Liberté

  • Religions antiques : comme mille lumières

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    Sur le vif - Vendredi 15.01.21 - 17.26h
     
     
    Se plonger dans l'Histoire des religions antiques, c'est s'immerger dans une extrême complexité, une infinie variété des cultes, très locaux, qui rompt totalement avec la prétention chrétienne à la totalité. Le mot katholikos, en grec, signifie "universel". Bien qu'issu de ce monde, et avec quelles racines, je n'ai jamais partagé cette aspiration à la religion planétaire.
     
    J'ai été éduqué dans le catholicisme, je l'assume totalement, mais tout autant (par un homme d'exception le Père Louis Collomb, aumônier du primaire entre 1965 et 1969), à un RESPECT TOTAL des autres courants spirituels de notre monde. Notamment les deux autres grandes religions du Livre, le judaïsme et l'islam. Et puis, tous les autres, que je connais moins, faute de les avoir étudiés.
     
    Ce qui frappe, dans la diversité cultuelle de l'Antiquité (en Grèce, à Rome, chez les Étrusques, etc.), c'est l'absence de prétention à l'unité, même si les courants dits "monistes" (un seul Dieu) apparaissent déjà, dans la philosophie grecque, avant le christianisme. Les dieux sont multiples, les divinités sont locales, les cultes sont villageois, familiaux même, les images racontent les mythes, par exemple sur les vases à figures rouges : l'occasion pour moi de vous recommander à tout prix mon musée préféré à Rome, celui de la Villa Giulia. Mais aussi, les musées étrusques du Latium, ou de Toscane.
     
    Cette complexité antique, je l'aime infiniment, depuis que je l'ai fréquentée, dans ma jeunesse. Dans cet univers, ni pape, ni dogme. La pluralité s'exprime, sans Livre saint, juste la modestie familiale des lieux de culte, les variations d'images sur les thèmes de la mythologie. On retrouve l'infinie diversité des papyrus, avec leurs fragments.
     
    C'est cela, dans la redécouverte de la Grèce à la fin du dix-huitième siècle, qui a tant frappé les esprits allemands. Un génie de la fulgurance de Friedrich Hölderlin. Mais aussi, plus prosaïquement, des générations de philologues, qui se sont patiemment mis à nous restituer ces textes, en les éditant. Ils méritent notre reconnaissance, par leur plongée dans les particularismes. Ils sont des donneurs de vie. Grâce à eux, la Grèce d'il y a vingt-cinq siècles vient frapper de plein fouet nos âmes d'aujourd'hui. Et cela, c'est un petit miracle, sans cesse recommencé.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Les Lumières et l'atelier de la langue

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    Sur le vif - Vendredi 15.02.21 - 11.20h
     
     
    Tribu (RSR) - La philosophe Corine Pelluchon parle admirablement des Lumières.
     
    L'écouter nourrit ma réflexion sur l'Aufklärung, puis sa dénonciation par le Sturm und Drang, et la plongée dans les particularismes de la langue et des récits allemands, à partir des années 1770.
     
    Corine Pelluchon évoque à plusieurs reprises, dans son entretien de ce matin, l'opposition entre la prétention des Lumières à l'universalisme, et l'immersion de leurs adversaires dans le foisonnement des singularités. Je pense, en l'écoutant, aux Frères Grimm et à leur époustouflant Dictionnaire de la langue allemande. Je pense au Sturm und Drang. Je pense à la redécouverte des textes grecs - autre civilisation de la pluralité - par Friedrich Hölderlin.
     
    La prise de congé de l'Aufklärung par les plus grands esprits allemands, autour de 1770, et pour plusieurs générations, dans les années de la Révolution française et les décennies qui suivent, constitue, vous avez pu vous en rendre compte, l'un des axes majeurs de ma réflexion sur la genèse de l'idée de nation (cf Fichte) dans les Allemagnes.
     
    À tout cela, j'ai déjà consacré de nombreux textes de ma Série en 144 épisodes sur l'Histoire allemande. Et j'y reviendrai largement. Particularismes contre universalisme, Gemeinschaft en opposition à Gesellschaft, ces thèmes centraux doivent absolument être traités. Si on veut, plus tard, aborder, dans l'Histoire allemande, les tragédies du vingtième siècle.
     
    Toute ma réflexion sur l'Histoire allemande est une réflexion sur l'Histoire de la langue allemande elle-même, c'est pourquoi je commence en 1522, avec la traduction de la Bible par Luther. Puis, tous les poètes, Hölderlin, Stefan George, Paul Celan. En parallèle, l'Histoire musicale allemande, qui me passionne jusque dans ses moindres détails.
     
    Tout cela forme un tout. Il me semble qu'un fil invisible relie les éléments d'apparence disparate, comme chez Wagner. Écouter Corine Pelluchon, la qualité de sa langue et de ses réflexions, nourrit l'atelier - encore tellement désordonné - de mon travail.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Formation : au PLR les idées, au DIP les fortins

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    Sur le vif - Mercredi 13.01.21 - 14.54h
     
     
     
    D'un côté, Cyril Aellen, qui a lancé dimanche soir (au GRAND GAC) d'importantes idées sur la formation. De l'autre, Natacha Buffet-Desfayes, qui sera ce soir aux Yeux dans le Yeux, à propos des filières mixtes dans le Secondaire II. En plus de ces deux-là, et de Jean Romain, pionnier de la réflexion sur l'école, on peut multiplier le nombre de députés, ou personnalités politiques, du PLR qui veulent faire avancer, en le réformant, le système de formation à Genève. Leurs idées foisonnent. Et elles sont intéressantes.
     
    En face d'eux, désolé de le dire comme ça, mais nous avons un DIP, jusqu'au plus haut niveau, cramponné sur sa défensive. Face à la guerre de mouvement que lui lance le PLR, que font-elles, nos huiles d'appareils ? Réponse : elles s'enterrent au plus profond d'une ligne Maginot. Au plus haut niveau, on ne connaît de parole que celle de la complainte : pas assez d'argent, paraît-il, pas assez de moyens. C'est faux, archi-faux ! En réduisant les états-majors, en supprimant des services d'intendance totalement inutiles, en plaçant les forces sur le front de l'enseignement, on peut faire mieux, sans constamment quémander des deniers supplémentaires.
     
