Liberté

  • Indulgences 2021

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    Sur le vif - Jeudi 16.09.21 - 10.26h
     
     
    Non seulement on nous prophétise à longueur d’année l’Apocalypse, mais on nous pique sans vergogne notre pognon, sous prétexte que « l’urgence climatique, ça coûte très cher ».
     
    Payer pour éviter la damnation, depuis Martin Luther, ça porte un nom : cela s’appelle les Indulgences.
     
    Les Croisés du climat sont des religieux. Doublés de Fermiers généraux, prompts à tout nous saisir.
     
    Face à ces gens adorables, moralistes et prévaricateurs, à quand la Révolution ? A quand, la République ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Fuir les Parlements ! Fuir !

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    Sur le vif - Mercredi 15.09.21 - 16.43h
     
     
    Quel bonheur de voir les deux partis de l'Entente, à Genève, actionner (enfin !) la démocratie directe, pour parvenir à limiter l'inflation des effectifs de la fonction publique !
     
    Quel bonheur, oui ! D'abord parce que sur le fond, ils ont raison. Sur ce sujet précis, prétexte à tous les retours d'ascenseur, tous les clientélismes électoraux, toutes les barbichettes, il fallait sortir de l'enceinte parlementaire, dont il n'y a plus rien à attendre. Nous n'incriminons pas ici la gauche, mais un certain parti du double jeu, toujours à défendre une caste, pour garder son électorat.
     
    Mais laissons là le débat de fond sur la fonction publique. Ce qui est jouissif dans la mise en oeuvre de la démocratie directe par le PDC et le PLR, c'est que ces deux partis, en tout cas au niveau national, passent leur temps à la condamner. Face à l'UDC, face à la gauche sociale et militante (existe-t-elle encore, ou ne s'intéresse-t-elle plus qu'à la morale ?), les partis de la droite "raisonnable" ne cessent, depuis trente ans, à vrai dire depuis Blocher, de stigmatiser la démocratie directe, la prendre de haut, la mépriser.
     
    Eh bien là, ils l'utilisent ! Et ils ont raison ! Il y a une autre vie que celle, empesée et convenue, des enceintes législatives ! La vraie vie, c'est le peuple. Entendez par là, le corps électoral : être Suisse, et avoir 18 ans, c'est tout, et c'est très bien ainsi ! La vraie vie, c'est le suffrage universel. La vraie vie, ce sont des débats sonores, puissants, fraternels tout en étant parfois rudes, sur l'ensemble du Canton, voire sur l'ensemble du pays !
     
    Sur la fonction publique à Genève, comme sur un ou deux autres sujets, plus rien n'était possible au Grand Conseil. La gauche et le syndicat de police bloquaient tout. Le Cartel faisait peser la menace de la rue. Du coup, le Parlement de notre République n'était plus, sur ces sujets, qu'une triste machine à sécréter l'impuissance impersonnelle. Il fallait que ça change. Il fallait un signal fort. En voilà un ! Le peuple, si les signatures sont réunies, sera saisi. Le souverain, le seul qui vaille, tranchera. Qui s'en plaindra ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Ceux qui se lèvent

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.09.21

     

    A Genève, les gens qui se lèvent le matin pour aller bosser, triment toute l’année, toute leur vie, payent beaucoup trop d’impôts. Le revenu du travail (salaire pour un employé, bénéfice pour un indépendant) est beaucoup trop taxé dans notre canton. Ce sont ces gens-là qu’on appelle les classes moyennes. La définir n’a rien de si compliqué : ni les assistés, exonérés d’impôts et aidés pour leurs primes d’assurance maladie, ni, de l’autre côté, les personnes aisées qui peuvent tirer un revenu substantiel de leur capital, jusqu’à en vivre.

     

    Il faut d’urgence, à Genève et en Suisse, inventer des solutions pour que le travail soit moins taxé, sinon la marmite à vapeur des classes moyennes finira un jour par exploser. Ce sont elles, depuis la fin du dix-huitième siècle, qui font les Révolutions, pas le prolétariat.

     

    Des solutions ? Il en existe ! Ecoutez notamment le Professeur Xavier Oberson, brillant pédagogue, avec lequel je multiplie depuis quinze ans les émissions spéciales sur la fiscalité. Des solutions, il en entrevoit par exemple dans la taxation de l’intelligence artificielle, celle des robots, celle des géants mondiaux de la toile. Ces pistes, tout le monde les connaît, elles reviennent de plus en plus souvent dans les conversations. Alors, de grâce, avançons ! Il n’est absolument pas normal, 232 ans après la Révolution française, que la voracité la plus sauvage du fisc se tourne vers le fruit du travail des honnêtes gens. Ceux qui se lèvent, oui, pour aller bosser !

     

    Pascal Décaillet

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  • Zéro pointé à Zéro pub !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.09.21

     

    Mais dans quel monde la gauche municipale genevoise vit-elle ? Dans quel univers, nimbé de quelle ouate, coupé à ce point des réalités du monde, à commencer par celles de l’économie ? En acceptant, le 7 septembre dernier, l’initiative dite « Zéro pub », le délibératif de la Ville, perclus d’idéologie, vermoulu par les grandes leçons cosmiques de la gauche morale, a donné un signal catastrophique. Celui d’une Nomenklatura politique ayant décidé de faire le bonheur des gens sans leur demander leur avis, décréter à leur place ce qui est juste et bon, régir les consciences. Cette gauche-là, désolé, n’est plus politique, encore moins sociale (un domaine qu’elle délaisse pour la morale), non, elle frémit dans l’extase de la chaire, oui avec un « e », celle du pasteur, ou du prêtre, ou du redresseur, ou du directeur de conscience. Celui qui dit le bien. Celui qui chasse le mal. Ah, les braves gens !

     

    Bannir des murs de la Ville la publicité commerciale. Sous des prétextes moraux : elle prônerait « l’obsolescence programmée », « la surconsommation ». Bref, on prendrait le diable par toutes les fourches de sa queue, et on l’enverrait se faire voir, hors des fortifications de la Cité : Vade retro, Satanas ! Parce que dans l’esprit de ces gens-là, la gauche municipale, moins moralisante quand il s’agit de son clientélisme électoral avec les « collectifs » et les « associations », la pub, c’est Lucifer. Nous traversons, pour cause de Covid, l’une des périodes les plus abominables pour notre économie, composée à 97% de PME. Des entreprises ont fait faillite. D’autres, avec l’énergie du désespoir, tentent de surnager. La pub, pour une boîte, c’est d’abord faire savoir qu’elle existe. Donner au public l’information de son ouverture à entrer avec lui dans un contact commercial. Telle pizzeria glissera dans votre boîte aux lettres le menu de ses mets à commander à domicile. Tel coiffeur vous signifiera sa disponibilité, c’est cela la fonction première. Où est Belzébuth ? Où est l’enfer ?

