Liberté - Page 8

  • Mais oui, mes agneaux, vous avez gagné !

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    Sur le vif - Mercredi 29.05.19 - 15.58h

     

    Il faut surtout laisser croire aux macroniens et autres européistes qu'ils ont gagné. Car oui, depuis dimanche soir, arriver deuxième, alors qu'on avait fait une affaire personnelle de finir premier, c'est une victoire.

    Mais oui, mes anges, vous avez gagné. Surtout ne changez rien. Surtout ne pas écouter la puissante exigence, depuis des mois, de justice sociale et de renouveau démocratique. Surtout, ne rien faire.

    Mais oui, doux chérubins, vous êtes les vainqueurs. La seule chose à retenir du scrutin de dimanche, vous soufflent vos courtisans (jusqu'en Suisse, d'ailleurs), c'est que vous avez éliminé la gauche et la droite traditionnelles, ce qu'au demeurant vous fîtes déjà en mai 2017. Que la droite nationale, populaire et souverainiste arrive en tête, devant vous, malgré votre défi de l'endiguer, ne compte pour rien : les vrais vainqueurs, c'est vous ; les vrais vainqueurs, c'est vous ; les vrais vainqueurs, c'est vous.

    Mais oui, mes chers archanges du cosmopolitisme, vous avez terrassé la bête. Saint Georges, face au Dragon ! D'ici la réélection triomphale de Macron, en mai 2022, vous n'avez plus rien à faire. Surtout, ne bougez pas. Dormez bien.

    Mais oui, mes séraphins, vous êtes les caïds. Reposez-vous, vous l'avez bien mérité. N'écoutez plus les colères sociales, ni l'aspiration renaissante à la nation. Endormez-vous sur le doux parfum de laurier de cette magnifique deuxième place. Continuez à cirer les pompes de Macron, lustrez à fond, il en aura besoin pour prendre, dans les chancelleries feutrées d'Europe, son pied géant de prince de l'orléanisme.

    Attendez le printemps 2022. Ne bougez plus. Fermez vos âmes aux noires colères qui montent. Et laissez la rivale de M. Macron, les forces sociales et les bannis de votre petit monde faire leur boulot.

     

    Surtout, ne bougez plus. Ils s'occupent de tout.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le pire de tout : l'autocensure

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     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.05.19

     

    La censure existe, elle est partout. Seulement voyez-vous, elle ne se niche pas vraiment là où on croit. L’idée d’un commentateur, ou d’un éditorialiste, qui n’oserait pas tout dire parce qu’une force occulte lui maintiendrait un couteau sous la gorge, relève du mythe. L’idée d’un Big Brother, quelque part dans le monde politique ou les puissances financières, qui nous tiendrait sous influence, ne résiste pas non plus à l’examen du réel. Nous sommes dans un pays libre, le droit à l’expression est garanti, ne soyons pas paranos en allant chercher à l’extérieur de nous-mêmes les forces de coercition qui tenteraient de nous réduire au silence.

     

    Pourtant, la censure existe. De nos jours, plus violente que jamais. Et c’est à l’intérieur de chacun de nous-mêmes que nous devons aller la chercher. Car la pire de toutes les pressions, pour taire un sujet ou réprimer l’envie de le traiter, c’est l’autocensure. Les miradors ne nous sont pas externes : ils s’érigent et veillent en chacune de nos âmes. Parce que celui qui prend la plume, ou donne de la voix, s’expose à la mitraille. C’est le sort de ceux qui s’arrachent à la tranchée. Il faut savoir ce que l’on veut : prendre position, ou s’en abstenir. Chacun est libre. Il faut juste connaître les risques, l’état du terrain, la puissance de feu chez l’ennemi. Ensuite, chacun décide : entrer dans la mêlée, ou non.

     

    Oui, la censure existe. Celle que chacun d’entre nous s’applique à lui-même. Chacun de nous, je l’affirme, en commençant bien sûr par m’y inclure, passe volontairement sous silence certains sujets, non par lâcheté (le mot serait trop fort), mais par souci de ménager son petit confort. C’est un tort, dans une fonction où il faudrait que tout puisse être dit, mais c’est ainsi. S’éviter les emmerdes. Ou les brûlures d’estomac. Ou les insomnies. Ou les engueulades à n’en plus finir. Alors, sur certains sujets, on décide soi-même de se la coincer. On se dit qu’on les abordera un jour. Mais pas là, pas maintenant, pas aujourd’hui.

     

    La censure existe, elle fait partie de nous. Tenez, le rôle des pairs, ceux qui exercent le même métier que vous : surtout ne pas les froisser, ne pas se foutre en pétard avec la profession. Ne pas s’attaquer aux modes ambiantes, écrasantes de consensus : le climat, par exemple. On pourrait en citer d’autres. Pourtant, même dans ces domaines, le courage d’une position minoritaire ne nous vaudrait ni la prison, ni l’ostracisme : nous sommes en Suisse. Mais risquer son image auprès de ses pairs, c’est bien là le problème. Trop nombreux, parmi nous, ceux qui écrivent pour leurs seuls semblables, et non pour l’ensemble des femmes et des hommes qui voudraient bien nous lire. Oui, l’autocensure sent le renfermé, la naphtaline. Demeurer dans le cercle. Ne pas froisser la famille. Rester dans le réseau. Phénomène auquel nul n’échappe. C’est cela, l’autocensure, le problème no 1 de ceux qui prennent position dans l’espace public. En chacun de nous, l’ombre intime et secrète d’un mirador.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'Europe, paradoxe amoureux

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    Sur le vif - Mardi 28.02.19 - 15.36h

     

    Ici, l'un de mes paradoxes. La question européenne me passionne, de façon continue, depuis l'adolescence. En Allemagne, à l'âge de juste seize ans, j'avais rédigé une longue dissertation, en allemand, sur l'Europe à construire, j'avais même eu l'honneur d'être primé pour ce texte. Le jeune homme de 1974, à deux ans de sa Maturité, n'est évidemment pas le même que l'homme d'aujourd'hui, dont vous connaissez le scepticisme - le mot est faible - sur la machine appelée Union européenne.

    Mais une chose est sûre : 45 ans après ce texte, qui plaidait avec vigueur pour la réconciliation franco-allemande, pour une Europe des peuples et des cœurs (dans laquelle j'incluais la Suisse), une Europe de Dante et de Goethe, je me rends compte que j'ai passé ma vie à réfléchir sur le destin de ce continent qui est le nôtre.

    Je suis Genevois d'origine valaisanne, je suis Suisse, et je suis aussi, du fond de mes fibres, profondément européen. Entendez que je me sens de ce continent. Je m'y sens à Genève, ma ville natale, en position totalement centrale, traversée par les grandes lames historiques qui ont déferlé sur l'Europe : les grands ordres chrétiens, l'imprimerie, l'humanisme, la Réforme, la Contre-Réforme, les Lumières, la Révolution française, le Romantisme, la Révolution industrielle, les grands principes républicains, les deux Guerres mondiales, etc.

    Européens, nous sommes. Mais puissamment sceptiques sur la machinerie actuelle de l'UE, nous sommes aussi, pour un très grand nombre d'entre nous. J'ai suivi Jean-Pascal Delamuraz, en 1992, sur l'Espace économique européen, j'ai plaidé pour le oui, voté oui, je ne renie rien de cela. Jusqu'en 1992, jusqu'à Maastricht, jusqu'à l'avènement de cette Europe monétaire et libérale, au services des intérêts économiques et financiers d'une Allemagne en pleine renaissance politique (depuis le 9 novembre 1989), j'étais favorable à la construction européenne.

