Liberté

  • Notre priorité : le peuple suisse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.09.22

     

     

    On s’attendait à un plébiscite, ce fut une césure. Ce dimanche 25 septembre, le peuple suisse s’est retrouvé divisé en deux moitiés, quasiment égales, sur l’avenir de notre système de retraites. Laissons le résultat, considérons la coupure. Elle se déploie sur les vieilles lignes de fracture de notre société suisse depuis 1848. Une conception différente de l’Etat entre Romands et Alémaniques, moins maternante chez ces derniers, nourris de la philosophie économique allemande du Freisinn, le libre-arbitre, mais aussi la responsabilité individuelle, c’est quelque chose de très fort chez nos compatriotes d’Outre-Sarine. D’autres fronts de séparation aussi, en fonction du genre (on demandait tout de même aux femmes de travailler une année supplémentaire), de la situation sociale, du rapport au travail. A vrai dire, ce sont toutes les saveurs de la diversité suisse qui, ce 25 septembre, surgies d’entrailles sous-estimées par les titulaires de la parole, ont remonté à la surface. Les chercheurs, ces prochains temps, nous établiront une radiographie précise de cette carte électorale.

     

    Ce verdict du peuple impose au monde politique quelques leçons. Et notamment à la droite suisse, qui ne doit définitivement plus être l’otage des ultra-libéraux. Elle doit se construire sur d’autres valeurs que celles du profit financier. Elle doit prendre en compte la nation. La patrie. La cohésion sociale de tout un peuple, dans sa diversité. Surtout, elle doit avoir, en absolue priorité, le souci de ce peuple, et la gauche aussi bien sûr ! Le souci du peuple suisse !

     

    La souffrance exprimée par le résultat si serré du 25 septembre nous dit une chose : l’irrépressible nécessité de mettre en avant partout, dans les projets politiques, mais aussi dans l’organisation du discours, les questions sociales, plutôt que se focaliser sur l’écume des modes, incarnée par le « sociétal ». Le social, c’est ce qui touche l’ensemble de nos compatriotes, à commencer par les plus précaires : les retraites, les primes d’assurance-maladie, les frais dentaires, le prix des médicaments, celui des énergies de chauffage, celui de l’essence, celui de l’électricité. Les loyers. Les taxes. Les impôts. Le reste, nous le laisserons volontiers aux chercheurs d’extrême-gauche à l’Université de Lausanne, omniprésents sur les antennes de la RTS, et la presse bobo.

     

    J’ai écrit quelques lignes, dimanche à vif, sur mon blog, à propos de l’unité de notre pays. C’est, à mes yeux, la question essentielle de ce dimanche de votations. Elle n’est pas mise en péril par la diversité, ni le fracas des antagonismes. Nous sommes un peuple largement assez adulte, sur le plan politique, pour intégrer cette complexité. Non. Le vrai danger serait que le peuple ne soit plus écouté, c’est déjà parfois le cas. Ou que les hommes et femmes politiques, tous partis confondus, ne montent à Berne que pour défendre des factions. Le vrai danger, ce serait perdre de vue ce qui doit être au centre géométrique de nos priorités : les intérêts vitaux du peuple suisse.

     

    Pascal Décaillet 

     

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  • Les primes prennent l'ascenseur, le liftier roupille

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    Sur le vif - Mardi 27.09.22 - 14.49h
     
     
    En vingt ans, les primes ont doublé en Suisse. C'est ça, la nouvelle. Et pas les pourcentages des différents cantons.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. J'étais à Berne lorsque les Chambres planchaient sur la LAMal, il y a près de trente ans. Déjà, je dénonçais ce pachydermique paradoxe : rendre l'assurance-maladie obligatoire (il le faut, assurément), et en même temps laisser certains requins du privé gérer les Caisses.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. Si une assurance est obligatoire, alors elle doit être guidée par un régime d'Etat. D'intérêt général. Au-dessus des factions, des corporations, des féodalités, des recherches de profit. Je ne suis pas un homme de gauche, c'est le moins qu'on puisse dire, mais j'ai toujours dit cela. Parce que ma droite à moi est nationale, patriote, non-libérale, focalisée sur la cohésion sociale de notre peuple.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. L'échec monumental de la LAMal est évidement celui des socialistes, qui l'ont portée sur les fonts baptismaux. Mais il est aussi celui de toute une droite libérale, celle qui ne s'est jamais élevée contre la gestion délirante des Caisses, la politique des réserves, le lobbyisme éhonté de leurs représentants aux Chambres fédérales, notamment au Conseil des Etats.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. C'est ça qu'il faut dire, répéter. Inscrire ce scandale, ce pataquès du politique, dans le dossier beaucoup plus large du pouvoir d'achat. Celui des classes moyennes, notamment.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. La gauche échoue. La droite libérale joue en bourse la santé des Suisses. Entre ces deux dérives, il y a la volonté de construire un pays, avec une économie libre, forte, fondée sur les PME. Avec le respect et la promotion des toutes petites entreprises, des indépendants, ceux qui ne coûtent rien à personne, et entretiennent le plus la machine, s'ils ont le mauvais goût de bien s'en sortir professionnellement. Parce qu'on les tond, tout simplement.
     
    Il faut cette dimension de liberté d'entreprendre, oui. Mais il faut, tout autant, le sens de l'Etat, de l'intérêt supérieur, pour tout ce qui touche aux fondements de la vie. La santé de nos compatriotes ne m'apparaît pas comme le dernier d'entre eux.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Giorgia : l'espoir, sur l'Italie

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    Sur le vif - Lundi 26.09.22 - 14.50h
     
     
    Un mois et trois jours avant le centenaire de la Marche sur Rome, voilà donc Giorgia Meloni qui triomphe. Elle gagne les élections. Sa coalition aura la majorité parlementaire. Elle pourra devenir la première Présidente du Conseil de l'Histoire italienne.
     
    Pour autant, voyez-vous, chers amis, je doute que nous ayons des défilés de chemises noires, ce soir, dans les rues d'Italie. Ni que le prochain grand chantier du pays soit l'assèchement d'un Marais. Il y a, c'est vrai, une inspiration directement puisée de la période 1922-1943 (laissons les deux années suivantes, sur les bords du Lac de Garde), chez cette femme politique. Mais il faut oublier l'idée, tant brandie par la gauche (et la RTS) que nous assistons à un retour du fascisme.
     
