Liberté - Page 7

  • Que l'esprit, Monsieur le Président, vous accompagne !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 18.12.18 - 15.56h

     

    Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

     

    Le 16 juillet dernier, vous avez eu des mots, envers la Suisse, qui ont choqué une bonne partie de mes concitoyens. Vous n'étiez pas encore le quatrième personnage de l'Etat (vous l'êtes devenu le 12 septembre), mais enfin vous étiez député français, à la tribune de la Chambre, ce qui n'est pas rien.

     

    Vous vous en prenez au système suisse de démocratie directe, estimant que les thèmes de votations "sont souvent le fait de quelques cliques affairistes et de quelques lobbyistes".

     

    Ce que vous dites n'est pas entièrement faux : il peut exister un risque de dévoiement de nos droits populaires par les forces de l'Argent. Nous, les Suisses, viscéralement attachés à ces droits, sommes parfaitement conscients de cette possibilité de dérive : il n'est pas normal, par exemple, qu'un milliardaire puisse "s'acheter des voix", par clientélisme, dans les récoltes de signatures.

     

    Ce qui est dévastateur, Monsieur le Président, n'est pas la réserve que vous avez émise sur notre démocratie directe, mais c'est que vous la réduisiez à cela. Connaissez-vous le système suisse ? Avez-vous entendu parler de l'immense aventure de notre État fédéral, depuis 1848 ? Savez-vous comment a pu naître notre démocratie directe, le droit de référendum, mais aussi les initiatives depuis 1891, le triple échelon Commune, Canton, Confédération, la dialectique étincelante entre la voix du suffrage universel et notre démocratie représentative ? Tout cela crée, dans notre pays, une vitalité de l'expression politique, souvent par l'antagonisme, que beaucoup nous envient.

     

    Vous ne trouverez pas en moi, Monsieur le Président, un ennemi de la France. J'aime ce pays, j'en suis passionnément les joutes politiques depuis décembre 1965, un certain second tour dont les adversaires s'appelaient Charles de Gaulle et François Mitterrand. Vous reconnaîtrez qu'il y a pire, comme duo de finalistes, pour se mettre en appétit dans une carrière de commentateur politique. J'aime la France, j'en étudie l'Histoire depuis des décennies, et, si je suis un Suisse fondamentalement attaché à la démocratie directe de son pays, je me garderai bien de l'exporter vers la France : ce serait faire preuve du même paternalisme dont nous détestons les effets, en sens inverse.

     

    Sans doute pourtant, Monsieur le Président, avec une forme de démocratie directe (à inventer par la France, selon son génie propre), votre pays n'eût pas connu la crise des gilets jaunes. Car ce qui, chez vous, s'exprime, faute de mieux, par la vocifération de rue, se canalise en Suisse dans les voies du démos : nos droits populaires sont parfaitement constitutionnels, ils ne relèvent pas de l'anomalie, mais de la norme de notre fonctionnement. Maintes fois, ils servent de soupapes pour éviter l'explosion sociale. Il sont, à bien des égards, les garants de notre cohésion sociale.

     

    J'aime la France, j'aime la Suisse. Et puis, incidemment, j'aime aussi l'Allemagne. Je respecte vos institutions, votre Histoire m'habite, j'en connais tous les contours, notamment depuis ce jour de juin 1789 où un certain Mirabeau, évoquant à la fois la volonté du peuple et la force des baïonnettes, a posé la première pierre de l'institution remarquable que vous présidez aujourd'hui. Entre la France et la Suisse, entre vous et nous, il n'y pas de place pour l'insulte, ni dans un sens, ni dans l'autre. Il n'y a de place que pour le respect mutuel, la connaissance partagée, la curiosité sans cesse renouvelée.

     

    Je vous adresse, Monsieur le Président, ainsi qu'à vous 576 collègues, mes meilleurs voeux pour les Fêtes de fin d'année. Que l'esprit, avec ou sans capitale, vous accompagne.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 5 commentaires
  • Bien l'bonjour du soupirail !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 18.12.18

     

    Il y a des gens qui croient que les réseaux sociaux ne sont qu'une parenthèse, qu'ils s'écrouleront, et qu'on en reviendra à la bonne vieille époque où le père de famille, rentrant chez lui au soir d'une belle et méritante journée de travail, retrouvera son fauteuil, sa pipe et ses pantoufles, pour lire son édition papier du journal, imprimé la veille au soir.

     

    Il y a des gens qui croient que la démocratie directe, ce truc de gueux surgis du soupirail, s'estompera, et rendra ses lettres de noblesse à la bonne vieille démocratie représentative, où des "élus", investis de la "confiance", partiront en calèche siéger en des Diètes lointaines. Où ils seront intelligents, à la place des citoyens. Et la nuit, dans des palaces avec vue sur la Vierge, le Moine et l'Ogre, feront entre eux de beaux enfants.

     

    Il y a des gens qui croient que les mouvements "populistes" ne sont qu'un cauchemar de passage. Au réveil, tout rentrera dans l'ordre : les bons vieux partis issus du dix-neuvième, la politique transversale des compromis, la combinazione parlementaire, tout cela reprendra ses droits à l'éternité.

