26/09/2017

Mère blafarde

 

Sur le vif - Mardi 26.09.17 - 07.30h

 

En 1989-1990, il n'y a pas eu de "réunification" des Allemagnes. Il y a eu absorption, pure et simple, de la DDR par la BRD. Il y a eu annihilation de tout ce que la DDR, depuis 1949, avait tissé, comme système social notamment. Il y a eu rachat, à coup de centaines de milliards, d'un pays par un autre.

 

Il y a eu l'éradication d'un système étatiste, hérité de conceptions beaucoup plus prussiennes que communistes, au profit d'un capitalisme goulu, vorace, gigantesque, dévastateur.

 

Il y a eu Helmut Kohl, tout fier de montrer au monde capitaliste ce que l'Allemagne pouvait faire pour promouvoir ce modèle désormais unique au monde, l'autre (en face) s'étant effondré. Le même Kohl, au même moment, qui allait entreprendre toutes choses pour démembrer un pays qui s'appelait la Yougoslavie. Un jour, l'Histoire racontera le rôle des services secrets de Kohl et Genscher dans ce démantèlement.

 

L'Allemagne de l'Ouest, capitaliste et atlantiste, a purement et simplement racheté, avec une vulgarité sans précédent, digne des prédateurs d'argent des pièces de Brecht, l'Allemagne de l'Est. Elle l'a rachetée pour faire du profit financier. Ce fut un rachat de casino, blafard comme dans le poème du même Brecht, l'un des plus éblouissants visionnaires de la littérature allemande. Deutschland, bleiche Mutter !

 

Elle l'a rachetée, et puis elle l'a laissée tomber. Elle a négligé son tissu industriel. Elle a omis d'en soigner le corps social. Elle a méprisé sa Saxe, et surtout sa Prusse. Elle a laissé y prospérer le sentiment d'abandon, d'injustice. Le ressentiment. La colère.

 

Et puis ?

 

Et puis, un jour, il y a eu l'AfD.

 

C'est tout.

 

Pascal Décaillet

 

09:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/09/2017

AfD : le Jugement dernier, c'est si facile !

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Sur le vif - Lundi 25.09.17 - 13.44h

 

Insupportables réflexes moralisateurs, dans la presse romande, face à la percée de l'AfD, en Allemagne. On ne cherche pas à comprendre, à décortiquer les causes : on pointe le doigt vengeur du Jugement dernier. Das jüngste Gericht !

 

Mais quand donc notre presse parviendra-t-elle à s'extraire de la position du prédicateur, en chaire, qui loue ce qui est juste et bon, voue à l'Enfer ce qui ne l'est pas ?

 

On partage ou non les thèses de l'AfD, là n'est pas la question. Mais il se trouve qu'un nombre important de citoyennes et citoyens allemands, habilités à voter et auxquelles nous n'avons aucune leçon à donner, ont accordé leurs voix à ce parti.

 

Je connais bien l'Allemagne. J'y ai passé beaucoup de temps, naguère. J'en connais l'Histoire à fond. Je me dis que, peut-être, avant de traiter en bloc de nazis les gens de l'AfD, on pourrait s'interroger sur les raisons de leur vote.

 

Désertification économique d'une partie de l'ex-DDR (là aussi, je connais). Laissés pour compte d'une réunification qui ne fut, en fait, rien d'autre qu'une absorption de la DDR par la BRD, à coups de milliards de capitaux, pour le profit financier plutôt que pour vraiment vitaliser le tissu industriel de la Saxe et de la Prusse. Regardez les chiffres : voyez les taux obtenus par l'AfD dans l'ex-DDR !

 

Et puis, comme déjà noté ce matin (et dénoncé ici même, au jour le jour, pendant tout l'automne 2015), la catastrophique politique migratoire de Mme Merkel, il y a deux ans.

 

Et encore, la fin d'un système, usé jusqu'à la moelle, omnipotent depuis 1949 : celui de cette démocratie chrétienne européiste, avec son clientélisme à l'intérieur, ses rêves de Saint-Empire à l'extérieur, ses réseaux de pouvoir, ses parfums de bénitier, depuis trois quarts de siècle. Le vote d'hier, c'est le glas du binôme CDU - SPD. D'autres acteurs surgissent sur la scène politique, ce qui est parfaitement normal.

 

Tout cela, et tant d'autres choses encore, j'aurais aimé le lire, ou l'entendre, dans la presse romande. C'est peut-être, me semble-t-il, un peu plus éclairant que les leçons de morale - et d'ignorance historique - sur le retour du nazisme.

 

Pascal Décaillet

 

14:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/09/2017

Vive la démocratie directe !

 

Sur le vif - Dimanche 24.09.17 - 12.53h

 

Très heureux de la décision cantonale genevoise sur l'abaissement du nombre de signatures pour les initiatives et les référendums.

 

Dans notre système suisse, la pierre angulaire, c'est le peuple, entendez le corps électoral : les citoyennes et citoyens.

 

Une communauté humaine n'a rien à craindre d'une prise en charge croissante de la politique par le peuple. Non pour se substituer aux Parlements (il faudra toujours des gens pour écrire les lois et s'échiner sur les virgules). Mais pour indiquer les grandes orientations, initier des débats majeurs, et parfois (référendums) corriger les décisions législatives jugées mauvaises.

 

Les deux partis, à Genève, qui ont cru bon de s'opposer à cette réforme n'auront finalement montré que le vieux réflexe défensif d'une caste qui, au nom de la sacro-sainte "démocratie représentative", redoute comme la peste la verticalité tellurique du suffrage universel.

 

Vive la démocratie directe !

 

Pascal Décaillet

 

13:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/09/2017

DFAE : l'attente d'une rupture

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Sur le vif - Vendredi 22.09.17 - 19.11h

 

Rien de plus insupportable que ce discours des correspondants au Palais fédéral, métier que je connais pour l’avoir pratiqué : le nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, n’aurait qu’une infime marge de manœuvre pour s’écarter de la politique européenne de son prédécesseur. Ce discours est faux. Il suinte l’interne du sérail, l’adhésion aux pratiques de ces dernières années. Il laisse entendre que notre politique extérieure serait comme vouée à l’immuable.