     

    Et puis quoi, les affiches ? Nous sommes, en Ville de Genève, des citoyennes et citoyens libre, majeurs, parfaitement capables de discerner, de déceler sur une image publicitaire toute la part d’exagération, qui lui est propre. Capables, aussi, de sourire de cette manipulation. Mais alors, la gauche municipale, elle nous prend pour qui ? Pour des demeurés, qui prendraient au premier degré le message de valorisation d’une marchandise ? Elle aurait tout compris, d’en haut, elle la gauche, et nous, tendres promeneurs captifs, serions de doux agneaux à la merci du loup publicitaire ? Ils auraient pour mission, les conseillers municipaux, de nous prémunir de nous-mêmes ? Mais ça n’est plus la politique, c’est le Ministère de la Santé morale ! Avec ses Archanges, ses Tables de la Loi, ses lanières prêtes à fustiger. Ce modèle de gouvernance vous fait envie ? La gauche morale a de nouveau frappé. Il faudra un jour lui signifier gentiment que ce petit jeu suffit.

     

    Pascal Décaillet

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  • Fascinante Allemagne : puissance et fragilités

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    Sur le vif - Mardi 14.09.21 - 13.10h
     
     
    A douze jours d'une échéance électorale majeure, celle de l'après-Merkel, l'Allemagne est calme, elle est prospère, elle est plus puissante que jamais depuis la guerre, et cette fois sa domination sur une partie du continent s'est opérée sans le moindre coup de feu.
     
    Toute ma vie, je me suis rendu en Allemagne. Jusqu'à ma mort, j'y retournerai. Jamais je n'ai senti le pays aussi solide, aussi fiable, qu'aujourd'hui. En Allemagne, comme d'ailleurs en Suisse, les choses fonctionnent. Le réseau routier est prodigieux. La confiance règne. Les contrats sont respectés. Les gens sont ponctuels. Le respect domine les échanges. Le partenariat social, entamé dès les années bismarckiennes, fonctionne.
     
    La culture, sous toutes formes, classiques ou expérimentales, est omniprésente. La musique, plus que jamais, enchante le pays : d'innombrables créateurs, aujourd'hui, composent, et sont joués. Le théâtre est d'une vitalité incroyable, avec, comme sous Brecht et Heiner Müller, sa part d'invention, de rupture des normes, de provocation : exactement ses fonctions depuis la tragédie grecque, il y a vingt-cinq siècles.
     
    La presse est d'une incroyable richesse analytique : la Frankfurter Allgemeine et, en Suisse, la NZZ, sont parmi les meilleurs journaux du monde. Quel contraste avec les déjections de fiel du paysage médiatique français !
     
    A l'Est, l'Allemagne étend sa domination, à un point que nul n'aurait osé imaginer à la fin du vingtième siècle : en Pologne, en Bohême, en Moravie, dans les Pays Baltes, les réseaux économiques et commerciaux de l'Allemagne multiplient leurs tentacules jusqu'aux confins de l'Ukraine, ou de la Biélorussie. C'est pour cela que l'Allemagne a poussé, depuis la Chute du Mur, à "l'élargissement" de l'UE à l'Est : sous couvert d'Europe, Berlin a joué la carte nationale allemande. Ce qu'on appelle aujourd'hui Europe, c'est au fond l'Allemagne.
     
    Une fragilité toutefois, majeure : les Länder de l'ex-DDR (Saxe, Saxe-Anhalt, Thuringe, Brandebourg, Mecklenburg-Vorpommern) sont oubliés, méprisés parfois, par le capitalisme rhénan au pouvoir, même si Berlin est Ville fédérale. La brutalité du "rachat" de l'Est par Kohl, sur des bases uniquement d'investissements financiers par centaines de milliards, se payera cher. L'Est demeure l'Est, l'Ouest demeure l'Ouest. Promenez-vous dans l'Est : vous n'y verrez guère d'Allemands de l'Ouest, plutôt des Polonais, des Tchèques, des Lituaniens.
     
    Ces oubliés de la prospérité, l'Allemagne doit absolument les réhabiliter. Nombre d'entre eux peinent à saisir qu'on ait pu investir autant de milliards pour absorber la vague migratoire de 2015, ils les auraient préférés affectés à l'aide sociale interne, au sein de la Gemeinschaft.
     
    Bref, un pays prospère, puissant, fascinant. Mais l'unité, inachevée. L'Ostpolitik, trop commerciale : il manque la culture, l'élan des âmes. C'est ainsi que la concevait l'immense Chancelier Willy Brandt (1969-1974). C'est ainsi, en tout cas, qu'il devait l'avoir dans les tréfonds de l'âme, ce jour de décembre 1970, quand, à la surprise générale, il s'est agenouillé à Varsovie. Ce jour-là, en cette minute même, la Vieille Allemagne, que ma mère avait connue dans sa jeunesse, celle qui enchante les consciences d'Europe depuis plus de mille ans, renaissait de ses cendres. Elle revenait de loin. Elle ira loin, très loin.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les allophones ? Mais c'est à eux de faire l'effort !

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    Sur le vif - Vendredi 10.09.21 - 15.05h
     
     
    Les allophones ? Mais c'est à eux d'aller vers notre langue ! Quand j'étudie le latin, ou le grec, ou l'allemand, je sais que cet apprentissage sera à la fois source de joie profonde et de souffrance. C'est le jeu. C'est le lot du chemin de connaissance. Unterwegs zur Sprache !
     
    La joie profonde : celle de pénétrer lentement, en douceur, sur des années d'apprentissage, la représentation du monde par des mots qui ne sont pas ceux de ma naissance. Mais ceux d'une con-naissance. Alors, pour aller vers cette autre langue, il faut naître une deuxième fois. Et refaire le chemin. Rien que la beauté de cet acte, comparable au premier contact avec la musique, justifie dix mille fois que la vie, sur terre, soit vécue.
     