     

    Il y a, aussi, des gens qui croient au Père Noël. C'est de saison. Je leur adresse mon salut. Et poursuis mon chemin.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires
  • Marre du chantage de Bruxelles !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Lundi 17.12.18 - 18.04h

     

    Pas question de laisser l'Union européenne, château de cartes en voie d'écroulement, mettre le couteau sous la gorge de la Suisse avec cette histoire "d'équivalences boursières". Il faudrait que la Suisse, le doigt sur la couture du pantalon, accepte "l'Accord cadre institutionnel" dans les six mois, sinon c'en serait fini de ces équivalences.

     

    Eh bien, finissons-en, s'il le faut, avec les équivalences ! Le destin de la Suisse appartient au peuple suisse. L'avenir de ses relations avec Bruxelles, aussi. L'agenda, par rapport à cet Accord, soumis à consultation par le Conseil fédéral, prendra le temps qu'il faudra. Nul n'a à imposer au peuple suisse, ni à ses représentants, son calendrier politique, ni son rythme de réflexion.

     

    Pour ma part, j'en ai assez d'entendre les ondes publiques nous présenter ce véritable chantage de l'Union européenne comme une chose parfaitement normale, qu'il faudrait au fond se presser d'accepter.

     

    Notre pays, nos médiateurs aussi, manquent d'esprit de résistance par rapport aux ennemis de notre souveraineté. S'ils ne l'ont pas, eh bien on nous permettra, pour le moins, de l'avoir à leur place.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires
  • Eloge des réseaux sociaux

    Imprimer

     

    Publié sur mon site FB - Dimanche 16.12.18 - 15.19h

     

    Je suis un partisan acharné du réseau social. Je l'ai découvert il y a sept ou huit ans, alors que j'avais déjà plus de vingt-cinq ans de journalisme, dont vingt de radio. J'ai fait comme nous tous : je me suis ouvert un compte sur le réseau social où nous sommes ici, j'ai observé, testé, humé. Très vite, j'ai compris qu'il y avait là, par l'horizontalité du partage, sans chefs ni hiérarchies, chacun étant responsable de son espace, un langage nouveau. Et la promesse d'une révolution.

     

    Cette révolution est celle de l'intelligence collective. Vous pouvez écrire sur n'importe quel sujet, si vous commettez la moindre erreur factuelle, vous pouvez être sûr que très vite, un autre internaute ne manquera pas de la signaler. Eh bien ma foi, vous corrigerez ! Et vous aurez ainsi amélioré la qualité de votre texte.

     

    Cette révolution est celle de la mise en circulation immédiate, certes au milieu d'un fatras, de ce qui compte dans la construction de l'actualité. Si un confrère, une consœur, ou d'ailleurs n'importe quelle personne, sort quelque chose d'important, dans l'ordre de la nouveauté ou de la valeur ajoutée, ou dans celui du style, cela, inévitablement, circulera. Et vous tombera sous les yeux. Cette mise en partage des connaissances, qui s'en plaindra ? Il faudrait la réserver à une élite ?

     

    Cette révolution est celle de la rencontre. Je suis un solitaire, je n'ai jamais aimé travailler en groupe, surtout pas pour l'écriture. Mais l'homme seul, ou la femme seule, trouve sur le réseau social des frères et des soeurs dans la construction collective de la connaissance.

     

    Pour ma part, je n'utilise le réseau que dans l'ordre de ce qui m'a toujours passionné : étendre le champ de mes connaissances, dans les domaines qui me passionnent, transmettre ce qui me semble important, commenter l'actualité en fonction de mes idées, avec une subjectivité que j'ai toujours totalement assumée. Je propose ma vision du monde : eh bien, que chacun propose la sienne ! Chacun d'entre nous est libre. Libre de parler ou de se taire. Libre d'écrire ou non. Libre de ses idées. Libre de les publier, ou de les garder pour lui.

     

    Nous sommes entrés, sans retour, dans une nouvelle ère. Une fois que les réseaux sociaux seront expurgés de leur tendance au bavardage et au commérage, le meilleur de ce qu'ils sont, comme révolution de communication, constituera demain le vecteur principal de la connaissance construite. Non plus parachutée par des mandarins. Non plus verticale. Mais partagée, horizontalement, entre des hommes et des femmes de bonne volonté. Désireux de s'instruire. Persuadés que l'amélioration de la condition humaine passe pas une élévation du degré de connaissance.

     

    A cela s'ajoute, dans l'ordre de l'écriture, la possibilité de tomber sur un style. C'est rare, mais ça nous illumine et nous surprend. Surtout quand la plume découverte, loin du champ convenu des éditeurs, surgit d'un anonyme. Un inconnu, oui, qui jamais ne serait parvenu à nos yeux sans la mise en partage, parfois chaotique mais parfois miraculeuse, du réseau social.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • Le social, ça passe par la connaissance !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 15.12.18 - 17.31h

     

    Le Département de l'Instruction publique n'a pas à se préoccuper directement de la question sociale. Il existe pour cela un Département de la Cohésion sociale.

     

    Non. Le DIP a pour mission de transmettre et partager des connaissances (et non des "compétences" !), d'assumer cette transmission avec ferveur et passion, comme le font certains profs, évidemment les meilleurs. Rien de plus magique, au monde, que ce passage de témoin, d'humain à humain, de génération à génération.