    L'imagination est au PLR, les forteresses de survie sont au DIP. A ce rythme, le parti socialiste, celui d'André Chavanne, ne se rend pas compte qu'inévitablement, d'ici un peu plus de deux ans, il va perdre le DIP. On ne gagne jamais avec des gémissements. Ni en se blottissant dans des fortins. On gagne avec des idées, de l'inventivité, de l'imagination. Et une force vitale d'attaque pour les faire triompher.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • N'adhérez surtout pas à un parti politique !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.01.21

     

    Vous aimez la politique ? Vous avez mille fois raison ! L’organisation de la Cité, au sens le plus large (une Commune, un Canton, la Confédération), est l’une des activités les plus nobles. Elle vise le bien public, elle s’opère au service de tous, et non d’une caste. Elle tente d’améliorer la vie des gens. Donc oui, vive la politique ! Bien conçue, elle élève l’humain, l’obligeant à entrevoir les enjeux collectifs, au-delà de ses seuls intérêts personnels. La politique exige également, pour être menée avec pertinence, une profonde connaissance de l’Histoire : le jeu des causes et des conséquences, la lente construction ayant abouti à nos sociétés actuelles, la recherche de la vérité sous les paravents, la propagande, les mensonges des puissants. Et puis, l’Histoire vous donne du champ : elle vous arrache à votre seule époque, pour mieux la situer dans un contexte. En termes savants, on appelle cela la vision diachronique, celle qui prend en compte la durée, de même qu’existe, pour un peintre, le sens de la perspective, la vision dans l’espace.

     

    Vous aimez donc la politique. Si ce n’était pas le cas, vous ne seriez d’ailleurs pas ici, sur cette page, où vous savez qu’on empoigne, non la vie privée des gens, mais les affaires publiques. Vous l’aimez, alors je vous donne un conseil, vous en ferez ce que vous en voudrez. Je vous dis : n’adhérez surtout pas à un parti ! Oh, je sais, cela ne va trop plaire à mes amis qui, de la gauche à la droite, ont choisi depuis des années, parfois toute une vie, de se ranger derrière une bannière. Ils vont se dire : « Décaillet est fou, cette fois il dépasse les bornes ». Eh bien ils ont tort. J’affirme ici qu’on peut aimer passionnément la politique, s’y engager avec ardeur, efficacité pour le bien public, sans aller grossir les rangs de ces paroisses, de gauche comme de droite, qui depuis deux siècles ont – c’est vrai – structuré notre vie publique.

     

    La Suisse possède un outil incomparable, qui permet de faire avancer les sujets politiques, sans être membre d’un parti : la démocratie directe. Nous avons aujourd’hui le référendum. Et nous avons, bien mieux, le droit d’initiative. Un groupe de citoyennes, de citoyens, motivés sur un sujet précis, peut soumettre l’idée de son choix aux signatures, puis (s’il les obtient) au suffrage universel. C’est un outil incomparable, le monde nous l’envie. Surtout, il permet d’exercer la politique par objectifs, sur des thèmes, et non autour de l’élection des personnes, avec l’éternel jeu de miroirs des ambitions personnelles, des opportunismes, des arrivismes que cela implique toujours, hélas. Notre démocratie directe ne doit en aucun cas être prise en otage par les appareils des partis : elle doit être l’affaire des citoyens, l’affaire du peuple face à lui-même, à des milliers de lieues des élus, des intermédiaires, des incrustés de toute une vie dans des paroisses partisanes. Citoyen, j’interpelle mes compatriotes de ce pays que nous aimons tous. Je leur dis : vive la politique, laissons les partis à leur petite cuisine, il y a une vie hors d’eux. Une vie sans eux.

     

    Pascal Décaillet

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  • Marre du Berufsverbot !

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    Sur le vif - Mardi 12.01.21 - 15.29h

     

    Marre du Berufsverbot, imposé par des mecs qui gagnent vingt tickets par mois, salaire assuré treize fois par an, à d'autres qui n'en gagnent que cinq ! Voire moins. Et qui ne demandent qu'une chose (car notre magnifique peuple suisse est bosseur, honnête et motivé) : ALLER BOSSER !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Faites-vous des ennemis !

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    Sur le vif - Dimanche 10.01.21 - 14.20h
     
     
    Il ne saurait exister de "liberté d'expression, mais...". Il faut la liberté d'expression, tout court.
     
    Je suis partisan, depuis toujours, de la liberté d'expression la plus large possible. La seule chose que nous ayons à respecter, c'est la loi.
     
    A part la loi ? Rien ! Tout le reste, c'est de l'autocensure. De la morale ambiante. De la poisse, dans nos surmois. Si nous y cédons, nous ne devons nous en prendre qu'à nous-mêmes : manque de courage, obédience face aux puissants et leurs cercles de courtisans, leurs copinages de carnotzets, peur des meutes. Ces dernières, immondes, se déclenchent pour un rien, alors on préfère renoncer à exprimer ce qu'on ressent en profondeur, on baste, pour éviter les vagues, et puis voilà.
     
    On a tort ! La liberté d'expression est une conquête. Elle ne se quémande pas, elle s'arrache. Le prix à payer : solitude, mise à l'écart, chasse à courre par la cohorte de ceux qui pensent juste, douleurs d'estomac, nuits sans sommeil. C'est ça, le tarif.
     
    Ne vous laissez surtout pas impressionner par les aimables correctifs de ceux qui, toute leur vie, n'ont jamais rien fait d'autre qu'arpenter les allées du pouvoir. Ceux-là, toujours, tenteront d'atténuer les antagonismes, prôner les vertus du "consensus", vous faire la leçon sur vos manières, jugées trop raides. Ils savent se tenir, ils ont appris, tout petits, ils tiennent à le rappeler. Regardez comme leurs mains sont propres, manucurées.
     
    Si vous aspirez à vous exprimer dans l'espace public, je vous encourage à tout dire. Tout ce que vous avez sur le coeur. En respectant la loi. Mais sans vous laisser intimider par la force de nuisance de la doxa ambiante. Vous vous ferez des ennemis ? Et comment ! Si vous préférez n'avoir que des amis, taisez-vous.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Haddock, Tintin : deux solitudes, une amitié sublime

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    *** Essai sur le miracle d'une rencontre - 80 ans après, jour pour jour - Samedi 09.01.21 - 17.45h ***

     

    Première apparition, le Crabe : dans sa cabine, face à sa bouteille de whisky, un homme seul. Une épave. Il se morfond, il réclame sa drogue, il invoque sa maman, il pleure. Première rencontre avec Tintin, qui surgit de l’extérieur, par le hublot. Comme deux pierres à étincelles, le choc de deux solitudes.

     

    Celle du gamin, qui vit déjà avec un petit chien, seul, prend tout seul son petit-déjeuner, vieux garçon : derrière la façade lisse, derrière la ligne claire, quels secrets ?

     

    La solitude du vieux Capitaine, enfin un homme d’âge mûr, il a vécu, il a souffert, il trimbale ses mystères. La solitude du tout jeune homme, cœur pur, mais jeté là, dans la vie, plongé dans des aventures, où est sa famille, a-t-il des amis ?

     

    La solitude de Haddock est humaine, infiniment. Un homme qui boit, toujours, a une histoire. Il boit pour la dissimuler, ou peut-être la laisser perler, de l’intérieur, par infiltrations de mémoire. Il revit ses émotions. Il appelle sa maman.

     

    La solitude de Tintin, jeune humain plein d’énergie, inventif, clairvoyant, est glaçante. Il ne boit pas. Il ne renie ni passé, ni destin. Où en est-il, de sa vie, ? Que fabrique-t-il, si jeune, dans la seule compagnie de Milou ?