    Pourquoi ? Mais c'est très simple ! Parce que l'Histoire ne se répète pas avec l'exactitude d'une matrice. Le fascisme mussolinien, il faut l'étudier à fond avant d'en parler, tenez vous devez absolument lire l'excellente biographie du Duce par Pierre Milza, quelque 800 pages, chez Fayard. C'est passionnant, notamment sur les grands chantiers sociaux des années vingt et début trente. Tout le monde sait que ça a commencé à dégénérer avec l'Alliance allemande, mais aussi un impérialisme colonial délirant : Mussolini est un réformateur social, il n'est pas un chef de guerre. La fin, on la connaît : terrible, pitoyable. Fin avril 45, l'Italie est en lambeaux.
     
    Ca, c'est l'Histoire du fascisme italien. Mais Giorgia Meloni, c'est autre chose. Une femme d'aujourd'hui, moderne, ayant capté certaines aspirations puissantes des Italiens. En matière sociale. En matière de maîtrise des flux migratoires (l'Italie, par son flanc sud, est droit sur le front, et nous n'avons strictement aucune leçon à lui donner). En matière de cohésion et de fierté nationales. Tout cela, bien sûr, peut rappeler le Mussolini des années 1919 à 1922, jusqu'à sa prise du pouvoir le 28 octobre. Mais tout cela, en même temps, n'a rien à voir : un siècle complet s'est écoulé, le fascisme a fait son oeuvre, il est tombé, l'Italie est républicaine depuis 1946, membre fondateur de la Communauté européenne, dans un Traité justement signé à Rome, en 1957.
     
    Et puis - et cela n'est pas nécessairement pour me plaire - Giorgia Meloni est atlantiste. Elle est conservatrice sur certains sujets, très avancée sur certains aspects sociaux. Elle est nationale dans la pensée, pour la frontière, pour la préférence aux Italiens. Elle présente beaucoup de points communs avec une Marine Le Pen.
     
    Tout cela ne plaît pas à la gauche. Ni à la RTS. Ni au Temps. Ni aux éditorialistes partisans d'un "ordre libéral", de la planète, et d'un multilatéralisme où la nation irait se liquéfiant dans un improbable conglomérat.
     
    Mme Meloni ne plaît pas à ces gens, qui le font beaucoup savoir. Elle ne plaît pas à la Présidente de la Commission européenne, qui multiplie les ingérences et se comporte en Chambellan du Saint-Empire. Elle ne plaît pas au Ministre espagnol des Affaires étrangères, détail totalement dépourvu d'intérêt, que les flashes RTS, ce matin, et le Journal de 12.30h ont pourtant jugé bon de placer en tête de leurs nouvelles annonçant la victoire de Giorgia.
     
    Elle déplaît à tous ces gens. Mais il se trouve qu'elle a réussi à convaincre d'innombrables Italiens. Réussira-t-elle ? Ne risque-t-elle pas de se faire neutraliser par le système des alliances fluctuantes, en vigueur depuis 77 ans ? Impossible à savoir. Mais l'avènement de cette femme, qui veut le primat de la Nation contre les Empires, mérite qu'on lui accorde le plus vif des intérêts. Nous suivrons cette expérience italienne avec une passion égale à celle que nous éprouvons pour cet incomparable pays, sa beauté, son Histoire, sa langue plurielle et dialectale. Son style de vie, surtout, unique au monde.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • L'unité d'un pays tellement pluriel

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    Sur le vif - Dimanche 25.09.22 - 14.52h
     
     
    Le résultat très serré sur l'AVS nous révèle d'ancestrales fractures au sein de la Suisse. Entre régions linguistiques. Entre Suisse centrale/orientale et Suisse occidentale. A certains égards aussi, villes-campagnes. Sans compter la vieille césure entre conception libérale (Freisinn économique) où l'Etat n'est pas premier, et approche latine, où il est plus maternant. De vieilles lignes de front, oui, qui rappellent les votes du 6 décembre 1992, ou ceux sur l'assurance-maternité.
     
    La leçon à tirer ? Sur les retraites, comme sur les tous les grand sujets sociaux, tellement plus importants, en lames de fond, que les vaguelettes sociétales, nous devons avoir à l'esprit l'unité de notre pays.
     
    L'unité, ça n'est pas l'homogénéité, surtout pas ! Le génie de la Suisse, c'est sa diversité. Les opinions s'entrechoquent, le corps électoral tranche, c'est parfois très serré, il faut en tenir compte. Non pour relativiser le vote majoritaire. Mais pour construire l'avenir sans écarter personne. Sur les retraites, c'est un enjeu majeur. Le chantier est encore immense, pour construire un système digne des grands idéaux de 1947 : donner à tous nos aînés les moyens de vivre dignement.
     
    L'unité suisse n'est pas en danger lorsque les composantes du pays votent différemment les unes des autres. Ni lorsqu'un scrutin, comme aujourd'hui, est serré. Elle serait en péril le jour où la voix du peuple ne serait plus considérée comme l'ultime arbitrage. Le jour où les factions l'emporteraient sur le processus politique. C'est valable pour les retraites. C'est valable pour l'assurance-maladie, dont aurons nous à parler en tout début de semaine. C'est valable pour tout ce qui touche à l'intérêt supérieur. Non celui d'un clan, mais celui de l'ensemble.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Italie : merci, Ursula !

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    Sur le vif - Dimanche 25.09.22 - 10.29h
     
     
    La déclaration totalement intempestive de la Présidente de la Commission européenne sur les élections italiennes est une maladresse majeure. Elle renforcera, dans les urnes, le camp national, souverainiste, celui qui monte en Italie, celui qui monte en Europe.
     
    A un peuple souverain qui s'apprête à choisir le destin de son pays, on ne fixe pas de règles supérieures. Le faire, c'est provoquer automatiquement une montée de la fierté nationale : "Ca n'est quand même Bruxelles qui va décider pour nous".
     
    Les propos de Mme von der Leyen sont ceux d'une Allemande de Saint-Empire. Une vision de l'Europe où les différents pays peuvent toujours déléguer à une échelon supérieur. C'est la vieille conception démocrate-chrétienne allemande, rhénane, celle d'un Kohl. A quoi s'ajoute un détail : les Allemands plaideront d'autant plus volontiers pour ce modèle impérial que le personnage principal, tout en haut, sera, par hasard, un.... Allemand. Ou une Allemande. Cette vieille querelle, appliquée à l'Italie, est celle des Guelfes et des Gibelins. Ne doutons pas que Mme von der Leyen ait lu Roméo et Juliette. La chansonnette, sous le balcon, elle la connaît.
     