    Et puis, tout a basculé. Ils ont voulu construire l'Europe sur le marché, sur le dogme libéral, sur la destruction des services publics, ils se sont dit que le reste allait suivre. Évidemment, non ! C'est le sang versé dans une communauté de destin, un rapport à ses morts, à la mémoire, à l'identité profonde, à la narration de son Histoire, qui crée les nations, et non le volontarisme de quelques horlogers célestes de la pensée. On a mis du marché partout, on en a fait un but un soi, on s'est prosterné devant le Veau d'or, comme l'avait fait le frère de Moïse, on a voulu faire du fric et du profit, on n'a plus écouté les peuples, on voit le résultat.

    L'Europe dont je rêve, et qui n'adviendra pas avant de longues générations, doit être celle des lois sociales de Bismarck comme celle de l'Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII (1891), celle des grands principes républicains issus de la Révolution française, celle de la démocratie directe et du fédéralisme suisses, celle de la traduction de la Bible en allemand par Luther, celle des des Psaumes de Bach, celle des oratorios de Haendel, celle des Frères Grimm, celle de Brecht et celle de Hölderlin, celle de Wagner et celle de Debussy. Les échanges Erasmus, c'est bien joli, mais c'est à l'échelle de l'ensemble des peuples qu'il faut, dans les siècles qui viennent, produire ce prodigieux mélange. Et non pour la seule caste privilégiée des étudiants.

    Nous avons besoin d'hommes et de femmes de coeur et de culture, pétris d'Histoire et d'imagination, car "seule la tradition est révolutionnaire" (Péguy). L'Europe des marchés, l'Europe des marchands du Temple, l'Europe de l'usure et du profit, vous pouvez oublier : l'Europe sera sociale, égalitaire et fraternelle, culturelle, ou elle ne sera pas. Pour advenir, elle devra dépasser la nation dans l'ordre de l'émotion : nous en sommes encore si loin.

    Voilà. On peut être l'un des Suisses romands les plus notoirement eurosceptiques, et en même temps un passionné viscéral de notre identité continentale. Je vous avais avertis : ce texte est l'histoire d'un paradoxe. Mais dans la vie, rien n'est jamais très simple.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Macron, terrassé par Macron

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    Sur le vif - Lundi 27.05.19 - 12.51h

     

    Strictement personne ne demandait à Macron de transformer cette élection européenne en plébiscite pour ou contre sa personne. C'est lui qui a défié Marine Le Pen, en faisant savoir que sa liste à lui devait arriver en tête.

    Sa liste à lui, celle de Mme Loiseau, n'est pas arrivée en tête. Malgré un tintamarre de propagande rarement atteint. Dont acte. Macron a perdu.

    Il n'a pas perdu, face à l'Histoire. Les élections européennes désavouent presque toujours les pouvoirs en place. Mais il a perdu, face au pari qu'il s'était lui-même lancé, sans doute par orgueil. Cécité du prince, dans l'éblouissement solaire de sa Galerie des Glaces.

    Macron n'a pas perdu son quinquennat, il peut bien rester jusqu'en 2022, jusqu'à la belle. Il a juste perdu face à lui-même. Tel Icare, il s'est trop approché du soleil. Il s'est brûlé les ailes.

    Il pourra se consoler en invitant BHL et Cohn-Bendit psalmodier ses louanges. Dans la Galerie des Glaces.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Rappel de mes positions, depuis 30 ans

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    Sur le vif - Dimanche 26.05.19 - 14.03h

     

    Voici mes engagements éditoriaux de ces trente dernières années (j'aurais pu remonter bien au-delà, et même jusqu'à mon éveil politique, en décembre 1965). Chacun d'entre eux a été défendu oralement, dans des commentaires radio, ou par écrit, dans des journaux. Ou, depuis que cela existe, sur mon blog ou sur ce réseau social :

     

    * 1989 - Très sceptique sur la réunification allemande, si elle doit se résumer à un triomphe du capitalisme et un phagocytage de la DDR par le bloc libéral et atlantiste de l'Ouest.

    * 1990 - Appel à ne pas mépriser les intérêts des Slaves - les Serbes, notamment - dans l'effondrement programmé de la Yougoslavie. Ligne éditoriale maintenue pendant toutes les guerres balkaniques des années 90, puis au-delà. Pendant toutes ces années-là, alors que les événements sont en cours, condamnation de l'OTAN et du rôle de l'Allemagne dans le démembrement de l'ex-Yougoslavie.

    * 1992 - Favorable (eh oui !) à l'Espace économique européen. Il est vrai que j'étais sous influence de l'homme dont je couvrais passionnément la campagne, Jean-Pascal Delamuraz.

    * 1992 - Contre l'Europe de Maastricht. Pour Séguin, contre Mitterrand, dans le fameux débat.

    * 1995 - Pour un Etat palestinien. Je l'étais déjà bien auparavant. Je le suis, plus que jamais.

    * 1999 - Contre les bombardements de la Serbie par les avions de "l'OTAN". Contre la diabolisation des Serbes dans les conflits balkaniques. Contre le rôle des services secrets allemands dans le conflit du Kosovo.

    * 2003 - Dans un retentissant article de la Revue Choisir, "Ma Colère", contre l'expédition américaine en Irak.

    * 2008 - Contre la mise en icône de Barack Obama. Plus tard, contre son Nobel. Pas défavorable à ses percées diplomatiques, notamment Cuba et l'Iran.

    * 2014 - Pour l'initiative du 9 février sur l'immigration de masse, acceptée par le peuple et les cantons.

    * 2015 - Violemment contre la politique migratoire de Mme Merkel. Dès les événements, je souligne les conséquences dévastatrices, dans les années à venir, sur le corps social allemand, notamment en Prusse et en Saxe, dans les Länder de l'ex-DDR (pays que je connais).

    * 2016 - Contre la mise en icône de Mme Clinton, et la diabolisation de M. Trump.

    * 2017 - Contre Macron. Que je perçois et décris, dès la campagne, comme une pure créature des milieux d'affaires cosmopolites.

    * 2019 - Pour le réveil démocratique des peuples d'Europe.

     

    Ce petit rappel, loin d'être exhaustif, parce que je commence à en avoir plus qu'assez d'entendre des confrères ou consœurs, s'arrogeant le droit de parler au nom de tous les journalistes, ou tous les éditorialistes, dire : " Nous n'avons pas vu venir ceci, nous n'avons pas vu venir cela, nous avons tous combattu Trump, etc.". Comme si la corporation formait un blog idéologique monolithique.

    Dans l'espace éditorial, trop facile de se réfugier derrière le "nous", cette socialisation des pertes, lorsque rétrospectivement on se rend compte qu'on a eu tort. Il faut assumer le "je", du début jusqu'à la fin.

    J'invite chacun de mes confrères, ou consœurs, à procéder, eux aussi, à un tel résumé de leurs positions. Juste pour que les choses soient claires, sur la durée.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ces milliards, qui va les payer ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.05.19

     

    Un chèque en blanc. C’est ce que le peuple genevois a décidé de signer, ce dimanche 19 mai, pour les retraites des fonctionnaires du canton. Le seul choix qu’on lui proposait était de trancher entre les milliards de la droite et du Conseil d’Etat, et ceux de la gauche et du MCG. Comme le Parlement, il a dit oui aux deux. Et, dans la petite croix de la question subsidiaire (lequel préférez-vous si les deux passent ?), il a opté pour la seconde solution. Dont acte. Nous sommes des démocrates, nous respectons les décisions populaires. Mais nous sommes aussi des hommes et des femmes libres, avec un esprit indépendant, un cœur ardent, et une farouche révolte contre toute espèce de censure dans la formulation de nos questions. En voici une, toute simple : ces milliards, qui va les payer, où les trouverons-nous ?