     

    La solitude de Haddock transfigure notre curiosité : qui est-il, ce Capitaine, quelles mers a-t-il fréquentées, avec son vieil ami le Capitaine Chester, quelles femmes a-t-il rencontrées, quelle est son ascendance, quelles cicatrices porte-t-il, dans l’ancestrale noblesse de son âme, derrière les jurons ?

     

    Haddock vient de quelque part, il porte en lui une Odyssée, il pourrait avoir l’âge d’Ulysse, homme mûr, lorsqu’il échoue, nu, seul rescapé du naufrage, sur les rivages du Roi Alkinoos, et que la fille de ce dernier, la troublante Nausicaa, le recueille.

     

    Tintin n’a pas d’âge. Il n’est jeune que par les traits. Il promène sa solitude. Glaçante, comme l’intérieur lunaire d’une caverne.

     

    Et, dans cette scène si décisive du Crabe, dans cette cabine au seuil de la mort, les deux solitudes se rencontrent. Chez l’un comme chez l’autre, aussitôt, quelque chose renaît. Ils sont cernés, l’infâme Allan veut leur peau. Ils sont prisonniers d’un bateau, dont leur ennemi est le maître. Jetés là, à la merci du mal. Sans un mot, sans déclaration d’amour, ni d’amitié, les deux solitudes se nouent l’une à l’autre. Le sort de l’un devient le sort de l’autre.

     

    C’est le début d’une sublime histoire, un seul roman familial fragmenté dans la diversité des albums. Jamais ces deux-là ne se trahiront. Montaigne et La Boétie, en plein vingtième siècle, sur les mers polaires et tropicales, sur la Lune, au Tibet. Qui dit mieux ? Oreste et Pylade, peut-être, premier vers d’une tragédie : « Oui, puisque je retrouve un ami si fidèle… ».

     

    Ce sont les aventures de Tintin. Et ce sont les aventures de Haddock, Archibald de son prénom, bouleversant second très vite propulsé au rôle de héros paritaire. L’un est l’antithèse du premier, et pourtant quelque chose, d’infiniment secret, semble à jamais les réunir.

     

    Tintin et Haddock, deux hommes, deux destins, deux solitudes. La plus belle histoire d’amitié depuis Achille et Patrocle. Il faut reprendre l’œuvre, dans le désordre, laisser faire le hasard, puiser, laisser monter en nous la finesse inestimable, sous le chaos des aventures, de cette relation entre deux hommes. Seul un génie de la pudeur, du non-dit, pouvait la concevoir. Hergé en était un, dans les feux du vingtième siècle.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Blanc bonnet, bonnet blanc

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    Sur le vif - Samedi 09.01.21 - 12.33h
     
     
    Pour moi, un candidat de droite qui accepte la dette, face à une candidate de gauche qui (par nature) accepte la dette, c'est blanc bonnet, bonnet blanc.
     
    Deux candidats qui se sont déjà rangés (l'un par une surprenante conversion, l'autre par orthodoxie) au défaitisme financier des deux dernières années de législature. La première, à droite, à se convertir fut l'actuelle Ministre des Finances. Le ton était donné. L'ampleur du passage dans l'autre camp, sans ambiguïté. On l'a vécu à la Mobilité, on l'a vécu aux Finances : de facto, l'actuel Conseil d'État est déjà à gauche !
     
    Cette politique de l'endettement constamment creusé n'est pas la mienne, vous le savez pour me lire depuis des années. Je ne veux pas qu'on taxe encore plus les classes moyennes, les indépendants, les petits entrepreneurs, les gens qui se lèvent le matin pour aller bosser.
     
    Je n'attends rien de la gauche. Et je constate le passage de la droite libérale (dont je n'ai jamais rien attendu, sauf justement en matière de rigueur financière) dans l'autre camp.
     
    Blanc bonnet, bonnet blanc. Dans les deux cas, davantage d'impôts pour les classes moyennes. Je voterai donc pour Jacques Duclos, le 7 mars.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Commerçants et restaurateurs, 2021

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    Sur le vif - Vendredi 08.01.21 - 15.52h
     
     
    Je suis contre toute espèce de parti politique. Mais il faut, à Genève et en Suisse, un grand mouvement national, peu importe l'étiquette, qui soutienne les indépendants, les toutes petites entreprises, les artisans, les commerçants, les cafetiers, les restaurateurs. Quelque chose qui ressemble à la vague poujadiste de 1956, en France. Ce mouvement doit surgir d'en bas. Surtout pas des appareils actuels, trop occupés à se maintenir dans la toile du pouvoir.
     
    Un mouvement pour faire de la politique active, citoyenne, efficace. Obtenir des résultats, sur des objectifs précis. Et surtout pas pour présenter des candidats à des élections ! On en a soupé, du cirque électoral !
     
    La politique, c'est l'affaire de tous. Toutes les citoyennes. Tous les citoyens. Elle doit être une affaire de thèmes, pas de personnes.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Au service du peuple !

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    Sur le vif - Vendredi 08.01.21 - 13.54h
     
     
    On élit des gens pour qu'ils agissent. Pas pour qu'ils nous disent : "Je suis élu".
     
    On les élit pour qu'ils fassent. Pas pour qu'ils soient.
     
    On les élit, dans les Parlements, pour qu'ils se mettent au service du peuple. En fonction des engagements qu'ils ont pris.
     
    On ne les élit pas pour qu'ils forment, entre eux, une corporation. Une amicale des élus.
     
    Terrible signal, que celui de ce tutoiement généralisé !
     
    On les élit pour qu'ils contrôlent le gouvernement. Y compris les ministres de leur propre parti. Un parlementaire n'a pas à constituer le fan's club d'un quelconque magistrat exécutif.
     
    On les élit pour qu'ils soient teigneux, dérangeurs, fouineurs, emmerdeurs. Au service du peuple ! Pas de leurs appareils partisans. Pas de leurs coteries.
     
    Au service du peuple !
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Les Parlements ne sont pas sacrés !

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    Sur le vif - Vendredi 08.01.21 - 06.39h
     
     
    La sanctification des élus, et du système électif, est une invention de qui ? Principalement, des élus eux-mêmes ! Et autour d'eux, de tous ceux qui vivent de ce biotope. À commencer par les médias. Les journalistes parlementaires. Ceux qui vivent avec les élus, mangent avec les élus, boivent avec les élus, et parfois fusionnent avec les élus.
     
    Le peuple, dans sa diversité, ses profondeurs, je ne suis pas sûr que naturellement, il tienne le système représentatif pour aussi sacré que cela. D'en-haut, on le lui a inculqué ! Aujourd'hui, il commence sérieusement à s'en méfier. La phase de réveil ne fait que commencer.
     