 

Ce raisonnement, c’est l’abdication de la foi en la politique, tout court. C’est le renoncement à la capacité d’une nation à affirmer ses choix, puis les mettre en œuvre. C’est faire croire que la Suisse, n’étant que l’engrenage d’un ensemble, n’aurait qu’une prise infime, voire inexistante, sur le destin. C’est une vision désespérante. Citoyen de ce pays, je la récuse, de toutes mes forces.

 

Monsieur Cassis, n’écoutez pas ce discours. Ayez une vision, respectez les décisions du peuple suisse, celle du 9 février 2014 par exemple, mettez en avant notre cohésion nationale, affirmez la volonté du pays, et vous aurez restauré, dans le concert des nations, une politique suisse digne de ce nom.

 

Monsieur Cassis, en politique européenne, nous avons besoin d’une rupture. Principalement, dans la tonalité. Votre prédécesseur, si préoccupé de « respect », semblait hésitant à effleurer la moindre carte d’un château dont il ne voulait surtout pas troubler la belle construction. Il était, certes, un homme de bonne volonté, mais sa gestion de l’après-9-février, et avec lui celle de l’ensemble du Conseil fédéral, a été d’un attentisme catastrophique. Le Parlement, tant bien que mal, a tenté de faire le boulot, le gouvernement n’a pas donné d’impulsion. Comme s’il était groggy.

 

Monsieur Cassis, les citoyennes et citoyens de ce pays attendent que vous restauriez la fierté de notre pays face à l’Union européenne. Non en coupant les ponts, personne ne parle de cela. Mais en rompant avec ces intonations apeurées, gémissantes, tétanisées devant les « réactions de Bruxelles » aux décisions de notre seul véritable souverain, le peuple suisse. Si vous montrez, par quelques signaux bien sentis, dès le début de votre mandat, à l’Union européenne que notre pays est ferme dans la défense de ses décisions, vous aurez non seulement l’estime de Bruxelles, ce qui est peu de choses, mais celle, ô combien plus précieuse, du peuple suisse.

 

Monsieur Cassis, vous avez plaidé dans la campagne pour une immigration contrôlée. Vous venez d’un canton qui, comme Genève, sait ce que peuvent signifier les flux transfrontaliers. Vous êtes un homme d’expérience, cultivé, vous parlez les langues : vous pouvez, tout en gardant sur la forme la courtoisie qui est la vôtre, devenir un grand ministre des Affaires étrangères. A cela, une condition, sine qua non : placer le peuple suisse, sa nécessité de cohésion, de justice sociale, d’attention aux équilibres internes, avant l’idée de plaire à la fausse, à l’hypocrite, à la menteuse douceur des réunions multilatérales. Dès que surgit le tragique de l’Histoire, ces pantins s’évanouissent dans la nature. Et chaque nation, chaque peuple, se retrouve seul face à son destin.

 

Monsieur Cassis, j’ai confiance en vous, et vous souhaite plein succès dans vos activités au service de notre pays.

 

Pascal Décaillet

 

 

19:11 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/09/2017

Débriefer dans le train retour, c'est un peu court...

 

Sur le vif - Jeudi 21.09.17 - 13.51h

 

L'échec de Pierre Maudet n'est pas celui d'un homme : il est jeune, brillant, sa capacité à rebondir ne m’inquiète guère.

 

Non. Cet échec est celui d'un système de pensée, à l'intérieur du PLR, principalement dans ses sections de l'Arc lémanique. Cette obsession maladive du jeunisme, de la nouveauté, de "l'innovation" (mot magique, incantatoire, totalement vide de sens). Cette religion du "numérique", dont personne ne nie certes l'importance, mais qui ne nécessite pas une telle dévotion rhétorique.

 

Cette arrogance de prétendre "faire de la politique autrement", comme si les générations d'avant, celles qui ont produit des Chavanne et des Delamuraz, des Furgler et des Tschudi, n'avaient jamais rien compris à rien.

 

Cette posture à tout vouloir réinventer. Cette prédominance - qu'on trouve aussi dans le journalisme, hebdomadaire notamment - à vouloir que la réalité se plie, non aux faits, mais aux angles d'idées qu'on a puissamment définis en amont, avec un volontarisme métallique, dominateur.

 

Cette grande illusion de vouloir à tout prix établir des passerelles avec la gauche (dont on s'imagine qu'en récompense, elle va voter pour vous).

 

Pire que tout : le mépris affiché, par certains caciques PLR à Genève (pas tous), face à la famille politique qui siège à sa droite, je veux parler clairement de l'UDC. Faible à Genève. Mais très puissante au niveau national.

 

On notera encore la très mauvaise stratégie (dont je devine les souffleurs) consistant en une profonde méconnaissance des dynamiques de droite dans les cantons alémaniques. On est parti comme en 40, projetant comme des grands la situation genevoise, totalement idiomatique, à celle de l'ensemble du pays. On a cru qu'on pourrait s'en sortir en traitant le reste de la droite suisse comme des gueux.

 

On a eu tort. C'est tout.

 

Loin d'être portée par le seul Pierre Maudet, cette idéologie est promue, avec une arrogance sans pareil, depuis une bonne douzaine d'années, par l'actuel Président du Conseil d’État genevois.

 

Avoir "débriefé hier dans le train retour de Berne" est peut-être un peu court. Mais c'est leur affaire, of course.

 

Leur chance, c'est que les autres roupillent.

 

Le Sommeil du Juste, c'est juste le sommeil.

 

Pascal Décaillet

 

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20/09/2017

La droite vous dérange, Chers Confrères ?

 

Sur le vif - Mardi 20.09.17 - 15.07h

 

L'exaspération avec laquelle tant de journalistes SSR, notamment en radio, considèrent le "glissement à droite" du Conseil fédéral, suite à l'élection d'Ignazio Cassis, est singulièrement révélatrice.