    Mais le choix de l'Italie, cette fois, pourrait bien ne pas aller dans ce sens-là. La question nationale, pour la troisième fois depuis l'unité (Risorgimento, 1922, aujourd'hui) refait surface. Laissons les Italiens voter. Respectons la souveraineté de leur peuple citoyen. Et analysons les résultats, quand nous les aurons. Disons simplement une chose, avec fermeté : si, par hasard, l'option nationale devait l'emporter, il s'agirait de la respecter. Prendre acte de cette donne, en effet nouvelle depuis 77 ans (voire 79). Décrypter son importance réelle et symbolique dans l'Histoire de ce peuple, depuis son unité, fort récente comme on sait.
     
    Tout cela, oui. Et surtout : nous n'aurons en aucun cas à faire la leçon à un peuple d'Europe de ses choix démocratiques et souverains. Nous ferions mieux - mais c'est un peu plus difficile - d'essayer de comprendre. Pour cela, il faut ouvrir des livres d'Histoire.
     
    A tous les Italiens, toutes les Italiennes, quel que soit leur vote, je souhaite un bon dimanche électoral.
     
     
    Pascal Décaillet
     
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  • L'atelier, toujours recommencé

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    Sur le vif - Vendredi 23.09.22 - 20,00h
     
     
     
    Je ne supporte pas le mot « start-up ». Le fait qu’une entreprise commence son activité n’a aucun intérêt en soi.
     
    Qu’elle dure ! Qu’elle emporte, sur le long terme, la confiance de ses partenaires. Qu’elle se montre fiable, solvable, qu’elle honore ses engagements. Qu’elle soit appréciée pour sa rigueur, sa précision, la qualité de son travail.
     
    Tout cela, sur de longues années. Dans la créativité recommencée de l’atelier, et non le cliquetis des cocktails.
     
    Après, peut-être, on discutera.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • L'Italie, ses clans, ses ferments de dispersion

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    Sur le vif - Vendredi 23.09.22 - 16.41h
     
     
    Après-demain, le peuple italien décidera souverainement du destin politique de son pays. Il le fera démocratiquement, selon le chemin des institutions, à l'issue d'une campagne électorale nourrie, dans laquelle tous ont pu s'exprimer.
     
    L'Italie est une grande nation européenne. Son Histoire, depuis près de trois mille ans, nous la connaissons tous, ses richesses culturelles, l'incomparable beauté de sa langue, avec sa variété dialectale. Ses peintres, ses cinéastes, ses poètes.
     
    Il est une question que je me pose depuis l'adolescence : l'Italie est-elle une grande nation politique ? La réponse n'est pas aisée. Le spectacle donné par ce pays, depuis 1946, est celui d'une extrême complexité parlementaire, face à des exécutifs faibles, furtifs. La puissance du politique, au sens large, apparaît bien fragile, bien précaire, face aux grandes familles, aux riches industriels, au pouvoir de l'Argent, aux ferments de dispersion des clans, des fiefs. La nation peine à s'affirmer. On a même l'impression qu'on "s'arrange" même plutôt bien sans elle.
     
    Pire : cette impuissance semble programmée par le système. En 1946, lorsqu'il a fallu donner au pays de nouvelles institutions, après 23 ans de fascisme, on a tout fait pour éviter l'émergence d'un nouvel homme fort. L'Italie s'est voulue républicaine, elle a voulu montrer au monde l'exemple des pouvoirs équilibrés, où nul destin providentiel ne parviendrait à ravir la totalité de la puissance.
     
    Elle a voulu cela, et elle y est si bien parvenue qu'elle a donné, en trois quarts de siècle, l'image d'un Etat où le politique peine désespérément à s'imposer. Et cela ne date pas de 1946 ! On peut même dire que le pouvoir fort, entre octobre 1922 et avril 1945 (ou juillet 1943, si on préfère), a plutôt été une exception, dans l'Histoire de cette nation si jeune, comme pays unitaire.
     
    Après-demain, les Italiens choisiront. Ils le feront en toute indépendance, en toute souveraineté. Leur choix, quel qu'il soit, devra être respecté. Le destin du peuple italien appartient aux Italiens, non aux intellectuels parisiens, ni aux moralistes. Leur rapport à l'immigration, à l'Etat, à la nation, à l'indépendance, tout cela, c'est leur affaire à eux. Et à eux-seuls.
     
    Pour ma part, je continuerai d'aimer ce pays. Il est complexe, pluriel, souvent déroutant. Il est le lieu de violentes forces antagonistes, où le politique est rarement gagnant. En août 1979, avec un ami, j'avais assisté au Palio de Sienne. Avec ses écuries rivales, ses "Contrade". Ses couleurs. Ses familles, ses clans de quartier qui se défiaient dans la joute. Il faisait une chaleur étouffante. Sur la Piazza del Campo, nous étions serrés comme des sardines. Dans le vacarme des chevaux, on ne voyait que la flamboyance des fanions. Et je crois que toute l'âme des Italies était là. Compliquée. Fragmentée. Familiale. Clanique. Picturale. Chromatique. Insaisissable. Irréductible à la vision unitaire d'un jacobin français.
     
    Pour l'amateur d'art, c'est fantastique. Pour celui qui veut attendre quelque chose d'une action publique lisible et cohérente, au niveau d'une nation, c'est parfois un peu plus difficile.
     
    A tous les Italiens, je dis mon amitié.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • USS : le délire !

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    Sur le vif - Jeudi 22.09.22 - 17.10h
     
     
    Il faut le dire très clairement : l'exigence, par l'USS, d'une hausse de 5% des salaires en Suisse relève du pur et simple délire.
     
    Il fut un temps où l'Union syndicale suisse, principale faîtière de notre pays, fonctionnait encore avec les mécanismes hérités de 1937, qui ont fait l'efficacité contractuelle du système suisse.
     
    Aujourd'hui, c'est fini. Et Pierre-Yves Maillard, Président de l'USS, un homme que j'ai longtemps admiré pour son courage, sa clarté, son tempérament, porte une responsabilité écrasante dans cette dérive. Son discours porte, de plus en plus, la marque de l'idéologie pure, celle qui durcit le verbe pour mieux exister dans l'espace public. L'équivalent, côté syndical, de l'ultra-libéralisme. Son contrepoids, dans l'ordre du délire. Alors que la sagesse suisse se situe entre ces deux excès idéologiques.
     
    97% des entreprises suisses sont des PME. Quelques employés, parfois un seul, parfois même aucun. Comment voulez-vous que ces mini-structures, déjà incroyablement mises à mal par la crise Covid, mais aussi par les taxes, la fiscalité écrasante, puissent se permettre, en vertu d'un diktat linéaire, de telles hausses ?
     
    C'est de la pure et simple folie. Et Pierre-Yves Maillard le sait bien. Il pousse le bouchon, pour obtenir une partie seulement, au final. Ce ne sont pas là nos méthodes suisses. Ce sont des procédés calqués sur les grandes syndicales françaises, CGT-CFDT. Des postures rhétoriques, oratoires et sémantiques. Des gesticulations, pour la galerie. M. Maillard se trompe de pays.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Ceux qui commencent. Ceux qui durent.

