20/06/2018

La pieuvre des apparences en moins

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Sur le vif - Mercredi 20.06.18 - 15.55h

 

Ce à quoi Donald Trump met doucement fin, c'est l'illusion de l'existence d'un ordre multilatéral, qui serait en mesure de gouverner la planète. Cet ordre, né de l'immédiate après-guerre, n'a jamais existé que dans le domaine des apparences.

 

Il n'a jamais constitué d'autre réalité que celle d'un paravent, délicatement déposé sur les vraies puissances : États-Unis et Union soviétique, puis États-Unis tout seuls. D'ailleurs, chaque fois que l'intérêt supérieur - ou impérialiste - de l'un de ces pays, principalement le deuxième, était en cause, l'ordre multilatéral s'effaçait servilement, en s'excusant d'exister.

 

A Genève, à cause de la présence chez nous de nombreuses institutions internationales, nous surestimons totalement l'impact réel de ces dernières sur le cours de la paix et de la guerre. Je ne parle pas ici des organisation humanitaires, ni médicales, mais de celles qui prétendent influer sur l'ordre politique de la planète.

 

Oui, Trump multiplie les retraits du château de cartes multilatéral, et c'est exactement ce qu'il avait annoncé, lors de sa campagne, pendant toute l'année 2016. Il ne fait rien d'autre que ce qu'il avait promis ! Les gens, aux États-Unis, qui ont voté pour lui le 9 novembre 2016, l'ont fait en parfaite connaissance de cause.

 

A Genève encore, où trop d'observateurs de la vie politique ont été formatés par la matrice HEI, où l'ordre multilatéral est déifié, c'est toute une conception du monde qui s'effondre. Celle de la SDN, dont l'Histoire a eu soin d'apprécier la totale inefficacité face à la montée des totalitarismes. Celle, aussi, de l'immense usine à gaz née de l'après-Seconde Guerre mondiale, entendez principalement l'ONU et ses innombrables succursales ou dépendances. Par exemple, cet ineffable "Conseil des droits de l'homme", qui a perdu depuis longtemps tout crédit, pour peu qu'il en eût jamais.

 

C'est à cela, à cette galaxie d'apparences et de trompe-l’œil, que Donald Trump tourne le dos. Pour des centaines, des milliers de tétanisés du multilatéral, à Genève, c'est comme un univers qui se désintègre et se liquéfie.

 

Et si nous entrions, tout simplement, dans un nouvel ordre régissant les relations internationales ? Retour des nations. Diplomatie. Alliances. Parfois la guerre, parfois la paix. Bref, le tragique de l'Histoire, dans toute sa permanence et toute son immanence. Mais la pieuvre des apparences en moins. Faut-il vraiment s'en plaindre ?

 

Pascal Décaillet

 

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19/06/2018

Flux migratoires : savoir dire NON

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Sur le vif - Mardi 19.06.18 - 16.36h
 
 
Réguler les flux migratoires, ça n'est pas être xénophobe. Ca n'est pas rejeter l'Autre, en tant que tel, ni affirmer une quelconque supériorité sur lui. Je crois, pour ma part, à l'égalité de chaque humain, sur cette terre. Nulle communauté, nulle race, nulle religion n'est supérieure à une autre.
 
 
Mais chaque nation a le droit - et même le devoir - de déterminer, après un débat interne et en fonction de ses lois (décision parlementaire ou démocratie directe), quel flux elle estime pouvoir supporter, donc accepter légalement, pour ne pas mettre en danger sa propre cohésion sociale. J'estime, pour ma part, et depuis toujours, que chaque nation a le droit d'établir la primauté aux siens, entendez ceux qui sont déjà sur son sol, par rapport aux gens de l'extérieur. Principalement dans l'accès au travail.
 
 
Cette primauté, que j'ai toujours prônée, ne signifie en rien supériorité. Non, c'est une mesure visant à préserver les équilibres sociaux internes, notamment en faveur des plus démunis : ce sont eux, et non les grands bourgeois, qui craignent les invasions migratoires, par peur que l'aide sociale ne leur soit diminuée, aux profit des nouveaux arrivants.
 
 
De ma vie, je n'ai jamais considéré la question migratoire comme relevant de la morale. D'ailleurs, peu de choses, à mes yeux, en politique, doivent en relever. Non, le rapport à la migration est une gestion d'équilibres démographiques, qui doit s'opérer sans la moindre haine, dans le respect des uns et des autres. Simplement,, l'intérêt supérieur de chaque nation exige parfois que cette dernière dise NON aux migrants.
 
 
C'est cela, à l'automne 2015, que Mme Merkel, sous pression d'un grand patronat avide de main d’œuvre peu regardante sur les conditions sociales et salariales, n'a pas voulu comprendre. Aujourd'hui, vient pour elle l'addition. Parce que le nouveau ministre fédéral allemand de l'Intérieur, le Ministre-Président de Bavière et chef de la CSU, Horst Seehofer, lui brandit le miroir de ses contradictions. Politiquement, la Chancelière n'est plus viable. Je doute qu'elle termine son mandat.
 
