16/06/2017

Helmut Kohl (1930-2017) : la vision rhénane d'un bâtisseur

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Sur le vif - Vendredi 16.06.17 - 18.53h

 

Il est d’usage de dire qu’Helmut Kohl était un géant. Au pays des Frères Grimm, des Contes, enraciné dans des milliers de légendes médiévales, celles que le Sturm und Drang exhumera après l’Aufklärung, à la fin du 18ème siècle, un géant ça compte. Ça parle au cœur des Allemands, à leur imagination. Ça peut être quelque chose de terrifiant, comme le Roi des Aulnes, Erlkönig, mangeur d’enfants, ou au contraire de très rassurant. Alors, allons-y pour le géant. Helmut Kohl était aussi un catholique. Et il était un Rhénan. Les deux mots à retenir pour l’ancrer dans une filiation historique. Le grand Willy Brandt, natif (comme Thomas Mann) de Lübeck, était un Hanséatique, le regard tourné vers l’Est. Kohl, un Rhénan.

 

J’ajoute qu’il était un Palatin. Région proche de la France, mais ayant subi sous Louis XIV le plus atroce des traitements. La Rhénanie-Palatinat, fleuron d’Empire, où le futur Chancelier voit le jour le 3 avril 1930, sous la République de Weimar, trois ans avant l’arrivée d’Hitler, respire le catholicisme allemand, le Zentrum bismarckien, le lien millénaire avec Rome, le souvenir des légions, des centaines d’églises. C’est une région peut-être plus européenne que proprement allemande. Willy Brandt, qui s’agenouille à Varsovie en décembre 1970, est tourné vers l’Est, Helmut Kohl vers l’Ouest. Ses affinités avec François Mitterrand ne seront pas feintes, c’est une vraie amitié, le géant Kohl verse des larmes aux funérailles du Président français, en janvier 1996.

 

Les deux grands chanceliers CDU de l’après-guerre sont Konrad Adenauer (1949-1963) et Helmut Kohl (1982-1998). Les deux sont catholiques, les deux sont Rhénans, les deux sont tournés vers la France. Willy Brandt, lui, n’aura aucun de ces attributs : c’est un Allemand de la Baltique, habité par la reconstruction, à l’Est, d’une entreprise d’une incroyable puissance, lancée au milieu du 18ème siècle par le Roi de Prusse Frédéric II. Il faut de tout pour façonner le destin allemand : des catholiques, de protestants, des Rhénans, des Baltes, des Frédéric II, des Bismarck, des Willy Brandt, des Helmut Schmidt, des Helmut Kohl. C’est l’addition de ces différences, nourrie de la prodigieuse diversité des Allemagnes, qui creuse, scelle et façonne le chemin de reconstruction du pays, depuis Frédéric, après la totale destruction de 1648, lisez Grimmelshausen, Simplicius, vous saisirez.

 

Helmut Kohl est mort très seul, dans sa ville natale de Ludwigshafen, à l’âge de 87 ans, ayant connu la fin de la République de Weimar, l’intégralité du Troisième Reich, l’Année Zéro (1945), la reconstruction, les Glorieuses économiques, puis (comme forgeron) la réunification. Après son départ, en 1998, il y avait eu cette affaire de caisses noires, le décès de son épouse, les amis s’étaient éloignés, la vie n’est pas toujours facile.

 

Je ne vous raconterai pas ici la réunification (1989-1990), vous connaissez tout cela. Oui, Helmut Kohl en fut l’artisan. Oui, il a su saisir, avec une rare intuition, ce que la langue grecque appelle le « kairos », le moment opportun, oui il a mené l’affaire au pas de charge, il a injecté des milliards de Deutschemarks. Soyons clairs : ce qu’on appelle « réunification », avec la béatitude occidentale qui est nôtre, fut en réalité la pure et simple absorption de la DDR par une Allemagne de l’Ouest opulente, insolente, souvent arrogante et méprisante face aux gens de l’Est, ces Allemands de Saxe et de Prusse tombés sous occupation soviétique, en 1945. Lentement mais sûrement, l’Histoire entreprendra de ré-écrire tout cela, rendant justice aux uns, soulignant la superbe des autres.

 

Je n’aborderai pas ici la question des Balkans. Je me contenterai de rappeler que Kohl s’est comporté, en contribuant à démembrer l’ex-Yougoslavie, n’apportant son soutien qu’aux anciens dominions des tutelles germaniques, diabolisant les autres, engageant ses services secrets dans l’affaire du Kosovo, en suzerain de Saint-Empire, davantage qu’en digne successeur de Willy Brandt et Helmut Schmidt. Je n’aborderai pas non plus la question européenne, où le défunt chancelier a surtout, comme aujourd’hui Mme Merkel, joué la carte économique allemande sous le paravent du pavillon bleuté aux douze étoiles d’or. Mais il avait le sens du symbole : nul n'oublie sa main dans celle de Mitterrand, à Verdun.

 

Reste qu’un géant nous quitte, ce soir. Physiquement, c’est certain. Pour le reste, j’invite l’Histoire, la décantation du temps, la relecture critique à faire leur œuvre. Mais enfin, une chose est sûre : en novembre 1989, alors que rien n’était certain, un homme a su saisir l’occasion, le "kairos". Dans la tradition du grand Bismarck, il a sonné la charge dans la parfaite exactitude du moment opportun. C’est assurément un très grand Allemand qui nous quitte, ce soir.

 

Pascal Décaillet

 

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Réhabilitation d'un homme d'honneur

 

Sur le vif - Vendredi 16.06.17 - 14.40h

 

La Cour de justice annule l'arrêté du Conseil d'Etat du 22 juin 2016, sanctionnant le chef des opérations de la police, Christian Cudré-Mauroux. En lien avec la manif sauvage du 19 décembre 2015.

 

Dans cette affaire, qui suinte le fusible depuis le début, dont le Conseil d'Etat ne sort pas grandi (j'use d'un euphémisme), et que nous n'avons cessé, ici ou dans GHI, de dénoncer comme relevant du plus pur arbitraire du Prince, comment ne pas se féliciter de cette réhabilitation judiciaire ?

 

Juste bizarre que la Cour informe aujourd'hui. Et pas, par exemple, hier.

 

Quant à certains journaux de la place, qui embrassaient jusqu'à l'étreindre la cause du pouvoir, ironisant sur la thèse du fusible, cirant et lustrant les pompes du ministre, accablant un homme à terre...

 

Vous ne vous souvenez pas ?

 

Moi, si.

 

Pascal Décaillet

 

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Messieurs les Tessinois, tirez les premiers !