 

Que se passe-t-il, et de quoi parle-t-on ? Aux élections fédérales d'octobre 2015, le peuple suisse a envoyé aux Chambres fédérales une très nette majorité de droite, principalement UDC (premier parti du pays) et PLR. Mais aussi, des PDC nettement plus conservateurs, en moyenne, que la section genevoise, sur la jauge de laquelle il faudrait, du bout du lac, cesser de mesurer le parti national.

 

Oui, la Suisse est à droite. Son Parlement est de ceux, en comparaison européenne, où le poids de la gauche est le plus faible. Non par grâce divine, mais par volonté populaire, venue d'en bas.

 

Dans ces conditions, le "glissement à droite", qui fait s'étrangler les intervieweurs SSR, n'est rien d'autre qu'une adaptation souhaitable de l'exécutif fédéral sur la représentation parlementaire, voulue il y a deux ans par le souverain. Nous sommes à l'exact milieu de la législature : il était temps que cette évolution du curseur s'opérât.

 

Et puis, quoi, Mesdames et Messieurs les journalistes SSR ! Le gouvernement de notre pays n'aurait pas le droit d'être, éventuellement, à droite, surtout si les Chambres le sont aussi nettement ? En quoi cela serait-il une tare ? Morale ? Théologique ? Transcendante ?

 

Le vrai problème, ça n'est pas l'adaptation du curseur à Berne. Mais les jugements de valeur, toujours les mêmes, des journalistes SSR, visant à faire du centre-gauche un positionnement moralement acceptable, et de tout ce qui ressemble à la droite, une anomalie condamnable.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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Pierre, Epictète, la vie qui continue

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Sur le vif - Mercredi 20.09.17 - 10.26h

 

Pierre Maudet a fait une excellente campagne. Il a été un candidat courageux, dynamique, offensif, inventif. Il s’est battu sur des idées, et la sincérité de son engagement force le respect de tous, y compris ceux (dont je fais partie, en matière d’Europe et d’immigration notamment) qui ne partagent pas ses convictions. Ce matin, il perd, mais il peut être fier de son combat, et peut rejoindre son canton la tête haute.

 

A son échec, deux raisons. D’abord, la nécessité, ressentie comme impérieuse par l’Assemblée fédérale, d’un retour de la Suisse italienne dans l’exécutif fédéral. A cela, le candidat genevois ne pouvait pas changer grand-chose. Il connaît le début du Manuel d’Epictète, ce qui dépend de nous, ce qui n’en dépend pas.

 

L’autre raison, que j’expose ici depuis des semaines, notamment dans mon texte consacré à la Statue du Commandeur, c’est que dans la Berne fédérale, on ne traite pas la vieille droite suisse, patriote et conservatrice, comme on croit bon de la traiter à Genève. A l’UDC, Pierre Maudet, l’homme du rapprochement avec l’Union européenne et de l’opération Papyrus, ne s’est fait que des ennemis. Il aurait voulu refaire le coup de Christophe Darbellay contre Blocher le 12 décembre 2007 : construire l’élection d’un candidat de droite en misant sur la gauche. C’est une erreur.

 

L’homme, donc, rentre à Genève, et continuera d’y tenir un rôle signalé. S’il pouvait, dans l’avenir, considérer avec un peu moins de hauteur ses alliés cantonaux de droite, il gagnerait en estime dans sa propre famille politique. Lorsque je dis « famille », je n’entends pas seulement le PLR, mais la droite au sens large. Celle qui, dans un improbable marais d’incertitudes, est réputée commencer au PDC. Et, vers des terrains plus clairs et plus lisibles, aller jusqu’à l’UDC.

 

Cette Vielle Suisse conservatrice, une certaine arrogance genevoise se permet de la prendre de haut. Au niveau fédéral, cette superbe et ce mépris ne sont tout simplement pas possibles. Cette Statue du Commandeur surgit des entrailles profondes de notre pays, de son Histoire. Pire : conseillé de façon qu'on peut soupçonner d'avoir été un peu légère, Pierre Maudet l'a sous-estimée dans son propre parti national, le PLR. Il y a trente ans, la droite qui faisait peur à la gauche, ça n'était pas l'UDC, mais les radicaux. De cette filiation, en Suisse alémanique, demeurent des traces.

 

En politique, on ne construit rien de durable contre sa propre famille naturelle. Sans doute Pierre Maudet l’a-t-il maintenant appris. Cela lui aura, peut-être, coûté une élection. Il lui reste la vie, son énergie, sa puissance de travail. La politique, en Suisse, devra compter sur cet homme, pour un sacré moment.

 

Pascal Décaillet

 

10:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/09/2017

Ultime brève de zinc

 

Sur le vif - Lundi 18.09.17 - 15.53h

 

Selon nos informations, la direction du Bellevue, à Berne, envisage de licencier sur le champ tout barman ayant l'indélicatesse de proposer un Cassis Royal à la délégation genevoise, lors de la Nuit des longs Couteaux.

La direction du palace, renseignée sur les relations difficiles du Conseil d’État genevois avec les barmans, veut éviter toute empoignade virile, de nature à nuire au prestige de l'hôtel.

 

Pascal Décaillet

 

17:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/09/2017

Election au CF : le quatrième homme

 

Sur le vif - Vendredi 15.09.17 - 18.23h

 

Manuel Tornare ayant judicieusement rappelé, il y a quelques minutes, sur la RSR, que M. Kim parlait suisse-allemand (ce qui ne doit pas être exagérément courant en Corée du Nord), il me semble que cet atout linguistique, accompagné d'une remarquable connaissance des questions de défense nationale, devraient nous amener à considérer avec attention la candidature de l'homme fort de Pyongyang, mercredi prochain, comme quatrième homme possible, devant l'Assemblée fédérale.

 

La question de la double nationalité pourrait se régler à l'amiable, avec le Général suisse, sur la ligne de démarcation entre les deux Corées. Là où se meurent les parallèles. Et où les matins, dit-on, sont si calmes.