 
Dans un nouvel axe Nord-Sud qui coupe l'Europe en deux, et réunit l'Italie, l'Autriche et bientôt l'Allemagne, il n'est plus question de rêver face à l'incroyable pression migratoire qui pèse sur notre continent. Il faut remplacer les postures morales par le retour de la politique. Cela signifie : savoir dire NON.
 
Pascal Décaillet
 

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18/06/2018

Diaphanes, mais incrustés

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Sur le vif - Lundi 18.06.18 - 13.43h

 

A Genève, quel contrôle politique le Parlement a-t-il la capacité d'exercer sur l'armada des secrétaires généraux adjoints, dans les Départements ?

 

Quand on voit certains transferts récents, et ce qu'ils représentent comme permanence dans l'ordre de l'influence et du pouvoir, on se dit que la représentation populaire, qui n'est pas là pour faire de la figuration mais pour contrôler l'exécutif et l'administration, devrait exercer cette mission de haute main sur ces singuliers états-majors.

 

Il n'est écrit nulle part que les mêmes hommes de l'ombre doivent, sans le moindre contrôle des élus, continuer ad æternam d'exercer le poids de leur influence tentaculaire, nourrie de leurs réseaux, dans la machinerie de l'Etat.

 

La République, c'est le contrôle des ministres par les élus du peuple. Et non l'incrustation de certains commis, aussi diaphanes aux yeux du public qu'ils sont ancrés dans l'appareil du pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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17/06/2018

Il défrise. Et alors ?

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Sur le vif - Dimanche 17.06.18 - 16.08h
 
 
Que le ministre suisse des Affaires étrangères décoiffe et défrise les vieilles habitudes, je veux bien. Encore faut-il que ce travail s'opère dans le bon sens. J'entends pas là, un sens qui serve les intérêts supérieurs de notre pays face à l'Europe, son rôle de médiateur pour la paix ; et au Proche-Orient, l'équilibre du respect prodigué aux antagonistes.
 
 
Respect pour Israël, dont il n'est pas question de remettre en cause l'existence. Et respect EXACTEMENT aussi fort pour les Palestiniens, prise de position sans appel et sans équivoque pour que ces derniers puissent disposer d'un État indépendant et souverain.
 
 
Parce que juste défriser, ou décoiffer, pour la seule émotion capillaire de l'image produite, c'est un peu court.
 
 
Pascal Décaillet
 

16:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Berlin, 17 juin 1953

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Sur le vif - Dimanche 17.06.18 - 06.25h

 

Il y a 65 ans aujourd'hui, l'insurrection à Berlin-Est. Un moment majeur d'une Histoire de la DDR qui reste à écrire, tant elle est méconnue, passionnante, essentielle.

 

Sur cette insurrection du 17 juin 1953, trois mois et douze jours après la mort de Staline, à lire absolument, une pièce de Günter Grass, éblouissante. Elle représente Brecht, faisant jouer le Coriolan de Shakespeare, au Berliner Ensemble. Lorsque, tout à coup, les ouvriers insurgés envahissent son théâtre !

 

Cette pièce s'appelle "Die Plebejer proben den Aufstand", "Les plébéiens répètent l'insurrection". Elle y transforme le plus grand dramaturge du vingtième siècle en victime d'acte révolutionnaire !

 

Ce texte, que tout prof d'allemand devrait lire avec ses élèves (après les avoir invités à lire l'œuvre, géniale, de Brecht lui-même, bien sûr), est publiée, en français, aux Editions du Seuil.

 

Et, si la grandeur tragique du mythe de Coriolan vous intéresse, et que la fréquentation du sublime ne vous effraye pas, il y a évidemment l'Ouverture en do mineur, Opus 62, composée en 1807 par un certain Ludwig van Beethoven.

 

Pascal Décaillet

 

14:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/06/2018

De Delphes à Tübingen

 

Sur le vif - Samedi 16.06.18 - 07.38h

 

L'Europe n'est pas libérale par essence. Mais seulement parce que certains dirigeants, à un certain moment, lui ont imposé la tyrannie des marchés libéraux. C'est le péché originel, porteur de tous les maux de l'Union européenne, aujourd'hui.

 

Notre vieux continent n'est pas un dominion hors-taxes de la jungle anglo-saxonne. Il est, tout au contraire, le produit d'une immense Histoire où les communautés humaines, au fil des générations, ont tissé des liens de reconnaissance, de solidarité, de mutualité.

 

Cela, pendant des siècles, s'est construit autour des grands Ordres chrétiens. Mais aussi, dans le registre temporel, autour de la notion d'Etat, autour de la loi et de la chose écrite. L'Europe est un lien, une mise en partage des cultures. La réduire à un marché relève d'une conception vulgaire, inachevée, de la mission de notre continent dans le monde.

 

Le jour où les pays d'Europe mettront en commun l'intime richesse de ce qui les unit, de Weimar à Cluny, de Delphes à Tübingen, de Dresde à Sénanque, de Sienne à Nuremberg, là oui, s'élèvera quelque chose dans nos âmes. Pour l'heure et pour de nombreuses générations, je n'entrevois que la permanence des nations.

