Philipp Müller, connaissez ? (27/01/2014)

 

Chronique publiée dans "Tribune" (Le Journal du PLR vaudois) - No 1 - Mercredi 22.01.14

 

Chers lecteurs du PLR vaudois, j’imagine que vous connaissez tous Philipp Müller. Votre président national de parti, Argovien, conseiller national, entrepreneur à succès, un homme simple avec un franc-parler qui n’a peur de rien, un homme qui dit les choses : « Nous ne sommes pas des représentants de l’élite ou de la haute finance, nous sommes un parti populaire », aime-t-il à répéter. Un « radical cassoulet », dirions-nous par ici, pas franchement rupin, un langage direct, et une volonté affichée : redevenir, en octobre 2015, le deuxième parti dans la Berne fédérale, donc dépasser le PS. Eh bien je vous le dis, amis PLR, c’est l’homme qu’il vous faut : son message passe bien, il est lisible, sans contorsions. Je n’étais pas insensible à la finesse intellectuelle d’un Fulvio Pelli, mais enfin dans la vie, il y a des moments où il faut simplifier les équations, si on aspire à les résoudre. Et puis, tout récepteur d’un message politique n’est pas nécessairement titulaire d’un double doctorat en métaphysique et en droit canon.

 

Or, votre Philipp Müller, qu’a-t-il récemment déclaré ? Il a osé dire, à quatre semaines d’une votation capitale, que l’immigration en Suisse était trop importante : « Chaque année, 40'000 personnes de pays tiers arrivent en Suisse, dont 72% ne viennent pas en tant que travailleurs. C’est là que repose le problème ». Il votera certes non le 9 février, ne croyant pas au système des contingents, mais préconise davantage de sévérité en matière d’asile et dans la lutte contre les abus liés à la libre circulation. Bref, voilà un homme qui ne nie pas les problèmes. Il les constate, les pose, diffère de l’UDC (pour des raisons tactiques ?) sur les solutions, mais reconnaît implicitement que les initiants ont su toucher une corde sensible. Il a dit ces mots juste avant l’Assemblée des délégués PLR de Schwanden (GL), qui a rejeté quasiment à l’unanimité l’initiative « contre l’immigration de masse ». Ce rapport de forces, il pouvait le prévoir. Il n’a pourtant pas craint d’afficher une position pouvant être perçue comme minoritaire, donc affaiblissante : cela s’appelle du courage.

 

Courage, mais aussi lucidité. Philipp Müller, en matière d’immigration, a ses idées, qui ne relèvent pas de l’angélisme : c’était lui, le père de l’initiative qui voulait faire plafonner à 18% la proportion d’étrangers en Suisse. Nous en sommes aujourd’hui à environ un quart : quelque deux millions sur les huit que compte notre pays. L’Argovien avait-il totalement tort ? En reconnaissant que l’immigration pose un problème, il ne s’affiche nullement comme xénophobe, ne disqualifiant nullement les personnes étrangères, il met simplement le doigt sur un problème. C’est bien le rôle du politique que de savoir flairer, identifier, diagnostiquer. Surtout, Philipp Müller prépare l’après-9-février. Quelle que soit la décision, les problèmes liés à une immigration surabondante demeureront. Avec ou sans les moyens préconisés par l’initiative (ces fameux contingents dont Müller ne veut pas), il faudra agir. Si ce n’est par un plafonnement, cela pourrait bien être par une sélection plus sévère qu’aujourd’hui des migrants, en fonction de leur apport réel sur le marché du travail. Cela vous paraît-il insensé ?

 

En résumé, un président stratège et inventif. Un qui n’a pas peur. Un qui parle vrai. J’ignore si le PLR sera deuxième en octobre 2015. Mais dix hommes comme celui-là, et la chose sera possible.

 

Pascal Décaillet

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