 

 

Pascal Décaillet

 

19:27 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/09/2017

La Statue du Commandeur

 

Sur le vif - Jeudi 14.09.17 - 14.28h

 

Au début des années 1980, lorsque j'ai commencé dans le journalisme, la droite suisse, c'étaient les radicaux. Quand j'étais au Journal de Genève, on parlait de la Bahnhofstrasse comme d'un Temple de la droite la plus redoutable. L'UDC, alors, ne faisait peur à personne.

 

Et puis, il y a eu un tournant.

 

Qui, parmi nous, se souvient encore d'Otto Fischer ? Co-fondateur de l'ASIN, en 1986, à la faveur du premier débat sur l'entrée de la Suisse à l'ONU. Cet homme, que j'ai connu à Berne, n'était pas un UDC, mais... un radical.

 

A l'époque, la droite souverainiste, c'étaient les radicaux. Emmenés par les Zurichois.

 

Ça n'est qu'à la fin des années 80 que Christoph Blocher, président de la section zurichoise de l'UDC, a commencé à émerger avec visibilité nationale. Ma première interview de lui date de 1991. C'est évidemment la campagne du 6 décembre 1992, que j'ai couverte d'un bout à l'autre et dans toutes les régions du pays, qui le propulsera au firmament de la politique suisse.

 

Dans les années 60, 70 et 80, alors que l'UDC était plutôt de connotation agrarienne, la droite dure, la bête noire de la gauche romande, c'étaient les radicaux zurichois. Et certains Bernois, et Argoviens. Et même... certains Vaudois !

 

Qu'a fait Blocher ? Une captation d'héritage, simplement, sur l'aile droite et souverainiste du Grand Vieux Parti.

 

Et ça a marché.

 

Une aile importante de l'actuel PLR - une aile, en tout cas - est loin d'être étrangère, dans tout ce qu'elle a pu historiquement représenter dans la philosophie politique suisse, à l'actuelle UDC.

 

Cette aile, de son propre parti, votera-t-elle Maudet, dans la matinée du mercredi 20 septembre ? Dans un décompte qui promet d'être serré, nous sommes dans le "détail" qui pourrait faire pencher la balance.

 

Je pense que cette question est décisive. Et que rien de durable ne se construit en reniant - ou en méprisant - une partie de son propre héritage.

 

Cette aile, ce sera mercredi la Statue du Commandeur

 

Pascal Décaillet

 

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13/09/2017

Pierre et la Sphinx

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Sur le vif - Mercredi 13.09.17 - 13.51h

 

Je connais bien Berne et ses rites, j'y ai passé de nombreuses années. Ce qui est arrivé hier à Pierre Maudet, après une campagne tambour battant, comme s'il s'agissait d'être élu au suffrage universel, c'est le début du piège qui se referme sur le candidat trop bruyant, surgi de l'extérieur.

 

Le piège, à l'instar de certains crustacés, rend captif tout ce qui pourrait nuire à la conservation de ses propres rites, de son propre tempo, de sa propre démarche. L'étranger au cercle, par nature, y est un intrus.

 

Comme une sanction à l'impétrant qui aurait eu le front de se présenter dans le sanctuaire sans avoir donné des signes d'allégeance.

 

Ou d'obédience.

 

Ou comme la Sphinx, qu'il me plaît en helléniste de mettre au féminin, qui ne permet le passage qu'à celui qui se plie à la liturgie des questions. On ne lui demande pas ce qu'il pense. Mais de réciter le rituel, sans dévier.

 

Ainsi, la vie de Berne. Comme le murmure recommencé d'une prière.

 

Pascal Décaillet

 

15:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/09/2017

Prévoyance 2020 : je vote finalement oui

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Sur le vif - Dimanche 10.09.17 - 14.26h
 
 
Après des semaines de réflexion intense, une analyse approfondie du dossier, et de puissantes hésitations, je voterai finalement en faveur de Prévoyance 2020, le programme de réforme de nos retraites, sur lequel nous sommes appelés à nous prononcer le 24 septembre.
 
Oh, ce projet n'est pas parfait, loin de là. Il brille par son absence d'unité de matière. Il mélange le destin du premier pilier (AVS, 1947) avec celui du deuxième (prévoyance professionnelle, 1985). Il déshabille Paul (baisse du taux de conversion) pour habiller Jean (augmentation des rentes AVS). Il est le fruit d'un incroyable bric-à-brac parlementaire. Il ne résout pas les problèmes pour les moins de 45 ans.
 
Mais, aussi imparfaite soit-elle, nous avons là une solution pour les douze ou quinze années à venir. J'ai étudié de très près l'Histoire de l'AVS, j'ai même lu les débats de 1947. Ce fleuron de nos assurances sociales a été révisé dix fois dans le premier demi-siècle de son existence, dont trois fois sous l'excellent conseiller fédéral socialiste Hanspeter Tschudi (1959-1973), cf photo, que j'ai eu l'honneur d'interviewer chez lui, à Bâle, en 1993, pour ses 80 ans.
 
Mais voilà : depuis vingt ans, les choses n'avançaient plus. Il était temps, aujourd'hui, de faire quelque chose. Une assurance sociale est un tissu vivant, en évolution permanente, en fonction de la démographie, notamment. Nous sommes condamnés à adapter l'AVS tous les quinze ans, environ.
 
Surtout, si le projet ne passe pas (ce qui est fort possible, à cause de son côté complexe), il faudra tout reprendre à zéro. Une décennie de boulot ! Mieux vaut, à mon avis, lancer une première réforme, pour au moins insuffler au pays une direction claire, quitte à intégrer très vite les mécanismes de correction qui s'imposeront, pour être mis en oeuvre dès l'horizon 2030.
 
Bref, tout bien pesé, je voterai oui. Ce ne sera pas un oui du coeur, encore moins un oui de l'enthousiasme. Mais un oui de la raison. Cette "Vernunft" des radicaux du dix-neuvième siècle, héritée des grands philosophes, soucieuse d'équilibre. Des valeurs fondamentales dans la fragile et passionnante construction de notre pays.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 

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05/09/2017

Philippe Roch : rien de douteux ! Juste un homme d'honneur !