 

Pascal Décaillet

 

15:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/06/2018

De la Baltique à la Sicile

 

Sur le vif - Vendredi 15.06.18 - 08.21h

 

Il y a un homme, dont je parle ici depuis des années, c'est Horst Seehofer, le nouveau ministre fédéral de l'Intérieur, en Allemagne. J'en parlais lorsque, Ministre-Président de Bavière et chef de la CSU, comme l'avait été le rugissant Franz Josef Strauss, il s'opposait avec virulence à la politique migratoire inconsidérée de Mme Merkel, dont les conséquences sont dévastatrices pour la cohésion sociale allemande.

 

Aujourd'hui, Seehofer est aux affaires sur le plan fédéral. Et il n'a aucune intention de faire de la figuration. Sur le plan migratoire, il a ses idées, qui ne sont pas celles de la Chancelière. Et il a des alliés : Sebastian Kurz, le nouveau Chancelier autrichien, 31 ans, et le nouveau gouvernement italien !

 

Voilà donc, de la Baltique à la Sicile, un axe Nord-Sud pour pratiquer un contrôle beaucoup plus important des flux migratoires. Et ne pas s'en laisser conter par les directives de Bruxelles. Encore moins, par les leçons de morale totalement déplacées de M. Macron, cet internationaliste arrogant et autocratique, à la pensée abstraite, déracinée.

 

De la Baltique à la Sicile, de Flensburg à Palerme, voilà donc un front du refus qui va déterminer la politique migratoire européenne ces prochaines années. M. Orban, en Hongrie, n'est plus seul. Le visage de l'Europe va changer. Les nations reviennent, avec leurs alliances ; le diaphane concept de supranationalité continentale s'évapore. Il était né de la géométrie des esprits, au mépris des réalités.

 

Ah, un détail, j'allais oublier : au milieu de l'axe Nord-Sud de ce Saint-Empire, entre l'Allemagne et l'Italie, il y a un petit pays, démocratique, pluriel, attachant : pourriez-vous me rappeler son nom ?

 

Pascal Décaillet

 

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14/06/2018

Les conseillers fédéraux PLR : un problème pour la Suisse ?

 

Sur le vif - Jeudi 14.06.18 - 11.36h

 

Suintant un ultra-libéralisme du début des années 2000 qu'on espérait oublié, les propos d'Ignazio Cassis sur les mesures d'accompagnement sont tout simplement irresponsables. Ils oublient totalement la cohésion sociale intérieure à notre pays, condition de sa survie.

 

Comme il s'agit des deuxièmes propos irresponsables en quelques jours, après ceux sur le Proche-Orient, les citoyennes et citoyens de notre pays sont en droit de commencer à se poser des questions sur ce conseiller fédéral.

 

Quand on ajoute à cela les positions irresponsables de son collègue Johann Schneider-Ammann sur l'agriculture, qu'il veut ouvrir à tous les vents de la concurrence mondiale, on commence à se demander si le parti radical, le Grand Vieux Parti qui a fait la Suisse en la construisant sur l'Etat et le souci du bien public, n'a pas quelque ménage à faire en ses rangs, jusque dans ses élites, depuis qu'il porte le nom hybride de PLR.

 

Pascal Décaillet

 

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Italie : de quoi se mêle Macron ?

 

Sur le vif - Jeudi 14.06.18 - 07.34h

 

La leçon de morale administrée à l'Italie, sur sa gestion de la crise migratoire, par Emmanuel Macron, est un scandale.

 

L'Italie se trouve être, par sa situation géographique, comme la Hongrie, en première ligne sur le front des flux migratoires. Elle a dû déployer, ces dernières années, d'immenses efforts, abandonnée par ses chers voisins (dont la France !) et par Bruxelles. En matière d'asile comme ailleurs, la "dimension européenne" est une fiction, seule existe la solitude de chaque nation.

 

Fatigué de porter seul le fardeau migratoire, le peuple italien, lors d'élections parfaitement démocratiques et régulières, en mars, a voté majoritairement pour deux partis proposant une régulation plus stricte de l'immigration.

 

Ces partis, après des mois de gesticulations de la vieille classe politique (jusqu'au plus haut niveau) pour les empêcher d'accéder aux affaires, sont enfin au gouvernement. Ils sont là pour appliquer la politique voulue par une majorité du corps électoral : c'est cela, la République !

 

Dans cette affaire, que vient faire M. Macron ? De quoi se mêle-t-il ? Qu'a-t-il accompli de si extraordinaire, chez lui, dans la gestion de la crise migratoire, pour venir faire la leçon au pays qui se trouve en première ligne ? Ce bourgeois connaît-il Calais ?

 

M. Macron ferait mieux de s'occuper de la cohésion sociale française. De ses cheminots. De ses infirmières. De ses enseignants. De ses ouvriers. De ses chômeurs. De la souffrance de ses paysans. Il n'a aucune légitimité pour venir faire la morale à l'Italie.

 

Le Président du Conseil italien a réagi vivement, il n'a aucune intention de se laisser faire par le beau parleur de l'Elysée. Et il a mille fois raison.

 

Pascal Décaillet

 

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10/06/2018

Saint Thomas

 

Sur le vif - Dimanche 10.06.18 - 15.06h

 

Mon père était ingénieur en génie civil et bâtiment. Pendant près d'un demi-siècle, il a œuvré. Il ne se réjouissait jamais d'une construction avant qu'elle ne fût achevée. Ou du moins, avant le bouquet, sur le toit, avec les ouvriers.

