Retour de l’île d’Elbe ou Waterloo ? (18/11/2008)

 

Il a 68 ans, il repart au combat. On le disait mort, putréfié par l’oubli, le revoici. On l’aime ou non, ça n’est pas la question, ça devrait l’être beaucoup moins lorsqu’on parle de lui. La politique, à ce niveau-là, où la mort métaphorique promène toujours ses pattes de velours, est affaire d’animaux de sang froid. Chez ces gens-là, Monsieur on guette, on soupèse, on calcule. Et, bien sûr, on tue.

 

De sa section historique, sa tanière, son terroir, il repart. Que se passe-t-il, dans sa tête ? Vogue-t-il, comme naguère le reclus de l’île d’Elbe sur le brick l’Inconstant, vers quelque Golfe-Juan, dans l’espoir de défricher sa route du retour, retrouver sa couronne ? Un an, qu’il en a été chassé, tout comme le Corse, lors de sa première abdication. Y songe-t-il vraiment, ou ne fait-il que donner un coup de main à la ligne dure de son parti ? A Ueli Maurer, par exemple ?

 

Cette Assemblée fédérale, qui lui a signifié sa disgrâce, a-t-elle une quelconque chance de se désavouer elle-même en le reconduisant ? Pas une sur cent, en vérité ! Mais le passager du brick, sur les eaux bleues de la Méditerranée, en avait-il davantage, en débarquant le 1er mars 1815 ?

 

Il y a, dans cette tentative de retour, comme un goût salé d’aventure, une escapade de mauvais garçon, une gavrocherie fugueuse, suicidaire comme une aube marine. Ca n’est pas pour rien que Jean Ziegler a eu des mots élogieux, dimanche, sur Blocher : les deux hommes se ressemblent, vomissent les conformismes, n’ont jamais cherché à se mouler dans la quiétude. Gauche dure, droite dure, que valent les rigidités géométriques face à la troublante chimie d’une pâte d’homme, né pour déranger ?

 

Pour l’heure, côté Restauration naguère poignardante, on a arboré le silence de ceux qui ont intérêt à réfléchir à deux fois. Et s’il y avait pacte des loups ? On te laisse revenir, toi ou un homme à toi, et en échange tu nous aides à reconquérir le deuxième siège PDC, au détriment des radicaux.

 

Fantasmes ? Sûrement. Poussières d’Empire, illusions de la résurgence. Très peu de chances, en effet, pour lui. Et sans doute, au bout de ce chemin-là, Waterloo. Mais un homme de guerre est un homme de guerre. Rien, jamais, ne l’apaise. Rien. Et surtout pas la quiétude un peu bouffie des notables.

 

 

Pascal Décaillet

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