    Le peuple veut la démocratie, et il a raison. La démocratie, c'est le pouvoir au peuple, avec ou sans Parlements. Avec ou sans intermédiaires. Il y a d'autres modèles d'exercice de la souveraineté populaire que la démocratie représentative. Par exemple, la démocratie directe.
     
    Les Parlements ne sont pas un but en soi, rien ne doit l'être ! Ils sont juste, depuis deux siècles, un organe (au sens grec, organon, l'outil) de la démocratie. Mais il existe d'autres organes, d'autres outils. Comme le modèle d'une démocratie directe élargie. Il passe par une élévation considérable des connaissances des citoyennes et citoyens, la responsabilité de l'école y est primordiale.
     
    Nous devons faire preuve d'imagination. Et inventer, dans les décennies qui viennent, un système plus total de démocratie. Délivré des corps intermédiaires, si prompts à faire caste. S'ériger en corporation. Se sanctifier eux-mêmes, comme le Clergé avant la Réforme. Si prompts à inventer des systèmes d'Indulgences, comme l'ineffable "aide à la presse", pour laver les consciences, unifier le droit chemin. Si prompts, au final, à confisquer le pouvoir du peuple.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Des thèmes ! Par pitié, des thèmes !

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    Sur le vif - Jeudi 07.01.21 - 18.19h
     
     
    Bon OK, parlons encore d'élections, jusqu'en mars.
     
    Puis, ne parlons plus, je vous en conjure, d'une quelconque élection, à Genève, avant les Cantonales du printemps 2023 !
     
    Nous devions avoir trois ans sans élections. Cette jachère était saine, bienvenue. Nous n'en aurons que deux, à cause de la complémentaire.
     
    Par pitié, deux années complètes sans mettre en scène les ambitions des personnes. Deux années, seulement avec des THÈMES ! Vous m'entendez, des THÈMES ! Brassés par l'ensemble des citoyennes et citoyens. Et non par la seule caste des "élus" !
     
    C'est cela, la vivacité de notre démocratie suisse. Et non le jeu de miroirs des ambitions de quelques-uns, et des opportunismes. Et des appareils des partis.
     
    Vivement une démocratie totale, thématique, sans intermédiaires. Juste la sève citoyenne, créatrice, imaginative, inventive, dégagée des carrières personnelles, surgie des profondeurs !
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Soyons les acteurs communs de notre destin national !

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    Sur le vif - Jeudi 07.01.21 - 11.09h
     
     
    La démocratie élective vit ses dernières décennies. Encore deux ou trois générations, et le système représentatif, né au temps des diligences, laissera doucement la place à une démocratie directe renforcée, où le suffrage universel sera systématiquement sollicité sur les grands enjeux.
     
    Chacun vit sa vie comme il l'entend. Pour ma part, je suis un citoyen actif, passionné de politique, particulièrement renseigné sur les grands dossiers de mon canton et de mon pays. Sur leur Histoire, aussi. Franchement dit, je n'ai strictement aucune envie de me faire "représenter" par qui que ce soit. Citoyen, je veux participer directement aux décisions, sur les grands thèmes qui agitent la Cité.
     
    Je ne prône en aucun cas une démocratie d'opinion, où il suffirait de cliquer sur un OUI ou sur un NON, comme dans un sondage. La démocratie totale, ou démocratie directe élargie, ne peut aboutir que par un prodigieux renforcement de la culture et du savoir politiques, chez tous les citoyens. Cela signifie que l’École, beaucoup plus et beaucoup mieux qu'aujourd'hui, doit assumer, dès les premières années, sa tâche d'éveil civique.
     
    Il faut trouver un système - c'est complexe, je sais - où l'élévation du niveau de connaissances politiques puisse permettre à chaque citoyenne, chaque citoyen, de voter, le jour venu, en PARFAITE CONNAISSANCE DE CAUSE, et non au hasard, comme dans un casino. Les prodigieux progrès de l'accès à la connaissance, par la numérisation, rendent, déjà aujourd'hui, accessibles à chacun les dossiers longtemps réservés aux seuls "élus". Encore faut-il en prendre connaissance !
     
    Il faut trouver un système où tout le monde puisse voter, mais avec une certification de connaissance du sujet. Pour remplacer un système par un autre, une société par une autre, la première vertu est celle du savoir et de la connaissance. Rien ne peut surgir de l'ignorance. J'ai beaucoup travaillé, comme on sait, sur la Révolution française et ses conséquences sur les esprits dans les Allemagnes. Années 1770-1820, folle époque où, partout en Europe, quelque chose a bougé. Cela nous avait, entre autres, légué les Parlements. Deux siècles et demi plus tard, le temps de ces derniers touche à sa fin. Encore quelques décennies, un siècle, que sais-je, et une démocratie totale sera possible. Pour y parvenir, une seule voie : la lecture, l'étude, l'exercice de la fonction critique, l'engagement citoyen sur des thèmes.
     
    Les thèmes, par pitié, en absolue priorité ! Le choix des personnes, avec le cirque électoral, les visages sur les affiches, les trams, non merci ! Nous avons mieux à faire que déléguer. Soyons les acteurs communs de notre destin national.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les illuminés de la 27ème heure

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    Sur le vif - Mercredi 06.01.21 - 18.50h
     
     
    Les revoilà, les éternels retardataires ! Les illuminés de la 27ème heure ! Nous avons, pour notre part, passé l'année 2020 à condamner la dictature sanitaire, dans les Cantons comme à Berne, défendre les cafetiers, restaurateurs, hôteliers et commerçants. Les retardataires, eux, ont passé la même année à nous faire la morale ! Au nom du respect qui serait dû à l'autorité. Comme si les exécutifs devaient être respectés en soi, comme sous l'Ancien Régime les patriciens, indépendamment de leurs actes.
     
    Et les voilà enfin, les éternels retardataires, qui commencent à dire la même chose que ce que nous avancions, nous, pendant toute l'année 2020 ! Je leur souhaite évidemment la bienvenue. Mais je les invite, la prochaine fois, à exercer leur lucidité, face au pouvoir en place, un peu plus en direct, en simultané avec les abus de pouvoir des exécutifs. Et un peu moins avec six ou neuf mois de retard.
     
    Je les invite, dans la foulée, à réfléchir à la notion de respect de l'autorité. Et à éviter de verser, en la matière, dans toute espèce d'absolutisme.
     
    Aux éternels retardataires, je préfère encore mes adversaires. Ceux qui, dès le début, étaient d'accord avec le confinement, les mesures de fermeture, la mise en ruine de notre économie. Je combats certes férocement leur point de vue, mais eux, au moins, sont cohérents.
     