 

Ce primat du concret sur les brasseurs de vent, Genève en aura rudement besoin, dans les années qui viennent.

 

Parce que changer la loi avec des grandes promesses 2030, c'est bien, mais construire VRAIMENT, c'est mieux. Et là, tel Saint Thomas, j'attends de voir.

 

Pascal Décaillet

 

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08/06/2018

Martin Luther : souffle et lumière

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Sur le vif - Vendredi 08.06.18 - 18.48h

 

Pas un jour sans que je ne pense à l'immensité de l'importance de cette traduction de la Bible en allemand, par Martin Luther, autour de 1522.

 

C'est l'acte fondateur de la modernité de la langue allemande. Un texte pétri de sens et du génie du verbe. Luther est un penseur, mais il est aussi un écrivain, un inventeur de mots. Pour un peuple entier, pour des millions de germanophones, il jette dans l'espace public un texte d'exception. Qui servira, plus tard, de support à Jean-Sébastien Bach, et plus tard encore à Brahms. Il propulse le texte biblique dans la langue véhiculaire des gens de son époque. Désormais, à partir de ce début du seizième siècle, ils vont au Culte, ils comprennent. Vous vous rendez compte de ce que cela signifie ?

 

Je réfléchis à la suite de ma Série allemande, entamée l'été 2015, 24 épisodes déjà bouclés et publiés. Mon problème, comme toujours avec ce qui me passionne, est ma très grande difficulté à faire des choix. Alors, je voudrais parler de tout, en même temps, en oubliant la chronologie (oh, rassurez-vous, elle est dans ma tête, au millième de millimètre), en mêlant l'Histoire musicale (qui me dévore de plus en plus) à celle des textes poétiques, sans oublier bien sûr la politique. Et surtout, l'Histoire de la langue allemande elle-même : de Luther à Bertolt Brecht (autre génie total de l'invention verbale), en passant par le Sturm und Drang, et bien sûr les Frères Grimm.

 

Au milieu de ce fatras, d'apparence désordonnée mais où je sais parfaitement où je vais, la permanence de figures tutélaires, cosmiques, qui m'englobent, donnent du sens à ma vie. Il y a Beethoven. Il y a Richard Wagner. Il y a Bach et Brahms, Haendel, Richard Strauss, Mendelssohn, et des dizaines d'autres musiciens allemands. Il y a tous ces poètes, auxquels je fus jadis initié par un professeur d'exception, Bernhard Boeschenstein. Il y a Brecht, Thomas Mann, et tous les autres.

 

Tous ceux-là, oui, et tant d'autres. Mais à la source de tout, il y a Martin Luther. Et sa traduction de la Bible. Je ne suis pourtant pas Réformé, comme on sait, mais la lumière de cet homme, sur la langue et l'imaginaire de tout un peuple, me fascine totalement. Depuis l’adolescence.

 

Lorsque je dis "Je sais où je vais", il me faut être plus précis. Je dirais plutôt qu'au milieu de la nuit, du fracas et désordre, j'ai étrangement confiance, propension qui (c'est un euphémisme) ne m'est pas exactement naturelle. Dans l'univers germanique, depuis toujours, je me sens chez moi. Intimement habité, depuis l'âge de 13 ans, sans doute depuis ma visite de l'Expo Dürer, en 1971, à Nuremberg, pour les 500 ans de la naissance du peintre, à quelques jours de ma première rencontre avec Wagner, par l'idée qu'il existe un fil conducteur du destin allemand. Un fil invisible. Un anneau précieux, à trouver ? Un... Ring. Ce qui, à un œil extérieur, non-initié à la complexité allemande, donne l'apparence d'un chaos, dissimule la cohérence d'une vérité voilée.

 

C'est pourquoi je suis si attaché à Wagner. Et tout autant, à ce texte si singulier, si énigmatique, si secret parfois aussi, en tout cas si difficile pour moi, qu'on appelle la Bible. En la traduisant dans la langue de tous, Martin Luther a tenté - avec un génie incomparable - de donner du sens à un langage crypté. Une aventure de l'esprit, dans la puissance incarnée du verbe. Avec ou sans majuscule à ces deux mots, esprit et verbe, chacun orthographiera comme il voudra.

 

Une chose est sûre : dans les enjeux fondamentaux du destin allemand, dans la nuit comme dans la lumière, dans la rédemption comme dans le crime, dans la joie comme dans la douleur, dans l'architecture comme dans le chaos de la destruction totale (1648, 1945), il y a la question théologique. Celle du rapport au verbe. Et c'est pourquoi, justement, cette aventure de traduire la Bible en allemand représente, à mes yeux, l'un des défis humains les plus saisissants. Peut-être Martin Luther est-il, avec Beethoven, l'Allemand par excellence. Celui qui défie l'Ordre cosmique, pour lui donner du sens.

 

Pascal Décaillet

 

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05/06/2018

Commis-voyageur de la guerre

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Sur le vif - Mardi 05.06.18 - 15.15h
 
 
Et pendant ce temps, M. Netanyahou, Premier ministre israélien, poursuit sa tournée des popotes, pour convaincre les dirigeants européens de sortir de l'Accord nucléaire avec l'Iran. Après Mme Merkel à Berlin, c'est aujourd'hui M. Macron à Paris, et demain ce sera Londres.
 
