22/01/2019

Le troisième tour

 

Sur le vif - Mardi 22.01.19 - 13.46h

 

En mai 2017, Marine Le Pen a perdu contre Emmanuel Macron, au second tour de la présidentielle.

 

Elle a perdu, mais le mouvement qu'elle dirige n'a jamais obtenu, en valeur absolue, autant de voix. Ce que nombre d'observateurs ont jugé bon d'éclipser.

 

C'était il y a deux ans. En mai prochain, il y aura les élections européennes.

 

Ce sera l'heure du troisième tour.

 

Pascal Décaillet

 

 

13:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/01/2019

Bravo Jeunes Verts, bravo Parti du Travail !

 

Sur le vif - Lundi 21.01.19 - 15.07h

 

Mitage du territoire, remboursement des soins dentaires : bravo aux Jeunes Verts, ainsi qu'au Parti du Travail, de nous proposer des sujets concrets, palpables, et totalement concernants.

 

Ensuite, chacun de nous est parfaitement libre de refuser ou d'accepter ces initiatives.

 

Mais assurément, saluons ceux qui, loin des abstractions, ont encore le souci de la vie quotidienne et des préoccupations des gens : la santé, la qualité de l'habitat en font éminemment partie.

 

On notera que ces deux excellents thèmes, joyeusement mis de côté par la démocratie représentative (qui semble nourrir une prédilection pour l'enfouissement de l'essentiel), ont été activés par notre démocratie directe suisse. A laquelle, plus que jamais, il convient de rendre hommage. Et que nous devons, à tout prix, préserver pour les temps futurs. Mieux : en étendre progressivement le champ d'action, dans les décennies et les générations qui viennent.

 

Plus les thèmes seront concrets, précis, plus ils concerneront la vraie vie des gens, mieux l'idée même de démocratie directe, et le combat pour cette dernière, seront servis.

 

Avec les soins dentaires, avec les conditions de notre habitat futur et nos paysages, nous sommes à des milliers de lieues marines des paquets ficelés que nous proposent les compromis horizontaux, boiteux, des parlementaires. Que ces derniers s'efforcent des faire des lois. Mais la politique ne leur appartient pas ! Elle est notre chose commune à tous. Toutes les citoyennes, tous les citoyens de ce pays.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Dans quel monde vit Pascal Couchepin ?

 

Sur le vif - Dimanche 20.01.19 - 17.57h

 

Comment Pascal Couchepin ose-t-il déclarer au Temps que les bas salaires , en Suisse, ont été protégés par les mesures d'accompagnement à la libre circulation ?

 

Dans quel monde vit-il, dans quel univers mental, intellectuel, social ? Pense-t-il qu'on puisse encore, aujourd'hui, proférer sans réactions de telles énormités sur les plus précaires de nos compatriotes, sur ce qu'ils vivent depuis bientôt vingt ans ?

 

S'imagine-t-il qu'un tel discours, une telle arrogance ultra-libérale, courante à son époque (début des années 2000, et lancement, justement, de la libre circulation), soient encore recevables, aujourd'hui ?

 

Ne voit-il pas que le libéralisme a reculé en Suisse, que la notion de préférence indigène progresse à grands pas ? Que les Suisses veulent un retour de l’État, du protectionnisme, de la justice salariale ?

 

Comment un tel esprit politique peut-il commettre une telle erreur d'appréciation ?

 

Ne se frotte-t-il plus qu'à des courtisans ?

 

Pascal Décaillet

 

 

10:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/01/2019

"Grand débat" : la foutaise Macron

 

Sur le vif - Samedi 19.01.19 - 16.20h

 

Le "grand débat" ordonné d'en haut par l'orléaniste Macron n'est qu'une pharamineuse foutaise. La preuve éclatante qu'il n'a rien compris - ou ne veut rien entendre - à la Révolution des gilets jaunes.

 

Les revendications de ces derniers sont parfaitement claires. Point n'est besoin d'avoir fait Polytechnique pour les résumer. N'importe quel esprit, doté d'un minimum de bon sens, est capable d'opérer la synthèse en cinq ou six secondes : pouvoir d'achat, fiscalité plus juste, RIC (référendum d'initiative citoyenne).

 

C'est simple, clair, cristallin. C'est ce que les livres d'Histoire retiendront. Il y a des moments, dans la vie, où il faut en finir avec la sacro-sainte "complexité" de la chose politique, cette antienne du monde académique, des corps intermédiaires, de toute la sainte société des sourds qui ne veulent pas entendre.

 

La foutaise Macron, c'est un peu comme un prof très impopulaire qui nomme des délégués de classe pour discuter avec lui, à la récré, alors que tous les élèves veulent son départ, à lui. Et puis, catapulter du sommet les thèmes d'un débat, alors que justement les foules de France ont parfaitement énuméré les leurs, c'est se foutre au carré de ce peuple qui a élu Macron par défaut, en 2017. Et qui, aujourd'hui, n'en veut plus.

 

Les Français veulent du pouvoir d'achat, de la justice fiscale, de la démocratie directe. Il l'ont dit très clairement. Tout le monde les a entendus. Tous, sauf vous, M. Macron. Cramponnez-vous, si ça vous chante, dans vos salons dorés. Jetez un œil à votre fenêtre : vous y verrez passer l'Histoire. Sans vous.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

A propos d'Alceste, quelques mots

 

Sur le vif - Dimanche 19.01.19 - 00.01h

 

Il me faut dire les choses telles que je les ressens, depuis ce jour de 1973 où j'ai vu Jean Piat dans le rôle-titre : Alceste n'est absolument pas, comme Harpagon ou Argan, un personnage ridicule. Non, il est tout le contraire : une figure d'intégrité (peut-être excessive), de sincérité (peut-être exagérément illimitée), un homme qui dit les choses sans travers. En soi, c'est admirable. Pour moi, c'est une figure de héros, infiniment touchante, au même titre que Cyrano, qu'à certains égards il préfigure.