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    Sur le vif - Jeudi 22.09.22 - 10.09h
     
     
    C'est fait. Les taux repartent à la hausse. Et les Cantons endettés vont payer encore plus de dette, à cause des intérêts. Et les contribuables des Cantons endettés vont devoir payer davantage, pour éponger les dettes de décisions qu'ils n'ont pas prises eux-mêmes, mais que d'autres ont prises, avec leur argent, sur leur dos. Et les enfants des contribuables des Cantons endettés vont porter le poids accru de la dette à rembourser. C'est tout simplement dégueulasse.
     
    J'ai toujours combattu la dette. Comme citoyen, mais aussi comme entrepreneur. Face à moi, j'ai toujours eu une double opposition. D'une part, les flambeurs ultra-libéraux, ceux qui prennent des risques avec l'argent des autres, ceux pour qui l'argent n'est qu'une valeur fictive, des billets de Monopoly. De l'autre côté, la gauche. Celle qui dépense, dépense encore, à n'en plus finir, pour engraisser la machine d'Etat, le Moloch. Elle non plus, n'a aucun sens de la valeur réelle de l'argent. Peu importe la dette, à ses yeux.
     
    Entre les flambeurs ultra-libéraux et l'absolue inconscience de la gauche, il y a ma position. Elle est très claire : pas un seul centime d'emprunt. Pas un seul centime de dette. Et qu'on ne vienne pas me balancer la rengaine des "investissements". Quand on n'a pas d'argent, désolé, mais on "n'investit" pas. On économise. Et le jour où on a assez, on entreprend des travaux de rénovation, d'innovation, si on le souhaite. Entretenir des usuriers, non merci !
     
    Ma démarche est trop classique, trop prudente, timorée ? Peut-être. Mais elle est douce, humaine et durable. Et je n'ai pas attendu les cris d'alarme des Philippulus Verts pour un usage très parcimonieux de l'énergie.
     
    En économie, il y a ceux qui n'en peuvent plus de commencer. Annoncer qu'ils vous commencer. Organiser des fêtes pour dire qu'ils sont sur le point de commencer. Se gargariser des mots "start-up", "innovation". Changer de boulot tous les six mois, avec de nouvelles fonctions, si possible en anglais. Et, puis, il y a ceux qui bossent. Sans jamais s'arrêter. Ne négligeant aucun détail d'intendance. Remettant chaque jour l'ouvrage sur le métier. Bref, ceux qui durent.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Avec ou sans glace, Sir ?

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    Sur le vif - 21.09.22 - 16.13h
     
     
    Les organisations économiques doivent être au service des hommes et des femmes qui, au jour le jour, font tourner l'économie. Toutes fonctions confondues. A commencer par les plus modestes. Je n'ai jamais, pour ma part, établi la moindre différence de considération entre un nettoyeur, une caissière, et le grand patron. Toute énergie, tout travail bien fait, mérite respect.
     
    Les organisations économiques, disais-je, doivent se mettre au service de ces gens-là, qui forment le corps social de notre communauté nationale. Et non passer leur temps à fricoter, dans des cocktails, avec le pouvoir.
     
    Ai-je été assez clair ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Budget : aux oubliettes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.09.22

     

    420 millions de déficit, et pourtant 488 nouveaux postes de fonctionnaires à créer ! La catastrophe portée en elle-même par le projet de budget 2023 du Canton de Genève, c’est le choc de ces deux chiffres. L’oxymore. Le choc des contraires. Le jet d’électrons, celui qui fait boum.

     

    Ce budget, officiellement « du Conseil d’Etat », c’est évidemment celui de la majorité gouvernementale de gauche : quatre ministres sur sept, deux Verts et deux socialistes. Collégiale à souhait, femme d’Etat dans son calme face à la tempête, Nathalie Fontanet présente les chiffres à l’opinion publique, assume, même si on imagine assez facilement sa désapprobation, en son for.

     

    Car ce budget de gauche est une provocation, il n’y a pas d’autre mot. Quand on plonge à ce point dans les chiffres rouges, pour mille raisons (dont certaines avouables : Covid, accueil des réfugiés), on ne vient pas demander la création de 488 nouveaux postes ! Chacun de nous tient le budget de son ménage. Certains d’entre nous (j’en fais partie) doivent boucler celui de leur entreprise. Une règle est simple : on ne dépense pas ce qu’on ne possède pas !

     

    Je suis formel : pas un seul centime d’emprunt, ni de dette, c’est le début de la fin. Je vieux bien passer pour un vieux ringard, timoré, recroquevillé, envoyez-moi les mots d’oiseau que vous voudrez, c’est ma conception de la gestion. Et une chose est sûre : réclamer 488 nouveaux postes quand on affiche un déficit de 420 millions, c’est avoir perdu tout sens de la mesure. En l’état, ce budget doit être jeté aux oubliettes.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ces libéraux qui vont tuer la droite

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.09.22

     

    Le marché, le marché, le marché. L’incantation, dès le début années 1990, il y a trente ans donc, des ultra-libéraux. Cette petite coterie d’inspiration anglo-saxonne, ne jurant que par la réussite individuelle, le pouvoir de l’argent, la primauté de la finance sur l’économie, la jouissance ludique de la spéculation boursière. D’inspiration reaganienne, thatchérienne, allant puiser dans les moins avouables pulsions de ces deux traditions, ces petits marquis, à la fois libertaires et boursicoteurs, se sont mis, il y a trente ans, à nous faire la leçon. Ignares de l’Histoire, de sa dimension tragique, ils considéraient la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989) comme l’ouverture d’une nouvelle ère, la fin de l’Histoire justement, le triomphe du capitalisme dans sa pire version, qui n'est certainement pas rhénane, mais londonienne ou new-yorkaise. Eux-mêmes se définissaient comme cosmopolites, citoyens du monde, dégagés des racines nationales, libérés des patries.

     

    Aujourd’hui, la chansonnette de ces quelques drôles s’est certes un peu atténuée, tant ils ont accumulé les défaites, la crise de 2008 au premier rang d’entre elles. Mais tout de même, certains d’entre eux sont encore parmi nous. Je n’incrimine pas ici le libéralisme suisse romand, qui a donné aux Cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel de grandes figures, comme mon ancien professeur Olivier Reverdin. Nous avons, à Genève, avec des gens comme Cyril Aellen, Bertrand Reich, et plein d’autres, des libéraux cultivés, humanistes, pétris des grandes valeurs qui ont forgé nos sociétés d’Europe continentale. La Réforme n’est pas la moindre. Ni la pensée des Lumières, avec ce qu’elle charrie de responsabilité individuelle, et de réflexion personnelle sur le monde. Non, bien sûr, je parle, dans ma charge, des ultras, les déracinés, les incultes, les anti-Etat par principe, les tétanisés du profit facile, immédiat.

