Sur le vif

  • Deux siècles, un bel âge pour mourir

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    Sur le vif - Lundi 20.05.19 - 14.20h

     

    Il y a eu, bien sûr, sous Louis XIII, en 1629, le premier journal, avec la Gazette, de Théophraste Renaudot. Mais enfin, c'est aller un peu loin que de faire remonter au temps des Mousquetaires l'avènement du journalisme. Je me suis penché, comme on sait, sur l'Histoire de mon propre métier, notamment le rôle des journaux au moment de l'Affaire Dreyfus, entre 1894 et 1906. Ce fut sans doute, en termes de pénétration et d'influence, leur apogée.

     

    Non, le métier de journaliste ne date pas de Louis XIII, ni même du temps héroïque des pamphlets contre le pouvoir absolu, Louis XV puis Louis XVI, dans les décennies ayant précédé - et annoncé - la Révolution. Il date, plus sérieusement, des années Balzac (qui ne l'épargne pas, notamment dans ses Illusions perdues), puis de la Révolution industrielle, l'essor des rotatives, la possibilité d'investir et capitaliser dans une entreprise de presse. Bref, le dix-neuvième siècle.

     

    Allez, disons que le journalisme, comme métier, commence à poindre au début de la Restauration, après la chute de l'Empire (1815). Ce qui lui donne deux siècles d'existence. C'est moins qu'un vieux chêne, encore moins qu'un séquoia. Mais c'est nettement mieux qu'une vie humaine.

     

    Mourir, mais qui parle de mourir ? Réponse : moi, ici et maintenant. J'ai beau avoir consacré ma jeunesse à la collection frénétique des vieux journaux, en avoir lu des milliers d'exemplaires pour ma Série de 1994 sur l'Affaire Dreyfus, avoir passé toute ma vie professionnelle dans ce magnifique métier, je ne le tiens pas pour éternel. Je le tiens même pour éminemment mortel. Je le tiens même pour bientôt mort.

     

    Il n'a y pas à s'en émouvoir. Ce qui naît, puis vit, est promis à mourir. C'est valable pour un humain. Et aussi pour une profession. Elle correspond à des besoins, épouse les contours d'une époque, vit et palpite avec elle. Et puis, arrive un temps où le besoin n'est plus si pressant. Par exemple, en l'espèce, parce que le métier a totalement perdu - ce qui est une bonne chose - son monopole de la médiation, ainsi en ont voulu les nouvelles techniques de communication. Le journalisme est né d'une technique devenue industrielle (l'imprimerie), il se meurt face à l'avènement d'autres techniques : la mise en réseau, la numérisation.

     

    Il n'y a là rien de grave, c'est la vie. Il n'y a que les journalistes, et leurs corporations, pour gémir à n'en plus finir sur la lente disparition de leur métier. A eux de s'adapter. A eux de se battre, par exemple, pour la liberté d'opinion, en la pratiquant au jour le jour, ce qui peut aisément se faire hors des colonnes des journaux, hors de l'appartenance à une rédaction. La liberté d'expression est universelle, chaque femme et chaque homme y a droit, pas seulement les éditorialistes des journaux.

     

    Le liberté de chercher, gratter, sortir des informations d'intérêt public, est tout aussi universelle. Elle ne saurait en aucun cas être réservée à une seule caste, qui, sous prétexte "d'investigation", aurait, plus que toute citoyenne, tout citoyen, le droit de se renseigner sur autrui. Les seuls qui croient encore à l'exclusivité professionnelle de ce droit (totalement autoproclamé) sont les journalistes eux-mêmes, et leurs corporations.

     

    Je pratiquerai mon métier jusqu'au bout, j'ai en moi la passion. Mais nous tous, les journalistes comme le journalisme, allons mourir, c'est naturel, c'est ainsi. Dans les temps futurs, d'autres postures de médiation naîtront et vivront. Et puis, un jour aussi, mourront. Nous n'aurons tous été que les passagers distraits du réel qui se dérobe. Il n'y a là rien de grave. Nous aurons, chacun de nous, assumé notre mission. Dans la légèreté futile du temps qui passe.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Indépendants, réveillez-vous !

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    Sur le vif - Dimanche 19.05.19 - 15.17h

     

    A Genève, le message est clair : il va falloir mettre des milliards pour les retraites des fonctionnaires. Le peuple a dit oui aux milliards de la droite et du Conseil d'Etat, il a dit oui aux milliards de la gauche et du MCG. Par la question subsidiaire, il a favorisé cette deuxième solution.

     

    Ces milliards, qui va les payer ? Les contribuables, évidemment ! Les fonctionnaires-contribuables vont payer leur propres retraites. Les employés du privé vont payer, comme contribuables, les retraites des fonctionnaires. Et, élément de loin le plus sensible et le plus révoltant : les petits entrepreneurs, les indépendants, qui doivent financer intégralement leurs retraites, premier et deuxième pilier (s'ils en ont un), vont, en plus de tout ce qu'ils payent déjà à longueur d'année (perte de gain, charges, taxes, etc.), payer encore plus, comme contribuables, pour les retraites des fonctionnaires !

     

    Genève met des milliards pour les retraites de ses fonctionnaires. Pourra-t-elle le financer autrement qu'en augmentant encore des impôts qui étranglent déjà totalement la classe moyenne ? Va-t-elle encore s'en prendre à la fiscalité du travail, en clair ponctionner ceux qui bossent, et parmi eux, saigner ceux qui ont pris le risque économique, ceux qui ont osé entreprendre, et qui se retrouvent les universelles vaches à lait du système ?

     

    Indépendants genevois, petits entrepreneurs, réveillez-vous ! Unissez-vous ! Donnez de la voix ! Il y a la place, à Genève, pour un parti des indépendants, appelez cela du poujadisme mode 1956 si vous voulez, ça m'est parfaitement égal. Puisque les partis de la droite économique ont choisi de cirer les pompes des multinationales et ne s'occupent plus guère des petits entrepreneurs, il y a lieu de créer un nouvel espace politique qui défende l'indépendance économique, l'audace d'entreprendre, le courage de bosser.

     

    Et s'il faut demander un redimensionnement de l'Etat, eh bien nous le demanderons. La classe moyenne, les petits indépendants, les entrepreneurs courageux, ça existe ! Et il va rudement falloir que ça se sache.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Parlement européen : 27 fois inutile !

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    Sur le vif - Samedi 18.05.19 - 16.14h
     
     
    La bonne vieille démocratie représentative, celle qui nous amène, depuis deux siècles, à envoyer des gens siéger dans des Parlements, n'en a déjà plus pour très longtemps. Quelques décennies, bien sûr, peut-être même un siècle ou deux, les grands mouvements de la politique sont lents. Et j'ai déjà fait part maintes fois, ici, de ma vision d'avenir : un élargissement et un approfondissement, dans les générations futures, de la démocratie directe. En lien - c'est une condition sine qua non - avec une élévation du niveau général de connaissance historique et politique, chez les citoyens.
     
