Liberté

  • La voix seule

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    Sur le vif - Jeudi 27.01.22 - 06.02h
     
     
    Depuis l’enfance, je me demande s’il faut à tout prix mettre en scène les opéras.
     
    J’ai souvenance d’opéras de Haendel, ou de Rameau, avec les quatre voix face au public, le chœur derrière, à la façon d’un oratorio. Cette hyper-sobriété dans le visuel ne m’a jamais gêné, bien au contraire.
     
    En tout cas, je ne supporte pas que l’aspect scénique devienne premier dans les conversations. Je suis un homme de radio, attaché au son, au verbe, à la musique, au souffle, à la puissance et à l’intensité des voix.
     
    Pour autant, il me faut voir la musique. Voir chaque instrument, chaque chanteur. Mais je n’ai pas besoin qu’ils se contorsionnent. Et les puissants effets des machineries théâtrales ne m’impressionnent pas.
     
    Je suis fou d’une sobriété que j’ai besoin de voir. L’autre soir, sur Mezzo, il y avait l’éblouissante Sabine Devieilhe, dans Haendel (Le Triomphe du Temps et de la Désillusion, 1707). Elle me fascine. Elle ne bouge quasiment pas. Tout vient de l’intérieur. Elle transmet l’intransmissible. Elle existe, seule et ciselée. Seule, avec la voix. Seule, avec la musique.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Le Troisième Vert

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.01.22

     

    Qu’il faille bouter hors de Genève les fous du volant, nous en sommes bien d’accord. Oui, il faut limiter la vitesse en zone urbaine, et pas seulement à proximité des écoles. Oui, il faut prôner une conduite automobile lente et prudente en ville. Oui encore, il faut des zones à 30 km/h. Si on veut faire des concours de vitesse, on s’inscrit dans un club de course automobile, ou de rallyes, et on pulvérise le mur du son dans les espaces où on en a le droit.

    Pour autant, la méthode de Serge Dal Busco n’est pas la bonne. Il déboule un beau jour, nous annonce un 30 km/h quasiment généralisé, réveille la guerre de religion, fait hurler une bonne partie de la population genevoise. Le mécontentement des gens ne vient pas de la limite à 30 : toute personne dotée d’un minimum d’intelligence peut comprendre qu’elle s’impose dans un univers mixte, où l’automobiliste côtoie le cycliste (qui ne dispose pas toujours de sa piste), voire le piéton. Dans ces cas-là, la prudence s’impose. Ainsi qu’une conduite attentive, courtoise, respectueuse. Les démarrages en trombes, après un feu, les pointes de vitesse sont à prohiber, c’est certain.

    Non, la colère vient de la méthode. Une fois de plus, le ministre impose une idée qui n’est pas de son camp. Une fois de plus, il donne l’impression de chercher à plaire à l’actuelle majorité exécutive de gauche. Une fois de plus, on se dit qu’il y a un Troisième Vert au Conseil d’Etat. C’est cela, le vrai problème. Il n’est pas routier. Il est de l’ordre de la confiance. Et de la cohérence. En un mot, il est politique.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • La démocratie suisse, c'est nous !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.01.22

     

    Notre démocratie nous appartient, à nous tous. Elle est l’affaire de chacun d’entre nous. Nulle citoyenne, nul citoyen, en Suisse, ne doit se dire « La politique, il y a des gens pour ça, des élus, qu’ils fassent le boulot, moi ça ne m’intéresse pas ! ». Ce raisonnement, c’est le début de la fin. Cette abdication des prérogatives citoyennes au profit d’une « classe politique », c’est le renoncement à ce qui constitue l’âme, la sève, la grandeur de notre pays : sa démocratie directe. Il ne s’agit pas seulement d’aller voter, quatre fois par an, cela c’est le strict minimum ! Non, il s’agit, beaucoup plus profondément, de se concevoir, chacun de nous, en amont, comme la source d’une action politique possible. Non en s’inscrivant dans un parti, nul besoin ! Mais, par exemple, en s’impliquant dans un comité d’initiative, de référendum, en lançant des idées, en donnant son avis. A l’époque des réseaux sociaux, plus la moindre excuse : chacun de nous peut ouvrir un compte, s’exprimer. Profitez-en tous, par pitié !

     

    Je ne l’ai jamais caché, je n’aime guère la démocratie représentative. Je lui préfère, et de loin, l’expression du suffrage universel, suite à des mois de campagne, dont le théâtre d’opérations ne se limite pas à un cénacle d’élus, mais s’étend à l’ensemble du corps électoral. Je vais plus loin, encore : le peuple ne doit pas seulement se prononcer par réaction à des décisions parlementaires (référendums), mais il doit lui-même forcer le destin : cela s’appelle l’initiative populaire. Là, l’idée vient d’en-bas. Là, une poignée de citoyens tente d’écrire l’Histoire. Elle doit d’abord recueillir les signatures, c’est très difficile. Et puis, mener le combat. Faire campagne, d’un bout à l’autre du pays. Et si possible, un beau dimanche, réunir autour de son idée de départ la majorité du peuple et celle des Cantons. Parcours d’obstacle. Chemin d’initiation. A la fin, victoire ou défaite, mais au moins le peuple aura débattu.

     

    Je ne prône pas l’abolition des Parlements. Dès la Révolution française, les deux types de démocratie existent, les deux modèles se combattent âprement entre les factions : d’un côté le pouvoir du peuple par délégation, de l’autre, plus radicalement, le pouvoir du peuple par le peuple. Pour ma part, oui, j’ai toujours rêvé d’une démocratie totale, où le suffrage universel donne les grandes lignes. Aux Parlements, laissons la mission de faire les lois, quitte à les attaquer en référendum si elles nous déplaisent. Ces derniers jours, notre démocratie directe suisse a montré, malgré le froid hivernal et la crise sanitaire, de magnifiques signes de vitalité : succès des récoltes de signatures, au niveau cantonal, pour le référendum contre la réforme du CO. Au niveau fédéral, succès contre la Lex Netflix (loi sur le cinéma), et succès de la gauche contre Frontex. Sur tous ces objets, sous réserve de vérification des signatures, le peuple votera. C’est exactement cela, une démocratie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Profs d'allemand, parlez d'Elektra !