La tournée du Premier ministre israélien va bien au-delà de l'Accord nucléaire, signé sous Obama, puis dénoncé par Trump. Il s'agit, doucement mais fermement, de préparer les puissants, en Europe, à une guerre des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran.
 
Une guerre qui se prépare depuis des années au Pentagone (le scénario date de bien avant l'arrivée de Donald Trump). Regardez la carte des puissances stratégiques au Proche-Orient et au Moyen-Orient : l'Iran est littéralement cerné, aujourd'hui, par les bases militaires américaines. Elles ne sont pas là pour rien.
 
Il existe, aux États-Unis, des forces très puissantes, et très influentes, en faveur d'un conflit armé direct avec l'Iran. Il y a tous ceux qui n'ont pas digéré l'humiliation subie par les Américains à la fin de l'ère Carter, lors de la désastreuse tentative de libération des otages. Il y a les milieux évangéliques, dont on sous-estime ici la capacité de leviers idéologiques. Et puis, il y a les traditionnels soutiens d'Israël. Mis ensemble, cela commence à faire du monde. Et constitue, pour Trump, une clientèle non-négligeable pour sa réélection, en 2020.
 
Oui, les Etats-Unis et Israël préparent, ensemble, la guerre contre l'Iran. Oui, tous les prétextes leur seront utiles, comparables à la petite fiole, naguère, de Colin Powell. Oui, ils utilisent l'Accord nucléaire, et son prétendu non-respect par Téhéran, comme cause directe pour intervenir.
 
 
C'est dans cette optique, bien précise, que s'opère la tournée européenne de M. Netanyahou. Il n'est pas venu sur le Vieux Continent comme messager de la paix. Mais comme commis-voyageur de la guerre.
 
 
 
Pascal Décaillet
 

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30/05/2018

La Palestine, ça existe !

 

Sur le vif - Mercredi 30.05.18 - 09.11h

 

Ignazio Cassis se rend-il compte que ses déclarations, maintenues ce matin à la RSR, sur le Proche-Orient font de lui, en termes d'image en tout cas, l'allié objectif du colonialisme israélien dans les Territoires ?

 

Maladresse, méconnaissance de l'Orient compliqué, ou (pire) prise de parti consciente pour l'un des camps ? Pour m'être rendu plusieurs fois sur place, je puis attester que la réputation de la Suisse, là-bas, est excellente auprès de toutes les parties en conflit, pour peu justement que notre pays ne favorise aucune d'entre elles. Et accorde à chacun le même degré de reconnaissance.

 

Surtout, cela n'intervient pas à n'importe quel moment. Il existe un plan, entre les Etats-Unis et Israël, pour jeter au panier la question palestinienne. Et, dans la foulée, faire la guerre à l'Iran. Donald Trump, sur cette question, laisse les milieux évangéliques américains, alliés avec les traditionnels soutiens d'Israël aux Etats-Unis, exercer sur lui une profonde influence. Soucieux de sa réélection en 2020 ?

 

En attendant, la Suisse doit impérativement demeurer dans sa position de respect et d'amitié envers tous les antagonistes du conflit israélo-palestinien. Il existe des liens avec Israël. Il en existe aussi avec la Palestine, et les multiples composantes de ses aspirations à l'affranchissement. On sait à quel point, depuis 1948, Israël s'ingénie à monter les unes contre les autres. Par exemple, le Hamas contre les vieilles institutions du Fatah. Les ferments internes de dispersion ont toujours été les pires ennemis de la cause palestinienne.

 

Dans ces circonstances, les propos de M. Cassis sur les réfugiés palestiniens constituent une grave erreur politique. Au moment où la plus grande puissance de la planète œuvre, avec Israël, à une évacuation historique de ce dossier, les Palestiniens, plus affaiblis que jamais, aux confins du désespoir, ont besoin d'entendre de notre pays des mots de reconnaissance et d'amitié. Et non des mots qui vont dans le sens des puissants, des colons et des dominateurs.

 

Pascal Décaillet

 

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29/05/2018

30 mai 1968 : 50 ans demain !

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Sur le vif - Mardi 29.05.18 - 14.52h
 

Comme journaliste, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de couvrir des manifestations, en direct sur place avec micro HF. J'ai même eu l'honneur, à deux reprises, d'inhaler les gaz des grenadiers de la police municipale bernoise, en 1991 et 1992, lors de méga-manifs de paysans, très en colère. Expérience plutôt violente pour l'appareil respiratoire, croyez-moi.

 

Mais comme citoyen, jamais participé à la moindre manif. Il est totalement contraire à ma nature d'aller hurler dans la rue, avec d'autres gens, même pour des causes que je partage. Cela n'est pas mon langage. J'exprime mon point de vue, depuis plus de trois décennies, dans des commentaires argumentés, avec ma voix ou ma plume, c'est mon mode, ma manière, cela me convient très bien.