     
    Oui, nos corps intermédiaires, dans la France de Macron par exemple, sont à bout de souffle. Rassurez-vous, c'est loin d'être la première fois. Ils l'étaient déjà à la fin des années trente, à l'approche de la Seconde Guerre mondiale. Ils l'étaient, bien plus encore, au début du printemps 1958, lorsque la Quatrième République exsangue, incapable de résoudre la question algérienne, a créé elle-même - par son inexistence - les conditions du retour de l'homme qui, quatorze ans plus tôt, avait sauvé la République.
     
     
    Ils sont exsangues, déjà dans l'ordre de la représentation nationale. Dans un régime qui, depuis six décennies, condamne les parlementaires à n'être que les godillots de l'exécutif (sauf en période de cohabitation, finalement équilibrée et fructueuse), il est très clair que le statut de député n'est pas le plus enviable. Le pire : député de la majorité, aligné couvert. Triste spectacle, souvent, indigne de Montesquieu, et de tous les grands discours sur le contre-pouvoir. A noter qu'à Genève, nous n'avons guère de grande leçon à leur donner, quand on voit l'obédience - je pèse mes mots - de certains députés, y compris dans les commissions de contrôle, par rapport à leurs magistrats exécutifs.
     
     
    Ils sont déjà exsangues, en France, au niveau national. Mais alors, que dire du statut, impérial dans l'ordre de la vacuité, de député européen ? Pourquoi ne pas dire les choses telles qu'elles sont ? La vérité, c'est que le Parlement européen ne sert à rien. Si ce n'est à gesticuler autour de directives sécrétées par une administration en vase clos, dépourvue de toute légitimité populaire, n'incarnant nulle identité fédératrice, nulle mémoire commune, nulle valeur partagée, nul culte des morts de nature à rassembler les âmes, nulle vision d'avenir, nulle passion.
     
     
    D'ailleurs, la majorité politique qui sortira du futur Parlement européen, dimanche 26 mai, n'a strictement aucune importance. Que la fédération artificielle des droites gentilles l'emporte sur l'artificielle fédération des gauches gentilles, ou le contraire, est parfaitement indifférent. Les seuls tests qui vont intéresser les gens se feront nation par nation, donc dans 27 singularités différentes. Pour la France, par exemple, la liste de Mme Le Pen v-a-telle l'emporter sur celle (par godillots interposés) de M. Macron ? Cet exemple, multiplié par 27.
     
     
    L'extraordinaire excitation autour des "élections européennes" se ramène donc à la conjonction de 27 sondages d'opinion nationaux, 27 plébiscites ou rejets de 27 pouvoirs en place. C'est tout. Au demeurant, les émissaires iront, quelques années, peupler les bancs de Strasbourg pour soutenir et alimenter leurs ambitions nationales. Ils seront les servants zélés d'une Europe en panne.
     
     
    Dans cette Europe, pas de pouvoir personnel. Non. Juste la conjonction de quelques centaines d'impuissances impersonnelles. La déchéance de la démocratie représentative, multipliée par l'absolue vanité d'une fonction qui fait peut-être bien sur une carte de visite. Mais qui ne sert à rien.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     

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  • Mieux que l'anglais : l'allemand et le grec !

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    Sur le vif - Vendredi 17.07.19 - 19.42h

     

    Si le Président de la Confédération est romand, qu'il parle français. S'il est alémanique, qu'il parle allemand. S'il est italophone, du Tessin ou des Grisons, qu'il parle italien. S'il est romanche, qu'il parle romanche. Je parle moi-même deux de ces langues, presque trois avec l'italien.

     

    Mais rien, strictement rien, n'oblige le Président de la Confédération suisse à parler anglais. Cette langue ne s'est imposée comme langue mondiale que pour des raisons politiques, parfaitement circonscrites entre le début du 19ème siècle (expansion coloniale britannique) et aujourd'hui. Au 20ème siècle, avec le rôle des États-Unis, elle a explosé.

     

    Rien ne prédestine l'anglais à demeurer éternellement la langue mondiale qu'elle est aujourd'hui. Tout dépend des jeux d'influence politique dans les générations à venir, et nul d'entre nous ne peut les prévoir.

     

    En tout cas, une chose est sûre. De même que François Mitterrand n'a parlé toute sa vie que le français, y compris dans les Sommets internationaux pendant ses 14 ans de présidence, de même le Président suisse ne doit pas craindre de parler sa langue maternelle. Ça donnera du travail à un interprète, qui est là pour ça, et c'est très bien ainsi.

     

    Surtout, tous ensemble, interrogeons-nous, dans les décennies qui viennent, sur cette espèce de mythe de l'intangible primauté de l'anglais. Comprenons bien qu'il est le résultat d'un rapport de forces politiques depuis deux siècles (au 18ème, la langue des diplomates et des chancelleries était le français).

     

    Comprenons que l'allemand, superbe langue, est sûrement appelée à redevenir très forte sur le continent. Laissons chanter en nos âmes la langue italienne. Lisons le grec, le moderne comme l'ancien, j'ai ce privilège. Initions-nous à l'hébreu ou à l'arabe. Et laissons les hommes d'affaires, pour quelques générations encore sans doute, régler leurs petites choses en anglais.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La sale guerre des Etats-Unis contre l'Iran

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    Sur le vif - Vendredi 17.05.19 - 10-48h

     

    Il n'y a pas de "montée de la tension entre les États-Unis et l'Iran". Il y a la volonté, démoniaque et mûrie depuis des années (bien avant Trump), par certains milieux américains bien précis, de mener une guerre totale contre l'Iran.

     

    Regardez la carte : l'Iran, puissance millénaire du Moyen-Orient, est littéralement cernée, sur toutes ses frontières, par des bases américaines. Donc, par la puissance de feu d'un pays situé à plus de dix-mille kilomètres d'elle. Ces bases ne sont pas là par hasard, elles n'ont pas surgi toutes seules de la terre. Elles sont le fruit de longues années de mise en place d'une stratégie offensive américaine. Prête à ouvrir le feu, le jour où l'option guerre sera décidée en haut lieu.

     

    Des milieux bien précis, aux États-Unis, veulent la perte de l'Iran. Avant Trump, et pendant Trump. Parmi eux, les soutiens américains de l’État d'Israël. C'est un fait. Ces soutiens, Trump en a besoin pour sa campagne de réélection, en 2020. Alors, il intensifie les préparatifs d'une guerre totale contre l'Iran.

     

    Les États-Unis n'ont rien à faire sur le théâtre d'opérations du Proche et du Moyen-Orient. Il est loin, hélas, le temps de leurs diplomates cultivés, qui, dans les années 50, puis au début des années 70, abordaient l'Orient compliqué avec la connaissance historique et le bagage culturel indispensables à en saisir les enjeux. Par exemple, une connaissance intime des langues arabe et persane.