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    Sur le vif - Mardi 25.01.22 - 18.25h
     
     
    J'invite l'ensemble des profs d'allemand du Canton, niveau Collège, 3ème et 4ème années, à :
     
    1) Lire avec leurs élèves l'Elektra de Hugo von Hofmannsthal, si possible en la comparant avec le texte de Sophocle, composé 24 siècles plus tôt.
     
    2) Emmener leurs élèves au Grand Théâtre. Ou, tout au moins, leur faire écouter des passages musicaux de l'opéra de Richard Strauss.
     
    3) Raconter à leur élèves ce que fut le couple Richard Strauss / Hugo von Hofmannsthal. A quel point la collaboration de ces deux hommes (Rosenkavalier, Frau ohne Schatten, Elektra, entre autres) fut géniale.
     
    4) Leur raconter ce qu'était l'effervescence littéraire et musicale, notamment à Vienne, dans les années qui ont précédé la Grande Guerre (Première d'Elektra à Dresde, en 1909).
     
    5) Leur parler, et leur parler encore, de Richard Strauss (1864-1949). L'immensité de son génie. Son lien de filiation avec Richard Wagner. Son inventivité musicale.  Sa place, dans l'Histoire de la musique allemande. Sa longévité, jusqu'aux Métamorphoses, sorties en avril 1945, en pleine Apocalypse.
     
    Si vous faites tout cela, vous rendrez vos élèves heureux. Ils comprendront l'exceptionnel niveau de la culture allemande, musicale et littéraire. Certains d'entre eux, je crois, seront pris de vertige. Et pousseront plus loin leurs études germaniques. Ou leur formation musicale.
     
    Profs d'allemand, s'il vous plaît, faites cela.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Joe la Terreur

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    Sur le vif - Mardi 25.01.22 - 10.19h
     
     
    « Stupide fils de pute » : imaginez les étranglements d’indignation de nos bons médias, si ces mots délicieusement ailés, à l’encontre d’un journaliste, étaient sortis de la bouche de Donald Trump.
     
    Mais non. C’est Biden. Le gentil Biden. Qui rate à peu près tout depuis son entrée en fonction, alors que son prédécesseur avait redressé l’économie, ne s’était engagé dans aucune guerre, en quatre ans.
     
    Pour Trump, on rugit, on éructe, on vomit, on insulte. Pour Joe, on se la coince. On fait preuve d’une infinie compréhension. « Il devait sûrement être à bout de nerfs ».
     
    Et c’est cette presse-là qu’il faudrait soutenir ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Les racines - Le ciel

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    Sur le vif - Lundi 24.01.22 - 14.47h
     
     
    Pourquoi la gauche s'effondre ? Pour une raison simple : elle a perdu tout contact, dans nos pays, avec les classes populaires. Elle ne s'intéresse plus au social. Elle s'enivre dans le sociétal, les questions liées au genre, à la couleur de la peau, aux minorités. Elle s'accroche désespérément à la dernière mode surgie de tel campus américain, ou aux élucubrations de tel "chercheur en sciences sociales à l'Université de Lausanne". Sur nos ondes publiques, ce dernier est devenu parole oraculaire, cléricature, prêche dominical, sauf que c'est tous les jours de la semaine, parfois toutes les heures.
     
    Pendant ce temps, en Europe, la droite nationale monte. Populaire. Offensive. Retentissante. Elle se soucie des plus précaires. Du pouvoir d'achat. De la solitude des plus âgés. De la formation des jeunes. De l'apprentissage. Elle prône la préférence à l'emploi pour les nationaux. Elle exige une régulation drastique des flux migratoires. Elle veut la Nation, avec ses frontières, celles qui délimitent le périmètre d'une communauté, celles qui protègent les plus faibles. Bref, la droite nationale fait exactement ce que devrait faire la gauche.
     
    La gauche ne jure plus que par l'Autre. La droite nationale nous parle de nous, en tant que Nation, notre identité (pas une ethnie, mais un rapport commun à la mémoire, aux morts, aux grands combats qui fondent le pays). La gauche encense le migrant, donne la terrible impression de mépriser le sédentaire, celui qui a toujours vécu là, dans le sillage de ses aïeux. Celui qui depuis des décennies, par son travail, fait vivre la communauté nationale. La gauche ne se soucie plus que du passager, du passant, du passage. Elle encense le mouvement, le bavardage de salon. A la seule idée du silence, fille du vent, elle se pétrifie d'angoisse.
     
    La gauche perd pied. Elle se coupe des racines. Elle s'envole vers l'universel. La droite nationale reste là. Sur la terre. Elle creuse son sillon. Elle attend la moisson.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Et maintenant, la "cohésion sociale" : quel culot !

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    Sur le vif - Dimanche 23.01.22 - 10.48h
     
     
    « Sans journalisme, la cohésion sociale est en danger », ose titrer le Matin dimanche : propos d’une personne interviewée.
     
    « La cohésion sociale » ! Ils n’ont pas peur du ridicule. Pourquoi pas l’existence des anges, tant qu’on y est ?
     
    La « cohésion sociale », aujourd’hui, elle est sur les réseaux. J’y suis, vous y êtes, nous y sommes tous, des centaines de millions d’humains, sur la planète.
     
    La cohésion, mais aussi la connaissance partagée. La transmission des passions. Les coups de cœur, les coups de gueule. Les auteurs : nous tous ! Pas de rédacteur en chef. Pas de « séances de rédaction », avec leurs éternelles grandes gueules, souvent les pires journalistes. Pas de syndicat. Pas de corporatisme.
     
    Rien de tout cela. Mais la joie d’être là. L’immédiateté. L’inattendu. Le jaillissement de la surprise. La soudaine découverte, chez le plus obscur des quidams, d’une plume de feu.
     
    Et il faudrait continuer à soutenir un système archaïque, ne visant que la survie de sa propre corporation ? Perpétuer une machine à Tinguely ?
     