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Edito du Giornale del Popolo - Paru en première page de l'édition de ce matin - Vendredi 16.06.17 - Sous le titre : "Stavolta partitte in vantaggio"

 

Conseiller fédéral, démissionnaire au 31 octobre prochain, Didier Burkhalter laissera le souvenir d’un ministre simple et rigoureux, respectueux des gens, toutes choses que les Suisses aiment beaucoup. Une image a fait le tour du monde : celle de ce magistrat suprême d’une démocratie occidentale, attendant sagement son train, sans la moindre escorte, sur un quai de gare. Imaginez M. Macron, Mme Merkel, dans une telle situation. Ne parlons pas de MM Trump ou Poutine ! Cela, cette humilité, cette dignité dans l’exercice de la fonction, est à porter au crédit du conseiller fédéral sortant. Le pouvoir ne lui est pas monté à la tête, cela mérite un vrai bravo.

 

Le legs, c’est une autre affaire. Au Département fédéral de l’intérieur, puis surtout aux Affaires étrangères, Didier Burkhalter n’a pas été un révolutionnaire. On parle souvent, avec une sorte d’extase convenue, de sa présidence de l’OSCE, mais enfin, il faudrait déjà commencer par démontrer que cette organisation sert à quelque chose. Puis, dégager, dans la très difficile question ukrainienne, en quoi la présidence suisse, à part autocélébrer ses propres qualités d’hospitalité diplomatique, a fait avancer les choses. En Ukraine, les fronts fondamentaux, entre russophones attachés à Moscou, et occidentaux souhaitant se rapprocher de l’Union européenne, n’ont pas vraiment bougé. On se gardera donc de tout triomphalisme : on a multiplié les rencontres diplomatiques, on n’a pas fait, pour autant, avancer le dossier. Le politique ne doit-elle pas, avant tout, se jauger à l’aune des résultats ?

 

Reste la succession. Oh, nous avons le temps ! M. Burkhalter a démissionné le 14 juin, son successeur sera élu le 20 septembre par l’Assemblée fédérale, il entrera en fonctions le 1er novembre ! D’ici là, beaucoup d’eau peut couler, sous beaucoup de ponts. Quelques noms, bien sûr, commencent à être articulés : M. Cassis, au Tessin, actuel chef de groupe, fonction stratégique, homme connaissant à fond la machine fédérale (comme Pascal Couchepin, en 1998, lorsqu’il fallait trouver un successeur à Jean-Pascal Delamuraz), parlant les langues, représentant enfin le Tessin après 18 ans (M. Cotti est parti en 1999). Bref, le candidat idéal ! Seulement voilà, vous connaissez tous l’adage : « Qui entre Pape au Conclave en ressort Cardinal » ! Rien de plus tétanisant, donc, dans le système suisse, que cet horrible statut de favori du premier jour. Il faut vivre avec, risquer de tout voir s’effondrer, endurer des coups qui peuvent pleuvoir, pendant trois mois. Bonne chance, M. Cassis !

 

A Genève aussi, d’où j’écris ces lignes, nous avons une locomotive. Un turbo ! Il s'appelle Pierre Maudet, a juste 39 ans, a déjà siégé dix ans dans un exécutif (cinq ans à la Ville de Genève, cinq ans au Canton), il fait tout juste, il est travailleur, intelligent, synthétique, il a de la vision, et même de l’humour. Tout au plus pourrait-on disserter sur l’extrême longueur de ses dents, sujet de thèse pour stomatologue, tant elles rayent le plancher ! L’homme n’a pas peur d’afficher ses ambitions, il n’a pas que des amis. Bref, un tempérament. Et puis, ce matin (jeudi 15), j’écoutais à radio l’excellente conseillère aux Etats saint-galloise Karin Keller-Sutter, à laquelle l’Assemblée fédérale, dans un moment de fatigue sans doute dû à la chaleur, avait cru bon de préférer M. Schneider-Ammann. J’écoutais cette dame d’une rare qualité, et me disais que le système suisse, décidément, avait la singulière spécialité d’écarter les meilleurs.

 

En conclusion, côté succession, il est beaucoup trop tôt pour dire quoi que ce soit de solide. Mais je crois que le Tessin part avec un avantage : 18 ans sans conseiller fédéral, c’est long. Nous sommes un pays à quatre langues, chacune doit être respectée, la diversité est notre richesse, ces facteurs-là sont essentiels. Laissons donc passer quelques jours : il fait beau, il fait chaud, l’été va bientôt nous enrober de torpeur. Il sera bien assez tôt pour revenir parler de politique, ce que je fais toujours avec un immense plaisir pour mes amis du Sud des Alpes.

 

Pascal Décaillet

 

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14/06/2017

France : une Chambre de groupies

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.06.17

 

Au risque de déplaire et de casser l’ambiance, je vais expliquer ici pourquoi le raz-de-marée des troupes macroniennes, à l’Assemblée Nationale, n’est pas une bonne nouvelle. Ni pour la France, ni pour l’équilibre des pouvoirs, ni surtout comme modèle politique, dont il paraît qu’il faudrait s’inspirer, « parce qu’il dépasse les clivages traditionnels ». D’abord, parce qu’en Histoire, rien ne dépasse rien, jamais. La noirceur du pouvoir, le tragique des destinées, tout cela disparaît puis revient, nulle génération n’est épargnée, nul progrès n’est linéaire. Mais aussi, surtout, parce qu’en faisant du Palais Bourbon, pour cinq ans, une Chambre d’enregistrement de l’Elysée, les électeurs, hélas, anéantissent le rôle essentiel de contre-pouvoir qui doit être celui de l’institution parlementaire, dans un pays où cette dernière, par tradition monarchique, n’a jamais été bien puissante, sauf sous les Troisième et Quatrième Républiques.

 

L’erreur majeure, c’est le quinquennat. Faire coïncider (depuis 2002) le temps parlementaire avec le temps présidentiel, c’est arracher aux élections législatives leur vie propre, soit l’addition de 577 combats locaux, un par circonscription. Au lieu de cela, on commence par élire le Président (en mai, tous les cinq ans), puis, en juin, on lui donne les moyens de gouverner. Evidemment qu’on ne va pas le désavouer en plein état de grâce, un mois après l’avoir élu ! Du coup, la législative n’est plus que la confirmation d’une élection monarchique, autour de laquelle tout s’articule. On élit M. Macron, on estime qu’il faut lui donner sa chance, et du coup on compose, pour le servir, une Chambre de groupies, à ses ordres.