     

    Si le DIP accomplit cette mission, transmettre et partager les connaissances, alors il aura infiniment plus fait pour la question sociale que tous les assistants sociaux de la planète.

     

    Ca n'est pas en reniant sa mission première qu'on réussit. Mais en plaçant en elle toutes ses énergies.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 5 commentaires
  • Démocratie directe : un combat pour l'humain

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 15.04.18 - 10.08h

     

    On parle beaucoup trop des élus, en bien comme en mal. Et pas assez de l'essentiel : les thèmes.

     

    Le citoyen ne sera vraiment affranchi que lorsque, débarrassé de son obsession, positive ou négative, pour les gens qu'il envoie siéger dans des Chambres "représentatives", il assumera, par le suffrage universel, lui-même les grandes décisions.

     

    Plutôt que de déléguer sa confiance à des élus, le citoyen ferait bien de prendre confiance en lui-même.

     

    Pour parvenir à cela, il nous faut inventer, dans les générations qui viennent, des mécanismes d'extension et d'approfondissement de la démocratie directe.

     

    Ils passent, comme je l'ai mille fois dit, par une éducation, dès le début de l'école primaire, à l'Histoire politique, et aux mécanismes de la Cité. Sans cette élévation considérable du niveau de CONNAISSANCES du plus grand nombre, rien ne sera possible.

     

    Vouloir partager avec le maximum de gens des connaissances qu'on a soi-même accumulées en amont, c'est un humanisme. C'est une manière d'aimer et de respecter ses contemporains. C'est, en tout cas, la mienne.

     

    Mon combat passionné pour la démocratie directe n'est pas un combat pour un modèle théorique. C'est un combat pour la connaissance partagée. Et c'est un combat pour l'humain.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 0 commentaire
  • Santé : besoin d'Etat !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 14.12.18 - 06.41h

     

    S'il faut subventionner 140'000 personnes, sur un canton (GE) qui en compte 500'000, pour qu'elles puissent régler leurs primes maladie, alors autant nationaliser la Santé. Et faire clairement payer par le contribuable ce que, de facto, il finance de plus en plus.

     

    Il fallait accepter la Caisse unique, ou la Caisse publique. Les deux fois, j'avais voté pour.

     

    Dans le domaine de la Santé comme dans d'autres, le grand retour de l'Etat, après les catastrophiques dérives libérales, et cette funeste mise en concurrence des Caisses, s'impose.

     

    On ne joue pas avec la santé des gens comme on joue au casino. On ne livre pas le bien le plus précieux des vies humaines à l'usure et à la spéculation.

     

    Retour de l'Etat : voir grand. Comme nos pères ont su voir grand, juste après la guerre, quand ils ont lancé l'AVS (1947-48), fleuron de nos assurances sociales.

     

    Il faut couper le monde de la Santé de l'empire de l'Argent. Il faut, puissamment, le déclarer d'intérêt public. Ca passe par l'Etat, dans le sens le plus noble, le plus républicain de ce mot.

     

    Les ultra-libéraux, qu'ils aillent spéculer à New York. Ou jouer au Monopoly.

     

    L'Etat n'appartient pas à la gauche. Il est l'affaire de tous. Quand donc la droite, en Suisse, vermoulue depuis trente ans par l'idéologie ultra-libérale et cosmopolite, retrouvera-t-elle le sens de la Nation, le sens de l'Etat ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires
  • L'école de la Cité est une école de connaissance

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 13.12.18 - 16.07h

     

    Le principe de démocratie représentative, issu du dix-huitième siècle, postule qu'on fasse confiance à des gens pour qu'ils nous REPRÉSENTENT dans un Parlement.

     

    Fort bien.

     

    Pour ma part - et je n'engage ici que ma vision personnelle - j'estime connaître les dossiers politiques, notamment au niveau de mon Canton (Genève) et au niveau fédéral, suffisamment à fond, chacun en particulier, mais aussi en transversalité, mais encore dans leur dimension historique, pour n'avoir pas particulièrement besoin de me sentir REPRÉSENTÉ par un autre, dans une Chambre législative.

     

    Cette position, fondée sur une vie entière de passion pour la politique et pour l'Histoire, et sur des décennies de journalisme politique en Suisse, m'amène à souhaiter avec ardeur, comme je l'ai souvent dit, que notre pays invente patiemment mais sûrement, dans les années qui viennent, des systèmes d'EXTENSION DE LA DÉMOCRATIE DIRECTE, permettant au suffrage universel d'intervenir encore davantage sur les affaires de la Cité. Oh, il faudra du temps : c'est l'affaire de plusieurs générations.

     

    Comme je l'ai maintes fois dit, il ne s'agit en aucun cas d'élaborer une démocratie au rabais, une sorte de sondage permanent, où un simple clic permet de se prononcer. Non, l'évolution du système doit impérativement aller de pair avec une extension et un approfondissement des CONNAISSANCES des futurs citoyens, dès les premiers temps de l'école, sur l'Histoire politique et les affaires qui touchent la Cité. Pour cela, il faut des profs enthousiastes, compétents, et habités par la transmission. Des maîtres, au sens où l'entendait Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine.

     

    La citoyenneté se prépare. Elle est l'affaire de tous. Elle n'est pas seulement un impératif politique, mais avant tout une nécessité cognitive : sans d'immenses connaissances, acquises dès l'enfance, partagées grâce aux nouveaux outils (géniaux, en soi) dont nous disposons, rien ne sert de rêver à la participation du plus grand nombre.