     

    Oui, les États-Unis ont eu, dans les premières années de l'après-guerre, pendant une courte période de leur Histoire, une politique intelligente et renseignée sur cette région du monde. Aujourd'hui, c'est fini.

     

    L'Iran est, au Moyen Orient, une grande puissance d'arbitrage de la région. Plusieurs fois millénaire, la vieille Perse, qui ne se réduit en aucun cas au régime en place, n'a strictement aucune leçon à recevoir des États-Unis d'Amérique. Ni dans la conduite de sa politique. Ni dans le choix de ses gouvernants. Ni dans ses relations avec ses voisins. Encore moins dans les domaines de la science, de la formation et de la culture, où elle excelle.

     

    La guerre que nous préparent les États-Unis contre l'Iran est une sale guerre. Comme le fut l'expédition du printemps 2003 contre l'Irak, que nous n'étions pas nombreux, ici, à condamner avec la dernière vigueur. Comme le furent, au printemps 1999, les bombardements "de l'OTAN" sur la Serbie. Que nous étions ultra-minoritaires, ici, à condamner avec la plus féroce des colères.

     

    Nous, les Suisses, devons clairement dire non à cette future guerre impérialiste et hégémonique des États-Unis - et de leur allié au Proche-Orient - contre l'Iran. La neutralité, oui. La lâcheté complice et coupable, non.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Il s'éloigne, le temps des Gueux !

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    Sur le vif - Mercredi 15.05.19 - 15.19h

     

     

    Depuis hier soir, un Président MCG du Grand Conseil, Jean-Marie Voumard. Et un Président MCG du Conseil municipal de Vernier, deuxième Ville du Canton, plus de 35'000 habitants, François Ambrosio. A quoi s'ajoute - sans être exhaustif - un conseiller d'Etat MCG, Mauro Poggia, reconnu pour sa capacité de travail et sa compétence.

     

    Il s'éloigne, le temps des Gueux ! Le temps où les notables de ce canton, principalement dans l'Entente et chez les Verts, bref les partis de bonne vieille horizontalité dans le partage du gâteau, se permettaient, à longueur d'année, de conspuer les "populistes" du MCG. On les prenait de haut ! On s'en riait, en caquetant. On les vitupérait. On ironisait.

     

    Aujourd'hui, 15 mai 2019, quel parti vient de faire, pendant des mois, la une de l'actualité des Revues à Genève ? Le MCG ? Non, le PLR ! C'est lui dont un conseiller d'Etat a méchamment défrayé la chronique. Lui qui s'est déchiré pour la présidence. Lui dont certains réseaux occultes ont fait parler d'eux.

     

    Pendant ce temps, le MCG, moins lustré de décennies patriciennes, moins ancré dans les souterrains lumineux du compagnonnage, a fait son petit bonhomme de chemin. Un peu comme dans la Théogonie d'Hésiode, il a eu son temps des dieux, son temps des héros, son temps des combats titanesques. Et puis, toujours comme chez Hésiode, ce grand poète de l'époque archaïque de la Grèce (8ème siècle avant JC), dont je vous recommande la lecture (Éditions Belles-Lettres, bilingue, par exemple), il y a eu le temps, moins héroïque mais plus pragmatique, des Travaux et des Jours. Dans les communes, au niveau cantonal, et même fédéral (avec M. Golay), les gens ont fait leur boulot.

     

    Résultat : un Président du Grand Conseil respecté de tous. Un conseiller d'Etat véritable poids-lourd du collège. Un conseiller national sérieux et travailleur. Les fatigues patriciennes, pendant ce temps, ont sonné la retraite. Les partis raisonnables ont sombré dans le bruit et la fureur. Et le MCG, voyez-vous, est toujours là.

     

    Il n'y a toujours pas de toilettes dans toutes les gares du CEVA. Mais il y a toujours, à Genève, un mouvement protestataire. Ce qui est nouveau, c'est qu'il est devenu bien plus constructif que ceux qui, à vie, s'imaginaient "gouvernementaux". Il s'éloigne, oui, le temps des Gueux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Journée des Dupes

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    Sur le vif - Lundi 13.05.19 - 16.45h

     

    Dans l'histoire de la propagande politique à Genève, c'est une véritable Journée des Dupes que nous venons de vivre. Avec le recul, elle devra être analysée, sans concession.

     

    Jeudi 9 mai, à dix jours d'un scrutin capital pour Genève et pour la Suisse, des inspecteurs en civil de la Police judiciaire ont débarqué au 25, rue des Acacias, dans les locaux du Service des votations. La perquisition en elle-même, la théâtralité qu'elle produit, les soupçons qu'elle induit, tout cela n'a été voulu ni par la presse, ni par un metteur en scène à Hollywood, mais par le Parquet de la République et Canton de Genève. Qu'un immense émoi en fût immédiatement créé, est totalement normal dans un contexte de processus électoral en cours.

     

    Dans la Tribune de Genève, le vendredi 10 mai, le Président du Conseil d'Etat affirmait qu'il s'agissait "d'une affaire extrêmement grave". Ce jugement n'est dû ni à la presse, ni à un metteur en scène d'Hollywood, mais au numéro 1 de l'exécutif genevois.

     

    Cet après-midi du lundi 13 mai, on assiste à la mise en scène du désamorçage, par le numéro 1 du Parquet, puis dans la foulée par le numéro 1 de l'exécutif. Lequel se permet de juger le travail des journalistes. Lui qui, trois jours plus tôt, parlait "d'une affaire extrêmement grave" ! Cette entreprise de désamorçage, en pleine crise politique, à six jours du scrutin, ne provient ni de la presse, ni d'un metteur en scène d'Hollywood. Mais des deux principaux personnages ayant contribué à dramatiser l'affaire : le numéro 1 du Parquet, puis le numéro 1 de l'exécutif.

     

    Peut-être pourrait-on souhaiter, dans le cas d'une crise à venir, que le numéro 1 du Parquet, amateur de perquisitions spectaculaires, puis le numéro 1 de l'exécutif, avant d'avoir à désamorcer une crise, s'emploient, en amont, à éviter d'en créer eux-mêmes les conditions.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Autodafé dominical

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    Sur le vif - Dimanche 12.05.19 - 15.43h

     

    Par pitié, frères en écriture, cessez de publier des livres ! Je sais, mon propos déplaira aux éditeurs, parmi lesquels j'ai quelques amis, mais de grâce cessez de rêver à sortir des bouquins !

     

    A moins d'être un grand écrivain, ou un grand poète, il y a mille fois mieux à faire que de pondre des livres. Abattre des arbres, engraisser l'industrie du papier, le lobby des industriels de l'imprimerie et des rotatives, juste pour avoir son heure de gloire, quelques jours, quelques semaines, sur la devanture d'une librairie. Et puis, basta, on vend quelques exemplaires, on en expédie hélas des milliers au rebut, on aura fait tourner pour rien une industrie qui se meurt, juste pour la gloriole des quelques jours dans la vitrine.