 

Ça n’est pas pour parvenir à cela que s’est forgée, lors de la Révolution française, la représentation nationale. Pas pour confirmer sagement les édits de l’exécutif ! Une bonne Assemblée doit avoir son existence propre, sa logique, elle ne doit rien devoir à l’exécutif. Elle est là, au contraire, pour le contrôler, le rappeler à l’ordre s’il dérape, au besoin le censurer. Il est sain qu’elle entretienne avec lui un rapport tendu. Voire conflictuel : de cette dialectique peuvent jaillir des étincelles favorables à l’intérêt supérieur du pays. Toutes choses, hélas, qui feront défaut à la France dans les cinq ans qui viennent. Du coup, la Chambre étant aux ordres, l’opposition, les colères, les ruminations se déplaceront dans la rue.

 

Dès cet automne, les choses sérieuses vont commencer avec la réforme de la loi sur le travail, et vous verrez, l’état de béatitude du présent printemps sera vite oublié. Les vraies fractures de la société française resurgiront, les onze millions d’électeurs du Front National, aussi. Sans compter l’équivalent, côté gauche radicale. Alors, on commencera à réaliser à quel point l’opération Macron aura, dès le début, fait office de tour de magie et d’illusions. Mais il sera trop tard. Il faudra aller jusqu’au bout de la législature. Cinq ans, c’est parfois très long.

 

Pascal Décaillet

 

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13/06/2017

Brumaire démocratique

 

Sur le vif - Mardi 13.06.17 - 09.26h

 

Toute l'opération Macron est celle d'une gigantesque captation d'héritages par un illusionniste exploitant la candeur des gens, comme l'avait fait Giscard en 1974, sur les thèmes de la jeunesse, du changement, de la "rénovation".

 

Il est en train de tout gagner, rafler toutes les mises. Il réussit son Brumaire démocratique, au-delà de toutes ses propres espérances. C'est vrai.

 

Il n'y a pourtant ni révolution, ni monde nouveau. Il y a juste un petit malin, soutenu par de redoutables puissances financières, en France et à l'étranger, qui a repeint à neuf une voiture d'occasion. La voilà lustrée, rutilante. Éblouissante.

 

Brumaire parfaitement démocratique. Rien à dire sur la légalité, ni la légitimité de l'élection. S'il faut changer le système, ce sera pour la prochaine fois, et je gage que ce pouvoir-là ne se pressera pas de le faire.

 

Aujourd'hui, on se perd en pâmoison face à des paroles, des promesses, des postures rénovatrices, un style (dont je ne nie pas l'élégance), une fascination faustienne pour la jeunesse. Bref, on se laisse envoûter par une FORME.

 

Mais de concret, rien encore. Je le dis et le répète, laissons passer l'été. Laissons le thaumaturge rénovateur savourer son état de grâce. "Le Bien Aimé", disait-on de Louis XV dans les premières années de son règne. A sa mort, en 1774, il faudra l'enterrer de nuit, furtivement, en cachette.

 

Les choses sérieuses commenceront cet automne. La Chambre étant aux ordres, l'opposition sera dans la rue. Les vieilles passions françaises, avec l'archaïque noirceur des colères, tout cela resurgira au fil de la législature. On se rendra compte, comme avec Giscard, que le gentleman rénovateur des débuts n'est qu'un homme de pouvoir comme un autre. Son impopularité grandira. Il éprouvera, comme les autres, le tragique de l'Histoire.

 

Alors, les onze millions d'électeurs qui n'avaient pas voté pour lui, au second tour, se rappelleront à notre bon souvenir. D'autres chocs, d'autres fracas. Parce que l'Histoire est ainsi, simplement. Sa démarche n'est pas celle du progrès, mais du crabe.

 

Un Brumaire démocratique. Et cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Ah oui, un détail encore. Ceux qui, dès le début, roulent pour Macron, méritent le respect. Ceux qui, au fil de ses tours de prestidigitation, se rallient à lui comme on plie devant le pouvoir et la fortune, méritent le plus glaçant des mépris.

 

Pascal Décaillet

 

12:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/06/2017

Le quinquennat, erreur majeure

 
 
Sur le vif - Samedi 10.06.17 - 10.11h
 
 
Depuis 2002, donc depuis le quinquennat, erreur majeure de Jacques Chirac, le temps législatif épouse le temps présidentiel. On élit le Président en mai, puis en juin on lui donne les moyens de gouverner. Après ces deux performances, on prend sa douche, tout heureux d'avoir accompli son devoir citoyen, et on part en vacances, prendre ses Congés payés.
 
 
Le quinquennat tue le débat politique. Le charme du système antérieur, c'était justement cette séparation entre le temps législatif (5 ans) et le temps présidentiel (7 ans). Chacun avait sa vie propre, sa logique, sa mesure, ses horizons. Parfois (1986, 1993, 1997), alors qu'un Président était en fonction, le peuple envoyait à l'Assemblée une majorité qui lui était contraire. Cela s'appelait la cohabitation, le Premier ministre était enfin autre chose qu'un exécutant, la démocratie fonctionnait.
 
 
Depuis 2002, tout est centré sur un homme, le système n'a jamais été aussi monarchique. En mai, on élit le Roi, en juin on lui donne sa majorité, version républicaine du Sacre de Reims. Évidemment qu'on la lui donne ! Juste un mois après l'élection, c'est encore l'état de grâce, le printemps, la vie est belle, on fredonne "Nationale 7" de Trenet, avant de s'engouffrer sur les plages de France. Personne, dans ces moments-là, n'a envie de créer une crise politique !
 
 
Depuis 2002, l'élection législative française a perdu sa vie propre. Elle est devenue un plébiscite pour établir la mesure de popularité du nouveau souverain. Les courtisans, autour de lui, pourront se plier encore plus vers le sol à chacune de ses apparitions.
 
 
Le quinquennat est une erreur majeure. Une errance signée Jacques Chirac. Plus que jamais, l'intelligence politique d'un François Mitterrand manque. Lui qui, notamment entre 1986 et 1988, avait si génialement, si diaboliquement, exploité la cohabitation.
 
 
Pascal Décaillet
 

15:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/06/2017

La noire fureur des entrailles

 

Sur le vif - Vendredi 09.06.17 - 09.49h

 

L'ère Macron : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Cinq ans, non pour rénover, mais pour conserver.

 

Conserver le système actuel, ultra-libéral, celui qui nous étouffe depuis trois décennies. Négation de l'idée nationale. Intégration progressive à une idée impériale, appelée "Union européenne", en réalité une vassalité de l'Allemagne qui, doucement, construit sa puissance tutélaire sur le continent.