 

Il est pourtant, dans toute l'Histoire récente, une manif à laquelle j'aurais voulu participer. Pas sur le moment (j'avais dix ans !), mais rétrospectivement. C'est celle dont nous marquerons demain le cinquantième anniversaire : la contre-manifestation massive de soutien à de Gaulle, le 30 mai 1968, pour siffler la fin de la récréation. On parle d'un million de personnes, sur les Champs : le plus grand rassemblement humain depuis la Libération (26 août 1944). L'un des plus massifs depuis les funérailles de Victor Hugo (1885), ou l'accueil d'Henri, Roi de Navarre, faisant sur le Pont-Neuf son entrée dans la capitale (1594), pour réconcilier le pays, recru de l'épouvantable épreuve des Guerres de Religion.

 

Je ne me réjouis pas du résultat politique de cette contre-manifestation : l'arrivée au pouvoir, en juin, d'une Chambre bleu-horizon, plus pompidolienne que gaulliste, la Chambre de la Banque Rothschild et des rentiers apeurés, bien en place jusqu'en 1973.

 

Non. Je ne me réjouis pas que Mai 68 se soit conclu par ce retour de manivelle. Alors que justement, autour du Général, gravitaient les brillants esprits du gaullisme social, des hommes comme Louis Vallon et René Capitant. Ils étaient en train de préparer de remarquables réformes, lorsque le maelström de Mai, figeant les fronts, a tout foutu en l'air. C'est l'une des causes de mon rejet viscéral de l'ensemble du mouvement.

 

Mais j'aurais tant aimé, ce 30 mai 1968, défiler sur les Champs. Sans haine pour personne. Mais juste pour affirmer mon soutien à un vieil homme de génie, qui depuis 28 ans avait tant fait pour la France. La Résistance. La Libération. Le droit de vote aux femmes (1945). La décolonisation. L'indépendance algérienne, et celle d'innombrables pays d'Afrique. Une nouvelle Constitution (1958), encore en vigueur aujourd'hui, 60 ans plus tard. La paix avec l'Allemagne, le Traité de Reims de 1962, avec Adenauer. Une politique étrangère extraordinaire d'audace, rejetant les deux blocs impérialistes du moment, prônant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, dialoguant avec le monde arabe, avec les non-alignés. La France, alors, avait une Voix dans le monde. Comme jamais elle ne l'a retrouvée depuis, sauf peut-être lors de quelques éclairs d'un Villepin.

 

A ce vieil homme, qui venait de vivre 48 heures hallucinantes, promené par son hélicoptère jusqu'à Baden-Baden, abandonné de presque tous, en rupture de confiance avec Pompidou, lâché par un patronat qui l'a toujours détesté, j'aurais voulu, juste moi au milieu d'un million d'autres, apporter mon soutien, ma fidélité, mon affection.

 

Pascal Décaillet

 

 

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M. Mattarella et le cadavre du Cid

 

Sur le vif - Mardi 29.05.18 - 04.48h

 

En qualifiant de "geste courageux" le refus du Président italien d'avaliser la nomination de Paolo Savona aux Finances, l'éditorialiste du Temps confirme la ligne, maintes fois réaffirmée, de ce journal : placer les décisions souveraines des peuples un cran (au moins) plus bas que la permanence de pouvoirs supra-nationaux, ceux du conglomérat "européen" de Bruxelles.

 

En Italie, aux dernières élections, les partis anti-système ont gagné. Ensemble, ils peuvent former un gouvernement, cela dans la parfaite légitimité d'un fonctionnement démocratique et constitutionnel mis au point juste après la guerre, dans ce pays en ruines qui était celui du Voleur de bicyclette et de Riz amer.

 

En parfaite connaissance de cause, aux législatives, les citoyennes et citoyens de la Péninsule ont voté majoritairement pour la restauration et le primat de la souveraineté italienne, et contre Bruxelles. Oui, contre une Europe dont Rome avait pourtant été le lieu du baptême, en 1957.

 

C'est ainsi, l'Italie a changé. La vieille Democrazia Cristiana, celle de Gasperi, d'Andreotti et de Moro, cette antique et matoise constellation de Guelfes et de Gibelins, n'est plus, et depuis longtemps. Mais M. Matarrella, l'actuel Président, issu lui-même de ce monde défunt, rêve encore d'en brandir le cadavre, tel celui du Cid, à bout de bras, comme aux plus riches heures où le Trône et l'Autel se côtoyaient, dans un chuchotement sans fin.

 

Défendre la position de M. Mattarella, c'est postuler qu'il existe, plus haut que la volonté souverainement exprimée par les peuples, une autorité supérieure, prétendument au nom de "valeurs". Une sorte de pouvoir arbitral de Saint-Empire, avec voyage à Canossa pour les récalcitrants.

 

C'est précisément le corset de cette autorité, notamment ses ukases en matière de pression migratoire, mais aussi en matière monétaire, dont le corps électoral italien a voulu s'affranchir. Il a voté, en totale connaissance de cause, pour des partis eurosceptiques. Il est donc parfaitement normal que le nouveau gouvernement, a fortiori son ministre des Finances, soient eurosceptiques. Le respect du vote populaire doit être la seule, l'unique source d'inspiration du Président. C'est dans la Constitution italienne de l'après-guerre.

 

Il n'y a donc aucunement lieu de qualifier de "courageux" le geste du Président italien. Mais, au contraire, de s'interroger sur ce qu'il porte en lui d'allégeance à des forces externes (Berlin, plus encore que Bruxelles). Et d'intelligence avec des puissances situées en dehors de la communauté nationale italienne.