     

    Ma position est paradoxale : je suis un fou de livres. J'en ai partout, ils ont envahi mon univers, j'ai l'intention d'élaguer, mais reporte constamment le passage à l'acte. Et puis, quand même, il y en a un bon millier auxquels je tiens. Et une ou deux centaines, jusqu'à la fin, me suivront partout.

     

    Alors, de grâce, ne venez pas me faire la leçon ! J'ai lu, moi aussi, quelques milliers de livres, ils m'ont nourri, sans eux je ne serais rien, je sais le rôle de la Bible (étymologiquement le Livre) dans nos civilisations, j'ai écrit sur le rôle immense de la traduction qu'en a faite Luther en 1522.

     

    Mais désolé, le livre n'est pas une fin en soi. D'autres supports - celui par exemple sur lequel nous sommes - permettent parfaitement de véhiculer des idées, et par pitié, de venez pas nous sortir l'argument de l'odeur du papier, je suis le premier à tout renifler, je sais cela.

     

    Il y a des amoureux du livre. Et il y a, hélas, des fétichistes du livre. Je sais bien que rien ne remplacera le codex, l'invention est géniale, inégalable en termes pratiques, cela ne mourra pas. Du reste, rien ne meurt, les nouveautés s'ajoutent.

     

    Assurément, je n'aurais pas l'idée de lire Thomas Mann, ni Brecht, ni Koltès, ni Gide, ni Annie Ernaux sur un écran. Mais un essai politique ? Sociologique ? Pourquoi diable faut-il que le moindre pisseur de texte considère comme le Nirvana d'être publié chez un éditeur, avec envois (de plus en plus inutiles) en service de presse, tournée promotionnelle dans les médias, grand foin et monstre tintamarre, pour finalement... n'en vendre que quelques dizaines d'exemplaires, et finir au pilon ?

     

    Oui, il existe un lobby des éditeurs. Un lobby du livre. Un lobby de l'industrie du papier. Non, tout texte n'a peut-être pas destination à s'incarner dans ce qui fut un arbre, et qui pour lui fut sacrifié. Oui, le numérique a du bon. Et le seul fait que vous soyez ici, sur ce support-là, en train de me lire, plutôt qu'à hanter en extase la Bibliothèque de France, le prouve avec éclat.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Panique à bord

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    Sur le vif - Samedi 11.05.19 - 18.41h

     

    Sur ce qui s'est exactement passé au Service des votations, nul ne dispose, pour l'heure, d'informations solides. Une enquête est en cours, fort bien.

     

    Ce qui intéressera ici l'observateur de la vie politique n'est pas la nature exacte de la tricherie, ou de la négligence, ni les éventuelles suites pénales. Cela, c'est l'affaire de la justice.

     

    Mais n'importe quel esprit doté, dans la République, d'un brin de jugement, peut constater une chose : dans la classe politique, jusqu'au plus haut niveau du Conseil d'Etat, c'est la panique à bord. L'une des preuves de cette panique, c'est la tentative désespérée de minimiser : on entreprend tout, depuis ce matin, pour accréditer la thèse d'un acte purement privé, dont il faudrait absolument se garder de tirer toute interprétation d'ordre systémique, mettant en cause la machine politique. S'il pouvait s'agir d'une vengeance passionnelle, avec son lot d'épices bovaryennes, voilà qui arrangerait tout le monde. Une bisbille interne, une dénonciation, et le feu à la République. Une forme d'empoisonnement à la Mauriac ferait parfaitement l'affaire : l'intrigue se réduirait à un roman familial, l'essence même du privé, ne regardant la Cité que sous son angle judiciaire. Thérèse, allez Thérèse, revenez, nous avons besoin de vous !

     

    Panique à bord, parce que nous sommes en plein processus de vote, avec tout l'aspect sacré que devrait revêtir cette montée de tous les citoyens vers l'Autel républicain. Dans ce registre-là, un trucage, c'est une profanation. Ainsi le sentent les votants, et ils ont raison.

     

    Panique à bord, par ce que tous les politiciens genevois le savent bien : lorsque les sujets sont complexes, a fortiori lorsque circule l'idée d'une manipulation, voire la thèse du "Tous pourris", les citoyens répondent de deux manières : soit en s'abstenant, soit en votant non. Et le non, c'est adieu, veaux, vaches, cochons, couvées, adieu RFFA, adieu CPEG, tout à recommencer, avec des échéances fédérales qui font pression.

     

    Panique à bord, parce que, je l'ai dit ici dans mon commentaire précédent, l'affaire accentue dramatiquement le divorce entre la population et la politique, ce que je suis le premier à regretter.

     

    Posée ainsi - et c'est ainsi que je veux la poser - l'affaire n'est donc pas ce qui est exactement passé au 25 Acacias, même si nous brûlons tous de le savoir. Mais elle constitue le prodigieux révélateur de nos pesanteurs et de nos contradictions. Car enfin, si le pouvoir panique pour une fraude grave, il a raison de paniquer, et doit en tirer les conséquences. Et s'il panique pour une vétille, c'est un peu inquiétant quant à sa capacité à gérer les crises. Dans les deux cas, le pari de Pascal (pas moi, l'Autre) aura à en tirer de solides conclusions.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • C'est la politique elle-même qu'ils dévastent !

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    Sur le vif - Vendredi 10.05.19 - 15.25h
     

    15.25 - La ligne de fracture, la vraie, ne se situe pas entre la droite et la gauche. Mais entre les hommes et les femmes qui croient en la politique, et ceux que l'espace public indiffère.

     

    Je fais partie, depuis l'enfance, pour être très précis depuis décembre 1965, de la première catégorie. J'ai commencé extrêmement jeune à me passionner pour la politique. Il y avait de quoi : le Président de la République française s'appelait Charles de Gaulle, nous avions la télévision, chacune de ses apparitions était un moment inouï de présence, d'intensité, de puissance rhétorique, de spectacle.

     

    J'ai passé ma vie à me renseigner sur cet homme, des centaines d'ouvrages, j'ai non seulement vécu avec de Gaulle, mais avec l'évolution de l'historiographie gaullienne, passée Dieu merci de l'hagiographie à l'étude critique. Les trois fabuleux volumes de Jean Lacouture, publiés dans les années 80, sur lesquels je me précipitais dès parution, n'y sont évidemment pas pour rien. Et puis, j'ai passé ma vie dans l'Histoire (France, Allemagne, Suisse, Algérie, Balkans, Grèce, Italie moderne, Égypte, Proche-Orient, principalement) et dans la politique. Le monde arabe et sa complexité, notamment, me passionnent.

     

    Il y a les gens qui veulent croire en la politique, et ceux qui préfèrent n'entrevoir que la juxtaposition des espaces privés. Il y a les gens qui investissent leurs énergies intellectuelles dans ce qui nous est commun, donc étymologiquement dans la République, et ceux qui préfèrent l'aventure individuelle, les jardins privatifs. Je n'établis, croyez-moi, aucune espèce de hiérarchie entre ces deux catégories. Il faut de tout pour faire un monde. Mais pour ma part, je m'affirme comme ayant toujours été, depuis décembre 1965 (sept ans et demi), un politique.