    Ma réponse est non. La cohésion sociale, je suis pour. C’est même, comme citoyen, mon impératif premier. Retraites. Solitude des seniors. Emploi des jeunes. Apprentissage. Fiscalité étouffante sur les revenus du travail. Primes maladie. Pouvoir d’achat. Je passe ma vie professionnelle à monter des débats sur ces thèmes-là.
     
    Mais de grâce, ne confondons pas tout : la survie de la « presse traditionnelle » n’a strictement rien à voir avec cela. Et pour cause : ces médias ne nous parlent plus que de questions germanopratines, liées au genre, ou à la couleur de la peau. À la cohésion sociale, ils préfèrent le doucereux zéphyr des modes.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La mythologie des "faits". Avec ventilateur et bouteille de whisky.

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    Sur le vif - Samedi 22.01.22 - 17.34h
     
     
    Les agences de presse, issues des débuts du télégraphe, au dix-neuvième siècle, n'ont absolument plus aucune raison d'être, en 2022. Les professionnels vous diront le contraire, les agenciers eux-mêmes bien sûr, les syndicats, et toute la machinerie lourdingue qui tourne autour du journalisme organisé en "rédactions". Avec, plus haut, des "directions". Et, encore plus haut, des "conseils d'administration". Tout ce petit monde vous dira le contraire. Les mêmes qui ne cessent de répéter que "le journalisme est indispensable à la démocratie". Ils ne manquent pas d'air.
     
    Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'est l'opinion qui prévalait dans les journaux, j'ai travaillé sur des milliers d'entre eux. Dans l'après-guerre, la constitution des "faits" a pris de l'ascendant, surtout ces cinquante dernières années. Dans toute école de journalisme, on vous dira, bien sagement, qu'il faut principalement établir des faits. Et, très subsidiairement, si vraiment vous y tenez, si vraiment vous avez l'âme éditoriale, vous pourrez de temps en temps vous essayer au commentaire. Mais ça doit être rare, mon pauvre ami, garde-toi d'y prendre goût ! Au Journal de Genève, où j'ai fait mes premières années de journalisme, il y a bientôt quarante ans, il y avait, au centre de la rédaction, rue du Général-Dufour, un cagibi, avec vue sur la cour intérieure, où avait droit de venir phosphorer, tout un après-midi, dans la solitude et le silence, celui qui avait charge de rédiger le "commentaire" du lendemain. Le saint des saints. De temps en temps, on lui apportait un café, sur la pointe des pieds. Tout à son oeuvre, il nous chuchotait un furtif "Merci !".
     
    Oui, les faits ont pris l'ascendant. Jusqu'à être magnifiés dans cet exercice sur lequel j'ai beaucoup à dire (et pas que du bien) appelé le "journalisme d’investigation". Pour avoir donné au Journal de Genève (je n'y étais déjà plus, étant passé à la RSR, pour de très longues et magnifiques années) cette tonalité de remueurs et de limiers, n'hésitant pas à bousculer oligarques et financiers, certains portent la responsabilité d'avoir, de l'intérieur de la rédaction, coulé le Journal de Genève (1826-1998). L'ADN de ce dernier était l'analyse, le commentaire, le recul, la mise en perspective historique, la qualité des plumes. "Certains" n'ont pas trop apprécié qu'il tente de devenir un bureau de détectives. A la Chandler. Avec ventilateurs et bouteilles de whisky.
     
    Ces dernières années, les journalistes ont totalement perdu leur monopole sur le commentaire, et c'est très bien ainsi : sur ce même réseau où j'écris ces lignes, et où je me sens si bien, tout humain peut créer un compte, nous donner son avis sur ce qu'il veut.
     
    Les journalistes ont perdu ce monopole, alors ils ont trouvé une combine pour bien nous persuader qu'ils sont "indispensables à la démocratie" : ils reconnaissent leur défaite sur la dimension éditoriale, mais en contrepartie, ils tentent sur tous les tons de nous convaincre qu'ils ont, seuls au monde, autorité à établir des "faits". Je vous en parlerai, un jour aussi, de ce terrorisme du factuel, dont il convient de démonter la grande illusion. Alors, comme tout repose désormais sur la dogmatique des "faits", il faut évidemment sauver le Temple delphique de leur élaboration, les agences de presse. En leur donnant de l'argent.
     
    En boucle, on nous répète que les "faits", ancrés dans une prétendue recherche impartiale de la vérité, ne relèvent pas de l'idéologie, contrairement à l'éditorial. C'est faux, et j'y reviendrai. Et surtout, c'est à géométrie variable : quand les journalistes français interrogent Eric Zemmour, l'invité a immédiatement droit à l'ineffable exercice du "fact-checking" (en anglais, ça fait plus sérieux), en fin d'émission, pour bien montrer au public à quel point il brode, et raconte des salades. Que la même équipe soit invitée à l'Elysée pour interviewer Emmanuel Macron, toute syllabe présidentielle sera bue et sanctifiée, sans la moindre remise en cause "factuelle". Deux poids, deux mesures. Le "fait", instrumentalisé.
     
    Nous sommes à l'époque des réseaux sociaux. On peut montrer son chat, les plats que l'on déguste, chacun est libre. On peut aussi commenter, nous ne nous en privons pas. Mais rien, strictement rien, n'interdit à un quelconque quidam, habité par la mission d'établir "les faits", de se livrer à l'exercice. S'il accomplit bien son boulot, au fil du temps, cela se verra, cela se saura. Et il aura, un jour, tout crédit pour servir de référence. Les journalistes ont perdu le monopole du commentaire. Ils perdront bientôt celui des "faits". Et les agences de presse, pour nous convaincre de leur foncière utilité, pourront peut-être nous rétablir les pigeons-voyageurs. C'est léger, c'est discret, c'est fiable. Et ces volatiles providentiels seront peut-être bien les derniers, à part quelque poète maudit, à vivre de leurs plumes.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Non, Madame Sommaruga, la presse n'est pas gentille !