    Pour ma part, je continuerai, avec éveil et passion, de proposer des décryptages sur la vie politique, les enjeux de pouvoir, les réalités sous les apparences et les paravents. Je continuerai donc à me faire des ennemis. Ca tombe bien, je suis un combattant.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Hugo et Richard : deux génies, comme deux silex

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    Sur le vif - Mercredi 06.01.21 - 15.58h
     
     
    L'un des prochains épisodes de ma Série Allemagne (j'y travaille ces temps, sur une quinzaines de thèmes en parallèle) : le couple prodigieusement fertile formé par deux génies, le musicien munichois Richard Strauss (1864-1949), l'un des plus grands, et le poète et dramaturge viennois Hugo von Hofmannstahl (1874-1929).
     
    Fruits de ces deux esprits fulgurants : Elektra (1908), Der Rosenkavalier (1910), Ariadne auf Naxos (1916), Die Frau ohne Schatten (1917), Die ägyptische Helena (1927), Arabella (1932).
     
    C'est Bernhard Boeschenstein, il y a 42 ans, qui m'a initié, en profondeur, au second. Et la vie qui, depuis toujours, m'a jeté dans la musique du premier. Et pas seulement ses opéras ! Toute l'oeuvre !
     
    Dans mon texte, je tâcherai d'expliquer le miracle de la rencontre entre la versification de Hofmannstahl et la prosodie musicale de Strauss. Et de reconstituer l'horizon d'attente du public musical viennois, au tournant des deux siècles.
     
    Une rencontre sublime, entre ces deux créateurs. Comme Brecht et Kurt Weill. Alban Berg et Frank Wedekind. Mozart et Lorenzo da Ponte.
     
    Hugo et Richard : épisode à paraître dans les mois qui viennent, je ne sais trop quand. Mais ce sera, dans mon processus intérieur, une étape décisive. Par rapport à des émotions littéraires de ma jeunesse. Et musicales, de toute ma vie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Bêlent, bêlent, bêlent...

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.01.21

     

    L'expression "études genres", sans la particule "de", n'est tout simplement pas du français. Elle n'a aucune espèce de justification grammaticale. Si j'avais à l'utiliser (ce qui n'est absolument pas dans mes intentions, pour le temps qu'il me reste à vivre), je refuserais de bêler cet anglicisme.

     

    Car ils bêlent, les blancs moutons, le long des golfes clairs ! Ils bêlent, ceux qui, par peur de la terreur intellectuelle de certains milieux féministes ultras, se contentent de reproduire leur sabir. Le choix d’un langage n’est jamais un acte gratuit. Il détermine une allégeance. Il indique une subordination. Il y a des mots qui ressemblent à des génuflexions devant le suzerain du temps, telle mode intellectuelle par exemple.

     

    De la même manière, vous ne m’entendrez pas vous parler de « transition énergétique », « transfert modal », ou « rupture de charge ». Pas plus que « d’urgence climatique », et autres incantations du Catéchisme Vert. Leur langage n’est pas le mien. Leur vision du monde, non plus. Ils ont leurs mots, j’ai les miens.

     

    J’invite chacun de nous à s’exprimer selon son cœur, selon son style, selon son âme. Mais surtout, que ton verbe soit le tien ! Qu’il surgisse de toi, de tes entrailles, tes joies, tes colères. Que ton langage à toi ne ressemble à aucun autre ! Pour ma part, toute authenticité originale me convient. Et toute duplication, tout plagiat, tout emprunt à des meutes grégaires, me révulsent.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Série Allemagne - No 31/144 - 1918-1919 : la gentille Bavière aux avant-postes de la Révolution !

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    Mardi 05.01.21 - 17.03h

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 31 – La Révolution allemande de 1918/19, je vous en parle souvent dans cette Série, et j’y reviendrai largement, tant elle est fondamentale. Mais saviez-vous que la calme Bavière a été le théâtre, dès novembre 1918 et pendant toute l’année 1919, des épisodes les plus radicaux de cette Révolution ? Avec des Soviets locaux, directement inspirés de la Révolution russe, deux ans auparavant ! Au point qu’on nommera la Bavière de ces deux années terribles « la République des Conseils ».

     

    La Bavière ! Que seraient les Allemagnes, sans cet Etat immense, riche d’une Histoire complexe et mal connue, qui s’étend des Alpes, à la frontière autrichienne, jusqu’à la Thuringe protestante, le pays de Luther ? Rien que l’Histoire bavaroise justifierait 144 épisodes, il nous faut choisir, braquer nos projecteurs sur des moments précis, mettre en contexte en tâchant d’être simples. Pour la Bavière, cette tâche de clarification (Aufklärung) vient se heurter à la redoutable puissance d’une imagerie populaire, entretenue par les Bavarois eux-mêmes, principalement ceux du Sud, l’Oberbayern, dans la région – en effet féérique – des lacs et des Alpes. Le blason touristique est une chose. La démarche historique en est une autre. Elle exige d’aller quérir le réel, derrière l’image.

     

    En première lecture, la mythologie bavaroise nous brandit un paravent : les montagnes, les lacs sublimes de l’extrême-sud, les églises baroques, où la Contre-Réforme fit merveille (ne manquez en aucun cas la Basilique d’Ottobeuren, où j’ai passé l’été 1973, et où j’ai vu Eugen Jochum diriger Bruckner), l’Oktoberfest de Munich, les Châteaux de Louis II, la bière, la mousse, les chapeaux à plumes, les culottes de cuir. Tout cela existe, j’y ai passé tant de temps moi-même, encore cet été 2020, au retour de l’ex-DDR. Tout cela existe, mais n’est qu’une partie de la vérité bavaroise. La plongée dans les livres d’Histoire nous invite à lire au-delà du mythe. Et à découvrir une Histoire – sociale, notamment – d’une singulière complexité. Sans doute l’immense majorité de nos profs d’Histoire n’en ont-ils qu’une vision approximative. Voire pas de vision du tout.

     

    Dans cette Série, j’ai souvent abordé le thème de la Révolution de novembre 1919 dans les Allemagnes, c’est un sujet immense, l’un de ceux qui m’occupent le plus, lui aussi totalement sous-estimé dans nos écoles. Officiellement, la Révolution allemande commence le 9 novembre 1918, avant-veille de l’Armistice, lorsque l’Empereur Guillaume II est déposé. En Allemagne, la Grande Guerre ne passe plus, l’opinion publique n’en peut plus, le Kaiser d’ailleurs ne décide plus rien depuis deux ans : c’est un duo de militaires, Hindenburg et Ludendorff, qui mènent le bal. Le territoire du Reich n’est pas touché, mais plus grand monde, en Allemagne, ne veut de cette guerre, et la grande offensive victorieuse des Alliés, menée par Foch, en automne 18, dans l’Est de la France, décide les politiciens, notamment sociaux-démocrates, à faire le coup de force contre l’Empereur. Ils le renversent, il part en exil en Hollande, où il mourra en 1941, dans des Pays-Bas occupés par les… Allemands !