     

    A cette question, c’est terrible à dire, mais la classe politique d’aujourd’hui n’a pas la réponse. Dans le débat du Parlement, qui s’est terminé par un non-lieu (l’acceptation de deux lois parfaitement contradictoires), personne n’était capable de garantir les conditions exactes du financement de ce qu’on appelle pudiquement « recapitalisation », entendez faire passer à la caisse le contribuable, pour les retraites des fonctionnaires. On nous a sorti des calendriers de paiement, dans les années et les décennies futures, à coups de centaines de millions cumulés, en sachant fort bien que ces sommes colossales, dans l’état actuel de nos finances et de notre endettement, nous n’en disposons tout simplement pas.

     

    Alors, qui va payer ? La réponse est simple : le contribuable, bien entendu ! Donc, vous et moi. Et dans les contribuables, au premier rang du front, la si tendre chair à canon de la classe moyenne qui travaille. Oui, celle-là même dont nous vous parlions ici, la semaine dernière. Pas les assistés ! Pas les nababs ! Non, tous ceux, entre ces deux couches, qui se lèvent pour aller bosser, parfois durement, gagnent un peu d’argent (c’est la moindre des choses), bossent encore un peu plus pour en gagner davantage, et finalement sont ponctionnés, de façon inconsidérée, sur leur boulot. Sur la sueur de leur front ! Et c’est cela qui ne va plus. Et c’est là que gisent les germes des révoltes de demain.

     

    Exemple : les petits entrepreneurs, les indépendants. Ils bossent dur comme fer. Ils sont en souci toute l’année pour leur boîte. Ils ont peur de tomber malades. Ils vérifient trois fois, en partant, si la porte de leur local de travail est fermée. Ils ont investi, sur leurs fonds propres, dans des locaux, du matériel. Ils n’ont nulle garantie de pouvoir garder leurs mandats. Ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Seuls, ils financent intégralement – et non paritairement – leurs retraites. Les taxes, les impôts, les charges, ils ne connaissent que cela. Et maintenant, comme contribuables, ils devront encore davantage financer les retraites des fonctionnaires. Moi je dis attention : il y a un moment où la marmite va exploser. Ici, nous vous aurons au moins avertis.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Deux siècles, un bel âge pour mourir

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    Sur le vif - Lundi 20.05.19 - 14.20h

     

    Il y a eu, bien sûr, sous Louis XIII, en 1629, le premier journal, avec la Gazette, de Théophraste Renaudot. Mais enfin, c'est aller un peu loin que de faire remonter au temps des Mousquetaires l'avènement du journalisme. Je me suis penché, comme on sait, sur l'Histoire de mon propre métier, notamment le rôle des journaux au moment de l'Affaire Dreyfus, entre 1894 et 1906. Ce fut sans doute, en termes de pénétration et d'influence, leur apogée.

     

    Non, le métier de journaliste ne date pas de Louis XIII, ni même du temps héroïque des pamphlets contre le pouvoir absolu, Louis XV puis Louis XVI, dans les décennies ayant précédé - et annoncé - la Révolution. Il date, plus sérieusement, des années Balzac (qui ne l'épargne pas, notamment dans ses Illusions perdues), puis de la Révolution industrielle, l'essor des rotatives, la possibilité d'investir et capitaliser dans une entreprise de presse. Bref, le dix-neuvième siècle.

     

    Allez, disons que le journalisme, comme métier, commence à poindre au début de la Restauration, après la chute de l'Empire (1815). Ce qui lui donne deux siècles d'existence. C'est moins qu'un vieux chêne, encore moins qu'un séquoia. Mais c'est nettement mieux qu'une vie humaine.

     

    Mourir, mais qui parle de mourir ? Réponse : moi, ici et maintenant. J'ai beau avoir consacré ma jeunesse à la collection frénétique des vieux journaux, en avoir lu des milliers d'exemplaires pour ma Série de 1994 sur l'Affaire Dreyfus, avoir passé toute ma vie professionnelle dans ce magnifique métier, je ne le tiens pas pour éternel. Je le tiens même pour éminemment mortel. Je le tiens même pour bientôt mort.

     

    Il n'a y pas à s'en émouvoir. Ce qui naît, puis vit, est promis à mourir. C'est valable pour un humain. Et aussi pour une profession. Elle correspond à des besoins, épouse les contours d'une époque, vit et palpite avec elle. Et puis, arrive un temps où le besoin n'est plus si pressant. Par exemple, en l'espèce, parce que le métier a totalement perdu - ce qui est une bonne chose - son monopole de la médiation, ainsi en ont voulu les nouvelles techniques de communication. Le journalisme est né d'une technique devenue industrielle (l'imprimerie), il se meurt face à l'avènement d'autres techniques : la mise en réseau, la numérisation.

     

    Il n'y a là rien de grave, c'est la vie. Il n'y a que les journalistes, et leurs corporations, pour gémir à n'en plus finir sur la lente disparition de leur métier. A eux de s'adapter. A eux de se battre, par exemple, pour la liberté d'opinion, en la pratiquant au jour le jour, ce qui peut aisément se faire hors des colonnes des journaux, hors de l'appartenance à une rédaction. La liberté d'expression est universelle, chaque femme et chaque homme y a droit, pas seulement les éditorialistes des journaux.

     

    Le liberté de chercher, gratter, sortir des informations d'intérêt public, est tout aussi universelle. Elle ne saurait en aucun cas être réservée à une seule caste, qui, sous prétexte "d'investigation", aurait, plus que toute citoyenne, tout citoyen, le droit de se renseigner sur autrui. Les seuls qui croient encore à l'exclusivité professionnelle de ce droit (totalement autoproclamé) sont les journalistes eux-mêmes, et leurs corporations.

     

    Je pratiquerai mon métier jusqu'au bout, j'ai en moi la passion. Mais nous tous, les journalistes comme le journalisme, allons mourir, c'est naturel, c'est ainsi. Dans les temps futurs, d'autres postures de médiation naîtront et vivront. Et puis, un jour aussi, mourront. Nous n'aurons tous été que les passagers distraits du réel qui se dérobe. Il n'y a là rien de grave. Nous aurons, chacun de nous, assumé notre mission. Dans la légèreté futile du temps qui passe.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Indépendants, réveillez-vous !

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    Sur le vif - Dimanche 19.05.19 - 15.17h

     

    A Genève, le message est clair : il va falloir mettre des milliards pour les retraites des fonctionnaires. Le peuple a dit oui aux milliards de la droite et du Conseil d'Etat, il a dit oui aux milliards de la gauche et du MCG. Par la question subsidiaire, il a favorisé cette deuxième solution.

     

    Ces milliards, qui va les payer ? Les contribuables, évidemment ! Les fonctionnaires-contribuables vont payer leur propres retraites. Les employés du privé vont payer, comme contribuables, les retraites des fonctionnaires. Et, élément de loin le plus sensible et le plus révoltant : les petits entrepreneurs, les indépendants, qui doivent financer intégralement leurs retraites, premier et deuxième pilier (s'ils en ont un), vont, en plus de tout ce qu'ils payent déjà à longueur d'année (perte de gain, charges, taxes, etc.), payer encore plus, comme contribuables, pour les retraites des fonctionnaires !