    La souffrance : mais c'est celle de tout chemin vers la connaissance ! En français, la difficulté majeure provient sans doute de l'orthographe, oui. En latin, pas du tout, mais de la syntaxe, qui exige d'apprécier la construction d'une phrase avant même de tenter de la traduire. En grec, ni l'un ni l'autre, mais la prodigieuse richesse, donc la complexité, des formes verbales. En allemand, la tournure de la phrase, lorsque des génies de la perversité, comme Kafka ou Thomas Mann, vous en balancent qui font une page complète ! Alors on cherche le point, on cherche le verbe, on sue, on jouit de se perdre dans la forêt de ce qu'on aime.
     
    Les allophones ? Je les félicite et les remercie d'aller vers notre langue. Mais désolé, c'est à eux de faire l'effort. La langue, y compris dans ce qu'elle a de complexe, de biscornu, n'a pas à s'abolir pour descendre vers eux. Non, ils ont, eux, à prendre acte des aspérités, et lentement les maîtriser.
     
    Nulle rencontre d'amour, ni de beauté, ne peut procéder d'un abandon. Mais d'une conquête mutuelle, jamais acquise, toujours recommencée. L'aspirant chemine vers la forme. La forme, peut-être, si tel est son bon plaisir, se donne à lui.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Les bons soldats

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    Commentaire publié dans GHI - 08.09.21

     

    Jean Romain et le PLR ont gagné : les ministres cantonaux de l’Instruction publique de Suisse romande et du Tessin ne pourront plus imposer d’en haut leur « orthographe rectifiée ». Ce vendredi 3 septembre, en fin d’après-midi, le Grand Conseil genevois a adopté, de façon claire, la motion combattant ce projet. L’avant-veille, le Parlement jurassien acceptait, de son côté, une résolution dans ce sens. Et la fronde ne fait que commencer : une pétition d’opposition avait déjà, au 2 septembre, recueilli cinq mille signatures.

     

    A Genève, une question se pose : pourquoi diable le débat fut-il un affrontement droite-gauche ? Pourquoi la droite devrait-elle toujours se montrer conservatrice en matière de langue, et la gauche, rouler pour la réforme ? En quoi le rapport à la langue devrait-il à tout prix épouser les lignes de fracture tradition-rénovation ? La langue n’appartient pas à la droite, pas plus qu’à la gauche. Et assurément, moins les politiques s’en occuperont, mieux elle se portera !

     

    Alors quoi, la gauche a docilement roulé pour sa ministre, à Genève ? On aurait osé espérer, dans ses rangs, la dissidence d’au moins deux ou trois esprits libres, dont la hauteur d’esprit eût été capable de rompre la triste prévisibilité des fronts. Peine perdue. A gauche, on défend l’Appareil. Le débat sur la langue mérite mieux : il doit aiguiser les esprits, vivifier les âmes, surprendre. Comme le verbe, il doit s’inviter là où on ne l’attend pas. Au royaume des camarades, on s’aligne. En bons soldats.

     

    Pascal Décaillet

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  • Réflexion sur les religions : la RTS abandonne ? GAC continue !

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    Sur le vif - Mercredi 08.09.21 - 14.18h
     
     
    La RTS renonce à vous parler de religion ? Eh bien, pas GAC !
     
    L'analyse historique, philosophique, linguistique, des grands courants religieux, ceux d'aujourd'hui et ceux d'hier (l'Antiquité, par exemple), nous passionne. Plus que jamais, nous donnerons la parole à ceux qui, dans ce domaine, ont des choses à dire. Non comme propagandistes d'une quelconque foi. Mais comme connaisseurs. En toutes choses, la profondeur d'un savoir, la capacité d'établir des connexions, la puissance d'une mise en perspective historique, sont les clefs du salut. Nous ne défendons pas ici la religion, mais le SAVOIR, tout simplement. Nous sommes enfants de la connaissance, nous assumons cette filiation.
     
    Dernier exemple en date : le lumineux Pasteur Marc Pernot, un homme qui nous parle de nous, notre présent, notre destin, était avant-hier, lundi, le grand invité de GAC. Il nous parlait, en termes simples et parfaitement accessibles, des mythes bibliques. En quoi, selon lui, ces textes antiques résonnent encore puissamment dans nos âmes. Et au fond, en quoi ils nous concernent.
     
    La RTS renonce à faire son boulot dans ce domaine, qui relève de la science de l'Histoire des religions, du factuel, de l'interprétation des textes, donc de la connaissance intime de la langue, et non d'un quelconque prosélytisme. Libre à elle, chacun assume ses choix. Celui de GAC est de continuer d'accueillir des interlocuteurs, tous horizons confondus, toutes convictions mêlées, qui ont des choses à dire sur le sujet. Ouvrir le champ de la parole. C'est un peu l'idée - mais je suis profane en la matière - de ce qu'on appelle le journalisme.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La politique, ça n'est pas la morale !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.09.21

     

    La politique, ça n’est pas la morale. Ni les bons sentiments. Ni les grandes déclarations universelles, du type de celles dont raffole la Ville de Genève, phare éthique dans l’obscurité bleutée de l’univers. La politique, ça n’est pas la tyrannie de l’émotion. Ça n’est pas à confondre avec l’humanitaire. Ça n’est pas une succursale des grands courants religieux. La politique, c’est l’art d’administrer au mieux une communauté humaine donnée (ville, canton, nation), circonscrite dans un périmètre précis, liée à l’interne par un partage de la mémoire, un culte des morts, la reconnaissance de valeurs, une codification écrite qui s’appelle la loi.

     

    Citoyennes et citoyens, détenteurs du pouvoir ultime dans ce pays, nous attendons des élus qu’ils défendent en absolue priorité les administrés dont ils ont la charge. Ils ne sont pas au service de la planète tout entière, ni d’un quelconque « universel ». Non, ils sont là pour défendre les intérêts de leur ville, leur canton, leur nation, en fonction de l’échelon où ils ont été élus. Pour les grands discours cosmiques, si on y tient à tout prix, merci à chacun de se référer à son prêtre, son pasteur, son modèle spirituel ou son gourou, chacun est libre. Mais la politique, c’est autre chose.