     

    Ça, c’est le début de la Révolution allemande, enchaînement très complexe d’événements, partout dans les Allemagnes, entre 1919 et 1923. On en retient, pour faire très court, les affrontements très violents entre communistes et Corps-francs (lire, dans cette Série, mon épisode sur les Geächeten, les Réprouvés, d’Ernst von Salomon, No 25/144, 12.07.20). On en retient l’émergence, en 1919, de la République de Weimar, et ses débuts terriblement difficiles au milieu du tumulte généralisé. Je reviendrai sur tout cela, dans les mois et les années qui viennent, en détail.

     

    Mais il est une chose que le grand public ignore. L’avant-garde de la Révolution allemande de 1918, c’est la Bavière ! C’est le 7 novembre, à Munich (deux jours avant le début officiel de la Révolution allemande, quatre avant l’Armistice), que le SPD (social-démocrate) Kurt Eisner, incite la population à occuper les casernes, et prendre le pouvoir. Le roi Louis III et sa famille prennent la fuite. C’est la fin de la dynastie des Wittelsbach, qui tenait la Bavière depuis 738 ans. La fin de la monarchie à Munich. 48 heures avant la chute, à Berlin, du Kaiser ! La gentille Bavière, paradis des lacs et des châteaux, est aux avant-postes d’une Révolution nationale qui, jusqu’aux marins de la Baltique, touche toutes les Allemagnes ! Et cela, très peu de gens, chez nous, le savent. Ils se figurent principalement la Révolution allemande à Berlin. Ils ont tort.

     

    Le 8 novembre (nous sommes encore en guerre, pour trois jours !), Eisner proclame la « République socialiste de Bavière ». Il a contre lui la droite nationale, qui le hait, et qui jouera un rôle fondamental, par le bais des Corps-francs, dans la Bavière des années 1919-1923, l’un des orateurs de brasserie de cette mouvance ayant pour nom Adolf Hitler.  Mais Eisner a aussi contre lui les plus modérés des sociaux-démocrates, qui, partout dans les Allemagnes, fin 18, début 19, jouent la carte gouvernementale leur permettant de devenir un pilier de la République de Weimar. A cela s’ajoute le désordre total – le mot « bordel » serait plus indiqué ! – des fractions de Bavière aux mains d’Eisner. Nous avons affaire à une République révolutionnaire qui n’a rien de républicain, et, en matière de Révolution, n’a pas le dixième du potentiel d’organisation de Lénine et Trotski, deux ans plus tôt. Le 12 janvier 1919, Eisner est battu par les sociaux-démocrates modérés aux législatives. Le 21 février, il est assassiné.

     

    C’est dans la foulée de cet événement que les gauches bavaroises, un moment fédérées, proclameront, les 7 et 8 avril, la Räterrepublik, la République des Conseils de Bavière. La plupart des grandes villes bavaroises y adhèrent, notamment en région danubienne, que l’imaginaire populaire se figure si calmes. C’est mal connaître le tempérament souabe, celui des années de formation d’un Bertolt Brecht, par exemple. C’est à ce moment qu’interviennent deux communistes, Eugen Léviné et Max Levien, pour prendre le pouvoir en Bavière. Le pays iconique de Sissi et de Louis II, de Linderhof et de Neuschwanstein, aux mains des Soviets ! Pourquoi personne ne nous parle-t-il jamais de cet épisode ? La Bavière, pays limitrophe de la Suisse par le lac de Constance, serait-elle moins importante que la lointaine Russie ?

     

    Bien sûr, il ne faut pas s’imaginer la République des Conseils régnant uniformément sur la Bavière. Nous sommes dans un phénomène avant tout urbain, dont la vieille paysannerie bavaroise, catholique et conservatrice, est infiniment éloignée. La Räterrepublik, qui commençait à installer la dictature rouge sur le pays et à proclamer la Déesse Raison dans la très catholique Munich, finit écrasée par les Corps-francs, nous y reviendrons largement. Mais il faut imaginer le traumatisme que ces événements de 1918/19 laisseront sur une opinion publique bavaroise foncièrement conservatrice. Après la République des Conseils, c’est l’idéologie des Corps-francs qui s’installe, que viennent grossir les rangs des millions de démobilisés. Parmi eux, un ancien combattant de juste trente ans, nommé Adolf Hitler. A Munich, jusqu’à son putsch raté de novembre 1923, il fera beaucoup parler de lui. Mais c’est une autre histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • L'Allemagne ? Non, les Allemagnes !

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    *** Dissertation intermédiaire sur la complexité des réalités allemandes - Lundi 04.01.21 - 16.35h ***
     
     
    L'Allemagne, au singulier, ça ne veut pas dire grand-chose, même aujourd'hui. Il n'y a, certes, qu'une seule Allemagne depuis 1866, consacrée par la proclamation de l'Empire dans la Galerie des Glaces de Versailles en 1871, mais la diversité politique, dialectale, culturelle, et longtemps confessionnelle du monde germanique m'amène, vous l'avez remarqué, à utiliser très fréquemment le pluriel : "Les Allemagnes".
     
    Il n'y a, certes, qu'une seule Allemagne depuis 1866. Encore faut-il rappeler qu'entre 1949 et 1989, il y en eut deux : celle de l'Est et celle de l'Ouest, nomenclatures qui pour moi (même dans ma jeunesse) n'ont jamais eu le moindre sens : pour la seule DDR, il faut parler de la Prusse, de la Saxe, et de la Thuringe. Oui, les réalités allemandes, c'est complexe ! Et puis, à l'Ouest, quels points communs entre un catholique conservateur bavarois, et un social-démocrate protestant de Basse-Saxe ou des villes hanséatiques ? Entre un Franz Josef Strauss et un Willy Brandt, ou un Helmut Schmidt ?
     
    On pourrait, tel François Mauriac, se réjouir, juste au lendemain de la guerre, qu'il y ait deux Allemagnes : plus il y en a, plus elles sont divisées, mieux la France se porterait. La logique de Mazarin, au fond, lors des Traités de Westphalie (1648), alors que les Allemagnes, dévastées pas la Guerre de Trente Ans, ne sont plus que cendre et poudre, trois siècles avant l'autre ruine immense, celle de 1945.
     
    Mais il faut aller plus loin. Considérer la diversité ontologique d'un monde germanique, qui alla jusqu'à regrouper plus de 300 Etats. Reconnaître les différences. Aller goûter la bière munichoise, le massepain de Lübeck, la salade sucrée de Lüneburg, les Knödel de Franconie, le requin de la Baltique, vendu dans mon enfance sur les devantures des kiosques, en pleine campagne du Schleswig-Holstein. Nous nous arrêtions pour en acheter, comme pour les fraises ou les abricots, dans l'été valaisan.
     
    Reconnaître la diversité. Mais passer une vie, par la lecture, à tenter de comprendre ce que ces peuples peuvent avoir en commun. La langue, bien sûr, malgré le foisonnement dialectal. L'idée de nation allemande, celle de Fichte (cf. mon épisode de 2015 sur le sujet). La Bible de Luther. L’œuvre de Jean-Sébastien Bach, celle de Beethoven, celle de Wagner, celle de Richard Strauss. La poésie de Friedrich Hölderlin. Les romans de Thomas Mann. Le théâtre de Brecht. Les films de Fassbinder. Les gravures de Dürer, que j'ai eu la chance immense de découvrir à Nuremberg, en 1971, l'année du 500ème.
     