     

    Car ces zigomars, si le reste de la droite les laisse faire, vont finir par la tuer. Le champ de leurs dégâts, en trois décennies, est considérable. La gauche, en face, a profité de réduire à leurs seuls excès l’image même de toute la droite. Elle a piraté le monopole du discours sur l’Etat, la solidarité. Et l’UDC, de l’autre côté, a capté pour elle le monopole des thèmes de la patrie, la nation, la souveraineté, l’indépendance. Le parti radical, le grand parti qui a fait la Suisse moderne, a collé le mot « libéral » à son blason, il n’est pas sûr qu’il en sorte gagnant. Car les ultras, les surexcités de la privatisation, ont tout dévasté sur leur passage. Ils ont ruiné l’image de la droite suisse. Ils ont fait oublier à quel point cette dernière était plurielle, passionnante, souvent très attachée à l’Etat, au service public, à la patrie, à la souveraineté de notre pays. La seule chose qu’on a vu à droite, pendant trente ans, c’était les cinglés du marché. Jusqu’à Berne, ils ont fait des dégâts. Il appartient aujourd’hui à la droite suisse de faire le ménage dans ses rangs, rétablir le sens de l’Etat, la primauté du politique. Sinon, c’est la droite elle-même qui disparaîtra.

     

    Pascal Décaillet

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  • La nation, fille aînée de l'instinct

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    Sur le vif - Mardi 20.09.22 - 15.19h
     
     
    Depuis l'adolescence, je défends la nation. Je ne l'idéalise pas. Je ne la déifie pas. Je ne réclame pour elle ni culte, ni liturgie. J'exprime, avec les outils de la raison, ce qui m'amène, lecteur de Michelet, Péguy, Barrès, Maurras, Emmanuel Mounier, Fichte, à placer l'idée nationale au centre de ma réflexion politique.
     
    Il ne s'agit pas d'organiser des cortèges avec des flambeaux : j'ai dit, nulle liturgie. Ni d'exprimer - cela serait contraire à toutes mes valeurs - une quelconque préférence dans l'ordre de l'ethnie, ou d'une quelconque appartenance communautaire. Non, la nation, c'est justement ce qui dépasse cela.
     
    Il ne s'agit pas, non plus, d'abreuver nos sillons. Je suis citoyen suisse, d'origine valaisanne aussi loin que remontent mes arbres généalogiques, paternels et maternels, je vis à Genève où je me sens fort bien, je suis donc suisse depuis 207 ans, et auparavant, avant 1815, j'aurais été, tout simplement, Valaisan. Cette ascendance, la profonde conscience que j'en ai, ne m'incline, croyez-moi, à aucun sentiment belliciste, aucune espèce de rejet, aucune envie de prendre les armes, si ce n'est pour défendre notre Suisse.
     
    Mais je crois en la nation. Mes sources, vous les connaissez. La France révolutionnaire, celle des Soldats de l'An II, pas celle de la Terreur. L'Allemagne des années 1770 à 1820, Sturm und Drang, débuts du Romantisme, découverte et réinterprétation des textes grecs, naissance de l'idée de nation chez le philosophe Fichte, avec ses conférences en plein Berlin occupé par les Français (décembre 1807), Discours à la Nation allemande, redécouverte des mots allemands par les Frères Grimm. J'ai beaucoup écrit sur tout cela, s'il vous arrive de me lire : c'est la période de l'Histoire allemande qui m'occupe le plus.
     
    Je dis que l'idée nationale est moderne. Partout en Europe, elle revient. Les peuples retrouvent le besoin de s'inscrire dans un périmètre, un horizon d'attente, intellectuel et spirituel, linguistique aussi, une communauté de mémoire, un rapport avec les ancêtres, les oeuvres, les écrits, les musiques. La nation, loin de se résumer à des défilés militaires (ça, c'est l'image caricaturale que cherchent à donner ses ennemis), c'est une commune macération de tout cela. C'est lent, c'est puissant, c'est prenant, ça vient d'en bas, ça surgit des racines, de la terre, ça n'a rien de céleste, rien d’intellectuel, rien de démonstratif, rien de la perfection d'une Horlogerie, la grande chimère des Lumières. La nation est fille aînée de l'instinct.
     
    Partout, l'idée nationale revient. En France. En Italie (prochain test grandeur nature, ce dimanche 25 septembre). Dans les pays d'Europe centrale et orientale. Contrairement à ce que vous radotent les libéraux-libertaires, ou les dogmatique de gauche, ce ne sont pas les années trente qui reviennent. D'ailleurs, rien ne revient. L'idée nationale est moderne. Tournée vers l'avenir.
     
    La nation inventera, dans les différents pays, en fonction du génie propre de chacun, de son Histoire, de sa relation aux grands mythes, aux récits, des solutions pour affronter les défis de demain. Elle étonnera par sa capacité inventive, son courage à défendre les petits contre les géants, son audace à ne pas se décoiffer, ni s'incliner, devant le premier émissaire du pouvoir mondialisé, celui qui nivelle, celui qui rabaisse, celui qui corrompt, celui qui humilie les peuples.
     
    La nation est moderne. Elle rassemble, à l'intérieur d'un périmètre. Face aux ogres de puissance, face au pouvoir de l'Argent spéculé, elle fixe des limites. Elle définit son espace de liberté. Elle est une piste d’affranchissement, pour nos sociétés humaines.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Electricité : le bien commun, ça passe par l'Etat !

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    Sur le vif - Dimanche 18.09.22 - 09.56h
     
     
    Et le Matin dimanche qui arrive encore à nous chanter les louanges de la libéralisation du marché de l'électricité ! Il leur faut quoi, pour comprendre ? La panne généralisée, dans l'Arc lémanique, par une saisissante aube de janvier ?
     
    Je suis un petit entrepreneur, partisan de la concurrence. Très sévère face à l'Etat-Providence, l'Etat glouton, l'Etat qui tond les classes moyennes, l'Etat qui entretient sa propre machine, l'Etat qui ose encore créer 488 nouveaux postes, alors que son déficit dépasse les 400 millions. Bref, l'Etat, version gauche gouvernementale genevoise.
     