     

    A Genève, le poids de la morale dans le discours public devient insupportable. Et pas seulement à gauche ! Un certain parti du centre, où le parfum de sacristie s’accroche à la moiteur des choix, persuadé de brandir l’étendard du bien et de cheminer, comme en procession, vers la rédemption, n’en peut plus de se rallier à la gauche morale. Sur les questions d’asile, par exemple, où il est tellement aisé, du cénacle d’un Parlement, de se montrer ouvert, généreux, exemplaire pour le monde. Sans se soucier, une seule seconde, des dangers que certaines personnes accueillies un peu vite, sans un filtrage rigoureux, pourraient un jour faire courir à notre société, à nous. L’Allemagne regorge d’exemples, notamment en Prusse, en Saxe, en Thuringe, régions que je connais fort bien, où la grande générosité de 2015 donne à la population de base, fort modeste et précaire, des occasions de regrets et d’amertume.

     

    Dire cela, ça n’est pas mettre en cause la tradition d’asile. Mais notre population, à nous, a le droit d’être exigeante pour sa propre sécurité. Il n’y a là aucune xénophobie, encore moins de racisme, juste l’appel à la prudence. Ça rend moins populaire que les grands discours universels, eh bien j’assume : il faut dire les choses telles qu’elles sont, regarder autour de nous, chez nos voisins. Car la politique, ça n’est pas la morale, pas plus qu’elle ne serait d’ailleurs l’absence de morale. Ces deux domaines doivent dialoguer, s’interpeller, mais en aucun cas se confondre l’un avec l’autre. Méfions-nous des bons sentiments, des grandes envolées universalistes. Défendons, en absolue priorité, notre communauté de destin, ici. C’est déjà une très grande ambition.

     

    Pascal Décaillet

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  • La vie. La vraie vie.

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    Sur le vif - Mardi 07.09.21 - 12.44h
     
     
    Il y avait hier soir le Messie de Haendel, sur Mezzo, dans une très belle version, à la Chapelle Royale de Versailles. Avec notamment la soprano Sandrine Piau parmi les solistes, et Hervé Niquet à la direction.
     
    Le Messie fonctionne auprès de moi exactement comme la Walkyrie, les Noces, et quelques dizaines d'autres chefs d’œuvre, de Beethoven à Bartók, en passant par Richard Strauss, Sibelius, et tant d'autres. C'est toujours la même chose : comme je les connais par coeur depuis des décennies, je me dis que je vais juste regarder le début, pour me faire une idée de l'interprétation. Et puis, au lit !
     
    Las ! Deux heures plus tard, ou trois, ou quatre, bref au moment de la note ultime et des applaudissements, je suis toujours là, scotché. Pendant toutes ces heures, j'étais ailleurs. Non dans une fuite, surtout pas. Mais au coeur de la présence la plus vive, la plus centrale, la plus éveillée. Au coeur du monde.
     
    Quand j'écoute les derniers Quatuors de Beethoven, ou Brahms, ou Mahler, c'est l'intensité de ma propre vie qui se décuple. Toute fatigue dissipée, abolie, place à l'hyper-lucidité, dans l'immobilité d'un canapé. La vraie vie est là.
     
    Ces oeuvres, vous ne les consommez pas, quel horrible mot d'ailleurs. Non, ce sont elles qui vous dévorent. Et cette voracité, loin de vous anéantir, a paradoxalement le miracle de vous régénérer.
     
    La vie, la vraie vie.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Romain de Sainte Marie : soutien et admiration

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    Sur le vif - Dimanche 05.09.21 - 09.49h
     
     
    Romain de Sainte Marie est l'un de nos meilleurs politiciens, à Genève. Brillant, souriant, affable, débonnaire, redoutable stratège, il a déjà présidé à deux reprises le parti socialiste, la première fois très jeune. C'est un sauveur d'équipe, un meneur.
     
    Atteint à 36 ans par une grave maladie, il l'annonce, et démissionne de la co-présidence. Lydia Schneider Hausser continuera seule, jusqu'au terme du mandat, au printemps prochain.
     
    Romain quitte la présidence, mais demeure député. Il tire les leçons du signal donné par la maladie.
     
    A cet homme, l'un des plus attachants dans le monde politique suisse, je veux dire mon admiration et ma sympathie. Je le connais, et l'invite dans mes émissions, depuis ses débuts, alors qu'il était très jeune. Il est pour moi l'un des piliers du débat politique à Genève : compétent, bosseur, passionné par l'économie et les vrais problèmes des gens, pragmatique, jamais moraliste, il incarne à mes yeux le socialisme historique, celui qui se préoccupe du niveau de vie, sans se croire obligé de refaire le monde.
     
    A lui seul, il appartient de définir le rôle qu'il entend encore jouer dans la politique genevoise. Mon souhait personnel, comme citoyen, est que ce rôle demeure central, car Genève a besoin de gens comme lui.
     
    Je n'aborde jamais les aspects de vie privée, vous le savez. Là, j'ai fait une exception. Cela, pour deux raisons :
     
    1) Romain a annoncé lui-même son mal, et son parti en a même donné le nom dans un communiqué, hier.
     
    2) Ce mot qui fait peur, j'ai été amené à le connaître un peu. Je sais à peu près de quoi je parle. Je vous passe les détails.
     
    Tenez bon, Romain ! Vous frôlez déjà les deux mètres. Mais vous sortirez grandi de cette épreuve.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le bleu de Prusse du ciel. Le vent.

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    Samedi 04.09.21 - 16.20h
     
     
    La plaine, immense. L'espace ouvert, offert, comme la Camargue. Après la Prusse forestière, et ses méridionales pinèdes, dans le Nord-Est du Brandebourg, près de la frontière polonaise, voici la Prusse agricole. Derrière nous, les forêts, les lacs. Sur la grande route du Nord, de Stettin à Rostock, l'infini verdoyant. Des champs, des bosquets. Un état impeccable de la chose cultivée. Mais pas un homme ! Pas un paysan visible, pas un village. Des panneaux, oui, pour indiquer des localités que nul ne voit. Un désert de beauté, où la nature est reine. La mer, ici, est-elle un but, ou un monde à part, cette Hanse si fascinante à laquelle le reste des Allemagnes, à l'intérieur des terres, a tourné le dos pendant des siècles ?
     
    La route est longue, somptueuse, le temps s'arrête. Nulle buvette, nulle aire providentielle pour se rafraîchir, des camions polonais, baltes, sinon seulement des plaques allemandes, presque toutes issues de l'ex-DDR, où nous sommes. Ici, tout au Nord des Allemagnes, Berlin est déjà loin au Sud, la prochaine ville sera hanséatique, pour peu qu'elle advienne jamais, tant l'immensité de la plaine nous emplit l'âme. Ce monde a-t-il une limite ?
     