 

Dans la scène du Sonnet, face à Oronte, Alceste a raison, d'un bout à l'autre. Et c'est Philinte, autre personnage admirable, tellement humain, qui en l'espèce a tort. Alceste dit les choses, telles qu'il les juge, et telles qu'il les perçoit : cela s'appelle la franchise, est-ce un défaut ? Il assume son jugement, sait que ça lui coûtera, décoche tout de même les mots, affronte son destin.

 

Face à Célimène, il se montre jaloux et possessif. Il n'aime pas que des petits marquis tournent autour d'elle. Il la voudrait pour lui seul. Faut-il lui en faire grief ?

 

Face au discours social, à la mondanité, aux courtisans, dont l'horizon vital ne dépasse pas l'infinie jouissance d'assister au Lever ou au Coucher du Roi, il assume la parfaite solitude d'un caractère certes acariâtre, atrabilaire, dans la plus pure filiation d'un Plaute et d'un Ménandre. Mais en même temps, il incarne la verticalité de celui qui refuse ce petit jeu, délivre un discours critique sur son époque, en endosse les suites, qui conduisent à une sublimation géographique de son isolement. Ça n'est pas pour rien que le mot "Désert", si lourd de sens en cette seconde partie du 17ème siècle, prend un telle importance dans la terrible scène finale, où Célimène, plus encore que lui, se voit abandonnée de tous.

 

C'est une pièce qui commence dans la critique joyeuse de la mondanité, et se termine dans l'assomption, par chacun, de l'infinité de sa solitude. C'est peut-être écrit "comédie" quelque part, on y découvre l'essence la plus pure du tragique.

 

Reste le profil d'un homme. Attachant comme nul autre (à part Cyrano). Cinglé, solitaire, solaire, présomptueux. Mais tellement humain, dans son rapport à la vérité, au langage, dans sa relation avec les textes, le monde de l'écrit (la critique du Sonnet est implacable). Dans son exigence, son intransigeance, pour ce qui concerne les relations sociales.

 

Qu'il soit incarné par Jean Piat, André Marcon ou Gilles Privat, j'aime ce personnage. Oui, j'aime cet homme. J'aime quand il se ridiculise. J'aime la puissance terrestre de sa solitude. J'aime la géométrie de son désespoir, cadastré par la vie et la mort, l'impossibilité d'une relation réelle. Sauf, peut-être, avec un seul être sur la terre. Célimène ? Non : Philinte, l'admirable ami, l'ultime passerelle du possible entre lui et cet improbable conglomérat d'étrangers qui s'appelle l'humanité.

 

Pascal Décaillet

 

00:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/01/2019

Là où des âmes ouvertes nous attendent

 

Publié sur mon site FB - Vendredi 18.01.19 - 11.13h

 

La hargne inimaginable des intellectuels - ou ceux qui se prétendent tels - contre les réseaux sociaux en dit plus long sur eux-mêmes, leur panique face à une dépossession, que sur l'objet de leur discours.

 

Monde académique (totalement dépassé par la soudaine mise en partage horizontale des connaissances), médiateurs d'hier et d'aujourd'hui, journalistes persuadés que tout cela n'est qu'un cauchemar passager, et que la vie, la vraie, celle d'avant, va pouvoir reprendre avec de bonnes vieilles rotatives à 20 millions, de bons vieux centres d'impression et d'expédition, de bons vieux courriers de lecteurs (qu'on publie dix jours après), de bonnes vieilles quadrichromies, envoyées par morasses, via le pneumatique : bref, le Journal de Genève de mes premières années.

 

Et moi, né il y a soixante ans, des décennies de métier, une passion plus intacte que jamais, je suis un fervent partisan des réseaux sociaux. Bien sûr, ils ont des défauts ! Mais pour la partie qui m'intéresse, celle de l'accès à l'information et à la connaissance, le service de renseignements, la mise en partage (fraternelle, et de bonne foi) de ce qu'on sait, le choc direct avec des styles, l'irruption (eh oui) de talents insoupçonnés dans l'ordre de l'écriture, la rapidité, l'apparition de comètes, je trouve aux réseaux sociaux bien des qualités.

 

Je dis cela, d'autant plus que dans ma vie, il m'est arrivé, une ou deux fois, de lire l'un ou l'autre livre. Ou quelques milliers, je ne sais plus. Et j'en lis encore. Et j'en lirai toujours. J'en discutais l'autre soir avec Jean Romain : rien, aucune technique, n'a réussi jusqu'ici à remplacer le côté incroyablement pratique, affectif, physique même, de ce qu'on a appelé, il y a deux mille ans, le codex, le livre relié, à la place du rouleau de papyrus.

 

Le réseau ne tue pas la télévision, qui n'a pas tué la radio, qui n'a pas tué l'écrit. Les inventions s'ajoutent. Mais nous, nous devons prendre, au-delà des nouveautés techniques, la mesure de la révolution cognitive que représente l'avènement du réseau social. Fin des mandarins, fin de la verticalité de la transmission, disparition progressive des corps intermédiaires et des médiateurs, construction collective d'un savoir pluriel, polymorphe. Avec, comme dans les dizaines de milliers de vidéos amateurs des gilets jaunes, la mise à disposition d'un matériau autrement plus crédible que l'image montée, mise en scène et commentée par les chaînes au service du pouvoir.