     

    L'école de la Cité est une école de connaissance.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 0 commentaire
  • Le PLR perd l'Economie. Et alors ?

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 13.12.18 - 12.49h

     

    Si vraiment Ignazio Cassis a fait basculer le vote, au Conseil fédéral, pour le passage de l’Économie à Guy Parmelin, alors le Tessinois a rendu un fier service au pays.

     

    Il est totalement insupportable que le PLR se considère, en Suisse, comme le gardien du Temple de l’Économie. Dans notre démocratie, nul Département n'appartient à personne, et surtout pas à un parti.

     

    Si encore la gestion de l’Économie par le PLR, dans les années Schneider-Ammann, avait été particulièrement brillante ! Mais la cruelle sous-estimation, par ce ministre, du mal-être paysan dans notre pays, son manque de sensibilité à la condition même des agriculteurs, tout cela au nom d'une mondialisation des marchés dont plus personne ne veut, voilà qui ne redore pas le blason économique du PLR.

     

    Et puis, quoi ! Au nom de quoi l’Économie doit-elle être gérée, ontologiquement, par une idéologie libérale (sans parler de son aile ultra), qui montre avec tant de cruauté ses limites ? Plus que jamais, depuis le début de l'après-guerre, la Suisse a besoin d'Etat, de régulation, de solidarité sociale. Elle a besoin d'une économie à visage humain, au service de tous. Elle a besoin d'une économie NATIONALE, appartenant aux Suisses, et non aux potentats cosmopolites et spéculateurs des multinationales.

     

    Un paysan à l’Économie, un Romand qui n'incarne certainement pas l'aile affairiste zurichoise de l'UDC, c'est plutôt une excellente chose.

     

    Quant au PLR, il a la chance d'avoir Karin Keller-Sutter au DFJP. Au niveau cantonal saint-gallois, elle avait été remarquable à la tête de ce Département, notamment dans sa gestion très ferme des flux migratoires. Le PLR devrait plutôt se féliciter de cette affectation. Puisse-t-il, avec sa conseillère fédérale, mettre de l'ordre dans la gestion chaotique et administrativement kafkaïenne de l'asile en Suisse. Et œuvrer à une authentique régulation des flux migratoires, avec contingents et sans salamalecs, en respect de la volonté populaire du 9 février 2014.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 5 commentaires
  • Le crépuscule de la démocratie représentative

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.12.18

     

    Un Palais fédéral au petit matin, avec encore les lumières de la nuit, la magie de la Vieille Ville de Berne, la beauté dorée de la pierre, la ruche des antichambres. C’était, ce mercredi 5 décembre, le décor de contes de fées de la double élection au Conseil fédéral, suite aux départs de Doris Leuthard et Johann Schneider-Ammann. Ces liturgies électorales de décembre, dans la magie bernoise, j’en ai couvertes de nombreuses, à l’époque, pour la RSR, dans la totale excitation du direct. Mais c’était de la radio : le miracle venait du mélange des voix, et du savoir-faire narratif à travers un micro. La télévision, elle, nous amène la chaleur d’une mise en scène, l’immédiateté de l’image. En cela, quelle que soit la distance prise par ses journalistes, elle fonctionne comme outil au service du système. Quel système ? Mais le Parlement lui-même, en tant qu’institution ! A travers lui, la démocratie représentative.

     

    Au matin de ce 5 décembre, qu’avons-nous vu ? 25 ans après le psychodrame de la non-élection de Christiane Brunner, 15 ans après la non-réélection de Ruth Metzler, 11 ans après celle de Christoph Blocher, nous eûmes droit à la plus parfaite des félicités. Sur le résultat, je n’ai rien à dire : le Parlement a élu, à mes yeux, avec la PLR saint-galloise Karin Keller-Sutter et la PDC valaisanne Viola Amherd, les meilleures personnes. Mieux : il a élu chacune d’entre elles au premier tour ! Tout cela, avant 10 heures du matin, était liquidé. Du bon boulot, réglé, comme du papier à musique.

     

    Et c’était exactement cela, le signal que le Parlement voulait donner. Ce pouvoir législatif fédéral 2015-2019, qui a tant piétiné sur les dossiers majeurs qui doivent façonner le destin du pays (assurances sociales, LAMAL, Suisse-Europe), quand il n’a pas carrément tronqué la volonté populaire (application de l’initiative du 9 février 2014 sur l’immigration de masse), avait un sérieux besoin, en termes d’images, de se refaire une beauté. L’élection du 5 décembre lui a donné cette occasion. Elle tombait à point nommé, à moins d’un an (20 octobre 2019) des élections fédérales ! Oui, la Sainte Messe matinale de la double élection au Conseil fédéral fut une opération destinée à redorer le blason d’un Parlement qui, sur le fond de son travail, n’a pas particulièrement marqué des points pendant cette législature. Oui, au matin du 5 décembre, pendant deux heures, il a fait du bon boulot : non, cela ne doit pas oblitérer la qualité discutable de son travail, sur le fond, ces dernières années.