    La Prusse agricole, au Nord de Prenzlau, est une terre de beauté, d'austérité, de simplicité luthérienne, de défi, de fierté. Perdues au Sud, les richesses industrielles de la Saxe, les bassins miniers de Silésie, les splendeurs de Potsdam (dont nous venons), les lumières cosmopolites de Berlin. Il y a un moment, après la longue forêt du Nord-Brandebourg, où plus rien n'existe que le champ cultivé, la terre, le ciel, parfois le clocher d'un temple de briques rouges. Peu d'animaux, des milliers d'éoliennes. Le bleu de Prusse du ciel. Le vent.
     
    Les Suédois, lors de la dévastatrice Guerre de Trente Ans, sont passés par ici. Les oiseaux migrateurs, aussi, de la Scandinavie aux mers du Sud. Le catholicisme, pendant des siècles, puis Luther, la parole biblique traduite en allemand, les Psaumes du dimanche, la musique de Bach, quelques héros de Kleist. Mais cette Allemagne-là est déjà perdue. Généreuse, exigeante, roide, rigoureuse, elle vous ouvre le champ du possible, à condition que vous en ayez puissamment envie. C'est mon cas, comme dans tous mes voyages en ex-DDR, depuis tant d'années. Il faut aimer l'Histoire, la langue allemande, la musique, la Bible de Luther.
     
    Il faut la parcourir, cette Prusse du Nord, pour saisir ce qui, depuis Frédéric II et à vrai dire depuis déjà son père, scelle la prodigieuse singularité de ce peuple : austérité, simplicité, dévotion à l'ordre, ouverture d'esprit, appétit de sciences et de verbe. Telles sont, à travers trois siècles, leurs richesses, telle est leur force, leur puissance, surgie de l'être, non de l'avoir.
     
    La côte balte, enfin. La mer, si belle, qui me valut une secouée mémorable une nuit de 1968, en montant vers Oslo. La fin d'une terre. La fin d'un monde ? On dit de l'Allemagne qu'elle n'a guère de frontières naturelles, en voici quand même une. Là où nous allons, la beauté nous attend. Simple. Élémentaire. Comme un fragment d'Ancien Testament. Sur la musique de Bach.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Que l'école soit source de vie !

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    Commentaire publié dans GHI - 01.09.21

     

    L’école, qui a repris ce lundi 30 août pour des milliers d’élèves et d’enseignants, a le devoir d’être exigeante. Mais elle n’a pas le droit d’être ennuyeuse. C’est tout le paradoxe de l’enseignement. Le maître dispense le savoir, incite, éveille, aiguise l’appétit des connaissances, et tout cela doit se faire dans la joie. Les profs sont des hommes et des femmes qui ont choisi ce merveilleux métier, ils en connaissent les moments de grâce, mais aussi les inévitables servitudes : aucune activité humaine ne peut faire l’économie de la part d’effort, d’intendance, d’ingratitude, de solitude parfois pesante. Cette part d’ombre fait partie du métier, elle s’inscrit dans le jeu. Pour l’école, il y a le contact avec l’élève, qui – on l’espère, en tout cas – procure de la joie. Et puis, il y a la préparation, les corrections. Il en va ainsi d’une émission, de radio ou de télévision : beaucoup d’intendance, avec patience, précision et rigueur, pour cet espace de liberté que constitue l’entretien avec l’invité. D’autant plus libre, dans la magie du direct, qu’il aura, en amont, été soigneusement préparé !

     

    Enseigner doit se faire dans la joie, oui. Parce que toute autre solution serait dévastatrice pour l’élève, en termes d’envie, de motivation. Un prof a le droit d’exiger, d’élever le niveau, de rugir s’il le faut. Mais il n’a pas celui de foutre le bourdon à son assistance. Non parce qu’il est prof, mais parce que toute personne, au monde, s’emparant de la parole face à un public, a le devoir de l’emballer, le prendre avec lui, l’enthousiasmer. Tout cela, au service de la transmission des connaissances. Il est inimaginable – et, à vrai dire, inacceptable - qu’un enseignant débarque dans une classe en faisant la gueule, il n’en a tout simplement pas le droit face à l’assistance. C’est valable pour un prof. C’est valable pour un journaliste radio, au moment où il lance son émission. C’est valable pour tout locuteur, tout conférencier, sur la planète.

     

    Pourquoi je vous parle de la joie, pourquoi j’insiste tant ? Mais parce que le chemin de connaissance est un chemin de joie ! La plus austère des grammaires, grecque ou latine, la plus enchevêtrée des phrases allemandes, comme en certaines pages de Kafka ou de Thomas Mann, peuvent se métamorphoser en pistes de lumière avec un prof qui saura vous enthousiasmer. C’est difficile, souvent, et ne parlons pas des maths ! Mais la rugosité fait partie du jeu, elle s’inscrit dans le parcours d’initiation. Il faut demeurer lucide, garder courage, c’est parfois très dur : alors, ce chemin, autant le faire dans la bonne humeur. Parce que sinon, c’est l’enfer.

     

    J’ai aimé l’école. Le grec, le latin, le français. L’allemand, passionnément. J’ai souffert sur les maths. J’ai survécu à la physique en apprenant par cœur des équations qui m’étaient bien étrangères, je n’en suis pas fier, car tout doit passer par la compréhension. Globalement, ma nostalgie de cette époque bénie est immense. A tous, qui ont repris le 30 août, élèves, profs, parents, personnel auxiliaire, j’adresse mon amitié, ma fraternité. Engagez-vous ensemble sur le chemin de connaissance. Et n’oubliez jamais la joie, l’émotion, la passion.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'Allemagne et l'Europe : Dom Juan et Monsieur Dimanche

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    Sur le vif - Mercredi 01.09.21 - 15.12h
     
     
    Depuis la chute du Mur et "l'élargissement" de l'UE à l'Est, il n'y a plus de construction européenne. Il y a juste une extension de la zone d'influence économique de l'Allemagne, redevenue le moteur du continent, sous le paravent de l'Europe communautaire.
     
    Je ne dis pas autre chose, depuis trente ans. J'en avais d'ailleurs abondamment parlé avec l'ancien Chancelier Helmut Schmidt, dans son bureau de Hambourg, en avril 1999.
     