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Sur le vif - Mardi 05.09.17 - 14.52h

 

Comment Nicolas Walder, président des Verts genevois, ose-t-il, dans une lettre ouverte à Luc Barthassat, qualifier de "douteuse" la décision d'inviter Philippe Roch à une table ronde, dans le cadre des dix ans de la création de la Direction générale de l'environnement ?

 

Juste parce que M. Roch est PDC, et pas Vert ? Ou juste parce qu'il a commis, en citoyen libre qu'il est, le sacrilège de s'opposer à la Stratégie 2050 ? Il faudrait donc, M. Walder, n'inviter dans les débats que des gens d'accord entre eux ?

 

M. Walder sait-il seulement - ou feint-il d'ignorer - tout ce que Philippe Roch, ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement, a fait, toute sa vie, pour la cause de la protection de la Nature, en Suisse ? Avec quelle conscience morale. Avec quelle élévation d'âme, inspirée des grands textes du Romantisme allemand, de multiples traditions spirituelles et littéraires ?

 

Philippe Roch : une authentique conscience de la Nature, dans le double sens germanique du mot, "Bewusstsein", tout autant que "Gewissen".

 

A quelques milliers de lieues marines des fundi et des ayatollahs.

 

Pascal Décaillet

 

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04/09/2017

Angela, seule au monde

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Sur le vif - Lundi 04.09.17 - 06.12h

 

J'éprouve, depuis l'adolescence, la plus grande admiration pour la sociale-démocratie allemande. Elle a donné a ce pays ceux que je considère comme les deux plus grands chanceliers de l'après-guerre : Willy Brandt (1969-1974), et Helmut Schmidt (1974-1982).

 

Un jour ou l'autre, cette grande famille politique, née des mouvements insurrectionnels de 1848 dans les Allemagnes (un certain Richard Wagner, 35 ans, y était signalé sur les barricades de Dresde), reviendra aux affaires.

 

Hélas pour le SPD, il lui manque aujourd'hui l'essentiel : l'homme, ou la femme, qui sera un jour capable de l'emporter. Pour l'heure, personne. Le désert. Le néant. Le débat d'hier soir l'a clairement montré.

 

Aucune figure pour affronter l'arrogance de la chancelière d'Empire, qui parle en suzeraine d'Europe, considère les autres chefs d'Etat comme des Grands Électeurs, décrète seule si la Turquie doit ou non rejoindre l'Union, multiplie les erreurs en politique migratoire, n'a pour Ostpolitik que l'accomplissement servile des desseins américains sur les Marches orientales de l'Europe.

 

Oui, l'Allemagne a besoin qu'émerge une contre-figure. Pour l'heure, il n'y en a pas. La prochaine législature de Mme Merkel sera pourtant celle de trop.

 

Ce pays passionnant a besoin d'une nouvelle donne. Ce ne sera pas pour cette fois.

 

Angela, seule au monde.

 

Von der Mass bis an der Memel,
Von der Etsch bis an der Belt.

 

 

Pascal Décaillet

 

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03/09/2017

M. Kim a bon dos

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Sur le vif - Dimanche 03.09.17 - 15.46h

 

On s'émeut, à juste titre, de l'essai nucléaire nord-coréen.

Je veux bien.

Mais un peu de recul historique s'impose. Quelle est, au monde, la nation qui a lancé, en août 1945, l'ère nucléaire ?

Celle qui n'a cessé de développer, dans des proportions inimaginables, son potentiel de destruction atomique ?

Celle qui, avec l'URSS, a plongé la planète dans plusieurs décennies de guerre froide, reposant sur l'équilibre des forces nucléaires ?

Celle qui, depuis 1945, étend son impérialisme sur l'ensemble de la terre ?

Celle qui dicte sa loi pour toute solution - ou absence voulue de solution - au Proche-Orient ?

Celle qui s'est embarquée dans deux guerres majeures en Asie, entre Corées, Cochinchine et Tonkin ?

Celle qui a ourdi et manigancé le coup d’État contre Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ?

Celle qui a si souvent bloqué toute solution qui pourrait aboutir à la création d'un État palestinien ?

Celle qui, pendant les années 1990, a entrepris toutes choses, en lien avec les services secrets allemands, pour démanteler l'ex-Yougoslavie ?

Celle qui, sous couvert "d'OTAN", a bombardé Belgrade en avril 1999 ?

Celle qui a lancé la folle intervention de 2003 en Irak ?

Celle qui, à nouveau sous couvert "d'OTAN", multiplie les provocations à l'Est de l'Europe. En Pologne, dans les Pays Baltes, et avant tout en Ukraine ?

Je ne suis évidemment pas un partisan de M. Kim. Mais, si on pose la question de ceux qui peuvent détruire la planète, ceux dont le bellicisme et l'impérialisme pourrissent les équilibres, alors il faut la poser pour tous.

 

Pascal Décaillet

 

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01/09/2017

Ticket à trois : sage décision !

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Sur le vif - Vendredi 01.09.17 - 19.06h

 

En présentant un ticket à trois à l’Assemblée fédérale, pour le choix du mercredi 20 septembre, le groupe PLR des Chambres fédérales a pris une sage décision. D’aucuns ne manqueront pas d’y voir une incapacité à opérer une sélection. Je ne partage pas ce point de vue. Pour la seule raison que le préavis du groupe, de toute manière, n’a jamais été autre qu’indicatif : ceux qui ont vécu les élections au Conseil fédéral (notamment celle de 1973, avec Chevallaz, Ritschard et Hürlimann, trois candidats non-officiels élus) le savent bien. Le seul choix qui vaille, c’est celui de l’Assemblée fédérale.

 

Surtout, nous avons affaire à trois bons candidats. J’ai déjà dit ici ce que je pensais de Pierre Maudet, estimant que ses qualités prévalaient sur ses défauts. Mme Moret et M. Cassis sont également des personnes de valeur. Au fond, chacun de ces trois candidats peut prétendre faire partie de l’exécutif fédéral.