 

Pascal Décaillet

 

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28/05/2018

Italie : la faute présidentielle

 

Sur le vif - Lundi 28.05.18 - 07.06h

 

En Italie, le veto du Président de la République à la présence aux Finances de Paolo Savona, jugé germanophobe et hostile à l'euro, montre à quel point ce pays est inféodé à l'Allemagne sur les questions financières et monétaires.

 

Ce veto donne le signal qu'il existe, aux yeux du Président, des considérations extérieures au respect de la volonté populaire italienne, clairement exprimée lors des dernières élections. Singulière conception de la souveraineté nationale, surtout chez celui qui devrait en être le garant.

 

Ce veto va contribuer à faire monter encore le réflexe "anti-système", aujourd'hui majoritaire dans le pays.

 

La gentille Italie de l'après-guerre, élève modèle de la construction européenne, berceau du Traité de Rome de 1957, c'est fini. Revoilà l'Italie, dans la fierté réinventée de son affirmation nationale. Une Italie souveraine, c'est cela le message du peuple, aux dernières législatives.

 

Monsieur le Président, vous venez de commettre une erreur majeure. Peut-être même une faute politique.

 

Pascal Décaillet

 

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27/05/2018

Mort d'un génie

 

Sur le vif - Dimanche 27.05.18 - 09.35h

 

Pierre Bellemare, une très grande voix de la radio. Il avait la tessiture. Il avait le rythme. Il avait les silences. Il avait les ruptures de tempo, pour briser la monotonie. Il parlait droit devant lui, penché en avant, plongé dans le cœur vivant du micro. Il parlait, on l'écoutait. Il parlait, on le comprenait. Il parlait, il nous atteignait. Par sa voix, par le seul miracle des syllabes, il racontait, évoquait, restituait. C'est cela, un homme de radio. C'était cela, Pierre Bellemare.

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2018

Pensée et prière pour le Proche-Orient

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Sur le vif - Mardi 15.05.18 - 16.29h

 

Je suis un ami du Proche-Orient, où je me suis rendu à de nombreuses reprises, je reconnais à chaque peuple aujourd’hui sur place le droit à l’existence, le droit à un Etat. Je reconnais cela à Israël, et me souviens de la grande émission spéciale que nous étions allés faire, en direct de Jérusalem, il y a juste vingt ans, mai 1998, pour les cinquante ans de ce pays. Mais tout autant, avec la même ferveur, je revendique depuis toujours, pour les Palestiniens, le droit à un Etat. Un Etat, et non une « Autorité » administrative, avec des check-points à tous les coins de rue. Je me souviens des funérailles de Yasser Arafat, novembre 2004, d’où j’avais présenté un Forum spécial, en direct de Ramallah, au milieu d’une foule immense.

 

La première réaction, après le massacre d’hier à Gaza, est évidemment celle de la colère. J’ai immédiatement pensé à Sétif, 8 mai 1945, prélude (neuf ans avant) à qui allait devenir, dès le 1er novembre 1954, la Guerre d’Algérie. J’ai pensé à Sétif, parce que là aussi, Jour de la Victoire contre les nazis, cela aurait dû être un jour de fête, et cela tourna en abominable boucherie. Lorsqu’une fête est ensanglantée, alors surgit quelque chose, de l’ordre de la tragédie grecque, comme une rupture avec l’ordre sacré, une source de malédictions futures, à jamais recommencées. C’est dans Eschyle, Sophocle, Euripide. C’est aussi dans la Bible.

 

L’immense erreur serait de réduire le massacre de Gaza, hier, à un affrontement entre Juifs et Musulmans. Parce que la question nationale palestinienne, c’est un fait depuis 1948, relancé depuis juin 1967, ne peut en aucun cas se résumer à sa seule dimension de conflit confessionnel. D’ailleurs, il y a des Palestiniens chrétiens. Et il y a des Juifs, citoyens israéliens ou de la Diaspora, qui désapprouvent les aspects coloniaux de la politique israélienne. Non, nous ne sommes pas là dans une guerre de religion, mais dans un affrontement d’ordre national. Tant que la Palestine ne disposera d’un Etat à elle, souverain, l’acuité de cette question demeurera.

 

Le 6 décembre 2017, j’ai publié, ici même, un texte intitulé « Ne faites pas cela, M. Trump ! ». Il était très clair que le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem allait mettre le feu aux poudres. C’est fait, au-delà des pires inquiétudes que l’on pouvait nourrir. Jérusalem, ville « trois fois sainte », où tous doivent avoir leur place, les Juifs, les Musulmans, les Chrétiens, et puis aussi tous les autres, appartient, de toutes les lumières éblouissantes de son passé, au patrimoine de l’humanité, elle est Géorgienne, Syriaque, Arménienne, elle est de toujours et de partout, cela M. Trump n’a pas voulu le comprendre.

 

Pour l’heure, pensée et prière. Pour les Palestiniens tombés hier à Gaza. Pour les citoyennes et citoyens d’Israël qui veulent la paix des cœurs et celle des âmes. Pour tous ceux, d’une religion ou d’aucune, pour qui l’incomparable lumière du Proche-Orient veut dire quelque chose. Pensée et prière, oui, pout tous ceux de là-bas.