 

Cinq ans d'obédience à l'atlantisme. Priorité à la finance spéculative. Aucun souci de l'humain, de son épanouissement. Dérégulation. Délocalisations. Défaut de contrôle sur les flux migratoires. Mépris de la cohésion sociale. Mort de la paysannerie. Prolongation du mensonge multilatéral : cinq ans de SDN, cinq ans d'Aristide Briand. On prend des milliers d'avions, on grille des millions de tonnes de kérosène, pour signer des protocoles sur le... climat. Cinq ans de tartufferies encravatées.

 

Et les gens, pour l'heure, applaudissent. Parce que c'est le printemps. L'état de grâce d'un nouveau souverain, le Bien Aimé, comme on surnommait Louis XV au début de son règne. Il fait beau. On s'apprête à savourer les Congés payés, cet été. On ne pense pas, on sifflote. On est au printemps 36.

 

Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde. Cinq ans pour réprimer, enfouir, jeter au diable toute parole contraire. Cinq ans pour oublier les neuf millions de voix qui, au second tour, n'ont pas soutenu Macron, mais sa rivale.

 

Cinq ans pour laisser l'Ancien Régime, faussement rajeuni sous l'aimable visage de l'orléanisme, briller de mille feux. Mais un jour, le contrepoids surgira. Tout ce que l'ère Macron aura voulu enfouir, dissimuler, en se bouchant le nez, tout cela éclatera comme un volcan demeuré trop longtemps silencieux.

 

Tout cela, toute cette lave et cette braise, ne jaillira pas des cerveaux, ni des puissants raisonnements, ni du choc démontré de quelque Talmud. Mais de la noire, l'incandescente fureur des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

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08/06/2017

Union de la gauche : espoir ou chimère ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.06.17

 

Le Front populaire : l’image est puissante, la référence historique est éloquente. Cet appel aux élections du printemps 1936, et à la victoire de Léon Blum, l’un des moments forts de la vie politique française au vingtième siècle, c’est sous la plume de Thierry Apothéloz qu’on a pu le découvrir. Dans une lettre ouverte aux militants socialistes, publiée sur son blog, lundi 29 mai. Un texte fort, dont l’auteur se conduit comme un chef, celui qui inspire la manœuvre, et, au passage, ne serait pas fâché de la diriger lui-même. Un texte où le candidat au Conseil d’Etat montre qu’il a le sens de l’Histoire, du recul, de la vision, de la stratégie. De quoi contenter ses admirateurs, et… nourrir à mort les jalousies de ses rivaux ! Un texte, surtout, où le bouillant conseiller administratif de Vernier appelle les gauches genevoises à l’unité, dès le premier tour, en vue de l’élection du printemps 2018 au Conseil d’Etat. Bref, le manifeste Apothéloz fait jaser. Exactement ce que voulait l’auteur.

 

Le Verniolan n’a peur de rien. Alors que fleurissent les candidatures à gauche, et que nulle discussion officielle ne s’est encore déroulée entre les trois grandes composantes (socialistes, Verts, Ensemble à Gauche), le voilà, seul et sûr de lui, qui sonne la charge de l’unité. La victoire du Front populaire, en 1936, était celle d’une alliance entre trois partis : les radicaux, les socialistes (SFIO), les communistes. Elle a permis de grandes choses, dont la plus connue est évidemment les Congés payés, permettant, dès l’été 36, à des centaines de milliers de travailleurs français, qui n’avaient jamais vu la mer, de partir en vacances. C’est dire la puissance d’impact de l’évocation. Dès lors, demande Apothéloz, pourquoi pas à Genève ? Présentées comme cela, les choses ont l’air toutes simples. La réalité est un peu plus complexe.

 

D’abord, rien ne dit que toutes les composantes de la gauche partagent ce rêve unitaire. Succédant à l’auteur de l’idée dans l’émission « Les Yeux dans les Yeux », les deux candidats de Solidarités à l’investiture, Jocelyne Haller puis Pablo Cruchon, ont remis les pendules à l’heure. La première, en rappelant qu’une alliance, en politique, devait s’articuler autour du sens, ce qui semble fort difficile à contredire. Du côté des Verts, qui alignent trois candidats (Marjorie de Chastonay, Yvan Rochat et le sortant Antonio Hodgers), quelle sera la stratégie ? Mais surtout, que pensent les deux colistières socialistes du flamboyant unitaire, Sandrine Salerno et Anne Emery-Torracinta, sortante ? Au fond d’elles-mêmes, sont-elles si joyeuses de voir leur cher camarade jouer en solo dans l’ordre de la tactique ? Bref, rien n’est réglé ! D’autant que le rapport de forces entre la droite et la gauche, si l’on devait reporter sur 2018 celui d’aujourd’hui, ne laisse guère envisager pléthore d’élus de gauche au Conseil d’Etat ! En attendant, un homme a montré son aptitude à la manœuvre : saluons-le, reconnaissons-lui audace et clairvoyance. Pour la suite, qui vivra, verra.

 

Pascal Décaillet

 

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07/06/2017

Discret, mais efficace

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.06.17

 

Un homme qui ne cherche pas la gloire personnelle. Il aurait même une sérieuse tendance à prendre les coups. Mais il encaisse, parce que c’est un dur. Il garde le sourire. Et il apprend. Bâtisseur, il est un homme de patience, sait jouer collectif, respecte les sphères de ses collègues. Tel est Serge Dal Busco, notre ministre des Finances depuis fin 2013, un homme que certains parlementaires croient opportun de décrier. Ils le prennent de haut. Ils ont tort, immensément.

 

Serge Dal Busco ne passe pas son temps à inaugurer les chrysanthèmes. Ni à œuvrer, par le génie de la propagande, qu’on appelle aujourd’hui « communication », à l’édification de son image. Ni à arpenter en Harley les routes du canton. Non, il se contente de faire son boulot. Grand argentier d’un canton endetté (par ses prédécesseurs) n’est pas le job le plus excitant entre Chancy et la Versoix, mais c’est le sien, c’est sa tâche, il l’accomplit.

 

Et l’air de rien, l’homme fait son chemin. Ainsi, jeudi 1er juin, c’est lui, dans la Berne fédérale, qui présentait, à côté du conseiller fédéral chargé des Finances, Ueli Maurer, le « Projet fiscal 17 », qui prend la relève de RIE III, après l’échec de cette dernière en votation populaire. Ancien correspondant au Palais fédéral, ancien chef de la rubrique Nationale, je crois bien n’avoir jamais vu, à Berne, un conseiller d’Etat genevois à côté d’un conseiller fédéral. Cela, ce lent travail de reprise en main du dossier, discrètement, mais avec solidité, est la marque d’un ministre fiable et compétent. Il fallait, une nouvelle fois, le dire.