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    Sur le vif - Vendredi 21.01.22 - 15.24h
     
     
    Madame Sommaruga croit que les médias sont gentils, que la presse est gentille, que le monde politique est gentil, que le Conseil fédéral est gentil. Dans ce cosmos des équilibres, elle veut sincèrement aider la presse, dans laquelle elle voit une garante de la démocratie : présentation des enjeux de la vie politique, débats, mise en antagonisme des idées, bref tout ce que votre serviteur s'échine à faire en 36 ans de journalisme professionnel. Ceux qui connaissent mon action audiovisuelle sur la place genevoise me reconnaîtront au moins cela : je fais vivre, parmi d'autres, le débat démocratique.
     
    Pourtant, Madame Sommaruga (pour laquelle j'ai de l'estime) a tort. Le monde n'est pas gentil. La presse, depuis ses vrais débuts à l'époque de Balzac et des Illusions perdues, première partie du 19ème siècle, n'a jamais été là pour être gentille avec le pouvoir. Dès les origines, elle est militante, dérangeante. Elle affiche des opinions. Elle combat. Elle lutte pour son indépendance face au pouvoir politique. L'idée d'une gentille presse de pure information, qui serait "neutre", "objective", se contenterait d'analyser froidement le monde, est en fait très récente, elle date de l'après-guerre. Elle est un leurre absolu, j'y reviendrai une fois.
     
    Je suis pour une presse militante, je l'ai toujours été. Jamais je ne reprocherai à aucun confrère, aucune consœur, aucune rédaction, d'afficher ses opinions, défendre les uns, attaquer les autres, être acteur dans la Cité, et non simple arbitre. Je n'ai jamais cru une seule seconde à cette ahurissante "neutralité" du journaliste. J'ai trop pratiqué, par milliers de numéros, la lecture de la presse de l'Affaire Dreyfus (sur laquelle j'ai réalisé une Série radiophonique en 1994), pour me satisfaire de cette conception du journaliste-eunuque. Si certains de mes confrères veulent se faire passer pour tels, c'est leur affaire. Moi, je m'assume comme combattant dans le monde de l'opinion. Je défends les uns, j'attaque les autres, je prends position. Citoyen, parmi les citoyens.
     
    Je respecte Mme Sommaruga, sa culture, son intelligence, son souci de cohésion de notre pays. Mais désolé, elle ne comprend pas le monde des médias. Elle y voit, au fond, une sorte de corps de l'Etat, chargé d'animer la vie politique. C'est faux. Les médias, dans toute leur Histoire, se sont toujours construits contre les pouvoirs constitués. Non pas contre la gauche. Non pas contre la droite. Mais contre les appareils. Contre tout appareil, tout pouvoir, d'où qu'ils viennent !
     
    Et puis, que dira Mme Sommaruga, le jour où, pour une raison ou pour une autre, un organe de presse, ou un journaliste, l'attaquera elle, très fort. Elle pestera contre lui ! Et elle aura parfaitement raison. Et chacun sera dans son rôle, le journaliste qui lui cherche noise, la conseillère fédérale qui le considère comme un fouille-merde. Et chacun aura raison ! Et ce binôme, entre l'emmerdeur et l'emmerdé, c'est cela le vrai garant de notre démocratie : poser des antagonismes, et non chercher béatement à les taire. Il est parfaitement normal que des ministres exercent le pouvoir. Et parfaitement normal que des citoyens, journalistes ou non d'ailleurs, en dénoncent les dérives. C'est cela, la vraie démocratie : un rapport de forces, des rognes, des brouilles, des haines aussi parfois (je fais partie de ceux qui ne craignent pas d'utiliser ce mot).
     
    Non, Mme Sommaruga, la presse n'est pas gentille. Et vous non plus, les gens de pouvoir, vous ne l'êtes pas. Il n'y donc aucune raison, dans ces conditions, qu'un seul centime provenant du portemonnaie des contribuables suisses soit affecté à la presse. Cette dernière doit trouver ses ressources ailleurs que par une aide directe de l'Etat. Sinon, c'est la liquéfaction des différences, la confusion des rôles, la trahison des serments de l'aube.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Magie noire

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.01.22

     

    Jeter l’argent du contribuable par les fenêtres. C’est, à ce jour, en termes de vision d’avenir, le seul programme identifiable de l’actuelle majorité de gauche au Conseil d’Etat. Jamais vu un gouvernement aussi dépensier. Aussi insensible à la réalité des chiffres. Aussi arrogant, dans l’art d’endormir le peuple avec des promesses mirifiques à l’horizon 2030, 2040, plutôt que de s’attaquer aux vrais problèmes fondamentaux d’aujourd’hui : pouvoir d’achat, fiscalité écrasante sur le fruit du travail, pénurie énergétique et en produits industriels, misère des retraites.

    Que fait le Conseil d’Etat ? il jongle avec le feu. Après l’absolue folie des six milliards pour la « transition climatique », dont nous avons souligné ici le vide sidéral, voici un demi-milliard, annoncé mercredi 13 janvier à la populace, pour la « mobilité douce », autre mantra surgi tout droit du catéchisme des Verts.

    Que fait le Conseil d’Etat ? Il fait valser les mots ! Il se saisit des termes à la mode, leur colle des milliards fictifs en promesses de dépenses, balance le communiqué, et passe à la promesse suivante. A ce niveau de démagogie, ça n’est plus de l’illusionnisme, ça frise la Magie noire. Dans l’usage des mots, la répétition liturgique des incantations, le martèlement des cerveaux par la novlangue écologiste, on n’est plus très loin du spiritisme. Celui des tables rondes. A Genève, les caisses sont vides, la dette pulvérise le record national, les dépenses publiques étouffent les classes moyennes. Mais on nous brandit encore les mots. Comme d’ultimes prières.