 

Pascal Décaillet

 

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13/05/2018

La langue, petite musique de nuit

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Sur le vif - Dimanche 13.05.18 - 09.55h

 

L'Histoire de l'Allemagne est celle de la langue allemande. La correspondance, l'intimité, de l'une à l'autre, sont totales. À y regarder de près, c'en est troublant, effarant même de précision.

 

Luther, en traduisant la Bible en 1522, invente l'allemand moderne. Créateur de mots, génie du verbe. Il propulse les Écritures dans la langue parlée de chaque Allemand de son temps. Il dissout les cléricatures, parle à chaque humain. C'est l'une des plus grandes Révolutions de l'Histoire humaine.

 

Le Sturm und Drang, premier pas vers le Romantisme, prenant congé de l'Aufklärung, ces Lumières trop blafardes, juste destinées à la Raison, sèchement démonstratives, va puiser dans le trésor lexical et la puissance narrative de la Vieille Allemagne. La Révolution, par la langue.

 

Les Frères Grimm, consacrant chaque heure de leur vie à l'exhumation des textes et légendes germaniques, précisent, identifient et finalement subliment l'infinie richesse dialectale des Allemagnes.

 

Hölderlin, puis (bien plus tard) Brecht, lorsqu'ils travaillent à la syllabe l'Antigone de Sophocle, établissent une intimité époustouflante entre la langue grecque, sa métrique, la richesse de ses inflexions dialectales, et la langue allemande. Ces deux langues, ces deux univers littéraires, sont conçus pour se retrouver, dans une étreinte de feu. J'ai, vous le savez, un peu travaillé naguère, sur la comparaison de ces deux littératures.

 

L'Histoire des Allemagnes est celle de la langue allemande. Nul récit du destin allemand ne peut faire l'économie d'une profonde réflexion sur l'évolution de la langue.

 

Cette dernière, loin d'être un seul instrument, est peut-être le personnage principal de l'Histoire allemande. Plus que le simple solfège, elle en est la petite musique de nuit. Ou mieux : le fil conducteur, ou Leitmotiv, comme chez Wagner.

 

Jusqu'à Paul Celan (1920-1970), sans doute le plus grand poète de langue allemande du vingtième siècle. Un Allemand de Roumanie, toute sa famille disparue dans les camps. Lui, survit. Il ne lui reste rien, et dans son œuvre, il fait constamment allusion à ce rien, ce vide.

 

Il ne lui reste rien, si ce n'est la langue allemande.

 

Sur la seule richesse de ce matériau, le seul legs de cette Écriture, jusqu'à ce jour d'avril 1970 où, du Pont Mirabeau, il se jette dans la Seine, il tente d'établir les conditions de sa survie.

 

Entrer dans la langue allemande, pour ne plus jamais la quitter, c'est pénétrer dans un enjeu vital. Une histoire de vie et de mort. Un espoir de survie, face à l'inéluctable.

 

Pascal Décaillet

 

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12/05/2018

L'Italie italienne

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Sur le vif - Samedi 12.05.18 - 16.19h 
 
 
La gentille Italie, atlantiste et européiste, de l'Après-Guerre, celle d'Alcide de Gasperi, puis de trois ou quatre décennies de Democrazia Cristiana, pays co-fondateur de l'Europe communautaire, co-signataire du Traité de Rome (1957), c'est fini.
 
 
Fini, depuis un moment déjà. Mais là, avec les dernières élections, puis enfin un gouvernement présentant quelque cohérence avec la volonté populaire, revoilà l'idée d'une Italie souveraine. Et pas nécessairement d'accord, ni Guelfe ni Gibeline, de jouer le jeu de Marche méridionale, souriante, simplement vacancière, d'un Saint Empire en reconstruction, cette fois tellement plus Germanique que Romain.
 
 
Bref, l'Italie, très vieux pays, très vieille terre, mais nation fort récente, toujours travaillée par les vieux ferments de dispersion entre le Nord et le Sud, commence à redécouvrir l'idée qu'elle puisse être VRAIMENT souveraine dans ses choix de destin. Par exemple, dans le rapport qu'elle entend entretenir seule (et non sous tutelle de Bruxelles, voire Berlin) avec les flux migratoires. La pression qui s'exerce sur elle, par le Sud, est d'une nature telle que nous n'avons vraiment aucune leçon à lui donner.
 
 
L'Italie a le droit de se penser et représenter elle-même, comme italienne. Et non comme l'aimable Province transalpine d'un conglomérat continental de plus en plus fictif, véritable paravent à la nouvelle expression de la puissance allemande en Europe.
 
 
Oui, l'Italie nouvelle, celle qui couvait déjà depuis des années, mais confirmée par le suffrage populaire, nous promet des tonalités plus nationales qu'impériales, plus souveraines que dépendantes. Une communauté d'hommes et de femmes qui entendent, d'abord entre eux, décider de leur destin. Ce qui n'empêche ni la diplomatie, ni les échanges, ni l'amitié entre les peuples. Mais d'abord, on affirme sa liberté, son indépendance. Ensuite, on discute.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 
*** Image : Riso Amaro, le chef d'oeuvre de Giuseppe De Santis, avec l'inoubliable Silvana Mangano, 1949.
 
 

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