    Je suis tout, sauf un homme de gauche. Je réclame moins d'impôts, moins de taxes, moins de fonctionnaires. Mais il est, à mes yeux, des domaines relevant du bien commun. Ceux, au fond, que produit la nature, sur cette planète aimée que nous voulons préserver, ce n'est pas le monopole des Verts. L'eau, l'électricité, la faune et la flore, entre beaucoup d'autres, en font partie.
     
    "Mais mon pauvre ami, tu veux un monopole d'Etat, on a vu les résultats !", me rétorquent les ultra-libéraux. Un monopole, je ne sais pas, mais des sociétés productrices et distributrices d'électricité qui soient au service du plus grand nombre. Comme pour l'eau. Cela s'appelle l'intérêt commun.
     
    A cela s'ajoute que l'énergie est d'importance stratégique pour notre pays. Une question de survie. De souveraineté. D'indépendance. Je ne diabolise pas le privé. Mais disons que ma confiance dans son patriotisme économique n'est pas illimitée.
     
    Alors oui, je prône depuis un quart de siècle (et j'étais bien seul, à droite, dans cette fin des années 90 où il fallait tout maladivement privatiser) des solutions d'Etat pour l'eau et l'électricité. Non par passion pour la machine, quelle horreur ! Mais parce que j'ai étudié à fond l'Histoire de l'Etat dans nos pays d'Europe, principalement en France (depuis Philippe le Bel, en passant par Louis XI et Colbert), en Allemagne (Bismarck), en Suisse. J'ai une culture d'Etat. Une connaissance de l'Etat. Je ne l'idéalise pas. Je le déteste, dès qu'il devient tentaculaire. Mais s'il se met au service du plus grand nombre, dans un grand dessein d'épanouissement de l'humain, et non de profit facile, alors je dis oui, il faut lui laisser sa chance.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Ukraine : l'équation allemande

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    Sur le vif - Samedi 17.09.22 - 10.48h
     
     
    Depuis des années, ici même, j'appelle à considérer l'expansion économique et commerciale de l'Allemagne, depuis trente ans, vers l'Europe centrale et orientale. Pologne, Pays-Baltes, Hongrie, Tchéquie, notamment.
     
    Dans ces pays, qui correspondent d'ailleurs exactement aux différents théâtre d'opérations d'une autre avancée allemande, il y a 80 ans, d'immenses sociétés sont certes dirigées par des gens du lieu, mais... les capitaux sont en mains allemandes. En clair, l'Allemagne, depuis la chute du Mur, a réinventé son tropisme vers l'Est "par d'autres moyens", aurait dit Bismarck. Pas un coup de feu. Applaudissements dans la "communauté internationale", entendez l'ordre vassal des Etats-Unis d'Amérique.
     
    Beaucoup mieux : une certaine satisfaction dans les pays concernés, ravis de voir leur niveau de vie augmenter. Commencent certes à poindre, dans ces pays, des partis nationaux, dénonçant la tutelle germanique. Ils sont aussitôt traités de populistes, d'extrême droite, d'ultra-nationalistes, par la doxa de l'Ordre américain. Leur crime : défendre la souveraineté économique et politique de leurs patries.
     
    C'est dans ce contexte, que (vous m'en donnerez acte) je rappelle toujours en détails dans mes textes sur la question, qu'il faut placer l'évolution de l'Allemagne dans l'affaire ukrainienne. Scholz n'est pas Merkel. Et il est, hélas, à des années-lumière du grand Willy Brandt, figure de légende de son parti, à Scholz, le SPD, l'une des grandes familles politiques à avoir construit l'Allemagne moderne.
     
    Scholz est un atlantiste. C'est contraire aux fondamentaux les plus sacrés de son parti, l'Ostpolitik, sublimée par Brandt, entre 69 et 74. Mais les Américains doivent se méfier de l'Allemagne. Et les Européens aussi. Aujourd'hui, la quatrième puissance économique du monde nous entonne encore la chanson de l'élève modèle, celui qui cherche à plaire à l'Oncle Sam. L'Allemagne investit cent milliards, votés sur le siège, rubis sur l'ongle, pour se remilitariser. Le réarmement le plus important depuis 1935. Les gens, dans l'Ordre américain du Juste et du Bon, bavent de satisfaction : "Regardez les Allemands, comme ils sont formidables, ils vont aider les gentils Ukrainiens".
     
    Ils vont les aider ? Peut-être. Mais jusqu'où vont-ils s'impliquer eux-mêmes ? A terme, que vont-ils faire de toutes ces armes ultra-modernes, fabriquées avec la bénédiction de l'ineffable "communauté internationale" ? Qui, un jour, succédera à Scholz ? Comment lui-même, face à la nécessité des choses, peut-il évoluer ?
     
    Les Américains ont pris pied sur sol européen un an avant le Débarquement de Normandie. C'était en 1943, en Sicile, puis sur la botte italienne, montagneuse et revêche, où la résistance de la Wehrmacht, par la Ligne Gothique, leur a mené une vie incroyablement dure. Ils sont donc sur notre continent, puissance étrangère, depuis bientôt 80 ans. Il n'est pas dit qu'ils y demeurent éternellement. Leur propre opinion publique, depuis 1776, ne cesse d'osciller entre expansionnisme et isolationnisme.
     
    Disciples de Clausewitz et Bismarck, n'écoutons pas les paroles, regardons les faits : le visage du réel, c'est celui d'une Allemagne dans une forme extraordinaire, géant économique, en pleine reconstruction de sa stature politique, ayant placé l'une des siens à la tête de la Commission européenne (où elle oeuvre à un bellicisme d'inspiration churchillienne), et surtout en expansion continue sur les Marches de l'Est. Jamais l'Allemagne n'a été aussi efficace, dans l'inexorable lenteur de sa pénétration. Là où la Blitzkrieg, fulgurante et théâtrale en percée de font, avait fini par se briser les reins sur le réveil des patriotismes opprimés, la vieille patience bismarckienne, concrète, sonnante et trébuchante, sourit au destin allemand.
     
    Là où les divisions du 22 juin 1941 avaient fini par échouer, face au réveil du patriotisme russe (car c'est sur ce front, et non à l'Ouest, que la guerre s'est jouée), le Drang nach Osten est en train de réussir. Sur le même terrain. "Par d'autres moyens". Pas un coup de feu. Des capitaux allemands, pour contrôler les entreprises d'importance stratégique.
     
    Dans cette lecture-là, la maîtrise de l'Ouest ukrainien, exactement sur les lignes de partage qui ont toujours existé entre influence russe et tropisme vers la Mitteleuropa, loin d'être un détail de l'Histoire, apparaît sous son vrai visage : celui d'une progression dûment préméditée, depuis de longues années, des intérêts économiques allemands jusqu'aux frontières de la Russie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La mer. Celle qui nous submerge.