     

    Mes propos jettent un froid ? Eh bien, jetons ! Et disons les choses comme elles sont : la bonne vieille démocratie représentative suisse, qui vécut ce 5 décembre sa grande féérie de fin d’automne, efficace mais crépusculaire, n’est peut-être pas l’institution qui représente le plus l’avenir de la Suisse. Il en existe une autre, férocement concurrentielle, surgie des profondeurs telluriques de notre peuple : elle s’appelle la démocratie directe.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 3 commentaires
  • Manu chez la manucure

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mercredi 12.12.18 - 10.13h

     

    Un jour, il y a une vingtaine d'années, un abruti de "communicant" a dû décréter que face à une caméra, il fallait poser ses mains délicatement, sur la table, ne surtout par les bouger, joindre les index, se tenir parfaitement figé, comme un marmot que ses parents, à table, viennent de rappeler à l'ordre.

     

    Et depuis, des dizaines de milliers de dociles politiques, abreuvés au même catéchisme statique, impuissant et ringard, épousent la posture, comme chez la manucure.

     

    La prise de parole, Monsieur le Président, n'est pas une question de sagesse dans la fabrication de l'image. Mais de vérité intérieure, torrentielle, parfois violente, impétueuse. Elle libère le ventre et les mains, laisse courir le geste, accomplit le thorax et l'abdomen, sculpte la voix dans le grave ou dans l'aigu. Elle affirme la sincérité d'un homme. Elle ne fige pas l'immobilité douceâtre d'un pantin.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • Macron : la tiède pénombre du confessionnal

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 11.12.18 - 16.14h

     

    Le problème no 1 de Macron n'est pas qu'il soit gentil ou méchant, hautain ou empathique, ni même qu'il ait compris les Français. Il y a, dans cette exigence d'être "compris" par le monarque, quelque chose d'infantile : on ramène tout au père, dans le bien comme dans le mal. Non, le problème de Macron ne réside pas dans ce qu'il est, même si cela joue un rôle.

     

    Le problème no 1, que j'ai maintes fois souligné ici depuis le printemps 2017, époque de son élection, c'est qu'il est un Président à contresens. Non qu'il faille caresser l'opinion dans le sens du poil, surtout pas ! Mais comprendre l'époque. Saisir les grands enjeux. Avoir la culture politique et historique pour projeter ces éléments de connaissance comme moteurs de l'avenir à construire.

     

    "Seule la tradition est révolutionnaire" : l'une des plus belles phrases de Péguy, qui n'en est pas avare, surtout dans les Cahiers de la Quinzaine. Je l'entends, depuis l'adolescence, comme une absolue nécessité d'aller quérir dans les racines - et non dans une abstraite géométrie - la puissance d'action pour réinventer la vie. Cela, il me semble que Macron ne l'a pas compris.

     

    Il ne rêve que d'Union européenne, alors que, de partout, revient puissamment l'idée de nation. Il construit des rêves orléanistes, jusqu'au délire ultra-libéral, là où tous les peuples d'Europe réclament un retour de l'Etat, de la dimension humaine du travail, de la solidarité sociale, de la redistribution. Il peine à saisir (malgré une très légère concession, dans le discours d'hier) le besoin immense des peuples de contrôler les flux migratoires. A l'Assemblée, il n'a que des députés godillots, portant le nom d'un parti venu de nulle part, juste créé, au printemps 2017, comme écurie de soutien au nouveau Président. Écueil du quinquennat, erreur majeure !

     

    Hier, on nous annonçait le Discours d'un Roi. Nous eûmes droit, tout au plus, au chuchotement de l'enfant pris en faute, dans la tiède pénombre du confessionnal.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Gilets jaunes : tous cinéastes !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 11.12.18 - 03.41h

     

    Jusqu'à une période très récente, dans les manifs, il y avait deux sortes de personnes : les gens du cortège, qui défilaient en scandant des slogans et en brandissant des pancartes ; et puis, les journalistes, notamment les équipes TV qui filmaient.

     

    Avec les gilets jaunes, ce duo acteur/observateur vole en éclats. Désintégré ! Presque chaque gilet jaune filme sa part de vérité, avec son portable. Chacun d'entre eux est Fabrice à Waterloo, dans la Chartreuse de Parme, le chef d'œuvre de Stendhal.

     

    Des dizaines de milliers de réalités fragmentées. En les additionnant, comme un historien recoupe les témoignages, on aurait une idée infiniment plus précise de la situation qu'en se contentant de la machine de propagande gouvernementale de BFMTV.

     

    Les gilets jaunes font voler en éclats les corps intermédiaires. Le Parlement est muet. Les partis, aux fraises. Et les médias, concurrencés par les acteurs eux-mêmes, sur le terrain.

     

    Cette crise majeure est une crise sociale et institutionnelle, on l'a dit. Elle est aussi une crise profonde des médiateurs. En cela, elle préfigure une nouvelle sémiologie de la communication politique.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • France : démocratie directe oui, mais sur les thèmes !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Lundi 10.12.18 - 12.10h

     

    Depuis des années, à vrai dire depuis le refus du Traité européen (2005), j'écris des textes sur le déficit démocratique dont souffre, à mes yeux, la France. Je les écris en toute amitié pour ce pays voisin et ami, à qui je dois tant dans l'ordre de la culture, et dont j'étudie l'Histoire depuis des décennies. Je n'écris pas par paternalisme suisse, je ne préconise en rien la projection du système suisse sur la France, ce serait absurde : chaque pays a son Histoire, de même que chaque espèce végétale a son bagage génétique.