 

Alors, amis des rotatives à 20 millions, haussez les épaules, tant que vous voudrez. La nostalgie est un droit, Dieu sait si je le revendique ! Mais de grâce, laissez le monde aller. Il n'y aura pas de retour au statut antérieur aux réseaux sociaux. Il n'y aura pas de Restauration. Il n'y aura pas de retour à votre ordre.

 

Quant à nous, gens des réseaux sociaux (si vous me lisez, c'est que vous en êtes, peu ou prou), battons-nous avec la dernière énergie pour les enrichir des meilleurs contenus possibles. Surprenons-nous les uns et autres. Séduisons-nous. Transmettons-nous nos connaissances. Enseignons-nous mutuellement. Bref, vivons. Parce que la vie est précieuse. Celle de l'esprit n'a que faire des vecteurs : elle s'immisce partout, là où des âmes ouvertes nous attendent.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/01/2019

Homme politique : un concept bientôt caduc !

 

Sur le vif - Mercredi 16.01.19 - 14.15h

 

La politique appartient à tous les citoyens. Le concept même d'homme politique, apparu au début du 19ème siècle, au moment où Balzac rédige ses Illusions perdues, est promis à devenir caduc.

 

Il y aura encore, pendant quelques décennies, des "hommes politiques", ou des "femmes politiques". Mais, d'ici quelques générations, avec les progrès fulgurants de la mise en réseau des connaissances, le suffrage universel va s'affirmer comme outil normatif (et non, comme aujourd'hui, organe d'exception) pour statuer sur les grandes affaires touchant le destin d'un pays.

 

Ce jour-là, certes encore lointain, le concept "d'homme politique", né des décennies ayant suivi la Révolution française, né de la démocratie représentative, avec ses rites d'élections, ses nécessités de clientélisme et de démagogie, aura doucement disparu.

 

Lecteur vorace de biographies historiques depuis l'âge de 12 ans (j'en ai lues des centaines, peut-être même un ou deux milliers), héritier du personnalisme d'un Emmanuel Mounier, qui place l'humain au centre de tout, j'ai moi-même, en un demi-siècle de ma vie, joué le jeu de cette centralité de "l'homme politique" (si possible, l'homme d'Etat : de Gaulle, Mendès France, Willy Brandt, etc.) au coeur de mes attentions.

 

Mais l'affaire Maudet contribue (parmi d'autres facteurs) à me faire évoluer, à la vitesse grand V, vers l'absolue prédominance des thèmes sur les personnes. Infiniment sensible aux signaux délivrés par les gilets jaunes, j'admire ce mouvement sans le moindre leader, sans la moindre star. Juste des hommes et des femmes, qui bravent le froid, l'hiver, les CRS, pour réclamer une réinvention de leur démocratie. Exactement ce qu'ont fait les foules de France, en 1830 et 1848.

 

Idem, j'admire chez nous les Jeunes Verts. Chez eux également, pas la moindre star. Je ne connais que trois ou quatre d'entre eux. Mais grâce à eux, un sujet passionnant, essentiel, est jusqu'au 10 février sur la place publique : le mitage du territoire. On partage ou non leur point de vue, mais ces Jeunes Verts font de la politique en mettant l'accent sur un thème, et non en nous obsédant avec leurs problèmes internes.

 

Alors oui, vivent les thèmes ! Vivent les hommes et les femmes qui se battent pour le bien public. A côté de la beauté de ces énergies-là, l'affaire Maudet, le destin du PLR genevois, toute cette kremlinologie d'initiés, franchement, on s'en fout un peu.

 

Vive la politique, à vif, directe, délivrée des corps intermédiaires, proche de la vie, notre vie à tous, la vie qui va !

 

Pascal Décaillet

 

 

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Adieu Maudet, adieu PLR, vive la politique !

 

Sur le vif - Mercredi 16.01.19 - 11.30h

 

Homme d'honneur et parfait gentleman de la politique, Alexandre de Senarclens va bientôt laisser la place à ce qui pourrait bien être un homme (ou une femme) de paille des Frères de la Côte, cette garde personnelle de Pierre Maudet, dont on connaît les allégeances, les rites et les obédiences. Ce noyau de grognards, galvanisés par le seul culte du chef, qui a si bien su se mobiliser, hier soir. Pour obtenir, au demeurant, une majorité d'autant plus pitoyable qu'elle est plutôt minoritaire.

 

Le PLR genevois est en lambeaux. Il lui faudra des années pour s'en remettre. Ça n'est plus une césure entre libéraux et radicaux, celle-là est au moins soldée : non, ce seront les cicatrices infiniment douloureuses de cet insupportable et interminable psychodrame.

 

Au-delà du PLR, c'est le principe même de l'existence des partis, de l'importance excessive que nous leur accordons, qui doit être interrogé. Nés de la Révolution française, et chez nous des événements de 1848 (un peu avant, à vrai dire), les bons vieux partis, avec leurs bonnes vieilles Assemblées, leurs bonnes vieilles séances de comitards, auront bientôt vécu. Les citoyennes, les citoyens, aspirent à une verticalité tellurique de la vie politique, qui leur permette, par un maximum de démocratie directe, de peser eux-mêmes sur le destin de leur pays.

 

Dans le processus, partout en Europe, de dégradation des corps intermédiaires, qui est une lame de fond de nos sociétés, la gigantesque pantalonnade d'Uni Dufour marque une étape. La victoire de Pierre Maudet est, tout au plus, le répit d'un Pyrrhus. Elle sauve, pour un temps, un homme, son ego, sa soif de pouvoir, sa petite clique d'hallucinés autour de lui.