     

    Genève met des milliards pour les retraites de ses fonctionnaires. Pourra-t-elle le financer autrement qu'en augmentant encore des impôts qui étranglent déjà totalement la classe moyenne ? Va-t-elle encore s'en prendre à la fiscalité du travail, en clair ponctionner ceux qui bossent, et parmi eux, saigner ceux qui ont pris le risque économique, ceux qui ont osé entreprendre, et qui se retrouvent les universelles vaches à lait du système ?

     

    Indépendants genevois, petits entrepreneurs, réveillez-vous ! Unissez-vous ! Donnez de la voix ! Il y a la place, à Genève, pour un parti des indépendants, appelez cela du poujadisme mode 1956 si vous voulez, ça m'est parfaitement égal. Puisque les partis de la droite économique ont choisi de cirer les pompes des multinationales et ne s'occupent plus guère des petits entrepreneurs, il y a lieu de créer un nouvel espace politique qui défende l'indépendance économique, l'audace d'entreprendre, le courage de bosser.

     

    Et s'il faut demander un redimensionnement de l'Etat, eh bien nous le demanderons. La classe moyenne, les petits indépendants, les entrepreneurs courageux, ça existe ! Et il va rudement falloir que ça se sache.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Parlement européen : 27 fois inutile !

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    Sur le vif - Samedi 18.05.19 - 16.14h
     
     
    La bonne vieille démocratie représentative, celle qui nous amène, depuis deux siècles, à envoyer des gens siéger dans des Parlements, n'en a déjà plus pour très longtemps. Quelques décennies, bien sûr, peut-être même un siècle ou deux, les grands mouvements de la politique sont lents. Et j'ai déjà fait part maintes fois, ici, de ma vision d'avenir : un élargissement et un approfondissement, dans les générations futures, de la démocratie directe. En lien - c'est une condition sine qua non - avec une élévation du niveau général de connaissance historique et politique, chez les citoyens.
     
     
    Oui, nos corps intermédiaires, dans la France de Macron par exemple, sont à bout de souffle. Rassurez-vous, c'est loin d'être la première fois. Ils l'étaient déjà à la fin des années trente, à l'approche de la Seconde Guerre mondiale. Ils l'étaient, bien plus encore, au début du printemps 1958, lorsque la Quatrième République exsangue, incapable de résoudre la question algérienne, a créé elle-même - par son inexistence - les conditions du retour de l'homme qui, quatorze ans plus tôt, avait sauvé la République.
     
     
    Ils sont exsangues, déjà dans l'ordre de la représentation nationale. Dans un régime qui, depuis six décennies, condamne les parlementaires à n'être que les godillots de l'exécutif (sauf en période de cohabitation, finalement équilibrée et fructueuse), il est très clair que le statut de député n'est pas le plus enviable. Le pire : député de la majorité, aligné couvert. Triste spectacle, souvent, indigne de Montesquieu, et de tous les grands discours sur le contre-pouvoir. A noter qu'à Genève, nous n'avons guère de grande leçon à leur donner, quand on voit l'obédience - je pèse mes mots - de certains députés, y compris dans les commissions de contrôle, par rapport à leurs magistrats exécutifs.
     
     
    Ils sont déjà exsangues, en France, au niveau national. Mais alors, que dire du statut, impérial dans l'ordre de la vacuité, de député européen ? Pourquoi ne pas dire les choses telles qu'elles sont ? La vérité, c'est que le Parlement européen ne sert à rien. Si ce n'est à gesticuler autour de directives sécrétées par une administration en vase clos, dépourvue de toute légitimité populaire, n'incarnant nulle identité fédératrice, nulle mémoire commune, nulle valeur partagée, nul culte des morts de nature à rassembler les âmes, nulle vision d'avenir, nulle passion.
     
     
    D'ailleurs, la majorité politique qui sortira du futur Parlement européen, dimanche 26 mai, n'a strictement aucune importance. Que la fédération artificielle des droites gentilles l'emporte sur l'artificielle fédération des gauches gentilles, ou le contraire, est parfaitement indifférent. Les seuls tests qui vont intéresser les gens se feront nation par nation, donc dans 27 singularités différentes. Pour la France, par exemple, la liste de Mme Le Pen v-a-telle l'emporter sur celle (par godillots interposés) de M. Macron ? Cet exemple, multiplié par 27.
     
     
    L'extraordinaire excitation autour des "élections européennes" se ramène donc à la conjonction de 27 sondages d'opinion nationaux, 27 plébiscites ou rejets de 27 pouvoirs en place. C'est tout. Au demeurant, les émissaires iront, quelques années, peupler les bancs de Strasbourg pour soutenir et alimenter leurs ambitions nationales. Ils seront les servants zélés d'une Europe en panne.
     
     
    Dans cette Europe, pas de pouvoir personnel. Non. Juste la conjonction de quelques centaines d'impuissances impersonnelles. La déchéance de la démocratie représentative, multipliée par l'absolue vanité d'une fonction qui fait peut-être bien sur une carte de visite. Mais qui ne sert à rien.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     

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  • Mieux que l'anglais : l'allemand et le grec !

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    Sur le vif - Vendredi 17.07.19 - 19.42h

     

    Si le Président de la Confédération est romand, qu'il parle français. S'il est alémanique, qu'il parle allemand. S'il est italophone, du Tessin ou des Grisons, qu'il parle italien. S'il est romanche, qu'il parle romanche. Je parle moi-même deux de ces langues, presque trois avec l'italien.

     

    Mais rien, strictement rien, n'oblige le Président de la Confédération suisse à parler anglais. Cette langue ne s'est imposée comme langue mondiale que pour des raisons politiques, parfaitement circonscrites entre le début du 19ème siècle (expansion coloniale britannique) et aujourd'hui. Au 20ème siècle, avec le rôle des États-Unis, elle a explosé.

     

    Rien ne prédestine l'anglais à demeurer éternellement la langue mondiale qu'elle est aujourd'hui. Tout dépend des jeux d'influence politique dans les générations à venir, et nul d'entre nous ne peut les prévoir.

     

    En tout cas, une chose est sûre. De même que François Mitterrand n'a parlé toute sa vie que le français, y compris dans les Sommets internationaux pendant ses 14 ans de présidence, de même le Président suisse ne doit pas craindre de parler sa langue maternelle. Ça donnera du travail à un interprète, qui est là pour ça, et c'est très bien ainsi.

     

    Surtout, tous ensemble, interrogeons-nous, dans les décennies qui viennent, sur cette espèce de mythe de l'intangible primauté de l'anglais. Comprenons bien qu'il est le résultat d'un rapport de forces politiques depuis deux siècles (au 18ème, la langue des diplomates et des chancelleries était le français).

     

    Comprenons que l'allemand, superbe langue, est sûrement appelée à redevenir très forte sur le continent. Laissons chanter en nos âmes la langue italienne. Lisons le grec, le moderne comme l'ancien, j'ai ce privilège. Initions-nous à l'hébreu ou à l'arabe. Et laissons les hommes d'affaires, pour quelques générations encore sans doute, régler leurs petites choses en anglais.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La sale guerre des Etats-Unis contre l'Iran

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    Sur le vif - Vendredi 17.05.19 - 10-48h

     

    Il n'y a pas de "montée de la tension entre les États-Unis et l'Iran". Il y a la volonté, démoniaque et mûrie depuis des années (bien avant Trump), par certains milieux américains bien précis, de mener une guerre totale contre l'Iran.