     

    Depuis des années toujours, j'écris que la France a un besoin profond de s'inventer, selon son génie propre, une forme de ce que nous appelons chez nous "démocratie directe". Ce processus, je crois, va advenir dans les années qui viennent, il faut laisser les Français en inventer la forme, en fonction de leurs besoins.

     

    Mais une chose est sûre : la France n'a nullement besoin, en termes de renouveau démocratique, d'inventer un processus électif supplémentaire. Des élus, en France, à tous les niveaux (y compris certains échelons totalement artificiels, mais somptuaires dans leurs dépenses), il y en a déjà beaucoup trop ! La France n'a pas besoin d'élire encore plus de gens ! Au contraire : dans nos pays d'Europe, c'est justement la bonne vieille démocratie représentative, issue du dix-huitième siècle, qui doit céder du terrain à des mécanismes accrus de démocratie directe. Si vous lisez mes textes, depuis des années, je ne dis que cela.

     

    A l'heure des réseaux sociaux, et du partage des connaissances, nos sociétés doivent adapter leurs institutions à cette extraordinaire horizontalité générée par les nouveaux outils de la communication, cette intelligence collective entre gens de bonne volonté, où nul n'est gourou, et où chacun apporte sa pierre à l'édifice.

     

    Ce que la France doit inventer, c'est une démocratie directe agissant directement sur les thèmes. A l'instar de notre droit d'initiative populaire. Ce qui m'impressionne le plus dans le mouvement des Gilets jaunes, c'est son aspiration citoyenne. Le peuple de France veut reprendre la main, ou plus exactement la prendre, sur les leviers de son destin. Ca n'est certainement pas en remplissant un nouvel échelon d'élus qu'il y parviendra. Mais en inventant, dans les années qui viennent, un mécanisme de décisions directes du suffrage universel sur les thèmes. Pas sur le choix des personnes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • Sans-culottes monarchistes

    Imprimer

     

    Sur le vif - Lundi 10.12.18 - 09.41h

     

    Singulière contrée, tout de même, où l'on décoche les fourches, le samedi, en se promettant de promener sur une pique la tête du tyran, et où chacun, dès le dimanche, attend avec une extatique impatience les mots du monarque, pour les Vêpres du lundi.

     

    C'est tout le paradoxe de la France : attendre d'une Révolution qu'elle vienne d'en haut. Ou, tout au moins, qu'elle soit adoubée par la majesté suprême. Celle-la même qu'il s'agissait d'anéantir.

     

    Tout Michelet, tout Tocqueville, toutes les plus lumineuses pages sur la Révolution, sont contenues dans cette géométrie de la Base et du Sommet.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • Nul n'a intérêt au malheur de la France

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 09.12.18 - 14.40h

     

    Totalement passionnant, révélateur comme nul autre de l'état de santé de la société française, le mouvement des Gilets jaunes restera dans l'Histoire.

     

    Il a déjà retenu maintes fois, ici même, mon attention : j'ai évoqué sa dimension sociale, celle des périphéries, et aussi les réponses institutionnelles nécessaires à l'évolution de la France : instauration de la proportionnelle dans le système électoral, et surtout création de mécanismes de démocratie directe, non à calquer sur le système suisse, mais à inventer selon le génie propre de la France.

     

    Ce diagnostic, qui est depuis longtemps le mien, est aussi celui de la plupart des observateurs, et cela indépendamment de leur degré d'adhésion ou de rejet face à politique et à la personne de l'actuel Président. Ce qui est né de la révolte contre un homme, son arrogance, son style et ses manières orléanistes, ses prodigieuses errances en matière de taxes et de fiscalité, ne prendra d'intérêt structurel face à l'Histoire que si tout cela permet l'accouchement d'un nouveau monde dans la République française. Ce qui ne signifie pas, à mes yeux, un abandon de la Cinquième République, encore moins un retour à la Quatrième, le désastreux régime des partis.

     

    Regardez les manifestants d'hier. On ne nous montre que la casse, certes abominable, assurément condamnable avec la dernière énergie. Mais la casse, c'est l'écume, En termes d'images, ou de spectacle, c'est vendeur. Mais on sait pertinemment que l'écrasante majorité des Gilets jaunes n'ont rien à voir avec les traditionnels voyous qui, toujours et en tout temps, se greffent sur les mouvements de foule pour déchaîner leur violence ou pratiquer le pillage. Il s'agit d'une casse de droit commun, à traiter comme telle, et à dissocier absolument des revendications légitimes de la masse du mouvement. Ne montrer que la casse, en continu, comme l'ont fait certaines chaînes TV, c'est jouer le jeu du pouvoir, en discréditant l'essentiel, par la puissance dévastatrice de l'image.

     

    La première revendication des Gilets jaunes est sociale. Il lui faudra, dans les heures qui viennent, une réponse sociale. Hausse du SMIC, mesures de justice et d'équité dans la distribution des taxes et des impôts. En clair, quand un Français tourne avec un peu plus de mille euros par mois, et qu'il a besoin de sa voiture pour vivre, il peine à comprendre que l'ancien associé de la Banque Rothschild ait mis tant d’empressement à ce cadeau fiscal aux plus nantis qui marqua les débuts de son quinquennat.