     

    Un politique, cela signifie pas, dans mon cas, un "homme politique". Je ne suis membre d'aucun parti, je récuse d'ailleurs comme bientôt caduc (d'ici quelques générations) le système des partis. Je ne me suis jamais présenté à aucune élection. Je suis de plus en plus sceptique sur la politique élective, la démocratie représentative : je suis persuadé que nous allons doucement, dans les décennies à venir, renforcer les prises de décision directes du suffrage universel sur le destin des nations.

     

    Je ne suis pas et ne veux pas être un homme politique. Mais je suis, jusqu'au bout des ongles, un politique. Mes lectures, depuis l'enfance, sont politiques. Je lis de moins en moins de romans, et suis toujours plus avide de biographies politiques, de mémoires et de thèses, en Histoire contemporaine (Allemagne, notamment), me permettant de corriger continuellement ma construction intellectuelle sur une période donnée. Telle nouvelle étude sur les luttes de clans, entre 1954 et 1962, au sein des mouvements de résistance algérienne, au sein du FLN lui-même, enflamme ma curiosité. Tel apport sur les bombardements britanniques des villes allemandes (Hambourg 1943, Dresde 1945), sur la vie de Nasser, l’Égypte de 1956, me transportent de passion. Il me faut du réel, du réel, et encore du réel, avec tout ce que ce mot (en Histoire) comporte de témoignages contradictoires, complexes, de pensée paradoxale, nous forçant à cheminer avec la démarche du crabe.

     

    Je dis que je suis un politique, parce qu'en 33 ans de journalisme professionnel, j'ai toujours opté pour le journalisme politique, et non le journalisme de société, ni de faits divers, ni de mondanités. Correspondant au Palais fédéral, chef de la rubrique Nationale, producteur des trois grandes tranches d'informations (Matin, 12.30h, Forum) à la RSR, puis producteur responsable de Genève à Chaud, ou titulaire d’une chronique politique dans GHI, j'exerce mon métier dans le champ de la citoyenneté, c'est ainsi. La vie privée ne m'intéresse pas.

     

    A cet égards, est née, entre les politiques et moi, non une confusion des genres ni des missions (chacun demeure dans son rôle), mais assurément, depuis déjà mes années au Palais fédéral, une forme de communauté d'appartenance. Une certaine famille, si on veut. Nos rôles ne sont pas les mêmes, mais finalement, nous passons nos vies à patauger dans la même gadoue. Nous crapahutons sur les mêmes aspérités, toujours recommencées. Nous guettons les mêmes nouvelles, nous abreuvons aux mêmes sources, lisons les mêmes journaux, écoutons les mêmes émissions de radio, ou de TV. Nous piochons les mêmes dossiers. Et, pour certains d'entre eux, lisons les mêmes livres, échangeons nos émotions sur telle nouvelle étude, ou biographie.

     

    Il y a donc une famille politique, bien au-delà des clivages. Ces gens, je les fréquente depuis plus de trois décennies, jour après jour, en immersion totale. Les jeunes qui me semblent doués, je les repère, très vite. Je vois lesquels vont percer. Cette communauté d'appartenance, qui ne doit en aucun cas émousser le sens critique, m'amène à dire ici que je déteste profondément l'idéologie du "Tous pourris". Pour la seule raison qu'elle est fausse : l'écrasante majorité des personnes engagées en politique sont parfaitement honnêtes, soucieuses du bien public, peu avares de leur temps pour s'investir dans le champ citoyen. La vérité, c'est cela.

     

    Et c'est au nom de toutes ces choses que j'enrage suite à l'affaire du Service des votations. Elle tombe au pire moment : celui, justement, où nous, journalistes politiques, à Genève, presse écrite, radios, télévisions, rivalisions de pédagogie pour tenter d'expliquer au public un champ de votations, celles du 19 mai, d'une rare complexité. Tous médias confondus, nous étions en train de réussir : une personne qui vulgarise fait toujours mieux qu'une brochure indigeste. J'ai débattu des armes, de la CPEG, de RFFA, j'ai élagué, simplifié, dégagé l'essentiel de l'accessoire. J'ai pressé mes invités d'être clairs, ils ont joué le jeu, nous avons tous ensemble "fait de la politique", au sens le plus noble, celui d'une citoyenneté partagée, dans l'ordre du verbe, de l'argument, de la parole. Pour moi, c'est cela, le journalisme que je veux faire jusqu'à mon dernier souffle. Cela, et non des chroniques sur les "people" ou sur le prénom du Royal Baby.

     

    Nous étions tous en train de nous battre pour la clarté, et voilà que l'abruti du 25, rue des Acacias, et ses charmants commanditaires, viennent dévaster d'un coup le champ de nos labours et de nos labeurs. Leur actes crapuleux ont une dimension pénale, que la justice déterminera, et qui ne m'intéresse pas. Mais à mes yeux, ils ont l'abominable dimension de jeter le discrédit sur la politique elle-même, qui est (avec la musique et l'Histoire) l'une des grandes passions de ma vie. Et cela, qui est de l'ordre de la dévastation et non de la morale, je ne le leur pardonne pas.

     

    Le pardon n'étant, de toute manière, pas exactement la démarche pour laquelle je dispose de la plus grande facilité.


     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Service des votations : que sait le Conseil d'Etat ?

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    Sur le vif - Jeudi 09.05.19 - 13.47h

     

    Service des votations : le Conseil d'Etat doit faire part immédiatement de sa position, nous dire ce qu'il sait. Nous sommes à dix jours d'une journée capitale de votations, les enveloppes sont en plein chemin d'expédition, la participation est encore faible, nous (journalistes) nous tuons et nous échinons à en décrypter les enjeux, les mettre en débat, et voilà qu'une affaire majeure concernant ce service de l'Etat éclate.

     

    C'est à vous dégoûter de suer sang et eau pour expliquer au mieux les tenants et les aboutissants de scrutins complexes. Nous nous battons tous (journalistes, hommes et femmes politiques), à longueur d'année, pour donner aux citoyennes et citoyens le goût de la chose publique, aiguiser leur intérêt pour la politique, et voilà qu'on apprend que des choses très graves auraient pu se dérouler dans le service même garant d'un traitement impeccable de nos votes.

     

    Le Parquet n'en dit pas plus, soit. Une enquête est en cours, soit. Mais, une fois toutes ces feuilles de vignes posées, je dis ici que le Conseil d'Etat joue gros, dans cette affaire, s'il ne se livre pas dans les plus brefs délais à une donnée d'informations sur tout ce qu'il sait.

     

    Je n'ai jamais été adepte du "tous pourris". Je passe ma vie à donner la parole aux politiciennes et politiciens de tous bords. Je les respecte tous, quel que soit leur engagement. Mais je ne supporte pas l'idée que l'Etat dysfonctionne dans ce qui devrait être le saint des saints de la liturgie républicaine : le traitement des votes souverains des citoyennes et citoyens de ce canton.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Classe moyenne : bonne poire !