 

Pascal Décaillet

 

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06/06/2017

Politiciens, à vos racines !

 

Sur le vif - Lundi 06.06.17 - 10.55h

 

Il m'est parfaitement égal qu'un politicien soit de gauche ou de droite. Qu'il soit PLR, UDC, socialiste, gauche radicale, etc.

 

Ce qui compte pour moi, c'est qu'il sache d'où provient son parti. De quelles racines philosophiques, idéologiques, historiques, a surgi sa mouvance politique. Cela, il doit le connaître à fond. Je ne saurais, pour ma part, lui concéder dans ce domaine le moindre amateurisme, la moindre faille, la moindre confusion.

 

Il me faut qu'un PDC, puisqu'il tient à l'être, soit capable de tenir une longue conversation, nourrie, sur Léon XIII, Rerum Novarum (1891) la Doctrine sociale, le Zentrum bismarckien, les origines des catholiques conservateurs, ou des chrétiens-sociaux, dans nos différents cantons. La CDU allemande. La CSU bavaroise. Le Democrazia Cristiana, en Italie.

 

Il me faut qu'un radical - il a raison de l'être - sache tout des Lumières, de l'Aufklärung, de la Révolution française, des Républicains du début du 19ème, des grand combats de 1830, et surtout de 1848. Il faut qu'il connaisse les premières décennies du Conseil fédéral (1848-1891), les grandes réalisations industrielles, le percement du Gothard, James Fazy à Genève, Henri Druey dans le Canton de Vaud, Joseph Barman en Valais.

 

Il me faut qu'un socialiste - noble filiation - soit capable de parler de Jaurès, de Jules Guesde, de la sociale-démocratie allemande, de Willy Brandt, Olof Palme, Bruno Kreisky, Léon Blum, François Mitterrand, du Congrès de Tours en 1920, de celui d'Epinay en 1971, de celui de Bad-Godesberg en 1959, etc. Il doit savoir d'où il vient, quels furent les grand combats de sa famille politique.

 

Pour le PDC, je puis avoir ces conversations avec Sébastien Desfayes, ou Fabiano Forte, Christophe Darbellay, ou Maurice Tornay, liste non-exhaustive, bien sûr. Pour les radicaux, avec Pierre Maudet, Pierre Kunz, Olivier Meuwly, Jean Romain, et plein d'autres, car la branche latine est d'un bon niveau de conscience de l'Histoire du parti. Je ne donne ici que quelques exemples. Tous partis confondus, je demande aux non-cités de bien vouloir m'excuser. Chacun sait, de toute façon, la considération que je lui porte, chacun de ceux avec qui j'ai passé du temps à échanger, discuter.

 

Mais une chose est sûre : celui - ou celle - qui viendrait à surgir dans l'espace politique, sans porter avec soi un très haut degré de conscience de l'ontologie historique de son parti, de ses antécédents, de sa diachronie, en nous faisant le coup des "rénovateurs" ou "ceux qui vont faire de la politique autrement", qui est juste une compensation de son ignorance, je ne pourrai, hélas, éprouver pour lui - ou elle - qu'une considération relativement limitée.

 

Pascal Décaillet

 

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05/06/2017

Emmanuel et les âmes promeneuses

 

Sur le vif - Lundi 05.06.17 - 15.13h

 

Révélés ce matin par le Parisien, les huit points-clefs du Plan Macron pour la réforme du travail dévoilent, pour peu qu'il en fût encore besoin, le vrai visage de ce nouveau Président : un libéral, peu soucieux de lien social, nourrissant des rêves d'affranchissement de l'individu par la réussite de l'entreprise.

 

C'est son droit. Et je veux croire que les Français l'ont élu en connaissance de cause. Mais l'idéologie qui sous-tend ces aspirations, toute légitime soit-elle, se trouve être aux antipodes de la mienne. Découvrant ce projet de réforme, je me félicite donc d'avoir décrypté, pendant toute la campagne, l'individualiste libéral sous le masque du charmeur et du rénovateur.

 

Pour l'heure, c'est le printemps. Il fait beau, les habits sont légers, les âmes sont promeneuses. Mais après les Congés payés de l'été, viendra le premier choc : celui de l'encaissement, par l'opinion française, d'un train de réformes qui frappe par sa brutalité, et semble considérer la cohésion sociale comme un facteur secondaire. Cette étape, pour M. Macron, sera moins facile.

 

Pascal Décaillet

 

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02/06/2017

Donald et les gardiens du Temple

 

Sur le vif - Vendredi 02.06.17 - 09.21h

 

Au-delà du dogme climatique, et de ses gardiens du Temple chasseurs de Cathares, la décision de Donald Trump, hier soir, est une attaque en règle contre la tyrannie, depuis quelques décennies, de l'ordre multilatéral du monde. L'Accord de Paris, pour la plus grande gloire de la gauche caviar incarnée par Laurent Fabius, en était la très urbaine quintessence. D'emblée, ce contrat d'assurance contre l'Apocalypse avait le goût sucré du vent. De la bonne conscience semée, dans la grande tradition de la SDN, et de la colossale inutilité des illusions internationalistes.

 

Donald Trump voit les choses autrement. Il considère que les nations sont souveraines. Que chacune d'entre elles doit avant tout compter sur elle-même, en puisant dans son génie propre, dans ses racines, ses traditions, la sève de sa mémoire. Et que cette nébuleuse de conciliabules multilatéraux, qui a grillé, depuis 1945, tant de millions de tonnes de kérosène pour que les grands de ce monde se pavanent en se serrant la pince, a fait son temps.

 

Dans la campagne électorale, il avait annoncé qu'il dénoncerait l'Accord de Paris sur le climat. Hier soir, il a tenu sa promesse. Dans la même campagne, il avait dit son intention de revenir à une diplomatie bilatérale, en tournant le dos aux pieuvres mondialisées. Hier soir, il l'a fait.

 

On apprécie ou non l'action de M. Trump, chacun est libre. Mais voilà un Président qui tient ses promesses. C'est assez rare pour être relevé.

 

Entreprenant toutes choses pour se hisser au statut d'anti-Trump, et recueillir ainsi applaudissements, bénédictions et béatitudes, voici notre Emmanuel Macron. Le dieu des bobos mondialistes. Le paon en état de grâce. Élu pour cela. Sa campagne à lui, conçue et dûment financée, depuis le premier jour, pour cela. Continuer l'Ancien Monde. Défendre l'euro, la Banque centrale européenne, présenter ses respects à Mme Merkel, suzeraine d'Empire, défendre l'ordre multilatéral du monde. Prospérer sur le thème climatique, tellement porteur dans les salons urbains.