     

    Regardez la carte : l'Iran, puissance millénaire du Moyen-Orient, est littéralement cernée, sur toutes ses frontières, par des bases américaines. Donc, par la puissance de feu d'un pays situé à plus de dix-mille kilomètres d'elle. Ces bases ne sont pas là par hasard, elles n'ont pas surgi toutes seules de la terre. Elles sont le fruit de longues années de mise en place d'une stratégie offensive américaine. Prête à ouvrir le feu, le jour où l'option guerre sera décidée en haut lieu.

     

    Des milieux bien précis, aux États-Unis, veulent la perte de l'Iran. Avant Trump, et pendant Trump. Parmi eux, les soutiens américains de l’État d'Israël. C'est un fait. Ces soutiens, Trump en a besoin pour sa campagne de réélection, en 2020. Alors, il intensifie les préparatifs d'une guerre totale contre l'Iran.

     

    Les États-Unis n'ont rien à faire sur le théâtre d'opérations du Proche et du Moyen-Orient. Il est loin, hélas, le temps de leurs diplomates cultivés, qui, dans les années 50, puis au début des années 70, abordaient l'Orient compliqué avec la connaissance historique et le bagage culturel indispensables à en saisir les enjeux. Par exemple, une connaissance intime des langues arabe et persane.

     

    Oui, les États-Unis ont eu, dans les premières années de l'après-guerre, pendant une courte période de leur Histoire, une politique intelligente et renseignée sur cette région du monde. Aujourd'hui, c'est fini.

     

    L'Iran est, au Moyen Orient, une grande puissance d'arbitrage de la région. Plusieurs fois millénaire, la vieille Perse, qui ne se réduit en aucun cas au régime en place, n'a strictement aucune leçon à recevoir des États-Unis d'Amérique. Ni dans la conduite de sa politique. Ni dans le choix de ses gouvernants. Ni dans ses relations avec ses voisins. Encore moins dans les domaines de la science, de la formation et de la culture, où elle excelle.

     

    La guerre que nous préparent les États-Unis contre l'Iran est une sale guerre. Comme le fut l'expédition du printemps 2003 contre l'Irak, que nous n'étions pas nombreux, ici, à condamner avec la dernière vigueur. Comme le furent, au printemps 1999, les bombardements "de l'OTAN" sur la Serbie. Que nous étions ultra-minoritaires, ici, à condamner avec la plus féroce des colères.

     

    Nous, les Suisses, devons clairement dire non à cette future guerre impérialiste et hégémonique des États-Unis - et de leur allié au Proche-Orient - contre l'Iran. La neutralité, oui. La lâcheté complice et coupable, non.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Il s'éloigne, le temps des Gueux !

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    Sur le vif - Mercredi 15.05.19 - 15.19h

     

     

    Depuis hier soir, un Président MCG du Grand Conseil, Jean-Marie Voumard. Et un Président MCG du Conseil municipal de Vernier, deuxième Ville du Canton, plus de 35'000 habitants, François Ambrosio. A quoi s'ajoute - sans être exhaustif - un conseiller d'Etat MCG, Mauro Poggia, reconnu pour sa capacité de travail et sa compétence.

     

    Il s'éloigne, le temps des Gueux ! Le temps où les notables de ce canton, principalement dans l'Entente et chez les Verts, bref les partis de bonne vieille horizontalité dans le partage du gâteau, se permettaient, à longueur d'année, de conspuer les "populistes" du MCG. On les prenait de haut ! On s'en riait, en caquetant. On les vitupérait. On ironisait.

     

    Aujourd'hui, 15 mai 2019, quel parti vient de faire, pendant des mois, la une de l'actualité des Revues à Genève ? Le MCG ? Non, le PLR ! C'est lui dont un conseiller d'Etat a méchamment défrayé la chronique. Lui qui s'est déchiré pour la présidence. Lui dont certains réseaux occultes ont fait parler d'eux.

     

    Pendant ce temps, le MCG, moins lustré de décennies patriciennes, moins ancré dans les souterrains lumineux du compagnonnage, a fait son petit bonhomme de chemin. Un peu comme dans la Théogonie d'Hésiode, il a eu son temps des dieux, son temps des héros, son temps des combats titanesques. Et puis, toujours comme chez Hésiode, ce grand poète de l'époque archaïque de la Grèce (8ème siècle avant JC), dont je vous recommande la lecture (Éditions Belles-Lettres, bilingue, par exemple), il y a eu le temps, moins héroïque mais plus pragmatique, des Travaux et des Jours. Dans les communes, au niveau cantonal, et même fédéral (avec M. Golay), les gens ont fait leur boulot.

     

    Résultat : un Président du Grand Conseil respecté de tous. Un conseiller d'Etat véritable poids-lourd du collège. Un conseiller national sérieux et travailleur. Les fatigues patriciennes, pendant ce temps, ont sonné la retraite. Les partis raisonnables ont sombré dans le bruit et la fureur. Et le MCG, voyez-vous, est toujours là.

     

    Il n'y a toujours pas de toilettes dans toutes les gares du CEVA. Mais il y a toujours, à Genève, un mouvement protestataire. Ce qui est nouveau, c'est qu'il est devenu bien plus constructif que ceux qui, à vie, s'imaginaient "gouvernementaux". Il s'éloigne, oui, le temps des Gueux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Genève : la classe moyenne étouffe !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.05.19

     

    Payer, payer et encore payer. Payer son loyer, dans une ville où ils sont hors de prix. Payer ses primes d’assurance maladie, cauchemar no1 des Suisses. Payer des impôts qui étouffent la classe moyenne laborieuse, à Genève. Payer des assurances dont la plupart sont totalement inutiles, mais voilà, nous, les Suisses, sommes de grands trouillards devant l’Eternel, alors nous payons la rançon de nos peurs. Payer les assurances sociales. Payer pour des retraites dont nous ne sommes pas sûrs, avec la baisse des taux de conversion, de voir la couleur. Payer sur nos revenus, ou nos salaires. Voir le fruit de notre travail passer, filer, s’envoler, s’évaporer. N’avoir qu’un pouvoir d’achat fort limité. Ne rien pouvoir mettre de côté. Tel est le lot, à Genève, de la classe moyenne qui travaille. C’est éreintant. Et passablement désespérant.

     

    Je parle ici des gens qui travaillent. D’un côté, c’est évidemment une chance, et nous devons penser à ceux de nos concitoyens qui cherchent un emploi, et n’en trouvent pas : pour eux, c’est encore une autre paire de manches. Mais le travail, avec un salaire (pour un employé) ou un revenu (pour un indépendant), bref du gain financier à la fin du mois, à quoi sert-il, si c’est pour donner aux gens le sentiment de n’être plus que des vaches à traire ? A quoi sert-il, si c’est juste pour en voir passer la plus grande part, trottiner sous nos yeux, se dérober ? Et s’en aller grossir d’immenses caisses communes, qui vous donnent l’impression, hommes et femmes actifs des classes laborieuses, de ne jamais rien faire pour vous. Et on vient nous parler du CEVA, sans toilettes ! Et on vient nous parler du milliard pour le « fonds de cohésion de l’Union européenne », des eaux usées à traiter en Slovaquie, nous dit-on ! Et on vient nous parler de grands projets mondiaux, avec notre argent !