 

Et maintenant ? Eh bien rien. Strictement rien. En aucune manière, le ticket choisi ce soir par le groupe ne préfigure ce qui se passera dans la matinée du 20 septembre. Si ce n’est une chose : cette élection sera plus compliquée, et sans doute plus longue, que prévu.

 

Nous avons trois profils. Trois personnes de valeur, capables d’exercer la fonction suprême. A titre personnel, au risque de déplaire à une partie non négligeable de mon lectorat, j’ai dit la qualité de la candidature Maudet. J’assume chaque mot, chaque syllabe, des lignes que j’ai écrites. Je ne suis l’homme de personne. Juste un homme libre, n’ayant strictement aucun compte à rendre à quiconque sur les opinions qu’il émet. Ni à ses ennemis. Ni… à ses amis.

 

Je ne partage que très peu les idées politiques de Pierre Maudet. Je suis en désaccord total avec lui, par exemple, sur la politique européenne, et sur la libre circulation des personnes. Je suis pour un contrôle sévère des flux migratoires, pas lui. Malgré ces divergences, je considère l'envergure de sa personne, son rapport à la pensée, à la parole, à l'action, sa culture historique et politique, et là, je dis oui. J'ai très souvent, depuis l'adolescence, soutenu en politique des gens avec lesquels j'étais en désaccord. Parce que, pour moi, la fibre profonde d'une personne l'emporte sur la nature des idées.

 

Si certains de mes lecteurs, proches de mes idées, qu'on sait plutôt conservatrices et le resteront, se sentent froissés par mon soutien à Maudet, si c'est si grave pour eux que, pour une fois, je ne pense pas géométriquement comme eux, je ne les retiens pas.

 

Je n’ai jamais retenu personne. Je vais mon chemin. C’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

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26/08/2017

"Conservateur" n'est pas un gros mot !

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Sur le vif - Samedi 26.08.17 - 17.24h

 

Le psychodrame créé par le seul énoncé du mot « conservateur », au sein d’une partie du PDC suisse, notamment la section genevoise, appelle quelques commentaires, rappels historiques, et précisions quant à la philosophie politique d’un courant si important, depuis les années 1848-1891, dans l’Histoire de notre pays.

 

Le mot « PDC », au plan fédéral, n’est officiel que depuis 1971. Auparavant, chaque canton avait son appellation, « conservateurs » pour les uns, « catholiques-conservateurs » pour d’autres, ou encore (du côté des jaunes), « chrétiens-sociaux », ou même « conservateurs chrétiens-sociaux », ce qui, d’aujourd’hui, peut sonner comme un paradoxe, mais ne l’était nullement. Mon grand-père, Maurice (1892-1925), instituteur, violoniste, capitaine à l’armée, fauché à 33 ans par le destin, était une personnalité « conservatrice » de son village. Cela ne signifiait nullement qu’il fût un réactionnaire.

 

Avant de se braquer, en bons citadins aux postures progressistes, face à un mot qui semblerait surgi de la sourde immobilité des campagnes, il convient plutôt de se renseigner sur la magnifique, la plurielle, la complexe Histoire, avant tout cantonale, de ce qu’on appelle aujourd’hui la démocratie chrétienne suisse. Ça exige de lire. Ouvrir des livres, oui. Faire preuve de curiosité.

 

Le mot « conservateur », aujourd’hui, sonne mal. On a l’impression d’un bonhomme (ou d’une dame) complètement replié sur le passé, ne voulant rien changer à l’ordre du monde qui fut celui de son enfance, refusant toute réforme, tout progrès, toute altération de l’Âge d’or. Assis sur son banc, devant sa maison, contemplant son champ, se disant « Cela est à moi », entendant bien ne jamais le céder.

 

La réalité historique est un peu plus complexe. Ne remontons pas à la Révolution française, ce qui pourtant serait nécessaire. Considérons la Suisse de 1847, celle du Sonderbund, l’alliance des cantons catholiques, puis celle de 1848, la Suisse fédérale. Les radicaux, directement issus des mouvements républicains dans nos cantons romands, enfants du Freisinn et des Lumières en Suisse alémanique, partisans de la libre circulation des idées, de la liberté du commerce et de l’entreprise, ouverts au financement par des capitaux zurichois (sans Escher, pas de Gothard), triomphent. Pendant 43 ans (jusqu’à l’arrivée du catholique-conservateur Joseph Zemp, en 1891), ils jouissent, dans l’exécutif fédéral, du pouvoir absolu : sept sièges sur sept ! Ils accomplissent une œuvre immense, créent l’industrie moderne, multiplient les voies ferrées, favorisent l’éducation et la recherche, bref ils jettent les bases de la Suisse contemporaine.

 

Pendant ces 43 ans, les conservateurs, qui sont-ils ? J’ai étudié de près cette question, il y a longtemps, pour des Séries historiques à la RSR. Ne voir en eux que d’obscurs revanchards, refusant le progrès, relève d’une erreur majeure. D’autant qu’à Rome, succède au très conservateur Pie IX, en 1878, un Pape d’exception, dont la grande biographie en français demeure à écrire, Léon XIII. C’est lui, en 1891, qui tendra la main à la République, lui qui lancera la même année, avec Rerum Novarum, une Doctrine sociale qu’il faut absolument lire aujourd’hui, tant elle frappe, en 2017 encore, par sa modernité, sa défense de l’économie au service de l’humain, sa condamnation de l’Argent comme but en soi, son appel à considérer le travail comme une libération, au service de l’émancipation humaine, et non comme un asservissement. Faut-il rappeler qu’au temps de la publication de cette Encyclique, les enfants, dans la plupart des pays d’Europe, travaillent encore sur des chantiers, dans les champs, et surtout dans les mines ?