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    Sur le vif - Vendredi 16.09.22 - 17.29h
     
     
    Winter in der DDR : une image, parmi des milliers d'autres, sur un site d'archives de l'Allemagne de l'Est, en ligne. J'en suis très friand. Un village, quelque part, sous la neige. En Thuringe ? En Prusse ? En Saxe ? Un couple, de dos, qui se tient par le bras, ne pas glisser ! Une Trabant, sur la route blanche. Quelques maisons de bois, aux toits très pentus. Au fond, derrière les sapins, le clocher d'une église, sans doute luthérienne.
     
    L'image est en noir et blanc. Elle est belle, apaisante. C'est en DDR, mais franchement, ça pourrait parfaitement être dans la Forêt-Noire. On est tellement loin de l'imagerie de la grande plaine du Nord de la Prusse, celle du Mecklenburg-Vorpommern. Il faut toujours dire "Les Allemagnes", si on veut parler un peu sérieusement.
     
    L'image court, sur le fil. Sous elle, plus de 800 commentaires des internautes, abonnés au réseau. Tous en allemand. Et 99%, venant d'Allemands de l'Est. Ces commentaires m'ont bouleversé. Partout, la nostalgie. Partout, "C'était mieux avant". Ils ne regrettent pas le régime, ces gens-là, ils ne regrettent pas la Stasi. Ils ne regrettent pas Honecker, bien sûr que non.
     
    Alors, que regrettent-ils ?
     
    Lisons-les. Ils regrettent leur jeunesse. "C'était une époque tranquille". "Nous n'avions pas de soucis". "Dis, tu te souviens, on se chauffait au bon vieux charbon". "Quelqu'un peut-il situer ce village, il me semble que c'est........". "Cette époque me manque".
     
    Ils regrettent les neiges d'antan, comme dans le poème de François Villon. Ils regrettent leurs enfances. Tous ces visages passés, aimés, perdus. Il regrettent cette période de leur vie, et le disent par des très courts messages, et c'est tellement touchant, tellement troublant.
     
    J'ai été prof d'allemand. J'ai lu des textes avec mes élèves, Brecht notamment. Si je devais, aujourd'hui, expliquer à des jeunes ce qu'est le puissant, l’indicible, l'intraduisible sentiment appelé "Sehnsucht", avant même de leur balancer les grands poètes romantiques, Novalis, Eichendorff, Heine, je leur ferais lire ces 800 commentaires.
     
    Chaque intervention est brève, lapidaire parfois. Il y a des fautes, on sent que tout le monde intervient, pas seulement les gens de plume. Il y a du verbe actif, des images, des indépendantes saccadées, très peu de principales et de subordonnées. Le langage n'est pas articulé, ils ne cherchent pas à démontrer, nous ne sommes pas dans l'Aufklärung, pas dans Kant, pas dans Hegel. Nous sommes dans un collage de fragments de la vraie vie.
     
    Nous sommes dans 800 internautes anonymes d'aujourd'hui, fin d'été 2022. On sent des gens d'un certain âge, avec un passé, une mémoire, des cicatrices, des océans de nostalgie.
     
    Ca n'est pas un fil de commentaires, c'est la mer. Celle qui nous caresse. Celle qui nous submerge.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Et l'image est la fille de la voix

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    Sur le vif - Jeudi 15.09.22 - 15.02h
     
     
    Je suis un homme de radio. Et un passionné de musique. Et je me rends compte, tout à coup, du rôle joué par mon hypersensibilité à l'élément auditif, dans ma folle attraction pour certains films de Godard. Le Mépris, le plus grand à mes yeux, mais pas mal d'autres, aussi. J'ai revu Prénom Carmen, hier soir.
     
    Bien sûr, Godard donne à voir. Dans le Mépris, parmi les plus belles images de l'Histoire du cinéma. Chaque plan, un tableau, et pas seulement autour de la maison de Malaparte, à Capri, avec cet incomparable bleu de mer, au fond.
     
    Il donne à voir, dans tous ses films, c'est un montreur d'images. Mais il donne aussi à entendre. La bande-son de ses films est une oeuvre en soi. Il a beaucoup été copié, notamment dans ces fameuses conversations dont l'auditeur (spectateur) ne perçoit qu'un vague murmure, un peu comme chez Tati. C'est même devenu un procédé, chez certains de ses épigones.
     
    Et puis, il y a la voix off. La sienne, ou alors une voix qui lui ressemble. Un homme parle, derrière l'image, on se dit "Tiens, c'est Godard", pourquoi pas d'ailleurs, il apparaît bien dans certains de ses films, comme Hitchcock. On se dit, "Godard nous parle", mais souvent, c'est la voix d'un autre, on dirait du Godard.
     
    Mais surtout, cette voix, originale ou semblable, est extraordinaire. Elle n'est pas une surimpression, sur l'image. Elle est, à mes oreilles d'homme de radio, de mélomane, le centre même de l'histoire. Et l'image est avec elle. Et l'image est fille de la voix. Et la voix engendre l'image, elle la materne, elle la façonne, elle l'élève jusqu'à nos sens. Et la voix se confond avec l'image. Et la voix devient image.
     
    J'ignore absolument comment Godard travaillait. Et c'est dommage, car en toute chose, j'aime l'atelier. Mais ce montreur d'images est un montreur de voix. Et cette confluence, comme d'un fleuve dans la mer bleue, me trouble, oui, infiniment.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Au diable, les modes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.09.22

     

    Le pire, en politique, ce sont les modes. Les obligations d’adhérer. Les courants dominants, qui entraînent dans leurs gouffres les millions de moutons. Il y a vingt-cinq ans, ce fut l’ineffable mode ultra-libérale, importée du monde anglo-saxon, qui voulait balayer l’idée même d’Etat, tout projet public, toute idée d’aventure commune entre citoyennes et citoyens d’un même pays. D’ailleurs, l’idée de nation était jetée à la poubelle. On nous prônait la « fin de l’Histoire », sous prétexte que le Mur était tombé, que le communisme était mort, que le capitalisme était désormais, et à jamais, la seule option pour nos sociétés.

     

    Je suis très fier d’avoir, à l’époque, résisté à cette mode. Et défendu, seul contre beaucoup, l’idée de nation. Le rôle d’arbitrage de l’Etat, tout en combattant ses excès dépensiers, tentaculaires. Le primat du politique sur l’économie. Celui de l’industrie et de l’agriculture sur la finance spéculative, le boursicotage mondialisé, cosmopolite, déraciné des forces de travail, celles des hommes et des femmes de notre monde.