 

Nous, les citoyens, devons entreprendre toutes choses pour que la suite de cette aventure personnelle et dévoyée soit, au fond, sans intérêt. Privilégions les magnifiques sujets de fond que nous offre notre démocratie directe : mitage du territoire, soins dentaires remboursés, système de santé, primes maladie, retraites, avenir de nos paysans, qualité de notre environnement. Il y a tant de choses, tellement belles, tellement concernantes pour tous, tellement citoyennes, dans le sens le plus noble et le plus fort.

 

Concentrons-nous sur les thèmes ! Citoyennes et citoyens, arrêtons de nous focaliser sur les personnes, sur la vie interne des partis. Prenons en mains nous-mêmes, directement, les affaires publiques. Inventons ensemble la politique ! A cet égard, la leçon de courage et de détermination données par les gilets jaunes, nos amis français, est remarquable.

 

Emparons-nous de la politique ! Et laissons Pierre Maudet et ses tristes grognards vivre, entre eux, dans la pénombre de leurs conciliabules, le reste de leur âge.

 

Pascal Décaillet

 

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14/01/2019

Rosa Luxemburg : cent ans demain !

 

Sur le vif - Lundi 14.01.19 - 15.43h

 

Point n'est besoin d'être communiste, encore moins Spartakiste, pour admirer le personnage historique de Rosa Luxemburg (1871-1919). Pour ma part, comme vous le savez, je me passionne depuis des décennies pour la Révolution allemande, celle qui a commencé le 9 novembre 1918, l'avant-veille de l'Armistice, et s'est étendue sur une bonne partie de l'année 1919, à certains égards même jusqu'en 1923.

 

Dans les premières semaines de cette Révolution, Rosa Luxemburg, assassinée à Berlin avec Karl Liebknecht le 15 janvier 1919, a joué un rôle majeur. Il faut imaginer ce qu'a été le climat politique dans l'Allemagne vaincue de novembre 1918, et dans les mois qui ont suivi. Nous étions juste un an après la Révolution russe. Des Soviets locaux ont été proclamés dans des villes allemandes, avec des moments de confrontations très durs en Bavière.

 

D'un côté, les Spartakistes. De l'autre, les nationalistes, constitués en Corps-francs. Pour la plupart, des démobilisés de la Grande Guerre, totalement hostiles à l'Armistice, adeptes de la théorie du coup de poignard (Dolchstoss) des politiques sociaux-démocrates contre l'Armée allemande, pas vraiment défaite sur le terrain. D'ailleurs, nulle portion de territoire allemand n'avait été touchée par les combats.

 

C'est dans ce contexte qu'est intervenu, il y aura cent ans demain (15 janvier 1919), la mort de Rosa Luxemburg. Je ne suis pas de son camp, et ne l'aurais certainement pas été à l'époque. Mais c'était une femme d'un immense courage et d'une grande intelligence historique et politique. Nul ne peut comprendre la suite de l'Histoire allemande, notamment les causes de l'avènement du Troisième Reich, quatorze ans plus tard (30 janvier 1933), sans passer par une étude approfondie de la Révolution allemande de novembre 1918.

 

S'il me fallait ne vous recommander que deux livres, deux chefs d’œuvre, ce seraient "November 1918" d'Alfred Döblin (publication intégrale 1949-1950), et "Die Geächteten", d'Ernst von Salomon, "Les Réprouvés" (1930). Il y raconte l'Histoire des Corps-francs.

 

Passionné d'Histoire allemande, j'aurai demain, 15 janvier 2019, une pensée pour Madame Rosa Luxemburg.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/01/2019

Affaire Maudet : une issue, sans tarder !

 

Sur le vif - Dimanche 13.01.19 - 16.16h

 

L'affaire Maudet, sans tarder, doit trouver une issue. Pour la seule raison qu'à n'en plus finir, à l'excès, elle met en avant un homme. On aime ou non cet homme, chacun est libre. On le défend ou on l'attaque. On veut son maintien ou son départ. Mais il devient parfaitement insupportable qu'un seul homme, quelle que soit sa valeur, accapare autour de lui tant d'énergies intellectuelles, dans le champ politique.

 

Insupportable, parce qu'en politique, surtout en Suisse, les idées priment sur les personnes. Les thèmes (mitage du territoire, imposition des entreprises, assurances sociales, primes maladie, remboursement des soins dentaires, retraites, relations CH-UE, etc.) sont un million de fois plus intéressants que le plus intéressant de nos politiciens.

 

Au moment où nos voisins français, à la faveur du mouvement des gilets jaunes, redécouvrent enfin cette primauté des thèmes sur les personnes, avec des revendications précises sur l'invention de nouvelles formes de démocratie directe (le RIC), nous donnons, dans notre Canton de Genève, avec l'affaire Maudet, une piètre image du débat démocratique. Alors que nous, les Suisses, sommes justement cités en exemple, dans toute l'Europe, et notamment en France, pour notre système de démocratie directe.

 

De grâce, il faut, dans un sens ou dans l'autre, régler l'affaire Maudet. Il faut la solder de tout compte. Il faut que ce règlement soit politique. Car le champ de la politique, c'est la politique elle-même, et non les juges. Si le parti de Pierre Maudet n'est pas capable, mardi soir à Uni Dufour, de trouver une issue claire - et non une impasse - à cette affaire, alors, il faudra engager d’autres forces du champ politique.