     

    Pascal Décaillet

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  • Aux portes du pouvoir, la Révolution conservatrice

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    Sur le vif - Mercredi 19.01.22 - 14.40h
     
     
    Désolé, mais Mme Pécresse, c'est Sarkozy bis. Une candidate énergique, intelligente, compétente, je n'en disconviens pas. Mais la droite de 2007 ! Libérale, orléaniste, juste quelques coups de menton sur le Kärcher, désespérément pro-européenne. Le programme de Mme Pécresse pourrait être celui de M. Macron. L’œcuménisme centriste dans sa version des beaux quartiers, un zeste d'ENA, quelques fragrances de grands magnats du privé, bref ce qu'il faut pour tenir la France, laisser la plèbe à sa place, ne surtout rien déranger à l'ordre libéral du monde.
     
    La Révolution dont la France a besoin ne pourra venir de ce conformisme des équilibres. Marine Le Pen, Eric Zemmour, incarnent (de façons fort différentes, notamment sur la question sociale et populaire, où la première est nettement meilleure que le second), une autre tradition de la droite française. La réduire à Vichy et à l'OAS, même à Joseph de Maistre et à la pensée contre-révolutionnaire, est beaucoup trop court. Il faut appréhender ces deux candidats - qu'on les aime ou on - avec d'autres grilles de lecture, et cela implique une connaissance approfondie de l'Histoire des droites en France, depuis la Révolution. Nul observateur, dans le tourbillon hystérique des chaînes françaises en continu, ne nous a, pour l'heure, apporté ce recul historique et philosophique.
     
    C'est tellement plus simple de tout ramener aux années trente. Ne décrypter la politique qu'en fonction du Bien et du Mal, passer son temps à traquer la moindre petite phrase d'un Zemmour, la découper au scalpel, l'isoler de son contexte, et titrer "Nouveau dérapage". Ces gens-là devraient commenter le patinage artistique.
     
    J'ignore absolument qui sera élu. Mais une chose est sûre : jamais cette autre droite n'a été aussi forte, depuis la guerre, qu'aujourd'hui. La droite nationale, souverainiste, est maintenant plus puissante que la droite libérale et pro-européenne. Pour qui suit avec la passion la politique française (c'est mon cas depuis décembre 1965), cette inversion des rapports de forces est tout simplement saisissante. Elle ne conduira sans doute pas l'un des deux "nationaux" à l'Elysée. Mais elle pèsera lourd, très lourd, sur le prochain quinquennat.
     
    La Révolution conservatrice est là. Aux portes du pouvoir. Elle n'est ni celle des années trente, ni celle des nostalgiques de l'Algérie française. Elle est autre chose, d'infiniment moderne, populaire auprès d'une grande partie de la jeunesse. Il faudra composer avec elle. Et pour un sacré bout de temps.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Le dernier mensonge du journalisme

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.01.22

     

    On entend souvent dire que le journalisme est indispensable à la démocratie. C’est faux. Et c’est un passionné du métier, journaliste professionnel depuis 36 ans, qui l’affirme. Je vais même plus loin : il arrive hélas, de plus en plus souvent, que le journalisme, en Suisse, soit contraire à la démocratie. Non par les sujets qu’il traite, mais par ceux qu’il tait. Par son obédience au pouvoir, tous les pouvoirs, quels qu’ils soient : le Conseil fédéral, les différents Conseils d’Etat, les puissants de l’économie et de la finance, les modes de pensée dominante. Bref, tout ce que, depuis tant d’années, je dénonce ici. Je connais des hommes et des femmes libres : désolé, mais ils sont rarement journalistes.

     

    Ce qui est « indispensable à la démocratie », ça n’est pas spécifiquement le journalisme. Non, c’est la démocratie elle-même ! Nous avons besoin, en Suisse comme ailleurs, de cet espace de liberté des esprits, d’indépendance intellectuelle, qui est le fondement même d’un Etat sain, où tous puissent s’exprimer, sans risquer de rétorsions. Mieux : en Suisse, nous consacrons cette liberté, venue d’en-bas, par l’institution, absolument essentielle, de la démocratie directe. Les citoyennes et citoyens ont le droit de se réunir, d’émettre et publier leurs opinions, celui de contester une loi par référendum, et, mieux encore, celui de changer la Constitution par la voie de l’initiative. C’est cela, la démocratie ! Ce sont ces valeurs-là, et pas spécialement le journalisme, qui nous sont vitales, indispensables.

     

    Exprimer nos opinions ? Nous le pouvons, de mille autres manières qu’en écrivant dans des journaux. Je dis et répète, depuis des années, que les réseaux sociaux sont une prodigieuse invention, qui donne à tous la possibilité d’exercer leur liberté d’esprit. Bien sûr, il y a des abus, des saloperies de meutes, des délateurs de l’ombre. Mais au fil des années, cela se nettoiera, et la grande Révolution technique permettant la mise en réseau horizontale et le partage universel des connaissances, apparaîtra comme aussi révolutionnaire que l’avènement de l’imprimerie. Les journaux, les « rédactions », bref tout ce qui constitue l’appareil corporatiste du métier, vous clament le contraire. Ils passent leur temps à noircir les réseaux sociaux, n’en souligner que les dérives, certes bien réelles. En réalité, ils ont peur. Ils sont jaloux. Ils voient bien qu’a émergé, dans nos sociétés, sans retour, une nouvelle organisation du partage des idées. Alors, ce sont eux, depuis quelques années, qui lancent désespérément ce pitoyable slogan : « Le journalisme est indispensable à la démocratie ».

     

    Non, il ne l’est pas. Le journalisme n’est pas vraiment né avec Théophraste Renaudot et sa fameuse Gazette, au dix-septième, mais deux siècles plus tard, à l’époque de Balzac et de la Révolution industrielle. Il a atteint son apogée avec l’Affaire Dreyfus. Aujourd’hui, il périclite. L’effervescence des idées est extérieure à son périmètre. Il se sent disparaître, il se voit mourir. Alors, en guise de cri ultime, il nous lance : « Je suis indispensable ». C’est le dernier de ses mensonges.

     

    Pascal Décaillet

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  • Sauver l'écrit ? Le grand mensonge du 13 février !

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    Publié sur mon site FB - Lundi 17.01.22 - 22.53h
     
     
    Il est totalement ridicule d'affirmer que l'aide à la presse va "sauver l'écrit".
     
