EWS à Singapour : une faute politique (05/02/2015)

 

Edito du Giornale del Popolo - Publié ce matin en première page, sous le titre " Qui Eveline se gioca la reelezione"

 

Eveline Widmer-Schlumpf aurait voulu créer le chaos, elle ne s’y serait pas prise autrement ! Dans le dossier le plus délicat, le plus brûlant, du Conseil fédéral, la mise en œuvre du oui populaire, le 9 février 2014, à l’initiative sur l’immigration de masse, la Grisonne a eu des mots, à Singapour, qui pourraient se retourner contre elle. Et lui coûter cher, par exemple à l’horizon de décembre prochain, la réélection complète du Conseil fédéral, après les législatives du 18 octobre.

 

Du bout du monde, la conseillère fédérale, devant des politiciens et des représentants de l’économie, a déclaré qu’il fallait une nouvelle votation. Oh, certes, elle et ses services se sont empressés de préciser qu’il s’agissait d’un avis personnel, tout de même, le mal est fait. Car enfin, notre ministre des finances ne s’est pas exprimée sur le sexe des anges, ni sur la hauteur du Cervin, mais sur le sujet le plus douloureux de notre politique intérieure. Il y a, certes, des milieux qui demandent un nouveau vote. Mais jusqu’à nouvel ordre, pas le Conseil fédéral ! Voilà donc qui ressemble, à s’y méprendre, à une rupture de collégialité. Aussitôt, du côté des parlementaires UDC et PDC, on a dit sa colère. Les mots ministériels, lâchés un peu légèrement à des milliers de kilomètres de la molasse bernoise, accréditent la thèse qu’en Suisse, on fait voter le peuple, mais au fond on ne l’écoute pas. Mauvais signal, catastrophique même.

 

Il serait donc agréable d’être une mouche, ou une sorte de libellule d’hiver, et de pouvoir assister incognito à la prochaine séance du Conseil fédéral : on imagine le « débriefing », entre les Sept, du « message de Singapour » ! La présidente de la Confédération, Mme Sommaruga, fera-t-elle la leçon à sa chère collègue ? Reste l’essentiel : le malaise, de plus en plus, dans l’opinion publique suisse, face à la lenteur des autorités à mettre en application l’initiative sur l’immigration de masse. Car enfin, le 9 février 2014, le peuple et les cantons ont été clairs. Ila veulent des contingents. C’est peut-être très dérangeant, comme message, pour toute une Nomenklatura libérale liée au grand patronat, mais c’est comme cela : c’est la volonté du souverain.

 

L’image donnée à Singapour par notre ministre des finances, c’est que la Suisse devrait se soucier prioritairement des intérêts du patronat, avant de prendre en considération le cœur sacré, unique au monde, de sa démocratie : le suffrage universel. Là aussi, signal gravissime : on accrédite la thèse d’une élite, à Berne, ou peut-être aussi à Zurich, préférant sauvegarder des intérêts de classe, plutôt qu’affirmer l’intérêt national, décidé par le peuple et les cantons. La démocratie n’y est pas gagnante. La Grisonne pourrait être appelée, en décembre, à régler l’addition.

 

Pascal Décaillet

 

 

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