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    Sur le vif - Mercredi 08.05.19 - 18.25h

     

    À Genève, le problème no 1 est celui de la classe moyenne qui travaille. C'est elle que les primes, les impôts, les taxes, étouffent et paralysent. Une fois qu'on a tout payé, le pouvoir d'achat, pour soi ou pour ses proches, est quasiment nul. La capitalisation pour l'avenir, impossible. La fiscalité ponctionne beaucoup trop le travail. C'est, parfois, à vous dégoûter de produire des efforts, des efforts, et encore des efforts. Si, un jour, un mouvement de révolte éclate au bout du Lac, il proviendra de ces gens-là, cette classe moyenne, laborieuse, honnête, prompte à payer ses factures, bonne poire, mais écœurée des primes, des taxes et des impôts. Pour elle, on ne fait jamais rien. Un jour, la marmite explosera. Et ça n'est pas un ennemi de l'État, ni de l'État social, ni de la justice sociale, ni de la redistribution, qui signe ces quelques lignes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le CEVA : aller-simple pour l'Eden

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    Sur le vif - Mardi 07.05.19 - 12.34h

     

    La manière dont le 12.30h RSR, à l'instant, nous chante les bienfaits de l'entrée en vigueur du CEVA, en décembre prochain, relève davantage de la béatitude canonique que du minimum d'esprit critique.

     

    À entendre ce copié-collé du discours officiel, on a l'impression que tout ne sera qu'ordre et beauté, retour à l'Âge d'or, aller-simple pour l’Éden. Parole (biblique) est même offerte à un officiel, qui nous laisse entendre que grâce au CEVA, la circulation dans Genève ressemblera toute l'année à celle du mois d'août. Ils nous prennent pour des cons ?

     

    Et les surcoûts ? Et les coûts réels, au final ? Et le manque de travail pour les entreprises genevoises ? Et les vérités trompeuses de la classe politique ? Et le mépris total du citoyen-contribuable, juste considéré comme cochon de payeur, pour lequel on "oublie" le minimum le plus décent d'infrastructures sanitaires, dans les gares ?

     

    À la RSR, rien de cela. Juste une sage duplication de la carte postale. Tenir ce discours, c'est se mettre dans le sillage des partis dominants, ceux qui portent la responsabilité de la réalisation du CEVA. Donc, tenir la robe de traîne du pouvoir.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • 19 mai : les leçons d'une complexité

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    Sur le vif - Mardi 07.05.19 - 08.26h

     

    À longueur d'année, j'organise des débats sur les sujets les plus complexes de la vie politique suisse. Toujours, mon souci premier est celui de la clarté : exposer les enjeux en termes simples, compréhensibles par le plus grand nombre. Bannir les mots compliqués, à commencer par le jargon juridique. Parler aux citoyennes et citoyens de ce qui les concerne, dans leur vie quotidienne. Cela s'appelle vulgariser, entendez rendre populaire.

     

    Par ailleurs, vous connaissez mon attachement à la démocratie directe. Que le peuple genevois soit appelé à se prononcer sur onze sujets, que ces derniers soient complexes, cela ne me pose pas problème en soi. Le complexe est fait pour être ramené à l'essentiel du sens, les équations sont faites pour être simplifiées, c'est mon métier que de m'attaquer à cela, comme le font aussi mes consœurs et confrères. Je dirais même que plus c'est difficile, plus c'est excitant. Comme avant d'attaquer une version latine, ou grecque, ou un thème allemand. J'adorais cela, littéralement.

     

    Mais dans le cas du 19 mai, j'enrage. Non que le peuple se prononce, c'est justement là mon credo politique absolu ! Et vous savez que je milite justement pour une extension de la démocratie directe, pour les générations à venir. Mais qu'il se prononce sur la base d'une odieuse complexité, balancée comme une patate chaude par les parlementaires, avant de s'en laver les mains.

     

    Sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), nous votons sur deux projets parfaitement contradictoires, que le Parlement, incapable de trancher, a acceptés l'un et l'autre ! Du coup, la démocratie directe, qui doit justement être le lieu de la clarification, devient hélas celui du report de la complexité à grande échelle.

     

    Le problème de ce paquet du 19 mai provient du fait que la plupart des sujets viennent d'en haut : le Parlement n'arrive pas à se décider, chaque camp perdant attaque chaque camp gagnant par référendum, et la pluie de ces missiles alternés se reporte sur les citoyens.

     

    La grandeur de la démocratie directe, c'est lorsque les sujets, comme dans le cas des initiatives, surgissent d'en bas. Des textes conçus par le peuple, et pour le peuple. Directement programmés pour une campagne populaire, à l'échelle du suffrage universel. Dans ces cas-là, l'impérieuse nécessité de la clarté s'impose. Les initiatives, on les défend ou on les combat, mais au moins on les comprend ! Tandis que là, avec cette pluie de complexité tombée de l'Olympe parlementaire...

     

    La grande leçon de ce galimatias, c'est que le Parlement est de moins en moins capable, à Genève, de produire clarté et simplicité. N'arrivant à trancher, il reporte sur le suffrage universel, par un double référendum d'une rare perversité, le soin de la décision. Cette gesticulation ne grandit pas le législatif genevois, et c'est un euphémisme.

     

    Fort bien. Citoyennes et citoyens, décidons. Nous sommes là pour ça. Et à l'avenir, sachons nous en souvenir. En faisant de plus en plus, par le droit d'initiative, la politique nous-mêmes. En laissant les corps intermédiaires patauger dans la gluante complexité du monde. On voudra bien leur confier la conciergerie des lois, en attendant la ratification suprême par le suffrage universel. Et on leur concédera la bagarre sur les virgules.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Avec ou sans armes

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    Sur le vif - Dimanche 05.05.19 - 14.17h

     

    Le sujet des armes, en Suisse, est très passionnel. J'ai moi-même fait près de 500 jours d'armée, principalement entre 1977 et 1990, et détenu chez moi pendant 23 ans une arme à feu. J'avais autour de moi des fanas des armes, tout comme des types détestant les armes. Dans les deux cas, dans la fascination comme dans le rejet, j'ai perçu quelque chose de physique, de puissant, d'irrationnel.

     

    Je ne vous dirai pas ici ce que je vote, sur ce sujet, le 19 mai. Mes votes sont toujours très politiques, toujours la tête très froide, dans ce qui me paraît être l'intérêt supérieur de notre pays, sa souveraineté, son indépendance. Cela, au-delà des sujets intrinsèquement proposés.

     

    Je vous dirai que je comprends l'attachement passionné aux armes. Je respecte cela. Je connais deux ou trois de ces collectionneurs ou tireurs invétérés, ce sont souvent des gens très doux et très courtois, justement pas des Rambos, ils ont une discipline d'approche de l'arme, il y a quelque chose d'initiatique, très intéressant.