    Une seule Allemagne, capable de singulariser toutes les autres. Oui, mais laquelle ? Toute tentative unitaire, dans l'ordre politique comme dans celui de la culture, se heurte au réveil des différences, c'est le charme et l'impossibilité de l'équation germanique. Quelque part, l'Allemagne du Saint-Empire, défait en 1806 par la victoire de Napoléon à Iéna. C'est celle des liens avec le Sud, l'Autriche, la Bohême. Ailleurs, l'Allemagne de l'Ostpolitik, celle des Saxons, des Prussiens, de la Hanse : celle de Frédéric II et de Willy Brandt.
     
    Le destin allemand, entre ces tropismes contradictoires, a quelque chose d'un attelage écartelé, plusieurs chevaux forçant la course dans des directions différentes. Et aussitôt, une Cantate de Bach, quelques mots de Luther, un dialogue final entre la Walkyrie et son père, un passage de Heiner Müller ou Christa Wolf, quelques vers de Paul Celan, comme la Niemandsrose, la Rose de Personne, sur la frontière invisible entre l'être et le néant, et c'est la vision unitaire qui reprend le dessus.
     
    Dès la fin de mon enfance, et très puissamment déjà dans l'adolescence, j'ai senti ce Noeud Gordien entre diversité et unité. C'était encore à l'époque du Mur. Sur lequel j'avais le déroutant privilège de me promener. Quelque part, sur la frontière historique entre la Saxe et la Prusse.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - No 30/144 - Ostpolitik : à l'Est, du nouveau !

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    Samedi 02.01.21 - 17.01h

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 30 – Près de 9000 signes pour cet épisode, pardonnez-moi, c’est un peu long. Mais l’Ostpolitik de Willy Brandt, entre 1969 et 1974, est l’un des thèmes de l’Histoire allemande qui, depuis ma jeunesse (au moment même des événements), m’habitent avec le plus de puissance. Alors, dans ce numéro 30/144 de ma Série, j’ai pris le temps de vous en restituer, en profondeur, le contexte historique. A tous, excellente lecture !

     

     

    Vaincue le 8 mai 1945, l’Allemagne commence par ne pas exister du tout, en tant qu’Etat, pendant quatre ans : seulement quatre zones d’occupation alliées. C’est le temps du déblaiement des ruines, même pas encore celui de la reconstruction. Il faut attendre 1949 pour que naissent, sur les décombres du Reich, deux Etats : la République fédérale à l’Ouest, capitaliste et pro-américaine ; la République démocratique à l’Est, communiste et satellite de l’Union soviétique.

     

    Pendant vingt ans, ces deux Etats d’une même nation vont s’ignorer. Ils ne se reconnaissent pas mutuellement, chacun vit sa vie. Il faut reconstruire, oublier le Troisième Reich (le vrai travail de mémoire ne viendra que beaucoup plus tard), lancer les générations nouvelles sur des rêves nouveaux : à l’Ouest l’économie de marché, à l’Est le Plan. La reconstruction est rapide, elle frappe les observateurs de l’Europe entière. A l’Ouest, elle est carrément fulgurante, mais l’Est, infiniment moins doté en moyens, ne démérite pas, contrairement à tout ce que la propagande occidentale nous raconte.

     

    Chacun vit sa vie, mais c’est en apartheid. Deux mondes, deux systèmes, deux univers. A l’Ouest, le pouvoir de l’argent, subordonné à la vision du monde américaine. A l’Est, le pouvoir du parti, en obédience face à Moscou. Les Allemagnes renaissent, le redressement économique émerveille le monde, en tout cas à l’Ouest. La force de caractère des Allemands, qui ont refait leur pays en quelques années, sert d’exemple. La RFA, en 1969, est la quatrième puissance économique du monde : 24 ans seulement après une défaite comparable à celle de 1648, à l’issue de la Guerre de Trente Ans : là, il faudra aux Allemands un siècle pour se relever, il leur faudra attendre un homme immense, Frédéric II, le roi de Prusse. Je reviendrai un jour sur cette terrible seconde partie du dix-septième siècle allemand, déjà abordée, dans cette même Série, avec mon épisode sur le Sac du Palatinat, par Louis XIV, no 8/144, 29 juillet 2015 ( https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/29/serie-allemagne-no-8-le-sac-du-palatinat-1688-1689-269035.html ).

     

    L’année charnière, c’est 1969, avec l’arrivée au pouvoir de celui que j’ai toujours considéré comme le plus grand Chancelier allemand de l’après-guerre, Willy Brandt (1913-1992). J’ai déjà beaucoup écrit, et publié, sur cet homme d’exception, je vous renvoie notamment à mon article « L’inconnu de Lübeck », publié le 6 mai 2004, dans la Revue Choisir.

     

    De son vrai nom Herbert Ernst Karl Frahm, le futur Willy Brandt passe sa jeunesse dans la fascinante ville hanséatique qui avait été, quelques décennies plus tôt, celle de Thomas Mann, et où se déroule l’action des Buddenbrook, le chef d’œuvre de 1901 qui vaudra à son auteur le Prix Nobel de littérature. Brandt, lui, recevra en 1971 celui de la Paix, pour l’Ostpolitik. Willy Brandt s’engage à gauche, devient un opposant au Troisième Reich, passe toute la période hitlérienne en exil en Scandinavie, s’installe à Berlin, ville en ruines, après la guerre, en devient le Maire (Bourgmestre-Gouverneur) de 1957 à 1966, puis Ministre des Affaires étrangères de la Grande Coalition, sous Kiesinger (66-69), puis, sommet de sa carrière, premier Chancelier social-démocrate (SPD) de l’après-guerre, en 1969. Après vingt ans de démocratie chrétienne, atlantiste et totalement subordonnée aux Américains (Adenauer, Erhard, Kiesinger), une page se tourne. L’une des plus importantes de l’Histoire allemande, depuis la guerre.

     

    Willy Brandt, Chancelier de 1969 à 1974, c’est l’homme de l’Ostpolitik. Pour la première fois depuis la guerre, la République fédérale regarde vers l’Est. Elle n’attend pas, pour cela, l’autorisation des Américains, elle s’émancipe, elle définit et poursuit des objectifs nationaux. « Deux Etats, une Nation », les quatre mots sont déjà dans le discours d’investiture de Willy Brandt, en 1969. Le ton est donné. Celui qui, vingt ans plus tard, vieilli, à trois ans de sa mort, sera encore là, pour saluer la chute du Mur, dans ce Berlin dont il avait été Maire pendant près de dix ans, aura, dès le début des années 1970, lancé le très long processus sans lequel la Réunification n’aurait pas été possible.