     

    Dans ce pays que nous aimons, nous ne sommes pas des sujets, mais des citoyennes et des citoyens. L’Etat social, nous le voulons. Ne laisser personne sur le bord du chemin, nous en sommes d’accord. La nécessité de l’impôt, nous ne la discutons pas. Mais c’est une question de curseur, de proportions. Il y a un moment où la conjonction des primes d’assurance maladie et de la fiscalité sur le travail devient simplement étouffante. On impose trop le labeur ! Et il devient urgent, pour la politique, tous partis confondus, de se soucier de cette classe moyenne qui travaille, participe à la prospérité générale, mais ne peut plus s’acheter grand-chose, et encore moins capitaliser. Il y a un moment où ça devient révoltant. Il y a un moment où il faut songer à réduire l’impôt sur le revenu des classes moyennes. Sinon, la marmite à vapeur explosera. Il ne faudra pas venir pleurnicher parce que les gens votent pour des partis extrêmes. Ou parce que des Gilets jaunes envahiront nos rues. Il faut trouver d’autres modes de financement, pour l’Etat, que la ponction constante sur le labeur. Et si on ne les trouve pas, eh bien il faudra diminuer la voilure de l’Etat.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Journée des Dupes

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    Sur le vif - Lundi 13.05.19 - 16.45h

     

    Dans l'histoire de la propagande politique à Genève, c'est une véritable Journée des Dupes que nous venons de vivre. Avec le recul, elle devra être analysée, sans concession.

     

    Jeudi 9 mai, à dix jours d'un scrutin capital pour Genève et pour la Suisse, des inspecteurs en civil de la Police judiciaire ont débarqué au 25, rue des Acacias, dans les locaux du Service des votations. La perquisition en elle-même, la théâtralité qu'elle produit, les soupçons qu'elle induit, tout cela n'a été voulu ni par la presse, ni par un metteur en scène à Hollywood, mais par le Parquet de la République et Canton de Genève. Qu'un immense émoi en fût immédiatement créé, est totalement normal dans un contexte de processus électoral en cours.

     

    Dans la Tribune de Genève, le vendredi 10 mai, le Président du Conseil d'Etat affirmait qu'il s'agissait "d'une affaire extrêmement grave". Ce jugement n'est dû ni à la presse, ni à un metteur en scène d'Hollywood, mais au numéro 1 de l'exécutif genevois.

     

    Cet après-midi du lundi 13 mai, on assiste à la mise en scène du désamorçage, par le numéro 1 du Parquet, puis dans la foulée par le numéro 1 de l'exécutif. Lequel se permet de juger le travail des journalistes. Lui qui, trois jours plus tôt, parlait "d'une affaire extrêmement grave" ! Cette entreprise de désamorçage, en pleine crise politique, à six jours du scrutin, ne provient ni de la presse, ni d'un metteur en scène d'Hollywood. Mais des deux principaux personnages ayant contribué à dramatiser l'affaire : le numéro 1 du Parquet, puis le numéro 1 de l'exécutif.

     

    Peut-être pourrait-on souhaiter, dans le cas d'une crise à venir, que le numéro 1 du Parquet, amateur de perquisitions spectaculaires, puis le numéro 1 de l'exécutif, avant d'avoir à désamorcer une crise, s'emploient, en amont, à éviter d'en créer eux-mêmes les conditions.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Autodafé dominical

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    Sur le vif - Dimanche 12.05.19 - 15.43h

     

    Par pitié, frères en écriture, cessez de publier des livres ! Je sais, mon propos déplaira aux éditeurs, parmi lesquels j'ai quelques amis, mais de grâce cessez de rêver à sortir des bouquins !

     

    A moins d'être un grand écrivain, ou un grand poète, il y a mille fois mieux à faire que de pondre des livres. Abattre des arbres, engraisser l'industrie du papier, le lobby des industriels de l'imprimerie et des rotatives, juste pour avoir son heure de gloire, quelques jours, quelques semaines, sur la devanture d'une librairie. Et puis, basta, on vend quelques exemplaires, on en expédie hélas des milliers au rebut, on aura fait tourner pour rien une industrie qui se meurt, juste pour la gloriole des quelques jours dans la vitrine.

     

    Ma position est paradoxale : je suis un fou de livres. J'en ai partout, ils ont envahi mon univers, j'ai l'intention d'élaguer, mais reporte constamment le passage à l'acte. Et puis, quand même, il y en a un bon millier auxquels je tiens. Et une ou deux centaines, jusqu'à la fin, me suivront partout.

     

    Alors, de grâce, ne venez pas me faire la leçon ! J'ai lu, moi aussi, quelques milliers de livres, ils m'ont nourri, sans eux je ne serais rien, je sais le rôle de la Bible (étymologiquement le Livre) dans nos civilisations, j'ai écrit sur le rôle immense de la traduction qu'en a faite Luther en 1522.

     

    Mais désolé, le livre n'est pas une fin en soi. D'autres supports - celui par exemple sur lequel nous sommes - permettent parfaitement de véhiculer des idées, et par pitié, de venez pas nous sortir l'argument de l'odeur du papier, je suis le premier à tout renifler, je sais cela.

     

    Il y a des amoureux du livre. Et il y a, hélas, des fétichistes du livre. Je sais bien que rien ne remplacera le codex, l'invention est géniale, inégalable en termes pratiques, cela ne mourra pas. Du reste, rien ne meurt, les nouveautés s'ajoutent.

     

    Assurément, je n'aurais pas l'idée de lire Thomas Mann, ni Brecht, ni Koltès, ni Gide, ni Annie Ernaux sur un écran. Mais un essai politique ? Sociologique ? Pourquoi diable faut-il que le moindre pisseur de texte considère comme le Nirvana d'être publié chez un éditeur, avec envois (de plus en plus inutiles) en service de presse, tournée promotionnelle dans les médias, grand foin et monstre tintamarre, pour finalement... n'en vendre que quelques dizaines d'exemplaires, et finir au pilon ?

     

    Oui, il existe un lobby des éditeurs. Un lobby du livre. Un lobby de l'industrie du papier. Non, tout texte n'a peut-être pas destination à s'incarner dans ce qui fut un arbre, et qui pour lui fut sacrifié. Oui, le numérique a du bon. Et le seul fait que vous soyez ici, sur ce support-là, en train de me lire, plutôt qu'à hanter en extase la Bibliothèque de France, le prouve avec éclat.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Panique à bord

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    Sur le vif - Samedi 11.05.19 - 18.41h

     

    Sur ce qui s'est exactement passé au Service des votations, nul ne dispose, pour l'heure, d'informations solides. Une enquête est en cours, fort bien.

     

    Ce qui intéressera ici l'observateur de la vie politique n'est pas la nature exacte de la tricherie, ou de la négligence, ni les éventuelles suites pénales. Cela, c'est l'affaire de la justice.

     

    Mais n'importe quel esprit doté, dans la République, d'un brin de jugement, peut constater une chose : dans la classe politique, jusqu'au plus haut niveau du Conseil d'Etat, c'est la panique à bord. L'une des preuves de cette panique, c'est la tentative désespérée de minimiser : on entreprend tout, depuis ce matin, pour accréditer la thèse d'un acte purement privé, dont il faudrait absolument se garder de tirer toute interprétation d'ordre systémique, mettant en cause la machine politique. S'il pouvait s'agir d'une vengeance passionnelle, avec son lot d'épices bovaryennes, voilà qui arrangerait tout le monde. Une bisbille interne, une dénonciation, et le feu à la République. Une forme d'empoisonnement à la Mauriac ferait parfaitement l'affaire : l'intrigue se réduirait à un roman familial, l'essence même du privé, ne regardant la Cité que sous son angle judiciaire. Thérèse, allez Thérèse, revenez, nous avons besoin de vous !