     

    Je les comprends, mais leur dis qu'ils ne servent pas leur cause en laissant parfois poindre, chez certains de leurs représentants, des comportements pouvant être perçus comme hyper-corporatistes, à la limite du prétorien. Nous avons à trancher, le 19 mai, une question politique. Quelque cinq millions de citoyennes ou citoyens sont appelés à se prononcer, ce sont eux les patrons, et non les spécialistes des armes, pas plus d'ailleurs que les ennemis des armes.

     

    Dès lors, il faut laisser le débat se dérouler, dans l'espace public. Laisser parler les profanes aussi bien que les spécialistes, les partisans, les opposants, les partis politiques, les anonymes, bref tout le monde. Une votation populaire fédérale, c'est l'affaire de tous. Ainsi fonctionne notre démocratie suisse. Avec ou sans armes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'odieux charabia du bulletin de vote

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    Sur le vif - Vendredi 03.05.19 - 15.08h

     

    "Acceptez-vous l'arrêté fédéral du 28 septembre 2018 portant approbation et mise en oeuvre de l'échange de notes entre la Suisse et l'UE concernant la reprise de la directive (UE) 2017/853 modifiant la directive de l'UE sur les armes (Développement de l'acquis de Schengen) ?"

     

    Vous venez de lire, mot pour mot, le texte figurant sur votre bulletin de vote pour le 19 mai 2019.

     

    Je vous le dis tout net, ce charabia, à l'usage du grand public, pour désigner l'un des onze objets soumis au vote à Genève (deux fédéraux, neuf cantonaux), est une honte. Un galimatias d'obscurité. Un triomphe de juridisme. Une renoncement total à l'impératif de clarté, essentiel dans le Pacte républicain.

     

    Oh, bien sûr, moi, je comprends. Mais moi, j'ai été correspondant à Berne plusieurs années, chef de la rubrique nationale, producteur d'émissions de grande écoute pendant plus de vingt ans, je connais un peu la musique fédérale.

     

    Mais peut-être nos quelque cinq millions d'électrices et électeurs, en Suisse, n'ont-il pas pas tous cet exact degré de connaissance. Parmi eux, beaucoup (hélas !) ne regardent ni Infrarouge, ni Genève à Chaud, ni le Journal de la TSR, ni celui de Léman Bleu et des TV privées régionales, n'écoutent ni les Matinales, ni le 12.30h, ni Forum à la RSR, ne regardent pas Arena, ne lisent pas trop les pages politiques des journaux.

     

    On peut, bien sûr, se dire qu'ils ont tort, et que, s'ils ne comprennent pas le jargon fédéral, c'est bien fait pour eux, ça sanctionne leur paresse à se renseigner.

     

    Je ne partage pas cette approche. La clarté dans la communication est l'une des mes passions. Et je sais bien que si un message ne passe pas, l'émetteur doit avant tout s'en prendre à lui-même. A-t-il été assez clair ? Synthétique ? Vulgarisateur, dans le meilleur sens du terme ? A-t-il pensé à ceux de nos concitoyens qui ne lisent jamais, peinent avec les mots abstraits ? Ces derniers ne sont-ils pas, pour autant, des Suisses comme les autres ? N'ont-ils pas, comme tous les autres, le droit à la meilleure des informations sur les enjeux ? Le droit de savoir.

     

    Le libellé du bulletin de vote concernant le scrutin sur les armes, que j'ai reproduit ici au premier paragraphe, constitue une honte de communication sans nom. Un scandale. Un chef d’œuvre de la politique de l'entre-soi, au sein d'une cléricature charabiesque et jargonnante. L'exemple absolu de ce qu'il faut bannir.

     

    Citoyennes, citoyens, que la clarté soit notre trésor commun !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Trafic immobilisé le dimanche : ça continue !

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    Sur le vif - Jeudi 02.05.19 - 16.13h

     

    Fantastique ! Pour une fois, le Tour de Romandie n'arrive pas sur la rive droite. Les habitants de cette partie de la ville, nourrissant encore quelque espoir de se déplacer en transport privé, commençaient à se dire qu'ils pourraient, cette année, souffler un peu.

     

    Las ! C'était sans prévoir le cortège "Marche de vie pour Israël", qui partira de la Place des Nations à 13h, avec plusieurs centaines de personnes.

     

    En clair : rive gauche totalement immobilisée par le Tour de Romandie ; rive droite partiellement immobilisée, exactement au même moment, par une manifestation.

     

    Aucun respect pour les automobilistes genevois. Aucune consultation des habitants des quartier touchés. Aucune espèce de coordination, avec vue d'ensemble sur les différentes manifestations autorisées, et un minimum de connexion de neurones.

     

    A Genève, les usagers de véhicules privés sont considérés comme des vaches à lait. Payer, payer, encore payer. Et se faire souffler régulièrement l'usage de la chaussée publique, avec la totale complicité des autorités, par des manifestations sur lesquelles ils ne peuvent jamais se prononcer.

     

    Et le week-end prochain, ce sera le Marathon, et puis ça continuera !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Armée : bravo, Benoît Genecand !

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    Sur le vif - Lundi 29.04.19 - 12.12h

     

    Avec mes quelque 500 jours d'armée, principalement entre 1977 et 1990, je ne pense pas pouvoir être soupçonné d'antimilitarisme. Mais je suis en accord total avec Benoît Genecand, lorsqu'il ose mettre en cause l'incroyable liberté de parole, assurément excessive, dont jouit depuis toujours, en Suisse, la Société suisse des officiers, dans le champ politique. Dans un pays comme la France, à forte tradition républicaine, une telle liberté serait inimaginable. Dans la quasi-totalité des autres pays, aussi.

     

    La seule "société" dont un officier doit se sentir membre, c'est l'armée. Et l'armée est un corps de la nation, qui obéit au pouvoir politique, et à nul autre. L'armée n'est pas un corps autonome. Elle fait ce qu'on lui dit de faire. Ce que le chef du Département lui dit de faire. Ce que le Conseil fédéral lui dit de faire. Au final, elle est au service du peuple suisse. Hors de ce service, elle n'a aucune existence propre, n'a pas à en avoir. Ainsi fonctionne l'idée républicaine.

     

    Ensuite, chaque officier, chaque sous-officier, chaque soldat, lorsqu'il a ôté son uniforme, vote strictement comme il veut, en tant que citoyen. Et prend les positions qu'il veut, dans l'espace public.

     

    Mais tant qu'il se proclame "officier", "sous-officier", ou "soldat", en tant que tel, il n'a pas à exprimer ses préférences politiques. Il est là pour exécuter ce que le pouvoir civil lui dit de faire.

     

    Le conseiller Benoît Genecand, dont on peut discuter par ailleurs (mais c'est une autre affaire) le côté imprévisible, atypique, a eu parfaitement raison de mettre le doigt sur une certaine arrogance de tonalité dans les prises de position de la Société suisse des officiers. On peut aller plus loin, si on est républicain et non corporatiste, et oser mettre en cause l'existence même de cette société, jusqu'à son nom. Ce libellé m'a toujours gêné : il laisse entendre une sorte d'Etat dans l'Etat, ou de corporation parallèle, toutes choses dont l'intransigeance d'une âme républicaine peut légitimement se méfier.