 

Dans notre Suisse de cette seconde partie du dix-neuvième, les conservateurs ne sont pas seulement les gens qui vont à l’église. Ou qui se recueillent au moment de l’Angélus. Ils sont, notamment en Valais, mais aussi à Fribourg, Lucerne, etc., des personnes attachées à leurs traditions locales ou cantonales, à leurs identités régionales, considérant avec scepticisme cette nouvelle Suisse fédérale, moderniste, centralisatrice, radicale, et, à bien des égards, protestante, bref les vainqueurs du Sonderbund. Du côté des vaincus, surtout dans ce Valais qui n’est même pas encore celui de Maurice Troillet (conseiller d’État de 1913 à 1953), où la plaine du Rhône n’est qu’un marais, où la pauvreté, dans les vallées, contraint à l’émigration, on se méfie de ce progrès venu des banques, souvent zurichoises, cet argent trop facile, surgi de mécanismes financiers que les gens ne comprennent pas. On a tort, parce que le canton est pauvre, mais c’est ainsi. Le rapport des catholiques à l’Argent mériterait quelques centaines de volumes, tant il est complexe, nourri de silences, de contradictions. Alors oui, entre 1848 et 1891, être « conservateur », c’est refuser le progrès qui va trop vite, le pouvoir de Berne et surtout celui de Zurich. On préfère vivre de peu, mais de ses champs, à soi.

 

En 2017, j’affirme qu’il n’y a rien d’anachronique à se proclamer conservateur. N’y voir que le repli, le recroquevillement, c’est ne rien (vouloir) comprendre à un très vaste mouvement, encore en gestation mais montant en puissance, dans nos sociétés européennes d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de revenir aux lampes à huile ni à la marine à voile. Ni de refuser les enjeux capitaux de la modernité, comme le numérique. Non. Il s’agit d’affirmer, avec toute la part d’instinct et d’affection pour le pays que peut parfois receler l’engagement politique, les valeurs auxquelles nous tenons. Chacun d’entre nous a les siennes, je vous donne ici les miennes : attachement à la patrie, respect de l’environnement et des paysages, combat pour une agriculture de qualité, épargnée par la fureur de la concurrence mondiale, encouragement des PME, économie au service de l’émancipation humaine, justice sociale, qualité de l’éducation, croissance démographique maîtrisée, contrôle des flux migratoires, souveraineté politique, indépendance.

 

Ces valeurs-là, j’entends pour ma part qu’elles soient « conservées ». Je veux bien que le mot sonne mal aujourd’hui, mais enfin assumons-le ! Nous n’allons tout de même pas passer nos existences à faire de la communication apeurée, pour ne pas froisser le modernisme ambiant. Alors oui, je déclare ici être, à bien des égards, un « conservateur ». Auquel j’ajoute immédiatement le mot « social ». Que cette double étiquette froisse certaine section citadine d’un grand parti de notre pays, est une chose. Cela n’enlève rien à sa pertinence. Dans le jeu savant d’ombres et de lumières, de progrès et de tradition, qui se joue depuis la Révolution française, la modernité n’est pas toujours là où on croit. Et l’avenir passe parfois, puissamment, par une éclairante visite du passé.

 

Pascal Décaillet

 

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22/08/2017

L'extase de la Messe basse

 

Sur le vif - Mardi 22.08.17 - 13.13h

 

L'élection du Conseil fédéral n'étant pas opérée par les quelque cinq millions de citoyennes et citoyens de notre pays, mais par les seuls 246 de l'Assemblée fédérale, tout ce qui concerne ce scrutin fermé, digne du choix d'un nouvel Académicien par le cercle des Immortels, ne devrait pas être diffusé ailleurs que sur une chaîne parlementaire. Un canal interne aux 246. Un circuit fermé. Nous irions ainsi au bout de la logique circulaire, le réseau de miroirs de notre démocratie parlementaire. Ce labyrinthe des vanités intestines au périmètre d'une arène.

 

Ils se diffusent entre eux, pour eux, des débats qui les concernent eux, dans le sérail et la molasse de la Berne fédérale. Le jour venu, soit le mercredi 20 septembre en fin de matinée, le Conclave ayant produit son œuvre, ils nous annoncent qui ils ont choisi. Nous en prenons acte, froidement, c'est leur affaire. Nous leur aurions signifié, pendant toute leur campagne, que le cirque de séduction de Mme Moret, MM Maudet et Cassis ne relevait en aucun cas du débat national, puisque le citoyen n'y est pas électeur, mais d'un lobbying interne. Soit la pure vérité. Comme lorsqu'on aspire à diriger un théâtre, et qu'on doit convaincre un à un, en les travaillant au corps, les membres du Conseil de Fondation. C'est exactement le même principe. Pour les trois intéressés, c'est sans doute captivant. Pour le grand public, une fois qu'on a saisi le principe, aucun intérêt.

 

Pendant ce temps, nous, les citoyennes et citoyens, déployons notre énergie et notre passion politique sur l'essentiel : non pas un choix de personnes qui ne dépend pas de nous, mais, infiniment plus passionnant : les thèmes qui, en profondeur, mettent en action notre vie en commun. Par exemple, à l'horizon du 24 septembre, l'avenir de nos retraites. C'est une lame de fond, autrement plus essentielle, dans la construction du destin suisse depuis 1848, que le choix, semi-théâtral, d'un septième de l'exécutif fédéral.

 

Je réaffirme ici la nette supériorité des thèmes sur les personnes. Dans notre pays, le corps des citoyens bénéficie, pour actionner lui-même, d'en bas, la politique, d'un instrument exceptionnel : la démocratie directe. Qu'il en fasse usage, plus que jamais ! Qu'il s'en saisisse ! Qu'il s'approprie le débat politique !

 

Le choix des thèmes politiques, en Suisse, est l'affaire de tous. Il n'appartient en aucun cas au seul cénacle des élus.

 

Le choix des conseillers fédéraux, en revanche, est l'affaire du Parlement. Fort bien. Laissons les 246 vivre entre eux, dans la jouissance retenue - ou expulsée - de leur qualité de Grands Électeurs, cette liturgie fermée de la vie fédérale. Comme une Messe basse.