     

    Panique à bord, parce que nous sommes en plein processus de vote, avec tout l'aspect sacré que devrait revêtir cette montée de tous les citoyens vers l'Autel républicain. Dans ce registre-là, un trucage, c'est une profanation. Ainsi le sentent les votants, et ils ont raison.

     

    Panique à bord, par ce que tous les politiciens genevois le savent bien : lorsque les sujets sont complexes, a fortiori lorsque circule l'idée d'une manipulation, voire la thèse du "Tous pourris", les citoyens répondent de deux manières : soit en s'abstenant, soit en votant non. Et le non, c'est adieu, veaux, vaches, cochons, couvées, adieu RFFA, adieu CPEG, tout à recommencer, avec des échéances fédérales qui font pression.

     

    Panique à bord, parce que, je l'ai dit ici dans mon commentaire précédent, l'affaire accentue dramatiquement le divorce entre la population et la politique, ce que je suis le premier à regretter.

     

    Posée ainsi - et c'est ainsi que je veux la poser - l'affaire n'est donc pas ce qui est exactement passé au 25 Acacias, même si nous brûlons tous de le savoir. Mais elle constitue le prodigieux révélateur de nos pesanteurs et de nos contradictions. Car enfin, si le pouvoir panique pour une fraude grave, il a raison de paniquer, et doit en tirer les conséquences. Et s'il panique pour une vétille, c'est un peu inquiétant quant à sa capacité à gérer les crises. Dans les deux cas, le pari de Pascal (pas moi, l'Autre) aura à en tirer de solides conclusions.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • C'est la politique elle-même qu'ils dévastent !

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    Sur le vif - Vendredi 10.05.19 - 15.25h
     

    15.25 - La ligne de fracture, la vraie, ne se situe pas entre la droite et la gauche. Mais entre les hommes et les femmes qui croient en la politique, et ceux que l'espace public indiffère.

     

    Je fais partie, depuis l'enfance, pour être très précis depuis décembre 1965, de la première catégorie. J'ai commencé extrêmement jeune à me passionner pour la politique. Il y avait de quoi : le Président de la République française s'appelait Charles de Gaulle, nous avions la télévision, chacune de ses apparitions était un moment inouï de présence, d'intensité, de puissance rhétorique, de spectacle.

     

    J'ai passé ma vie à me renseigner sur cet homme, des centaines d'ouvrages, j'ai non seulement vécu avec de Gaulle, mais avec l'évolution de l'historiographie gaullienne, passée Dieu merci de l'hagiographie à l'étude critique. Les trois fabuleux volumes de Jean Lacouture, publiés dans les années 80, sur lesquels je me précipitais dès parution, n'y sont évidemment pas pour rien. Et puis, j'ai passé ma vie dans l'Histoire (France, Allemagne, Suisse, Algérie, Balkans, Grèce, Italie moderne, Égypte, Proche-Orient, principalement) et dans la politique. Le monde arabe et sa complexité, notamment, me passionnent.

     

    Il y a les gens qui veulent croire en la politique, et ceux qui préfèrent n'entrevoir que la juxtaposition des espaces privés. Il y a les gens qui investissent leurs énergies intellectuelles dans ce qui nous est commun, donc étymologiquement dans la République, et ceux qui préfèrent l'aventure individuelle, les jardins privatifs. Je n'établis, croyez-moi, aucune espèce de hiérarchie entre ces deux catégories. Il faut de tout pour faire un monde. Mais pour ma part, je m'affirme comme ayant toujours été, depuis décembre 1965 (sept ans et demi), un politique.

     

    Un politique, cela signifie pas, dans mon cas, un "homme politique". Je ne suis membre d'aucun parti, je récuse d'ailleurs comme bientôt caduc (d'ici quelques générations) le système des partis. Je ne me suis jamais présenté à aucune élection. Je suis de plus en plus sceptique sur la politique élective, la démocratie représentative : je suis persuadé que nous allons doucement, dans les décennies à venir, renforcer les prises de décision directes du suffrage universel sur le destin des nations.

     

    Je ne suis pas et ne veux pas être un homme politique. Mais je suis, jusqu'au bout des ongles, un politique. Mes lectures, depuis l'enfance, sont politiques. Je lis de moins en moins de romans, et suis toujours plus avide de biographies politiques, de mémoires et de thèses, en Histoire contemporaine (Allemagne, notamment), me permettant de corriger continuellement ma construction intellectuelle sur une période donnée. Telle nouvelle étude sur les luttes de clans, entre 1954 et 1962, au sein des mouvements de résistance algérienne, au sein du FLN lui-même, enflamme ma curiosité. Tel apport sur les bombardements britanniques des villes allemandes (Hambourg 1943, Dresde 1945), sur la vie de Nasser, l’Égypte de 1956, me transportent de passion. Il me faut du réel, du réel, et encore du réel, avec tout ce que ce mot (en Histoire) comporte de témoignages contradictoires, complexes, de pensée paradoxale, nous forçant à cheminer avec la démarche du crabe.

     

    Je dis que je suis un politique, parce qu'en 33 ans de journalisme professionnel, j'ai toujours opté pour le journalisme politique, et non le journalisme de société, ni de faits divers, ni de mondanités. Correspondant au Palais fédéral, chef de la rubrique Nationale, producteur des trois grandes tranches d'informations (Matin, 12.30h, Forum) à la RSR, puis producteur responsable de Genève à Chaud, ou titulaire d’une chronique politique dans GHI, j'exerce mon métier dans le champ de la citoyenneté, c'est ainsi. La vie privée ne m'intéresse pas.

     

    A cet égards, est née, entre les politiques et moi, non une confusion des genres ni des missions (chacun demeure dans son rôle), mais assurément, depuis déjà mes années au Palais fédéral, une forme de communauté d'appartenance. Une certaine famille, si on veut. Nos rôles ne sont pas les mêmes, mais finalement, nous passons nos vies à patauger dans la même gadoue. Nous crapahutons sur les mêmes aspérités, toujours recommencées. Nous guettons les mêmes nouvelles, nous abreuvons aux mêmes sources, lisons les mêmes journaux, écoutons les mêmes émissions de radio, ou de TV. Nous piochons les mêmes dossiers. Et, pour certains d'entre eux, lisons les mêmes livres, échangeons nos émotions sur telle nouvelle étude, ou biographie.

     

    Il y a donc une famille politique, bien au-delà des clivages. Ces gens, je les fréquente depuis plus de trois décennies, jour après jour, en immersion totale. Les jeunes qui me semblent doués, je les repère, très vite. Je vois lesquels vont percer. Cette communauté d'appartenance, qui ne doit en aucun cas émousser le sens critique, m'amène à dire ici que je déteste profondément l'idéologie du "Tous pourris". Pour la seule raison qu'elle est fausse : l'écrasante majorité des personnes engagées en politique sont parfaitement honnêtes, soucieuses du bien public, peu avares de leur temps pour s'investir dans le champ citoyen. La vérité, c'est cela.