     

    La deuxième dimension est institutionnelle. Elle n'est en aucun cas à dissocier de la première - la dimension sociale - sous prétexte qu'elle est moins urgente, moins viscérale. Il faut regarder l'Histoire de France dans sa continuité : jamais aucun changement institutionnel ne s'est produit à froid, tranquillement, sans avoir été précipité par les forces sociales. Tous les épisodes de la décennie révolutionnaire (1789-1799). notamment ceux des premières années (1789-1794) ont été poussés par l'urgence populaire. Idem, 1830 : changement de régime. Idem, 1848 : changement de régime. Idem, 1870-1871 : changement de régime. Idem, 22 juin 1940 : défaite militaire, politique et morale, la pire de l'Histoire de France. Idem, 25 août 1944 : Libération. Idem, 13 mai 1958 : Comités de Salut public à Alger. Ce ne sont jamais des moments de douce quiétude qui engendrent les grandes réformes institutionnelles.

     

    En sommes-nous là ? Je ne le crois pas. Mais une chose est sûre : si Emmanuel Macron s'imagine qu'il s'en sortira, dans sa prochaine intervention, avec quelques miettes de pain sur le SMIC et les taxes, et qu'il n'annonce pas quelque chose de profondément nouveau pour combler l'incroyable déficit démocratique du pays, alors il aura définitivement échoué devant l'Histoire.

     

    Je terminerai par l'essentiel : j'aime la France. J'aime ce pays, comme j'aime le mien (la Suisse), et comme (pour toutes sortes de raisons) j'aime l'Allemagne. J'aime la France, sa culture, son Histoire incomparable, que j'étudie depuis des décennies. J'aime ses paysages. J'aime cette République qui, depuis 1792 et les Soldats de l'An II, tente contre vents et marées (avec quelques parenthèses) d'imposer ses idéaux face à la jungle, face aux forces de l'Argent, face aux corporatismes, face aux intérêts particuliers, face aux communautarismes. Cette France-là, depuis plus de deux siècles, nous a tant apporté. Nul d'entre nous n'a intérêt à l'écroulement de ce modèle. Nul n'a intérêt au malheur de la France.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • CH-UE : aucune raison de s'exciter !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 07.12.18 - 18.10h

     

    Le Conseil fédéral a parfaitement raison de prendre son temps dans l'affaire de l'Accord cadre institutionnel, un document de 34 pages, issu des négociations avec l'Union européenne. Il annonce aujourd'hui vouloir consulter tous azimuts (les Cantons, les partenaires sociaux, les partis), et il a raison. En sachant que la seule consultation qui vaudra, en la matière, sera, le jour venu, celle du suffrage universel, comme pour tous les grands sujets qui engagent le destin du pays.

     

    Voilà des années qu'en matière européenne, le gouvernement suisse démontre un singulier manque de conduite. Pour dire les choses franchement, entre les années technocratiques de Didier Burkhalter, et les débuts plutôt chaotiques d'Ignazio Cassis, plus personne ne peut décrypter les intentions du Conseil fédéral.

     

    Mais au fond, ce paroxysme de l'illisible n'est pas une mauvaise chose. Et cela, pour une raison simple : l'Accord cadre institutionnel avec l'Union européenne n'excite en Suisse que la toute petite Nomenklatura de la Ville fédérale, avec sa bureaucratie, ainsi que les plus hautes instances du PLR. Autant dire, pas grand monde.

     

    On a beau nous mettre le couteau sous la gorge avec des histoires d'équivalences boursières ou d'accès aux grandes écoles, le peuple suisse a d'autres priorités. Il tient à la souveraineté du pays, et cela n'a nullement été mis en cause par la votation du 25 novembre. Il tient en très faible estime la machinerie bruxelloise. Il n'a aucune intention d'entrer dans un rapport de vassalité avec cette dernière.

     

    Dans ces conditions, le Conseil fédéral a bien raison de prendre, en profondeur, le pouls et la température du pays. Cela exigera le temps qu'il faudra : l'attribut premier de la souveraineté est la maîtrise du calendrier, elle doit venir de la Suisse, non de l'Union européenne. Nous avons une nation, fédérale depuis 170 ans, une culture politique et sociale, nous avons notre Histoire, il n'est pas question qu'une superstructure externe (au demeurant, en voie d'éclatement) nous impose notre rythme de réflexion.

     

    En clair : voilà un dossier qui mérite une maturation interne. Ce document de 34 pages, négocié avec Bruxelles, qu'il fasse le tour de notre pays ! Que chacun, sans se précipiter, prenne position. Le chantage sur les Bourses et les Universités ne saurait en aucune manière nous émouvoir. En un mot comme en mille : il n'y a ni feu au lac, ni la moindre raison de s'exciter.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires
  • L'incomparable fumet du silex

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 06.12.18 - 12.37h

     

    Dans la vie, on ne se lève pas le matin en se disant : "Youpi, aujourd'hui, je vais faire des compromis !".

     

    Non. On se lève avec des convictions. Fortes. Ancrées. Nourries par une vie d'expérience et de jugement. Et puis, ces convictions, si on a choisi d'entrer dans un espace de dialogue (qui pourrait, par exemple, s'appeler un Parlement), on les frotte, on les oppose, aux idées des autres. On se bat ! Et le frottement doit dégager l'incomparable fumet du silex, et nul autre.