 

Laissons-les ourdir. Tramer. Aiguiser leurs couteaux. Le jour venu, laissons-les élire, c'est leur prérogative. Laissons-les faire tout cela. En silence. Rideaux fermés. Et avec la seule quittance de notre indifférence.

 

Le dimanche 24 septembre, pour la Suisse, sera bien plus important que le mercredi 20.

 

Pascal Décaillet

 

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04/08/2017

Pierre Maudet, candidat première classe

 

Sur le vif - Vendredi 04.08.17 - 14.04h

 

Je connais Pierre Maudet depuis 17 ans. Il était jeune conseiller municipal radical, en Ville de Genève, et je lançais l'émission Forum.

 

Très vite, comme beaucoup de mes confrères, j'ai saisi que l'homme irait loin. Sa jeunesse, son énergie, son intelligence, sa vitalité, son sens de l’État et du pays, tout cela était déjà perceptible, alors qu'il venait à peine de passer le cap de la vingtaine.

 

Depuis, cet homme d'un rare talent politique (je le compare souvent, depuis deux décennies, à un Christophe Darbellay, ou un Pierre-Yves Maillard) n'a fait que confirmer. Exécutif de la Ville de Genève. Mairie. Et, depuis cinq ans, gouvernement cantonal.

 

Sur son action politique, je suis le premier à exprimer des réserves. Hypertrophie, trop voyante, de la communication. Pratique maladroite et malvenue des fusibles, notamment au plus haut niveau du Corps de Police. Discours moderniste et jeuniste, à la Macron, dont toute âme lucide doit être capable de prendre distance, sauf à sombrer dans la complicité, dans l'ordre de la propagande.

 

Mais enfin, tout cela posé, un fauve politique de grande race. Une culture historique, ce qui est fort rare. Une vision pour le pays. Une ambition. On partage ou non ses options (cela n'est pas mon cas, en matière européenne, notamment), mais comment ne pas reconnaître la stature de l'homme ?

 

Pierre Maudet a raison de tenter sa chance au Conseil fédéral. Sa candidature est crédible, charpentée idéologiquement, nourrie d'une première expérience aux deux autres échelons de notre vie fédérale. J'ignore absolument quelles seront ses chances, nous verrons bien, et il faut bien avouer que la question de la Suisse italienne se pose.

 

Mais je lui souhaite bonne chance. Nous avons eu assez de souris grises pour bouder l'entrée en scène d'un homme politique de premier plan.

 

Ensuite ?

 

Ensuite, le destin décidera. Nul d'entre nous ne peut le prévoir.

 

Pascal Décaillet

 

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13/07/2017

Mémoire et chaos, désordre et lumière

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Sur le vif - Mercredi 12.07.17 - 18.47h

 

Je reviens d'un magnifique voyage familial de quelques jours au pays de Louis II et de Richard Wagner. Le château de Linderhof, je l'avais visité en 1971, 1973, puis (dernière fois) 1983. Celui de Neuschwanstein, je ne l'avais plus vu depuis 1973 ! J'ai encore toutes mes notes sur ces visites, dans les journaux que je tenais à l'époque, avec textes et images.

 

J'ai tant et tant à dire sur ce roi, qui à la fois m'exaspère et m'enchante. Les sentiments qui étaient miens à l'âge de 13 ans, lors de mes premières visites en ces lieux, mais aussi l'année de ma découverte de Richard Wagner, sont au fond les mêmes, 46 ans après. Réticence face à l'inaction politique du roi, qui est passé (volontairement) complètement à côté du mouvement de son époque, imprimé par Bismarck et l'unité. Mais, d'un autre côté, admiration face à ses intuitions artistiques, sa mise en scène des grands mythes de l'Allemagne médiévale. Et, avant toute chose, reconnaissance d'avoir été le tout premier (à part dans le monde musical, Liszt surtout) à déceler l'immensité du génie de Richard Wagner.

 

Bref, je pense consacrer les trois prochains épisodes (les numéros 25, 26 et 27) de ma Série Allemagne au Roi Louis II. Je vais tâcher de faire vite : les souvenirs de ces toutes dernières visites sont encore totalement vivaces, jusqu'aux cygnes gravés dans les poignées des portes, imprimés dans ma mémoire récente. Surtout, je veux inscrire Louis dans la perspective de la révolution des esprits dans l'Allemagne du 19ème siècle. Et mettre en évidence le paradoxe (que je sentais déjà en 1971, très clairement) entre son attitude de repli, évidemment inadmissible pour un souverain, fût-il constitutionnel, et l'extraordinaire présence de ses antennes artistiques.

 

Dans ce petit voyage, j'ai retrouvé de puissantes émotions de mon année 1971. L'année de ma découverte de Wagner, de Dürer (expo du 500ème à Nuremberg), de la Haute-Franconie où avait vécu ma mère juste avant la guerre, en 1937 et 1938. Mais aussi, de Würzburg, de Rothenburg, Dinkelsbühl, plusieurs fois Munich (où j'ai emmené mes élèves en voyage d'études en 1983). Mon lien avec cette région est puissant. Tout comme mon lien avec l'Allemagne du Nord, les Cités Hanséatiques, la Saxe, la Thuringe, les Länder de l'ex-DDR, la Rhénanie des poètes. Et tant d'autres Allemagnes, de Hölderlin à Brecht, puis plus loin Heiner Müller, Christa Wolf, qui se pressent et se mélangent dans les méandres de ma mémoire. Deux mots, pour exprimer ce fracas, ce fatras : Sturm und Drang. Ces deux mots, à eux-seuls, explosifs, résument mon rapport passionnel avec les Allemagnes.

 

Mon souci numéro un, dans cette Série entamée il y a deux ans, et qui va encore me prendre de longues années, n'est pas d'avoir des idées ni des sujets - j'en ai des centaines - mais de trier, ordonner, organiser, mettre en page, pour que cela soit plaisant et accessible au plus vaste public possible.

 

Vous me direz que c'est le lot de tout transmetteur. Et vous aurez raison.

 

Pascal Décaillet

 

 

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