 

Les choses sont claires. Les fronts sont lisibles. Le monde est coupé en deux visions, irréconciliables. D'un côté, les nationaux, qui ont de l'Histoire une vision tragique, noire, pessimiste, mais réaliste. De l'autre, les multilatéraux cosmopolites, souvent liés aux marchés financiers où règne la spéculation à grande échelle, et où la notion de patrie n'est pas la préoccupation première. Ceux-là, avec acharnement, veulent la peau de Trump, parce qu'il brise la cohérence de leur système.

 

L'heure se ne prête plus guère aux discussions. Mais aux déclarations antagonistes juxtaposées. Chacune s'exprime. Nulle ne touche ni ne joint l'autre.

 

But de l'opération Macron, ces huit mots que je publiais à la minute même de son élection, dimanche 7 mai, 20h : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

A l'issue de ce répit, la Révolution conservatrice se rappellera à notre bon souvenir. Elle ne viendra pas de la tête. Mais surgira des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

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31/05/2017

2018 : la voracité de l'Entente !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.05.17

 

Le mot « Entente », en soi, n’est pas de ceux qui tétanisent le désir et surexcitent les sens. Il sonne bourgeois, salon feutré, rotondité notariale, petite ville de province, cigares, univers de Chabrol. Elle a pourtant la dent dure, cette Entente, depuis huit décennies, dans la politique genevoise. L’air de rien, cette alliance des libéraux, des radicaux, et de ce qu’on appelle aujourd’hui le PDC, aura survécu à la Genève rouge de Léon Nicole, à la Guerre, aux Trente Glorieuses, aux années de récession, à l’émergence de partis contestataires, comme Vigilance ou le MCG. Dure à cuire, oui ! D’autant qu’elle affiche, pour les élections cantonales du printemps 2018, des appétits qui confinent à la voracité. Elle est en ordre de bataille, a son plan, n’attend que d’en découdre. Là où d’autres roupillent.

 

La grande force de l’Entente genevoise, historique, comme d’ailleurs celle de l’alliance scellée dès 1891, au niveau suisse, entre radicaux et catholiques conservateurs (ancêtres du PDC), c’est de savoir survivre. Inoxydable, en toutes circonstances ! Face à Vigilance (qui triomphait au Grand Conseil en 1985), puis face au MCG (qui n’a cessé de monter entre 2005 et 2013), la bonne vieille Entente a appris à faire le dos rond. Des partis protestataires, elle n’a ni le génie inventif, ni la puissance de transgression, elle le sait, parce qu’elle se connaît. Elle laisse faire. Elle laisse dire. Elle prend note, dans la colère des Gueux, de ce qu’il y a de bon. Elle le récupère. Elle s’approprie les idées. Comme elle a su le faire, ces dernières années, sur la préférence cantonale. Et finalement, elle remporte la mise.

 

Regardez le combat électoral de 2018. Laissons la gauche. Le MCG n’a plus sa lisibilité d’antan. L’UDC peine à jouer, à Genève, le rôle qu’elle tient au niveau national. Face à eux, l’Entente a réussi à surmonter ses doutes de la dernière décennie. Et elle aligne du beau monde : au PDC, les deux sortants, Serge Dal Busco et Luc Barthassat. Au PLR, Pierre Maudet, qui apparaît comme la locomotive du futur Conseil d’Etat, mais aussi Nathalie Fontanet, actuelle cheffe du groupe, Alexandre de Senarclens, président, et même le délicieux singleton Philippe Morel, chirurgien de renommée internationale, colonel, professeur de médecine, invétéré motard, très populaire. Jeudi 15 juin, le PLR choisira ses candidats parmi ce quatuor.

 

D’autres, plus tard, des historiens, décortiqueront dans le détail la puissance silencieuse, ancrée dans les réseaux, de cette machine à assimiler. Car c’est sur le terrain qu’il faut la toiser, commune par commune, là où le rayonnement d’une personne compte plus que la guerre des idéologies. La force de l’Entente, c’est la toile de son réseau. Cela fait penser au surnom que portait l’un des trois ou quatre plus grands rois de l’Histoire de France, Louis XI : on l’appelait « l’universelle araigne ». Par sa patience, il avait même eu raison du Téméraire, duc de Bourgogne, l’un des derniers grands féodaux de taille à défier le pouvoir royal. Vive la politique : elle aiguise nos appétits de comprendre.

 

Pascal Décaillet

 

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24/05/2017

Tram 12 : de qui se moque-t-on ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.05.17

 

Le peuple a mal voté, nous allons le punir ! C’est, en substance, la réaction du Conseil d’Etat, suite au refus, par plus de 53% des votants, dimanche 21 mai, du projet de hausses des tarifs TPG, pudiquement appelées « adaptations ». Pour la troisième fois en quatre ans, le corps électoral genevois dit son opposition à ces hausses, le message est parfaitement clair. Tout le monde l’a compris. Sauf le gouvernement cantonal, incapable de prendre acte du signal délivré par le souverain. Non seulement il n’exclut pas de revenir en votation. Mais, en guise de rétorsion immédiate à une décision populaire qui lui déplaît, il annonçait, dès dimanche, une mesure qui va faire parler d’elle : un tram 12 sur deux, entre 9h et 16h, n’ira plus jusqu’à Carouge. Il fera demi-tour aux Augustins ! « Que du bonheur », aurait pu dire le Saint du même nom.

 

Confirmée, le plus clairement du monde, dimanche 18h, en ouverture du Grand Genève à chaud, par le ministre des Transports, Luc Barthassat, cette décision sanctionne les usagers d’un tissu urbain, l’axe Genève-Carouge, qui a plutôt dit non à ces hausses de tarifs. C’est une mesure contre la Genève urbaine, celle de la zone densifiée, où justement on encourage, à juste titre, les habitants à se déplacer avec les transports publics. On comprendra qu’un Valaisan habitant au fond d’une vallée latérale prenne sa voiture pour aller travailler, on tentera au contraire de dissuader l’urbain genevois de faire de même. C’est dire à quel point cette mesure, qu’on peine à percevoir comme autre que punitive, risque de mécontenter les gens. On peine aussi à croire qu’elle émane du seul Luc Barthassat, justement doté d’un sixième sens pour flairer, anticiper, les réactions populaires, et n’ait pas été inspirée par un parfum supérieur.