    L'Europe donne sa caution, avec sa bannière bleue étoilée. L'Allemagne donne sa prodigieuse vitalité économique. L'Allemagne, c'est Dom Juan. L'Europe, c'est Monsieur Dimanche.
     
    L'Union européenne n'est pas un thème, juste un organigramme. Le vrai sujet, c'est le renouveau époustouflant de la puissance allemande en Europe. Nous sommes dans la continuité des questions nationales, et de l'accomplissement du destin des nations. Le "multilatéral" n'est qu'un trompe-l’œil.
     
    A vrai dire, rien n'a changé. Rien, dans les grandes lames de fond entre nations, ne change vraiment, d'ailleurs. Les grands enjeux, depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763), sont à peu près les mêmes. Depuis Frédéric II, et ses appétits sur la Silésie et la Poméranie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • D'abord on bosse, après on discute !

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    Sur le vif - Mercredi 01.09.21 - 13.09h
     
     
    La grève des trains, en Allemagne, est totalement contraire à la puissante et remarquable tradition de dialogue social et de concertation, dans ce pays. Elle date des années bismarckiennes, qui furent celles des premières conventions collectives en Europe, peut-être même au monde.
     
    L'Allemagne est aujourd'hui la grande puissance économique en Europe. Sa vitalité exceptionnelle tient à la relation que chaque Allemand entretient avec son travail. Il commence par se demander ce qu'il peut faire pour son entreprise. Cette maturité, ancrée dans la philosophie de la responsabilité individuelle au service du collectif, si présente chez les grands penseurs allemands, prussiens notamment, depuis le milieu du 18ème siècle, est magnifique. Elle détermine tout le reste.
     
    Nous, les Suisses, pouvons comprendre cela. Nous sommes proches de ce modèle. Nous sommes consciencieux, bosseurs. Notre système social, en tout cas depuis 1937, notre rapport à l'économie, notre construction de majorités politiques, par coalitions, ressemblent au modèle allemand. Et c'est tant mieux, parce que c'est la clef de la réussite.
     
    La grève n'est pas un modèle pour l'Allemagne. Ni pour la Suisse. Laissons à la France le triste monopole de ces démonstrations de puissance des grandes centrales syndicales. Nous les Suisses, comme les Allemands, avons mieux à faire : d'abord on bosse. Après, on discute.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • L'école, pas la morale !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.09.21

     

    Désolé si je glace l’atmosphère, mais l’école n’est pas le lieu pour enseigner la morale. Ou alors, tout au plus, comme l’une des disciplines de la philosophie, dans toutes ses variations en fonction de l’époque et des auteurs. Mais en Histoire par exemple, il faut observer les faits, recueillir le maximum de témoignages, ne jamais se contenter des versions officielles, encore moins des récupérations gouvernementales. Tout cela, oui, avec distance, et même une pointe de cynisme, dans le meilleur sens du terme. Se donner des instruments pour comprendre une époque, avec son magma de contradictions, en écoutant toutes ses voix. Mais pas la morale.

     

    La morale, en Histoire, est mère de l’anachronisme. On prétend juger une période antérieure, en fonction des impératifs éthiques – déjà discutables, au demeurant – de la nôtre. D’aujourd’hui, on désigne des coupables. On les livre à la vindicte. On arrache les statues. On déboulonne. On juge avec les yeux du temps présent.

     

    L’Histoire, ça n’est pas cela. C’est tenter de comprendre. Confronter les témoignages. Ressusciter des voix éteintes. Se pénétrer de toutes les visions, issues de tous les camps, y compris les maudits. Et à partir de là, avec nos consciences périssables, limitées, tenter une synthèse. C’est cela que doit nous proposer l’école. Pour les jugements moraux, il y a le tribunal de l’opinion, les résistants de la vingt-cinquième heure, les épurateurs de fortune. Le chemin de connaissance mérite mieux. Rigueur, distance, et observation.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Laissez dormir la liberté, M. Wermuth !

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    Sur le vif - Mardi 31.08.21 - 13.19h
     
     
    Le parti socialiste suisse doit devenir le parti de la liberté. Propos de son coprésident, Cédric Wermuth, samedi dernier, au Congrès de Saint-Gall.
     
    Eh bien M. Wermuth, vous avez du boulot. Votre parti a sans doute d'éclatantes vertus - pas toujours visibles au premier regard - mais pour la liberté, il va falloir retrousser vos manches.
     
    La liberté d'expression, en Suisse ? Combien de fois des personnalités de votre parti se sont-elles rangées, ces dernières années, parmi les censeurs ? Dès qu'on ne partage pas, par exemple, votre sublimation de l'altérité dans les questions de migrations, on se voit traiter de xénophobes, parfois même de racistes. Alors qu'on n'est ni l'un, ni surtout l'autre ! Simplement, on souhaite pour son pays une régulation des flux migratoires, en application d'ailleurs de l'initiative du 9 février 2014.
     
    Vous adversaires sur les questions de migrations, d'asile, vous les étiquetez du sceau d'infamie, plutôt que d'entrer en matière sur leurs arguments. Quand je dis "vous", ça n'a pas votre personne, M. Wermuth, mais si souvent d'éminentes personnalités de votre parti. Des élus, exécutifs ou même législatifs, qui se permettent d'insulter d'autres citoyens suisses, d'un avis différent. Clouer au pilori de simples contradicteurs. Où est le dialogue ? Où est la démocratie ?
     
    J'ai pris l'exemple du débat migratoire, capital pour l'avenir de notre pays. Mais il y a tous les autres. Le climat. Les questions de genre. Le féminisme. Là aussi, vous faites taire. Sur les réseaux, vous lancez les meutes. Vos contradicteurs, vous les vouez aux enfers. Leur liberté de parole, vous la bafouez. Pas vous, M. Wermuth, je ne vous connais pas, et vous accorde bien volontiers le bénéfice du doute. Pas vous, mais tant d'élus de votre parti, dans toute la Suisse.
     
    Le contact avec le prolétariat, les ouvriers suisses, les chômeurs suisses, les travailleurs pauvres suisses, les retraités suisses aux rentes faméliques, vous l'avez complètement perdu. Votre parti ne jure plus que par l'Autre. Vous encensez l'altérité. Vous méprisez l'identité.
     