     

    Et puis, chacun s'étant courageusement battu, peut-être qu'à la fin, on négocie un compromis. Et puis, peut-être pas.

     

    Mais en aucun cas, on ne se lève le matin, Mesdames et Messieurs les centristes professionnels, en se disant : "Youpi, je vais faire un compromis !".

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • De l'Histoire politique, SVP !

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.12.18

     

    Il est inimaginable que l’Histoire politique soit aussi peu enseignée à l’école. A tous les degrés : primaire, Cycle d’orientation, post-obligatoire (Collège, Ecoles de commerce, etc.).

     

    Je dis bien : l’Histoire politique. J’ai eu la chance, là où j’étais, dans mon école primaire des années soixante, d’être initié très jeune à l’Histoire des guerres, des traités, des alliances. Avec des dates, qui n’étaient certes pas des buts en soi (l’ignorance chronologique ne l’est pas non plus), mais des repères, dans le champ de perspective de la durée. Ce qu’on appelle la diachronie.

     

    Depuis Mai 68, la mode est à l’enseignement de l’Histoire, à travers les sujets de société, Au nom de la valorisation des sources, l’obsession du document, émanant souvent des aspects de la vie privée des gens, tellement parcellaire, a pris une importance telle que, chez beaucoup d’élèves, pourtant fort disposés à la chose historique, la vision politique d’ensemble est très atténuée.

     

    Il faut réhabiliter, dans nos écoles, l’Histoire politique. Je ne dis pas qu’il faille gorger les élèves, comme des oies, de dates. Mais tout de même, un peu de vision chronologique, que diable ! Qu’on leur fasse lire du Thucydide, le lumineux auteur, il y a 25 siècles, de la Guerre du Péloponnèse. Qu’on raconte la Réforme, la Révolution française, les deux Guerres mondiales ! Qu’on réhabilite les grands ensembles ! Certains profs, admirables, le font avec un rare talent, je le sais. Mais j’aimerais tant qu’ils soient plus nombreux !

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 0 commentaire
  • Gilets jaunes ? Non : démocratie directe !

    Imprimer

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.12.18

     

    En France, personne n’a vu venir le phénomène des gilets jaunes. Ni Macron, ni son Premier ministre, ni vous, ni moi. L’irruption, sur les routes du pays, dans les rues des villes, et jusqu’aux Champs-Elysées, de ces manants et croquants surgis des profondeurs, constitue un événement que les historiens retiendront comme quelque chose de nouveau. On a beau agiter les références du passé, l’Histoire de France n’en manque pas, on a beau évoquer les jacqueries médiévales, les foules révolutionnaires de 1789, celles de 1830, la Liberté guidant le Peuple, rien n’y fait : on ne parvient pas à circonscrire intellectuellement un soulèvement populaire qui nous dépasse.

     

    Il faudra bien pourtant le comprendre. Et lui donner une réponse politique. Partie de la hausse du prix de l’essence, engendrant une colère légitime dans les périphéries sous-équipées en transports publics, la grande colère de l’automne 2018 s’est vite transformée en vague de haine contre Macron. C’est lui, maintenant, dont les foules veulent la tête. Les plus modérées exigent une dissolution de l’Assemblée nationale, les autres réclament le départ du Président. Face à cette vague, il est très clair qu’une intervention du chef de l’Etat au journal de 20h ne suffira pas. Nous n’en sommes plus là : le peuple veut du concret, sonnant et trébuchant, sans tarder.

     

    Face à cette déferlante, nous, les Suisses, sommes spectateurs. Tous en tête, nous avons une question : « Aurons-nous des gilets jaunes dans notre pays ? ». Nul n’a la réponse. Mais une chose est sûre : nous avons, en Suisse, la chance exceptionnelle d’avoir la démocratie directe. Elle n’empêche pas les manifestations de rue, mais elle en atténue grandement la probabilité et surtout la fréquence. Le droit de référendum permet d’attaquer une loi parlementaire. Bien mieux : celui d’initiative donne au peuple la possibilité de lancer sur la place publique, à l’échelon du pays tout entier, des thèmes tabous, volontairement oubliés par la classe politique. Tout cela constitue des soupapes, orientant la pression non vers les clameurs de la rue, mais, concernant les initiatives, vers un changement de la Constitution. Vous vous rendez compte : en Suisse ce sont le peuple et les cantons qui modifient la Charte fondamentale du pays !

     

    Nous ne sommes pourtant pas, par nature, un peuple plus sage, ni plus tranquille, que n’importe quel autre. Notre Histoire, pour qui veut bien la considérer dans sa réalité sociale plutôt que dans ses mythes, est jalonnée de combats, de douleurs, de cicatrices. Notre corps social n’est pas moins explosif qu’un autre. Mais nous avons la démocratie directe, comme antidote. De grâce, n’en diminuons en rien la marge d’action. Au contraire : planchons, dans les années et les décennies qui viennent, pour une extension de ses compétences. C’est un outil de légitimité profonde. Encore faut-il en accepter, tous les trois mois, les verdicts, sans jouer aux mauvais perdants. Vaste programme !

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 4 commentaires