     

    Aujourd’hui, je résiste aux Verts. Je partage certes avec eux le souci de préserver notre planète, combattre la pollution, économiser l’énergie. Mais leur discours ! Leurs prédications de fin du monde ! Leur liturgie autour du thème climatique. Leur opportunisme : se saisir de ce sujet, ne parler que de lui, à fins électorales. Comme en 2011, avec Fukushima.

     

    Il y a vingt-cinq ans, je résistais aux néo-libéraux. Aujourd’hui, je résiste à la religion des Verts. Et toi, camarade lecteur, tu résistes à quoi ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Un jour ou l'autre, la Suisse

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    Sur le vif - Jeudi 15.09.22 - 10.19h
     
     
     
    Le déficit. La dette. Les chiffres rouges. Le cadeau empoisonné, légué à nos enfants. L’Etat, plus dépensier que jamais. Le Canton le plus gourmand de Suisse, en impôts. Le plus délirant, en création de nouveaux postes de fonctionnaires. Le plus engraisseur de sa propre machine. Celui qui coûte le plus cher, par habitant.
     
    Ce gouvernement de gauche, derrière le nuage de fumée de ses incantations, « transition écologique », « urgence climatique », « société inclusive », se révèle, dans la vérité des chiffres, le plus assommant du pays pour ses classes moyennes. Les gens qui bossent, parfois comme des malades. Ne touchent pas un seul centime de subvention. Sont tondus par la fiscalité, les loyers, les primes maladie, le prix de l’essence, bientôt celui des combustibles, de l’électricité.
     
    Les flux migratoires ? Surtout pas un mot sur le sujet ! C’est tabou.
     
    La révolte ne viendra pas des assistés, ils n’y ont aucun intérêt. Elle viendra des classes moyennes, qui n’en peuvent plus, je l’annonce depuis des années.
     
    Aujourd’hui, la Suède. Dans dix jours, l’Italie. Bientôt la France. Bientôt l’Allemagne. Un jour ou l’autre, la Suisse.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • J'ai revu le Mépris. J'ai rêvé en rouge. J'ai vu la mer.

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    Sur le vif - Mercredi 14.09.22 - 14.09h
     
     
    Bon, j'essaie quelques mots, parce que ça me tourne dans la tête depuis hier soir. Plus exactement, depuis une quarantaine d'années.
     
    Le Mépris. Pourquoi ce film, à chaque fois, me scotche. Pourquoi j'adhère. A chaque image. Chaque plan. Pourquoi il me travaille. Pourquoi il me touche à ce point.
     
    Quelques pistes, en vrac. Je ne vous refais pas le film, tout a été dit, les plus grands critiques ont décortiqué, tartiné. Je ne vous fais pas le coup de la déconstruction, même si là, pour une fois, il y a tant à dire.
     
    Quand je rêve, la nuit qui suit le film, je vois du rouge. Et un peu d'orange. Ce rouge indicible, celui d'une robe, ou peut-être un meuble, tiens on dirait le Bauhaus, je pense à Weimar, le Musée que j'ai visité avec mon épouse, il y a deux ans. Et tiens, puisqu'on parle d'Allemagne, il y a aussi Fritz Lang, l'un des plus grands cinéastes de l'Histoire, jouant son propre rôle, celui d'un réalisateur. Mieux : il y a aussi Jean-Luc Godard, l'un des plus grands cinéastes de l'Histoire, jouant... l'assistant de Fritz Lang. Ils montent l'Odyssée, on voit d'ailleurs passer Ulysse, personnage secondaire, sur la prodigieuse maison de Curzio Malaparte, à Capri.
     
    Mais je n'aime pas ce film parce qu'il se joue des codes. Je l'ai vu une vingtaine de fois, je ne cherche pas trop à comprendre, mais à prendre. Le réalisateur ne démontre pas, il montre. Il y a un fragment d'Héraclite, célébrissime pour les hellénistes, qui nous dit à peu près ça de la Pythie, celle de Delphes. Et tiens, puisqu'on parle de la Grèce, elle est partout, dans le film.
     
    C'est un film sur l'Italie. Et c'est un film EN Italie. Fronton d'un cinéma, pompe à essence, tiens du rouge là aussi, incomparable début des années 60. Tiens, mes premiers souvenirs en Italie, justement. Le pays des miracles.
     
    C'est un film sur le rouge. Je ne peux pas en dire plus. Mais le beauté de ce rouge, depuis quarante, ans, me travaille.
     
    Et puis... Et puis.... Et puis, il y a Bardot. Je ne trouve pas les mots pour qualifier la beauté, la justesse, l'intelligence avec lesquelles elle tient le rôle. Il m'est parfaitement égal, face à l'ampleur de cette réussite, de dégager ce qui vient de la direction de Godard, ce qui vient de Bardot elle-même, son instinct du personnage. Seul compte le résultat : en l'espèce, il est génial.
     
    Quand j'étais enfant, dans les années soixante, les gens, autour de moi, ricanaient en parlant de Bardot. Jamais compris pourquoi. Gamin amoureux des femmes, je la trouvais plutôt magnifique, je n'avais vu aucun de ses films.
     
    Je n'ai jamais ricané de Brigitte Bardot. Elle m'apparaît plutôt comme une très grande dame. En elle, je veux voir, et voir encore, Camille. L'épouse de Paul. La femme qui, doucement, se détache. La femme qui prend distance. La femme qui, déjà, s'en va. Dans la rupture de Camille et Paul, celle du Mépris, je veux voir la douleur, l'inéluctable, de toute rupture. Et jamais, je dis jamais, un réalisateur n'a aussi génialement fait repartir, chaque fois à la seconde près, oui la juste seconde, le thème de la magnifique musique de Georges Delerue, que Godard, dans le Mépris.
     
    C'est un film sur la musique. Le retour du thème. Il accompagne le processus de séparation chez Camille. Il soutient l'inéluctable. Il est au-delà des dialogues, ou plutôt en amont. Il y a quelque chose du Liebestod dans cette récurrence qui nous balance, comme la vague.
     
    C'est un film sur le mouvement. Piccoli, au sommet de son art, est celui qui bouge, traverse les pièces, passe d'un point à un autre. Bardot, immobile. Sobre, comme jamais. L'austérité romane, la présence d'une statuaire, et chaque réplique, juste et cinglante. Nous avons affaire, dans ce film-là, à une très grande actrice.
     
    Le Mépris, Jean-Luc Godard, 1963. Il y a des gens qui n'aiment pas. Je fais partie, depuis quarante ans, de ceux qui aiment. Le mot est faible. J'ai revu le film hier soir, sur RTS 2. J'ai reçu le même choc qu'à vingt ans. J'ai rêvé en rouge. J'ai vu la mer.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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