    Il fut un temps où vous fûtes le parti du social, vous avez joué un grand rôle dans l'Histoire de notre pays. Hélas, vous n'êtes plus que le parti du "sociétal" : vos élus, vos membres, ne pensent plus qu'à guetter le moindre "dérapage" de leurs contradicteurs, le moindre écart à la norme. Vous êtes devenus des censeurs.
     
    Les médias ? Avec votre "aide à la presse", vous ne songez qu'à les asservir. Pouvoir fourrer vos naseaux dans leurs indépendances rédactionnelles, au nom des deniers que vous leur versez. A la vérité, vous rêvez de les contrôler, avec vos instances, vos commissions, vos vérificateurs. Vous vous donnez comme des protecteurs, vous vous révélez des censeurs.
     
    Alors, M. Wermuth, faites comme vous l'entendez. Empoignez les thèmes que vous voulez. Mais de grâce, laissez dormir la liberté.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Le destin allemand, du néant au rêve d'une autre vie

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    *** Essai sur l'idée de ruine dans la conscience germanique - Lundi 30.08.21 - 13.44h ***
     
     
    Dans le demi-siècle qui a suivi la Guerre de Trente Ans (1618-1648), les Allemagnes, totalement dévastées par les ravages du conflit (lire absolument le Simplicius Simplissimus, de Grimmelshausen, 1668), ont failli disparaître, purement et simplement, de la carte de l'Europe. Le renaissance, politique, économique et culturelle, de l'idée allemande sur le continent, ne viendra qu'avec le 18ème siècle, à vrai dire avec le règne de Frédéric II, Roi de Prusse, entre 1740 et 1786.
     
    Cette possibilité vertigineuse d'une disparition, l'intensité de la ruine allemande en 1648 (qui préfigure celle de 1945), le miracle d'une résurrection sous l'impulsion prussienne, quel prof d'Histoire les enseigne-t-il aujourd'hui ? Cette carence est coupable : il faut passer par cette période terrible pour prendre la mesure de tout ce qui suivra : naissance de l'idée prussienne, occupation de la Prusse par Napoléon entre 1806 et 1813, révolte des élites intellectuelles contre les Français, puis les chemins de l'Unité jusqu'en 1866. Et puis, tout le reste, l'Empire dès 1871, la Grande Guerre, l'humiliation de Versailles, la République de Weimar, le Troisième Reich, la renaissance de l'après-guerre.
     
    Quand on contemple ce chemin, on saisit tout ce qui a été construit depuis Frédéric II. L'édifice politique, le travail sur la langue, la prodigieuse Révolution des sciences et des techniques, les voies de communication, les Universités, les immenses écrivains, ne parlons pas de la musique. Profonde civilisation, majeure dans l'espace européen.
     
    On se dit aussi autre chose : cet exceptionnel chemin a été marqué, comme on sait, par des temps d'arrêt : défaite d'Iéna en 1806, Armistice de novembre 1918, capitulation de mai 1945.
     
    Après cette dernière, on a parlé d'Allemagne, Année Zéro. Les villes, en ruines. La souveraineté politique, perdue pour des générations. Quatre puissances occupantes. Deux pays, au lieu d'un, entre 1949 et 1989.
     
    Il y a peut-être eu une Allemagne, Année Zéro. Mais aujourd'hui, avec le recul, avec le champ de l'analyse en profondeur, on se dit que ces temps d'arrêt, Y COMPRIS CELUI DU 8 MAI 1945, n'ont été, dans l'immense mouvement entamé sous Frédéric II, que des défaites d'étape. De toutes, l'Allemagne s'est relevée. Volonté de fer. Refus de l'inéluctable.
     
    La conception beethovénienne, ou wagnérienne, du héros, y est sans doute pour quelque chose, mais pas seulement. Les mêmes vertus dans l'ordre de la résurrection, les Allemagnes en avaient fait preuve, patiemment, après le désastre de 1648. Et ce sont les Allemands, à l'époque du Sturm und Drang (autour de 1770), puis au début du Romantisme, qui nous donneront les interprétations les plus géniales de la ruine grecque. La ruine, encore la ruine !
     
    Saisissant destin que celui de ce peuple, depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1753). Un quart de millénaire à se reconstruire après la ruine. Incroyable cavalcade, comme dans Erlkönig, le Roi des Aulnes, le poème de Goethe. Course folle, oui, entre la possibilité du néant et le rêve d'une autre vie.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • L'Allemagne, les camions polonais, la prodigieuse vitalité d'une nation en mouvement

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    Sur le vif - Dimanche 29.08.21 - 16.00h
     
     
     
    J'ai fait des milliers de kilomètres, en juillet, avec mon épouse, sur les autoroutes allemandes, comme tous ces derniers étés. C'est une expérience passionnante. Pour le paysage, qui n'a rien de monotone : même les immenses forêts, en Bavière, en Thuringe, dans le Nord-Est du Brandebourg, sont riches d'enseignement : à la lisière du Mecklenburg-Vorpommern, en montant vers la Baltique, on trouve par exemple des pins, par dizaines de milliers. On dirait le Sud, comme dans la chanson, si bouleversante, de Nino Ferrer.
     
    Et puis, il faut toujours regarder les autres véhicules, leurs plaques, leurs origines. Et là, depuis des années, à vrai dire depuis trente ans, mais de façon exponentielle, un constat : le personnage central, sur l'Autobahn, de Bâle à Stettin, de Flensburg à Berchtesgaden, c'est le camion polonais. Des millions - je n'exagère pas - de camions polonais. En parfait état, souvent neufs, bref on dirait des camions allemands.
     
    Rassurez-vous, la Pologne n'a pas envahi l'Allemagne ! Et l'omniprésence des convoyeurs de marchandises polonais, sur sol germanique, n'indique pas le rapport de forces qu'on pourrait croire. Elle prouve même exactement le contraire.
     
    Il faut se renseigner sur l'économie polonaise. Depuis la "Réunification" (je mets entre guillemets ce mot que je n'aime pas, je préfère parler de phagocytage pur et simple de la DDR par un Ouest capitaliste, vorace, dédaigneux de l'Est, c'est cela qui s'est produit), Berlin et Varsovie travaillent ensemble, c'est le moins que l'on puisse dire. Renseignons-nous donc sur l'économie polonaise réelle d'aujourd'hui, et nous découvrirons que les capitaux des entreprises de ce pays sont souvent en mains allemandes.
     