 

De l’argent, à Genève, il y en a. Alors, claironnait dimanche soir une bonne partie de la classe politique, notamment à gauche, si on ne peut le prendre aux usagers, prenons-le chez les contribuables. Le beau tour de passe-passe ! Comme si la vie financière cantonale n’était que vases communicants, l’essentiel étant de tondre et traire le badaud. On a pu entendre, aussi, qu’on pourrait faire passer à la caisse les entreprises (mais pourquoi elles, pourquoi diable !) par une « ponction modeste sur la masse salariale ». Allons, bon : ça, c’est l’argument invoqué par des lascars qui n’ont, de leur vie, jamais créé une boîte, ni payé des assurances sociales, ni rempli la moindre fiche de salaire. Il y a des moments où l’insupportable légèreté de l’arrogance face aux petits entrepreneurs devient un peu pénible. Cela dit, sans vouloir m’énerver, ni me départir de cette légendaire bonne humeur qui fait ma réputation.

 

En punissant les pendulaires de la zone urbaine, le Conseil d’Etat a donné un signal clair. A notre tour de lui en délivrer un, sans la moindre ambiguïté : lui faire savoir que la mesure sur le tram 12 est de nature puérile et hautaine. Qu’elle ne saurait être acceptée. Que des économies à réaliser, dans un ménage budgétaire de huit milliards, il y en a, à la pelle. Mais pas sur le dos des usagers des services publics. Pas comme ça. Pas sur ce ton-là.

 

Pascal Décaillet

 

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22/05/2017

Le tram 12 a bon dos !

 

Sur le vif - Lundi 22.05.17 - 08.01h

 

Supprimer un tram 12 sur deux, en direction de Carouge, entre 9h et 16h, en lui faisant faire demi-tour aux Augustins, est une décision calamiteuse. Le type même de punition, de petite revanche parfumée de mesquinerie, du Conseil d'Etat, face à un peuple qui aurait "mal voté". En visant certaines communes qui ne sont pas allées dans le "bon sens". On gouverne par les représailles, maintenant ?

 

L'entêtement du Conseil d'Etat à vouloir, contre l'avis trois fois exprimé par le peuple, sanctionner l'usager, confine à l'arrogance et à la cécité. S'il faut reprendre le budget du Canton pour lui indiquer où des économies sont possibles, nous l'aiderons volontiers dans cette aventure intellectuelle. Car il n'est évidemment pas question de faire passer le contribuable à la caisse, davantage que maintenant, pour le financement des TPG. À cet égard, l'idée de "faire payer les entreprises", providentielles vaches à lait, est aussi saugrenue qu'irrecevable. Je parle ici comme petit entrepreneur, et comme citoyen.

 

Pistes d'économies à l'Etat ? On va vous les montrer, Madame et Messieurs les conseillers d'Etat ! Pas question, tant que vous n'aurez pas fait le ménage, d'accepter ni hausses de tarifs TPG (trois fois, le peuple a dit non), ni hausses d'impôts. Les solutions, c'est à vous de les aménager, à l'interne de la masse monétaire largement suffisante, et même éreintante pour la classe moyenne, que vous allouent les contribuables.

 

En attendant, pas question d'accepter comme cela la mesquine rétorsion annoncée hier sur le tram 12. Elle suinte le réflexe de mauvais perdant. Au plus haut niveau du Conseil d'Etat. Celui qui fleure un parfum de chrysanthèmes. À force de les inaugurer, on finit par s'en imprégner.

 

Pascal Décaillet

 

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18/05/2017

Thierry Apothéloz, bulldozer, anti-caviar !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.05.17

 

Anne Emery Torracinta, Sandrine Salerno, Thierry Apothéloz seront les candidats socialistes au Conseil d’Etat, au printemps 2018. Carole-Anne Kast, Romain de Sainte Marie et Carlo Sommaruga n’ont pas été retenus sur le ticket. Ainsi en a décidé, samedi 13 mai au Petit-Lancy, le congrès du parti socialiste genevois. Nous avions déjà souligné, ici, la qualité des six candidats à l’investiture : tous les partis, à Genève, n’ont pas nécessairement le luxe d’un tel choix. Aujourd’hui, il nous faut constater l’élection d’un trio cohérent, équilibré, composé de trois personnalités exécutives, qui savent ce que gouverner dans un collège veut dire, ce qui eût été aussi, en passant, le cas de Mme Kast. Ce choix, en lui-même, est un signal : en ces temps difficiles pour la gauche, face à une droite de plus en plus forte, la stratégie consistant à aligner des profils exécutifs ayant fait leurs preuves n’est certainement pas la pire.

 

Le 13 mai, dans l’Histoire, est une date aux saveurs multiples. A Lancy, en cette première quinzaine d’un mois béni, on respire plus volontiers le parfum du muguet que celui de la rose. Allusion, bien sûr, à la célèbre Kermesse, si chère au cœur des Lancéens, qui chaque printemps réinvente la vie. Mais le 13 mai, un peu plus loin vers le Sud, c’est aussi le coup d’Alger, en 1958, qui permet (en forçant un peu) le retour aux affaires, après douze ans, trois mois et dix-sept jours, de Charles de Gaulle. De mauvaises langues (dont nous nous garderons de faire partie) murmurent qu’à Lancy, ce samedi, il y avait décidément beaucoup de Verniolans. Ou, tout au moins, beaucoup de convertis du dernier jour à la grâce socialiste. C’est possible. Mais cette raison, jamais, ne suffira à expliquer seule le véritable exploit commis ce jour-là par Thierry Apothéloz, conseiller administratif de Vernier depuis 2003, maintes fois Maire de la quatrième ville (eh oui !) de Suisse romande, infatigable militant, homme de terrain, de contacts, de concret. Bref, l’anti-caviar.

 

Son exploit ? C’est d’avoir été désigné candidat dès le premier tour, avec une majorité absolue de 257 voix ! Dans un parti où règnent les clans et où pleuvent les dagues, c’est un résultat remarquable. Là aussi, il faut décrypter le signal : la base socialiste perçoit qu’elle a besoin, pour la bataille de 2018, d’un bulldozer. Un candidat qui connaît le terrain comme sa poche. Avec, dans les tréfonds de l’âme, la rage militante. Car il s’agira, dans ces élections cantonales, face à une Entente en parfait ordre de bataille, de chercher la brèche. C’est la stratégie de Murat, et sa cavalerie, à la bataille d’Eylau, le 8 février 1807. Ça passe, ou ça casse : le Verniolan sera l’homme de ce pari.

