François Longchamp au DIP ? (04/10/2008)



Samedi 04.10.08  -  14.45h

Il y a deux semaines, le président des radicaux genevois, Hugues Hiltpold, qui n’est pas exactement une tête brûlée, déclarait, le plus placidement du monde, que la reprise du Département de l’Instruction publique par François Longchamp, après les élections de 2009, était à mettre au rang des hypothèses envisageables. C’était, évidemment, une bombe.

Assurément, la petite phrase d’Hugues Hiltpold ne devait rien au hasard. Assurément, elle avait été mûrement préméditée. Assurément, Hiltpold et Longchamp avaient préparé le coup. Cela, en politique, arrive souvent : ballon d’essai, ou fusée éclairante, c’est classique. On lance l’idée, comme ça, dans l’opinion publique, histoire de tester les réactions. Bien entendu, François Longchamp restera silencieux sur le sujet. Lancer des spadassins sans s’exposer soi-même, est, par les temps qui courent, un sport national au sein du Conseil d’Etat genevois. Deux des quatre magistrats de gauche, par hommes de main interposés, y excellent.

Sur le fond, l’hypothèse dépend de tellement d’incertitudes que toute spéculation, à plus d’un an de l’échéance, paraît vaine. Le principal intéressé, Charles Beer, aurait-il envie, fin 2009, d’un échange de portefeuilles ? Question à laquelle il ne répondra pas – il ne peut politiquement le faire – avant le dernier moment. Surtout, quels seront les rapports de forces, issus des urnes, au sein du Grand Conseil et du Conseil d’Etat ? Les socialistes seront-ils toujours deux au gouvernement ? Quel résultat aura obtenu, dans les urnes, l’initiative 134 (« Pour un Cycle qui oriente »), le 30 novembre 2008 ? Le principe des 93 directeurs du primaire aura-t-il réussi à s’imposer ?

Plus fondamental encore : en quoi un changement de couleur politique du capitaine permettrait-il vraiment de faire changer de cap un bateau connu pour sa lourdeur ? Partout dans le monde, ministre de l’Instruction publique, c’est un casse-tête : puissance des syndicats, grogne récurrente des parents, vagues de réformes qui finissent par mourir sur la grève. À cela s’ajoute, dans l’hypothèse d’une reprise en main par un magistrat bourgeois, le nombre impressionnant, à Genève, de hauts fonctionnaires d’obédience de gauche. Franchement, sans un immense courage, allié à une puissance de vision sur l’avenir et les objectifs à atteindre, l’opération apparaît comme trop coûteuse, trop risquée politiquement.

À la petite phrase de Hiltpold, il y a peut-être, pourtant, une amorce de réponse, ou tout au moins une très habile ouverture du jeu sur une nouvelle donne, « New Deal ». Elle se trouve en page 19 du Temps de ce samedi 4 octobre. Cette page, outre qu’elle consacre le génie absolu du photographe Eddy Mottaz, nous apprend que Charles Beer verrait bien la création d’un ministère cantonal de la Culture. En serions-nous déjà, à plus d’un an de la nouvelle législature, à d’embryonnaires scénarios de redécoupages ? Bien entendu, l’intéressé niera tout lien entre ce projet et l’allusion d’Hugues Hiltpold. Jusqu’au lendemain des élections de 2009, Charles Beer ne dira rien de plus, François Longchamp non plus. Ils laisseront jouer les émissaires et les spadassins. Ainsi va la politique. Excellent week-end !

Pascal Décaillet

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