 

Pour rappel, la politique n'appartient en aucun cas aux seuls élus. Encore moins aux partis. Elle appartient, dans un périmètre donné, à l'ensemble des citoyennes et citoyens. Au moment où, pour le découvrir enfin, nos amis français bravent le froid, l'hiver, les CRS, nous Genevois, soyons dignes de notre démocratie suisse : priorité absolue des thèmes sur les personnes, responsabilité des citoyens. S'il le faut, prise en charge directe, par ces derniers, du destin commun.

 

S'il le faut, oui. Si les partis, les élus, les corps intermédiaires se complaisent dans l'impasse, alors oui : l'issue devra être définie par le suffrage universel. Ce sera peut-être cela, la leçon de l'interminable, l'insupportable affaire Maudet.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Des miliers de vérités humaines

 

Sur le vif - Dimanche 13.01.19 - 00.32h

 

Gilets jaunes : seule l'addition patiente - et critique - des dizaines de milliers de vidéos de portables, diffusées sur les réseaux sociaux, permettrait de donner une idée à peu près correcte des événements.

 

L'addition d'images brutes, non traitées, non montées, non mixées, non mises en scène par un récit, non commentées par une voix off.

 

Surtout, l'addition de vidéos citoyennes. Et non la fabrication de l'image par les TV pro-pouvoir, en tête desquelles l'ahurissante BFMTV. Mais les autres, aussi, toutes celles qui ont reçu consigne du CSA de "calmer les esprits".

 

Dans la passionnante émergence des réseaux sociaux - vous savez ce que j'en pense, et à quel point j'y suis actif - la crise des gilets jaunes aura été un moment majeur.

 

Je l'ai dit, je le répète : une fois expurgés de leurs péchés de jeunesse, les réseaux sociaux, avec leur partage horizontal des connaissances, leur complexité plurielle, leur absence de leader et de hiérarchie, constitueront demain le principal vecteur de transmission des informations.

 

Ils changeront non seulement notre rapport au savoir, mais notre relation au pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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12/01/2019

Bon vent, Romain !

 

Sur le vif - Samedi 12.01.19 - 18.46h

 

Le passage de mon confrère et ami Romain Clivaz chez Karin Keller-Sutter est une excellente nouvelle pour Mme Keller-Sutter, et une très mauvaise nouvelle pour la RSR. Avec lui, c'est un ultime bastion de liberté intellectuelle et de résistance à la pensée formatée qui prend congé d'une rédaction clairement appauvrie par ce départ.

 

J'écris cela, alors que Romain est PLR, pas moi. Il est économiquement libéral, pas moi. Il est sans doute pour les bilatérales et la libre circulation, pas moi. Mais ces différences - comme celles que je puis avoir avec un Cyril Aellen - n'ont aucune importance, face à l'essentiel : la volonté d'être des hommes libres, des esprits libres, des caractères amis, désireux, chacun à sa manière, de servir le bien public.

 

Bon vent, Romain !

 

Pascal Décaillet

 

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11/01/2019

La CPEG, le soleil, la pluie

 

Sur le vif - Vendredi 11.01.19 - 14.55h

 

Dans l'affaire de la CPEG, le Parlement a voté deux lois, parfaitement contradictoires. Il a voté pour la pluie. Et il a voté pour le soleil.

 

Du coup, chacune de ces deux lois est attaquée par référendum. Les partisans de la pluie attaquent la loi solaire ; ceux du soleil attaquent la loi pluvieuse.

 

Si chacun de ces référendums obtient les signatures nécessaires, ce sera le peuple qui tranchera. Avec exactement les mêmes débats, les mêmes arguments, la même frontalité antagoniste, qu'en décembre, au sein du Parlement.

 

Exactement les mêmes débats, mais avec plus d'ampleur : des dizaines de milliers de votants, plutôt que cent.

 

Pour ma part, je me réjouis infiniment que le peuple tranche. Je suis, comme vous savez, pour un maximum d'interventions du suffrage universel, sur les grands sujets de fond. L'avenir des retraites des fonctionnaires en est un.

 

Mais enfin, si c'est pour avoir, au sein du peuple, exactement les mêmes débats qu'au Parlement, le vote de ce dernier n'ayant finalement servi à rien, ne serait-il pas plus simple, à l'avenir, je veux dire dans les années, les décennies, les générations qui viennent, de mettre au point un système où le suffrage universel décide directement ?

 

On laissera bien sûr aux parlementaires le soupesage des virgules, la conciergerie et le toilettage législatifs. Et les grands airs à la Cathédrale, au moment des Grandes Orgues.

 

Pascal Décaillet

 

 

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10/01/2019

L'essentiel, c'est le combat

 

Sur le vif - Jeudi 10.01.19 - 15.34h

 

Arrogance déracinée de Macron, qui entend "organiser le débat national". Depuis quand un chef d'Etat, depuis quand un exécutif organisent-ils des débats ? Il veut lancer "Élysée à Chaud" ?

 

Le débat, depuis des semaines, a sacrément commencé ! Il a lieu entre les Français, ceux qui manifestent, et puis tous les autres. Le débat n'attend pas Macron pour s'amorcer.

 

C'est au peuple de France lui-même de mener le grand débat national. Et non aux élites macroniennes, totalement coupées du réel, juste en réseau de connivence et de consanguinité avec les petits marquis du régime, les Cohn-Bendit, les BHL, les BFMTV.

 

Et puis, quoi ? Dans un processus où on s'empare d'un nouveau droit, je ne suis pas sûr (comme dans la vie, en général) que le "débat" soit l'essentiel.

 

L'essentiel, c'est le combat.

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/01/2019

Démocratie directe : mon credo, depuis tant d'années !