    L'écrit ne s'est jamais aussi bien porté. Jamais les gens - avec plus ou moins de style, de finesse, d'élégance - n'ont autant écrit.
     
    Ils écrivent où ? Mais ici même, pardi ! Sur les réseaux sociaux. Là où vous êtes. Là où je suis. Là où nous sommes, tous. Par centaines de millions, sur la planète.
     
    "Sauver l'écrit" ? Ils nous mentent. En vérité, ils veulent sauver des journaux, des groupes d'intérêts constitués. Des entreprises qui périclitent, souvent par impéritie de leurs chefs. Ils veulent sauver leur parcelle de pouvoir.
     
    Ils veulent sauver cela. C'est une optique. Mais ça n'est pas sauver l'écrit. Toujours, l'écrit vivra, quels que soient les supports. Parce qu'il y a des gens, oui nous sommes des millions, dont l'âme est d'écrire, tout simplement.
     
     
    Pascal Décaillet

     
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  • Sauver l'écrit ? Le grand mensonge du 13 février !

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    Sur le vif - Lundi 17.01.22 - 22.53h
     
     
     
    Il est totalement ridicule d'affirmer que l'aide à la presse va "sauver l'écrit".
     
    L'écrit ne s'est jamais aussi bien porté. Jamais les gens - avec plus ou moins de style, de finesse, d'élégance - n'ont autant écrit.
     
    Ils écrivent où ? Mais ici même, pardi ! Sur les réseaux sociaux. Là où vous êtes. Là où je suis. Là où nous sommes, tous. Par centaines de millions, sur la planète.
     
    "Sauver l'écrit" ? Ils nous mentent. En vérité, ils veulent sauver des journaux, des groupes d'intérêts constitués. Des entreprises qui périclitent, souvent par impéritie de leurs chefs. Ils veulent sauver leur parcelle de pouvoir.
     
    Ils veulent sauver cela. C'est une optique. Mais ça n'est pas sauver l'écrit. Toujours, l'écrit vivra, quels que soient les supports. Parce qu'il y a des gens, oui nous sommes des millions, dont l'âme est d'écrire, tout simplement.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le réseau social : la vie recommencée

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    Publié sur mon site FB - Lundi 17.01.22 - 15.03h
     
     
    Vous êtes sur un réseau social, et vous avez mille fois raison. C'est souple, c'est léger, c'est partout, c'est le passé, le présent et l'avenir, ça surgit, ça étonne, ça surprend, ça épate, c'est vif, pétillant, primesautier.
     
    Vous êtes sur un réseau social, et moi aussi. Tenez, j'aime la musique, c'est l'une de mes passions premières. Mes préférences, ainsi que les algorithmes, font que je reçois une quantité d'informations sur ce domaine. Par exemple, je suis fou de Martha Argerich. Ca doit se savoir, alors sur mon compte, ils m'envoient tout ce qu'elle fait. Tout ce qu'elle va faire. Et surtout, tout ce qu'elle a fait, en plus de soixante ans de carrière : des vidéos de génie, d'une qualité musicale à vous couper le souffle.
     
    Alors moi, j'ouvre mon ordi ou mon téléphone, j'accède à mon compte, et j'ai ces trésors-là. Je suis aussi un fou d'Histoire, d'archives sonores ou vidéo, là aussi ça se sait, là aussi je reçois, là aussi j'écoute, je visionne, je me laisse surprendre. Je ne bétonne pas la vie. Je laisse venir à moi. Le réseau social, si vous acceptez ce minimum d'abandon (allez, disons 1%, il reste 99% pour la volonté de fer et l'ivresse dionysiaque), vous rendra heureux.
     
    Les journaux ? Désolé, mais même sur leurs sites (le papier, pour moi, c'est fini, depuis longtemps), ils ne m'offrent pas le dixième de cette capacité de surprise. Ils ont d'excellentes choses, certes, mais leur mode de communication, unilatéral, appartient au passé. Sur le réseau, vous êtes receveurs, mais vous êtes aussi donneurs. Vous êtes surpris, mais vous surprenez. On vous instruit. Mais vous aussi, vous pouvez apporter des informations, vos émotions, votre style.
     
    Tout cela, simultanément. Sur une toile unique. Où se côtoient la gauche et la droite, les raisonnables et les passionnés, l'eau et le feu, la musique et le silence, la rage et l'extase, les hommes et les femmes, la poésie et le prosaïque, les chiffres et les lettres. La nostalgie, infinie, mais aussi l'étincelle de la renaissance. En un mot, la vie. La vie qui va. La vie recommencée.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Aide à la presse : en aucun cas !

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    Sur le vif - Dimanche 16.01.22 - 14.16h
     
     
    En aucun cas, le contribuable suisse n'a à verser le moindre centime pour la presse. Nos impôts, déjà exorbitants pour les classes moyennes, notamment celui sur le revenu du travail, doivent financer la sécurité, la santé publique, l'éducation, les grandes infrastructures de transports. Mais pas la presse.
     
    Et tout cas pas, sous la forme de l'aide directe qui nous est proposée le 13 février. Là, nous ne sommes même plus dans le principe de redevance, qui taxe des usagers. Non, nous sommes dans l'injection immédiate de l'argent du peuple suisse dans des entreprises privées de presse, notamment (et c'est le plus salé !) les milliardaires zurichois qui, ces dernières décennies, ont augmenté leur fortune, déjà colossale, en rachetant des titres , partout dans le pays. Pour la Suisse romande, je ne vous fais pas un dessin.
     
    "L'aide à la presse", c'est une aide aux riches, aux arrogants qui ont financiarisé les entreprises médiatiques, privilégié le rendement pour l'actionnaire, imposé depuis trente ans leur vision néo-libérale, pro-européenne, mondialiste, méprisé les cris du peuple et le besoin de nation, pris de haut les patriotes. Ils se sont enrichis comme jamais. Et en plus, il faudrait les subventionner !
     