    Les millions de camions polonais sur les autoroutes allemandes sont certes immatriculés en Pologne, pays bosseur et désireux de fortifier son économie, nul ne le lui reprochera. Mais à bien des égards, nombre d'entre eux sont des camions... allemands ! Les deux pays travaillent ensemble, chacun y gagne en prospérité, mais les vrais patrons, dans bien des cas, ce sont les Allemands. Pas ceux qui dirigent les entreprises, mais ceux qui les possèdent. Les camions polonais qui envahissent les autoroutes allemandes font donc autant grimper le PIB de l'Allemagne que celui de la Pologne. Les deux pays sont gagnants.
     
    Je voyage sur les autoroutes allemandes depuis l'enfance. Souvenirs inoubliables des deux grandes traversées de ce pays dans la Mercedes blanche de mon père, en 1968, lorsque nous sommes montés, toute la famille, au Cap Nord. J'ai connu l'Allemagne avec zéro camion polonais, l'Allemagne avec des centaines de milliers de camions polonais. Voici aujourd'hui l'Allemagne avec des millions de camions polonais.
     
    Un homme, dans l'Histoire allemande de l'après-guerre, avait, à sa manière, préfiguré cette situation. Il n'était pas capitaliste, pas du tout pro-Américain, assez timide sur l'Europe. Mais il était profondément allemand, natif hanséatique de cette ville de Lübeck, tournée vers la Mer de l'Est, que j'ai eu le bonheur, avec mon épouse, de retrouver cette année. Cet homme s'appelait Willy Brandt (1913-1992). Je l'ai toujours considéré comme l'un des plus grands Chanceliers de l'Histoire allemande. Au pouvoir entre 1969 et 1974, il a réinventé, avec l'Ostpolitik, la possibilité de l'Est dans le grand destin allemand. En décembre 1970, 25 ans seulement après la fin de la guerre, il s'est rendu à Varsovie. Il s'est agenouillé devant le Monument du Ghetto. Quelque chose d'incroyablement fort s'est passé.
     
    Willy Brandt est mort peu après la Chute du Mur. La Réunification dont il rêvait devait avoir d'autres aspects, moins gloutonnement capitalistes, moins servilement affidés à l'atlantisme, que celle de M. Kohl. Mais pour l'Autre Allemagne, cette DDR qui a assumé pendant quarante ans (1949-1989) la continuité historique prussienne et saxonne, et celle de la Thuringe, Willy Brandt avait une autre vision que celle du mépris. Quant à la Pologne, son geste de 1970 scelle la possibilité d'une réconciliation des âmes, ça va chercher plus loin que la prise de contrôle systématique des capitaux sur la grande industrie polonaise.
     
    Je vous parle de Willy Brandt, parce que son parti, le SPD, dont j'ai longuement raconté l'Histoire dans ma Série Allemagne, est en train de vivre une nouvelle jeunesse. On dit même - mais il faut être prudent - que son candidat pourrait, après les élections du 26 septembre, devenir Chancelier. Je ne suis pas socialiste, loin de là, mais la sociale-démocratie allemande, surtout depuis le Congrès de Bad-Godesberg (1959), c'est quand même un autre projet que la gauche moralisante, obsédée par le sociétal, donneuse de leçons, culpabilisante, de notre Suisse romande et de la France. Willy Brandt, puis son successeur Helmut Schmidt (que j'ai eu l'honneur, en 1999, d'interviewer dans son bureau, à Hambourg), ont été de grands Chanceliers. Pragmatiques, nationaux.
     
    Le retour en force du SPD, c'est l'Allemagne d'aujourd'hui qui clame son besoin d'Etat. Toute l'Histoire allemande, depuis les premières lois sociales de Bismarck, est marquée par cette nécessité d'équilibre entre productivité économique (phénoménale) et justice sociale. Mme Merkel, dont le bilan appartient à l'Histoire, a laissé des trous dans le filet social. Les populations de l'ex-DDR, en Saxe mais aussi dans la Prusse historique, sont les premières à en faire les frais. Le capitalisme sauvage, importé de l'esprit libre-échangiste des Anglo-Saxons, n'est pas un modèle pour l'Allemagne. Ce pays a besoin de dynamisme économique, il est à cet égard l'une des premières puissances du monde, et je me souviens avec émotion de l'admiration que nous éprouvions avec mon père, ingénieur, pour ces immenses usines que nous visitions dans les années 60. Mais l'Allemagne a besoin, tout autant, de cohésion sociale, à l'intérieur de sa Gemeinschaft.
     
    Alors, au moment où les camions polonais nous prouvent que le destin économique de l'Allemagne se joue, plus que jamais, sur les Marches de l'Est, l'heure de Willy Brandt a peut-être sonné.
     
    Que ce pays fascinant demeure un géant économique d'une exceptionnelle vitalité, toute l'Europe y sera gagnante. Mais qu'il réaffirme sa tendance plus que séculaire au modèle social, à la recherche des équilibres. En Allemagne, il y a des millions de plaques polonaises. Mais il y a, aussi, des centaines de milliers d'éoliennes, de panneaux solaires. Ce pays, comme si souvent depuis sa renaissance sous l'immense Frédéric II de Prusse (1740-1786), a d'innombrables longueurs d'avance sur nous. Il vaut d'être visité. Ses auteurs, d'être lus. Ses musiciens, d'être écoutés. Ses penseurs, ses théologiens, d'être étudiés. Ses entreprises, d'être visitées. Il est l'un des phares de notre continent.
     
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Eté 2021 : le souvenir qui emporte tous les autres

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    Sur le vif - Vendredi 27.08.21 - 11.15h
     
     
    Ostsee ! La Baltique, sur la côte extrême Nord-Est du Mecklenburg-Vorpommern, non loin de la frontière polonaise, cette Prusse maritime où je me sens chez moi. J’ai tenu en allemand, en juillet, le journal de ce nouveau séjour en ex-DDR. J’y reviendrai largement, notamment dans ma Série Allemagne, dont 32 épisodes sur 144 sont déjà publiés. Pour l’heure, mon épouse et moi n’avons qu’un désir : retourner sans tarder dans ce Finistère septentrional des Allemagnes, où j’avais passé de longues périodes de ma jeunesse. J’y emporterai Thomas Mann et Hölderlin, Brecht et Heiner Müller, Christa Wolf et Paul Celan. Peut-être la vraie vie est-elle là. Et sur les sentiers valaisans.
     
     
    Pascal Décaillet

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