 

Sur le vif - Mercredi 09.01.19 - 16.44h

 

Depuis de longues années, je dénonce les limites, faiblesses et consanguinités de la démocratie représentative. En parallèle, je dis les mérites de la démocratie directe, notamment l'initiative populaire fédérale, telle que nous la connaissons en Suisse.

 

Depuis de longues années, toujours, j'appelle à un élargissement, pour les générations qui viennent (oh, cela prendra du temps), du champ d'action de la démocratie directe. Les nouveaux outils dont nous commençons à disposer, notamment le partage des connaissances sur les réseaux, nous conduiront à cette évolution.

 

Vouloir davantage de démocratie directe, et assurément (en ce qui me concerne) une démocratie représentative plus modeste, moins personnalisée, orientée sur la fabrication des lois, ne confisquant pas le débat aux citoyens, c'est ma position, depuis très longtemps. Plus de deux décennies.

 

Il n'y a là aucune espèce de combat contre les institutions, pas plus que chez les gilets jaunes. Non : il y a, dans ma démarche, un combat pour une ÉVOLUTION DES INSTITUTIONS. Vers davantage de démocratie directe.

 

Il est donc totalement vain de traiter "d'anti-institutions" ceux qui veulent augmenter les droits populaires. Ils combattent, simplement, à l'intérieur du champ républicain, POUR D'AUTRES INSTITUTIONS, renouvelées.

 

En aucun cas, mon combat n'est celui de la rue. Si vous saviez à quel point, depuis l'âge de 10 ans (Mai 68), je déteste la rue ! Mon combat est profondément institutionnel. Il plaide pour l'institution élargie de la démocratie directe. Et pour un rôle redéfini des élus : qu'ils fassent des lois ; qu'ils contrôlent les exécutifs ; mais ils sont au service du peuple, et non l'inverse. Et surtout, le débat politique ne leur appartient pas.

 

Il appartient à l'ensemble des citoyennes et citoyens, dans le périmètre d'une nation, dans la profondeur historique d'une mémoire, dans leur capacité à inventer un destin commun.

 

Pascal Décaillet

 

 

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08/01/2019

Des sujets ? Non, des citoyens !

 

Sur le vif - Mardi 08.01.18 - 10.05h

 

Gilets jaunes : nous avons dépassé depuis longtemps le stade de la simple jacquerie.

 

La thèse de la jacquerie, on peut la suivre tant qu'il ne s'agit que de pouvoir d'achat, revendication d'ailleurs parfaitement légitime.

 

Mais en parallèle, il y a l'immense aspiration à de nouvelles formes d'expression démocratique.

 

Nous n'avons donc absolument pas affaire à de simples SUJETS signifiant leur colère à leur maître, prêts à se laisser calmer par le miracle d'un Grenelle. Mais à des CITOYENNES ET CITOYENS, debout, frontalement érigés face au dernier représentant de l'ordre ancien. Pour lui signifier, qu'il le veuille ou non, l'inéluctable avènement d'un nouveau monde.

 

Ils ne sont pas pressés. Le temps est avec eux. L'Histoire est avec eux. Partout en Europe, gronde la voix des peuples. Partout, dans les décennies qui viennent, la démocratie directe va monter en puissance, la démocratie représentative (issue du temps des diligences) va perdre du terrain. Elle en aura trop fait, dans l'ordre du consanguin, pour se régénérer.

 

Pendant ce temps, les petites coteries parisiennes, celles des BHL et des Cohn-Bendit, celles de l'ineffable BFMTV, celles qui s'agrippent et s'agglutinent au pouvoir, attirées par ce dernier comme des éphémères sur un réverbère, n'en peuvent plus de nous jouer le registre de la morale, celui des conventions et bonnes manières, parce que le bruit de la rue les incommode.

 

Surtout, ils crèvent de trouille. Ils savent que la chute de Macron ouvrirait la porte à autre chose. Un "autre", totalement imprévisible. Angoissant. Vertigineux.

 

La porte ouverte, aussi, en matière européenne, dans les droits populaires, dans la réaffirmation de la souveraineté nationale, à une partie du programme de la rivale d'Emmanuel Macron au second tour 2017. Celle qui avait certes perdu. Mais n'avait jamais, en valeur absolue, réuni tant de millions de voix pour son mouvement.

 

Un jour ou l'autre, le fantôme de ces voix méprisées viendra se rappeler à notre bon souvenir. Il a même méchamment commencé.

 

La France a besoin de retrouver le fil narratif de son roman national.

 

Elle a besoin de souveraineté. De justice sociale, à l'interne. De démocratie directe. Pour avoir allègrement ignoré, voire bafoué, ces aspirations fondamentales, Macron est condamné, non au sort de Louis XVI en 1793, mais assurément à celui de Charles X en 1830. Ou de Louis-Philippe, en 1848.

 

 

Pascal Décaillet

 

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07/01/2019

Gilets jaunes et Révolution : réflexions sur une référence

 

Sur le vif - Lundi 07.01.19 - 14.38h

 

Les gilets jaunes convoquent la mémoire de la Révolution française. Ils ont parfaitement raison, c'est une référence de taille. Et ceux qui, de Suisse, ricanent, feraient bien de lire quelques livres. La Révolution est l'une des périodes ayant, depuis quarante ans, le plus nourri mes lectures : s'il fallait n'en recommander qu'une seule - parmi des centaines - ce serait l'Histoire de la Révolution française, par Jules Michelet (1798-1874).