    Cette aide aux ultra-riches est une indécence. Mais même en-dehors de cela, l'Etat ne doit jamais aider la presse. On a l'impression, à lire les arguments des partisans, au demeurant des gens très bien, cultivés, agréables à fréquenter, que la presse serait une chose gentille. Parce qu'elle se pose au milieu de la Cité, organise le débat, fait vivre la citoyenneté, promeut la culture. En contrepartie de ces vertus sacerdotales, il faudrait la soutenir. Parce qu'elle n'est plus capable, à cause des méchants géants du numérique, d'assurer son financement, notamment par la publicité.
     
    Cette vision est soit naïve, soit d'un paternalisme dont l'étape suivante sera, un jour ou l'autre, l'interventionnisme. On vous protège, on vous aide financièrement, mais alors, chers médias, charge à vous de respecter les équilibres que la doxa dominante vous dictera. Vous serez pro-Biden et anti-Trump. Vous serez pro-européens, anti-UDC. Vous serez pro-vaccin, pro-Berset. Vous serez contre le nucléaire, pour le renouvelable. Vous serez pro-Otan, anti-Russie. Vous serez pro-climat, pro-GIEC, anti-sceptiques. Bref, on vous file du fric, mais malheur aux déviants ! Vous serez anti-Zemmour, anti-Marine, vous serez pro-Pécresse. Vous serez pour la Raison triomphante, la vision multilatérale du monde, contre l'amour de la nation, que vous vous empresserez d'appeler "nationalisme". En un mot, soyez dans le moule. Et le moule, nous nous chargeons de vous le financer.
     
    Cette conception de la mission des médias n'est pas la mienne. Ce que nous, citoyennes et citoyens libres, devons défendre de toutes nos forces, n'est pas spécifiquement la presse, en tout cas pas les entreprises privées qui la constituent. Ces dernières doivent accepter le jeu de la concurrence, trouver des solutions de financement, et demeurer farouchement indépendantes des pouvoirs publics.
     
    Ce que nous devons défendre, avec la dernière ardeur, c'est la liberté des âmes. Elle peut passer par la presse. Mais de plus en plus, on la trouve ailleurs, notamment sur ces réseaux sociaux que je défends avec fougue, mais que les "rédactions" constituées, les entreprises de presse, toute la machinerie lourdingue de l'insupportable corporatisme journalistique, nous décrivent comme le diable. Par peur. Par panique. Par jalousie de leur succès phénoménal.
     
    Pour ma part, j'en ai assez. Ce corporatisme, je ne veux plus en entendre parler. Je veux des hommes et des femmes libres. Des âmes farouches. Des entrepreneurs indépendants. Des esprits passionnés par l'essentiel : le verbe, le combat, la liberté, la musique, la vie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Abandonner le nucléaire ? Une folie !

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    Sur le vif - Samedi 15.01.22 - 18.17h
     
     
    J'ai multiplié les débats et prises de position, cet automne, sur le risque de pénurie en approvisionnement électrique. C'est peut-être, aujourd'hui, le problème no 1 que doit affronter la Suisse. Faudra-t-il attendre une grande panne nationale pour enfin réagir ?
     
    La Suisse n'est pas seule, face à ce risque : l'Allemagne, notre grand voisin du Nord, premier partenaire commercial, quatrième puissance économique du monde, a exactement les mêmes problèmes. L'Allemagne, ce géant de fer et d'acier, peine avec l'approvisionnement en produits industriels. Son inflation galope. Elle va déterrer le bon vieux charbon pour tenter désespérément de compenser sa décision insensée de sortir du nucléaire. Le charbon ! L'identité même de l'économie allemande, son ADN, depuis la campagne de Frédéric II sur la Silésie, au milieu du dix-huitième siècle !
     
    En Suisse, nous risquons la pénurie. Nous aussi, cédant à la mode de pensée des Verts, nous avons abandonné beaucoup trop vite le nucléaire, sans aucune solution de rechange nous assurant un mode de vie comparable. Et pas seulement le mode de vie : une pénurie pourrait toucher les centres stratégiques assurant la sécurité - au sens large - de notre pays.
     
    L'Allemagne a le charbon. Elle a le gaz des Russes. Mais nous, les Suisses, à part l'hydraulique (qui ne suffira pas), nous n'avons pas de solution de rechange ! Il y a, bien sûr, les énergies renouvelables, le soleil, le vent, le thermique, mais jamais l'addition de tout cela, même dans les meilleures perspectives de développement de ces énergies d'avenir, n'est de nature à nous assurer la souveraineté, l'indépendance, l'auto-approvisionnement. Je vous le dis clairement : la Suisse doit réenvisager le nucléaire, sous des formes modernes, sûres. Elle ne peut tout simplement pas, pour l'heure, s'en passer.
     
    Le Conseil fédéral ? Il dort ! Simonetta Sommaruga, toute à ses sirènes de l'idéologie Verte, totalement acquise à la novlangue des prophètes d'Apocalypse, n'a absolument pas pris la mesure de la gravité de la situation. Gouverner, c'est prévoir. Le dossier de l'énergie ne doit en aucun cas être influencé par des préférences idéologiques : il s'agit des intérêts supérieurs de notre pays, sa souveraineté, sa capacité à agir seul pour sa survie, c'est l'essence même d'une nation. On ne se terre pas dans la Ligne Maginot quand la guerre de mouvement se profile à l'horizon. La Suisse doit agir. Elle doit faire mouvement, justement, sortir de sa torpeur. En fonction, non des modes passagères, mais de ses intérêts vitaux.
     
    L'énergie n'est pas un enjeu idéologique. Mais l'une de nos armes stratégiques, pour survivre. Oui, simplement survivre, comme nation.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Vous êtes sur un réseau social. Vous avez mille fois raison !

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    Publié sur mon site FB - Vendredi 14.01.22 - 15.28h
     
     
    Vous êtes sur un réseau social, puisque vous me lisez.
     
    Vous êtes sur un réseau social, et moi aussi. J'adore ça, depuis une décennie. J'aime aussi lire des milliers de livres, j'aime passionnément la musique. J'aime mon métier, faire des émissions, donner vie au débat public, exposer mon point de vue dans des commentaires. J'ai une vie hors du réseau social. Mais j'en ai une sur le réseau, j'en suis très heureux, et c'est très bien ainsi. J'ai plusieurs vies, plusieurs cerveaux, plusieurs univers. Pas vous ?
     