     

    La genèse et la paternité de l’Ostpolitik sont complexes. Il faut remonter aux trois années (1966-1969) où le SPD Brandt était, dans la Grande Coalition, le Ministre des Affaires étrangères du CDU Kiesinger. Il faut sans doute aussi remonter à ses années passées à la Mairie de Berlin. Brandt sait s’entourer : il a, autour de lui, de brillants conseillers, dont Egon Bahr, l’un des pères de l’Ostpolitik. Une équipe d’hommes, dans l’Allemagne atlantiste des années soixante, qui ressentent l’impérieuse nécessité nationale de renouer les liens historiques avec l’Est. D’abord, la RDA, autre Etat d’une « même Nation » ! Mais aussi, la Pologne, pays martyrisé par la Seconde Guerre mondiale, l’occupation allemande, l’extermination des Juifs : le contentieux est terrible. Mais encore, l’Union soviétique, adversaire no 1 de l’Allemagne nazie, quatre ans d’une guerre d’une violence incomparable, vingt millions de morts, et des millions côté allemand, et finalement la victoire du 8 mai 1945. C’est avec ces pays-là, moins d’un quart de siècle après la guerre, que Willy Brandt et ses équipes entendent renouer le dialogue. L’enjeu est immense, phénoménal. Dans la presse allemande, presque personne n’y croit.

     

    Mais Brandt et un homme de conviction. Quand on a résisté pendant douze ans à l’idéologie nazie, on n’abandonne pas ses objectifs quand on est Chancelier, et que les Américains, les chefs de la CDU-CSU, l’immense majorité de la presse allemande, vous vilipendent à longueur de journées. Ils n’acceptent pas, en pleine Guerre froide, qu’on parle avec des communistes ; le social-démocrate Brandt joue la carte nationale, il porte son regard sur les Marches de l’Est, vieille équation de l’Histoire millénaire allemande, il veut rétablir le dialogue, il est habité par une vision gaullienne (où la question nationale prime sur les choix partisans), il réussira son incroyable pari. Il a mille fois mérité son Prix Nobel de 1971.

     

    Willy Brandt se tourne vers la DDR, l’Autre Allemagne, à laquelle vous connaissez mon attachement, j’y reviendrai longuement, plus tard. Il se tourne vers la Pologne, où les cicatrices sont encore d’une terrible vivacité. Il se tourne vers l’Union soviétique. Il se rend à Erfurt, à 1970, pour la première visite officielle d’un Chancelier de l’Ouest en DDR. Il signe à Varsovie, la même année, le Traité germano-polonais qui reconnaît comme frontière la fameuse Ligne Oder-Neisse (donc, et c’est capital, il renonce aux prétentions allemandes sur maintes villes de Pologne qui étaient germaniques jusqu’à 1945, pensez à Posen ou Breslau, sans parler de Dantzig). Il signe un Traité avec les Soviétiques, à Moscou, en 1971. Enfin, il signe avec la DDR le Traité fondamental du 21 décembre 1972, par lequel les deux Allemagnes, dix-sept ans avant la Chute du Mur, se reconnaissent.

     

    L’œuvre diplomatique de Brandt est fondamentale. Elle frappe par sa cohérence, son courage, sa clairvoyance, sa vision nationale à long terme, le respect (et cela rappelle Mendès France) des engagements pris en 1969, dans le Discours d’investiture. Oui, l’Ostpolitik porte en elle quelque chose de gaullien : la puissance d’un grand dessein, l’opiniâtreté pour y parvenir, la primauté des enjeux nationaux sur les dissensions idéologiques. J’ai toujours pensé, dès mon adolescence, que Willy Brandt était le de Gaulle allemand, un homme au-dessus de la mêlée.

     

    Et puis, l’Ostpolitik a eu son moment de sacre et de grandeur. Le 7 décembre 1970, le jour même de l’Accord germano-polonais, Willy Brandt, Chancelier fédéral de l’Allemagne, s’est rendu devant le Mémorial du Ghetto de Varsovie. Il a déposé une gerbe. Il a reculé un peu. Et puis, au milieu d’une assistance saisie par l’ampleur de l’événement, par la surprise aussi, il s’est agenouillé, en silence. Il est demeuré ainsi, un certain temps qui pouvait ressembler à l’éternité, sans un mot. Quelque chose, entre l’Allemagne et la Pologne, s’était passé. Quelque chose, aussi, de cosmique, entre l’Allemagne et l’Allemagne.

     

    Pascal Décaillet  

     

     *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • Suivre Lucie, jusqu'en enfer

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    Notes de lecture - Vendredi 01.01.21 - 16.25h

     

    Dans ce livre, il y a des mandragores, des plantes bénéfiques et maléfiques, un jardin de Perséphone, des trous dans la terre, une cavité glaciaire, quelque chose de nourricier, mais peut-être fatal, qui surgit des entrailles.

     

    Lucie d’enfer, de Jean-Michel Olivier, est annoncé comme un Conte noir. Il y a du Nerval, des prénoms de Filles du feu, des effleurements de fantastique, mais les doses sont savamment pesées, c’est l’une des vertus de cette écriture. La possibilité de se retrouver dans l’univers des Frères Grimm est fréquente, mais jamais achevée, jamais explicite. Elle affleure, s’estompe, disparaît, pour mieux revenir, quelques chapitres plus tard.

     

    Le narrateur rencontre Lucie au Collège Rousseau, Genève, un lien se tisse, fort et troublant. De rapprochements se tentent, jamais jusqu’à l’accomplissement. Jamais, dans tout le livre.

     

    Lucie disparaît, on la retrouve à Montréal, de longues années plus tard, puis sur l’île de Skye, puis dans le Jura, dans un lieu qui s’appelle les Enfers. Elle aime les plantes, les animaux, elle porte la poisse aux hommes qui partagent sa vie. Est-elle sorcière ?

     

    Le narrateur passe le livre dans la quête de Lucie, disparitions, retrouvailles, mystères. Il y a, entre eux, quelque chose de fort, chaque fois le désir mutuel se réveille, chaque fois c’est un fiasco. Dans le jardin de Perséphone, quel secret Lucie a-t-elle enfoui ?

     

    Il y a, dans ce livre, la qualité d’un style. La richesse d’un bestiaire, des chiens, des chevaux, des méduses, des murènes. Des vins, des viandes, décrits et nommés. Il y a la vie qui palpite, l’omniprésence du passé simple lorsqu’il y a mouvement, action, l’arrivée de l’imparfait lorsqu’on tente, le temps d’une journée à la campagne, de s’installer.

     

    La phrase est simple, très accessible. Elle est brève, tout comme les paragraphes, chacun figurant une scène : le récit de Jean-Michel Olivier est découpé en scénario. Il ferait un film remarquable. Mais c’est une autre affaire. Ou peut-être la même. Un livre à conseiller, comme modèle d’écriture épurée, au service du récit. A tous, excellente lecture !

     

    Pascal Décaillet

     

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