     

    Et c'est au nom de toutes ces choses que j'enrage suite à l'affaire du Service des votations. Elle tombe au pire moment : celui, justement, où nous, journalistes politiques, à Genève, presse écrite, radios, télévisions, rivalisions de pédagogie pour tenter d'expliquer au public un champ de votations, celles du 19 mai, d'une rare complexité. Tous médias confondus, nous étions en train de réussir : une personne qui vulgarise fait toujours mieux qu'une brochure indigeste. J'ai débattu des armes, de la CPEG, de RFFA, j'ai élagué, simplifié, dégagé l'essentiel de l'accessoire. J'ai pressé mes invités d'être clairs, ils ont joué le jeu, nous avons tous ensemble "fait de la politique", au sens le plus noble, celui d'une citoyenneté partagée, dans l'ordre du verbe, de l'argument, de la parole. Pour moi, c'est cela, le journalisme que je veux faire jusqu'à mon dernier souffle. Cela, et non des chroniques sur les "people" ou sur le prénom du Royal Baby.

     

    Nous étions tous en train de nous battre pour la clarté, et voilà que l'abruti du 25, rue des Acacias, et ses charmants commanditaires, viennent dévaster d'un coup le champ de nos labours et de nos labeurs. Leur actes crapuleux ont une dimension pénale, que la justice déterminera, et qui ne m'intéresse pas. Mais à mes yeux, ils ont l'abominable dimension de jeter le discrédit sur la politique elle-même, qui est (avec la musique et l'Histoire) l'une des grandes passions de ma vie. Et cela, qui est de l'ordre de la dévastation et non de la morale, je ne le leur pardonne pas.

     

    Le pardon n'étant, de toute manière, pas exactement la démarche pour laquelle je dispose de la plus grande facilité.


     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Service des votations : que sait le Conseil d'Etat ?

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    Sur le vif - Jeudi 09.05.19 - 13.47h

     

    Service des votations : le Conseil d'Etat doit faire part immédiatement de sa position, nous dire ce qu'il sait. Nous sommes à dix jours d'une journée capitale de votations, les enveloppes sont en plein chemin d'expédition, la participation est encore faible, nous (journalistes) nous tuons et nous échinons à en décrypter les enjeux, les mettre en débat, et voilà qu'une affaire majeure concernant ce service de l'Etat éclate.

     

    C'est à vous dégoûter de suer sang et eau pour expliquer au mieux les tenants et les aboutissants de scrutins complexes. Nous nous battons tous (journalistes, hommes et femmes politiques), à longueur d'année, pour donner aux citoyennes et citoyens le goût de la chose publique, aiguiser leur intérêt pour la politique, et voilà qu'on apprend que des choses très graves auraient pu se dérouler dans le service même garant d'un traitement impeccable de nos votes.

     

    Le Parquet n'en dit pas plus, soit. Une enquête est en cours, soit. Mais, une fois toutes ces feuilles de vignes posées, je dis ici que le Conseil d'Etat joue gros, dans cette affaire, s'il ne se livre pas dans les plus brefs délais à une donnée d'informations sur tout ce qu'il sait.

     

    Je n'ai jamais été adepte du "tous pourris". Je passe ma vie à donner la parole aux politiciennes et politiciens de tous bords. Je les respecte tous, quel que soit leur engagement. Mais je ne supporte pas l'idée que l'Etat dysfonctionne dans ce qui devrait être le saint des saints de la liturgie républicaine : le traitement des votes souverains des citoyennes et citoyens de ce canton.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Classe moyenne : bonne poire !

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    Sur le vif - Mercredi 08.05.19 - 18.25h

     

    À Genève, le problème no 1 est celui de la classe moyenne qui travaille. C'est elle que les primes, les impôts, les taxes, étouffent et paralysent. Une fois qu'on a tout payé, le pouvoir d'achat, pour soi ou pour ses proches, est quasiment nul. La capitalisation pour l'avenir, impossible. La fiscalité ponctionne beaucoup trop le travail. C'est, parfois, à vous dégoûter de produire des efforts, des efforts, et encore des efforts. Si, un jour, un mouvement de révolte éclate au bout du Lac, il proviendra de ces gens-là, cette classe moyenne, laborieuse, honnête, prompte à payer ses factures, bonne poire, mais écœurée des primes, des taxes et des impôts. Pour elle, on ne fait jamais rien. Un jour, la marmite explosera. Et ça n'est pas un ennemi de l'État, ni de l'État social, ni de la justice sociale, ni de la redistribution, qui signe ces quelques lignes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Bienvenue à la religion du climat !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.05.19

     

    En ce printemps où le réchauffement tarde à nous écraser de ses rayons caniculaires, la classe politique, quasiment unanime, n’a plus que trois mots à la bouche : le climat, le climat, et encore le climat. A croire que l’Histoire s’est arrêtée. Elle aurait laissé le tragique au vestiaire, se serait elle-même éclipsée, ainsi que la politique, les rapports sociaux, l’économie, la lutte des classes, les syndicats, le patronat. Tout cela, évaporé ! Il n’y aurait plus ni mémoire ni projection, ni guerres, ni ennemis, ni dominants, ni dominés, ni oppression, ni liberté : il n’y aurait plus que « l’urgence climatique ». Reconnaître son absolue priorité ne relèverait plus d’un choix politique. Mais d’un dogme théologique. La religion du climat est née. Avec son clergé, ses sermons, ses autocritiques, ses confessions, ses grands-messes du samedi, ses enfants de chœur, ses péchés, ses processions de rédemption, son chemin d’Apocalypse, son Salut, ses damnés. A l’école du jugement, il n’y aurait plus que le Dernier.

     

    Tenez, les processions du samedi. Sanctifiés, les jeunes qui défilent « pour le climat ». Encouragés par les autorités. « Ils sont l’avenir, ils nous montrent le chemin » : ce ne sont plus des ados des écoles, non, ce sont des anges et des archanges, des séraphins, leurs trompettes sont musiques du futur, ils nous ouvrent la voie du Salut, les portes du Paradis. Ils sèchent les cours ? Mais comme ils ont raison, les chérubins, c’est pour la bonne cause ! Surtout, pas de sanctions ! Pas de remarques ! Pas d’oppositions ! Rien qui, de la part des adultes, des parents ou des maîtres, pourrait laisser poindre le grief de paraître ringard, d’un autre temps, insensible à la théologie de « l’urgence climatique ».

     

    Les partis politiques ? Tous convertis au discours des Verts. En Suisse, nous avons aujourd’hui les Verts, dont la sainte doctrine constitue le chemin de foi défini et délimité. Mais nous avons aussi les radicaux Verts, les libéraux Verts, les PDC Verts. Il n’y a guère que l’UDC et une partie courageuse de la gauche radicale (celle, d’un autre temps, qui s’accroche encore à la justice sociale, et autres mignardises ringardes), pour oser encore émettre quelques doutes sur l’impérieuse nécessité de la Croisade climatique. Reprendre la Jérusalem céleste, la libérer de l’infidélité polluée, assainir les cieux, préparer la voie des anges. Alors oui, le PLR devient Vert, le PDC n’en peut plus de verdir, les partis du gentil centre-droit se sont convertis, ils ne jurent plus que par le climat, les radicaux en ont oublié l’industrie et le Gothard, la démocratie chrétienne a rangé la Doctrine sociale de Léon XIII sous la poussière des étagères, il n’y a plus que le climat, le climat, et encore le climat.

     

    Dès lors, la politique est mise entre parenthèses. De même, la confrontation rationnelle des arguments. Au frigo ! Et nous, les citoyennes et citoyens, pour qui tombèrent Bastilles et privilèges, redevenus fidèles ou infidèles, obéissants ou hérétiques, sauvés ou damnés. Vive le progrès !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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