 

Car enfin, au printemps 2018, les Genevois n’éliront pas trente-six socialistes. En vouloir deux au Conseil d’Etat est déjà bien gourmand, face aux lignes de défense de l’Entente. Et ma foi, s’il devait n’y en avoir qu’un, cela sera-t-il à tout prix la conseillère d’Etat sortante ? La principale intéressée, bien sûr, refuse d’entrevoir toute autre hypothèse. Mais l’électorat, le jour venu ? Dans un an, à Genève et ailleurs, refleuriront les roses. Et à Lancy, le miracle du muguet. Ainsi la vie, toujours recommencée.

 

Pascal Décaillet

 

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Celui qui vous arrache à l'indifférence

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Sur le vif - Jeudi 18.05.17 - 12.31h

 

"L'intellectuel Français André Malraux" - Dans les titres du 12.30h RSR, à l'instant. Étrange manière de qualifier ce félin de génie aux multiples destins. Pas fausse, mais singulièrement réductrice. Malraux était un écrivain. Il fut aussi un ministre. Un orateur, exceptionnel. Bien avant d'être un "intellectuel", même s'il l'était aussi.

 

Michel Winock, avec qui j'ai fait une Série Radio, il y a vingt ans, sur le Siècle des Intellectuels, en compagnie de mon confrère Roger Guignard, rangeait certes Malraux dans la catégorie des intellectuels. En précisant aussitôt l'immensité de ses différences avec des hommes comme Sartre, ou ses épigones.

 

Enfin, je me demande si ma consœur RSR, qui a opté pour ce mot singulier, a lu la Condition humaine.

 

Dans ce passage d'exception, la mort de Kyo :

 

" Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent, mes semblables ce sont ceux qui m'aiment et ne me regardent pas, qui m'aiment contre tout, qui m'aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi et non ce que j'ai fait ou ferai, qui m'aimeraient tant que je m'aimerais moi-même - jusqu'au suicide, compris. "

 

Dans ce passage, donc, je n'ai jamais eu l'impression de me trouver face à un "intellectuel". Mais face à celui qui, en quelques traits de plume, vous arrache à l'indifférence de vivre.

 

Cela porte un nom, et définit un espèce aussi rare qu'usurpée : cela s'appelle un écrivain.

 

Pascal Décaillet

 

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17/05/2017

La bonne nouvelle du jour !

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Sur le vif - Mercredi 17.05.17 - 15.43h

 

Françoise Nyssen, ministre de la Culture. Ça, c'est la bonne nouvelle du jour ! Si la patronne d'Actes Sud arrive à donner autant de souffle et de vie à son ministère qu'à sa maison d'édition, alors là, il pourrait y avoir en France, après des années de déshérence dans ce domaine pourtant majeur, comme l'aube d'un espoir.

 

Il faut la voir, sa Librairie (en Arles, où sont les alyscamps), au bord d'un Rhône large, épanoui, à l'orée d'une vieille ville où respire l'Histoire. Je m'y suis rendu deux fois, ces six derniers mois. Y perdre son temps est un bonheur. Au milieu des innombrables ouvrages, un lieu pour le réveil de la vie intérieure ! Littérature française, mais aussi allemande, littératures du monde, Histoire, essais, intelligence dans la mise en places des rayonnages, qualité de silence : on y retrouve le sel miraculeux de sa jeunesse ! On y pense à Barrès : "les lieux où souffle l'esprit".

 

D'autant meilleure, cette nouvelle, que le Ministère de la Culture n'a pas franchement été à la hauteur, ces dernières années, de ce qu'il DOIT être, au pays de Malraux et de Jack Lang.

 

Oui, une grande nouvelle. Je crois.

 

Pascal Décaillet

 

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Nationale 7

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Sur le vif - Mercredi 17.05.17 - 07.05h

 

Ils n'en peuvent plus de jouissance ! La RSR et le Temps, qui avaient couvert comme on sait la campagne américaine, sont au septième ciel et n'ont plus qu'un mot à la bouche : impeachment. Destitution. La procédure qui avait poussé Nixon à la démission, en août 1974.

 

À la RSR comme au Temps, l'affaire est entendue : on voit déjà ce Président honni faire ses bagages. On la tient déjà, cette "affaire" dont on avait tant besoin pour se débarrasser de celui auquel on voue une haine et un mépris d'une férocité inimaginable. Le système, déjà, murmure sa vengeance. Il entrevoit avec un appétit de requin l'occasion tant rêvée de rétablir cet Ordre et cette Cohérence mondialisés dont Mme Clinton promettait de demeurer la grande prêtresse.

 

Les mêmes, en France, sanctifient Macron. Oubliées, les onze millions de voix du Front National. On a repeint la voiture d'occasion, on a caché la rouille, c'est le printemps, il fait beau, un parfum de Nationale 7 et de Congés payés embaume les esprits. Le tragique de l'Histoire, on l'a mis au placard, avec les habits d'hiver.

 

Sans tarder, il reviendra.

 

Pascal Décaillet

 

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14/05/2017

Merci, M. Hollande !

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Sur le vif - Dimanche 14.05.17 - 15.56h

 

Voilà. François Hollande n'est plus Président. Un quinquennat s'achève, que l'Histoire jugera, il est trop tôt maintenant.

 

Mais je suis certain d'une chose : par rapport aux torrents d'immondices que ce Président a dû encaisser jour après jour, pendant cinq ans, de la part, principalement, de la droite orléaniste revancharde de son prédécesseur, le bilan Hollande sera, un jour, revu à la hausse.

 

Pour ma part, je suis très fier et très heureux, sur l'intégralité de ces cinq ans, de n'avoir JAMAIS - je dis bien JAMAIS - dit de mal de François Hollande. Non que je fusse socialiste, mais j'estime qu'il a eu, dans les moments difficiles, la dignité de la fonction suprême. C'est exactement cela, un Président, sous la Cinquième République.

 

A son successeur, dont je ne partage quasiment aucune option politique, mais dont je respecte la fonction, je souhaite évidemment bonne chance. La continuité française fonctionne parfaitement, on l'a vu ce matin avec l'impeccable cérémonie de passations de pouvoirs.

 

Et la Cinquième République, que d'aucuns ont passé la campagne à enterrer avant qu'elle ne mourût, est apparue aujourd'hui dans sa forme la plus éclatante. Comme ces fleurs, magnifiques, derrière le nouveau Président, pendant que la Garde républicaine entonnait la Marche consulaire de Marengo. C'est des saisons, non des idéologies, que nous vient la force du renouveau.

 

"Seule la tradition est révolutionnaire", écrit Péguy. C'est sans doute l'une de ses plus belles phrases. L'une de celles qui me guident, depuis tant d'années, dans ma lecture de l'Histoire et de la politique.

 

Pascal Décaillet

 

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