est nécessairement pluriel, contradictoire, protéiforme, indocile, imprévisible. Ou alors, c'est juste la Chambre d'enregistrement, mécanique et disciplinée, des ukases d'un gouvernement.

 

Tout au plus, un Parlement a besoin d'un Président. Pour veiller sur le bon déroulement, c'est tout. Mais en quoi, diable, l'Assemblée reflétant les énergies du peuple aurait-elle besoin d'un "capitaine" ?

 

Le seul capitaine, c'est le peuple, justement. Le corps électoral. L'ensemble des citoyennes et citoyens qui l'ont élu, ce Parlement. Et qui pourront, à terme, le défaire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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