    Vous êtes sur un réseau social. Vous avez mille fois raison. C'est vivant, interactif, rapide, jaillissant, surprenant. C'est une eau de source, en montagne, celle qui galope et se rit de la verticalité.
     
    Vous lisez encore des journaux papier ? Imprimés une fois pour toutes, la veille à minuit, expédiés de façon lourdingue dans des trains, ou des camions ? Sur la toile, nous avons l'intégralité du même journal, avec en plus les commentaires des lecteurs, les débats liés aux articles, les rafraîchissements des nouvelles, les compléments d'informations apportés par des inconnus, souvent d'une redoutable expertise.
     
    Le journal papier sort à minuit, sur la rotative. A deux heures du matin, un événement majeur se produit. Vous en êtes encore à attendre le journal papier du surlendemain, pour vous annoncer la nouvelle, avec 24 heures de retard ? Sur le réseau, sur la radio, les deux médias les plus rapides, vous avez tout, tout de suite. Ca vous fait hausser les épaules ? Moi pas. J'aime la rapidité. Elle a été, dans mes longues années radiophoniques, ma marque de fabrique. Contrairement à ce qu'on vous raconte, elle n'est nullement synonyme de superficialité. Un esprit bien fait est capable de fulgurance et d'approfondissement. En même temps. Pour cela, il faut avoir un peu travaillé, toute sa vie, sur la matière.
     
    Vous êtes sur un réseau social. Moi aussi. Vous et moi, nous avons mille fois raison. Nous sommes dans le mode de communication, de partage des savoirs, qui sera celui de demain. Il y aura toujours du papier, si ça vous chante, moi je n'en ai nul besoin. Pourtant, j'ai passé ma jeunesse à humer passionnément de vieux livres, dans les bibliothèques.
     
    Vous êtes sur un réseau social. Continuez. Apportez-y ce que vous avez de meilleur : votre culture, vos passions, votre verbe, vos mots, votre enthousiasme. Et les petits prétentieux du journalisme constitué en hiérarchies, en groupements d'intérêts corporatistes, en sociétés de rédaction, qui vous font la leçon sur les vices des réseaux et les vertus de leur travail à eux, sentez-vous libres de les envoyer où bon vous semble.
     
    Nous êtes sur un réseau social. Moi aussi. Nous sommes des hommes et des femmes libres. Nous échangeons nos passions. Nous partageons nos savoirs. Nous détestons le pouvoir, tout pouvoir, d'où qu'il vienne. Nous aimons le verbe, la voix humaine, la magie des mots. Nous n'avons besoin ni de "rédaction" constituée, ni de petits chefs, ni de directeurs de conscience. Nous avons juste besoin d'air, d'eau, de musique, de poésie, de liberté. Et puis surtout, nous avons besoin du verbe. Celui qui fuse, et nous arrache à l'encre noire de la terre.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le Parlement le plus gentil du monde

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    Sur le vif - Jeudi 13.01.22 - 14.20h
     
     
    Juste avant notre débat d'hier soir, à GAC, sur les demandes de crédits supplémentaires, la Commission des finances du Grand Conseil venait justement d'accepter pour près de dix millions de ces crédits ! Ils sont liés à la rencontre Biden-Poutine, à la Conférence de l'OMC, et à la crise sanitaire. Tous acceptés, le doigt sur la couture du pantalon, par les braves Commissaires ! On a le Parlement le plus gentil du monde.
     
    Miracle, sans cesse renouvelé, de la Barbichette : j'accepte les demandes de crédits de ton magistrat, tu acceptes celles du mien. C'est ça, la réalité parlementaire. Vous commencez à le comprendre, mon combat, depuis tant d'années, pour une démocratie directe renforcée, avec davantage de pouvoir au corps des citoyennes et citoyens ? Et ma méfiance viscérale face aux corps intermédiaires ?
     
    De quoi débattions-nous, hier à GAC ? De la nécessité de faire avaliser ces constantes demandes de rallonges de la part du Conseil d'Etat, non par la seule Commission des finances, mais par le plénum du Grand Conseil. Avec débat public. Accessible à tous. Un projet de loi, du député UDC André Pfeffer, le préconise.
     
    L'argent de l'Etat, c'est notre argent. Ces dix millions, ce sont ceux des contribuables. Nous avons le droit, en toute transparence, et non dans l'opacité consanguine d'un pronunciamiento de quinze personnes, de savoir exactement ce qu'on en fait. Et en quel honneur l'exécutif vient perpétuellement frapper à la porte de la Commission des finances, pour dépasser le cadre budgétaire qui lui est alloué. Un tel comportement, dans une entreprise privée (j'en tiens une, depuis seize ans), serait purement et simplement inimaginable.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Conseil d'Etat : confiance rompue

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    Sur le vif - Jeudi 13.01.22 - 11.17h
     
     
    Scandaleux comportement du Conseil d’Etat de gauche, qui refuse de prolonger le délai de récolte des signatures contre la réforme du Cycle d’Orientation !
     
    Nous sommes au plus fort d’une pandémie sans précédent, les contacts sont prohibés, la situation est clairement exceptionnelle. Les référendaires ont, à très juste titre, demandé une prolongation du temps de récolte des signatures, pour pouvoir exercer correctement leurs droits démocratiques.
     
    Mais non ! À la fois juge et partie, le Conseil d’Etat, tout heureux d’entraver ses opposants, refuse le délai. Cette majorité gouvernementale de gauche confirme son visage partisan, idéologique à l’extrême. Cet attelage est à bout de souffle. Il reste seize mois, interminables.
     
    Sur la réforme du CO, c’est le deuxième coup fourré consécutif contre les opposants. Le premier, c’était au Grand Conseil, il y a quelques semaines. Nous l’avions immédiatement dénoncé, ici même.
     
    Avec ce gouvernement, la confiance est rompue.
     
     
    Pascal Décaillet

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