 

Il faut lire ce chef d’œuvre, pour saisir toute l'universalité de ce qui, en en France, fut accompli à partir de 1789. Le chute de la monarchie, la proclamation de la République, les guerres courageuses (et victorieuses !) menées par les Soldats de l'An II contre toutes les têtes couronnées d'Europe, impatientes d'imposer le retour à l'Ancien Régime. Pour moi, l'épisode ne dure pas dix ans, mais vingt-six, jusqu'à Waterloo (18 juin 1815). Et les grandes idées républicaines, après un dix-neuvième siècle chaotique, fait de flux et et de reflux, s'imposeront à partir de 1870, avec juste l'éclipse de Vichy (1940-1944).

 

Il n'y a aucune espèce de grandiloquence, face au mouvement très important des gilets jaunes, à évoquer les références de la Révolution. L'Histoire, certes, ne se répète jamais, tout au plus bégaie-t-elle, ou laisse-t-elle perler quelques bribes de réminiscences. La Révolution elle-même, en parfaite contemporanéité de ses propres événements, n'a cessé de se nourrir de références historiques, puisant notamment dans l'Antiquité, où il était question d'un ordre de pouvoir, secoué par le désordre d'un moment. Les Romains, déjà, puisaient chez les Grecs leurs mythes révolutionnaires. La littérature, toujours, se nourrit d'elle-même. J'ai suivi, en 1978, un passionnant colloque universitaire, interdisciplinaire, sur ce thème. J'y avais fait un exposé sur Thucydide, et la révolte des Cités grecques, dans sa Guerre du Péloponnèse.

 

Il n'est pas excessif de considérer dans les gilets jaunes l'aspiration à un changement de régime. Il ne s'agit pas de prendre congé de la République ! Mais de la faire évoluer, comme cela s'est toujours produit dans les deux derniers siècles. 1848 renoue avec 1792. 1870 avec 1848. 1944 (la Libération) nomme Commissaires de la République les libérateurs régionaux. 1958 (retour de Charles de Gaulle) restaure l'idée (déjà bien présente chez une partie des Révolutionnaires) d'un exécutif fort.

 

Non, les gilets jaunes ne veulent pas détruire la République. Ils veulent, au contraire, sa résurrection. En se battant pour une démocratie directe agissant (comme en Suisse) sur les thèmes, ils embrassent le discours et la pensée d'une partie des Révolutionnaires, ceux qui voulaient le pouvoir au peuple. Déjà dans la dernière décennie du dix-huitième siècle, ces derniers étaient en confrontation directe avec les adeptes de la démocratie représentative, c'est dire si la dialectique de silex entre les uns et les autres est ancienne. Le paysage politique français, ses grandes lames tectoniques, n'ont, malgré la valse des étiquettes, presque pas changé, depuis la Révolution.

 

Je n'ai parlé ici que de l'ordre institutionnel. En attendant d'y revenir, je n'ai pas encore parlé de l'ordre économique, ni social. Ni de l'extraordinaire aptitude d'Emmanuel Macron à jouer (contre son gré !) la caricature de l'Ordre ancien. Ni celle des coteries parisiennes, médiatiques notamment, à jouer les Fermiers généraux, intendants, valets du pouvoir, et autres intermédiaires que l'idéal révolutionnaire, justement, se promettait d'éradiquer.

 

Je reviendrai sur ce sujet des gilets jaunes, qui me passionne. J'ignore si c'est une Révolution. Mais une chose est sûre : nous avons dépassé, depuis un sacré moment, le simple stade de la révolte.

 

Pascal Décaillet

 

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06/01/2019

L'Europe ? Non, l'Allemagne !

 

Sur le vif - Dimanche 06.01.19 - 12.16h

 

Le drapeau européen qui flotte dans les pays d'Europe centrale et orientale, c'est en fait le drapeau allemand, camouflé sous le paravent de la bannière aux douze étoiles.

 

Réunifiée dans des conditions d'une vulgarité inouïe (la DDR, purement et simplement rachetée à coups de milliards par l'Ogre Kohl), l'Allemagne accomplit aujourd'hui pacifiquement le grand dessein où elle a, naguère, échoué par d'autres voies.

 

L'accomplissement de ce dessein a été mis en route, entre 1740 et 1786, par un souverain de génie, le Roi Frédéric II de Prusse. Il se réalise d'aujourd'hui, sans bruit ni fureur, et même avec la bénédiction des bonnes consciences, sous prétexte qu'il fallait à tout prix abattre le communisme, faire reculer l'influence russe en Europe.

 

Commercialement, économiquement, l'Allemagne de 2019 est omniprésente sur les marchés de l'Est. Elle y est revenue silencieusement, par les mêmes couloirs de pénétration que ceux du 22 juin 1941. Et tout le monde applaudit !

 

Et les grands naïfs, incapables de percevoir les mouvements tectoniques de l'Histoire, encore moins la permanence du tragique, s'émerveillent face aux douze étoiles européennes en Europe centrale et orientale. Inaptes à lire, en palimpseste de cette bannière, la réalité de l'influence allemande retrouvée, sur les Marches de l'Est.

 

Un jour, le château de cartes européen s'effondrera. Mais les innombrables points d'appui allemands, installés sous prétexte européen en Europe centrale et orientale, demeureront. L'illusion multilatérale partie en fumée, demeurera la permanence des intérêts nationaux. 

 

Adolescent, en Allemagne, j'étais fasciné par le Chancelier au pouvoir. Il s'appelait Willy Brandt (1969-1974). C'était un social-démocrate. Il avait passé les douze années de Troisième Reich en exil. Il était devenu Maire de Berlin. Chancelier, il s'était agenouillé à Varsovie, devant le Mémorial du Ghetto. Il avait inauguré une politique, géniale à mes yeux, d'ouverture à l'Est, l'Ostpolitik.