     

    Ce que j'écris ici n'entame en rien mon attachement à l'armée suisse, pourvu qu'elle soit au service du peuple, pétrie de conscience de son obéissance au pouvoir civil. Une armée n'est pas un corps en soi. Son existence ou sa dilution, les modalités de son organisation et de son financement, ses missions surtout, tout cela doit être défini par le pouvoir civil. Chez nous, le corps démocratique de ses citoyennes et citoyens. Ce sont eux, au final, les vrais patrons de l'armée suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le référendum : un droit démocratique !

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    Sur le vif - Dimanche 28.04.19 - 13.37h

     

    Toute loi votée par le Parlement peut être attaquée par référendum.

     

    Le référendum est un droit constitutionnel du peuple suisse. Le démocratie directe - initiative et référendum - est une institution, au même titre que le Parlement, le Conseil fédéral, le Tribunal fédéral.

     

    Si le référendum obtient le nombre de signatures valables, il doit être soumis au suffrage universel.

     

    Si le suffrage universel accepte le référendum, la loi votée par le Parlement passe à la trappe.

     

    C'est ainsi que fonctionne notre système. Il n'y a pas à qualifier les référendaires, sous des prétextes moraux. Il n'y a pas à les stigmatiser. Il n'y a pas à les insulter. Ce sont juste des concitoyens, qui exercent leurs droits démocratiques.

     

    Il y a, le cas échéant, à les combattre, et tenter de l'emporter, le jour du vote. Ce jour-là, il faut accepter le résultat. Il n'y a pas à qualifier le peuple souverain qui vote. Il n'y a pas à le stigmatiser. Il n'y a pas à l'insulter. Le peuple n'a pas "toujours raison", non. Mais c'est lui qui décide. On peut décider en se trompant, mais on décide.

     

    La politique est une affaire de rapports de forces. Pas de morale.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La SDN a cent ans - Et alors ?

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    Sur le vif - Samedi 27.04.19 - 16.57h

     

    Demain, 28 avril, la SDN aurait eu cent ans. Autant le dire tout net : il n'y a rien à fêter. La Société des Nations, dont l'installation à Genève fut décidée le 28 avril 1919, n'a légué à l'Histoire que l'immensité de son échec. La tentative multilatérale, sur les décombres épouvantables de la Grande Guerre, n'aura dupé les esprits que pendant quelques-unes des années vingt, autour du Français Aristide Briand et de l'Allemand Gustav Stresemann.

     

    Mais le ver était dans le fruit : la SDN est fille du Traité de Versailles, et Versailles, avec ses conditions totalement inacceptables pour le peuple allemand, fut mère de toutes les errances. Mère de l'immense révolte allemande dont le nazisme naissant fit son fonds de commerce. Mère de toutes les illusions, dont la plus fatale fut la vision multilatérale elle-même, figurant dans les âmes l'émergence d'une organisation planétaire, alors que justement renaissaient les nations. En Italie, en Allemagne, notamment. A Genève, on a rêvé d'un système céleste, quand toute réalité surgissait de la terre.

     

    Il faut reprendre l'année 1919 depuis le début, je m'y emploie depuis quatre décennies. Le début, c'est le 9 novembre 1918, avant-veille de l’Armistice. C'est la Révolution allemande, qui dépose le Kaiser, et entame les pourparlers pour mettre fin à la guerre. Le sol allemand n'est pas touché, la contre-offensive alliée, notamment française et américaine, est certes très sérieuse, mais pas fatale pour l'armée allemande. La guerre, militairement, aurait encore pu durer. Demander l'armistice était une décision politique, celle qui sera qualifiée - et pas seulement par les nazis - de Dolchstoss, le coup de poignard, entendez dans le dos.

     

    Les conditions de paix imposées à l'Allemagne seront tout simplement dantesques. Clemenceau y est pour beaucoup : les inconditionnels du Tigre devraient un peu s'y attarder. Ces conditions imposeront des réparations de guerre, totalement disproportionnées, qui étoufferont le peuple allemand. Il s'agit, dès Versailles, plus dans l'esprit de Clemenceau que dans celui de Wilson, de saigner la bête. La France, le jour venu, entre le 10 mai et le 22 juin 1940, le paiera très cher, lorsque la renaissance de l'armée allemande, alliée au génie du Plan Manstein (lancer une Blitzkrieg à travers les Ardennes), entraînera le pays de Turenne et de Bonaparte, en six semaines, dans la plus grande défaite de son Histoire. Elle ne s'en est jamais remise. Alors que l'Allemagne de 2019 s'est parfaitement remise du 8 mai 1945, défaite d'étape.

     

    La réalité de l'Après-Grande-Guerre, c'est cela. Prise de pouvoir par Mussolini en octobre 1922, par Hitler le 30 janvier 1933, Seconde Guerre mondiale, 50 à 60 millions de morts, une génération seulement après la dévastation de 14-18.

     

    La réalité, c'est cela, et cela seulement. La réalité, c'est cette impossibilité totale, pour la vision multilatérale proclamée dès 1919 par la SDN, à contrecarrer l'immuable permanence du tragique. A Genève, il y avait des centaines d'Adrien Deume, le personnage du Belle du Seigneur, qui ont taillé des milliers de crayons. A Genève, il y a eu des conférences internationales, des résolutions, des mots, toute l'infinité du bavardage. Tout cela, devant l'Histoire, n'aura strictement servi à rien. La SDN fut inutile, prétentieuse, vide de sens, elle n'a rien vu venir, elle a fait semblant.

     

    Demain, la SDN aurait eu cent ans. Il n'y a rien à fêter. Rien à commémorer. Il y a juste à relire Ernst von Salomon, Die Geächeteten, les Réprouvés. Ou Alfred Döblin, November 1918. Ou les poèmes de Gabriele D'Annunzio. Il y a juste à se plonger dans des centaines d'Histoires de la Révolution allemande de 1918/19, de la genèse du fascisme italien, des Ligues en France, du rôle des Anciens Combattants, notamment les Corps-Francs dans l'Allemagne de 1918 à 1923. Il y a juste à se renseigner, infiniment, insatiablement, lire tous les témoignages, ceux des gentils comme ceux des méchants, ceux des bourreaux comme ceux des victimes, ceux des vaincus comme ceux des vainqueurs, ceux des maudits comme ceux des héros.

     

    Il y a juste à lire, lire et lire encore. Construire sa pensée historique sur la confrontation - parfois paradoxale - des témoignages. Mais "fêter" les cent ans de la SDN, qui fit tant de mal par sa candeur et son inexistence, "fêter" juste sous prétexte que cette imposture s'est déroulée à Genève, contribuant à son lustre international, non merci.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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