 

C'était un homme d'exception. Et son rapport, à lui, avec les voisins immédiats de la République fédérale, à l'Est (à commencer par la DDR), avait une autre tenue, une autre ambition, d'autres horizons intellectuels et culturels, nourris notamment par son ami, l'immense romancier Günter Grass (un Allemand de Dantzig !), que la gloutonnerie vulgaire de Kohl, lorsqu'il a purement et simplement racheté l'Allemagne de l'Est.

 

La dignité de la Prusse méritait mieux. Un jour, elle se rappellera à notre bon souvenir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/01/2019

Les Fermiers généraux de l'Ancien Monde

 

Sur le vif - Samedi 05.01.19 - 18.45h

 

Le mouvement des gilets jaunes ne fait que commencer. A peine s'est-il atténué pour les Fêtes, et encore ! Méfions-nous des images du pouvoir, véhiculées par les TV du pouvoir, au premier plan desquelles l'ineffable chaîne continue BFMTV. En vérité, en bien des endroits, notamment en Province, le mouvement n'a strictement connu aucun ralentissement, juste une trêve de Noël.

 

Nous sommes en 2019, les gilets jaunes sont là, plus que jamais. Et plus que jamais, les médias du pouvoir, ou des coteries parisiennes, continuent de s'inviter les uns les autres, entre eux, en intestine connivence, pour condamner, vouer aux gémonies, traiter de fascistes, des hommes et des femmes qui, simplement, infatigablement, nous clament leurs deux revendications principales : de la dignité, de la démocratie.

 

Las ! Entre consanguins, on continue de ne frayer qu'entre soi. Quérir la mille-et-unième interprétation d'éditorialistes parisiens ayant fait, depuis Mai 1968, dont ils sont directement issus, mille-et-une fois le tour des mille-et-un salons de la Ville-Lumière.

 

Comme des guetteurs mélancoliques, ils pourchassent de leurs rêves le moindre "essoufflement" du mouvement. Ah, être le premier à proclamer le début de la fin, la reprise en mains par Macron, la normalisation. Ah, que tout puisse rentrer dans l'ordre !

 

Quel ordre ? Mais le leur, pardi ! Celui qui préside à leurs colloques, dans les allées du pouvoir. L'ordre libéral, de Macron. L'ordre de l'Euro. L'ordre de Bruxelles. L'ordre des médiateurs, qui expliquent au peuple ce qui est bon, juste, moral. L'ordre des élus. L'ordre des clercs, et des cléricatures. L'ordre de la haute finance, qui a soutenu, avec tant d'ardeur, l'actuel Président, lors de sa campagne en 2017. L'ordre multilatéral. Surtout, ne rien changer. Surtout, que les Gueux fassent moins de bruit. Surtout, qu'ils se calment, on ira jusqu'à Grenelle, s'il le faut !

 

Surtout, maintenir l'équilibre cosmique entre les médiateurs et le pouvoir. Surtout, ne pas renier Macron,aussi chancelant soit-il. Car, si Macron s'en va, c'est l'irruption du Nouveau Monde.

 

Et le Nouveau Monde, c'est la peur de leur vie. Accrochés, désespérément, à l'Ancien Régime, dont ils aimeraient, pour l'éternité, demeurer les Fermiers généraux.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/01/2019

Mitage du territoire : bravo les Jeunes Verts !

 

Sur le vif - Vendredi 04.01.19 - 15.45h

 

L'initiative des Jeunes Verts contre le mitage du territoire : voilà un passionnant sujet de votation (10 février 2019).

 

Il touche à l'aménagement de nos espaces, au maintien de surfaces agricoles, à la construction d'un paysage où la nature a encore sa place. Il invite à repenser l'urbain, plus concentré, moins étalé, un peu plus de verticalité, de densité, un peu moins de semi-urbain, dans une semi-campagne.

 

Après la Lex Weber, après Ecopop, revoilà un thème qui invite les Suisses à penser le futur de leur territoire, à donner de la cohérence à l'espace urbain. Revoilà une votation concrète, liée à la terre et au pays. N'oublions jamais : le paysage, c'est l'humain qui le crée. Puisse-t-il y instiller le maximum d'harmonie, éviter le grand n'importe quoi de l'axe Genève-Lausanne depuis les années 60, définir ce qu'est la ville, et ce qu'est la campagne.

 

Oui, dans nos contrées habitées, c'est l'humain qui façonne le paysage : prenez le Valais, les sublimes murettes de vignes, ces étagements de pierres sèches, sur la rive droite du Rhône : elles ne sont pas là par miracle, mais par le travail des hommes et des femmes. N'oublions jamais qu'au 19ème siècle, la Vallée du Rhône n'était encore, en bien des endroits, qu'un marécage insalubre. Il a fallu un grand dessein : celui de la correction du Rhône. Il a fallu de grands hommes, comme Maurice Troillet, conseiller d'Etat de 1913 à 1953.

 

Le paysage est un miracle humain, épousant le miracle de la nature. En la respectant, plutôt qu'en la bétonnant dans la seule vision du profit, il la sublime. Le grand Chappaz, dans ses "Maquereaux des Cimes blanches" (1976), que nous dit-il d'autre, au fond ?

 

Pour ma part, je félicite les Jeunes Verts de lancer le débat. Je vais me passionner pour ce sujet, multiplier les invités et les joutes contradictoires, sur mes plateaux TV. C'est un sujet qui touche au pays profond, à la qualité de vie, au rapport intime entretenu, par chacun de nous, avec les miracles de nos paysages. Un véritable sujet citoyen. Vive la politique !

 

Pascal Décaillet

 

 

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